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"Les
patriarches maronites sont
la conscience du Liban et
les gardiens de son
avenir"
Michel
Eddé à la cérémonie
oratoire à Bkerké pour
le 20e anniversaire de
l’élection du
patriarche Sfeir
paru
dans l'Orient-le Jour le
20 avril 2006
Le
20e anniversaire de l’élection
du patriarche Nasrallah
Sfeir (le 19 avril 1986) a
été marqué, à Bkerké,
par un meeting oratoire au
cours duquel une dizaine
de personnalités de tous
horizons, au nombre
desquels figuraient des
représentants du mufti
sunnite de la République
et de la présidence du
Conseil supérieur chiite,
ont rendu un vibrant
hommage à la personne du
patriarche Sfeir et à son
action. La cérémonie a
été organisée sous le dôme
construit dans la cour extérieure
du siège patriarcal, à
l’initiative de
l’Université Notre-Dame
de Louaizé. Ont notamment
pris la parole, le mufti
jaafarite Ahmad Kabalan,
représentant son père,
le vice-président du
Conseil supérieur chiite,
cheikh Abdel Amir Kabalan,
et le mufti de Tyr, cheikh
Mohammad Balta, représentant
le mufti de la République,
Mohammad Rachid Kabbani.
Des hommages ont également
été rendus au patriarche
par le président de la
Ligue maronite Michel Eddé,
le vicaire patriarcal
maronite, Mgr Roland
Aboujaoudé, l’ancien
chef de gouvernement, Sélim
Hoss, le P. Boulos Naaman,
le journaliste et
biographe du patriarche,
Antoine Saad, le ministre
de la Culture, Tarek Mitri,
l’ancien ministre Edmond
Rizk, MM. Mohammad Sammak
et Abbas Halabi, et les
professeurs Mounah Solh et
Abdo Kahi.
Parmi les présents, le
patriarche arménien-catholique
Nercès Bédros, le
ministre de l’Education
nationale Khaled Kabbani,
les chargés d’affaires
de la nonciature
apostolique et de
l’ambassade d’Iran, de
nombreux députés, au
nombre desquels Mme
Sethrida Geagea (Forces
libanaises) et Gilberte
Zouein (Courant
patriotique libre), et le
député Nabil Boustany
représentant M. Walid
Joumblatt. Le chef de l’Église
maronite a lui-même saisi
l’occasion pour
s’adresser à ses hôtes.
Il a commencé par les dérider
en remerciant, non sans
des pointes d’humour,
ses proches collaborateurs
pour leur dévouement.
"Ce sont les chefs
qui reçoivent les médailles,
mais ce sont des soldats
inconnus qui gagnent la
bataille", a-t-il
dit. Plus gravement, le
patriarche a affirmé :
"En vingt ans, que de
visages ont disparu et que
d’autres sont apparus.
Nombre de Libanais ont été
poussés à l’exode, et
nombre d’étrangers les
ont remplacés. Nous avons
connu l’exode, les
drames et
l’appauvrissement. Nous
avons été ballottés
entre espoirs et désillusions.
Et au bout du compte, nous
sommes toujours divisés,
notre vision politique est
brumeuse et, disons-le
sans fausse honte, si un
grand cauchemar a disparu,
nous n’avons pas encore
trouvé la voie droite et
sûre qui relèvera le
Liban."
Les grandes étapes
Les intervenants, eux,
s’étaient succédé au
micro pour relever les
grandes étapes du règne
patriarcal et
l’exceptionnelle intégrité
d’un homme qui a
toujours su incarner la
conscience d’une nation
en devenir. Ces grandes étapes
politiques étaient, selon
les orateurs, l’accord
de Taëf (1989), la résistance
aux tentatives syriennes
d’ébranler les assises
du Liban et sa raison d’être,
la réconciliation
druzo-maronite (2001), la
souveraineté retrouvée
au terme d’une lutte de
cinq ans (septembre 2000 -
26 avril 2005), sans
parler de l’effort
incessant pour instaurer
un équilibre dans
l’exercice du pouvoir et
réconcilier les Libanais
divisés.
A ces étapes doivent
s’ajouter les événements
purement ecclésiaux, qui
ne sont en rien moins
importants : la préparation
et la tenue du synode sur
le Liban (1991-1995), la
visite du pape au Liban
(1997), les voyages
pastoraux aux Etats-Unis,
en Amérique latine et en
Europe, les congrès des
patriarches catholiques
d’Orient et le synode
patriarcal maronite, dont
la dernière session se
tiendra en juin prochain.
Sur le plan politique,
l’ancien chef de
gouvernement, Sélim Hoss,
a cité un exemple typique
du rôle pacificateur joué
par le patriarche sur le
plan national. Evoquant
une tumultueuse polémique
opposant partisans et
adversaires d’une paix
avec Israël, M. Hoss a
affirmé : "Il a
suffi au patriarche de
dire que le Liban sera le
dernier pays arabe à
signer la paix avec Israël
pour que l’orage cesse,
que la tension retombe.
L’idée n’était pas
la sienne, mais il a suffi
qu’il prononce cette
phrase pour que la paix
revienne."
Clairvoyance et
modération
Plusieurs
orateurs ont rendu
hommage, d’ailleurs, à
la clairvoyance et à la
modération du patriarche,
qui ont permis de toujours
éviter les écueils du
communautarisme, de
pacifier les esprits,
d’induire un esprit de réconciliation
dans des situations
complexes et de faire
privilégier les intérêts
du Liban. C’est au président
de la Ligue maronite,
Michel Eddé, que l’on
doit l’un des moments
les plus émouvants de la
cérémonie. Citant la
biographie politique du
chef de l’Eglise
maronite écrite par
Antoine Saad, il a rappelé
ces mots du patriarche :
"J’ai été précédé
sur ce siège d’Antioche
par 75 patriarches, et
beaucoup me succéderont.
Il ne sera pas dit que ce
chaînon a cédé."
"Voilà les paroles
d’un véritable maronite
inébranlable et digne qui
résument en elles le rôle
joué par les maronites
dans la constitution du
Liban, a vibré Michel Eddé.
Dans l’itinéraire de ce
patriarche, c’est le rôle
fondamental joué par le
patriarcat maronite tout
entier qui se reflète. Un
patriarcat qui est la
conscience du Liban et le
gardien de son avenir.
Voilà le secret du chaînon
qui ne cède pas."
Signalons pour finir que
M. Elias Sfeir, président
de la Fondation patriarche
Sfeir, qui anime un centre
médico-social, a annoncé
la création d’un prix
patriarche Sfeir qui sera
décerné annuellement à
une œuvre ayant servi à
faire avancer la cause de
la paix.
Mgr
Audeh dresse un triste
bilan de la situation
politique dans le pays
Les
communautés orthodoxes
ont célébré Pâques,
dimanche 23 avril
paru
dans l'Orient-le Jour le
25 avril 2006
"Ce
qui me fait peur, c’est
que les discours
politiques ne sont pas
fondés la plupart du
temps sur la vérité et
sur l’amour sincère du
pays." Dans l’homélie
qu’il a prononcée à
l’occasion des Pâques
orthodoxes, le métropolite
Elias Audeh a déploré la
polémique politique qui
fait rage dans le pays et
prié pour que les
participants au dialogue
qui se retrouveront
vendredi de nouveau, place
de l’Etoile,
"retrouvent la bonne
voie". Mgr Audeh a célébré
à 6h du matin, dimanche,
la "hajmé" et
la messe pascale, en la
cathédrale Saint-Georges
des grecs-orthodoxes au
centre-ville de Beyrouth,
en présence d’une foule
de fidèles, dont,
notamment, les ministres
de la Culture et de
l’Environnement, Tarek
Mitri et Yaacoub Sarraf,
et l’ambassadeur de
Grande-Bretagne, James
Watt.
Il a consacré une partie
de son homélie à la polémique
politique qui s’est récemment
exacerbée dans le pays.
"Les propos creux
sont nombreux et nous nous
y sommes habitués. La
plupart des politiciens échangent
des propos creux, causant
du tort à leurs
compatriotes et au pays,
alors que notre peuple
souffre. Leurs discours ne
rassasient pas les ventres
vides et n’édifient pas
des Etats", a déploré
le métropolite qui
s’est en substance
interrogé sur les allégeances
politiques. Soulignant que "la
polémique est destinée
à la consommation
locale", il a demandé
aux fidèles de ne pas prêter
l’oreille à ce qui se
dit, "sinon vous vous
sentirez perdus". "Ils
se disputent puis ils se réconcilient
comme s’ils regrettaient
ce qu’ils avaient dit.
Que Dieu leur pardonne.
Leurs discours sont destinés
à la consommation locale
et sont bien loin de la vérité.
Chacun d’eux aime sa
tribu et ses intérêts.
Le pays est le dernier de
leurs soucis et celui qui
le place en tête de ses
priorités est accusé de
sanctifier la terre",
a-t-il dit, dans ce qui
semble être une allusion
à un récent discours du
secrétaire général du
Hezbollah, sayyed Hassan
Nasrallah, qui avait
reproché à la majorité
de "vouloir bientôt
sanctifier le Liban".
"Ce qui me fait peur,
a poursuivi Mgr Audeh,
c’est que les discours
politiques ne sont pas
fondés la plupart du
temps sur la vérité et
sur l’amour sincère du
pays. Je ne condamne
personne. C’est juste
une impression tirée de
ce que j’entends autour
de moi de nos fils qui ne
croient plus à ce
qu’ils entendent."
Il a mis l’accent sur
l’amertume ressentie par
la population, "la
première fois
lorsqu’elle voit la
situation navrante à
laquelle on est arrivé et
la deuxième fois
lorsqu’elle n’entend
rien qui puisse lui
permettre d’espérer un
avenir meilleur". Au
terme de la messe pascale,
il est revenu à la
charge, déplorant l’état
de siège imposé au
centre-ville -
"je suis moi-même
obligé à chaque fois que
je viens à la cathédrale
de donner mon nom et le
numéro de ma voiture à
l’agent de garde" -
et priant pour que les
participants au dialogue
"retrouvent la bonne
voie et terminent (leurs
concertations) avant que
nos vies ne se
terminent". La
veille, le samedi saint,
Mgr Audeh avait présidé
en soirée en la cathédrale
Saint-Georges une cérémonie
organisée pour un événement
qui a eu lieu pour la
première fois : une messe
pour la réception d’une
des trente-trois flammes
sacrées (symbolisant l’âge
du Christ) provenant de la
tombe de Jésus à Jérusalem.
Le samedi saint de chaque
année, l’évêque
grec-orthodoxe de Jérusalem
entre, vêtu d’une
simple soutane blanche,
dans la tombe du Christ,
située dans l’église
de la Résurrection, après
avoir été minutieusement
fouillé par des musulmans
qui s’assurent qu’il
ne porte aucun briquet ou
allumette sur lui. Sur la
pierre où le corps de Jésus
avait été étendu, une
lampe à huile éteinte
est déposée. La mèche
s’allume miraculeusement
vers midi, au moment où
l’évêque récite ses
prières, grâce à un feu
sacré qui émane de la
tombe. A partir de
cette lampe, trente-trois
bougies sont allumées et
envoyées aux quatre coins
du monde. L’une
d’elles a été envoyée
pour la première fois
samedi, au Liban, avec une
délégation cléricale de
Jérusalem. Une foule
nombreuse attendait la délégation,
place de l’Etoile, où
la cathédrale, dont les
lumières avaient été éteintes,
a brillé de mille feux
lorsque les fidèles ont
allumé chacun sa bougie
de "la lumière sacrée"
du cierge de Jérusalem.
Pâques
le même jour pour tous les
chrétiens, une idée qui
fait son chemin
publié
par l'AFP le 17 février
2006
Le
chef de l'Eglise arménienne
de Cilicie a proposé à
Porto Alegre (Brésil) que
tous les chrétiens célèbrent
un même jour la fête
essentielle du
christianisme, Pâques, une
idée reprise au bond par un
très haut dignitaire
catholique, le cardinal
Walter Kasper. "J'ai rêvé
que toutes les Eglises du
monde célèbreraient la résurrection
de notre Seigneur commun
ensemble, le même jour,
comme l'une des expressions
visibles de l'unité chrétienne",
a déclaré Aram 1er dans
son rapport devant l'assemblée
générale du Conseil oecuménique
des Eglises (COE), qui se
tient actuellement à Porto
Alegre, et dont il est président.
Malgré
le schisme de 1054,
catholiques et orthodoxes fêtaient
Pâques ensemble jusqu'à
l'instauration du calendrier
grégorien, en 1582, en décalage
de 13 jours par rapport à
l'ancien calendrier julien,
conservé par les orthodoxes.
Mais la règle est restée la
même, fixée au Concile de
Nicée en 325 : Pâques est célébré
le premier dimanche qui suit
la première pleine lune de
printemps. Dès lors, sauf
exceptions - comme 2004 et
2007 - les catholiques,
protestants, anglicans, les
orthodoxes du Patriarcat de
Constantinople, qui ont rallié
le "grégorien" en
1920, et les arméniens fêtent
Pâques plusieurs semaines après
les orthodoxes russes, les
Coptes, les Ethiopiens.
"Cette
proposition, et celle (également
faite par Aram Ier) de
reconnaissance mutuelle des
baptêmes seraient des pas énormes"
pour l'oecuménisme, a déclaré
jeudi en conférence de presse
le cardinal Kasper, président
du Conseil pontifical pour
l'unité des chrétiens.
Interrogé par l'AFP, sur des
solutions possibles à une
controverse sensible de plus
de 500 ans, le cardinal a dit
que l'on "pouvait
imaginer une date fixe, qui
serait le premier dimanche
d'avril". Mgr Niphan
Sakoly, représentant à
Moscou de l'Eglise
grecque-orthodoxe s'est dit
"d'accord". "Il
faut discuter. Avec le langage
de l'amour, tout est
possible", a-t-il dit.
"Une date fixe, c'est
bien. Mais je souhaite plus tôt
le dimanche compris entre le
15 et le 22 avril, c'est plus
logique par rapport à Nicée",
affirme le métropolite
syrien-orthodoxe Mar Ggeorge
Saliba, qui vit au Liban. Mar
Coorilas, métropolite
malankar (orthodoxe) de
Bombay, estime que "c'est
une très bonne idée, que,
plus tard, les Russes
accepteront peut-être".
"C'est fini les guerres
de calendrier qui ont jalonné
notre histoire!", dit Mar
Severius Sawirios Malke
Mourad, évêque
syrien-orthodoxe, à Jérusalem.
Chez
les Russes et les Coptes, les
réticences demeurent fortes.
"Pâque ensemble,
d'accord, mais en respectant
Nicée. Que les occidentaux
nous rejoignent ! Nous suivons
notre tradition, c'est plus
important que plaire à
l'opinion publique",
estime l'archiprêtre Vsevolod
Chaplin, du patriarcat de
Moscou. "Nous ne pouvons
changer la règle de Nicée",
assure l'évêque copte égyptien
Antonios Shenouda. "Il
faudrait d'abord un Concile,
entre orthodoxes, et le
dernier remonte à 787",
explique Antoine Arjakosky,
orthodoxe, directeur de
l'Institut d'études oecuméniques
d'Ukraine. "Il y a risque
que de nouvelles divisions sur
la querelle calendaire
surgissent chez les
orthodoxes. Mais la réforme
d'Aram 1er n'est pas
impossible. Par le biais du
COE, le patriarcat de Moscou
peut évoluer",
assure-t-il. Des théologiens
présents rappelaient que Mgr
Joseph Ratzinger, aujourd'hui
Benoit XVI, avait participé
de 1968 à 1975 à la
commission "Foi et
institution" du COE, où
siègent des catholiques, bien
que l'Eglise catholique ne
soit pas membre du COE, créé
en 1948, et qui rassemble 347
Eglises.
Le
cœur de l’Arménie
battait, hier, à Beyrouth
50.000
personnes manifestent pour
la reconnaissance du génocide
par
JAD SEMAAN, publié dans
l'Orient-le Jour le 25 avril
2006
Pour
que le monde n’oublie pas,
pour que la Turquie finisse
par reconnaître le génocide
de 1915 et "rende les
terres occupées", pour
saluer la mémoire des
grands-parents, celle
"d’un million et demi
de martyrs", 50.000 Arméniens
ont marché, hier, du
catholicossat d’Antélias
au stade de Bourj Hammoud où
un meeting a été tenu, à
l'occasion de la 91e
commémoration du génocide
d’un million et demi
d’Arméniens. Dans le même
temps, à Erevan, le président
Khotcharian annonçait que
l’Arménie continuera à
se battre pour que la
Turquie reconnaisse le génocide
arménien. En France également,
plusieurs milliers de
manifestants se sont associés
à la cause arménienne.
Rien
ne décourage un Arménien.
Surtout pas la pluie
battante d’un Lundi de Pâques.
Quatre-vingt et onze ans après,
la mémoire est encore fraîche,
la colère sourde, la déchirure
immense. Sous le slogan
"91 ans d’impunité",
le peuple arménien du Liban
a marché hier du
catholicossat d’Antélias
jusqu’au stade de Bourj
Hammoud. Il ne casse pas de
voitures. Il ne brûle rien
sur son passage… Sa colère
est digne, souriante et
pacifique. Ce n’est pas
Erevan. C’est juste une
autoroute au nord de
Beyrouth. Mais ici, si vous
ne comprenez pas l’arménien,
tant pis pour vous ! Des
moins jeunes aux plus
jeunes, en passant par les
jeunes, ils sont tous là.
Des familles, des bébés en
poussette et des barbes
poivre et sel sont venus
pour la Cause. Même Aram
Tcholakian - dont
l’histoire, qui est
devenue récemment un
documentaire de télévision,
ressemble à celle des
grands-parents de milliers
d’Arméniens libanais -
répond présent et se
laisse prendre en photo. Le
credo est lisible sur les
banderoles : la Turquie doit
reconnaître le génocide et
dédommager les Arméniens.
Il faut dire qu’Ankara ne
reconnaît que 300.000 morts
arméniennes et réfute
(toujours) la thèse d’un
génocide. A l’appel
des trois partis (Tachnag,
Ramgavar et Henchag) et des
trois églises (orthodoxe,
catholique et protestante),
les Arméniens libanais ont
commencé la journée du 24
avril par une messe pour le
repos des martyrs.
Sous un ciel peu clément,
ils ont ensuite marché, un
foulard tricolore au cou,
avec des étendards arméniens
partout, un drapeau libanais
de temps à autre et, bien
entendu, les couleurs omniprésentes
du Tachnag, dont la
logistique a fait ses
preuves sous la cordée. "Ici
il n’y a pas de parti. Il
y a un seul peuple. Nous
marchons pour nos ancêtres
morts en marchant, pour nos
grands-parents", précise
Hampig (18 ans), venu de
Californie pour "l’Armenian
Pride". Arman
Khatchadourian est fier à
sa manière. Il écrit des
chansons pour la Cause et
porte un uniforme,
"celui-là que portent
les 47 Arméniens, dont 38 médecins,
partis au service des
Irakiens… En Arménie,
nous avons une armée
maintenant, depuis 1991.
Nous n’oublions pas",
assure-t-il. Suren, 22 ans,
y va franco. Il a
personnalisé son tee-shirt,
que plusieurs copains
portent aussi. En lettres
rouges, il dit simplement :
"Le génocide arménien
n’est toujours pas
reconnu. Que la Turquie
aille en enfer !" Suren
s’explique : "Nous
voulons nos droits et nos
terres."
"Ankara doit
s’excuser…"
Les banderoles ne manquent
pas non plus de logique.
Certaines reprennent les
propos d’intellectuels
turcs. L’une d’elles
cite Eren Keskin, directeur
de l’Association des
droits de l’homme à
Istanbul : "Le
gouvernement turc doit
reconnaître le génocide
arménien et
s’excuser." "C’est
là un nouveau problème
pour le gouvernement turc,
raconte Hagop Havatian, du
Comité de la commémoration
du génocide arménien. Les
intellectuels turcs, qui
affirment que leur pays doit
faire face à son histoire
et reconnaître le génocide
arménien, sont de plus en
plus nombreux. Face à ces
voix qui montent, le
gouvernement turc accélère
aujourd’hui l’éradication
de tout vestige arménien,
opération entamée il y a
une quinzaine d’années."
Dans la marée de plus de
cinquante mille personnes,
Davigh (19 ans) est l’une
de celles qui portent un
drapeau frappé d’un cèdre.
"Nous sommes arméniens
de sang, libanais de
nationalité, dit-elle. Nous
n’oublions pas que le
Liban nous a chaleureusement
accueillis."
En ce 24 avril, des commémorations
ont eu lieu partout où la
diaspora arménienne est présente,
c’est-à-dire du Canada
jusqu’à l’Australie, en
traversant l’Europe. En
France, où le génocide a
été reconnu par une loi du
29 janvier 2001, une messe a
été célébrée en mémoire
des martyrs, à Notre-Dame
de Paris, dimanche dernier.
Le Parlement libanais n’a
toujours pas reconnu le génocide.
Mais il a émis, le 11 mai
2000, une recommandation de
reconnaissance. Au stade de
Bourj Hammoud, plusieurs
politiques sont venus saluer
la mémoire des martyrs arméniens
et libanais -
qu’importe ? -. Le
sang a la même couleur. Après
le roulement des tambours,
la flambée des cuivres des
scouts du Homenmen, du
Homentmen et de l’Antranik,
et la mélopée des poèmes
patriotiques, Alexan
Kochkirian a parlé au nom
du Comité de la commémoration,
devant des représentants du
chef de l’Etat, du Premier
ministre et du président de
la Chambre, des ministres
Michel Pharaon et Jean
Oghassabian, de députés
des blocs des FL, du CPL,
des Kataëb, du Hezbollah,
du bloc de Nabih Berry, et
en présence aussi de tous
les parlementaires arméniens
et de l’ambassadeur
d’Arménie, Vahan
Ter-Ghevondian.
La restitution des
terres
Dans son mot, l’ancien
ministre Alain Tabourian a
rappelé que "la
reconnaissance du génocide
par la Turquie, les
compensations matérielles
et la restitution des terres
occupées sont des
conditions sine qua non pour
la paix entre les peuples
arménien et turc".
L’archevêque des arméniens-orthodoxes
au Liban, Kegham Khajerian,
a notamment déclaré :
"Le peuple arménien
n’oubliera pas
l’hospitalité avec
laquelle il a été
accueilli au Liban, comme il
n’oubliera pas les
massacres, gravés dans sa mémoire."
La tradition de marcher pour
commémorer le génocide
remonte au 24 avril 1965,
lorsque les Arméniens sont
partis de Bickfaya pour
atteindre Antélias. Environ
150.000 Arméniens vivent
encore au Liban. Le tiers a
marché hier pour la même
Cause, un simple modèle
d’unité pour un peuple
libanais qui en manque
cruellement.
Aram
Ier demande à la Turquie
d’avoir "la
force de reconnaître le génocide
arménien"
Le
catholicos Aram Ier a demandé
à la Turquie d’avoir
"la force" de
reconnaître le génocide
arménien, dont il a parlé
comme d’une
"tentative
d’annihilation programmée"
des Arméniens de l’Empire
ottoman. Dans un message
adressé à la foule des fidèles
massés dans l’église et
la cour du catholicossat
d’Antélias, Aram Ier a
abordé le thème des
"droits de
l’homme" et celui de
la reconnaissance par la
Turquie moderne des crimes
perpétrés par l’Empire
ottoman, quelques années
avant son effondrement. Aram
Ier a souligné que les
droits de l’homme
"sont les piliers des
Etats développés", de
sorte que là où ils sont
absents, on est sûr de
trouver "la domination
multiforme du mal, dans ses
différents manifestations
et effets". "Les
droits de l’homme ne
viennent pas de l’homme,
mais de Dieu, qui les a conférés
à l’homme", a affirmé
le catholicos, ajoutant que
"le principe du respect
et de l’application des
droits de l’homme doit
constituer une priorité
pour toutes les religions et
tous les peuples".
Par ailleurs, Aram Ier a
affirmé : "La
politique d’annihilation
programmée pratiquée par
les autorités ottomanes en
1915 est une vérité
historique et la politique
de négation pratiquée
aujourd’hui par la Turquie
et certains gouvernements ne
parviendra pas à en
occulter la réalité." "Nous
demandons aujourd’hui à
la Turquie de regarder en
face cette phase de son
histoire passée, d’avoir
la force d’admettre les
erreurs commises par les ancêtres,
et d’admettre
l’existence du génocide
arménien", a dit le
catholicos. "Les faits
et les vérités historiques
sont imprescriptibles, a
repris Aram Ier, et si la
Turquie souhaite occuper une
place en Europe et au sein
de la communauté européenne,
elle doit reconnaître le génocide
arménien."
Des
évêques suisses en Iran
pour délivrer un message de
paix
Durant une
semaine, une délégation de
la Conférence des évêques
suisses effectue une visite
au pays du président
Ahmadinejad. Pour promouvoir
le dialogue interreligieux
par
DELPHINE MINOUI, publié
dans le Temps le 22 avril
2006
A l'heure où
les bruits de bottes
commencent à couvrir les
voix de la diplomatie, une délégation
religieuse suisse effectue,
du 17 au 24 avril, un voyage
en Iran pour délivrer un
message de paix. "Le
but de notre visite est de
promouvoir un dialogue
interreligieux et culturel,
pour aboutir à la concorde
dans le monde", a précisé
vendredi à Téhéran Mgr
Pierre Bürcher, évêque
auxiliaire de Lausanne, Genève
et Fribourg, et président
du groupe "Islam"
de la Conférence des évêques
suisses. Cette visite inédite,
qui a lieu sur fond de crise
internationale liée au nucléaire
iranien, est, insiste-t-il,
"de nature religieuse
et non politique". Pas
question, donc, de commenter
les propos explosifs du président
Ahmadinejad sur
l'enrichissement d'uranium
et l'Holocauste. En
revanche, la délégation a
eu l'occasion de
s'entretenir longuement avec
l'ancien président Mohammad
Khatami qui, à l'inverse de
son successeur, s'est
toujours efforcé de prôner
la non-violence. "J'ai
été impressionné par son
ouverture spirituelle et sa
volonté exprimée de manière
très claire d'œuvrer au
dialogue entre les
civilisations",
remarque Mgr Bürcher.
"Je l'ai senti
soucieux, dans le contexte
mondial actuel, de développer
ce dialogue. Il nous l'a
manifesté comme étant une
urgence en vue de l'établissement
d'une paix durable dans le
monde", poursuit l'évêque.
Ce n'est pas la première
fois que les deux hommes se
rencontrent. En janvier
2004, ils avaient déjà eu
l'occasion de se croiser
lors d'une visite officielle
de Mohammad Khatami, à
Berne, lorsqu'il était
encore président. De cette
première entrevue était née
l'idée d'un échange
culturel et religieux
approfondi entre l'Iran et
la Suisse.
Le
groupe "Islam"
Créé avant les attentats
du 11 septembre, le groupe
"Islam" de la Conférence
des évêques suisses reçut,
ainsi, en septembre dernier,
l'organisation iranienne
"Islamic Culture and
Relations Organisation"
(ICRO) pour amorcer des
discussions
interreligieuses. C'est à
l'invitation de cette même
organisation que la délégation
suisse, composée de dix
personnes, effectue
actuellement un voyage d'une
semaine en Iran, pays à
majorité musulmane chiite.
Depuis son arrivée à Téhéran,
le 17 avril, le groupe s'est
entretenu avec d'importantes
personnalités cléricales
iraniennes, dont l'ayatollah
Araghi, le directeur de l'IRCO.
Vendredi, la délégation
suisse s'est également
rendue dans la ville sainte
de Qom, connue pour être le
"Vatican" du
chiisme. Elle est allée à
l'Institut Imam Khomeiny, a
visité le Centre des
religions et la Grande
Bibliothèque de l'ayatollah
Kashani.
Minorités
religieuses
Vendredi matin, départ pour
Ispahan, ville du centre de
l'Iran, où se trouve une
bonne partie de la communauté
chrétienne iranienne. Car
un des objectifs principaux
du groupe de travail
"Islam", c'est
bien celui de rencontrer les
minorités religieuses,
notamment chrétiennes,
juives et zoroastriennes,
qui constituent
respectivement 0,7%, 0,3% et
0,1% de la population.
Depuis la révolution
islamique de 1979, et
l'application d'une loi
inspirée de la charia, un
grand nombre de leurs
membres ont quitté le pays.
Ces trois minorités sont
chacune représentées par
un député au parlement et
peuvent pratiquer, en privé,
leur culte.
Libertés
restreintes
Mais leurs libertés
demeurent restreintes.
"Les non-musulmans
restent des citoyens de
seconde catégorie. Certes,
les minorités bénéficient
de la liberté de culte,
mais pas dans l'espace
public. Leurs membres sont
sans subside de l'Etat alors
qu'ils subventionnent, par
leur impôt, le culte
musulman. Et puis, ils
continuent à subir des
discriminations sociales.
Ils sont, par exemple,
exclus de l'accès aux
postes de décision",
constate Mgr Bürcher. Quid
des minorités religieuses
non reconnues ? "D'après
les chiffres que j'ai pu
obtenir par recoupement,
elles s'élèvent à environ
170.000 personnes. Elles
sont donc plus nombreuses
que les minorités
reconnues. Il y a les
bouddhistes, les hindouistes
et les bahaïs. Ce sont ces
derniers qui sont dans la
situation la plus fragile et
qui sont poussés à
l'exil", s'inquiète l'évêque.
Pour lui, toutes ces
restrictions, qu'il a
l'intention d'évoquer
ouvertement avec ses
interlocuteurs, "ne
sont pas conformes au droit
international".
Bagdad :
de la fracture religieuse au
bain de sang
Pour les
habitants de la capitale
irakienne, la guerre civile
est une réalité. La
fracture religieuse exacerbe
les tensions
par
FEURAT ALANI, publié dans
Ouest-France le 21 avril
2006
Depuis
l'attentat du 22 février
contre le mausolée chiite
de Samarra, les tensions
entre chiites et sunnites
ont monté d'un cran.
"C'est notre
11-Septembre à nous",
résume le chiite Ali
Dabbagh, membre de la
commission des Affaires étrangères.
La riposte des chiites à
cette attaque, non revendiquée,
n'a pas tardé. L'armée du
Mehdi de Moktada Sadr et les
brigades Badr d'Abdel Aziz
Al-Hakim ont saccagé des
dizaines de mosquées et tué
des centaines de sunnites.
Bagdad vit désormais au
rythme de cette cassure
intercommunautaire. La
capitale irakienne s'est
fractionnée : à
l'Ouest, les sunnites, à
l'Est, les chiites. Dans
chaque quartier, les
habitants ont pris en charge
leur propre sécurité, déployant
des groupes armés autour de
barrages de fortune.
Certains endroits sont
devenus inaccessibles aux "inconnus".
Des "no man's
land" où règne la loi
du talion, oeil pour oeil,
dent pour dent. Lorsqu'un
sunnite est assassiné, un
chiite est tué quelques
heures plus tard. Et vice
versa.
Tout
"inconnu" osant pénétrer
dans un quartier
"ennemi" est sommé
de quitter les lieux sur le
champ, le canon d'une Kalachnikov
sur la tempe. C'est le cas
dans les faubourgs sunnites
d'Amriya, Adhamiya et Khadra,
ainsi que dans les rues
chiites de Sadr City.
Le bastion chiite de Moktada
Sadr vit en autarcie avec
ses quatre millions
d'habitants, gère sa propre
sécurité et filtre les
entrées et les sorties. Au
moindre signal de l'homme au
turban noir, l'armée du
Mehdi franchira la ligne qui
les sépare des autres
quartiers de Bagdad.
"Pour le moment",
prévient l'un de ses
proches, le chef Moktada a
enterré la hache de guerre
et semble privilégier la
voie diplomatique.
Epuration
ethnique
Sunnites
et chiites se livrent, en
fait, une guerre sans merci
par guérilla et escadrons
de la mort interposés.
Chaque nuit, des unités de
la police et de l'armée
irakienne conduisent des opérations
occultes. Il y a quelques
jours, à minuit, dans le
quartier sunnite Adhamiya,
des hommes portant
l'uniforme de l'armée
irakienne ont ratissé la
zone et fait irruption dans
les maisons. Surpris en
plein sommeil, des civils
ont été froidement
assassinés. Le lendemain,
la guérilla sunnite répliquait
à cette action clandestine.
Ainsi, la rue
Omar-Abdel-Aziz était le théâtre
de combats entre soldats
irakiens et moudjahiddines
masqués de leur keffieh.
Le même
genre de scénario se
reproduit dans différents
lieux de la capitale où les
cadavres pourrissent,
parfois, au soleil pendant
plusieurs jours. Au centre
de Bagdad, dans le quartier
industriel Senek, un tract
est déposé au pied de
l'entrée d'une usine.
"Ne revenez plus ici.
Seuls les chiites sont
autorisés à venir
travailler", lit à
haute voix Hamdi, un
ouvrier, avant de déchirer
le document. Le lendemain,
une vingtaine d'employés
sunnites sont enlevés pour
l'exemple. Dhafer Ani, le
porte-parole de la
principale liste sunnite, a
aussitôt dénoncé "la
politique d'oppression du
ministère de l'intérieur",
sous l'égide du très
contesté Premier ministre,
Ibrahim Al-Jaafari. Dans le
quartier Al Amriya, également
à l'ouest du Tigre, des
montagnes de poubelles
submergent les rues. C'est
une nouvelle tactique de la
guérilla sunnite. Celle-ci
se sert des ordures pour
poser des mines artisanales
visant les soldats américains
et irakiens. "Le
chauffeur d'un camion
poubelle a été tué pour
avoir voulu ramasser les déchets",
raconte Mohamed, un habitant
du quartier. Pour les
rebelles, toutes les méthodes
de combat sont bonnes à
prendre. Même les plus
originales. Comme dans ce
quartier mixte d'Al-Mansour
où une bombe perchée dans
un arbre a explosé au
passage d'une patrouille de
police, blessant ou tuant
plusieurs militaires.
"Ne
videz pas Jérusalem de ses
habitants chrétiens",
avertit Abdallah II de
Jordanie
paru
dans l'Orient-le Jour le 18
janvier 2006
Le
roi Abdallah II de Jordanie
a averti hier contre le fait
de "vider Jérusalem de
ses habitants chrétiens
arabes à cause d’une émigration
croissante", au cours
d’une rencontre avec une délégation
d’évêques américains et
européens, a rapporté
l’agence de presse
officielle, Petra. Il a
également assuré que la
Jordanie considérait Jérusalem
comme la ville "de l’espoir
et de la paix" pour
tous les fidèles des trois
religions monothéistes et a
invité les Eglises
occidentales à
"encourager les
habitants arabes chrétiens
à rester dans la Ville
sainte pour qu’elle garde
son authenticité et son
identité".
Les
chrétiens d’Egypte
affichent un radicalisme
poussé
Le
militantisme copte
s'accentue sur fond de montée
des Frères musulmans
paru
dans l'Orient-le Jour le 7
avril 2006
Trois
mois après la percée
historique des Frères
musulmans aux législatives,
des coptes, chrétiens d’Egypte,
affichent un militantisme de
plus en plus radical.
Inquiets de l’avenir de la
plus grande communauté chrétienne
d’Orient, des groupes
coptes ont aussi pris le
contre-pied du pape Chénouda
III, l’estimant trop légitimiste
envers le régime du président
Hosni Moubarak. "Le
jour où les Frères
musulmans auront 50 %, les
riches coptes
s’expatrieront, et seuls
les plus pauvres resteront,
peut-être en se
convertissant", avait
affirmé Milad Hanna, un célèbre
intellectuel copte. "Et
j’espère que je serai
mort avant que ce jour
n’arrive", avait-il
ajouté, au lendemain des élections
législatives égyptiennes
en décembre où la confrérie
islamiste, interdite mais
tolérée, avait gagné 88
sièges sur 444, alors
qu’un seul copte était élu.
Selon l’Eglise, la
communauté copte compte 7
millions de fidèles, près
de 10 % des 73 millions d’Egyptiens,
alors que les statistiques
officielles la créditent de
6 %. A l’issue des législatives,
des initiatives dans deux
directions avaient été
lancées : créer des partis
coptes, religieux, et un
courant "laïque"
avec des musulmans. Parallèlement,
des réunions entre des Frères
musulmans
"modernistes",
comme Issam el-Aryane, et
des intellectuels coptes,
comme Youssef Sidhom, rédacteur
en chef du quotidien Watani,
ont eu lieu, mais le
dialogue a tourné court.
Pour les coptes, qui parlent
de discrimination, un des
points-clefs porte sur
l’abrogation de
l’article 2 de la
Constitution selon lequel la
charia, la loi islamique,
est la source principale de
la législation du pays.
"La nouveauté tient au
fait que la grande peur des
coptes ait trouvé à
s’exprimer", note
Alain Roussillon, directeur
du Centre français de
sociologie du Caire, le
Cedej. "Et pour les médias,
la question copte fait désormais
vendre", dit-il. La
relative ouverture du régime
a en effet permis aux
courants coptes radicaux de
mettre en avant toutes les
discriminations dont ils
s’estiment être victimes,
avec des relais parmi la
diaspora.
L’Organisation des coptes
unis, basée en Suisse, a présenté
en mars, lors d’une
session de la Commission des
droits de l’homme des
Nations unies à Genève, un
mémorandum sur la question
copte, faisant grincer des
dents une bonne partie de la
communauté hostile à
l’internationalisation de
la question. C’est
notamment autour de cas,
difficiles à vérifier, de
"conversions forcées"
de jeunes filles chrétiennes
à l’islam que se
mobilisent des militants
coptes. Si les coptes ont
condamné les caricatures du
prophète Mohammad publiées
notamment dans la presse
danoise, deux organisations
coptes ont porté plainte en
février contre un prédicateur
islamique, Abou Islam,
auteur de livres antichrétiens.
"En moins d’une
demi-heure, j’ai acheté
pour 2.000 livres égyptiennes
(350 USD) de livres
insultant les chrétiens à
la foire du livre du
Caire", déplore
Mamdouh Mikhaïl, militant
copte, s’étonnant que
"ces publications
soient vendues en toute
impunité". Très
actifs, ces militants ne bénéficient
pas du soutien de nombreux
intellectuels coptes qui
tentent d’inscrire la
question copte dans le cadre
plus large des
revendications démocratiques.
L'Eglise orthodoxe
contre une mosquée au pied
du Parthénon à
Athènes
L'archevêque
orthodoxe, Mgr Emmanuel,
de Paris explique au
"Figaro" pourquoi
l'ancienne mosquée ottomane
de l'Acropole ne sera pas
rouverte
Propos
recueillis par ALEXIA
KEFALAF, publiés dans le
Figaro le 25 avril 2006
- L'ouverture
d'une mosquée aux pieds
de l'Acropole a fait débat.
Y aura-t-il bientôt une
mosquée à Athènes ? A
quel endroit ?
Il
y a depuis quelques années,
une forte immigration de
musulmans en Grèce dont
un grand nombre habite Athènes
(plus de 100.000). En
2000, le gouvernement grec
a pris la décision de
construire une mosquée,
pour que les fidèles
musulmans puissent avoir
un lieu de culte. Il avait
été décidé alors de la
construire à Péania, près
d'Athènes. Récemment, la
ministre des Affaires étrangères,
Dora Bakogianni, a proposé
de redonner sa fonction à
l'ancienne mosquée située
aux pieds de l'Acropole,
qui est aujourd'hui un musée
d'art populaire. Face aux
réactions suscitées,
mais surtout parce ce
n'est pas l'endroit le
plus adéquat, il a fallu
trouver une autre
solution. En effet,
l'image symboliquement
forte ne résout pas le
problème du culte
musulman à Athènes,
parce que cette mosquée
ne mesure qu'une
cinquantaine de mètres
carrés. La ministre vient
donc de proposer de la
construire à Eleona, à
2 km
du centre d'Athènes. Elle
sera entièrement financée
par les deniers de l'Etat.
Il est préférable
d'avoir un lieu de prière
officiel plutôt que 40
lieux insalubres. Les réactions
à l'annonce de la réouverture
de la mosquée aux pieds
de l'Acropole ont peut-être
accéléré les décisions,
mais les orthodoxes grecs
savent coexister avec
d'autres cultes comme
c'est le cas depuis
toujours à Jérusalem,
Damas, Alexandrie ou
Istanbul. En Thrace, dans
le nord de
la Grèce
, nous avons de nombreuses
mosquées, 440 imams en
fonction et 3 muftis (les
autorités suprêmes dans
le culte musulman).
-
Ne serait-il pas plus
simple pour l'orthodoxie
en général et aux yeux
du monde occidental de séparer
l'Eglise de l'Etat en Grèce
?
Le
débat a été lancé mais
la question ne s'est
jamais posée
officiellement. Elle n'est
pas plus à l'ordre du
jour du gouvernement que
d'un grand parti
politique. En Grèce,
selon
la Constitution
en vigueur, des rôles
distincts sont attribués
à l'Eglise et à l'Etat.
Il n'existe pas de
confusion à ce niveau.
Mais il faut respecter et
garder en mémoire le rôle
historique que l'Eglise a
joué dans la construction
même de l'Etat grec en
1821. Le clergé orthodoxe
était proche du peuple et
l'a aidé à reconquérir
sa liberté et à secouer
quatre siècles de joug
ottoman. Après la libération,
l'Eglise a aussi aidé économiquement
le nouvel Etat en lui concédant
de nombreux terrains pour
l'aider à sa
reconstruction.
Aujourd'hui encore, le
clergé est proche du
peuple et est présent
dans tous les actes de la
vie quotidienne, il n'est
donc pas utile de le séparer
de l'Etat.
-
Le fait que les prêtres
orthodoxes se marient
donne-il une meilleure
appréhension de la réalité
du quotidien des fidèles
?
Le
fait de donner la
possibilité depuis
toujours à de jeunes
hommes de choisir entre le
célibat et la vie
conjugale me paraît plus
normal. L'Eglise
catholique a imposé le célibat
par la suite pour "mieux
servir l'Eglise". Je
ne la juge pas.
Simplement, nous disposons
d'une mesure qui, même si
elle ne résout pas tous
les problèmes, permet
d'offrir des possibilités
autres pour répondre aux
besoins de la communauté.
Les prêtres connaissent
les problèmes familiaux,
ceux du quotidien tout
comme les problèmes
spirituels.
-
Et l'adhésion de
la Turquie
à l'UE, qu'en pensez-vous
?
Nous
attendons de
la Turquie
qu'elle respecte les
minorités religieuses, ce
qui est quasi inexistant
actuellement.
La Turquie
s'oppose, entre autres, à
la réouverture de l'école
théologique (orthodoxe)
de Halki, qu'elle a fermée
depuis 1971. Elle refuse
de reconnaître un statut
légal au Patriarche oecuménique,
archevêque des orthodoxes
grecs à travers le monde,
qui siège à
Constantinople depuis le Ve
siècle. Il ne reste plus
que 2.000 orthodoxes grecs
dans cette ville et bientôt,
ces conditions de vie les
feront fuir. Le processus
en vue de cette adhésion
sera donc long et suivi de
près par les orthodoxes
grecs en général et par
le Patriarcat. Il sera évidemment
jugé sur la base des critères
définis par l'UE. Parmi
eux, figure, notamment, le
respect de la liberté
religieuse des minorités.
Une
ministre allemande veut
ramener l'église au cœur
de l'école
Ursula
von der Leyen propose une
"alliance pour l'éducation"
par
YVES PETIGNAT, publié dans
le Temps le 21 avril 2006
A
la société allemande en
manque de repères, la
ministre de la Famille,
Ursula von der Leyen,
nouvelle croisée, propose
de redonner leur monopole
aux valeurs chrétiennes,
"base de la société".
Et pour cela, elle a passé
une "alliance pour l'éducation"
avec les deux grandes
Eglises du pays. Dans une
Allemagne "où le
caractère public de la
religion est reconnu et
l'immixtion des églises
souhaitée", comme
l'exprimait l'ancien président
social-démocrate Johannes
Rau, cette tentative de
retour en force du religieux
dans l'éducation suscite de
très vives critiques. Non
pas à cause d'une possible
atteinte à la laïcité de
l'Etat, mais en raison de la
mise à l'écart -
provisoire selon la ministre
- des autres religions.
Malgré les protestations
des organisations juives et
musulmanes, des libéraux et
des Verts, c'est entourée
du cardinal de Berlin, Georg
Sterzinsky, et de l'évêque
de l'Eglise évangélique,
Margot Kässmann, que la
ministre d'Angela Merkel a
jeté jeudi les bases d'une
action destinée "à
offrir aux parents et aux
enfants les valeurs leur
permettant de
s'orienter".
"Super nanny" -
super nurse - comme la
surnomment les Allemands,
veut répondre à la crise
éducative que rencontrent
les écoles du pays face à
la perte de valeurs
communes. Beaucoup de
parents, dit-elle, ne savent
plus comment répondre à
leurs enfants et recherchent
une voie à suivre. La
ministre leur propose donc
de remettre au goût du jour
les valeurs chrétiennes,
"base historique de la
société allemande",
confiance réciproque,
respect, serviabilité,
attention aux autres, mais
aussi courage civil. En
automne, elle a l'intention
d'associer les organisations
familiales, mais aussi les
autres religions. Quatre
rassemblements régionaux
devraient donner une assise
populaire à son concept. Et
elle n'exclut pas l'économie,
notamment par le biais de
l'apprentissage.
Kinder, Küche,
Kirche ?
Le choix des deux grandes
Eglises, catholique et évangélique,
allait de soi : celles-ci
offrent à elles seules 72%
des places de crèches et d'écoles
maternelles du pays. Elles
possèdent donc un réseau
large permettant d'étendre
le système de valeurs, qui
devra être transformé en
éléments pédagogiques, à
d'autres structures éducatives
: jardins d'enfants publics,
écoles, centres de
perfectionnement. Certes, la
vice-présidente du syndicat
de l'enseignement et de la
recherche (GEW), Marianne
Demmer, a protesté contre
ce projet d'éducation chrétienne,
car "l'Allemagne n'est
pas un Etat religieux, mais
un Etat séculier dont le
système de valeurs est
construit sur les droits de
l'homme". Et la
Berliner Zeitung a ironisé
contre ce retour des trois
K, "Kinder, Küche,
Kirche". En réalité,
l'Allemagne vit ce que l'évêque
évangélique de Berlin,
Wolfgang Huber, qualifie de
"sécularisme éclairé",
un partenariat
institutionnalisé entre l'Eglise
et l'Etat. Porteuses des
valeurs fondatrices de la
société, les grandes
Eglises font partie de
l'identité du pays. Ce sont
des institutions de référence
qui ont droit, par exemple,
d'enseigner la religion dans
le cadre scolaire.
La naturalisation facilitée
accordée à près de deux
millions de ressortissants
turcs a fait émerger
l'islam comme religion
"nationale". Par
ailleurs la réunification
allemande, mais aussi la
montée de l'individualisme,
ont renforcé le courant de
ceux qui veulent une séparation
stricte entre Etat et
Eglises. L'offensive éducative
d'Ursula von der Leyen
s'inscrit ainsi dans le
combat d'une base, notamment
chrétienne-démocrate, qui
refuse de faire de la
religion une affaire privée
et veut redonner aux normes
chrétiennes leur statut
symbolique.
Les enfants, la santé
et l'humanitaire sont les
principales cibles des
sectes
publié dans le Monde du
26 avril 2006
Enfants, médecines
alternatives, aide
humanitaire, constituent
trois domaines "particulièrement
préoccupants" pour
l'activité des sectes,
estime la Mission
interministérielle de
vigilance et de lutte contre
les dérives sectaires ( Miviludes )
dans son rapport 2005 publié
mercredi 26 avril, en
promettant de poursuivre sa
lutte "avec
conscience et détermination".
Le rapport est publié dix
ans après l'affaire de
l'Ordre du Temple solaire,
qui a décidé la France à
se doter d'une structure spécialisée,
devenue en 2002 la Miviludes.
"Il existe de vraies
et bonnes raisons de ne pas
renoncer à la lutte contre
les dérives sectaires au
motif fallacieux que cela
porterait atteinte à la
liberté de conscience ou
aux libertés
religieuses", écrit
le président de la
Miviludes, Jean-Michel
Roulet, en invoquant "des
enfants humiliés, des
victimes détruites et des
familles déchirées à
jamais". Les
enfants sont souvent une "cible",
selon le rapport, parfois
avant leur naissance
(Fraternité blanche
universelle, Ancien et
Mystique Ordre de la
Rose-Croix). Chez les dévots
de Krishna, ils ont un
emploi du temps harassant
(lever à 3 h 30, coucher à
20 h 30 pour les 10-15 ans).
Ils peuvent être retirés
de l'école (enfants "indigo"
ou "cristal"
de Kryeon), scolarisés à
part (Tabitha's Place, Frères
de Plymouth issus du
darbysme protestant). La
cellule de prévention de l'éducation
nationale évalue à 10.000
les enfants instruits à
domicile ou dans des établissements
hors contrat. Les contrôles
ont contribué au recul du
nombre d'enfants instruits
à domicile (1.000 en 2004,
contre 6.000 en 1998). Mais
l'enseignement par
correspondance est libre et
concurrentiel, sans aucune
garantie ni agrément hormis
le CNED, comme le soutien
scolaire, créneau qui "semble
être une des nouvelles
pistes de la
Scientologie".
Parfois soumis à de mauvais
traitements, voire à des
abus sexuels, les enfants
peuvent mourir de
privations. En juin 2005,
les parents kinésiologues
de Kerywan, mort à 16 mois
avec le poids d'un
nourrisson de 4 mois, ont été
condamnés par la cour
d'assises du Finistère à
cinq ans de prison, dont 52
mois avec sursis.
Médecines parallèles
et crise des banlieues
La Miviludes s'inquiète
aussi de "l'engouement
pour les 'alter-médecines',
multiformes mais qui ont
pour point commun de ne bénéficier
d'aucune validation
scientifique, d'être exercées
dans la plupart des cas par
des 'thérapeutes'
autoproclamés et d'aboutir
à terme à un refus pur et
simple des soins médicaux
traditionnels".
Elle dénonce ce "mouvement
qui érige en dogme une
philosophie qui nie en bloc
tous les progrès de la
science et de la médecine,
auxquels les plus grands
savants du monde ont voué
leur vie depuis deux siècles".
Enfin, la crise des
banlieues en novembre 2005 a
attiré des sectes comme la
Scientologie sous le couvert
de l'aide humanitaire, un
secteur "en pleine
expansion, en raison de la médiatisation
des grandes catastrophes
naturelles ou des
troubles", souligne
la Miviludes. Il a "le
double avantage pour les
organisations sectaires de
contribuer à polir leur
image humaniste tout en procédant
à un fort prosélytisme, et
de leur permettre de
recueillir des fonds".
"La présence
dans les banlieues françaises,
après les désordres de
l'automne 2005, de certaines
organisations sectaires
revendiquant haut et fort
les mérites de leur action
humanitaire en faveur des
populations en difficulté
est préoccupante,
souligne le rapport, surtout
si l'on observe la
similitude de discours
apparaissant entre les
propos de ces organisations
et la manière dont
l'actualité en question
avait été traitée par
quelques médias
internationaux." La
Miviludes cite un communiqué
du 25 novembre 2005 de l'Eglise
de scientologie qui, "après
deux semaines de présence
revendiquée à
Aulnay-sous-Bois (...), n'est
pas loin de s'attribuer les
mérites du retour au calme
rapide dans la cité".
Les entreprises prises
pou cible
Les sectes montrent un
intérêt croissant pour les
entreprises, auxquelles
elles s'attaquent notamment
par le biais de la formation
professionnelle, des
ressources humaines ou des
services informatiques. "L'entreprise
est devenue une cible
naturelle, car elle dispose
de budgets destinés à
l'achat de prestations
externalisées, souligne
le rapport. De nombreux
mouvements ont ainsi
constitué ou établi des
liens avec des cabinets de
formation professionnelle,
de recrutement, de conseil
en gestion des ressources
humaines, de services
informatiques."
Le marché de la
formation professionnelle génère,
selon le rapport, plus de 22
milliards d'euros de flux
financiers et près de
45.000 organismes
prestataires sont recensés.
L'an dernier, la Miviludes,
de plus en plus sollicitée
par des entreprises,
syndicalistes, cadres ou
associations d'anciens élèves,
"a eu à connaître
plusieurs tentatives
d'approches de grands
groupes industriels par des
mouvements sectaires
transnationaux",
selon le rapport.
La grande
renaissance confucéenne
L'étude du confucianisme et
de la culture classique
connaît une ferveur sans précédent
depuis l'instauration du régime
communiste en Chine. Une
"fièvre
culturelle" qui fait le
jeu du pouvoir
par FREDERIC KOLLER,
publié dans le Temps le 13
février 2006
La scène se passe mi-décembre
dans le grand auditoire de
l'Université du peuple, une
des facultés les plus
orthodoxes du régime
chinois. Des centaines d'étudiants
attendent silencieusement
Pang Pu, grand spécialiste
des écritures antiques sur
bambou et carapaces de
tortue. Pour ce forum
inaugural du nouvel Institut
des études nationales (Guoxue
yuan), le maître va
disserter sur le "néant"
et la notion taoïste du
"mystère", thème
pour le moins ésotérique
dans une enceinte réservée
depuis cinquante-cinq ans à
l'interprétation du
marxisme-léninisme et à
ses produits dérivés
chinois. "Je n'avais
jamais vu autant de monde
pour un aussi petit
sujet", dit un Pang Pu
éberlué face à cette
salle comble avant de se
lancer dans une analyse étymologique
très pointue. Dépêchée
sur place, une journaliste
de l'édition pour les
Chinois d'outre-mer du
Quotidien du peuple confie
:"Les Chinois du monde
entier doivent savoir ce qui
se passe aujourd'hui à Pékin
!" Un peu plus tôt, Ji
Baosheng, le directeur de
l'Université du peuple,
exprimait sa fierté d'être
à l'avant-garde du
renouveau des "études
nationales", c'est-à-dire
du savoir classique.
"La culture chinoise
sera de plus en plus
importante au XXIe siècle.
C'est la nouvelle
tendance."
Dans une Chine qui s'impose
comme un des pôles économiques
de ce nouveau siècle, les
dirigeants et une partie des
élites intellectuelles
veulent désormais croire à
une renaissance culturelle
dont le rôle pourrait être
comparable à celui de la
Renaissance du XVe siècle
européen. Après la
politique maoïste de la
table rase et le respect
distancié envers la
tradition des réformateurs,
une nouvelle génération de
dirigeants se réfère sans
complexe aux valeurs du passé
pour asseoir sa légitimité
et son aspiration à la
puissance. Ce conservatisme
culturel a fait son grand
retour en 2004 avec
l'engouement pour les
classiques confucéens. En
2005, on est allé encore
plus loin avec la création
du premier Institut des études
nationales et un
foisonnement d'initiatives
destinées à promouvoir la
tradition et la langue
chinoise. Pareille "fièvre
culturelle" s'était déjà
propagée dans les milieux
académiques à la fin des
années 1980, puis au début
des années 1990. La différence,
aujourd'hui, c'est le
soutien actif du pouvoir
dont le discours s'appuie de
plus en plus sur des préceptes
confucéens. Le parti unique
n'en rejette pas pour autant
son héritage idéologique
issu de la révolution. Au
contraire, Pékin tente dans
le même temps de raviver l'étude
du marxisme-léninisme avec
l'objectif affirmé de
devenir le centre mondial de
cette discipline. Il opère
ainsi une synthèse qu'on
pourrait qualifier de
confucianisme-léninisme de
marché.
Répondant à un vide
spirituel et éthique, cette
fièvre culturelle remet au
goût du jour les penseurs
taoïstes ou bouddhistes, la
poésie classique et le
Yi-king, les histoires
dynastiques ou encore les
anciens stratèges. Tout ce
qui est d' "essence
chinoise" fait ainsi
l'objet d'une attention
nouvelle dans une quête
d'identité censée
justifier une voie originale
et nationale à l'heure de
la mondialisation des échanges.
Le cœur de cette
"sagesse chinoise"
est Confucius (Kongfuzi / maître
Kong), aujourd'hui qualifié
de "trésor
national". Ou plutôt
le confucianisme, c'est-à-dire
une pensée formatée à
partir de la dynastie des
Han (IIe siècle av. J.-C.)
par des générations d'élites
lettrées pour servir de
base idéologique à
l'empire. Pour le 2556e
anniversaire de Confucius
(551-479 av. J.-C.), en
septembre dernier, une cérémonie
officielle sans précédent
depuis 1949 a réuni plus de
2500 personnes - dont de
nombreux hauts cadres du
parti communiste - pour le pèlerinage
de Qufu, le village natal du
penseur. L'événement a été
pour la première fois relayé
en direct dans tout le pays.
Appuyé par des entreprises
privées, le gouvernement
chinois a financé l'an
dernier la création d'une
trentaine d'instituts
Confucius sur tous les
continents avec pour
objectif d'en ouvrir plus
d'une centaine. Ces
instituts de langue seront
les ambassades de la culture
chinoise à la façon des
instituts Goethe pour
l'Allemagne ou des Alliances
françaises. En Chine même,
plusieurs écoles privées
se sont spécialisées dans
un enseignement traditionnel
très prisé par les classes
supérieures de la société
et quelque 5 millions
d'enfants ont été initiés
aux classiques.
Les hommes d'affaires
s'enflamment aussi pour la
pensée du sage dans
l'espoir d'améliorer leur
gestion des affaires et des
employés (ce qui peut paraître
étrange lorsque l'on connaît
le dédain de Confucius pour
les marchands). La
prestigieuse Université de
Pékin vient par exemple de
créer un séminaire d'études
confucéennes pour patrons
facturé 240.000 yuans
(3.800 francs) les douze
cours. Dans un pays qui ne
s'est pas encore remis du désastre
intellectuel de la Révolution
culturelle (1966-1976), ce
regain d'intérêt pour les
études traditionnelles est
une bonne nouvelle. Un peu
d'érudition ne
limitera-t-elle pas la
capacité de manipulation du
pouvoir ? Le risque est
toutefois de voir cette
renaissance alimenter un
conservatisme politique plutôt
qu'une ouverture des
esprits. C'est bien ce que
craint Xu Youyu, un
intellectuel libéral.
"Si l'on parle d'un
approfondissement du savoir,
de la recherche, alors c'est
une excellente chose car très
peu de Chinois comprennent
leur culture. Mais on
observe plusieurs autres
courants: il y a un courant
idéologique qui estime que
le confucianisme est le
refuge de la sinité ; il y
a un courant politique qui
prône au nom du
confucianisme un retour au
passé et l'abandon des
valeurs occidentales de démocratie
et de liberté ; il y a
enfin un courant néo-autoritaire
qui rêve d'un pouvoir élitiste."
"Nous vivons dans un
monde multiculturel, précise
prudemment Sun Jiazhou, le
directeur de l'Institut des
études nationales de
l'Université du peuple. Il
n'est pas question
d'exclusion et d'un retour
au passé. Nous voulons
moderniser l'étude de la
tradition afin qu'elle serve
de socle à la culture
chinoise actuelle. Il est
tout de même inquiétant
que nos enfants soient de
plus en plus influencés par
les films occidentaux alors
qu'ils ne savent même plus
écrire correctement les
caractères chinois."
Professeur à l'Institut de
recherche de la culture et
de la pensée de l'Université
Qinghua, Peng Lin résume un
point de vue largement
partagé chez les
intellectuels et les agents
du pouvoir : "Le monde
entier ne peut suivre un modèle
unique, il faut tenir compte
des différences
culturelles. Si la Chine
appliquait le principe d'une
personne un vote, ce serait
la catastrophe." Il en
veut pour preuve les achats
de votes et les pugilats du
parlement taïwanais, l'un
des thèmes favoris de la
propagande chinoise pour
discréditer la démocratie
parlementaire jugée inadaptée
aux mœurs chinoises. Au
culte de la loi, de
l'individu et de la force prêté
à l'Occident, Peng Lin préfère
le ressourcement moral, la
fraternité et le
gouvernement des élites de
Confucius.
Il y a quelques années, un
professeur de l'Université
de sylviculture de Pékin,
Zhang Xiangping, proposait
de changer le nom du parti
communiste en parti confucéen.
Aujourd'hui, Jiang Qing, un
professeur de droit
politique à la retraite qui
a ouvert une école confucéenne
dans la province du Guizhou,
va plus loin. Cet adepte de
la thèse du choc des
civilisations de Samuel
Huntington défendait récemment
dans les médias chinois
l'idée de créer une
religion d'Etat en
restaurant le système des
examens impériaux et les règles
confucéennes de
subordination de la femme à
son mari, des enfants à
leurs parents et des sujets
à l'empereur pour garantir
l'harmonie politique. Il
s'agit toutefois d'un combat
isolé, la majorité des
intellectuels s'accordant
sur le fait que le
confucianisme n'est
justement pas une religion
mais une philosophie. Taïwan,
la Corée du Sud ou le Japon
ont démontré que des sociétés
confucéennes pouvaient
s'adapter à un cadre
politique démocratique.
Lorsque les dirigeants
chinois se réfèrent à l'
"harmonie", à la
"paix", à la
"vertu", aux
bienfaits de l' "éducation"
ou à la
"bienveillance" -
autant de valeurs étiquetées
confucéennes - on peut
difficilement s'empêcher
d'y voir une manœuvre
destinée à renforcer leur
propre pouvoir. Car le
confucianisme est aussi une
idéologie de soumission.
Dans l'esprit du parti, il
ne fait guère de doute que
Confucius est aussi bien un
recours moral qu'un allié
destiné à préserver sa
dictature contre les
influences "étrangères"
de la démocratie au nom
d'un relativisme culturel.
A l'école des rites
Règles et pratiques sont
enseignées aux enfants.
Comme chaque jeudi après-midi,
Li Dechao, jeune linguiste
diplômé de l'Université
de Pékin, donne son cours
de littérature
traditionnelle au Lycée de
Beida, au nord-ouest de la
capitale. Les élèves sont
dissipés, des garçons sont
affalés. Il faut dire que
le sujet est ardu. Il est
question de système de
langage et de richesse d'évocation
des caractères chinois. La
leçon à retenir ? La
langue chinoise est unique
au monde. Les œuvres
choisies de Mao ont été rédigées
avec 2.200 caractères en
tout. Et l'auteur du Rêve
du pavillon rouge, plus
grand roman chinois, s'est
contenté de 4.600 caractères.
Bénévole, Li Dechao donne
ce cours à option d'accord
avec les autorités du lycée.
Les manuels scolaires ont
peu changé depuis vingt ans
et ils font toujours la part
belle aux œuvres "révolutionnaires".
Comme des dizaines d'autres
universitaires, il consacre
une partie de son temps à
enseigner les préceptes de
Confucius, Mencius ou
Zhuangzi dans les écoles
primaires et secondaires.
L'initiative vient de l'école
privée Yidan xuetang, créée
en 2000 par le philosophe
Pang Long. Il s'agit d'une
annexe de l'Université de Pékin,
le lieu même où démarra,
en 1919, le mouvement de la
culture nouvelle dont la
principale cible fut
Confucius. Installée dans
un petit pavillon
traditionnel sans chauffage,
Yidan xuetang a une grande
ambition : "revivifier
l'esprit de la nation
chinoise" par l'étude
des canons du confucianisme.
"Nous donnons des cours
de lecture, explique Yang
Ruqing, l'un de ses
responsables. Mais le
confucianisme c'est d'abord
une pratique, des règles.
C'est très utile à l'heure
des enfants empereurs.
Beaucoup de parents nous
consultent." Parmi les
règles des disciples, on
apprend la piété filiale,
le respect des parents,
qu'il faut se lever et se
coucher de bonne heure, ne
pas boire d'alcool, porter
sa casquette bien droite...
Tout cela est très codifié.
Les mordus se réunissent à
6h30 du matin dans des parcs
pour réciter les Analectes
de Confucius.
Aux
origines de la Compagnie de
Jésus
La
famille ignatienne inaugure
une année jubilaire pour
commémorer les 450 ans de
la mort d’Ignace de Loyola,
et les 500 ans de la
naissance de François
Xavier et Pierre Favre :
trois hommes qui formèrent
le premier noyau de la
Compagnie
par MARTINE DE SAUTO,
publié dans la Croix le 2 décembre
2005
Ce
jour de janvier 1528, Inigo
Lopez de Loyola franchit les
Pyrénées et chemine vers
Paris. Né en 1491, le
marcheur qui claudique au
pas de son âne sur les
chemins de France a mené
durant trois décennies la
vie turbulente d’un
gentilhomme basque, devenu
homme de la cour castillane,
administrateur et diplomate.
En 1521, il est monté sur
les remparts de Pampelune,
assiégée par les Français.
C’est là qu’il a eu le
tibia droit fracassé et le
mollet gauche emporté.
Depuis, il s’est converti
et s’est mis en route pour
Jérusalem. Chemin faisant,
à Manrèse, près de
Barcelone, il a connu
"l’illumination du
Cardoner", d’où naîtront
les célèbres Exercices
spirituels (lire La Croix du
16 octobre 2004). Et à son
retour de Terre sainte, en
1524, il a pris à Venise la
décision d’étudier pour
"aider les âmes".
L’heure, il est vrai, est
aux grands changements.
L’Europe a basculé du
Moyen Age à la Renaissance.
Les caravelles espagnoles
voguent vers l’ouest, les
galions portugais vers le
sud et l’est. Et avec
Copernic, Erasme, Machiavel,
Michel-Ange, Thomas More,
Luther, l’homme commence
à porter un regard neuf sur
l’homme, sur son rapport
à Dieu….
Le 2 février
1528, Inigo franchit le
rempart de Paris
Pour étudier, Inigo de
Loyola est en route pour
Paris. "Paris est
depuis le XIIIe siècle le
centre intellectuel de la
chrétienté, alors travaillée
par un désir de réforme,
explique le jésuite
Philippe Lécrivain (auteur
de Paris au temps
d’Ignace et des premiers
compagnons, Ed. Facultés
jésuites de Paris, à paraître
en 2006). Paris est le lieu
du savoir et de la
confrontation intellectuelle
et doctrinale entre ceux qui
veulent réformer l’Eglise
par un retour au texte et à
la foi des Pères de l’Eglise,
et ceux qui restent enfermés
dans des querelles
scolastiques qui tournent en
rond."
Le 2 février 1528, Inigo
franchit le rempart de la
capitale, s’engage dans la
rue Saint-Jacques, l’artère
centrale du Quartier latin.
Il y restera sept années.
Sept années durant
lesquelles prendra corps la
Compagnie de Jésus.
L’université compte alors
quatre facultés. Celle des
arts (qu’on appellerait
aujourd’hui philosophie et
science, trois ans et demi
d’étude) est un passage
obligatoire. Les étudiants
ont ensuite le choix entre
la théologie, la médecine
ou les décrets, autrement
dit le droit canonique.
Inigo, lui, s’inscrit au
collège Montaigu, l’un
des cinquante collèges
parisiens, réputé pour la
qualité de son enseignement
et la dureté de son régime.
"Inigo avait entendu
parler à Montserrat d’un
chanoine néerlandais, Jan
Standock, qui avait imposé
à Montaigu une pédagogie
moderne, le modus
parisiensis, explique le P.
Lécrivain. Comme il sent
qu’il manque de bases,
Montaigu lui convient. Le
fait que l’établissement
soit dirigé par Noël Beda,
intégriste scolastique et réactionnaire
par excellence, ne fut sans
doute pas étranger non plus
à sa décision."
François
Xavier, jeune hidalgo,
champion de saut en hauteur
Inigo
va pourtant rapidement
quitter cette
"pouillerie" comme
on l’appelle, pour le collège
Sainte-Barbe, juste de
l’autre côté de la rue. A
Montaigu, en effet, ses
progrès ont été rapides.
Et en septembre 1529, il est
prêt à entrer à la faculté
des arts. "Plusieurs
raisons ont dû jouer en
faveur de ce changement,
constate le P. Lécrivain. La
première fut sans doute son
désir d’étudier “sous
Pena”, un étudiant en médecine,
titulaire de sa maîtrise ès
arts et devenu “régent”
pour payer son gîte et son
couvert. Sainte-Barbe, où
exerce Juan de la Pena, est
réputé pour la fermeté de
sa discipline, sa stricte
orthodoxie et son ouverture
aux idées nouvelles.
C’est là qu’Inigo va
rencontrer les étudiants
qui, sous sa houlette, vont
former le premier noyau de
la Compagnie."
Le récit de cette
rencontre, significative
dans sa petitesse, vaut d’être
conté, tant il en dit long
sur ce qu’est la Compagnie
de Jésus. Deux étudiants,
Pierre Favre et François
Jassu y Xavier, vivent dans
la même chambrée, au
troisième étage de la tour
du collège. Ils ont tous
les deux 23 ans. Pierre,
natif du Villaret (Savoie),
est, selon le P. Dominique
Bertand (auteur de Pierre
Favre : un portrait, Ed.
Lessius (printemps 2006)),
un garçon qui a la lenteur
de ses origines paysannes et
dont "l’incertitude
intellectuelle et
religieuse" se double
"d’hésitations
morales et spirituelles sur
sa sensualité et sur son
avenir".
François Xavier, lui, est
un jeune hidalgo navarrais,
champion de saut en hauteur
et désireux de faire carrière
dans le monde ecclésiastique,
ce qui ne l’empêche pas
de faire volontiers le mur,
la nuit, pour courir les
tripots. Celui qui les
rejoint, Ignace (à Paris,
il a fini par franciser son
nom) est un homme austère,
de quinze ans leur aîné.
"Ignace est un
converti. Qui va convertir
ses deux cochambristes,
explique le P. Bertrand. Et
ces conversions font faire
tache d’huile à partir de
l’expérience intérieure
d’Ignace, telle qu’elle
commence à se formaliser
dans les Exercices
spirituels."
Amis
au-delà de leurs différences
Premier
noyau de la Compagnie,
Pierre Favre et François
Xavier, amis au-delà de
leurs différences, vont de
fait être rejoints par
d’autres. Fin 1533, ils
seront ainsi sept. Ils se
retrouvent le dimanche matin
pour la messe. Et, de temps
en temps, chez l’un ou
l’autre pour échanger des
nouvelles, parler ou de la
politique de François Ier,
des maux de l’Église et
de sa réforme nécessaire,
des idées nouvelles, ou des
événements comme cette
peste qui, en 1533, ravage
la ville. Tous, aussi,
s’interrogent.
Que vont-ils faire ?
"Ils veulent aider de
toute leur force l’Eglise
qui souffre. Ils veulent
rester ensemble. Ils ne
veulent pas être un nouvel
ordre religieux, ce genre
d’institution ecclésiale
trop statique et mal vu de
nombreux chrétiens
d’alors. Ils inventent
d’être des compagnons
dispersés pour les missions
par le pape. Ils inventent
la Compagnie", résume
le P. Bertrand.
Les étapes de cette
"invention" sont
connues. Aux environs de Pâques
1534, tous décident de se
donner trois ans pour
continuer leurs études de
théologie, de se lier par
des vœux de pauvreté et de
chasteté, d’aller en pèlerinage
à Jérusalem et, à leur
retour, de travailler de
tout cœur au salut des
infidèles aussi bien que
des fidèles.
La
bulle "Regimini
militantis Ecclesiæ"
donne vie canonique à la
Compagnie de Jésus
Si le
voyage à Jérusalem s’avère
impossible, du fait de la
guerre ou des épidémies,
ils prévoient de s’en
remettre au pape pour fixer
leur genre de vie et le lieu
où ils exerceraient leurs
activités. Le 15 août de
la même année, ils
prononcent leurs vœux.
Trois ans plus tard, en
janvier 1537, leurs études
terminées, ils se
retrouvent à Venise. Mais,
faute de bateau prêt à
faire voile vers la Terre
sainte, ils se rendent à
Rome.
Entre le 2 février 1528,
jour où Ignace est entré
à Paris "seul et à
pied", et l’arrivée
dans la Ville éternelle de
ces dix compagnons, dix années
se seront écoulées ! Le 27
septembre 1540, le pape Paul
III signe la bulle "Regimini
militantis Ecclesiæ"
qui va donner vie canonique
à la Compagnie de Jésus.
François Xavier vogue déjà
vers les Indes. Pierre Favre
part pour l’Allemagne, où
se développe quasi sans résistance
le mouvement luthérien…
"La communauté
d’amis, commente le jésuite
colombien Javier Osuna,
s’est transformée en un
corps apostolique créé
pour que la dispersion, qui
est imminente avec les
missions que le pontife leur
confie, ne détruise pas
l’union que Dieu a réalisée
mais plutôt la confirme et
l’établisse
davantage."
Repères
La
famille ignatienne
20.000 jésuites sont
répartis à travers le
monde, dont plus de 6.000 en
Europe et 550 dans la
province de France (avec des
communautés en Algérie, en
Grèce, à l’île Maurice,
au Maroc).
Une quarantaine de congrégations
féminines ignatiennes et
instituts, nées surtout
au XIXe siècle, existent en
France. Les supérieures se
rencontrent régulièrement
et mènent des actions
communes : internoviciat et
collaboration au Réseau
jeunesse ignatien.
La Communauté Vie chrétienne
(CVX) rassemble 6.000 laïcs
en France.
L’année jubilaire
Décidée en
septembre 2004 par le P.
Peter Hans Kolvenbach, préposé
général des jésuites,
elle commence ce 3 décembre
avec les pèlerinages
traditionnels de la fête de
saint François à Javier,
en Navarre (Espagne) et à
Goa (Inde).
Manifestations en France
– Le dimanche 4 décembre,
messe d’ouverture à 18
heures à l’église
Saint-Ignace (33, rue de Sèvres,
Paris 6e).
– Du 3 au 31 décembre, A
quoi sert de gagner le monde
? pièce de théâtre
de Fabrice Hadjadj à
l’Espace Bernanos (4, rue
du Havre, Paris 9e).
– A partir du 10 décembre,
itinéraires-conférences
sur les pas des trois
premiers compagnons jésuites
à Paris.
– Du 14 janvier au 10 février
2006 : tournée des Moxos,
école de musique bolivienne
qui fait revivre la mémoire
des réductions jésuites en
Amérique latine.
– Du 27 juillet au 4 août
2006 : rassemblement à
Lourdes de la famille
ignatienne ; pèlerinage "
Manresa " de
Lourdes à Javier et Loyola.
– Festival ciné jésuites,
autour de trois films : Sur
les quais, le 28 janvier
; Parole et utopie,
le 25 février ; L’Exorciste,
le 27 mars, au cinéma la
Pagode (57 bis, rue de
Babylone, Paris 7e).
– Deux colloques, sur
"La structure d’une
spiritualité chrétienne",
le 18 mars 2006 à Toulouse,
et sur "L’amitié
spirituelle", les 13 et
14 octobre 2006 à Paris.
Tous renseignements sur le
site : www.amisdansleseigneur.com
Publication
d’une biographie du prêtre
antonin Louis Obeid et
d’un portrait du
patriarche Hoyek
La
recherche historique s’éteint
doucement au Liban faute de
débouchés et de
subventions
par
FADY NOUN, publié dans
l'Orient-le Jour le 26 mars
2006
Le
moine et prêtre antonin
Charbel Abi Khalil, l’un
des chroniqueurs les plus
prolixes de son ordre, vient
de faire paraître un nouvel
ouvrage retraçant la vie et
le parcours de l’abbé
Louis Obeid (1875-1934).
Au-delà d’une histoire
anecdotique qui intéressera
surtout les membres de
l’ordre et les proches,
l’intérêt de son ouvrage
réside dans l’effort déployé
pour faire revivre une époque,
pour retrouver les
motivations religieuses et
sociales qui ont marqué la
vie de l’abbé Obeid,
fondateur du vicariat général
de l’Ordre antonin à Rome
et fondateur de l’école
des antonins à Rome et
Lyon, France. On retrouve,
dans cette ouverture vers
Rome qui tient Louis Obeid
loin du Liban trente ans
durant, le tropisme à la
fois rationnel et affectif
qui tourna les chrétiens du
Liban vers la modernité,
telle que transmise par le
Vatican, où Obeid fut aussi
juge ecclésiastique et où
il mourut en 1934. D’en
suivre la genèse représente
un intérêt particulier
pour tous ceux que
l’histoire intéresse.
Il n’est pas indifférent
non plus de scruter les
documents d’archives, puisées
surtout à Rome, pour
reconstituer l’état de
l’Ordre antonin au début
du XXe siècle, les rapports
qui s’établissent entre
les ordres monastiques et
l’émigration maronite,
notamment aux Etats-Unis,
ainsi qu’entre l’ordre
et l’Autorité romaine, ou
encore les diverses
fondations d’écoles,
d’hôpitaux et
d’orphelinats. Il y a là
un exemple de plus du rôle
fondamental joué par les
ordres religieux, et le
christianisme en général,
dans la création de la
culture. Un rôle que ces
ordres continuent de jouer,
puisque les trois grands
ordres religieux maronites
ont tous créé des
universités, sans compter
bien entendu l’Université
Saint-Joseph, et la dernière-née
des universités,
l’Université La Sagesse,
créée par l’archevêché
maronite de Beyrouth.
Accessoirement, on peut
s’intéresser aussi aux
efforts déployés par le
Vatican pour raffermir la
discipline au sein de
l’Ordre antonin et ramener
dans leurs cellules des
moines tentés par le
confort familial ou les séductions
de la vie citadine. Mais hélas,
les véritables historiens
se font rares au Liban, et
cette discipline est en
train de s’éteindre
doucement, faute de débouchés
et de subventions adéquats.
C’est sans doute la raison
pour laquelle l’on trouve
des chroniqueurs, surtout
parmi les moines et les
religieuses, au point que la
chronique historique est en
passe de devenir une spécialité
monastique au même titre
que l’eau de fleurs
d’oranger.
L’époque de
l’indépendance
A ce sujet, signalons
un second ouvrage récent,
publié par sœur
Marie-Roger Zoghbi, sur la
genèse de l’indépendance
et le rôle de premier plan
joué par le patriarche
Elias Hoyek dans la
proclamation du Grand Liban.
Sœur Marie-Roger Zoghbi
fait partie de la congrégation
des sœurs maronites de la
Sainte-Famille fondée par
le patriarche Hoyek. Son
ouvrage retrace la
remarquable carrière de
fondateur puis de chef
national du patriarche. Il
s’appuie sur une
documentation puisée en
grande partie dans une étude
historique du père Ibrahim
Harfouche publiée… en
1932, un document
aujourd’hui introuvable.
Le livre reproduit en
particulier le texte du mémoire
de la délégation libanaise
à la conférence de la paix
de Versailles (1919),
qu’on lit avec la fraîcheur
naïve de ceux qui découvrent
qu’ils ont un passé.
Demandant à être reçu par
le président du Conseil
Georges Clemenceau, le
patriarche écrit : "Je
suis patriarche du Liban,
les populations de ce
malheureux pays, ardemment
attaché à la France depuis
des siècles, m’ont envoyé
à Paris pour que je vous
fasse entendre leurs doléances
et leurs revendications.
J’ai, malgré mes 76 ans,
fait plus de mille lieues en
mer pour défendre la sainte
cause des populations dont
je représente toutes les
nationalités (…) J’ai
l’honneur de vous demander
une audience que, malgré
vos préoccupations, je vous
prie instamment de rendre
aussi proche que
possible."
"L’indépendance du
Liban, telle qu’elle a été
proclamée et telle
qu’elle est conçue par la
presque unanimité des
Libanais, n’est point
simplement l’indépendance
de fait qui résulte de
l’effondrement de la
puissance ottomane, c’est
encore et surtout une indépendance
complète vis-à-vis de tout
Etat arabe qui se
constituerait en
Syrie", proclame
notamment le mémoire. Par
ailleurs, le document
conteste à la langue arabe
"toute valeur comme
attribut de la nationalité".
On est là à la racine du
conflit sur le "visage
arabe" du Liban, que
l’accord de Taëf a tranché
en affirmant l’identité
arabe du Liban. Il faudrait
rapprocher ce texte d’un
admirable passage tiré
d’un ouvrage du grand
historien René Grousset, où
il affirme que
l’effondrement des sociétés
s’explique autant par les
invasions extérieures que
par leur éloignement du
lien fondateur qui les a
formées. Il n’est pas
indifférent, en cette époque
de bouillonnement
patriotique, de renouer avec
ce document historique pour
éventuellement en reprendre
les arguments, en les dépassionnant
et en les transposant du
plan politique au plan
historique. On doit ce
bonheur à sœur Marie-Roger
Zoghbi, qui en est à sa
neuvième étude sur le
patriarche Hoyek. Encore
faut-il trouver le courage
de distribuer cet ouvrage
introuvable en librairie, un
sort qu’il partage avec
tant de livres publiés à
compte d’auteur et
qu’une hiérarchie
frileuse semble vouloir
cacher.
Le mois de
l’Orient chrétien à l’USJ
L’Université Saint-Joseph
et le Centre de
documentation et de
recherches arabes chrétiennes
organisent une série de
conférences dans le cadre
du mois de l’Orient chrétien.
Ces conférences se dérouleront
au campus des sciences
sociales, rue Huvelin, à
l’amphithéâtre A, selon
le programme suivant :
- Le 3 mai, à 19h,
"L’USJ et les études
syriaques, coptes et éthiopiennes",
par le père Philippe
Luisier, s.j., professeur à
l’Institut pontifical
oriental - Rome
- Le 10 mai, à 19h,
"La revue el-Machreq et
l’Orient chrétien",
par le père Camille
Hechaimeh, s.j., directeur
de Dar el-Machreq et de la
revue al-Machreq -
Beyrouth
- Le 17 mai à 19h,
"L’USJ : le rêve
accompli du père Ryllo",
par le père Vincent Poggi,
s.j., professeur à
l’Institut pontifical
oriental - Rome
- Le 31 mai à 19h,
"L’USJ et les études
arabes chrétiennes",
par le père Samir Khalil
Samir, s.j., fondateur et
directeur du Cedrac,
professeur à l’Institut
pontifical oriental -
Rome et à l’USJ.
Pour de plus amples
renseignements, contacter
l’USJ par courriel au : fsr.cedrac@usj.edu.lb
ou cedrac.moc@usj.edu.lb
L’actualité
de l’Eglise à écouter
partout
Le
site jeune de l’Eglise de
France, InXL6, propose des
programmes sonores
d’information à télécharger
sur lecteur MP3. Chaque
jour, 600 jeunes utilisent
ce service
par
AURELIEN TARDIVEAU, publié
dans la Croix le 20 avril
2006
Télécharger le
saint du jour ou des
brèves sur
l’actualité de
l’Eglise sur
Internet, et les écouter
sur un lecteur MP3,
ces petits baladeurs
numériques, c’est
maintenant possible
! Depuis début
mars, le site
Internet InXL6, www.inxl6.org ,
"portail
jeune" de l’Eglise
catholique en
France, propose ce
nouveau service
multimédias, appelé
"podcasting",
c’est-à-dire, la
possibilité offerte
par des radios ou
des sites Internet
d’aller télécharger
dans leurs archives
son une émission déjà
diffusée. Aux
internautes donc
d’aller choisir ce
qui les intéresse.
Ils peuvent écouter
directement les
contenus via le site
ou les télécharger
pour un lecteur
audio type MP3. Pour
le moment, seul le
saint du jour, des
brèves et quelques
émissions de
Radio-Vatican en
français sont
disponibles. Des
articles ou émissions
plus complets seront
proposés
prochainement.
La
transposition des
textes en version
audio
Des limites
techniques empêchent
toutefois de
transposer tous les
types de textes par
le procédé de
synthèse vocale,
comme le reconnaît
Pierre-Yves Stucki,
responsable du site
: "Nous avons
tenté de transposer
des textes
liturgiques, en
particulier la
messe. Mais la synthèse
vocale n’est pas
adaptée pour cela.
Et puis il a fallu
adapter notre écriture
pour que le rendu
audio des brèves
soit satisfaisant.
La ponctuation et le
rythme d’écriture
sont déterminants."
Les responsables de
InXL6 envisagent de
confier à un
intervenant la
lecture et
l’enregistrement
des textes de la
messe. Car la
tendance de fond est
bien à cette
transposition en
version audio des
textes.
Elle répond à une
demande, comme le
souligne Pierre-Yves
Stucki : "Les
jeunes sont de plus
en plus friands de
son. Beaucoup lisent
moins. Avec le
podcasting, nous
leur offrons un
nouveau moyen
d’accéder aux
textes. Les jeunes
sont aussi plus
mobiles, ce qui
explique cette
tendance au tout
audio. Il y a
environ 600
internautes par jour
qui utilisent nos
services mobiles. Ce
chiffre représente
10 % de
l’affluence
quotidienne du
site." Le
podcasting complète
l’offre multimédias
en place, puisque
les internautes
peuvent déjà
recevoir des
fichiers sur leur téléphone
mobile ou leur
assistant personnel
(PDA) ces minis
ordinateurs-agenda
de poche. Les
responsables
envisagent aussi de
proposer des
fichiers vidéo.
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Lourdes
revalorise les
miracles
Désormais,
le Comité médical
international
distingue trois
types de guérisons
miraculeuses : déclarées,
inattendues et
confirmées
par
CLAIRE
LESEGRETAIN,
publié dans la
Croix le 16 mars
2006
En annonçant
vendredi 17 mars
officiellement
qu’il
distinguera désormais
les guérisons
"déclarées",
les guérisons "inattendues"
et les guérisons
"confirmées",
le Comité médical
international de
Lourdes (Cmil)
provoque une
vraie révolution.
Car cela revient
à dire, comme
le résume François-Bernard
Michel, coprésident
du Comité médical,
qu’ "on
ne peut plus
reconnaître les
miracles comme
avant !"
Pour ce médecin
spécialiste des
maladies
respiratoires,
professeur à la
faculté de
Montpellier et
membre de
l’Académie de
médecine, il
est évident que
parmi les sept
critères
introduits en
1734 par le
cardinal
Lambertini
(futur pape Benoît
XIV) pour les
miracles en vue
d’une
canonisation,
puis repris en
1883 lors de la
création du
Bureau médical
de Lourdes,
certains sont
devenus
inapplicables au
XXIe siècle :
ainsi
l’exigence que
la maladie soit
incurable et que
le malade
n’ait suivi
aucun
traitement.
"Aucun cancéreux
n’arrive à
Lourdes sans
avoir subi une
chimiothérapie,
et c’est
heureux !"
note le
professeur
Michel qui
vient, par
ailleurs, de
publier Enfants
de Dieu (Ed.
Privat), dans
lequel il fait
une relecture
des
"prodiges"
comparés de Jésus
et du médecin.
"S’il guérit,
quelle devra être
la part attribuée
à la chimio et
celle attribuée
à Lourdes
?" Le
processus des
reconnaissances
de guérisons
miraculeuses à
Lourdes, fondé
sur un modèle
rationaliste et
scientiste,
accordait
jusqu’à présent
une plus grande
part à
l’institution
médicale qu’à
l’institution
ecclésiale.
"Ce n’est
que lorsque le
premier barrage
médical a été
franchi que
l’on examine
si le malade a
tiré des bénéfices
spirituels de sa
guérison",
rappelle la théologienne
Christelle
Javary, auteur
de La guérison.
Quand le salut
prend corps
(Cerf, 2004).
Les
dossiers étudiés
en 3 étapes
Or, depuis une
trentaine
d’années, du
fait d’une
part des
extraordinaires
progrès médicaux
pour les
diagnostics et
pour les
traitements,
d’autre part
de l’influence
du Renouveau
charismatique,
la perspective a
été inversée.
Ce n’est plus
tant la
validation médicale
qui est première,
mais la manière
dont la personne
interprète sa
guérison en
discernant,
notamment, ce
que celle-ci a
changé pour
elle dans sa
relation aux
autres et à
Dieu. En 1993 déjà,
lors d’un
congrès
international à
Lourdes sur
"Guérisons
et
miracles",
on a considéré
qu’une guérison
devient
miraculeuse à
deux conditions
:
"Qu’elle
échappe aux
lois habituelles
de la médecine
ou de l’évolution
des maladies ;
qu’elle amène
le bénéficiaire
et les témoins
à croire en
l’intervention
spéciale de
Dieu."
Cette nouvelle
manière de
concevoir la guérison
est davantage en
phase avec les
mentalités
contemporaines.
Le corps médical
n’est plus guère
perçu comme détenant
la vérité sur
la guérison.
De plus, à l’échelle
de l’efficacité
d’un témoignage
de foi, rien ne
vaut celui du
sujet qui dit
"je"
et parle de sa
propre expérience
de la grâce de
Dieu. Et il faut
reconnaître
que, selon
l’expression
du professeur
Michel, "à
force de rigueur
on en est arrivé
à une
alternative trop
réductrice :
miracle ou pas
miracle".
C’est pour éviter
cette approche
binaire que désormais,
à partir des déclarations
volontaires et
spontanées au
Bureau médical
de Lourdes
(permanent) de
personnes qui
estiment avoir bénéficié
d’une grâce
de guérison par
l’intercession
de la Vierge
Marie, les
dossiers seront
examinés selon
une approche
ternaire, en
trois étapes :
Une première évaluation
par le Cmil (qui
se réunit
annuellement)
permettra de
"reconstituer
l’histoire de
la maladie,
d’aborder la
personnalité du
patient, de
juger si cette
guérison échappe
aux prévisions
médicales
habituelles et
de noter les
circonstances de
la guérison".
Certaines déclarations
seront alors
classées
"sans
suite" ou
"en
attente",
ou alors
enregistrées
comme "guérisons
inattendues".
Dans ce dernier
cas, l’évêque
du diocèse où
habite la
personne guérie
sera averti que
cette guérison
fait l’objet
d’une
instruction. En
2005, une
quarantaine de
personnes guéries
pouvaient être
enregistrées
dans cette catégorie.
Une deuxième étape
permettra un
complément
d’enquête
pour les seules
guérisons déclarées
"inattendues",
avec étude
comparative
("auprès
du plus grand
nombre
d’experts et
de spécialistes",
souligne le
professeur
Michel) des
documents médicaux,
avant et après
la guérison, et
avec vérification
du caractère
"tout à
fait
inhabituel"
d’une telle guérison.
En 2005, cinq
dossiers de ce
type étaient en
cours d’enquête,
dont "une
myélopathie
post-traumatique,
une maladie de
Crohn
gravissime, une
sclérose en
plaques grave,
une myopathie et
un cancer du
rein", précise
le professeur.
Enfin, la troisième
étape aboutit
à l’avis de
reconnaissance
du "caractère
exceptionnel
d’une guérison
dans l’état
actuel des
connaissances
scientifiques".
Le dossier est
alors transmis
par l’évêque
de Tarbes et
Lourdes à son
confrère du
diocèse concerné.
Un seul dossier
de ce type est
actuellement en
cours
d’observation
: celui d’une
Française -
elle préfère
garder
l’anonymat -
qui, atteinte en
1992 d’un
lymphome malin
de la plèvre,
compliqué un an
plus tard
d’une leucémie
aiguë, est guérie
depuis quinze
ans sans séquelles
ni rechute, après
une démarche de
foi à Lourdes.
Orienter
le projecteur
plus sur la
personne que sur
la maladie
"Rien ne
change dans la
reconnaissance
du miracle au
sens technique
du terme",
ajoute Mgr
Jacques Perrier.
Et l’évêque
de Tarbes et
Lourdes, membre
du Conseil
pontifical pour
la pastorale de
la santé, de préciser
que les sept
critères du
XVIIIe siècle
ne disparaissent
pas. "Mais
nous souhaitons
introduire la
notion de témoignages
crédibles de
personnes qui
allaient mal et
qui ont retrouvé
une vie normale
et dont l’amélioration
est liée à
Lourdes, par un
mode ou par un
autre." Il
faut dire que
lorsqu’il était
évêque de
Chartres, Mgr
Perrier avait
suivi deux cas
"sérieux",
présentés par
des "témoins
fiables",
de guérisons
inexpliquées
sans qu’il y
ait pour autant
reconnaissance
de miracles.
Cette nouvelle
approche,
ternaire, n’a
donc pas pour
but "de
brader des
miracles au
rabais, ni d’être
moins sérieux
dans l’examen
des
dossiers",
dit encore le
professeur
Michel. Mais
d’orienter
différemment le
projecteur :
"Autrefois
focalisé
surtout sur la
maladie, il sera
désormais plus
orienté sur la
personne",
selon
l’expression
de Mgr Perrier.
Certes,
d’aucuns
objecteront que
certaines
maladies
soudainement guéries
à Lourdes sont
souvent dites
psychosomatiques.
Le Comité médical
international ne
l’ignore pas,
mais il rejette
l’objection
car cette dénomination,
fondée sur la
pensée qu’il
existerait des
maladies du
corps, des
maladies de
l’esprit et
d’autres
"mixtes",
est, selon le
professeur
Michel,
"obsolète
et désuète".
D’autre part,
le Cmil souhaite
créer
rapidement une
antenne en son
sein chargée de
réfléchir aux
cas de guérisons
de maladies
psychiques et
mentales.
"De
nombreuses
personnes dépressives
ou souffrant de
lourds problèmes
personnels
retrouvent le
sens et le goût
de la vie à la
suite d’un pèlerinage
à
Lourdes",
poursuit le
professeur.
Quant à
l’objection de
la datation précise
d’une guérison,
le Cmil l’écarte
également :
"On n’a
pas à assigner
à la Providence
divine notre
chronomètre",
déclare le coprésident
du Comité.
Ainsi, dans le
cas de personnes
qui auraient pu
se rendre tour
à tour à
Lourdes, dans
des assemblées
charismatiques
ou d’autres
lieux d’Eglise
pratiquant des
prières de guérison,
on ne vérifiera
pas la
"contemporanéité
absolue"
entre leur guérison
et leur voyage
à Lourdes.
Le
miracle dans les
autres religions
Dans le judaïsme
: Pas de place
pour le mot
"miracle".
L’homme étant
en quelque sorte
associé à Dieu
dans la création,
une intervention
directe de Dieu,
sans l’intermédiaire
de l’homme,
passerait outre
les règles de
la création.
Mais toute prière
sincère et désintéressée,
dite au nom
d’un malade,
sera exaucée en
priorité.
Quelques rabbins
réputés faire
des miracles aux
Etats-Unis ou en
Israël
suscitent plutôt
la méfiance.
Dans le
bouddhisme :
Dans le
bouddhisme, la
notion de
miracle est
difficilement
concevable.
"La maladie
faisant partie
de la vie, il
est illusoire de
ne pas
l’accepter",
insiste le spécialiste
Dennis Gira.
Tout est résultat
du travail
mental et l’on
peut donc
envisager de
faire cesser la
douleur ou la
maladie par
contrôle
mental. "La
véritable guérison
est intérieure,
précise Dennis
Gira : elle
consiste à
porter un regard
sur le monde qui
corresponde à
ce qu’est le
monde."
Dans l’islam :
Pour le
musulman, Dieu
éprouve
l’homme par la
maladie et la
souffrance. Il y
a un aspect
purificateur de
la souffrance,
mais la douleur
n’est pas pour
autant sanction
d’une faute
que le croyant
aurait commise :
elle lui est prédestinée,
et il doit
accepter son
destin sans révolte.
En cas d’échec
de la médecine,
le malade remet
son sort entre
les mains de
Dieu en lui
gardant sa
confiance -
ce qui ne
l’empêche pas
de supplier son
Seigneur de lui
donner la guérison.
Le nouveau numéro du
Figaro Magazine daté du 21
avril 2006 consacre un grand
dossier à l' OPUS
DEI , comprenant un
entretien avec son prélat en
chef, Mgr Javier Echevarria.
Benoît
XVI : ce
que révèle un
an de pontificat
par
PIERRE TANGUY, publié
dans
Ouest-France le
19 avril 2006
Il y a un an,
le 19 avril
2005, Benoît
XVI succédait
à Jean-Paul II.
Le nouveau pape
a déjà imprimé
sa marque sur ce
pontificat.
•
Un style
Benoît XVI. Il
est fait
d'humilité et
de simplicité,
tranchant sur
le côté
flamboyant de
Jean-Paul II.
Ses homélies
et ses
discours sont
centrés sur
la parole de
Dieu. Il
s'efface
devant ce qui
le dépasse.
Le pape
allemand,
ex-préfet de
la doctrine (a
priori
tenant d'un
conservatisme
autoritaire),
s'est plutôt
glissé dans
la peau d'un
pape à l'écoute.
•
La doctrine
catholique réaffirmée.
Benoît XVI
a publié, le
25 janvier,
une encyclique
intitulée Deus
caritas est
(Dieu est
amour) où il
dit au monde
la vérité de
la foi. Il réaffirme
le caractère
spécifique du
christianisme
et conteste un
relativisme
religieux qui
voudrait que
toutes les
religions se
valent. Il
entend aussi
montrer que
les valeurs du
christianisme
ne se
confondent pas
avec celles de
la société.
•
Le dialogue
avec l'islam
n'est plus une
priorité. Cette
orientation découle
de la précédente.
Fini, aussi,
les grands
rassemblements
interreligieux
du type de
ceux d'Assise
et Benoît XVI
ne manque pas
de dénoncer
les atteintes
à la liberté
d'expression
des
catholiques
dans certains
pays d'islam.
Le conseil
pontifical
pour le
dialogue
interreligieux
(instance
privilégiée
de dialogue
avec l'islam)
a été récemment
fondu dans le
Conseil pour
la culture.
•
Rapprochement
engagé avec
les
orthodoxes. Ce
que Jean-Paul II
n'avait pas réussi,
Benoît XVI
est bien placé
pour le faire :
une rencontre
avec le
patriarche
Alexis II.
Des messages
de sympathie
se
multiplient.
Le cardinal
Etchegaray,
envoyé du
pape, s'est
rendu à
Moscou au mois
de mars.
•
Contacts établis
avec les intégristes.
Dès le 29 août,
une rencontre
entre le pape
et Mgr Fellay,
chef de file
des
lefebvristes,
a eu lieu à
Rome. Si une
ouverture est
envisageable
du côté de
la messe en
latin, le
Vatican exige
des intégristes
la
reconnaissance
des acquis de
Vatican II
(oecuménisme,
liberté
religieuse...).
•
Des voyages
limités. Le
pape s'est
rendu, du 18
au 21 août
2005, à
Cologne aux
JMJ. Il se
rendra, du 25
au 29 mai,
en Pologne, du
10 au 15 septembre,
en Bavière
et, sans doute
fin novembre,
en Turquie. Un
voyage est
envisagé début
2007 en Israël.
Mais, à 79 ans
passés (il
les a eus le
16 avril),
il ne faut pas
s'attendre à
ce que Benoît XVI
parcoure le
monde.
•
Une réforme
de la Curie
peu engagée. Le
pape s'est
donné un
remplaçant
(l'Américain
Mgr Levada) à
la congrégation
pour la
doctrine de la
foi. Mais son
objectif de
resserrer le
gouvernement
de l'Église
à Rome (la
Curie) n'a pas
encore abouti.
Un premier
consistoire de
cardinaux à
Rome, le 24 mars,
a permis de
tester la
volonté d'écoute
du pape. Il a
nommé quinze
cardinaux,
dont douze électeurs
du pape, ce
qui porte à
120 le nombre
de cardinaux
du Sacré collège
des électeurs.
Benoît
XVI a déjà imprimé sa
marque sur ce pontificat
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Copyright 2006 RJLiban
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