|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
"Les
patriarches maronites sont
la conscience du Liban et
les gardiens de son
avenir"
Michel
Eddé à la cérémonie
oratoire à Bkerké pour
le 20e anniversaire de
l’élection du
patriarche Sfeir
paru
dans l'Orient-le Jour le
20 avril 2006
Le
20e anniversaire de l’élection
du patriarche Nasrallah
Sfeir (le 19 avril 1986) a
été marqué, à Bkerké,
par un meeting oratoire au
cours duquel une dizaine
de personnalités de tous
horizons, au nombre
desquels figuraient des
représentants du mufti
sunnite de la République
et de la présidence du
Conseil supérieur chiite,
ont rendu un vibrant
hommage à la personne du
patriarche Sfeir et à son
action. La cérémonie a
été organisée sous le dôme
construit dans la cour extérieure
du siège patriarcal, à
l’initiative de
l’Université Notre-Dame
de Louaizé. Ont notamment
pris la parole, le mufti
jaafarite Ahmad Kabalan,
représentant son père,
le vice-président du
Conseil supérieur chiite,
cheikh Abdel Amir Kabalan,
et le mufti de Tyr, cheikh
Mohammad Balta, représentant
le mufti de la République,
Mohammad Rachid Kabbani.
Des hommages ont également
été rendus au patriarche
par le président de la
Ligue maronite Michel Eddé,
le vicaire patriarcal
maronite, Mgr Roland
Aboujaoudé, l’ancien
chef de gouvernement, Sélim
Hoss, le P. Boulos Naaman,
le journaliste et
biographe du patriarche,
Antoine Saad, le ministre
de la Culture, Tarek Mitri,
l’ancien ministre Edmond
Rizk, MM. Mohammad Sammak
et Abbas Halabi, et les
professeurs Mounah Solh et
Abdo Kahi.
Parmi les présents, le
patriarche arménien-catholique
Nercès Bédros, le
ministre de l’Education
nationale Khaled Kabbani,
les chargés d’affaires
de la nonciature
apostolique et de
l’ambassade d’Iran, de
nombreux députés, au
nombre desquels Mme
Sethrida Geagea (Forces
libanaises) et Gilberte
Zouein (Courant
patriotique libre), et le
député Nabil Boustany
représentant M. Walid
Joumblatt. Le chef de l’Église
maronite a lui-même saisi
l’occasion pour
s’adresser à ses hôtes.
Il a commencé par les dérider
en remerciant, non sans
des pointes d’humour,
ses proches collaborateurs
pour leur dévouement.
"Ce sont les chefs
qui reçoivent les médailles,
mais ce sont des soldats
inconnus qui gagnent la
bataille", a-t-il
dit. Plus gravement, le
patriarche a affirmé :
"En vingt ans, que de
visages ont disparu et que
d’autres sont apparus.
Nombre de Libanais ont été
poussés à l’exode, et
nombre d’étrangers les
ont remplacés. Nous avons
connu l’exode, les
drames et
l’appauvrissement. Nous
avons été ballottés
entre espoirs et désillusions.
Et au bout du compte, nous
sommes toujours divisés,
notre vision politique est
brumeuse et, disons-le
sans fausse honte, si un
grand cauchemar a disparu,
nous n’avons pas encore
trouvé la voie droite et
sûre qui relèvera le
Liban."
Les grandes étapes
Les intervenants, eux,
s’étaient succédé au
micro pour relever les
grandes étapes du règne
patriarcal et
l’exceptionnelle intégrité
d’un homme qui a
toujours su incarner la
conscience d’une nation
en devenir. Ces grandes étapes
politiques étaient, selon
les orateurs, l’accord
de Taëf (1989), la résistance
aux tentatives syriennes
d’ébranler les assises
du Liban et sa raison d’être,
la réconciliation
druzo-maronite (2001), la
souveraineté retrouvée
au terme d’une lutte de
cinq ans (septembre 2000 -
26 avril 2005), sans
parler de l’effort
incessant pour instaurer
un équilibre dans
l’exercice du pouvoir et
réconcilier les Libanais
divisés.
A ces étapes doivent
s’ajouter les événements
purement ecclésiaux, qui
ne sont en rien moins
importants : la préparation
et la tenue du synode sur
le Liban (1991-1995), la
visite du pape au Liban
(1997), les voyages
pastoraux aux Etats-Unis,
en Amérique latine et en
Europe, les congrès des
patriarches catholiques
d’Orient et le synode
patriarcal maronite, dont
la dernière session se
tiendra en juin prochain.
Sur le plan politique,
l’ancien chef de
gouvernement, Sélim Hoss,
a cité un exemple typique
du rôle pacificateur joué
par le patriarche sur le
plan national. Evoquant
une tumultueuse polémique
opposant partisans et
adversaires d’une paix
avec Israël, M. Hoss a
affirmé : "Il a
suffi au patriarche de
dire que le Liban sera le
dernier pays arabe à
signer la paix avec Israël
pour que l’orage cesse,
que la tension retombe.
L’idée n’était pas
la sienne, mais il a suffi
qu’il prononce cette
phrase pour que la paix
revienne."
Clairvoyance et
modération
Plusieurs
orateurs ont rendu
hommage, d’ailleurs, à
la clairvoyance et à la
modération du patriarche,
qui ont permis de toujours
éviter les écueils du
communautarisme, de
pacifier les esprits,
d’induire un esprit de réconciliation
dans des situations
complexes et de faire
privilégier les intérêts
du Liban. C’est au président
de la Ligue maronite,
Michel Eddé, que l’on
doit l’un des moments
les plus émouvants de la
cérémonie. Citant la
biographie politique du
chef de l’Eglise
maronite écrite par
Antoine Saad, il a rappelé
ces mots du patriarche :
"J’ai été précédé
sur ce siège d’Antioche
par 75 patriarches, et
beaucoup me succéderont.
Il ne sera pas dit que ce
chaînon a cédé."
"Voilà les paroles
d’un véritable maronite
inébranlable et digne qui
résument en elles le rôle
joué par les maronites
dans la constitution du
Liban, a vibré Michel Eddé.
Dans l’itinéraire de ce
patriarche, c’est le rôle
fondamental joué par le
patriarcat maronite tout
entier qui se reflète. Un
patriarcat qui est la
conscience du Liban et le
gardien de son avenir.
Voilà le secret du chaînon
qui ne cède pas."
Signalons pour finir que
M. Elias Sfeir, président
de la Fondation patriarche
Sfeir, qui anime un centre
médico-social, a annoncé
la création d’un prix
patriarche Sfeir qui sera
décerné annuellement à
une œuvre ayant servi à
faire avancer la cause de
la paix.
Mgr
Audeh dresse un triste
bilan de la situation
politique dans le pays
Les
communautés orthodoxes
ont célébré Pâques,
dimanche 23 avril
paru
dans l'Orient-le Jour le
25 avril 2006
"Ce
qui me fait peur, c’est
que les discours
politiques ne sont pas
fondés la plupart du
temps sur la vérité et
sur l’amour sincère du
pays." Dans l’homélie
qu’il a prononcée à
l’occasion des Pâques
orthodoxes, le métropolite
Elias Audeh a déploré la
polémique politique qui
fait rage dans le pays et
prié pour que les
participants au dialogue
qui se retrouveront
vendredi de nouveau, place
de l’Etoile,
"retrouvent la bonne
voie". Mgr Audeh a célébré
à 6h du matin, dimanche,
la "hajmé" et
la messe pascale, en la
cathédrale Saint-Georges
des grecs-orthodoxes au
centre-ville de Beyrouth,
en présence d’une foule
de fidèles, dont,
notamment, les ministres
de la Culture et de
l’Environnement, Tarek
Mitri et Yaacoub Sarraf,
et l’ambassadeur de
Grande-Bretagne, James
Watt.
Il a consacré une partie
de son homélie à la polémique
politique qui s’est récemment
exacerbée dans le pays.
"Les propos creux
sont nombreux et nous nous
y sommes habitués. La
plupart des politiciens échangent
des propos creux, causant
du tort à leurs
compatriotes et au pays,
alors que notre peuple
souffre. Leurs discours ne
rassasient pas les ventres
vides et n’édifient pas
des Etats", a déploré
le métropolite qui
s’est en substance
interrogé sur les allégeances
politiques. Soulignant que "la
polémique est destinée
à la consommation
locale", il a demandé
aux fidèles de ne pas prêter
l’oreille à ce qui se
dit, "sinon vous vous
sentirez perdus". "Ils
se disputent puis ils se réconcilient
comme s’ils regrettaient
ce qu’ils avaient dit.
Que Dieu leur pardonne.
Leurs discours sont destinés
à la consommation locale
et sont bien loin de la vérité.
Chacun d’eux aime sa
tribu et ses intérêts.
Le pays est le dernier de
leurs soucis et celui qui
le place en tête de ses
priorités est accusé de
sanctifier la terre",
a-t-il dit, dans ce qui
semble être une allusion
à un récent discours du
secrétaire général du
Hezbollah, sayyed Hassan
Nasrallah, qui avait
reproché à la majorité
de "vouloir bientôt
sanctifier le Liban".
"Ce qui me fait peur,
a poursuivi Mgr Audeh,
c’est que les discours
politiques ne sont pas
fondés la plupart du
temps sur la vérité et
sur l’amour sincère du
pays. Je ne condamne
personne. C’est juste
une impression tirée de
ce que j’entends autour
de moi de nos fils qui ne
croient plus à ce
qu’ils entendent."
Il a mis l’accent sur
l’amertume ressentie par
la population, "la
première fois
lorsqu’elle voit la
situation navrante à
laquelle on est arrivé et
la deuxième fois
lorsqu’elle n’entend
rien qui puisse lui
permettre d’espérer un
avenir meilleur". Au
terme de la messe pascale,
il est revenu à la
charge, déplorant l’état
de siège imposé au
centre-ville -
"je suis moi-même
obligé à chaque fois que
je viens à la cathédrale
de donner mon nom et le
numéro de ma voiture à
l’agent de garde" -
et priant pour que les
participants au dialogue
"retrouvent la bonne
voie et terminent (leurs
concertations) avant que
nos vies ne se
terminent". La
veille, le samedi saint,
Mgr Audeh avait présidé
en soirée en la cathédrale
Saint-Georges une cérémonie
organisée pour un événement
qui a eu lieu pour la
première fois : une messe
pour la réception d’une
des trente-trois flammes
sacrées (symbolisant l’âge
du Christ) provenant de la
tombe de Jésus à Jérusalem.
Le samedi saint de chaque
année, l’évêque
grec-orthodoxe de Jérusalem
entre, vêtu d’une
simple soutane blanche,
dans la tombe du Christ,
située dans l’église
de la Résurrection, après
avoir été minutieusement
fouillé par des musulmans
qui s’assurent qu’il
ne porte aucun briquet ou
allumette sur lui. Sur la
pierre où le corps de Jésus
avait été étendu, une
lampe à huile éteinte
est déposée. La mèche
s’allume miraculeusement
vers midi, au moment où
l’évêque récite ses
prières, grâce à un feu
sacré qui émane de la
tombe. A partir de
cette lampe, trente-trois
bougies sont allumées et
envoyées aux quatre coins
du monde. L’une
d’elles a été envoyée
pour la première fois
samedi, au Liban, avec une
délégation cléricale de
Jérusalem. Une foule
nombreuse attendait la délégation,
place de l’Etoile, où
la cathédrale, dont les
lumières avaient été éteintes,
a brillé de mille feux
lorsque les fidèles ont
allumé chacun sa bougie
de "la lumière sacrée"
du cierge de Jérusalem.
Pâques
le même jour pour tous les
chrétiens, une idée qui
fait son chemin
publié
par l'AFP le 17 février
2006
Le
chef de l'Eglise arménienne
de Cilicie a proposé à
Porto Alegre (Brésil) que
tous les chrétiens célèbrent
un même jour la fête
essentielle du
christianisme, Pâques, une
idée reprise au bond par un
très haut dignitaire
catholique, le cardinal
Walter Kasper. "J'ai rêvé
que toutes les Eglises du
monde célèbreraient la résurrection
de notre Seigneur commun
ensemble, le même jour,
comme l'une des expressions
visibles de l'unité chrétienne",
a déclaré Aram 1er dans
son rapport devant l'assemblée
générale du Conseil oecuménique
des Eglises (COE), qui se
tient actuellement à Porto
Alegre, et dont il est président.
Malgré
le schisme de 1054,
catholiques et orthodoxes fêtaient
Pâques ensemble jusqu'à
l'instauration du calendrier
grégorien, en 1582, en décalage
de 13 jours par rapport à
l'ancien calendrier julien,
conservé par les orthodoxes.
Mais la règle est restée la
même, fixée au Concile de
Nicée en 325 : Pâques est célébré
le premier dimanche qui suit
la première pleine lune de
printemps. Dès lors, sauf
exceptions - comme 2004 et
2007 - les catholiques,
protestants, anglicans, les
orthodoxes du Patriarcat de
Constantinople, qui ont rallié
le "grégorien" en
1920, et les arméniens fêtent
Pâques plusieurs semaines après
les orthodoxes russes, les
Coptes, les Ethiopiens.
"Cette
proposition, et celle (également
faite par Aram Ier) de
reconnaissance mutuelle des
baptêmes seraient des pas énormes"
pour l'oecuménisme, a déclaré
jeudi en conférence de presse
le cardinal Kasper, président
du Conseil pontifical pour
l'unité des chrétiens.
Interrogé par l'AFP, sur des
solutions possibles à une
controverse sensible de plus
de 500 ans, le cardinal a dit
que l'on "pouvait
imaginer une date fixe, qui
serait le premier dimanche
d'avril". Mgr Niphan
Sakoly, représentant à
Moscou de l'Eglise
grecque-orthodoxe s'est dit
"d'accord". "Il
faut discuter. Avec le langage
de l'amour, tout est
possible", a-t-il dit.
"Une date fixe, c'est
bien. Mais je souhaite plus tôt
le dimanche compris entre le
15 et le 22 avril, c'est plus
logique par rapport à Nicée",
affirme le métropolite
syrien-orthodoxe Mar Ggeorge
Saliba, qui vit au Liban. Mar
Coorilas, métropolite
malankar (orthodoxe) de
Bombay, estime que "c'est
une très bonne idée, que,
plus tard, les Russes
accepteront peut-être".
"C'est fini les guerres
de calendrier qui ont jalonné
notre histoire!", dit Mar
Severius Sawirios Malke
Mourad, évêque
syrien-orthodoxe, à Jérusalem.
Chez
les Russes et les Coptes, les
réticences demeurent fortes.
"Pâque ensemble,
d'accord, mais en respectant
Nicée. Que les occidentaux
nous rejoignent ! Nous suivons
notre tradition, c'est plus
important que plaire à
l'opinion publique",
estime l'archiprêtre Vsevolod
Chaplin, du patriarcat de
Moscou. "Nous ne pouvons
changer la règle de Nicée",
assure l'évêque copte égyptien
Antonios Shenouda. "Il
faudrait d'abord un Concile,
entre orthodoxes, et le
dernier remonte à 787",
explique Antoine Arjakosky,
orthodoxe, directeur de
l'Institut d'études oecuméniques
d'Ukraine. "Il y a risque
que de nouvelles divisions sur
la querelle calendaire
surgissent chez les
orthodoxes. Mais la réforme
d'Aram 1er n'est pas
impossible. Par le biais du
COE, le patriarcat de Moscou
peut évoluer",
assure-t-il. Des théologiens
présents rappelaient que Mgr
Joseph Ratzinger, aujourd'hui
Benoit XVI, avait participé
de 1968 à 1975 à la
commission "Foi et
institution" du COE, où
siègent des catholiques, bien
que l'Eglise catholique ne
soit pas membre du COE, créé
en 1948, et qui rassemble 347
Eglises.
Le
cœur de l’Arménie
battait, hier, à Beyrouth
50.000
personnes manifestent pour
la reconnaissance du génocide
par
JAD SEMAAN, publié dans
l'Orient-le Jour le 25 avril
2006
Pour
que le monde n’oublie pas,
pour que la Turquie finisse
par reconnaître le génocide
de 1915 et "rende les
terres occupées", pour
saluer la mémoire des
grands-parents, celle
"d’un million et demi
de martyrs", 50.000 Arméniens
ont marché, hier, du
catholicossat d’Antélias
au stade de Bourj Hammoud où
un meeting a été tenu, à
l'occasion de la 91e
commémoration du génocide
d’un million et demi
d’Arméniens. Dans le même
temps, à Erevan, le président
Khotcharian annonçait que
l’Arménie continuera à
se battre pour que la
Turquie reconnaisse le génocide
arménien. En France également,
plusieurs milliers de
manifestants se sont associés
à la cause arménienne.
Rien
ne décourage un Arménien.
Surtout pas la pluie
battante d’un Lundi de Pâques.
Quatre-vingt et onze ans après,
la mémoire est encore fraîche,
la colère sourde, la déchirure
immense. Sous le slogan
"91 ans d’impunité",
le peuple arménien du Liban
a marché hier du
catholicossat d’Antélias
jusqu’au stade de Bourj
Hammoud. Il ne casse pas de
voitures. Il ne brûle rien
sur son passage… Sa colère
est digne, souriante et
pacifique. Ce n’est pas
Erevan. C’est juste une
autoroute au nord de
Beyrouth. Mais ici, si vous
ne comprenez pas l’arménien,
tant pis pour vous ! Des
moins jeunes aux plus
jeunes, en passant par les
jeunes, ils sont tous là.
Des familles, des bébés en
poussette et des barbes
poivre et sel sont venus
pour la Cause. Même Aram
Tcholakian - dont
l’histoire, qui est
devenue récemment un
documentaire de télévision,
ressemble à celle des
grands-parents de milliers
d’Arméniens libanais -
répond présent et se
laisse prendre en photo. Le
credo est lisible sur les
banderoles : la Turquie doit
reconnaître le génocide et
dédommager les Arméniens.
Il faut dire qu’Ankara ne
reconnaît que 300.000 morts
arméniennes et réfute
(toujours) la thèse d’un
génocide. A l’appel
des trois partis (Tachnag,
Ramgavar et Henchag) et des
trois églises (orthodoxe,
catholique et protestante),
les Arméniens libanais ont
commencé la journée du 24
avril par une messe pour le
repos des martyrs.
Sous un ciel peu clément,
ils ont ensuite marché, un
foulard tricolore au cou,
avec des étendards arméniens
partout, un drapeau libanais
de temps à autre et, bien
entendu, les couleurs omniprésentes
du Tachnag, dont la
logistique a fait ses
preuves sous la cordée. "Ici
il n’y a pas de parti. Il
y a un seul peuple. Nous
marchons pour nos ancêtres
morts en marchant, pour nos
grands-parents", précise
Hampig (18 ans), venu de
Californie pour "l’Armenian
Pride". Arman
Khatchadourian est fier à
sa manière. Il écrit des
chansons pour la Cause et
porte un uniforme,
"celui-là que portent
les 47 Arméniens, dont 38 médecins,
partis au service des
Irakiens… En Arménie,
nous avons une armée
maintenant, depuis 1991.
Nous n’oublions pas",
assure-t-il. Suren, 22 ans,
y va franco. Il a
personnalisé son tee-shirt,
que plusieurs copains
portent aussi. En lettres
rouges, il dit simplement :
"Le génocide arménien
n’est toujours pas
reconnu. Que la Turquie
aille en enfer !" Suren
s’explique : "Nous
voulons nos droits et nos
terres."
"Ankara doit
s’excuser…"
Les banderoles ne manquent
pas non plus de logique.
Certaines reprennent les
propos d’intellectuels
turcs. L’une d’elles
cite Eren Keskin, directeur
de l’Association des
droits de l’homme à
Istanbul : "Le
gouvernement turc doit
reconnaître le génocide
arménien et
s’excuser." "C’est
là un nouveau problème
pour le gouvernement turc,
raconte Hagop Havatian, du
Comité de la commémoration
du génocide arménien. Les
intellectuels turcs, qui
affirment que leur pays doit
faire face à son histoire
et reconnaître le génocide
arménien, sont de plus en
plus nombreux. Face à ces
voix qui montent, le
gouvernement turc accélère
aujourd’hui l’éradication
de tout vestige arménien,
opération entamée il y a
une quinzaine d’années."
Dans la marée de plus de
cinquante mille personnes,
Davigh (19 ans) est l’une
de celles qui portent un
drapeau frappé d’un cèdre.
"Nous sommes arméniens
de sang, libanais de
nationalité, dit-elle. Nous
n’oublions pas que le
Liban nous a chaleureusement
accueillis."
En ce 24 avril, des commémorations
ont eu lieu partout où la
diaspora arménienne est présente,
c’est-à-dire du Canada
jusqu’à l’Australie, en
traversant l’Europe. En
France, où le génocide a
été reconnu par une loi du
29 janvier 2001, une messe a
été célébrée en mémoire
des martyrs, à Notre-Dame
de Paris, dimanche dernier.
Le Parlement libanais n’a
toujours pas reconnu le génocide.
Mais il a émis, le 11 mai
2000, une recommandation de
reconnaissance. Au stade de
Bourj Hammoud, plusieurs
politiques sont venus saluer
la mémoire des martyrs arméniens
et libanais -
qu’importe ? -. Le
sang a la même couleur. Après
le roulement des tambours,
la flambée des cuivres des
scouts du Homenmen, du
Homentmen et de l’Antranik,
et la mélopée des poèmes
patriotiques, Alexan
Kochkirian a parlé au nom
du Comité de la commémoration,
devant des représentants du
chef de l’Etat, du Premier
ministre et du président de
la Chambre, des ministres
Michel Pharaon et Jean
Oghassabian, de députés
des blocs des FL, du CPL,
des Kataëb, du Hezbollah,
du bloc de Nabih Berry, et
en présence aussi de tous
les parlementaires arméniens
et de l’ambassadeur
d’Arménie, Vahan
Ter-Ghevondian.
La restitution des
terres
Dans son mot, l’ancien
ministre Alain Tabourian a
rappelé que "la
reconnaissance du génocide
par la Turquie, les
compensations matérielles
et la restitution des terres
occupées sont des
conditions sine qua non pour
la paix entre les peuples
arménien et turc".
L’archevêque des arméniens-orthodoxes
au Liban, Kegham Khajerian,
a notamment déclaré :
"Le peuple arménien
n’oubliera pas
l’hospitalité avec
laquelle il a été
accueilli au Liban, comme il
n’oubliera pas les
massacres, gravés dans sa mémoire."
La tradition de marcher pour
commémorer le génocide
remonte au 24 avril 1965,
lorsque les Arméniens sont
partis de Bickfaya pour
atteindre Antélias. Environ
150.000 Arméniens vivent
encore au Liban. Le tiers a
marché hier pour la même
Cause, un simple modèle
d’unité pour un peuple
libanais qui en manque
cruellement.
Aram
Ier demande à la Turquie
d’avoir "la
force de reconnaître le génocide
arménien"
Le
catholicos Aram Ier a demandé
à la Turquie d’avoir
"la force" de
reconnaître le génocide
arménien, dont il a parlé
comme d’une
"tentative
d’annihilation programmée"
des Arméniens de l’Empire
ottoman. Dans un message
adressé à la foule des fidèles
massés dans l’église et
la cour du catholicossat
d’Antélias, Aram Ier a
abordé le thème des
"droits de
l’homme" et celui de
la reconnaissance par la
Turquie moderne des crimes
perpétrés par l’Empire
ottoman, quelques années
avant son effondrement. Aram
Ier a souligné que les
droits de l’homme
"sont les piliers des
Etats développés", de
sorte que là où ils sont
absents, on est sûr de
trouver "la domination
multiforme du mal, dans ses
différents manifestations
et effets". "Les
droits de l’homme ne
viennent pas de l’homme,
mais de Dieu, qui les a conférés
à l’homme", a affirmé
le catholicos, ajoutant que
"le principe du respect
et de l’application des
droits de l’homme doit
constituer une priorité
pour toutes les religions et
tous les peuples".
Par ailleurs, Aram Ier a
affirmé : "La
politique d’annihilation
programmée pratiquée par
les autorités ottomanes en
1915 est une vérité
historique et la politique
de négation pratiquée
aujourd’hui par la Turquie
et certains gouvernements ne
parviendra pas à en
occulter la réalité." "Nous
demandons aujourd’hui à
la Turquie de regarder en
face cette phase de son
histoire passée, d’avoir
la force d’admettre les
erreurs commises par les ancêtres,
et d’admettre
l’existence du génocide
arménien", a dit le
catholicos. "Les faits
et les vérités historiques
sont imprescriptibles, a
repris Aram Ier, et si la
Turquie souhaite occuper une
place en Europe et au sein
de la communauté européenne,
elle doit reconnaître le génocide
arménien."
Des
évêques suisses en Iran
pour délivrer un message de
paix
Durant une
semaine, une délégation de
la Conférence des évêques
suisses effectue une visite
au pays du président
Ahmadinejad. Pour promouvoir
le dialogue interreligieux
par
DELPHINE MINOUI, publié
dans le Temps le 22 avril
2006
A l'heure où
les bruits de bottes
commencent à couvrir les
voix de la diplomatie, une délégation
religieuse suisse effectue,
du 17 au 24 avril, un voyage
en Iran pour délivrer un
message de paix. "Le
but de notre visite est de
promouvoir un dialogue
interreligieux et culturel,
pour aboutir à la concorde
dans le monde", a précisé
vendredi à Téhéran Mgr
Pierre Bürcher, évêque
auxiliaire de Lausanne, Genève
et Fribourg, et président
du groupe "Islam"
de la Conférence des évêques
suisses. Cette visite inédite,
qui a lieu sur fond de crise
internationale liée au nucléaire
iranien, est, insiste-t-il,
"de nature religieuse
et non politique". Pas
question, donc, de commenter
les propos explosifs du président
Ahmadinejad sur
l'enrichissement d'uranium
et l'Holocauste. En
revanche, la délégation a
eu l'occasion de
s'entretenir longuement avec
l'ancien président Mohammad
Khatami qui, à l'inverse de
son successeur, s'est
toujours efforcé de prôner
la non-violence. "J'ai
été impressionné par son
ouverture spirituelle et sa
volonté exprimée de manière
très claire d'œuvrer au
dialogue entre les
civilisations",
remarque Mgr Bürcher.
"Je l'ai senti
soucieux, dans le contexte
mondial actuel, de développer
ce dialogue. Il nous l'a
manifesté comme étant une
urgence en vue de l'établissement
d'une paix durable dans le
monde", poursuit l'évêque.
Ce n'est pas la première
fois que les deux hommes se
rencontrent. En janvier
2004, ils avaient déjà eu
l'occasion de se croiser
lors d'une visite officielle
de Mohammad Khatami, à
Berne, lorsqu'il était
encore président. De cette
première entrevue était née
l'idée d'un échange
culturel et religieux
approfondi entre l'Iran et
la Suisse.
Le
groupe "Islam"
Créé avant les attentats
du 11 septembre, le groupe
"Islam" de la Conférence
des évêques suisses reçut,
ainsi, en septembre dernier,
l'organisation iranienne
"Islamic Culture and
Relations Organisation"
(ICRO) pour amorcer des
discussions
interreligieuses. C'est à
l'invitation de cette même
organisation que la délégation
suisse, composée de dix
personnes, effectue
actuellement un voyage d'une
semaine en Iran, pays à
majorité musulmane chiite.
Depuis son arrivée à Téhéran,
le 17 avril, le groupe s'est
entretenu avec d'importantes
personnalités cléricales
iraniennes, dont l'ayatollah
Araghi, le directeur de l'IRCO.
Vendredi, la délégation
suisse s'est également
rendue dans la ville sainte
de Qom, connue pour être le
"Vatican" du
chiisme. Elle est allée à
l'Institut Imam Khomeiny, a
visité le Centre des
religions et la Grande
Bibliothèque de l'ayatollah
Kashani.
Minorités
religieuses
Vendredi matin, départ pour
Ispahan, ville du centre de
l'Iran, où se trouve une
bonne partie de la communauté
chrétienne iranienne. Car
un des objectifs principaux
du groupe de travail
"Islam", c'est
bien celui de rencontrer les
minorités religieuses,
notamment chrétiennes,
juives et zoroastriennes,
qui constituent
respectivement 0,7%, 0,3% et
0,1% de la population.
Depuis la révolution
islamique de 1979, et
l'application d'une loi
inspirée de la charia, un
grand nombre de leurs
membres ont quitté le pays.
Ces trois minorités sont
chacune représentées par
un député au parlement et
peuvent pratiquer, en privé,
leur culte.
Libertés
restreintes
Mais leurs libertés
demeurent restreintes.
"Les non-musulmans
restent des citoyens de
seconde catégorie. Certes,
les minorités bénéficient
de la liberté de culte,
mais pas dans l'espace
public. Leurs membres sont
sans subside de l'Etat alors
qu'ils subventionnent, par
leur impôt, le culte
musulman. Et puis, ils
continuent à subir des
discriminations sociales.
Ils sont, par exemple,
exclus de l'accès aux
postes de décision",
constate Mgr Bürcher. Quid
des minorités religieuses
non reconnues ? "D'après
les chiffres que j'ai pu
obtenir par recoupement,
elles s'élèvent à environ
170.000 personnes. Elles
sont donc plus nombreuses
que les minorités
reconnues. Il y a les
bouddhistes, les hindouistes
et les bahaïs. Ce sont ces
derniers qui sont dans la
situation la plus fragile et
qui sont poussés à
l'exil", s'inquiète l'évêque.
Pour lui, toutes ces
restrictions, qu'il a
l'intention d'évoquer
ouvertement avec ses
interlocuteurs, "ne
sont pas conformes au droit
international".
Bagdad :
de la fracture religieuse au
bain de sang
Pour les
habitants de la capitale
irakienne, la guerre civile
est une réalité. La
fracture religieuse exacerbe
les tensions
par
FEURAT ALANI, publié dans
Ouest-France le 21 avril
2006
Depuis
l'attentat du 22 février
contre le mausolée chiite
de Samarra, les tensions
entre chiites et sunnites
ont monté d'un cran.
"C'est notre
11-Septembre à nous",
résume le chiite Ali
Dabbagh, membre de la
commission des Affaires étrangères.
La riposte des chiites à
cette attaque, non revendiquée,
n'a pas tardé. L'armée du
Mehdi de Moktada Sadr et les
brigades Badr d'Abdel Aziz
Al-Hakim ont saccagé des
dizaines de mosquées et tué
des centaines de sunnites.
Bagdad vit désormais au
rythme de cette cassure
intercommunautaire. La
capitale irakienne s'est
fractionnée : à
l'Ouest, les sunnites, à
l'Est, les chiites. Dans
chaque quartier, les
habitants ont pris en charge
leur propre sécurité, déployant
des groupes armés autour de
barrages de fortune.
Certains endroits sont
devenus inaccessibles aux "inconnus".
Des "no man's
land" où règne la loi
du talion, oeil pour oeil,
dent pour dent. Lorsqu'un
sunnite est assassiné, un
chiite est tué quelques
heures plus tard. Et vice
versa.
Tout
"inconnu" osant pénétrer
dans un quartier
"ennemi" est sommé
de quitter les lieux sur le
champ, le canon d'une Kalachnikov
sur la tempe. C'est le cas
dans les faubourgs sunnites
d'Amriya, Adhamiya et Khadra,
ainsi que dans les rues
chiites de Sadr City.
Le bastion chiite de Moktada
Sadr vit en autarcie avec
ses quatre millions
d'habitants, gère sa propre
sécurité et filtre les
entrées et les sorties. Au
moindre signal de l'homme au
turban noir, l'armée du
Mehdi franchira la ligne qui
les sépare des autres
quartiers de Bagdad.
"Pour le moment",
prévient l'un de ses
proches, le chef Moktada a
enterré la hache de guerre
et semble privilégier la
voie diplomatique.
Epuration
ethnique
Sunnites
et chiites se livrent, en
fait, une guerre sans merci
par guérilla et escadrons
de la mort interposés.
Chaque nuit, des unités de
la police et de l'armée
irakienne conduisent des opérations
occultes. Il y a quelques
jours, à minuit, dans le
quartier sunnite Adhamiya,
des hommes portant
l'uniforme de l'armée
irakienne ont ratissé la
zone et fait irruption dans
les maisons. Surpris en
plein sommeil, des civils
ont été froidement
assassinés. Le lendemain,
la guérilla sunnite répliquait
à cette action clandestine.
Ainsi, la rue
Omar-Abdel-Aziz était le théâtre
de combats entre soldats
irakiens et moudjahiddines
masqués de leur keffieh.
Le même
genre de scénario se
| | | | | | |