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RELIGION  RJLIBAN  N°4  du 5 avril 2005

 
JMJ, la génération Jean-Paul II
 
Notre association, le Rassemblement de la Jeunesse Libanaise, a vu le jour à Paris en décembre 1986. L'idée avait germé le 7 avril 1985, lors du message pascal du Pape Jean-Paul II annonçant à Rome l’organisation régulière des Journées Mondiales de la Jeunesse en ces termes : "...Une mission difficile mais en même temps passionnante attend la jeunesse : transformer les mécanismes fondamentaux qui provoquent égoïsme et oppression dans les relations entre nations, et créer de nouvelles structures s’orientant vers la vérité, la solidarité et la paix."  Notre action en faveur du Liban s'inspire de ce message universel, délivré il y a exactement 20 ans - alors que la guerre ravageait notre pays - par cet homme d'exception auquel nous rendons hommage et qui nous quitte aujourd'hui après avoir semé sur la Terre les forces de la bonté et de l'espérance. Visite du Pape Jean-Paul II au Liban en mai 1997.  
 

 
JMJ, la génération Jean-Paul II
Lancées par Jean-Paul II il y a vingt ans, les Journées mondiales de la jeunesse ont permis à toute une génération de chrétiens de se donner une identité
 
par PIERRE SCHMIDT, publié dans la Croix du 2 avril 2005
 
"Les JMJ n’ont pas supprimé la baisse de la pratique ni celle des vocations en France", constatait récemment l’historien Olivier Landron (Université catholique de l’Ouest, Angers) lors d’une journée d’étude sur le sujet. JMJ, pour Journées mondiales de la jeunesse, une formule lancée par Jean-Paul II en 1985. Vingt ans déjà, et 500.000 jeunes participants français depuis. "En comptant les JMJ et les rassemblements de jeunes autour du Pape en France, on peut estimer que 1 % de la population des jeunes de la tranche d’âge concernée a été touchée, estime l’historien Ludovic Laloux. D’une certaine façon, c’est dérisoire." Certes. Mais 500.000 personnes, ce n’est pas rien pour l’Eglise. Or, quinze ans après les JMJ de Compostelle, et huit ans après l’édition parisienne, cette génération accède aujourd’hui aux responsabilités dans l’Eglise et dans la société. Marquée par l’événement ponctuel des JMJ, elle s’engage dans la durée (Journée bilan sur "Vingt ans de JMJ", organisée le 22 janvier au Centre théologique de Caen).
 
"La figure emblématique de cette génération, c’est le cardinal Philippe Barbarin", souligne encore l’historien Ludovic Jaloux. En 1989, alors prêtre à Vincennes, il partait avec un groupe de jeunes aux JMJ de Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui, le voilà primat des Gaules. Autre niveau, autre exemple : Pierre Gueydier, 33 ans, professeur de musicologie, marié et père de quatre enfants. Il est le coordinateur national de la pastorale des jeunes. Lui-même a "fait" les JMJ de Compostelle à 17 ans, puis celles de Czestochowa et de Paris. "Je ne connais pas un jeune qui s’engage aujourd’hui dans l’Eglise et qui n’aurait pas été marqué par les JMJ", constate-t-il. De même, la moitié des novices des congrégations religieuses citent les JMJ comme une référence dans leur cheminement, et la moitié des séminaristes les mentionnent comme "événement d’Eglise marquant" (Cf. une enquête menée récemment pour le Service national des vocations (SNV), et le numéro de mai 2004 de Jeunes et vocations, édité par le SNV). C’est une référence également pour "les couples dans les préparations aux mariages", souligne le P. Paul Destable, qui a coordonné les JMJ de Paris. Bref, les Journées mondiales ont marqué de leur empreinte une génération de jeunes catholiques français.
 
Le déclic a eu lieu à Paris en 1997
Le déclic a eu lieu à Paris, en août 1997. "Une prise de conscience d’un certain rayonnement de l’Eglise que l’on n’imaginait pas, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Eglise", estime Ludovic Jaloux. Un million de pèlerins à Longchamp, dont 350.000 jeunes Français, ont changé la perception extérieure de l’Eglise catholique : dans les médias, mais aussi dans certains manuels d’histoire de terminale où, pour illustrer le catholicisme, l’image des JMJ est venue remplacer celle du prêtre en milieu rural…

Le changement de perception a aussi été interne. Du côté des jeunes : "J’ai compris à Paris que l’Eglise était vivante", se souvient Ingrid Notariés, 30 ans, responsable de la route nationale JMJ pour les "jeunes professionnels" qui partiront à Cologne cette année. Et du côté de l’épiscopat : en provoquant cette rencontre inédite avec l’Eglise, les JMJ ont suscité une sorte de "réconciliation", visible lors des fameuses catéchèses faites par les évêques, qui se sont alors aperçus que leur parole était attendue. Les jeunes se sont rendu compte qu’ils pouvaient prendre une nouvelle place dans l’Eglise et une place de chrétiens dans la société. "Quand j’ai vu la ville de Paris changée par ces JMJ, c’est là que j’ai compris que, comme chrétien, on pouvait transformer la société", raconte Olivier de Marcels, 38 ans. Intensité spirituelle également. Beaucoup parlent d’une rencontre "sensible" avec le Christ, à l’origine de choix de vie individuels, non quantifiables. Après Paris, l’élan était insufflé, et la présence française à Rome en 2000 importante : 77 évêques, 80.000 jeunes issus, non plus seulement des nouveaux mouvements ecclésiaux - comme c’était majoritairement le cas aux premières JMJ -, mais venus de tous horizons, en général éloignés des structures d’Eglise, ici réunis par diocèses.
 
Ni des jeunes, ni des adultes, des jeunes adultes
Entre-temps en France, deux mouvements concomitants pour les jeunes de 16-35 ans ont résulté des précédentes JMJ : un rapprochement des différentes sensibilités au sein des Eglises diocésaines, et la création d’initiatives nouvelles venues combler un manque pour une nouvelle tranche d’âge, les 20-30 ans. Ni des jeunes ni des adultes, des jeunes adultes… jusqu’à 35 ans parfois. "On a alors pris conscience que la pastorale des jeunes, ce n’était plus seulement les moins de 20 ans, mais aussi les 20-30 ans, explique le P. Paul Destable, du diocèse de Clermont. Ce sont des personnes qui ont fait des études ou même travaillent, mais qui n’ont pas encore toutes les responsabilités d’un adulte." "D’ailleurs, depuis, les mouvements de jeunes tirent vers le haut de la tranche d’âge. La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) va jusqu’aux 26-27 ans, le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) également…", note encore l’ancien responsable de l’apostolat des laïcs. L’Eglise réussit à toucher là une population sur laquelle elle avait de moins en moins de prise, parce qu’elle avait quitté les engagements de lycéen : aumônerie, scoutisme… "Sur notre diocèse par exemple, la moitié des jeunes déjà inscrits pour Cologne n’appartiennent pas à nos réseaux catholiques", signale ainsi le P. Destable.

 

La Coordination des jeunes professionnels (COJP) a ainsi été créée, dans la foulée des JMJ de Paris, pour combler ce vide. Depuis, chaque année, une demi-douzaine de groupes naissent au sein de cette entité très souple, presque informelle, qui fonctionne comme un service et non comme un mouvement. Une soixantaine de groupes existent aujourd’hui sous la COJP : la moitié en région parisienne, le reste en province. "Et des groupes se créent maintenant dans les villes petites et moyennes", explique Ingrid Notaris. Depuis trois ans, 600 jeunes se retrouvent au pèlerinage national de la COJP à Vézelay.  

 

Une génération spirituelle et consommatrice
Au même moment, les pionniers de cette génération, que l’on dit centrée sur le spirituel et plutôt consommatrice, commencent à investir les paroisses, les responsabilités en scoutisme, les questions éthiques, l’action publique et sociale. Ainsi à Caen, où une trentaine de jeunes ont, à la suite des JMJ de Rome, ouvert une section "jeunes" de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Témoin encore la communauté de l’Emmanuel qui prend en compte, dans ses sessions d’été à Paray-le-Monial, de nouvelles dimensions : environnement, économie, social... En s’engageant durablement dans les structures adultes d’Eglise, ces jeunes innovent. Ainsi, Inxl6 (lire phonétiquement : "in excelsis") www.inxl6.org, le portail Internet "jeunes" de l’Eglise catholique en France, fondé par une demi-douzaine de bénévoles au lendemain des JMJ de Rome, qui ont décidé de le placer sous la responsabilité éditoriale de l’épiscopat. Alimenté par une soixantaine de correspondants locaux, ce site reçoit aujourd’hui 5.000 visites par jour. Autres fruits des JMJ !

 

REPERES

Les Journées mondiales de la jeunesse de Cologne
Du 11 au 21 août 2005

Age : Ces 20es Journées mondiales de la jeunesse sont ouvertes aux jeunes du monde entier, âgés de 16 à 30 ans. La proposition pastorale de ce rassemblement est cependant plutôt destinée aux 18-30 ans, même si, pour cette vingtième édition, les JMJ sont clairement ouvertes aux mineurs. Chaque diocèse reste libre de refuser les inscriptions de mineurs. Attention : ce type d’inscription nécessite un encadrement réglementé (à voir avec le délégué JMJ diocésain).

Prix : Le forfait du pèlerin est, pour la France métropolitaine, de 169 Euros. A cela il faut ajouter les frais de transport, d’assurance, de fonctionnement, et la caisse de solidarité (nationale et internationale) qui permettra au plus grand nombre de jeunes de pouvoir se rendre à Cologne . Au final, il faut compter, selon les diocèses, entre 300 et 350 Euros. NB Le forfait peut bénéficier d’une réduction : se renseigner. Une commission "solidarité" travaille pour que le prix ne soit pas un frein. Le délégué diocésain JMJ sait comment obtenir un soutien financier.

Inscription : Elle se fait exclusivement auprès du délégué diocésain pour les JMJ (pour connaître ses coordonnées, il suffit de consulter la liste sur le site Internet www.jmj2005.fr ). C’est l’hébergement en famille qui est privilégié. 20.000 volontaires au total sont attendus à Cologne pour que les JMJ se déroulent dans les meilleures conditions. Parmi eux, entre 500 et 1.000 Français. L’inscription peut se faire jusqu’au 30 avril 2005.

Handicapés : Des efforts particuliers ont été faits pour l’accueil des jeunes handicapés lors de ces 20es Journées mondiales, sachant que l’Allemagne dispose en la matière d’une longueur d’avance sur la France.

Site Internet : www.jmj2005.fr  (francophone) 

A lire : Numéro spécial de Croire aujourd’hui-Jeunes Chrétiens sur les JMJ (n° 28, décembre 2004-janvier 2005). Tél. : 0.825.825.831.

 


 

Un nouveau visage à la papauté

 

par FRANCOIS REGIS HUTIN, publié dans Ouest-France le 2 avril 2005

 

Jean Paul II s'en est allé dans son éternité. Il a retrouvé Celui qu'il a servi et aimé toute sa vie. Notre émotion grandissait tous ces derniers jours. Tristesse de perdre cet être et peine pour sa souffrance qui se prolongeait. La foule des chrétiens bouleversés se rassemblait autour du Père pour l'accompagner dans ce passage avec l'Espérance de Pâques, la foi dans la résurrection. Lui dont on avait connu la force, mais aussi l'humilité, qui savait se reconnaître pécheur, était abattu malgré sa résistance. Il a lutté plus pour accomplir son devoir que pour prolonger sa vie. Il ne cachait pas sa souffrance et manifestait ainsi sa solidarité avec tous les malades, les infirmes et les impotents du monde. Beaucoup s'en trouvaient réconfortés.

 

Jean Paul II avait donné un nouveau visage à la papauté. Son allant, sa joie manifeste de rencontrer les autres, les autres cultures, les autres religions comme à Assise, ouvrait des perspectives. "Ouvrez les portes, disait-il, n'ayez pas peur, allez de l'avant sur les chemins du bien". Dialogue et réconciliation, amitié et paix, unité des chrétiens, respect de la personne, exigence de justice et de partage. Ce message avait été compris et certains le redoutaient au point de tenter de l'assassiner. Mais ils en avaient fait alors une victime et un héros. En cette nuit où sonne le glas aux clochers de nos Eglises, nous voici plongés dans la tristesse, car nous perdons ce pape qui était devenu proche et que nous aimions. Mais nous sommes aussi remplis d'Espérance. Grâce à lui nous savons encore plus maintenant que dans ce monde, le dernier mot ne sera pas donné à la haine mais à l'amour.

 


 
Jean-Paul II, un ami du Liban
 
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 2 avril 2005
 
"Je prie chaque jour, et plusieurs fois par jour, pour le Liban. Je fais mon possible et ce n’est pas tellement facile ; mais je reste fidèle à votre cause", confiait Jean-Paul II, en 1985, à une délégation du Conseil pour l’apostolat des laïcs qu’il recevait à Rome, à l’occasion d’un congrès international de la jeunesse (Les lettres de Jean-Paul II sur la crise libanaise, ainsi que l’Exhortation apostolique de 1997, Une espérance pour le Liban, ont été publiées par le Centre catholique d’information - Jal el-Dib. Un ouvrage publié par Media Marketing est également paru, contenant tous les discours prononcés par le pape lors de sa visite historique au Liban, en 1997). "L’unique et le plus grand espoir du Liban, c’est vous, leur avait-il encore affirmé. Tant qu’il y aura des Libanais, le Liban existera." Cette assurance, le pape la renouvelait toutes les fois qu’il en avait l’occasion, devant les différentes délégations officielles venues le voir, comme devant les instances internationales, les chefs d’Etat concernés et les patriarches catholiques qui se rendaient régulièrement à Rome.

Balayant toutes les difficultés qui se dressaient sur son chemin, il avait décidé de consacrer au Liban une assemblée spéciale du synode des évêques, une assemblée créée par son prédécesseur, Paul VI, pour débattre des questions graves, et en général continentales, qui agitaient l’Eglise universelle. Le 1er mai 1984, il avait adressé une "Lettre à tous les Libanais" dans laquelle il disait : "La profonde affection que je nourris depuis longtemps pour ce pays et sa population si éprouvée m’autorise, je crois, à adresser une parole amicale à tous les Libanais, catholiques, chrétiens et musulmans : je sais qu’elle trouvera le chemin de leur cœur. Je le fais dans la lumière incomparable de Pâques (...). Ces trop longues années de guerre ne doivent pas entamer votre confiance dans le Liban lui-même. Il constitue une valeur de civilisation précieuse : que l’on songe à ce que l’humanité entière lui doit depuis la lointaine époque des Phéniciens. Sans oublier la rencontre des religions, le dialogue culturel Orient-Occident et les initiatives œcuméniques. La liberté, la compréhension, l’hospitalité et l’ouverture d’esprit ont été les valeurs sur lesquelles reposait le Liban d’hier. Elles sont à la base du Liban de demain dont l’idéal démocratique pluraliste est un patrimoine précieux que personne ne peut se résoudre à voir disparaître."

"Comment ne pas souligner, avait-il enchaîné, que c’est chaque Libanais qui est finalement responsable de l’avenir de son pays. Chacun doit être prêt à faire un examen de conscience, à renoncer à quelque chose, à se remettre en question pour que prévalent les valeurs partagées par tous : la droiture morale, le souci de la vérité, le sens de l’homme, la vraie solidarité, la défense des libertés et le respect des traditions. Et tout cela tant au niveau des personnes que des communautés. L’arrogance, la soif de domination, le fanatisme, le défaitisme ou la peur sont des germes mortels qui non seulement affaiblissent l’esprit national, mais peuvent conduire votre pays à une désagrégation fatale." Il est particulièrement intéressant de noter que le Saint-Père avait cité la peur comme agent de désagrégation nationale. Et c’est bien elle qui, de trop longues années durant, a maintenu notre pays dans son asservissement, jusqu’au jour où, grâce au sang versé, les hommes politiques ont décidé de braver la terreur, et la population de descendre dans la rue.

Le pape aurait certainement jubilé de voir ce que la jeunesse de 1985, maintenant adulte, a transmis à la jeunesse de 2005, à ceux qui, aujourd’hui, ont 20 ans et dans le cœur et les veines desquels battent le Liban, la soif d’indépendance et de liberté. Aux chrétiens en particulier, le pape avait déclaré : "Vous êtes responsables de l’espérance (...). Créez, là où vous vivez et travaillez, une ambiance fraternelle. Sans ingénuité, sachez faire confiance aux autres et soyez inventifs pour faire triompher la force régénératrice du pardon et de la miséricorde (...). Mais ne soyez jamais timides quand il s’agit de défendre vos libertés et tout particulièrement celle de proclamer et vivre ensemble les valeurs évangéliques. L’Eglise est tout entière à vos côtés (...). Elle est fière de tous les sacrifices des chrétiens d’Orient pour conserver intacte la foi en Jésus-Christ." Dix ans après cette lettre se tenait le synode sur le Liban, et dix ans plus tard le quittaient ces troupes étrangères qui, selon un article de l’Osservatore Romano, "compromettaient la reconstitution de l’unité du Liban". Ce développement consacrait le triomphe d’une action incessante du Vatican auprès de tous les acteurs locaux, régionaux et internationaux pour obtenir "le respect de l’intégrité territoriale, de la pleine autonomie et de la véritable indépendance de la nation libanaise fondée sur la coopération loyale de toutes les communautés qui la composent".
 

 
Emotion universelle
 
paru dans le Monde du 5 avril 2005
 
C'est une émotion mondiale qui répond aujourd'hui à la disparition de Jean Paul II. Une émotion empreinte de ferveur, de reconnaissance ou simplement de respect sur tous les continents. Les chroniqueurs retiendront plus tard l'extrême attention portée aux derniers jours du pape, que ce soit dans le monde occidental ou dans le monde asiatique, dans le monde africain ou dans le monde arabe, effaçant provisoirement dans un même recueillement le "choc des civilisations". Bien peu d'observateurs auraient imaginé il y a encore quelques jours que les deux principales chaînes de télévision arabes, Al-Jazira et Al-Arabiya, puissent faire le choix de couvrir l'agonie de Jean Paul II quasiment en continu. Cet élan converge vers le souvenir de la haute figure d'un pape universel, qui s'est appliqué tout au long de son pontificat à parcourir le monde, mondialisant ainsi sa fonction et son message. "Pourquoi est-ce que tu te promènes tout le temps à travers le monde ?", lui a demandé un jour un enfant. "Parce que le monde n'est pas tout entier ici ! As-tu lu ce qu'a dit Jésus ? Allez et évangélisez le monde entier. Alors, je vais dans le monde entier", a répondu Jean Paul II. Mais les voyages n'auraient pas suffi à porter sa parole sans la puissance de son verbe, la conviction et la fermeté de son propos. Le "N'ayez pas peur !" a résonné et résonne encore bien au-delà du cercle des fidèles catholiques. Et les médias, fascinés par cette personnalité, ont largement diffusé l'image du souverain pontife devenu très vite icône d'un peuple universel en manque de repères et de Père.

 

La vague d'émotion que l'on constate aujourd'hui peut surprendre. Mais c'est parce que l'on a oublié que le pape, dès le début de son pontificat, en 1978, a voulu repousser les frontières qui ont séparé les hommes et les peuples tout au long du XXe siècle. Ce Polonais qui aura subi la schlague de l'occupation nazie et le joug du communisme n'a eu de cesse de travailler au respect des droits de l'homme, de miner le terreau des dictatures et d'aider à l'effondrement des murs, à commencer par celui de Berlin, tombé en novembre 1989, prélude à la fin de l'URSS. On cherchait à le cantonner à la Pologne quand il était essentiellement européen. On le présentait comme un fils de l'Europe, alors qu'il se vivait comme un citoyen du monde, s'appliquant à parler toutes les langues, développant une pédagogie religieuse autant par le discours que par l'image, laissant les caméras le filmer à genoux, en prière, plongé dans un dialogue mystique et singulier avec son Dieu. Pape éminemment politique, Jean Paul II aura aussi débordé les frontières en cherchant à cultiver un dialogue interreligieux sans précédent. C'est aussi de cela que se souviennent aujourd'hui, dans leurs manifestations de tristesse, les non-catholiques. L'évêque de Rome allait ainsi, tête nue, les mains largement tendues vers les autres. Le monde entier s'en saisit aujourd'hui et lui rend un hommage à sa mesure : universel.

 


 

Unis dans une même tristesse et une même espérance

 

par MOHAMMED NOKKARI, publié dans l'Orient-le Jour le 4 avril 2005
L'auteur est directeur général de Dar el-Fatwa et chef du cabinet du mufti sunnite de la République libanaise 
 
Jean-Paul II, le pape qui a aimé le Liban et lui a inventé une formule qui a résumé à elle seule des milliers d’ouvrages, "Le Liban est un message", le pape qui a demandé aux chrétiens du monde entier d’observer une journée de jeûne durant le mois de ramadan par solidarité avec les musulmans, Jean-Paul II n’est plus. En ce jour de tristesse et de deuil, les musulmans tendent leurs mains aux chrétiens du monde entier et expriment leur plus profonde compassion pour la disparition d’un homme qui a incarné depuis 27 ans la foi, l’espérance et l’humanisme. Son souvenir restera gravé dans notre mémoire et dans celle de tout homme de foi, pour sa détermination à mener à bien sa mission, malgré ses souffrances et l’incapacité finale de son corps de répondre au plus simple des gestes. Jean-Paul II a œuvré pour le rapprochement entre chrétiens et musulmans, selon les principes définis dans la Constitution Nostra Aetate du concile Vatican II : "L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, ils vénèrent le Christ comme prophète. Ils honorent Sa mère virginale, Marie, et parfois L’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne."

Cet hommage adressé aux musulmans a été précédé il y a plus de quatorze siècles par un autre hommage adressé aux chrétiens par Dieu dans le Saint Coran : "...et tu trouveras que ceux qui ont l’amitié agissante la plus proche de ceux qui ont cru (les musulmans) sont ceux qui ont dit : “Nous sommes chrétiens”, et ce parce qu’ils ont des prêtres et des moines et qu’ils n’affichent aucun orgueil." Sourate "la table", verset 81. Dans cet esprit de tolérance et de tendresse entre l’islam et le christianisme, les paroles du pape Jean-Paul II continueront de retentir dans les siècles à venir : "Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes." Et encore : "Je crois que nous, chrétiens et musulmans, devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu." "Chrétiens et musulmans, avait-il enfin dit, nous nous sommes également mal compris, et quelquefois, dans le passé, nous nous sommes opposés et même épuisés en polémiques et en guerres. Je crois que Dieu nous invite, aujourd’hui, à changer nos vieilles habitudes. Nous avons à nous respecter et aussi à nous stimuler les uns les autres sur le chemin de Dieu."
 

 
Les organisations juives américaines louent l'oeuvre de Jean Paul II
 
publié par l'AFP le 2 avril 2005

Les organisations juives américaines ont rendu un hommage appuyé au pape Jean Paul II après son décès samedi au Vatican, louant sa ferme volonté de rapprocher le catholicisme et le judaïsme, qui s'est traduite par une série de gestes historiques de réconciliation. "Le pape Jean Paul II a changé fondamentalement 2.000 ans de relations entre l'Eglise et le peuple juif", a déclaré Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial. "Il est passé par dessus des divisions millénaires pour promouvoir le respect et la compréhension mutuels. Ses enseignements et ses réalisations sont un héritage pour les catholiques, les juifs et toute l'humanité. Notre espoir est que nous honorions tous cet héritage en le faisant fructifier pour les prochaines générations", a dit M. Bronfman. Le Congrès juif américain a lui aussi salué l'action du pape disparu. "Nous espérons avec ferveur que le Vatican, le clergé et les croyants catholiques à travers le monde continueront à travailler à la réconciliation de l'Eglise avec le peuple juif, à laquelle Jean Paul II a oeuvré si passionnément", a déclaré l'organisation.
 
"Plus qu'aucun autre pape dans l'Histoire, Jean Paul II a travaillé inlassablement à guérir la douloureuse relation historique entre l'Eglise et le peuple juif", a relevé le Congrès juif américain. "Il a déclaré de manière répétée que l'antisémitisme est un péché contre Dieu et qu'il n'y a pas de place dans la Chrétienté pour des interprétations antisémites de texte chrétiens", a poursuivi l'organisation. "Les Juifs à travers le monde ont été émus lorsqu'il a visité Israël en 2000", a rappelé le Congrès juif américain. Jean Paul II a été en 1979 le premier pape à visiter le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau (Pologne), où un million de juifs ont été tués par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale. Il a été le premier pape de l'histoire de l'Eglise à se rendre dans une synagogue, en 1983 à Rome. En 1994, Jean Paul II a établi des relations diplomatiques entre le Vatican et l'Etat d'Israël. Et en 2000, il est allé à Jérusalem, a prié au Mur Occidental (ou Mur des Lamentations) et a visité Yad Vashem, le mémorial aux six millions de juifs tués par les nazis.
 

 
La puissance de la volonté
 
paru dans le Figaro le 4 avril 2005
 

Que Jean-Paul II ait été jusqu'au bout de la souffrance uniquement soucieux de son dialogue avec Dieu et avec l'humanité ne saurait surprendre. Car, plus que beaucoup de ses semblables en responsabilité et en fonction, il restera à jamais associé à une vertu et à un mot souvent oubliés à notre époque : le courage. Est-ce parce qu'il venait d'une région du monde si longtemps sous l'emprise d'un glacis ? Est-ce parce qu'il avait compris que les chrétiens avaient besoin d'une Eglise vivante et fière d'elle-même ? Est-ce parce qu'il avait la conviction de devoir donner l'exemple pour que les hommes abandonnent le chemin de l'incertitude qui ronge et retrouvent celui de l'espoir qui fortifie ? Est-ce parce qu'il ne savait pas vivre sa passion sans s'engager totalement et sans répondre à ses exigences qui le contraignaient à assumer, quoi qu'il en coûtât, le devoir qu'il s'était fixé ? Au fond, les raisons importent peu. Seuls comptent la trace dans l'histoire, le message laissé, l'empreinte gravée, l'objectif atteint. En ce sens, cet évêque de Rome non seulement incarna le pouvoir du courage mais symbolisa aussi la puissance de la volonté.

 

Ainsi fut-il des combats du monde, attentif au bruit et à la fureur autant qu'au recueillement et à la prière. En un long pèlerinage de plus de vingt-six ans, il alla dans chaque endroit de la planète à la recherche de tous les chrétiens et à la rencontre de tous les peuples. Il évangélisa et il exhorta. Faute de pouvoir le combattre autrement, certains le qualifièrent de conservateur. Il le fut mais il fut aussi progressiste et, chaque fois, fidèle et inébranlable, il était un pape de mission. Aussi, plus que beaucoup de ses prédécesseurs, il marqua son époque au point que la tâche de son successeur apparaît déjà redou table : il va devoir conduire une Eglise réveillée et marquée par l'aura de celui qui vient de disparaître.

 

C'est pourquoi il apparaît déjà comme un géant du XXe siècle à l'instar d'un de Gaulle ou d'un Churchill. D'autant que Jean-Paul II, très vite, sut dépasser le cercle des fidèles de son Eglise pour s'adresser à tous les hommes. Sa parole avait autant de retentissement à l'extérieur de la chrétienté qu'à l'intérieur. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, ses propos sur sa terre natale, la Pologne, contre le régime communiste furent-ils reçus comme ceux d'un insoumis et il contribua, plus qu'aucun homme politique, à la chute d'une des tragédies du siècle dernier. Et même s'il a buté sur plusieurs obstacles, tel l'oecuménisme, son bilan, si on ose employer ce mot, emporte l'adhésion, ne serait-ce que parce qu'il privilégia toujours la cause de l'homme. Voilà pourquoi le message du pèlerin de Dieu, du pape de la parole, a été si universel. Chacun pouvait le recevoir. Comme lorsque Jean-Paul II, reprenant la phrase de l'Evangile, lança aux catholiques : "N'ayez pas peur !" Car il appelait alors les hommes autant à réformer le monde qu'à se réformer eux-mêmes.

 


 
1978-2005: plus d'un quart de siècle au cœur de l'homme et du monde
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 2 avril 2005
 
Jean Paul II aura profondément marqué le catholicisme. Son règne a été d'abord, avec ceux de saint Pierre, Léon XIII et Pie IX, l'un des plus longs de l'histoire de l'Eglise. Il s'est ensuite révélé particulièrement dense, en se déployant sur tous les fronts politiques et sociaux du monde moderne. A l'heure du bilan, il est difficile de résumer l'œuvre accomplie en 26 ans. Ce 264e pape est inclassable. Hyper-conservateur en matière morale, il est aussi apparu très progressiste dans son engagement pour les droits de l'homme et ses critiques du néolibéralisme. Un fait est certain : il a redonné à l'Eglise une place prépondérante sur la scène mondiale. A l'heure de tirer le bilan du pontificat de Jean Paul II, le chroniqueur religieux est pris de vertige, tant ce pape a profondément marqué l'histoire de l'Eglise catholique, du christianisme et du monde. Avec ceux de saint Pierre, Léon XIII (1878-1903) et Pie IX (1846-1878), le règne de Jean Paul II est en effet un des plus longs de l'histoire chrétienne. Un des plus denses aussi, puisqu'il a traversé des bouleversements politiques, technologiques, scientifiques, sociaux et culturels majeurs. Jean Paul II a fait de l'Eglise un acteur important de la planète, brisant les murs du Vatican pour aller à la rencontre du monde, portant l'Evangile jusqu'au bout de la terre, inlassablement, jusqu'à son dernier souffle.

Il est impossible de donner un seul visage à ce pape qui a été un signe de contradiction dans le monde. Inclassable, paradoxal, le 263e successeur de l'apôtre Pierre a semé tous ceux qui ont cherché à l'enfermer dans une catégorie. A-t-on pensé qu'il était conservateur ? Inflexible sur les questions morales, il a aussi été la seule autorité mondialement reconnue à oser affronter le néolibéralisme, pour défendre les droits de l'homme dont il a fait un de ses principaux combats. Lui a-t-on reproché son intransigeance et son imperméabilité à la critique ? Il a été le seul pape en 2000 ans d'histoire chrétienne à avoir contraint l'Eglise à faire un examen de conscience douloureux. L'a-t-on accusé de vouloir réaliser l'unité chrétienne sous l'étendard catholique ? Il est impossible d'omettre ses efforts œcuméniques, dont les plus spectaculaires ont été la signature en octobre 1999 d'une Déclaration commune sur la doctrine de la justification par la foi avec les luthériens, et la demande de pardon adressée aux orthodoxes pour les fautes des catholiques lors de ses voyages en Grèce et en Ukraine en 2001. A-t-on pensé qu'il méprisait les autres religions ? La Déclaration Dominus Jesus diffusée le 5 septembre 2000 rappelle la supériorité du christianisme sur toutes les autres fois, mais le même homme a réuni à deux reprises, en 1986 et en 2002, les plus importants leaders religieux de la planète à Assise afin de prier pour la paix.

Sur les chemins du monde
"Le Fils de l'Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" C'est dans ces paroles du Christ (Luc 18,8) qu'il faut sans doute chercher la clé des nombreux paradoxes du pontificat de Jean Paul II. Car ce pape, marqué par une vision eschatologique du monde, semble n'avoir eu qu'un but en tête : réévangéliser la terre, afin de préparer le retour du Christ annoncé par l'Evangile. D'où l'énergie surhumaine qu'il a déployée pendant les vingt-six années de son pontificat. Son action politique et sociale a trouvé sa source dans une pensée théologique fondée sur la centralité du Christ dans l'Histoire et l'Univers, comme le laisse entendre sa première encyclique, Redemptor hominis (1979). Même si Jean Paul II s'est défendu d'avoir voulu rétablir la chrétienté, il a toujours mis l'accent sur la nature missionnaire de l'Eglise, censée s'opposer par l'évangélisation à l' "esprit du monde", dominé à ses yeux par la "culture de la mort" qu'il a tant fustigée. "Ce n'est rien d'autre que le combat pour l'âme de ce monde" qui est en jeu dans cette lutte quotidienne de l'Eglise, a-t-il écrit dans son livre Entrez dans l'espérance (Jean Paul II, Entrez dans l'espérance, avec la collaboration de Vittorio Messori, Plon/Mame, 1994). Jean Paul II a pris son rôle de Vicaire du Christ très au sérieux. Pour ce pape, la fin a parfois justifié des moyens surprenants, et ses contemporains n'ont pas manqué de le lui reprocher à certaines occasions. Trois grandes lignes d'action ont marqué son pontificat: la lutte contre le communisme, le combat pour les droits de l'homme, et la guerre contre "la culture de mort".

Lorsque le cardinal polonais Karol Wojtyla est élu pape par le Sacré Collège le 16 octobre 1978, à l'âge de 58 ans, il hérite d'une Eglise dont l'influence et le pouvoir temporel sont en plein déclin. Pour lui redonner son aura et son prestige, il se transforme en pasteur universel. Il parcourra la planète de long en large, effectuant plus de 100 voyages à l'étranger, contribuant ainsi à universaliser la diplomatie pontificale. Sous l'impulsion de Jean Paul II, les relations diplomatiques du Saint-Siège se sont multipliées par deux : aujourd'hui, plus de 170 Etats disposent d'une ambassade auprès du Siège apostolique, contre 89 en 1978. Contrairement à un Paul VI torturé par la timidité et le doute, Jean Paul II, premier pape slave de l'histoire et premier pontife non italien depuis 1522, apparaît comme un homme de convictions fortes, sociable et apte à donner un nouveau visage à la papauté. "Il apporte incontestablement une conception rénovée de l'exercice du pouvoir pontifical, délaissant les habits de chef du gouvernement de l'Eglise pour endosser ceux d'un leader moral et spirituel international, côtoyant les grands de la planète", écrit un de ses biographes (Dominique Chivot, Jean Paul II, Flammarion, coll. Dominos, 2000).

Le combattant des droits de l'homme
Durant les cent premiers jours de son pontificat, il arrive à insuffler un nouveau dynamisme à l'Eglise, accroissant son influence sur la scène mondiale. Puis Jean Paul II s'attaque à ce qui représente à ses yeux le mal absolu : le communisme. Karol Wojtyla a ainsi fait "de son identité polonaise un pivot de sa politique", écrivent les journalistes Carl Bernstein et Marco Politi (Carl Bernstein et Marco Polliti, Sa Sainteté Jean Paul II et l'histoire cachée de notre époque, Paris, Plon, 1996). Il s'appuie à cet effet sur l'Ostpolitik déployée par Jean XXIII et Paul VI, et dont le maître d'œuvre est le cardinal Agostino Casaroli, nommé secrétaire d'Etat par Jean Paul II. Il lance sa première offensive précisément en Pologne, lors d'un voyage en juin 1979. Il fait miroiter à ses compatriotes la vision d'une Europe réunifiée sous la bannière de la chrétienté et ne se prive pas de faire des allusions critiques au système communiste. Le soutien sans faille qu'il apporte au syndicat Solidarnosc, ainsi qu'à son leader Lech Walesa, contribue à faire tomber le régime honni. Jean Paul II a-t-il mis le communisme à terre ? Son rôle est diversement apprécié, mais le pape a préféré la modestie, en affirmant dans son livre "Entrez dans l'espérance" que "le communisme est en un certain sens tombé de lui-même". Sa crainte du communisme l'a parfois amené à se montrer injuste. Par exemple à l'égard de la théologie de la libération, qui s'inspire des outils d'analyse marxiste. En 1984, une instruction de Rome condamne cette théologie, qui sera partiellement réhabilitée en 1986. Cependant, la tension entre Rome et une partie de l'Eglise d'Amérique latine durera plusieurs années.

Cette attitude est d'autant plus curieuse que Jean Paul II n'a cessé de placer les droits de l'homme et la préoccupation pour les pauvres au cœur de son action, utilisant la politique à des fins évangéliques. "L'Evangile est la déclaration la plus achevée de tous les droits de l'homme", proclame-t-il dans son livre. Son engagement politique a dès lors consisté à faire entendre une parole évangélique là où les droits de l'homme étaient bafoués. Jean Paul II s'est attaqué aux dictatures de droite, et s'est impliqué dans tous les conflits qui ont marqué la fin du XXe siècle. Dans les années 1980, il visite Haïti, le Chili, l'Argentine, le Paraguay, les Philippines, mais refuse d'aller en Afrique du Sud tant que l'apartheid y est en vigueur. Il dénonce les atteintes aux droits de l'homme au Nicaragua et au Salvador, où l'archevêque Oscar Romero est tombé sous les balles des terroristes. En 1998, il se rend à Cuba. Il s'emploie également à dénoncer l'embargo dont ce pays est victime avec l'Irak et la Serbie. Il offre sa médiation et fait intervenir ses diplomates dans les guerres des Malouines et du Golfe, en ex-Yougoslavie, au Proche-Orient, en Irak, aux Etats-Unis. Il s'engage pour la paix et cherche à établir une autorité morale sur la scène internationale, sans toujours obtenir le résultat escompté. Ainsi, ses efforts pour convaincre les Américains de ne pas agresser l'Irak ont-ils été vains. Partout, il a exigé l'établissement d'un ordre social bâti sur la justice.

Le défenseur de la morale
Inquiet de la déchristianisation avancée des sociétés occidentales et de la montée des valeurs matérialistes, Jean Paul II se lance alors dans la nouvelle évangélisation. Dans les pays de l'Est, la chute du communisme n'a pas représenté, comme il l'espérait, une nouvelle aube pour le christianisme. A Prague, après la disparition du rideau de fer, on l'entend pourfendre la laïcisation, l'indifférence, l'hédonisme, le matérialisme. En 1993, il déclare à Riga, à la stupéfaction de son auditoire : "L'exploitation à laquelle se livrait un capitalisme inhumain était un mal véritable, et c'est une vérité du marxisme." Plus tard, il explique dans une interview accordée à un journaliste: "Les partisans du capitalisme dans ses formes extrêmes ont tendance à oublier ce qu'il y avait de bon dans le communisme, c'est-à-dire sa volonté de combattre le chômage, son souci des pauvres." La chute du mur de Berlin a signé le triomphe d'un libéralisme économique arrogant, auquel plus aucune idéologie, plus aucun obstacle ne s'opposent. C'est au nom des droits de l'homme que Jean Paul II dénoncera sans cesse les conséquences néfastes d'un tel libéralisme.

Il n'a pas fait preuve de la même ouverture d'esprit en matière de morale. Il n'a jamais accepté la libéralisation des mœurs, condamnant les relations sexuelles hors mariage, les moyens de contraception, l'avortement et l'euthanasie, l'homosexualité, parfois au mépris de certaines réalités sociales et du devoir de compassion. Jean Paul II est allé jusqu'à demander à des femmes bosniaques violées par des Serbes de ne pas avorter. Il n'a pas non plus hésité à comparer les enfants non nés aux victimes de l'Holocauste. Cette intransigeance lui a valu l'incompréhension du monde occidental. Lors des conférences du Caire sur la population en 1994 et de Pékin sur les femmes en 1995, il intervient vigoureusement pour dénoncer l'avortement et les moyens de contraception. Le drame du sida ne l'a pas amené à plus de tolérance, la seule protection légitime à ses yeux restant la fidélité conjugale et l'abstinence. La lutte du pape en matière de moralité a souvent été jugée négativement, et a éloigné de nombreux fidèles de l'Eglise. Jean Paul II l'a appuyée sur deux encycliques, Veritatis Splendor en 1993 et Evangelium Vitae en 1995. Aux yeux de Karol Wojtyla, c'est la dimension morale de l'homme qui lui confère son aptitude à la transcendance. Tout baptisé est appelé à se sanctifier durant sa vie, et seule une conduite moralement juste peut amener l'homme vers le but qui lui est propre. Jean Paul II a voulu donner de nombreux exemples aux hommes, en béatifiant plus de 1.300 personnes et en canonisant plus de 460 serviteurs de Dieu. Globalement, Jean Paul II a été cohérent dans sa défense de la vie, puisqu'il a condamné définitivement la peine de mort.

Un pape autoritaire
Tout au long de son pontificat, le pape a accentué sa tendance naturelle à l'autoritarisme. Une fois élu, et bien qu'il affirme tenir à la poursuite de la mise en œuvre de Vatican II, il fait rapidement la preuve de sa volonté centralisatrice. Oublié le concept de collégialité, pourtant revalorisé par le Concile. Comme l'écrivent Marco Politi et Carl Bernstein, "la partie mettant en jeu la démocratisation de l'Eglise était donc perdue d'avance. [...] Il n'avait jamais vécu dans une démocratie; pour lui, le terme "collégialité" ne signifiait guère plus qu'un sentiment de solidarité ecclésiastique: un lien entre frères, qui n'en restent pas moins subordonnés au même père, à un homme exerçant l'autorité absolue d'un monarque."
 
Les jésuites ont été parmi les premiers à souffrir de l'autoritarisme pontifical. Dans les années qui avaient suivi le concile Vatican II, la Compagnie de Jésus, liée au pape par un vœu spécial d'obéissance, avait pris des distances avec certains aspects de l'enseignement de l'Eglise. Aussi, lorsqu'en 1981, une congrégation doit se réunir pour choisir le successeur du général démissionnaire Pedro Arrupe, le pape intervient-il brutalement en nommant son délégué personnel Paolo Dezza, interrompant ainsi le gouvernement normal de la Compagnie. Les tensions ne s'apaiseront qu'en 1983, lorsque le pape donnera son feu vert à la tenue d'une nouvelle congrégation qui élira un nouveau général en la personne du Hollandais Peter-Hans Kolvenbach. Ce pape, qui a inlassablement défendu les droits de l'homme, les a souvent négligés au sein de son Eglise. Si, à bien des égards, il a respecté la dimension prophétique de Vatican II, Jean Paul II en a fait également une interprétation toute personnelle parfois bien éloignée de l'esprit du Concile.

L'exacerbation d'un centralisme devenu inadapté s'est fait particulièrement sentir dans les dernières années de son pontificat : interdiction d'ordonner les femmes et de donner la communion aux personnes divorcées et remariées, refus de remettre en question le célibat des prêtres, publication du motu proprio (décret) "Apostolos suos" qui réduit encore un peu plus la marge de manœuvre des conférences épiscopales, celle du motu proprio "Ad tuendam fidem" qui verrouille la foi catholique et interdit aux théologiens de contester le dogme, etc. L'extension de la compétence magistérielle du pape a notamment été dénoncée en 1989 par 163 théologiens du monde entier dans la Déclaration de Cologne. La Congrégation pour la Doctrine de la foi a répliqué en rendant obligatoire pour les théologiens un serment de fidélité au dogme catholique. Le conservatisme de la Curie a certainement contribué à rendre ce pontificat encore plus autoritaire. Jean Paul II, peu porté vers les tâches administratives, ne s'est pas beaucoup soucié du gouvernement central de l'Eglise catholique, laissant ainsi à la Curie et à son secrétaire d'Etat actuel, Angelo Sodano, une grande marge de manœuvre.

Main tendue aux autres religions
Malgré sa tendance conservatrice, ce pape a été capable des gestes les plus audacieux. En avril 1986, il se rend à la synagogue de Rome où il rencontre le grand rabbin Elio Toaff. Là, il déclare : "Vous êtes nos frères préférés, et d'une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés." En mars 2000, il effectue un pèlerinage en Terre sainte. Il prie devant le mur des Lamentations. Au mémorial de Yad Vashem, il déplore "les manifestations d'antisémitisme dirigées contre les juifs par des chrétiens en tout temps et en tout lieu". Avant de partir pour Israël, le 12 mars 2000, Jean Paul II a demandé pardon pour les fautes commises par les membres de l'Eglise, à la plus grande consternation de certains cardinaux. Cependant, son attitude envers les juifs a été teintée d'ambiguïtés qui ont suscité leur hostilité. En mars 1998, la Commission pour les relations avec le judaïsme publie une réflexion sur la responsabilité des chrétiens dans la Shoah. Le document innocente l'attitude des chrétiens envers les juifs et attribue l'entière responsabilité de la Shoah aux thèses antisémites des nazis athées, tout en admettant l'existence d'un antijudaïsme chrétien basé sur des "sentiments de méfiance et d'hostilité". Cette déclaration a été jugée frileuse par beaucoup de juifs. En 1998 toujours, Jean Paul II canonise Edith Stein, une juive convertie au christianisme, morte en camp de concentration. Les organisations juives y ont vu une tentative de récupération de l'Holocauste au profit de l'Eglise catholique.

Sur le plan œcuménique, Jean Paul II s'est montré nettement moins visionnaire. Conscient que le ministère de Pierre est un des principaux obstacles à l'unité des chrétiens, il a invité en 1995, dans son encyclique Ut unum sint, les autres confessions à réfléchir afin de trouver de nouvelles formes d'exercice de son ministère. Néanmoins, il n'a jamais rien proposé de son propre chef. La primauté juridique du pape, son infaillibilité et la question des uniates, ces orthodoxes convertis au catholicisme, restent les principales pierres d'achoppement dans le dialogue avec les orthodoxes. Avec les protestants, les relations ne sont pas meilleures pour des raisons similaires (excepté la question de l'uniatisme), même si Jean Paul II a signé avec les luthériens une Déclaration sur la justification par la foi. En dépit de ses problèmes de santé, qui l'ont rendu impotent, Karol Wojtyla a gouverné l'Eglise avec beaucoup de détermination jusqu'à la fin. Grâce à une foi et une volonté hors du commun, Jean Paul II a changé le destin de l'Eglise. De lui, les historiens retiendront sans aucun doute qu'il fut un des papes les plus importants de l'histoire.
 
Glossaire
angélus: prière qui reprend l'annonce faite par l'archange Gabriel à la Vierge Marie, composée de trois versets suivis de trois Ave Maria.
archevêque: titre donné à l'évêque responsable d'une province ecclésiastique regroupant plusieurs diocèses.
camerlingue: cardinal responsable de l'administration du Saint-Siège en cas de mort du pape.
collégialité: propriété de tous les évêques entourant le pape, qui sont solidairement responsables de l'Eglise et de l'évangélisation.
concile œcuménique: assemblée des évêques du monde entier, convoquée par le pape pour régler des difficultés importantes ou actualiser la transmission de la foi. Le dernier concile en date est celui de Vatican II (1962-1965).
conclave: réunion des cardinaux composant le Sacré Collège pour élire le pape. L'élection a lieu dans la chapelle Sixtine à la majorité des deux tiers plus une voix. Les cardinaux sont enfermés le temps que dure l'élection, afin que celle-ci ait lieu rapidement.
conférence épiscopale: assemblée des évêques d'un pays.
consistoire: assemblée des cardinaux réunie autour du pape pour examiner les affaires importantes de l'Eglise.
Curie: gouvernement central de l'Eglise.
encyclique: lettre solennelle du pape adressée à tous les évêques et les catholiques du monde. Elle porte sur un point important de la foi ou de la morale, mais elle n'engage pas l'infaillibilité du pape.
infaillibilité: charisme de celui qui ne peut se tromper et qui appartient au pape lorsqu'il prend une décision en matière de foi ou de morale en usant de son autorité suprême.
in pectore: formule utilisée pour une décision que le pape a prise «dans son cœur» sans vouloir la rendre publique.
magistère: ce terme désigne l'autorité des évêques et du pape quand ils expriment ce qui est reconnu comme la foi de l'Eglise.
mitre: coiffe liturgique des évêques portée par les papes depuis Paul VI, qui a abandonné la tiare, ancienne coiffe d'apparat des papes.
motu proprio: décret.
nonce: représentant diplomatique du pape auprès d'un gouvernement étranger. Le nonce apostolique a rang d'ambassadeur.
pouvoir temporel: depuis les Accords de Latran (1929), le pape ne conserve un pouvoir temporel que sur la cité du Vatican.
primauté: affirmation selon laquelle l'Eglise catholique et le pape possèdent un pouvoir de juridiction sur toutes les autres Eglises. Décrétée lors du concile Vatican I (1869-1870), non reconnue par les orthodoxes et les protestants, cette primauté de juridiction est actuellement un obstacle majeur aux relations œcuméniques.
Sacré Collège: ensemble des cardinaux de l'Eglise.
urbi et orbi: bénédiction solennelle donnée à la "ville et au monde".
 
Urbi et orbi 
"Le pape voyage trop." Dès 1980, certains prélats de la Curie ont commencé à exprimer leur réprobation par rapport aux déplacements du pape. En plus de 25 ans de règne, Jean Paul II a en effet passé plus de 10% de son temps hors du Vatican et parcouru plus de 1,2 million de kilomètres, soit trois fois la distance de la Terre à la Lune ou 28 fois le tour de la planète. Il a ainsi mondialisé le métier de pape, affirmant qu'il était temps pour les pontifes de devenir également les successeurs de Paul. Cependant, même si le monde est devenu sa paroisse, Rome est resté son diocèse. Jean Paul II fut aussi l'évêque de la Ville éternelle, comme ses prédécesseurs. Il est vrai que son ministère épiscopal a été moins médiatisé que ses pèlerinages à l'étranger. Pourtant, presque chaque semaine, le pape est allé rendre visite aux paroisses de son diocèse, sans compter les plus de 140 voyages qu'il a effectués en Italie.



 
Un milliard de catholiques dans le monde
La religion catholique progresse mais elle est surtout dynamique en dehors de l'Europe
 
par PIERRE TANGUY, publié dans Ouest-France le 2 avril 2005

 

Le pape est à la tête de la plus grande communauté de croyants existant aujourd'hui dans le monde. L'Eglise catholique, née dans le bassin méditerranéen, est devenue en moins de 2.000 ans une religion planétaire à vocation universelle (c'est le sens du mot catholique). On trouve des catholiques sur tous les continents, mais à des degrés très variés. Selon l'Annuaire pontifical 2005, il y avait 1 milliard 86 millions de catholiques dans le monde en 2003. Des chiffres à prendre néanmoins avec précaution, car les effectifs des baptisés (qui servent à élaborer ces statistiques) sont calculés sur la base des déclarations des diocèses : une marge d'erreur est possible, étant donné la faiblesse des moyens statistiques dans certains pays, notamment en Afrique. De ces chiffres, il ressort deux enseignements principaux : 1. le catholicisme progresse ; 2. Il est surtout dynamique en dehors de l'Europe.

 

La progression globale n'est pas énorme, mais c'est une réalité. Entre 2002 et 2003, le nombre de catholiques a progressé de 15 millions dans le monde. Le chiffre n'est pas négligeable car la "concurrence" est rude. La poussée du catholicisme est battue en brèche sur deux fronts. D'abord au sein même du christianisme où mouvements pentecôtistes (d'obédience protestante) affichent une grande dynamique, notamment en Amérique. Ensuite, dans les pays d'Asie et d'Afrique où l'islam, deuxième religion du monde, manifeste son ardeur prosélyte.

 

Cette progression est inégale. Dans les pays de tradition catholique comme ceux d'Europe (286 millions de fidèles), la stagnation est palpable. Baisse de la pratique religieuse et crise des vocations en sont les symptômes les plus frappants. En revanche, l'Afrique enregistre une augmentation de 4,5 % de fidèles, l'Asie de 2,2 %, l'Océanie de 1,3 %. Si l'Amérique voit le nombre des catholiques progresser de 1,2 %, c'est surtout grâce à l'Amérique centrale et latine. Le Brésil demeure le pays le plus catholique de la planète avec 50 millions de baptisés.

 

Le fait nouveau pour le catholicisme, c'est surtout sa capacité à s'implanter aujourd'hui dans des pays où on ne s'attendrait pas à le trouver. En Chine, par exemple, mais également dans les pays du Maghreb. Il faut dire que, dans ces pays, le catholicisme se développe parallèlement à des mouvements évangéliques autrement plus conquérants et répartis en une myriade d'Eglises.

 


 

Le pontificat de Jean-Paul II
 
paru dans le Devoir le 2 avril 2005
 
Voici quelques statistiques relatives au pontificat exceptionnellement long du pape Jean-Paul II, qui a débuté le 16 octobre 1978. Au 1er avril 2005, le pape est au Vatican depuis 26 ans, cinq mois et 16 jours, ce qui fait de son pontificat le troisième en matière de durée en 2000 ans d'histoire de l'Eglise catholique. Le plus long pontificat est celui de saint Pierre, qui aurait dirigé l'Eglise pendant 34 ans. Inversement, nombre de papes du Moyen Age ne sont restés en poste qu'un mois au plus. En 757, Stéphane II est mort quatre jours après son élection, avant même d'être officiellement installé. Le plus court pontificat de l'ère contemporaine fut celui de Jean-Paul Ier, prédécesseur de Jean-Paul II, qui n'a dirigé l'Eglise que 33 jours.

Pendant son pontificat, Jean-Paul II a :
- parcouru 1.247.613 kilomètres au total, soit 3,24 fois la distance qui sépare la Terre de la Lune;
- visité 129 pays et territoires différents;
- effectué 146 voyages en Italie;
- rendu 301 visites aux paroissiens de Rome;
- passé 822 jours, soit plus de deux ans et trois mois, hors du Vatican;
- plus de 20.000 messages publics, soit environ 100.000 pages;
- tenu plus de 1.160 audiences au Vatican, auxquelles ont assisté plus de 17,64 millions de personnes;
- publié plus de 100 documents majeurs, dont 14 encycliques, 45 lettres apostoliques, 14 exhortations apostoliques, 11 constitutions apostoliques;
- béatifié 1.338 personnes, plus que tous ses prédécesseurs des quatre derniers siècles réunis;
- nommé 231 cardinaux, dont 183 sont toujours vivants. Parmi eux, 119, âgés de moins de 80 ans, sont éligibles pour intégrer le conclave chargé d'élire le prochain pape. Ils sont 116 à avoir été nommés par Jean-Paul II et trois seulement par Paul VI, pape de 1963 à 1978;
- mené des discussions avec plus de 1590 chefs d'Etat ou de gouvernement.
L'affluence la plus importante à une messe papale a été enregistrée à Manille en 1995, avec environ quatre millions de fidèles. Inversement, seules 200 personnes environ se sont déplacées à la messe célébrée par le pape lors d'un voyage dans les pays scandinaves en 1989.
 

 
Star system
 
par GERARD DUPUY, publié dans Libération le 2 avril 2005
 
Le procès en béatification de Karol Wojtyla commencera à la minute même où sa vie finira. Lui qui a fait des saints à tour de bras a mérité comme peu d'entre eux cette marque de gratitude de l'Eglise catholique pour ceux qui l'ont bien servie. Ayant hérité d'une institution malhabile au maniement de l'arsenal médiatique contemporain, il a vite su détourner à son profit le star system qu'il sécrète inévitablement. Depuis son élection inattendue jusqu'aux presque derniers instants de son agonie, il a été -­ tout simplement -­ l'homme le plus photographié et le plus filmé du monde. Avec son trésor d'images vénérables mais poussiéreuses, le catholicisme avait un problème de visibilité. Jean Paul II, dont le quart d'heure de célébrité a duré un quart de siècle, l'a brillamment résolu. Dans ce rôle d'acteur, de ce côté-là des téléobjectifs, il sera difficilement remplaçable.
 

Comme producteur du spectacle, sa continuité est assurée car son successeur sera choisi par (et parmi) des prélats qu'il a lui-même distingués. Le choix du prochain conclave se fera entre diverses nuances d'un conservatisme d'autant moins remis en question qu'un des grands succès de Jean Paul II a justement été de marginaliser dans l'Eglise catholique toutes les contestations ­- à droite avec les intégristes ou à gauche avec les théologies dites de la libération. Car l'autre face du charisme wojtylien a été un centralisme idéologique et organisationnel encore jamais vu depuis plus d'un millénaire dans une institution pourtant experte en la matière. En bon fils de militaire de carrière et en citoyen dissident mais attentif d'un Etat soviétisé, Jean Paul II a particulièrement soigné le département des cadres et la chaîne de commandement. Cela simplifiera le travail du prochain pontife appelé à régner. Dernière figure marquante du XXe siècle avec Castro, Jean Paul II marquera ainsi durablement celui qui se poursuivra sans lui.

 


 

Jean-Paul II, vu par René Rémond
L’histoire retiendra l’image de cet athlète de la foi, de ce Pape intrépide qui adjurait les chrétiens de n’avoir peur de rien

paru dans la Croix le 2 avril 2005
L'auteur est historien, de l’Académie française

 

Que sera le jugement de l’histoire sur Jean-Paul II ? Une chose au moins est sûre : sa place est déjà marquée comme de l’un des plus grands dans la succession de personnalités exceptionnelles qui, depuis un siècle, ont restitué prestige et ascendant à la fonction pontificale. Ne serait-ce que par la singularité de ses origines : premier Pape non italien depuis la Réforme, premier Pape slave de l’histoire, et qui s’était mesuré personnellement tour à tour avec les deux totalitarismes qui ont dominé l’Europe. L’histoire reconnaîtra son rôle dans la chute du communisme et pour le rapprochement des deux moitiés séparées de l’Europe. Elle retiendra l’image de cet athlète de la foi, de ce Pape intrépide qui adjurait les chrétiens de n’avoir peur de rien, de ce pasteur itinérant qui, dans la foulée de Paul VI, n’a cessé de parcourir le monde et de visiter toutes les Eglises pour les conforter dans la foi ou les soutenir dans leur résistance à des pouvoirs tyranniques.

Son action inspirera des appréciations diverses. Certains, retenant son insistance à réaffirmer dans son intransigeance l’enseignement traditionnel sur la vie, la sexualité, le mariage, sa dénonciation sans relâche des déviations du sens moral, son opposition catégorique à l’accès des femmes aux ministères ordonnés, présenteront son pontificat comme conservateur. D’autres rappelleront qu’il a été fidèle pour l’essentiel à l’esprit du Concile. Aucun Pape n’a autant affirmé la concordance entre le christianisme et les droits de l’homme, pareillement revendiqué une pleine liberté pour toutes les expressions religieuses. On rappellera son initiative révolutionnaire de réunir à Assise les représentants de toutes les grandes religions, son attachement à l’œcuménisme, sa condamnation réitérée de l’antisémitisme, la reconnaissance d’Israël. Sur l’organisation de la société, ses encycliques ont enrichi la réflexion, et leurs positions courageuses interdisent toute assimilation de sa pensée à la défense d’un ordre social. Ainsi, ce pontificat d’une richesse extrême se prête de ce fait à des interprétations contrastées. Mais cette diversité d’attitudes ne serait-elle pas aujourd’hui, dans un univers de plus en plus complexe, la seule façon possible d’assumer l’universalité ?

 


 

Jean-Paul II, vu par Mgr Gérard Defois
"L’homme, fait majeur de la culture" : La culture et la foi ne s’opposent pas, elles sont toutes deux au cœur de l’ "être" humain
 
paru dans la Croix le 2 avril 2005
L'auteur est évêque de Lille
 
L’un des apports les plus spécifiques du Pape Jean-Paul II à la pensée catholique est certainement sa réflexion sur la culture. Certes, ce thème a été largement évoqué avant lui. Le Concile Vatican II l’avait traité dans la constitution : "L’Eglise dans le monde de ce temps" (53-62), Paul VI avait souligné la rupture entre l’Evangile et la culture comme le drame de notre époque. De nombreux débats sur l’inculturation avaient partagé les théologiens depuis plusieurs décennies. Mais Jean-Paul II apporte avec lui une autre problématique. En effet, bien des propos précédents se référaient à un schéma d’incarnation de la vérité chrétienne dans la culture d’un temps ou d’une région du monde. Ils supposaient un rapport d’extériorité entre l’Evangile et les données culturelles particulières. Cela pouvait paradoxalement coexister avec un discours sur la culture au singulier, en fait la culture européenne qui permettait aux populations moins développées d’accéder à des connaissances sur l’homme, ses techniques et sa philosophie. Autant de savoirs transmis par l’école, qui permettaient au plus grand nombre de s’élever à un meilleur être et à un mieux vivre. Or, cette culture occidentale était de moins en moins référée aux valeurs et aux conceptions chrétiennes de l’homme, d’où la rupture soulignée par Paul VI.
 
La culture, fondement de la nation
Avec Jean-Paul II, c’est d’abord l’expérience communautaire d’un peuple qui naît et croît dans sa culture qui est le fait primordial. Elle est le berceau de l’homme. Il s’en est remarquablement expliqué lors de son allocution à l’Unesco à Paris, le 1er juin 1980. "La nation est en effet la grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout précisément par la culture. La nation existe "par" la culture et "pour" la culture, elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu’ils puissent "être davantage" dans la communauté." En parlant de la Pologne et de son expérience au cours des siècles, il souligne : "Elle a conservé son identité, et elle a conservé, malgré les partitions et les occupations étrangères, sa souveraineté nationale, non en s’appuyant sur les ressources de la force physique, mais uniquement en s’appuyant sur sa culture. Cette culture s’est révélée en l’occurrence d’une puissance plus grande que toutes les autres forces." Cette approche, plus existentielle que les précédentes, met en valeur l’aspect communautaire de la culture et de la langue comme vecteur de valeurs et de visions du monde. L’éducation, la vie familiale et nationale sont ainsi les constituants premiers de la pensée ; à travers un système de relations et de communication, sinon de production, se révèle, s’engendre la conscience d’un homme personnel, mais ouvert à l’universel.
 
La priorité de l’être sur l’avoir et le faire
Car pour Jean-Paul II, la culture particulière s’ouvre sur le fondamental : "On ne peut penser une culture sans subjectivité humaine ; mais dans le domaine culturel, l’homme est toujours le fait premier : l’homme est le fait primordial et fondamental de la culture." Nous retrouvons là une des caractéristiques du pontificat, l’insistance du Pape sur les droits de l’homme : une philosophie thomiste et existentielle à la fois, ici réconciliée, lui permet une vision anthropologique qui marquera l’ensemble des documents qu’il a signés : le chrétien se dit tel à travers un humanisme essentiel : "La culture est ce par quoi l’homme en tant qu’homme devient davantage homme, "est" davantage, accède davantage à "l’être" ". Là où Vatican II offrait une description phénoménologique de la culture, Jean-Paul II donne une définition ontologique, affirmant ainsi la priorité de l’être sur l’avoir et le faire. Par conséquent, dans son enseignement éthique en matière biologique ou sociale, le Pape abordera toujours les problèmes en fonction de cette perspective d’humanisation et de responsabilité de l’homme à l’égard de sa nature et de ses relations. Insister ainsi, c’est ériger l’homme comme repère essentiel dans l’évaluation de ses relations comme de ses productions. Toute technique manipulatoire comme toute entreprise totalitaire sont autant de destructions de l’homme dans son essence et sa personnalité, dans sa vocation de Fils de Dieu comme dans sa vérité "naturelle".

La culture n’est pas un accident dans l’itinéraire historique de l’homme, elle est ce qui le fait homme. Et c’est pourquoi le salut de l’homme en Jésus-Christ ne saurait l’amoindrir, il ne peut que l’épanouir. La foi est elle-même ainsi génératrice de culture, créatrice de sens, de vision du monde et de relations. Par là même, elle rencontre la vérité de l’homme en tant qu’homme et lui apporte une lumière qui le réalise pleinement dans la rencontre de Dieu et de sa parole. Jean-Paul II affirme alors le "lien fondamental de l’Evangile, c’est-à-dire du message du Christ et de l’Eglise avec l’homme dans son humanité même". Il nous reste à méditer et à prolonger cette perspective intellectuelle audacieuse. La problématique du Pape Jean-Paul II a parfois posé question dans ses conséquences concrètes ; peut-être n’avions-nous pas assez compris l’unité d’une réflexion dont le christianisme contemporain a un urgent besoin ? Pour fonder son éthique et mettre en œuvre son ouverture prophétique.
 

 
L'impératif de la nouvelle évangélisation
D’abord synonyme de dynamisme prophétique, cet élan de renouveau insufflé par Jean-Paul II a voulu ensuite combattre, dans les pays d’ancienne tradition chrétienne, les dangers du relativisme éthique
 
par HERVE LEGRAND, publié dans la Croix le 2 avril 2004
L'auteur est dominicain et théologien

"Il est urgent de refaire le tissu chrétien de la société humaine." Ce mot d’ordre de Jean-Paul II traduit une préoccupation majeure de son pontificat : promouvoir une vigoureuse "nouvelle évangélisation" des sociétés occidentales, en pleine mutation. Par leurs mœurs, comme par leurs nouvelles lois, ne s’éloignent-elles pas chaque jour du christianisme ? C’est en 1983 que ce Pape parle pour la première fois de "nouvelle évangélisation". Aux évêques du Conseil épiscopal latino-américain (Celam), il demande qu’elle soit "nouvelle en son ardeur, dans ses méthodes, dans son expression". Cinq ans après, en Uruguay, il en rappelle le but : "Il faut que la vie même du pays, dans toutes ses manifestations, soit conforme aux principes évangéliques." Surtout, il en décrit la nouveauté : nouveauté de l’ardeur, puisée dans "une confiance renouvelée en Jésus-Christ" ; nouveauté de la méthode "si chaque membre de l’Église se fait le protagoniste de la diffusion du message du Christ" ; nouveauté de l’expression si "l’on annonce la Bonne Nouvelle dans un langage que tous puissent comprendre… dans une fidélité authentique au magistère de l’Eglise". Si l’expression date de 1983, la préoccupation se fait jour dès le début du pontificat. Recevant les évêques du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE), Jean-Paul II leur confie dès 1979 qu’ "il est très important et fondamental de réfléchir sur le problème de l’évangélisation du continent européen […] à l’heure de l’œcuménisme".

Avec d’autres éléments, cette mention reflète une conception complexe de l’évangélisation, qu’il explicite dans l’encyclique Redemptoris missio (1990). Il y distingue trois manières d’annoncer l’Evangile, liées au contexte. Il y a d’abord la mission ad gentes, qui est l’annonce de la foi "aux peuples, groupes humains et contextes socioculturels dans lesquels le Christ et son Evangile ne sont pas connus". Il y a ensuite l’activité pastorale "des communautés chrétiennes fortes et adaptées, à la foi et à la vie ferventes, qui prennent conscience de la mission universelle". Il y a enfin une situation intermédiaire où une nouvelle évangélisation est requise : "Les pays de vieille tradition chrétienne, mais parfois aussi les Eglises plus jeunes, où des groupes entiers de baptisés ont perdu le sens de la foi vivante" et "mènent une existence éloignée du Christ et de son Evangile". Il invite ainsi toutes les Eglises d’Occident à faire face à ces questions d’évangélisation que le livre "France, pays de mission ?" (1943) avait soulevées, non sans remous, quarante plus tôt.

Pendant les dix premières années de ce pontificat - en fait, jusqu’à la chute du communisme -, l’élan donné à la nouvelle évangélisation fut synonyme d’ouverture et de mouvement. Les nombreux voyages de Jean-Paul II en sont le symbole. Polonais, il apparaît comme le Pape des droits de l’homme. Il contribue au processus de sortie du communisme et donc à l’instauration de démocraties de type occidental. Il devient le symbole de l’ouverture aux autres religions, et donc au pluralisme : il prêche aux jeunes musulmans à Casablanca (1985). Il est le premier Pape à se rendre à la synagogue de Rome (1986). Il invite les leaders des grandes religions à Assise, afin de prier pour la paix (1986).

Une conjoncture politique singulière favorisait le projet de Jean-Paul II. Son retournement l’a affaibli. D’une part, la victoire sur le communisme athée ne fut pas celle de la religion, dont le retour révéla des traits négatifs dans l’ex-Yougoslavie et, plus à l’est, dans les conflits entre catholiques et orthodoxes. D’autre part, le projet de "refaire le tissu chrétien de la société humaine" (exhortation Christifideles laici n. 34), inhérent à la nouvelle évangélisation, est entré en conflit, à l’Est comme à l’Ouest, avec les systèmes démocratiques et pluralistes qui légalisent le divorce, l’avortement et l’euthanasie. Le Pape dénonce ce règne des opinions qui fait de la démocratie "un mot creux" (encyclique Evangelium vitae» n. 70). Il souligne "le risque de son alliance avec le relativisme éthique qui retire à la convivialité civile toute référence morale sûre et la prive, plus radicalement, de l’acceptation de la vérité» (encyclique Veritatis splendor n. 101). La loi civile se conformant de moins en moins à la loi morale, il s’avoue accablé par une impuissance insurmontable, devant "un tragique obscurcissement de la conscience collective".

L’exhortation Ecclesia in Europa (2003) est son dernier texte sur la nouvelle évangélisation. Tout en souhaitant la mention du christianisme dans la Constitution européenne, elle avalise "le plein respect de la laïcité des institutions européennes" et récuse "l’Etat confessionnel". Le rappel du passé chrétien de l’Europe y prédomine et on y dénonce encore "l’apostasie silencieuse" et "la culture de mort". Mais le ton a changé. D’abord, l’évocation de l’espérance structure tout ce texte, tournant le regard vers l’avenir. De plus, le rappel des normes morales est lié au témoignage des chrétiens et à leur conversion "au Christ et à son Evangile". Le Pape y rappelle la nécessité de l’inculturation, de la collaboration entre Eglises locales, et entre chrétiens séparés - sans toutefois envisager de collaborer avec eux dans l’évangélisation, alors qu’ils sont majoritaires en Europe. Provenant du Synode des évêques, ces inflexions influeront probablement sur la manière dont sera mis en œuvre l’ultime appel de Jean-Paul II : "Eglise en Europe, la nouvelle évangélisation est le devoir qui t’attend" (n. 45). Un cap maintenu du début à la fin de ce pontificat, sans qu’il perde de son actualité.

 


 

Un Pape venu de Pologne
Avec Karol Wojtyla, c’est un Slave, un porte-parole de "l’Eglise du silence", ami des dissidents de l’Est, qui parvient en 1978 à la tête de l’Eglise. Et il va le faire savoir
 

par BERNARD LECOMTE, publié dans la Croix le 2 avril 2005
L'auteur a écrit La Vérité l’emportera toujours sur le mensonge (Lattès, 1991), et Jean-Paul II (Gallimard, 2003) 

 

Un Pape brésilien ou sénégalais eût-il ainsi changé la face de l’Europe ? Quand il est choisi par le conclave, Karol Wojtyla a derrière lui trente ans de prêtrise à Cracovie, c’est-à-dire trente ans de pratique quotidienne du communisme. C’est un Polonais, un Slave, porte-parole de l’ "Eglise du silence" et ami des dissidents de l’Est, qui parvient ainsi à la tête de l’Eglise. Et qui va le faire savoir. Qu’on se rappelle le premier voyage de Jean-Paul II à l’Est, dans sa Pologne natale, en juin 1979. Un triomphe. A une époque où chacun pense que le communisme est là pour longtemps, que l’Europe est durablement coupée en deux, l’avertissement du "Pape slave" résonne comme un coup de tonnerre : "Nul ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’homme en quelque partie du globe !" Un écho à son tout premier appel, le jour de l’inauguration de son pontificat : "N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes du Christ ! A sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des Etats, les systèmes économiques et politiques !" Vaste programme.

Est-ce un hasard si, en août 1980, un an après ce voyage historique, le portrait de Jean-Paul II trône, accroché aux grilles des chantiers Lénine de Gdansk ? Les militants ouvriers qui mènent la grève, les intellectuels venus les aider, mais aussi les dissidents des pays voisins qui vont suivre avec passion l’aventure de Solidarnosc, comprennent qu’ils ont désormais un allié de poids à Rome… Dès son élection, Jean-Paul II a porté une attention toute personnelle aux chrétiens de l’Est, multipliant les gestes à l’adresse des Polonais, mais aussi des Tchèques, des Slovaques, des Hongrois, des Albanais, des Lituaniens, des Ukrainiens, etc.

D’emblée, il réoriente l’Ostpolitik menée par Jean XXIII puis par Paul VI, qui visait à maintenir le contact, à tout prix, avec les Eglises de l’Est. Or, comme les prélats martyrs, les cardinaux Slipyi (Ukraine), Beran (Tchécoslovaquie) ou Mindszsenty (Hongrie), l’ex-archevêque de Cracovie est convaincu qu’on ne "dialogue" avec un pouvoir totalitaire qu’en position de force. Il charge un diplomate de grand talent, Mgr Agostino Casaroli, promu secrétaire d´Etat, d’assurer la transition vers une nouvelle politique, clairement offensive : au lieu de négocier, à petits pas, les intérêts des Eglises persécutées, Jean-Paul II appelle à défendre prioritairement l’homme, sa primauté, sa dignité, ses droits inaliénables. La première encyclique du nouveau Pape, Redemptor hominis, l’affirme avec force dès 1979. Douze ans plus tard, une autre encyclique, Centesimus annus, en confirmera le bien-fondé. Droits de l’homme, droit des nations… Au fil des années, le Pape invite chaque nation est-européenne à défendre son histoire, sa culture, sa langue, son identité contre les déformations de la propagande, contre le mythe de l’ "internationalisme prolétarien", contre le mensonge.

A l’Europe déchirée, il oppose l’unité et la pérennité de la civilisation européenne née, il y a mille ans, de saint Benoît (à l’Ouest), des saints Cyrille et Méthode (à l’Est). Il voue le Mur, tôt ou tard, aux gémonies. Il prône la solidarité, ce "lien" entre les hommes sans lequel il ne peut y avoir ni pluralisme ni démocratie. Ce message-là, c’est aussi celui de non-croyants comme Adam Michnik, Jan Patocka, Vaclav Havel, Andreï Sakharov et bien d’autres. Dynamiques convergences… En face, le Kremlin se crispe. Quand, en mai 1981, le Pape échappe à une tentative d’attentat, chacun y voit la main du KGB. Lorsque le général Jaruzelski met fin à l’expérience de Solidarnosc, en décembre 1981, le Pape soutient, de toutes ses forces, la résistance. En 1983 et en 1987, il vient, à nouveau, remonter le moral de ses compatriotes. Et entretenir l’espoir. Certains, à la Curie, désapprouvent ce qu’ils qualifient de "croisade". L’ex-archevêque de Cracovie tient bon. Il sait que son discours, relayé dans les autres pays catholiques (à Prague, par exemple, par le cardinal Tomasek), est d’autant plus inquiétant pour les régimes communistes que ceux-ci sont menacés, un par un, par une profonde crise économique et morale. A commencer par l’URSS elle-même.

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev, pour sauver son régime, lance la perestroïka, Jean-Paul II, paradoxalement, hausse le ton. Il défend le droit des Biélorusses à avoir des évêques, il exige la reconnaissance de l’Eglise catholique "uniate" d’Ukraine, il réclame la liberté de culte pour les Lituaniens. Lors du millénaire de la Russie, à Moscou, en juin 1988, le cardinal Casaroli entame avec Gorbatchev un vrai dialogue qui aboutira à la visite de celui-ci au Vatican, le 1er décembre 1989. Un événement. Quelques semaines plus tôt ont eu lieu les principaux bouleversements à l’Est, ce "long pèlerinage vers la liberté dont les étapes sont Varsovie, Moscou, Budapest, Berlin, Prague, Sofia et Bucarest". Le 21 avril 1990, à Prague, où le président Havel l’a invité, Jean-Paul II ne s’adresse pas seulement aux Tchécoslovaques, mais à tous les peuples de l’Est, lorsqu’il lance : "Vous avez vaincu la peur !"

 


 

Un règne conquérant et réactionnaire
En près de 27 ans à la tête de l'Eglise, l'ancien prêtre polonais aura su redonner tout son lustre à l'institution pontificale et tendre la main aux autres religions. Mais il aura utilisé son charisme pour opérer une restauration des "valeurs chrétiennes" et défendre une morale sexuelle intransigeante
 

par FRANÇOIS DEVINAT, publié dans Libération le 2 avril 2005

Le 16 octobre 1978, un pape slave prend possession du Vatican. Grâce à la division du clan transalpin et à l'internationalisation du Sacré Collège, le 264e successeur de Pierre est le premier cardinal non italien propulsé sur le trône pontifical depuis l'élection d'Adrien VI, un protégé de Charles-Quint. Polonais de 58 ans au physique de hardi montagnard, Karol Wojtyla est l'antithèse de son fugace prédécesseur, Jean Paul 1er, ravi à son trop écrasant magistère par un infarctus après trente-trois jours de règne. Personne n'imagine alors que ce nouveau pape va révolutionner la fonction et entrer au Guinness Book des pontifes romains.

 

Un pape miraculé
Pour de multiples raisons : le plus globe-trotter (plus de deux fois la distance Terre-Lune couverte par la Papamobile), le plus sanctifié dans la starisation médiatique en héraut planétaire des "droits de l'homme", mais aussi le plus "rétro" depuis Pie XII dans sa volonté de restauration des "valeurs chrétiennes" et son obsession d'une morale sexuelle insubmersible, le plus grand sabreur de théologiens infidèles, résolu à ne voir qu'une seule tête derrière sa tiare. Le plus miraculé aussi, après la balle d'Ali Agca qui, le 13 mai 1981, lui fit frôler l'extrême-onction sur la place Saint-Pierre. Né le 18 mai 1920 à Wadowice, une petite ville près de Cracovie, Karol Wojtyla incarne la fierté polonaise têtue et ombrageuse, issue d'une génération au rêve fracassé. Avec son père sous-officier, homme rugueux et cultivé à la fois, Karol a une relation d'autant plus forte qu'il perd sa mère à l'âge de neuf ans et son frère aîné à douze.
 
Résistance
Le futur pontife n'est pas fasciné par la vocation religieuse. Astreint par l'occupant au travail obligatoire quand Hitler avale l'Europe centrale, Karol Wojtyla se frotte à la condition ouvrière dans une usine chimique. En 1942, seul au monde après la mort de son père, il se tourne vers un père d'adoption qui l'a remarqué, l'archevêque de Cracovie, Mgr Sapieha. Le jeune homme devient séminariste de l'ombre. Tel est déjà le noyau dur de sa foi lorsqu'il est ordonné prêtre en 1946 : la résistance à l'oppression barbare et athée, identifiée à la terre natale rougie par le sang des martyrs. Envoyé à l'institut philosophique dominicain de l'Angelicum à Rome, il en revient deux ans plus tard, en 1958, après avoir visité la France, la Belgique et les Pays-Bas. Mais c'est dans une Pologne à nouveau crucifiée, par le communisme cette fois, que l'Histoire repasse les plats au jeune prêtre - ceux de la résistance à l'occupant. Derrière l'intraitable cardinal primat Wyszynski, il glisse sa large carrure sur la scène politico-religieuse. A 38 ans, il devient le plus jeune évêque de Pologne.
 

Jean XXIII et Paul VI ne terniront pas son étoile : le voici promu archevêque-métropolite de Cracovie en 1963, puis cardinal en 1967. Il pressent alors la nécessité pour l'Eglise polonaise d'enraciner son assise ouvrière afin de se faire respecter du régime, ce qui le conduit au passage à soutenir le parti des prêtres ouvriers contre Pie XII. Mais, s'il prend une part active au concile Vatican II, le futur Jean Paul II laisse déjà percer sa méfiance envers une Eglise à l'organisation trop horizontale.

 

Bouclier psychologique
Aux yeux du monde, l'élection du nouveau pape, ce 16 octobre 1978, surgit alors que le sol se dérobe à l'Est sous les dictatures communistes. Habile, Jean Paul II donne l'impression d'orchestrer cet écroulement massif, que sa seule influence est loin d'expliquer. En Pologne, d'où part le séisme, son rôle de catalyseur est pourtant indéniable. Jusqu'à la chute du Mur, il est le bouclier psychologique qui permet à la société polonaise d'exorciser sa peur et de briser ses chaînes. Après l'euphorie des années Gorbatchev, un des grands rêves de la papauté ira s'effilochant : celui de retrouver un rôle d'acteur quasi messianique parmi les grands de ce monde, après avoir été honteusement expulsée de l'Histoire par son non-dit assourdissant sous le nazisme.
 
Catholicisme intransigeant
Karol Wojtyla embouche alors d'autres trompettes de la renommée. Celle, entre autres, d'une restauration morale à tous crins, que l'on peut juger à l'aune du catholicisme polonais jetant l'interdit sur l'avortement ou ressuscitant l'enseignement religieux obligatoire à l'école. Catholicisme intransigeant qui provoque de violents retours de flamme anticléricaux sur la terre natale du pape. Prophète des droits de l'homme côté cour, tenant crispé du centralisme autoritaire, côté jardin... C'est toute l'ambivalence de ce pape en trompe-l'œil. L'essentiel de son énergie, il la mettra en fait à fortifier son magistère ou, plutôt, à colmater les fissures d'une Eglise tiraillée plus que jamais entre Nord et Sud, conservateurs et libéraux. Il étouffera dans l'œuf toute évolution du système clérical, sans cesser de courir d'un bout à l'autre de son diocèse planétaire, même quand ses forces le trahiront, identifiant l'Eglise catholique à un charisme de commis voyageur nimbé de blancheur virginale.
 
Contre-Réforme
Pendant les années 1980, le Vatican quadrille ainsi ses terres d'évêques plus proconsuls que nature, contre l'avis des Eglises locales et sous la bonne garde du cardinal Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, coulé dans le bronze de l'orthodoxie. Enterrement de la théologie de la libération en Amérique du Sud; lutte contre les tendances d' "indigènisation" des églises d'Afrique ; reconquête sous couvert de "nouvelle évangélisation" de la zone d'influence de l'ancienne Byzance à l'Est ; exaltation des "racines chrétiennes" en Europe... En un torrent d'encycliques, l'Eglise de Jean Paul II prend partout le pas cadencé de la Contre-Réforme, relayée à l'occasion par l'Opus Dei, qui a mûri à l'ombre du franquisme. Erigée en prélature personnelle par le pape, la "sainte mafia" investit les institutions romaines et fait béatifier à vitesse supersonique son fondateur, José María Escriva de Balaguer, le 17 mai 1992.
 
Glaciation dogmatique
Le Vatican martèle surtout une morale sexuelle intransigeante. Les homosexuels "intrinsèquement désordonnés" et les divorcés remariés restent en quarantaine. Le refus de la contraception et de l'avortement deviennent obsessionnels. Ils verront Jean Paul II comparer l'IVG des embryons à l'Holocauste et se faire le chantre de la fidélité du couple ou des méthodes naturelles de contraception au cœur d'une Afrique noire ravagée par l'épidémie de sida. Les femmes violées de Bosnie sont saintement pressées de refuser l'avortement en "un geste héroïque", seul susceptible de leur ouvrir les portes du paradis... Avec le culte intangible du célibat des prêtres et le refus d'ordination des hommes mariés - celle des femmes dans l'Eglise anglicane est tenue pour une véritable apostasie - l'institution se fige dans une quasi-glaciation dogmatique, au désespoir des "cathos de gauche".
 
"Dictature spirituelle"
Les théologiens qui grimacent devant la potion papale sont sanctionnés ou écartés. Dans "Concilium", la revue internationale de théologie, le théologien Hans Küng fait foin de commisération : "Il faut le dire clairement : nous avons affaire actuellement à une dictature spirituelle avec un pape qui, ni sous le nazisme, ni sous le communisme, n'a appris ce qu'est la démocratie, mais qui, ayant échappé au système communiste totalitaire, voudrait, avec des méthodes tout à fait semblables dans l'Eglise, obliger tout un chacun (...) à suivre son point de vue." En France, le couperet finit ainsi par tomber sur le plus médiatique des contestataires, Mgr Jacques Gaillot, voué au diocèse virtuel de Partenia, alors que Jean Paul II se fait acclamer à Manille. Le paradoxe veut que ce pape fonceur, violemment attaqué sur sa gauche, subisse l'avanie d'un schisme intégriste. Après avoir renié Rome au nom de la "messe de toujours" et des canons intangibles du concile de Trente, l'ancien archevêque de Dakar, Marcel Lefèbvre, mourra excommunié.
 
Prosélytisme
L'œcuménisme célébré à Assise avec 130 représentants des grandes religions, le 27 octobre 1987, restera à sens unique. Le pape proclame-t-il sa volonté de réconcilier les Eglises séparées pour le grand jubilé de l'an 2000 ? Le cardinal Ratzinger jette aussitôt un froid chez les protestants et les orthodoxes en affirmant que "l'Eglise universelle est une réalité ontologiquement et chronologiquement préalable à toute Eglise particulière singulière". Les orthodoxes, en premier lieu le métropolite de Moscou, craignent le prosélytisme de Jean Paul II. C'est après des années d'efforts qu'il pourra commencer à prêcher en terre orthodoxe, en Roumanie d'abord, puis en Grèce et en Ukraine en 2001, aux frontières de cette Russie où il voudrait pouvoir rappeler solennellement le besoin pour l'Eglise universelle de respirer à nouveau "avec ses deux poumons". Plus que tous ses prédécesseurs, le pape polonais qui fut témoin direct de la Shoah, s'est engagé dans le dialogue avec les juifs - "nos frères aînés" - se rendant à la synagogue de Rome en 1986. En mars 2000, lors de son voyage historique en Terre Sainte il se rend au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem et au Mur des Lamentations, renouvelant sa demande de pardon à Dieu à l'égard des fautes commises par l'église envers les juifs.
 
Héros prophétique
Entre thuriféraires et détracteurs, Jean Paul II n'a laissé personne indifférent. Les premiers célébreront un pape hors norme, héros prophétique d'un XXe siècle crépusculaire, qui a rendu à Rome son éclat universel. Les seconds verront au contraire la disparition du dernier héritier de l'Eglise constantinienne. Son obstination à maintenir la cohésion de l'Eglise fondée par l'apôtre Pierre a accusé l'image d'une institution monolithique et rétrograde. En ce sens, Jean Paul II marquera de manière durable l'institution, ne serait-ce que par l'effet mécanique de la cléricature qu'il a partout renouvelée à son image. Pour ceux qui connaissent la chute vertigineuse des vocations et le désespoir des prêtres devant le blocage de toute évolution de la prédication, le bilan est pourtant sévère. Ceux-là verront dans la papauté qui s'éteint le vain effort d'imposer un credo moral déconnecté du monde et barricadé dans une forteresse de plus en plus vide.
 

Ce pontificat a certes dû affronter l'inexorable retour de balancier qui a suivi le concile Vatican II et l'effritement consommé des certitudes. Le défunt pontife a sans doute redonné du lustre à la diplomatie vaticane et mobilisé bien des foules, se transfigurant en "nouveau Moïse". Mais son règne triomphaliste, puis douloureux, aura provoqué bien des désertions silencieuses et découragé les élites intellectuelles de l'Eglise. En poussant sa fonction à l'extrême de sa logique d'infaillibilité, Jean Paul II, par-delà son charisme personnel, aura eu ainsi le mérite d'en démontrer les limites, pour ne pas dire la vanité.

 


 

Le tour du monde d’un concept plein de succès : l’histoire des Journées Mondiales de la Jeunesse

 

par MATTHIAS KOPP, diffusé sur le site officiel des JMJ               

 

Rome, début des années 80, dans une rue adjacente tout près de la place Saint-Pierre. Quelques jeunes s’y rencontrent régulièrement pour prier et pour discuter, l’évêque allemand Paul-Josef Cordes, vice-président du conseil papal pour les laïcs, y participe souvent. Une idée prend naissance en l’église San Lorenzo in piscibus. Le Pape Jean-Paul II est l'hôte en 1983/84 de l’année sainte exceptionnelle pour la Rédemption, en la mémoire du 1950e anniversaire de la mort de Jésus-Christ. Pendant toute l’année ont lieu également des manifestations pour la jeunesse. On réfléchit intensivement à San Lorenzo pour transformer une telle rencontre, unique en son genre, en une manifestation durable. Des jeunes travaillent à l’arrière plan, ainsi que l’évêque …

 

En 1984, 300.000 jeunes gens répondent à l’invitation du Pape pour venir participer au „Jubilé International de la Jeunesse“, dimanche des Rameaux, sur la place Saint-Pierre à Rome. A l’époque déjà l’hébergement fut un défi logistique à surmonter. Après que la ville de Rome ait interdit l’installation d’un immense camping pour les jeunes, 6.000 familles romaines se portèrent volontaires pour mettre leur maison à disposition. Mère Thérésa de Calcutta et Frère Roger, créateur de la communauté de Taizé se joignent aux nombreux évêques, avec lesquels les jeunes entrent en discussion. Le chemin de croix a lieu au Colisée et l’eucharistie à Saint-Pierre de Rome. L’écho est immense ; le Pape s’adresse aux jeunes la veille du dimanche des Rameaux : „Quel spectacle extraordinaire de vous voir aujourd’hui ici rassemblés ! Qui donc a déclaré que les jeunes d’aujourd’hui ont perdu le sens des valeurs ? Est-ce vrai que l’on ne peut pas compter sur eux ?“ Et Jean-Paul II transmet un symbole à la jeunesse du monde : l’immense croix en bois, qui s’appellera plus tard la Croix des Journées Mondiales de la Jeunesse.

 

L’année de la jeunesse

Le Pape prend cette question, de savoir si on peut compter sur les jeunes ou non, comme occasion pour ne pas rester sur cette unique expérience. Il est accompagné lors de ses réflexions des jeunes de San Lorenzo et du conseil des laïcs. Lorsque les Nations Unies déclarent 1985 l’année de la jeunesse, il est déjà clair à Rome qu’une nouvelle rencontre entre le Pape et les jeunes du monde doit avoir lieu. Le temps presse et l’organisation se monte d’arrache-pied. Plus de 250.000 jeunes répondent à l’invitation du Pape, et se retrouvent en 1985 pour le dimanche des Rameaux à Rome. Peu de temps auparavant, le 31 mars 1985, le Pape publie une lettre adressée aux jeunes. Il est question de la responsabilité que toutes les générations portent pour l’avenir : „les adultes sont responsables du temps présent sous ses diverses formes, dans son orientation. En ce qui vous concerne, vous êtes responsable pour ce qui un jour sera devenu présent avec vous, et qui est en ce moment encore avenir.“

 

Une semaine après la rencontre avec les jeunes, le Pape annonce à la surprise générale l’organisation durable des Journées Mondiales de la Jeunesse. Il dit le 7 avril, lors de son message pascal „Urbi et orbi“ : „J’ai rencontré dimanche dernier des centaines de milliers de jeunes ; l’image solennelle de leur enthousiasme s’est gravé dans mon âme. Le fait que je souhaite renouveler cette magnifique expérience dans les années à venir et ainsi lancer une rencontre internationale de la jeunesse le dimanche des Rameaux, je renforce ma conviction : une mission difficile mais en même temps passionnante attend la jeunesse: Transformer les mécanismes fondamentaux qui provoquent égoïsme et oppression dans les relations entre nations, et créer de nouvelles structures s’orientant vers la vérité, la solidarité et la paix.“ Le Pape réitère devant le collège des cardinaux dans son discours de Noël le 20 décembre que des Journées Mondiales de la Jeunesse seraient organisées à l’avenir chaque année : „Le Seigneur a béni cette rencontre (du dimanche des Rameaux, NDLR) d’une manière particulière, ce qui fait que dans les prochaines années des Journées Mondiales de la Jeunesse seront fêtées le dimanche des Rameaux, avec l’aide du conseil des laïcs.“

 

Les premières Journées Mondiales de la Jeunesse

Une histoire couronnée de succès est née ; le monde entier constatera cette marche triomphale. Les premières Journées Mondiales de la Jeunesse sont lancées à Rome le dimanche des Rameaux 1986, puis 1987 ; ensuite, en général tous les deux ans, les Journées Mondiales de la Jeunesse ont lieu dans un endroit central de la planète. Dans les années intermédiaires, les Journées Mondiales de la Jeunesse ont lieu respectivement le dimanche des Rameaux à Rome et dans les diocèses du monde entier.
 

En 1987, la jeunesse du monde se rencontre à Buenos Aires (Argentine) : 1 million de participants entendent le Pape dire : „Je voudrai répéter devant vous ce que je vous dit depuis le premier jour de mon pontificat : vous êtes l’espoir du Pape, l’espoir de l’Eglise.“ Et le Pape exhorte les jeunes à participer à la construction du monde : “C’est ainsi que vous construisez la civilisation de la vie et de la vérité, de la liberté et de la justice, de l’amour, de la réconciliation et de la paix. ”Faisant suite à cette exhortation, le Pape consacre dans son encyclique “Christi fideles laici” du 30 décembre 1988 concernant les laïcs, un chapitre sur la jeunesse : “L’Eglise a beaucoup de chose à dire aux jeunes, et les jeunes ont beaucoup de choses à dire à l’Eglise. Ce dialogue réciproque doit être sincère, clair et courageux. Il fait progresser la rencontre et l’échange entre les générations et devient pour l’Eglise et la société source de richesses et de jeunesse. ”L’année suivante à peu près 600.000 jeunes faisaient un pèlerinage à St. Jacques de Compostelle en Espagne. Jean Paul II leur posa la question suivante : “Pourquoi êtes-vous ici, jeunes gens des années 90 et du 20e siècle ? Ne sentez-vous pas en vous l’esprit du monde ?”

 

Après la chute du mur
En 1991, 1,5 millions de jeunes participent aux Journées Mondiales de la Jeunesse et se retrouvent en Pologne à Tchenstochova. C’est la première fois depuis la chute du ‘rideau de fer’ que les jeunes des pays de l’Europe de l’Est participent sans problème à cet évènement. Le Pape leur adressa ces paroles : “Jeunesse des pays de l’Europe de l’Est et de l’Ouest nous comptons sur vous dans notre vieux continent pour nous aider à construire cette ‘maison commune’ dont nous attendons un avenir de solidarité et de paix… Pour le bien des générations futures, il sera nécessaire que la nouvelle Europe se construise sur les bases des valeurs spirituelles qui constituent l’élément central de ses traditions culturelles. ”Un demi-million de jeunes rencontre le Pape Jean Paul II à Denver aux Etats-Unis en 1993. Dans le site impressionnant des Rocky Mountains, le Pape interpelle les jeunes en disant : “N’étouffez pas votre conscience. La conscience est le vrai centre et le sanctuaire de toute personne où on est seul avec Dieu…Ne craignez pas d’aller par les rues et les places publiques…Ce n’est pas le moment d’avoir honte de l’Evangile. N’ayez pas peur de sortir de vos habitudes et de répondre au défi de faire connaître le Christ dans cette métropole moderne.” Le plus grand rassemblement de tous les temps a lieu aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Manille aux Philippines en 1995 ; 4 millions de jeunes ont acclamé le Pape qui rappelle ainsi la solidarité entre les hommes : “Etes-vous capables de vous offrir vous-même, votre temps, vos forces et vos talents pour le bien des autres ? Etes-vous capables d’amour ? Si vous l’êtes, l’Eglise et la société peuvent attendre de grandes choses de chacun de vous.”
 

De nombreux jeunes allemands répondent à l’invitation du Pape pour les Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris en 1997. Presque 1 million de personnes se réunissent là-bas pour la célébration de clôture. Jean Paul II demande avec force un témoignage vivant de la part des jeunes, il leur dit : “Votre chemin ne se termine pas ici, le temps ne s’arrête pas aujourd’hui. Sortez sur les routes du monde, sur les routes de l’humanité et restez unis dans l’Eglise du Christ.”

 

En route vers l’Allemagne
L’année 2000 devient l’année jubilaire des Journées Mondiales de la Jeunesse. Presque 2.000.000 de jeunes se rencontrent à Rome, parmi eux 12.000 allemands. A cette occasion commencent les premières discussions en vue de faire venir dans les prochaines années les Journées Mondiales de la Jeunesse en Allemagne. A cette époque le Pape interpelle ainsi les jeunes : “Mes pensées vont vers les Jeunes d’autres Eglises… qui ce soir… se trouvent parmi nous. Les Journées Mondiales de la Jeunesse sont une occasion supplémentaire de faire connaissance et de demander ensemble à l’Esprit du Seigneur de nous offrir en cadeau l’unité complète de tous les chrétiens.” A Rome fut présent officiellement la “fédération des jeunes catholiques allemands” (BDKJ) qui participe à l’organisation des Journées Mondiales de la Jeunesse. Deux années plus tard, 3.000 jeunes partent à Toronto au Canada. 800.000 personnes sont présentes pour la Célébration Eucharistique finale. Le Pape supplie la jeunesse de participer à la construction de l’avenir de l’humanité, et il ajoute : “dans l’imposante cathédrale de Cologne sont vénérés les Rois Mages, les Sages de l’Orient qui ont suivi l’Etoile qui les a menés vers le Christ. Votre pèlerinage vers Cologne commence aujourd’hui. Le Christ vous attend là bas pour les XXe Journées Mondiales de la Jeunesse.”

 

Le chemin des Journées Mondiales de la Jeunesse en Allemagne vient de commencer. Le jour des Rameaux 2003, les jeunes Canadiens ont remis aux Allemands sur la Place Saint-Pierre à Rome la Croix des Journées Mondiales de la Jeunesse. La Croix est arrivée de Sarajevo à Berlin le dimanche des Rameaux 2004 après avoir traversé 26 pays européens. C’est de là qu’elle a commencé son ‘pèlerinage de la réconciliation’ à travers l’Allemagne et elle sera attendue le 16 août 2005 à Cologne pour l’ouverture des XXe Journées Mondiales de la Jeunesse. C’est aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Cologne que sera faite une rétrospective de l’histoire réussie entre le Pape et la jeunesse du monde.

 

Sommaire de l’ensemble des précédentes Journées Mondiales de la Jeunesse et de leurs thèmes

1984 : Rencontre internationale à l’occasion de l’année sainte de la rédemption, le dimanche des Rameaux à Rome. Le pape remet à la jeunesse la future croix des Journées Mondiales de la Jeunesse lors de la fête pascale.

1985 : Rencontre internationale à l’occasion de l’année internationale de la jeunesse, le dimanche des Rameaux à Rome. Le pape adresse une lettre apostolique à la jeunesse du monde (31.03.1985). En décembre, il annonce l’institution des Journées Mondiales de la Jeunesse (20.12.1985).

1986 : Ière JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (23.03.1986).
„ Soyez toujours prêts à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous. “ (1 Pierre 3,15)

1987 : IIe JMJ – Buenos-Aires, Argentine (11.-12.04.1987)
„Et nous, nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. “ (1. Jn 4,16)

1988 : IIIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (27.03.1988)
„Tout ce qu'il vous dira, faites-le. “ (Jn 2,5)

1989 : IVe JMJ – Saint-Jacques de Compostelle, Espagne (15-20.08.1989)
„Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. “ (Jn 14,6)

1990 : Ve JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (08.04.1990)
„Je suis la vigne, vous, les sarments.“ (Jn 15,5)

1991 : VIe JMJ – Czestochowa, Pologne (10-15.08.1991)
„Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs. “ (Rm 8,15)

1992 : VIIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (12.04.1992)
„Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création. “ (Mc 16,15)

1993 : VIIIe JMJ – Denver, USA (10-15.08.1993)
„Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante. “ (Jn 10,10)

1994 : IXe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (27.03.1994)
„Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. “ (Jn 20,21)

1995 : Xe JMJ – Manille, Philippines (10-15.01.1995)
„Wie Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. “ (Jn 20,21)

1996 : XIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (31.03.1996)
„Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. “ (Jn 6,68)

1997 : XIIe JMJ – Paris, France (19-24.08.1997)
„Maître, où demeures-tu? Venez et voyez!“ (Jn 1,38-39)

1998 : XIIIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (05.04.1998)
„L'Esprit Saint vous enseignera tout. “ (Jn 14,26)

1999 : XIVe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (28.03.1999)
„Le Père vous aime. “ (Jn 16,27)

2000 : XVe JMJ – Rome, Italie (15-20.08.2000)
„Le verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous.“ (Jn 1,14)

2001 : XVIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (08.04.2001)
„Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. “ (Lc 9,23)

2002 : XVIIe JMJ – Toronto, Canada (23-28.07.2002)
„Vous êtes le sel de la terre ... Vous êtes la lumière du monde. “ (Mt 5,13-14)

2003 : XVIIIe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (13.04.2003)
„Voici ta Mère. “ (Jn 19,27)

2004 : XIXe JMJ – Fête diocésaine, Dimanche des Rameaux (04.04.2004)
„Nous voulons voir Jésus. “ (Jn 12,21)

2005 : XXe JMJ – Cologne, Allemagne (16-21.08.2005)
„Nous sommes venus L'adorer. “ (Mt 2,2)

 

 

 
 
 
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