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Les
Français rêvent d'un Noël
spirituel
Une
enquête exclusive de
l'institut CSA pour
"La Croix"
montre qu'une écrasante
majorité des Français
juge Noël "trop
commercial". Près de
deux Français sur trois
aspirent à "plus de
spiritualité". Un
Français sur cinq ira à
la messe de Noël
par
JEAN-MARIE GUENOIS et
NICOLAS SENEZE, publié
dans la Croix le 23 décembre
2005
Noël
fascine encore. Si les
chiffres de participation
à la messe de minuit
semblent se stabiliser
depuis trois ans - un
Français sur cinq annonce
son désir de rejoindre,
ce jour-là, la communauté
la plus proche -,
le
goût spirituel de Noël
revient en force au détriment
de son aspect commercial.
C’est sans doute le
principal enseignement de
notre sondage. Mais Noël
est avant tout perçu
comme un moment familial
plus qu’un rendez-vous
religieux, les cadeaux y
sont attendus, une vision
festive qui ne s’oppose
certes pas à la
"spiritualité"
que les Français
attendent de leur fête préférée.
Car ce qui apparaît,
au-delà de la dénonciation
d’un envahissement
commercial, c’est peut-être
la recherche de sens :
neuf Français sur dix
trouvent en effet que Noël
est devenu trop
commercial, six Français
sur dix voudraient "plus
de spiritualité".
Tendance lourde ? Il
faudra reposer à nouveau
la question pour
l’affirmer, mais une
proportion aussi nette
dans les réponses ne
trompe pas sur une évolution
en cours. Surtout,
l’expression de ce désir
de spiritualité ne rime
pas avec une attitude de
rabat-joie. Le besoin de
se retrouver en famille ce
soir-là domine en effet
ce sondage, quelles que
soient les opinions et les
croyances. Ce besoin de
sens va donc de pair avec
la chaleur de la fête
dont chaque famille détient
le vrai secret.
Les Français très
attachés à Noël
- Même si la pratique
religieuse diminue, Noël
reste un moment privilégié
pour une grande majorité
des Français : 78 %
d’entre eux se déclarent
ainsi très ou assez
attachés à cette fête,
avec une palme aux
catholiques pratiquants
réguliers (97 %).
- A l’inverse,
seuls 7 % ne se déclarent
"pas attachés du
tout" à Noël : un
chiffre qui reste très
en dessous du nombre de
Français à se déclarer
sans religion, proche de
20 % selon les sondages.
Dans cette catégorie,
68 % déclarent tout de
même leur attachement
à Noël. Ce qui
regroupe sans doute ceux
de nos compatriotes
relevant d’autres
traditions religieuses,
principalement l’islam
et le judaïsme (qui,
quant à lui, célébrera
Hanoukka à partir de
lundi).
- Analysé maintenant
par rapport aux classes
d’âges, c’est chez
les aînés que l’on
relève le plus fort
attachement à la fête
de la Nativité (79 %
des plus de 75 ans, 81 %
des 65-74 ans). Mais Noël
demeure aussi un moment
fort pour les plus
jeunes : 24 % des 15-17
ans s’y disent
"très attachés",
et 55 % "assez
attachés".
- Enfin, Noël n’échappe
pas à la fracture
sociale, puisque si
toutes les catégories
professionnelles
s’accordent dans leur
attachement à Noël,
c’est chez les chômeurs
qu’on compte le plus
de personnes ne s’y déclarant
"pas attachées"
(31 %). Beaucoup
d’entre eux ont
certainement d’autres
préoccupations.
D'abord une fête
de famille
- Une fête de famille
avant d’être une fête
religieuse : ainsi
apparaît Noël aux yeux
de la majorité Français.
69 % l’envisagent en
effet comme "un
moment à passer en
famille" et 45 %
comme "une fête
pour les enfants",
loin devant la
"conception d’une
fête religieuse"
(26 %)…
- Il n’y a guère que
chez les pratiquants réguliers
que la dimension
religieuse de Noël
l’emporte sur sa
dimension familiale (80
% contre 62 %), loin
devant la conception
d’une fête pour les
enfants (26 %). mais au
fur et à mesure que la
pratique diminue, l’idée
d’un Noël "fête
de famille" se
renforce au détriment
de la fête religieuse :
66 % contre 50 % chez
les pratiquants irréguliers,
20 % contre 74 % chez
les catholiques non
pratiquants.
- Enfin, si c’est
parmi les 25-40 ans
qu’on retrouve le plus
de Français concevant
Noël comme une fête
pour les enfants, les
15-17 ans l’envisagent
à 90 % comme un moment
à passer en famille. Et
c’est chez les plus de
65 ans qu’on trouve le
plus de Français
envisageant Noël comme
une fête religieuse.
Les Français
aspirent à une fête
moins commerciale
 -
"Noël subit
malheureusement une
sorte de “pollution
commerciale “ qui
risque d’en altérer
l’esprit
authentique" :
l’analyse est de Benoît
XVI, au cours de son angélus
du 11 décembre, place
Saint-Pierre, où il
appelait les fidèles à
préparer Noël avec un
esprit "de
recueillement" et
"de sobriété".
Mais ce constat pourrait
tout aussi bien être
fait par les Français.
Le chiffre est en effet
sans appel : 90 % des
Français jugent que
"Noël est devenu
une fête trop
commerciale". Une
opinion qui traverse de
façon presque égale la
population française,
sans distinction de
sexe, d’âge ou de catégorie
socioprofessionnelle. Et
si 93 % des catholiques
pratiquants partagent
cette opinion, ce
chiffre reste fort pour
les autres catégories :
90 % chez les
non-pratiquants comme
chez les agnostiques, 86
% chez les pratiquants
irréguliers… Et
c’est d’ailleurs
chez ceux qui ne
s’estiment "pas
attachés" à Noël
que la critique est la
plus virulente contre un
Noël trop commercial :
94 % de ceux "peu
attachés" et 95 %
de ceux qui n’y sont "pas
attachés du tout"
la reprennent à leur
compte.
- Forts de ce constat,
les Français estiment
à 63 % qu’ "il
faudrait revenir à plus
de spiritualité"
dans la célébration de
Noël. Une opinion
partagée surtout par
les femmes (67 %) et par
les personnes les plus
âgées (73 % des plus
de 75 ans et 72 % des
65-74 ans), mais aussi
les plus jeunes (64 %
des 15-17 ans et 77 %
des lycéens et des étudiants).
Et si 68 % des
catholiques aspirent eux
aussi à plus de
spiritualité autour de
Noël, ce chiffre monte
à 98 % pour les
pratiquants réguliers
et à 83 % pour les
pratiquants irréguliers.
Un Français
sur cinq ira à la messe
de Noël
 Cette
année, 18 % des Français
se rendront à la messe
de Noël ce week-end,
soit un Français sur
cinq. Alors qu’on
comptait un Français
sur trois en 1992
(sondage BVA-La Croix),
on estimait la
proportion de Français
se rendant à la messe
pour Noël à un sur
cinq en 2002 et, l’année
dernière, un sondage
Noos-UPC donnait le
chiffre de 16 % (14 %
disant qu’ils
regarderaient la messe
de Noël à la télévision).
Après une chute, les
chiffres semblent donc
se stabiliser.
Si 23 % des catholiques
affirment qu’ils iront
à la messe de Noël, ce
chiffre monte à 82 %
pour les pratiquants réguliers
(36 % pour les
pratiquants irréguliers).
C’est chez les femmes
que la pratique
religieuse de Noël sera
la plus forte (20 %)
ainsi que chez les plus
âgés (30 % des 65-74
ans, contre seulement 8
% des 25-29 ans).
Néanmoins,
l’assistance à la
messe de Noël connaît
un certain succès chez
les plus jeunes : 19 %
des 15-17 ans et 23 %
des lycéens et étudiants
annoncent qu’ils iront
à la messe pour Noël.
La pratique religieuse
à Noël est cependant
différente selon les régions
: plus forte dans le
Sud-Est (23 %), Nord-Est
(22 %, sans doute à
cause de l’influence
de l’Alsace et de la
Lorraine), mais moins
forte en Île-de-France
(14 %) et dans le
Nord-Ouest (13 %).
D’une manière générale,
les Français sont
toutefois moins assidus
à Noël que leurs
voisins. Ainsi, selon
l’institut Emnid, 51 %
des Allemands envisagent
de se rendre à l’église
à Noël (69 % des
catholiques et 59 % des
protestants). Même
chose en Angleterre où
l’Eglise anglicane
enregistre, en cette période
de l’année, une très
forte hausse de la fréquentation
de ses églises (lire La
Croix du 20 décembre).
Selon le Daily Telegraph,
43 % des Britanniques
ont l’intention de se
rendre à l’église
pour Noël : un chiffre
en hausse constante (39
% en 2003 et 33 % en
2001).
Participer
à la messe de Noël
Pour connaître les
horaires des veillées
et des messes de Noël
dans toutes les
paroisses en France,
consulter Messes Info :
0.892.25.12.12 ou http://messesinfo.cef.fr
A la télévision
24 décembre
– Messe de minuit :
TF1, France 2 et KTO
retransmettent en direct
la messe de la Nativité,
célébrée par le pape
Benoît XVI dans la
basilique Saint-Pierre
à Rome.
25 décembre
– Sur France 2, 9
heures :Orthodoxie :
Message de Noël du métropolite
Emmanuel ; 9 h 30 : Foi
et traditions des chrétiens
orientaux, Noël en
Terre sainte ; 10 heures
: Présence protestante
: culte de Noël depuis
l’église luthérienne
Martin-Luther de
Saint-Denis (93) ; 11
heures : messe de Noël
en direct de l’abbaye
des cisterciennes de la
Maigrauge à Fribourg
(Suisse) ; 12 heures :Bénédiction
urbi et orbi du pape
Benoît XVI à Rome.
A la radio
24 décembre
– Sur RCF et
Radio-Notre-Dame (100.7)
: à 23 h 30,
retransmission de la
messe de minuit depuis
le cirque Alexis Gruss
à l’occasion du 60e
anniversaire du Secours
catholique. Messe présidée
par le cardinal
Jean-Marie Lustiger.
– Sur Fréquence
protestante (100.7) : de
21 heures à 0 h 30,
programme de Noël
(conte, cantate, veillée
de Noël et prière).
– Sur France-Culture :
à minuit, messe de Noël
.
25 décembre
– Sur RCF : à 12 h
00, bénédiction urbi
et orbi adressée par le
pape Benoît XVI aux
catholiques du monde
entier depuis la place
Saint-Pierre à Rome.
– Sur France-Culture :
8 h 30 : culte de Noël
, enregistré à la
prison des femmes à
Rennes ; 10 heures :
messe à la Collégiale
Saint-Pierre à Douai
avec la prédication de
Mgr François Garnier.
Dans
son message de Noël, le
patriarche maronite
Nasrallah Sfeir appelle à
l’union nationale
"Les
méthodes du communisme
ont disparu en Russie,
mais restent incrustées
dans notre Orient"
publié
dans l'Orient-le Jour le
24 décembre 2005
"Le
système communiste a
disparu en Russie, mais
reste incrusté dans notre
Orient, où certains régimes
continuent de s’inspirer
de ses méthodes,
cherchant à décimer l’élite
intellectuelle et
politique du Liban, pour
en réduire la population
à un troupeau humain
docile à ses
directives." C’est
le constat lucide que fait
le patriarche maronite, le
cardinal Nasrallah Sfeir,
dans son message annuel de
Noël. L’allusion à la
Syrie est à peine voilée. "Nous
avons repris notre souffle
lorsque le Ciel s’est
penché sur notre sort et
qu’une fin a été mise
à un tiers de siècle de
tragédies et de
drames", a encore
affirmé le chef de l’Eglise
maronite, ajoutant : "Nous
nous sommes dit alors :
Dieu merci, la saison des
malheurs est passée. Mais
le drame n’était pas
fini." Le patriarche
a ensuite dénoncé les "forces
occultes"
responsables de la
poursuite du drame et des
attentats et assassinats
qui secouent le pays
depuis un an, visant
l’intelligentsia du
pays. "C’est
exactement ce que faisait
le système communiste,
qui a disparu dans le pays
où il est né, mais qui
reste en vigueur dans
certains pays de la région",
a-t-il dit. Il a ensuite
appelé à l’union
nationale, pour faire échec
au complot.
Voici de larges extraits
du message de Noël du
patriarche maronite :
"Dès sa naissance,
on a pourchassé Jésus-Christ,
Sauveur du monde, et
l’on a cherché à se
venger de Lui et à Le
liquider physiquement. Hérode
et ses complices Le
guettaient pour Le tuer,
jaloux d’une autorité
terrestre qu’ils exerçaient
et qui, inéluctablement,
était condamnée à
disparaître. Mais
l’Ange du Seigneur qui
avait annoncé sa
naissance veillait sur Sa
sécurité. Il apparut en
songe à Son tuteur,
Joseph, lui disant : “Lève-toi,
prends l’enfant et sa mère,
et fuis en Egypte, car Hérode
va rechercher L’enfant
pour Le faire périr."
C’est ce que fit Joseph.
C’est ainsi que le
Christ fit l’expérience,
dès Son enfance, de la déportation
et de l’exil, afin de
ressembler à l’humanité
en tout ce qu’elle
souffre sur terre comme
drames et épreuves. De
plus, Ses compatriotes et,
par moments, certains de
Ses plus proches,
L’approchaient avec méfiance,
Le critiquaient méchamment,
jusqu’au jour où Ses
ennemis Le condamnèrent
à la mort sur la croix.
Voici ce qui advint il y a
deux mille ans."
De la crèche à
la croix
"La fuite en Egypte
ne doit donc être considérée
que comme un événement
dans une série de revers
subis par Jésus-Christ, rédempteur
de l’homme, de Son
enfance à Sa mort sur la
croix. Il est né dans une
crèche, comme naissent
les plus pauvres. Les
premiers à apprendre sa
naissance furent de
simples bergers qui
veillaient sur leurs
troupeaux à Bethléem.
L’Ange leur apparut et
calma leurs craintes en déclarant
: “Rassurez-vous, car
voici que je vous annonce
une grande joie, qui sera
celle de tout le peuple :
aujourd’hui, un Sauveur
vous est né, qui est le
Christ Seigneur.” Rassurés,
les bergers vinrent et
L’adorèrent."
Echange mystérieux
"Le mystère
de Noël s’accomplit en
nous quand le Christ
commence à Se former en
nous. Comme le dit saint
Paul qui interpelle les
Galates en disant : “Mes
enfants que j’enfante à
nouveau jusqu’à ce que
le Christ soit formé en
vous.(8)” Noël est la fête
de cet échange mystérieux
entre nous et le Christ Jésus.
Un échange véritablement
mystérieux, quand on
pense que le Créateur du
monde a pris un corps
d’homme, qu’Il est né
de la Vierge Marie et est
devenu homme sans prendre
les moyens des hommes, et
S’est complu à nous élever
au rang de la divinité.
Saint Irénée nous dit :
“La raison pour laquelle
Dieu S’est fait homme et
le Fils de Dieu, Fils de
l’homme, c’est pour
que l’homme devienne
Fils de Dieu en devenant
participant de la Parole
et en acceptant la
filiation divine.”
C’est dans le même sens
qu’Athanase dit :
“Dieu S’est fait homme
pour que l’homme
devienne Dieu.” "
"Si Dieu nous a créés
et nous a élevés à son
rang, faisant de nous des
dieux selon la parole de Jésus-Christ,
jugée blasphématoire par
les juifs, N’est-il pas
écrit dans vos Livres :
“J’ai dit, vous êtes
des dieux”, à notre
tour de poser la question
: “Notre conduite
est-elle toujours celle de
personnes qui savent
quelle dignité Dieu leur
a conférée, les élevant
à Son rang, faisant
d’eux des fils par
adoption et plantant en
eux le germe de Sa divinité
? Est-ce que nous
L’adorons comme Il doit
être adoré, obéissons-nous
à Ses commandements
divins ? Avons-nous Sa
crainte dans nos cœurs
?” La patrie se porte si
mal que ces questions
doivent être posées et
que chacun de nous doit y
répondre en conscience,
pour que nous sachions où
nous allons."
Reprendre son
souffle
"Nous avons
repris notre souffle lorsque
le Ciel s’est penché sur
notre sort et qu’une fin a
été mise à un tiers de siècle
de tragédies et de drames.
Nous nous sommes dit alors :
Dieu merci, la saison des
malheurs est passée. Mais
le drame n’était pas
fini, malgré les améliorations
sensibles de la situation.
Certes, nous avons retrouvé
notre liberté de décision,
repris notre sort en main,
senti que nous étions
responsables de nous-mêmes
et de notre pays, de sa
place dans cet Orient et
dans le monde. Hélas, des
forces occultes qui
redoutent la clarté du jour
et agissent sous le couvert
de la nuit étaient restées,
semant la discorde et la
peur, ébranlant les bases
de l’indépendance pour
prouver que les Libanais
sont incapables de se
gouverner, ou qu’ils ont
perdu la capacité de le
faire en s’habituant à
s’en remettre aux autres
pour remplir ce rôle, au détriment
de leur dignité. C’est à
ces forces que l’on doit
les attentats successifs,
les assassinats répétés
qui ont emporté le plus
souvent des leaders
d’opinion et des penseurs,
pour priver les hommes de
ceux qui peuvent les guider,
les réduisant à être un
troupeau humain. C’est
exactement ce que faisait le
système communiste, qui a
disparu dans le pays où il
est né, mais qui reste en
vigueur dans certains pays
de la région."
15 attentats en un
an
"Est-ce donc peu de
choses que 15 attentats se
soient produits chez nous
en moins d’une année ?
Qu’à peine une plaie
fermée, une nouvelle
plaie s’ouvre ? Que
nombre d’établissements
commerciaux, de lieux
touristiques et
d’habitations soient détruits
? Que tombent des hommes
et des femmes dans la
force de l’âge ?
"Mais les pleurs et
les lamentations ne sont
pas de mise. Ce que nous
pouvons faire de mieux
pour mettre fin à ces égarements,
c’est serrer nos rangs,
renoncer aux désaccords,
unifier les avis et mettre
au point un plan qui
unifierait les Libanais
autour d’un même but,
le rétablissement de la
tranquillité d’esprit
pour tous et
l’instauration de la
paix dans toutes les régions.
Un plan qui permettrait au
Liban de retrouver les
compétences qui l’ont
quitté, au pardon réciproque
de s’échanger, à une
action commune d’être
entreprise dans la
confiance retrouvée, aux
rapports humains d’être
réparés avant même les
édifices et
institutions."
"Avec la sincérité
d’intention retrouvée,
la discorde ne trouvera
plus de chemin vers nous,
ni les divisions, les
destructions et la mort.
Les Libanais regagneront
leur confiance en eux et
dans leur pays, et
tendront leur main vers
leurs voisins avec
lesquels ils agiront, sur
un pied d’égalité,
pour leur bien commun et
l’avenir des générations
montantes. En cette fête
glorieuse de la Nativité,
nous demandons au Seigneur
Jésus de nous conduire
vers des rivages
tranquilles, de nous
conduire à bon port. Nous
L’implorons de donner à
tous les Libanais de
nombreuses fêtes encore,
dans la tranquillité du cœur
retrouvée et les drapeaux
de la paix flottant
au-dessus du Liban, de la
région et du monde."
A Noël,
si l'espérance m'était
contée...
par
RAYMOND GRAVEL, publié
dans le Devoir le 24 décembre
2005
L'auteur
est prêtre, curé de la
paroisse
Saint-Joachim-de-la-Plaine
et aumônier de la
Fraternité des policiers
de Laval
Encore une fois,
cette année, la droite
religieuse américaine
part en guerre contre
ceux et celles qui
voudraient vider de son
contenu religieux la fête
de Noël. Les disciples
ou plutôt les croisés
de George W. Bush dénoncent
les responsables de
cette situation en les
accusant de vouloir éliminer
la religion dans un pays
qui se dit pourtant chrétien
à 85 % de sa
population.
Mais veut-on réellement
éliminer le caractère
chrétien de la fête de
Noël ? Ne
cherche-t-on pas plutôt
à dénoncer le
conservatisme fanatique
religieux à la Bush qui
s'oppose au progressisme
de certains
gouvernements, en matière
de liberté sociale et
religieuse, concernant
l'avortement,
l'euthanasie et le
mariage homosexuel ?
Dans pareil cas, il
faudrait se demander qui
sont les premiers
responsables de l'élimination
de toute référence
religieuse dans la société
américaine ? Les
hommes et les femmes des
Etats-Unis ou d'ici n'en
ont pas contre la foi
chrétienne; ils en ont
contre ces gourous, ces
ayatollahs, ces
dictateurs religieux
dont les discours n'ont
plus d'écho que la voix
qui les profère, comme
si la religion ne
pouvait suivre le
courant de libération
qui circule partout sur
la planète. Peut-on
encore parler d'espérance ?
Une foi réservée
à l'élite ?
Si l'espérance est la
foi à son meilleur,
comme le disait si bien
Charles Péguy,
serait-elle réservée
à des élites, aux légalistes
et aux conformistes des
grandes religions ?
Si c'est le cas, l'espérance
n'est plus nécessaire,
car à quoi ça sert
d'espérer lorsqu'on
possède la vérité sur
Dieu et qu'on a la
certitude que tout a été
dit et qu'il n'y a plus
rien à attendre. Mais
que reste-t-il pour les
autres ? Ceux qui
ne se retrouvent pas
dans les grandes
traditions religieuses ?
Ceux qu'on marginalise
à cause de leur
orientation homosexuelle ?
Ceux à qui on refuse
l'eucharistie à cause
d'un échec matrimonial ?
Ceux qu'on exclut parce
qu'ils osent dénoncer
l'attitude de leurs
dirigeants et défier
l'autorité de leur
Eglise ? Ceux qui
souffrent dans leur
corps, qui n'ont plus
aucune qualité de vie,
mais à qui on refuse la
mort qui pourrait
pourtant, dans la foi,
leur permettre de
retrouver leur dignité
humaine ? Y a-t-il
pour ceux-là une
possibilité de croire
et d'espérer ?
A l'origine de
la fête de Noël, les
chrétiens du IVe siècle,
en récupérant la fête
de la lumière "Natalis
Solis invecti" ou
"fête du soleil
renaissant", célébrée
dans l'Empire romain à
l'occasion du solstice
d'hiver, ont voulu
signifier que Dieu
s'humanise dans la
naissance du Christ
ressuscité, lumière du
monde, et qu'il renaît
sans cesse à travers
les chrétiens de tous
les temps. C'est
pourquoi Noël ne peut
être figé dans le
temps ; c'est la
renaissance de la lumière
à travers les chrétiens
que nous sommes. Si nous
refusons de reconnaître
la lumière dans les réalités
nouvelles qui sont les nôtres,
comment peut-on célébrer
Noël cette année, en y
conservant son caractère
religieux et chrétien ?
Noël, c'est plus que
des mots à connotation
religieuse :
"Nativité",
"Christmas",
"Natale",
"Navidad" ;
c'est plus que des
expressions :
"Joyeux Noël",
"Merry
Christmas",
"Buon Natale",
"Feliz Navidad"
; c'est plus qu'un
sapin, qu'une couronne
ou qu'un cantique de Noël...
Noël, c'est Dieu qui
s'humanise aujourd'hui
pour nous libérer et
nous faire espérer.
Toujours
vivant
Le Christ est
toujours vivant; c'est Pâques
qui nous le dit. Il est
là au milieu de nous.
Il n'en tient qu'à nous
de le reconnaître et de
le rencontrer. Et pour
le rencontrer, il faut
aller aux endroits qu'il
aime fréquenter. Il
n'aime pas les églises
et les cathédrales ; il
a en horreur les palais
et les châteaux. Il préfère
les taudis, les prisons,
les hôpitaux ; il se
promène dans les rues
de nos villes, il s'arrête
dans les quartiers défavorisés,
il fait une halte chez
les pauvres. C'est là
qu'il nous attend pour
nous toucher le coeur.
Il habite les personnes
dans ces lieux où se
vivent l'entraide, le
partage, le pardon, la
communion et l'amour. Il
nous le dit clairement : "A
chaque fois que vous
avez nourri, donné à
boire, visité, soigné,
libéré, soulagé un
petit parmi mes frères,
c'est à moi que vous
l'avez fait" (Mt
25,40).
A l'occasion de Noël,
je nous invite à
l'ouverture, à la
transparence, à la tolérance,
à la reconnaissance et
à l'espérance. Parler
d'espérance
aujourd'hui, c'est
d'abord reconnaître que
le Christ est toujours
vivant au coeur du
monde, dans sa diversité,
que Dieu continue de se
révéler dans
l'histoire humaine avec
ses réalités
contemporaines et que sa
Parole nous libère du
joug et des fardeaux que
les religions ne cessent
de nous imposer. De la
naissance à la mort,
les croyants
d'aujourd'hui, dans
leurs situations
particulières, dans
leurs réalités
quotidiennes, ont besoin
d'une parole de réconfort,
une parole qui les
stimule, qui les
interpelle, une parole
qui libère et qui fait
espérer. Si l'espérance
m'était contée, il ne
me viendrait jamais à
l'idée de faire disparaître
la fête de Noël !
Joyeux Noël 2005 !
Message
de Noël du patriarche melkite
grec-catholique Grégoire
III
"L’Eglise
des Arabes fait face à un
complot visant à vider
l’Orient de ses chrétiens"
publié
dans l'Orient-le Jour le
20 décembre 2005
Dans
son message de Noël, le
patriarche grec-catholique,
Grégoire Lahham, a mis en
garde contre un complot
ourdi contre "l’Eglise
des Arabes", un
complot visant à "vider
l’Orient de ses chrétiens". "Nous
devons prendre conscience
que notre Eglise est
arabe", a dit Grégoire
III. "Nous sommes
l’Eglise des Arabes et
l’Eglise de l’Islam du
fait de nos liens étroits
avec le monde arabe et
islamique, sa culture, sa
civilisation, ses valeurs
politiques et sociales et
tous les aspects de sa vie
au cours de ces 1.400 ans
passés."
"Nous tous, musulmans
et chrétiens en
particulier, faisons face
à un complot effroyable
que nous devons savoir déjouer",
a poursuivi le patriarche.
Un complot visant à vider
l’Orient de ses chrétiens,
afin de mieux porter
atteinte à l’Orient et
à l’Occident, aux chrétiens
et aux musulmans.
"Oui, nous avons une
mission spéciale, a
insisté le patriarche Grégoire
III, celle de résister à
ce grand complot. Nous
devons nous aimer les uns
les autres, nous devons
nous entraider, le chrétien
doit défendre le musulman
et le musulman le chrétien
; le chrétien doit apparaître
sous son jour le plus beau
et le musulman aussi. Nous
devons pouvoir dire au
monde : la solution,
c’est notre foi de chrétiens
et de musulmans (…) Si
nous réussissons, nous
aurons obtenu une grande
victoire et nous serons un
modèle pour le monde
entier." Sur un autre
plan, le patriarche Grégoire
III a appelé son Eglise
à une fidélité
exemplaire au patrimoine
antiochien. "On ne
donne que ce que l’on
possède", a-t-il
dit, résumant
l’obligation de fidélité
de l’Eglise melkite à
son patrimoine oriental.
Préserver
nos racines
par
PATRICIA BRIEL, publié
dans le Temps le 24 décembre
2005
Au
sein de sociétés qui
deviennent toujours plus
multiculturelles, la
question de l'identité
religieuse se pose avec
une force nouvelle. Depuis
son élection, le pape
Benoît XVI a eu
l'occasion de répéter à
plusieurs reprises que
l'Europe souffrait d'une
étrange haine de soi, qui
la pousse à renier sa
culture et ses valeurs chrétiennes.
La foi étant reléguée
dans la sphère privée,
les Eglises ne semblent
plus aujourd'hui porteuses
d'histoire. Elles sont
devenues des pourvoyeuses
d'actes symboliques, qu'on
utilise pour marquer
certaines étapes de la
vie. Certains prophètes
voient se profiler à
l'horizon les derniers
soubresauts d'une religion
qui a fondé notre
civilisation.
L'héritage
chrétien, auquel la
Constitution européenne
ne fait pas référence,
peut-il perdurer au sein
de sociétés profondément
sécularisées ? Le
christianisme est
aujourd'hui mal aimé. On
a pris l'habitude de
mettre toutes les
religions dans le même
sac. On s'empresse de les
confondre avec les
manifestations violentes
et imbéciles de groupes
qui prétendent détenir
la vérité. On applaudit
aux discours haineux de
soi-disant philosophes athées.
En un mot, on en a peur.
Mais regardons la réalité
en face : jamais les
Eglises n'ont eu aussi peu
de pouvoir sur les
consciences
qu'aujourd'hui. Du moins
en Occident. Dès lors,
nos craintes relèvent
surtout du fantasme.
Dans un contexte aussi
tourmenté, une solide
culture religieuse peut être
un atout. Précisément
pour combattre la bêtise,
l'une des filles de
l'ignorance, et pour ne
pas laisser le monopole de
la religion aux
fanatiques. Assurer la
transmission du
christianisme aux futures
générations deviendra
peut-être un jour une nécessité.
Non pas pour endoctriner
les masses, mais pour
savoir d'où nous venons.
Et, partant, pour mieux
accepter l'Autre. Cette
transmission, plus
culturelle et éthique que
religieuse, est déjà en
route. Qu'ils soient
agnostiques ou athées,
nombreux sont les parents
qui enseignent le
christianisme à leurs
enfants, comme vous le découvrirez
dans les pages qui
suivent. Parce qu'ils sont
conscients qu'ils ne
peuvent déposséder leurs
enfants des racines de
notre civilisation sans léser
leur avenir.
Jésus, l'
"intrus"
universel
par BRUNO FRAPPAT,
publié dans la Croix le
23 décembre 2005
"Pour notre couple,
un enfant serait un
intrus." Ainsi témoignait
une femme, la semaine
dernière, dans une enquête
du Monde 2 sur le thème
"ils sont heureux
sans enfant". Au-delà
du cas particulier, qui
n’appelle pas de
commentaire, et encore
moins de jugement, peut-on
lire dans l’idée
d’enfant-menace un des
traits de notre temps ?
Est-ce un signe d’époque,
cette idée que le bonheur
serait dans une fusion se
privant elle-même de
lendemains ? Dans cette
suffisance du présent ?
Ou faut-il relativiser,
sachant que, de tout
temps, des natalités ont
été présentées par
certains comme des calamités,
et que, même, des déviances "religieuses"
furent fondées sur le
refus de donner la vie ? A
la veille de Noël, au
moment de célébrer
l’arrivée d’un bout
d’homme né il y a deux
mille ans dans l’Orient
qui nous légua le monothéisme,
donnant sens à
l’histoire humaine,
comment ne pas voir dans Jésus,
pour jamais, une sorte
d’ "intrus"
universel ? Comme un dérangeur
de nos conforts, comme le
perturbateur de nos
habitudes, comme l’empêcheur
voué, par les conditions
de son apparition, la
pauvreté de l’accueil
qu’on lui fit, et la
suite de sa vie (et de sa
mort), le messager d’une
révolution de toute vie ?
Oui, cette intrusion, sur
terre, d’un bébé
vagissant, menacé,
ballotté, avec ses
parents, par les tourments
d’une histoire déjà
chaotique, était appelée
à nous secouer
durablement.
Et l’intrusion
continue de plus belle !
Parmi les folies de
l’actualité de notre début
de millénaire, les fièvres,
le remue-ménage incessant
des médiocres intérêts,
des querelles, des
guerres, des compétitions,
des fausses divinités, de
l’hédonisme myope, de
la sottise chamarrée, de
l’opulence, de
l’injustice, du bruit,
du toc, de la violence
individuelle ou d’Etat,
cette intrusion est
d’une incroyable nécessité.
Il se produit chaque jour,
sur la planète, des
millions de naissances.
Chacune est un événement
minuscule mais de portée
universelle. Elles
traduisent toutes la force
de la vie, l’entraînement
à perpétuer le relais de
l’existence humaine et,
surtout, à renouveler
constamment l’idée que
tout est possible. Car,
devant un bébé palpitant
qui s’ébroue aux premières
lumières, devant la
fragilité de son corps,
devant la dépendance qui
est d’abord la sienne,
s’ouvrent les mille et
un chemins de son avenir
indécis. C’est,
toujours, une naissance,
la réanimation des
perspectives, le premier
moment d’un futur, la réactivation
de l’espérance. Une
naissance, cet événement
inaugural, est un moment où
chacun de nous se remémore
inconsciemment les
conditions de sa propre
apparition sur terre et de
ce cadeau qu’est la vie,
si âpres en soient ultérieurement
les étapes à franchir.
Nul n’est jamais à
l’abri d’un oubli
d’anniversaire. Il nous
arrive à tous d’avoir "oublié
de noter" qu’il
aurait fallu, la veille, fêter
tel ou telle de nos
proches. On a le sentiment
que la marchandisation de
Noël, l’englobement de
cette date du 25 décembre
dans le fourre-tout plus
neutre (plus "républicain",
plus "laïque"
?) de la formule "période
des fêtes", visent
à faire oublier ce que
l’on célèbre au
solstice d’hiver :
l’apparition d’une
petite lumière qui va
grandir, d’une vague
loupiote dans la nuit de
l’Orient, d’un petit
cri humain dans
l’obscurité du
non-sens. Un cri déjà
plein de significations,
qui veut dire : vive la
vie, vive la vie qui va
vaincre la mort, comme la
suite le démontrera.
Alors, décidément,
bienvenue à l’intrus de
Noël ! Bienvenue à cette
"intrusion",
survenue lors d’une nuit
antique qui ressemble à
nos nuits. Elle donnera
sens à tous nos jours, et
aux jours de ceux qui
viendront après nous.
Aucun d’entre nous ne
peut concevoir qu’il
aurait pu ne pas exister,
dès lors que nous sommes
là. Notre vie a la force
de l’évidence. Celle de
l’ "intrus" de
Bethléem n’est pas
affaire de commémoration.
Elle est l’aube de tous
les matins.
Bethléem
devient "une grande
prison" (Patriarche
Latin)
paru dans la Croix
le 21 décembre 2005
Le Patriarche Latin de
Jérusalem, Mgr Michel
Sabbah, a accusé mercredi
Israël de transformer en
"grande prison"
Bethléem, la ville natale
du Christ selon les
Evangiles, en édifant sa
barrière de séparation
en Cisjordanie.
S'exprimant à l'occasion
d'une traditionnelle conférence
de presse avant les fêtes
de la Nativité, il a
aussi appelé dirigeants
israéliens et
palestiniens à mettre un
terme aux effusions de
sang. Des milliers de pèlerins
sont attendus à Bethléem,
où Mgr Sabbah, qui est
Palestinien, conduira la
traditionnelle messe de Noël.
L'économie de cette
petite ville, surtout vouée
au tourisme, a beaucoup
souffert depuis le déclenchement
de l'Intifada en septembre
2000. La barrière de séparation
qu'Israël édifie en
Cisjordanie pour empêcher
des infiltrations de
kamikazes palestiniens sur
son sol a en outre isolé
les habitants de Bethléem
de Jérusalem, situé à
moins de dix kilomètres,
où nombre d'entre eux étaient
jadis employés.
"A présent, Bethléem
est une grande
prison", a déclaré
Mgr Sabbah. "Il est
anormal que des gens
vivent en prison. Cela a
des répercussions sur la
vie économique et sociale
des habitants de Bethléem",
a-t-il ajouté. "Il
faut mettre un terme aux
souffrances trop longtemps
connues sur cette
terre", a encore dit
Mgr Sabbah. "Nous espérons
que les dirigeants
prendront enfin les décisions
qui s'imposent et déploieront
les efforts requis pour réaliser
ce qui aurait dû être
accompli il y a très
longtemps : la paix et la
justice pour les deux
peuples (israélien et
palestinien) coexistant
pacifiquement en bons
voisins", a-t-il
conclu.
Salut,
l’ancêtre !
par
ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 24 décembre
2005
Le dinosaure souriant et
replet de la
mondialisation c’est
incontestablement lui, et
pas seulement à cause de
sa longue barbe blanche.
Depuis bien longtemps, le
Père Noël a transcendé
les cultures et les
croyances, promenant tous
les ans son attelage de
rennes aux quatre coins de
la planète. Le sapin
chargé d’étoiles et de
boules rouges ou dorées a
fait son entrée dans les
foyers les plus divers ;
et par-delà les querelles
des hommes, c’est une même,
belle et innocente enfance
qui s’apprête à
accueillir, le cœur
battant, la manne de présents
qu’apporte, dans sa
hotte, le sémillant
vieillard. On ne sait trop
où et comment a débuté
la belle histoire, mais
j’aime à croire que
c’est au Liban, pays de
coexistence et d’échanges
: ce qui en fait précisément,
hélas, la cible de prédilection
des manipulations et
subversions étrangères.
C’est ici-même en effet
que se marient librement
le tintement des cloches
et le chant du muezzin,
que les familles partagent
aussi bien un iftar de
Ramadan qu’un repas de
Noël ou de Pâques.
Prends donc un peu de ma bûche
et donne-moi de ton
kellaj, c’est
magnifique. Mieux, c’est
contagieux.
Dans notre édition de
mercredi, on pouvait découvrir
la frénésie de célébrations,
de décorations et
d’achats qui s’est
emparée ces jours-ci de
la cosmopolite et stupéfiante
cité de Dubaï. Côtoyant
les skieurs sur les
blancheurs glaciales s’étalant
sous une immense verrière
en plein désert,
pingouins mécaniques et
sapins illuminés viennent
d’inaugurer en réalité
une festive tradition. Au
centre culturel d’Abou
Dhabi, vient d’être
donnée - du jamais
vu - une pièce
d’inspiration
catholique, et les émirats
du Qatar et du Koweït
font actuellement bâtir
des églises, au risque de
mécontenter parfois
certaines âmes chagrines.
Par une amère ironie,
c’est chez nous cette
fois que le Père Noël
rase les murs car le cœur
n’y est pas, même si
les enfants, rois de la fête,
ne peuvent seulement
s’en douter. Après les
voitures ou convois des
hommes libres, c’est le
traîneau de la fête que
l’on a en quelque sorte
piégé : pour faire
expier aux Libanais le
printemps de Beyrouth,
c’est un Noël de
tristesse, de deuil et
d’anxiété que se
seront acharnées à leur
réserver les forces du
mal en effet. Un Noël de
guerre, pour tout dire :
guerre politique, menée
tantôt à découvert et
tantôt par procuration ;
guerre terroriste, plus
sale encore que la
militaire, et dont la
dernière victime en date
était le député et
journaliste Gebran Tuéni
; guerre économique,
comme en témoignent tous
ces magasins illuminés
mais déserts ; guerre
psychologique enfin, peut-être
la plus vicieuse de toutes
car pour les peuples,
c’est une forme de mort
qu’est le désespoir.
Pour toutes ces raisons,
et loin de toute considération
proprement religieuse, la
joie perdue, l’allégresse
que nous ont volée les
criminels ne doit pas
faire oublier la
symbolique de la Nativité.
Car à plus d’un titre,
c’est un Liban nouveau
qu’a vu naître l’année
qui s’achève : un Liban
arraisonné, avalé, en
voie d’être digéré et
qui a miraculeusement
retrouvé, en même temps
que son identité et son
âme, sa place dans le
concert des nations. Comme
le veut une cruelle
nature, cet enfantement
s’est fait dans la
douleur, même si est
venue se mêler à
celle-ci l’exaltation de
l’indépendance. Et il
continue de se faire dans
la douleur, car les bonnes
fées ne sont pas seules
à entourer le berceau.
Reste la réconfortante
constatation qu’un
processus absolument irréversible
a été enclenché, même
si de nouvelles tragédies
peuvent encore endeuiller
les Libanais. Après tout,
les pays ne peuvent être
assassinés deux fois.
C’est ce message que
nous laissent ceux qui ont
héroïquement payé le
prix exorbitant de la
liberté.
Port-Saint-Nicolas.org
fête ses dix ans
par
GUILLAUME BAROU, publié
dans la Croix le 26 décembre
2005
Ce
sont les plus vieux
matelots catholiques du
Web français. Il y a dix
ans, Jim Wanderscheid et
le P. Philippe Louveau créent,
«à deux, comme ça», un
site Internet catholique :
le premier en France.
Port-Saint-Nicolas,
"lieu ecclésial
d’information, de réflexion
et de stimulation
pastorale", est
aujourd’hui une référence
de l’Internet catholique
francophone, sans publicité,
indépendant, sérieux et
drôle ; 300.000 pages du
site sont visitées chaque
mois, un score toujours en
augmentation. "Il y a
eu un creux en août et
depuis, ça a bien repris,
précise Jim Wanderscheid.
On ne fait pas de grandes
stratégies pour toucher
plus de personnes, on
laisse aller le système là
où il veut : il y a le
guidage de
l’Esprit-Saint là-dedans",
conclut le webmestre.
L’aventure débute un
peu par hasard. "Dans
les années 1990, je
travaillais déjà sur
Internet pour une
entreprise américaine, et
je participais bénévolement
à la restauration d’une
église", raconte Jim
Wanderscheid. Avec le P.
Philippe Louveau, alors
curé de la paroisse
Saint-Nicolas de La
Queue-en-Brie
(Val-de-Marne), il publie
les photos de ses travaux
sur Internet. "En
blaguant, nous nous étions
dit que de généreux mécènes
pourraient envoyer des chèques
en dollars…", note
le prêtre qui propose
rapidement de transformer
le compte-rendu en site
d’Eglise : celui de la
paroisse. Jim Wanderscheid
y publie régulièrement
des textes du P. Louveau,
distribués jusque-là
sous formes de polycopiés.
"J’étais aumônier
des jeunes et j’espérais -
j’espère toujours -
avoir un petit charisme de
vulgarisateur, explique le
prêtre. Et cet exercice
stimulant m’obligeait à
respecter des échéances."
Rapidement, l’équipe se
rend compte que
l’ancrage local est un
peu fictif.
"Greffer
beaucoup de choses
autour de la mer, dans
la religion"
"Au début de
l’année 1997, le
conseil paroissial a dit
: “Arrêtez de nous
casser les pieds avec
Internet, ça ne
marchera jamais”, se
souvient Jim
Wanderscheid. Une
mauvaise prévision de
l’avenir du Web, mais
qui amorce l’autonomie
du site, rebaptisé
Port-Saint-Nicolas (PSN)
pour garder les mêmes
initiales, et parce que,
selon le webmestre,
"on peut greffer
beaucoup de choses
autour de la mer, dans
la religion". Le
site, dont l’aspect
graphique vient d’être
renouvelé, n’a depuis
cessé de s’enrichir,
de compter de nouveaux
auteurs, pour constituer
la large base de données,
unique et gratuite, qui
lui a valu sa réputation.
Métaphore portuaire,
PSN comprend notamment
un phare (la Bible et
l’exégèse), une église
(la théologie et
l’histoire de
l’Eglise), une plage
(les questions de société)
ou encore un chantier
naval (l’atelier
liturgique)… Dans ces
catégories, les textes
des membres de l’équipe
côtoient un large panel
de contributions extérieures,
et une bonne palette de
liens vers d’autres
sites. L’équipe de
cinq personnes -
Olivier Jullien de
Pommerol, Philippe Giron
et Catherine Priester,
en plus des fondateurs
-, aujourd’hui, répartie
partout en France et
jusqu’au Luxembourg,
vote démocratiquement
les décisions
importantes. Elle
s’affirme
"clairement Vatican
II". "On
n’est pas trop
nouvelles spiritualités,
précise Jim
Wanderscheid.
D’ailleurs, si elles déraillent
un peu trop, on n’hésite
pas à faire de
l’humour
dessus…" Le P.
Louveau compare le site
à la revue animalière La
Hulotte : "Très
sérieux quant au
contenu, mais qui ne se
prend pas au sérieux
sur la forme. Artisanal,
et fermement attaché à
la gratuité. On
voudrait contribuer à
donner une image de
l’Eglise pas trop
coincée, pas trop
identitaire et pas trop
“voix de son maître”."
Internet,
"un formidable
moyen d’évangélisation"
 Un
tel engagement exige du
temps. "Nous
recevons énormément de
questions, tous azimuts,
confie le P. Louveau. Au
départ, je me suis dit
que j’allais
sauvegarder une journée
par semaine pour cela,
mais je n’ai jamais réussi.
On ne promet rien, mais
pour répondre, quand on
sent une vraie détresse,
on se met en
quatre." Jim loue
lui aussi en Internet,
"un formidable
moyen d’évangélisation
permettant à des gens
en marge de l’Eglise
d’envoyer des tonnes
de questions qu’ils
n’osent pas poser aux
prêtres". Mais
celui qui est également
responsable des systèmes
Internet de la ville de
Luxembourg, consultant
technique du diocèse et
concepteur d’autres
sites, pour les jésuites
ou la JEC, croule lui
aussi sous les
engagements…Le P.
Louveau regrette que le
manque de temps conduise
à "travailler dans
l’urgence". Il
pointe également deux
faiblesses du site :
l’absence de
journaliste et, par conséquent,
la difficulté d’établir
des liens avec
l’actualité. Pendant
un temps, PSN était
partenaire de Chrétiens-Médias
et de la Conférence des
évêques de France,
mais ces structures ont
depuis compris la nécessité
de se doter de leurs
propres sites.
Sans label,
Port-Saint-Nicolas écrit
sa petite musique,
parfois impertinente en
toute indépendance. Si
les textes du P.
Louveau, notamment, ont
toujours été relus par
ses évêques
successifs, ils ne lui
ont jamais fait de
remarque. "C’est
une manière de montrer
que nous ne sommes pas
farfelus. L’image de
l’Eglise que l’on
donne est aussi valable
que d’autres",
insiste le prêtre du
Port. "Notre seule
légitimité, c’est le
baptême", résume
Jim Wanderscheid. Quel
avenir pour ce navire ?
"Nous naviguons à
vue, tranche le P.
Louveau. Pas mandatés,
sans promesse de fidélité
jusqu’à la fin de nos
jours, nous sommes très
libres." Il y a
quelques semaines, pour
la première fois, toute
l’équipe qui ne
communique que par mail,
s’est retrouvée à
l’abbaye de La
Pierre-qui-Vire (Yonne).
Un moment "fort et
symbolique",
raconte le P. Louveau.
Tant que
l’enthousiasme scelle
les liens de cette bande
de copains, la traversée
continue.
2005, la laïcité
à la française en
question
par DANIEL VERNET,
publié dans le Monde
du 28 décembre 2005
Nos voisins proches ou
lointains ne se
seraient pas beaucoup
intéressés au
centenaire de la loi
portant séparation de
l'Eglise et de l'Etat
si l'anniversaire
n'avait coïncidé
avec la révolte des
banlieues. La
concomitance des deux
événements a attiré
l'attention sur l'idée
de laïcité, et par
voie de conséquence
sur le concept d'intégration
à la française. Les
autorités de la République
ont mandé la presse
étrangère à Paris
pour lui expliquer que
la spécificité du
"modèle"
français n'était
pour rien dans la colère
des jeunes issus de
l'immigration -
et d'ailleurs qu'il ne
fallait pas en exagérer
l'ampleur. Ce qui n'a
pas dissuadé le
magazine allemand Der
Spiegel, dans sa
revue de fin d'année,
de dresser un tableau
apocalyptique : "Les
dogmes de la laïcité
et de la politique
d'intégration ont été
poussés jusqu'à
l'absurde (...).
Ainsi depuis plus de
trente ans se
rassemble dans les
tristes cités-dortoirs
des métropoles françaises
une population étrangère
ou dépossédée de
son identité,
marginalisée, défavorisée,
victime de
discrimination et sans
aucune chance de
formation."
Les représentants de
la République à
l'extérieur ont
organisé des
colloques, des
discussions publiques,
des séminaires, pour
tenter de faire
comprendre la
situation française
et la comparer avec
les problèmes
rencontrés par les
autres pays
occidentaux développés.
Que ce soit à la
Maison Descartes
d'Amsterdam, à
l'Institut
franco-allemand de
Genshagen près de
Berlin ou à
l'Institut français
de Stuttgart, pour ne
citer que quelques
exemples, les
conclusions ont été
toujours les mêmes :
d'abord, la laïcité
à la française est
certes très spécifique
mais nous aurions tort
de penser qu'elle est
la seule manière de
pratiquer la séparation
de l'Eglise et de
l'Etat. Sous des
formes différentes,
celle-ci existe dans
la plupart des pays
européens et également
aux Etats-Unis, même
si elle a plus pour
fonction de protéger
les religions contre
l'Etat que, à
l'instar de la loi de
1905 en France, l'Etat
contre les religions.
Dans les pays où
existe une religion
d'Etat, comme en
Grande-Bretagne, le
principe de tolérance
garantit la liberté
de pensée et la
liberté de religion,
y compris la liberté
de ne pas en avoir.
Deuxièmement, le
concept de "citoyens
libres et égaux",
qui ne connaît de
différences ni de
religion, ni de race,
ni de classe, n'est
plus opérationnel
dans une société
multiculturelle. Or,
comme l'écrit
justement Renate Künast,
la coprésidente des
Verts allemands, "la
société
multiculturelle n'est
pas une revendication,
c'est un fait".
Toutefois le
communautarisme qu'on
oppose souvent à l'idée
de la République française
une et indivisible, a
également échoué à
assurer l'intégration,
voire la simple
cohabitation paisible
des populations
d'origine locale et
des "allochtones",
pour employer la
terminologie néerlandaise.
L'assassinat, en 2004,
du cinéaste Theo van
Gogh a provoqué un
dur réveil aux
Pays-Bas, si fiers de
leur manière de
traiter leurs minorités.
Inutile de rappeler
les émeutes raciales
qui secouent périodiquement
les banlieues des
grandes villes
britanniques. En
Allemagne, la présence
d'une forte communauté
turque ne semble pas
créer de grosses
tensions mais les
sociologues constatent
l'émergence d'une
société parallèle où
il n'est pas rare que
les femmes soient
victimes de
"crimes
d'honneur".
Une leçon peut être
tirée de ce rapide échange
d'expériences :
personne ne possède
la recette miracle de
l'intégration, et il
est temps, au moins
pour les Européens
qui affrontent des
problèmes
comparables, de
chercher ensemble des
solutions. En tenant
compte de la réalité
du multiculturalisme,
mais sans avoir peur
d'affirmer que les
sociétés démocratiques
sont porteuses de
valeurs universelles
transcendant les différences
culturelles. Elles ne
les respectent pas
toujours ? Raison de
plus pour défendre
ces valeurs.
Les religions
face aux banlieues
Dans
les banlieues, les
représentants de
l'islam font figure
d'interlocuteurs
privilégiés des
pouvoirs publics face
aux violences
reportage
de SOLENN DE ROYER,
publié dans la Croix
le 6 novembre 2005
Ils
crient "Allah
Akbar" (Dieu est
grand) au pied des
barres HLM de la cité,
et appellent leurs
"frères" au
calme. Depuis le début
des violences urbaines
qui ont embrasé
Clichy-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis),
puis plusieurs quartiers
sensibles de France, les
représentants de
l’islam jouent et
revendiquent un rôle
central de médiation et
de maintien de
l’ordre. Plusieurs
dizaines de "frères"
musulmans, jeunes
croyants portant barbe
et tenue traditionnelle,
se sont mobilisés
aussi. "L’islam
est une religion de paix
et notre rôle est
d’appeler les jeunes
au calme, explique Larbi
Chouaib, président de
la Fédération des
musulmans de
Clichy-Montfermeil, qui
regroupe les huit
associations musulmanes
de Clichy-sous-Bois.
Nous avons été les
premiers sur le terrain
et nous avons pris les
choses en main et prouvé
notre efficacité."
Dès le lendemain de la
première nuit d’émeute,
en effet, la mosquée de
la rue Maurice-Audin, à
Clichy-sous-Bois,
s’est mobilisée.
L’imam Meskine Dhaou a
lancé un appel au calme
pendant la prière du
vendredi. Les fidèles,
répartis par petits
groupes, sont ensuite
partis parler aux
jeunes. "On leur a
demandé de rentrer chez
eux et de ne pas faire
de mal", explique
le président de
l’association
culturelle de Clichy,
Mohamed Bellahcene, qui
a lui-même traversé
les cordons des CRS pour
tenter de raisonner les
émeutiers. "Des
‘‘frères’’ ont
également été recrutés
par l’intermédiaire
de la mosquée Bilal,
située derrière les
halles du marché, au
pied des barres HLM délabrées
du haut de Clichy. Ce
sont également les représentants
de l’islam local qui
ont organisé samedi 29
octobre la marche
silencieuse à la mémoire
des deux jeunes morts électrocutés
dans le transformateur
EDF. Marche à laquelle
s’est joint le maire
de Clichy, Claude Dilain
(PS). La Fédération
des musulmans de
Clichy-Montfermeil, qui
s’est posée comme
interlocuteur des
pouvoirs publics dès le
lendemain des premières
émeutes, a également
tenu à rencontrer les
familles de Ziad et
Bouna pour leur proposer
‘‘un soutien moral
et matériel’’."
Et les inviter à la
mosquée. La Fédération
a en outre facilité les
démarches avec les
autorités tunisiennes
pour le rapatriement du
corps de Ziad dans son
pays d’origine.
De son côté, la mairie
n’a pu mobiliser qu’
"une dizaine"
de travailleurs sociaux
depuis le début des
violences. Les onze éducateurs
de rue d’Arrimages,
association de prévention
affiliée au conseil général
de Seine-Saint-Denis, étaient
également présents sur
le terrain dès le
vendredi soir. A la
mairie de Clichy, on se
félicite de "cette
synergie entre toutes
les bonnes volontés",
tout en reconnaissant
que le rôle des
responsables et fidèles
musulmans a été
"essentiel". "Ils
ont aidé à apaiser les
esprits, note Olivier
Klein, premier adjoint
au maire, chargé de la
jeunesse et de la
politique de la ville.
De toute évidence,
certains d’entre eux
sont très religieux,
mais ça ne nous regarde
pas." Educateur
sportif à la mairie de
Clichy, Samir explique
qu’ici "tout
le monde respecte la
religion, même si tous
les Clichois ne sont pas
musulmans". "Les
jeunes nous écoutent",
assure l’imam Meskine
Dahou, fondateur de la
première école privée
musulmane à
Aubervilliers. "Ils
jugent les actes et ne
croient plus aux beaux
discours." Pour
Mohamed Bellahcene, les
jeunes de Clichy
"ont confiance dans
le comportement et la
sagesse" des "frères",
qui "savent trouver
les mots" pour leur
parler.
"Les
politiques ont été
incapables de condamner
l'attaque de la mosquée
!"
Au pied des barres HLM
et à quelques mètres
de la mosquée Bilal,
dans les allées du
marché où se vendent
fruits et légumes,
mais aussi livres et
cassettes religieux,
le jeune Medhi, 17
ans, confirme.
"On écoute les
‘‘frères’’
car ils disent la vérité
», indique
l’adolescent, qui "ne
croit plus les hommes
politiques". "Regardez
!, poursuit Medhi, les
politiques ont été
incapables de
condamner l’attaque
de la mosquée !"
Ces "frères"
musulmans, qui se sont
improvisés médiateurs,
Karim les connaît
bien. Eux aussi ont
grandi à Clichy. "On
les a connus sans
barbe, raconte le
jeune homme de 21 ans,
originaire du quartier
du Chêne pointu.
Certains sont
d’anciens voyous qui
se sont convertis en
prison. D’autres ont
toujours grandi dans
la religion."
Karim explique que les
frères mus’, comme
on les appelle dans le
quartier, ont
l’habitude d’aller
parler aux jeunes pour
battre "le
rappel".
"Ils viennent
nous voir très
souvent pour nous
faire la morale,
sourit Karim, qui
confie avoir participé
aux premières nuits
d’émeute. Ils sont
sympas. Ils veulent
juste nous ramener
dans le droit
chemin." Karim
dit qu’il n’est
pas pratiquant "à
100 %" mais
qu’il a "du
respect" pour
eux, "c’est
clair".
Le soir où des gaz
lacrymogènes ont
envahi la mosquée
Bilal - geste
unanimement attribué
par les Clichois aux
policiers -, Karim a
cru que "la
situation allait
vraiment dégénérer".
Parce qu’il a vu des
médiateurs et des frères
musulmans manifester
leur colère. Parce ce
qu’il s’est dit :
"Si eux aussi
s’y mettent, c’est
fini. C’est toute la
France qui va brûler."
Et puis, «les frères
se sont calmés,
poursuit-il. Ce sont
de vrais musulmans,
ils ne peuvent pas
montrer le mauvais
exemple. Mais dans
leurs appels au calme,
on les sentait parfois
un peu contraints. Car
eux aussi ont la rage.
Ils se sont sentis
attaqués en tant que
musulmans." Pour
Karim, si beaucoup de
"frères mus’ "
sont "sincères",
quand ils rappellent
à l’ordre,
d’autres
"cherchent avant
tout à donner une
meilleure image des
barbus devant les caméras".
Tous, de fait, ne
voient pas cette
implication des
associations
musulmanes et des
"frères"
d’un très bon œil.
Les uns redoutent que
ces derniers cherchent
par la suite à
remplir une mission
durable de médiation
et de maintien de
l’ordre dans les
quartiers. Les autres
voient dans le rôle
joué par les représentants
de l’islam local,
devenus les
interlocuteurs privilégiés
des pouvoirs publics,
une faillite de la République,
qui aurait perdu tout
son crédit au profit
des religieux.
"Les
jeunes ne nous écoutent
plus"
"Les jeunes ne
nous écoutent plus,
s’inquiète ainsi un
éducateur social de
Seine-Saint-Denis, qui
souhaite rester
anonyme. Nous sommes
vus comme des types
qui travaillent avec
la mairie. Or, les
jeunes ont la haine
des
institutions."
Pour cet éducateur
issu de
l’immigration maghrébine,
la perte de crédibilité
des travailleurs
sociaux dans les
quartiers difficiles
vient "des belles
paroles jamais concrétisées".
"Cela fait dix
ans que je dis aux
jeunes qu’il faut se
battre, explique-t-il.
Mais certains, à bac
+ 5, sont les seuls de
leur promotion à ne
pas trouver de
travail. Comment
voulez-vous que mon
discours soit crédible
?" A contrario,
poursuit l’éducateur, "certains
prédicateurs
musulmans viennent
voir ces jeunes et
leur disent : “Vous
êtes rejetés car
vous êtes
musulmans’’. Ce
discours leur redonne
une identité, une
dignité." Pour
cet éducateur de
banlieue, il est évident
que certains "frères"
qui ont joué aux médiateurs
voudront "tirer
bénéfice de leur
action". En
essayant notamment de "ramener
des jeunes dans le
droit chemin de
l’islam".
Quoi qu’il en soit,
tous à
Clichy-sous-Bois
s’accordent à dire
que l’implication
des associations
musulmanes et des
"frères"
ont contribué à éviter
le pire. "Ils en
ont convaincu
beaucoup, qui sont
rentrés chez
eux", témoigne
encore Karim.
L’islam "peut
jouer un rôle de
garant de la paix
sociale", renchérissent
de concert Mohamed
Bellahcene et le curé
de la paroisse de
Clichy, le P. Jean
Massin, qui se félicitent
tous deux du "retour
à la religion"
de nombreux jeunes
issus de
l’immigration.
"Cela évite
qu’ils tombent dans
la délinquance",
argumentent les deux
religieux. C’est
aussi ce que pense
l’adjoint au maire
de Clichy-sous-Bois,
Olivier Klein :
"Le lien social
se crée autour de la
mosquée. Dans
certains quartiers,
les mosquées ont désormais
le rôle que les
paroisses jouaient
autrefois." Selon
un responsable
policier,
"qu’on le
regrette ou non, cela
fait longtemps que les
associations
musulmanes sont
devenues des
interlocuteurs
incontournables pour régler
un tas de problèmes
dans ces villes". A
la mairie de Clichy,
on veut croire
qu’une fois les
incidents terminés,
"chacun
retournera à sa
place". Pour
"jouer le rôle
qui est le sien".
"Torah,
Bible, Coran" :
exposition à la BNF
autour des "livres
de Parole"
publié par l'AFP le
8 novembre 2005
La Bibliothèque
nationale de France
(BNF) propose à partir
de mercredi une
exposition autour des
"livres de
Parole" fondateurs
des trois monothéismes,
intitulée "Torah,
Bible, Coran".
L'exposition invite à
"lire ou à
relire" ces textes,
à "réentendre et
confronter bibles et
corans, à saisir leur
enchevêtrement
particulier dans la
profondeur de leurs
filiations comme dans
l'intensité de leurs
ruptures". Elle
entend "explorer
une histoire vieille de
3.000 ans à travers les
témoins privilégiés
que constituent les
livres".
Une centaine de
documents sont exposés,
parmi lesquels des
fragments bibliques de
la Mer morte, des bibles
illustrées du Moyen
Age, des bibles
polyglottes, des
calligraphies
coraniques, des objets
rituels, des images de
piété. Une fresque
historique et une carte
géographique situent
dans le temps et dans
l'espace les contextes
de naissance des trois
monothéismes
(christianisme, islam,
judaïsme), leurs
acteurs et les
principaux événements
qui permettent de préciser
les grandes étapes de
leurs textes fondateurs,
Bible hébraïque,
Nouveau Testament,
Coran. L'exposition doit
s'achever le 30 avril.
Rens.: www.bnf.fr
Les
Frères musulmans,
cauchemar copte
Les
chrétiens d'Egypte
s'inquiètent de leur percée
aux législatives
par
CLAUDE GUIBAL, publié
dans Libération le 28
novembre 2005
Les
résultats tombent, et
Mariam est consternée.
Pour cette copte
d'Alexandrie, le résultat
du vote de samedi, qui
consacre encore un peu
plus la percée des Frères
musulmans au Parlement égyptien,
est un cauchemar, mais pas
vraiment une surprise.
Dans son quartier
populaire de Moharam Bey,
le mois dernier, trois
personnes sont mortes lors
des plus violentes émeutes
interconfessionnelles que
l'Egypte ait connues
depuis des années. Mariam
et sa mère ont dû fuir
leur domicile, tête cachée
sous un voile. Leur
voiture a été détruite.
Le magasin d'un de leurs
amis, saccagé. "En
quinze ans, le pays a
basculé dans l'islamisme.
La religion est
partout",
raconte-t-elle, en énumérant
les discriminations et les
vexations auxquels les chrétiens
d'Egypte font
quotidiennement face. Dans
ce contexte de religiosité
exacerbée, le succès aux
législatives des Frères
musulmans ne surprend guère.
Avec un minimum assuré de
75 sièges, ils deviennent
les seuls indépendants à
pouvoir concourir à la présidentielle.
Intellectuels ou
politiciens coptes ont
sonné l'alarme.
Hier,
le porte-parole de la
confrérie se voulait
rassurant. "Nous
appellerons à un dialogue
national. Nous pensons que
l'injustice ressentie par
les chrétiens est valable
pour tous les
Egyptiens", a
assuré Essam al-Eryan, en
ajoutant vouloir lutter "contre
une culture du
confessionnalisme".
Une promesse peu
convaincante de la part
d'un mouvement qui a fait
campagne sous le slogan
"l'Islam est la
solution". Très présents
dans les quartiers
populaires, où ils
exploitent les failles de
l'Etat en multipliant les
dispensaires et centres
sociaux, les Frères
musulmans bénéficient également
d'une large assise dans la
petite bourgeoisie, d'où
ses cadres sont généralement
issus. L'indigence du
reste de l'opposition et
l'exaspération de la
population envers le PND
(Parti national démocratique)
au pouvoir, jugé
corrompu, n'ont fait
qu'accroître la popularité
de la confrérie. Néanmoins,
compte tenu du nombre
restreint de candidats
qu'elle présente, elle ne
devrait en rien
concurrencer le PND dans
la future assemblée, même
si le dernier tiers du
pays n'a pas encore voté.
Les
chrétiens plus libres
d’exercer leur culte
dans les pays du Golfe,
sauf en Arabie saoudite
Les
EAU comptent huit églises
pour environ 350.000 étrangers
par
WISSAM KEYROUZ, publié
dans l'Orient-le Jour le
24 décembre 2005
Les
chrétiens sont plus
libres d’exercer leur
culte et de célébrer Noël
dans la plupart des pays
islamiques du Golfe, à
l’exception de
l’Arabie saoudite, où
toute expression d’une
foi autre que l’islam
demeure prohibée,
passible de prison et
d’expulsion. Si le prosélytisme
pour d’autres religions
que l’islam reste
interdit aux Emirats
arabes unis (EAU), les
autorités ont permis pour
la première fois cette
année la tenue d’une pièce
de théâtre chrétienne
dans un lieu public. Des
chrétiens arabes expatriés
peuvent ainsi assister, au
théâtre du Centre
culturel d’Abou Dhabi,
à une représentation
religieuse préparée par
les jeunes de l’église
catholique Saint-Joseph. "Nous
sommes très heureux de
pouvoir jouer cette pièce,
inspirée de l’Evangile,
sur une scène
publique", a déclaré
à l’AFP le père Nidal
Abou Rjeili.
"Ali
al-Hachémi, responsable
des affaires juridiques et
religieuses au cabinet du
Premier ministre, a assisté
à la pièce et prononcé
une allocution axée sur
la tolérance, l’amour
du prochain,
l’acceptation de
l’autre et le dialogue
entre les religions",
a-t-il indiqué. "Regardez,
c’est une nouvelle église
pour nos frères
coptes-orthodoxes (chrétiens
d’Egypte), et derrière
se trouve l’église évangélique",
dit fièrement un fidèle
en montrant un imposant bâtiment
en construction près du
centre culturel. "Les
églises tiennent la messe
le vendredi au lieu du
dimanche pour permettre
aux fidèles d’y
participer",
ajoute-t-il. Dimanche est
un jour ouvrable dans les
pays musulmans, où
vendredi est le jour de
congé officiel.
A Dubaï, des
milliers de Philippins se
sont rassemblés cette année
pour une messe en plein
air et pour écouter une
chorale à l’occasion
des fêtes de Noël. Au
Qatar, la première pierre
du premier complexe
religieux chrétien du
pays a été posée début
décembre. "L’Etat
a accordé un terrain de
95.000 m2 pour édifier
six églises pour différentes
communautés chrétiennes",
a indiqué le directeur général
du projet, Renato
Casiraghi. Au Koweït, le
gouvernement a récemment
alloué deux grands
terrains pour la
construction de deux églises,
suscitant la foudre d’un
député islamiste. Walid
Tabtabai a estimé que
cette démarche était "illégale
en vertu de la loi
islamique", et affirmé
que le pays comptait "une
vingtaine d’églises,
alors que les chrétiens
koweïtiens sont moins
d’une centaine".
L’émirat compte huit églises
pour 150 à 200 chrétiens
koweïtiens, mais il
abrite par ailleurs
environ 350.000 chrétiens
étrangers originaires
pour la plupart d’Inde,
des Philippines,
d’Egypte, du Liban et de
pays occidentaux.
En Arabie saoudite, qui
applique rigoureusement le
wahhabisme, une doctrine
puritaine de l’islam née
au XVIIIe siècle, les
non-musulmans, des étrangers
dans leur quasi-totalité,
n’ont le droit de
pratiquer leur foi qu’en
privé, au risque d’être
emprisonnés et expulsés.
Le pays compte quelque 5
millions d’immigrés
dont un certain nombre de
confessions chrétiennes.
Malgré l’interdiction,
certains fidèle exercent
leur foi dans des lieux de
culte clandestins. "Nous
nous réunissions dans une
maison pour prier et lire
la Bible dans le secret
absolu. Nous évitions
d’introduire tout livre
religieux en Arabie, car
toute personne arrêtée
en possession d’un évangile
ou d’un signe à caractère
chrétien était jetée en
prison ou expulsée",
affirme un expatrié,
ancien résident en Arabie
saoudite, qui faisait
partie d’un groupe de
prière chrétien. Selon
lui, les fêtes chrétiennes
sont célébrées dans la
plus stricte intimité ou
dans l’enceinte des
ambassades.
Vie
et défi du dialogue
islamo-chrétien
La
déclaration du Concile
"Nostra Aetate",
qui fête ses quarante
ans, a permis des avancées
considérables dans le
rapprochement islamo-chrétien.
Mais les tentations de
repli demeurent
par
MARTINE DE SAUTO, publié
dans la Croix le 27
octobre 2005
"Jamais
les chrétiens n’ont été
aussi nombreux à s’intéresser
à l’islam et à se
mettre à l’écoute des
musulmans, constate le P.
Jean-Marie Gaudeul,
responsable du Secrétariat
pour les relations avec
l’islam de la Conférence
épiscopale. Nostra ætate
a déclenché un mouvement
de rencontres. On pourrait
détailler à l’infini
les initiatives prises
depuis quarante ans."
Et de fait, depuis 1965,
le dialogue islamo-chrétien
a connu bien des réalisations
positives. Des documents
en ont précisé
l’esprit, la méthode et
la finalité. Des
institutions ont été créées
pour l’organiser. Ainsi,
en Europe, presque chaque
conférence épiscopale
comporte un secrétariat
spécialisé pour le
dialogue interreligieux.
Des structures et des
associations ont également
vu le jour, comme, en
France, les Relais monde
musulman, rattachés à la
pastorale des migrants ;
le Groupe d’amitié
islamo-chrétienne (GAIC)
; les groupes de foyers
islamo-chrétiens, et les
groupes islamo-chrétiens
locaux. Sans oublier le
Groupe de recherches
islamo-chrétien (GRIC)
qui poursuit en Tunisie,
au Maroc, à Paris, et à
Bruxelles, un travail de réflexion
approfondi.
Quarante ans d'échanges
et de rencontres
Côté formation, des
cursus ont été mis en
place notamment dans les
universités catholiques
et des instituts de
science et de théologie
des religions. Le Conseil
pontifical pour le
dialogue interreligieux a
par ailleurs instauré des
partenariats avec les
grandes instances représentatives
musulmanes comme la Ligue
et la Conférence mondiale
islamique, ou le Comité
permanent pour le dialogue
avec les religions monothéistes
de l’université
islamique d’Al-Azhar au
Caire. Des relations ont
également été nouées
entre les instituts
catholiques et les facultés
musulmanes d’Ankara et
de Tunis.
Faut-il en conclure que le
dialogue islamo-chrétien
se porte bien ? Pas sûr.
"La déclaration
conciliaire Nostra ætate
et les avancées qui ont
suivi, confirmées à
plusieurs reprises par
Jean-Paul II, ont signifié
l’orientation théologique
et pastorale de l’Eglise
catholique, sa volonté de
dialogue avec tout
homme", rappelle le
P. Jean-Marc Aveline,
directeur de l’Institut
catholique de la Méditerranée.
Mais, ajoute-t-il,
"cet encouragement au
dialogue interreligieux,
qui repose sur de solides
fondements théologiques,
se heurte à des réticences
de la part de chrétiens
qui craignent qu’une
telle attitude ne conduise
au scepticisme ou à une
forme de relativisme. En
outre, il n’est pas rare
que les croyants musulmans
comprennent mal la
nouvelle attitude des chrétiens
qu’ils perçoivent comme
un nouveau prosélytisme
d’autant plus redoutable
qu’il avance masqué."
Des chrétiens
aujourd'hui plus frileux
Ce décalage entre les
intuitions du Concile, les
déclarations prophétiques
de Jean-Paul II et la réalité
du dialogue s’est
agrandi depuis les
attentats du 11 septembre
2001. Des chrétiens
jusque-là ouverts, blessés
par le repli des
musulmans, le terrorisme
islamiste et les persécutions
dont sont victimes les chrétiens
d’Orient, se montrent
aujourd’hui plus
frileux. En juillet
dernier, l’envoi à des
centaines de paroisses de
France d’un livret de 24
pages provenant d’une
association située à
Creil, La vérité pour
tous, suscitait également
émoi et inquiétude. Ce
texte, que l’on retrouve
sur le site d’une
librairie turque de
tendance fondamentaliste
(hakikat.com), reprend de
manière agressive la
classique polémique anti
chrétienne. De nombreux
livres et articles écrits
par des chrétiens sur
l’islam ont beau adopter
le même ton offensif et
charrier le même type de
simplismes, ce texte a déclenché
la colère et abouti à un
surcroît de crispation.
"Actuellement,
analyse le P. Gaudeul, en
raison du mouvement
islamiste et de ses dérives,
de l’Irak et du conflit
du Proche-Orient, mais
aussi du flottement de
sociétés devenues
pluralistes, chacun se
replie sur des positions
identitaires. Dans les
milieux catholiques,
certains gobent le
discours des médias qui
ont tendance à donner une
image globale de l’islam
et à présenter
l’islamisme comme
consubstantiel à
l’islam et aux
musulmans." Evêque
d’Ajaccio, délégué au
comité "Dialogue
avec les musulmans en
Europe" du Conseil
des conférences épiscopales
d’Europe, Mgr Jean-Luc
Brunin fait le même
constat. "Des progrès
considérables ont été
faits au niveau de
relations entre les
responsables de communautés,
constate-t-il. Mais le
dialogue est devenu une
affaire de militants qui
souvent se trouvent mis à
distance, voire suspectés
par leur communauté. Le défi
est aujourd’hui de démocratiser
le dialogue. Nous avons
une destinée commune et
des défis communs à
relever."
"Le défi
est de démocratiser le
dialogue islamo-chrétien"
Dans ce contexte
difficile, des chrétiens
et des musulmans
poursuivent pourtant un
dialogue patient, souvent
fondé sur l’expérience
spirituelle, et continuent
à parier sur ce qu’il y
a de meilleure dans la foi
de l’autre. Saïd Ali
Koussay, président du
GAIC, est de ceux-là.
"Meurtri" par
les actes terroristes, la
lapidation de femmes au
Nigeria, ou le témoignage
de Rania Al Baz, présentatrice
de la télévision
saoudienne battue par son
mari, il se sent souvent
en porte-à-faux
lorsqu’il parle de
l’islam, mais se refuse
à baisser les bras. Dans
la dernière lettre du
GAIC, il explique
longuement, sous le titre
"La différence est
l’œuvre de Dieu",
que les croyants ne
peuvent porter témoignage
à la Vérité telle
qu’ils croient l’avoir
perçue, "s’ils dénigrent
les convictions des
autres". Le P. Roger
Michel, délégué du diocèse
de Valence, se veut lui
aussi résolument engagé
et convaincu d’espérance.
"Nostra ætate
a tracé la voie,
constate-t-il. Dans un
contexte qui n’est pas
favorable au dialogue, des
chrétiens et des
musulmans continuent de se
reconnaître une vocation
commune et de donner vie
à des réalisations."
En quarante
ans, la perception des
musulmans a changé
Le P. Michel Guillaud,
aumônier d’étudiants
et délégué aux
relations avec le monde
musulman du diocèse de
Lyon, se montre également
confiant. Malgré les
difficultés. "Il y a
quarante ans,
explique-t-il, le
musulman, c’était le
pauvre, celui qu’on
allait soutenir, aider.
Aujourd’hui, il est un
croyant qui cherche sa
voie pour être à la fois
pleinement musulman et
pleinement français, sans
avoir de modèle ni de
leader pour le guider.
Parce que sa recherche va
dans tous les sens, il
fait parfois un peu peur
à ses compagnons de route
chrétiens." Le plus
"douloureux" est
pourtant ailleurs :
"Les musulmans,
dit-il, doivent faire le
grand écart entre ce à
quoi leur cœur aspire, et
le discours de la théologie
officielle musulmane qui
laisse perplexe leurs
interlocuteurs chrétiens."
Les signes
d’encouragement ? La
nouvelle traduction du
Coran, bilingue, avec
cartes, index, notes en
bas de page, et lexique,
qui vient d’être éditée
par les Editions Tawhid,
proche de l’Union des
jeunes musulmans de
France.
La vie
spirituelle, lieu privilégié
de dialogue
"Ces jeunes,
explique le P. Guillaud,
ont mené un véritable
travail de réflexion sur
la manière dont un texte
religieux doit être présenté.
Ils ont regardé la Bible,
ont fait des choix qui
certes ne tiennent pas
compte des plus récents
travaux des penseurs de
l’islam, mais par
lesquels ils s’efforcent
de conjuguer foi et
raison. En mars, une journée
d’étude sur le thème
“Traduire le Coran,
traduire les Evangiles”
sera organisée avec eux
à l’Université
catholique de Lyon."
Sans gommer les aspérités
et l’exigence du
dialogue, le P. Christian
Van Nispen, jésuite néerlandais,
qui vit et travaille en
Egypte depuis plus de
quarante ans, invite, lui,
à faire de la dimension
spirituelle le terrain
privilégié de la
rencontre entre musulmans
et chrétiens. Dans un
contexte de
"redoutable
polarisation" entre
christianisme et islam,
entre Occident et monde de
l’islam, "où les
dimensions politiques,
culturelles, religieuses
sont confondues",
vivre une "solidarité
spirituelle englobant le
tout de la vie" lui
paraît "vital",
"presque une question
de vie et de mort".
"Comme chrétien,
explique-t-il, je dois me
considérer concerné par
ce qui concerne les
musulmans et qu’ils
finissent par faire partie
de mon cadre
d’appartenance sans que
cela contredise ma foi chrétienne.
Ce n’est pas facile à
vivre sans illusions et
sans peine, mais c’est
une source de grande espérance."
Une compréhension
mutuelle
Le
paragraphe 3 de la Déclaration
Nostra ætate
concerne la religion
musulmane :
"L’Eglise regarde
aussi avec estime les
musulmans, qui adorent le
Dieu un, vivant et
subsistant, miséricordieux
et tout-puissant, créateur
du ciel et de la terre,
qui a parlé aux hommes.
Ils cherchent à se
soumettre de toute leur âme
aux décrets de Dieu, même
s’ils sont cachés,
comme s’est soumis à
Dieu Abraham, auquel la
foi islamique se réfère
volontiers. Bien qu’ils
ne reconnaissent pas Jésus
comme Dieu, ils le vénèrent
comme prophète ; ils
honorent sa Mère
virginale, Marie, et
parfois même
l’invoquent avec piété.
De plus, ils attendent le
jour du jugement, où Dieu
rétribuera tous les
hommes ressuscités. Aussi
ont-ils en estime la vie
morale et rendent-ils un
culte à Dieu, surtout par
la prière, l’aumône et
le jeûne. Si, au cours
des siècles, de
nombreuses dissensions et
inimitiés se sont
manifestées entre les chrétiens
et les musulmans, le
Concile les exhorte tous
à oublier le passé et à
s’efforcer sincèrement
à la compréhension
mutuelle, ainsi qu’à
protéger et à promouvoir
ensemble, pour tous les
hommes, la justice
sociale, les valeurs
morales, la paix et la
liberté."
En 1998, les évêques de
France publiaient Catholiques
et Musulmans, un chemin de
rencontre et de dialogue.
(DC n° 2193, 6 décembre
1998).
Lustiger
boycotté par les
rabbins
par
ERIC JOZSEF, publié
dans Libération le 28
octobre 2005
En raison de la présence
de l'ancien archevêque
de Paris, Jean-Marie
Lustiger, plusieurs représentants
juifs italiens et étrangers,
dont le grand rabbin de
Rome Riccardo Di Segni,
ont boycotté, hier, le
colloque célébrant
quarante ans de dialogue
judéo-chrétien. Le 28
octobre 1965, dans le
sillage du Concile
Vatican II, la déclaration
"Nostra
Aetate" avait
ouvert la voie à un
rapprochement entre les
deux communautés. En
charge de l'oecuménisme,
le cardinal Kasper avait
choisi d'inviter hier
Jean-Marie Lustiger,
juif converti au
catholicisme durant la
Seconde Guerre mondiale.
"Le souvenir
des juifs qui n'ont survécu
à la Shoah qu'à
travers la conversion
reste une blessure
ouverte", ont
souligné certains
responsables qui évoquent
un manque de "sensibilité"
de la part du Vatican.
Les
patriarches catholiques
d’Orient attribuent la
montée de l’intégrisme
à la faillite des
solutions de
paix
par
HABIB CHLOUK, publié
dans l'Orient-le Jour le
3 décembre 2005
Le congrès tenu en
Jordanie entre le 28
novembre et le 2 décembre
par les sept patriarches
catholiques d’Orient a
clôturé ses travaux
par un appel en trois
volets. Les prélats,
rappelons-le, sont
LL.BB. Michel Sabbah
(latins) ; Nasrallah
Sfeir (maronites) ; Stéphane
Ghattas (coptes) ; Grégoire
Lahham (melkites) ;
Ignace Boutros
(syriens-catholiques) ;
Emmanuel Delli (chaldéens)
et Nercès Bedros (arméniens-catholiques).
Ils ont tenu assises en
la Maison de la
Visitation des sœurs du
Rosaire, à
Dabouk-Hachimiyé,
Amman, en présence du
nonce apostolique, Mgr
Fernando Villoni, et de
nombre de religieux de
diverses communautés.
Après une messe
d’action de grâces et
une allocution du nonce,
Mgr Sabbah a donné
lecture du communiqué
final. Les prélats y
relèvent que "nos
peuples souffrent de
l’absence de la paix.
Ils sont parfois privés
des conditions les plus
élémentaires d’une
existence digne".
Ils ajoutent que ces
peuples "ont
attendu des solutions de
la part des
gouvernements ou de
partis et forces
politiques divers. Quand
ces forces ont échoué
dans la présentation de
solutions, beaucoup ont
rejoint des courants
religieux… Avec
l’accumulation des
crises, l’extrémisme
religieux s’est propagé
en Orient comme en
Occident, se mettant à
perpétrer des actes
terroristes". Le
communiqué condamne le
terrorisme, ne lui
trouvant
"absolument aucune
justification."
Mais en même temps, il
se penche sur "les
raisons qui donnent
naissance au terrorisme
et qu’il faut impérativement
traiter. Parmi ces
raisons,
l’exploitation des
peuples faibles par les
peuples à forte
fortune. Ou l’absence,
dans nombre de pays, de
la pratique d’une démocratie
du droit". Les prélats
évoquent "le sang
versé en Irak et en
Terre sainte". Ils
déplorent "les
contradictions
identiques, les conflits
variés qui secouent la
plupart des pays
arabes". Ils
condamnent les attentats
dans des lieux
touristiques en
Jordanie.
Le texte s’établit en
trois chapitres. Le
premier porte sur la
paix et les conditions
d’existence des
peuples. Les prélats
condamnent
l’oppression,
l’occupation,
l’exploitation, les
droits de l’homme foulés
aux pieds. Ils relèvent
la pauvreté et le chômage,
regrettent le recul des
valeurs de tolérance et
appellent au dialogue.
Ils dénoncent les
tensions
confessionnelles et les
attaques abusives contre
les croyances
d’autrui, dans les médias
télévisuels ou autres.
Ils fustigent la
torture, les conditions
de détention. Ils
s’alarment du fait que
des millions d’enfants
sont à la rue, tandis
que la drogue se
propage. Ils soulignent
cependant qu’il faut
garder l’espérance,
malgré tout. Traitant
de la question
palestinienne, ils
soulignent le côté
sacré de la Palestine où
le Tout-Puissant fait
coexister les trois
religions monothéistes
principales. Les
patriarches affirment
qu’il faut dès lors
coopérer et non pas se
combattre. Ils appellent
à un arrêt définitif
du cycle des violences.
En insistant pour
qu’il soit mis un
terme aux opérations
militaires dans les
villes palestiniennes,
aux exécutions, à
l’emprisonnement, à
la destruction des
maisons et à la
construction du mur. Les
patriarches prient également
pour l’Irak en déplorant
l’insécurité, les
atteintes aux niveaux
national, religieux,
social, moral et
d’existence. Ils
appellent la communauté
internationale à déployer
des efforts pour mettre
un terme à ce drame
humain, en rendant à ce
pays sa souveraineté,
son union et sa dignité.
Dans le deuxième volet,
les prélats plaident
pour la démocratie et
les droits de l’homme,
dans une coexistence
fraternelle et dans un
sain civisme. Ils
soulignent qu’il faut
assumer la première des
responsabilités, qui
est vis-à-vis de soi-même,
dans le respect des
valeurs religieuses et
morales. Ils appellent
à une action pour
l’unification des chrétiens,
dans le respect du
pluralisme de leurs
Eglises et dans la
pratique d’une liberté
responsable. Ils
invitent les chrétiens
à coopérer avec les
organisations de la société
civile et les organes
publics qui ont des
objectifs positifs. Ils
recommandent la révision
des manuels d’éducation
religieuse chrétienne
ou musulmane. Le troisième
chapitre est consacré
aux questions
paroissiales, à la
jeunesse catholique, aux
programmes concernant
les familles, à
l’enseignement chrétien
dans la région, aux
comités pour la justice
et la paix, que les prélats
appellent de leurs prières.
Par la suite, Mgr Sabbah
a indiqué que la
prochaine conférence
aurait lieu à Bzoummar,
Liban, au couvent
Notre-Dame des arméniens-
catholiques, en octobre
de l’année prochaine.
Prié de dire pourquoi
le communiqué ne traite
ni du Liban, ni de la
Syrie, ni de l’Égypte,
trois pays où il se
passe pourtant beaucoup
de choses, le patriarche
des latins a répondu
que l’accent a été
mis sur les contrées où
le sang coule ou a coulé
récemment. De son côté,
le patriarche Sfeir,
interviewé par la LBCI,
a indiqué que la conférence
se tient chaque fois
dans un pays différent,
le tour étant
maintenant à la
Jordanie. Il a traité
des objectifs de
l’assemblée. Au sujet
des attentats de
Jordanie et des liens
entre le terrorisme et
la religion, le
patriarche maronite a
condamné les actes
terroristes qui se
produisent dans tous les
pays. Il a rappelé la série
noire du Liban, le cas
de l’Irak ou celui de
l’Arabie saoudite.
Pour préciser que ces
actions n’ont
absolument aucun lien
avec la religion, sauf
à titre de tromperie.
Les vrais fidèles, a
dit Mgr Sfeir, craignent
Dieu, tandis que les
terroristes n’en ont
aucune crainte. Mgr
Sfeir sera de retour au
Liban ce samedi.
Le
nouveau visage du
protestantisme français
L'émergence
des Eglises évangéliques
réveille les protestants,
qui réclament plus de
visibilité dans la société
et une plus grande place
dans le débat politique.
par
SOPHIE DE RAVINEL, publié
dans le Figaro le 21
octobre 2005
En dix décennies, le
visage du protestantisme a
eu le temps d'évoluer, en
particulier sous
l'influence des Eglises évangéliques.
Selon le chercheur Sébastien
Fath, ces
protestants
"orthodoxes"
sont aujourd'hui sept fois
plus nombreux en France
qu'ils ne l'étaient au
lendemain de la guerre.
Leur rapport au monde et
à la société étant
parfois très différent
de celui des Eglises
historiques de la Réforme,
en déclin numérique, les
prochaines années seront
marquées par la recherche
d'une cohabitation
fructueuse. Pur produit de
la "haute société
protestante" réformée,
le pasteur du temple
parisien du Luxembourg,
Serge Oberkampf, considère
que les évangéliques
"trouvent leurs
racines dans la Bible
directement et non dans
l'histoire de leurs
familles ou de leur
pays". D'où
cette volonté de se
constituer "en
fratries très soudées,
parfois peu enclines à
l'ouverture". Pour
lui, "le fossé
culturel est évident".
Mais il estime que la
France est à l'abri d'une
dérive fondamentaliste
telle qu'elle peut exister
aux Etats-Unis ou en
Afrique. "La
plupart de ces fidèles
font la distinction entre
les sphères politique et
religieuse", explique-t-il,
insistant sur une "nécessaire
intégration" de
ces Eglises, ethniques
pour un grand nombre.
Pour le pasteur
Oberkampf, à la tête
d'un temple considéré
comme un nid
d'intellectuels parisiens
de la rive gauche, il est
aussi important de "travailler
la visibilité" du
protestantisme réformé,
qui a certes été "une
minorité brimée" dans
l'histoire de France, mais
aussi un grand serviteur
de l'Etat démocratique.
Lorsque les protestants
français se sont constitués
en fédération en 1905,
un des objectifs
consistait à donner de la
voix sur le champ
politique. En 1909, lors
de la première assemblée
générale à Nîmes, la
première préoccupation a
été de s'élever contre
le colonialisme du
gouvernement français.
Cette nécessité
d'exister dans le débat
politique, l'actuel président
de la Fédération
protestante de France
(FPF) la juge toujours "de
première urgence". La
voix protestante ne veut
pas être étouffée. "Lors
de la naissance de la FPF,
explique le pasteur
Jean-Arnold de Clermont, son
engagement dans la société
a été immédiat.
Aujourd'hui, nous sommes
préoccupés par le fait
que la politique en France
est tournée vers le
"combat des
chefs", alors que la
société est confrontée
à des questions brûlantes
sur l'immigration, la
crise sociale, les
prisons..."
Le pasteur de Clermont
souhaite donc "que
les protestants puissent
s'exprimer dans l'espace
politique". Les
acteurs politiques ne
semblent pas insensibles
à ce discours. Ils seront
nombreux à se rendre,
aujourd'hui, au siège
parisien de la Fédération,
rue de Clichy. Pas moins
de cinq ministres ont
annoncé leur venue. Outre
Dominique de Villepin, qui
transmettra un message de
Jacques Chirac, les
protestants du
gouvernement - Gérard
Larcher et Thierry Breton -
seront là, avec Michèle
Alliot-Marie, au nom des
aumôneries militaires.
Chargé des cultes,
Nicolas Sarkozy devrait
passer en fin de soirée,
après avoir partagé un dîner
de rupture de jeûne du
ramadan à Colombes
(Hauts-de-Seine). Mais le
10 novembre, il recevra
Jean-Arnold de Clermont
pour évoquer la création
d'une commission
rassemblant gouvernement
et représentants
protestants afin de se
pencher sur toutes les
questions sensibles. Une
demande de longue date de
la fédération.
Splendeur
et mystère des trésors
d'églises
Exposition
"Trésors des cathédrales
d'Europe - Liège à
Beaune"
par
ANNE-MARIE ROMERO, publié
dans le Figaro le 5 décembre 2005
Un mètre quatre-vingts
de haut, 90 kilos d'argent
doré à l'or fin, des
dizaines de pierres précieuses
égaillées sur son
manteau, saint Lambert, en
buste, portant crosse et
mitre, repose sur un socle
historié racontant sa
vie, entouré de quatre
petits anges présentant
les instruments de la
Passion du Christ.
Eblouissante de richesse,
ostentatoire, imposante,
cette statue-reliquaire du
XVIe siècle,
qui renferme le crâne du
saint patron de Liège,
assassiné en 696, résume
assez bien la notion de
"trésor d'église",
thème d'une exposition éclatée
dans trois lieux
prestigieux de la petite
ville de Beaune : le Musée
des Beaux-Arts, la Collégiale
Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu.
Sous l'intitulé "Trésors
des cathédrales d'Europe -
Liège à Beaune", la
cité bourguignonne
accueille en effet quelque
300 pièces d'une valeur
inestimable provenant du
Trésor de la cathédrale
de Liège, en cours de rénovation.
Son commissaire, Philippe
George, conservateur des
trésors de Liège et de
Malmedy, y a ajouté des
objets provenant de 11
autres cathédrales et des
musées de Beaune. "Les
trésors d'églises sont généralement
rebutants, parce que mal
présentés, dit-il. Les
gens sont convaincus qu'on
n'y trouve que des
alignements de calices, de
ciboires et de crucifix.
C'est une idée fausse.
L'histoire de la
constitution de ces trésors
prouve qu'ils sont bien
plus variés qu'on ne le
croit. C'est l'idée que
je veux faire passer ici
et dans mon pays."
Qu'est-ce qu'un trésor
d'église ? C'est, depuis
les origines de la chrétienté,
un ensemble d'objets qui
transmettent la mémoire
spirituelle d'un
sanctuaire, mais aussi,
par sa valeur économique,
"un élément de
la liturgie du pouvoir
temporel" de
l'Eglise. Un certain
secret entoure toujours
les trésors. Comme un
clin d'oeil, Philippe
George a fait venir de Liège
la porte du trésor de la
cathédrale, admirable
broderie de pentures de
fer sur une épaisse
armature de chêne datant
du XIIIe siècle.
Un trésor d'église est
d'abord liturgique. Les
bras et bustes-reliquaires
d'argent niellé, doré,
filigrané, sont légion
dans la salle du Musée
des beaux-arts, tapissée
d'une reproduction du trésor
de Saint-Denis, d'après
l'inventaire qu'en fit Don
Félibien en 1706, avant
sa dispersion à la Révolution.
Sans compter les
ostensoirs-tourelles, les
ostensoirs-couronne, les
calices à pied polylobés,
les autels portatifs comme
celui de Münchengladbach,
du XIIe siècle,
décoré d'émaux rhénans,
à la polychromie plus
contrastée que nos émaux
limousins, tout en camaïeu
de bleus et d'or.
Quelques merveilles à
signaler : la grande croix
d'orfèvrerie mosane,
venue de Namur, tout en
filigrane de cuivre doré
et d'argent et en pierres
semi-précieuses, haute de
33 centimètres. Les
ivoires mosans superposant
trois Résurrections, et
les vêtements liturgiques
tissés à Lyon, offrant
une débauche de velours
ciselés, piquetés d'or
et d'orfrois brodés d'or.
Les étoffes présentées
au musée et à l'Hôtel-Dieu
montrent l'influence du goût
profane, comme ce suaire
de saint Lambert, un tissu
iranien du VIIIe
siècle, ou ce devant
d'autel aux motifs de
pagodes, typique des
"chinoiseries"
en vogue au XVIIIe
siècle. Mais les trésors
ne conservent pas que des
objets directement liés
au culte. Vitrine du
pouvoir ecclésiastique et
princier, ils conservent
les joyaux destinés de
tout temps à
impressionner les fidèles,
bijoux, bagues et croix de
prélats supportées par
des chaînes pesant 1,5
kilo d'or pur... Ils
comportent aussi des
objets d'art profane.
Parmi les plus belles pièces
exposées à Beaune, une
couronne-reliquaire
offerte par l'empereur de
Byzance au comte de Namur,
avec son écrin en émaux
limousins, du début du
XIIIe siècle
et de petits animaux
fatimides, en cristal de
roche, venant du Portugal,
transformés eux aussi en
reliquaires.
Restent enfin, quelques
chefs-d'oeuvre de
l'exposition : un
reliquaire de Charles le Téméraire
en argent doré de 2,1
kilos, montrant saint
Georges protégeant le duc
à genoux, le magnifique
polyptyque du Jugement
dernier de Rogier Van der
Weyden, au XVe
siècle, propriété des
hospices de Beaune, où
toute la souffrance
humaine s'exprime dans une
intensité dramatique
rarement atteinte et les
Vierges mosanes en bois du
XIIIe,
souriantes, tout en
mouvement et en déhanchement,
à une époque où on a
coutume de les voir dans
une raideur austère.
Du 19 novembre 2005
au 19 mars 2006, au Musée
des Beaux-Arts, à la Collégiale
Notre-Dame et à l'Hôtel-Dieu
des Hospices de Beaune,
21.200 ; site de la
Ville de Beaune ; site du Trésor
de la Cathédrale de Liège.
La
Vierge dite au papillon
peinture
sur bois, vers 1459
117X 111,5
cm
La Vierge
est assise sur un trône
de marbre blanc et offre
un papillon à l’Enfant
Jésus. Le papillon est
ici le symbole de la résurrection.
La Vierge et l’Enfant
sont entourés de
Marie-Madeleine, de saint
Pierre et de saint Paul,
patron de la collégiale
liégeoise. Le chanoine
Pierre de Molendino est présenté
en perspective morale à
genoux aux pieds de la
Vierge. C’est sur la
pierre tombale de ce
chanoine, doyen de la collégiale,
que fut retrouvée au 19ème
siècle la peinture sur
bois.
Vierge
dite au papillon, huile
sur bois, vers 1459, trésor
de la cathédrale de Liège
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