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JMJ,
la génération Jean-Paul II
Notre association, le
Rassemblement de la Jeunesse
Libanaise, a vu le jour
à Paris en décembre 1986. L'idée
avait germé le 7 avril
1985, lors du message pascal
du Pape Jean-Paul II annonçant
à Rome l’organisation régulière
des Journées Mondiales de
la Jeunesse en ces termes :
"...Une mission
difficile mais en même
temps passionnante attend la
jeunesse : transformer les mécanismes
fondamentaux qui provoquent
égoïsme et oppression dans
les relations entre nations,
et créer de nouvelles
structures s’orientant
vers la vérité, la
solidarité et la
paix." Notre
action en faveur du Liban
s'inspire de ce message
universel, délivré il y a
exactement 20 ans - alors
que la guerre ravageait
notre pays - par cet homme
d'exception auquel nous
rendons hommage et qui nous
quitte aujourd'hui après
avoir semé sur la Terre les
forces de la bonté et de
l'espérance. Visite
du Pape Jean-Paul II au
Liban en mai 1997.
JMJ,
la génération Jean-Paul II
Lancées
par Jean-Paul II il y a
vingt ans, les Journées
mondiales de la jeunesse ont
permis à toute une génération
de chrétiens de se donner
une identité
par
PIERRE SCHMIDT, publié dans
la Croix du 2 avril 2005
"Les JMJ n’ont pas
supprimé la baisse de la
pratique ni celle des
vocations en France",
constatait récemment
l’historien Olivier
Landron (Université
catholique de l’Ouest,
Angers) lors d’une journée
d’étude sur le sujet. JMJ,
pour Journées mondiales de
la jeunesse, une formule
lancée par Jean-Paul II en
1985. Vingt ans déjà, et
500.000 jeunes participants
français depuis. "En
comptant les JMJ et les
rassemblements de jeunes
autour du Pape en France, on
peut estimer que 1 % de la
population des jeunes de la
tranche d’âge concernée
a été touchée, estime
l’historien Ludovic Laloux.
D’une certaine façon,
c’est dérisoire."
Certes. Mais 500.000
personnes, ce n’est pas
rien pour l’Eglise. Or,
quinze ans après les JMJ de
Compostelle, et huit ans après
l’édition parisienne,
cette génération accède
aujourd’hui aux
responsabilités dans l’Eglise
et dans la société. Marquée
par l’événement ponctuel
des JMJ, elle s’engage
dans la durée (Journée
bilan sur "Vingt ans de
JMJ", organisée le 22
janvier au Centre théologique
de Caen).
"La figure emblématique
de cette génération,
c’est le cardinal Philippe
Barbarin", souligne
encore l’historien Ludovic
Jaloux. En 1989, alors prêtre
à Vincennes, il partait
avec un groupe de jeunes aux
JMJ de
Saint-Jacques-de-Compostelle.
Aujourd’hui, le voilà
primat des Gaules. Autre
niveau, autre exemple :
Pierre Gueydier, 33 ans,
professeur de musicologie,
marié et père de quatre
enfants. Il est le
coordinateur national de la
pastorale des jeunes. Lui-même
a "fait" les JMJ
de Compostelle à 17 ans,
puis celles de Czestochowa
et de Paris. "Je ne
connais pas un jeune qui
s’engage aujourd’hui
dans l’Eglise et qui
n’aurait pas été marqué
par les JMJ",
constate-t-il. De même, la
moitié des novices des
congrégations religieuses
citent les JMJ comme une référence
dans leur cheminement, et la
moitié des séminaristes
les mentionnent comme "événement
d’Eglise marquant"
(Cf. une enquête menée récemment
pour le Service national des
vocations (SNV), et le numéro
de mai 2004 de Jeunes et
vocations, édité par le
SNV). C’est une référence
également pour "les
couples dans les préparations
aux mariages", souligne
le P. Paul Destable, qui a
coordonné les JMJ de Paris.
Bref, les Journées
mondiales ont marqué de
leur empreinte une génération
de jeunes catholiques français.
Le déclic a eu lieu
à Paris en 1997
Le déclic a eu lieu à
Paris, en août 1997.
"Une prise de
conscience d’un certain
rayonnement de l’Eglise
que l’on n’imaginait
pas, aussi bien à l’extérieur
qu’à l’intérieur de
l’Eglise", estime
Ludovic Jaloux. Un million
de pèlerins à Longchamp,
dont 350.000 jeunes Français,
ont changé la perception
extérieure de l’Eglise
catholique : dans les médias,
mais aussi dans certains
manuels d’histoire de
terminale où, pour
illustrer le catholicisme,
l’image des JMJ est venue
remplacer celle du prêtre
en milieu rural…
Le changement de perception
a aussi été interne. Du côté
des jeunes : "J’ai
compris à Paris que l’Eglise
était vivante", se
souvient Ingrid Notariés,
30 ans, responsable de la
route nationale JMJ pour les
"jeunes
professionnels" qui
partiront à Cologne cette
année. Et du côté de l’épiscopat
: en provoquant cette
rencontre inédite avec l’Eglise,
les JMJ ont suscité une
sorte de "réconciliation",
visible lors des fameuses
catéchèses faites par les
évêques, qui se sont alors
aperçus que leur parole était
attendue. Les jeunes se sont
rendu compte qu’ils
pouvaient prendre une
nouvelle place dans l’Eglise
et une place de chrétiens
dans la société.
"Quand j’ai vu la
ville de Paris changée par
ces JMJ, c’est là que
j’ai compris que, comme
chrétien, on pouvait
transformer la société",
raconte Olivier de Marcels,
38 ans. Intensité
spirituelle également.
Beaucoup parlent d’une
rencontre
"sensible" avec le
Christ, à l’origine de
choix de vie individuels,
non quantifiables. Après
Paris, l’élan était
insufflé, et la présence
française à Rome en 2000
importante : 77 évêques,
80.000 jeunes issus, non
plus seulement des nouveaux
mouvements ecclésiaux -
comme c’était
majoritairement le cas aux
premières JMJ -, mais venus
de tous horizons, en général
éloignés des structures
d’Eglise, ici réunis par
diocèses.
Ni des jeunes, ni
des adultes, des jeunes
adultes
Entre-temps en France, deux
mouvements concomitants pour
les jeunes de 16-35 ans ont
résulté des précédentes
JMJ : un rapprochement des
différentes sensibilités
au sein des Eglises diocésaines,
et la création
d’initiatives nouvelles
venues combler un manque
pour une nouvelle tranche
d’âge, les 20-30 ans. Ni
des jeunes ni des adultes,
des jeunes adultes…
jusqu’à 35 ans parfois.
"On a alors pris
conscience que la pastorale
des jeunes, ce n’était
plus seulement les moins de
20 ans, mais aussi les 20-30
ans, explique le P. Paul
Destable, du diocèse de
Clermont. Ce sont des
personnes qui ont fait des
études ou même
travaillent, mais qui
n’ont pas encore toutes
les responsabilités d’un
adulte."
"D’ailleurs, depuis,
les mouvements de jeunes
tirent vers le haut de la
tranche d’âge. La
Jeunesse ouvrière chrétienne
(JOC) va jusqu’aux 26-27
ans, le Mouvement
eucharistique des jeunes
(MEJ) également…",
note encore l’ancien
responsable de l’apostolat
des laïcs. L’Eglise réussit
à toucher là une
population sur laquelle elle
avait de moins en moins de
prise, parce qu’elle avait
quitté les engagements de
lycéen : aumônerie,
scoutisme… "Sur notre
diocèse par exemple, la
moitié des jeunes déjà
inscrits pour Cologne
n’appartiennent pas à nos
réseaux catholiques",
signale ainsi le P. Destable.
La
Coordination des jeunes
professionnels (COJP) a ainsi
été créée, dans la foulée
des JMJ de Paris, pour combler
ce vide. Depuis, chaque année,
une demi-douzaine de groupes
naissent au sein de cette
entité très souple, presque
informelle, qui fonctionne
comme un service et non comme
un mouvement. Une soixantaine
de groupes existent
aujourd’hui sous la COJP :
la moitié en région
parisienne, le reste en
province. "Et des groupes
se créent maintenant dans les
villes petites et
moyennes", explique
Ingrid Notaris. Depuis trois
ans, 600 jeunes se retrouvent
au pèlerinage national de la
COJP à Vézelay.
Une génération
spirituelle et consommatrice
Au même moment, les
pionniers de cette génération,
que l’on dit centrée sur
le spirituel et plutôt
consommatrice, commencent à
investir les paroisses, les
responsabilités en
scoutisme, les questions éthiques,
l’action publique et
sociale. Ainsi à Caen, où
une trentaine de jeunes ont,
à la suite des JMJ de Rome,
ouvert une section
"jeunes" de la
Conférence
Saint-Vincent-de-Paul. Témoin
encore la communauté de
l’Emmanuel qui prend en
compte, dans ses sessions
d’été à Paray-le-Monial,
de nouvelles dimensions :
environnement, économie,
social... En s’engageant
durablement dans les
structures adultes d’Eglise,
ces jeunes innovent. Ainsi,
Inxl6 (lire phonétiquement
: "in excelsis") www.inxl6.org,
le portail Internet
"jeunes" de l’Eglise
catholique en France, fondé
par une demi-douzaine de bénévoles
au lendemain des JMJ de
Rome, qui ont décidé de le
placer sous la responsabilité
éditoriale de l’épiscopat.
Alimenté par une
soixantaine de
correspondants locaux, ce
site reçoit aujourd’hui
5.000 visites par jour.
Autres fruits des JMJ !
REPERES
Les
Journées mondiales de la
jeunesse de Cologne
Du 11 au 21 août 2005
Age
: Ces 20es Journées
mondiales de la jeunesse sont
ouvertes aux jeunes du monde
entier, âgés de 16 à 30
ans. La proposition pastorale
de ce rassemblement est
cependant plutôt destinée
aux 18-30 ans, même si, pour
cette vingtième édition, les
JMJ sont clairement ouvertes
aux mineurs. Chaque diocèse
reste libre de refuser les
inscriptions de mineurs.
Attention : ce type
d’inscription nécessite un
encadrement réglementé (à
voir avec le délégué JMJ
diocésain).
Prix : Le forfait du pèlerin
est, pour la France métropolitaine,
de 169 Euros. A cela il
faut ajouter les frais de
transport, d’assurance, de
fonctionnement, et la caisse
de solidarité (nationale et
internationale) qui permettra
au plus grand nombre de jeunes
de pouvoir se rendre à
Cologne . Au final, il faut
compter, selon les diocèses,
entre 300 et 350 Euros. NB Le
forfait peut bénéficier
d’une réduction : se
renseigner. Une commission
"solidarité"
travaille pour que le prix ne
soit pas un frein. Le délégué
diocésain JMJ sait comment
obtenir un soutien financier.
Inscription : Elle se
fait exclusivement auprès du
délégué diocésain pour les
JMJ (pour connaître ses
coordonnées, il suffit de
consulter la liste sur le site
Internet www.jmj2005.fr
). C’est l’hébergement en
famille qui est privilégié.
20.000 volontaires au total
sont attendus à Cologne pour
que les JMJ se déroulent dans
les meilleures conditions.
Parmi eux, entre 500 et 1.000
Français. L’inscription
peut se faire jusqu’au 30
avril 2005.
Handicapés : Des
efforts particuliers ont été
faits pour l’accueil des
jeunes handicapés lors de ces
20es Journées mondiales,
sachant que l’Allemagne
dispose en la matière d’une
longueur d’avance sur la
France.
Site Internet : www.jmj2005.fr
(francophone)
A lire : Numéro spécial
de Croire aujourd’hui-Jeunes
Chrétiens sur les JMJ (n°
28, décembre 2004-janvier
2005). Tél. : 0.825.825.831.
Un
nouveau visage à la papauté
par
FRANCOIS REGIS HUTIN, publié
dans Ouest-France le 2 avril
2005
Jean
Paul II s'en est allé dans
son éternité. Il a retrouvé
Celui qu'il a servi et aimé
toute sa vie. Notre émotion
grandissait tous ces derniers
jours. Tristesse de perdre cet
être et peine pour sa
souffrance qui se prolongeait.
La foule des chrétiens
bouleversés se rassemblait
autour du Père pour
l'accompagner dans ce passage
avec l'Espérance de Pâques,
la foi dans la résurrection.
Lui dont on avait connu la
force, mais aussi l'humilité,
qui savait se reconnaître pécheur,
était abattu malgré sa résistance.
Il a lutté plus pour
accomplir son devoir que pour
prolonger sa vie. Il ne
cachait pas sa souffrance et
manifestait ainsi sa solidarité
avec tous les malades, les
infirmes et les impotents du
monde. Beaucoup s'en
trouvaient réconfortés.
Jean
Paul II avait donné un
nouveau visage à la papauté.
Son allant, sa joie manifeste
de rencontrer les autres, les
autres cultures, les autres
religions comme à Assise,
ouvrait des perspectives.
"Ouvrez les portes,
disait-il, n'ayez pas peur,
allez de l'avant sur les
chemins du bien".
Dialogue et réconciliation,
amitié et paix, unité des
chrétiens, respect de la
personne, exigence de justice
et de partage. Ce message
avait été compris et
certains le redoutaient au
point de tenter de
l'assassiner. Mais ils en
avaient fait alors une victime
et un héros. En cette nuit où
sonne le glas aux clochers de
nos Eglises, nous voici plongés
dans la tristesse, car nous
perdons ce pape qui était
devenu proche et que nous
aimions. Mais nous sommes
aussi remplis d'Espérance. Grâce
à lui nous savons encore plus
maintenant que dans ce monde,
le dernier mot ne sera pas
donné à la haine mais à
l'amour.
Jean-Paul
II, un ami du Liban
par
FADY NOUN, publié dans
l'Orient-le Jour le 2 avril
2005
"Je
prie chaque jour, et
plusieurs fois par jour,
pour le Liban. Je fais mon
possible et ce n’est pas
tellement facile ; mais je
reste fidèle à votre
cause", confiait
Jean-Paul II, en 1985, à
une délégation du Conseil
pour l’apostolat des laïcs
qu’il recevait à Rome, à
l’occasion d’un congrès
international de la jeunesse
(Les lettres de Jean-Paul
II sur la crise libanaise,
ainsi que l’Exhortation
apostolique de 1997, Une espérance
pour le Liban, ont été
publiées par le Centre
catholique d’information -
Jal el-Dib. Un ouvrage publié
par Media Marketing est également
paru, contenant tous les
discours prononcés par le
pape lors de sa visite
historique au Liban, en 1997). "L’unique
et le plus grand espoir du
Liban, c’est vous, leur
avait-il encore affirmé.
Tant qu’il y aura des
Libanais, le Liban
existera." Cette
assurance, le pape la
renouvelait toutes les fois
qu’il en avait
l’occasion, devant les
différentes délégations
officielles venues le voir,
comme devant les instances
internationales, les chefs
d’Etat concernés et les
patriarches catholiques qui
se rendaient régulièrement
à Rome.
Balayant toutes les
difficultés qui se
dressaient sur son chemin,
il avait décidé de
consacrer au Liban une
assemblée spéciale du
synode des évêques, une
assemblée créée par son
prédécesseur, Paul VI,
pour débattre des questions
graves, et en général
continentales, qui agitaient
l’Eglise universelle. Le
1er mai 1984, il avait
adressé une "Lettre
à tous les Libanais"
dans laquelle il disait : "La
profonde affection que je
nourris depuis longtemps
pour ce pays et sa
population si éprouvée
m’autorise, je crois, à
adresser une parole amicale
à tous les Libanais,
catholiques, chrétiens et
musulmans : je sais
qu’elle trouvera le chemin
de leur cœur. Je le fais
dans la lumière
incomparable de Pâques
(...). Ces trop longues années
de guerre ne doivent pas
entamer votre confiance dans
le Liban lui-même. Il
constitue une valeur de
civilisation précieuse :
que l’on songe à ce que
l’humanité entière lui
doit depuis la lointaine époque
des Phéniciens. Sans
oublier la rencontre des
religions, le dialogue
culturel Orient-Occident et
les initiatives œcuméniques.
La liberté, la compréhension,
l’hospitalité et
l’ouverture d’esprit ont
été les valeurs sur
lesquelles reposait le Liban
d’hier. Elles sont à la
base du Liban de demain dont
l’idéal démocratique
pluraliste est un patrimoine
précieux que personne ne
peut se résoudre à voir
disparaître."
"Comment ne pas
souligner, avait-il enchaîné,
que c’est chaque Libanais
qui est finalement
responsable de l’avenir de
son pays. Chacun doit être
prêt à faire un examen de
conscience, à renoncer à
quelque chose, à se
remettre en question pour
que prévalent les valeurs
partagées par tous : la
droiture morale, le souci de
la vérité, le sens de
l’homme, la vraie
solidarité, la défense des
libertés et le respect des
traditions. Et tout cela
tant au niveau des personnes
que des communautés.
L’arrogance, la soif de
domination, le fanatisme, le
défaitisme ou la peur sont
des germes mortels qui non
seulement affaiblissent
l’esprit national, mais
peuvent conduire votre pays
à une désagrégation
fatale." Il est
particulièrement intéressant
de noter que le Saint-Père
avait cité la peur comme
agent de désagrégation
nationale. Et c’est bien
elle qui, de trop longues
années durant, a maintenu
notre pays dans son
asservissement, jusqu’au
jour où, grâce au sang
versé, les hommes
politiques ont décidé de
braver la terreur, et la
population de descendre dans
la rue.
Le pape aurait certainement
jubilé de voir ce que la
jeunesse de 1985, maintenant
adulte, a transmis à la
jeunesse de 2005, à ceux
qui, aujourd’hui, ont 20
ans et dans le cœur et les
veines desquels battent le
Liban, la soif d’indépendance
et de liberté. Aux chrétiens
en particulier, le pape
avait déclaré : "Vous
êtes responsables de
l’espérance (...). Créez,
là où vous vivez et
travaillez, une ambiance
fraternelle. Sans ingénuité,
sachez faire confiance aux
autres et soyez inventifs
pour faire triompher la
force régénératrice du
pardon et de la miséricorde
(...). Mais ne soyez jamais
timides quand il s’agit de
défendre vos libertés et
tout particulièrement celle
de proclamer et vivre
ensemble les valeurs évangéliques.
L’Eglise est tout entière
à vos côtés (...). Elle
est fière de tous les
sacrifices des chrétiens
d’Orient pour conserver
intacte la foi en Jésus-Christ."
Dix ans après cette lettre
se tenait le synode sur le
Liban, et dix ans plus tard
le quittaient ces troupes étrangères
qui, selon un article de
l’Osservatore Romano,
"compromettaient la
reconstitution de l’unité
du Liban". Ce développement
consacrait le triomphe
d’une action incessante du
Vatican auprès de tous les
acteurs locaux, régionaux
et internationaux pour
obtenir "le
respect de l’intégrité
territoriale, de la pleine
autonomie et de la véritable
indépendance de la nation
libanaise fondée sur la
coopération loyale de
toutes les communautés qui
la composent".
Emotion universelle
paru dans le Monde du 5
avril 2005
C'est une émotion mondiale
qui répond aujourd'hui à
la disparition de Jean Paul
II. Une émotion empreinte
de ferveur, de
reconnaissance ou simplement
de respect sur tous les
continents. Les chroniqueurs
retiendront plus tard l'extrême
attention portée aux
derniers jours du pape, que
ce soit dans le monde
occidental ou dans le monde
asiatique, dans le monde
africain ou dans le monde
arabe, effaçant
provisoirement dans un même
recueillement le "choc
des civilisations".
Bien peu d'observateurs
auraient imaginé il y a
encore quelques jours que
les deux principales chaînes
de télévision arabes,
Al-Jazira et Al-Arabiya,
puissent faire le choix de
couvrir l'agonie de Jean
Paul II quasiment en
continu. Cet élan converge
vers le souvenir de la haute
figure d'un pape universel,
qui s'est appliqué tout au
long de son pontificat à
parcourir le monde,
mondialisant ainsi sa
fonction et son message.
"Pourquoi est-ce que tu
te promènes tout le temps
à travers le monde ?",
lui a demandé un jour un
enfant. "Parce que le
monde n'est pas tout entier
ici ! As-tu lu ce qu'a dit Jésus
? Allez et évangélisez le
monde entier. Alors, je vais
dans le monde entier",
a répondu Jean Paul II.
Mais les voyages n'auraient
pas suffi à porter sa
parole sans la puissance de
son verbe, la conviction et
la fermeté de son propos.
Le "N'ayez pas peur
!" a résonné et résonne
encore bien au-delà du
cercle des fidèles
catholiques. Et les médias,
fascinés par cette
personnalité, ont largement
diffusé l'image du
souverain pontife devenu très
vite icône d'un peuple
universel en manque de repères
et de Père.
La
vague d'émotion que l'on
constate aujourd'hui peut
surprendre. Mais c'est parce
que l'on a oublié que le
pape, dès le début de son
pontificat, en 1978, a voulu
repousser les frontières qui
ont séparé les hommes et les
peuples tout au long du XXe
siècle. Ce Polonais qui aura
subi la schlague de
l'occupation nazie et le joug
du communisme n'a eu de cesse
de travailler au respect des
droits de l'homme, de miner le
terreau des dictatures et
d'aider à l'effondrement des
murs, à commencer par celui
de Berlin, tombé en novembre
1989, prélude à la fin de
l'URSS. On cherchait à le
cantonner à la Pologne quand
il était essentiellement
européen. On le présentait
comme un fils de l'Europe,
alors qu'il se vivait comme un
citoyen du monde, s'appliquant
à parler toutes les langues,
développant une pédagogie
religieuse autant par le
discours que par l'image,
laissant les caméras le
filmer à genoux, en prière,
plongé dans un dialogue
mystique et singulier avec son
Dieu. Pape éminemment
politique, Jean Paul II aura
aussi débordé les frontières
en cherchant à cultiver un
dialogue interreligieux sans
précédent. C'est aussi de
cela que se souviennent
aujourd'hui, dans leurs
manifestations de tristesse,
les non-catholiques. L'évêque
de Rome allait ainsi, tête
nue, les mains largement
tendues vers les autres. Le
monde entier s'en saisit
aujourd'hui et lui rend un
hommage à sa mesure :
universel.
Unis
dans une même tristesse et
une même espérance
par MOHAMMED NOKKARI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 4 avril 2005
L'auteur
est directeur général de
Dar el-Fatwa et chef du
cabinet du mufti sunnite de
la République libanaise
Jean-Paul II, le pape qui
a aimé le Liban et lui a
inventé une formule qui a
résumé à elle seule des
milliers d’ouvrages,
"Le Liban est un
message", le pape qui
a demandé aux chrétiens
du monde entier
d’observer une journée
de jeûne durant le mois
de ramadan par solidarité
avec les musulmans,
Jean-Paul II n’est plus.
En ce jour de tristesse et
de deuil, les musulmans
tendent leurs mains aux
chrétiens du monde entier
et expriment leur plus
profonde compassion pour
la disparition d’un
homme qui a incarné
depuis 27 ans la foi,
l’espérance et
l’humanisme. Son
souvenir restera gravé
dans notre mémoire et
dans celle de tout homme
de foi, pour sa détermination
à mener à bien sa
mission, malgré ses
souffrances et
l’incapacité finale de
son corps de répondre au
plus simple des gestes.
Jean-Paul II a œuvré
pour le rapprochement
entre chrétiens et
musulmans, selon les
principes définis dans la
Constitution Nostra Aetate
du concile Vatican II : "L’Eglise
regarde aussi avec estime
les musulmans qui adorent
le Dieu Un et subsistant,
miséricordieux et
tout-puissant, créateur
du ciel et de la terre,
qui a parlé aux hommes.
Ils cherchent à se
soumettre de toute leur âme
aux décrets de Dieu, ils
vénèrent le Christ comme
prophète. Ils honorent Sa
mère virginale, Marie, et
parfois L’invoquent avec
piété. De plus, ils
attendent le jour du
jugement, où Dieu rétribuera
tous les hommes ressuscités.
Aussi ont-ils en estime la
vie morale et rendent-ils
un culte à Dieu, surtout
par la prière, l’aumône
et le jeûne."
Cet hommage adressé aux
musulmans a été précédé
il y a plus de quatorze siècles
par un autre hommage
adressé aux chrétiens
par Dieu dans le Saint
Coran : "...et tu
trouveras que ceux qui ont
l’amitié agissante la
plus proche de ceux qui
ont cru (les musulmans)
sont ceux qui ont dit :
“Nous sommes chrétiens”,
et ce parce qu’ils ont
des prêtres et des moines
et qu’ils n’affichent
aucun orgueil."
Sourate "la
table", verset 81.
Dans cet esprit de tolérance
et de tendresse entre
l’islam et le
christianisme, les paroles
du pape Jean-Paul II
continueront de retentir
dans les siècles à venir
: "Chrétiens et
musulmans, nous avons
beaucoup de choses en
commun, comme croyants et
comme hommes." Et
encore : "Je crois
que nous, chrétiens et
musulmans, devons reconnaître
avec joie les valeurs
religieuses que nous avons
en commun et en rendre grâce
à Dieu." "Chrétiens
et musulmans, avait-il
enfin dit, nous nous
sommes également mal
compris, et quelquefois,
dans le passé, nous nous
sommes opposés et même
épuisés en polémiques
et en guerres. Je crois
que Dieu nous invite,
aujourd’hui, à changer
nos vieilles habitudes.
Nous avons à nous
respecter et aussi à nous
stimuler les uns les
autres sur le chemin de
Dieu."
Les organisations
juives américaines louent
l'oeuvre de Jean Paul II
publié par l'AFP le 2
avril 2005
Les organisations juives
américaines ont rendu un
hommage appuyé au pape
Jean Paul II après son décès
samedi au Vatican, louant
sa ferme volonté de
rapprocher le catholicisme
et le judaïsme, qui s'est
traduite par une série de
gestes historiques de réconciliation.
"Le pape Jean Paul II
a changé fondamentalement
2.000 ans de relations
entre l'Eglise et le
peuple juif", a déclaré
Edgar Bronfman, président
du Congrès juif mondial.
"Il est passé par
dessus des divisions millénaires
pour promouvoir le respect
et la compréhension
mutuels. Ses enseignements
et ses réalisations sont
un héritage pour les
catholiques, les juifs et
toute l'humanité. Notre
espoir est que nous
honorions tous cet héritage
en le faisant fructifier
pour les prochaines générations",
a dit M. Bronfman. Le
Congrès juif américain a
lui aussi salué l'action
du pape disparu.
"Nous espérons avec
ferveur que le Vatican, le
clergé et les croyants
catholiques à travers le
monde continueront à
travailler à la réconciliation
de l'Eglise avec le peuple
juif, à laquelle Jean
Paul II a oeuvré si
passionnément", a déclaré
l'organisation.
"Plus qu'aucun autre
pape dans l'Histoire, Jean
Paul II a travaillé
inlassablement à guérir
la douloureuse relation
historique entre l'Eglise
et le peuple juif", a
relevé le Congrès juif
américain. "Il a déclaré
de manière répétée que
l'antisémitisme est un péché
contre Dieu et qu'il n'y a
pas de place dans la Chrétienté
pour des interprétations
antisémites de texte chrétiens",
a poursuivi
l'organisation. "Les
Juifs à travers le monde
ont été émus lorsqu'il
a visité Israël en
2000", a rappelé le
Congrès juif américain.
Jean Paul II a été en
1979 le premier pape à
visiter le camp
d'extermination d'Auschwitz-Birkenau
(Pologne), où un million
de juifs ont été tués
par les nazis pendant la
Seconde guerre mondiale.
Il a été le premier pape
de l'histoire de l'Eglise
à se rendre dans une
synagogue, en 1983 à
Rome. En 1994, Jean Paul
II a établi des relations
diplomatiques entre le
Vatican et l'Etat d'Israël.
Et en 2000, il est allé
à Jérusalem, a prié au
Mur Occidental (ou Mur des
Lamentations) et a visité
Yad Vashem, le mémorial
aux six millions de juifs
tués par les nazis.
La puissance de la
volonté
paru dans le Figaro le
4 avril 2005
Que Jean-Paul II ait été
jusqu'au bout de la
souffrance uniquement
soucieux de son dialogue
avec Dieu et avec
l'humanité ne saurait
surprendre. Car, plus que
beaucoup de ses semblables
en responsabilité et en
fonction, il restera à
jamais associé à une
vertu et à un mot souvent
oubliés à notre époque
: le courage. Est-ce parce
qu'il venait d'une région
du monde si longtemps sous
l'emprise d'un glacis ?
Est-ce parce qu'il avait
compris que les chrétiens
avaient besoin d'une
Eglise vivante et fière
d'elle-même ? Est-ce
parce qu'il avait la
conviction de devoir
donner l'exemple pour que
les hommes abandonnent le
chemin de l'incertitude
qui ronge et retrouvent
celui de l'espoir qui
fortifie ? Est-ce parce
qu'il ne savait pas vivre
sa passion sans s'engager
totalement et sans répondre
à ses exigences qui le
contraignaient à assumer,
quoi qu'il en coûtât, le
devoir qu'il s'était fixé
? Au fond, les raisons
importent peu. Seuls
comptent la trace dans
l'histoire, le message
laissé, l'empreinte gravée,
l'objectif atteint. En ce
sens, cet évêque de Rome
non seulement incarna le
pouvoir du courage mais
symbolisa aussi la
puissance de la volonté.
Ainsi fut-il des
combats du monde, attentif
au bruit et à la fureur
autant qu'au recueillement
et à la prière. En un
long pèlerinage de plus
de vingt-six ans, il alla
dans chaque endroit de la
planète à la recherche
de tous les chrétiens et
à la rencontre de tous
les peuples. Il évangélisa
et il exhorta. Faute de
pouvoir le combattre
autrement, certains le
qualifièrent de
conservateur. Il le fut
mais il fut aussi
progressiste et, chaque
fois, fidèle et inébranlable,
il était un pape de
mission. Aussi, plus que
beaucoup de ses prédécesseurs,
il marqua son époque au
point que la tâche de son
successeur apparaît déjà
redou table : il va devoir
conduire une Eglise réveillée
et marquée par l'aura de
celui qui vient de disparaître.
C'est pourquoi il
apparaît déjà comme un
géant du XXe
siècle à l'instar d'un
de Gaulle ou d'un
Churchill. D'autant que
Jean-Paul II, très vite,
sut dépasser le cercle
des fidèles de son Eglise
pour s'adresser à tous
les hommes. Sa parole
avait autant de
retentissement à l'extérieur
de la chrétienté qu'à
l'intérieur. Ainsi, pour
ne prendre qu'un exemple,
ses propos sur sa terre
natale, la Pologne, contre
le régime communiste
furent-ils reçus comme
ceux d'un insoumis et il
contribua, plus qu'aucun
homme politique, à la
chute d'une des tragédies
du siècle dernier. Et même
s'il a buté sur plusieurs
obstacles, tel l'oecuménisme,
son bilan, si on ose
employer ce mot, emporte
l'adhésion, ne serait-ce
que parce qu'il privilégia
toujours la cause de
l'homme. Voilà pourquoi
le message du pèlerin de
Dieu, du pape de la
parole, a été si
universel. Chacun pouvait
le recevoir. Comme lorsque
Jean-Paul II, reprenant la
phrase de l'Evangile, lança
aux catholiques :
"N'ayez pas peur
!" Car il appelait
alors les hommes autant à
réformer le monde qu'à
se réformer eux-mêmes.
1978-2005: plus
d'un quart de siècle au cœur
de l'homme et du monde
par PATRICIA BRIEL,
publié dans le Temps le 2
avril 2005
Jean Paul II aura profondément
marqué le catholicisme.
Son règne a été
d'abord, avec ceux de
saint Pierre, Léon XIII
et Pie IX, l'un des plus
longs de l'histoire de l'Eglise.
Il s'est ensuite révélé
particulièrement dense,
en se déployant sur tous
les fronts politiques et
sociaux du monde moderne.
A l'heure du bilan, il est
difficile de résumer l'œuvre
accomplie en 26 ans. Ce
264e pape est inclassable.
Hyper-conservateur en matière
morale, il est aussi
apparu très progressiste
dans son engagement pour
les droits de l'homme et
ses critiques du néolibéralisme.
Un fait est certain : il a
redonné à l'Eglise une
place prépondérante sur
la scène mondiale. A
l'heure de tirer le bilan
du pontificat de Jean Paul
II, le chroniqueur
religieux est pris de
vertige, tant ce pape a
profondément marqué
l'histoire de l'Eglise
catholique, du
christianisme et du monde.
Avec ceux de saint Pierre,
Léon XIII (1878-1903) et
Pie IX (1846-1878), le règne
de Jean Paul II est en
effet un des plus longs de
l'histoire chrétienne. Un
des plus denses aussi,
puisqu'il a traversé des
bouleversements
politiques,
technologiques,
scientifiques, sociaux et
culturels majeurs. Jean
Paul II a fait de l'Eglise
un acteur important de la
planète, brisant les murs
du Vatican pour aller à
la rencontre du monde,
portant l'Evangile
jusqu'au bout de la terre,
inlassablement, jusqu'à
son dernier souffle.
Il est impossible de
donner un seul visage à
ce pape qui a été un
signe de contradiction
dans le monde.
Inclassable, paradoxal, le
263e successeur de l'apôtre
Pierre a semé tou | | | | | | |