Tenue
vestimentaire à
l'approche de la
belle saison
Le
monde est endeuillé
cette semaine par le
11 mars espagnol,
faisant des
centaines de
victimes dont plus
de 200 morts
voyageant en train.
Cette catastrophe
intervient 30 mois
jour pour jour après
le 11 septembre américain,
un an jour pour jour
après la psychose
soulevée par des maîtres-chanteurs
tchèques visant
les chemins de fer
locaux et une
semaine jour pour
jour après l'inspection
en France de 32.000
km de voies ferrées par
10.000 agents de la SNCF
à la recherche d’éventuelles
bombes placées
par un groupe
inconnu.
Ce
terrorisme de masse
rappelle aux
Libanais celui
qu'ils ont subi
durant 20 ans,
entraînant la mort
de 200.000 personnes
dans des conditions tout
aussi atroces. Parmi
les multiples épisodes
tragiques de cette
guerre contre la
souveraineté du
Liban, citons
celui survenu il y a
15 ans jour pour
jour également,
avec la guerre déclenchée
par la Syrie pour
faire taire le
dernier gouvernement
libre du Liban
(jusqu'à nos
jours), dirigé par
le Premier ministre
le général Michel
Aoun, et
"pacifiant"
ainsi le pays
sous son emprise rendue
légitime par les
accords américano-saoudiens
de Taëf signés par
la suite.
Mais
tel ne sera pas
notre sujet, une
lettre adressée
avant-hier par le
proviseur du Grand
Lycée
Franco-Libanais de
Beyrouth - Mission
Laïque Française -
à ses élèves
apportant une note
d'humour bienvenue
et déplaçant le débat en
abordant la question
devenue classique de
la mode
vestimentaire dans
les écoles.
Changeons
donc de sujet en
signalant pour
exemple que, dans ce
Grand Lycée
Franco-Libanais situé à
Achrafieh dans la
partie à majorité
chrétienne de la
capitale, dont moins
du quart des élèves
sont musulmans, le
port du voile a de
tous temps été
interdit. Cette année,
l'évolution de la
situation en France
a poussé les
surveillants à
demander aux élèves
portant dans la cour
de récréation une
croix ou une
inscription du
Coran, aussi petites
soient-elles, de
les dissimuler sous
leurs vêtements, ne
laissant apparaître
que les chaînes. Et
l'hiver se
terminant, Mme le
Proviseur, qui a
pris ses
fonctions cette année,
vient de communiquer
une lettre
aussi originale
qu'exemplaire à
signer par les
parents des élèves
des classes de sixième
à la terminale,
pour éviter tout débordement
dans l'autre sens.
Inutile de préciser
que les pauvres élèves,
qui se voient astreints
à une tenue de
rigueur - cependant
préférable à un
costume - dans des
salles non climatisées
sous le feu du
soleil printanier,
n'en reviennent pas
encore.
Tenue
vestimentaire à
l'approche de la
belle saison
Lettre
de PATRICIA ROMAN,
Proviseur du
Grand-Lycée
Franco-Libanais de
Beyrouth, adressée
le 12 mars 2004 aux
parents des élèves
du Collège
"Madame,
Monsieur,
Convaincue que
vous partagez les
valeurs éducatives
que s'assigne l'établissement,
je sollicite votre
concours pour que
vous nous aidiez,
en tant que
parents, à faire
respecter quelques
règles de tenue
vestimentaire, qui
ne visent pas tant
à pénaliser les
jeunes dans leur
besoin de
fantaisie ou
d'expression, qu'à
leur faire
percevoir la
frontière sociale
qui existe entre
lieu de travail et
espace de détente,
lieu de travail et
espace privé.
Certes les
commerces
proposent une
surabondance de vêtements
qui découvrent
plus qu'ils ne
couvrent :
tee-shirts ultra
courts portés sur
pantalon à taille
très basse,
tenues bustier,
hauts asymétriques
à une seule
bretelle, décolletés,
tissus à l'opacité
incertaine voire
transparents, vêtements
moulants et collants presque
adhésifs... On
n'en finirait pas
d'énumérer les
trésors
d'imagination des
stylistes qui
s'amusent à dévêtir
plus qu'ils
n'habillent, qui
modèlent plus la
peau que l'étoffe,
et qui ne manquent
pas de conquérir
notre indulgence
ou d'attirer notre
sourire sur des
lieux de détente
ou de vacances...
Que les jeunes gens
aussi réservent
à ces lieux
shorts, débardeurs
et casquettes !
Mais dès lors que
l'on se trouve
dans un établissement
scolaire, c'est-à-dire
dans un lieu où les
repères doivent
être transmis, et
où la
concentration
propice à l'étude
doit être favorisée,
il n'est pas
possible
d'admettre des
tenues trop dévêtues
pour les jeunes
que nous
accueillons. C'est
la raison
pour laquelle je
fais appel à
vous, pour qu'avec
bon sens nous oeuvrions
dans le même
sens, et que vous
aidiez vos enfants
à choisir, pour
venir au lycée,
des vêtements qui
allient à la
jeunesse et la
gaieté, la décence.
Je vous demande en
outre, par mesure
de sécurité, de
veiller à ce que
vos enfants
s'abstiennent de
porter des mules,
et utilisent
seulement des
chaussures
retenues par des
lanières au
niveau du talon.
Comptant sur votre
compréhension, je
vous remercie
d'avance de votre
collaboration, et
vous prie d'agréer,
Madame, Monsieur,
l'expression de
mes salutations
distinguées."
France - Légalement,
les femmes sont
toujours
interdites de
pantalon
paru dans
l'Orient-le Jour
le 6 mars 2004
Un
député UMP de
l’Indre,
Jean-Yves Hugon, a
demandé au
gouvernement de
revenir sur une
loi du début du
XIXe siècle qui
interdit toujours
aux femmes le port
du pantalon. M.
Hugon a précisé
qu’il avait
envoyé une lettre
l’an dernier à
la ministre déléguée
à la Parité et
l’Egalité
professionnelle,
Nicole Ameline, et
qu’il comptait récidiver
cette année.
"La loi du 26
brumaire an IX de
la République
dispose que toute
“femme désirant
s’habiller en
homme doit se présenter
à la préfecture
de police pour en
obtenir
l’autorisation,
et celle-ci ne
peut être donnée
qu’au vu d’un
certificat d’un
officier de santé”
", explique
M. Hugon dans sa
lettre. Deux
circulaires de
1892 et 1909
autorisent le port
féminin du
pantalon à vélo
puis à cheval, précise-t-il.
A l’occasion
du bicentenaire en
2004 de l’écrivain
George Sand,
"qui avait dû
se soumettre à
cette autorisation
pour porter le
pantalon auprès
de la préfecture
de l’Indre",
le député suggère "de
mettre en
conformité notre
droit avec une
pratique incontestée
et incontestable
des femmes".
Nicole Ameline
avait répondu à
M. Hugon
"qu’il ne
lui paraissait pas
opportun de
prendre
l’initiative
d’une telle
mesure dont la
portée serait
purement
symbolique". "Pour
adapter le droit
à l’évolution
des mœurs, la désuétude
est parfois plus
efficace que
l’intervention",
soulignait la
ministre, ajoutant
: "Néanmoins,
vous avez toute
latitude pour
mettre en valeur
la contribution de
George Sand à
cette évolution
à l’occasion du
bicentenaire de sa
naissance."
L'Ecole
pornographe
par
IVAN RIOUFOL, publié
dans le Figaro le 5
mars 2004
(extraits)
Voilà
où en est l'Ecole. Un
professeur d'histoire
sera sanctionné par
l'Education nationale
et convoqué devant la
justice, pour avoir
dit en cours une vérité
"historiquement
incorrecte" sur
Mahomet et sa violence
(lire nos précédents
bloc-notes). En
revanche, un
professeur de français
qui donne à étudier
à de jeunes élèves
des textes orduriers,
sera soutenu par ses
collègues, épargné
par sa hiérarchie,
ignoré par
l'inspection d'académie.
Mieux : des parents d'élèves
ne trouveront aucun
porte-voix au sein du
système éducatif
pour faire entendre
leur indignation.
Eloignez les enfants ;
voici les faits. Le
premier texte, tiré
du livre Les
Baisers des autres (de
Carine Tardieu,
collection Livre
d'image jeunesse -
Actes Sud), a été
distribué à des élèves
de 6e, 5e
et 4e du
collège Albert-Camus
de Rosny-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis),
dans le cadre de l'opération
"Collège au cinéma".
La lecture a été,
pour cette
circonstance,
accompagnée de la
projection d'un court
métrage illustrant le
livre. Le film a
obtenu le label du
Concours académique
de la jeune critique
cinématographique
2003. Des parents d'élèves
du collège
Albert-Camus ont pu le
visionner, à leur
demande, auprès de la
principale. (...) Le
second morceau étudié
par les enfants est
extrait du Gone de
Chaâba (de Azouz
Begag - Seuil) et a reçu
le patronage du Mrap
pour sa diffusion cinématographique
dans les écoles.
Extrait (...)
Ainsi
font nos talibans
J'entends
déjà les
justifications des pédagogues
éclairés, éveilleurs
de conscience et
autres
"intelligences"
pétitionnaires :
cette littérature est
le reflet des préoccupations
de la jeunesse, qui a
accès à la
pornographie grâce à
la télévision ; la
culture et le langage
doivent évoluer avec
leur temps ; les
parents d'élèves
n'ont pas à se mêler
des choix des
enseignants ;
s'indigner devant de
tels écrits et de
telles images revient
à encourager les
moeurs bourgeoises,
etc. Ces récitations
avaient déjà été
entendues lorsqu'un
enseignant d'Abbeville
(Le Figaro, 13
décembre 2001) avait
fait étudier à des 3e,
sous les
applaudissements de
ses collègues, des
extraits du Grand
Cahier d'Agota
Kristof, mettant
notamment en scène
l'accouplement entre
un chien et une
fillette.
En
écoutant Luc Ferry
assurer, lundi sur la
chaîne LCI, vouloir défendre
le latin et le grec et
déclarer : "Lire
les stoïciens, c'est
formidable, et ces
sagesses anciennes
sont
merveilleuses", apparaît
le gouffre entre l'élévation
du discours du
ministre de l'Education
et les flatteries démagogiques
de certains
professeurs. Même si
de nombreux
enseignants ne
partagent pas ce choix
de valoriser la grossièreté
pour paraître
moderne, ceux du collège
Albert-Camus ont pris
fait et cause pour les
méthodes du
"prof",
contestées par des
parents. "Nous
sommes passés pour
des imbéciles", dit
l'un d'eux. Le plus
navrant dans cette
affaire - qui
n'est qu'un exemple de
l'étendue du délabrement
éducatif et moral qui
existe à l'Ecole -
est de constater
qu'aucun syndicat de
parents d'élèves n'a
osé critiquer la
lamentable vision éducative
du professeur de français.
Se vérifie, une fois
de plus, un
renoncement collectif
à défendre des
valeurs essentielles -
la sanctuarisation de
l'école, le respect
de la culture
classique, de la
langue, du bon goût,
etc. - de peur
d'apparaître "réactionnaire"
aux yeux de nos
talibans, qui n'ont
plus que ce mot à la
bouche pour
disqualifier ceux qui
résistent encore au
terrorisme
intellectuel des
"Amis du désastre".
Silence
syndical
L'affaire
Chagnon, que les
lecteurs connaissent,
relève de cette même
pétrification de
l'esprit critique, qui
a gagné le système
éducatif sous le
poids de l'idéologie
jeuniste, antiraciste,
antidiscriminatoire.
Alors que ce
professeur d'histoire
a été accusé de
"racisme"
par un inspecteur
pédagogique pour ses
propos non conformes
sur Mahomet et que sa
hiérarchie l'a
sanctionné d'un blâme,
aucun syndicat
d'enseignants n'est
venu défendre ce
professeur et, à
travers lui, la libre
expression des
enseignants au sein de
l'école laïque.
C'est un homme seul
qui s'est présenté,
mardi, devant la
justice. Il y a reçu
confirmation que le
Mrap et la Ligue des
droits de l'homme
avaient renoncé à
leurs plaintes pour
"incitation à
la haine
raciale", se
satisfaisant du blâme
délivré par l'Académie
de Versailles. Ici
comme ailleurs, se
sont des initiatives
de citoyens indignés
(dont de nombreux
enseignants) qui
viennent suppléer des
organisations tétanisées
à l'idée d'être
accusées du pire par
des "droits-de-l'hommistes"
au service du
communautarisme
(Rappelons que le site
www.laic.info
s'est ouvert aux
soutiens à Louis
Chagnon).
L'islam,
dans la grammaire
Il est vrai que la
place prise par
l'islam et le
multiculturalisme
dans les manuels
scolaires s'impose
chaque année
davantage, dans
l'indifférence.
Voici ce que propose
le manuel de
grammaire de 4e
édité par Bordas
(Nouvelle collection
Plus-que-parfait
"Grammaire pour
les textes"),
au chapitre 16,
celui de la
conjugaison. "Une
forme verbale est à
la voix active
lorsque le sujet
accomplit l'action
exprimée par le
verbe : dans la
civilisation
arabo-musulmane, le
calife joue un rôle
de premier plan
(verbe à l'actif) ;
une forme verbale
est à la voix
passive lorsque le
sujet subit l'action
exprimée par le
verbe : dans la
civilisation
arabo-musulmane, un
rôle de premier
plan est joué par
le calife
(...)", etc.
Parmi les exercices
proposés : "Dites
si les verbes
soulignés sont à
la voix active,
passive ou
pronominale : La
religion musulmane,
ou islam, a été
fondée par le prophète
Mahomet, en Arabie,
dans la ville de Médine,
puis de La Mecque ;
Mahomet leur a révélé
le Coran, écrit en
arabe et dans lequel
il a transmis les
fondements de
l'islam (...) ; la
religion musulmane
s'appuie sur des règles
de vie que tout bon
musulman doit
observer ; le Coran
a été écrit dans
une langue si belle
qu'il a servi de
base aux
grammairiens qui se
sont attachés à
codifier l'arabe
(...)", etc.
C'est cette Ecole de
gribouille,
encourageant
l'affirmation des
identités
culturelles, qui
demande désormais
aux musulmanes
pratiquantes
d'enlever leur voile
en classe. Comment
la prendre au sérieux
?
La
conquista des Légionnaires
du Christ
L'Eglise
catholique étend
son emprise sur l'éducation
en Espagne
par
JEAN-HEBERT
ARMENGAUD, publié
dans Libération le
9 mars 2004
Le campus est un
grand îlot de
verdure, cloîtré
dans une banlieue résidentielle
de Madrid. Des
parkings, et surtout
du gazon à perte de
vue, taillé comme
sur un green de
golf. Et des pins
qui parsèment le
tout. L'université
Francisco de
Vitoria, privée,
religieuse, respire
la tranquillité et
transpire l'argent.
Elle est à peine à
trente minutes de
route de la grande
université publique
de Madrid, la
Complutense, qui évoque
en comparaison une
cité de banlieue
aux tours mal ravaudées.
A Francisco de
Vitoria, les élèves
travaillent dans des
bâtiments de luxe,
de un à deux étages,
jamais plus. Le
foyer des étudiants
est meublé de
fauteuils larges et
profonds. Rocio, 24
ans, fait une
pause-café entre
deux cours pour sa
maîtrise d'économie,
spécialisation en
administration et
direction
d'entreprise. Fille
de famille aisée
andalouse, elle n'a
pas hésité : "J'avais
fait deux ans
d'université
publique à Séville,
mais ici tout est
plus simple. Tu peux
aller demander
conseil à tes profs
quand tu veux, sans
rendez-vous. Les
cours sont
obligatoires, tu
n'es pas tentée de
sécher. Et puis il
y a les moyens, qui
vont jusqu'aux détails,
comme un bus gratuit
pour descendre à
Madrid, même si la
plupart des étudiants,
ici, ont leur
voiture. En cours
d'informatique par
exemple nous avons
chacun notre
ordinateur et notre
connexion à
l'Internet, ce qui
serait impensable
dans une université
publique."
Le luxe est cher,
dans les 12 000
euros l'année.
Comme la plupart
des grandes
universités privées
espagnoles,
Francisco de Vitoria
est sous tutelle
religieuse. A
Pampelune, la célèbre
université de
Navarre dépend de
l'Opus Dei, à
Bilbao, celle de
Deusto est aux mains
des jésuites. A
Salamanque, la réputation
de l'Université
pontificale dépasse
largement les frontières
du pays. Rocio
baisse la voix : "Ici,
tous les professeurs
sont des Légionnaires
du Christ, une sorte
de secte, genre Opus
Dei. Certains
commencent leurs
cours par une prière
collective. Et, en
cours de philosophie
par exemple, on
apprend que
l'existence de Dieu
ne fait aucun doute
ou encore que
"Dieu est
amour". Etrange
pour des cours de
philo..."
Rocio s'en fiche, ne
pense qu'à la
valeur de son diplôme,
ceux de Francisco de
Vitoria ont la cote.
Elle ne sait pas
trop si elle "croit",
mais, en tout cas,
ne pratique plus
depuis longtemps: "Je
ne connais même pas
les dix
commandements.
Certains profs font
du prosélytisme,
organisent parfois
des séminaires à
l'extérieur pendant
les vacances, mais
ils n'insistent pas
avec les étudiants
qu'ils sentent peu
motivés."
Cours de
religion
obligatoires
L'Espagne
d'aujourd'hui
ressemble à Rocio :
de moins en moins
croyante, de moins
en moins
pratiquante.
Pourtant, dans un
pays au passé chargé
en la matière, l'Eglise
garde une influence
importante, voire
croissante dans l'éducation
: l'université
Francisco de Vitoria
a pris son autonomie
en 2002, avant elle
n'était qu'un
simple centre
universitaire annexe
à la Complutense.
Plus qu'un retour de
la foi, ce
"retour au
religieux"
vient d'en haut. La
hiérarchie
catholique et les
mouvements comme
l'Opus Dei et les Légionnaires
du Christ ont
l'oreille de José
María Aznar, le président
du gouvernement
sortant, dont le
parti est à nouveau
favori aux élections
de dimanche
prochain. La marque
la plus criante, et
la plus contestée,
en est la nouvelle
loi sur l'éducation,
votée récemment
par les
conservateurs. Elle
rend obligatoire
l'enseignement
religieux - ou des
religions, selon
l'option choisie -
du CP jusqu'en première.
Preuve que
l'influence du lobby
catholique
progresse. "Comme
dans les autres pays
européens, la sécularisation
avance à grands pas
en Espagne, mais,
pendant les huit ans
de gouvernement
Aznar, l'Eglise a
fortement tenté de
récupérer le
terrain perdu",
explique José
Martinez de Velasco,
spécialiste des
affaires religieuses
à l'agence de
presse EFE et auteur
des Légionnaires
du Christ, la
nouvelle armée du
pape.
L'influence de
ces "légionnaires"
serait à la mesure
de leur goût du
secret. La direction
de l'université
Francisco de Vitoria
par exemple ne "communique
pas" sur le
sujet. Selon José
Martinez de Velasco,
au moins deux
ministres importants
du gouvernement
sortant seraient très
proches de cette
congrégation
ultraconservatrice
fondée au Mexique
en 1941 par le prêtre
Marcial Maciel,
qu'il continue
aujourd'hui à
diriger depuis Rome,
où il a les faveurs
de Jean-Paul II. Le
pape y voit un
instrument de son
projet de "nouvelle
évangélisation".
La Légion du Christ
et son bras séculier,
Regnum Christi, sont
très puissants au
Mexique, évidemment,
avec notamment
l'université Anáhuac
de Mexico, la plus
prestigieuse du pays
; dans les autres
pays d'Amérique
latine, terre de
"reconquista"
religieuse pour Jean
Paul II ; et aussi,
plus récemment en
Europe, particulièrement
en Espagne. "L'Espagne
est à Dieu,
l'Espagne est pour
le Christ, ne
laissez pas l'ennemi
voler cette belle
Espagne que Dieu a
prise avec
lui",
s'exclamait Marcial
Maciel en 2001 lors
d'un congrès des
familles de Regnum
Christi à Francisco
de Vitoria. "L'ennemi",
ce sont "les
athées, les maçons",
en général tous
ceux qui "veulent
détruire la
famille, corrompre
la femme, corrompre
l'enfance".
En Espagne, les Légionnaires
et les membres de
Regnum Christi
seraient plus de
40.000. "Les
Légionnaires du
Christ, comme
d'autres congrégations
semblables, véritables
"Eglises parallèles",
tels Communion et
Libération ou le
Chemin néocatéchuménal,
ne mesurent pas leur
pouvoir par le
nombre d'adeptes,
estime José
Martinez de Velasco.
Ils cherchent
surtout de
l'influence dans le
monde politique,
celui de
l'entreprise,
notamment pour leurs
financements, ou
celui de l'éducation.
L'éducation, parce
qu'ils veulent
former les leaders
de demain."
Comme d'autres, les
Légionnaires du
Christ étendent peu
à peu leur
influence dans les
écoles et collèges
privés ou les
universités. Un
tiers des établissements
scolaires espagnols
sont privés, la
quasi-totalité
catholiques. Des
centres financés en
partie par l'Etat,
qui paie notamment
les salaires des
professeurs. Les
traces de l'Histoire
sont encore là, des
années après la
fin de la dictature
franquiste et son idéologie
nationale-catholique.
"La religion
a toujours été un
sujet de
confrontation,
parfois violente,
comme sous la guerre
civile, explique
Miguel Recio, de la
fédération de
l'enseignement du
syndicat Comisiones
Obreras. Avec le
retour de la démocratie,
ce fut l'objet
d'intenses négociations
lors de l'élaboration
de la Constitution,
avec un résultat
que beaucoup
estiment
insatisfaisant."
Accords avec
le Saint-Siège
L'Etat espagnol
est non
confessionnel mais
la Constitution cite
tout de même l'Eglise
d'une façon ambiguë
: "Les
pouvoirs publics
maintiendront des
relations de coopération
avec l'Eglise
catholique... et les
autres
confessions."
Deux mois après
l'adoption de la
Constitution, le
pouvoir politique de
l'époque annonce la
signature d'accords
avec le Saint-Siège.
"Un
concordat qui ne
veut pas dire son
nom, puisque ces
accords donnent une
situation privilégiée
à l'Eglise
catholique",
estime le théologien
critique Juan José
Tamayo. Les accords
donnent une valeur
civile au mariage
catholique,
exemptent l'Eglise
d'impôt et lui
donnent toute
latitude pour nommer
les professeurs de
religion et élaborer
le contenu des
livres de classe en
la matière.
Vingt-cinq ans après,
José María Aznar a
rouvert la polémique
sur l'éducation
religieuse à l'école.
Jusqu'à présent,
deux tiers des élèves
du primaire et du
secondaire suivaient
des cours optionnels
de religion
catholique, même
dans le public, où
les professeurs sont
nommés par l'évêché
mais payés par l'Etat
; les autres
allaient en étude
ou suivaient des
cours de soutien.
Comme plein
d'autres, Rocio
avait suivi jusque
dans le secondaire
les cours de
religion catholique,
"parce que
mes parents me le
demandaient et parce
que ça donne des
points faciles en
plus".
A la rentrée
2004, l'alternative
à la religion
confessionnelle sera
un cours obligatoire
des religions. Et,
quelle que soit
l'option choisie, la
note entrera dans la
moyenne, dont dépend
le passage en classe
supérieure. "La
société espagnole
n'est pas une société
laïque mais
catholique",
lance José Manuel
Contreras, le président
de la Concapa (Confédération
catholique des
parents d'élèves),
un des puissants
groupes de pression
qui ont milité pour
la nouvelle loi. «Si
je suis catholique,
je le suis dans tous
les aspects de ma
vie, quand je dors,
quand je mange... et
quand je vais à l'école."
Le clan opposé
s'est mobilisé au
sein d'une
Plate-Forme pour une
société laïque,
qui multiplie
actuellement les
meetings, les
manifestations, les
réunions de
quartier, les
recours en justice
jusqu'au Tribunal
suprême. "Cette
loi, c'est un retour
à l'héritage noir
de l'Espagne,
estime Miriam
Municio, du Syndicat
des étudiants. L'Eglise
perd de plus en plus
de terrain dans la
société, alors
elle tente de
rentrer par la
petite porte." Dans
leur immense majorité,
les Espagnols se
font toujours
baptiser et
continuent à se
marier à l'église,
souvent par
tradition ou par goût
des grandes réunions
familiales. Mais
seuls la moitié
d'entre eux se déclarent
"catholiques
pratiquants".
Et plus de 45 %
avouent n'aller "presque
jamais" à
la messe - seuls
1,6 % pratiquent une
autre religion.
Une bataille
perdue
Depuis la libéralisation
de l'avortement, au
début des années
80, jusqu'à, plus récemment,
les "Pacs"
légalisés par la
plupart des grandes
Communautés
autonomes (régions),
les préceptes de la
hiérarchie
catholiques ne
cessent de reculer.
Certaines régions débattent
même aujourd'hui très
sérieusement
d'autoriser
l'adoption par les
homosexuels. "A
terme, estime
José Martinez de
Velasco, la
bataille de l'Eglise
espagnole est
perdue, ici comme
dans les autres pays
européens : ou elle
s'adapte aux réalités
sociales, ou ses fidèles
ne seront plus qu'un
petit groupe de
fanatiques." La
réforme de la loi
sur l'éducation
n'est peut-être
qu'un de ses
derniers
soubresauts, elle
prouve néanmoins la
puissance de ses
relais.
Frontière