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JMJ,
la génération Jean-Paul II
Notre association, le
Rassemblement de la Jeunesse
Libanaise, a vu le jour
à Paris en décembre 1986. L'idée
avait germé le 7 avril
1985, lors du message pascal
du Pape Jean-Paul II annonçant
à Rome l’organisation régulière
des Journées Mondiales de
la Jeunesse en ces termes :
"...Une mission
difficile mais en même
temps passionnante attend la
jeunesse : transformer les mécanismes
fondamentaux qui provoquent
égoïsme et oppression dans
les relations entre nations,
et créer de nouvelles
structures s’orientant
vers la vérité, la
solidarité et la
paix." Notre
action en faveur du Liban
s'inspire de ce message
universel, délivré il y a
exactement 20 ans - alors
que la guerre ravageait
notre pays - par cet homme
d'exception auquel nous
rendons hommage et qui nous
quitte aujourd'hui après
avoir semé sur la Terre les
forces de la bonté et de
l'espérance. Visite
du Pape Jean-Paul II au
Liban en mai 1997.
JMJ,
la génération Jean-Paul II
Lancées
par Jean-Paul II il y a
vingt ans, les Journées
mondiales de la jeunesse ont
permis à toute une génération
de chrétiens de se donner
une identité
par
PIERRE SCHMIDT, publié dans
la Croix du 2 avril 2005
"Les JMJ n’ont pas
supprimé la baisse de la
pratique ni celle des
vocations en France",
constatait récemment
l’historien Olivier
Landron (Université
catholique de l’Ouest,
Angers) lors d’une journée
d’étude sur le sujet. JMJ,
pour Journées mondiales de
la jeunesse, une formule
lancée par Jean-Paul II en
1985. Vingt ans déjà, et
500.000 jeunes participants
français depuis. "En
comptant les JMJ et les
rassemblements de jeunes
autour du Pape en France, on
peut estimer que 1 % de la
population des jeunes de la
tranche d’âge concernée
a été touchée, estime
l’historien Ludovic Laloux.
D’une certaine façon,
c’est dérisoire."
Certes. Mais 500.000
personnes, ce n’est pas
rien pour l’Eglise. Or,
quinze ans après les JMJ de
Compostelle, et huit ans après
l’édition parisienne,
cette génération accède
aujourd’hui aux
responsabilités dans l’Eglise
et dans la société. Marquée
par l’événement ponctuel
des JMJ, elle s’engage
dans la durée (Journée
bilan sur "Vingt ans de
JMJ", organisée le 22
janvier au Centre théologique
de Caen).
"La figure emblématique
de cette génération,
c’est le cardinal Philippe
Barbarin", souligne
encore l’historien Ludovic
Jaloux. En 1989, alors prêtre
à Vincennes, il partait
avec un groupe de jeunes aux
JMJ de
Saint-Jacques-de-Compostelle.
Aujourd’hui, le voilà
primat des Gaules. Autre
niveau, autre exemple :
Pierre Gueydier, 33 ans,
professeur de musicologie,
marié et père de quatre
enfants. Il est le
coordinateur national de la
pastorale des jeunes. Lui-même
a "fait" les JMJ
de Compostelle à 17 ans,
puis celles de Czestochowa
et de Paris. "Je ne
connais pas un jeune qui
s’engage aujourd’hui
dans l’Eglise et qui
n’aurait pas été marqué
par les JMJ",
constate-t-il. De même, la
moitié des novices des
congrégations religieuses
citent les JMJ comme une référence
dans leur cheminement, et la
moitié des séminaristes
les mentionnent comme "événement
d’Eglise marquant"
(Cf. une enquête menée récemment
pour le Service national des
vocations (SNV), et le numéro
de mai 2004 de Jeunes et
vocations, édité par le
SNV). C’est une référence
également pour "les
couples dans les préparations
aux mariages", souligne
le P. Paul Destable, qui a
coordonné les JMJ de Paris.
Bref, les Journées
mondiales ont marqué de
leur empreinte une génération
de jeunes catholiques français.
Le déclic a eu lieu
à Paris en 1997
Le déclic a eu lieu à
Paris, en août 1997.
"Une prise de
conscience d’un certain
rayonnement de l’Eglise
que l’on n’imaginait
pas, aussi bien à l’extérieur
qu’à l’intérieur de
l’Eglise", estime
Ludovic Jaloux. Un million
de pèlerins à Longchamp,
dont 350.000 jeunes Français,
ont changé la perception
extérieure de l’Eglise
catholique : dans les médias,
mais aussi dans certains
manuels d’histoire de
terminale où, pour
illustrer le catholicisme,
l’image des JMJ est venue
remplacer celle du prêtre
en milieu rural…
Le changement de perception
a aussi été interne. Du côté
des jeunes : "J’ai
compris à Paris que l’Eglise
était vivante", se
souvient Ingrid Notariés,
30 ans, responsable de la
route nationale JMJ pour les
"jeunes
professionnels" qui
partiront à Cologne cette
année. Et du côté de l’épiscopat
: en provoquant cette
rencontre inédite avec l’Eglise,
les JMJ ont suscité une
sorte de "réconciliation",
visible lors des fameuses
catéchèses faites par les
évêques, qui se sont alors
aperçus que leur parole était
attendue. Les jeunes se sont
rendu compte qu’ils
pouvaient prendre une
nouvelle place dans l’Eglise
et une place de chrétiens
dans la société.
"Quand j’ai vu la
ville de Paris changée par
ces JMJ, c’est là que
j’ai compris que, comme
chrétien, on pouvait
transformer la société",
raconte Olivier de Marcels,
38 ans. Intensité
spirituelle également.
Beaucoup parlent d’une
rencontre
"sensible" avec le
Christ, à l’origine de
choix de vie individuels,
non quantifiables. Après
Paris, l’élan était
insufflé, et la présence
française à Rome en 2000
importante : 77 évêques,
80.000 jeunes issus, non
plus seulement des nouveaux
mouvements ecclésiaux -
comme c’était
majoritairement le cas aux
premières JMJ -, mais venus
de tous horizons, en général
éloignés des structures
d’Eglise, ici réunis par
diocèses.
Ni des jeunes, ni
des adultes, des jeunes
adultes
Entre-temps en France, deux
mouvements concomitants pour
les jeunes de 16-35 ans ont
résulté des précédentes
JMJ : un rapprochement des
différentes sensibilités
au sein des Eglises diocésaines,
et la création
d’initiatives nouvelles
venues combler un manque
pour une nouvelle tranche
d’âge, les 20-30 ans. Ni
des jeunes ni des adultes,
des jeunes adultes…
jusqu’à 35 ans parfois.
"On a alors pris
conscience que la pastorale
des jeunes, ce n’était
plus seulement les moins de
20 ans, mais aussi les 20-30
ans, explique le P. Paul
Destable, du diocèse de
Clermont. Ce sont des
personnes qui ont fait des
études ou même
travaillent, mais qui
n’ont pas encore toutes
les responsabilités d’un
adulte."
"D’ailleurs, depuis,
les mouvements de jeunes
tirent vers le haut de la
tranche d’âge. La
Jeunesse ouvrière chrétienne
(JOC) va jusqu’aux 26-27
ans, le Mouvement
eucharistique des jeunes
(MEJ) également…",
note encore l’ancien
responsable de l’apostolat
des laïcs. L’Eglise réussit
à toucher là une
population sur laquelle elle
avait de moins en moins de
prise, parce qu’elle avait
quitté les engagements de
lycéen : aumônerie,
scoutisme… "Sur notre
diocèse par exemple, la
moitié des jeunes déjà
inscrits pour Cologne
n’appartiennent pas à nos
réseaux catholiques",
signale ainsi le P. Destable.
La
Coordination des jeunes
professionnels (COJP) a ainsi
été créée, dans la foulée
des JMJ de Paris, pour combler
ce vide. Depuis, chaque année,
une demi-douzaine de groupes
naissent au sein de cette
entité très souple, presque
informelle, qui fonctionne
comme un service et non comme
un mouvement. Une soixantaine
de groupes existent
aujourd’hui sous la COJP :
la moitié en région
parisienne, le reste en
province. "Et des groupes
se créent maintenant dans les
villes petites et
moyennes", explique
Ingrid Notaris. Depuis trois
ans, 600 jeunes se retrouvent
au pèlerinage national de la
COJP à Vézelay.
Une génération
spirituelle et consommatrice
Au même moment, les
pionniers de cette génération,
que l’on dit centrée sur
le spirituel et plutôt
consommatrice, commencent à
investir les paroisses, les
responsabilités en
scoutisme, les questions éthiques,
l’action publique et
sociale. Ainsi à Caen, où
une trentaine de jeunes ont,
à la suite des JMJ de Rome,
ouvert une section
"jeunes" de la
Conférence
Saint-Vincent-de-Paul. Témoin
encore la communauté de
l’Emmanuel qui prend en
compte, dans ses sessions
d’été à Paray-le-Monial,
de nouvelles dimensions :
environnement, économie,
social... En s’engageant
durablement dans les
structures adultes d’Eglise,
ces jeunes innovent. Ainsi,
Inxl6 (lire phonétiquement
: "in excelsis") www.inxl6.org,
le portail Internet
"jeunes" de l’Eglise
catholique en France, fondé
par une demi-douzaine de bénévoles
au lendemain des JMJ de
Rome, qui ont décidé de le
placer sous la responsabilité
éditoriale de l’épiscopat.
Alimenté par une
soixantaine de
correspondants locaux, ce
site reçoit aujourd’hui
5.000 visites par jour.
Autres fruits des JMJ !
REPERES
Les
Journées mondiales de la
jeunesse de Cologne
Du 11 au 21 août 2005
Age
: Ces 20es Journées
mondiales de la jeunesse sont
ouvertes aux jeunes du monde
entier, âgés de 16 à 30
ans. La proposition pastorale
de ce rassemblement est
cependant plutôt destinée
aux 18-30 ans, même si, pour
cette vingtième édition, les
JMJ sont clairement ouvertes
aux mineurs. Chaque diocèse
reste libre de refuser les
inscriptions de mineurs.
Attention : ce type
d’inscription nécessite un
encadrement réglementé (à
voir avec le délégué JMJ
diocésain).
Prix : Le forfait du pèlerin
est, pour la France métropolitaine,
de 169 Euros. A cela il
faut ajouter les frais de
transport, d’assurance, de
fonctionnement, et la caisse
de solidarité (nationale et
internationale) qui permettra
au plus grand nombre de jeunes
de pouvoir se rendre à
Cologne . Au final, il faut
compter, selon les diocèses,
entre 300 et 350 Euros. NB Le
forfait peut bénéficier
d’une réduction : se
renseigner. Une commission
"solidarité"
travaille pour que le prix ne
soit pas un frein. Le délégué
diocésain JMJ sait comment
obtenir un soutien financier.
Inscription : Elle se
fait exclusivement auprès du
délégué diocésain pour les
JMJ (pour connaître ses
coordonnées, il suffit de
consulter la liste sur le site
Internet www.jmj2005.fr
). C’est l’hébergement en
famille qui est privilégié.
20.000 volontaires au total
sont attendus à Cologne pour
que les JMJ se déroulent dans
les meilleures conditions.
Parmi eux, entre 500 et 1.000
Français. L’inscription
peut se faire jusqu’au 30
avril 2005.
Handicapés : Des
efforts particuliers ont été
faits pour l’accueil des
jeunes handicapés lors de ces
20es Journées mondiales,
sachant que l’Allemagne
dispose en la matière d’une
longueur d’avance sur la
France.
Site Internet : www.jmj2005.fr
(francophone)
A lire : Numéro spécial
de Croire aujourd’hui-Jeunes
Chrétiens sur les JMJ (n°
28, décembre 2004-janvier
2005). Tél. : 0.825.825.831.
Un
nouveau visage à la papauté
par
FRANCOIS REGIS HUTIN, publié
dans Ouest-France le 2 avril
2005
Jean
Paul II s'en est allé dans
son éternité. Il a retrouvé
Celui qu'il a servi et aimé
toute sa vie. Notre émotion
grandissait tous ces derniers
jours. Tristesse de perdre cet
être et peine pour sa
souffrance qui se prolongeait.
La foule des chrétiens
bouleversés se rassemblait
autour du Père pour
l'accompagner dans ce passage
avec l'Espérance de Pâques,
la foi dans la résurrection.
Lui dont on avait connu la
force, mais aussi l'humilité,
qui savait se reconnaître pécheur,
était abattu malgré sa résistance.
Il a lutté plus pour
accomplir son devoir que pour
prolonger sa vie. Il ne
cachait pas sa souffrance et
manifestait ainsi sa solidarité
avec tous les malades, les
infirmes et les impotents du
monde. Beaucoup s'en
trouvaient réconfortés.
Jean
Paul II avait donné un
nouveau visage à la papauté.
Son allant, sa joie manifeste
de rencontrer les autres, les
autres cultures, les autres
religions comme à Assise,
ouvrait des perspectives.
"Ouvrez les portes,
disait-il, n'ayez pas peur,
allez de l'avant sur les
chemins du bien".
Dialogue et réconciliation,
amitié et paix, unité des
chrétiens, respect de la
personne, exigence de justice
et de partage. Ce message
avait été compris et
certains le redoutaient au
point de tenter de
l'assassiner. Mais ils en
avaient fait alors une victime
et un héros. En cette nuit où
sonne le glas aux clochers de
nos Eglises, nous voici plongés
dans la tristesse, car nous
perdons ce pape qui était
devenu proche et que nous
aimions. Mais nous sommes
aussi remplis d'Espérance. Grâce
à lui nous savons encore plus
maintenant que dans ce monde,
le dernier mot ne sera pas
donné à la haine mais à
l'amour.
Jean-Paul
II, un ami du Liban
par
FADY NOUN, publié dans
l'Orient-le Jour le 2 avril
2005
"Je
prie chaque jour, et
plusieurs fois par jour,
pour le Liban. Je fais mon
possible et ce n’est pas
tellement facile ; mais je
reste fidèle à votre
cause", confiait
Jean-Paul II, en 1985, à
une délégation du Conseil
pour l’apostolat des laïcs
qu’il recevait à Rome, à
l’occasion d’un congrès
international de la jeunesse
(Les lettres de Jean-Paul
II sur la crise libanaise,
ainsi que l’Exhortation
apostolique de 1997, Une espérance
pour le Liban, ont été
publiées par le Centre
catholique d’information -
Jal el-Dib. Un ouvrage publié
par Media Marketing est également
paru, contenant tous les
discours prononcés par le
pape lors de sa visite
historique au Liban, en 1997). "L’unique
et le plus grand espoir du
Liban, c’est vous, leur
avait-il encore affirmé.
Tant qu’il y aura des
Libanais, le Liban
existera." Cette
assurance, le pape la
renouvelait toutes les fois
qu’il en avait
l’occasion, devant les
différentes délégations
officielles venues le voir,
comme devant les instances
internationales, les chefs
d’Etat concernés et les
patriarches catholiques qui
se rendaient régulièrement
à Rome.
Balayant toutes les
difficultés qui se
dressaient sur son chemin,
il avait décidé de
consacrer au Liban une
assemblée spéciale du
synode des évêques, une
assemblée créée par son
prédécesseur, Paul VI,
pour débattre des questions
graves, et en général
continentales, qui agitaient
l’Eglise universelle. Le
1er mai 1984, il avait
adressé une "Lettre
à tous les Libanais"
dans laquelle il disait : "La
profonde affection que je
nourris depuis longtemps
pour ce pays et sa
population si éprouvée
m’autorise, je crois, à
adresser une parole amicale
à tous les Libanais,
catholiques, chrétiens et
musulmans : je sais
qu’elle trouvera le chemin
de leur cœur. Je le fais
dans la lumière
incomparable de Pâques
(...). Ces trop longues années
de guerre ne doivent pas
entamer votre confiance dans
le Liban lui-même. Il
constitue une valeur de
civilisation précieuse :
que l’on songe à ce que
l’humanité entière lui
doit depuis la lointaine époque
des Phéniciens. Sans
oublier la rencontre des
religions, le dialogue
culturel Orient-Occident et
les initiatives œcuméniques.
La liberté, la compréhension,
l’hospitalité et
l’ouverture d’esprit ont
été les valeurs sur
lesquelles reposait le Liban
d’hier. Elles sont à la
base du Liban de demain dont
l’idéal démocratique
pluraliste est un patrimoine
précieux que personne ne
peut se résoudre à voir
disparaître."
"Comment ne pas
souligner, avait-il enchaîné,
que c’est chaque Libanais
qui est finalement
responsable de l’avenir de
son pays. Chacun doit être
prêt à faire un examen de
conscience, à renoncer à
quelque chose, à se
remettre en question pour
que prévalent les valeurs
partagées par tous : la
droiture morale, le souci de
la vérité, le sens de
l’homme, la vraie
solidarité, la défense des
libertés et le respect des
traditions. Et tout cela
tant au niveau des personnes
que des communautés.
L’arrogance, la soif de
domination, le fanatisme, le
défaitisme ou la peur sont
des germes mortels qui non
seulement affaiblissent
l’esprit national, mais
peuvent conduire votre pays
à une désagrégation
fatale." Il est
particulièrement intéressant
de noter que le Saint-Père
avait cité la peur comme
agent de désagrégation
nationale. Et c’est bien
elle qui, de trop longues
années durant, a maintenu
notre pays dans son
asservissement, jusqu’au
jour où, grâce au sang
versé, les hommes
politiques ont décidé de
braver la terreur, et la
population de descendre dans
la rue.
Le pape aurait certainement
jubilé de voir ce que la
jeunesse de 1985, maintenant
adulte, a transmis à la
jeunesse de 2005, à ceux
qui, aujourd’hui, ont 20
ans et dans le cœur et les
veines desquels battent le
Liban, la soif d’indépendance
et de liberté. Aux chrétiens
en particulier, le pape
avait déclaré : "Vous
êtes responsables de
l’espérance (...). Créez,
là où vous vivez et
travaillez, une ambiance
fraternelle. Sans ingénuité,
sachez faire confiance aux
autres et soyez inventifs
pour faire triompher la
force régénératrice du
pardon et de la miséricorde
(...). Mais ne soyez jamais
timides quand il s’agit de
défendre vos libertés et
tout particulièrement celle
de proclamer et vivre
ensemble les valeurs évangéliques.
L’Eglise est tout entière
à vos côtés (...). Elle
est fière de tous les
sacrifices des chrétiens
d’Orient pour conserver
intacte la foi en Jésus-Christ."
Dix ans après cette lettre
se tenait le synode sur le
Liban, et dix ans plus tard
le quittaient ces troupes étrangères
qui, selon un article de
l’Osservatore Romano,
"compromettaient la
reconstitution de l’unité
du Liban". Ce développement
consacrait le triomphe
d’une action incessante du
Vatican auprès de tous les
acteurs locaux, régionaux
et internationaux pour
obtenir "le
respect de l’intégrité
territoriale, de la pleine
autonomie et de la véritable
indépendance de la nation
libanaise fondée sur la
coopération loyale de
toutes les communautés qui
la composent".
Emotion universelle
paru dans le Monde du 5
avril 2005
C'est une émotion mondiale
qui répond aujourd'hui à
la disparition de Jean Paul
II. Une émotion empreinte
de ferveur, de
reconnaissance ou simplement
de respect sur tous les
continents. Les chroniqueurs
retiendront plus tard l'extrême
attention portée aux
derniers jours du pape, que
ce soit dans le monde
occidental ou dans le monde
asiatique, dans le monde
africain ou dans le monde
arabe, effaçant
provisoirement dans un même
recueillement le "choc
des civilisations".
Bien peu d'observateurs
auraient imaginé il y a
encore quelques jours que
les deux principales chaînes
de télévision arabes,
Al-Jazira et Al-Arabiya,
puissent faire le choix de
couvrir l'agonie de Jean
Paul II quasiment en
continu. Cet élan converge
vers le souvenir de la haute
figure d'un pape universel,
qui s'est appliqué tout au
long de son pontificat à
parcourir le monde,
mondialisant ainsi sa
fonction et son message.
"Pourquoi est-ce que tu
te promènes tout le temps
à travers le monde ?",
lui a demandé un jour un
enfant. "Parce que le
monde n'est pas tout entier
ici ! As-tu lu ce qu'a dit Jésus
? Allez et évangélisez le
monde entier. Alors, je vais
dans le monde entier",
a répondu Jean Paul II.
Mais les voyages n'auraient
pas suffi à porter sa
parole sans la puissance de
son verbe, la conviction et
la fermeté de son propos.
Le "N'ayez pas peur
!" a résonné et résonne
encore bien au-delà du
cercle des fidèles
catholiques. Et les médias,
fascinés par cette
personnalité, ont largement
diffusé l'image du
souverain pontife devenu très
vite icône d'un peuple
universel en manque de repères
et de Père.
La
vague d'émotion que l'on
constate aujourd'hui peut
surprendre. Mais c'est parce
que l'on a oublié que le
pape, dès le début de son
pontificat, en 1978, a voulu
repousser les frontières qui
ont séparé les hommes et les
peuples tout au long du XXe
siècle. Ce Polonais qui aura
subi la schlague de
l'occupation nazie et le joug
du communisme n'a eu de cesse
de travailler au respect des
droits de l'homme, de miner le
terreau des dictatures et
d'aider à l'effondrement des
murs, à commencer par celui
de Berlin, tombé en novembre
1989, prélude à la fin de
l'URSS. On cherchait à le
cantonner à la Pologne quand
il était essentiellement
européen. On le présentait
comme un fils de l'Europe,
alors qu'il se vivait comme un
citoyen du monde, s'appliquant
à parler toutes les langues,
développant une pédagogie
religieuse autant par le
discours que par l'image,
laissant les caméras le
filmer à genoux, en prière,
plongé dans un dialogue
mystique et singulier avec son
Dieu. Pape éminemment
politique, Jean Paul II aura
aussi débordé les frontières
en cherchant à cultiver un
dialogue interreligieux sans
précédent. C'est aussi de
cela que se souviennent
aujourd'hui, dans leurs
manifestations de tristesse,
les non-catholiques. L'évêque
de Rome allait ainsi, tête
nue, les mains largement
tendues vers les autres. Le
monde entier s'en saisit
aujourd'hui et lui rend un
hommage à sa mesure :
universel.
Unis
dans une même tristesse et
une même espérance
par MOHAMMED NOKKARI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 4 avril 2005
L'auteur
est directeur général de
Dar el-Fatwa et chef du
cabinet du mufti sunnite de
la République libanaise
Jean-Paul II, le pape qui
a aimé le Liban et lui a
inventé une formule qui a
résumé à elle seule des
milliers d’ouvrages,
"Le Liban est un
message", le pape qui
a demandé aux chrétiens
du monde entier
d’observer une journée
de jeûne durant le mois
de ramadan par solidarité
avec les musulmans,
Jean-Paul II n’est plus.
En ce jour de tristesse et
de deuil, les musulmans
tendent leurs mains aux
chrétiens du monde entier
et expriment leur plus
profonde compassion pour
la disparition d’un
homme qui a incarné
depuis 27 ans la foi,
l’espérance et
l’humanisme. Son
souvenir restera gravé
dans notre mémoire et
dans celle de tout homme
de foi, pour sa détermination
à mener à bien sa
mission, malgré ses
souffrances et
l’incapacité finale de
son corps de répondre au
plus simple des gestes.
Jean-Paul II a œuvré
pour le rapprochement
entre chrétiens et
musulmans, selon les
principes définis dans la
Constitution Nostra Aetate
du concile Vatican II : "L’Eglise
regarde aussi avec estime
les musulmans qui adorent
le Dieu Un et subsistant,
miséricordieux et
tout-puissant, créateur
du ciel et de la terre,
qui a parlé aux hommes.
Ils cherchent à se
soumettre de toute leur âme
aux décrets de Dieu, ils
vénèrent le Christ comme
prophète. Ils honorent Sa
mère virginale, Marie, et
parfois L’invoquent avec
piété. De plus, ils
attendent le jour du
jugement, où Dieu rétribuera
tous les hommes ressuscités.
Aussi ont-ils en estime la
vie morale et rendent-ils
un culte à Dieu, surtout
par la prière, l’aumône
et le jeûne."
Cet hommage adressé aux
musulmans a été précédé
il y a plus de quatorze siècles
par un autre hommage
adressé aux chrétiens
par Dieu dans le Saint
Coran : "...et tu
trouveras que ceux qui ont
l’amitié agissante la
plus proche de ceux qui
ont cru (les musulmans)
sont ceux qui ont dit :
“Nous sommes chrétiens”,
et ce parce qu’ils ont
des prêtres et des moines
et qu’ils n’affichent
aucun orgueil."
Sourate "la
table", verset 81.
Dans cet esprit de tolérance
et de tendresse entre
l’islam et le
christianisme, les paroles
du pape Jean-Paul II
continueront de retentir
dans les siècles à venir
: "Chrétiens et
musulmans, nous avons
beaucoup de choses en
commun, comme croyants et
comme hommes." Et
encore : "Je crois
que nous, chrétiens et
musulmans, devons reconnaître
avec joie les valeurs
religieuses que nous avons
en commun et en rendre grâce
à Dieu." "Chrétiens
et musulmans, avait-il
enfin dit, nous nous
sommes également mal
compris, et quelquefois,
dans le passé, nous nous
sommes opposés et même
épuisés en polémiques
et en guerres. Je crois
que Dieu nous invite,
aujourd’hui, à changer
nos vieilles habitudes.
Nous avons à nous
respecter et aussi à nous
stimuler les uns les
autres sur le chemin de
Dieu."
Les organisations
juives américaines louent
l'oeuvre de Jean Paul II
publié par l'AFP le 2
avril 2005
Les organisations juives
américaines ont rendu un
hommage appuyé au pape
Jean Paul II après son décès
samedi au Vatican, louant
sa ferme volonté de
rapprocher le catholicisme
et le judaïsme, qui s'est
traduite par une série de
gestes historiques de réconciliation.
"Le pape Jean Paul II
a changé fondamentalement
2.000 ans de relations
entre l'Eglise et le
peuple juif", a déclaré
Edgar Bronfman, président
du Congrès juif mondial.
"Il est passé par
dessus des divisions millénaires
pour promouvoir le respect
et la compréhension
mutuels. Ses enseignements
et ses réalisations sont
un héritage pour les
catholiques, les juifs et
toute l'humanité. Notre
espoir est que nous
honorions tous cet héritage
en le faisant fructifier
pour les prochaines générations",
a dit M. Bronfman. Le
Congrès juif américain a
lui aussi salué l'action
du pape disparu.
"Nous espérons avec
ferveur que le Vatican, le
clergé et les croyants
catholiques à travers le
monde continueront à
travailler à la réconciliation
de l'Eglise avec le peuple
juif, à laquelle Jean
Paul II a oeuvré si
passionnément", a déclaré
l'organisation.
"Plus qu'aucun autre
pape dans l'Histoire, Jean
Paul II a travaillé
inlassablement à guérir
la douloureuse relation
historique entre l'Eglise
et le peuple juif", a
relevé le Congrès juif
américain. "Il a déclaré
de manière répétée que
l'antisémitisme est un péché
contre Dieu et qu'il n'y a
pas de place dans la Chrétienté
pour des interprétations
antisémites de texte chrétiens",
a poursuivi
l'organisation. "Les
Juifs à travers le monde
ont été émus lorsqu'il
a visité Israël en
2000", a rappelé le
Congrès juif américain.
Jean Paul II a été en
1979 le premier pape à
visiter le camp
d'extermination d'Auschwitz-Birkenau
(Pologne), où un million
de juifs ont été tués
par les nazis pendant la
Seconde guerre mondiale.
Il a été le premier pape
de l'histoire de l'Eglise
à se rendre dans une
synagogue, en 1983 à
Rome. En 1994, Jean Paul
II a établi des relations
diplomatiques entre le
Vatican et l'Etat d'Israël.
Et en 2000, il est allé
à Jérusalem, a prié au
Mur Occidental (ou Mur des
Lamentations) et a visité
Yad Vashem, le mémorial
aux six millions de juifs
tués par les nazis.
La puissance de la
volonté
paru dans le Figaro le
4 avril 2005
Que Jean-Paul II ait été
jusqu'au bout de la
souffrance uniquement
soucieux de son dialogue
avec Dieu et avec
l'humanité ne saurait
surprendre. Car, plus que
beaucoup de ses semblables
en responsabilité et en
fonction, il restera à
jamais associé à une
vertu et à un mot souvent
oubliés à notre époque
: le courage. Est-ce parce
qu'il venait d'une région
du monde si longtemps sous
l'emprise d'un glacis ?
Est-ce parce qu'il avait
compris que les chrétiens
avaient besoin d'une
Eglise vivante et fière
d'elle-même ? Est-ce
parce qu'il avait la
conviction de devoir
donner l'exemple pour que
les hommes abandonnent le
chemin de l'incertitude
qui ronge et retrouvent
celui de l'espoir qui
fortifie ? Est-ce parce
qu'il ne savait pas vivre
sa passion sans s'engager
totalement et sans répondre
à ses exigences qui le
contraignaient à assumer,
quoi qu'il en coûtât, le
devoir qu'il s'était fixé
? Au fond, les raisons
importent peu. Seuls
comptent la trace dans
l'histoire, le message
laissé, l'empreinte gravée,
l'objectif atteint. En ce
sens, cet évêque de Rome
non seulement incarna le
pouvoir du courage mais
symbolisa aussi la
puissance de la volonté.
Ainsi fut-il des
combats du monde, attentif
au bruit et à la fureur
autant qu'au recueillement
et à la prière. En un
long pèlerinage de plus
de vingt-six ans, il alla
dans chaque endroit de la
planète à la recherche
de tous les chrétiens et
à la rencontre de tous
les peuples. Il évangélisa
et il exhorta. Faute de
pouvoir le combattre
autrement, certains le
qualifièrent de
conservateur. Il le fut
mais il fut aussi
progressiste et, chaque
fois, fidèle et inébranlable,
il était un pape de
mission. Aussi, plus que
beaucoup de ses prédécesseurs,
il marqua son époque au
point que la tâche de son
successeur apparaît déjà
redou table : il va devoir
conduire une Eglise réveillée
et marquée par l'aura de
celui qui vient de disparaître.
C'est pourquoi il
apparaît déjà comme un
géant du XXe
siècle à l'instar d'un
de Gaulle ou d'un
Churchill. D'autant que
Jean-Paul II, très vite,
sut dépasser le cercle
des fidèles de son Eglise
pour s'adresser à tous
les hommes. Sa parole
avait autant de
retentissement à l'extérieur
de la chrétienté qu'à
l'intérieur. Ainsi, pour
ne prendre qu'un exemple,
ses propos sur sa terre
natale, la Pologne, contre
le régime communiste
furent-ils reçus comme
ceux d'un insoumis et il
contribua, plus qu'aucun
homme politique, à la
chute d'une des tragédies
du siècle dernier. Et même
s'il a buté sur plusieurs
obstacles, tel l'oecuménisme,
son bilan, si on ose
employer ce mot, emporte
l'adhésion, ne serait-ce
que parce qu'il privilégia
toujours la cause de
l'homme. Voilà pourquoi
le message du pèlerin de
Dieu, du pape de la
parole, a été si
universel. Chacun pouvait
le recevoir. Comme lorsque
Jean-Paul II, reprenant la
phrase de l'Evangile, lança
aux catholiques :
"N'ayez pas peur
!" Car il appelait
alors les hommes autant à
réformer le monde qu'à
se réformer eux-mêmes.
1978-2005: plus
d'un quart de siècle au cœur
de l'homme et du monde
par PATRICIA BRIEL,
publié dans le Temps le 2
avril 2005
Jean Paul II aura profondément
marqué le catholicisme.
Son règne a été
d'abord, avec ceux de
saint Pierre, Léon XIII
et Pie IX, l'un des plus
longs de l'histoire de l'Eglise.
Il s'est ensuite révélé
particulièrement dense,
en se déployant sur tous
les fronts politiques et
sociaux du monde moderne.
A l'heure du bilan, il est
difficile de résumer l'œuvre
accomplie en 26 ans. Ce
264e pape est inclassable.
Hyper-conservateur en matière
morale, il est aussi
apparu très progressiste
dans son engagement pour
les droits de l'homme et
ses critiques du néolibéralisme.
Un fait est certain : il a
redonné à l'Eglise une
place prépondérante sur
la scène mondiale. A
l'heure de tirer le bilan
du pontificat de Jean Paul
II, le chroniqueur
religieux est pris de
vertige, tant ce pape a
profondément marqué
l'histoire de l'Eglise
catholique, du
christianisme et du monde.
Avec ceux de saint Pierre,
Léon XIII (1878-1903) et
Pie IX (1846-1878), le règne
de Jean Paul II est en
effet un des plus longs de
l'histoire chrétienne. Un
des plus denses aussi,
puisqu'il a traversé des
bouleversements
politiques,
technologiques,
scientifiques, sociaux et
culturels majeurs. Jean
Paul II a fait de l'Eglise
un acteur important de la
planète, brisant les murs
du Vatican pour aller à
la rencontre du monde,
portant l'Evangile
jusqu'au bout de la terre,
inlassablement, jusqu'à
son dernier souffle.
Il est impossible de
donner un seul visage à
ce pape qui a été un
signe de contradiction
dans le monde.
Inclassable, paradoxal, le
263e successeur de l'apôtre
Pierre a semé tous ceux
qui ont cherché à
l'enfermer dans une catégorie.
A-t-on pensé qu'il était
conservateur ? Inflexible
sur les questions morales,
il a aussi été la seule
autorité mondialement
reconnue à oser affronter
le néolibéralisme, pour
défendre les droits de
l'homme dont il a fait un
de ses principaux combats.
Lui a-t-on reproché son
intransigeance et son
imperméabilité à la
critique ? Il a été le
seul pape en 2000 ans
d'histoire chrétienne à
avoir contraint l'Eglise
à faire un examen de
conscience douloureux.
L'a-t-on accusé de
vouloir réaliser l'unité
chrétienne sous l'étendard
catholique ? Il est
impossible d'omettre ses
efforts œcuméniques,
dont les plus
spectaculaires ont été
la signature en octobre
1999 d'une Déclaration
commune sur la doctrine de
la justification par la
foi avec les luthériens,
et la demande de pardon
adressée aux orthodoxes
pour les fautes des
catholiques lors de ses
voyages en Grèce et en
Ukraine en 2001. A-t-on
pensé qu'il méprisait
les autres religions ? La
Déclaration Dominus Jesus
diffusée le 5 septembre
2000 rappelle la supériorité
du christianisme sur
toutes les autres fois,
mais le même homme a réuni
à deux reprises, en 1986
et en 2002, les plus
importants leaders
religieux de la planète
à Assise afin de prier
pour la paix.
Sur les chemins du
monde
"Le Fils de l'Homme,
quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur
la terre?" C'est dans
ces paroles du Christ (Luc
18,8) qu'il faut sans
doute chercher la clé des
nombreux paradoxes du
pontificat de Jean Paul II.
Car ce pape, marqué par
une vision eschatologique
du monde, semble n'avoir
eu qu'un but en tête : réévangéliser
la terre, afin de préparer
le retour du Christ annoncé
par l'Evangile. D'où l'énergie
surhumaine qu'il a déployée
pendant les vingt-six années
de son pontificat. Son
action politique et
sociale a trouvé sa
source dans une pensée théologique
fondée sur la centralité
du Christ dans l'Histoire
et l'Univers, comme le
laisse entendre sa première
encyclique, Redemptor
hominis (1979). Même si
Jean Paul II s'est défendu
d'avoir voulu rétablir la
chrétienté, il a
toujours mis l'accent sur
la nature missionnaire de
l'Eglise, censée
s'opposer par l'évangélisation
à l' "esprit du
monde", dominé à
ses yeux par la
"culture de la
mort" qu'il a tant
fustigée. "Ce n'est
rien d'autre que le combat
pour l'âme de ce
monde" qui est en jeu
dans cette lutte
quotidienne de l'Eglise,
a-t-il écrit dans son
livre Entrez dans l'espérance
(Jean Paul II, Entrez dans
l'espérance, avec la
collaboration de Vittorio
Messori, Plon/Mame, 1994).
Jean Paul II a pris son rôle
de Vicaire du Christ très
au sérieux. Pour ce pape,
la fin a parfois justifié
des moyens surprenants, et
ses contemporains n'ont
pas manqué de le lui
reprocher à certaines
occasions. Trois grandes
lignes d'action ont marqué
son pontificat: la lutte
contre le communisme, le
combat pour les droits de
l'homme, et la guerre
contre "la culture de
mort".
Lorsque le cardinal
polonais Karol Wojtyla est
élu pape par le Sacré
Collège le 16 octobre
1978, à l'âge de 58 ans,
il hérite d'une Eglise
dont l'influence et le
pouvoir temporel sont en
plein déclin. Pour lui
redonner son aura et son
prestige, il se transforme
en pasteur universel. Il
parcourra la planète de
long en large, effectuant
plus de 100 voyages à l'étranger,
contribuant ainsi à
universaliser la
diplomatie pontificale.
Sous l'impulsion de Jean
Paul II, les relations
diplomatiques du Saint-Siège
se sont multipliées par
deux : aujourd'hui, plus
de 170 Etats disposent
d'une ambassade auprès du
Siège apostolique, contre
89 en 1978. Contrairement
à un Paul VI torturé par
la timidité et le doute,
Jean Paul II, premier pape
slave de l'histoire et
premier pontife non
italien depuis 1522,
apparaît comme un homme
de convictions fortes,
sociable et apte à donner
un nouveau visage à la
papauté. "Il apporte
incontestablement une
conception rénovée de
l'exercice du pouvoir
pontifical, délaissant
les habits de chef du
gouvernement de l'Eglise
pour endosser ceux d'un
leader moral et spirituel
international, côtoyant
les grands de la planète",
écrit un de ses
biographes (Dominique
Chivot, Jean Paul II,
Flammarion, coll. Dominos,
2000).
Le combattant des
droits de l'homme
Durant les cent premiers
jours de son pontificat,
il arrive à insuffler un
nouveau dynamisme à l'Eglise,
accroissant son influence
sur la scène mondiale.
Puis Jean Paul II
s'attaque à ce qui représente
à ses yeux le mal absolu
: le communisme. Karol
Wojtyla a ainsi fait
"de son identité
polonaise un pivot de sa
politique", écrivent
les journalistes Carl
Bernstein et Marco Politi
(Carl Bernstein et Marco
Polliti, Sa Sainteté Jean
Paul II et l'histoire cachée
de notre époque, Paris,
Plon, 1996). Il s'appuie
à cet effet sur
l'Ostpolitik déployée
par Jean XXIII et Paul VI,
et dont le maître d'œuvre
est le cardinal Agostino
Casaroli, nommé secrétaire
d'Etat par Jean Paul II.
Il lance sa première
offensive précisément en
Pologne, lors d'un voyage
en juin 1979. Il fait
miroiter à ses
compatriotes la vision
d'une Europe réunifiée
sous la bannière de la
chrétienté et ne se
prive pas de faire des
allusions critiques au
système communiste. Le
soutien sans faille qu'il
apporte au syndicat
Solidarnosc, ainsi qu'à
son leader Lech Walesa,
contribue à faire tomber
le régime honni. Jean
Paul II a-t-il mis le
communisme à terre ? Son
rôle est diversement apprécié,
mais le pape a préféré
la modestie, en affirmant
dans son livre
"Entrez dans l'espérance"
que "le communisme
est en un certain sens
tombé de lui-même".
Sa crainte du communisme
l'a parfois amené à se
montrer injuste. Par
exemple à l'égard de la
théologie de la libération,
qui s'inspire des outils
d'analyse marxiste. En
1984, une instruction de
Rome condamne cette théologie,
qui sera partiellement réhabilitée
en 1986. Cependant, la
tension entre Rome et une
partie de l'Eglise d'Amérique
latine durera plusieurs
années.
Cette attitude est
d'autant plus curieuse que
Jean Paul II n'a cessé de
placer les droits de
l'homme et la préoccupation
pour les pauvres au cœur
de son action, utilisant
la politique à des fins
évangéliques. "L'Evangile
est la déclaration la
plus achevée de tous les
droits de l'homme",
proclame-t-il dans son
livre. Son engagement
politique a dès lors
consisté à faire
entendre une parole évangélique
là où les droits de
l'homme étaient bafoués.
Jean Paul II s'est attaqué
aux dictatures de droite,
et s'est impliqué dans
tous les conflits qui ont
marqué la fin du XXe siècle.
Dans les années 1980, il
visite Haïti, le Chili,
l'Argentine, le Paraguay,
les Philippines, mais
refuse d'aller en Afrique
du Sud tant que
l'apartheid y est en
vigueur. Il dénonce les
atteintes aux droits de
l'homme au Nicaragua et au
Salvador, où l'archevêque
Oscar Romero est tombé
sous les balles des
terroristes. En 1998, il
se rend à Cuba. Il
s'emploie également à dénoncer
l'embargo dont ce pays est
victime avec l'Irak et la
Serbie. Il offre sa médiation
et fait intervenir ses
diplomates dans les
guerres des Malouines et
du Golfe, en
ex-Yougoslavie, au
Proche-Orient, en Irak,
aux Etats-Unis. Il
s'engage pour la paix et
cherche à établir une
autorité morale sur la scène
internationale, sans
toujours obtenir le résultat
escompté. Ainsi, ses
efforts pour convaincre
les Américains de ne pas
agresser l'Irak ont-ils été
vains. Partout, il a exigé
l'établissement d'un
ordre social bâti sur la
justice.
Le défenseur de
la morale
Inquiet de la déchristianisation
avancée des sociétés
occidentales et de la montée
des valeurs matérialistes,
Jean Paul II se lance
alors dans la nouvelle évangélisation.
Dans les pays de l'Est, la
chute du communisme n'a
pas représenté, comme il
l'espérait, une nouvelle
aube pour le
christianisme. A Prague,
après la disparition du
rideau de fer, on l'entend
pourfendre la laïcisation,
l'indifférence, l'hédonisme,
le matérialisme. En 1993,
il déclare à Riga, à la
stupéfaction de son
auditoire :
"L'exploitation à
laquelle se livrait un
capitalisme inhumain était
un mal véritable, et
c'est une vérité du
marxisme." Plus tard,
il explique dans une
interview accordée à un
journaliste: "Les
partisans du capitalisme
dans ses formes extrêmes
ont tendance à oublier ce
qu'il y avait de bon dans
le communisme, c'est-à-dire
sa volonté de combattre
le chômage, son souci des
pauvres." La chute du
mur de Berlin a signé le
triomphe d'un libéralisme
économique arrogant,
auquel plus aucune idéologie,
plus aucun obstacle ne
s'opposent. C'est au nom
des droits de l'homme que
Jean Paul II dénoncera
sans cesse les conséquences
néfastes d'un tel libéralisme.
Il n'a pas fait preuve de
la même ouverture
d'esprit en matière de
morale. Il n'a jamais
accepté la libéralisation
des mœurs, condamnant les
relations sexuelles hors
mariage, les moyens de
contraception,
l'avortement et
l'euthanasie,
l'homosexualité, parfois
au mépris de certaines réalités
sociales et du devoir de
compassion. Jean Paul II
est allé jusqu'à
demander à des femmes
bosniaques violées par
des Serbes de ne pas
avorter. Il n'a pas non
plus hésité à comparer
les enfants non nés aux
victimes de l'Holocauste.
Cette intransigeance lui a
valu l'incompréhension du
monde occidental. Lors des
conférences du Caire sur
la population en 1994 et
de Pékin sur les femmes
en 1995, il intervient
vigoureusement pour dénoncer
l'avortement et les moyens
de contraception. Le drame
du sida ne l'a pas amené
à plus de tolérance, la
seule protection légitime
à ses yeux restant la fidélité
conjugale et l'abstinence.
La lutte du pape en matière
de moralité a souvent été
jugée négativement, et a
éloigné de nombreux fidèles
de l'Eglise. Jean Paul II
l'a appuyée sur deux
encycliques, Veritatis
Splendor en 1993 et
Evangelium Vitae en 1995.
Aux yeux de Karol Wojtyla,
c'est la dimension morale
de l'homme qui lui confère
son aptitude à la
transcendance. Tout baptisé
est appelé à se
sanctifier durant sa vie,
et seule une conduite
moralement juste peut
amener l'homme vers le but
qui lui est propre. Jean
Paul II a voulu donner de
nombreux exemples aux
hommes, en béatifiant
plus de 1.300 personnes et
en canonisant plus de 460
serviteurs de Dieu.
Globalement, Jean Paul II
a été cohérent dans sa
défense de la vie,
puisqu'il a condamné définitivement
la peine de mort.
Un pape
autoritaire
Tout au long de son
pontificat, le pape a
accentué sa tendance
naturelle à
l'autoritarisme. Une fois
élu, et bien qu'il
affirme tenir à la
poursuite de la mise en œuvre
de Vatican II, il fait
rapidement la preuve de sa
volonté centralisatrice.
Oublié le concept de collégialité,
pourtant revalorisé par
le Concile. Comme l'écrivent
Marco Politi et Carl
Bernstein, "la partie
mettant en jeu la démocratisation
de l'Eglise était donc
perdue d'avance. [...] Il
n'avait jamais vécu dans
une démocratie; pour lui,
le terme "collégialité"
ne signifiait guère plus
qu'un sentiment de
solidarité ecclésiastique:
un lien entre frères, qui
n'en restent pas moins
subordonnés au même père,
à un homme exerçant
l'autorité absolue d'un
monarque."
Les jésuites ont été
parmi les premiers à
souffrir de
l'autoritarisme
pontifical. Dans les années
qui avaient suivi le
concile Vatican II, la
Compagnie de Jésus, liée
au pape par un vœu spécial
d'obéissance, avait pris
des distances avec
certains aspects de
l'enseignement de l'Eglise.
Aussi, lorsqu'en 1981, une
congrégation doit se réunir
pour choisir le successeur
du général démissionnaire
Pedro Arrupe, le pape
intervient-il brutalement
en nommant son délégué
personnel Paolo Dezza,
interrompant ainsi le
gouvernement normal de la
Compagnie. Les tensions ne
s'apaiseront qu'en 1983,
lorsque le pape donnera
son feu vert à la tenue
d'une nouvelle congrégation
qui élira un nouveau général
en la personne du
Hollandais Peter-Hans
Kolvenbach. Ce pape, qui a
inlassablement défendu
les droits de l'homme, les
a souvent négligés au
sein de son Eglise. Si, à
bien des égards, il a
respecté la dimension
prophétique de Vatican II,
Jean Paul II en a fait également
une interprétation toute
personnelle parfois bien
éloignée de l'esprit du
Concile.
L'exacerbation d'un
centralisme devenu inadapté
s'est fait particulièrement
sentir dans les dernières
années de son pontificat
: interdiction d'ordonner
les femmes et de donner la
communion aux personnes
divorcées et remariées,
refus de remettre en
question le célibat des
prêtres, publication du
motu proprio (décret)
"Apostolos suos"
qui réduit encore un peu
plus la marge de manœuvre
des conférences épiscopales,
celle du motu proprio
"Ad tuendam fidem"
qui verrouille la foi
catholique et interdit aux
théologiens de contester
le dogme, etc. L'extension
de la compétence magistérielle
du pape a notamment été
dénoncée en 1989 par 163
théologiens du monde
entier dans la Déclaration
de Cologne. La Congrégation
pour la Doctrine de la foi
a répliqué en rendant
obligatoire pour les théologiens
un serment de fidélité
au dogme catholique. Le
conservatisme de la Curie
a certainement contribué
à rendre ce pontificat
encore plus autoritaire.
Jean Paul II, peu porté
vers les tâches
administratives, ne s'est
pas beaucoup soucié du
gouvernement central de l'Eglise
catholique, laissant ainsi
à la Curie et à son secrétaire
d'Etat actuel, Angelo
Sodano, une grande marge
de manœuvre.
Main tendue aux
autres religions
Malgré sa tendance
conservatrice, ce pape a
été capable des gestes
les plus audacieux. En
avril 1986, il se rend à
la synagogue de Rome où
il rencontre le grand
rabbin Elio Toaff. Là, il
déclare : "Vous êtes
nos frères préférés,
et d'une certaine manière,
on pourrait dire nos frères
aînés." En mars
2000, il effectue un pèlerinage
en Terre sainte. Il prie
devant le mur des
Lamentations. Au mémorial
de Yad Vashem, il déplore
"les manifestations
d'antisémitisme dirigées
contre les juifs par des
chrétiens en tout temps
et en tout lieu".
Avant de partir pour Israël,
le 12 mars 2000, Jean Paul
II a demandé pardon pour
les fautes commises par
les membres de l'Eglise,
à la plus grande
consternation de certains
cardinaux. Cependant, son
attitude envers les juifs
a été teintée d'ambiguïtés
qui ont suscité leur
hostilité. En mars 1998,
la Commission pour les
relations avec le judaïsme
publie une réflexion sur
la responsabilité des chrétiens
dans la Shoah. Le document
innocente l'attitude des
chrétiens envers les
juifs et attribue l'entière
responsabilité de la
Shoah aux thèses antisémites
des nazis athées, tout en
admettant l'existence d'un
antijudaïsme chrétien
basé sur des
"sentiments de méfiance
et d'hostilité".
Cette déclaration a été
jugée frileuse par
beaucoup de juifs. En 1998
toujours, Jean Paul II
canonise Edith Stein, une
juive convertie au
christianisme, morte en
camp de concentration. Les
organisations juives y ont
vu une tentative de récupération
de l'Holocauste au profit
de l'Eglise catholique.
Sur le plan œcuménique,
Jean Paul II s'est montré
nettement moins
visionnaire. Conscient que
le ministère de Pierre
est un des principaux
obstacles à l'unité des
chrétiens, il a invité
en 1995, dans son
encyclique Ut unum sint,
les autres confessions à
réfléchir afin de
trouver de nouvelles
formes d'exercice de son
ministère. Néanmoins, il
n'a jamais rien proposé
de son propre chef. La
primauté juridique du
pape, son infaillibilité
et la question des
uniates, ces orthodoxes
convertis au catholicisme,
restent les principales
pierres d'achoppement dans
le dialogue avec les
orthodoxes. Avec les
protestants, les relations
ne sont pas meilleures
pour des raisons
similaires (excepté la
question de l'uniatisme),
même si Jean Paul II a
signé avec les luthériens
une Déclaration sur la
justification par la foi.
En dépit de ses problèmes
de santé, qui l'ont rendu
impotent, Karol Wojtyla a
gouverné l'Eglise avec
beaucoup de détermination
jusqu'à la fin. Grâce à
une foi et une volonté
hors du commun, Jean Paul
II a changé le destin de
l'Eglise. De lui, les
historiens retiendront
sans aucun doute qu'il fut
un des papes les plus
importants de l'histoire.
Glossaire
angélus: prière qui
reprend l'annonce faite
par l'archange Gabriel à
la Vierge Marie, composée
de trois versets suivis de
trois Ave Maria.
archevêque: titre donné
à l'évêque responsable
d'une province ecclésiastique
regroupant plusieurs diocèses.
camerlingue: cardinal
responsable de
l'administration du
Saint-Siège en cas de
mort du pape.
collégialité: propriété
de tous les évêques
entourant le pape, qui
sont solidairement
responsables de l'Eglise
et de l'évangélisation.
concile œcuménique:
assemblée des évêques
du monde entier, convoquée
par le pape pour régler
des difficultés
importantes ou actualiser
la transmission de la foi.
Le dernier concile en date
est celui de Vatican II
(1962-1965).
conclave: réunion des
cardinaux composant le
Sacré Collège pour élire
le pape. L'élection a
lieu dans la chapelle
Sixtine à la majorité
des deux tiers plus une
voix. Les cardinaux sont
enfermés le temps que
dure l'élection, afin que
celle-ci ait lieu
rapidement.
conférence épiscopale:
assemblée des évêques
d'un pays.
consistoire: assemblée
des cardinaux réunie
autour du pape pour
examiner les affaires
importantes de l'Eglise.
Curie: gouvernement
central de l'Eglise.
encyclique: lettre
solennelle du pape adressée
à tous les évêques et
les catholiques du monde.
Elle porte sur un point
important de la foi ou de
la morale, mais elle
n'engage pas
l'infaillibilité du pape.
infaillibilité: charisme
de celui qui ne peut se
tromper et qui appartient
au pape lorsqu'il prend
une décision en matière
de foi ou de morale en
usant de son autorité
suprême.
in pectore: formule utilisée
pour une décision que le
pape a prise «dans son cœur»
sans vouloir la rendre
publique.
magistère: ce terme désigne
l'autorité des évêques
et du pape quand ils
expriment ce qui est
reconnu comme la foi de l'Eglise.
mitre: coiffe liturgique
des évêques portée par
les papes depuis Paul VI,
qui a abandonné la tiare,
ancienne coiffe d'apparat
des papes.
motu proprio: décret.
nonce: représentant
diplomatique du pape auprès
d'un gouvernement étranger.
Le nonce apostolique a
rang d'ambassadeur.
pouvoir temporel: depuis
les Accords de Latran
(1929), le pape ne
conserve un pouvoir
temporel que sur la cité
du Vatican.
primauté: affirmation
selon laquelle l'Eglise
catholique et le pape possèdent
un pouvoir de juridiction
sur toutes les autres
Eglises. Décrétée lors
du concile Vatican I
(1869-1870), non reconnue
par les orthodoxes et les
protestants, cette primauté
de juridiction est
actuellement un obstacle
majeur aux relations œcuméniques.
Sacré Collège: ensemble
des cardinaux de l'Eglise.
urbi et orbi: bénédiction
solennelle donnée à la
"ville et au
monde".
Urbi
et orbi
"Le pape voyage
trop." Dès 1980,
certains prélats de la
Curie ont commencé à
exprimer leur réprobation
par rapport aux déplacements
du pape. En plus de 25 ans
de règne, Jean Paul II a
en effet passé plus de
10% de son temps hors du
Vatican et parcouru plus
de 1,2 million de kilomètres,
soit trois fois la
distance de la Terre à la
Lune ou 28 fois le tour de
la planète. Il a ainsi
mondialisé le métier de
pape, affirmant qu'il était
temps pour les pontifes de
devenir également les
successeurs de Paul.
Cependant, même si le
monde est devenu sa
paroisse, Rome est resté
son diocèse. Jean Paul II
fut aussi l'évêque de la
Ville éternelle, comme
ses prédécesseurs. Il
est vrai que son ministère
épiscopal a été moins médiatisé
que ses pèlerinages à l'étranger.
Pourtant, presque chaque
semaine, le pape est allé
rendre visite aux
paroisses de son diocèse,
sans compter les plus de
140 voyages qu'il a
effectués en Italie.
Un milliard de
catholiques dans le monde
La religion catholique
progresse mais elle est
surtout dynamique en
dehors de l'Europe
par PIERRE TANGUY,
publié dans Ouest-France
le 2 avril 2005
Le
pape est à la tête de la
plus grande communauté de
croyants existant
aujourd'hui dans le monde.
L'Eglise catholique, née
dans le bassin méditerranéen,
est devenue en moins de
2.000 ans une religion
planétaire à vocation
universelle (c'est le sens
du mot catholique). On
trouve des catholiques sur
tous les continents, mais à
des degrés très variés.
Selon l'Annuaire pontifical
2005, il y avait 1 milliard
86 millions de catholiques
dans le monde en 2003. Des
chiffres à prendre néanmoins
avec précaution, car les
effectifs des baptisés (qui
servent à élaborer ces
statistiques) sont calculés
sur la base des déclarations
des diocèses : une
marge d'erreur est possible,
étant donné la faiblesse
des moyens statistiques dans
certains pays, notamment en
Afrique. De ces chiffres, il
ressort deux enseignements
principaux : 1. le
catholicisme progresse ;
2. Il est surtout dynamique
en dehors de l'Europe.
La
progression globale
n'est pas énorme, mais
c'est une réalité. Entre
2002 et 2003, le nombre de
catholiques a progressé de
15 millions dans le monde.
Le chiffre n'est pas négligeable
car la
"concurrence" est
rude. La poussée du
catholicisme est battue en
brèche sur deux fronts.
D'abord au sein même du
christianisme où mouvements
pentecôtistes (d'obédience
protestante) affichent une
grande dynamique, notamment
en Amérique. Ensuite, dans
les pays d'Asie et d'Afrique
où l'islam, deuxième
religion du monde, manifeste
son ardeur prosélyte.
Cette
progression est inégale. Dans
les pays de tradition
catholique comme ceux
d'Europe (286 millions de
fidèles), la stagnation est
palpable. Baisse de la
pratique religieuse et crise
des vocations en sont les
symptômes les plus
frappants. En revanche,
l'Afrique enregistre une
augmentation de 4,5 %
de fidèles, l'Asie de 2,2 %,
l'Océanie de 1,3 %. Si
l'Amérique voit le nombre
des catholiques progresser
de 1,2 %, c'est surtout
grâce à l'Amérique
centrale et latine. Le Brésil
demeure le pays le plus
catholique de la planète
avec 50 millions de baptisés.
Le
fait nouveau pour le
catholicisme, c'est surtout
sa capacité à s'implanter
aujourd'hui dans des pays où
on ne s'attendrait pas à le
trouver. En Chine, par
exemple, mais également
dans les pays du Maghreb. Il
faut dire que, dans ces
pays, le catholicisme se développe
parallèlement à des
mouvements évangéliques
autrement plus conquérants
et répartis en une myriade
d'Eglises.
Le pontificat de
Jean-Paul II
paru dans le Devoir le
2 avril 2005
Voici
quelques statistiques
relatives au pontificat
exceptionnellement long du
pape Jean-Paul II, qui a débuté
le 16 octobre 1978. Au
1er avril 2005, le pape
est au Vatican depuis 26
ans, cinq mois et 16
jours, ce qui fait de son
pontificat le troisième
en matière de durée en
2000 ans d'histoire de l'Eglise
catholique. Le plus long
pontificat est celui de
saint Pierre, qui aurait
dirigé l'Eglise pendant
34 ans. Inversement,
nombre de papes du Moyen Age ne sont restés en
poste qu'un mois au plus.
En 757, Stéphane II est
mort quatre jours après
son élection, avant même
d'être officiellement
installé. Le plus court
pontificat de l'ère
contemporaine fut celui de
Jean-Paul Ier, prédécesseur
de Jean-Paul II, qui n'a
dirigé l'Eglise que 33
jours.
Pendant son pontificat,
Jean-Paul II a :
- parcouru 1.247.613 kilomètres
au total, soit 3,24 fois
la distance qui sépare la
Terre de la Lune;
- visité 129 pays et
territoires différents;
- effectué 146 voyages en
Italie;
- rendu 301 visites aux
paroissiens de Rome;
- passé 822 jours, soit
plus de deux ans et trois
mois, hors du Vatican;
- plus de 20.000 messages
publics, soit environ
100.000 pages;
- tenu plus de 1.160
audiences au Vatican,
auxquelles ont assisté
plus de 17,64 millions de
personnes;
- publié plus de 100
documents majeurs, dont 14
encycliques, 45 lettres
apostoliques, 14
exhortations apostoliques,
11 constitutions
apostoliques;
-
béatifié 1.338
personnes, plus que tous
ses prédécesseurs des
quatre derniers siècles réunis;
-
nommé 231 cardinaux, dont
183 sont toujours vivants.
Parmi eux, 119, âgés de
moins de 80 ans, sont éligibles
pour intégrer le conclave
chargé d'élire le
prochain pape. Ils sont
116 à avoir été nommés
par Jean-Paul II et trois
seulement par Paul VI,
pape de 1963 à 1978;
-
mené des discussions avec
plus de 1590 chefs d'Etat
ou de gouvernement.
L'affluence la plus
importante à une messe
papale a été enregistrée
à Manille en 1995, avec
environ quatre millions de
fidèles. Inversement,
seules 200 personnes
environ se sont déplacées
à la messe célébrée
par le pape lors d'un
voyage dans les pays
scandinaves en 1989.
Star system
par GERARD DUPUY,
publié dans Libération
le 2 avril 2005
Le
procès en béatification
de Karol Wojtyla
commencera à la minute même
où sa vie finira. Lui qui
a fait des saints à tour
de bras a mérité comme
peu d'entre eux cette
marque de gratitude de l'Eglise
catholique pour ceux qui
l'ont bien servie. Ayant hérité
d'une institution
malhabile au maniement de
l'arsenal médiatique
contemporain, il a vite su
détourner à son profit
le star system qu'il sécrète
inévitablement. Depuis
son élection inattendue
jusqu'aux presque derniers
instants de son agonie, il
a été - tout
simplement - l'homme le
plus photographié et le
plus filmé du monde. Avec
son trésor d'images vénérables
mais poussiéreuses, le
catholicisme avait un
problème de visibilité.
Jean Paul II, dont le
quart d'heure de célébrité
a duré un quart de siècle,
l'a brillamment résolu.
Dans ce rôle d'acteur, de
ce côté-là des téléobjectifs,
il sera difficilement
remplaçable.
Comme
producteur du spectacle, sa
continuité est assurée car
son successeur sera choisi
par (et parmi) des prélats
qu'il a lui-même distingués.
Le choix du prochain
conclave se fera entre
diverses nuances d'un
conservatisme d'autant moins
remis en question qu'un des
grands succès de Jean Paul
II a justement été de
marginaliser dans l'Eglise
catholique toutes les
contestations - à droite
avec les intégristes ou à
gauche avec les théologies
dites de la libération. Car
l'autre face du charisme
wojtylien a été un
centralisme idéologique et
organisationnel encore
jamais vu depuis plus d'un
millénaire dans une
institution pourtant experte
en la matière. En bon fils
de militaire de carrière et
en citoyen dissident mais
attentif d'un Etat soviétisé,
Jean Paul II a particulièrement
soigné le département des
cadres et la chaîne de
commandement. Cela
simplifiera le travail du
prochain pontife appelé à
régner. Dernière figure
marquante du XXe siècle
avec Castro, Jean Paul II
marquera ainsi durablement
celui qui se poursuivra sans
lui.
Jean-Paul
II, vu par René Rémond
L’histoire
retiendra l’image de cet
athlète de la foi, de ce
Pape intrépide qui adjurait
les chrétiens de n’avoir
peur de rien
paru dans la Croix le 2
avril 2005
L'auteur
est historien, de l’Académie
française
Que sera
le jugement de l’histoire
sur Jean-Paul II ? Une chose
au moins est sûre : sa
place est déjà marquée
comme de l’un des plus
grands dans la succession de
personnalités
exceptionnelles qui, depuis
un siècle, ont restitué
prestige et ascendant à la
fonction pontificale. Ne
serait-ce que par la
singularité de ses origines
: premier Pape non italien
depuis la Réforme, premier
Pape slave de l’histoire,
et qui s’était mesuré
personnellement tour à tour
avec les deux totalitarismes
qui ont dominé l’Europe.
L’histoire reconnaîtra
son rôle dans la chute du
communisme et pour le
rapprochement des deux moitiés
séparées de l’Europe.
Elle retiendra l’image de
cet athlète de la foi, de
ce Pape intrépide qui
adjurait les chrétiens de
n’avoir peur de rien, de
ce pasteur itinérant qui,
dans la foulée de Paul VI,
n’a cessé de parcourir le
monde et de visiter toutes
les Eglises pour les
conforter dans la foi ou les
soutenir dans leur résistance
à des pouvoirs tyranniques.
Son action inspirera des
appréciations diverses.
Certains, retenant son
insistance à réaffirmer
dans son intransigeance
l’enseignement
traditionnel sur la vie, la
sexualité, le mariage, sa dénonciation
sans relâche des déviations
du sens moral, son
opposition catégorique à
l’accès des femmes aux
ministères ordonnés, présenteront
son pontificat comme
conservateur. D’autres
rappelleront qu’il a été
fidèle pour l’essentiel
à l’esprit du Concile.
Aucun Pape n’a autant
affirmé la concordance
entre le christianisme et
les droits de l’homme,
pareillement revendiqué une
pleine liberté pour toutes
les expressions religieuses.
On rappellera son initiative
révolutionnaire de réunir
à Assise les représentants
de toutes les grandes
religions, son attachement
à l’œcuménisme, sa
condamnation réitérée de
l’antisémitisme, la
reconnaissance d’Israël.
Sur l’organisation de la
société, ses encycliques
ont enrichi la réflexion,
et leurs positions
courageuses interdisent
toute assimilation de sa
pensée à la défense
d’un ordre social. Ainsi,
ce pontificat d’une
richesse extrême se prête
de ce fait à des interprétations
contrastées. Mais cette
diversité d’attitudes ne
serait-elle pas
aujourd’hui, dans un
univers de plus en plus
complexe, la seule façon
possible d’assumer
l’universalité ?
Jean-Paul
II, vu par Mgr Gérard
Defois
"L’homme,
fait majeur de la
culture" : La culture
et la foi ne s’opposent
pas, elles sont toutes
deux au cœur de l’
"être" humain
paru
dans la Croix le 2 avril
2005
L'auteur
est évêque de Lille
L’un
des apports les plus spécifiques
du Pape Jean-Paul II à la
pensée catholique est
certainement sa réflexion
sur la culture. Certes, ce
thème a été largement
évoqué avant lui. Le
Concile Vatican II
l’avait traité dans la
constitution : "L’Eglise
dans le monde de ce
temps" (53-62), Paul
VI avait souligné la
rupture entre l’Evangile
et la culture comme le
drame de notre époque. De
nombreux débats sur
l’inculturation avaient
partagé les théologiens
depuis plusieurs décennies.
Mais Jean-Paul II apporte
avec lui une autre problématique.
En effet, bien des propos
précédents se référaient
à un schéma
d’incarnation de la vérité
chrétienne dans la
culture d’un temps ou
d’une région du monde.
Ils supposaient un rapport
d’extériorité entre
l’Evangile et les données
culturelles particulières.
Cela pouvait
paradoxalement coexister
avec un discours sur la
culture au singulier, en
fait la culture européenne
qui permettait aux
populations moins développées
d’accéder à des
connaissances sur
l’homme, ses techniques
et sa philosophie. Autant
de savoirs transmis par
l’école, qui
permettaient au plus grand
nombre de s’élever à
un meilleur être et à un
mieux vivre. Or, cette
culture occidentale était
de moins en moins référée
aux valeurs et aux
conceptions chrétiennes
de l’homme, d’où la
rupture soulignée par
Paul VI.
La
culture, fondement de la
nation
Avec
Jean-Paul II, c’est
d’abord l’expérience
communautaire d’un
peuple qui naît et croît
dans sa culture qui est le
fait primordial. Elle est
le berceau de l’homme.
Il s’en est
remarquablement expliqué
lors de son allocution à
l’Unesco à Paris, le
1er juin 1980. "La
nation est en effet la
grande communauté des
hommes qui sont unis par
des liens divers, mais
surtout précisément par
la culture. La nation
existe "par" la
culture et
"pour" la
culture, elle est donc la
grande éducatrice des
hommes pour qu’ils
puissent "être
davantage" dans la
communauté." En
parlant de la Pologne et
de son expérience au
cours des siècles, il
souligne : "Elle a
conservé son identité,
et elle a conservé, malgré
les partitions et les
occupations étrangères,
sa souveraineté
nationale, non en
s’appuyant sur les
ressources de la force
physique, mais uniquement
en s’appuyant sur sa
culture. Cette culture
s’est révélée en
l’occurrence d’une
puissance plus grande que
toutes les autres
forces." Cette
approche, plus
existentielle que les précédentes,
met en valeur l’aspect
communautaire de la
culture et de la langue
comme vecteur de valeurs
et de visions du monde.
L’éducation, la vie
familiale et nationale
sont ainsi les
constituants premiers de
la pensée ; à travers un
système de relations et
de communication, sinon de
production, se révèle,
s’engendre la conscience
d’un homme personnel,
mais ouvert à
l’universel.
La
priorité de l’être sur
l’avoir et le faire
Car
pour Jean-Paul II, la
culture particulière
s’ouvre sur le
fondamental : "On ne
peut penser une culture
sans subjectivité humaine
; mais dans le domaine
culturel, l’homme est
toujours le fait premier :
l’homme est le fait
primordial et fondamental
de la culture." Nous
retrouvons là une des
caractéristiques du
pontificat, l’insistance
du Pape sur les droits de
l’homme : une
philosophie thomiste et
existentielle à la fois,
ici réconciliée, lui
permet une vision
anthropologique qui
marquera l’ensemble des
documents qu’il a signés
: le chrétien se dit tel
à travers un humanisme
essentiel : "La
culture est ce par quoi
l’homme en tant
qu’homme devient
davantage homme,
"est" davantage,
accède davantage à
"l’être"
". Là où Vatican II
offrait une description phénoménologique
de la culture, Jean-Paul
II donne une définition
ontologique, affirmant
ainsi la priorité de l’être
sur l’avoir et le faire.
Par conséquent, dans son
enseignement éthique en
matière biologique ou
sociale, le Pape abordera
toujours les problèmes en
fonction de cette
perspective
d’humanisation et de
responsabilité de
l’homme à l’égard de
sa nature et de ses
relations. Insister ainsi,
c’est ériger l’homme
comme repère essentiel
dans l’évaluation de
ses relations comme de ses
productions. Toute
technique manipulatoire
comme toute entreprise
totalitaire sont autant de
destructions de l’homme
dans son essence et sa
personnalité, dans sa
vocation de Fils de Dieu
comme dans sa vérité
"naturelle".
La culture n’est pas un
accident dans l’itinéraire
historique de l’homme,
elle est ce qui le fait
homme. Et c’est pourquoi
le salut de l’homme en Jésus-Christ
ne saurait l’amoindrir,
il ne peut que l’épanouir.
La foi est elle-même
ainsi génératrice de
culture, créatrice de
sens, de vision du monde
et de relations. Par là même,
elle rencontre la vérité
de l’homme en tant
qu’homme et lui apporte
une lumière qui le réalise
pleinement dans la
rencontre de Dieu et de sa
parole. Jean-Paul II
affirme alors le
"lien fondamental de
l’Evangile, c’est-à-dire
du message du Christ et de
l’Eglise avec l’homme
dans son humanité même".
Il nous reste à méditer
et à prolonger cette
perspective intellectuelle
audacieuse. La problématique
du Pape Jean-Paul II a
parfois posé question
dans ses conséquences
concrètes ; peut-être
n’avions-nous pas assez
compris l’unité d’une
réflexion dont le
christianisme contemporain
a un urgent besoin ? Pour
fonder son éthique et
mettre en œuvre son
ouverture prophétique.
L'impératif de la
nouvelle évangélisation
D’abord
synonyme de dynamisme
prophétique, cet élan de
renouveau insufflé par
Jean-Paul II a voulu
ensuite combattre, dans
les pays d’ancienne
tradition chrétienne, les
dangers du relativisme éthique
par
HERVE LEGRAND, publié
dans la Croix le 2 avril
2004
L'auteur
est dominicain et théologien
"Il
est urgent de refaire le
tissu chrétien de la société
humaine." Ce mot
d’ordre de Jean-Paul II
traduit une préoccupation
majeure de son pontificat
: promouvoir une
vigoureuse "nouvelle
évangélisation" des
sociétés occidentales,
en pleine mutation. Par
leurs mœurs, comme par
leurs nouvelles lois, ne
s’éloignent-elles pas
chaque jour du
christianisme ? C’est en
1983 que ce Pape parle
pour la première fois de
"nouvelle évangélisation".
Aux évêques du Conseil
épiscopal latino-américain
(Celam), il demande
qu’elle soit
"nouvelle en son
ardeur, dans ses méthodes,
dans son expression".
Cinq ans après, en
Uruguay, il en rappelle le
but : "Il faut que la
vie même du pays, dans
toutes ses manifestations,
soit conforme aux
principes évangéliques."
Surtout, il en décrit la
nouveauté : nouveauté de
l’ardeur, puisée dans
"une confiance
renouvelée en Jésus-Christ"
; nouveauté de la méthode
"si chaque membre de
l’Église se fait le
protagoniste de la
diffusion du message du
Christ" ; nouveauté
de l’expression si
"l’on annonce la
Bonne Nouvelle dans un
langage que tous puissent
comprendre… dans une fidélité
authentique au magistère
de l’Eglise". Si
l’expression date de
1983, la préoccupation se
fait jour dès le début
du pontificat. Recevant
les évêques du Conseil
des conférences épiscopales
d’Europe (CCEE),
Jean-Paul II leur confie dès
1979 qu’ "il est très
important et fondamental
de réfléchir sur le
problème de l’évangélisation
du continent européen
[…] à l’heure de l’œcuménisme".
Avec d’autres éléments,
cette mention reflète une
conception complexe de
l’évangélisation,
qu’il explicite dans
l’encyclique Redemptoris
missio (1990). Il y
distingue trois manières
d’annoncer l’Evangile,
liées au contexte. Il y a
d’abord la mission ad
gentes, qui est
l’annonce de la foi
"aux peuples, groupes
humains et contextes
socioculturels dans
lesquels le Christ et son
Evangile ne sont pas
connus". Il y a
ensuite l’activité
pastorale "des
communautés chrétiennes
fortes et adaptées, à la
foi et à la vie
ferventes, qui prennent
conscience de la mission
universelle". Il y a
enfin une situation intermédiaire
où une nouvelle évangélisation
est requise : "Les
pays de vieille tradition
chrétienne, mais parfois
aussi les Eglises plus
jeunes, où des groupes
entiers de baptisés ont
perdu le sens de la foi
vivante" et "mènent
une existence éloignée
du Christ et de son
Evangile". Il invite
ainsi toutes les Eglises
d’Occident à faire face
à ces questions d’évangélisation
que le livre "France,
pays de mission ?"
(1943) avait soulevées,
non sans remous, quarante
plus tôt.
Pendant les dix premières
années de ce pontificat -
en fait, jusqu’à la
chute du communisme -,
l’élan donné à la
nouvelle évangélisation
fut synonyme d’ouverture
et de mouvement. Les
nombreux voyages de
Jean-Paul II en sont le
symbole. Polonais, il
apparaît comme le Pape
des droits de l’homme.
Il contribue au processus
de sortie du communisme et
donc à l’instauration
de démocraties de type
occidental. Il devient le
symbole de l’ouverture
aux autres religions, et
donc au pluralisme : il prêche
aux jeunes musulmans à
Casablanca (1985). Il est
le premier Pape à se
rendre à la synagogue de
Rome (1986). Il invite les
leaders des grandes
religions à Assise, afin
de prier pour la paix
(1986).
Une conjoncture politique
singulière favorisait le
projet de Jean-Paul II.
Son retournement l’a
affaibli. D’une part, la
victoire sur le communisme
athée ne fut pas celle de
la religion, dont le
retour révéla des traits
négatifs dans
l’ex-Yougoslavie et,
plus à l’est, dans les
conflits entre catholiques
et orthodoxes. D’autre
part, le projet de
"refaire le tissu chrétien
de la société
humaine" (exhortation
Christifideles laici n.
34), inhérent à la
nouvelle évangélisation,
est entré en conflit, à
l’Est comme à
l’Ouest, avec les systèmes
démocratiques et
pluralistes qui légalisent
le divorce, l’avortement
et l’euthanasie. Le Pape
dénonce ce règne des
opinions qui fait de la démocratie
"un mot creux"
(encyclique Evangelium
vitae» n. 70). Il
souligne "le risque
de son alliance avec le
relativisme éthique qui
retire à la convivialité
civile toute référence
morale sûre et la prive,
plus radicalement, de
l’acceptation de la vérité»
(encyclique Veritatis
splendor n. 101). La loi
civile se conformant de
moins en moins à la loi
morale, il s’avoue
accablé par une
impuissance insurmontable,
devant "un tragique
obscurcissement de la
conscience
collective".
L’exhortation Ecclesia
in Europa (2003) est son
dernier texte sur la
nouvelle évangélisation.
Tout en souhaitant la
mention du christianisme
dans la Constitution européenne,
elle avalise "le
plein respect de la laïcité
des institutions européennes"
et récuse "l’Etat
confessionnel". Le
rappel du passé chrétien
de l’Europe y prédomine
et on y dénonce encore
"l’apostasie
silencieuse" et
"la culture de
mort". Mais le ton a
changé. D’abord, l’évocation
de l’espérance
structure tout ce texte,
tournant le regard vers
l’avenir. De plus, le
rappel des normes morales
est lié au témoignage
des chrétiens et à leur
conversion "au Christ
et à son Evangile".
Le Pape y rappelle la nécessité
de l’inculturation, de
la collaboration entre
Eglises locales, et entre
chrétiens séparés -
sans toutefois envisager
de collaborer avec eux
dans l’évangélisation,
alors qu’ils sont
majoritaires en Europe.
Provenant du Synode des évêques,
ces inflexions influeront
probablement sur la manière
dont sera mis en œuvre
l’ultime appel de
Jean-Paul II : "Eglise
en Europe, la nouvelle évangélisation
est le devoir qui
t’attend" (n. 45).
Un cap maintenu du début
à la fin de ce
pontificat, sans qu’il
perde de son actualité.
Un
Pape venu de Pologne
Avec
Karol Wojtyla, c’est un
Slave, un porte-parole de
"l’Eglise du
silence", ami des
dissidents de l’Est, qui
parvient en 1978 à la tête
de l’Eglise. Et il va le
faire savoir
par
BERNARD LECOMTE, publié
dans la Croix le 2 avril
2005
L'auteur
a écrit La Vérité
l’emportera toujours sur
le mensonge (Lattès,
1991), et Jean-Paul II
(Gallimard, 2003)
Un
Pape brésilien ou sénégalais
eût-il ainsi changé la
face de l’Europe ? Quand
il est choisi par le
conclave, Karol Wojtyla a
derrière lui trente ans de
prêtrise à Cracovie,
c’est-à-dire trente ans
de pratique quotidienne du
communisme. C’est un
Polonais, un Slave,
porte-parole de l’ "Eglise
du silence" et ami des
dissidents de l’Est, qui
parvient ainsi à la tête
de l’Eglise. Et qui va le
faire savoir. Qu’on se
rappelle le premier voyage
de Jean-Paul II à l’Est,
dans sa Pologne natale, en
juin 1979. Un triomphe. A
une époque où chacun pense
que le communisme est là
pour longtemps, que
l’Europe est durablement
coupée en deux,
l’avertissement du
"Pape slave" résonne
comme un coup de tonnerre :
"Nul ne peut exclure le
Christ de l’histoire de
l’homme en quelque partie
du globe !" Un écho à
son tout premier appel, le
jour de l’inauguration de
son pontificat :
"N’ayez pas peur !
Ouvrez, ouvrez toutes
grandes les portes du Christ
! A sa puissance
salvatrice, ouvrez les
frontières des Etats, les
systèmes économiques et
politiques !" Vaste
programme.
Est-ce un hasard si, en août
1980, un an après ce voyage
historique, le portrait de
Jean-Paul II trône, accroché
aux grilles des chantiers Lénine
de Gdansk ? Les militants
ouvriers qui mènent la grève,
les intellectuels venus les
aider, mais aussi les
dissidents des pays voisins
qui vont suivre avec passion
l’aventure de Solidarnosc,
comprennent qu’ils ont désormais
un allié de poids à
Rome… Dès son élection,
Jean-Paul II a porté une
attention toute personnelle
aux chrétiens de l’Est,
multipliant les gestes à
l’adresse des Polonais,
mais aussi des Tchèques,
des Slovaques, des Hongrois,
des Albanais, des
Lituaniens, des Ukrainiens,
etc.
D’emblée, il réoriente
l’Ostpolitik menée par
Jean XXIII puis par Paul VI,
qui visait à maintenir le
contact, à tout prix, avec
les Eglises de l’Est. Or,
comme les prélats martyrs,
les cardinaux Slipyi
(Ukraine), Beran (Tchécoslovaquie)
ou Mindszsenty (Hongrie),
l’ex-archevêque de
Cracovie est convaincu
qu’on ne
"dialogue" avec un
pouvoir totalitaire qu’en
position de force. Il charge
un diplomate de grand
talent, Mgr Agostino
Casaroli, promu secrétaire
d´Etat, d’assurer la
transition vers une nouvelle
politique, clairement
offensive : au lieu de négocier,
à petits pas, les intérêts
des Eglises persécutées,
Jean-Paul II appelle à défendre
prioritairement l’homme,
sa primauté, sa dignité,
ses droits inaliénables. La
première encyclique du
nouveau Pape, Redemptor
hominis, l’affirme avec
force dès 1979. Douze ans
plus tard, une autre
encyclique, Centesimus
annus, en confirmera le
bien-fondé. Droits de
l’homme, droit des
nations… Au fil des années,
le Pape invite chaque nation
est-européenne à défendre
son histoire, sa culture, sa
langue, son identité contre
les déformations de la
propagande, contre le mythe
de l’
"internationalisme prolétarien",
contre le mensonge.
A l’Europe déchirée,
il oppose l’unité et la pérennité
de la civilisation européenne
née, il y a mille ans, de
saint Benoît (à
l’Ouest), des saints
Cyrille et Méthode (à
l’Est). Il voue le Mur, tôt
ou tard, aux gémonies. Il
prône la solidarité, ce
"lien" entre les
hommes sans lequel il ne
peut y avoir ni pluralisme
ni démocratie. Ce message-là,
c’est aussi celui de
non-croyants comme Adam
Michnik, Jan Patocka, Vaclav
Havel, Andreï Sakharov et
bien d’autres. Dynamiques
convergences… En face, le
Kremlin se crispe. Quand, en
mai 1981, le Pape échappe
à une tentative
d’attentat, chacun y voit
la main du KGB. Lorsque le général
Jaruzelski met fin à
l’expérience de
Solidarnosc, en décembre
1981, le Pape soutient, de
toutes ses forces, la résistance.
En 1983 et en 1987, il
vient, à nouveau, remonter
le moral de ses
compatriotes. Et entretenir
l’espoir. Certains, à la
Curie, désapprouvent ce
qu’ils qualifient de
"croisade".
L’ex-archevêque de
Cracovie tient bon. Il sait
que son discours, relayé
dans les autres pays
catholiques (à Prague, par
exemple, par le cardinal
Tomasek), est d’autant
plus inquiétant pour les régimes
communistes que ceux-ci sont
menacés, un par un, par une
profonde crise économique
et morale. A commencer
par l’URSS elle-même.
Lorsque Mikhaïl Gorbatchev,
pour sauver son régime,
lance la perestroïka,
Jean-Paul II,
paradoxalement, hausse le
ton. Il défend le droit des
Biélorusses à avoir des évêques,
il exige la reconnaissance
de l’Eglise catholique
"uniate"
d’Ukraine, il réclame la
liberté de culte pour les
Lituaniens. Lors du millénaire
de la Russie, à Moscou, en
juin 1988, le cardinal
Casaroli entame avec
Gorbatchev un vrai dialogue
qui aboutira à la visite de
celui-ci au Vatican, le 1er
décembre 1989. Un événement.
Quelques semaines plus tôt
ont eu lieu les principaux
bouleversements à l’Est,
ce "long pèlerinage
vers la liberté dont les étapes
sont Varsovie, Moscou,
Budapest, Berlin, Prague,
Sofia et Bucarest". Le
21 avril 1990, à Prague, où
le président Havel l’a
invité, Jean-Paul II ne
s’adresse pas seulement
aux Tchécoslovaques, mais
à tous les peuples de
l’Est, lorsqu’il lance :
"Vous avez vaincu la
peur !"
Un
règne conquérant et réactionnaire
En
près de 27 ans à la tête
de l'Eglise, l'ancien prêtre
polonais aura su redonner
tout son lustre à
l'institution pontificale
et tendre la main aux
autres religions. Mais il
aura utilisé son charisme
pour opérer une
restauration des
"valeurs chrétiennes"
et défendre une morale
sexuelle intransigeante
par FRANÇOIS
DEVINAT, publié dans Libération
le 2 avril 2005
Le 16
octobre 1978, un pape slave
prend possession du Vatican.
Grâce à la division du
clan transalpin et à
l'internationalisation du
Sacré Collège, le 264e
successeur de Pierre est le
premier cardinal non italien
propulsé sur le trône
pontifical depuis l'élection
d'Adrien VI, un protégé de
Charles-Quint. Polonais de
58 ans au physique de hardi
montagnard, Karol Wojtyla
est l'antithèse de son
fugace prédécesseur, Jean
Paul 1er, ravi à son trop
écrasant magistère par un
infarctus après
trente-trois jours de règne.
Personne n'imagine alors que
ce nouveau pape va révolutionner
la fonction et entrer au
Guinness Book des pontifes
romains.
Un pape miraculé
Pour de multiples raisons
: le plus globe-trotter
(plus de deux fois la
distance Terre-Lune
couverte par la
Papamobile), le plus
sanctifié dans la
starisation médiatique en
héraut planétaire des
"droits de
l'homme", mais aussi
le plus "rétro"
depuis Pie XII dans sa
volonté de restauration
des "valeurs chrétiennes"
et son obsession d'une
morale sexuelle
insubmersible, le plus
grand sabreur de théologiens
infidèles, résolu à ne
voir qu'une seule tête
derrière sa tiare. Le
plus miraculé aussi, après
la balle d'Ali Agca qui,
le 13 mai 1981, lui fit frôler
l'extrême-onction sur la
place Saint-Pierre. Né le
18 mai 1920 à Wadowice,
une petite ville près de
Cracovie, Karol Wojtyla
incarne la fierté
polonaise têtue et
ombrageuse, issue d'une génération
au rêve fracassé. Avec
son père sous-officier,
homme rugueux et cultivé
à la fois, Karol a une
relation d'autant plus
forte qu'il perd sa mère
à l'âge de neuf ans et
son frère aîné à
douze.
Résistance
Le futur pontife n'est pas
fasciné par la vocation
religieuse. Astreint par
l'occupant au travail
obligatoire quand Hitler
avale l'Europe centrale,
Karol Wojtyla se frotte à
la condition ouvrière
dans une usine chimique.
En 1942, seul au monde après
la mort de son père, il
se tourne vers un père
d'adoption qui l'a remarqué,
l'archevêque de Cracovie,
Mgr Sapieha. Le jeune
homme devient séminariste
de l'ombre. Tel est déjà
le noyau dur de sa foi
lorsqu'il est ordonné prêtre
en 1946 : la résistance
à l'oppression barbare et
athée, identifiée à la
terre natale rougie par le
sang des martyrs. Envoyé
à l'institut
philosophique dominicain
de l'Angelicum à Rome, il
en revient deux ans plus
tard, en 1958, après
avoir visité la France,
la Belgique et les
Pays-Bas. Mais c'est dans
une Pologne à nouveau
crucifiée, par le
communisme cette fois, que
l'Histoire repasse les
plats au jeune prêtre -
ceux de la résistance à
l'occupant. Derrière
l'intraitable cardinal
primat Wyszynski, il
glisse sa large carrure
sur la scène
politico-religieuse. A 38
ans, il devient le plus
jeune évêque de Pologne.
Jean
XXIII et Paul VI ne
terniront pas son étoile :
le voici promu archevêque-métropolite
de Cracovie en 1963, puis
cardinal en 1967. Il
pressent alors la nécessité
pour l'Eglise polonaise
d'enraciner son assise ouvrière
afin de se faire respecter
du régime, ce qui le
conduit au passage à
soutenir le parti des prêtres
ouvriers contre Pie XII.
Mais, s'il prend une part
active au concile Vatican II,
le futur Jean Paul II laisse
déjà percer sa méfiance
envers une Eglise à
l'organisation trop
horizontale.
Bouclier
psychologique
Aux
yeux du monde, l'élection
du nouveau pape, ce 16
octobre 1978, surgit alors
que le sol se dérobe à
l'Est sous les dictatures
communistes. Habile, Jean
Paul II donne l'impression
d'orchestrer cet écroulement
massif, que sa seule
influence est loin
d'expliquer. En Pologne,
d'où part le séisme, son
rôle de catalyseur est
pourtant indéniable.
Jusqu'à la chute du Mur,
il est le bouclier
psychologique qui permet
à la société polonaise
d'exorciser sa peur et de
briser ses chaînes. Après
l'euphorie des années
Gorbatchev, un des grands
rêves de la papauté ira
s'effilochant : celui de
retrouver un rôle
d'acteur quasi messianique
parmi les grands de ce
monde, après avoir été
honteusement expulsée de
l'Histoire par son non-dit
assourdissant sous le
nazisme.
Catholicisme
intransigeant
Karol Wojtyla embouche
alors d'autres
trompettes de la renommée.
Celle, entre autres,
d'une restauration
morale à tous crins,
que l'on peut juger à
l'aune du catholicisme
polonais jetant
l'interdit sur
l'avortement ou
ressuscitant
l'enseignement religieux
obligatoire à l'école.
Catholicisme
intransigeant qui
provoque de violents
retours de flamme anticléricaux
sur la terre natale du
pape. Prophète des
droits de l'homme côté
cour, tenant crispé du
centralisme autoritaire,
côté jardin... C'est
toute l'ambivalence de
ce pape en trompe-l'œil.
L'essentiel de son énergie,
il la mettra en fait à
fortifier son magistère
ou, plutôt, à colmater
les fissures d'une
Eglise tiraillée plus
que jamais entre Nord et
Sud, conservateurs et
libéraux. Il étouffera
dans l'œuf toute évolution
du système clérical,
sans cesser de courir
d'un bout à l'autre de
son diocèse planétaire,
même quand ses forces
le trahiront,
identifiant l'Eglise
catholique à un
charisme de commis
voyageur nimbé de
blancheur virginale.
Contre-Réforme
Pendant les années
1980, le Vatican
quadrille ainsi ses
terres d'évêques plus
proconsuls que nature,
contre l'avis des
Eglises locales et sous
la bonne garde du
cardinal Josef
Ratzinger, préfet de la
Congrégation pour la
doctrine de la foi, coulé
dans le bronze de
l'orthodoxie.
Enterrement de la théologie
de la libération en Amérique
du Sud; lutte contre les
tendances d' "indigènisation"
des églises d'Afrique ;
reconquête sous couvert
de "nouvelle évangélisation"
de la zone d'influence
de l'ancienne Byzance à
l'Est ; exaltation des
"racines chrétiennes"
en Europe... En un
torrent d'encycliques,
l'Eglise de Jean Paul II
prend partout le pas
cadencé de la Contre-Réforme,
relayée à l'occasion
par l'Opus Dei, qui a mûri
à l'ombre du
franquisme. Erigée en
prélature personnelle
par le pape, la
"sainte mafia"
investit les
institutions romaines et
fait béatifier à
vitesse supersonique son
fondateur, José María
Escriva de Balaguer, le
17 mai 1992.
Glaciation dogmatique
Le Vatican martèle
surtout une morale
sexuelle intransigeante.
Les homosexuels
"intrinsèquement désordonnés"
et les divorcés remariés
restent en quarantaine.
Le refus de la
contraception et de
l'avortement deviennent
obsessionnels. Ils
verront Jean Paul II
comparer l'IVG des
embryons à l'Holocauste
et se faire le chantre
de la fidélité du
couple ou des méthodes
naturelles de
contraception au cœur
d'une Afrique noire
ravagée par l'épidémie
de sida. Les femmes violées
de Bosnie sont
saintement pressées de
refuser l'avortement en
"un geste héroïque",
seul susceptible de leur
ouvrir les portes du
paradis... Avec le culte
intangible du célibat
des prêtres et le refus
d'ordination des hommes
mariés - celle des
femmes dans l'Eglise
anglicane est tenue pour
une véritable apostasie
- l'institution se fige
dans une
quasi-glaciation
dogmatique, au désespoir
des "cathos de
gauche".
"Dictature
spirituelle"
Les théologiens qui
grimacent devant la
potion papale sont
sanctionnés ou écartés.
Dans "Concilium",
la revue internationale
de théologie, le théologien
Hans Küng fait foin de
commisération :
"Il faut le dire
clairement : nous avons
affaire actuellement à
une dictature
spirituelle avec un pape
qui, ni sous le nazisme,
ni sous le communisme,
n'a appris ce qu'est la
démocratie, mais qui,
ayant échappé au système
communiste totalitaire,
voudrait, avec des méthodes
tout à fait semblables
dans l'Eglise, obliger
tout un chacun (...) à
suivre son point de
vue." En France, le
couperet finit ainsi par
tomber sur le plus médiatique
des contestataires, Mgr
Jacques Gaillot, voué
au diocèse virtuel de
Partenia, alors que Jean
Paul II se fait acclamer
à Manille. Le paradoxe
veut que ce pape
fonceur, violemment
attaqué sur sa gauche,
subisse l'avanie d'un
schisme intégriste. Après
avoir renié Rome au nom
de la "messe de
toujours" et des
canons intangibles du
concile de Trente,
l'ancien archevêque de
Dakar, Marcel Lefèbvre,
mourra excommunié.
Prosélytisme
L'œcuménisme célébré
à Assise avec 130 représentants
des grandes religions,
le 27 octobre 1987,
restera à sens unique.
Le pape proclame-t-il sa
volonté de réconcilier
les Eglises séparées
pour le grand jubilé de
l'an 2000 ? Le
cardinal Ratzinger jette
aussitôt un froid chez
les protestants et les
orthodoxes en affirmant
que "l'Eglise
universelle est une réalité
ontologiquement et
chronologiquement préalable
à toute Eglise
particulière singulière".
Les orthodoxes, en
premier lieu le métropolite
de Moscou, craignent le
prosélytisme de Jean
Paul II. C'est après
des années d'efforts
qu'il pourra commencer
à prêcher en terre
orthodoxe, en Roumanie
d'abord, puis en Grèce
et en Ukraine en 2001,
aux frontières de cette
Russie où il voudrait
pouvoir rappeler
solennellement le besoin
pour l'Eglise
universelle de respirer
à nouveau "avec
ses deux poumons".
Plus que tous ses prédécesseurs,
le pape polonais qui fut
témoin direct de la
Shoah, s'est engagé
dans le dialogue avec
les juifs - "nos frères
aînés" - se
rendant à la synagogue
de Rome en 1986. En mars
2000, lors de son voyage
historique en Terre
Sainte il se rend au mémorial
de Yad Vashem à Jérusalem
et au Mur des
Lamentations,
renouvelant sa demande
de pardon à Dieu à l'égard
des fautes commises par
l'église envers les
juifs.
Héros prophétique
Entre thuriféraires et
détracteurs, Jean Paul
II n'a laissé personne
indifférent. Les
premiers célébreront
un pape hors norme, héros
prophétique d'un XXe siècle
crépusculaire, qui a
rendu à Rome son éclat
universel. Les seconds
verront au contraire la
disparition du dernier héritier
de l'Eglise
constantinienne. Son
obstination à maintenir
la cohésion de l'Eglise
fondée par l'apôtre
Pierre a accusé l'image
d'une institution
monolithique et rétrograde.
En ce sens, Jean Paul II
marquera de manière
durable l'institution,
ne serait-ce que par
l'effet mécanique de la
cléricature qu'il a
partout renouvelée à
son image. Pour ceux qui
connaissent la chute
vertigineuse des
vocations et le désespoir
des prêtres devant le
blocage de toute évolution
de la prédication, le
bilan est pourtant sévère.
Ceux-là verront dans la
papauté qui s'éteint
le vain effort d'imposer
un credo moral déconnecté
du monde et barricadé
dans une forteresse de
plus en plus vide.
Ce
pontificat a certes dû
affronter l'inexorable
retour de balancier qui a
suivi le concile Vatican
II et l'effritement
consommé des certitudes.
Le défunt pontife a sans
doute redonné du lustre
à la diplomatie vaticane
et mobilisé bien des
foules, se transfigurant
en "nouveau Moïse".
Mais son règne
triomphaliste, puis
douloureux, aura provoqué
bien des désertions
silencieuses et découragé
les élites
intellectuelles de l'Eglise.
En poussant sa fonction à
l'extrême de sa logique
d'infaillibilité, Jean
Paul II, par-delà son
charisme personnel, aura
eu ainsi le mérite d'en démontrer
les limites, pour ne pas
dire la vanité.
Le
tour du monde d’un concept
plein de succès :
l’histoire des Journées
Mondiales de la Jeunesse
par
MATTHIAS KOPP, diffusé sur
le site
officiel des JMJ
Rome, début
des années 80, dans une rue
adjacente tout près de
la place Saint-Pierre.
Quelques jeunes s’y
rencontrent régulièrement
pour prier et pour discuter,
l’évêque allemand
Paul-Josef Cordes, vice-président
du conseil papal pour les laïcs,
y participe souvent. Une idée
prend naissance en l’église
San Lorenzo in piscibus. Le
Pape Jean-Paul II est l'hôte
en 1983/84 de l’année
sainte exceptionnelle pour
la Rédemption, en la mémoire
du 1950e anniversaire de la
mort de Jésus-Christ.
Pendant toute l’année ont
lieu également des
manifestations pour la
jeunesse. On réfléchit
intensivement à San Lorenzo
pour transformer une telle
rencontre, unique en son
genre, en une manifestation
durable. Des jeunes
travaillent à l’arrière
plan, ainsi que l’évêque
…
En 1984,
300.000 jeunes gens répondent
à l’invitation du Pape
pour venir participer au
„Jubilé International de
la Jeunesse“, dimanche des
Rameaux, sur la place
Saint-Pierre à Rome. A
l’époque déjà l’hébergement
fut un défi logistique à
surmonter. Après que la
ville de Rome ait interdit
l’installation d’un
immense camping pour les
jeunes, 6.000 familles
romaines se portèrent
volontaires pour mettre leur
maison à disposition. Mère
Thérésa de Calcutta et Frère
Roger, créateur de la
communauté de Taizé se
joignent aux nombreux évêques,
avec lesquels les jeunes
entrent en discussion. Le
chemin de croix a lieu au
Colisée et l’eucharistie
à Saint-Pierre de Rome.
L’écho est immense ; le
Pape s’adresse aux jeunes
la veille du dimanche des
Rameaux : „Quel spectacle
extraordinaire de vous voir
aujourd’hui ici rassemblés
! Qui donc a déclaré que
les jeunes d’aujourd’hui
ont perdu le sens des
valeurs ? Est-ce vrai que
l’on ne peut pas compter
sur eux ?“ Et Jean-Paul II
transmet un symbole à la
jeunesse du monde :
l’immense croix en bois,
qui s’appellera plus tard
la Croix des Journées
Mondiales de la Jeunesse.
Le Pape prend cette
question, de savoir si on
peut compter sur les jeunes
ou non, comme occasion pour
ne pas rester sur cette
unique expérience. Il est
accompagné lors de ses réflexions
des jeunes de San Lorenzo et
du conseil des laïcs.
Lorsque les Nations Unies déclarent
1985 l’année de la
jeunesse, il est déjà
clair à Rome qu’une
nouvelle rencontre entre le
Pape et les jeunes du monde
doit avoir lieu. Le temps
presse et l’organisation
se monte d’arrache-pied.
Plus de 250.000 jeunes répondent
à l’invitation du Pape,
et se retrouvent en 1985
pour le dimanche des Rameaux
à Rome. Peu de temps
auparavant, le 31 mars 1985,
le Pape publie une lettre
adressée aux jeunes. Il est
question de la responsabilité
que toutes les générations
portent pour l’avenir :
„les adultes sont
responsables du temps présent
sous ses diverses formes,
dans son orientation. En ce
qui vous concerne, vous êtes
responsable pour ce qui un
jour sera devenu présent
avec vous, et qui est en ce
moment encore avenir.“
Une
semaine après la rencontre
avec les jeunes, le Pape
annonce à la surprise générale
l’organisation durable des
Journées Mondiales de la
Jeunesse. Il dit le 7 avril,
lors de son message pascal
„Urbi et orbi“ :
„J’ai rencontré
dimanche dernier des
centaines de milliers de
jeunes ; l’image
solennelle de leur
enthousiasme s’est gravé
dans mon âme. Le fait que
je souhaite renouveler cette
magnifique expérience dans
les années à venir et
ainsi lancer une rencontre
internationale de la
jeunesse le dimanche des
Rameaux, je renforce ma
conviction : une mission
difficile mais en même
temps passionnante attend la
jeunesse: Transformer les mécanismes
fondamentaux qui provoquent
égoïsme et oppression dans
les relations entre nations,
et créer de nouvelles
structures s’orientant
vers la vérité, la
solidarité et la paix.“
Le Pape réitère devant le
collège des cardinaux dans
son discours de Noël le 20
décembre que des Journées
Mondiales de la Jeunesse
seraient organisées à
l’avenir chaque année :
„Le Seigneur a béni cette
rencontre (du dimanche des
Rameaux, NDLR) d’une manière
particulière, ce qui fait
que dans les prochaines années
des Journées Mondiales de
la Jeunesse seront fêtées
le dimanche des Rameaux,
avec l’aide du conseil des
laïcs.“
Les premières
Journées Mondiales de la
Jeunesse
Une histoire couronnée de
succès est née ; le monde
entier constatera cette
marche triomphale. Les premières
Journées Mondiales de la
Jeunesse sont lancées à
Rome le dimanche des Rameaux
1986, puis 1987 ; ensuite,
en général tous les deux
ans, les Journées Mondiales
de la Jeunesse ont lieu dans
un endroit central de la
planète. Dans les années
intermédiaires, les Journées
Mondiales de la Jeunesse ont
lieu respectivement le
dimanche des Rameaux à Rome
et dans les diocèses du
monde entier.
En 1987,
la jeunesse du monde se
rencontre à Buenos Aires
(Argentine) : 1 million de
participants entendent le
Pape dire : „Je voudrai répéter
devant vous ce que je vous
dit depuis le premier jour
de mon pontificat : vous êtes
l’espoir du Pape,
l’espoir de l’Eglise.“
Et le Pape exhorte les
jeunes à participer à la
construction du monde :
“C’est ainsi que vous
construisez la civilisation
de la vie et de la vérité,
de la liberté et de la
justice, de l’amour, de la
réconciliation et de la
paix. ”Faisant suite à
cette exhortation, le Pape
consacre dans son encyclique
“Christi fideles laici”
du 30 décembre 1988
concernant les laïcs, un
chapitre sur la jeunesse :
“L’Eglise a beaucoup de
chose à dire aux jeunes, et
les jeunes ont beaucoup de
choses à dire à l’Eglise.
Ce dialogue réciproque doit
être sincère, clair et
courageux. Il fait
progresser la rencontre et
l’échange entre les générations
et devient pour l’Eglise
et la société source de
richesses et de jeunesse.
”L’année suivante à
peu près 600.000 jeunes
faisaient un pèlerinage à
St. Jacques de Compostelle
en Espagne. Jean Paul II
leur posa la question
suivante : “Pourquoi êtes-vous
ici, jeunes gens des années
90 et du 20e siècle ? Ne
sentez-vous pas en vous
l’esprit du monde ?”
Après la chute du
mur
En 1991, 1,5 millions de
jeunes participent aux Journées
Mondiales de la Jeunesse et
se retrouvent en Pologne à
Tchenstochova. C’est la
première fois depuis la
chute du ‘rideau de fer’
que les jeunes des pays de
l’Europe de l’Est
participent sans problème
à cet évènement. Le Pape
leur adressa ces paroles :
“Jeunesse des pays de
l’Europe de l’Est et de
l’Ouest nous comptons sur
vous dans notre vieux
continent pour nous aider à
construire cette ‘maison
commune’ dont nous
attendons un avenir de
solidarité et de paix…
Pour le bien des générations
futures, il sera nécessaire
que la nouvelle Europe se
construise sur les bases des
valeurs spirituelles qui
constituent l’élément
central de ses traditions
culturelles. ”Un
demi-million de jeunes
rencontre le Pape Jean Paul
II à Denver aux Etats-Unis
en 1993. Dans le site
impressionnant des Rocky
Mountains, le Pape
interpelle les jeunes en
disant : “N’étouffez
pas votre conscience. La
conscience est le vrai
centre et le sanctuaire de
toute personne où on est
seul avec Dieu…Ne craignez
pas d’aller par les rues
et les places publiques…Ce
n’est pas le moment
d’avoir honte de l’Evangile.
N’ayez pas peur de sortir
de vos habitudes et de répondre
au défi de faire connaître
le Christ dans cette métropole
moderne.” Le plus grand
rassemblement de tous les
temps a lieu aux Journées
Mondiales de la Jeunesse à
Manille aux Philippines en
1995 ; 4 millions de jeunes
ont acclamé le Pape qui
rappelle ainsi la solidarité
entre les hommes :
“Etes-vous capables de
vous offrir vous-même,
votre temps, vos forces et
vos talents pour le bien des
autres ? Etes-vous capables
d’amour ? Si vous l’êtes,
l’Eglise et la société
peuvent attendre de grandes
choses de chacun de vous.”
De
nombreux jeunes allemands répondent
à l’invitation du Pape
pour les Journées Mondiales
de la Jeunesse à Paris en
1997. Presque 1 million de
personnes se réunissent là-bas
pour la célébration de clôture.
Jean Paul II demande avec
force un témoignage vivant
de la part des jeunes, il
leur dit : “Votre chemin
ne se termine pas ici, le
temps ne s’arrête pas
aujourd’hui. Sortez sur
les routes du monde, sur les
routes de l’humanité et
restez unis dans l’Eglise
du Christ.”
En route vers
l’Allemagne
L’année 2000 devient
l’année jubilaire des
Journées Mondiales de la
Jeunesse. Presque 2.000.000
de jeunes se rencontrent à
Rome, parmi eux 12.000
allemands. A cette occasion
commencent les premières
discussions en vue de faire
venir dans les prochaines
années les Journées
Mondiales de la Jeunesse en
Allemagne. A cette époque
le Pape interpelle ainsi les
jeunes : “Mes pensées
vont vers les Jeunes
d’autres Eglises… qui ce
soir… se trouvent parmi
nous. Les Journées
Mondiales de la Jeunesse
sont une occasion supplémentaire
de faire connaissance et de
demander ensemble à
l’Esprit du Seigneur de
nous offrir en cadeau
l’unité complète de tous
les chrétiens.” A Rome
fut présent officiellement
la “fédération des
jeunes catholiques
allemands” (BDKJ) qui
participe à
l’organisation des Journées
Mondiales de la Jeunesse.
Deux années plus tard,
3.000 jeunes partent à
Toronto au Canada. 800.000
personnes sont présentes
pour la Célébration
Eucharistique finale. Le
Pape supplie la jeunesse de
participer à la
construction de l’avenir
de l’humanité, et il
ajoute : “dans
l’imposante cathédrale de
Cologne sont vénérés les
Rois Mages, les Sages de
l’Orient qui ont suivi
l’Etoile qui les a menés
vers le Christ. Votre pèlerinage
vers Cologne commence
aujourd’hui. Le Christ
vous attend là bas pour les
XXe Journées Mondiales de
la Jeunesse.”
Le chemin
des Journées Mondiales de
la Jeunesse en Allemagne
vient de commencer. Le jour
des Rameaux 2003, les jeunes
Canadiens ont remis aux
Allemands sur la Place
Saint-Pierre à Rome la
Croix des Journées
Mondiales de la Jeunesse. La
Croix est arrivée de
Sarajevo à Berlin le
dimanche des Rameaux 2004
après avoir traversé 26
pays européens. C’est de
là qu’elle a commencé
son ‘pèlerinage de la réconciliation’
à travers l’Allemagne et
elle sera attendue le 16 août
2005 à Cologne pour
l’ouverture des XXe Journées
Mondiales de la Jeunesse.
C’est aux Journées
Mondiales de la Jeunesse de
Cologne que sera faite une rétrospective
de l’histoire réussie
entre le Pape et la jeunesse
du monde.
Sommaire
de l’ensemble des précédentes
Journées Mondiales de la
Jeunesse et de leurs thèmes
1984 :
Rencontre internationale
à l’occasion de l’année
sainte de la rédemption, le
dimanche des Rameaux à
Rome. Le pape remet à la
jeunesse la future croix des Journées
Mondiales de la Jeunesse
lors de la fête pascale.
1985 :
Rencontre internationale
à l’occasion de l’année
internationale de la
jeunesse, le dimanche des
Rameaux à Rome. Le pape
adresse une lettre
apostolique à la jeunesse
du monde (31.03.1985). En décembre,
il annonce l’institution
des Journées Mondiales
de la Jeunesse (20.12.1985).
1986 :
Ière JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(23.03.1986).
„ Soyez toujours prêts à
vous défendre contre
quiconque vous demande
raison de l'espérance qui
est en vous. “ (1 Pierre
3,15)
1987 :
IIe JMJ –
Buenos-Aires, Argentine
(11.-12.04.1987)
„Et nous, nous avons
reconnu l'amour que Dieu a
pour nous, et nous y avons
cru. “ (1. Jn 4,16)
1988 :
IIIe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(27.03.1988)
„Tout ce qu'il vous dira,
faites-le. “ (Jn 2,5)
1989 :
IVe JMJ –
Saint-Jacques de
Compostelle, Espagne
(15-20.08.1989)
„Je suis le Chemin, la Vérité
et la Vie. “ (Jn 14,6)
1990 :
Ve JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(08.04.1990)
„Je suis la vigne, vous,
les sarments.“ (Jn 15,5)
1991 :
VIe JMJ – Czestochowa,
Pologne (10-15.08.1991)
„Vous avez reçu un esprit
de fils adoptifs. “ (Rm
8,15)
1992 :
VIIe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(12.04.1992)
„Allez dans le monde
entier, proclamez l'Evangile
à toute la création. “ (Mc
16,15)
1993 :
VIIIe JMJ – Denver,
USA (10-15.08.1993)
„Moi, je suis venu pour
qu'on ait la vie et qu'on
l'ait surabondante. “ (Jn
10,10)
1994 :
IXe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(27.03.1994)
„Comme le Père m'a envoyé,
moi aussi je vous envoie.
“ (Jn 20,21)
1995 :
Xe JMJ – Manille,
Philippines (10-15.01.1995)
„Wie Comme le Père m'a
envoyé, moi aussi je vous
envoie. “ (Jn 20,21)
1996 :
XIe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(31.03.1996)
„Seigneur, à qui
irons-nous? Tu as les
paroles de la vie éternelle.
“ (Jn 6,68)
1997 :
XIIe JMJ – Paris,
France (19-24.08.1997)
„Maître, où demeures-tu?
Venez et voyez!“ (Jn
1,38-39)
1998 :
XIIIe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(05.04.1998)
„L'Esprit Saint vous
enseignera tout. “ (Jn
14,26)
1999 :
XIVe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(28.03.1999)
„Le Père vous aime. “ (Jn
16,27)
2000 :
XVe JMJ – Rome, Italie
(15-20.08.2000)
„Le verbe s'est fait chair
et il a habité parmi
nous.“ (Jn 1,14)
2001 :
XVIe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(08.04.2001)
„Si quelqu'un veut venir
à ma suite, qu'il se renie
lui-même, qu'il se charge
de sa croix, et qu'il me
suive. “ (Lc 9,23)
2002 :
XVIIe JMJ – Toronto,
Canada (23-28.07.2002)
„Vous êtes le sel de la
terre ... Vous êtes la lumière
du monde. “ (Mt 5,13-14)
2003 :
XVIIIe JMJ – Fête
diocésaine, Dimanche des
Rameaux (13.04.2003)
„Voici ta Mère. “ (Jn
19,27)
2004 :
XIXe JMJ – Fête diocésaine,
Dimanche des Rameaux
(04.04.2004)
„Nous voulons voir Jésus.
“ (Jn 12,21)
2005 : XXe JMJ –
Cologne, Allemagne
(16-21.08.2005)
„Nous sommes venus
L'adorer. “ (Mt 2,2)
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