La
reprise du tourisme au Liban
intervient malgré les troubles
régionaux incessants, avec des
records d'entrées à partir des
pays arabes du Golfe. La paix et
la sécurité retrouvées font
du Liban une destination à découvrir
ou à redécouvrir,
notamment
pour les Européens, comme le
titre le magazine français Géo
dans son édition
de février. Notre nouvelle
rubrique "Tourisme" débute
ainsi avec un résumé de ce numéro
300 "spécial Liban"
exceptionnel, et développera
des sujets portant sur ce
secteur essentiel de l'économie
du Proche-Orient.
Le
Liban revit. De la côte méditerranéenne
à la montagne, de Beyrouth
renaissant aux souvenirs
d'avant-guerre, GEO explore un
pays attachant, à la croisée
de l'Orient et de l'Occident
"Spécial
Liban" dans GEO, février
2004, N°300
Liban : Une exception au
Moyen-Orient
Editorial de JEAN-LUC MARTY,
Rédacteur en Chef
Pour les Français qui ont vécu
à l'époque du mandat, c'était
la "Suisse du
Proche-Orient". Pour une
autre génération, le théâtre
d'une guerre fratricide avec les
images terribles de Beyrouth détruit,
au cœur d'une aire régionale
bouleversée, entre Syrie et
Israël... Aujourd'hui, malgré
les difficultés d'une
reconstruction, y compris intérieure,
les Français redécouvrent le
Liban. Un pays à la diversité
géographique impressionnante,
eu égard à sa modeste
superficie, un peuple qui en
contient plusieurs : les
dix-sept communautés
historiques sont toujours représentées,
chiites, maronites, druzes, etc.
Mais, pour nous Français, le
Liban, c'est aussi cet "étranger
si proche", ce sentiment
familier qui est le nôtre dès
lors qu'on s'y attache. Le succès
remporté en France par l'écrivain
Amin Maalouf, la présence dans
notre dossier central du grand
poète Salah Stétié témoignent
de notre intérêt pour la
culture de ce pays. S'y ajoute
une francophonie encore vivace,
une passion bien française pour
le monde arabe, un patrimoine
antique (Phéniciens, Romains)
et médiéval (croisés,
Mamelouks et Ottomans) qui
continue de nous fasciner.
Cette conscience d'avoir
affaire à un pays d'exception
imprègne le sujet central dirigé
par Aline Maume. Géopolitique,
identités, histoire le
composent, ainsi que le plaisir
éprouvé à voyager le long
d'une côte envoûtante. Nous
sommes aussi retournés à
Beyrouth. La capitale renaît à
la vie, malgré la tentation
d'oublier l'Histoire. Mais
peut-on éviter ce travail de mémoire,
ciment essentiel de tout
processus de réconciliation ?
Redécouvrir le Liban
C'est un pays mythique, au
carrefour de la Méditerranée et
de l'Orient arabe. Un pays
d'exception, où cohabitent
dix-sept communautés. Un pays
fragile aussi, meurtri par la
guerre et prisonnier des enjeux régionaux.
GEO revient au Liban, pour
explorer et comprendre l'ancienne
perle de l'Orient.
Géographie : Entre mer
et montagne, des paysages
splendides
Au pays de tous les
horizons par YANN
ARTHUS-BERTRAND
- L'extraordinaire
diversité géographique
raconte ce petit
pays-montagne de 10.452
kilomètres carrés
- Le cap rocheux de
Ras-Beyrouth subit les
assauts de la Méditerranée
- La chaîne du Mont-Liban
sert de colonne vertébrale
au pays
- La Béqaa a toujours été
une plaine nourricière
- Le Liban tire son nom de
l'arabe (ndlr : ou du
phénicien) "lubnan"
qui signifie
"blanc"
Regard : Un grand poète libanais chante
sa terre
Une terre refuge chantée par
son plus grand poète. Sa côte
fut le berceau des Phéniciens. Sa
montagne, le refuge des minorités
persécutées en Orient. C'est à
sa géographie que le Liban doit
son identité si particulière
par SALAH
STÉTIÉ
- Les Phéniciens, colonisateurs pacifiques, ont
préféré la mer à la montagne, peuplée de divinités
hostiles
- Est-ce l'alphabet, créé ici, qui a donné aux
Libanais ce don pour le dialogue et l'imagination ?
- Tous, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, seront
fascinés par cette terre fertile à l'orient du monde
- Ce sont les minoritaires, les réfractaires, les
ennemis de la pensée unique qui vont trouver refuge au
Liban
Voyage : Une découverte de la côte
méditerranéenne et des anciennes
villes phéniciennes
Du nord au sud, sans quitter la mer.
Le littoral libanais, berceau de
l'antique Phénicie, a nourri les
rêves des voyageurs épris
d'Orient. Notre journaliste l'a
parcouru de la frontière nord à
la porte d'Israël. Avec de belles
surprises par ALINE
MAUME, photos de SAMER MOHDAD
- Dans le Nord, des paysages inattendus, à l'écart de
tout
- Des trésors somptueux qui ont traversé des siècles
- Le Sud sort de sa torpeur, après vingt ans
d'occupation
- A la frontière israélienne, la route se termine en
impasse
- Le voyage en Orient, un mythe romantique
Nostalgie : Une société insouciante avant
l'implosion de 1975
1900-1960 : La Belle Epoque
- Jusqu'à la fin des années soixante, c'était la
"Suisse de l'Orient". Le Liban vivait alors un
âge d'or. De nombreux photographes témoignent d'une
société
- Une dolce vita à la libanaise, mêlée de glamour
hollywoodien
Histoire : Le récit de la naissance d'un
Etat multiconfessionnel
L'éveil tumultueux d'un Etat par SAMIR KASSIR
- Entre 1860 et 1975, le Liban a connu un siècle
d'effervescence politique et culturelle. Des années de
grâce, avant l'implosion
- Une province ottomane autonome protégée par les
puissances européennes
- Français et Britanniques se partagent le
"gâteau" ottoman
- La France renonce à soutenir la création d'un
royaume arabe
- 1975-1991 : Rétrospective des années noires
- Beyrouth devient la ville qui bouge le plus au
Proche-Orient
Dépliant : Carte du
Liban. Les origines et la répartition
des dix-sept communautés
libanaises
- 42% de chrétiens et 58% de musulmans
- Si certaines villes et quelques villages réunissent
encore chrétiens et musulmans, on observe depuis 1975
une nette tendance à la "cantonisation,"
c'est-à-dire à un regroupement géographique selon
l'appartenance communautaire
Reportage : Retour à Beyrouth, une ville
qui veut oublier la guerre
Beyrouth retrouve le sourire. L'image de Beyrouth dévasté
n'est plus d'actualité. Les
traces de la guerre civile y sont
encore visibles. Mais la capitale
a retrouvé son aura frivole et
prospère par PIERRE SORGUE,
photos de FOUAD ELKOURY
- Le centre-ville, en partie reconstruit, est devenu un
îlot de luxe aseptisé
- La grande banlieue, en pleine effervescence,
s'urbanise à toute vitesse
- Une capitale en quête de mémoire : La reconstruction
de Beyrouth fait trop souvent table rase du passé.
Enquête sur une amnésie collective
- La volonté d'effacer des lieux populaires où les
communautés se mélangeaient
- En dépit des apparences, la réconciliation reste à
faire
- Le Sauvetage du Musée national
- L'obsession la mieux partagée est celle du dollar et
du cumul des emplois
- Pour les enfants de Beyrouth, la guerre est celle que
racontent leurs parents
- Le cinéma libanais tente d'exister
Témoignages : Portraits de dix Libanais aux
destins singuliers
Chiites, orthodoxes, druzes… des
Libanais de toute appartenance
livrent leurs doutes et leurs
espoirs photos de FOUAD
ELKOURY
- "Les gens sont les mêmes. Mais dans leurs
têtes, ils veulent absolument se sentir
différents" Hamda Samra
- "Nous nous sentons catholiques, orientaux,
arabes, ce sont des sentiments mêlés" Antoine
Béchir
- Adel Sakr, grec-catholique. Il a 21 ans, il est
étudiant en génie informatique dans une université
éloignée de Beyrouth
- Agop et Vecken Kazazian, arméniens. Dans le quartier
populaire de Bourj Hammoud, les rues portent le nom de
villes turques
- Hamda et Dib Samra, sunnites. A 75 et 76 ans, ils
tiennent une petite épicerie à Tayouneh, en face du
quartier d'Aïn el-Remaneh
- Gaby Bustros, grecque-orthodoxe. Elle est issue d'une
grande famille de Beyrouth et vénère sa grand-mère,
l'une des premières féministes du pays
- Sultan el-Bidaoui, sunnite. Chaque jour, il ouvre sa
petite librairie du quartier de Hamra
- Antoine Béchir, chaldéen. Il est opticien et rêvait
de créer un empire "comme les frères Lissac",
mais la guerre et la crise l'en ont empêché
- Leïla Atthieh, chiite. Pendant la guerre, elle était
ambulancière pour le Secours populaire communiste
- Rita Sarkis et Jeanine Chahine, maronites. Elles ont
19 ans et étudient à l'Université libanaise. Elles
ont manifesté pour le retrait des Syriens
- Insaf Elawar Mohdadj, druze. Elle vit dans une belle
maison au milieu des pins, à la montagne, mais vient à
Beyrouth chaque semaine pour une émission de radio
- Sarah et Tony Masse, syriaques. Ils se parlent en
araméen (ndlr : la langue du Christ) et cette langue
moribonde porte toute la complicité d'une mère et son
fils
Géopolitique : Un pays à la souveraineté
encore fragile
Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990),
l'équilibre interne du Liban est menacé par la présence
militaire syrienne, la tension persistante avec Israël, au
sud, et la question des réfugiés palestiniens par
AYMERIC CHAUPRADE
- Les Palestiniens sont privés de nombreux droits, dont
celui d'être propriétaire
- Un territoire qui connaît une paix précaire
- L'eau, un enjeu crucial
- Les menaces américaines sur la Syrie pourraient
embraser de nouveau le Liban
- Un système original, le
confessionnalisme
Le Liban est un paysage, un déploiement de paysages dans
le labyrinthe de montagnes traversées d'est en ouest de
vallées souvent étroites et profondes et s'ouvrant, au fur
et à mesure qu'elles s'en approchent, tirées par leurs
cours d'eau, sur l'espace et l'éclat de la mer. Et quelle
mer ! La Méditerranée, "agitée perpétuellement par
la naissance éternelle de Vénus". Car le Liban, avec
son puissant massif du Sannine, est le pays mythique
d'Adonis, le dieu mort et ressuscité, ressuscité par
l'amour d'Astarté dont les métamorphoses successives
feront, le moment venu, l'Aphrodite grecque, puis la Vénus
latine. C'est peut-être cet orgueilleux face-à-face entre
ce qui est de l'ordre du destin et ce qui est de l'ordre de
la splendeur qui définit le mieux la spécificité du
Liban. SALAH STÉTIÉ