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RELIGION  RJLIBAN  N°5  du 28 décembre 2005

 
Les Français rêvent d'un Noël spirituel

Une enquête exclusive de l'institut CSA pour "La Croix" montre qu'une écrasante majorité des Français juge Noël "trop commercial". Près de deux Français sur trois aspirent à "plus de spiritualité". Un Français sur cinq ira à la messe de Noël
 
par JEAN-MARIE GUENOIS et NICOLAS SENEZE, publié dans la Croix le 23 décembre 2005
 
Noël fascine encore. Si les chiffres de participation à la messe de minuit semblent se stabiliser depuis trois ans - un Français sur cinq annonce son désir de rejoindre, ce jour-là, la communauté la plus proche -, le goût spirituel de Noël revient en force au détriment de son aspect commercial. C’est sans doute le principal enseignement de notre sondage. Mais Noël est avant tout perçu comme un moment familial plus qu’un rendez-vous religieux, les cadeaux y sont attendus, une vision festive qui ne s’oppose certes pas à la "spiritualité" que les Français attendent de leur fête préférée.

Car ce qui apparaît, au-delà de la dénonciation d’un envahissement commercial, c’est peut-être la recherche de sens : neuf Français sur dix trouvent en effet que Noël est devenu trop commercial, six Français sur dix voudraient "plus de spiritualité". Tendance lourde ? Il faudra reposer à nouveau la question pour l’affirmer, mais une proportion aussi nette dans les réponses ne trompe pas sur une évolution en cours. Surtout, l’expression de ce désir de spiritualité ne rime pas avec une attitude de rabat-joie. Le besoin de se retrouver en famille ce soir-là domine en effet ce sondage, quelles que soient les opinions et les croyances. Ce besoin de sens va donc de pair avec la chaleur de la fête dont chaque famille détient le vrai secret.

Les Français très attachés à Noël
 
- Même si la pratique religieuse diminue, Noël reste un moment privilégié pour une grande majorité des Français : 78 % d’entre eux se déclarent ainsi très ou assez attachés à cette fête, avec une palme aux catholiques pratiquants réguliers (97 %).

- A l’inverse, seuls 7 % ne se déclarent "pas attachés du tout" à Noël : un chiffre qui reste très en dessous du nombre de Français à se déclarer sans religion, proche de 20 % selon les sondages. Dans cette catégorie, 68 % déclarent tout de même leur attachement à Noël. Ce qui regroupe sans doute ceux de nos compatriotes relevant d’autres traditions religieuses, principalement l’islam et le judaïsme (qui, quant à lui, célébrera Hanoukka à partir de lundi).

- Analysé maintenant par rapport aux classes d’âges, c’est chez les aînés que l’on relève le plus fort attachement à la fête de la Nativité (79 % des plus de 75 ans, 81 % des 65-74 ans). Mais Noël demeure aussi un moment fort pour les plus jeunes : 24 % des 15-17 ans s’y disent "très attachés", et 55 % "assez attachés".

- Enfin, Noël n’échappe pas à la fracture sociale, puisque si toutes les catégories professionnelles s’accordent dans leur attachement à Noël, c’est chez les chômeurs qu’on compte le plus de personnes ne s’y déclarant "pas attachées" (31 %). Beaucoup d’entre eux ont certainement d’autres préoccupations. 

 

D'abord une fête de famille

 

- Une fête de famille avant d’être une fête religieuse : ainsi apparaît Noël aux yeux de la majorité Français. 69 % l’envisagent en effet comme "un moment à passer en famille" et 45 % comme "une fête pour les enfants", loin devant la "conception d’une fête religieuse" (26 %)…

- Il n’y a guère que chez les pratiquants réguliers que la dimension religieuse de Noël l’emporte sur sa dimension familiale (80 % contre 62 %), loin devant la conception d’une fête pour les enfants (26 %). mais au fur et à mesure que la pratique diminue, l’idée d’un Noël "fête de famille" se renforce au détriment de la fête religieuse : 66 % contre 50 % chez les pratiquants irréguliers, 20 % contre 74 % chez les catholiques non pratiquants.

- Enfin, si c’est parmi les 25-40 ans qu’on retrouve le plus de Français concevant Noël comme une fête pour les enfants, les 15-17 ans l’envisagent à 90 % comme un moment à passer en famille. Et c’est chez les plus de 65 ans qu’on trouve le plus de Français envisageant Noël comme une fête religieuse.

 

Les Français aspirent à une fête moins commerciale

 

- "Noël subit malheureusement une sorte de “pollution commerciale “ qui risque d’en altérer l’esprit authentique" : l’analyse est de Benoît XVI, au cours de son angélus du 11 décembre, place Saint-Pierre, où il appelait les fidèles à préparer Noël avec un esprit "de recueillement" et "de sobriété". Mais ce constat pourrait tout aussi bien être fait par les Français. Le chiffre est en effet sans appel : 90 % des Français jugent que "Noël est devenu une fête trop commerciale". Une opinion qui traverse de façon presque égale la population française, sans distinction de sexe, d’âge ou de catégorie socioprofessionnelle. Et si 93 % des catholiques pratiquants partagent cette opinion, ce chiffre reste fort pour les autres catégories : 90 % chez les non-pratiquants comme chez les agnostiques, 86 % chez les pratiquants irréguliers… Et c’est d’ailleurs chez ceux qui ne s’estiment "pas attachés" à Noël que la critique est la plus virulente contre un Noël trop commercial : 94 % de ceux "peu attachés" et 95 % de ceux qui n’y sont "pas attachés du tout" la reprennent à leur compte.

- Forts de ce constat, les Français estiment à 63 % qu’ "il faudrait revenir à plus de spiritualité" dans la célébration de Noël. Une opinion partagée surtout par les femmes (67 %) et par les personnes les plus âgées (73 % des plus de 75 ans et 72 % des 65-74 ans), mais aussi les plus jeunes (64 % des 15-17 ans et 77 % des lycéens et des étudiants). Et si 68 % des catholiques aspirent eux aussi à plus de spiritualité autour de Noël, ce chiffre monte à 98 % pour les pratiquants réguliers et à 83 % pour les pratiquants irréguliers.

 

Un Français sur cinq ira à la messe de Noël

 

Cette année, 18 % des Français se rendront à la messe de Noël ce week-end, soit un Français sur cinq. Alors qu’on comptait un Français sur trois en 1992 (sondage BVA-La Croix), on estimait la proportion de Français se rendant à la messe pour Noël à un sur cinq en 2002 et, l’année dernière, un sondage Noos-UPC donnait le chiffre de 16 % (14 % disant qu’ils regarderaient la messe de Noël à la télévision). Après une chute, les chiffres semblent donc se stabiliser.

Si 23 % des catholiques affirment qu’ils iront à la messe de Noël, ce chiffre monte à 82 % pour les pratiquants réguliers (36 % pour les pratiquants irréguliers). C’est chez les femmes que la pratique religieuse de Noël sera la plus forte (20 %) ainsi que chez les plus âgés (30 % des 65-74 ans, contre seulement 8 % des 25-29 ans).

Néanmoins, l’assistance à la messe de Noël connaît un certain succès chez les plus jeunes : 19 % des 15-17 ans et 23 % des lycéens et étudiants annoncent qu’ils iront à la messe pour Noël. La pratique religieuse à Noël est cependant différente selon les régions : plus forte dans le Sud-Est (23 %), Nord-Est (22 %, sans doute à cause de l’influence de l’Alsace et de la Lorraine), mais moins forte en Île-de-France (14 %) et dans le Nord-Ouest (13 %).

D’une manière générale, les Français sont toutefois moins assidus à Noël que leurs voisins. Ainsi, selon l’institut Emnid, 51 % des Allemands envisagent de se rendre à l’église à Noël (69 % des catholiques et 59 % des protestants). Même chose en Angleterre où l’Eglise anglicane enregistre, en cette période de l’année, une très forte hausse de la fréquentation de ses églises (lire La Croix du 20 décembre). Selon le Daily Telegraph, 43 % des Britanniques ont l’intention de se rendre à l’église pour Noël : un chiffre en hausse constante (39 % en 2003 et 33 % en 2001).

 

REPERES

Participer à la messe de Noël

Pour connaître les horaires des veillées et des messes de Noël dans toutes les paroisses en France, consulter Messes Info : 0.892.25.12.12  ou http://messesinfo.cef.fr

A la télévision

24 décembre

– Messe de minuit : TF1, France 2 et KTO retransmettent en direct la messe de la Nativité, célébrée par le pape Benoît XVI dans la basilique Saint-Pierre à Rome.

25 décembre

– Sur France 2, 9 heures :Orthodoxie : Message de Noël du métropolite Emmanuel ; 9 h 30 : Foi et traditions des chrétiens orientaux, Noël en Terre sainte ; 10 heures : Présence protestante : culte de Noël depuis l’église luthérienne Martin-Luther de Saint-Denis (93) ; 11 heures : messe de Noël en direct de l’abbaye des cisterciennes de la Maigrauge à Fribourg (Suisse) ; 12 heures :Bénédiction urbi et orbi du pape Benoît XVI à Rome.

A la radio

24 décembre


– Sur RCF et Radio-Notre-Dame (100.7) : à 23 h 30, retransmission de la messe de minuit depuis le cirque Alexis Gruss à l’occasion du 60e anniversaire du Secours catholique. Messe présidée par le cardinal Jean-Marie Lustiger.

– Sur Fréquence protestante (100.7) : de 21 heures à 0 h 30, programme de Noël (conte, cantate, veillée de Noël et prière).

– Sur France-Culture : à minuit, messe de Noël .

25 décembre

– Sur RCF : à 12 h 00, bénédiction urbi et orbi adressée par le pape Benoît XVI aux catholiques du monde entier depuis la place Saint-Pierre à Rome.

– Sur France-Culture : 8 h 30 : culte de Noël , enregistré à la prison des femmes à Rennes ; 10 heures : messe à la Collégiale Saint-Pierre à Douai avec la prédication de Mgr François Garnier.
 

 
Dans son message de Noël, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle à l’union nationale
 
"Les méthodes du communisme ont disparu en Russie, mais restent incrustées dans notre Orient"
 
publié dans l'Orient-le Jour le 24 décembre 2005
 
"Le système communiste a disparu en Russie, mais reste incrusté dans notre Orient, où certains régimes continuent de s’inspirer de ses méthodes, cherchant à décimer l’élite intellectuelle et politique du Liban, pour en réduire la population à un troupeau humain docile à ses directives." C’est le constat lucide que fait le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, dans son message annuel de Noël. L’allusion à la Syrie est à peine voilée. "Nous avons repris notre souffle lorsque le Ciel s’est penché sur notre sort et qu’une fin a été mise à un tiers de siècle de tragédies et de drames", a encore affirmé le chef de l’Eglise maronite, ajoutant : "Nous nous sommes dit alors : Dieu merci, la saison des malheurs est passée. Mais le drame n’était pas fini." Le patriarche a ensuite dénoncé les "forces occultes" responsables de la poursuite du drame et des attentats et assassinats qui secouent le pays depuis un an, visant l’intelligentsia du pays. "C’est exactement ce que faisait le système communiste, qui a disparu dans le pays où il est né, mais qui reste en vigueur dans certains pays de la région", a-t-il dit. Il a ensuite appelé à l’union nationale, pour faire échec au complot.

Voici de larges extraits du message de Noël du patriarche maronite : "Dès sa naissance, on a pourchassé Jésus-Christ, Sauveur du monde, et l’on a cherché à se venger de Lui et à Le liquider physiquement. Hérode et ses complices Le guettaient pour Le tuer, jaloux d’une autorité terrestre qu’ils exerçaient et qui, inéluctablement, était condamnée à disparaître. Mais l’Ange du Seigneur qui avait annoncé sa naissance veillait sur Sa sécurité. Il apparut en songe à Son tuteur, Joseph, lui disant : “Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte, car Hérode va rechercher L’enfant pour Le faire périr." C’est ce que fit Joseph. C’est ainsi que le Christ fit l’expérience, dès Son enfance, de la déportation et de l’exil, afin de ressembler à l’humanité en tout ce qu’elle souffre sur terre comme drames et épreuves. De plus, Ses compatriotes et, par moments, certains de Ses plus proches, L’approchaient avec méfiance, Le critiquaient méchamment, jusqu’au jour où Ses ennemis Le condamnèrent à la mort sur la croix. Voici ce qui advint il y a deux mille ans."

De la crèche à la croix

"La fuite en Egypte ne doit donc être considérée que comme un événement dans une série de revers subis par Jésus-Christ, rédempteur de l’homme, de Son enfance à Sa mort sur la croix. Il est né dans une crèche, comme naissent les plus pauvres. Les premiers à apprendre sa naissance furent de simples bergers qui veillaient sur leurs troupeaux à Bethléem. L’Ange leur apparut et calma leurs craintes en déclarant : “Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui, un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur.” Rassurés, les bergers vinrent et L’adorèrent."

Echange mystérieux


"Le mystère de Noël s’accomplit en nous quand le Christ commence à Se former en nous. Comme le dit saint Paul qui interpelle les Galates en disant : “Mes enfants que j’enfante à nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous.(8)” Noël est la fête de cet échange mystérieux entre nous et le Christ Jésus. Un échange véritablement mystérieux, quand on pense que le Créateur du monde a pris un corps d’homme, qu’Il est né de la Vierge Marie et est devenu homme sans prendre les moyens des hommes, et S’est complu à nous élever au rang de la divinité. Saint Irénée nous dit : “La raison pour laquelle Dieu S’est fait homme et le Fils de Dieu, Fils de l’homme, c’est pour que l’homme devienne Fils de Dieu en devenant participant de la Parole et en acceptant la filiation divine.” C’est dans le même sens qu’Athanase dit : “Dieu S’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.” "


"Si Dieu nous a créés et nous a élevés à son rang, faisant de nous des dieux selon la parole de Jésus-Christ, jugée blasphématoire par les juifs, N’est-il pas écrit dans vos Livres : “J’ai dit, vous êtes des dieux”, à notre tour de poser la question : “Notre conduite est-elle toujours celle de personnes qui savent quelle dignité Dieu leur a conférée, les élevant à Son rang, faisant d’eux des fils par adoption et plantant en eux le germe de Sa divinité ? Est-ce que nous L’adorons comme Il doit être adoré, obéissons-nous à Ses commandements divins ? Avons-nous Sa crainte dans nos cœurs ?” La patrie se porte si mal que ces questions doivent être posées et que chacun de nous doit y répondre en conscience, pour que nous sachions où nous allons."

Reprendre son souffle

"Nous avons repris notre souffle lorsque le Ciel s’est penché sur notre sort et qu’une fin a été mise à un tiers de siècle de tragédies et de drames. Nous nous sommes dit alors : Dieu merci, la saison des malheurs est passée. Mais le drame n’était pas fini, malgré les améliorations sensibles de la situation. Certes, nous avons retrouvé notre liberté de décision, repris notre sort en main, senti que nous étions responsables de nous-mêmes et de notre pays, de sa place dans cet Orient et dans le monde. Hélas, des forces occultes qui redoutent la clarté du jour et agissent sous le couvert de la nuit étaient restées, semant la discorde et la peur, ébranlant les bases de l’indépendance pour prouver que les Libanais sont incapables de se gouverner, ou qu’ils ont perdu la capacité de le faire en s’habituant à s’en remettre aux autres pour remplir ce rôle, au détriment de leur dignité. C’est à ces forces que l’on doit les attentats successifs, les assassinats répétés qui ont emporté le plus souvent des leaders d’opinion et des penseurs, pour priver les hommes de ceux qui peuvent les guider, les réduisant à être un troupeau humain. C’est exactement ce que faisait le système communiste, qui a disparu dans le pays où il est né, mais qui reste en vigueur dans certains pays de la région."

15 attentats en un an

"Est-ce donc peu de choses que 15 attentats se soient produits chez nous en moins d’une année ? Qu’à peine une plaie fermée, une nouvelle plaie s’ouvre ? Que nombre d’établissements commerciaux, de lieux touristiques et d’habitations soient détruits ? Que tombent des hommes et des femmes dans la force de l’âge ? "Mais les pleurs et les lamentations ne sont pas de mise. Ce que nous pouvons faire de mieux pour mettre fin à ces égarements, c’est serrer nos rangs, renoncer aux désaccords, unifier les avis et mettre au point un plan qui unifierait les Libanais autour d’un même but, le rétablissement de la tranquillité d’esprit pour tous et l’instauration de la paix dans toutes les régions. Un plan qui permettrait au Liban de retrouver les compétences qui l’ont quitté, au pardon réciproque de s’échanger, à une action commune d’être entreprise dans la confiance retrouvée, aux rapports humains d’être réparés avant même les édifices et institutions."

"Avec la sincérité d’intention retrouvée, la discorde ne trouvera plus de chemin vers nous, ni les divisions, les destructions et la mort. Les Libanais regagneront leur confiance en eux et dans leur pays, et tendront leur main vers leurs voisins avec lesquels ils agiront, sur un pied d’égalité, pour leur bien commun et l’avenir des générations montantes. En cette fête glorieuse de la Nativité, nous demandons au Seigneur Jésus de nous conduire vers des rivages tranquilles, de nous conduire à bon port. Nous L’implorons de donner à tous les Libanais de nombreuses fêtes encore, dans la tranquillité du cœur retrouvée et les drapeaux de la paix flottant au-dessus du Liban, de la région et du monde."
 

 
A Noël, si l'espérance m'était contée...
 
par RAYMOND GRAVEL, publié dans le Devoir le 24 décembre 2005
 
L'auteur est prêtre, curé de la paroisse Saint-Joachim-de-la-Plaine et aumônier de la Fraternité des policiers de Laval

Encore une fois, cette année, la droite religieuse américaine part en guerre contre ceux et celles qui voudraient vider de son contenu religieux la fête de Noël. Les disciples ou plutôt les croisés de George W. Bush dénoncent les responsables de cette situation en les accusant de vouloir éliminer la religion dans un pays qui se dit pourtant chrétien à 85 % de sa population.

Mais veut-on réellement éliminer le caractère chrétien de la fête de Noël ? Ne cherche-t-on pas plutôt à dénoncer le conservatisme fanatique religieux à la Bush qui s'oppose au progressisme de certains gouvernements, en matière de liberté sociale et religieuse, concernant l'avortement, l'euthanasie et le mariage homosexuel ? Dans pareil cas, il faudrait se demander qui sont les premiers responsables de l'élimination de toute référence religieuse dans la société américaine ? Les hommes et les femmes des Etats-Unis ou d'ici n'en ont pas contre la foi chrétienne; ils en ont contre ces gourous, ces ayatollahs, ces dictateurs religieux dont les discours n'ont plus d'écho que la voix qui les profère, comme si la religion ne pouvait suivre le courant de libération qui circule partout sur la planète. Peut-on encore parler d'espérance ?

Une foi réservée à l'élite ?

Si l'espérance est la foi à son meilleur, comme le disait si bien Charles Péguy, serait-elle réservée à des élites, aux légalistes et aux conformistes des grandes religions ? Si c'est le cas, l'espérance n'est plus nécessaire, car à quoi ça sert d'espérer lorsqu'on possède la vérité sur Dieu et qu'on a la certitude que tout a été dit et qu'il n'y a plus rien à attendre. Mais que reste-t-il pour les autres ? Ceux qui ne se retrouvent pas dans les grandes traditions religieuses ? Ceux qu'on marginalise à cause de leur orientation homosexuelle ? Ceux à qui on refuse l'eucharistie à cause d'un échec matrimonial ? Ceux qu'on exclut parce qu'ils osent dénoncer l'attitude de leurs dirigeants et défier l'autorité de leur Eglise ? Ceux qui souffrent dans leur corps, qui n'ont plus aucune qualité de vie, mais à qui on refuse la mort qui pourrait pourtant, dans la foi, leur permettre de retrouver leur dignité humaine ? Y a-t-il pour ceux-là une possibilité de croire et d'espérer ?

A l'origine de la fête de Noël, les chrétiens du IVe siècle, en récupérant la fête de la lumière "Natalis Solis invecti" ou "fête du soleil renaissant", célébrée dans l'Empire romain à l'occasion du solstice d'hiver, ont voulu signifier que Dieu s'humanise dans la naissance du Christ ressuscité, lumière du monde, et qu'il renaît sans cesse à travers les chrétiens de tous les temps. C'est pourquoi Noël ne peut être figé dans le temps ; c'est la renaissance de la lumière à travers les chrétiens que nous sommes. Si nous refusons de reconnaître la lumière dans les réalités nouvelles qui sont les nôtres, comment peut-on célébrer Noël cette année, en y conservant son caractère religieux et chrétien ? Noël, c'est plus que des mots à connotation religieuse : "Nativité", "Christmas", "Natale", "Navidad" ; c'est plus que des expressions : "Joyeux Noël", "Merry Christmas", "Buon Natale", "Feliz Navidad" ; c'est plus qu'un sapin, qu'une couronne ou qu'un cantique de Noël... Noël, c'est Dieu qui s'humanise aujourd'hui pour nous libérer et nous faire espérer.

 

Toujours vivant

Le Christ est toujours vivant; c'est Pâques qui nous le dit. Il est là au milieu de nous. Il n'en tient qu'à nous de le reconnaître et de le rencontrer. Et pour le rencontrer, il faut aller aux endroits qu'il aime fréquenter. Il n'aime pas les églises et les cathédrales ; il a en horreur les palais et les châteaux. Il préfère les taudis, les prisons, les hôpitaux ; il se promène dans les rues de nos villes, il s'arrête dans les quartiers défavorisés, il fait une halte chez les pauvres. C'est là qu'il nous attend pour nous toucher le coeur. Il habite les personnes dans ces lieux où se vivent l'entraide, le partage, le pardon, la communion et l'amour. Il nous le dit clairement : "A chaque fois que vous avez nourri, donné à boire, visité, soigné, libéré, soulagé un petit parmi mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25,40). 

A l'occasion de Noël, je nous invite à l'ouverture, à la transparence, à la tolérance, à la reconnaissance et à l'espérance. Parler d'espérance aujourd'hui, c'est d'abord reconnaître que le Christ est toujours vivant au coeur du monde, dans sa diversité, que Dieu continue de se révéler dans l'histoire humaine avec ses réalités contemporaines et que sa Parole nous libère du joug et des fardeaux que les religions ne cessent de nous imposer. De la naissance à la mort, les croyants d'aujourd'hui, dans leurs situations particulières, dans leurs réalités quotidiennes, ont besoin d'une parole de réconfort, une parole qui les stimule, qui les interpelle, une parole qui libère et qui fait espérer. Si l'espérance m'était contée, il ne me viendrait jamais à l'idée de faire disparaître la fête de Noël !

Joyeux Noël 2005 !

 


 

Message de Noël du patriarche melkite grec-catholique Grégoire III
 
"L’Eglise des Arabes fait face à un complot visant à vider l’Orient de ses chrétiens"
 
publié dans l'Orient-le Jour le 20 décembre 2005
 
Dans son message de Noël, le patriarche grec-catholique, Grégoire Lahham, a mis en garde contre un complot ourdi contre "l’Eglise des Arabes", un complot visant à "vider l’Orient de ses chrétiens". "Nous devons prendre conscience que notre Eglise est arabe", a dit Grégoire III. "Nous sommes l’Eglise des Arabes et l’Eglise de l’Islam du fait de nos liens étroits avec le monde arabe et islamique, sa culture, sa civilisation, ses valeurs politiques et sociales et tous les aspects de sa vie au cours de ces 1.400 ans passés."

"Nous tous, musulmans et chrétiens en particulier, faisons face à un complot effroyable que nous devons savoir déjouer", a poursuivi le patriarche. Un complot visant à vider l’Orient de ses chrétiens, afin de mieux porter atteinte à l’Orient et à l’Occident, aux chrétiens et aux musulmans. "Oui, nous avons une mission spéciale, a insisté le patriarche Grégoire III, celle de résister à ce grand complot. Nous devons nous aimer les uns les autres, nous devons nous entraider, le chrétien doit défendre le musulman et le musulman le chrétien ; le chrétien doit apparaître sous son jour le plus beau et le musulman aussi. Nous devons pouvoir dire au monde : la solution, c’est notre foi de chrétiens et de musulmans (…) Si nous réussissons, nous aurons obtenu une grande victoire et nous serons un modèle pour le monde entier." Sur un autre plan, le patriarche Grégoire III a appelé son Eglise à une fidélité exemplaire au patrimoine antiochien. "On ne donne que ce que l’on possède", a-t-il dit, résumant l’obligation de fidélité de l’Eglise melkite à son patrimoine oriental.
 

 
Préserver nos racines
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 24 décembre 2005
 
Au sein de sociétés qui deviennent toujours plus multiculturelles, la question de l'identité religieuse se pose avec une force nouvelle. Depuis son élection, le pape Benoît XVI a eu l'occasion de répéter à plusieurs reprises que l'Europe souffrait d'une étrange haine de soi, qui la pousse à renier sa culture et ses valeurs chrétiennes. La foi étant reléguée dans la sphère privée, les Eglises ne semblent plus aujourd'hui porteuses d'histoire. Elles sont devenues des pourvoyeuses d'actes symboliques, qu'on utilise pour marquer certaines étapes de la vie. Certains prophètes voient se profiler à l'horizon les derniers soubresauts d'une religion qui a fondé notre civilisation.
 
L'héritage chrétien, auquel la Constitution européenne ne fait pas référence, peut-il perdurer au sein de sociétés profondément sécularisées ? Le christianisme est aujourd'hui mal aimé. On a pris l'habitude de mettre toutes les religions dans le même sac. On s'empresse de les confondre avec les manifestations violentes et imbéciles de groupes qui prétendent détenir la vérité. On applaudit aux discours haineux de soi-disant philosophes athées. En un mot, on en a peur. Mais regardons la réalité en face : jamais les Eglises n'ont eu aussi peu de pouvoir sur les consciences qu'aujourd'hui. Du moins en Occident. Dès lors, nos craintes relèvent surtout du fantasme.

Dans un contexte aussi tourmenté, une solide culture religieuse peut être un atout. Précisément pour combattre la bêtise, l'une des filles de l'ignorance, et pour ne pas laisser le monopole de la religion aux fanatiques. Assurer la transmission du christianisme aux futures générations deviendra peut-être un jour une nécessité. Non pas pour endoctriner les masses, mais pour savoir d'où nous venons. Et, partant, pour mieux accepter l'Autre. Cette transmission, plus culturelle et éthique que religieuse, est déjà en route. Qu'ils soient agnostiques ou ath