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RELIGION  RJLIBAN  N°2  du 14 mars 2004

 
Tenue vestimentaire à l'approche de la belle saison
 
Le monde est endeuillé cette semaine par le 11 mars espagnol, faisant des centaines de victimes dont plus de 200 morts voyageant en train. Cette catastrophe intervient 30 mois jour pour jour après le 11 septembre américain, un an jour pour jour après la psychose soulevée par des maîtres-chanteurs tchèques visant les chemins de fer locaux et une semaine jour pour jour après l'inspection en France de 32.000 km de voies ferrées par 10.000 agents de la SNCF à la recherche d’éventuelles bombes placées par un groupe inconnu.
 
Ce terrorisme de masse rappelle aux Libanais celui qu'ils ont subi durant 20 ans, entraînant la mort de 200.000 personnes dans des conditions tout aussi atroces. Parmi les multiples épisodes tragiques de cette guerre contre la souveraineté du Liban, citons celui survenu il y a 15 ans jour pour jour également, avec la guerre déclenchée par la Syrie pour faire taire le dernier gouvernement libre du Liban (jusqu'à nos jours), dirigé par le Premier ministre le général Michel Aoun, et "pacifiant" ainsi le pays sous son emprise rendue légitime par les accords américano-saoudiens de Taëf signés par la suite.
 
Mais tel ne sera pas notre sujet, une lettre adressée avant-hier par le proviseur du Grand Lycée Franco-Libanais de Beyrouth - Mission Laïque Française - à ses élèves apportant une note d'humour bienvenue et déplaçant le débat en abordant la question devenue classique de la mode vestimentaire dans les écoles.
 
Changeons donc de sujet en signalant pour exemple que, dans ce Grand Lycée Franco-Libanais situé à Achrafieh dans la partie à majorité chrétienne de la capitale, dont moins du quart des élèves sont musulmans, le port du voile a de tous temps été interdit. Cette année, l'évolution de la situation en France a poussé les surveillants à demander aux élèves portant dans la cour de récréation une croix ou une inscription du Coran, aussi petites soient-elles, de les dissimuler sous leurs vêtements, ne laissant apparaître que les chaînes. Et l'hiver se terminant, Mme le Proviseur, qui a pris ses fonctions cette année, vient de communiquer une lettre aussi originale qu'exemplaire à signer par les parents des élèves des classes de sixième à la terminale, pour éviter tout débordement dans l'autre sens. Inutile de préciser que les pauvres élèves, qui se voient astreints à une tenue de rigueur - cependant préférable à un costume - dans des salles non climatisées sous le feu du soleil printanier, n'en reviennent pas encore.
 
 
Tenue vestimentaire à l'approche de la belle saison
 
Lettre de PATRICIA ROMAN, Proviseur du Grand-Lycée Franco-Libanais de Beyrouth, adressée le 12 mars 2004 aux parents des élèves du Collège
 
"Madame, Monsieur,
 
Convaincue que vous partagez les valeurs éducatives que s'assigne l'établissement, je sollicite votre concours pour que vous nous aidiez, en tant que parents, à faire respecter quelques règles de tenue vestimentaire, qui ne visent pas tant à pénaliser les jeunes dans leur besoin de fantaisie ou d'expression, qu'à leur faire percevoir la frontière sociale qui existe entre lieu de travail et espace de détente, lieu de travail et espace privé.
 
Certes les commerces proposent une surabondance de vêtements qui découvrent plus qu'ils ne couvrent : tee-shirts ultra courts portés sur pantalon à taille très basse, tenues bustier, hauts asymétriques à une seule bretelle, décolletés, tissus à l'opacité incertaine voire transparents, vêtements moulants et collants presque adhésifs... On n'en finirait pas d'énumérer les trésors d'imagination des stylistes qui s'amusent à dévêtir plus qu'ils n'habillent, qui modèlent plus la peau que l'étoffe, et qui ne manquent pas de conquérir notre indulgence ou d'attirer notre sourire sur des lieux de détente ou de vacances... Que les jeunes gens aussi réservent à ces lieux shorts, débardeurs et casquettes !
 
Mais dès lors que l'on se trouve dans un établissement scolaire, c'est-à-dire dans un lieu où les repères doivent être transmis, et où la concentration propice à l'étude doit être favorisée, il n'est pas possible d'admettre des tenues trop dévêtues pour les jeunes que nous accueillons. C'est la raison pour laquelle je fais appel à vous, pour qu'avec bon sens nous oeuvrions dans le même sens, et que vous aidiez vos enfants à choisir, pour venir au lycée, des vêtements qui allient à la jeunesse et la gaieté, la décence.
 
Je vous demande en outre, par mesure de sécurité, de veiller à ce que vos enfants s'abstiennent de porter des mules, et utilisent seulement des chaussures retenues par des lanières au niveau du talon. Comptant sur votre compréhension, je vous remercie d'avance de votre collaboration, et vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées."
 
 
France - Légalement, les femmes sont toujours interdites de pantalon
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 mars 2004
 

Un député UMP de l’Indre, Jean-Yves Hugon, a demandé au gouvernement de revenir sur une loi du début du XIXe siècle qui interdit toujours aux femmes le port du pantalon. M. Hugon a précisé qu’il avait envoyé une lettre l’an dernier à la ministre déléguée à la Parité et l’Egalité professionnelle, Nicole Ameline, et qu’il comptait récidiver cette année. "La loi du 26 brumaire an IX de la République dispose que toute “femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation, et celle-ci ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé” ", explique M. Hugon dans sa lettre. Deux circulaires de 1892 et 1909 autorisent le port féminin du pantalon à vélo puis à cheval, précise-t-il.

 

A l’occasion du bicentenaire en 2004 de l’écrivain George Sand, "qui avait dû se soumettre à cette autorisation pour porter le pantalon auprès de la préfecture de l’Indre", le député suggère "de mettre en conformité notre droit avec une pratique incontestée et incontestable des femmes". Nicole Ameline avait répondu à M. Hugon "qu’il ne lui paraissait pas opportun de prendre l’initiative d’une telle mesure dont la portée serait purement symbolique". "Pour adapter le droit à l’évolution des mœurs, la désuétude est parfois plus efficace que l’intervention", soulignait la ministre, ajoutant : "Néanmoins, vous avez toute latitude pour mettre en valeur la contribution de George Sand à cette évolution à l’occasion du bicentenaire de sa naissance."  

 
 
L'Ecole pornographe
 

par IVAN RIOUFOL, publié dans le Figaro le 5 mars 2004  (extraits)

 

Voilà où en est l'Ecole. Un professeur d'histoire sera sanctionné par l'Education nationale et convoqué devant la justice, pour avoir dit en cours une vérité "historiquement incorrecte" sur Mahomet et sa violence (lire nos précédents bloc-notes). En revanche, un professeur de français qui donne à étudier à de jeunes élèves des textes orduriers, sera soutenu par ses collègues, épargné par sa hiérarchie, ignoré par l'inspection d'académie. Mieux : des parents d'élèves ne trouveront aucun porte-voix au sein du système éducatif pour faire entendre leur indignation. Eloignez les enfants ; voici les faits. Le premier texte, tiré du livre Les Baisers des autres (de Carine Tardieu, collection Livre d'image jeunesse - Actes Sud), a été distribué à des élèves de 6e, 5e et 4e du collège Albert-Camus de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dans le cadre de l'opération "Collège au cinéma". La lecture a été, pour cette circonstance, accompagnée de la projection d'un court métrage illustrant le livre. Le film a obtenu le label du Concours académique de la jeune critique cinématographique 2003. Des parents d'élèves du collège Albert-Camus ont pu le visionner, à leur demande, auprès de la principale. (...) Le second morceau étudié par les enfants est extrait du Gone de Chaâba (de Azouz Begag - Seuil) et a reçu le patronage du Mrap pour sa diffusion cinématographique dans les écoles. Extrait (...)

 

Ainsi font nos talibans

 

J'entends déjà les justifications des pédagogues éclairés, éveilleurs de conscience et autres "intelligences" pétitionnaires : cette littérature est le reflet des préoccupations de la jeunesse, qui a accès à la pornographie grâce à la télévision ; la culture et le langage doivent évoluer avec leur temps ; les parents d'élèves n'ont pas à se mêler des choix des enseignants ; s'indigner devant de tels écrits et de telles images revient à encourager les moeurs bourgeoises, etc. Ces récitations avaient déjà été entendues lorsqu'un enseignant d'Abbeville (Le Figaro, 13 décembre 2001) avait fait étudier à des 3e, sous les applaudissements de ses collègues, des extraits du Grand Cahier d'Agota Kristof, mettant notamment en scène l'accouplement entre un chien et une fillette.

 

En écoutant Luc Ferry assurer, lundi sur la chaîne LCI, vouloir défendre le latin et le grec et déclarer : "Lire les stoïciens, c'est formidable, et ces sagesses anciennes sont merveilleuses", apparaît le gouffre entre l'élévation du discours du ministre de l'Education et les flatteries démagogiques de certains professeurs. Même si de nombreux enseignants ne partagent pas ce choix de valoriser la grossièreté pour paraître moderne, ceux du collège Albert-Camus ont pris fait et cause pour les méthodes du "prof", contestées par des parents. "Nous sommes passés pour des imbéciles", dit l'un d'eux. Le plus navrant dans cette affaire - qui n'est qu'un exemple de l'étendue du délabrement éducatif et moral qui existe à l'Ecole - est de constater qu'aucun syndicat de parents d'élèves n'a osé critiquer la lamentable vision éducative du professeur de français. Se vérifie, une fois de plus, un renoncement collectif à défendre des valeurs essentielles - la sanctuarisation de l'école, le respect de la culture classique, de la langue, du bon goût, etc. - de peur d'apparaître "réactionnaire" aux yeux de nos talibans, qui n'ont plus que ce mot à la bouche pour disqualifier ceux qui résistent encore au terrorisme intellectuel des "Amis du désastre".

 

Silence syndical

 

L'affaire Chagnon, que les lecteurs connaissent, relève de cette même pétrification de l'esprit critique, qui a gagné le système éducatif sous le poids de l'idéologie jeuniste, antiraciste, antidiscriminatoire. Alors que ce professeur d'histoire a été accusé de "racisme" par un inspecteur pédagogique pour ses propos non conformes sur Mahomet et que sa hiérarchie l'a sanctionné d'un blâme, aucun syndicat d'enseignants n'est venu défendre ce professeur et, à travers lui, la libre expression des enseignants au sein de l'école laïque. C'est un homme seul qui s'est présenté, mardi, devant la justice. Il y a reçu confirmation que le Mrap et la Ligue des droits de l'homme avaient renoncé à leurs plaintes pour "incitation à la haine raciale", se satisfaisant du blâme délivré par l'Académie de Versailles. Ici comme ailleurs, se sont des initiatives de citoyens indignés (dont de nombreux enseignants) qui viennent suppléer des organisations tétanisées à l'idée d'être accusées du pire par des "droits-de-l'hommistes" au service du communautarisme (Rappelons que le site www.laic.info s'est ouvert aux soutiens à Louis Chagnon).

 

L'islam, dans la grammaire

 

Il est vrai que la place prise par l'islam et le multiculturalisme dans les manuels scolaires s'impose chaque année davantage, dans l'indifférence. Voici ce que propose le manuel de grammaire de 4e édité par Bordas (Nouvelle collection Plus-que-parfait "Grammaire pour les textes"), au chapitre 16, celui de la conjugaison. "Une forme verbale est à la voix active lorsque le sujet accomplit l'action exprimée par le verbe : dans la civilisation arabo-musulmane, le calife joue un rôle de premier plan (verbe à l'actif) ; une forme verbale est à la voix passive lorsque le sujet subit l'action exprimée par le verbe : dans la civilisation arabo-musulmane, un rôle de premier plan est joué par le calife (...)", etc. Parmi les exercices proposés : "Dites si les verbes soulignés sont à la voix active, passive ou pronominale : La religion musulmane, ou islam, a été fondée par le prophète Mahomet, en Arabie, dans la ville de Médine, puis de La Mecque ; Mahomet leur a révélé le Coran, écrit en arabe et dans lequel il a transmis les fondements de l'islam (...) ; la religion musulmane s'appuie sur des règles de vie que tout bon musulman doit observer ; le Coran a été écrit dans une langue si belle qu'il a servi de base aux grammairiens qui se sont attachés à codifier l'arabe (...)", etc. C'est cette Ecole de gribouille, encourageant l'affirmation des identités culturelles, qui demande désormais aux musulmanes pratiquantes d'enlever leur voile en classe. Comment la prendre au sérieux ?

 
La conquista des Légionnaires du Christ
 

L'Eglise catholique étend son emprise sur l'éducation en Espagne

 

par JEAN-HEBERT ARMENGAUD, publié dans Libération le 9 mars 2004

 

Le campus est un grand îlot de verdure, cloîtré dans une banlieue résidentielle de Madrid. Des parkings, et surtout du gazon à perte de vue, taillé comme sur un green de golf. Et des pins qui parsèment le tout. L'université Francisco de Vitoria, privée, religieuse, respire la tranquillité et transpire l'argent. Elle est à peine à trente minutes de route de la grande université publique de Madrid, la Complutense, qui évoque en comparaison une cité de banlieue aux tours mal ravaudées. A Francisco de Vitoria, les élèves travaillent dans des bâtiments de luxe, de un à deux étages, jamais plus. Le foyer des étudiants est meublé de fauteuils larges et profonds. Rocio, 24 ans, fait une pause-café entre deux cours pour sa maîtrise d'économie, spécialisation en administration et direction d'entreprise. Fille de famille aisée andalouse, elle n'a pas hésité : "J'avais fait deux ans d'université publique à Séville, mais ici tout est plus simple. Tu peux aller demander conseil à tes profs quand tu veux, sans rendez-vous. Les cours sont obligatoires, tu n'es pas tentée de sécher. Et puis il y a les moyens, qui vont jusqu'aux détails, comme un bus gratuit pour descendre à Madrid, même si la plupart des étudiants, ici, ont leur voiture. En cours d'informatique par exemple nous avons chacun notre ordinateur et notre connexion à l'Internet, ce qui serait impensable dans une université publique." Le luxe est cher, dans les 12 000 euros l'année.

 

Comme la plupart des grandes universités privées espagnoles, Francisco de Vitoria est sous tutelle religieuse. A Pampelune, la célèbre université de Navarre dépend de l'Opus Dei, à Bilbao, celle de Deusto est aux mains des jésuites. A Salamanque, la réputation de l'Université pontificale dépasse largement les frontières du pays. Rocio baisse la voix : "Ici, tous les professeurs sont des Légionnaires du Christ, une sorte de secte, genre Opus Dei. Certains commencent leurs cours par une prière collective. Et, en cours de philosophie par exemple, on apprend que l'existence de Dieu ne fait aucun doute ou encore que "Dieu est amour". Etrange pour des cours de philo..." Rocio s'en fiche, ne pense qu'à la valeur de son diplôme, ceux de Francisco de Vitoria ont la cote. Elle ne sait pas trop si elle "croit", mais, en tout cas, ne pratique plus depuis longtemps: "Je ne connais même pas les dix commandements. Certains profs font du prosélytisme, organisent parfois des séminaires à l'extérieur pendant les vacances, mais ils n'insistent pas avec les étudiants qu'ils sentent peu motivés."

 

Cours de religion obligatoires

 

L'Espagne d'aujourd'hui ressemble à Rocio : de moins en moins croyante, de moins en moins pratiquante. Pourtant, dans un pays au passé chargé en la matière, l'Eglise garde une influence importante, voire croissante dans l'éducation : l'université Francisco de Vitoria a pris son autonomie en 2002, avant elle n'était qu'un simple centre universitaire annexe à la Complutense. Plus qu'un retour de la foi, ce "retour au religieux" vient d'en haut. La hiérarchie catholique et les mouvements comme l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ ont l'oreille de José María Aznar, le président du gouvernement sortant, dont le parti est à nouveau favori aux élections de dimanche prochain. La marque la plus criante, et la plus contestée, en est la nouvelle loi sur l'éducation, votée récemment par les conservateurs. Elle rend obligatoire l'enseignement religieux -­ ou des religions, selon l'option choisie -­ du CP jusqu'en première. Preuve que l'influence du lobby catholique progresse. "Comme dans les autres pays européens, la sécularisation avance à grands pas en Espagne, mais, pendant les huit ans de gouvernement Aznar, l'Eglise a fortement tenté de récupérer le terrain perdu", explique José Martinez de Velasco, spécialiste des affaires religieuses à l'agence de presse EFE et auteur des Légionnaires du Christ, la nouvelle armée du pape.

 

L'influence de ces "légionnaires" serait à la mesure de leur goût du secret. La direction de l'université Francisco de Vitoria par exemple ne "communique pas" sur le sujet. Selon José Martinez de Velasco, au moins deux ministres importants du gouvernement sortant seraient très proches de cette congrégation ultraconservatrice fondée au Mexique en 1941 par le prêtre Marcial Maciel, qu'il continue aujourd'hui à diriger depuis Rome, où il a les faveurs de Jean-Paul II. Le pape y voit un instrument de son projet de "nouvelle évangélisation". La Légion du Christ et son bras séculier, Regnum Christi, sont très puissants au Mexique, évidemment, avec notamment l'université Anáhuac de Mexico, la plus prestigieuse du pays ; dans les autres pays d'Amérique latine, terre de "reconquista" religieuse pour Jean Paul II ; et aussi, plus récemment en Europe, particulièrement en Espagne. "L'Espagne est à Dieu, l'Espagne est pour le Christ, ne laissez pas l'ennemi voler cette belle Espagne que Dieu a prise avec lui", s'exclamait Marcial Maciel en 2001 lors d'un congrès des familles de Regnum Christi à Francisco de Vitoria. "L'ennemi", ce sont "les athées, les maçons", en général tous ceux qui "veulent détruire la famille, corrompre la femme, corrompre l'enfance".

 

En Espagne, les Légionnaires et les membres de Regnum Christi seraient plus de 40.000. "Les Légionnaires du Christ, comme d'autres congrégations semblables, véritables "Eglises parallèles", tels Communion et Libération ou le Chemin néocatéchuménal, ne mesurent pas leur pouvoir par le nombre d'adeptes, estime José Martinez de Velasco. Ils cherchent surtout de l'influence dans le monde politique, celui de l'entreprise, notamment pour leurs financements, ou celui de l'éducation. L'éducation, parce qu'ils veulent former les leaders de demain." Comme d'autres, les Légionnaires du Christ étendent peu à peu leur influence dans les écoles et collèges privés ou les universités. Un tiers des établissements scolaires espagnols sont privés, la quasi-totalité catholiques. Des centres financés en partie par l'Etat, qui paie notamment les salaires des professeurs. Les traces de l'Histoire sont encore là, des années après la fin de la dictature franquiste et son idéologie nationale-catholique. "La religion a toujours été un sujet de confrontation, parfois violente, comme sous la guerre civile, explique Miguel Recio, de la fédération de l'enseignement du syndicat Comisiones Obreras. Avec le retour de la démocratie, ce fut l'objet d'intenses négociations lors de l'élaboration de la Constitution, avec un résultat que beaucoup estiment insatisfaisant."

 

Accords avec le Saint-Siège

 

L'Etat espagnol est non confessionnel mais la Constitution cite tout de même l'Eglise d'une façon ambiguë : "Les pouvoirs publics maintiendront des relations de coopération avec l'Eglise catholique... et les autres confessions." Deux mois après l'adoption de la Constitution, le pouvoir politique de l'époque annonce la signature d'accords avec le Saint-Siège. "Un concordat qui ne veut pas dire son nom, puisque ces accords donnent une situation privilégiée à l'Eglise catholique", estime le théologien critique Juan José Tamayo. Les accords donnent une valeur civile au mariage catholique, exemptent l'Eglise d'impôt et lui donnent toute latitude pour nommer les professeurs de religion et élaborer le contenu des livres de classe en la matière. Vingt-cinq ans après, José María Aznar a rouvert la polémique sur l'éducation religieuse à l'école. Jusqu'à présent, deux tiers des élèves du primaire et du secondaire suivaient des cours optionnels de religion catholique, même dans le public, où les professeurs sont nommés par l'évêché mais payés par l'Etat ; les autres allaient en étude ou suivaient des cours de soutien. Comme plein d'autres, Rocio avait suivi jusque dans le secondaire les cours de religion catholique, "parce que mes parents me le demandaient et parce que ça donne des points faciles en plus".

 

A la rentrée 2004, l'alternative à la religion confessionnelle sera un cours obligatoire des religions. Et, quelle que soit l'option choisie, la note entrera dans la moyenne, dont dépend le passage en classe supérieure. "La société espagnole n'est pas une société laïque mais catholique", lance José Manuel Contreras, le président de la Concapa (Confédération catholique des parents d'élèves), un des puissants groupes de pression qui ont milité pour la nouvelle loi. «Si je suis catholique, je le suis dans tous les aspects de ma vie, quand je dors, quand je mange... et quand je vais à l'école." Le clan opposé s'est mobilisé au sein d'une Plate-Forme pour une société laïque, qui multiplie actuellement les meetings, les manifestations, les réunions de quartier, les recours en justice jusqu'au Tribunal suprême. "Cette loi, c'est un retour à l'héritage noir de l'Espagne, estime Miriam Municio, du Syndicat des étudiants. L'Eglise perd de plus en plus de terrain dans la société, alors elle tente de rentrer par la petite porte." Dans leur immense majorité, les Espagnols se font toujours baptiser et continuent à se marier à l'église, souvent par tradition ou par goût des grandes réunions familiales. Mais seuls la moitié d'entre eux se déclarent "catholiques pratiquants". Et plus de 45 % avouent n'aller "presque jamais" à la messe -­ seuls 1,6 % pratiquent une autre religion.

 

Une bataille perdue

 

Depuis la libéralisation de l'avortement, au début des années 80, jusqu'à, plus récemment, les "Pacs" légalisés par la plupart des grandes Communautés autonomes (régions), les préceptes de la hiérarchie catholiques ne cessent de reculer. Certaines régions débattent même aujourd'hui très sérieusement d'autoriser l'adoption par les homosexuels. "A terme, estime José Martinez de Velasco, la bataille de l'Eglise espagnole est perdue, ici comme dans les autres pays européens : ou elle s'adapte aux réalités sociales, ou ses fidèles ne seront plus qu'un petit groupe de fanatiques." La réforme de la loi sur l'éducation n'est peut-être qu'un de ses derniers soubresauts, elle prouve néanmoins la puissance de ses relais.

 

 
Frontière