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RELIGION  RJLIBAN  N°4  du 5 avril 2005

 
JMJ, la génération Jean-Paul II
 
Notre association, le Rassemblement de la Jeunesse Libanaise, a vu le jour à Paris en décembre 1986. L'idée avait germé le 7 avril 1985, lors du message pascal du Pape Jean-Paul II annonçant à Rome l’organisation régulière des Journées Mondiales de la Jeunesse en ces termes : "...Une mission difficile mais en même temps passionnante attend la jeunesse : transformer les mécanismes fondamentaux qui provoquent égoïsme et oppression dans les relations entre nations, et créer de nouvelles structures s’orientant vers la vérité, la solidarité et la paix."  Notre action en faveur du Liban s'inspire de ce message universel, délivré il y a exactement 20 ans - alors que la guerre ravageait notre pays - par cet homme d'exception auquel nous rendons hommage et qui nous quitte aujourd'hui après avoir semé sur la Terre les forces de la bonté et de l'espérance. Visite du Pape Jean-Paul II au Liban en mai 1997.  
 

 
JMJ, la génération Jean-Paul II
Lancées par Jean-Paul II il y a vingt ans, les Journées mondiales de la jeunesse ont permis à toute une génération de chrétiens de se donner une identité
 
par PIERRE SCHMIDT, publié dans la Croix du 2 avril 2005
 
"Les JMJ n’ont pas supprimé la baisse de la pratique ni celle des vocations en France", constatait récemment l’historien Olivier Landron (Université catholique de l’Ouest, Angers) lors d’une journée d’étude sur le sujet. JMJ, pour Journées mondiales de la jeunesse, une formule lancée par Jean-Paul II en 1985. Vingt ans déjà, et 500.000 jeunes participants français depuis. "En comptant les JMJ et les rassemblements de jeunes autour du Pape en France, on peut estimer que 1 % de la population des jeunes de la tranche d’âge concernée a été touchée, estime l’historien Ludovic Laloux. D’une certaine façon, c’est dérisoire." Certes. Mais 500.000 personnes, ce n’est pas rien pour l’Eglise. Or, quinze ans après les JMJ de Compostelle, et huit ans après l’édition parisienne, cette génération accède aujourd’hui aux responsabilités dans l’Eglise et dans la société. Marquée par l’événement ponctuel des JMJ, elle s’engage dans la durée (Journée bilan sur "Vingt ans de JMJ", organisée le 22 janvier au Centre théologique de Caen).
 
"La figure emblématique de cette génération, c’est le cardinal Philippe Barbarin", souligne encore l’historien Ludovic Jaloux. En 1989, alors prêtre à Vincennes, il partait avec un groupe de jeunes aux JMJ de Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui, le voilà primat des Gaules. Autre niveau, autre exemple : Pierre Gueydier, 33 ans, professeur de musicologie, marié et père de quatre enfants. Il est le coordinateur national de la pastorale des jeunes. Lui-même a "fait" les JMJ de Compostelle à 17 ans, puis celles de Czestochowa et de Paris. "Je ne connais pas un jeune qui s’engage aujourd’hui dans l’Eglise et qui n’aurait pas été marqué par les JMJ", constate-t-il. De même, la moitié des novices des congrégations religieuses citent les JMJ comme une référence dans leur cheminement, et la moitié des séminaristes les mentionnent comme "événement d’Eglise marquant" (Cf. une enquête menée récemment pour le Service national des vocations (SNV), et le numéro de mai 2004 de Jeunes et vocations, édité par le SNV). C’est une référence également pour "les couples dans les préparations aux mariages", souligne le P. Paul Destable, qui a coordonné les JMJ de Paris. Bref, les Journées mondiales ont marqué de leur empreinte une génération de jeunes catholiques français.
 
Le déclic a eu lieu à Paris en 1997
Le déclic a eu lieu à Paris, en août 1997. "Une prise de conscience d’un certain rayonnement de l’Eglise que l’on n’imaginait pas, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Eglise", estime Ludovic Jaloux. Un million de pèlerins à Longchamp, dont 350.000 jeunes Français, ont changé la perception extérieure de l’Eglise catholique : dans les médias, mais aussi dans certains manuels d’histoire de terminale où, pour illustrer le catholicisme, l’image des JMJ est venue remplacer celle du prêtre en milieu rural…

Le changement de perception a aussi été interne. Du côté des jeunes : "J’ai compris à Paris que l’Eglise était vivante", se souvient Ingrid Notariés, 30 ans, responsable de la route nationale JMJ pour les "jeunes professionnels" qui partiront à Cologne cette année. Et du côté de l’épiscopat : en provoquant cette rencontre inédite avec l’Eglise, les JMJ ont suscité une sorte de "réconciliation", visible lors des fameuses catéchèses faites par les évêques, qui se sont alors aperçus que leur parole était attendue. Les jeunes se sont rendu compte qu’ils pouvaient prendre une nouvelle place dans l’Eglise et une place de chrétiens dans la société. "Quand j’ai vu la ville de Paris changée par ces JMJ, c’est là que j’ai compris que, comme chrétien, on pouvait transformer la société", raconte Olivier de Marcels, 38 ans. Intensité spirituelle également. Beaucoup parlent d’une rencontre "sensible" avec le Christ, à l’origine de choix de vie individuels, non quantifiables. Après Paris, l’élan était insufflé, et la présence française à Rome en 2000 importante : 77 évêques, 80.000 jeunes issus, non plus seulement des nouveaux mouvements ecclésiaux - comme c’était majoritairement le cas aux premières JMJ -, mais venus de tous horizons, en général éloignés des structures d’Eglise, ici réunis par diocèses.
 
Ni des jeunes, ni des adultes, des jeunes adultes
Entre-temps en France, deux mouvements concomitants pour les jeunes de 16-35 ans ont résulté des précédentes JMJ : un rapprochement des différentes sensibilités au sein des Eglises diocésaines, et la création d’initiatives nouvelles venues combler un manque pour une nouvelle tranche d’âge, les 20-30 ans. Ni des jeunes ni des adultes, des jeunes adultes… jusqu’à 35 ans parfois. "On a alors pris conscience que la pastorale des jeunes, ce n’était plus seulement les moins de 20 ans, mais aussi les 20-30 ans, explique le P. Paul Destable, du diocèse de Clermont. Ce sont des personnes qui ont fait des études ou même travaillent, mais qui n’ont pas encore toutes les responsabilités d’un adulte." "D’ailleurs, depuis, les mouvements de jeunes tirent vers le haut de la tranche d’âge. La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) va jusqu’aux 26-27 ans, le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) également…", note encore l’ancien responsable de l’apostolat des laïcs. L’Eglise réussit à toucher là une population sur laquelle elle avait de moins en moins de prise, parce qu’elle avait quitté les engagements de lycéen : aumônerie, scoutisme… "Sur notre diocèse par exemple, la moitié des jeunes déjà inscrits pour Cologne n’appartiennent pas à nos réseaux catholiques", signale ainsi le P. Destable.

 

La Coordination des jeunes professionnels (COJP) a ainsi été créée, dans la foulée des JMJ de Paris, pour combler ce vide. Depuis, chaque année, une demi-douzaine de groupes naissent au sein de cette entité très souple, presque informelle, qui fonctionne comme un service et non comme un mouvement. Une soixantaine de groupes existent aujourd’hui sous la COJP : la moitié en région parisienne, le reste en province. "Et des groupes se créent maintenant dans les villes petites et moyennes", explique Ingrid Notaris. Depuis trois ans, 600 jeunes se retrouvent au pèlerinage national de la COJP à Vézelay.  

 

Une génération spirituelle et consommatrice
Au même moment, les pionniers de cette génération, que l’on dit centrée sur le spirituel et plutôt consommatrice, commencent à investir les paroisses, les responsabilités en scoutisme, les questions éthiques, l’action publique et sociale. Ainsi à Caen, où une trentaine de jeunes ont, à la suite des JMJ de Rome, ouvert une section "jeunes" de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Témoin encore la communauté de l’Emmanuel qui prend en compte, dans ses sessions d’été à Paray-le-Monial, de nouvelles dimensions : environnement, économie, social... En s’engageant durablement dans les structures adultes d’Eglise, ces jeunes innovent. Ainsi, Inxl6 (lire phonétiquement : "in excelsis") www.inxl6.org, le portail Internet "jeunes" de l’Eglise catholique en France, fondé par une demi-douzaine de bénévoles au lendemain des JMJ de Rome, qui ont décidé de le placer sous la responsabilité éditoriale de l’épiscopat. Alimenté par une soixantaine de correspondants locaux, ce site reçoit aujourd’hui 5.000 visites par jour. Autres fruits des JMJ !

 

REPERES

Les Journées mondiales de la jeunesse de Cologne
Du 11 au 21 août 2005

Age : Ces 20es Journées mondiales de la jeunesse sont ouvertes aux jeunes du monde entier, âgés de 16 à 30 ans. La proposition pastorale de ce rassemblement est cependant plutôt destinée aux 18-30 ans, même si, pour cette vingtième édition, les JMJ sont clairement ouvertes aux mineurs. Chaque diocèse reste libre de refuser les inscriptions de mineurs. Attention : ce type d’inscription nécessite un encadrement réglementé (à voir avec le délégué JMJ diocésain).

Prix : Le forfait du pèlerin est, pour la France métropolitaine, de 169 Euros. A cela il faut ajouter les frais de transport, d’assurance, de fonctionnement, et la caisse de solidarité (nationale et internationale) qui permettra au plus grand nombre de jeunes de pouvoir se rendre à Cologne . Au final, il faut compter, selon les diocèses, entre 300 et 350 Euros. NB Le forfait peut bénéficier d’une réduction : se renseigner. Une commission "solidarité" travaille pour que le prix ne soit pas un frein. Le délégué diocésain JMJ sait comment obtenir un soutien financier.

Inscription : Elle se fait exclusivement auprès du délégué diocésain pour les JMJ (pour connaître ses coordonnées, il suffit de consulter la liste sur le site Internet www.jmj2005.fr ). C’est l’hébergement en famille qui est privilégié. 20.000 volontaires au total sont attendus à Cologne pour que les JMJ se déroulent dans les meilleures conditions. Parmi eux, entre 500 et 1.000 Français. L’inscription peut se faire jusqu’au 30 avril 2005.

Handicapés : Des efforts particuliers ont été faits pour l’accueil des jeunes handicapés lors de ces 20es Journées mondiales, sachant que l’Allemagne dispose en la matière d’une longueur d’avance sur la France.

Site Internet : www.jmj2005.fr  (francophone) 

A lire : Numéro spécial de Croire aujourd’hui-Jeunes Chrétiens sur les JMJ (n° 28, décembre 2004-janvier 2005). Tél. : 0.825.825.831.

 


 

Un nouveau visage à la papauté

 

par FRANCOIS REGIS HUTIN, publié dans Ouest-France le 2 avril 2005

 

Jean Paul II s'en est allé dans son éternité. Il a retrouvé Celui qu'il a servi et aimé toute sa vie. Notre émotion grandissait tous ces derniers jours. Tristesse de perdre cet être et peine pour sa souffrance qui se prolongeait. La foule des chrétiens bouleversés se rassemblait autour du Père pour l'accompagner dans ce passage avec l'Espérance de Pâques, la foi dans la résurrection. Lui dont on avait connu la force, mais aussi l'humilité, qui savait se reconnaître pécheur, était abattu malgré sa résistance. Il a lutté plus pour accomplir son devoir que pour prolonger sa vie. Il ne cachait pas sa souffrance et manifestait ainsi sa solidarité avec tous les malades, les infirmes et les impotents du monde. Beaucoup s'en trouvaient réconfortés.

 

Jean Paul II avait donné un nouveau visage à la papauté. Son allant, sa joie manifeste de rencontrer les autres, les autres cultures, les autres religions comme à Assise, ouvrait des perspectives. "Ouvrez les portes, disait-il, n'ayez pas peur, allez de l'avant sur les chemins du bien". Dialogue et réconciliation, amitié et paix, unité des chrétiens, respect de la personne, exigence de justice et de partage. Ce message avait été compris et certains le redoutaient au point de tenter de l'assassiner. Mais ils en avaient fait alors une victime et un héros. En cette nuit où sonne le glas aux clochers de nos Eglises, nous voici plongés dans la tristesse, car nous perdons ce pape qui était devenu proche et que nous aimions. Mais nous sommes aussi remplis d'Espérance. Grâce à lui nous savons encore plus maintenant que dans ce monde, le dernier mot ne sera pas donné à la haine mais à l'amour.

 


 
Jean-Paul II, un ami du Liban
 
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 2 avril 2005
 
"Je prie chaque jour, et plusieurs fois par jour, pour le Liban. Je fais mon possible et ce n’est pas tellement facile ; mais je reste fidèle à votre cause", confiait Jean-Paul II, en 1985, à une délégation du Conseil pour l’apostolat des laïcs qu’il recevait à Rome, à l’occasion d’un congrès international de la jeunesse (Les lettres de Jean-Paul II sur la crise libanaise, ainsi que l’Exhortation apostolique de 1997, Une espérance pour le Liban, ont été publiées par le Centre catholique d’information - Jal el-Dib. Un ouvrage publié par Media Marketing est également paru, contenant tous les discours prononcés par le pape lors de sa visite historique au Liban, en 1997). "L’unique et le plus grand espoir du Liban, c’est vous, leur avait-il encore affirmé. Tant qu’il y aura des Libanais, le Liban existera." Cette assurance, le pape la renouvelait toutes les fois qu’il en avait l’occasion, devant les différentes délégations officielles venues le voir, comme devant les instances internationales, les chefs d’Etat concernés et les patriarches catholiques qui se rendaient régulièrement à Rome.

Balayant toutes les difficultés qui se dressaient sur son chemin, il avait décidé de consacrer au Liban une assemblée spéciale du synode des évêques, une assemblée créée par son prédécesseur, Paul VI, pour débattre des questions graves, et en général continentales, qui agitaient l’Eglise universelle. Le 1er mai 1984, il avait adressé une "Lettre à tous les Libanais" dans laquelle il disait : "La profonde affection que je nourris depuis longtemps pour ce pays et sa population si éprouvée m’autorise, je crois, à adresser une parole amicale à tous les Libanais, catholiques, chrétiens et musulmans : je sais qu’elle trouvera le chemin de leur cœur. Je le fais dans la lumière incomparable de Pâques (...). Ces trop longues années de guerre ne doivent pas entamer votre confiance dans le Liban lui-même. Il constitue une valeur de civilisation précieuse : que l’on songe à ce que l’humanité entière lui doit depuis la lointaine époque des Phéniciens. Sans oublier la rencontre des religions, le dialogue culturel Orient-Occident et les initiatives œcuméniques. La liberté, la compréhension, l’hospitalité et l’ouverture d’esprit ont été les valeurs sur lesquelles reposait le Liban d’hier. Elles sont à la base du Liban de demain dont l’idéal démocratique pluraliste est un patrimoine précieux que personne ne peut se résoudre à voir disparaître."

"Comment ne pas souligner, avait-il enchaîné, que c’est chaque Libanais qui est finalement responsable de l’avenir de son pays. Chacun doit être prêt à faire un examen de conscience, à renoncer à quelque chose, à se remettre en question pour que prévalent les valeurs partagées par tous : la droiture morale, le souci de la vérité, le sens de l’homme, la vraie solidarité, la défense des libertés et le respect des traditions. Et tout cela tant au niveau des personnes que des communautés. L’arrogance, la soif de domination, le fanatisme, le défaitisme ou la peur sont des germes mortels qui non seulement affaiblissent l’esprit national, mais peuvent conduire votre pays à une désagrégation fatale." Il est particulièrement intéressant de noter que le Saint-Père avait cité la peur comme agent de désagrégation nationale. Et c’est bien elle qui, de trop longues années durant, a maintenu notre pays dans son asservissement, jusqu’au jour où, grâce au sang versé, les hommes politiques ont décidé de braver la terreur, et la population de descendre dans la rue.

Le pape aurait certainement jubilé de voir ce que la jeunesse de 1985, maintenant adulte, a transmis à la jeunesse de 2005, à ceux qui, aujourd’hui, ont 20 ans et dans le cœur et les veines desquels battent le Liban, la soif d’indépendance et de liberté. Aux chrétiens en particulier, le pape avait déclaré : "Vous êtes responsables de l’espérance (...). Créez, là où vous vivez et travaillez, une ambiance fraternelle. Sans ingénuité, sachez faire confiance aux autres et soyez inventifs pour faire triompher la force régénératrice du pardon et de la miséricorde (...). Mais ne soyez jamais timides quand il s’agit de défendre vos libertés et tout particulièrement celle de proclamer et vivre ensemble les valeurs évangéliques. L’Eglise est tout entière à vos côtés (...). Elle est fière de tous les sacrifices des chrétiens d’Orient pour conserver intacte la foi en Jésus-Christ." Dix ans après cette lettre se tenait le synode sur le Liban, et dix ans plus tard le quittaient ces troupes étrangères qui, selon un article de l’Osservatore Romano, "compromettaient la reconstitution de l’unité du Liban". Ce développement consacrait le triomphe d’une action incessante du Vatican auprès de tous les acteurs locaux, régionaux et internationaux pour obtenir "le respect de l’intégrité territoriale, de la pleine autonomie et de la véritable indépendance de la nation libanaise fondée sur la coopération loyale de toutes les communautés qui la composent".
 

 
Emotion universelle
 
paru dans le Monde du 5 avril 2005
 
C'est une émotion mondiale qui répond aujourd'hui à la disparition de Jean Paul II. Une émotion empreinte de ferveur, de reconnaissance ou simplement de respect sur tous les continents. Les chroniqueurs retiendront plus tard l'extrême attention portée aux derniers jours du pape, que ce soit dans le monde occidental ou dans le monde asiatique, dans le monde africain ou dans le monde arabe, effaçant provisoirement dans un même recueillement le "choc des civilisations". Bien peu d'observateurs auraient imaginé il y a encore quelques jours que les deux principales chaînes de télévision arabes, Al-Jazira et Al-Arabiya, puissent faire le choix de couvrir l'agonie de Jean Paul II quasiment en continu. Cet élan converge vers le souvenir de la haute figure d'un pape universel, qui s'est appliqué tout au long de son pontificat à parcourir le monde, mondialisant ainsi sa fonction et son message. "Pourquoi est-ce que tu te promènes tout le temps à travers le monde ?", lui a demandé un jour un enfant. "Parce que le monde n'est pas tout entier ici ! As-tu lu ce qu'a dit Jésus ? Allez et évangélisez le monde entier. Alors, je vais dans le monde entier", a répondu Jean Paul II. Mais les voyages n'auraient pas suffi à porter sa parole sans la puissance de son verbe, la conviction et la fermeté de son propos. Le "N'ayez pas peur !" a résonné et résonne encore bien au-delà du cercle des fidèles catholiques. Et les médias, fascinés par cette personnalité, ont largement diffusé l'image du souverain pontife devenu très vite icône d'un peuple universel en manque de repères et de Père.

 

La vague d'émotion que l'on constate aujourd'hui peut surprendre. Mais c'est parce que l'on a oublié que le pape, dès le début de son pontificat, en 1978, a voulu repousser les frontières qui ont séparé les hommes et les peuples tout au long du XXe siècle. Ce Polonais qui aura subi la schlague de l'occupation nazie et le joug du communisme n'a eu de cesse de travailler au respect des droits de l'homme, de miner le terreau des dictatures et d'aider à l'effondrement des murs, à commencer par celui de Berlin, tombé en novembre 1989, prélude à la fin de l'URSS. On cherchait à le cantonner à la Pologne quand il était essentiellement européen. On le présentait comme un fils de l'Europe, alors qu'il se vivait comme un citoyen du monde, s'appliquant à parler toutes les langues, développant une pédagogie religieuse autant par le discours que par l'image, laissant les caméras le filmer à genoux, en prière, plongé dans un dialogue mystique et singulier avec son Dieu. Pape éminemment politique, Jean Paul II aura aussi débordé les frontières en cherchant à cultiver un dialogue interreligieux sans précédent. C'est aussi de cela que se souviennent aujourd'hui, dans leurs manifestations de tristesse, les non-catholiques. L'évêque de Rome allait ainsi, tête nue, les mains largement tendues vers les autres. Le monde entier s'en saisit aujourd'hui et lui rend un hommage à sa mesure : universel.

 


 

Unis dans une même tristesse et une même espérance

 

par MOHAMMED NOKKARI, publié dans l'Orient-le Jour le 4 avril 2005
L'auteur est directeur général de Dar el-Fatwa et chef du cabinet du mufti sunnite de la République libanaise 
 
Jean-Paul II, le pape qui a aimé le Liban et lui a inventé une formule qui a résumé à elle seule des milliers d’ouvrages, "Le Liban est un message", le pape qui a demandé aux chrétiens du monde entier d’observer une journée de jeûne durant le mois de ramadan par solidarité avec les musulmans, Jean-Paul II n’est plus. En ce jour de tristesse et de deuil, les musulmans tendent leurs mains aux chrétiens du monde entier et expriment leur plus profonde compassion pour la disparition d’un homme qui a incarné depuis 27 ans la foi, l’espérance et l’humanisme. Son souvenir restera gravé dans notre mémoire et dans celle de tout homme de foi, pour sa détermination à mener à bien sa mission, malgré ses souffrances et l’incapacité finale de son corps de répondre au plus simple des gestes. Jean-Paul II a œuvré pour le rapprochement entre chrétiens et musulmans, selon les principes définis dans la Constitution Nostra Aetate du concile Vatican II : "L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, ils vénèrent le Christ comme prophète. Ils honorent Sa mère virginale, Marie, et parfois L’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne."

Cet hommage adressé aux musulmans a été précédé il y a plus de quatorze siècles par un autre hommage adressé aux chrétiens par Dieu dans le Saint Coran : "...et tu trouveras que ceux qui ont l’amitié agissante la plus proche de ceux qui ont cru (les musulmans) sont ceux qui ont dit : “Nous sommes chrétiens”, et ce parce qu’ils ont des prêtres et des moines et qu’ils n’affichent aucun orgueil." Sourate "la table", verset 81. Dans cet esprit de tolérance et de tendresse entre l’islam et le christianisme, les paroles du pape Jean-Paul II continueront de retentir dans les siècles à venir : "Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes." Et encore : "Je crois que nous, chrétiens et musulmans, devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu." "Chrétiens et musulmans, avait-il enfin dit, nous nous sommes également mal compris, et quelquefois, dans le passé, nous nous sommes opposés et même épuisés en polémiques et en guerres. Je crois que Dieu nous invite, aujourd’hui, à changer nos vieilles habitudes. Nous avons à nous respecter et aussi à nous stimuler les uns les autres sur le chemin de Dieu."
 

 
Les organisations juives américaines louent l'oeuvre de Jean Paul II
 
publié par l'AFP le 2 avril 2005

Les organisations juives américaines ont rendu un hommage appuyé au pape Jean Paul II après son décès samedi au Vatican, louant sa ferme volonté de rapprocher le catholicisme et le judaïsme, qui s'est traduite par une série de gestes historiques de réconciliation. "Le pape Jean Paul II a changé fondamentalement 2.000 ans de relations entre l'Eglise et le peuple juif", a déclaré Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial. "Il est passé par dessus des divisions millénaires pour promouvoir le respect et la compréhension mutuels. Ses enseignements et ses réalisations sont un héritage pour les catholiques, les juifs et toute l'humanité. Notre espoir est que nous honorions tous cet héritage en le faisant fructifier pour les prochaines générations", a dit M. Bronfman. Le Congrès juif américain a lui aussi salué l'action du pape disparu. "Nous espérons avec ferveur que le Vatican, le clergé et les croyants catholiques à travers le monde continueront à travailler à la réconciliation de l'Eglise avec le peuple juif, à laquelle Jean Paul II a oeuvré si passionnément", a déclaré l'organisation.
 
"Plus qu'aucun autre pape dans l'Histoire, Jean Paul II a travaillé inlassablement à guérir la douloureuse relation historique entre l'Eglise et le peuple juif", a relevé le Congrès juif américain. "Il a déclaré de manière répétée que l'antisémitisme est un péché contre Dieu et qu'il n'y a pas de place dans la Chrétienté pour des interprétations antisémites de texte chrétiens", a poursuivi l'organisation. "Les Juifs à travers le monde ont été émus lorsqu'il a visité Israël en 2000", a rappelé le Congrès juif américain. Jean Paul II a été en 1979 le premier pape à visiter le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau (Pologne), où un million de juifs ont été tués par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale. Il a été le premier pape de l'histoire de l'Eglise à se rendre dans une synagogue, en 1983 à Rome. En 1994, Jean Paul II a établi des relations diplomatiques entre le Vatican et l'Etat d'Israël. Et en 2000, il est allé à Jérusalem, a prié au Mur Occidental (ou Mur des Lamentations) et a visité Yad Vashem, le mémorial aux six millions de juifs tués par les nazis.
 

 
La puissance de la volonté
 
paru dans le Figaro le 4 avril 2005
 

Que Jean-Paul II ait été jusqu'au bout de la souffrance uniquement soucieux de son dialogue avec Dieu et avec l'humanité ne saurait surprendre. Car, plus que beaucoup de ses semblables en responsabilité et en fonction, il restera à jamais associé à une vertu et à un mot souvent oubliés à notre époque : le courage. Est-ce parce qu'il venait d'une région du monde si longtemps sous l'emprise d'un glacis ? Est-ce parce qu'il avait compris que les chrétiens avaient besoin d'une Eglise vivante et fière d'elle-même ? Est-ce parce qu'il avait la conviction de devoir donner l'exemple pour que les hommes abandonnent le chemin de l'incertitude qui ronge et retrouvent celui de l'espoir qui fortifie ? Est-ce parce qu'il ne savait pas vivre sa passion sans s'engager totalement et sans répondre à ses exigences qui le contraignaient à assumer, quoi qu'il en coûtât, le devoir qu'il s'était fixé ? Au fond, les raisons importent peu. Seuls comptent la trace dans l'histoire, le message laissé, l'empreinte gravée, l'objectif atteint. En ce sens, cet évêque de Rome non seulement incarna le pouvoir du courage mais symbolisa aussi la puissance de la volonté.

 

Ainsi fut-il des combats du monde, attentif au bruit et à la fureur autant qu'au recueillement et à la prière. En un long pèlerinage de plus de vingt-six ans, il alla dans chaque endroit de la planète à la recherche de tous les chrétiens et à la rencontre de tous les peuples. Il évangélisa et il exhorta. Faute de pouvoir le combattre autrement, certains le qualifièrent de conservateur. Il le fut mais il fut aussi progressiste et, chaque fois, fidèle et inébranlable, il était un pape de mission. Aussi, plus que beaucoup de ses prédécesseurs, il marqua son époque au point que la tâche de son successeur apparaît déjà redou table : il va devoir conduire une Eglise réveillée et marquée par l'aura de celui qui vient de disparaître.

 

C'est pourquoi il apparaît déjà comme un géant du XXe siècle à l'instar d'un de Gaulle ou d'un Churchill. D'autant que Jean-Paul II, très vite, sut dépasser le cercle des fidèles de son Eglise pour s'adresser à tous les hommes. Sa parole avait autant de retentissement à l'extérieur de la chrétienté qu'à l'intérieur. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, ses propos sur sa terre natale, la Pologne, contre le régime communiste furent-ils reçus comme ceux d'un insoumis et il contribua, plus qu'aucun homme politique, à la chute d'une des tragédies du siècle dernier. Et même s'il a buté sur plusieurs obstacles, tel l'oecuménisme, son bilan, si on ose employer ce mot, emporte l'adhésion, ne serait-ce que parce qu'il privilégia toujours la cause de l'homme. Voilà pourquoi le message du pèlerin de Dieu, du pape de la parole, a été si universel. Chacun pouvait le recevoir. Comme lorsque Jean-Paul II, reprenant la phrase de l'Evangile, lança aux catholiques : "N'ayez pas peur !" Car il appelait alors les hommes autant à réformer le monde qu'à se réformer eux-mêmes.

 


 
1978-2005: plus d'un quart de siècle au cœur de l'homme et du monde
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 2 avril 2005
 
Jean Paul II aura profondément marqué le catholicisme. Son règne a été d'abord, avec ceux de saint Pierre, Léon XIII et Pie IX, l'un des plus longs de l'histoire de l'Eglise. Il s'est ensuite révélé particulièrement dense, en se déployant sur tous les fronts politiques et sociaux du monde moderne. A l'heure du bilan, il est difficile de résumer l'œuvre accomplie en 26 ans. Ce 264e pape est inclassable. Hyper-conservateur en matière morale, il est aussi apparu très progressiste dans son engagement pour les droits de l'homme et ses critiques du néolibéralisme. Un fait est certain : il a redonné à l'Eglise une place prépondérante sur la scène mondiale. A l'heure de tirer le bilan du pontificat de Jean Paul II, le chroniqueur religieux est pris de vertige, tant ce pape a profondément marqué l'histoire de l'Eglise catholique, du christianisme et du monde. Avec ceux de saint Pierre, Léon XIII (1878-1903) et Pie IX (1846-1878), le règne de Jean Paul II est en effet un des plus longs de l'histoire chrétienne. Un des plus denses aussi, puisqu'il a traversé des bouleversements politiques, technologiques, scientifiques, sociaux et culturels majeurs. Jean Paul II a fait de l'Eglise un acteur important de la planète, brisant les murs du Vatican pour aller à la rencontre du monde, portant l'Evangile jusqu'au bout de la terre, inlassablement, jusqu'à son dernier souffle.

Il est impossible de donner un seul visage à ce pape qui a été un signe de contradiction dans le monde. Inclassable, paradoxal, le 263e successeur de l'apôtre Pierre a semé tou