Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

RELIGION  RJLIBAN  N°6  du 26 avril 2006

 
"Les patriarches maronites sont la conscience du Liban et les gardiens de son avenir"
 
Michel Eddé à la cérémonie oratoire à Bkerké pour le 20e anniversaire de l’élection du patriarche Sfeir
 
paru dans l'Orient-le Jour le 20 avril 2006
 
Le 20e anniversaire de l’élection du patriarche Nasrallah Sfeir (le 19 avril 1986) a été marqué, à Bkerké, par un meeting oratoire au cours duquel une dizaine de personnalités de tous horizons, au nombre desquels figuraient des représentants du mufti sunnite de la République et de la présidence du Conseil supérieur chiite, ont rendu un vibrant hommage à la personne du patriarche Sfeir et à son action. La cérémonie a été organisée sous le dôme construit dans la cour extérieure du siège patriarcal, à l’initiative de l’Université Notre-Dame de Louaizé. Ont notamment pris la parole, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, représentant son père, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, et le mufti de Tyr, cheikh Mohammad Balta, représentant le mufti de la République, Mohammad Rachid Kabbani. Des hommages ont également été rendus au patriarche par le président de la Ligue maronite Michel Eddé, le vicaire patriarcal maronite, Mgr Roland Aboujaoudé, l’ancien chef de gouvernement, Sélim Hoss, le P. Boulos Naaman, le journaliste et biographe du patriarche, Antoine Saad, le ministre de la Culture, Tarek Mitri, l’ancien ministre Edmond Rizk, MM. Mohammad Sammak et Abbas Halabi, et les professeurs Mounah Solh et Abdo Kahi.

Parmi les présents, le patriarche arménien-catholique Nercès Bédros, le ministre de l’Education nationale Khaled Kabbani, les chargés d’affaires de la nonciature apostolique et de l’ambassade d’Iran, de nombreux députés, au nombre desquels Mme Sethrida Geagea (Forces libanaises) et Gilberte Zouein (Courant patriotique libre), et le député Nabil Boustany représentant M. Walid Joumblatt. Le chef de l’Église maronite a lui-même saisi l’occasion pour s’adresser à ses hôtes. Il a commencé par les dérider en remerciant, non sans des pointes d’humour, ses proches collaborateurs pour leur dévouement. "Ce sont les chefs qui reçoivent les médailles, mais ce sont des soldats inconnus qui gagnent la bataille", a-t-il dit. Plus gravement, le patriarche a affirmé : "En vingt ans, que de visages ont disparu et que d’autres sont apparus. Nombre de Libanais ont été poussés à l’exode, et nombre d’étrangers les ont remplacés. Nous avons connu l’exode, les drames et l’appauvrissement. Nous avons été ballottés entre espoirs et désillusions. Et au bout du compte, nous sommes toujours divisés, notre vision politique est brumeuse et, disons-le sans fausse honte, si un grand cauchemar a disparu, nous n’avons pas encore trouvé la voie droite et sûre qui relèvera le Liban."

Les grandes étapes

Les intervenants, eux, s’étaient succédé au micro pour relever les grandes étapes du règne patriarcal et l’exceptionnelle intégrité d’un homme qui a toujours su incarner la conscience d’une nation en devenir. Ces grandes étapes politiques étaient, selon les orateurs, l’accord de Taëf (1989), la résistance aux tentatives syriennes d’ébranler les assises du Liban et sa raison d’être, la réconciliation druzo-maronite (2001), la souveraineté retrouvée au terme d’une lutte de cinq ans (septembre 2000 - 26 avril 2005), sans parler de l’effort incessant pour instaurer un équilibre dans l’exercice du pouvoir et réconcilier les Libanais divisés.

A ces étapes doivent s’ajouter les événements purement ecclésiaux, qui ne sont en rien moins importants : la préparation et la tenue du synode sur le Liban (1991-1995), la visite du pape au Liban (1997), les voyages pastoraux aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Europe, les congrès des patriarches catholiques d’Orient et le synode patriarcal maronite, dont la dernière session se tiendra en juin prochain. Sur le plan politique, l’ancien chef de gouvernement, Sélim Hoss, a cité un exemple typique du rôle pacificateur joué par le patriarche sur le plan national. Evoquant une tumultueuse polémique opposant partisans et adversaires d’une paix avec Israël, M. Hoss a affirmé : "Il a suffi au patriarche de dire que le Liban sera le dernier pays arabe à signer la paix avec Israël pour que l’orage cesse, que la tension retombe. L’idée n’était pas la sienne, mais il a suffi qu’il prononce cette phrase pour que la paix revienne."

Clairvoyance et modération

Plusieurs orateurs ont rendu hommage, d’ailleurs, à la clairvoyance et à la modération du patriarche, qui ont permis de toujours éviter les écueils du communautarisme, de pacifier les esprits, d’induire un esprit de réconciliation dans des situations complexes et de faire privilégier les intérêts du Liban. C’est au président de la Ligue maronite, Michel Eddé, que l’on doit l’un des moments les plus émouvants de la cérémonie. Citant la biographie politique du chef de l’Eglise maronite écrite par Antoine Saad, il a rappelé ces mots du patriarche : "J’ai été précédé sur ce siège d’Antioche par 75 patriarches, et beaucoup me succéderont. Il ne sera pas dit que ce chaînon a cédé."

"Voilà les paroles d’un véritable maronite inébranlable et digne qui résument en elles le rôle joué par les maronites dans la constitution du Liban, a vibré Michel Eddé. Dans l’itinéraire de ce patriarche, c’est le rôle fondamental joué par le patriarcat maronite tout entier qui se reflète. Un patriarcat qui est la conscience du Liban et le gardien de son avenir. Voilà le secret du chaînon qui ne cède pas." Signalons pour finir que M. Elias Sfeir, président de la Fondation patriarche Sfeir, qui anime un centre médico-social, a annoncé la création d’un prix patriarche Sfeir qui sera décerné annuellement à une œuvre ayant servi à faire avancer la cause de la paix.
 

 
Mgr Audeh dresse un triste bilan de la situation politique dans le pays
 
Les communautés orthodoxes ont célébré Pâques, dimanche 23 avril
 
paru dans l'Orient-le Jour le 25 avril 2006
 
"Ce qui me fait peur, c’est que les discours politiques ne sont pas fondés la plupart du temps sur la vérité et sur l’amour sincère du pays." Dans l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion des Pâques orthodoxes, le métropolite Elias Audeh a déploré la polémique politique qui fait rage dans le pays et prié pour que les participants au dialogue qui se retrouveront vendredi de nouveau, place de l’Etoile, "retrouvent la bonne voie". Mgr Audeh a célébré à 6h du matin, dimanche, la "hajmé" et la messe pascale, en la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes au centre-ville de Beyrouth, en présence d’une foule de fidèles, dont, notamment, les ministres de la Culture et de l’Environnement, Tarek Mitri et Yaacoub Sarraf, et l’ambassadeur de Grande-Bretagne, James Watt.

Il a consacré une partie de son homélie à la polémique politique qui s’est récemment exacerbée dans le pays. "Les propos creux sont nombreux et nous nous y sommes habitués. La plupart des politiciens échangent des propos creux, causant du tort à leurs compatriotes et au pays, alors que notre peuple souffre. Leurs discours ne rassasient pas les ventres vides et n’édifient pas des Etats", a déploré le métropolite qui s’est en substance interrogé sur les allégeances politiques. Soulignant que "la polémique est destinée à la consommation locale", il a demandé aux fidèles de ne pas prêter l’oreille à ce qui se dit, "sinon vous vous sentirez perdus". "Ils se disputent puis ils se réconcilient comme s’ils regrettaient ce qu’ils avaient dit. Que Dieu leur pardonne. Leurs discours sont destinés à la consommation locale et sont bien loin de la vérité. Chacun d’eux aime sa tribu et ses intérêts. Le pays est le dernier de leurs soucis et celui qui le place en tête de ses priorités est accusé de sanctifier la terre", a-t-il dit, dans ce qui semble être une allusion à un récent discours du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, qui avait reproché à la majorité de "vouloir bientôt sanctifier le Liban".

"Ce qui me fait peur, a poursuivi Mgr Audeh, c’est que les discours politiques ne sont pas fondés la plupart du temps sur la vérité et sur l’amour sincère du pays. Je ne condamne personne. C’est juste une impression tirée de ce que j’entends autour de moi de nos fils qui ne croient plus à ce qu’ils entendent." Il a mis l’accent sur l’amertume ressentie par la population, "la première fois lorsqu’elle voit la situation navrante à laquelle on est arrivé et la deuxième fois lorsqu’elle n’entend rien qui puisse lui permettre d’espérer un avenir meilleur". Au terme de la messe pascale, il est revenu à la charge, déplorant l’état de siège imposé au centre-ville - "je suis moi-même obligé à chaque fois que je viens à la cathédrale de donner mon nom et le numéro de ma voiture à l’agent de garde" - et priant pour que les participants au dialogue "retrouvent la bonne voie et terminent (leurs concertations) avant que nos vies ne se terminent". La veille, le samedi saint, Mgr Audeh avait présidé en soirée en la cathédrale Saint-Georges une cérémonie organisée pour un événement qui a eu lieu pour la première fois : une messe pour la réception d’une des trente-trois flammes sacrées (symbolisant l’âge du Christ) provenant de la tombe de Jésus à Jérusalem.

Le samedi saint de chaque année, l’évêque grec-orthodoxe de Jérusalem entre, vêtu d’une simple soutane blanche, dans la tombe du Christ, située dans l’église de la Résurrection, après avoir été minutieusement fouillé par des musulmans qui s’assurent qu’il ne porte aucun briquet ou allumette sur lui. Sur la pierre où le corps de Jésus avait été étendu, une lampe à huile éteinte est déposée. La mèche s’allume miraculeusement vers midi, au moment où l’évêque récite ses prières, grâce à un feu sacré qui émane de la tombe. A partir de cette lampe, trente-trois bougies sont allumées et envoyées aux quatre coins du monde. L’une d’elles a été envoyée pour la première fois samedi, au Liban, avec une délégation cléricale de Jérusalem. Une foule nombreuse attendait la délégation, place de l’Etoile, où la cathédrale, dont les lumières avaient été éteintes, a brillé de mille feux lorsque les fidèles ont allumé chacun sa bougie de "la lumière sacrée" du cierge de Jérusalem.
 

 

Pâques le même jour pour tous les chrétiens, une idée qui fait son chemin

 

publié par l'AFP le 17 février 2006

 

Le chef de l'Eglise arménienne de Cilicie a proposé à Porto Alegre (Brésil) que tous les chrétiens célèbrent un même jour la fête essentielle du christianisme, Pâques, une idée reprise au bond par un très haut dignitaire catholique, le cardinal Walter Kasper. "J'ai rêvé que toutes les Eglises du monde célèbreraient la résurrection de notre Seigneur commun ensemble, le même jour, comme l'une des expressions visibles de l'unité chrétienne", a déclaré Aram 1er dans son rapport devant l'assemblée générale du Conseil oecuménique des Eglises (COE), qui se tient actuellement à Porto Alegre, et dont il est président.

 

Malgré le schisme de 1054, catholiques et orthodoxes fêtaient Pâques ensemble jusqu'à l'instauration du calendrier grégorien, en 1582, en décalage de 13 jours par rapport à l'ancien calendrier julien, conservé par les orthodoxes. Mais la règle est restée la même, fixée au Concile de Nicée en 325 : Pâques est célébré le premier dimanche qui suit la première pleine lune de printemps. Dès lors, sauf exceptions - comme 2004 et 2007 - les catholiques, protestants, anglicans, les orthodoxes du Patriarcat de Constantinople, qui ont rallié le "grégorien" en 1920, et les arméniens fêtent Pâques plusieurs semaines après les orthodoxes russes, les Coptes, les Ethiopiens.

 

"Cette proposition, et celle (également faite par Aram Ier) de reconnaissance mutuelle des baptêmes seraient des pas énormes" pour l'oecuménisme, a déclaré jeudi en conférence de presse le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens. Interrogé par l'AFP, sur des solutions possibles à une controverse sensible de plus de 500 ans, le cardinal a dit que l'on "pouvait imaginer une date fixe, qui serait le premier dimanche d'avril". Mgr Niphan Sakoly, représentant à Moscou de l'Eglise grecque-orthodoxe s'est dit "d'accord". "Il faut discuter. Avec le langage de l'amour, tout est possible", a-t-il dit. "Une date fixe, c'est bien. Mais je souhaite plus tôt le dimanche compris entre le 15 et le 22 avril, c'est plus logique par rapport à Nicée", affirme le métropolite syrien-orthodoxe Mar Ggeorge Saliba, qui vit au Liban. Mar Coorilas, métropolite malankar (orthodoxe) de Bombay, estime que "c'est une très bonne idée, que, plus tard, les Russes accepteront peut-être". "C'est fini les guerres de calendrier qui ont jalonné notre histoire!", dit Mar Severius Sawirios Malke Mourad, évêque syrien-orthodoxe, à Jérusalem.

 

Chez les Russes et les Coptes, les réticences demeurent fortes. "Pâque ensemble, d'accord, mais en respectant Nicée. Que les occidentaux nous rejoignent ! Nous suivons notre tradition, c'est plus important que plaire à l'opinion publique", estime l'archiprêtre Vsevolod Chaplin, du patriarcat de Moscou. "Nous ne pouvons changer la règle de Nicée", assure l'évêque copte égyptien Antonios Shenouda. "Il faudrait d'abord un Concile, entre orthodoxes, et le dernier remonte à 787", explique Antoine Arjakosky, orthodoxe, directeur de l'Institut d'études oecuméniques d'Ukraine. "Il y a risque que de nouvelles divisions sur la querelle calendaire surgissent chez les orthodoxes. Mais la réforme d'Aram 1er n'est pas impossible. Par le biais du COE, le patriarcat de Moscou peut évoluer", assure-t-il. Des théologiens présents rappelaient que Mgr Joseph Ratzinger, aujourd'hui Benoit XVI, avait participé de 1968 à 1975 à la commission "Foi et institution" du COE, où siègent des catholiques, bien que l'Eglise catholique ne soit pas membre du COE, créé en 1948, et qui rassemble 347 Eglises.

 


 

Le cœur de l’Arménie battait, hier, à Beyrouth
 
50.000 personnes manifestent pour la reconnaissance du génocide
 
par JAD SEMAAN, publié dans l'Orient-le Jour le 25 avril 2006
 
Pour que le monde n’oublie pas, pour que la Turquie finisse par reconnaître le génocide de 1915 et "rende les terres occupées", pour saluer la mémoire des grands-parents, celle "d’un million et demi de martyrs", 50.000 Arméniens ont marché, hier, du catholicossat d’Antélias au stade de Bourj Hammoud où un meeting a été tenu, à l'occasion de la  91e commémoration du génocide d’un million et demi d’Arméniens. Dans le même temps, à Erevan, le président Khotcharian annonçait que l’Arménie continuera à se battre pour que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. En France également, plusieurs milliers de manifestants se sont associés à la cause arménienne.
 
Rien ne décourage un Arménien. Surtout pas la pluie battante d’un Lundi de Pâques. Quatre-vingt et onze ans après, la mémoire est encore fraîche, la colère sourde, la déchirure immense. Sous le slogan "91 ans d’impunité", le peuple arménien du Liban a marché hier du catholicossat d’Antélias jusqu’au stade de Bourj Hammoud. Il ne casse pas de voitures. Il ne brûle rien sur son passage… Sa colère est digne, souriante et pacifique. Ce n’est pas Erevan. C’est juste une autoroute au nord de Beyrouth. Mais ici, si vous ne comprenez pas l’arménien, tant pis pour vous ! Des moins jeunes aux plus jeunes, en passant par les jeunes, ils sont tous là. Des familles, des bébés en poussette et des barbes poivre et sel sont venus pour la Cause. Même Aram Tcholakian - dont l’histoire, qui est devenue récemment un documentaire de télévision, ressemble à celle des grands-parents de milliers d’Arméniens libanais - répond présent et se laisse prendre en photo. Le credo est lisible sur les banderoles : la Turquie doit reconnaître le génocide et dédommager les Arméniens. Il faut dire qu’Ankara ne reconnaît que 300.000 morts arméniennes et réfute (toujours) la thèse d’un génocide. A l’appel des trois partis (Tachnag, Ramgavar et Henchag) et des trois églises (orthodoxe, catholique et protestante), les Arméniens libanais ont commencé la journée du 24 avril par une messe pour le repos des martyrs.

Sous un ciel peu clément, ils ont ensuite marché, un foulard tricolore au cou, avec des étendards arméniens partout, un drapeau libanais de temps à autre et, bien entendu, les couleurs omniprésentes du Tachnag, dont la logistique a fait ses preuves sous la cordée. "Ici il n’y a pas de parti. Il y a un seul peuple. Nous marchons pour nos ancêtres morts en marchant, pour nos grands-parents", précise Hampig (18 ans), venu de Californie pour "l’Armenian Pride". Arman Khatchadourian est fier à sa manière. Il écrit des chansons pour la Cause et porte un uniforme, "celui-là que portent les 47 Arméniens, dont 38 médecins, partis au service des Irakiens… En Arménie, nous avons une armée maintenant, depuis 1991. Nous n’oublions pas", assure-t-il. Suren, 22 ans, y va franco. Il a personnalisé son tee-shirt, que plusieurs copains portent aussi. En lettres rouges, il dit simplement : "Le génocide arménien n’est toujours pas reconnu. Que la Turquie aille en enfer !" Suren s’explique : "Nous voulons nos droits et nos terres."

"Ankara doit s’excuser…"

Les banderoles ne manquent pas non plus de logique. Certaines reprennent les propos d’intellectuels turcs. L’une d’elles cite Eren Keskin, directeur de l’Association des droits de l’homme à Istanbul : "Le gouvernement turc doit reconnaître le génocide arménien et s’excuser." "C’est là un nouveau problème pour le gouvernement turc, raconte Hagop Havatian, du Comité de la commémoration du génocide arménien. Les intellectuels turcs, qui affirment que leur pays doit faire face à son histoire et reconnaître le génocide arménien, sont de plus en plus nombreux. Face à ces voix qui montent, le gouvernement turc accélère aujourd’hui l’éradication de tout vestige arménien, opération entamée il y a une quinzaine d’années." Dans la marée de plus de cinquante mille personnes, Davigh (19 ans) est l’une de celles qui portent un drapeau frappé d’un cèdre. "Nous sommes arméniens de sang, libanais de nationalité, dit-elle. Nous n’oublions pas que le Liban nous a chaleureusement accueillis."

En ce 24 avril, des commémorations ont eu lieu partout où la diaspora arménienne est présente, c’est-à-dire du Canada jusqu’à l’Australie, en traversant l’Europe. En France, où le génocide a été reconnu par une loi du 29 janvier 2001, une messe a été célébrée en mémoire des martyrs, à Notre-Dame de Paris, dimanche dernier. Le Parlement libanais n’a toujours pas reconnu le génocide. Mais il a émis, le 11 mai 2000, une recommandation de reconnaissance. Au stade de Bourj Hammoud, plusieurs politiques sont venus saluer la mémoire des martyrs arméniens et libanais - qu’importe ? -. Le sang a la même couleur. Après le roulement des tambours, la flambée des cuivres des scouts du Homenmen, du Homentmen et de l’Antranik, et la mélopée des poèmes patriotiques, Alexan Kochkirian a parlé au nom du Comité de la commémoration, devant des représentants du chef de l’Etat, du Premier ministre et du président de la Chambre, des ministres Michel Pharaon et Jean Oghassabian, de députés des blocs des FL, du CPL, des Kataëb, du Hezbollah, du bloc de Nabih Berry, et en présence aussi de tous les parlementaires arméniens et de l’ambassadeur d’Arménie, Vahan Ter-Ghevondian.

La restitution des terres

Dans son mot, l’ancien ministre Alain Tabourian a rappelé que "la reconnaissance du génocide par la Turquie, les compensations matérielles et la restitution des terres occupées sont des conditions sine qua non pour la paix entre les peuples arménien et turc". L’archevêque des arméniens-orthodoxes au Liban, Kegham Khajerian, a notamment déclaré : "Le peuple arménien n’oubliera pas l’hospitalité avec laquelle il a été accueilli au Liban, comme il n’oubliera pas les massacres, gravés dans sa mémoire." La tradition de marcher pour commémorer le génocide remonte au 24 avril 1965, lorsque les Arméniens sont partis de Bickfaya pour atteindre Antélias. Environ 150.000 Arméniens vivent encore au Liban. Le tiers a marché hier pour la même Cause, un simple modèle d’unité pour un peuple libanais qui en manque cruellement.

Aram Ier demande à la Turquie d’avoir "la force de reconnaître le génocide arménien"
 
Le catholicos Aram Ier a demandé à la Turquie d’avoir "la force" de reconnaître le génocide arménien, dont il a parlé comme d’une "tentative d’annihilation programmée" des Arméniens de l’Empire ottoman. Dans un message adressé à la foule des fidèles massés dans l’église et la cour du catholicossat d’Antélias, Aram Ier a abordé le thème des "droits de l’homme" et celui de la reconnaissance par la Turquie moderne des crimes perpétrés par l’Empire ottoman, quelques années avant son effondrement. Aram Ier a souligné que les droits de l’homme "sont les piliers des Etats développés", de sorte que là où ils sont absents, on est sûr de trouver "la domination multiforme du mal, dans ses différents manifestations et effets". "Les droits de l’homme ne viennent pas de l’homme, mais de Dieu, qui les a conférés à l’homme", a affirmé le catholicos, ajoutant que "le principe du respect et de l’application des droits de l’homme doit constituer une priorité pour toutes les religions et tous les peuples".

Par ailleurs, Aram Ier a affirmé : "La politique d’annihilation programmée pratiquée par les autorités ottomanes en 1915 est une vérité historique et la politique de négation pratiquée aujourd’hui par la Turquie et certains gouvernements ne parviendra pas à en occulter la réalité." "Nous demandons aujourd’hui à la Turquie de regarder en face cette phase de son histoire passée, d’avoir la force d’admettre les erreurs commises par les ancêtres, et d’admettre l’existence du génocide arménien", a dit le catholicos. "Les faits et les vérités historiques sont imprescriptibles, a repris Aram Ier, et si la Turquie souhaite occuper une place en Europe et au sein de la communauté européenne, elle doit reconnaître le génocide arménien."
 

 

Des évêques suisses en Iran pour délivrer un message de paix
 
Durant une semaine, une délégation de la Conférence des évêques suisses effectue une visite au pays du président Ahmadinejad. Pour promouvoir le dialogue interreligieux
 
par DELPHINE MINOUI, publié dans le Temps le 22 avril 2006
 
A l'heure où les bruits de bottes commencent à couvrir les voix de la diplomatie, une délégation religieuse suisse effectue, du 17 au 24 avril, un voyage en Iran pour délivrer un message de paix. "Le but de notre visite est de promouvoir un dialogue interreligieux et culturel, pour aboutir à la concorde dans le monde", a précisé vendredi à Téhéran Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, et président du groupe "Islam" de la Conférence des évêques suisses. Cette visite inédite, qui a lieu sur fond de crise internationale liée au nucléaire iranien, est, insiste-t-il, "de nature religieuse et non politique". Pas question, donc, de commenter les propos explosifs du président Ahmadinejad sur l'enrichissement d'uranium et l'Holocauste. En revanche, la délégation a eu l'occasion de s'entretenir longuement avec l'ancien président Mohammad Khatami qui, à l'inverse de son successeur, s'est toujours efforcé de prôner la non-violence. "J'ai été impressionné par son ouverture spirituelle et sa volonté exprimée de manière très claire d'œuvrer au dialogue entre les civilisations", remarque Mgr Bürcher. "Je l'ai senti soucieux, dans le contexte mondial actuel, de développer ce dialogue. Il nous l'a manifesté comme étant une urgence en vue de l'établissement d'une paix durable dans le monde", poursuit l'évêque.

Ce n'est pas la première fois que les deux hommes se rencontrent. En janvier 2004, ils avaient déjà eu l'occasion de se croiser lors d'une visite officielle de Mohammad Khatami, à Berne, lorsqu'il était encore président. De cette première entrevue était née l'idée d'un échange culturel et religieux approfondi entre l'Iran et la Suisse.
 
Le groupe "Islam"

Créé avant les attentats du 11 septembre, le groupe "Islam" de la Conférence des évêques suisses reçut, ainsi, en septembre dernier, l'organisation iranienne "Islamic Culture and Relations Organisation" (ICRO) pour amorcer des discussions interreligieuses. C'est à l'invitation de cette même organisation que la délégation suisse, composée de dix personnes, effectue actuellement un voyage d'une semaine en Iran, pays à majorité musulmane chiite. Depuis son arrivée à Téhéran, le 17 avril, le groupe s'est entretenu avec d'importantes personnalités cléricales iraniennes, dont l'ayatollah Araghi, le directeur de l'IRCO. Vendredi, la délégation suisse s'est également rendue dans la ville sainte de Qom, connue pour être le "Vatican" du chiisme. Elle est allée à l'Institut Imam Khomeiny, a visité le Centre des religions et la Grande Bibliothèque de l'ayatollah Kashani.

Minorités religieuses

Vendredi matin, départ pour Ispahan, ville du centre de l'Iran, où se trouve une bonne partie de la communauté chrétienne iranienne. Car un des objectifs principaux du groupe de travail "Islam", c'est bien celui de rencontrer les minorités religieuses, notamment chrétiennes, juives et zoroastriennes, qui constituent respectivement 0,7%, 0,3% et 0,1% de la population. Depuis la révolution islamique de 1979, et l'application d'une loi inspirée de la charia, un grand nombre de leurs membres ont quitté le pays. Ces trois minorités sont chacune représentées par un député au parlement et peuvent pratiquer, en privé, leur culte.

Libertés restreintes

Mais leurs libertés demeurent restreintes. "Les non-musulmans restent des citoyens de seconde catégorie. Certes, les minorités bénéficient de la liberté de culte, mais pas dans l'espace public. Leurs membres sont sans subside de l'Etat alors qu'ils subventionnent, par leur impôt, le culte musulman. Et puis, ils continuent à subir des discriminations sociales. Ils sont, par exemple, exclus de l'accès aux postes de décision", constate Mgr Bürcher. Quid des minorités religieuses non reconnues ? "D'après les chiffres que j'ai pu obtenir par recoupement, elles s'élèvent à environ 170.000 personnes. Elles sont donc plus nombreuses que les minorités reconnues. Il y a les bouddhistes, les hindouistes et les bahaïs. Ce sont ces derniers qui sont dans la situation la plus fragile et qui sont poussés à l'exil", s'inquiète l'évêque. Pour lui, toutes ces restrictions, qu'il a l'intention d'évoquer ouvertement avec ses interlocuteurs, "ne sont pas conformes au droit international".
 

 
Bagdad : de la fracture religieuse au bain de sang
 
Pour les habitants de la capitale irakienne, la guerre civile est une réalité. La fracture religieuse exacerbe les tensions
 
par FEURAT ALANI, publié dans Ouest-France le 21 avril 2006
 
Depuis l'attentat du 22 février contre le mausolée chiite de Samarra, les tensions entre chiites et sunnites ont monté d'un cran. "C'est notre 11-Septembre à nous", résume le chiite Ali Dabbagh, membre de la commission des Affaires étrangères. La riposte des chiites à cette attaque, non revendiquée, n'a pas tardé. L'armée du Mehdi de Moktada Sadr et les brigades Badr d'Abdel Aziz Al-Hakim ont saccagé des dizaines de mosquées et tué des centaines de sunnites. Bagdad vit désormais au rythme de cette cassure intercommunautaire. La capitale irakienne s'est fractionnée : à l'Ouest, les sunnites, à l'Est, les chiites. Dans chaque quartier, les habitants ont pris en charge leur propre sécurité, déployant des groupes armés autour de barrages de fortune. Certains endroits sont devenus inaccessibles aux "inconnus". Des "no man's land" où règne la loi du talion, oeil pour oeil, dent pour dent. Lorsqu'un sunnite est assassiné, un chiite est tué quelques heures plus tard. Et vice versa.

 

Tout "inconnu" osant pénétrer dans un quartier "ennemi" est sommé de quitter les lieux sur le champ, le canon d'une Kalachnikov sur la tempe. C'est le cas dans les faubourgs sunnites d'Amriya, Adhamiya et Khadra, ainsi que dans les rues chiites de Sadr City. Le bastion chiite de Moktada Sadr vit en autarcie avec ses quatre millions d'habitants, gère sa propre sécurité et filtre les entrées et les sorties. Au moindre signal de l'homme au turban noir, l'armée du Mehdi franchira la ligne qui les sépare des autres quartiers de Bagdad. "Pour le moment", prévient l'un de ses proches, le chef Moktada a enterré la hache de guerre et semble privilégier la voie diplomatique.

 

Epuration ethnique

 

Sunnites et chiites se livrent, en fait, une guerre sans merci par guérilla et escadrons de la mort interposés. Chaque nuit, des unités de la police et de l'armée irakienne conduisent des opérations occultes. Il y a quelques jours, à minuit, dans le quartier sunnite Adhamiya, des hommes portant l'uniforme de l'armée irakienne ont ratissé la zone et fait irruption dans les maisons. Surpris en plein sommeil, des civils ont été froidement assassinés. Le lendemain, la guérilla sunnite répliquait à cette action clandestine. Ainsi, la rue Omar-Abdel-Aziz était le théâtre de combats entre soldats irakiens et moudjahiddines masqués de leur keffieh.

 

Le même genre de scénario se