|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Des murs
contre la paix
par HENRI
MADELIN, publié dans
Ouest-France le 9
janvier 2004
L'auteur est rédacteur
en chef de la revue
Etudes
Trop
souvent c'est la
peur, cette
mauvaise conseillère,
qui guide les
relations entre
les hommes, au
risque d'annihiler
le travail
d'innombrables bâtisseurs
de paix disséminés
sur toute la planète.
Affrontées à des
oppositions irréductibles,
les nations du XXe
siècle ont
cru trouver des
solutions en bâtissant
des murs de béton
ou en entretenant
des haines dans le
coeur et la tête
de leurs
ressortissants :
procédures
d'exil, mesures
d'exclusion pour
les Tziganes, clôtures
des ghettos,
monuments de nos
hontes et de nos
douleurs ;
murs édifiés
dans les sables du
Sahara, murs
abattus que l'on
voudrait oublier
mais qui se
reconstruisent
plus loin, renforçant
de nouvelles
frontières ;
mais aussi mur des
Lamentations où
l'on vient prier
et se recueillir
dans un
environnement menaçant ;
mur de la démocratie
à Pékin, où s'écrit
l'utopie de l'égalité ;
murs intérieurs
et invisibles
enfin, ces
"murs de la
haine" dont
parle Saint Paul
et que chacun doit
abattre au plus
secret de lui-même.
En ce début du
XXIe siècle,
un nouveau mur est
en construction en
Palestine. Le
lourd rideau qui
entend séparer
deux peuples est
tendu sur près de
cent trente kilomètres,
entre Salem, à
l'extrême pointe
de la Cisjordanie
jusqu'au sud de
Kalkilya, non loin
de la route qui mène
à Tel-Aviv.
Le
mur de Berlin,
lui, est tombé.
Mais il n'a pas
complètement
disparu des têtes
des Allemands de
l'Est, pleines
encore de vieux
ressentiments à
l'égard de leurs
compatriotes de
l'Ouest. L'écrivain
Peter Schneider
raconte que les
premières
victimes de la
chute du mur de
Berlin furent les
cinq mille chiens
renifleurs des
gardes-frontières.
Désormais sans
emploi et sans maîtres,
ils ont été
"privatisés".
Ils sont devenus
doux avec leurs
nouveaux propriétaires
mais si on les
conduit près de
l'ancien Mur, ils
se montrent
agressifs et
retrouvent leurs réflexes
d'antan. Le mur de
Berlin avait été
bâti pour
enfermer et nier
l'existence de
l'autre.
L'encerclement idéologique
qu'il supposait a
laissé des traces
qui tardent à
s'effacer. Après
1989, la frontière
psychologique est
partie plus à
l'est vers les
points de passage
le long de la
frontière
germano-polonaise.
Après ce mois de
mai 2004 qui verra
la Pologne entrer
dans le club des
riches de
l'Europe, la peur
se déplacera
encore quelque
mille kilomètres
plus à l'est.
L'Europe
respectable
tentera de protéger
ses frontières
des intrus, grâce
à de nouveaux
murs invisibles
mais non
imaginaires. Détruire
les murs extérieurs
et intérieurs,
c'est donc bien
devenir un artisan
de paix au sein de
l'humanité.
La
revue Etudes a
publié en janvier
une série de
courts articles
autour du thème
"Au pied des
murs" ;
14, rue d'Assas,
75006 Paris
haut
Têtes
d’affiche
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le Jour
le 20 mars 2004
A défaut
d’une de ces têtes
nucléaires,
chimiques ou bactériologiques
demeurées désespérément
introuvables dans
l’arsenal
irakien qu’évoquait
avec tant de
sainte horreur
George W. Bush,
celle enturbannée
d’Ayman
al-Zawahiri ferait
sans doute un
trophée très
convenable dans le
Bureau ovale de la
Maison-Blanche,
maintenant que le
bien-fondé de
l’équipée
irakienne est
devenu un des thèmes
majeurs du débat
électoral aux
Etats-Unis. Le président
américain peut même
espérer sortir un
jour de son
chapeau texan le
mythique Ben Laden
qui, à en croire
certains experts
d’Asie, serait
pratiquement déjà
en cavale surveillée
: sa capture
n’attendant plus
que le bon moment,
celui où elle
viendrait booster
les sondages. Si
toutefois la vaste
opération
militaire
actuellement menée
par l’armée
pakistanaise dans
la zone tribale du
Waziristan devait
porter ses fruits,
il ne s’agirait
pas moins là
d’un développement
majeur dans cette
Troisième Guerre
mondiale à peine
larvée, opposant
au terrorisme le
monde dit civilisé.
Al-Zawahiri passe
pour être en
effet le véritable
cerveau de
l’organisation
el-Qaëda, le
planificateur qui
élabore la stratégie
et la tactique,
qui conçoit les
plus monstrueux
attentats et les
soumet à
l’approbation du
chef
charismatique.
L’élimination
de l’un ou
l’autre de ces
hommes aurait
incontestablement
un puissant impact
; mais en l’état
des choses, il
serait plus
d’ordre
psychologique, hélas,
que pratique.
Par définition,
en effet,
l’hydre
terroriste n’est
pas en pénurie de
têtes ; il serait
illusoire de la décapiter
car les cerveaux
malades sont légion
; et s'il est vrai
que deux bons
tiers des pères
fondateurs d’el-Qaëda
ont été
neutralisés
durant les trois
dernières années,
une nouvelle génération
a
imperturbablement
amorcé la relève
; des noms qui ne
vous disaient rien
hier se hissent
maintenant en tête
d’affiche, tel
celui du Jordanien
Zarqaoui qui
exercerait avec
acharnement ses
sinistres talents
sur l’infortuné
Irak. Rien
n’aura été
fait, en vérité,
tant que tous les
réseaux et sous-réseaux
de la nébuleuse
terroriste
n’auront pas été
démantelés par
les polices. Ou
qu’ils ne seront
pas morts
d’inanition avec
l’instauration
d’un système de
contrôle
universel
interdisant
absolument
l’acheminement
de fonds aux
groupes hors la
loi, sous couvert
de donations
faites souvent de
bonne foi à des
associations
caritatives.
Quelque gros que
puissent être les
poissons pris dans
la nasse, la
guerre ne serait
pas terminée pour
autant : une fois
n’est pas
coutume, les
responsables américains
ont la sagesse de
le reconnaître en
chœur. Mais ni
Condoleezza Rice,
ni les
responsables du département
d’Etat, ni les
galonnés du
Pentagone ne sont
près d’admettre
que cette guerre
ne peut être gagnée
par la seule force
militaire, surtout
quand elle est égoïstement
maniée par
l’unique
superpuissance
mondiale. Que la
victoire commande
la mise en place
d’un réseau
d’alliances sincères
et donc fiables,
encore plus étendu
que celui tissé
aux quatre coins
du globe par
l’ennemi
terroriste. Et que
c’est précisément
sur ce terrain que
l’Administration
Bush, depuis la
guerre d’Irak, a
fait preuve
d’une maladresse
incommensurable,
pour ne pas dire
d’une incroyable
stupidité.
Car non seulement
les Etats-Unis ont
dédaigneusement
ignoré l’Onu et
l’Europe alors même
qu’ils en
avaient le plus
grand besoin, mais
leur approche tantôt
paternaliste et
tantôt agressive
du monde
arabo-musulman a
suscité de
regrettables
flottements là-même
où tout devait
commencer, là où
tout doit finir.
Car on ne le
soulignera jamais
assez, ou bien le "terrorisme
islamiste"
est là pour les décennies
à venir. Ou bien
il sera enfin
extirpé dans un
avenir prévisible
parce que
l’islam l’aura
lui aussi voulu :
parce qu’il sera
profondément
convaincu du tort
et des périls énormes
que représente ce
fléau pour lui-même
autant que pour le
reste de
l’humanité,
parce qu’il se
sera
volontairement et
pleinement associé
à l’entreprise
mondiale d’éradication.
Il y a bien sûr
moyen de stimuler
les volontés
vacillantes, et
Washington ne
s’en prive
certes pas.
D’amener les
alliés ambigus à
prendre des
risques, et
c’est bien le
cas du président
Moucharraf, à
peine rescapé
d’un attentat et
qui, en lançant
l’assaut final
contre le numéro
deux d’el-Qaëda,
s’attire la
haine
inextinguible des
puissantes
associations
pakistanaises de même
qu’il indispose
sans doute plus
d’un de ses généraux.
Mais aussi
intenses
qu’elles
puissent être,
les pressions
peuvent s’avérer
inopérantes quand
elles ne se
doublent pas de
promesses -
crédibles -
de lendemains
meilleurs.
L’Amérique ne
peut se poser en
missionnaire de la
justice et de la démocratie
dans les Etats du
Moyen-Orient quand
elle n’œuvre
pas, dans le même
temps, à
instaurer la
justice entre
Etats. Elle ne
peut convaincre
les peuples des
bienfaits du
changement quand
elle absout et réhabilite
ce grand démocrate
de Kadhafi pour la
seule raison
qu’il a fait
soumission à l’Oncle
Sam. Elle ne peut,
après une
interminable léthargie,
convaincre de sa
soudaine et
profonde
sollicitude pour
notre pauvre Liban
quand elle n’a
vraisemblablement
d’autre souci,
une fois de plus,
que de faire
monter la pression
sur le régime
syrien. Elle ne
peut enfin espérer
une adhésion sans
faille des Arabes
et des musulmans
quand elle traite
avec tant de désinvolture
d’une de leurs
causes majeures,
la Palestine,
cyniquement livrée
aux noirs desseins
de Sharon. Wanted
pour étoffer le
tableau de chasse
? En ces temps
d’inquiétude
planétaire,
c’est plutôt de
têtes pensantes
que l’on a le
plus grand, le
plus urgent
besoin.
haut
Les
lois de la démographie
au Proche-Orient
Après les
manifestations de
mouvements de colons
à Tel-Aviv
par SERGIO
DELLAPERGOLA* et
MICHEL-LOUIS LEVY**,
publié dans le
Figaro le 13 janvier
2004
* Professeur à
l'université hébraïque
de Jérusalem. Né
en Italie, vit en
Israël depuis 1966,
spécialiste de démographie
des populations
juives
** Statisticien et démographe,
auteur et coauteur
des Tableaux de
l'économie française
(Insee, annuel)
(Le présent texte,
dont l'essentiel des
statistiques
provient de Demography
in Israël-Palestine,
reprend de
larges extraits de
l'article paru dans
la dernière
livraison de la
revue Commentaire
(n° 104, hiver
2003-2004))
Pendant la courte
période d'espoir
qui suivit les
accords d'Oslo,
les bâtisseurs de
la paix mesurèrent
non seulement
l'immense
difficulté de
leur entreprise,
mais aussi les
atouts dont ils
disposaient, par
exemple de bonnes
statistiques démographiques,
plus complètes évidemment
pour les Israéliens,
mais convenables
pour les
Palestiniens, grâce
à l'UNRWA, à
l'OLP et à
l'Autorité
palestinienne
(...). L'accroissement
naturel relatif
des populations
palestinienne et
israélienne a
toujours constitué
une préoccupation
importante et un
sujet inépuisable
de débats pour
les Israéliens,
de toute façon
plongés dans un
environnement
exclusivement
arabe et soucieux
que l'Etat juif au
moins soit à
majorité juive.
La rapidité de
cet accroissement
naturel est liée
à la combinaison
unique au monde de
trois facteurs :
– importance des
traditions
religieuses et des
affirmations
identitaires,
croissance économique
et santé publique
moderne. Et il
faut bien parler
aussi d'une sorte
de compétition démographique
;
– la fécondité
de la population
musulmane d'Israël-Palestine
a été supérieure
à 10 enfants par
femme jusqu'aux
années 60. Elle a
diminué
progressivement
jusqu'au milieu
des années 80, et
est restée stable
tout au long des
quinze années
suivantes. Elle
est encore de 5,5
enfants par femme
à la fin des années
90. Ce processus
de baisse de la fécondité
est commun à la
majorité des pays
musulmans, y
compris l'Iran
islamiste, mais la
Palestine garde,
selon l'expression
d'Emmanuel Todd,
une "fécondité
de combat" nettement
supérieure à la
moyenne des
populations de développement
comparable.
De son côté,
l'indice de fécondité
des Juifs israéliens
était supérieur
à 4 enfants par
femme en 1951 et
s'est abaissé au
milieu des années
90 à 2,6, mais
reste nettement
supérieur à
celui de tout
autre pays développé.
Tant chez les
Juifs que chez les
Arabes existe une
variabilité
considérable de fécondité
entre les
sous-groupes. Chez
les Juifs sécularisés
d'Israël et chez
les Arabes chrétiens,
la fécondité est
voisine de deux
enfants par femme,
au-dessus des
normes
occidentales. Mais
chez les Juifs
ultra-orthodoxes,
tout comme à
Gaza, elle dépasse
sept enfants par
femme (Voir
Youssef Courbage,
"Israël et
Palestine :
combien d'hommes
demain ?", Population
et sociétés, Ined,
n° 362, novembre
2000). (...) L'Etat
d'Israël couvre
21.671 km2
de territoire
(plus 474 km2
de lacs), y
compris 1.154 km2
des hauteurs du
Golan syrien, et
environ 73 km2
des environs de Jérusalem
qu'il a incorporés
en juillet 1967.
Les Territoires
palestiniens
incluent la
Cisjordanie, 5.506
km2, et
la bande de Gaza,
378 km2,
soit au total
5.884 km2. A
la fin de 2000, la
population totale
de l'ensemble Israël-Palestine
est estimée à
9,3 millions
d'habitants,
environ 5 millions
de Juifs (53%), près
de 3,9 millions de
musulmans (42%),
et seulement
200.000 chrétiens
(2%). Sur ce
total, la
population totale
d'Israël -
comprenant les résidents
juifs des
Territoires
palestiniens -
s'élève à
environ 6.350.000
habitants, dont
4.970.000 Juifs,
200.000 non-Juifs,
et 1.178.000
Arabes, la plupart
musulmans mais également
chrétiens et
druzes. Les
Territoires
palestiniens ont 3
millions
d'habitants,
1.845.000 en
Cisjordanie et
1.128.000 dans la
bande de Gaza.
(...) Les
projections présentées
sont faites sous
une hypothèse de
migrations nulles,
tant entre
l'ensemble Israël-Palestine
et l'extérieur
qu'entre les différentes
zones d'Israël-Palestine,
et sous une hypothèse
d'évolution
favorable de la
mortalité : l'espérance
de vie des
populations juive
et arabe continue
de s'accroître,
conformément aux
tendances récentes,
d'environ un an
toutes les cinq
années civiles.
Seule la fécondité
fait l'objet
d'hypothèses variées
: dans l'hypothèse
"médiane",
la fécondité des
Juifs reste au
niveau de 2,6
enfants par femme
constatée en
2000, celle des
Arabes part à
cette date des
niveaux de 4 en
Israël, 5,4 en
Cisjordanie et 7,4
à Gaza, pour
converger en 2050
vers celui des
Juifs, 2,6 enfants
par femme. Dans
l'hypothèse
"haute",
la fécondité des
Palestiniens reste
aux niveaux élevés
constatés en 2000
dans les trois
zones ; dans
l'hypothèse
"basse",
elle s'abaisse
instantanément à
2,6 enfants par
femme. Selon la
projection médiane
(les projections
moyennes du Bureau
central de
statistique
palestinien (1999)
recoupent
convenablement ces
résultats ; elles
tombent entre les
scénarios "médian"
et
"haut".
Voir le site www.pcbs.org
), la population
de la région (9,3
millions
d'habitants, dont
6,3 en Israël et
3 millions dans
les Territoires
palestiniens)
atteindrait en
2020 les 14,4
millions
d'habitants, avec
une fourchette
basse-haute allant
de 12,1 à 15,6
millions : 8,7 en
Israël (8,2-9) et
5,7 millions dans
les Territoires
palestiniens
(4-6,6) ; ou
encore 6,7
millions de Juifs
(6,3-6,9) et 7,7
millions d'Arabes
(5,8-8,7). En
2050, ces chiffres
passeraient à un
total de 23,5
millions, la
fourchette s'élargissant
à 15,4-36,5
millions : 11,9 en
Israël (9,4-14,8)
et 11,6 millions
dans les
Territoires
palestiniens
(6-21,7) ; ou
encore 8,8
millions de Juifs
(7,3-10,4) et 14,7
millions d'Arabes
(8,1- 26,1).
Certains de ces
chiffres défient
l'imagination,
particulièrement
ceux des scénarios
de 2050.
Il peut paraître
aussi peu
vraisemblable de
voir la fécondité
arabe se maintenir
indéfiniment aux
niveaux actuels
que de la voir
s'abaisser
instantanément à
des niveaux
proches de la fécondité
juive. Le scénario
"médian"
paraît plus
vraisemblable.
Dans ce scénario,
la densité de
Gaza, déjà
voisine de 3.000
hab/km2
en 2000,
atteindrait 6.200
hab/km2
en 2020, pour ne
pas parler d'une
densité de 13.600
hab/km2
en 2050, qui
s'approcherait de
la densité
actuelle de Paris,
voisine de 20.000
hab/km2.
Quant à l'équilibre
Juifs/Arabes, il
est clair qu'il
n'y a que dans le
cadre territorial
du seul Etat
d'Israël que la
majorité juive
est fermement établie,
au moins jusqu'au
milieu du XXIe
siècle. La
minorité arabe
israélienne
pourrait alors
atteindre les 30%,
ce qui se compare
avec la minorité
turque à Chypre
ou albanaise en
Macédoine. En
revanche, pour
l'ensemble Israël
et Territoires
palestiniens où
la majorité juive
se limite en 2000
à 53 ou 55%,
selon la définition
de la population
juive, cette
courte majorité
pourrait basculer
vers 2010. Et en
2050, la part des
Juifs serait
revenue à 35-37%,
comme au début
des années 40,
pendant le mandat
britannique.
Ce sont évidemment
les migrations qui
pourraient changer
la donne. (...) Il
faudra bien un
jour admettre
qu'il puisse y
avoir des
habitants juifs en
Cisjordanie et à
Gaza, de
nationalité israélienne,
palestinienne ou
autre, comme il y
a des habitants
arabes en Israël.
Une fois qu'aurait
été négocié
l'arrêt du
terrorisme contre
le retrait des
Territoires
palestiniens de
l'armée israélienne,
qu'aurait été
permise une
certaine osmose
des populations,
en particulier à
Jérusalem,
qu'aurait été
proclamé un Etat
palestinien
faisant régner la
loi et l'ordre,
une structure économique
nouvelle, financée
par les Etats-Unis,
l'Union européenne
et les pays arabes
et musulmans
producteurs de pétrole,
pourrait succéder
à l'UNRWA et être
chargée :
– de proposer
aux réfugiés
palestiniens un
choix raisonnable
entre le
"retour"
en Palestine, de
préférence à
Israël, l'intégration
dans leur pays
d'accueil ou un
nouveau départ
dans les pays où
vit déjà une
diaspora
palestinienne ;
– de donner les
moyens de son développement
durable à la
Palestine, avec
l'aide d'Israël,
et de traiter les
questions d'intérêt
commun aux deux
peuples comme
l'approvisionnement
en eau potable,
les réseaux de
transports et de
communications, l'équipement
urbain, la
protection de
l'environnement...
Si la paix règne,
les questions des
frontières et de
Jérusalem perdent
de leur acuité. A
l'équilibre entre
deux Etats, israélien
et palestinien,
garantissant la sécurité
et les droits de
tous leurs
habitants, y
compris les
minorités arabe
en Israël et
juive en
Palestine, doivent
donc répondre :
– d'une part un
équilibre des
pays arabes et
musulmans,
incluant la
Palestine,
consacrant leurs
ressources et leur
ardeur à leur
propre développement,
(...) et luttant
contre les menées
islamistes
internes et
externes ;
– d'autre part
un équilibre
entre un Etat
d'Israël, ayant
vocation à servir
de refuge aux éventuelles
victimes de
nouvelles crises
antisémites, et
une diaspora apaisée,
travaillant à la
prospérité des
pays, y compris
les proches
voisins d'Israël,
qu'elle a toujours
enrichie de ses
capacités.
haut
par GABY NASR,
publié dans
l'Orient-le Jour le
19 mars 2004
Message reçu cinq
sur cinq.
Maintenant que les
Espagnols se sont
couchés devant
l’oukase
meurtrier, Oussama
Ben Laden, dont
visiblement les SR
occidentaux
n’ont pas
suffisamment lu
les œuvres complètes,
pourra s’occuper
tranquillement des
derniers angelots
européens, qui
pensent benoîtement
que le terrorisme
ne frappera que
les pays englués
dans le purin
irakien. Mais
dans la stratégie
du coup de pied au
cul, il faut
toujours
s’interroger sur
la responsabilité
des fesses. Un
train qui saute,
et c’est José
Maria Aznar qui déraille.
Au lieu de se la
jouer franco (sans
mauvais jeu de
mots), ce qui lui
aurait permis de
justifier a
posteriori sa
danse du ventre
devant George
Dobelyou dans la
croisade contre
les méchants, le
petit Grand d’Espagne
a courageusement
préféré se
rabattre sur les
cinglés-maison de
l’ETA. Résultat
des courses : dans
une Europe qui a
viré sa cuti
depuis une bonne
dizaine d’années,
les Espagnols
reviennent se
coltiner le
Jurassic Park du
socialisme.
Quant à Oussama
Ben New York et sa
cour d’ermites
disjonctés, ils
doivent bien se
dire qu’à tout
prendre,
l’attentat de
Madrid était pour
eux tout bénéf :
pour une fois,
el-Qaëda n’a
pas puisé dans
son stock de
kamikazes prépubères,
réalisant par la
même occasion une
économie de 70
vierges
paradisiaques, que
la nébuleuse du
milliardaire barbu
aura tout le
loisir d’amortir
avec d’autres
Pinocchio
guerriers. Bien
huilée, la
tactique pourra
servir ailleurs.
Faut dire que
l’agité du
turban saoudien a
du pain sur la
planche :
islamiser Jacques
Chirac et imposer
le chiffon aux
Françaises qui
affolent sa
libido, faire défiler
les Allemands au
pas de l’oie sur
fond de chants
gutturaux en arabe
et tailler une
circoncision bien
ciselée à Silvio
Berlusconi, ce qui
lui ferait une
deuxième tête de
nœud. En
attendant, la
parano el-Qaëda
fait danser toutes
les polices d’Europe,
où même les
scouts éviteront
désormais de
chanter "Youcaïdi,
youcaëda".
haut
Un couple infernal,
200 ans de
francophobie et
d'antiaméricanisme,
d'Eric Dior (éd.
Perrin)
par MICHEL
ANFROL, publié dans
le Figaro Littéraire
le 29 janvier 2004
L'auteur est
journaliste, président
de l'amicale de
l'Institut Charles
de Gaulle
La
seconde guerre du
Golfe et le dialogue
un peu vif qui, à
cette occasion,
s'est instauré
entre Paris et
Washington, a été
l'occasion pour de
nombreux historiens
et journalistes de
rechercher des
traces dans
l'histoire de la
France et des
Etats-Unis de
diatribes, mises en
garde et
condamnations sans
appel, semblables à
celles que Jacques
Chirac ou Dominique
de Villepin, d'un côté,
George Bush, Colin
Powell, Donald
Rumsfeld,
Condoleezza Rice, de
l'autre, avaient pu
proférer sans
broncher ni
sourciller, depuis
l'automne 2002. Eric
Dior, dans son
histoire d'Un
couple infernal, 200
ans de francophobie
et d'antiaméricanisme,
a le mérite de
rappeler tout ce
qui, depuis la
guerre d'Indépendance,
a pu ternir l'image
de ce grand amour
contrarié. Mais
a-t-il seulement
existé ? Les Français
qui, depuis des décennies,
rêvent de blue
jeans et de
Hollywood, bavent à
l'odeur d'un
hamburger bien
graisseux, sont
persuadés que les
Américains les
aiment... Rien n'est
plus faux. Encore
que, lorsque la
France filait doux,
se contentait de
n'exporter que des
parfums ou de l'art
culinaire, et
faisait appel à
Washington pour
boucler ses fins de
mois, le
gouvernement américain,
apitoyé et
souriant,
manifestait quelque
estime envers ces
pauvres Français,
tombés de très
haut mais tellement
attendrissants dans
leurs tentatives de
reconversion
transatlantique.
La
presse américaine
versait une larme
sur l'image
souffreteuse du Français,
"l'homme
malade de l'Europe
qui confondait
Lourdes et
Washington pour atténuer
ses
souffrances". Depuis
plus d'un demi-siècle,
les Américains ne
veulent pas démordre
de l'idée qu'ils
ont du Français
moyen : américanophobe
acharné, ingrat, lâche
et capable de toutes
les turpitudes.
Quand on manifeste,
à Paris, contre la
politique de Bush
(ou hier de
Johnson), c'est
toute la nation américaine
qui se sent insultée
et vilipendée par
les mangeurs de
grenouilles. Eric
Dior remonte jusqu'à
la guerre d'Indépendance
pour y trouver les
prémices du désamour.
Les Français les
plus illustres du siècle
des Lumières considèrent
que les fils d'Européens
nés
outre-Atlantique
sont des dégénérés,
qu'une terre stérile
ne pourra jamais améliorer.
Les compagnons de
George Washington,
eux, rigoureux
protestants
anglo-saxons, se méfient
des volontaires français,
catholiques débauchés
et papistes. La Révolution
française, Napoléon,
(Le Grand d'abord,
le Petit ensuite),
n'arrangeront en
rien les relations
entre les deux pays.
Les arguments ont
peu changé d'un siècle
à l'autre, sauf
peut-être que
certaines théories,
hier américaines,
sont aujourd'hui
françaises et vice
versa.
Le
portrait d'Un
couple infernal se
devait de mettre en
scène, soixante ans
avant Jacques
Chirac, un certain
Charles de Gaulle,
le Français le plus
haï de New York à
Los Angeles. Pendant
que la France, occupée
puis libérée,
s'adonne aux délices
de l'américanisation,
Roosevelt puis
Truman multiplient
les vexations envers
le chef des Français
libres, ce fou qui
se prend pour Jeanne
d'Arc, et qui n'est
qu'un apprenti
dictateur. Citations
et documents nous
replongent dans cet
univers impitoyable
que les Etats-Unis
voulaient
transformer en AMGOT
(Gouvernement
militaire allié des
territoires occupés).
Résister aux Américains
fut pour de Gaulle
certainement plus
difficile ou pénible
que combattre les
Allemands. Certains,
des deux côtés de
l'océan, ne le lui
ont toujours pas
pardonné. Quant à
la brouille des années
60, c'est Henry
Kissinger qui, dans
ses Mémoires,
reconnaîtra le
bien-fondé des idées
du général de
Gaulle. Mettant
constamment en
parallèle les théories
et les leçons à
tirer des événements
anciens et des plus
contemporains, Eric
Dior nous retrace
deux siècles que
tout amateur
d'histoire aura intérêt
à mieux connaître
pour s'exprimer à
bon escient.
A
lire aussi : Nos
amis les Français :
Guide pratique à
l'usage des GI's en
France, 1944-1945, Le
Cherche Midi ; L'Amérique
contre de Gaulle :
Histoire secrète,
1961-1969 de
Vincent Jauvert,
Seuil ; L'Ennemi
américain : Généalogie
de l'antiaméricanisme
français de
Philippe Roger,
Seuil ; Dieu
maudira-t-il l'Amérique
? d'Alain
Faure-Dufourmantelle,
préface du général
Gallois, L'Oeil/François-Xavier
de Guibert.
haut
L’hymne
d’amour de Spencer
Abraham à son pays
d’origine
Le ministre américain
de l’Énergie est
petit-fils d’émigrés
libanais
paru dans
l'Orient-le Jour le
19 mars 2004
L’un
des piliers de l’Administration
américaine, Spencer
Abraham, ministre de
l’Energie, a reçu,
il y a quelques
jours, la plus haute
distinction
libanaise lors
d’une réception
donnée par
l’ambassadeur du
Liban Farid Abboud
à Washington.
Devant un parterre
de personnalités
politiques dont
Condoleezza Rice, la
conseillère du président
Bush pour la Sécurité
nationale, M.
Abraham, qui est
d’origine
libanaise, a reçu
la médaille de l’Ordre
du Cèdre. A
cette occasion, il a
prononcé un
discours - véritable
hymne d’amour à
son pays d’origine -
dans lequel il rend
hommage à ses
parents et à ses
grands-parents qui
lui ont montré le
chemin de la réussite,
et à tous les
Arabes américains
qui ont pris part à
l’édification de
la nation américaine.
Nous publions
ci-dessous quelques
extraits de son
message :
"A l’instar
de nombreux
immigrants aux
Etats-Unis, Michael
et Mary Habib Sears,
Charles et Zahia
Abraham sont arrivés
à Ellis Island au
port de New York.
Ils ont fait leurs
premiers pas sur le
sol américain sous
l’œil
bienveillant de la
Statue de la Liberté.
A l’instar de
nombreux immigrants
aux Etats-Unis, ils
se sont lancés dans
la vie avec très
peu de moyens. Mes
grands-parents n’étaient
pas des gens aisés.
Tout ce qu’ils ont
pu emporter avec eux
c’étaient les
valeurs solides de
leur famille et de
leur Eglise, un
amour infini pour
leur pays
d’origine, une
bonne dose
d’optimisme, de détermination
et de courage, et la
volonté de réussir
dans leur nouvelle
terre d’accueil. Leur
histoire est
remarquable. En même
temps, elle est très
ordinaire par
rapport aux annales
des immigrants qui
ont édifié l’Amérique. L’un
de mes
grands-parents avait
travaillé dans les
mines à l’ouest
de la Pennsylvanie,
pour aller
s’installer
ensuite dans le
Michigan. L’autre
était un marchand
ambulant qui
sillonnait les régions
rurales de l’Illinois,
pour vendre aux
fermiers ses
articles. Il avait
économisé
suffisamment
d’argent pour
acheter une épicerie
à Toledo, dans
l’Ohio. Ils
travaillaient dur,
et avec leurs épouses,
ils ont réussi l’éducation
de leurs enfants qui
ne sont autres que
mes parents. Mes
grands-parents leur
ont transmis des
qualités et des
valeurs qui leur ont
servi pour survivre
à leur traversée
de l’Atlantique et
réussir leur vie
dans le Nouveau
Monde.
"Mon
père travaillait à
la chaîne de
montage chez
Oldsmobile à
Lansing, dans le
Michigan. Par la
suite, lui et ma mère
ont ouvert un petit
magasin dans la région.
Tous deux nous ont
appris à mes sœurs
et à moi qu’en
travaillant dur, et
en respectant les règles,
nous pouvions fièrement
contribuer à l’édification
de cette grande
nation, et réussir.
Il nous ont également
transmis, avec
autant de fierté,
notre héritage
libanais. Ils
nous ont immergé
dans notre culture
et tradition
d’origine et nous
ont appris à apprécier
et à aimer la terre
de leurs parents. Ils
insistaient souvent
sur les points
communs que
partageaient nos
deux nations, à
savoir que le Liban,
tout comme les
Etats-Unis, a une
longue histoire de
libéralisme économique
et de valorisation
de l’éducation. J’ai
également grandi
avec l’idée que
le Liban a longtemps
été un modèle de
liberté et de démocratie
au Proche-Orient, de
la même manière
que les Etats-Unis
ont incarné ce même
modèle aux yeux du
reste du monde.
C’est ce qui a
renforcé ma fierté
dans mes origines
libanaises et dans
une patrie pour
laquelle mon estime
n’a cessé de
grandir depuis. Je
n’ai jamais renié
mon héritage
libanais, que ce
soit du temps où
j’étais étudiant
à l’Université
de l’Etat du
Michigan ou à
Harvard, ou plus
tard lorsque j’ai
rejoint l’équipe
de la
Maison-Blanche, ou
encore lorsque
j’ai été élu sénateur,
et enfin lorsque le
président Bush
m’a désigné pour
faire partie de son
Administration.
"Lorsque
je pense à mes
parents ou à mes
grands-parents et à
tous nos ancêtres
libanais, je réalise
à quel point ils
ont été à
l’origine de ce
que je suis devenu
aujourd’hui. Ce
sentiment profond
d’être non pas
seulement américain,
mais libano-américain,
m’a aidé à
chaque étape de ma
carrière. Lorsque
j’étais à la tête
du Parti républicain
dans le Michigan,
j’ai recruté
plusieurs personnes
de ma communauté
pour les impliquer
dans la vie
politique. Et je
peux dire que je
suis fier
aujourd’hui
d’avoir contribué
à intégrer un plus
grand nombre d’Arabes
américains au
gouvernement. Lorsque
je me suis présenté
dans l’Etat du
Michigan, j’ai été
très content de
l’accueil et du
soutien que m’a réservé
la communauté arabo-
américaine à la
fois dans le
Michigan et dans le
reste du pays. Une
fois sénateur, je
voulais rendre la
pareille. En
collaborant avec un
certain nombre de
personnes qui se
trouvent ici ce
soir, dont
l’ambassadeur
Farid Abboud, nous
avons réussi à
accomplir des réalisations
importantes.
Ensemble nous sommes
parvenus à lever
l’interdiction de
voyage vers le
Liban. Ensemble nous
avons également réussi
à consolider
l’intégration des
Américains
d’origine arabe au
sein de la société
américaine.
Ensemble nous avons
œuvré à préserver
le magnifique site
historique de Tyr.
Nous avons également
pris de grandes
initiatives pour
promouvoir l’éducation
au Liban et dans
tout le
Proche-Orient. A
mon sens, nulle part
au monde, l’éducation
américaine ne
pourrait avoir
autant d’impact
qu’au
Moyen-Orient.
"Le
Liban et le
Proche-Orient
doivent avoir une
jeunesse talentueuse
éduquée qui puisse
contribuer au
renforcement des économies
de la région, à
l’amélioration de
la qualité de vie.
Ils doivent également
offrir d’autres
alternatives à tous
ceux qui prêchent
la violence. Au
Sénat, nous avons
mené, d’année en
année, une bataille
pour assurer les
fonds nécessaires
aux écoles et hôpitaux
américains à l’étranger,
ce qui s’est
traduit par le
renouvellement des
investissements
faits à l’AUB et
à la LAU (Lebanese
American University). Le
président Bush,
ainsi que Mme Rice,
M. Powell et le
reste de l’Administration
sont conscients que
le renforcement de
l’éducation à
travers le monde
constitue le
meilleur moyen
d’assurer la prospérité
et la paix à
l’avenir. C’est
la raison pour
laquelle le président
a insisté sur l’éducation
qu’il considère
comme l’un des
quatre piliers de
l’initiative américaine
du partenariat au
Proche-Orient. Le
programme de
partenariat conclu
avec les écoles et
les universités du
Proche-Orient
constitue l’élément-clé
de cette politique. C’est
un excellent
programme dont nous
pouvons être fiers
à juste titre. Je
n’ai aucun doute
qu’il contribuera
à édifier un
nouveau
Proche-Orient pacifié.
"Au
moment où nous espérons
voir prochainement
les jeunes Libanais
s’imposer (aux
Etats-Unis), nous
affichons notre
fierté de voir les
Arabes américains
contribuer, par le
passé comme au présent,
à l’édification
de cette grande
nation. Peu de
choses ont pu
m’apporter, au
cours de ma carrière,
autant de
satisfaction que
celle de voir les
Arabes américains
prendre part à la
grande expérience
américaine comme
par exemple Dina
Powell, Mitch
Daniels, Elias
Zehrouni, le général
John Abi Zeid et Bob
Joseph. Je suis
certain que d’ici
à quelques années,
nous verrons
plusieurs autres
occuper des
positions similaires
et assumer des rôles-clés
au sein de l’Administration
US. Comme je
l’ai déjà
mentionné, j’ai
beaucoup pensé
dernièrement à mes
grands-parents, et
à ce qu’ils
auraient ressenti en
une occasion
pareille. Je
peux simplement
m’imaginer à quel
point ils auraient
été heureux de
voir leur petit-fils
grandir pour servir
au sein de l’équipe
du président des
Etats-Unis… et
recevoir la plus
grande décoration
du président
libanais. En
effet, ce fils de
l’Amérique n’a
jamais été aussi
fier de ses origines
autant que je le
suis ce soir."
haut
L'opposition
relève la tête en
Syrie
Quelque
700 intellectuels
ont signé une pétition
réclamant des réformes
politiques
par JEAN-PIERRE
PERRIN, publié dans
Libération le 5 février
2004
Une pétition
critiquant sévèrement
l' "état
d'urgence"
imposé par le régime
syrien et
demandant sa levée
a été signée
par quelque 700
intellectuels
syriens, un événement
sans précédent
depuis la répression
du "printemps
de Damas" en
février 2002. L'
"état
d'urgence",
en vigueur depuis
1963, est un tabou
absolu en Syrie et
permet au
gouvernement de
s'opposer à toute
réforme et mesure
de libéralisation.
Dans leur
communiqué, les
signataires l'ont
dénoncé
ouvertement,
jugeant qu'il a "conduit
à la paralysie de
la société et à
l'emprisonnement
de milliers de
citoyens pour des
motifs
politiques".
Ils ont aussi
demandé aux
autorités
d'introduire des réformes
politiques, de libérer
les prisonniers
politiques, de
suspendre les
tribunaux
d'exception et de
mettre un terme
aux arrestations
arbitraires. Ils
ont appelé également
à l'instauration
du "droit
à la création de
partis
politiques".
C'est la première
fois qu'une pétition
aussi sévère
pour le régime
syrien recueille
une adhésion
aussi massive des
milieux
intellectuels
syriens.
Impensable à l'époque
d'Hafez el-Assad,
elle témoigne,
selon un spécialiste
de la Syrie, qu'il
y a encore pour
l'opposition au régime
baasiste une "marge
de manoeuvre"
et un "certain
climat" lui
permettant de
revendiquer
davantage de
libertés.
En
octobre, Riad
al-Turk, figure emblématique
de l'opposition,
estimait, depuis
Paris où il vit
depuis sa libération
en novembre 2002,
que Bachar el-Assad "ne
contrôle pas
tout" et
que, "si
l'opposition était
mieux organisée,
elle pourrait faire
des avancées".
Au lendemain de la
mort de son père,
le 12 juin 2000, les
partisans de la société
civile avaient pu
s'exprimer pendant
huit mois, bénéficiant
d'une liberté sans
précédant depuis
plus de trente ans.
Des dizaines de
forums, appelés montada,
où l'on osait réclamer
davantage de démocratie
et la fin du
monopole du Baas sur
la vie politique, étaient
apparus dans tout le
pays. La répression
avait frappé à
partir de février
2001. Les montada
avaient été fermés
l'un après l'autre.
L'été 2001 avait
vu la condamnation
à des peines de dix
ans d'emprisonnement
pour "atteinte
à la
Constitution"
des dix principaux
acteurs du
"printemps",
comme le député
Riad Seif ou le
doyen de la faculté
d'économie de
l'université, Aref
Dalila, dont l'état
de santé est très
préoccupant. Selon
un autre
observateur, les
pressions des
Etats-Unis, qui
exigent notamment
des mesures de démocratisation
du régime, ont
aussi encouragé les
intellectuels
syriens dans leurs
revendications.
Est-ce un signe
d'assouplissement du
régime : un montada
vient de recevoir
l'autorisation de
s'ouvrir à Damas.
haut
Ubu
roi d'Europe, par
Michel Rocard
publié dans le
Monde du 20 janvier
2004
L'auteur est ancien
premier ministre, président
de la commission de
la culture au
Parlement européen
La
saisine de la Cour
de justice de
l'Union européenne
par la Commission
contre le conseil
des ministres pour
non-respect du pacte
de stabilité présente
trois caractéristiques
: elle est stupide,
dangereuse et inévitable.
Cela revient à dire
qu'il y a quelque
chose de détraqué
dans le système de
règles qui a
conduit à cette
situation. Inévitable.
La Commission
n'avait aucun autre
choix procédural ou
politique si elle
tenait à manifester
que dans le
fonctionnement de
l'UE le respect des
règles a quelque
importance. Il n'y a
plus de gestion
possible de l'Union
ni de l'euro si
chacun peut impunément
violer les règles
communes. Cette règle
ne vaut pas que pour
nous, elle concerne
l'application de
toute règle commune
légalement adoptée
par des collectivités
humaines sur la planète.
Et naturellement
elle s'applique
notamment lorsque la
règle est
discutable. S'il
suffisait qu'une règle
soit contestable
pour que chacun
s'autorise à la
rejeter, il n'y
aurait plus de
civilisation. Qu'il
soit permis à un
ancien premier
ministre de la
France qui a eu son
lot de décisions
difficiles à
prendre pour
appliquer des règles
dont il désapprouvait
certaines de dire la
honte qu'il ressent
lorsque ses
successeurs et le
chef de l'Etat
affichent
outrageusement à
plusieurs reprises
leur indifférence,
et même leur
ironie, à l'endroit
des règles qu'ils
violent. La mort du
pacte, de fait, et
bien qu'il soit
mauvais, implique la
disparition de toute
règle formelle dans
la gestion de l'euro.
Cela pourrait bien
être un peu trop
d'un coup.
Cette
plainte est aussi
dangereuse. Si elle
est rejetée, la
Commission sera
ridiculisée et
perdra l'essentiel
de son autorité
pour faire appliquer
toute règle en
Europe. L'UE, au
lieu d'être un
espace régi par le
droit dans des
conditions plutôt
meilleures
qu'ailleurs sur la
planète, risquerait
de redevenir une
foire d'empoigne. Et
si la plainte reçoit
une suite positive,
la seule sanction
possible sera de
lourdes amendes
imposées à la
France et à
l'Allemagne, c'est-à-dire
précisément le
genre de mesure
contracyclique qui
ne peut qu'aggraver
les tendances récessionnistes
à l'œuvre dans ces
deux pays, et qu'ils
ont cherché à
combattre en
maintenant leur déficit
budgétaire. C'est
au point de se
demander s'ils obéiraient,
et, au cas où ils
ne le feraient pas,
si l'exécution des
décisions de
justice est encore
une norme reconnue
en Europe. Beau gâchis.
C'est donc la
stupidité qui
apparaît dominante
dans cette affaire.
Elle est multifaces
et ne concerne pas
que la seule
Commission.
La
première faute fut
de vouloir inclure
des préceptes de régulation
financière dans un
traité
international en les
exprimant par des
critères
quantitatifs
rigides, indépendamment
de toute référence
à la conjoncture et
à d'autres critères
plus économiques
(emploi,
croissance...). Nous
devons cette faute
lourde à une double
arrogance. D'abord
celle des milieux
monétaristes,
banquiers ou
"experts",
insolemment assurés
de ce que
l'inflation et le
solde budgétaire
sont les seuls paramètres
décisifs dans la
gestion de nos économies
contemporaines. Le
drame persistant de
l'emploi dans nos
pays n'est sans
doute pas encore
suffisamment profond
pour les convaincre
qu'ils font fausse
route. Au moins
auraient-ils dû
rester sensibles au
fait que toute
conjoncture est
fluctuante, et que même
dans leurs critères
un excès de rigidité
est une catastrophe.
Ils
ne l'ont pas été
parce qu'ils ont
pactisé avec une
autre arrogance,
politique celle-là
et principalement
allemande à
l'origine, avec des
complicités venant
de France et des
Pays-Bas. Le pacte
de stabilité -
pardon, de stabilité
et de croissance,
merci Lionel Jospin,
même si cette
rectification n'a
pas eu toutes les
conséquences espérées
- est en effet le
produit d'une grande
fierté allemande
sur ce qu'était le
deutschemark il y a
encore cinq ou six
ans, avant que
l'Allemagne n'entre
dans une crise économique
structurelle
profonde qui ne doit
rien à la monnaie,
et d'une grande méfiance
tout aussi allemande
vis-à-vis des pays
à monnaie faible de
l'Europe du Sud. Le
prix de la
scandaleuse boutade
sur les pays de Club
Méd est le pacte de
stabilité. Les pays
d'Europe du Sud n'étaient
pas en position de
discuter, pas plus
que la Belgique, et
la France, appuyée
sur sa stabilité
monétaire péniblement
retrouvée depuis
moins de dix ans, a
joué la fierté au
lieu de tirer les leçons
de son histoire.
Dans la naissance de
cette mauvaise
affaire, le pacte
tel qu'il est, la
Commission n'est
pour rien. Elle va
payer les suites,
mais la faute
initiale n'est pas
sienne.
La
deuxième faute est
très collective et
s'étale dans le
temps. Il n'y a pas
loin de trois ans
maintenant que l'on
sent l'union monétaire
faite, l'euro bien
en place, et la
croissance
insuffisante. Devant
cette conjoncture,
le ralentissement
des rentrées
fiscales s'ajoutait
au besoin de
relancer la
croissance par une
demande interne
soutenue pour poser
le problème du déficit
budgétaire sous un
jour bien nouveau.
La puissance des évolutions
en cours ne laissait
aucun doute sur le
fait qu'on allait
droit dans le mur. Réviser
le pacte pour faire
face à cette
situation était à
la fois une évidence
et une urgence. La
Commission et, tout
spécialement, le très
diplomate
commissaire Pedro
Solbes n'ont pas su,
ou pas osé, en
prendre
l'initiative. Les
chefs de
gouvernement non
plus. Mais, de leur
côté, il y a beau
temps que l'on
savait qu'il n'y a
plus en fonctions en
Europe (sauf peut-être
Guy Verhofstadt, le
Belge, et
Jean-Claude Junker,
le Luxembourgeois)
de chef de
gouvernement pour
qui l'appartenance
à l'Europe et la
volonté de la
renforcer soit le
paramètre central
de sa politique, hélas
!
Troisième
faute : l'Allemagne
s'enferme dans une
rigidité hautaine
et refuse toute ingérence
extérieure -
bruxelloise - dans
sa souveraineté
budgétaire. La
France affiche une
pratique moins
rigide et se dit prête
à négocier des étapes.
Cela aurait pu
suffire, car
personne dans cette
affaire n'est tout
à fait idiot, et la
Commission mesurait
fort bien
l'importance qu'il y
avait à
contrecarrer les
tendances récessives
et à ne pas faire
jouer aux budgets un
rôle négatif
procyclique. Mais,
au lieu que cette
souplesse française
contribue à ouvrir
des négociations
responsables et d'y
inclure ensuite les
Allemands, tout a été
gâché par
l'insouciance
irresponsable des déclarations
des dirigeants français.
On pouvait faire
beaucoup de choses,
mais pas nier
l'existence d'une règle
et, moins encore, le
rôle de la
Commission. Cette
dernière s'est donc
sentie acculée.
Bien
entendu, l'Europe
telle qu'elle est
et, surtout, l'euro
survivront à cet épisode.
Il n'y a pas mort
d'homme en vue.
Reste que le dommage
politique est considérable.
La plainte sera
longue à instruire.
Cela donne du temps.
Il faut sortir de
cette situation par
le haut. Ce n'est
pas aux juges de régler
le problème de
savoir à quels critères
doit répondre la
gestion de la
monnaie unique. La révision
du pacte de stabilité
s'impose de toute façon,
et de manière
urgente. C'est
seulement ainsi que
l'on pourra régler
l'affaire sans perte
de prestige pour la
Commission et les
deux gouvernements
et sans provoquer
une amputation de
croissance grave par
des paiements anti-économiques.
L'essentiel,
toutefois, n'est pas
là. L'essentiel est
la sûreté de soi
et l'arrogance des défenseurs
d'un système de
pensée financière
- le monétarisme -
qui entend ramener
le monde entier au
respect de ses seuls
critères. L'évidence
se fait croissante
que cette théorie
est malthusienne.
Elle limite
l'alimentation
financière de la
croissance, aggrave
le chômage, ampute
les Etats des moyens
de promouvoir l'éducation
de masse et la
recherche au niveau
où nos sociétés
en ont besoin,
pousse à ralentir
l'aide publique au
point de bloquer le
développement de
nombreuses nations.
Il est d'autres
moyens que la raréfaction
de la monnaie pour
combattre
l'inflation.
C'est
là maintenant un
vieux combat. Les
vertus supposées du
monétarisme ont
fait illusion
pendant deux décennies.
Il est aujourd'hui
urgent de se rendre
à l'évidence de sa
malfaisance. Ce
devrait être un
point central du
combat des forces de
gauche, qui
aujourd'hui militent
beaucoup plus contre
ses conséquences
que contre son
principe. Keynes
n'est pas mort, et
l'affrontement des
théorie ou des
"grandes idées"
est essentiel dans
la vie de l'humanité.
L'on est fondé à
espérer que l'épisode
ubuesque actuel
ouvrira les yeux à
beaucoup de nos
contemporains.
haut
Lula
propose de taxer les
ventes d'armes pour
lutter contre la
faim
publié
dans le Monde du 30
janvier 2004
Jacques
Chirac, apôtre
d'une
"mondialisation
de la solidarité",
s'est montré très
favorable à la
proposition de Lula,
estimant qu'une
taxation sur les
ventes d'armes
"ne serait pas
du tout injustifiée".
La France est
pourtant l'un des
principaux marchands
d'armes de la planète.
Taxer les ventes
d'armes pour lutter
contre la faim :
c'est une des
propositions évoquées
jeudi 29 janvier à
Genève par le président
brésilien, Luiz
Inacio Lula da Silva,
avant de rencontrer,
vendredi, les chefs
d'Etat français et
chilien ainsi
que le secrétaire
général de l'ONU,
à Genève, pour réfléchir
aux moyens de
"dynamiser"
la lutte contre la
pauvreté. Ce sommet
fait suite à une idée
lancée par le président
brésilien au G8 à
Evian, en Savoie, en
juin 2003. Issu
d'une famille de
paysans pauvres du
nord-est brésilien,
Luiz Inacio Lula da
Silva avait proposé
de créer un fonds
de lutte contre la
faim, financé par
une taxe sur les
ventes d'armes ou
par un pourcentage
du service de la
dette des pays
pauvres, reversé
par les pays créanciers.
Investi le 1er janvier
2003, Lula a fait de
la lutte contre la
faim la priorité de
ses quatre années
de mandat. Il a lancé
un programme
"Faim zéro"
qui institue un impôt
d'un taux de 0,38 %
sur toutes les
transactions financières.
Environ sept
milliards de dollars
seraient ainsi
collectés par an.
Son constat est que
peu a été fait
pour réaliser les
objectifs du Sommet
du Millénaire de
l'ONU en 2000 et du
Sommet de la Terre
à Johannesburg,
deux ans plus tard.
L'enjeu
est de réduire de
moitié, d'ici à
2015, la part de la
population mondiale
vivant avec moins
d'un euro par jour
(soit 1,2 milliard
d'individus en
2000), souffrant de
la faim (840
millions de
personnes) et privée
d'accès à l'eau
potable (un
milliard). Cet
engagement nécessite
une forte
augmentation de
l'aide au développement
qui atteint 50
milliards de dollars
par an. L'objectif
est de parvenir à
en doubler le
montant au moyen de
mécanismes de
financements privés
permettant de la démultiplier.
Les Européens ont
prévu de porter
leur aide publique
au développement (APD)
de 0,34 % en 2002 à
0,43 % en 2006, soit
une enveloppe de 37
milliards de
dollars. La France
s'est engagée à
porter sa
contribution à 0,5
% de son PIB d'ici
à 2007. L'APD française
était de 0,4 % en
2003, elle devrait
atteindre 0,43 %
cette année.
L'exemple
chilien
Jacques
Chirac, apôtre
d'une "mondialisation
de la solidarité",
s'est montré très
favorable à la
proposition de Lula,
estimant qu'une
taxation sur les
ventes d'armes "ne
serait pas du tout
injustifiée".
La France est
pourtant l'un des
principaux marchands
d'armes de la planète.
En 2002, les ventes
d'armes représentaient
794 milliards de
dollars, soit 2,5
% du produit
intérieur brut
mondial. Lors de la
conférence de l'ONU
sur le financement
du développement,
en mars 2002 à
Monterrey, au
Mexique, puis à
Johannesburg en août
de la même année,
M. Chirac avait
relancé l'idée
controversée d'une
taxe internationale
"sur les
ressources
qu'engendre la
mondialisation"
pour financer le développement
durable. Le président
français a installé,
le 7 novembre
dernier, un groupe
de travail sur ce thème
qui lui rendra un
rapport au
printemps. Il
souhaite qu'on
"y voie clair
sur les modalités
techniques de tels
prélèvements, qui
sont autant de
questions politiques
: leur assiette,
leur taux, leurs
conditions de
recouvrement".
A
l'Elysée, on
regrette que le débat
ait été parasité
par l'idée
"peu réaliste"
d'une taxation des
mouvements
internationaux de
capitaux lancée en
1972 par l'économiste
américain James
Tobin (la "taxe
Tobin"), défendue
notamment par le
mouvement
altermondialiste
Attac. Le président
français ne s'est
pas prononcé pour
l'heure sur la
nature d'un éventuel
impôt solidaire.
Outre une taxe sur
les ventes d'armes,
plusieurs pistes ont
été évoquées, en
France et à l'étranger
: taxer les émissions
de gaz à effet de
serre, instaurer une
taxe sur les
transports aériens
ou maritimes, sur le
pétrole, prélever
un centime
additionnel sur les
médicaments, sur
l'eau, les paiements
par carte de crédit...
Le Chili est pour
l'heure le seul pays
à avoir expérimenté
le principe d'une
taxation sur les
capitaux spéculatifs,
sur la
recommandation du
Fonds monétaire
international (FMI).
Depuis juin 1991, le
Chili impose aux
capitaux entrant
dans son système
financier de placer
sans intérêt 30 %
de leur montant auprès
de la Banque
centrale pendant une
durée d'un an. Tous
les investissements
doivent demeurer un
an dans le pays. Le
pourcentage des
capitaux instables
serait ainsi tombé
de 66 % à moins de
10 %.
haut
Rithy
Panh : méditation
sur le génocide
cambodgien
"S21, la
machine de mort khmère
rouge"
par MARIE-NOELLE
TRANCHANT, publié
dans le Figaro le 11
février 2004
Deux
millions de morts.
C'est le terrible
bilan du génocide
cambodgien perpétré
par Pol Pot après
la prise de pouvoir
des Khmers rouges,
en 1975. Deux
millions de morts et
pourtant, lors des
accords de Paris, en
1991, on a
diplomatiquement évité
le terme "génocide",
et cette page atroce
de l'histoire du
Cambodge
"n'occupe que
vingt lignes dans
les manuels
d'histoire des écoliers",
dit Rithy Panh.
C'est dire si le
silence est lourd,
dans un pays
faussement réconcilié
où les anciens
tortionnaires côtoient
quotidiennement
leurs victimes. Une
loi a été votée
pour faire passer
devant les tribunaux
les responsables de
ce massacre d'Etat
idéologique.
"Si ce film
pouvait hâter leur
procès, estime le
cinéaste, ce serait
bien. Tant qu'il n'a
pas eu lieu, on n'a
pas rétabli l'état
de droit, ni rendu
aux morts leur
dignité."
Rithy Panh était
enfant dans ces
temps monstrueux, et
depuis qu'il tient
une caméra, ses
documentaires
s'approchent,
lentement, précautionneusement,
de l'abîme du mal.
"Sans le génocide,
sans les guerres, je
ne serais sans doute
pas devenu cinéaste",
dit-il. Son film,
"S21, la
machine de mort khmère
rouge", est une
remarquable et
impressionnante méditation,
à travers la
rencontre de
victimes et de leurs
bourreaux, sur les
lieux mêmes de
l'extermination, le
camp S21 de Tuol
Sleng, à Phnom Penh,
devenu Musée du génocide.
*
Comment a pu se
faire une telle
confrontation entre
victimes et
bourreaux ?
Fortuitement, mais
sans doute pas par
hasard. En 1995, je
tournais Bophana,
une tragédie
cambodgienne, et
comme j'interviewais
un ancien chef de la
sécurité, Him Houy,
j'avais donné congé
au peintre Vann Nath,
survivant de
l'extermination des
Khmers rouges avec
qui je travaillais,
pour lui épargner
cette rencontre. Or
Nath est revenu à
l'improviste. Il a
vu Houy, et sur le
moment, il a été
choqué. Il a demandé
à Houy :
"Est-ce que tu
me connais ?"
L'autre a répondu
non, et Nath a dit :
"Moi, je te
connais." Et il
l'a emmené dans le
Musée du génocide.
Comme Primo Levi, il
se demandait si on
le croirait et il
avait la volonté de
témoigner avec précision,
et de se faire
confirmer par
l'autre. Nath porte
l'histoire de
beaucoup de gens, et
il émane de lui une
telle sagesse et une
telle dignité qu'il
est difficile
d'esquiver. Donc,
Houy a répondu. Et
j'ai découvert que,
paradoxalement, les
victimes avaient
besoin du témoignage
des bourreaux.
*
Un témoignage
particulièrement
impressionnant dans
"S21, la
machine de mort khmère
rouge",
puisqu'on les voit
refaire leurs gestes
criminels.
Certains
anciens kapos
faisaient spontanément
des gestes en
parlant: j'ai été
frappé par cette mémoire
du corps,
contrastant avec
l'indigence des
mots, qui montrait
mieux que les
paroles ce que
subissaient les
victimes à ce
moment-là. J'ai
voulu rendre cet
aspect très concret
qui révèle le
fonctionnement de la
machine criminelle.
J'ai voulu centrer
mon regard sur la façon
dont le criminel conçoit
et vit les plus
simples actes. Parce
que le génocide,
c'est un geste, un
acte.
* Comment
expliquez-vous
qu'ils puissent
reproduire de tels
gestes aujourd'hui,
sur les lieux mêmes
de l'extermination ?La
machine de mort est
double : c'est à la
fois une machine à
anéantir les
victimes, et à déshumaniser
les bourreaux pour
qu'ils soient des
instruments qui ne
pensent plus. Une
fois endoctrinés,
on les transférait
dans un milieu de
terreur inouïe, et
on leur donnait un
pouvoir de vie et de
mort sur les autres,
mais en même temps,
on exerçait sur eux
une pression
terrible. Les Khmers
rouges expliquent très
bien cela : pour
faire un kapo, vous
prenez un homme
fruste et zélé;
vous lui donnez du
pouvoir, puis vous
l'écrasez. Un type
comme Houy avait 14 ans
quand il est devenu
tortionnaire. On
peut supposer qu'il
est complètement
bloqué, dans sa tête.
Il doit se contenter
de répéter depuis
trente ans :
"J'ai obéi aux
ordres."
* Vous ne le
jugez pas ?
Ce n'est pas à
moi de dire qui est
coupable ou non. Il
ne s'agit pas
d'excuser les
tortionnaires. Mais
il est important de
distinguer les
bourreaux
instrumentalisés et
les idéologues qui
ordonnent. Il faut
être le plus exact
possible, parce que
le cinéma prend son
sens dans ce travail
de mémoire. On ne
peut pas tourner la
page si elle n'est
pas écrite. Je fais
un film non pas sur
les gens, mais avec
les gens. Il m'a
fallu du temps à la
fois pour trouver la
juste distance par
rapport à mes
deuils personnels,
pour réunir une équipe
que je voulais entièrement
cambodgienne, et
pour comprendre quel
film je devais
faire. Un film qui
pacifie et intériorise
parce qu'il provoque
la parole. Il ne
provoque pas de réactions
vengeresses, mais
une prise de
conscience.
Redevenir le plus
humain possible,
c'est la condition
de la paix.
haut
La
ruée des
investisseurs
redonne vie aux
centres de villégiature
libanais
Plus de 650 millions
de dollars déboursés
en 2002 par les
Arabes du Golfe
par ANWAR AZZI
et RANA MOUSSAOUI,
publié dans
l'Orient-le Jour le
3 janvier 2004
Le
Liban a toujours
attiré les capitaux
arabes. Depuis les
événements du 11
septembre 2001, leur
flux a nettement
augmenté.
L’orientation
massive des
investissements privés
arabes vers
l’immobilier et la
spéculation foncière
profite surtout aux
centres de villégiature
d’avant-guerre qui
connaissent un
nouvel essor. Les
habitants de
Bhamdoun, de Aley ou
de Kornayel semblent
un peu dépassés
par l’évolution
des transactions
foncières dans
leurs contrées.
Telle parcelle a été
vendue à un koweïtien,
tel saoudien s’est
fait construire une
villa, tel autre
qatari a acheté un
luxueux appartement,
disent-ils. La
plupart des
villageois
colportent les
rumeurs entendues à
propos de l’afflux
des estivants
arabes. "Les
touristes arabes se
regroupent par
nationalités,
explique un
villageois de
Bhamdoun. Les
Qataris et les
Saoudiens
investissent dans la
région de Aley,
alors que les Koweïtiens
préfèrent les régions
de Bhamdoun et de
Hammana." Cette
ruée vers les
centres de villégiature,
qui ont connu leur
âge d’or dans les
années 50 et 60,
n’est pas une
fiction. Après
avoir connu les
affres de la guerre,
les centres de villégiature
reprennent des
couleurs. Certes,
les villages ne
connaissent pas
encore leur foule
d’antan car les
nouveaux estivants
ne se sont pas
encore installés
dans leurs luxueuses
demeures, dans
l’attente de la
fin des travaux. Mais
après douze ans de
reconstruction
cahotante, les
centres de villégiature
d’avant-guerre
reprennent vie
surtout depuis les
attentats du 11
septembre 2001 aux
Etats-Unis. Détournés
des pays occidentaux
en raison du
contexte
international, les
touristes du Golfe
ont trouvé refuge
sur le territoire
libanais et plus
particulièrement
dans les centres de
villégiature en
montagne. Le Liban a
ainsi reçu plus de
450.000 touristes
arabes en 2003,
selon le ministère
du Tourisme. Cet
afflux de visiteurs
s’est accompagné
d’un afflux de
capitaux qui ont été
placés de préférence
dans des biens
immobiliers et
fonciers, pour des
projets touristiques
ou résidentiels.
Difficile
d’obtenir un
chiffre exact sur le
montant total de ces
investissements, les
autorités compétentes
préférant rester
discrètes,
d’autant plus que
les hommes
d’affaires préfèrent
garder l’anonymat. Les
investissements ont
atteint plus de 650
millions de dollars
en 2002, selon une
étude de Saradar
Investment House.
L’étude précise
que 350 millions de
dollars ont été
investis en 2002 par
des Saoudiens, et
100 millions de
dollars par des Koweïtiens.
Une autre étude, réalisée
par le groupe Ramco,
estime par ailleurs
que les acquisitions
de bien-fonds par
des Arabes du Golfe
ont totalisé
environ 1,8 million
de m2 entre janvier
2001 et mai 2003.
"Les acquéreurs
sont principalement
d’origine koweïtienne
ou saoudienne",
précise Béchara
Karkafi, directeur
du registre foncier
libanais, ajoutant
que "les
investissements se
concentrent surtout
dans les centres de
villégiature de
Aley, Bhamdoun,
Hammana, Kornayel et
Sofar". "Les
modifications apportées
à la loi relative
à l’acquisition
des biens-fonds étrangers
en 2001, qui limite
les frais
d’enregistrements
fonciers à 5,8 %,
les réduisant ainsi
de 11%", jouent
un rôle primordial
dans l’abondance
des investissements
fonciers au Liban,
explique M. Karkafi.
Habitués à ces régions
avant la guerre, les
touristes arabes
sont revenus en
force depuis 2001.
La réhabilitation
de
l’infrastructure
et l’amélioration
de la situation dans
ces villages a
encouragé les
investisseurs du
Golfe à "acheter
plus de terrains que
d’appartements en
vue de construire
leur propre résidence",
explique un expert
foncier. Selon
une publication de
l’hebdomadaire
arabe al-Ousbouiya,
des Saoudiens
auraient acheté,
durant les mois de
juin et juillet
2003, 12.000
appartements et
500.000 m2 dans les
régions de Saïda,
Tripoli, Aley et
Zahlé. Ces chiffres
sont très
probablement inférieurs
à la réalité
selon Maher
al-Husseini, du
groupe al-Iktissad
wal-Aamal, qui précise
qu’ "il
y a beaucoup de
transactions qui
s’effectuent sans
que les autorités
soient notifiées".
L’affluence des
touristes arabes
dans les centres de
villégiature peut
s’expliquer aussi
par l’intérêt
qu’ils portent au
climat et à la
nature. En effet,
selon une étude de
International
Information, plus de
95 %
d’investisseurs
arabes au Liban sont
concernés par la
qualité de
l’environnement et
du climat des
villages libanais.
Des villages fantômes
Autrefois
fantomatiques, ces
villages sont
aujourd’hui en
plein chantier. Les
rues sont longées
par des centaines
d’immeubles, de
villas et de
complexes résidentiels
en construction. Des
projets colossaux
sont en phase de réalisation.
Le groupe Habtoor
Properties, des
Emirats arabes unis,
a récemment acheté
une parcelle de
107.000 m2 dans la région
de Wadi Shahrour,
dans le caza de Aley,
en vue de construire
un parc
d’attraction à la
Disney World.
D’autres projets
de même ampleur
sont en phase finale
dans la région de
Bickfaya, dans le
caza du Metn. Un
homme d’affaires
des Emirats arabes
aurait acheté un
terrain de plus de
100.000 m2 couvrant
une grande
superficie de la
montagne du Naas
pour y faire
construire un château,
selon certaines
sources. Mais ces
projets faramineux
ne font pas le
bonheur de tous les
villageois. Des
hommes d’affaires
arabes auraient
acheté plus de 25 %
de la superficie de
la région de
Kornayel, provoquant
ainsi une vague de
plainte de la part
des habitants, en
majorité druzes.
Selon les experts
fonciers, la plupart
de ces projets, résidentiels
et touristiques,
devraient être opérationnels
d’ici à 2005.
haut
Traversées
de la France, de
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
"Oh !
que de souffles aux
Provinces !" s'écriait
Valery Larbaud, écrivain
voyageur par
excellence. Cette
exclamation est
revendiquée par
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
qui a sillonné la
France
L'auteur est un
journaliste engagé
en faveur de la
francophonie et du
dialogue euro-méditerranéen
; a publié
"Une Croix sur
le Liban"
(Gallimard, 1985).
par BERNARD
MORLINO, publié dans
le Figaro Littéraire
le 19 février 2004
"Oh ! que
de souffles aux
Provinces !"
s'écriait Valery
Larbaud, écrivain
voyageur par
excellence. Cette
exclamation est
revendiquée par
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
qui a sillonné la
France - métropole
et outremer -
comme on fait le
tour du propriétaire.
Depuis 1990, il a
rapporté sa
moisson de
souvenirs dans une
série d'articles
où il fait
cohabiter la littérature
avec l'histoire,
la géographie et
les témoignages
pris sur le vif.
Le flâneur salarié
ne se promène évidemment
pas avec un béret
basque et une
baguette de pain
sous le bras. La réunion
de ses reportages,
rassemblés dans
un abécédaire de
quarante-huit
chapitres, offre
un ensemble qui
tient à la fois
du Lagarde &
Michard et du
Guide Michelin,
voire des anciens
Guides Bleus
Hachette, tant son
érudition éclaire
toujours l'endroit
visité. Jusqu'ici
réservés aux
lecteurs du Monde,
les textes,
revus et corrigés,
sont désormais à
la portée de
tous. Entré à la
rédaction du
quotidien du soir,
il y a bientôt
trente-cinq ans,
le doyen des
reporters maison
diffuse l'actualité
d'hier comme s'il
s'agissait de
l'information du
jour. Rien n'est pédant
dans ce kaléidoscope
culturel où
tournent les
images du
patrimoine
national, témoignant
de sa richesse, le
journaliste
accomplit son Tour
de France doté du
savoir-faire des
compagnons
artisans. Les étapes
successives sont
toutes les hauts
lieux de nos régions
si différentes
les unes des
autres. En fin de
compte, le
voyageur qui en a
tant vu, se trouve
plus dépaysé en
Gâtinais ou dans
le comtat
Venaissin qu'à
Oman ou Brunei.
Décidé à
rendre hommage au
concept de
touriste inventé
par Louis Simond
puis vulgarisé
par Stendhal -
l'éclaireur est
à l'affût du
"caché et de
l'oublié".
Quittant
l'autoroute de
l'Ain, il visite
les écluses de
Nantua où
s'illustrèrent
les résistants
contre la
Wehrmacht. A
Ferney, hameau
français en pays
de Gex, contigu au
canton de Genève,
il célèbre l'inévitable
Voltaire qui se
considérait comme
l'aubergiste de
l'Europe au point
d'obtenir la
suppression de la
barrière douanière.
Racheté par l'Etat,
le château
intimidant permet
de voir le
panorama goûté
jadis par l'auteur
de Zadig qui
ne se lassait pas
de la vue
imprenable sur le
Salève dominant
le paysage
genevois jusqu'au
massif du
Mont-Blanc. Le
pourfendeur de la
religion, quitta
ce paradis
terrestre pour
revoir Paris après
trente ans
d'absence. Il en
mourut, à 84 ans.
Délaissant, pour
une fois, les cathédrales
à flèche, le
guide aux itinéraires
dissidents nous
transforme en
contemporain du XIe
siècle lorsqu'il
arpente la rive
gauche du Rhin
afin d'apprécier
le grès des
Vosges rose, rosé,
rosâtre, selon
l'intensité de la
lumière. Avant de
partir en
excursion, Péroncel-Hugoz
conseille de se
documenter de façon
inattendue. Pour
l'Anjou, il préconise
la lecture des Eaux
étroites de
Julien Gracq,
comme un médecin
pourrait nous
indiquer une cure
de vitamine C.
Avant d'aller sur
les traces
d'Arthur Rimbaud,
il réclame une
halte dans Le
Pays où l'on
n'arrive jamais, d'André
Dhôtel, un écrivain
3-étoiles qui
nous change du poète
d'Une Saison en
Enfer dont on
a fait trop
d'usage. Il ne
veut pas qu'on
entre à Marseille
sans avoir lu et
relu Marsiho, du
visionnaire André
Suarès. Et
recommande de dénicher
Roucou, de
Jacques Perret,
avant d'embarquer
pour Cayenne.
De l'élitisme
? Non, une célébration
de l'intelligence,
avec ce conseil
sous-jacent :
point n'est besoin
d'aller au bout du
monde ;
l'exotisme est à
notre porte. Dix
millions de Français
l'ont compris,
puisque chaque année
ils grossissent la
grande famille des
randonneurs pédestres
de l'Hexagone.
Avec Jean-Pierre Péroncel-Hugoz,
ils vont en
Bourgogne ou en
Auvergne, à
Cognac ou à
Penmarch, sur les
bords du
Coulon-Calavon ou
en retrait de la
route côtière de
Saint-Jean-de-Luz.
L'humour dans sa
gibecière, le rédacteur
en balade ne nous
épargne rien des
déboires de Joséphine
Baker qui n'évita
pas le gouffre
financier de son
parc d'attractions
des Milandes, au
coeur du Périgord
noir, malgré les
soutiens conjugués
de Fidel Castro,
du général de
Gaulle et de
Brigitte Bardot. A
l'inverse de
Tintin, le
reporter Péroncel-Hugoz
n'oublie pas de
rendre sa copie
qui méritait bien
de revivre une
seconde
jeunesse...
haut
Le
nouveau charme
discret des
stylistes libanais
à Paris
publié
par l'AFP le 13
janvier 2004
Ils
partagent tous un
amour quasi-viscéral
pour Paris. Mais,
contrairement à
leurs nombreux
compatriotes émigrés
et aux stars qu'ils
habillent, la discrétion
reste la qualité
première des
couturiers libanais
qui participent aux
défilés haute
couture de la
saison. Les ateliers
de Robert Abi Nader,
Elie Saab, Georges
Chakra et Georges
Hobeika grouillent
d'activité à la
veille du grand
rendez-vous
parisien. Mais pour
certains, le goût
du secret
(coquetterie ou
superstition
orientale ?) frise
parfois l'obsession.
Elie Saab, couturier
de l'actrice "oscarisée"
Halle Berry, se veut
invisible jusqu'au
jour du défilé.
Affable et secret à
la fois, Robert Abi
Nader, surnommé
"Roi de la
haute couture du
Moyen-Orient",
refuse de montrer
ses modèles. Mais
il est intarissable
sur Paris et son métier.
"Paris est
irremplaçable.
C'est la seule
capitale à présenter
des défilés haute
couture",
explique à l'AFP ce
talentueux styliste
de 30 ans qui a un
bureau à l'avenue
Montaigne. Il est
surtout fier d'avoir
habillé les 46
candidates qui ont
concouru l'an
dernier pour le
titre de Miss France
: "Cela m'a
valu la médaille du
prix d'élégance".
Affichant
son diplôme de la
Chambre nationale de
la couture, Robert
Abi Nader dit son
admiration pour les
grands de la haute
couture française,
"surtout
Jean-Paul Gaultier".
"Je l'aime
beaucoup et je
souhaite le connaître",
ajoute ce styliste,
premier Libanais à
avoir présenté à
Paris des
collections haute
couture. "Cela
fait cinq ans que je
participe. Dans
quelques jours, je
vais faire défiler
20 mannequins. Pour
cette année, je
vois beaucoup de
turquoise et de bleu
dégradé",
explique-t-il.
"Je travaille
pour les stars, les
princesses. J'ai
envie d'habiller
Patricia Kass, et
Amanda Lear est une
cliente fidèle",
poursuit le
couturier d'Ivana
Trump. La "mode
in China", pas
plus que les autres
modes qui débarquent
à Paris, ne lui
font peur : comme
ses compatriotes, il
"aime la compétition".
"La haute
couture est un
jeu", dit-il.
Interrogé sur
l'abondance de
broderie et
d'ornements, parfois
critiquée, qui
caractérisent la création
des couturiers
libanais, il répond
sans se démonter :
"la tendance
est au retour de la
broderie, mais je
suis contre
l'excentricité et
je n'aime pas les
robes difficiles à
porter".
Egalement
présent au défilé
du palais
Brongniart, Georges
Chakra, 45 ans, diplômé
de l'Académie des
couturiers
canadiens, s'active
sans relâche au
milieu des tissus et
d'une équipe de 60
personnes.
Contrairement à
Robert Abi Nader -
qui est presque né
dans le tissu "à
cause de l'amour de
maman pour la haute
couture" -
Georges Chakra
voulait dans un
premier temps se
destiner à
l'architecture d'intérieur,
mais très vite son
désir d'habiller
les femmes s'est
fait sentir.
"J'ai préparé
une quarantaine de
modèles, mais je
n'ai pas encore fait
de choix définitif
de ce qui sera présenté",
confie doucement ce
créateur qui s'est
fait connaître au
Liban avant
d'attaquer Paris
"capitale de la
mode" où il
participe à la
saison haute couture
pour la quatrième
fois. Sa collection
printemps-été
"va se
concentrer sur la légèreté
de la silhouette, la
transparence, avec
beaucoup de couleurs
pastel", dit-il
en montrant quelques
modèles. "Les
broderies seront
utilisées soit avec
parcimonie
uniquement pour
valoriser les jeux
de plissé, soit de
façon plus marquée
pour éclairer la
pureté des lignes
que je désire
mettre en avant dans
ma collection car
j'aime le
classicisme",
affirme le styliste.
Au delà de Paris,
quels sont les
projets de ces deux
créateurs,
coqueluche du monde
arabe : pour Georges
Chakra, habilleur de
la famille royale
saoudienne, "créer
une ligne de prêt-à-porter".
Robert Abi Nader prépare
lui "un défilé
à Los Angeles au
printemps pour les
attachés de presse
des stars".
haut
Elisabeth
II a baptisé le
Queen Mary 2
Cérémonie royale
pour le plus grand
paquebot du monde
par ELISABETH
BUREAU, publié dans Ouest-France
le 9 janvier 2004
La reine Elisabeth
II a baptisé,
hier, à
Southampton, le
Queen Mary 2, plus
grand paquebot du
monde, lors d'une
cérémonie au
cours de laquelle
il a été rendu
hommage aux
victimes de
Saint-Nazaire. "Avez-vous
encore du travail
à faire sur le
bateau ?" La
reine s'en inquiète
auprès de Patrick
Boissier, PDG des
Chantiers de
l'Atlantique,
lorsque ce dernier
lui est présenté.
"Non, tout
est en ordre. Par
contre, nous avons
un cadeau pour
Votre Majesté",
répond le patron
français... Les
Chantiers avaient
effectivement préparé
une remarquable
petite réplique
de la cheminée du
Queen Mary 2,
en résine et
acier. Juste pour
qu'un petit bout
de Saint-Nazaire
trouve sa niche au
palais, à Londres !
Avant cette
rencontre,
l'embarquement
avait commencé dès
13h30. Comme pour
une croisière
transatlantique,
le terminal Queen
Elizabeth 2 ,
qui accueille le QM2
à Southampton, était
paré des habits
des traversées
d'antan. La belle
limousine Daimler
de la reine Mary,
qui l'a fidèlement
servi de 1935 à
1953, trônait à
l'entrée, face
aux immenses
posters du QM2 de
la société
nazairienne
Outremer. Une
belle entrée en
matière pour les
2.000 invités,
robes de soirée
et smokings délicatement
portés à la
main.
Si le Queen
Mary 2 est
bien évidemment
resté à quai
pour sa cérémonie,
les privilégiés
de ce baptême
ont assisté à
une
exceptionnelle cérémonie. "Tout
simplement
royale", résumera
Philippe Kasse,
directeur de la
communication
aux Chantiers de
l'Atlantique.
Pamela Conover,
PDG de la Cunard,
dans son
allocution,
mettra en relief
l'énorme
travail des
milliers
d'ouvriers de
Saint-Nazaire
durant deux ans
pour offrir
aujourd'hui à
l'Angleterre sa
légende. L'évêque
anglican de
Winchester, dans
un français hésitant,
rendra, pour sa
part, un émouvant
hommage aux
victimes du
tragique
accident qui a
endeuillé la
construction du
liner, avant que
la
traditionnelle
bouteille de
champagne ne
vienne baptiser
la coque du
navire, un événement
salué par le
non moins
traditionnel "Hip,
hip !
Hourra !"
du commodore
Warwick et des
invités royaux.
Pour le jeune
Nazairien,
Thibault Odiette,
présent sur le
paquebot depuis
le 22 décembre
pour la chaîne
TV Arte,
le souvenir de
voir la reine
d'Angleterre
dans le grand "lobby"
restera dans sa
mémoire.
haut
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2004 RJLiban
|
|