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RELIGION  RJLIBAN  N°5  du 28 décembre 2005

 
Les Français rêvent d'un Noël spirituel

Une enquête exclusive de l'institut CSA pour "La Croix" montre qu'une écrasante majorité des Français juge Noël "trop commercial". Près de deux Français sur trois aspirent à "plus de spiritualité". Un Français sur cinq ira à la messe de Noël
 
par JEAN-MARIE GUENOIS et NICOLAS SENEZE, publié dans la Croix le 23 décembre 2005
 
Noël fascine encore. Si les chiffres de participation à la messe de minuit semblent se stabiliser depuis trois ans - un Français sur cinq annonce son désir de rejoindre, ce jour-là, la communauté la plus proche -, le goût spirituel de Noël revient en force au détriment de son aspect commercial. C’est sans doute le principal enseignement de notre sondage. Mais Noël est avant tout perçu comme un moment familial plus qu’un rendez-vous religieux, les cadeaux y sont attendus, une vision festive qui ne s’oppose certes pas à la "spiritualité" que les Français attendent de leur fête préférée.

Car ce qui apparaît, au-delà de la dénonciation d’un envahissement commercial, c’est peut-être la recherche de sens : neuf Français sur dix trouvent en effet que Noël est devenu trop commercial, six Français sur dix voudraient "plus de spiritualité". Tendance lourde ? Il faudra reposer à nouveau la question pour l’affirmer, mais une proportion aussi nette dans les réponses ne trompe pas sur une évolution en cours. Surtout, l’expression de ce désir de spiritualité ne rime pas avec une attitude de rabat-joie. Le besoin de se retrouver en famille ce soir-là domine en effet ce sondage, quelles que soient les opinions et les croyances. Ce besoin de sens va donc de pair avec la chaleur de la fête dont chaque famille détient le vrai secret.

Les Français très attachés à Noël
 
- Même si la pratique religieuse diminue, Noël reste un moment privilégié pour une grande majorité des Français : 78 % d’entre eux se déclarent ainsi très ou assez attachés à cette fête, avec une palme aux catholiques pratiquants réguliers (97 %).

- A l’inverse, seuls 7 % ne se déclarent "pas attachés du tout" à Noël : un chiffre qui reste très en dessous du nombre de Français à se déclarer sans religion, proche de 20 % selon les sondages. Dans cette catégorie, 68 % déclarent tout de même leur attachement à Noël. Ce qui regroupe sans doute ceux de nos compatriotes relevant d’autres traditions religieuses, principalement l’islam et le judaïsme (qui, quant à lui, célébrera Hanoukka à partir de lundi).

- Analysé maintenant par rapport aux classes d’âges, c’est chez les aînés que l’on relève le plus fort attachement à la fête de la Nativité (79 % des plus de 75 ans, 81 % des 65-74 ans). Mais Noël demeure aussi un moment fort pour les plus jeunes : 24 % des 15-17 ans s’y disent "très attachés", et 55 % "assez attachés".

- Enfin, Noël n’échappe pas à la fracture sociale, puisque si toutes les catégories professionnelles s’accordent dans leur attachement à Noël, c’est chez les chômeurs qu’on compte le plus de personnes ne s’y déclarant "pas attachées" (31 %). Beaucoup d’entre eux ont certainement d’autres préoccupations. 

 

D'abord une fête de famille

 

- Une fête de famille avant d’être une fête religieuse : ainsi apparaît Noël aux yeux de la majorité Français. 69 % l’envisagent en effet comme "un moment à passer en famille" et 45 % comme "une fête pour les enfants", loin devant la "conception d’une fête religieuse" (26 %)…

- Il n’y a guère que chez les pratiquants réguliers que la dimension religieuse de Noël l’emporte sur sa dimension familiale (80 % contre 62 %), loin devant la conception d’une fête pour les enfants (26 %). mais au fur et à mesure que la pratique diminue, l’idée d’un Noël "fête de famille" se renforce au détriment de la fête religieuse : 66 % contre 50 % chez les pratiquants irréguliers, 20 % contre 74 % chez les catholiques non pratiquants.

- Enfin, si c’est parmi les 25-40 ans qu’on retrouve le plus de Français concevant Noël comme une fête pour les enfants, les 15-17 ans l’envisagent à 90 % comme un moment à passer en famille. Et c’est chez les plus de 65 ans qu’on trouve le plus de Français envisageant Noël comme une fête religieuse.

 

Les Français aspirent à une fête moins commerciale

 

- "Noël subit malheureusement une sorte de “pollution commerciale “ qui risque d’en altérer l’esprit authentique" : l’analyse est de Benoît XVI, au cours de son angélus du 11 décembre, place Saint-Pierre, où il appelait les fidèles à préparer Noël avec un esprit "de recueillement" et "de sobriété". Mais ce constat pourrait tout aussi bien être fait par les Français. Le chiffre est en effet sans appel : 90 % des Français jugent que "Noël est devenu une fête trop commerciale". Une opinion qui traverse de façon presque égale la population française, sans distinction de sexe, d’âge ou de catégorie socioprofessionnelle. Et si 93 % des catholiques pratiquants partagent cette opinion, ce chiffre reste fort pour les autres catégories : 90 % chez les non-pratiquants comme chez les agnostiques, 86 % chez les pratiquants irréguliers… Et c’est d’ailleurs chez ceux qui ne s’estiment "pas attachés" à Noël que la critique est la plus virulente contre un Noël trop commercial : 94 % de ceux "peu attachés" et 95 % de ceux qui n’y sont "pas attachés du tout" la reprennent à leur compte.

- Forts de ce constat, les Français estiment à 63 % qu’ "il faudrait revenir à plus de spiritualité" dans la célébration de Noël. Une opinion partagée surtout par les femmes (67 %) et par les personnes les plus âgées (73 % des plus de 75 ans et 72 % des 65-74 ans), mais aussi les plus jeunes (64 % des 15-17 ans et 77 % des lycéens et des étudiants). Et si 68 % des catholiques aspirent eux aussi à plus de spiritualité autour de Noël, ce chiffre monte à 98 % pour les pratiquants réguliers et à 83 % pour les pratiquants irréguliers.

 

Un Français sur cinq ira à la messe de Noël

 

Cette année, 18 % des Français se rendront à la messe de Noël ce week-end, soit un Français sur cinq. Alors qu’on comptait un Français sur trois en 1992 (sondage BVA-La Croix), on estimait la proportion de Français se rendant à la messe pour Noël à un sur cinq en 2002 et, l’année dernière, un sondage Noos-UPC donnait le chiffre de 16 % (14 % disant qu’ils regarderaient la messe de Noël à la télévision). Après une chute, les chiffres semblent donc se stabiliser.

Si 23 % des catholiques affirment qu’ils iront à la messe de Noël, ce chiffre monte à 82 % pour les pratiquants réguliers (36 % pour les pratiquants irréguliers). C’est chez les femmes que la pratique religieuse de Noël sera la plus forte (20 %) ainsi que chez les plus âgés (30 % des 65-74 ans, contre seulement 8 % des 25-29 ans).

Néanmoins, l’assistance à la messe de Noël connaît un certain succès chez les plus jeunes : 19 % des 15-17 ans et 23 % des lycéens et étudiants annoncent qu’ils iront à la messe pour Noël. La pratique religieuse à Noël est cependant différente selon les régions : plus forte dans le Sud-Est (23 %), Nord-Est (22 %, sans doute à cause de l’influence de l’Alsace et de la Lorraine), mais moins forte en Île-de-France (14 %) et dans le Nord-Ouest (13 %).

D’une manière générale, les Français sont toutefois moins assidus à Noël que leurs voisins. Ainsi, selon l’institut Emnid, 51 % des Allemands envisagent de se rendre à l’église à Noël (69 % des catholiques et 59 % des protestants). Même chose en Angleterre où l’Eglise anglicane enregistre, en cette période de l’année, une très forte hausse de la fréquentation de ses églises (lire La Croix du 20 décembre). Selon le Daily Telegraph, 43 % des Britanniques ont l’intention de se rendre à l’église pour Noël : un chiffre en hausse constante (39 % en 2003 et 33 % en 2001).

 

REPERES

Participer à la messe de Noël

Pour connaître les horaires des veillées et des messes de Noël dans toutes les paroisses en France, consulter Messes Info : 0.892.25.12.12  ou http://messesinfo.cef.fr

A la télévision

24 décembre

– Messe de minuit : TF1, France 2 et KTO retransmettent en direct la messe de la Nativité, célébrée par le pape Benoît XVI dans la basilique Saint-Pierre à Rome.

25 décembre

– Sur France 2, 9 heures :Orthodoxie : Message de Noël du métropolite Emmanuel ; 9 h 30 : Foi et traditions des chrétiens orientaux, Noël en Terre sainte ; 10 heures : Présence protestante : culte de Noël depuis l’église luthérienne Martin-Luther de Saint-Denis (93) ; 11 heures : messe de Noël en direct de l’abbaye des cisterciennes de la Maigrauge à Fribourg (Suisse) ; 12 heures :Bénédiction urbi et orbi du pape Benoît XVI à Rome.

A la radio

24 décembre


– Sur RCF et Radio-Notre-Dame (100.7) : à 23 h 30, retransmission de la messe de minuit depuis le cirque Alexis Gruss à l’occasion du 60e anniversaire du Secours catholique. Messe présidée par le cardinal Jean-Marie Lustiger.

– Sur Fréquence protestante (100.7) : de 21 heures à 0 h 30, programme de Noël (conte, cantate, veillée de Noël et prière).

– Sur France-Culture : à minuit, messe de Noël .

25 décembre

– Sur RCF : à 12 h 00, bénédiction urbi et orbi adressée par le pape Benoît XVI aux catholiques du monde entier depuis la place Saint-Pierre à Rome.

– Sur France-Culture : 8 h 30 : culte de Noël , enregistré à la prison des femmes à Rennes ; 10 heures : messe à la Collégiale Saint-Pierre à Douai avec la prédication de Mgr François Garnier.
 

 
Dans son message de Noël, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle à l’union nationale
 
"Les méthodes du communisme ont disparu en Russie, mais restent incrustées dans notre Orient"
 
publié dans l'Orient-le Jour le 24 décembre 2005
 
"Le système communiste a disparu en Russie, mais reste incrusté dans notre Orient, où certains régimes continuent de s’inspirer de ses méthodes, cherchant à décimer l’élite intellectuelle et politique du Liban, pour en réduire la population à un troupeau humain docile à ses directives." C’est le constat lucide que fait le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, dans son message annuel de Noël. L’allusion à la Syrie est à peine voilée. "Nous avons repris notre souffle lorsque le Ciel s’est penché sur notre sort et qu’une fin a été mise à un tiers de siècle de tragédies et de drames", a encore affirmé le chef de l’Eglise maronite, ajoutant : "Nous nous sommes dit alors : Dieu merci, la saison des malheurs est passée. Mais le drame n’était pas fini." Le patriarche a ensuite dénoncé les "forces occultes" responsables de la poursuite du drame et des attentats et assassinats qui secouent le pays depuis un an, visant l’intelligentsia du pays. "C’est exactement ce que faisait le système communiste, qui a disparu dans le pays où il est né, mais qui reste en vigueur dans certains pays de la région", a-t-il dit. Il a ensuite appelé à l’union nationale, pour faire échec au complot.

Voici de larges extraits du message de Noël du patriarche maronite : "Dès sa naissance, on a pourchassé Jésus-Christ, Sauveur du monde, et l’on a cherché à se venger de Lui et à Le liquider physiquement. Hérode et ses complices Le guettaient pour Le tuer, jaloux d’une autorité terrestre qu’ils exerçaient et qui, inéluctablement, était condamnée à disparaître. Mais l’Ange du Seigneur qui avait annoncé sa naissance veillait sur Sa sécurité. Il apparut en songe à Son tuteur, Joseph, lui disant : “Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte, car Hérode va rechercher L’enfant pour Le faire périr." C’est ce que fit Joseph. C’est ainsi que le Christ fit l’expérience, dès Son enfance, de la déportation et de l’exil, afin de ressembler à l’humanité en tout ce qu’elle souffre sur terre comme drames et épreuves. De plus, Ses compatriotes et, par moments, certains de Ses plus proches, L’approchaient avec méfiance, Le critiquaient méchamment, jusqu’au jour où Ses ennemis Le condamnèrent à la mort sur la croix. Voici ce qui advint il y a deux mille ans."

De la crèche à la croix

"La fuite en Egypte ne doit donc être considérée que comme un événement dans une série de revers subis par Jésus-Christ, rédempteur de l’homme, de Son enfance à Sa mort sur la croix. Il est né dans une crèche, comme naissent les plus pauvres. Les premiers à apprendre sa naissance furent de simples bergers qui veillaient sur leurs troupeaux à Bethléem. L’Ange leur apparut et calma leurs craintes en déclarant : “Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui, un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur.” Rassurés, les bergers vinrent et L’adorèrent."

Echange mystérieux


"Le mystère de Noël s’accomplit en nous quand le Christ commence à Se former en nous. Comme le dit saint Paul qui interpelle les Galates en disant : “Mes enfants que j’enfante à nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous.(8)” Noël est la fête de cet échange mystérieux entre nous et le Christ Jésus. Un échange véritablement mystérieux, quand on pense que le Créateur du monde a pris un corps d’homme, qu’Il est né de la Vierge Marie et est devenu homme sans prendre les moyens des hommes, et S’est complu à nous élever au rang de la divinité. Saint Irénée nous dit : “La raison pour laquelle Dieu S’est fait homme et le Fils de Dieu, Fils de l’homme, c’est pour que l’homme devienne Fils de Dieu en devenant participant de la Parole et en acceptant la filiation divine.” C’est dans le même sens qu’Athanase dit : “Dieu S’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.” "


"Si Dieu nous a créés et nous a élevés à son rang, faisant de nous des dieux selon la parole de Jésus-Christ, jugée blasphématoire par les juifs, N’est-il pas écrit dans vos Livres : “J’ai dit, vous êtes des dieux”, à notre tour de poser la question : “Notre conduite est-elle toujours celle de personnes qui savent quelle dignité Dieu leur a conférée, les élevant à Son rang, faisant d’eux des fils par adoption et plantant en eux le germe de Sa divinité ? Est-ce que nous L’adorons comme Il doit être adoré, obéissons-nous à Ses commandements divins ? Avons-nous Sa crainte dans nos cœurs ?” La patrie se porte si mal que ces questions doivent être posées et que chacun de nous doit y répondre en conscience, pour que nous sachions où nous allons."

Reprendre son souffle

"Nous avons repris notre souffle lorsque le Ciel s’est penché sur notre sort et qu’une fin a été mise à un tiers de siècle de tragédies et de drames. Nous nous sommes dit alors : Dieu merci, la saison des malheurs est passée. Mais le drame n’était pas fini, malgré les améliorations sensibles de la situation. Certes, nous avons retrouvé notre liberté de décision, repris notre sort en main, senti que nous étions responsables de nous-mêmes et de notre pays, de sa place dans cet Orient et dans le monde. Hélas, des forces occultes qui redoutent la clarté du jour et agissent sous le couvert de la nuit étaient restées, semant la discorde et la peur, ébranlant les bases de l’indépendance pour prouver que les Libanais sont incapables de se gouverner, ou qu’ils ont perdu la capacité de le faire en s’habituant à s’en remettre aux autres pour remplir ce rôle, au détriment de leur dignité. C’est à ces forces que l’on doit les attentats successifs, les assassinats répétés qui ont emporté le plus souvent des leaders d’opinion et des penseurs, pour priver les hommes de ceux qui peuvent les guider, les réduisant à être un troupeau humain. C’est exactement ce que faisait le système communiste, qui a disparu dans le pays où il est né, mais qui reste en vigueur dans certains pays de la région."

15 attentats en un an

"Est-ce donc peu de choses que 15 attentats se soient produits chez nous en moins d’une année ? Qu’à peine une plaie fermée, une nouvelle plaie s’ouvre ? Que nombre d’établissements commerciaux, de lieux touristiques et d’habitations soient détruits ? Que tombent des hommes et des femmes dans la force de l’âge ? "Mais les pleurs et les lamentations ne sont pas de mise. Ce que nous pouvons faire de mieux pour mettre fin à ces égarements, c’est serrer nos rangs, renoncer aux désaccords, unifier les avis et mettre au point un plan qui unifierait les Libanais autour d’un même but, le rétablissement de la tranquillité d’esprit pour tous et l’instauration de la paix dans toutes les régions. Un plan qui permettrait au Liban de retrouver les compétences qui l’ont quitté, au pardon réciproque de s’échanger, à une action commune d’être entreprise dans la confiance retrouvée, aux rapports humains d’être réparés avant même les édifices et institutions."

"Avec la sincérité d’intention retrouvée, la discorde ne trouvera plus de chemin vers nous, ni les divisions, les destructions et la mort. Les Libanais regagneront leur confiance en eux et dans leur pays, et tendront leur main vers leurs voisins avec lesquels ils agiront, sur un pied d’égalité, pour leur bien commun et l’avenir des générations montantes. En cette fête glorieuse de la Nativité, nous demandons au Seigneur Jésus de nous conduire vers des rivages tranquilles, de nous conduire à bon port. Nous L’implorons de donner à tous les Libanais de nombreuses fêtes encore, dans la tranquillité du cœur retrouvée et les drapeaux de la paix flottant au-dessus du Liban, de la région et du monde."
 

 
A Noël, si l'espérance m'était contée...
 
par RAYMOND GRAVEL, publié dans le Devoir le 24 décembre 2005
 
L'auteur est prêtre, curé de la paroisse Saint-Joachim-de-la-Plaine et aumônier de la Fraternité des policiers de Laval

Encore une fois, cette année, la droite religieuse américaine part en guerre contre ceux et celles qui voudraient vider de son contenu religieux la fête de Noël. Les disciples ou plutôt les croisés de George W. Bush dénoncent les responsables de cette situation en les accusant de vouloir éliminer la religion dans un pays qui se dit pourtant chrétien à 85 % de sa population.

Mais veut-on réellement éliminer le caractère chrétien de la fête de Noël ? Ne cherche-t-on pas plutôt à dénoncer le conservatisme fanatique religieux à la Bush qui s'oppose au progressisme de certains gouvernements, en matière de liberté sociale et religieuse, concernant l'avortement, l'euthanasie et le mariage homosexuel ? Dans pareil cas, il faudrait se demander qui sont les premiers responsables de l'élimination de toute référence religieuse dans la société américaine ? Les hommes et les femmes des Etats-Unis ou d'ici n'en ont pas contre la foi chrétienne; ils en ont contre ces gourous, ces ayatollahs, ces dictateurs religieux dont les discours n'ont plus d'écho que la voix qui les profère, comme si la religion ne pouvait suivre le courant de libération qui circule partout sur la planète. Peut-on encore parler d'espérance ?

Une foi réservée à l'élite ?

Si l'espérance est la foi à son meilleur, comme le disait si bien Charles Péguy, serait-elle réservée à des élites, aux légalistes et aux conformistes des grandes religions ? Si c'est le cas, l'espérance n'est plus nécessaire, car à quoi ça sert d'espérer lorsqu'on possède la vérité sur Dieu et qu'on a la certitude que tout a été dit et qu'il n'y a plus rien à attendre. Mais que reste-t-il pour les autres ? Ceux qui ne se retrouvent pas dans les grandes traditions religieuses ? Ceux qu'on marginalise à cause de leur orientation homosexuelle ? Ceux à qui on refuse l'eucharistie à cause d'un échec matrimonial ? Ceux qu'on exclut parce qu'ils osent dénoncer l'attitude de leurs dirigeants et défier l'autorité de leur Eglise ? Ceux qui souffrent dans leur corps, qui n'ont plus aucune qualité de vie, mais à qui on refuse la mort qui pourrait pourtant, dans la foi, leur permettre de retrouver leur dignité humaine ? Y a-t-il pour ceux-là une possibilité de croire et d'espérer ?

A l'origine de la fête de Noël, les chrétiens du IVe siècle, en récupérant la fête de la lumière "Natalis Solis invecti" ou "fête du soleil renaissant", célébrée dans l'Empire romain à l'occasion du solstice d'hiver, ont voulu signifier que Dieu s'humanise dans la naissance du Christ ressuscité, lumière du monde, et qu'il renaît sans cesse à travers les chrétiens de tous les temps. C'est pourquoi Noël ne peut être figé dans le temps ; c'est la renaissance de la lumière à travers les chrétiens que nous sommes. Si nous refusons de reconnaître la lumière dans les réalités nouvelles qui sont les nôtres, comment peut-on célébrer Noël cette année, en y conservant son caractère religieux et chrétien ? Noël, c'est plus que des mots à connotation religieuse : "Nativité", "Christmas", "Natale", "Navidad" ; c'est plus que des expressions : "Joyeux Noël", "Merry Christmas", "Buon Natale", "Feliz Navidad" ; c'est plus qu'un sapin, qu'une couronne ou qu'un cantique de Noël... Noël, c'est Dieu qui s'humanise aujourd'hui pour nous libérer et nous faire espérer.

 

Toujours vivant

Le Christ est toujours vivant; c'est Pâques qui nous le dit. Il est là au milieu de nous. Il n'en tient qu'à nous de le reconnaître et de le rencontrer. Et pour le rencontrer, il faut aller aux endroits qu'il aime fréquenter. Il n'aime pas les églises et les cathédrales ; il a en horreur les palais et les châteaux. Il préfère les taudis, les prisons, les hôpitaux ; il se promène dans les rues de nos villes, il s'arrête dans les quartiers défavorisés, il fait une halte chez les pauvres. C'est là qu'il nous attend pour nous toucher le coeur. Il habite les personnes dans ces lieux où se vivent l'entraide, le partage, le pardon, la communion et l'amour. Il nous le dit clairement : "A chaque fois que vous avez nourri, donné à boire, visité, soigné, libéré, soulagé un petit parmi mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25,40). 

A l'occasion de Noël, je nous invite à l'ouverture, à la transparence, à la tolérance, à la reconnaissance et à l'espérance. Parler d'espérance aujourd'hui, c'est d'abord reconnaître que le Christ est toujours vivant au coeur du monde, dans sa diversité, que Dieu continue de se révéler dans l'histoire humaine avec ses réalités contemporaines et que sa Parole nous libère du joug et des fardeaux que les religions ne cessent de nous imposer. De la naissance à la mort, les croyants d'aujourd'hui, dans leurs situations particulières, dans leurs réalités quotidiennes, ont besoin d'une parole de réconfort, une parole qui les stimule, qui les interpelle, une parole qui libère et qui fait espérer. Si l'espérance m'était contée, il ne me viendrait jamais à l'idée de faire disparaître la fête de Noël !

Joyeux Noël 2005 !

 


 

Message de Noël du patriarche melkite grec-catholique Grégoire III
 
"L’Eglise des Arabes fait face à un complot visant à vider l’Orient de ses chrétiens"
 
publié dans l'Orient-le Jour le 20 décembre 2005
 
Dans son message de Noël, le patriarche grec-catholique, Grégoire Lahham, a mis en garde contre un complot ourdi contre "l’Eglise des Arabes", un complot visant à "vider l’Orient de ses chrétiens". "Nous devons prendre conscience que notre Eglise est arabe", a dit Grégoire III. "Nous sommes l’Eglise des Arabes et l’Eglise de l’Islam du fait de nos liens étroits avec le monde arabe et islamique, sa culture, sa civilisation, ses valeurs politiques et sociales et tous les aspects de sa vie au cours de ces 1.400 ans passés."

"Nous tous, musulmans et chrétiens en particulier, faisons face à un complot effroyable que nous devons savoir déjouer", a poursuivi le patriarche. Un complot visant à vider l’Orient de ses chrétiens, afin de mieux porter atteinte à l’Orient et à l’Occident, aux chrétiens et aux musulmans. "Oui, nous avons une mission spéciale, a insisté le patriarche Grégoire III, celle de résister à ce grand complot. Nous devons nous aimer les uns les autres, nous devons nous entraider, le chrétien doit défendre le musulman et le musulman le chrétien ; le chrétien doit apparaître sous son jour le plus beau et le musulman aussi. Nous devons pouvoir dire au monde : la solution, c’est notre foi de chrétiens et de musulmans (…) Si nous réussissons, nous aurons obtenu une grande victoire et nous serons un modèle pour le monde entier." Sur un autre plan, le patriarche Grégoire III a appelé son Eglise à une fidélité exemplaire au patrimoine antiochien. "On ne donne que ce que l’on possède", a-t-il dit, résumant l’obligation de fidélité de l’Eglise melkite à son patrimoine oriental.
 

 
Préserver nos racines
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 24 décembre 2005
 
Au sein de sociétés qui deviennent toujours plus multiculturelles, la question de l'identité religieuse se pose avec une force nouvelle. Depuis son élection, le pape Benoît XVI a eu l'occasion de répéter à plusieurs reprises que l'Europe souffrait d'une étrange haine de soi, qui la pousse à renier sa culture et ses valeurs chrétiennes. La foi étant reléguée dans la sphère privée, les Eglises ne semblent plus aujourd'hui porteuses d'histoire. Elles sont devenues des pourvoyeuses d'actes symboliques, qu'on utilise pour marquer certaines étapes de la vie. Certains prophètes voient se profiler à l'horizon les derniers soubresauts d'une religion qui a fondé notre civilisation.
 
L'héritage chrétien, auquel la Constitution européenne ne fait pas référence, peut-il perdurer au sein de sociétés profondément sécularisées ? Le christianisme est aujourd'hui mal aimé. On a pris l'habitude de mettre toutes les religions dans le même sac. On s'empresse de les confondre avec les manifestations violentes et imbéciles de groupes qui prétendent détenir la vérité. On applaudit aux discours haineux de soi-disant philosophes athées. En un mot, on en a peur. Mais regardons la réalité en face : jamais les Eglises n'ont eu aussi peu de pouvoir sur les consciences qu'aujourd'hui. Du moins en Occident. Dès lors, nos craintes relèvent surtout du fantasme.

Dans un contexte aussi tourmenté, une solide culture religieuse peut être un atout. Précisément pour combattre la bêtise, l'une des filles de l'ignorance, et pour ne pas laisser le monopole de la religion aux fanatiques. Assurer la transmission du christianisme aux futures générations deviendra peut-être un jour une nécessité. Non pas pour endoctriner les masses, mais pour savoir d'où nous venons. Et, partant, pour mieux accepter l'Autre. Cette transmission, plus culturelle et éthique que religieuse, est déjà en route. Qu'ils soient agnostiques ou athées, nombreux sont les parents qui enseignent le christianisme à leurs enfants, comme vous le découvrirez dans les pages qui suivent. Parce qu'ils sont conscients qu'ils ne peuvent déposséder leurs enfants des racines de notre civilisation sans léser leur avenir.
 

 
Jésus, l' "intrus" universel
 
par BRUNO FRAPPAT, publié dans la Croix le 23 décembre 2005

"Pour notre couple, un enfant serait un intrus." Ainsi témoignait une femme, la semaine dernière, dans une enquête du Monde 2 sur le thème "ils sont heureux sans enfant". Au-delà du cas particulier, qui n’appelle pas de commentaire, et encore moins de jugement, peut-on lire dans l’idée d’enfant-menace un des traits de notre temps ? Est-ce un signe d’époque, cette idée que le bonheur serait dans une fusion se privant elle-même de lendemains ? Dans cette suffisance du présent ? Ou faut-il relativiser, sachant que, de tout temps, des natalités ont été présentées par certains comme des calamités, et que, même, des déviances "religieuses" furent fondées sur le refus de donner la vie ? A la veille de Noël, au moment de célébrer l’arrivée d’un bout d’homme né il y a deux mille ans dans l’Orient qui nous légua le monothéisme, donnant sens à l’histoire humaine, comment ne pas voir dans Jésus, pour jamais, une sorte d’ "intrus" universel ? Comme un dérangeur de nos conforts, comme le perturbateur de nos habitudes, comme l’empêcheur voué, par les conditions de son apparition, la pauvreté de l’accueil qu’on lui fit, et la suite de sa vie (et de sa mort), le messager d’une révolution de toute vie ? Oui, cette intrusion, sur terre, d’un bébé vagissant, menacé, ballotté, avec ses parents, par les tourments d’une histoire déjà chaotique, était appelée à nous secouer durablement.

 

Et l’intrusion continue de plus belle ! Parmi les folies de l’actualité de notre début de millénaire, les fièvres, le remue-ménage incessant des médiocres intérêts, des querelles, des guerres, des compétitions, des fausses divinités, de l’hédonisme myope, de la sottise chamarrée, de l’opulence, de l’injustice, du bruit, du toc, de la violence individuelle ou d’Etat, cette intrusion est d’une incroyable nécessité. Il se produit chaque jour, sur la planète, des millions de naissances. Chacune est un événement minuscule mais de portée universelle. Elles traduisent toutes la force de la vie, l’entraînement à perpétuer le relais de l’existence humaine et, surtout, à renouveler constamment l’idée que tout est possible. Car, devant un bébé palpitant qui s’ébroue aux premières lumières, devant la fragilité de son corps, devant la dépendance qui est d’abord la sienne, s’ouvrent les mille et un chemins de son avenir indécis. C’est, toujours, une naissance, la réanimation des perspectives, le premier moment d’un futur, la réactivation de l’espérance. Une naissance, cet événement inaugural, est un moment où chacun de nous se remémore inconsciemment les conditions de sa propre apparition sur terre et de ce cadeau qu’est la vie, si âpres en soient ultérieurement les étapes à franchir.

 

Nul n’est jamais à l’abri d’un oubli d’anniversaire. Il nous arrive à tous d’avoir "oublié de noter" qu’il aurait fallu, la veille, fêter tel ou telle de nos proches. On a le sentiment que la marchandisation de Noël, l’englobement de cette date du 25 décembre dans le fourre-tout plus neutre (plus "républicain", plus "laïque" ?) de la formule "période des fêtes", visent à faire oublier ce que l’on célèbre au solstice d’hiver : l’apparition d’une petite lumière qui va grandir, d’une vague loupiote dans la nuit de l’Orient, d’un petit cri humain dans l’obscurité du non-sens. Un cri déjà plein de significations, qui veut dire : vive la vie, vive la vie qui va vaincre la mort, comme la suite le démontrera. Alors, décidément, bienvenue à l’intrus de Noël ! Bienvenue à cette "intrusion", survenue lors d’une nuit antique qui ressemble à nos nuits. Elle donnera sens à tous nos jours, et aux jours de ceux qui viendront après nous. Aucun d’entre nous ne peut concevoir qu’il aurait pu ne pas exister, dès lors que nous sommes là. Notre vie a la force de l’évidence. Celle de l’ "intrus" de Bethléem n’est pas affaire de commémoration. Elle est l’aube de tous les matins.

 


 

Bethléem devient "une grande prison" (Patriarche Latin)

 

paru dans la Croix le 21 décembre 2005

 

Le Patriarche Latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, a accusé mercredi Israël de transformer en "grande prison" Bethléem, la ville natale du Christ selon les Evangiles, en édifant sa barrière de séparation en Cisjordanie. S'exprimant à l'occasion d'une traditionnelle conférence de presse avant les fêtes de la Nativité, il a aussi appelé dirigeants israéliens et palestiniens à mettre un terme aux effusions de sang. Des milliers de pèlerins sont attendus à Bethléem, où Mgr Sabbah, qui est Palestinien, conduira la traditionnelle messe de Noël. L'économie de cette petite ville, surtout vouée au tourisme, a beaucoup souffert depuis le déclenchement de l'Intifada en septembre 2000. La barrière de séparation qu'Israël édifie en Cisjordanie pour empêcher des infiltrations de kamikazes palestiniens sur son sol a en outre isolé les habitants de Bethléem de Jérusalem, situé à moins de dix kilomètres, où nombre d'entre eux étaient jadis employés.

 

"A présent, Bethléem est une grande prison", a déclaré Mgr Sabbah. "Il est anormal que des gens vivent en prison. Cela a des répercussions sur la vie économique et sociale des habitants de Bethléem", a-t-il ajouté. "Il faut mettre un terme aux souffrances trop longtemps connues sur cette terre", a encore dit Mgr Sabbah. "Nous espérons que les dirigeants prendront enfin les décisions qui s'imposent et déploieront les efforts requis pour réaliser ce qui aurait dû être accompli il y a très longtemps : la paix et la justice pour les deux peuples (israélien et palestinien) coexistant pacifiquement en bons voisins", a-t-il conclu.

 


 

Salut, l’ancêtre !
 
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 24 décembre 2005
 
Le dinosaure souriant et replet de la mondialisation c’est incontestablement lui, et pas seulement à cause de sa longue barbe blanche. Depuis bien longtemps, le Père Noël a transcendé les cultures et les croyances, promenant tous les ans son attelage de rennes aux quatre coins de la planète. Le sapin chargé d’étoiles et de boules rouges ou dorées a fait son entrée dans les foyers les plus divers ; et par-delà les querelles des hommes, c’est une même, belle et innocente enfance qui s’apprête à accueillir, le cœur battant, la manne de présents qu’apporte, dans sa hotte, le sémillant vieillard. On ne sait trop où et comment a débuté la belle histoire, mais j’aime à croire que c’est au Liban, pays de coexistence et d’échanges : ce qui en fait précisément, hélas, la cible de prédilection des manipulations et subversions étrangères. C’est ici-même en effet que se marient librement le tintement des cloches et le chant du muezzin, que les familles partagent aussi bien un iftar de Ramadan qu’un repas de Noël ou de Pâques. Prends donc un peu de ma bûche et donne-moi de ton kellaj, c’est magnifique. Mieux, c’est contagieux.

Dans notre édition de mercredi, on pouvait découvrir la frénésie de célébrations, de décorations et d’achats qui s’est emparée ces jours-ci de la cosmopolite et stupéfiante cité de Dubaï. Côtoyant les skieurs sur les blancheurs glaciales s’étalant sous une immense verrière en plein désert, pingouins mécaniques et sapins illuminés viennent d’inaugurer en réalité une festive tradition. Au centre culturel d’Abou Dhabi, vient d’être donnée - du jamais vu - une pièce d’inspiration catholique, et les émirats du Qatar et du Koweït font actuellement bâtir des églises, au risque de mécontenter parfois certaines âmes chagrines. Par une amère ironie, c’est chez nous cette fois que le Père Noël rase les murs car le cœur n’y est pas, même si les enfants, rois de la fête, ne peuvent seulement s’en douter. Après les voitures ou convois des hommes libres, c’est le traîneau de la fête que l’on a en quelque sorte piégé : pour faire expier aux Libanais le printemps de Beyrouth, c’est un Noël de tristesse, de deuil et d’anxiété que se seront acharnées à leur réserver les forces du mal en effet. Un Noël de guerre, pour tout dire : guerre politique, menée tantôt à découvert et tantôt par procuration ; guerre terroriste, plus sale encore que la militaire, et dont la dernière victime en date était le député et journaliste Gebran Tuéni ; guerre économique, comme en témoignent tous ces magasins illuminés mais déserts ; guerre psychologique enfin, peut-être la plus vicieuse de toutes car pour les peuples, c’est une forme de mort qu’est le désespoir.

Pour toutes ces raisons, et loin de toute considération proprement religieuse, la joie perdue, l’allégresse que nous ont volée les criminels ne doit pas faire oublier la symbolique de la Nativité. Car à plus d’un titre, c’est un Liban nouveau qu’a vu naître l’année qui s’achève : un Liban arraisonné, avalé, en voie d’être digéré et qui a miraculeusement retrouvé, en même temps que son identité et son âme, sa place dans le concert des nations. Comme le veut une cruelle nature, cet enfantement s’est fait dans la douleur, même si est venue se mêler à celle-ci l’exaltation de l’indépendance. Et il continue de se faire dans la douleur, car les bonnes fées ne sont pas seules à entourer le berceau. Reste la réconfortante constatation qu’un processus absolument irréversible a été enclenché, même si de nouvelles tragédies peuvent encore endeuiller les Libanais. Après tout, les pays ne peuvent être assassinés deux fois. C’est ce message que nous laissent ceux qui ont héroïquement payé le prix exorbitant de la liberté.
 

 
Port-Saint-Nicolas.org fête ses dix ans
 
 
par GUILLAUME BAROU, publié dans la Croix le 26 décembre 2005
 
Ce sont les plus vieux matelots catholiques du Web français. Il y a dix ans, Jim Wanderscheid et le P. Philippe Louveau créent, «à deux, comme ça», un site Internet catholique : le premier en France. Port-Saint-Nicolas, "lieu ecclésial d’information, de réflexion et de stimulation pastorale", est aujourd’hui une référence de l’Internet catholique francophone, sans publicité, indépendant, sérieux et drôle ; 300.000 pages du site sont visitées chaque mois, un score toujours en augmentation. "Il y a eu un creux en août et depuis, ça a bien repris, précise Jim Wanderscheid. On ne fait pas de grandes stratégies pour toucher plus de personnes, on laisse aller le système là où il veut : il y a le guidage de l’Esprit-Saint là-dedans", conclut le webmestre.

L’aventure débute un peu par hasard. "Dans les années 1990, je travaillais déjà sur Internet pour une entreprise américaine, et je participais bénévolement à la restauration d’une église", raconte Jim Wanderscheid. Avec le P. Philippe Louveau, alors curé de la paroisse Saint-Nicolas de La Queue-en-Brie (Val-de-Marne), il publie les photos de ses travaux sur Internet. "En blaguant, nous nous étions dit que de généreux mécènes pourraient envoyer des chèques en dollars…", note le prêtre qui propose rapidement de transformer le compte-rendu en site d’Eglise : celui de la paroisse. Jim Wanderscheid y publie régulièrement des textes du P. Louveau, distribués jusque-là sous formes de polycopiés. "J’étais aumônier des jeunes et j’espérais - j’espère toujours - avoir un petit charisme de vulgarisateur, explique le prêtre. Et cet exercice stimulant m’obligeait à respecter des échéances." Rapidement, l’équipe se rend compte que l’ancrage local est un peu fictif. 

"Greffer beaucoup de choses autour de la mer, dans la religion"

 

"Au début de l’année 1997, le conseil paroissial a dit : “Arrêtez de nous casser les pieds avec Internet, ça ne marchera jamais”, se souvient Jim Wanderscheid. Une mauvaise prévision de l’avenir du Web, mais qui amorce l’autonomie du site, rebaptisé Port-Saint-Nicolas (PSN) pour garder les mêmes initiales, et parce que, selon le webmestre, "on peut greffer beaucoup de choses autour de la mer, dans la religion". Le site, dont l’aspect graphique vient d’être renouvelé, n’a depuis cessé de s’enrichir, de compter de nouveaux auteurs, pour constituer la large base de données, unique et gratuite, qui lui a valu sa réputation.

Métaphore portuaire, PSN comprend notamment un phare (la Bible et l’exégèse), une église (la théologie et l’histoire de l’Eglise), une plage (les questions de société) ou encore un chantier naval (l’atelier liturgique)… Dans ces catégories, les textes des membres de l’équipe côtoient un large panel de contributions extérieures, et une bonne palette de liens vers d’autres sites. L’équipe de cinq personnes - Olivier Jullien de Pommerol, Philippe Giron et Catherine Priester, en plus des fondateurs -, aujourd’hui, répartie partout en France et jusqu’au Luxembourg, vote démocratiquement les décisions importantes. Elle s’affirme "clairement Vatican II". "On n’est pas trop nouvelles spiritualités, précise Jim Wanderscheid. D’ailleurs, si elles déraillent un peu trop, on n’hésite pas à faire de l’humour dessus…" Le P. Louveau compare le site à la revue animalière La Hulotte : "Très sérieux quant au contenu, mais qui ne se prend pas au sérieux sur la forme. Artisanal, et fermement attaché à la gratuité. On voudrait contribuer à donner une image de l’Eglise pas trop coincée, pas trop identitaire et pas trop “voix de son maître”."

 

Internet, "un formidable moyen d’évangélisation"

 

Un tel engagement exige du temps. "Nous recevons énormément de questions, tous azimuts, confie le P. Louveau. Au départ, je me suis dit que j’allais sauvegarder une journée par semaine pour cela, mais je n’ai jamais réussi. On ne promet rien, mais pour répondre, quand on sent une vraie détresse, on se met en quatre." Jim loue lui aussi en Internet, "un formidable moyen d’évangélisation permettant à des gens en marge de l’Eglise d’envoyer des tonnes de questions qu’ils n’osent pas poser aux prêtres". Mais celui qui est également responsable des systèmes Internet de la ville de Luxembourg, consultant technique du diocèse et concepteur d’autres sites, pour les jésuites ou la JEC, croule lui aussi sous les engagements…Le P. Louveau regrette que le manque de temps conduise à "travailler dans l’urgence". Il pointe également deux faiblesses du site : l’absence de journaliste et, par conséquent, la difficulté d’établir des liens avec l’actualité. Pendant un temps, PSN était partenaire de Chrétiens-Médias et de la Conférence des évêques de France, mais ces structures ont depuis compris la nécessité de se doter de leurs propres sites.

Sans label, Port-Saint-Nicolas écrit sa petite musique, parfois impertinente en toute indépendance. Si les textes du P. Louveau, notamment, ont toujours été relus par ses évêques successifs, ils ne lui ont jamais fait de remarque. "C’est une manière de montrer que nous ne sommes pas farfelus. L’image de l’Eglise que l’on donne est aussi valable que d’autres", insiste le prêtre du Port. "Notre seule légitimité, c’est le baptême", résume Jim Wanderscheid. Quel avenir pour ce navire ? "Nous naviguons à vue, tranche le P. Louveau. Pas mandatés, sans promesse de fidélité jusqu’à la fin de nos jours, nous sommes très libres." Il y a quelques semaines, pour la première fois, toute l’équipe qui ne communique que par mail, s’est retrouvée à l’abbaye de La Pierre-qui-Vire (Yonne). Un moment "fort et symbolique", raconte le P. Louveau. Tant que l’enthousiasme scelle les liens de cette bande de copains, la traversée continue.
 

 
2005, la laïcité à la française en question
 
par DANIEL VERNET, publié dans le Monde du 28 décembre 2005
 
Nos voisins proches ou lointains ne se seraient pas beaucoup intéressés au centenaire de la loi portant séparation de l'Eglise et de l'Etat si l'anniversaire n'avait coïncidé avec la révolte des banlieues. La concomitance des deux événements a attiré l'attention sur l'idée de laïcité, et par voie de conséquence sur le concept d'intégration à la française. Les autorités de la République ont mandé la presse étrangère à Paris pour lui expliquer que la spécificité du "modèle" français n'était pour rien dans la colère des jeunes issus de l'immigration - et d'ailleurs qu'il ne fallait pas en exagérer l'ampleur. Ce qui n'a pas dissuadé le magazine allemand Der Spiegel, dans sa revue de fin d'année, de dresser un tableau apocalyptique : "Les dogmes de la laïcité et de la politique d'intégration ont été poussés jusqu'à l'absurde (...). Ainsi depuis plus de trente ans se rassemble dans les tristes cités-dortoirs des métropoles françaises une population étrangère ou dépossédée de son identité, marginalisée, défavorisée, victime de discrimination et sans aucune chance de formation."
 
Les représentants de la République à l'extérieur ont organisé des colloques, des discussions publiques, des séminaires, pour tenter de faire comprendre la situation française et la comparer avec les problèmes rencontrés par les autres pays occidentaux développés. Que ce soit à la Maison Descartes d'Amsterdam, à l'Institut franco-allemand de Genshagen près de Berlin ou à l'Institut français de Stuttgart, pour ne citer que quelques exemples, les conclusions ont été toujours les mêmes : d'abord, la laïcité à la française est certes très spécifique mais nous aurions tort de penser qu'elle est la seule manière de pratiquer la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Sous des formes différentes, celle-ci existe dans la plupart des pays européens et également aux Etats-Unis, même si elle a plus pour fonction de protéger les religions contre l'Etat que, à l'instar de la loi de 1905 en France, l'Etat contre les religions. Dans les pays où existe une religion d'Etat, comme en Grande-Bretagne, le principe de tolérance garantit la liberté de pensée et la liberté de religion, y compris la liberté de ne pas en avoir.

 

Deuxièmement, le concept de "citoyens libres et égaux", qui ne connaît de différences ni de religion, ni de race, ni de classe, n'est plus opérationnel dans une société multiculturelle. Or, comme l'écrit justement Renate Künast, la coprésidente des Verts allemands, "la société multiculturelle n'est pas une revendication, c'est un fait". Toutefois le communautarisme qu'on oppose souvent à l'idée de la République française une et indivisible, a également échoué à assurer l'intégration, voire la simple cohabitation paisible des populations d'origine locale et des "allochtones", pour employer la terminologie néerlandaise. L'assassinat, en 2004, du cinéaste Theo van Gogh a provoqué un dur réveil aux Pays-Bas, si fiers de leur manière de traiter leurs minorités. Inutile de rappeler les émeutes raciales qui secouent périodiquement les banlieues des grandes villes britanniques. En Allemagne, la présence d'une forte communauté turque ne semble pas créer de grosses tensions mais les sociologues constatent l'émergence d'une société parallèle où il n'est pas rare que les femmes soient victimes de "crimes d'honneur".

 

Une leçon peut être tirée de ce rapide échange d'expériences : personne ne possède la recette miracle de l'intégration, et il est temps, au moins pour les Européens qui affrontent des problèmes comparables, de chercher ensemble des solutions. En tenant compte de la réalité du multiculturalisme, mais sans avoir peur d'affirmer que les sociétés démocratiques sont porteuses de valeurs universelles transcendant les différences culturelles. Elles ne les respectent pas toujours ? Raison de plus pour défendre ces valeurs.

 


 
Les religions face aux banlieues

Dans les banlieues, les représentants de l'islam font figure d'interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics face aux violences
 
reportage de SOLENN DE ROYER, publié dans la Croix le 6 novembre 2005

Ils crient "Allah Akbar" (Dieu est grand) au pied des barres HLM de la cité, et appellent leurs "frères" au calme. Depuis le début des violences urbaines qui ont embrasé Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), puis plusieurs quartiers sensibles de France, les représentants de l’islam jouent et revendiquent un rôle central de médiation et de maintien de l’ordre. Plusieurs dizaines de "frères" musulmans, jeunes croyants portant barbe et tenue traditionnelle, se sont mobilisés aussi. "L’islam est une religion de paix et notre rôle est d’appeler les jeunes au calme, explique Larbi Chouaib, président de la Fédération des musulmans de Clichy-Montfermeil, qui regroupe les huit associations musulmanes de Clichy-sous-Bois. Nous avons été les premiers sur le terrain et nous avons pris les choses en main et prouvé notre efficacité."


Dès le lendemain de la première nuit d’émeute, en effet, la mosquée de la rue Maurice-Audin, à Clichy-sous-Bois, s’est mobilisée. L’imam Meskine Dhaou a lancé un appel au calme pendant la prière du vendredi. Les fidèles, répartis par petits groupes, sont ensuite partis parler aux jeunes. "On leur a demandé de rentrer chez eux et de ne pas faire de mal", explique le président de l’association culturelle de Clichy, Mohamed Bellahcene, qui a lui-même traversé les cordons des CRS pour tenter de raisonner les émeutiers. "Des ‘‘frères’’ ont également été recrutés par l’intermédiaire de la mosquée Bilal, située derrière les halles du marché, au pied des barres HLM délabrées du haut de Clichy. Ce sont également les représentants de l’islam local qui ont organisé samedi 29 octobre la marche silencieuse à la mémoire des deux jeunes morts électrocutés dans le transformateur EDF. Marche à laquelle s’est joint le maire de Clichy, Claude Dilain (PS). La Fédération des musulmans de Clichy-Montfermeil, qui s’est posée comme interlocuteur des pouvoirs publics dès le lendemain des premières émeutes, a également tenu à rencontrer les familles de Ziad et Bouna pour leur proposer ‘‘un soutien moral et matériel’’." Et les inviter à la mosquée. La Fédération a en outre facilité les démarches avec les autorités tunisiennes pour le rapatriement du corps de Ziad dans son pays d’origine.


De son côté, la mairie n’a pu mobiliser qu’ "une dizaine" de travailleurs sociaux depuis le début des violences. Les onze éducateurs de rue d’Arrimages, association de prévention affiliée au conseil général de Seine-Saint-Denis, étaient également présents sur le terrain dès le vendredi soir. A la mairie de Clichy, on se félicite de "cette synergie entre toutes les bonnes volontés", tout en reconnaissant que le rôle des responsables et fidèles musulmans a été "essentiel". "Ils ont aidé à apaiser les esprits, note Olivier Klein, premier adjoint au maire, chargé de la jeunesse et de la politique de la ville. De toute évidence, certains d’entre eux sont très religieux, mais ça ne nous regarde pas." Educateur sportif à la mairie de Clichy, Samir explique qu’ici "tout le monde respecte la religion, même si tous les Clichois ne sont pas musulmans". "Les jeunes nous écoutent", assure l’imam Meskine Dahou, fondateur de la première école privée musulmane à Aubervilliers. "Ils jugent les actes et ne croient plus aux beaux discours." Pour Mohamed Bellahcene, les jeunes de Clichy "ont confiance dans le comportement et la sagesse" des "frères", qui "savent trouver les mots" pour leur parler.

 

"Les politiques ont été incapables de condamner l'attaque de la mosquée !"

 

Au pied des barres HLM et à quelques mètres de la mosquée Bilal, dans les allées du marché où se vendent fruits et légumes, mais aussi livres et cassettes religieux, le jeune Medhi, 17 ans, confirme. "On écoute les ‘‘frères’’ car ils disent la vérité », indique l’adolescent, qui "ne croit plus les hommes politiques". "Regardez !, poursuit Medhi, les politiques ont été incapables de condamner l’attaque de la mosquée !" Ces "frères" musulmans, qui se sont improvisés médiateurs, Karim les connaît bien. Eux aussi ont grandi à Clichy. "On les a connus sans barbe, raconte le jeune homme de 21 ans, originaire du quartier du Chêne pointu. Certains sont d’anciens voyous qui se sont convertis en prison. D’autres ont toujours grandi dans la religion." Karim explique que les frères mus’, comme on les appelle dans le quartier, ont l’habitude d’aller parler aux jeunes pour battre "le rappel". "Ils viennent nous voir très souvent pour nous faire la morale, sourit Karim, qui confie avoir participé aux premières nuits d’émeute. Ils sont sympas. Ils veulent juste nous ramener dans le droit chemin." Karim dit qu’il n’est pas pratiquant "à 100 %" mais qu’il a "du respect" pour eux, "c’est clair".

Le soir où des gaz lacrymogènes ont envahi la mosquée Bilal - geste unanimement attribué par les Clichois aux policiers -, Karim a cru que "la situation allait vraiment dégénérer". Parce qu’il a vu des médiateurs et des frères musulmans manifester leur colère. Parce ce qu’il s’est dit : "Si eux aussi s’y mettent, c’est fini. C’est toute la France qui va brûler." Et puis, «les frères se sont calmés, poursuit-il. Ce sont de vrais musulmans, ils ne peuvent pas montrer le mauvais exemple. Mais dans leurs appels au calme, on les sentait parfois un peu contraints. Car eux aussi ont la rage. Ils se sont sentis attaqués en tant que musulmans." Pour Karim, si beaucoup de "frères mus’ " sont "sincères", quand ils rappellent à l’ordre, d’autres "cherchent avant tout à donner une meilleure image des barbus devant les caméras".

Tous, de fait, ne voient pas cette implication des associations musulmanes et des "frères" d’un très bon œil. Les uns redoutent que ces derniers cherchent par la suite à remplir une mission durable de médiation et de maintien de l’ordre dans les quartiers. Les autres voient dans le rôle joué par les représentants de l’islam local, devenus les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics, une faillite de la République, qui aurait perdu tout son crédit au profit des religieux.

"Les jeunes ne nous écoutent plus"

 

"Les jeunes ne nous écoutent plus, s’inquiète ainsi un éducateur social de Seine-Saint-Denis, qui souhaite rester anonyme. Nous sommes vus comme des types qui travaillent avec la mairie. Or, les jeunes ont la haine des institutions." Pour cet éducateur issu de l’immigration maghrébine, la perte de crédibilité des travailleurs sociaux dans les quartiers difficiles vient "des belles paroles jamais concrétisées". "Cela fait dix ans que je dis aux jeunes qu’il faut se battre, explique-t-il. Mais certains, à bac + 5, sont les seuls de leur promotion à ne pas trouver de travail. Comment voulez-vous que mon discours soit crédible ?" A contrario, poursuit l’éducateur, "certains prédicateurs musulmans viennent voir ces jeunes et leur disent : “Vous êtes rejetés car vous êtes musulmans’’. Ce discours leur redonne une identité, une dignité." Pour cet éducateur de banlieue, il est évident que certains "frères" qui ont joué aux médiateurs voudront "tirer bénéfice de leur action". En essayant notamment de "ramener des jeunes dans le droit chemin de l’islam".

Quoi qu’il en soit, tous à Clichy-sous-Bois s’accordent à dire que l’implication des associations musulmanes et des "frères" ont contribué à éviter le pire. "Ils en ont convaincu beaucoup, qui sont rentrés chez eux", témoigne encore Karim. L’islam "peut jouer un rôle de garant de la paix sociale", renchérissent de concert Mohamed Bellahcene et le curé de la paroisse de Clichy, le P. Jean Massin, qui se félicitent tous deux du "retour à la religion" de nombreux jeunes issus de l’immigration. "Cela évite qu’ils tombent dans la délinquance", argumentent les deux religieux. C’est aussi ce que pense l’adjoint au maire de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein : "Le lien social se crée autour de la mosquée. Dans certains quartiers, les mosquées ont désormais le rôle que les paroisses jouaient autrefois." Selon un responsable policier, "qu’on le regrette ou non, cela fait longtemps que les associations musulmanes sont devenues des interlocuteurs incontournables pour régler un tas de problèmes dans ces villes". A la mairie de Clichy, on veut croire qu’une fois les incidents terminés, "chacun retournera à sa place". Pour "jouer le rôle qui est le sien".
 

 
"Torah, Bible, Coran" : exposition à la BNF autour des "livres de Parole"
 
publié par l'AFP le 8 novembre 2005
 
La Bibliothèque nationale de France (BNF) propose à partir de mercredi une exposition autour des "livres de Parole" fondateurs des trois monothéismes, intitulée "Torah, Bible, Coran". L'exposition invite à "lire ou à relire" ces textes, à "réentendre et confronter bibles et corans, à saisir leur enchevêtrement particulier dans la profondeur de leurs filiations comme dans l'intensité de leurs ruptures". Elle entend "explorer une histoire vieille de 3.000 ans à travers les témoins privilégiés que constituent les livres".

 

Une centaine de documents sont exposés, parmi lesquels des fragments bibliques de la Mer morte, des bibles illustrées du Moyen Age, des bibles polyglottes, des calligraphies coraniques, des objets rituels, des images de piété. Une fresque historique et une carte géographique situent dans le temps et dans l'espace les contextes de naissance des trois monothéismes (christianisme, islam, judaïsme), leurs acteurs et les principaux événements qui permettent de préciser les grandes étapes de leurs textes fondateurs, Bible hébraïque, Nouveau Testament, Coran. L'exposition doit s'achever le 30 avril.  Rens.: www.bnf.fr

 


 
Les Frères musulmans, cauchemar copte

Les chrétiens d'Egypte s'inquiètent de leur percée aux législatives
 
par CLAUDE GUIBAL, publié dans Libération le 28 novembre 2005
 
Les résultats tombent, et Mariam est consternée. Pour cette copte d'Alexandrie, le résultat du vote de samedi, qui consacre encore un peu plus la percée des Frères musulmans au Parlement égyptien, est un cauchemar, mais pas vraiment une surprise. Dans son quartier populaire de Moharam Bey, le mois dernier, trois personnes sont mortes lors des plus violentes émeutes interconfessionnelles que l'Egypte ait connues depuis des années. Mariam et sa mère ont dû fuir leur domicile, tête cachée sous un voile. Leur voiture a été détruite. Le magasin d'un de leurs amis, saccagé. "En quinze ans, le pays a basculé dans l'islamisme. La religion est partout", raconte-t-elle, en énumérant les discriminations et les vexations auxquels les chrétiens d'Egypte font quotidiennement face. Dans ce contexte de religiosité exacerbée, le succès aux législatives des Frères musulmans ne surprend guère. Avec un minimum assuré de 75 sièges, ils deviennent les seuls indépendants à pouvoir concourir à la présidentielle. Intellectuels ou politiciens coptes ont sonné l'alarme.

Hier, le porte-parole de la confrérie se voulait rassurant. "Nous appellerons à un dialogue national. Nous pensons que l'injustice ressentie par les chrétiens est valable pour tous les Egyptiens", a assuré Essam al-Eryan, en ajoutant vouloir lutter "contre une culture du confessionnalisme". Une promesse peu convaincante de la part d'un mouvement qui a fait campagne sous le slogan "l'Islam est la solution". Très présents dans les quartiers populaires, où ils exploitent les failles de l'Etat en multipliant les dispensaires et centres sociaux, les Frères musulmans bénéficient également d'une large assise dans la petite bourgeoisie, d'où ses cadres sont généralement issus. L'indigence du reste de l'opposition et l'exaspération de la population envers le PND (Parti national démocratique) au pouvoir, jugé corrompu, n'ont fait qu'accroître la popularité de la confrérie. Néanmoins, compte tenu du nombre restreint de candidats qu'elle présente, elle ne devrait en rien concurrencer le PND dans la future assemblée, même si le dernier tiers du pays n'a pas encore voté.

 


 

Les chrétiens plus libres d’exercer leur culte dans les pays du Golfe, sauf en Arabie saoudite
 
Les EAU comptent huit églises pour environ 350.000 étrangers
 
par WISSAM KEYROUZ, publié dans l'Orient-le Jour le 24 décembre 2005
 
Les chrétiens sont plus libres d’exercer leur culte et de célébrer Noël dans la plupart des pays islamiques du Golfe, à l’exception de l’Arabie saoudite, où toute expression d’une foi autre que l’islam demeure prohibée, passible de prison et d’expulsion. Si le prosélytisme pour d’autres religions que l’islam reste interdit aux Emirats arabes unis (EAU), les autorités ont permis pour la première fois cette année la tenue d’une pièce de théâtre chrétienne dans un lieu public. Des chrétiens arabes expatriés peuvent ainsi assister, au théâtre du Centre culturel d’Abou Dhabi, à une représentation religieuse préparée par les jeunes de l’église catholique Saint-Joseph. "Nous sommes très heureux de pouvoir jouer cette pièce, inspirée de l’Evangile, sur une scène publique", a déclaré à l’AFP le père Nidal Abou Rjeili.
 
"Ali al-Hachémi, responsable des affaires juridiques et religieuses au cabinet du Premier ministre, a assisté à la pièce et prononcé une allocution axée sur la tolérance, l’amour du prochain, l’acceptation de l’autre et le dialogue entre les religions", a-t-il indiqué. "Regardez, c’est une nouvelle église pour nos frères coptes-orthodoxes (chrétiens d’Egypte), et derrière se trouve l’église évangélique", dit fièrement un fidèle en montrant un imposant bâtiment en construction près du centre culturel. "Les églises tiennent la messe le vendredi au lieu du dimanche pour permettre aux fidèles d’y participer", ajoute-t-il. Dimanche est un jour ouvrable dans les pays musulmans, où vendredi est le jour de congé officiel.

A Dubaï, des milliers de Philippins se sont rassemblés cette année pour une messe en plein air et pour écouter une chorale à l’occasion des fêtes de Noël. Au Qatar, la première pierre du premier complexe religieux chrétien du pays a été posée début décembre. "L’Etat a accordé un terrain de 95.000 m2 pour édifier six églises pour différentes communautés chrétiennes", a indiqué le directeur général du projet, Renato Casiraghi. Au Koweït, le gouvernement a récemment alloué deux grands terrains pour la construction de deux églises, suscitant la foudre d’un député islamiste. Walid Tabtabai a estimé que cette démarche était "illégale en vertu de la loi islamique", et affirmé que le pays comptait "une vingtaine d’églises, alors que les chrétiens koweïtiens sont moins d’une centaine". L’émirat compte huit églises pour 150 à 200 chrétiens koweïtiens, mais il abrite par ailleurs environ 350.000 chrétiens étrangers originaires pour la plupart d’Inde, des Philippines, d’Egypte, du Liban et de pays occidentaux.

En Arabie saoudite, qui applique rigoureusement le wahhabisme, une doctrine puritaine de l’islam née au XVIIIe siècle, les non-musulmans, des étrangers dans leur quasi-totalité, n’ont le droit de pratiquer leur foi qu’en privé, au risque d’être emprisonnés et expulsés. Le pays compte quelque 5 millions d’immigrés dont un certain nombre de confessions chrétiennes. Malgré l’interdiction, certains fidèle exercent leur foi dans des lieux de culte clandestins. "Nous nous réunissions dans une maison pour prier et lire la Bible dans le secret absolu. Nous évitions d’introduire tout livre religieux en Arabie, car toute personne arrêtée en possession d’un évangile ou d’un signe à caractère chrétien était jetée en prison ou expulsée", affirme un expatrié, ancien résident en Arabie saoudite, qui faisait partie d’un groupe de prière chrétien. Selon lui, les fêtes chrétiennes sont célébrées dans la plus stricte intimité ou dans l’enceinte des ambassades.
 

 
Vie et défi du dialogue islamo-chrétien
 
La déclaration du Concile "Nostra Aetate", qui fête ses quarante ans, a permis des avancées considérables dans le rapprochement islamo-chrétien. Mais les tentations de repli demeurent
 
par MARTINE DE SAUTO, publié dans la Croix le 27 octobre 2005
 
"Jamais les chrétiens n’ont été aussi nombreux à s’intéresser à l’islam et à se mettre à l’écoute des musulmans, constate le P. Jean-Marie Gaudeul, responsable du Secrétariat pour les relations avec l’islam de la Conférence épiscopale. Nostra ætate a déclenché un mouvement de rencontres. On pourrait détailler à l’infini les initiatives prises depuis quarante ans." Et de fait, depuis 1965, le dialogue islamo-chrétien a connu bien des réalisations positives. Des documents en ont précisé l’esprit, la méthode et la finalité. Des institutions ont été créées pour l’organiser. Ainsi, en Europe, presque chaque conférence épiscopale comporte un secrétariat spécialisé pour le dialogue interreligieux. Des structures et des associations ont également vu le jour, comme, en France, les Relais monde musulman, rattachés à la pastorale des migrants ; le Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC) ; les groupes de foyers islamo-chrétiens, et les groupes islamo-chrétiens locaux. Sans oublier le Groupe de recherches islamo-chrétien (GRIC) qui poursuit en Tunisie, au Maroc, à Paris, et à Bruxelles, un travail de réflexion approfondi.

 

Quarante ans d'échanges et de rencontres

 

Côté formation, des cursus ont été mis en place notamment dans les universités catholiques et des instituts de science et de théologie des religions. Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a par ailleurs instauré des partenariats avec les grandes instances représentatives musulmanes comme la Ligue et la Conférence mondiale islamique, ou le Comité permanent pour le dialogue avec les religions monothéistes de l’université islamique d’Al-Azhar au Caire. Des relations ont également été nouées entre les instituts catholiques et les facultés musulmanes d’Ankara et de Tunis.

Faut-il en conclure que le dialogue islamo-chrétien se porte bien ? Pas sûr. "La déclaration conciliaire Nostra ætate et les avancées qui ont suivi, confirmées à plusieurs reprises par Jean-Paul II, ont signifié l’orientation théologique et pastorale de l’Eglise catholique, sa volonté de dialogue avec tout homme", rappelle le P. Jean-Marc Aveline, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée. Mais, ajoute-t-il, "cet encouragement au dialogue interreligieux, qui repose sur de solides fondements théologiques, se heurte à des réticences de la part de chrétiens qui craignent qu’une telle attitude ne conduise au scepticisme ou à une forme de relativisme. En outre, il n’est pas rare que les croyants musulmans comprennent mal la nouvelle attitude des chrétiens qu’ils perçoivent comme un nouveau prosélytisme d’autant plus redoutable qu’il avance masqué."

 

Des chrétiens aujourd'hui plus frileux

 

Ce décalage entre les intuitions du Concile, les déclarations prophétiques de Jean-Paul II et la réalité du dialogue s’est agrandi depuis les attentats du 11 septembre 2001. Des chrétiens jusque-là ouverts, blessés par le repli des musulmans, le terrorisme islamiste et les persécutions dont sont victimes les chrétiens d’Orient, se montrent aujourd’hui plus frileux. En juillet dernier, l’envoi à des centaines de paroisses de France d’un livret de 24 pages provenant d’une association située à Creil, La vérité pour tous, suscitait également émoi et inquiétude. Ce texte, que l’on retrouve sur le site d’une librairie turque de tendance fondamentaliste (hakikat.com), reprend de manière agressive la classique polémique anti chrétienne. De nombreux livres et articles écrits par des chrétiens sur l’islam ont beau adopter le même ton offensif et charrier le même type de simplismes, ce texte a déclenché la colère et abouti à un surcroît de crispation.

"Actuellement, analyse le P. Gaudeul, en raison du mouvement islamiste et de ses dérives, de l’Irak et du conflit du Proche-Orient, mais aussi du flottement de sociétés devenues pluralistes, chacun se replie sur des positions identitaires. Dans les milieux catholiques, certains gobent le discours des médias qui ont tendance à donner une image globale de l’islam et à présenter l’islamisme comme consubstantiel à l’islam et aux musulmans." Evêque d’Ajaccio, délégué au comité "Dialogue avec les musulmans en Europe" du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, Mgr Jean-Luc Brunin fait le même constat. "Des progrès considérables ont été faits au niveau de relations entre les responsables de communautés, constate-t-il. Mais le dialogue est devenu une affaire de militants qui souvent se trouvent mis à distance, voire suspectés par leur communauté. Le défi est aujourd’hui de démocratiser le dialogue. Nous avons une destinée commune et des défis communs à relever."

 

"Le défi est de démocratiser le dialogue islamo-chrétien"

 

Dans ce contexte difficile, des chrétiens et des musulmans poursuivent pourtant un dialogue patient, souvent fondé sur l’expérience spirituelle, et continuent à parier sur ce qu’il y a de meilleure dans la foi de l’autre. Saïd Ali Koussay, président du GAIC, est de ceux-là. "Meurtri" par les actes terroristes, la lapidation de femmes au Nigeria, ou le témoignage de Rania Al Baz, présentatrice de la télévision saoudienne battue par son mari, il se sent souvent en porte-à-faux lorsqu’il parle de l’islam, mais se refuse à baisser les bras. Dans la dernière lettre du GAIC, il explique longuement, sous le titre "La différence est l’œuvre de Dieu", que les croyants ne peuvent porter témoignage à la Vérité telle qu’ils croient l’avoir perçue, "s’ils dénigrent les convictions des autres". Le P. Roger Michel, délégué du diocèse de Valence, se veut lui aussi résolument engagé et convaincu d’espérance. "Nostra ætate a tracé la voie, constate-t-il. Dans un contexte qui n’est pas favorable au dialogue, des chrétiens et des musulmans continuent de se reconnaître une vocation commune et de donner vie à des réalisations."

 

En quarante ans, la perception des musulmans a changé

Le P. Michel Guillaud, aumônier d’étudiants et délégué aux relations avec le monde musulman du diocèse de Lyon, se montre également confiant. Malgré les difficultés. "Il y a quarante ans, explique-t-il, le musulman, c’était le pauvre, celui qu’on allait soutenir, aider. Aujourd’hui, il est un croyant qui cherche sa voie pour être à la fois pleinement musulman et pleinement français, sans avoir de modèle ni de leader pour le guider. Parce que sa recherche va dans tous les sens, il fait parfois un peu peur à ses compagnons de route chrétiens." Le plus "douloureux" est pourtant ailleurs : "Les musulmans, dit-il, doivent faire le grand écart entre ce à quoi leur cœur aspire, et le discours de la théologie officielle musulmane qui laisse perplexe leurs interlocuteurs chrétiens." Les signes d’encouragement ? La nouvelle traduction du Coran, bilingue, avec cartes, index, notes en bas de page, et lexique, qui vient d’être éditée par les Editions Tawhid, proche de l’Union des jeunes musulmans de France.

 

La vie spirituelle, lieu privilégié de dialogue

 

"Ces jeunes, explique le P. Guillaud, ont mené un véritable travail de réflexion sur la manière dont un texte religieux doit être présenté. Ils ont regardé la Bible, ont fait des choix qui certes ne tiennent pas compte des plus récents travaux des penseurs de l’islam, mais par lesquels ils s’efforcent de conjuguer foi et raison. En mars, une journée d’étude sur le thème “Traduire le Coran, traduire les Evangiles” sera organisée avec eux à l’Université catholique de Lyon."

Sans gommer les aspérités et l’exigence du dialogue, le P. Christian Van Nispen, jésuite néerlandais, qui vit et travaille en Egypte depuis plus de quarante ans, invite, lui, à faire de la dimension spirituelle le terrain privilégié de la rencontre entre musulmans et chrétiens. Dans un contexte de "redoutable polarisation" entre christianisme et islam, entre Occident et monde de l’islam, "où les dimensions politiques, culturelles, religieuses sont confondues", vivre une "solidarité spirituelle englobant le tout de la vie" lui paraît "vital", "presque une question de vie et de mort". "Comme chrétien, explique-t-il, je dois me considérer concerné par ce qui concerne les musulmans et qu’ils finissent par faire partie de mon cadre d’appartenance sans que cela contredise ma foi chrétienne. Ce n’est pas facile à vivre sans illusions et sans peine, mais c’est une source de grande espérance."

 

Une compréhension mutuelle

Le paragraphe 3 de la Déclaration Nostra ætate concerne la religion musulmane :

"L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté."

En 1998, les évêques de France publiaient Catholiques et Musulmans, un chemin de rencontre et de dialogue. (DC n° 2193, 6 décembre 1998).
 

 
Lustiger boycotté par les rabbins
 
par ERIC JOZSEF, publié dans Libération le 28 octobre 2005
 
En raison de la présence de l'ancien archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger, plusieurs représentants juifs italiens et étrangers, dont le grand rabbin de Rome Riccardo Di Segni, ont boycotté, hier, le colloque célébrant quarante ans de dialogue judéo-chrétien. Le 28 octobre 1965, dans le sillage du Concile Vatican II, la déclaration "Nostra Aetate" avait ouvert la voie à un rapprochement entre les deux communautés. En charge de l'oecuménisme, le cardinal Kasper avait choisi d'inviter hier Jean-Marie Lustiger, juif converti au catholicisme durant la Seconde Guerre mondiale. "Le souvenir des juifs qui n'ont survécu à la Shoah qu'à travers la conversion reste une blessure ouverte", ont souligné certains responsables qui évoquent un manque de "sensibilité" de la part du Vatican.
 

 
Les patriarches catholiques d’Orient attribuent la montée de l’intégrisme à la faillite des solutions de paix
 
par HABIB CHLOUK, publié dans l'Orient-le Jour le 3 décembre 2005
 
Le congrès tenu en Jordanie entre le 28 novembre et le 2 décembre par les sept patriarches catholiques d’Orient a clôturé ses travaux par un appel en trois volets. Les prélats, rappelons-le, sont LL.BB. Michel Sabbah (latins) ; Nasrallah Sfeir (maronites) ; Stéphane Ghattas (coptes) ; Grégoire Lahham (melkites) ; Ignace Boutros (syriens-catholiques) ; Emmanuel Delli (chaldéens) et Nercès Bedros (arméniens-catholiques). Ils ont tenu assises en la Maison de la Visitation des sœurs du Rosaire, à Dabouk-Hachimiyé, Amman, en présence du nonce apostolique, Mgr Fernando Villoni, et de nombre de religieux de diverses communautés.

Après une messe d’action de grâces et une allocution du nonce, Mgr Sabbah a donné lecture du communiqué final. Les prélats y relèvent que "nos peuples souffrent de l’absence de la paix. Ils sont parfois privés des conditions les plus élémentaires d’une existence digne". Ils ajoutent que ces peuples "ont attendu des solutions de la part des gouvernements ou de partis et forces politiques divers. Quand ces forces ont échoué dans la présentation de solutions, beaucoup ont rejoint des courants religieux… Avec l’accumulation des crises, l’extrémisme religieux s’est propagé en Orient comme en Occident, se mettant à perpétrer des actes terroristes". Le communiqué condamne le terrorisme, ne lui trouvant "absolument aucune justification." Mais en même temps, il se penche sur "les raisons qui donnent naissance au terrorisme et qu’il faut impérativement traiter. Parmi ces raisons, l’exploitation des peuples faibles par les peuples à forte fortune. Ou l’absence, dans nombre de pays, de la pratique d’une démocratie du droit". Les prélats évoquent "le sang versé en Irak et en Terre sainte". Ils déplorent "les contradictions identiques, les conflits variés qui secouent la plupart des pays arabes". Ils condamnent les attentats dans des lieux touristiques en Jordanie.

Le texte s’établit en trois chapitres. Le premier porte sur la paix et les conditions d’existence des peuples. Les prélats condamnent l’oppression, l’occupation, l’exploitation, les droits de l’homme foulés aux pieds. Ils relèvent la pauvreté et le chômage, regrettent le recul des valeurs de tolérance et appellent au dialogue. Ils dénoncent les tensions confessionnelles et les attaques abusives contre les croyances d’autrui, dans les médias télévisuels ou autres. Ils fustigent la torture, les conditions de détention. Ils s’alarment du fait que des millions d’enfants sont à la rue, tandis que la drogue se propage. Ils soulignent cependant qu’il faut garder l’espérance, malgré tout. Traitant de la question palestinienne, ils soulignent le côté sacré de la Palestine où le Tout-Puissant fait coexister les trois religions monothéistes principales. Les patriarches affirment qu’il faut dès lors coopérer et non pas se combattre. Ils appellent à un arrêt définitif du cycle des violences. En insistant pour qu’il soit mis un terme aux opérations militaires dans les villes palestiniennes, aux exécutions, à l’emprisonnement, à la destruction des maisons et à la construction du mur. Les patriarches prient également pour l’Irak en déplorant l’insécurité, les atteintes aux niveaux national, religieux, social, moral et d’existence. Ils appellent la communauté internationale à déployer des efforts pour mettre un terme à ce drame humain, en rendant à ce pays sa souveraineté, son union et sa dignité.

Dans le deuxième volet, les prélats plaident pour la démocratie et les droits de l’homme, dans une coexistence fraternelle et dans un sain civisme. Ils soulignent qu’il faut assumer la première des responsabilités, qui est vis-à-vis de soi-même, dans le respect des valeurs religieuses et morales. Ils appellent à une action pour l’unification des chrétiens, dans le respect du pluralisme de leurs Eglises et dans la pratique d’une liberté responsable. Ils invitent les chrétiens à coopérer avec les organisations de la société civile et les organes publics qui ont des objectifs positifs. Ils recommandent la révision des manuels d’éducation religieuse chrétienne ou musulmane. Le troisième chapitre est consacré aux questions paroissiales, à la jeunesse catholique, aux programmes concernant les familles, à l’enseignement chrétien dans la région, aux comités pour la justice et la paix, que les prélats appellent de leurs prières.

Par la suite, Mgr Sabbah a indiqué que la prochaine conférence aurait lieu à Bzoummar, Liban, au couvent Notre-Dame des arméniens- catholiques, en octobre de l’année prochaine. Prié de dire pourquoi le communiqué ne traite ni du Liban, ni de la Syrie, ni de l’Égypte, trois pays où il se passe pourtant beaucoup de choses, le patriarche des latins a répondu que l’accent a été mis sur les contrées où le sang coule ou a coulé récemment. De son côté, le patriarche Sfeir, interviewé par la LBCI, a indiqué que la conférence se tient chaque fois dans un pays différent, le tour étant maintenant à la Jordanie. Il a traité des objectifs de l’assemblée. Au sujet des attentats de Jordanie et des liens entre le terrorisme et la religion, le patriarche maronite a condamné les actes terroristes qui se produisent dans tous les pays. Il a rappelé la série noire du Liban, le cas de l’Irak ou celui de l’Arabie saoudite. Pour préciser que ces actions n’ont absolument aucun lien avec la religion, sauf à titre de tromperie. Les vrais fidèles, a dit Mgr Sfeir, craignent Dieu, tandis que les terroristes n’en ont aucune crainte. Mgr Sfeir sera de retour au Liban ce samedi.
 

 
Le nouveau visage du protestantisme français

L'émergence des Eglises évangéliques réveille les protestants, qui réclament plus de visibilité dans la société et une plus grande place dans le débat politique.
 
par SOPHIE DE RAVINEL, publié dans le Figaro le 21 octobre 2005

 

En dix décennies, le visage du protestantisme a eu le temps d'évoluer, en particulier sous l'influence des Eglises évangéliques. Selon le chercheur Sébastien Fath, ces protestants "orthodoxes" sont aujourd'hui sept fois plus nombreux en France qu'ils ne l'étaient au lendemain de la guerre. Leur rapport au monde et à la société étant parfois très différent de celui des Eglises historiques de la Réforme, en déclin numérique, les prochaines années seront marquées par la recherche d'une cohabitation fructueuse. Pur produit de la "haute société protestante" réformée, le pasteur du temple parisien du Luxembourg, Serge Oberkampf, considère que les évangéliques "trouvent leurs racines dans la Bible directement et non dans l'histoire de leurs familles ou de leur pays". D'où cette volonté de se constituer "en fratries très soudées, parfois peu enclines à l'ouverture". Pour lui, "le fossé culturel est évident". Mais il estime que la France est à l'abri d'une dérive fondamentaliste telle qu'elle peut exister aux Etats-Unis ou en Afrique. "La plupart de ces fidèles font la distinction entre les sphères politique et religieuse", explique-t-il, insistant sur une "nécessaire intégration" de ces Eglises, ethniques pour un grand nombre.

 

Pour le pasteur Oberkampf, à la tête d'un temple considéré comme un nid d'intellectuels parisiens de la rive gauche, il est aussi important de "travailler la visibilité" du protestantisme réformé, qui a certes été "une minorité brimée" dans l'histoire de France, mais aussi un grand serviteur de l'Etat démocratique. Lorsque les protestants français se sont constitués en fédération en 1905, un des objectifs consistait à donner de la voix sur le champ politique. En 1909, lors de la première assemblée générale à Nîmes, la première préoccupation a été de s'élever contre le colonialisme du gouvernement français. Cette nécessité d'exister dans le débat politique, l'actuel président de la Fédération protestante de France (FPF) la juge toujours "de première urgence". La voix protestante ne veut pas être étouffée. "Lors de la naissance de la FPF, explique le pasteur Jean-Arnold de Clermont, son engagement dans la société a été immédiat. Aujourd'hui, nous sommes préoccupés par le fait que la politique en France est tournée vers le "combat des chefs", alors que la société est confrontée à des questions brûlantes sur l'immigration, la crise sociale, les prisons..."

 

Le pasteur de Clermont souhaite donc "que les protestants puissent s'exprimer dans l'espace politique". Les acteurs politiques ne semblent pas insensibles à ce discours. Ils seront nombreux à se rendre, aujourd'hui, au siège parisien de la Fédération, rue de Clichy. Pas moins de cinq ministres ont annoncé leur venue. Outre Dominique de Villepin, qui transmettra un message de Jacques Chirac, les protestants du gouvernement - Gérard Larcher et Thierry Breton - seront là, avec Michèle Alliot-Marie, au nom des aumôneries militaires. Chargé des cultes, Nicolas Sarkozy devrait passer en fin de soirée, après avoir partagé un dîner de rupture de jeûne du ramadan à Colombes (Hauts-de-Seine). Mais le 10 novembre, il recevra Jean-Arnold de Clermont pour évoquer la création d'une commission rassemblant gouvernement et représentants protestants afin de se pencher sur toutes les questions sensibles. Une demande de longue date de la fédération.


 
Splendeur et mystère des trésors d'églises
 
Exposition "Trésors des cathédrales d'Europe - Liège à Beaune"
 
par ANNE-MARIE ROMERO, publié dans le Figaro le 5 décembre 2005

 

Un mètre quatre-vingts de haut, 90 kilos d'argent doré à l'or fin, des dizaines de pierres précieuses égaillées sur son manteau, saint Lambert, en buste, portant crosse et mitre, repose sur un socle historié racontant sa vie, entouré de quatre petits anges présentant les instruments de la Passion du Christ. Eblouissante de richesse, ostentatoire, imposante, cette statue-reliquaire du XVIe siècle, qui renferme le crâne du saint patron de Liège, assassiné en 696, résume assez bien la notion de "trésor d'église", thème d'une exposition éclatée dans trois lieux prestigieux de la petite ville de Beaune : le Musée des Beaux-Arts, la Collégiale Notre-Dame et l'Hôtel-Dieu. Sous l'intitulé "Trésors des cathédrales d'Europe - Liège à Beaune", la cité bourguignonne accueille en effet quelque 300 pièces d'une valeur inestimable provenant du Trésor de la cathédrale de Liège, en cours de rénovation. Son commissaire, Philippe George, conservateur des trésors de Liège et de Malmedy, y a ajouté des objets provenant de 11 autres cathédrales et des musées de Beaune. "Les trésors d'églises sont généralement rebutants, parce que mal présentés, dit-il. Les gens sont convaincus qu'on n'y trouve que des alignements de calices, de ciboires et de crucifix. C'est une idée fausse. L'histoire de la constitution de ces trésors prouve qu'ils sont bien plus variés qu'on ne le croit. C'est l'idée que je veux faire passer ici et dans mon pays."

 

Qu'est-ce qu'un trésor d'église ? C'est, depuis les origines de la chrétienté, un ensemble d'objets qui transmettent la mémoire spirituelle d'un sanctuaire, mais aussi, par sa valeur économique, "un élément de la liturgie du pouvoir temporel" de l'Eglise. Un certain secret entoure toujours les trésors. Comme un clin d'oeil, Philippe George a fait venir de Liège la porte du trésor de la cathédrale, admirable broderie de pentures de fer sur une épaisse armature de chêne datant du XIIIe siècle. Un trésor d'église est d'abord liturgique. Les bras et bustes-reliquaires d'argent niellé, doré, filigrané, sont légion dans la salle du Musée des beaux-arts, tapissée d'une reproduction du trésor de Saint-Denis, d'après l'inventaire qu'en fit Don Félibien en 1706, avant sa dispersion à la Révolution. Sans compter les ostensoirs-tourelles, les ostensoirs-couronne, les calices à pied polylobés, les autels portatifs comme celui de Münchengladbach, du XIIe siècle, décoré d'émaux rhénans, à la polychromie plus contrastée que nos émaux limousins, tout en camaïeu de bleus et d'or.

 

Quelques merveilles à signaler : la grande croix d'orfèvrerie mosane, venue de Namur, tout en filigrane de cuivre doré et d'argent et en pierres semi-précieuses, haute de 33 centimètres. Les ivoires mosans superposant trois Résurrections, et les vêtements liturgiques tissés à Lyon, offrant une débauche de velours ciselés, piquetés d'or et d'orfrois brodés d'or. Les étoffes présentées au musée et à l'Hôtel-Dieu montrent l'influence du goût profane, comme ce suaire de saint Lambert, un tissu iranien du VIIIe siècle, ou ce devant d'autel aux motifs de pagodes, typique des "chinoiseries" en vogue au XVIIIe siècle. Mais les trésors ne conservent pas que des objets directement liés au culte. Vitrine du pouvoir ecclésiastique et princier, ils conservent les joyaux destinés de tout temps à impressionner les fidèles, bijoux, bagues et croix de prélats supportées par des chaînes pesant 1,5 kilo d'or pur... Ils comportent aussi des objets d'art profane. Parmi les plus belles pièces exposées à Beaune, une couronne-reliquaire offerte par l'empereur de Byzance au comte de Namur, avec son écrin en émaux limousins, du début du XIIIe siècle et de petits animaux fatimides, en cristal de roche, venant du Portugal, transformés eux aussi en reliquaires.

 

Restent enfin, quelques chefs-d'oeuvre de l'exposition : un reliquaire de Charles le Téméraire en argent doré de 2,1 kilos, montrant saint Georges protégeant le duc à genoux, le magnifique polyptyque du Jugement dernier de Rogier Van der Weyden, au XVe siècle, propriété des hospices de Beaune, où toute la souffrance humaine s'exprime dans une intensité dramatique rarement atteinte et les Vierges mosanes en bois du XIIIe, souriantes, tout en mouvement et en déhanchement, à une époque où on a coutume de les voir dans une raideur austère.

 

Du 19 novembre 2005 au 19 mars 2006, au Musée des Beaux-Arts, à la Collégiale Notre-Dame et à l'Hôtel-Dieu des Hospices de Beaune, 21.200 ; site de la Ville de Beaunesite du Trésor de la Cathédrale de Liège.        

 

La Vierge dite au papillon

peinture sur bois, vers 1459
117X 111,5 cm
 
La Vierge est assise sur un trône de marbre blanc et offre un papillon à l’Enfant Jésus. Le papillon est ici le symbole de la résurrection. La Vierge et l’Enfant sont entourés de Marie-Madeleine, de saint Pierre et de saint Paul, patron de la collégiale liégeoise. Le chanoine Pierre de Molendino est présenté en perspective morale à genoux aux pieds de la Vierge. C’est sur la pierre tombale de ce chanoine, doyen de la collégiale, que fut retrouvée au 19ème siècle la peinture sur bois.

 

 

Vierge dite au papillon, huile sur bois, vers 1459, trésor de la cathédrale de Liège

 
 
 
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