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RELIGION  RJLIBAN  N°6  du 26 avril 2006

 
"Les patriarches maronites sont la conscience du Liban et les gardiens de son avenir"
 
Michel Eddé à la cérémonie oratoire à Bkerké pour le 20e anniversaire de l’élection du patriarche Sfeir
 
paru dans l'Orient-le Jour le 20 avril 2006
 
Le 20e anniversaire de l’élection du patriarche Nasrallah Sfeir (le 19 avril 1986) a été marqué, à Bkerké, par un meeting oratoire au cours duquel une dizaine de personnalités de tous horizons, au nombre desquels figuraient des représentants du mufti sunnite de la République et de la présidence du Conseil supérieur chiite, ont rendu un vibrant hommage à la personne du patriarche Sfeir et à son action. La cérémonie a été organisée sous le dôme construit dans la cour extérieure du siège patriarcal, à l’initiative de l’Université Notre-Dame de Louaizé. Ont notamment pris la parole, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, représentant son père, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, et le mufti de Tyr, cheikh Mohammad Balta, représentant le mufti de la République, Mohammad Rachid Kabbani. Des hommages ont également été rendus au patriarche par le président de la Ligue maronite Michel Eddé, le vicaire patriarcal maronite, Mgr Roland Aboujaoudé, l’ancien chef de gouvernement, Sélim Hoss, le P. Boulos Naaman, le journaliste et biographe du patriarche, Antoine Saad, le ministre de la Culture, Tarek Mitri, l’ancien ministre Edmond Rizk, MM. Mohammad Sammak et Abbas Halabi, et les professeurs Mounah Solh et Abdo Kahi.

Parmi les présents, le patriarche arménien-catholique Nercès Bédros, le ministre de l’Education nationale Khaled Kabbani, les chargés d’affaires de la nonciature apostolique et de l’ambassade d’Iran, de nombreux députés, au nombre desquels Mme Sethrida Geagea (Forces libanaises) et Gilberte Zouein (Courant patriotique libre), et le député Nabil Boustany représentant M. Walid Joumblatt. Le chef de l’Église maronite a lui-même saisi l’occasion pour s’adresser à ses hôtes. Il a commencé par les dérider en remerciant, non sans des pointes d’humour, ses proches collaborateurs pour leur dévouement. "Ce sont les chefs qui reçoivent les médailles, mais ce sont des soldats inconnus qui gagnent la bataille", a-t-il dit. Plus gravement, le patriarche a affirmé : "En vingt ans, que de visages ont disparu et que d’autres sont apparus. Nombre de Libanais ont été poussés à l’exode, et nombre d’étrangers les ont remplacés. Nous avons connu l’exode, les drames et l’appauvrissement. Nous avons été ballottés entre espoirs et désillusions. Et au bout du compte, nous sommes toujours divisés, notre vision politique est brumeuse et, disons-le sans fausse honte, si un grand cauchemar a disparu, nous n’avons pas encore trouvé la voie droite et sûre qui relèvera le Liban."

Les grandes étapes

Les intervenants, eux, s’étaient succédé au micro pour relever les grandes étapes du règne patriarcal et l’exceptionnelle intégrité d’un homme qui a toujours su incarner la conscience d’une nation en devenir. Ces grandes étapes politiques étaient, selon les orateurs, l’accord de Taëf (1989), la résistance aux tentatives syriennes d’ébranler les assises du Liban et sa raison d’être, la réconciliation druzo-maronite (2001), la souveraineté retrouvée au terme d’une lutte de cinq ans (septembre 2000 - 26 avril 2005), sans parler de l’effort incessant pour instaurer un équilibre dans l’exercice du pouvoir et réconcilier les Libanais divisés.

A ces étapes doivent s’ajouter les événements purement ecclésiaux, qui ne sont en rien moins importants : la préparation et la tenue du synode sur le Liban (1991-1995), la visite du pape au Liban (1997), les voyages pastoraux aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Europe, les congrès des patriarches catholiques d’Orient et le synode patriarcal maronite, dont la dernière session se tiendra en juin prochain. Sur le plan politique, l’ancien chef de gouvernement, Sélim Hoss, a cité un exemple typique du rôle pacificateur joué par le patriarche sur le plan national. Evoquant une tumultueuse polémique opposant partisans et adversaires d’une paix avec Israël, M. Hoss a affirmé : "Il a suffi au patriarche de dire que le Liban sera le dernier pays arabe à signer la paix avec Israël pour que l’orage cesse, que la tension retombe. L’idée n’était pas la sienne, mais il a suffi qu’il prononce cette phrase pour que la paix revienne."

Clairvoyance et modération

Plusieurs orateurs ont rendu hommage, d’ailleurs, à la clairvoyance et à la modération du patriarche, qui ont permis de toujours éviter les écueils du communautarisme, de pacifier les esprits, d’induire un esprit de réconciliation dans des situations complexes et de faire privilégier les intérêts du Liban. C’est au président de la Ligue maronite, Michel Eddé, que l’on doit l’un des moments les plus émouvants de la cérémonie. Citant la biographie politique du chef de l’Eglise maronite écrite par Antoine Saad, il a rappelé ces mots du patriarche : "J’ai été précédé sur ce siège d’Antioche par 75 patriarches, et beaucoup me succéderont. Il ne sera pas dit que ce chaînon a cédé."

"Voilà les paroles d’un véritable maronite inébranlable et digne qui résument en elles le rôle joué par les maronites dans la constitution du Liban, a vibré Michel Eddé. Dans l’itinéraire de ce patriarche, c’est le rôle fondamental joué par le patriarcat maronite tout entier qui se reflète. Un patriarcat qui est la conscience du Liban et le gardien de son avenir. Voilà le secret du chaînon qui ne cède pas." Signalons pour finir que M. Elias Sfeir, président de la Fondation patriarche Sfeir, qui anime un centre médico-social, a annoncé la création d’un prix patriarche Sfeir qui sera décerné annuellement à une œuvre ayant servi à faire avancer la cause de la paix.
 

 
Mgr Audeh dresse un triste bilan de la situation politique dans le pays
 
Les communautés orthodoxes ont célébré Pâques, dimanche 23 avril
 
paru dans l'Orient-le Jour le 25 avril 2006
 
"Ce qui me fait peur, c’est que les discours politiques ne sont pas fondés la plupart du temps sur la vérité et sur l’amour sincère du pays." Dans l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion des Pâques orthodoxes, le métropolite Elias Audeh a déploré la polémique politique qui fait rage dans le pays et prié pour que les participants au dialogue qui se retrouveront vendredi de nouveau, place de l’Etoile, "retrouvent la bonne voie". Mgr Audeh a célébré à 6h du matin, dimanche, la "hajmé" et la messe pascale, en la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes au centre-ville de Beyrouth, en présence d’une foule de fidèles, dont, notamment, les ministres de la Culture et de l’Environnement, Tarek Mitri et Yaacoub Sarraf, et l’ambassadeur de Grande-Bretagne, James Watt.

Il a consacré une partie de son homélie à la polémique politique qui s’est récemment exacerbée dans le pays. "Les propos creux sont nombreux et nous nous y sommes habitués. La plupart des politiciens échangent des propos creux, causant du tort à leurs compatriotes et au pays, alors que notre peuple souffre. Leurs discours ne rassasient pas les ventres vides et n’édifient pas des Etats", a déploré le métropolite qui s’est en substance interrogé sur les allégeances politiques. Soulignant que "la polémique est destinée à la consommation locale", il a demandé aux fidèles de ne pas prêter l’oreille à ce qui se dit, "sinon vous vous sentirez perdus". "Ils se disputent puis ils se réconcilient comme s’ils regrettaient ce qu’ils avaient dit. Que Dieu leur pardonne. Leurs discours sont destinés à la consommation locale et sont bien loin de la vérité. Chacun d’eux aime sa tribu et ses intérêts. Le pays est le dernier de leurs soucis et celui qui le place en tête de ses priorités est accusé de sanctifier la terre", a-t-il dit, dans ce qui semble être une allusion à un récent discours du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, qui avait reproché à la majorité de "vouloir bientôt sanctifier le Liban".

"Ce qui me fait peur, a poursuivi Mgr Audeh, c’est que les discours politiques ne sont pas fondés la plupart du temps sur la vérité et sur l’amour sincère du pays. Je ne condamne personne. C’est juste une impression tirée de ce que j’entends autour de moi de nos fils qui ne croient plus à ce qu’ils entendent." Il a mis l’accent sur l’amertume ressentie par la population, "la première fois lorsqu’elle voit la situation navrante à laquelle on est arrivé et la deuxième fois lorsqu’elle n’entend rien qui puisse lui permettre d’espérer un avenir meilleur". Au terme de la messe pascale, il est revenu à la charge, déplorant l’état de siège imposé au centre-ville - "je suis moi-même obligé à chaque fois que je viens à la cathédrale de donner mon nom et le numéro de ma voiture à l’agent de garde" - et priant pour que les participants au dialogue "retrouvent la bonne voie et terminent (leurs concertations) avant que nos vies ne se terminent". La veille, le samedi saint, Mgr Audeh avait présidé en soirée en la cathédrale Saint-Georges une cérémonie organisée pour un événement qui a eu lieu pour la première fois : une messe pour la réception d’une des trente-trois flammes sacrées (symbolisant l’âge du Christ) provenant de la tombe de Jésus à Jérusalem.

Le samedi saint de chaque année, l’évêque grec-orthodoxe de Jérusalem entre, vêtu d’une simple soutane blanche, dans la tombe du Christ, située dans l’église de la Résurrection, après avoir été minutieusement fouillé par des musulmans qui s’assurent qu’il ne porte aucun briquet ou allumette sur lui. Sur la pierre où le corps de Jésus avait été étendu, une lampe à huile éteinte est déposée. La mèche s’allume miraculeusement vers midi, au moment où l’évêque récite ses prières, grâce à un feu sacré qui émane de la tombe. A partir de cette lampe, trente-trois bougies sont allumées et envoyées aux quatre coins du monde. L’une d’elles a été envoyée pour la première fois samedi, au Liban, avec une délégation cléricale de Jérusalem. Une foule nombreuse attendait la délégation, place de l’Etoile, où la cathédrale, dont les lumières avaient été éteintes, a brillé de mille feux lorsque les fidèles ont allumé chacun sa bougie de "la lumière sacrée" du cierge de Jérusalem.
 

 

Pâques le même jour pour tous les chrétiens, une idée qui fait son chemin

 

publié par l'AFP le 17 février 2006

 

Le chef de l'Eglise arménienne de Cilicie a proposé à Porto Alegre (Brésil) que tous les chrétiens célèbrent un même jour la fête essentielle du christianisme, Pâques, une idée reprise au bond par un très haut dignitaire catholique, le cardinal Walter Kasper. "J'ai rêvé que toutes les Eglises du monde célèbreraient la résurrection de notre Seigneur commun ensemble, le même jour, comme l'une des expressions visibles de l'unité chrétienne", a déclaré Aram 1er dans son rapport devant l'assemblée générale du Conseil oecuménique des Eglises (COE), qui se tient actuellement à Porto Alegre, et dont il est président.

 

Malgré le schisme de 1054, catholiques et orthodoxes fêtaient Pâques ensemble jusqu'à l'instauration du calendrier grégorien, en 1582, en décalage de 13 jours par rapport à l'ancien calendrier julien, conservé par les orthodoxes. Mais la règle est restée la même, fixée au Concile de Nicée en 325 : Pâques est célébré le premier dimanche qui suit la première pleine lune de printemps. Dès lors, sauf exceptions - comme 2004 et 2007 - les catholiques, protestants, anglicans, les orthodoxes du Patriarcat de Constantinople, qui ont rallié le "grégorien" en 1920, et les arméniens fêtent Pâques plusieurs semaines après les orthodoxes russes, les Coptes, les Ethiopiens.

 

"Cette proposition, et celle (également faite par Aram Ier) de reconnaissance mutuelle des baptêmes seraient des pas énormes" pour l'oecuménisme, a déclaré jeudi en conférence de presse le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens. Interrogé par l'AFP, sur des solutions possibles à une controverse sensible de plus de 500 ans, le cardinal a dit que l'on "pouvait imaginer une date fixe, qui serait le premier dimanche d'avril". Mgr Niphan Sakoly, représentant à Moscou de l'Eglise grecque-orthodoxe s'est dit "d'accord". "Il faut discuter. Avec le langage de l'amour, tout est possible", a-t-il dit. "Une date fixe, c'est bien. Mais je souhaite plus tôt le dimanche compris entre le 15 et le 22 avril, c'est plus logique par rapport à Nicée", affirme le métropolite syrien-orthodoxe Mar Ggeorge Saliba, qui vit au Liban. Mar Coorilas, métropolite malankar (orthodoxe) de Bombay, estime que "c'est une très bonne idée, que, plus tard, les Russes accepteront peut-être". "C'est fini les guerres de calendrier qui ont jalonné notre histoire!", dit Mar Severius Sawirios Malke Mourad, évêque syrien-orthodoxe, à Jérusalem.

 

Chez les Russes et les Coptes, les réticences demeurent fortes. "Pâque ensemble, d'accord, mais en respectant Nicée. Que les occidentaux nous rejoignent ! Nous suivons notre tradition, c'est plus important que plaire à l'opinion publique", estime l'archiprêtre Vsevolod Chaplin, du patriarcat de Moscou. "Nous ne pouvons changer la règle de Nicée", assure l'évêque copte égyptien Antonios Shenouda. "Il faudrait d'abord un Concile, entre orthodoxes, et le dernier remonte à 787", explique Antoine Arjakosky, orthodoxe, directeur de l'Institut d'études oecuméniques d'Ukraine. "Il y a risque que de nouvelles divisions sur la querelle calendaire surgissent chez les orthodoxes. Mais la réforme d'Aram 1er n'est pas impossible. Par le biais du COE, le patriarcat de Moscou peut évoluer", assure-t-il. Des théologiens présents rappelaient que Mgr Joseph Ratzinger, aujourd'hui Benoit XVI, avait participé de 1968 à 1975 à la commission "Foi et institution" du COE, où siègent des catholiques, bien que l'Eglise catholique ne soit pas membre du COE, créé en 1948, et qui rassemble 347 Eglises.

 


 

Le cœur de l’Arménie battait, hier, à Beyrouth
 
50.000 personnes manifestent pour la reconnaissance du génocide
 
par JAD SEMAAN, publié dans l'Orient-le Jour le 25 avril 2006
 
Pour que le monde n’oublie pas, pour que la Turquie finisse par reconnaître le génocide de 1915 et "rende les terres occupées", pour saluer la mémoire des grands-parents, celle "d’un million et demi de martyrs", 50.000 Arméniens ont marché, hier, du catholicossat d’Antélias au stade de Bourj Hammoud où un meeting a été tenu, à l'occasion de la  91e commémoration du génocide d’un million et demi d’Arméniens. Dans le même temps, à Erevan, le président Khotcharian annonçait que l’Arménie continuera à se battre pour que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. En France également, plusieurs milliers de manifestants se sont associés à la cause arménienne.
 
Rien ne décourage un Arménien. Surtout pas la pluie battante d’un Lundi de Pâques. Quatre-vingt et onze ans après, la mémoire est encore fraîche, la colère sourde, la déchirure immense. Sous le slogan "91 ans d’impunité", le peuple arménien du Liban a marché hier du catholicossat d’Antélias jusqu’au stade de Bourj Hammoud. Il ne casse pas de voitures. Il ne brûle rien sur son passage… Sa colère est digne, souriante et pacifique. Ce n’est pas Erevan. C’est juste une autoroute au nord de Beyrouth. Mais ici, si vous ne comprenez pas l’arménien, tant pis pour vous ! Des moins jeunes aux plus jeunes, en passant par les jeunes, ils sont tous là. Des familles, des bébés en poussette et des barbes poivre et sel sont venus pour la Cause. Même Aram Tcholakian - dont l’histoire, qui est devenue récemment un documentaire de télévision, ressemble à celle des grands-parents de milliers d’Arméniens libanais - répond présent et se laisse prendre en photo. Le credo est lisible sur les banderoles : la Turquie doit reconnaître le génocide et dédommager les Arméniens. Il faut dire qu’Ankara ne reconnaît que 300.000 morts arméniennes et réfute (toujours) la thèse d’un génocide. A l’appel des trois partis (Tachnag, Ramgavar et Henchag) et des trois églises (orthodoxe, catholique et protestante), les Arméniens libanais ont commencé la journée du 24 avril par une messe pour le repos des martyrs.

Sous un ciel peu clément, ils ont ensuite marché, un foulard tricolore au cou, avec des étendards arméniens partout, un drapeau libanais de temps à autre et, bien entendu, les couleurs omniprésentes du Tachnag, dont la logistique a fait ses preuves sous la cordée. "Ici il n’y a pas de parti. Il y a un seul peuple. Nous marchons pour nos ancêtres morts en marchant, pour nos grands-parents", précise Hampig (18 ans), venu de Californie pour "l’Armenian Pride". Arman Khatchadourian est fier à sa manière. Il écrit des chansons pour la Cause et porte un uniforme, "celui-là que portent les 47 Arméniens, dont 38 médecins, partis au service des Irakiens… En Arménie, nous avons une armée maintenant, depuis 1991. Nous n’oublions pas", assure-t-il. Suren, 22 ans, y va franco. Il a personnalisé son tee-shirt, que plusieurs copains portent aussi. En lettres rouges, il dit simplement : "Le génocide arménien n’est toujours pas reconnu. Que la Turquie aille en enfer !" Suren s’explique : "Nous voulons nos droits et nos terres."

"Ankara doit s’excuser…"

Les banderoles ne manquent pas non plus de logique. Certaines reprennent les propos d’intellectuels turcs. L’une d’elles cite Eren Keskin, directeur de l’Association des droits de l’homme à Istanbul : "Le gouvernement turc doit reconnaître le génocide arménien et s’excuser." "C’est là un nouveau problème pour le gouvernement turc, raconte Hagop Havatian, du Comité de la commémoration du génocide arménien. Les intellectuels turcs, qui affirment que leur pays doit faire face à son histoire et reconnaître le génocide arménien, sont de plus en plus nombreux. Face à ces voix qui montent, le gouvernement turc accélère aujourd’hui l’éradication de tout vestige arménien, opération entamée il y a une quinzaine d’années." Dans la marée de plus de cinquante mille personnes, Davigh (19 ans) est l’une de celles qui portent un drapeau frappé d’un cèdre. "Nous sommes arméniens de sang, libanais de nationalité, dit-elle. Nous n’oublions pas que le Liban nous a chaleureusement accueillis."

En ce 24 avril, des commémorations ont eu lieu partout où la diaspora arménienne est présente, c’est-à-dire du Canada jusqu’à l’Australie, en traversant l’Europe. En France, où le génocide a été reconnu par une loi du 29 janvier 2001, une messe a été célébrée en mémoire des martyrs, à Notre-Dame de Paris, dimanche dernier. Le Parlement libanais n’a toujours pas reconnu le génocide. Mais il a émis, le 11 mai 2000, une recommandation de reconnaissance. Au stade de Bourj Hammoud, plusieurs politiques sont venus saluer la mémoire des martyrs arméniens et libanais - qu’importe ? -. Le sang a la même couleur. Après le roulement des tambours, la flambée des cuivres des scouts du Homenmen, du Homentmen et de l’Antranik, et la mélopée des poèmes patriotiques, Alexan Kochkirian a parlé au nom du Comité de la commémoration, devant des représentants du chef de l’Etat, du Premier ministre et du président de la Chambre, des ministres Michel Pharaon et Jean Oghassabian, de députés des blocs des FL, du CPL, des Kataëb, du Hezbollah, du bloc de Nabih Berry, et en présence aussi de tous les parlementaires arméniens et de l’ambassadeur d’Arménie, Vahan Ter-Ghevondian.

La restitution des terres

Dans son mot, l’ancien ministre Alain Tabourian a rappelé que "la reconnaissance du génocide par la Turquie, les compensations matérielles et la restitution des terres occupées sont des conditions sine qua non pour la paix entre les peuples arménien et turc". L’archevêque des arméniens-orthodoxes au Liban, Kegham Khajerian, a notamment déclaré : "Le peuple arménien n’oubliera pas l’hospitalité avec laquelle il a été accueilli au Liban, comme il n’oubliera pas les massacres, gravés dans sa mémoire." La tradition de marcher pour commémorer le génocide remonte au 24 avril 1965, lorsque les Arméniens sont partis de Bickfaya pour atteindre Antélias. Environ 150.000 Arméniens vivent encore au Liban. Le tiers a marché hier pour la même Cause, un simple modèle d’unité pour un peuple libanais qui en manque cruellement.

Aram Ier demande à la Turquie d’avoir "la force de reconnaître le génocide arménien"
 
Le catholicos Aram Ier a demandé à la Turquie d’avoir "la force" de reconnaître le génocide arménien, dont il a parlé comme d’une "tentative d’annihilation programmée" des Arméniens de l’Empire ottoman. Dans un message adressé à la foule des fidèles massés dans l’église et la cour du catholicossat d’Antélias, Aram Ier a abordé le thème des "droits de l’homme" et celui de la reconnaissance par la Turquie moderne des crimes perpétrés par l’Empire ottoman, quelques années avant son effondrement. Aram Ier a souligné que les droits de l’homme "sont les piliers des Etats développés", de sorte que là où ils sont absents, on est sûr de trouver "la domination multiforme du mal, dans ses différents manifestations et effets". "Les droits de l’homme ne viennent pas de l’homme, mais de Dieu, qui les a conférés à l’homme", a affirmé le catholicos, ajoutant que "le principe du respect et de l’application des droits de l’homme doit constituer une priorité pour toutes les religions et tous les peuples".

Par ailleurs, Aram Ier a affirmé : "La politique d’annihilation programmée pratiquée par les autorités ottomanes en 1915 est une vérité historique et la politique de négation pratiquée aujourd’hui par la Turquie et certains gouvernements ne parviendra pas à en occulter la réalité." "Nous demandons aujourd’hui à la Turquie de regarder en face cette phase de son histoire passée, d’avoir la force d’admettre les erreurs commises par les ancêtres, et d’admettre l’existence du génocide arménien", a dit le catholicos. "Les faits et les vérités historiques sont imprescriptibles, a repris Aram Ier, et si la Turquie souhaite occuper une place en Europe et au sein de la communauté européenne, elle doit reconnaître le génocide arménien."
 

 

Des évêques suisses en Iran pour délivrer un message de paix
 
Durant une semaine, une délégation de la Conférence des évêques suisses effectue une visite au pays du président Ahmadinejad. Pour promouvoir le dialogue interreligieux
 
par DELPHINE MINOUI, publié dans le Temps le 22 avril 2006
 
A l'heure où les bruits de bottes commencent à couvrir les voix de la diplomatie, une délégation religieuse suisse effectue, du 17 au 24 avril, un voyage en Iran pour délivrer un message de paix. "Le but de notre visite est de promouvoir un dialogue interreligieux et culturel, pour aboutir à la concorde dans le monde", a précisé vendredi à Téhéran Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, et président du groupe "Islam" de la Conférence des évêques suisses. Cette visite inédite, qui a lieu sur fond de crise internationale liée au nucléaire iranien, est, insiste-t-il, "de nature religieuse et non politique". Pas question, donc, de commenter les propos explosifs du président Ahmadinejad sur l'enrichissement d'uranium et l'Holocauste. En revanche, la délégation a eu l'occasion de s'entretenir longuement avec l'ancien président Mohammad Khatami qui, à l'inverse de son successeur, s'est toujours efforcé de prôner la non-violence. "J'ai été impressionné par son ouverture spirituelle et sa volonté exprimée de manière très claire d'œuvrer au dialogue entre les civilisations", remarque Mgr Bürcher. "Je l'ai senti soucieux, dans le contexte mondial actuel, de développer ce dialogue. Il nous l'a manifesté comme étant une urgence en vue de l'établissement d'une paix durable dans le monde", poursuit l'évêque.

Ce n'est pas la première fois que les deux hommes se rencontrent. En janvier 2004, ils avaient déjà eu l'occasion de se croiser lors d'une visite officielle de Mohammad Khatami, à Berne, lorsqu'il était encore président. De cette première entrevue était née l'idée d'un échange culturel et religieux approfondi entre l'Iran et la Suisse.
 
Le groupe "Islam"

Créé avant les attentats du 11 septembre, le groupe "Islam" de la Conférence des évêques suisses reçut, ainsi, en septembre dernier, l'organisation iranienne "Islamic Culture and Relations Organisation" (ICRO) pour amorcer des discussions interreligieuses. C'est à l'invitation de cette même organisation que la délégation suisse, composée de dix personnes, effectue actuellement un voyage d'une semaine en Iran, pays à majorité musulmane chiite. Depuis son arrivée à Téhéran, le 17 avril, le groupe s'est entretenu avec d'importantes personnalités cléricales iraniennes, dont l'ayatollah Araghi, le directeur de l'IRCO. Vendredi, la délégation suisse s'est également rendue dans la ville sainte de Qom, connue pour être le "Vatican" du chiisme. Elle est allée à l'Institut Imam Khomeiny, a visité le Centre des religions et la Grande Bibliothèque de l'ayatollah Kashani.

Minorités religieuses

Vendredi matin, départ pour Ispahan, ville du centre de l'Iran, où se trouve une bonne partie de la communauté chrétienne iranienne. Car un des objectifs principaux du groupe de travail "Islam", c'est bien celui de rencontrer les minorités religieuses, notamment chrétiennes, juives et zoroastriennes, qui constituent respectivement 0,7%, 0,3% et 0,1% de la population. Depuis la révolution islamique de 1979, et l'application d'une loi inspirée de la charia, un grand nombre de leurs membres ont quitté le pays. Ces trois minorités sont chacune représentées par un député au parlement et peuvent pratiquer, en privé, leur culte.

Libertés restreintes

Mais leurs libertés demeurent restreintes. "Les non-musulmans restent des citoyens de seconde catégorie. Certes, les minorités bénéficient de la liberté de culte, mais pas dans l'espace public. Leurs membres sont sans subside de l'Etat alors qu'ils subventionnent, par leur impôt, le culte musulman. Et puis, ils continuent à subir des discriminations sociales. Ils sont, par exemple, exclus de l'accès aux postes de décision", constate Mgr Bürcher. Quid des minorités religieuses non reconnues ? "D'après les chiffres que j'ai pu obtenir par recoupement, elles s'élèvent à environ 170.000 personnes. Elles sont donc plus nombreuses que les minorités reconnues. Il y a les bouddhistes, les hindouistes et les bahaïs. Ce sont ces derniers qui sont dans la situation la plus fragile et qui sont poussés à l'exil", s'inquiète l'évêque. Pour lui, toutes ces restrictions, qu'il a l'intention d'évoquer ouvertement avec ses interlocuteurs, "ne sont pas conformes au droit international".
 

 
Bagdad : de la fracture religieuse au bain de sang
 
Pour les habitants de la capitale irakienne, la guerre civile est une réalité. La fracture religieuse exacerbe les tensions
 
par FEURAT ALANI, publié dans Ouest-France le 21 avril 2006
 
Depuis l'attentat du 22 février contre le mausolée chiite de Samarra, les tensions entre chiites et sunnites ont monté d'un cran. "C'est notre 11-Septembre à nous", résume le chiite Ali Dabbagh, membre de la commission des Affaires étrangères. La riposte des chiites à cette attaque, non revendiquée, n'a pas tardé. L'armée du Mehdi de Moktada Sadr et les brigades Badr d'Abdel Aziz Al-Hakim ont saccagé des dizaines de mosquées et tué des centaines de sunnites. Bagdad vit désormais au rythme de cette cassure intercommunautaire. La capitale irakienne s'est fractionnée : à l'Ouest, les sunnites, à l'Est, les chiites. Dans chaque quartier, les habitants ont pris en charge leur propre sécurité, déployant des groupes armés autour de barrages de fortune. Certains endroits sont devenus inaccessibles aux "inconnus". Des "no man's land" où règne la loi du talion, oeil pour oeil, dent pour dent. Lorsqu'un sunnite est assassiné, un chiite est tué quelques heures plus tard. Et vice versa.

 

Tout "inconnu" osant pénétrer dans un quartier "ennemi" est sommé de quitter les lieux sur le champ, le canon d'une Kalachnikov sur la tempe. C'est le cas dans les faubourgs sunnites d'Amriya, Adhamiya et Khadra, ainsi que dans les rues chiites de Sadr City. Le bastion chiite de Moktada Sadr vit en autarcie avec ses quatre millions d'habitants, gère sa propre sécurité et filtre les entrées et les sorties. Au moindre signal de l'homme au turban noir, l'armée du Mehdi franchira la ligne qui les sépare des autres quartiers de Bagdad. "Pour le moment", prévient l'un de ses proches, le chef Moktada a enterré la hache de guerre et semble privilégier la voie diplomatique.

 

Epuration ethnique

 

Sunnites et chiites se livrent, en fait, une guerre sans merci par guérilla et escadrons de la mort interposés. Chaque nuit, des unités de la police et de l'armée irakienne conduisent des opérations occultes. Il y a quelques jours, à minuit, dans le quartier sunnite Adhamiya, des hommes portant l'uniforme de l'armée irakienne ont ratissé la zone et fait irruption dans les maisons. Surpris en plein sommeil, des civils ont été froidement assassinés. Le lendemain, la guérilla sunnite répliquait à cette action clandestine. Ainsi, la rue Omar-Abdel-Aziz était le théâtre de combats entre soldats irakiens et moudjahiddines masqués de leur keffieh.

 

Le même genre de scénario se reproduit dans différents lieux de la capitale où les cadavres pourrissent, parfois, au soleil pendant plusieurs jours. Au centre de Bagdad, dans le quartier industriel Senek, un tract est déposé au pied de l'entrée d'une usine. "Ne revenez plus ici. Seuls les chiites sont autorisés à venir travailler", lit à haute voix Hamdi, un ouvrier, avant de déchirer le document. Le lendemain, une vingtaine d'employés sunnites sont enlevés pour l'exemple. Dhafer Ani, le porte-parole de la principale liste sunnite, a aussitôt dénoncé "la politique d'oppression du ministère de l'intérieur", sous l'égide du très contesté Premier ministre, Ibrahim Al-Jaafari. Dans le quartier Al Amriya, également à l'ouest du Tigre, des montagnes de poubelles submergent les rues. C'est une nouvelle tactique de la guérilla sunnite. Celle-ci se sert des ordures pour poser des mines artisanales visant les soldats américains et irakiens. "Le chauffeur d'un camion poubelle a été tué pour avoir voulu ramasser les déchets", raconte Mohamed, un habitant du quartier. Pour les rebelles, toutes les méthodes de combat sont bonnes à prendre. Même les plus originales. Comme dans ce quartier mixte d'Al-Mansour où une bombe perchée dans un arbre a explosé au passage d'une patrouille de police, blessant ou tuant plusieurs militaires.


 

"Ne videz pas Jérusalem de ses habitants chrétiens", avertit Abdallah II de Jordanie
 
paru dans l'Orient-le Jour le 18 janvier 2006
 
Le roi Abdallah II de Jordanie a averti hier contre le fait de "vider Jérusalem de ses habitants chrétiens arabes à cause d’une émigration croissante", au cours d’une rencontre avec une délégation d’évêques américains et européens, a rapporté l’agence de presse officielle, Petra. Il a également assuré que la Jordanie considérait Jérusalem comme la ville "de l’espoir et de la paix" pour tous les fidèles des trois religions monothéistes et a invité les Eglises occidentales à "encourager les habitants arabes chrétiens à rester dans la Ville sainte pour qu’elle garde son authenticité et son identité".
 

 
Les chrétiens d’Egypte affichent un radicalisme poussé
 
Le militantisme copte s'accentue sur fond de montée des Frères musulmans
 
paru dans l'Orient-le Jour le 7 avril 2006 
 
Trois mois après la percée historique des Frères musulmans aux législatives, des coptes, chrétiens d’Egypte, affichent un militantisme de plus en plus radical. Inquiets de l’avenir de la plus grande communauté chrétienne d’Orient, des groupes coptes ont aussi pris le contre-pied du pape Chénouda III, l’estimant trop légitimiste envers le régime du président Hosni Moubarak. "Le jour où les Frères musulmans auront 50 %, les riches coptes s’expatrieront, et seuls les plus pauvres resteront, peut-être en se convertissant", avait affirmé Milad Hanna, un célèbre intellectuel copte. "Et j’espère que je serai mort avant que ce jour n’arrive", avait-il ajouté, au lendemain des élections législatives égyptiennes en décembre où la confrérie islamiste, interdite mais tolérée, avait gagné 88 sièges sur 444, alors qu’un seul copte était élu.

Selon l’Eglise, la communauté copte compte 7 millions de fidèles, près de 10 % des 73 millions d’Egyptiens, alors que les statistiques officielles la créditent de 6 %. A l’issue des législatives, des initiatives dans deux directions avaient été lancées : créer des partis coptes, religieux, et un courant "laïque" avec des musulmans. Parallèlement, des réunions entre des Frères musulmans "modernistes", comme Issam el-Aryane, et des intellectuels coptes, comme Youssef Sidhom, rédacteur en chef du quotidien Watani, ont eu lieu, mais le dialogue a tourné court. Pour les coptes, qui parlent de discrimination, un des points-clefs porte sur l’abrogation de l’article 2 de la Constitution selon lequel la charia, la loi islamique, est la source principale de la législation du pays. "La nouveauté tient au fait que la grande peur des coptes ait trouvé à s’exprimer", note Alain Roussillon, directeur du Centre français de sociologie du Caire, le Cedej. "Et pour les médias, la question copte fait désormais vendre", dit-il. La relative ouverture du régime a en effet permis aux courants coptes radicaux de mettre en avant toutes les discriminations dont ils s’estiment être victimes, avec des relais parmi la diaspora.

L’Organisation des coptes unis, basée en Suisse, a présenté en mars, lors d’une session de la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève, un mémorandum sur la question copte, faisant grincer des dents une bonne partie de la communauté hostile à l’internationalisation de la question. C’est notamment autour de cas, difficiles à vérifier, de "conversions forcées" de jeunes filles chrétiennes à l’islam que se mobilisent des militants coptes. Si les coptes ont condamné les caricatures du prophète Mohammad publiées notamment dans la presse danoise, deux organisations coptes ont porté plainte en février contre un prédicateur islamique, Abou Islam, auteur de livres antichrétiens. "En moins d’une demi-heure, j’ai acheté pour 2.000 livres égyptiennes (350 USD) de livres insultant les chrétiens à la foire du livre du Caire", déplore Mamdouh Mikhaïl, militant copte, s’étonnant que "ces publications soient vendues en toute impunité". Très actifs, ces militants ne bénéficient pas du soutien de nombreux intellectuels coptes qui tentent d’inscrire la question copte dans le cadre plus large des revendications démocratiques.
 

 
L'Eglise orthodoxe contre une mosquée au pied du Parthénon à Athènes
 
L'archevêque orthodoxe, Mgr Emmanuel,  de Paris explique au "Figaro" pourquoi l'ancienne mosquée ottomane de l'Acropole ne sera pas rouverte
 
Propos recueillis par ALEXIA KEFALAF, publiés dans le Figaro le 25 avril 2006 

 

- L'ouverture d'une mosquée aux pieds de l'Acropole a fait débat. Y aura-t-il bientôt une mosquée à Athènes ? A quel endroit ?  

Il y a depuis quelques années, une forte immigration de musulmans en Grèce dont un grand nombre habite Athènes (plus de 100.000). En 2000, le gouvernement grec a pris la décision de construire une mosquée, pour que les fidèles musulmans puissent avoir un lieu de culte. Il avait été décidé alors de la construire à Péania, près d'Athènes. Récemment, la ministre des Affaires étrangères, Dora Bakogianni, a proposé de redonner sa fonction à l'ancienne mosquée située aux pieds de l'Acropole, qui est aujourd'hui un musée d'art populaire. Face aux réactions suscitées, mais surtout parce ce n'est pas l'endroit le plus adéquat, il a fallu trouver une autre solution. En effet, l'image symboliquement forte ne résout pas le problème du culte musulman à Athènes, parce que cette mosquée ne mesure qu'une cinquantaine de mètres carrés. La ministre vient donc de proposer de la construire à Eleona, à 2 km du centre d'Athènes. Elle sera entièrement financée par les deniers de l'Etat. Il est préférable d'avoir un lieu de prière officiel plutôt que 40 lieux insalubres. Les réactions à l'annonce de la réouverture de la mosquée aux pieds de l'Acropole ont peut-être accéléré les décisions, mais les orthodoxes grecs savent coexister avec d'autres cultes comme c'est le cas depuis toujours à Jérusalem, Damas, Alexandrie ou Istanbul. En Thrace, dans le nord de la Grèce , nous avons de nombreuses mosquées, 440 imams en fonction et 3 muftis (les autorités suprêmes dans le culte musulman).

 

- Ne serait-il pas plus simple pour l'orthodoxie en général et aux yeux du monde occidental de séparer l'Eglise de l'Etat en Grèce ?

Le débat a été lancé mais la question ne s'est jamais posée officiellement. Elle n'est pas plus à l'ordre du jour du gouvernement que d'un grand parti politique. En Grèce, selon la Constitution en vigueur, des rôles distincts sont attribués à l'Eglise et à l'Etat. Il n'existe pas de confusion à ce niveau. Mais il faut respecter et garder en mémoire le rôle historique que l'Eglise a joué dans la construction même de l'Etat grec en 1821. Le clergé orthodoxe était proche du peuple et l'a aidé à reconquérir sa liberté et à secouer quatre siècles de joug ottoman. Après la libération, l'Eglise a aussi aidé économiquement le nouvel Etat en lui concédant de nombreux terrains pour l'aider à sa reconstruction. Aujourd'hui encore, le clergé est proche du peuple et est présent dans tous les actes de la vie quotidienne, il n'est donc pas utile de le séparer de l'Etat.

 

- Le fait que les prêtres orthodoxes se marient donne-il une meilleure appréhension de la réalité du quotidien des fidèles ?  

Le fait de donner la possibilité depuis toujours à de jeunes hommes de choisir entre le célibat et la vie conjugale me paraît plus normal. L'Eglise catholique a imposé le célibat par la suite pour "mieux servir l'Eglise". Je ne la juge pas. Simplement, nous disposons d'une mesure qui, même si elle ne résout pas tous les problèmes, permet d'offrir des possibilités autres pour répondre aux besoins de la communauté. Les prêtres connaissent les problèmes familiaux, ceux du quotidien tout comme les problèmes spirituels.

 

- Et l'adhésion de la Turquie à l'UE, qu'en pensez-vous ?  

Nous attendons de la Turquie qu'elle respecte les minorités religieuses, ce qui est quasi inexistant actuellement. La Turquie s'oppose, entre autres, à la réouverture de l'école théologique (orthodoxe) de Halki, qu'elle a fermée depuis 1971. Elle refuse de reconnaître un statut légal au Patriarche oecuménique, archevêque des orthodoxes grecs à travers le monde, qui siège à Constantinople depuis le Ve siècle. Il ne reste plus que 2.000 orthodoxes grecs dans cette ville et bientôt, ces conditions de vie les feront fuir. Le processus en vue de cette adhésion sera donc long et suivi de près par les orthodoxes grecs en général et par le Patriarcat. Il sera évidemment jugé sur la base des critères définis par l'UE. Parmi eux, figure, notamment, le respect de la liberté religieuse des minorités.

 


 

Une ministre allemande veut ramener l'église au cœur de l'école

 
Ursula von der Leyen propose une "alliance pour l'éducation"
 
par YVES PETIGNAT, publié dans le Temps le 21 avril 2006
 
A la société allemande en manque de repères, la ministre de la Famille, Ursula von der Leyen, nouvelle croisée, propose de redonner leur monopole aux valeurs chrétiennes, "base de la société". Et pour cela, elle a passé une "alliance pour l'éducation" avec les deux grandes Eglises du pays. Dans une Allemagne "où le caractère public de la religion est reconnu et l'immixtion des églises souhaitée", comme l'exprimait l'ancien président social-démocrate Johannes Rau, cette tentative de retour en force du religieux dans l'éducation suscite de très vives critiques. Non pas à cause d'une possible atteinte à la laïcité de l'Etat, mais en raison de la mise à l'écart - provisoire selon la ministre - des autres religions.

Malgré les protestations des organisations juives et musulmanes, des libéraux et des Verts, c'est entourée du cardinal de Berlin, Georg Sterzinsky, et de l'évêque de l'Eglise évangélique, Margot Kässmann, que la ministre d'Angela Merkel a jeté jeudi les bases d'une action destinée "à offrir aux parents et aux enfants les valeurs leur permettant de s'orienter". "Super nanny" - super nurse - comme la surnomment les Allemands, veut répondre à la crise éducative que rencontrent les écoles du pays face à la perte de valeurs communes. Beaucoup de parents, dit-elle, ne savent plus comment répondre à leurs enfants et recherchent une voie à suivre. La ministre leur propose donc de remettre au goût du jour les valeurs chrétiennes, "base historique de la société allemande", confiance réciproque, respect, serviabilité, attention aux autres, mais aussi courage civil. En automne, elle a l'intention d'associer les organisations familiales, mais aussi les autres religions. Quatre rassemblements régionaux devraient donner une assise populaire à son concept. Et elle n'exclut pas l'économie, notamment par le biais de l'apprentissage.

Kinder, Küche, Kirche ?

Le choix des deux grandes Eglises, catholique et évangélique, allait de soi : celles-ci offrent à elles seules 72% des places de crèches et d'écoles maternelles du pays. Elles possèdent donc un réseau large permettant d'étendre le système de valeurs, qui devra être transformé en éléments pédagogiques, à d'autres structures éducatives : jardins d'enfants publics, écoles, centres de perfectionnement. Certes, la vice-présidente du syndicat de l'enseignement et de la recherche (GEW), Marianne Demmer, a protesté contre ce projet d'éducation chrétienne, car "l'Allemagne n'est pas un Etat religieux, mais un Etat séculier dont le système de valeurs est construit sur les droits de l'homme". Et la Berliner Zeitung a ironisé contre ce retour des trois K, "Kinder, Küche, Kirche". En réalité, l'Allemagne vit ce que l'évêque évangélique de Berlin, Wolfgang Huber, qualifie de "sécularisme éclairé", un partenariat institutionnalisé entre l'Eglise et l'Etat. Porteuses des valeurs fondatrices de la société, les grandes Eglises font partie de l'identité du pays. Ce sont des institutions de référence qui ont droit, par exemple, d'enseigner la religion dans le cadre scolaire.

La naturalisation facilitée accordée à près de deux millions de ressortissants turcs a fait émerger l'islam comme religion "nationale". Par ailleurs la réunification allemande, mais aussi la montée de l'individualisme, ont renforcé le courant de ceux qui veulent une séparation stricte entre Etat et Eglises. L'offensive éducative d'Ursula von der Leyen s'inscrit ainsi dans le combat d'une base, notamment chrétienne-démocrate, qui refuse de faire de la religion une affaire privée et veut redonner aux normes chrétiennes leur statut symbolique.
 

 
Les enfants, la santé et l'humanitaire sont les principales cibles des sectes
 
publié dans le Monde du 26 avril 2006
 
Enfants, médecines alternatives, aide humanitaire, constituent trois domaines "particulièrement préoccupants" pour l'activité des sectes, estime la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ( Miviludes ) dans son rapport 2005 publié mercredi 26 avril, en promettant de poursuivre sa lutte "avec conscience et détermination".
 
Le rapport est publié dix ans après l'affaire de l'Ordre du Temple solaire, qui a décidé la France à se doter d'une structure spécialisée, devenue en 2002 la Miviludes. "Il existe de vraies et bonnes raisons de ne pas renoncer à la lutte contre les dérives sectaires au motif fallacieux que cela porterait atteinte à la liberté de conscience ou aux libertés religieuses", écrit le président de la Miviludes, Jean-Michel Roulet, en invoquant "des enfants humiliés, des victimes détruites et des familles déchirées à jamais". Les enfants sont souvent une "cible", selon le rapport, parfois avant leur naissance (Fraternité blanche universelle, Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix). Chez les dévots de Krishna, ils ont un emploi du temps harassant (lever à 3 h 30, coucher à 20 h 30 pour les 10-15 ans).

 

Ils peuvent être retirés de l'école (enfants "indigo" ou "cristal" de Kryeon), scolarisés à part (Tabitha's Place, Frères de Plymouth issus du darbysme protestant). La cellule de prévention de l'éducation nationale évalue à 10.000 les enfants instruits à domicile ou dans des établissements hors contrat. Les contrôles ont contribué au recul du nombre d'enfants instruits à domicile (1.000 en 2004, contre 6.000 en 1998). Mais l'enseignement par correspondance est libre et concurrentiel, sans aucune garantie ni agrément hormis le CNED, comme le soutien scolaire, créneau qui "semble être une des nouvelles pistes de la Scientologie". Parfois soumis à de mauvais traitements, voire à des abus sexuels, les enfants peuvent mourir de privations. En juin 2005, les parents kinésiologues de Kerywan, mort à 16 mois avec le poids d'un nourrisson de 4 mois, ont été condamnés par la cour d'assises du Finistère à cinq ans de prison, dont 52 mois avec sursis.

 

Médecines parallèles et crise des banlieues


La Miviludes s'inquiète aussi de "l'engouement pour les 'alter-médecines', multiformes mais qui ont pour point commun de ne bénéficier d'aucune validation scientifique, d'être exercées dans la plupart des cas par des 'thérapeutes' autoproclamés et d'aboutir à terme à un refus pur et simple des soins médicaux traditionnels". Elle dénonce ce "mouvement qui érige en dogme une philosophie qui nie en bloc tous les progrès de la science et de la médecine, auxquels les plus grands savants du monde ont voué leur vie depuis deux siècles". Enfin, la crise des banlieues en novembre 2005 a attiré des sectes comme la Scientologie sous le couvert de l'aide humanitaire, un secteur "en pleine expansion, en raison de la médiatisation des grandes catastrophes naturelles ou des troubles", souligne la Miviludes. Il a "le double avantage pour les organisations sectaires de contribuer à polir leur image humaniste tout en procédant à un fort prosélytisme, et de leur permettre de recueillir des fonds".

 

"La présence dans les banlieues françaises, après les désordres de l'automne 2005, de certaines organisations sectaires revendiquant haut et fort les mérites de leur action humanitaire en faveur des populations en difficulté est préoccupante, souligne le rapport, surtout si l'on observe la similitude de discours apparaissant entre les propos de ces organisations et la manière dont l'actualité en question avait été traitée par quelques médias internationaux." La Miviludes cite un communiqué du 25 novembre 2005 de l'Eglise de scientologie qui, "après deux semaines de présence revendiquée à Aulnay-sous-Bois (...), n'est pas loin de s'attribuer les mérites du retour au calme rapide dans la cité".


Les entreprises prises pou cible

 

Les sectes montrent un intérêt croissant pour les entreprises, auxquelles elles s'attaquent notamment par le biais de la formation professionnelle, des ressources humaines ou des services informatiques. "L'entreprise est devenue une cible naturelle, car elle dispose de budgets destinés à l'achat de prestations externalisées, souligne le rapport. De nombreux mouvements ont ainsi constitué ou établi des liens avec des cabinets de formation professionnelle, de recrutement, de conseil en gestion des ressources humaines, de services informatiques."

 

Le marché de la formation professionnelle génère, selon le rapport, plus de 22 milliards d'euros de flux financiers et près de 45.000 organismes prestataires sont recensés. L'an dernier, la Miviludes, de plus en plus sollicitée par des entreprises, syndicalistes, cadres ou associations d'anciens élèves, "a eu à connaître plusieurs tentatives d'approches de grands groupes industriels par des mouvements sectaires transnationaux", selon le rapport.

 


 
La grande renaissance confucéenne
 
L'étude du confucianisme et de la culture classique connaît une ferveur sans précédent depuis l'instauration du régime communiste en Chine. Une "fièvre culturelle" qui fait le jeu du pouvoir
 
par FREDERIC KOLLER, publié dans le Temps le 13 février 2006
 
La scène se passe mi-décembre dans le grand auditoire de l'Université du peuple, une des facultés les plus orthodoxes du régime chinois. Des centaines d'étudiants attendent silencieusement Pang Pu, grand spécialiste des écritures antiques sur bambou et carapaces de tortue. Pour ce forum inaugural du nouvel Institut des études nationales (Guoxue yuan), le maître va disserter sur le "néant" et la notion taoïste du "mystère", thème pour le moins ésotérique dans une enceinte réservée depuis cinquante-cinq ans à l'interprétation du marxisme-léninisme et à ses produits dérivés chinois. "Je n'avais jamais vu autant de monde pour un aussi petit sujet", dit un Pang Pu éberlué face à cette salle comble avant de se lancer dans une analyse étymologique très pointue. Dépêchée sur place, une journaliste de l'édition pour les Chinois d'outre-mer du Quotidien du peuple confie :"Les Chinois du monde entier doivent savoir ce qui se passe aujourd'hui à Pékin !" Un peu plus tôt, Ji Baosheng, le directeur de l'Université du peuple, exprimait sa fierté d'être à l'avant-garde du renouveau des "études nationales", c'est-à-dire du savoir classique. "La culture chinoise sera de plus en plus importante au XXIe siècle. C'est la nouvelle tendance."

Dans une Chine qui s'impose comme un des pôles économiques de ce nouveau siècle, les dirigeants et une partie des élites intellectuelles veulent désormais croire à une renaissance culturelle dont le rôle pourrait être comparable à celui de la Renaissance du XVe siècle européen. Après la politique maoïste de la table rase et le respect distancié envers la tradition des réformateurs, une nouvelle génération de dirigeants se réfère sans complexe aux valeurs du passé pour asseoir sa légitimité et son aspiration à la puissance. Ce conservatisme culturel a fait son grand retour en 2004 avec l'engouement pour les classiques confucéens. En 2005, on est allé encore plus loin avec la création du premier Institut des études nationales et un foisonnement d'initiatives destinées à promouvoir la tradition et la langue chinoise. Pareille "fièvre culturelle" s'était déjà propagée dans les milieux académiques à la fin des années 1980, puis au début des années 1990. La différence, aujourd'hui, c'est le soutien actif du pouvoir dont le discours s'appuie de plus en plus sur des préceptes confucéens. Le parti unique n'en rejette pas pour autant son héritage idéologique issu de la révolution. Au contraire, Pékin tente dans le même temps de raviver l'étude du marxisme-léninisme avec l'objectif affirmé de devenir le centre mondial de cette discipline. Il opère ainsi une synthèse qu'on pourrait qualifier de confucianisme-léninisme de marché.

Répondant à un vide spirituel et éthique, cette fièvre culturelle remet au goût du jour les penseurs taoïstes ou bouddhistes, la poésie classique et le Yi-king, les histoires dynastiques ou encore les anciens stratèges. Tout ce qui est d' "essence chinoise" fait ainsi l'objet d'une attention nouvelle dans une quête d'identité censée justifier une voie originale et nationale à l'heure de la mondialisation des échanges. Le cœur de cette "sagesse chinoise" est Confucius (Kongfuzi / maître Kong), aujourd'hui qualifié de "trésor national". Ou plutôt le confucianisme, c'est-à-dire une pensée formatée à partir de la dynastie des Han (IIe siècle av. J.-C.) par des générations d'élites lettrées pour servir de base idéologique à l'empire. Pour le 2556e anniversaire de Confucius (551-479 av. J.-C.), en septembre dernier, une cérémonie officielle sans précédent depuis 1949 a réuni plus de 2500 personnes - dont de nombreux hauts cadres du parti communiste - pour le pèlerinage de Qufu, le village natal du penseur. L'événement a été pour la première fois relayé en direct dans tout le pays. Appuyé par des entreprises privées, le gouvernement chinois a financé l'an dernier la création d'une trentaine d'instituts Confucius sur tous les continents avec pour objectif d'en ouvrir plus d'une centaine. Ces instituts de langue seront les ambassades de la culture chinoise à la façon des instituts Goethe pour l'Allemagne ou des Alliances françaises. En Chine même, plusieurs écoles privées se sont spécialisées dans un enseignement traditionnel très prisé par les classes supérieures de la société et quelque 5 millions d'enfants ont été initiés aux classiques.

Les hommes d'affaires s'enflamment aussi pour la pensée du sage dans l'espoir d'améliorer leur gestion des affaires et des employés (ce qui peut paraître étrange lorsque l'on connaît le dédain de Confucius pour les marchands). La prestigieuse Université de Pékin vient par exemple de créer un séminaire d'études confucéennes pour patrons facturé 240.000 yuans (3.800 francs) les douze cours. Dans un pays qui ne s'est pas encore remis du désastre intellectuel de la Révolution culturelle (1966-1976), ce regain d'intérêt pour les études traditionnelles est une bonne nouvelle. Un peu d'érudition ne limitera-t-elle pas la capacité de manipulation du pouvoir ? Le risque est toutefois de voir cette renaissance alimenter un conservatisme politique plutôt qu'une ouverture des esprits. C'est bien ce que craint Xu Youyu, un intellectuel libéral. "Si l'on parle d'un approfondissement du savoir, de la recherche, alors c'est une excellente chose car très peu de Chinois comprennent leur culture. Mais on observe plusieurs autres courants: il y a un courant idéologique qui estime que le confucianisme est le refuge de la sinité ; il y a un courant politique qui prône au nom du confucianisme un retour au passé et l'abandon des valeurs occidentales de démocratie et de liberté ; il y a enfin un courant néo-autoritaire qui rêve d'un pouvoir élitiste."

"Nous vivons dans un monde multiculturel, précise prudemment Sun Jiazhou, le directeur de l'Institut des études nationales de l'Université du peuple. Il n'est pas question d'exclusion et d'un retour au passé. Nous voulons moderniser l'étude de la tradition afin qu'elle serve de socle à la culture chinoise actuelle. Il est tout de même inquiétant que nos enfants soient de plus en plus influencés par les films occidentaux alors qu'ils ne savent même plus écrire correctement les caractères chinois." Professeur à l'Institut de recherche de la culture et de la pensée de l'Université Qinghua, Peng Lin résume un point de vue largement partagé chez les intellectuels et les agents du pouvoir : "Le monde entier ne peut suivre un modèle unique, il faut tenir compte des différences culturelles. Si la Chine appliquait le principe d'une personne un vote, ce serait la catastrophe." Il en veut pour preuve les achats de votes et les pugilats du parlement taïwanais, l'un des thèmes favoris de la propagande chinoise pour discréditer la démocratie parlementaire jugée inadaptée aux mœurs chinoises. Au culte de la loi, de l'individu et de la force prêté à l'Occident, Peng Lin préfère le ressourcement moral, la fraternité et le gouvernement des élites de Confucius.

Il y a quelques années, un professeur de l'Université de sylviculture de Pékin, Zhang Xiangping, proposait de changer le nom du parti communiste en parti confucéen. Aujourd'hui, Jiang Qing, un professeur de droit politique à la retraite qui a ouvert une école confucéenne dans la province du Guizhou, va plus loin. Cet adepte de la thèse du choc des civilisations de Samuel Huntington défendait récemment dans les médias chinois l'idée de créer une religion d'Etat en restaurant le système des examens impériaux et les règles confucéennes de subordination de la femme à son mari, des enfants à leurs parents et des sujets à l'empereur pour garantir l'harmonie politique. Il s'agit toutefois d'un combat isolé, la majorité des intellectuels s'accordant sur le fait que le confucianisme n'est justement pas une religion mais une philosophie. Taïwan, la Corée du Sud ou le Japon ont démontré que des sociétés confucéennes pouvaient s'adapter à un cadre politique démocratique. Lorsque les dirigeants chinois se réfèrent à l' "harmonie", à la "paix", à la "vertu", aux bienfaits de l' "éducation" ou à la "bienveillance" - autant de valeurs étiquetées confucéennes - on peut difficilement s'empêcher d'y voir une manœuvre destinée à renforcer leur propre pouvoir. Car le confucianisme est aussi une idéologie de soumission. Dans l'esprit du parti, il ne fait guère de doute que Confucius est aussi bien un recours moral qu'un allié destiné à préserver sa dictature contre les influences "étrangères" de la démocratie au nom d'un relativisme culturel.
 
A l'école des rites
 
Règles et pratiques sont enseignées aux enfants. Comme chaque jeudi après-midi, Li Dechao, jeune linguiste diplômé de l'Université de Pékin, donne son cours de littérature traditionnelle au Lycée de Beida, au nord-ouest de la capitale. Les élèves sont dissipés, des garçons sont affalés. Il faut dire que le sujet est ardu. Il est question de système de langage et de richesse d'évocation des caractères chinois. La leçon à retenir ? La langue chinoise est unique au monde. Les œuvres choisies de Mao ont été rédigées avec 2.200 caractères en tout. Et l'auteur du Rêve du pavillon rouge, plus grand roman chinois, s'est contenté de 4.600 caractères. Bénévole, Li Dechao donne ce cours à option d'accord avec les autorités du lycée. Les manuels scolaires ont peu changé depuis vingt ans et ils font toujours la part belle aux œuvres "révolutionnaires". Comme des dizaines d'autres universitaires, il consacre une partie de son temps à enseigner les préceptes de Confucius, Mencius ou Zhuangzi dans les écoles primaires et secondaires.

L'initiative vient de l'école privée Yidan xuetang, créée en 2000 par le philosophe Pang Long. Il s'agit d'une annexe de l'Université de Pékin, le lieu même où démarra, en 1919, le mouvement de la culture nouvelle dont la principale cible fut Confucius. Installée dans un petit pavillon traditionnel sans chauffage, Yidan xuetang a une grande ambition : "revivifier l'esprit de la nation chinoise" par l'étude des canons du confucianisme. "Nous donnons des cours de lecture, explique Yang Ruqing, l'un de ses responsables. Mais le confucianisme c'est d'abord une pratique, des règles. C'est très utile à l'heure des enfants empereurs. Beaucoup de parents nous consultent." Parmi les règles des disciples, on apprend la piété filiale, le respect des parents, qu'il faut se lever et se coucher de bonne heure, ne pas boire d'alcool, porter sa casquette bien droite... Tout cela est très codifié. Les mordus se réunissent à 6h30 du matin dans des parcs pour réciter les Analectes de Confucius.
 

 
Aux origines de la Compagnie de Jésus

La famille ignatienne inaugure une année jubilaire pour commémorer les 450 ans de la mort d’Ignace de Loyola, et les 500 ans de la naissance de François Xavier et Pierre Favre : trois hommes qui formèrent le premier noyau de la Compagnie

par MARTINE DE SAUTO, publié dans la Croix le 2 décembre 2005
 
Ce jour de janvier 1528, Inigo Lopez de Loyola franchit les Pyrénées et chemine vers Paris. Né en 1491, le marcheur qui claudique au pas de son âne sur les chemins de France a mené durant trois décennies la vie turbulente d’un gentilhomme basque, devenu homme de la cour castillane, administrateur et diplomate. En 1521, il est monté sur les remparts de Pampelune, assiégée par les Français. C’est là qu’il a eu le tibia droit fracassé et le mollet gauche emporté. Depuis, il s’est converti et s’est mis en route pour Jérusalem. Chemin faisant, à Manrèse, près de Barcelone, il a connu "l’illumination du Cardoner", d’où naîtront les célèbres Exercices spirituels (lire La Croix du 16 octobre 2004). Et à son retour de Terre sainte, en 1524, il a pris à Venise la décision d’étudier pour "aider les âmes".

L’heure, il est vrai, est aux grands changements. L’Europe a basculé du Moyen Age à la Renaissance. Les caravelles espagnoles voguent vers l’ouest, les galions portugais vers le sud et l’est. Et avec Copernic, Erasme, Machiavel, Michel-Ange, Thomas More, Luther, l’homme commence à porter un regard neuf sur l’homme, sur son rapport à Dieu….
 

Le 2 février 1528, Inigo franchit le rempart de Paris

 

Pour étudier, Inigo de Loyola est en route pour Paris. "Paris est depuis le XIIIe siècle le centre intellectuel de la chrétienté, alors travaillée par un désir de réforme, explique le jésuite Philippe Lécrivain (auteur de Paris au temps d’Ignace et des premiers compagnons, Ed. Facultés jésuites de Paris, à paraître en 2006). Paris est le lieu du savoir et de la confrontation intellectuelle et doctrinale entre ceux qui veulent réformer l’Eglise par un retour au texte et à la foi des Pères de l’Eglise, et ceux qui restent enfermés dans des querelles scolastiques qui tournent en rond."

Le 2 février 1528, Inigo franchit le rempart de la capitale, s’engage dans la rue Saint-Jacques, l’artère centrale du Quartier latin. Il y restera sept années. Sept années durant lesquelles prendra corps la Compagnie de Jésus. L’université compte alors quatre facultés. Celle des arts (qu’on appellerait aujourd’hui philosophie et science, trois ans et demi d’étude) est un passage obligatoire. Les étudiants ont ensuite le choix entre la théologie, la médecine ou les décrets, autrement dit le droit canonique. Inigo, lui, s’inscrit au collège Montaigu, l’un des cinquante collèges parisiens, réputé pour la qualité de son enseignement et la dureté de son régime.

"Inigo avait entendu parler à Montserrat d’un chanoine néerlandais, Jan Standock, qui avait imposé à Montaigu une pédagogie moderne, le modus parisiensis, explique le P. Lécrivain. Comme il sent qu’il manque de bases, Montaigu lui convient. Le fait que l’établissement soit dirigé par Noël Beda, intégriste scolastique et réactionnaire par excellence, ne fut sans doute pas étranger non plus à sa décision."

 

François Xavier, jeune hidalgo, champion de saut en hauteur

 
Inigo va pourtant rapidement quitter cette "pouillerie" comme on l’appelle, pour le collège Sainte-Barbe, juste de l’autre côté de la rue. A Montaigu, en effet, ses progrès ont été rapides. Et en septembre 1529, il est prêt à entrer à la faculté des arts. "Plusieurs raisons ont dû jouer en faveur de ce changement, constate le P. Lécrivain. La première fut sans doute son désir d’étudier “sous Pena”, un étudiant en médecine, titulaire de sa maîtrise ès arts et devenu “régent” pour payer son gîte et son couvert. Sainte-Barbe, où exerce Juan de la Pena, est réputé pour la fermeté de sa discipline, sa stricte orthodoxie et son ouverture aux idées nouvelles. C’est là qu’Inigo va rencontrer les étudiants qui, sous sa houlette, vont former le premier noyau de la Compagnie."

Le récit de cette rencontre, significative dans sa petitesse, vaut d’être conté, tant il en dit long sur ce qu’est la Compagnie de Jésus. Deux étudiants, Pierre Favre et François Jassu y Xavier, vivent dans la même chambrée, au troisième étage de la tour du collège. Ils ont tous les deux 23 ans. Pierre, natif du Villaret (Savoie), est, selon le P. Dominique Bertand (auteur de Pierre Favre : un portrait, Ed. Lessius (printemps 2006)), un garçon qui a la lenteur de ses origines paysannes et dont "l’incertitude intellectuelle et religieuse" se double "d’hésitations morales et spirituelles sur sa sensualité et sur son avenir".

François Xavier, lui, est un jeune hidalgo navarrais, champion de saut en hauteur et désireux de faire carrière dans le monde ecclésiastique, ce qui ne l’empêche pas de faire volontiers le mur, la nuit, pour courir les tripots. Celui qui les rejoint, Ignace (à Paris, il a fini par franciser son nom) est un homme austère, de quinze ans leur aîné. "Ignace est un converti. Qui va convertir ses deux cochambristes, explique le P. Bertrand. Et ces conversions font faire tache d’huile à partir de l’expérience intérieure d’Ignace, telle qu’elle commence à se formaliser dans les Exercices spirituels."
 
Amis au-delà de leurs différences
 
Premier noyau de la Compagnie, Pierre Favre et François Xavier, amis au-delà de leurs différences, vont de fait être rejoints par d’autres. Fin 1533, ils seront ainsi sept. Ils se retrouvent le dimanche matin pour la messe. Et, de temps en temps, chez l’un ou l’autre pour échanger des nouvelles, parler ou de la politique de François Ier, des maux de l’Église et de sa réforme nécessaire, des idées nouvelles, ou des événements comme cette peste qui, en 1533, ravage la ville. Tous, aussi, s’interrogent.

Que vont-ils faire ? "Ils veulent aider de toute leur force l’Eglise qui souffre. Ils veulent rester ensemble. Ils ne veulent pas être un nouvel ordre religieux, ce genre d’institution ecclésiale trop statique et mal vu de nombreux chrétiens d’alors. Ils inventent d’être des compagnons dispersés pour les missions par le pape. Ils inventent la Compagnie", résume le P. Bertrand.

Les étapes de cette "invention" sont connues. Aux environs de Pâques 1534, tous décident de se donner trois ans pour continuer leurs études de théologie, de se lier par des vœux de pauvreté et de chasteté, d’aller en pèlerinage à Jérusalem et, à leur retour, de travailler de tout cœur au salut des infidèles aussi bien que des fidèles.
 
La bulle "Regimini militantis Ecclesiæ" donne vie canonique à la Compagnie de Jésus
 
Si le voyage à Jérusalem s’avère impossible, du fait de la guerre ou des épidémies, ils prévoient de s’en remettre au pape pour fixer leur genre de vie et le lieu où ils exerceraient leurs activités. Le 15 août de la même année, ils prononcent leurs vœux. Trois ans plus tard, en janvier 1537, leurs études terminées, ils se retrouvent à Venise. Mais, faute de bateau prêt à faire voile vers la Terre sainte, ils se rendent à Rome.

Entre le 2 février 1528, jour où Ignace est entré à Paris "seul et à pied", et l’arrivée dans la Ville éternelle de ces dix compagnons, dix années se seront écoulées ! Le 27 septembre 1540, le pape Paul III signe la bulle "Regimini militantis Ecclesiæ" qui va donner vie canonique à la Compagnie de Jésus. François Xavier vogue déjà vers les Indes. Pierre Favre part pour l’Allemagne, où se développe quasi sans résistance le mouvement luthérien… "La communauté d’amis, commente le jésuite colombien Javier Osuna, s’est transformée en un corps apostolique créé pour que la dispersion, qui est imminente avec les missions que le pontife leur confie, ne détruise pas l’union que Dieu a réalisée mais plutôt la confirme et l’établisse davantage."
 
Repères
 
La famille ignatienne

20.000 jésuites sont répartis à travers le monde, dont plus de 6.000 en Europe et 550 dans la province de France (avec des communautés en Algérie, en Grèce, à l’île Maurice, au Maroc).

Une quarantaine de congrégations féminines ignatiennes et instituts, nées surtout au XIXe siècle, existent en France. Les supérieures se rencontrent régulièrement et mènent des actions communes : internoviciat et collaboration au Réseau jeunesse ignatien.

La Communauté Vie chrétienne (CVX) rassemble 6.000 laïcs en France.

L’année jubilaire

Décidée en septembre 2004 par le P. Peter Hans Kolvenbach, préposé général des jésuites, elle commence ce 3 décembre avec les pèlerinages traditionnels de la fête de saint François à Javier, en Navarre (Espagne) et à Goa (Inde).

Manifestations en France

– Le dimanche 4 décembre, messe d’ouverture à 18 heures à l’église Saint-Ignace (33, rue de Sèvres, Paris 6e).

– Du 3 au 31 décembre, A quoi sert de gagner le monde ? pièce de théâtre de Fabrice Hadjadj à l’Espace Bernanos (4, rue du Havre, Paris 9e).

– A partir du 10 décembre, itinéraires-conférences sur les pas des trois premiers compagnons jésuites à Paris.

– Du 14 janvier au 10 février 2006 : tournée des Moxos, école de musique bolivienne qui fait revivre la mémoire des réductions jésuites en Amérique latine.

– Du 27 juillet au 4 août 2006 : rassemblement à Lourdes de la famille ignatienne ; pèlerinage " Manresa " de Lourdes à Javier et Loyola.

– Festival ciné jésuites, autour de trois films : Sur les quais, le 28 janvier ; Parole et utopie, le 25 février ; L’Exorciste, le 27 mars, au cinéma la Pagode (57 bis, rue de Babylone, Paris 7e).

– Deux colloques, sur "La structure d’une spiritualité chrétienne", le 18 mars 2006 à Toulouse, et sur "L’amitié spirituelle", les 13 et 14 octobre 2006 à Paris.

Tous renseignements sur le site : www.amisdansleseigneur.com 
 

 
Publication d’une biographie du prêtre antonin Louis Obeid et d’un portrait du patriarche Hoyek
 
La recherche historique s’éteint doucement au Liban faute de débouchés et de subventions
 
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 26 mars 2006
 
Le moine et prêtre antonin Charbel Abi Khalil, l’un des chroniqueurs les plus prolixes de son ordre, vient de faire paraître un nouvel ouvrage retraçant la vie et le parcours de l’abbé Louis Obeid (1875-1934). Au-delà d’une histoire anecdotique qui intéressera surtout les membres de l’ordre et les proches, l’intérêt de son ouvrage réside dans l’effort déployé pour faire revivre une époque, pour retrouver les motivations religieuses et sociales qui ont marqué la vie de l’abbé Obeid, fondateur du vicariat général de l’Ordre antonin à Rome et fondateur de l’école des antonins à Rome et Lyon, France. On retrouve, dans cette ouverture vers Rome qui tient Louis Obeid loin du Liban trente ans durant, le tropisme à la fois rationnel et affectif qui tourna les chrétiens du Liban vers la modernité, telle que transmise par le Vatican, où Obeid fut aussi juge ecclésiastique et où il mourut en 1934. D’en suivre la genèse représente un intérêt particulier pour tous ceux que l’histoire intéresse.

Il n’est pas indifférent non plus de scruter les documents d’archives, puisées surtout à Rome, pour reconstituer l’état de l’Ordre antonin au début du XXe siècle, les rapports qui s’établissent entre les ordres monastiques et l’émigration maronite, notamment aux Etats-Unis, ainsi qu’entre l’ordre et l’Autorité romaine, ou encore les diverses fondations d’écoles, d’hôpitaux et d’orphelinats. Il y a là un exemple de plus du rôle fondamental joué par les ordres religieux, et le christianisme en général, dans la création de la culture. Un rôle que ces ordres continuent de jouer, puisque les trois grands ordres religieux maronites ont tous créé des universités, sans compter bien entendu l’Université Saint-Joseph, et la dernière-née des universités, l’Université La Sagesse, créée par l’archevêché maronite de Beyrouth. Accessoirement, on peut s’intéresser aussi aux efforts déployés par le Vatican pour raffermir la discipline au sein de l’Ordre antonin et ramener dans leurs cellules des moines tentés par le confort familial ou les séductions de la vie citadine. Mais hélas, les véritables historiens se font rares au Liban, et cette discipline est en train de s’éteindre doucement, faute de débouchés et de subventions adéquats. C’est sans doute la raison pour laquelle l’on trouve des chroniqueurs, surtout parmi les moines et les religieuses, au point que la chronique historique est en passe de devenir une spécialité monastique au même titre que l’eau de fleurs d’oranger.

L’époque de l’indépendance

A ce sujet, signalons un second ouvrage récent, publié par sœur Marie-Roger Zoghbi, sur la genèse de l’indépendance et le rôle de premier plan joué par le patriarche Elias Hoyek dans la proclamation du Grand Liban. Sœur Marie-Roger Zoghbi fait partie de la congrégation des sœurs maronites de la Sainte-Famille fondée par le patriarche Hoyek. Son ouvrage retrace la remarquable carrière de fondateur puis de chef national du patriarche. Il s’appuie sur une documentation puisée en grande partie dans une étude historique du père Ibrahim Harfouche publiée… en 1932, un document aujourd’hui introuvable. Le livre reproduit en particulier le texte du mémoire de la délégation libanaise à la conférence de la paix de Versailles (1919), qu’on lit avec la fraîcheur naïve de ceux qui découvrent qu’ils ont un passé. Demandant à être reçu par le président du Conseil Georges Clemenceau, le patriarche écrit : "Je suis patriarche du Liban, les populations de ce malheureux pays, ardemment attaché à la France depuis des siècles, m’ont envoyé à Paris pour que je vous fasse entendre leurs doléances et leurs revendications. J’ai, malgré mes 76 ans, fait plus de mille lieues en mer pour défendre la sainte cause des populations dont je représente toutes les nationalités (…) J’ai l’honneur de vous demander une audience que, malgré vos préoccupations, je vous prie instamment de rendre aussi proche que possible."

"L’indépendance du Liban, telle qu’elle a été proclamée et telle qu’elle est conçue par la presque unanimité des Libanais, n’est point simplement l’indépendance de fait qui résulte de l’effondrement de la puissance ottomane, c’est encore et surtout une indépendance complète vis-à-vis de tout Etat arabe qui se constituerait en Syrie", proclame notamment le mémoire. Par ailleurs, le document conteste à la langue arabe "toute valeur comme attribut de la nationalité". On est là à la racine du conflit sur le "visage arabe" du Liban, que l’accord de Taëf a tranché en affirmant l’identité arabe du Liban. Il faudrait rapprocher ce texte d’un admirable passage tiré d’un ouvrage du grand historien René Grousset, où il affirme que l’effondrement des sociétés s’explique autant par les invasions extérieures que par leur éloignement du lien fondateur qui les a formées. Il n’est pas indifférent, en cette époque de bouillonnement patriotique, de renouer avec ce document historique pour éventuellement en reprendre les arguments, en les dépassionnant et en les transposant du plan politique au plan historique. On doit ce bonheur à sœur Marie-Roger Zoghbi, qui en est à sa neuvième étude sur le patriarche Hoyek. Encore faut-il trouver le courage de distribuer cet ouvrage introuvable en librairie, un sort qu’il partage avec tant de livres publiés à compte d’auteur et qu’une hiérarchie frileuse semble vouloir cacher.
 

 
Le mois de l’Orient chrétien à l’USJ

L’Université Saint-Joseph et le Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes organisent une série de conférences dans le cadre du mois de l’Orient chrétien. Ces conférences se dérouleront au campus des sciences sociales, rue Huvelin, à l’amphithéâtre A, selon le programme suivant :
- Le 3 mai, à 19h, "L’USJ et les études syriaques, coptes et éthiopiennes", par le père Philippe Luisier, s.j., professeur à l’Institut pontifical oriental - Rome
- Le 10 mai, à 19h, "La revue el-Machreq et l’Orient chrétien", par le père Camille Hechaimeh, s.j., directeur de Dar el-Machreq et de la revue al-Machreq - Beyrouth
- Le 17 mai à 19h, "L’USJ : le rêve accompli du père Ryllo", par le père Vincent Poggi, s.j., professeur à l’Institut pontifical oriental - Rome
- Le 31 mai à 19h, "L’USJ et les études arabes chrétiennes", par le père Samir Khalil Samir, s.j., fondateur et directeur du Cedrac, professeur à l’Institut pontifical oriental - Rome et à l’USJ.
Pour de plus amples renseignements, contacter l’USJ par courriel au : fsr.cedrac@usj.edu.lb ou cedrac.moc@usj.edu.lb 
 

 
L’actualité de l’Eglise à écouter partout
 
Le site jeune de l’Eglise de France, InXL6, propose des programmes sonores d’information à télécharger sur lecteur MP3. Chaque jour, 600 jeunes utilisent ce service
 
par AURELIEN TARDIVEAU, publié dans la Croix le 20 avril 2006
 
Télécharger le saint du jour ou des brèves sur l’actualité de l’Eglise sur Internet, et les écouter sur un lecteur MP3, ces petits baladeurs numériques, c’est maintenant possible ! Depuis début mars, le site Internet InXL6, www.inxl6.org , "portail jeune" de l’Eglise catholique en France, propose ce nouveau service multimédias, appelé "podcasting", c’est-à-dire, la possibilité offerte par des radios ou des sites Internet d’aller télécharger dans leurs archives son une émission déjà diffusée. Aux internautes donc d’aller choisir ce qui les intéresse. Ils peuvent écouter directement les contenus via le site ou les télécharger pour un lecteur audio type MP3. Pour le moment, seul le saint du jour, des brèves et quelques émissions de Radio-Vatican en français sont disponibles. Des articles ou émissions plus complets seront proposés prochainement.
 
La transposition des textes en version audio
 
Des limites techniques empêchent toutefois de transposer tous les types de textes par le procédé de synthèse vocale, comme le reconnaît Pierre-Yves Stucki, responsable du site : "Nous avons tenté de transposer des textes liturgiques, en particulier la messe. Mais la synthèse vocale n’est pas adaptée pour cela. Et puis il a fallu adapter notre écriture pour que le rendu audio des brèves soit satisfaisant. La ponctuation et le rythme d’écriture sont déterminants." Les responsables de InXL6 envisagent de confier à un intervenant la lecture et l’enregistrement des textes de la messe. Car la tendance de fond est bien à cette transposition en version audio des textes.

Elle répond à une demande, comme le souligne Pierre-Yves Stucki : "Les jeunes sont de plus en plus friands de son. Beaucoup lisent moins. Avec le podcasting, nous leur offrons un nouveau moyen d’accéder aux textes. Les jeunes sont aussi plus mobiles, ce qui explique cette tendance au tout audio. Il y a environ 600 internautes par jour qui utilisent nos services mobiles. Ce chiffre représente 10 % de l’affluence quotidienne du site." Le podcasting complète l’offre multimédias en place, puisque les internautes peuvent déjà recevoir des fichiers sur leur téléphone mobile ou leur assistant personnel (PDA) ces minis ordinateurs-agenda de poche. Les responsables envisagent aussi de proposer des fichiers vidéo.
 

 
Lourdes revalorise les miracles
 
Désormais, le Comité médical international distingue trois types de guérisons miraculeuses : déclarées, inattendues et confirmées
 
par CLAIRE LESEGRETAIN, publié dans la Croix le 16 mars 2006
 
En annonçant vendredi 17 mars officiellement qu’il distinguera désormais les guérisons "déclarées", les guérisons "inattendues" et les guérisons "confirmées", le Comité médical international de Lourdes (Cmil) provoque une vraie révolution. Car cela revient à dire, comme le résume François-Bernard Michel, coprésident du Comité médical, qu’ "on ne peut plus reconnaître les miracles comme avant !" Pour ce médecin spécialiste des maladies respiratoires, professeur à la faculté de Montpellier et membre de l’Académie de médecine, il est évident que parmi les sept critères introduits en 1734 par le cardinal Lambertini (futur pape Benoît XIV) pour les miracles en vue d’une canonisation, puis repris en 1883 lors de la création du Bureau médical de Lourdes, certains sont devenus inapplicables au XXIe siècle : ainsi l’exigence que la maladie soit incurable et que le malade n’ait suivi aucun traitement.

"Aucun cancéreux n’arrive à Lourdes sans avoir subi une chimiothérapie, et c’est heureux !" note le professeur Michel qui vient, par ailleurs, de publier Enfants de Dieu (Ed. Privat), dans lequel il fait une relecture des "prodiges" comparés de Jésus et du médecin. "S’il guérit, quelle devra être la part attribuée à la chimio et celle attribuée à Lourdes ?" Le processus des reconnaissances de guérisons miraculeuses à Lourdes, fondé sur un modèle rationaliste et scientiste, accordait jusqu’à présent une plus grande part à l’institution médicale qu’à l’institution ecclésiale. "Ce n’est que lorsque le premier barrage médical a été franchi que l’on examine si le malade a tiré des bénéfices spirituels de sa guérison", rappelle la théologienne Christelle Javary, auteur de La guérison. Quand le salut prend corps (Cerf, 2004).
 
Les dossiers étudiés en 3 étapes
 
Or, depuis une trentaine d’années, du fait d’une part des extraordinaires progrès médicaux pour les diagnostics et pour les traitements, d’autre part de l’influence du Renouveau charismatique, la perspective a été inversée. Ce n’est plus tant la validation médicale qui est première, mais la manière dont la personne interprète sa guérison en discernant, notamment, ce que celle-ci a changé pour elle dans sa relation aux autres et à Dieu. En 1993 déjà, lors d’un congrès international à Lourdes sur "Guérisons et miracles", on a considéré qu’une guérison devient miraculeuse à deux conditions : "Qu’elle échappe aux lois habituelles de la médecine ou de l’évolution des maladies ; qu’elle amène le bénéficiaire et les témoins à croire en l’intervention spéciale de Dieu." Cette nouvelle manière de concevoir la guérison est davantage en phase avec les mentalités contemporaines. Le corps médical n’est plus guère perçu comme détenant la vérité sur la guérison.
 
De plus, à l’échelle de l’efficacité d’un témoignage de foi, rien ne vaut celui du sujet qui dit "je" et parle de sa propre expérience de la grâce de Dieu. Et il faut reconnaître que, selon l’expression du professeur Michel, "à force de rigueur on en est arrivé à une alternative trop réductrice : miracle ou pas miracle". C’est pour éviter cette approche binaire que désormais, à partir des déclarations volontaires et spontanées au Bureau médical de Lourdes (permanent) de personnes qui estiment avoir bénéficié d’une grâce de guérison par l’intercession de la Vierge Marie, les dossiers seront examinés selon une approche ternaire, en trois étapes :

Une première évaluation par le Cmil (qui se réunit annuellement) permettra de "reconstituer l’histoire de la maladie, d’aborder la personnalité du patient, de juger si cette guérison échappe aux prévisions médicales habituelles et de noter les circonstances de la guérison". Certaines déclarations seront alors classées "sans suite" ou "en attente", ou alors enregistrées comme "guérisons inattendues". Dans ce dernier cas, l’évêque du diocèse où habite la personne guérie sera averti que cette guérison fait l’objet d’une instruction. En 2005, une quarantaine de personnes guéries pouvaient être enregistrées dans cette catégorie.

Une deuxième étape permettra un complément d’enquête pour les seules guérisons déclarées "inattendues", avec étude comparative ("auprès du plus grand nombre d’experts et de spécialistes", souligne le professeur Michel) des documents médicaux, avant et après la guérison, et avec vérification du caractère "tout à fait inhabituel" d’une telle guérison. En 2005, cinq dossiers de ce type étaient en cours d’enquête, dont "une myélopathie post-traumatique, une maladie de Crohn gravissime, une sclérose en plaques grave, une myopathie et un cancer du rein", précise le professeur.

Enfin, la troisième étape aboutit à l’avis de reconnaissance du "caractère exceptionnel d’une guérison dans l’état actuel des connaissances scientifiques". Le dossier est alors transmis par l’évêque de Tarbes et Lourdes à son confrère du diocèse concerné. Un seul dossier de ce type est actuellement en cours d’observation : celui d’une Française - elle préfère garder l’anonymat - qui, atteinte en 1992 d’un lymphome malin de la plèvre, compliqué un an plus tard d’une leucémie aiguë, est guérie depuis quinze ans sans séquelles ni rechute, après une démarche de foi à Lourdes.
 
Orienter le projecteur plus sur la personne que sur la maladie
 
"Rien ne change dans la reconnaissance du miracle au sens technique du terme", ajoute Mgr Jacques Perrier. Et l’évêque de Tarbes et Lourdes, membre du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, de préciser que les sept critères du XVIIIe siècle ne disparaissent pas. "Mais nous souhaitons introduire la notion de témoignages crédibles de personnes qui allaient mal et qui ont retrouvé une vie normale et dont l’amélioration est liée à Lourdes, par un mode ou par un autre." Il faut dire que lorsqu’il était évêque de Chartres, Mgr Perrier avait suivi deux cas "sérieux", présentés par des "témoins fiables", de guérisons inexpliquées sans qu’il y ait pour autant reconnaissance de miracles. Cette nouvelle approche, ternaire, n’a donc pas pour but "de brader des miracles au rabais, ni d’être moins sérieux dans l’examen des dossiers", dit encore le professeur Michel. Mais d’orienter différemment le projecteur : "Autrefois focalisé surtout sur la maladie, il sera désormais plus orienté sur la personne", selon l’expression de Mgr Perrier.

Certes, d’aucuns objecteront que certaines maladies soudainement guéries à Lourdes sont souvent dites psychosomatiques. Le Comité médical international ne l’ignore pas, mais il rejette l’objection car cette dénomination, fondée sur la pensée qu’il existerait des maladies du corps, des maladies de l’esprit et d’autres "mixtes", est, selon le professeur Michel, "obsolète et désuète". D’autre part, le Cmil souhaite créer rapidement une antenne en son sein chargée de réfléchir aux cas de guérisons de maladies psychiques et mentales. "De nombreuses personnes dépressives ou souffrant de lourds problèmes personnels retrouvent le sens et le goût de la vie à la suite d’un pèlerinage à Lourdes", poursuit le professeur.
 
Quant à l’objection de la datation précise d’une guérison, le Cmil l’écarte également : "On n’a pas à assigner à la Providence divine notre chronomètre", déclare le coprésident du Comité. Ainsi, dans le cas de personnes qui auraient pu se rendre tour à tour à Lourdes, dans des assemblées charismatiques ou d’autres lieux d’Eglise pratiquant des prières de guérison, on ne vérifiera pas la "contemporanéité absolue" entre leur guérison et leur voyage à Lourdes.

Le miracle dans les autres religions
 
Dans le judaïsme : Pas de place pour le mot "miracle". L’homme étant en quelque sorte associé à Dieu dans la création, une intervention directe de Dieu, sans l’intermédiaire de l’homme, passerait outre les règles de la création. Mais toute prière sincère et désintéressée, dite au nom d’un malade, sera exaucée en priorité. Quelques rabbins réputés faire des miracles aux Etats-Unis ou en Israël suscitent plutôt la méfiance.

Dans le bouddhisme : Dans le bouddhisme, la notion de miracle est difficilement concevable. "La maladie faisant partie de la vie, il est illusoire de ne pas l’accepter", insiste le spécialiste Dennis Gira. Tout est résultat du travail mental et l’on peut donc envisager de faire cesser la douleur ou la maladie par contrôle mental. "La véritable guérison est intérieure, précise Dennis Gira : elle consiste à porter un regard sur le monde qui corresponde à ce qu’est le monde."

Dans l’islam : Pour le musulman, Dieu éprouve l’homme par la maladie et la souffrance. Il y a un aspect purificateur de la souffrance, mais la douleur n’est pas pour autant sanction d’une faute que le croyant aurait commise : elle lui est prédestinée, et il doit accepter son destin sans révolte. En cas d’échec de la médecine, le malade remet son sort entre les mains de Dieu en lui gardant sa confiance - ce qui ne l’empêche pas de supplier son Seigneur de lui donner la guéri
son.
 

 

DOSSIER OPUS DEI

 

Le nouveau numéro du Figaro Magazine daté du 21 avril 2006 consacre un grand dossier à l' OPUS DEI , comprenant un entretien avec son prélat en chef, Mgr Javier Echevarria.

 

 
Benoît XVI : ce que révèle un an de pontificat
 
par PIERRE TANGUY, publié dans Ouest-France le 19 avril 2006

 

Il y a un an, le 19 avril 2005, Benoît XVI succédait à Jean-Paul II. Le nouveau pape a déjà imprimé sa marque sur ce pontificat.

Un style Benoît XVI. Il est fait d'humilité et de simplicité, tranchant sur le côté flamboyant de Jean-Paul II. Ses homélies et ses discours sont centrés sur la parole de Dieu. Il s'efface devant ce qui le dépasse. Le pape allemand, ex-préfet de la doctrine (a priori tenant d'un conservatisme autoritaire), s'est plutôt glissé dans la peau d'un pape à l'écoute.

 

La doctrine catholique réaffirmée. Benoît XVI a publié, le 25 janvier, une encyclique intitulée Deus caritas est (Dieu est amour) où il dit au monde la vérité de la foi. Il réaffirme le caractère spécifique du christianisme et conteste un relativisme religieux qui voudrait que toutes les religions se valent. Il entend aussi montrer que les valeurs du christianisme ne se confondent pas avec celles de la société.

 

Le dialogue avec l'islam n'est plus une priorité. Cette orientation découle de la précédente. Fini, aussi, les grands rassemblements interreligieux du type de ceux d'Assise et Benoît XVI ne manque pas de dénoncer les atteintes à la liberté d'expression des catholiques dans certains pays d'islam. Le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (instance privilégiée de dialogue avec l'islam) a été récemment fondu dans le Conseil pour la culture.

 

Rapprochement engagé avec les orthodoxes. Ce que Jean-Paul II n'avait pas réussi, Benoît XVI est bien placé pour le faire : une rencontre avec le patriarche Alexis II. Des messages de sympathie se multiplient. Le cardinal Etchegaray, envoyé du pape, s'est rendu à Moscou au mois de mars.

 

Contacts établis avec les intégristes. Dès le 29 août, une rencontre entre le pape et Mgr Fellay, chef de file des lefebvristes, a eu lieu à Rome. Si une ouverture est envisageable du côté de la messe en latin, le Vatican exige des intégristes la reconnaissance des acquis de Vatican II (oecuménisme, liberté religieuse...).

 

Des voyages limités. Le pape s'est rendu, du 18 au 21 août 2005, à Cologne aux JMJ. Il se rendra, du 25 au 29 mai, en Pologne, du 10 au 15 septembre, en Bavière et, sans doute fin novembre, en Turquie. Un voyage est envisagé début 2007 en Israël. Mais, à 79 ans passés (il les a eus le 16 avril), il ne faut pas s'attendre à ce que Benoît XVI parcoure le monde.

 

Une réforme de la Curie peu engagée. Le pape s'est donné un remplaçant (l'Américain Mgr Levada) à la congrégation pour la doctrine de la foi. Mais son objectif de resserrer le gouvernement de l'Église à Rome (la Curie) n'a pas encore abouti. Un premier consistoire de cardinaux à Rome, le 24 mars, a permis de tester la volonté d'écoute du pape. Il a nommé quinze cardinaux, dont douze électeurs du pape, ce qui porte à 120 le nombre de cardinaux du Sacré collège des électeurs.

 

 

Benoît XVI a déjà imprimé sa marque sur ce pontificat

 
 
 
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