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Incompréhensible
Liban...
par
SIBYLLE RIZK, publié
dans l'Orient-le Jour
le 12 décembre 2003
Les responsables étrangers
qui défilent à Beyrouth se défilent
immanquablement quand il
s’agit de donner leur avis
publiquement sur la situation
économique du pays. S’ils
faisaient valoir le droit de réserve
auquel ils sont tenus pour éviter
tout commentaire aux effets
potentiellement désastreux,
on les comprendrait. Mais, au
lieu d’un silence gêné,
ils avancent une formule plus
ou moins bien tournée qui dit
en substance : "Tous les
indicateurs du Liban sont au
rouge ; en théorie, la
situation est explosive ; mais
le pays continue de défier
toutes les lois de la gravité
; c’est un mystère."
Apparemment anodins, ces
commentaires - qui, plus
grave encore, se veulent
flatteurs, prononcés avec un
sourire de connivence -
sont particulièrement
insidieux. Tout comme s’est
développée la légende du
"miracle libanais"
dans les années 1950 et 1960,
on entretient aujourd’hui le
mythe de la "résilience
phénoménale" du Liban.
Autant la croissance des années
d’avant-guerre
s’expliquait de façon tout
à fait rationnelle, autant
sont identifiées les raisons
de la capacité de résistance
du système actuel, en dépit
de déséquilibres monumentaux
qui ont fait chuter plus
d’un pays.
Le "miracle" était
dû à une conjonction tout à
fait particulière : la
captation du trafic du port de
Haïfa après sa déconnection
de l’hinterland arabe ;
l’afflux de compétences et
de richesses venues de
Palestine, de Syrie ou d’Egypte
; l’argent du pétrole et
les besoins du Golfe ; un système
libéral dans un océan de
dirigisme, etc. Il était donc
illusoire de vouloir faire
renaître ce "miracle"
tel quel après la guerre
alors que la plupart de ses
composantes ont évolué
entre-temps. De même,
les raisons pour lesquelles le
Liban ne sombre pas dans une
crise "à la façon
argentine" sont tout à
fait identifiables, elles répondent
à des lois économiques et
financières et n’ont rien
de "mystérieux".
Elles se résument en un phénomène
: l’activation de la pompe
à devises. Ces dollars
indispensables continuent
d’affluer pour financer
notre consommation et,
accessoirement, stabiliser la
livre. "Avez-vous réfléchi
au coût de cette politique
?" Tel serait le
commentaire que l’on préférerait
entendre de la part de nos hôtes
de marque, car, n’en déplaise
aux dirigeants de ce pays,
ravis, eux, du discours de
l’étranger, nous ne sommes
pas des analphabètes.
haut
Situation
alarmante au
Proche-Orient,
avertissent les
diplomates européens
Craintes d’escalade
à la frontière
libano-israélienne et
dans les territoires
par EMILE KHOURY,
publié dans l'Orient-le
Jour le 15 décembre
2003
Certains diplomates européens
en poste à Beyrouth mettent
en garde contre la volatilité
et la précarité de la
situation actuelle au
Moyen-Orient. Selon eux,
d’ici à l’élection présidentielle
américaine, la région est
exposée à des confrontations
et des escalades militaires à
grande échelle. Elle pourrait
tout aussi bien connaître une
accalmie, à condition que les
différentes parties concernées
s’engagent d’abord à
aider les USA à en découdre
avec la résistance en Irak de
sorte que les Irakiens
puissent effectivement exercer
le pouvoir à partir du mois
de juin. Un retour au calme en
Irak renforcerait la position
du candidat George W. Bush aux
prochaines élections. En
effet, les pertes quasi
quotidiennes en soldats américains
tués par la résistance
irakienne se répercutent négativement
sur la cote de popularité du
président US. C’est
d’ailleurs pour cette raison
que l’Administration Bush
insiste auprès de l’Iran et
de la Syrie (limitrophes de
l’Irak) pour mieux contrôler
leurs frontières de manière
à empêcher l’infiltration
d’éléments armés dans le
pays. En opposant une fin de
non-recevoir à certains Etats
désireux de contribuer à la
reconstruction de l’Irak et
de conclure des contrats dans
ce cadre, Washington cherche
à faire pression sur les
parties qui avaient refusé dès
le début de participer à une
guerre en Irak, et qui
refusent toujours d’y
envoyer des troupes pour épauler
les forces de la coalition
contre les "actes
terroristes" irakiens.
L’Administration Bush accuse
ainsi ceux qui se contentent
d’assiter en spectateurs à
la lutte des forces américaines
et britanniques contre les éléments
armés irakiens d’encourager -
sciemment ou non - le
terrorisme.
Trêve en Palestine
Les diplomates européens
susmentionnés estiment
d’autre part que les
groupuscules palestiniens extrémistes
devraient s’abstenir
d’entreprendre des opérations-suicide
tout au long de la période
qui précède les élections
américaines. En effet, de
telles opérations risquent
fort d’entraîner une
riposte militaire israélienne
à grande échelle que
Washington ne pourra pas
stopper. Selon les mêmes
sources, l’Administration US
aurait d’ailleurs mis en
garde le président Hosni
Moubarak contre des développements
de ce genre. Le chef de l’Etat
égyptien devait transmettre
à son tour ce message aux
représentants du Hamas et du
Jihad islamique récemment réunis
au Caire. Le but était de
convaincre ces factions
palestiniennes de la nécessité
d’aboutir à un accord de
cessez-le-feu, même si cette
trêve devait être unilatérale,
l’essentiel étant que la
balle soit désormais dans le
camp israélien.
Détente au Sud
Les diplomates européens
posent une autre condition à
une détente au Moyen-Orient :
le maintien de la trêve au
Liban-Sud, au niveau de la
ligne bleue en particulier.
Par ailleurs, ajoutent-ils, le
Hezbollah doit à tout prix
s’abstenir d’aider l’intifada
palestinienne, ainsi que les
combattants de la résistance
en Irak. Washington aurait
ainsi informé les dirigeants
à Beyrouth et à Damas du
fait que toute opération
militaire à la frontière
libano-israélienne pourrait dégénérer
en une véritable escalade
entre l’Etat hébreu,
d’une part, le Liban et la
Syrie, d’autre part. Et les
Etats-Unis seraient d’autant
plus impuissants à
l’enrayer que la période préélectorale
dans le pays interdit à l’Administration
Bush de mécontenter le lobby
juif de crainte de perdre ses
voix précieuses. D’où la
volonté américaine
d’entretenir le calme dans
la région et d’éviter tout
acte susceptible de dégénérer
en véritable conflit. L’Etat
hébreu pourrait effectivement
prendre comme prétexte
n’importe quel acte hostile
pour se lancer dans une
offensive de grande envergure
et profiter ainsi de la période
électorale aux Etats-Unis.
L’Administration Bush
favoriserait de surcroît une
reprise des pourparlers de
paix après l’élection présidentielle.
Les USA estiment en effet
qu’une relance des négociations
aujourd’hui est pratiquement
impossible dans la mesure où
ce sont les idées extrémistes
qui prévalent aussi bien dans
le camp israélien que dans le
camp palestinien. De fait, le
cabinet Sharon ne semble guère
disposé à promouvoir
l’application de la
"feuille de route",
encore moins l’Initiative de
Genève. De son côté, le
gouvernement palestinien
n’est pas à même de
convaincre les factions extrémistes
de l’importance d’une trêve
en vue de relancer les
pourparlers. D’où la nécessité
d’observer actuellement la
plus grande retenue et de
faire preuve de prudence,
insistent les diplomates européens.
haut
Israël-Palestine :
la paix virtuelle
L'initiative de Genève
prouve qu'un accord détaillé
est possible
par JOSEPH
LIMAGNE, publié dans
Ouest-France le 2 décembre
2003
Présenté lundi en grande
pompe médiatique, le
"pacte de Genève"
pour la paix israélo-palestinienne
est un accord virtuel, faute
d'avoir été signé par des
gouvernements. Pourtant,
jamais aucun texte sur le
sujet n'a été négocié et rédigé
avec tant de précision.
Pendant des mois, deux délégations
non officielles ont repris un
à un tous les éléments du débat.
Pour avoir participé à
nombre de négociations depuis
dix ans, l'Israélien Yossi
Beilin, ancien ministre de la
Justice, et le Palestinien
Yasser Abed Rabbo, en
connaissaient tous les paramètres.
Ni l'un ni l'autre n'occupent
plus de fonctions officielles.
Ils se sont efforcés de
compenser leur manque de légitimité
politique en prenant appui sur
la "société
civile", chez eux
comme à l'étranger. D'où le
relief donné à la cérémonie
d'hier.
Les tentatives précédentes
Les accords d'Oslo (1993)
affirmaient la reconnaissance
mutuelle d'Israël et de
l'Organisation de libération
de la Palestine. Ils prévoyaient
la mise en place transitoire
d'une autonomie palestinienne.
Le plan Clinton (2000) préconisait
un Etat palestinien indépendant
sans droit au retour des réfugiés.
Il a buté sur cette
disposition. La "feuille
de route" (2003) élaborée
par le Quartette (Etats-Unis,
Union européenne, Russie,
Onu) exige l'arrêt de l'intifada,
le gel de la colonisation
juive et fixe à 2005 la
naissance de l'Etat
palestinien. Elle est
actuellement au point mort.
La méthode
Tirant les leçons de l'échec
des accords d'Oslo, qui
donnaient la priorité à des
mesures de confiance, préalables
à la négociation, en fin de
parcours, des points les plus
épineux, les protagonistes de
l'initiative de Genève ont
choisi, cette fois, de
commencer par le plus
difficile. Ils n'ont rien éludé.
Chacun a fait des concessions. A
bien des égards, leur texte
s'inscrit dans la continuité
des négociations
infructueuses de Camp David
(2000) et de Taba (2001). Il
finalise un accord qui fut
tout près d'être conclu
avant l'élection d'Ariel
Sharon.
Les termes de l'accord
S'il devait être signé par
les gouvernements israélien
et palestinien, le pacte de
Genève deviendrait un accord
de paix définitif, chacun
renonçant à faire valoir
ensuite la moindre
revendication. Les deux Etats
se reconnaissent mutuellement.
- Les frontières
sont celles qui prévalaient
le 4 juin 1967, avant la
guerre des Six Jours. Néanmoins,
2,5 % du territoire de
Cisjordanie, comprenant des
colonies proches de la frontière
ou de Jérusalem, sont cédés
à Israël en échange d'un élargissement
équivalent de Gaza.
- Les colonies
juives sont évacuées, à
l'exception de celles figurant
dans les zones échangées.
Elles doivent être remises en
bon état aux Palestiniens.
- Le droit au retour des 3,7
millions de réfugiés
palestiniens n'est pas
mentionné. Quelques-uns
seront autorisés à revenir
en Israël. La plupart
deviendront citoyens de la
Palestine ou de l'État arabe
où ils résident. Une
indemnisation, versée par
Israël et la communauté
internationale, compensera les
préjudices subis.
- La vieille ville de Jérusalem
est partagée, le quartier
juif et le Mur des
Lamentations sous autorité
israélienne, les quartiers
arabes et chrétiens et
l'Esplanade des mosquées
(Mont du Temple) sous
souveraineté palestinienne.
Chaque Etat aura sa capitale
dans la partie de Jérusalem
qui lui revient. Les Israéliens
consentent à ce découpage en
échange de la renonciation,
par les Palestiniens, du droit
au retour des réfugiés.
- Une force
multinationale,
déployée sur le territoire
d'une Palestine démilitarisée
et dans la vieille ville de Jérusalem,
garantit la sécurité et
l'application des accords,
sous l'autorité d'un groupe
d'observation formé par le
Quartette.
Quel avenir ?
Ariel Sharon ne veut pas
entendre parler de ce pacte.
Tous les partis palestiniens
crient à la trahison. Les
dirigeants du monde le
soutiennent du bout des lèvres.
Ses promoteurs savent qu'il ne
sera pas appliqué demain,
mais comptent sur l'opinion
publique pour que s'impose l'évidence
qu'une solution est possible
puisqu'elle a été négociée
dans ses moindres détails.
haut
La
stratégie européenne
de sécurité
Au
service d'un monde
plus sûr et plus équitable
par
JAVIER SOLANA, publié
dans le Figaro le 13 décembre
2003
L'auteur
est haut représentant
de l'Union européenne
pour la politique étrangère
et de sécurité
commune
C'est désormais une réalité.
L'Europe dispose de sa propre
stratégie de sécurité.
L'Europe est un acteur global.
Renforcer l'efficacité du
système multilatéral et
construire la sécurité dans
son voisinage ; traiter les
problèmes à la source et
s'engager systématiquement de
façon préventive : telles
sont les nouvelles lignes
d'horizon. Les chefs d'Etat et
de gouvernement de l'Union
européenne ont adopté le
document hier. Trois raisons
au moins méritent que l'on
s'arrête un instant pour bien
mesurer la portée de l'acte :
pour la première fois,
l'Europe définit d'elle-même
les conditions et les enjeux
de sa propre sécurité ;
ensuite, elle trace les voies
qui selon elle permettront de
construire un monde plus uni,
plus sûr et plus équitable ;
enfin, elle revendique le
caractère irremplaçable de
la relation transatlantique.
D'abord donc la définition de
sa sécurité par l'Europe.
L'adoption de sa première
stratégie de sécurité révèle
une Europe plus crédible et
plus active. 25 Etats réunissant
450 millions de personnes
et produisant le quart de la
richesse mondiale s'accordent
sur une définition commune
des défis et des menaces du
monde d'aujourd'hui, ainsi que
sur les objectifs stratégiques
et les voies à privilégier
pour y faire face. Les Européens
ont des valeurs à promouvoir
et des intérêts à protéger - ne
serait-ce que ceux que leur
commandent l'histoire et la géographie.
Mais forte de tous ses
membres, anciens et nouveaux,
l'Europe est aussi un acteur
global. Elle se doit donc
d'assumer sa part dans la
responsabilité de la sécurité
internationale et de la
construction d'un monde
meilleur. A défaut d'une
telle démarche, tous les
discours sur la place de
l'Europe dans le monde
seraient vains : si elle veut
agir, l'Union européenne se
doit de développer une
analyse propre. Bien sûr,
l'affichage d'une telle
ambition ne va pas sans
difficultés. La crise
irakienne l'a illustré cette
année. Mais six mois plus
tard, l'adoption de notre
stratégie de sécurité
permet non seulement de
relativiser les divisions
d'alors mais aussi de
souligner une maturité
nouvelle des Européens.
Parce que la sécurité de ses
citoyens est en jeu, l'Europe
veut traiter en priorité
celles des menaces qui
s'appliquent directement à
elle. J'en citerai trois parmi
les plus pressantes : le
terrorisme qui a pris pour
cible et déjà attaqué
certains de nos pays ; le
crime organisé international
susceptible tant de se livrer
à la traite des êtres
humains que de prêter
main-forte aux terroristes ;
les conflits régionaux qui,
comme au Proche-Orient,
continuent de sévir près de
chez nous. Parce ce qu'elle
est un acteur global dans un
monde chaque jour plus interdépendant,
l'Europe veut aussi se donner
les moyens de faire face aux
menaces plus lointaines. Les
risques nucléaires en Asie ou
ceux de prolifération au
Moyen-Orient, entre autres,
sont de vraies sources d'inquiétude
pour l'Europe. A fortiori
depuis que l'on sait que des
mouvements terroristes n'hésiteraient
pas à user d'une violence
illimitée pour provoquer un
maximum de victimes civiles. Désormais,
sécurité intérieure et sécurité
extérieure sont
indissolublement liées. Un
seul chiffre suffit à
l'illustrer: 90 % de l'héroïne
vendue en Europe provient
d'Afghanistan via les Balkans.
C'est donc à l'étranger que
se situera souvent la première
ligne de défense. C'est
d'ailleurs l'une des raisons
pour lesquelles l'Europe
consent les efforts nécessaires
au déploiement de forces en
Afghanistan ou dans les
Balkans par exemple.
Second élément majeur de la
stratégie européenne de sécurité
: les voies privilégiées
pour construire un monde plus
uni, plus sûr et plus équitable.
La toute première est celle
de l'efficacité du multilatéralisme.
Aucun pays n'est en mesure de
faire face, seul, aux problèmes
complexes de notre temps. La
coopération est vitale. C'est
pourquoi une société
internationale plus forte, le
bon fonctionnement des
institutions multilatérales
et la fondation de l'ordre
international sur le droit
demeurent parmi les premiers
objectifs stratégiques de
l'Union européenne : le
renforcement de l'Organisation
des Nations unies constitue
une priorité européenne.
Dans le même ordre d'idées,
parce qu'elle est en relation
avec chaque partie du monde,
l'Europe a à cœur d'établir
des partenariats stratégiques
avec la Russie bien sûr, mais
aussi avec tous ceux qui
partagent ses objectifs et ses
valeurs et qui sont prêts à
les soutenir en Afrique, en Amérique
latine et en Asie. Un
monde davantage uni donc, mais
aussi plus sûr. Ceci implique
pour l'Europe d'être capable
d'engagement préventif.
C'est-à-dire d'être capable,
au nom de l'approche globale
qui est la sienne, de mettre
en œuvre toute la panoplie
d'outils politiques et économiques
dont elle dispose ainsi que
ses Etats membres, de lancer
des initiatives diplomatiques,
de conduire des opérations
civiles, policières, ou
militaires, avant que la
situation dans les pays autour
d'elle ne se détériore,
avant que des situations
d'urgence humanitaire ne
surviennent à quelque endroit
du monde ou lorsque des
risques de prolifération sont
détectés. A ce titre, le cas
du nucléaire iranien a récemment
démontré le bien-fondé de
la nouvelle démarche des
Européens.
Un monde plus équitable
aussi. L'approche européenne
consiste à considérer
qu'aucune des nouvelles
menaces n'est purement
militaire et ne peut donc pas
être contrée par des moyens
purement militaires. Ainsi la
manière la plus concrète de
faire face consistera-t-elle
parfois à s'attaquer à des
problèmes plus anciens -
contribuer au règlement d'un
conflit régional par exemple -
à traiter à la source les
problèmes susceptibles
d'alimenter les menaces.
Lutter contre l'extrême
pauvreté et les pandémies
dans les pays en développement,
prévenir de dangereuses compétitions
pour des ressources naturelles
ou énergétiques, contribuer
à la meilleure répartition
des fruits de la globalisation
constituent, parmi d'autres,
de vrais enjeux de sécurité
pour l'Europe.
Dernier élément enfin : la
relation avec les Etats-Unis.
Parmi les messages dont la
stratégie de sécurité européenne
est porteuse, il en est un
auquel je suis tout particulièrement
attaché : la relation
transatlantique est irremplaçable.
En agissant ensemble, l'Union
européenne et les Etats-Unis
peuvent constituer une
formidable force positive dans
le monde. La raison en est très
simple. L'Europe est le seul
partenaire global dont dispose
l'Amérique. Et réciproquement.
Aucun des grands défis
auxquels les Etats-Unis comme
l'Europe sont confrontés ne
peut être traité sans
l'appui et l'implication de
l'autre. Dans leur majorité,
ces défis se posent sur les
deux rives de l'Atlantique.
L'Europe n'est pas plus à
l'abri du terrorisme que les
Etats-Unis. Elle en a même
malheureusement une expérience
plus ancienne. Plus que jamais
il est essentiel que la coopération
et l'assistance mutuelle
continuent à se développer
dans ce domaine. De même, la
coordination de nos efforts
est cruciale pour contrer la
prolifération des armes de
destruction massive. La
concentration de nos énergies
est elle aussi toujours impérative
pour résoudre les conflits régionaux.
Les Balkans en ont apporté la
preuve hier. Aujourd'hui et
demain à l'évidence, ce sera
la clef pour construire la
paix au Proche-Orient, sans
laquelle il n'y aura guère de
chances de résoudre les
autres problèmes de la région.
De cela, deux conclusions
doivent être tirées. La
première s'impose d'elle-même
: notre partenariat gagnera en
efficacité s'il est équilibré.
A charge pour l'Europe de développer
encore ses capacités et de
renforcer sa cohérence ; à
charge pour l'Amérique
d'adopter une approche plus
ouverte à l'action conjointe.
La deuxième conclusion est
tout aussi évidente : parce
qu'il se doit d'être global,
le partenariat transatlantique
ne peut se résumer à la
seule relation UE-Otan.
Celle-ci constitue une
expression importante de la
relation avec les Etats-Unis
et elle est une des dimensions
essentielles de la politique
européenne de sécurité et
de défense; mais elle ne peut
pas être utile lorsqu'il
s'agit de tenter de régler
les problèmes à Cancun ou
d'apporter une solution aux
problèmes nord-coréen et
israélo-palestinien. La stratégie
de sécurité reflète ce
qu'est l'Union européenne.
C'est-à-dire ni un Etat ni
une organisation militaire,
mais un nouvel acteur global
qui, s'appuyant sur un projet
politique et économique, se
dote des instruments civils et
militaires qui lui permettront
de jouer son rôle dans la
gestion des crises. Pour ces
raisons, la stratégie de sécurité
européenne marque une
nouvelle étape clé dont je
ne doute pas que les Européens
eux-mêmes comme tous leurs
partenaires sauront tirer
parti pour ensemble bâtir un
monde meilleur.
haut
Sauvons
les acquis de l'Union
Une
Amérique sans mémoire,
une Europe sans vision
sont à la racine des
crises entre les deux
puissances
par NICOLE
GNESOTTO, publié dans
Libération le 15 décembre
2003
L'auteur
est directrice de
l'Institut d'études
de sécurité de
l'Union européenne
La gravité de la crise européenne
et transatlantique ne tient
pas tant aux injures et
ressentiments réciproques,
qui se propagent pourtant
comme une traînée de poudre,
qu'à la conjonction de deux
mouvements ravageurs : une Amérique
sans mémoire, une Europe sans
vision. Du côté de
l'administration Bush, la
stratégie fut systématiquement,
depuis le 11 septembre 2001,
de jouer sur toute une gamme
de relations bilatérales et
de coalitions ad hoc, quitte
à carboniser au passage les
alliances et les institutions
européennes, pourtant
patiemment construites par
eux-mêmes depuis plus de
cinquante ans. L'offensive
contre la Cour pénale
internationale, en 2002, reste
à cet égard exemplaire. Or,
en jouant le bilatéral en
Europe, ils ne pouvaient que récolter
la division des Européens, et
donc l'éclatement conjugué
de l'Otan et de l'Union. Qu'un
certain discours américain se
permette d'injurier, de
marginaliser ou de menacer de
représailles le couple
franco-allemand, est non
seulement incompréhensible :
c'est une faute grave et une
insulte à l'histoire
collective de tous les Européens.
La seconde erreur américaine
fut d'antagoniser tout aussi
systématiquement leurs
relations avec les alliés. Le
"qui n'est pas avec nous
est contre nous" aurait
du être impensable au sein de
l'Alliance atlantique ; il en
est devenu le fondement. Ce ne
sont donc pas les désaccords
entre les Etats qui sont en
train de tuer l'Otan : c'est
l'interdiction du désaccord
qui est, par sa violence même,
meurtrière. Et suicidaire
aussi pour l'Amérique :
remplacer un leadership de
conviction par un principe
d'autorité idéologique
laisse mal augurer de la
solidité des nouvelles
alliances que Washington est
en train de créer.
Côté européen, ce n'est pas
le déficit de mémoire qui
s'avère destructeur, c'est,
au contraire, le trop plein de
ressentiments et de règlements
de comptes différés, joint
aux sentiments de panique
multiformes devant les
perspectives doublement désastreuses
de conflit en Irak ou de
conflit avec les Etats-Unis.
Comme si cinquante ans de
construction européenne, de
solidarité partagée à
quinze, n'avaient créé
d'autres réflexes collectifs
que cette course au chacun
pour soi. Ce n'est pas l'Irak
qui divise en effet les Européens
- il n'y a eu à ce jour
aucune discussion sérieuse à
quinze ni sur la menace
irakienne, ni sur les conséquences
d'une guerre en Irak -, c'est
leur rapport à l'Amérique du
XXIe siècle, dans un
imaginaire politique du XIXe.
L'idée que, ensemble et
unies, les vieilles nations
européennes pourraient avoir
un rôle stabilisateur dans
les affaires du monde n'est
tout simplement pas (encore)
inscrite dans cet horizon-là.
Des deux côtés surtout, un déficit
béant de responsabilité
historique. Il est navrant de
voir les responsables et les médias
des plus grandes démocraties
du monde rivaliser dans la
production de sophismes les
plus absurdes : que la seule
façon de sauver le rôle de
l'ONU et du Conseil de sécurité
est que chacun y épouse les
positions américaines ; que
le seul critère de
positionnement sur une crise
internationale est la relation
transatlantique, à
l'exclusion de tout autre
facteur de complexité tel la
construction européenne, la
stabilité du Moyen-Orient,
l'adhésion des opinions
publiques démocratiques, etc.
; qu'être contre la guerre
aujourd'hui, c'est être
l'ennemi de l'Amérique ; que
l'on pourrait reconstruire une
Europe atlantique en
contournant la France et
l'Allemagne ; qu'à l'inverse,
on pourrait refonder l'Union
politique de l'Europe sur la
base du seul axe
Paris-Bruxelles-Berlin, etc.
Au-delà de ces sornettes, il
est tragique de voir l'ONU,
l'Otan, l'Union européenne
affronter la crise
existentielle la plus grave de
leur histoire, pour un enjeu
que personne ne parvient à définir.
Il n'est pas difficile en
effet de dérouler le fil du
pire qui pourrait être devant
nous, ne serait-ce que pour
l'Union elle-même : les
parlements nationaux, et le
parlement européen pour ce
qui le concerne,
ratifieront-ils les processus
d'élargissement comme si de
rien n'était, voteront-ils
les budgets d'aide à la
reconstruction éventuelle de
l'Irak, sans parler d'autres
financements extraordinaires
éventuellement nécessaires ?
Le tout dans le respect du
pacte de stabilité
constitutif de l'euro ?
Sauvera-t-on les acquis
communautaires sur fond de déchirement
politique des Etats ? La vérité
de cette crise, c'est que
l'enjeu, pour l'avenir de
l'Union, dépasse largement la
seule question de la politique
étrangère européenne,
qu'elle soit commune ou pas.
L'Union est d'abord un tout :
tout sera sauvé ensemble ou
massacré ensemble. Que la
logique de guerre soit déjà
décidée à Washington, sans
doute. Mais que les Européens
adoptent pour eux-mêmes une
telle politique de la terre brûlée
et déclenchent, par leurs
divisions, l'atomisation de
leur propre planète européenne
ne peut pas être une fatalité.
Messieurs les chefs d'Etat et
de gouvernement, la crise
irakienne vaut-elle une telle
déroute européenne ?
haut
Société
civile - Le
balbutiement d’une
nouvelle culture démocratique
"Mémoire pour
l’avenir" a
organisé une journée
de rencontre à l’Unesco
par FADY NOUN,
publié dans
l'Orient-le Jour le
1er décembre 2003
Que la
guerre civile (1975-1990) ne
soit pas finie dans les
esprits, il n’est pour
s’en convaincre que de voir
ce qui vient de se passer au
cours des élections
estudiantines qui viennent de
se dérouler sur la plupart
des campus. Forces libanaises
et Courant patriotique libre
face à face, à Jbeil :
quatre personnes hospitalisées.
L’hymne syrien face à
l’hymne libanais à l’AUB.
Répression étatique féroce,
presque milicienne. Tous les
clivages de la guerre sont là,
y compris la loi du plus fort,
exercée aujourd’hui par un
pouvoir qui n’est pas encore
celui d’un Etat démocratique,
du moment que ses pratiques ne
sont pas encore justiciables
et qu’il n’a pas de compte
à rendre à la population.
D’évidence, la jeune génération
n’a pas tiré les leçons de
la guerre, puisqu’elle la
reproduit, en petit, sur les
campus, et la culture démocratique
en est encore à balbutier.
Consciente que "le
passé envahit toujours le présent"
et que "la politique
de l’oubli n’a rien donné",
l’ONG "Mémoire pour
l’avenir" a organisé,
samedi, dans la petite salle
de l’Unesco, un face-à-face
entre "des témoins
de la guerre" et la génération
montante, qui n’a connu de
la guerre que les abris ou les
régions sûres, et qui n’a
hérité du Liban qu’un
projet de pays.
Présentée par Amal Makarem
et Nizar Saghiyé, deux
membres fondateurs de
l’association "Mémoire
pour l’avenir", puis
par Samir Kassir qui en a
esquissé le format et défini
les limites, la journée a
donné l’occasion à une
douzaine d’étudiants de
diverses universités (AUB,
Alba, USJ, Université
libanaise) d’écouter quatre
témoignages de la guerre et
de poser à leurs auteurs les
questions qui les travaillent.
Ce faisant, les étudiants
choisis se sont également
fait l’écho des questions
recueillies auprès de leurs
condisciples, soit oralement,
soit sur l’adresse électronique
de l’association. Il était
convenu de se limiter à la période
1975-1990, soit de
l’attentat contre
l’autobus de Aïn
el-Remmaneh à l’accord de
Taëf. Mais ni les témoins
choisis ni les étudiants
n’ont pu s’y tenir. Les
causes, notamment historiques,
du conflit libanais remontent,
à tout le moins, à la débâcle
de 1967. Ses conséquences,
malgré le silence des canons,
qui n’est pas rien, comme
l’a rappelé Samir Kassir,
continuent à être
douloureusement ressenties.
Les témoins choisis étaient
successivement Ghazi Aridi,
qui était là en sa qualité
personnelle et non ministérielle
(M. Aridi a longtemps été rédacteur
en chef de la Voix de la
Montagne, la radio du PSP),
Samir Frangié, en sa qualité
d’ancien membre maronite du
Mouvement national, Talal
Salman, rédacteur en chef du
quotidien as-Safir et Joseph
Aboukhalil, ancien rédacteur
en chef du quotidien al-Aamal,
appartenant au parti Kataëb.
Aucun n’a vraiment porté
les armes, mais trois
d’entre eux, Aridi, Salman
et Aboukhalil, ont usé de
l’information comme des
armes de mobilisation et
parfois de propagande, aussi
mortelle que les armes
puisqu’elle contribuait à
la perpétuation de la guerre
dans les esprits et dans les
faits.
Face aux questions qui leur
ont été posées, devant le
tribunal de leur culture et de
leur conscience, les témoins
de la guerre étaient inégalement
contrits. Seul Joseph
Aboukhalil, qui a rédigé un
ouvrage autocritique sur le rôle
joué par son quotidien durant
la guerre, a reconnu la
pauvreté de la culture
politique, en 1975. "Nous
ne connaissions pas
l’importance de la
reconnaissance de l’autre.
Une telle reconnaissance
n’existait pas dans notre
culture politique",
a-t-il affirmé tout
simplement. La place manque
pour dire toute la richesse de
cette journée de rencontres
destinée à servir de
catharsis à nos mémoires, véritable
creuset d’une nouvelle
culture politique qui soit
aussi une culture tout court.
L’une des impressions les
plus fortes qu’on en tire,
c’est la conscience de la
violence inouïe faite au
Liban d’autant plus cruelle
qu’elle a forcé les
Libanais à devenir leurs
propres bourreaux, ainsi que
l’épouvante secrète qui
les a empêchés de se parler.
Symptomatique de ce
balbutiement de dialogue, les
témoins de la guerre ont parlé
mais ne se sont pas écoutés.
haut
De
précieuses réserves
d'eau douce en pleine
mer Méditerranée
L'histoire
géologique du bassin
méditerranéen a
favorisé la création
de véritables rivières
qui, après avoir
traversé des terrains
calcaires, jaillissent
au large des côtes.
Une de ces sources
vient d'être captée
non loin de Menton
par
CHRISTIANE GALUS,
publié dans le Monde
du 30 juillet 2003
En Méditerranée, juste à
proximité des côtes, de
nombreuses sources d'eau douce
se déversent en mer, ce que
les pêcheurs et les marins
ont depuis longtemps observé
quand la mer est calme :
des remous apparaissent en
surface, et le milieu prend
des teintes inhabituelles. Les
hommes de l'Antiquité ne s'y
sont pas trompés, qui, il y a
3.000 ans, ont essayé de
récupérer cette manne sur l'île
de Ruad (Syrie). Les Phéniciens
y avaient construit un
dispositif de captage qui
alimentait la ville d'Amrit.
Les marins grecs, eux aussi,
recueillaient l'eau de
certaines sources sous-marines
au moyen d'amphores retournées
et lestées. Aujourd'hui, face
à la pénurie grandissante
d'eau potable et à
l'augmentation des populations
sur le pourtour de la Méditerranée,
il est tentant de récupérer
l'eau de telles sources dont
quelques-unes sont
exploitables. Certaines en
effet sont saumâtres.
D'autres trop éparpillées
dans des lits de gravier et
donc difficiles à capter.
D'autres enfin sont situées
à trop grande profondeur. Or,
pour qu'une exploitation soit
rentable, il faut que ces
sources ne soient pas
distantes de plus de 3-4 kilomètres
de la côte et qu'elles soient
situées à une profondeur
maximale de 100 mètres.
Plus légère que l'eau de
mer
Une première tentative de récupération
d'eau douce a été conduite
avec succès le 23 juillet
sur la source italienne
Mortola par la société
Nymphea Water, une filiale de
Géocéan créée en 1984 par
Pierre Becker, ancien
directeur de la Comex. La
source, qui se trouve à 800 mètres
de la côte, entre Menton et
Vintimille, jaillit à 36 mètres
de profondeur. "L'eau,
plus légère que l'eau de
mer, remonte naturellement
jusqu'à la surface et offre,
sans installation de pompage,
un débit de 150 litres/heure",
explique Paul-Henri Roux,
directeur commercial de
Nymphea Water. Mais, précise-t-il,
"il ne s'agit encore
que d'une unité pilote, qui a
coûté 2 millions d'euros
et qui sera testée un an afin
d'évaluer les conditions
scientifiques et économiques
d'une possible production
industrielle".
L'installation de prélèvement
a été mise en place grâce
à un navire océanographique
de la Comex, le Minibex,
et avec le concours de
plongeurs et à l'aide de
robots sous-marins. La source
a d'abord été recouverte
d'un socle en acier
inoxydable, qui assure en même
temps l'étanchéité du système.
Cette lourde pièce ancrée au
fond par des câbles est
surmontée d'une sorte de
trompette renversée et d'une
coupole en plexiglas épais,
ouverte vers le bas. Cette
dernière produit de l'air
comprimé qui permet de réguler
le débit de la source en évacuant
l'eau en excès. Une technique
qui empêche que l'eau douce
ne se mélange à l'eau de
mer. Par l'intermédiaire d'un
tuyau souple de 25 centimètres
de diamètre, l'eau de la
source monte naturellement
vers la surface de la mer, où
a été installée une
fontaine en inox de 6 mètres
de diamètre, ouverte à l'air
libre et qui flotte grâce à
un ensemble de plusieurs
grosses bouées.
Observer le jaillissement
Le public, mais aussi les équipes
de techniciens et de
scientifiques, peuvent ainsi
observer le jaillissement de
l'eau car la fontaine restera
en place pendant l'été. Puis
elle sera démontée, l'eau de
la source continuant à sortir
en mer par l'intermédiaire de
la coupole translucide. L'unité
de captage, quant à elle,
demeurera en place pour
effectuer des mesures
relatives à la qualité de
l'eau douce, à son degré de
salinité et à sa composition
minérale. Ces données
devraient permettre aux hydrogéologues
de Nymphea Water de déterminer
son origine géographique en
mesurant la quantité
d'isotopes O16 et O18
présents dans l'eau. Leur
proportion varie avec la température
des eaux de pluie tombant sur
le bassin versant qui alimente
la source et évolue aussi en
fonction de l'altitude. "Nous
pourrons ainsi remonter le
courant et retrouver sa trace",
affirme le géologue Ghislain
de Marsily (université
Paris-VI), conseiller de
Nymphea Water. Les
renseignements recueillis par
le prototype de captage
serviront aussi à réaliser
une modélisation des écoulements
d'eau sur un an. Cette modélisation
sera ensuite étendue aux
trente années précédentes,
en tenant compte des données
pluviométriques fournies par
Météo France. Enfin, les
scientifiques souhaitent dater
la source, un travail délicat,
car deux dates sont possibles :
il y a 5 millions d'années,
quand la Méditerranée s'est
asséchée avec la fermeture
du détroit de Gibraltar ou il
y a 20.000 ans, lors de
la dernière glaciation, quand
le niveau de la mer est
descendu de 120 mètres.
Pendant l'année à venir,
Nardo Vincente, spécialiste
de biologie marine et
professeur à la faculté des
sciences Aix-Marseille,
conduira également une étude
sur le site de la source et
fera un inventaire de la faune
et de la flore sous-marines
qui y sont présentes. Ainsi
pourra-t-on déterminer le rôle
que joue cette eau de source
dans l'environnement marin. Si
c'est nécessaire, " nous
pouvons parfaitement envisager
de ne prélever qu'une partie
de cette eau", précise
M. Roux. D'ores et déjà,
un certain nombre de pays du
pourtour méditerranéen ont
fait part de leur intérêt
concernant l'exploitation des
sources d'eau douce en mer :
la Syrie, le Maroc, le Liban,
Chypre, la Grèce, l'Espagne.
Mais aussi les pays du Golfe,
Oman et les Emirats arabes
unis. A terme, tous les
espoirs sont permis... Il faut
toutefois rappeler qu'une
tentative de captage avait déjà
été faite sans grand succès
sur la source de Port-Miou,
dans les calanques de Cassis,
il y a vingt ans par le Bureau
de recherches géologiques et
minières et la Société des
eaux de Marseille. Mais la réalité
du terrain est différente de
celle de la source Mortola.
Celle de Port-Miou débouche
sur une falaise par un conduit
horizontal. Pour capter ses
eaux, dont le débit est dix
fois supérieur à celui de la
source Mortola, il avait fallu
creuser un puits vertical sur
terre, à 1 kilomètre de
la côte. Les eaux recueillies
s'étaient révélées trop
salées, et l'installation
n'avait pas résisté aux
crues. haut
L'ambition
verticale des villes
par GENEVIEVE WELCOMME,
publié dans la Croix le 21
novembre 2003
Paris
s'offrira-t-elle une ligne
d'horizon où les gratte-ciel
rivaliseront avec la tour
Eiffel ? Plus que jamais, les
grandes villes de la planète
voient s'ériger des tours aux
silhouettes audacieuses. D'emblée,
la question irrite et semble
ne pouvoir faire l'objet d'un
débat serein. Et pourtant,
Paris ne peut éluder la
question de sa hauteur alors
qu'un nouveau plan local
d'urbanisme (PLU) - qui succédera
au plan d'occupation des sols
(POS) de 1977 - doit être
discuté et adopté par le
Conseil de Paris en 2004.
Jusqu'à présent, sauf
exception (tour Montparnasse,
Centre Georges-Pompidou,
Bibliothèque François-Mitterrand
?), les constructions sont
limitées à 25 m dans le
centre de la capitale, qui se
"calent" ainsi sur
la hauteur moyenne de l'îlot
haussmannien. Mais Paris (105
km²) étouffe et risque, à
terme, de se replier sur son rôle
de ville-musée hébergeant
principalement des personnes
aisées et âgées. La
municipalité, qui aimerait
que 3.000 logements neufs par
an soient proposés chaque année
au cours de l'actuelle
mandature, a recensé un déficit
d'environ 100.000 logements
sociaux, tandis que la pénurie
et la spéculation immobilière
découragent les entreprises :
en quinze ans, la capitale a
perdu près de 200.000 emplois
au profit des régions.
Le quartier de la Défense
ayant quasiment atteint le
volume maximum de ses droits
à construire, c'est à la périphérie
de Paris que de nouveaux
projets - de nouvelles tours ?
- peuvent être envisagés.
Ainsi, l'architecte Yves Lion
a-t-il, l'an dernier, remporté
le projet pour l'aménagement
de la ZAC Seine-Rive gauche
comprenant la réalisation de
plusieurs tours de 20 à 25 étages.
Ce projet - que contestent des
associations parisiennes -
ainsi que l'échéance
prochaine pour l'adoption du
plan local d'urbanisme, ont
ranimé une vieille querelle. Il
est vrai que les tours élevées
dans Paris intra-muros n'ont
pas (à quelques exceptions près)
gagné l'adhésion, en
particulier celles qui furent
construites dans les années
1970 sur de grandes dalles
(Front de Seine, les
Olympiades ?), tristes
"no man's lands" où
personne ne s'attarde, qui
isolent les immeubles de la
rue, compliquant encore leur
intégration dans la ville. On
peut imaginer, pourtant, que
les "immeubles de grande
hauteur" fleuriront aux
abords de Paris ; espérer
qu'on les dressera dans des
endroits capables de les
accueillir (en termes
d'infrastructures, notamment)
et que l'on saisira la chance
de mettre en oeuvre, avec
elles, un urbanisme qui
rapprochera intelligemment le
centre et les
"faubourgs". Car les
tours ont, au-delà de leurs
inconvénients et avantages
intrinsèques (densité de la
population, lieu d'activités
mixtes, surfaces
"modulables" pour
les entreprises...), un fort
potentiel de développement
dans une économie où le
secteur tertiaire domine.
A Vienne, Francfort,
Hambourg, Barcelone... les
projets sont (à peine) plus
modestes
Ce qui est vrai à Paris se vérifie
d'ailleurs partout dans le
monde. Ceux qui pensaient, au
lendemain de l'attentat du 11
septembre 2001, que la
construction d'édifices de
plus de 20 étages marquerait
le pas dans les années à
venir ne peuvent que constater
l'inverse. Plus de 350 tours
ont été livrées en 2002,
principalement en Asie et aux
Etats-Unis. Partout dans le
monde, le programme
s'intensifie : à Tokyo, 135
nouvelles tours sont en cours
d'achèvement; à Sao Paulo
plus de 200 tours sont en
construction ou en projet.
Sans que s'apaise la
traditionnelle rivalité sur
la hauteur. A plus de 500
m, le Shanghai World Financial
Center (Kohn Pedersen Fox
architects) détiendra, à sa
livraison en 2007, le record
mondial de hauteur, détrônant
les Petronas, tours jumelles
de Kuala Lumpur (451 m) et même
la toute récente One 0 One
(parce que 101 étages), à
Taipei (Taïwan), conçue par
C. P. Wang, inaugurée il y a
deux semaines et qui culmine
à 508 m. A Vienne, Francfort,
Hambourg, Barcelone... les
projets sont (à peine) plus
modestes. A Londres, cinq bâtiments
de plus de 200 m devraient
voir le jour d'ici à 2008
dont la London Tower Bridge de
Renzo Piano (300 m, pour
Sellar Property group), la
tour Heron (222 m) de Kohn
Pedersen Fox architects, la
Saint Mary's Axe (180 m, pour
Swiss Re) de Norman Foster.
Barcelone s'offre une skyline
(ligne d'horizon) en dressant
d'un coup une dizaine de tours
(80 m minimum), dont la tour
Agbar de Jean Nouvel (142 m) ;
Vienne vient d'inaugurer, à
son entrée sud, les jumelles
de Wienerberger (138 et 127 m)
de Massimiliano Fuksas ;
tandis que le port de
Rotterdam logera bientôt la
plus haute tour d'Europe,
Parkhaven (392 m, pour Mervede
Group Ballast Nedam), de Kohn
Perdersen Fox architects...
Sans parler de New York où
Renzo Piano construit le
gratte-ciel du New York Times
(250 m) et, surtout, se prépare
au chantier le plus attendu :
la construction, en lieu et
place de l'ancien World Trade
Center, d'un édifice de 547 m
(soit 1.776 pieds : date de
l'indépendance des Etats-Unis),
conçu par l'architecte Daniel
Libeskind. On est loin d'un
repli stratégique.
Investisseurs et architectes
ne veulent pas renoncer à cet
outil fascinant, les premiers
parce qu'il reste un symbole
incontestable de puissance
financière, et s'avère économiquement
rentable ; les seconds parce
que la verticalité demeure
l'un des plus beaux défis du
métier et que la technologie
permet, plus que jamais, de
varier les typologies de
gratte-ciel.
Car la tour est de moins en
moins ce bloc monolithique et
répétitif que l'on connaît.
Les gratte-ciel se dressent
aujourd'hui comme de véritables
sculptures (comme le projet de
l'architecte allemand André
Poitiers qui offre une
reproduction démesurée d'une
oeuvre de Brancusi),
apprennent l'écologie en intégrant
peu à peu les exigences de
construction "Haute
qualité
environnementale",
deviennent des morceaux de
villes à eux seuls en offrant
tous les services possibles, y
compris les jardins
suspendus... Parce qu'elle est
au plus près d'une réalité
économique qui parle de
concentration et de
globalisation, la tour-ville
incarne les fantasmes liés au
futur. Elle demeure aussi ce rêve
d'ascension tel qu'en parlait
Kafka, en 1920 :
"L'essentiel de
l'entreprise consiste à
construire une tour qui
atteigne le ciel. Toute autre
chose est secondaire. Cette idée,
une fois conçue dans sa
grandeur, ne peut plus disparaître.
Tant qu'il y aura des êtres
humains, le désir impérieux
d'achever la construction de
la tour persistera."
haut
Académie
des inscriptions et
belles-lettres : De Mérimée à
Marathon
par ANNE
MURATORI-PHILIP, publié
dans le Figaro le 29 novembre
2003
C'est en présence
de Xavier Darcos, ministre délégué
à l'Enseignement scolaire, que
s'est déroulée la séance de
rentrée de l'Académie des
inscriptions et belles-lettres.
Gilbert Dagron, président en
exercice, a dressé le bilan des
activités de l'année, avant de
céder la parole à Jean-Pierre
Callu, pour la lecture du palmarès
et la proclamation des nouveaux
archivistes paléographes.
Ensuite, le secrétaire perpétuel,
Jean Leclant, a rappelé les
deux thèmes retenus pour cette
séance de rentrée : d'une
part, l'hommage à Prosper Mérimée,
l'inventeur du "monument
historique" dont l'un de
ses biographes est Xavier Darcos.
"Elu en 1843 membre de
l'Académie des inscriptions et
belles-lettres avant de devenir
en mars 1844 membre de l'Académie
française, Prosper Mérimée
n'est pas près d'être oublié
par notre compagnie", a précisé
le secrétaire perpétuel. Et
d'autre part, une communication
originale "Du Gymnase à
Marathon" : "Nous nous
projetons dans le futur, puisque
l'un des faits majeurs de 2004
sera la célébration des Jeux
olympiques de Grèce, dans le
lieu hautement symbolique de
Marathon."
Si la figure de Mérimée écrivain
éclipse le plus souvent celle
de Mérimée inspecteur général
des monuments historiques,
Roland Recht a rappelé comment
le jeune Mérimée, déjà célèbre
et fêté, va se consacrer à
son nouveau métier pendant 19 ans.
Sitôt installé, il a identifié
les sources du danger qui
menacent les monuments : les curés,
les réparateurs aussi dangereux
que les destructeurs parmi
lesquels se situent les
architectes et les peintres,
pseudo-artistes et
badigeonneurs. "Contraint
d'agir rapidement afin de
prendre de vitesse les
destructeurs, a expliqué Roland
Recht, il lui faut mobiliser des
"réparateurs" dignes
de ce nom. Il n'a pas à
proprement parler une doctrine
sur ce point. Sa conception de
la restauration évolue, en
fonction des circonstances. Mais
Mérimée se situerait plus près
des idées de John Ruskin,
absolument hostile à toute
intervention, que d'Eugène
Viollet-le-Duc." La preuve,
il écrit : "Une
restauration totale est toujours
difficile, impossible même, et
équivalente à une
destruction."
Pour l'historien d'art, la maîtrise
de l'écriture de Mérimée n'a
pas été étrangère à la réussite
de l'Inspecteur des monuments
historiques. Sa fameuse nouvelle
La Vénus d'Ille en est
la plus belle illustration :
"Je dirai qu'il s'est
acquitté avec d'autant plus de
pertinence de sa mission que son
regard s'est posé sans lyrisme
sur les pierres qu'il avait à
examiner." Roland Recht qui
a brillamment retracé les
multiples étapes de la croisade
de Mérimée contre le
vandalisme, a rappelé qu'on lui
doit aussi la redécouverte du
Moyen Age ; enfin dans son
action, il a beaucoup plus
privilégié le monument d'art
au détriment du monument
d'histoire. Dans la perspective
des Jeux olympiques de 2004,
l'archéologue Juliette de La
Genière a choisi d'évoquer les
Jeux de l'Antiquité. Le
rendez-vous d'Olympie était en
réalité une fête religieuse
en l'honneur de Zeus et d'Héraclès,
célébrée par les représentants
de toutes les cités grecques.
Les sportifs contemporains
seraient bien surpris par le
spectacle qu'offraient les athlètes
antiques, qui étaient nus à côtés
de leurs entraîneurs vêtus.
Mais aucun regard féminin ne
pouvait se poser sur eux, car
les Jeux étaient interdits aux
femmes.
Dans un récit passionnant,
l'archéologue a rappelé les étapes
de l'éducation, l'entraînement
au gymnase et l'accès aux
concours panhelléniques. Si les
courses de chars, très coûteuses,
étaient réservées à une élite,
d'autres épreuves étaient
accessibles à de simples
paysans, comme la course à pied
ou le pugilat. "En réalité,
a expliqué Juliette de La Genière,
l'esprit de concours n'habite
pas seulement le sport ; car
tous les domaines de la culture
grecque en sont pénétrés,
qu'il s'agisse du théâtre, de
la musique et de la poésie; des
défis entre peintres, des
sculptures proposées aux
artistes. Et c'est à un
concours de beauté que l'on
doit la guerre de Troie."
Quant à Marathon, c'est l'éclatante
victoire d'un petit nombre de
Grecs face à la formidable armée
du Grand Roi. "Nos
sportifs, en 2004, lorsqu'ils
disputeront à Marathon l'épreuve
de l'aviron, sauront-ils reconnaître,
au-delà du béton qui nous
chagrine, le lieu où l'héroïsme
d'un petit nombre a sauvé la
première, et très jeune, démocratie
?" haut
Un
nouveau patriarche chaldéen élu...
à Rome
par HENRI
TINCQ, publié dans le Monde du 5
décembre 2003
C'est un "pape" de
transition que s'est donnée,
mercredi 3 décembre à Rome,
l'Eglise assyro-chaldéenne
(700.000 fidèles), la
communauté chrétienne de
loin la plus nombreuse d'Irak,
présente aussi en Iran, au
Liban, en Egypte, en Syrie, en
Amérique du Nord et en
France. Mgr Emmanuel Delly, 78
ans, évêque à la retraite,
a été élu patriarche de
Babylone des Chaldéens par
ses pairs et a pris le nom
d'Emmanuel III Delly. Il succède
à Raphaël Ier Bidawid, dont
il était le vicaire
patriarcal, décédé le 7
juillet, soutien du régime
"laïque" de Saddam
Hussein, y compris pendant la
guerre du Golfe.
54 séances de scrutin
Première surprise : cette élection
a eu lieu à Rome. Pour une
Eglise d'Orient jalouse de ses
privilèges, cet événement
ressemble à une humiliation.
Mais le synode des vingt-deux
évêques chaldéens, réuni
en août à Bagdad, n'avait
pas dégagé de fumée blanche
après quinze jours et
cinquante-quatre séances de
scrutin ! L'impasse était
totale entre les porte-parole
de la diaspora chaldéenne de
l'étranger (notamment aux
Etats-Unis), favorables à la
politique américaine en Irak,
et les évêques de l'intérieur,
désireux de prendre leur part
dans la reconstruction du
pays, dans un environnement
musulman jugé menaçant. La
seule issue restait d'aller
porter le différend au
Vatican. Le synode
extraordinaire, réuni les 2
et 3 décembre, a permis
d'aboutir à un compromis. Le
nouveau patriarche, né en
1927, est originaire de Telkaïf
(près de Mossoul), la ville
de Tarek Aziz, ancien ministre
de Saddam Hussein, fief de la
grande majorité des Chaldéens
installés aux Etats-Unis.
Cette laborieuse élection
intervient à un moment d'insécurité
croissante, y compris pour la
minorité chrétienne d'Irak.
Des agressions ont eu lieu
contre des vendeurs d'alcool
à Bassora. Des femmes se
disent menacées parce
qu'elles ne portent pas le
voile. Mais le retour à la
liberté (journaux, chaînes
de télé à Kirkouk et à
Mossoul) est apprécié.
Yonadam Kanaa, président du
Parti démocratique chaldéen,
siège au Conseil intérimaire.
Mgr Louis Sako, nouvel archevêque
de Kirkouk, est vice-président
du Conseil provisoire de la
province de Mossoul. Des
hommes d'affaires chaldéens
de l'étranger sont rentrés
au pays. Depuis la chute de
Saddam Hussein, "la
communauté assyro-chaldéenne
est reconnue comme un élément
indispensable de l'opposition
irakienne et un acteur légitime
de la reconstruction",
note l'association belge
Droits de l'homme sans frontières.
Cette communauté attend un élan
du nouveau patriarche. Reste
à savoir s'il pourra peser
dans les débats à venir,
notamment sur la future
Constitution, dont les chrétiens
se demandent si elle fera de
l'Irak un Etat laïque ou
islamique. haut
Les
stèles de Nahr el-Kalb racontent
l’histoire du Liban
L’aménagement du
site par la
Fondation nationale
du patrimoine et la
Direction générale
des antiquités
par JOANNE
FARCHAKH, publié
dans l'Orient-le
Jour le 25 novembre 2003
Les
stèles de Nahr
el-Kalb, éparpillées
sur la falaise de
Dbayé et le long de
la route, revêtent
aujourd’hui un
aspect de fête. Fraîchement
nettoyées de la
suie et de la
pollution, mises à
l’abri de la pluie
par les auvents et
présentées dans
leur cadre
historique sur les
panneaux explicatifs
fixés à proximité,
ces stèles ont été,
pour la première
fois de leur
histoire, mises en
valeur par un projet
d’aménagement du
site. Projet parrainé
par la Fondation
nationale du
patrimoine et
chapeauté par la
Direction générale
des antiquités, qui
ont été hier saluées
par les grandes
figures politiques
de la République
venues assister à
l’inauguration du
site à l’occasion
de la fête de
l’Indépendance.
Certes, ce haut lieu
historique a
toujours été
accessible au
public. La cérémonie
d’hier avait
cependant pour
objectif de mettre
à l’honneur les
efforts déployés
par la Fondation
nationale du
patrimoine et la
Direction générale
des antiquités pour
la réhabilitation
du site. En effet,
la fondation a entièrement
financé le projet
de l’aménagement
et de la mise en
valeur des stèles
historiques gravées
sur ce promontoire
rocheux depuis des
millénaires. Plus
de deux cent mille
dollars ont été dépensés
pour raccommoder les
marches des
escaliers, placer la
nouvelle balustrade,
construire un mur
pour
l’insonorisation
du site, nettoyer
les stèles,
restaurer les
auvents placés
par-dessus et boiser
le site. L’argent
utilisé pour ce
projet a été puisé
des fonds de la
fondation qui avait
organisé en 2002 le
Show House au siège
central de la Banque
Audi à Achrafieh.
Cette exposition
avait pour objectif
de financer le
projet d’aménagement
du site de Nahr
el-Kalb dont l’idée
avait été avancée
à la fondation par
M. le ministre
Michel Eddé.
Mme Rima Schéhadé,
membre de la
Fondation nationale
du patrimoine
explique que
"la réussite
de ce projet tient
à la collaboration
active et continue
entre les différentes
parties soutenant la
fondation dans sa
lutte pour la préservation
du site. Ainsi, les
propriétaires du
terrain - les
wakfs maronites -
et la municipalité
de Dbayé ont déployé
des efforts
colossaux pour
assurer les commodités
nécessaires à la réhabilitation
de ces lieux",
assure-t-elle. Il
est toutefois
important de
souligner que le
projet de réhabilitation
du site de Nahr
el-Kalb ne s’arrête
pas à ce niveau. La
fondation compte en
effet lancer une
deuxième phase de
ce projet visant à
la transformation du
tronçon de la route
longeant les stèles
en un passage piéton.
"Visiter le
site de Nahr el-Kalb
peut-être considéré
comme une “activité
à risque”, note
Mme Schéhadé. La
proximité de
l’autoroute, la
bifurcation de
Zikrit et
l’inexistence de
trottoirs rendent
impossible la visite
des écoles et
mettent en danger la
vie de tout visiteur
désirant lire les
inscriptions.
D’ailleurs, lors
de notre travail sur
les lieux, nous
avons été témoins
de nombreux
accidents de la
route. Transformer
ce tronçon en un
passage piéton est
par conséquent une
nécessité pour,
d’une part assurer
la sécurité des
visiteurs, et
d’autre part
activer les visites
sur ce site",
explique-t-elle.
L’unicité du site
de Nahr el-Kalb
Si la Fondation
nationale du
patrimoine a pris en
charge le
financement du
projet et le travail
sur le terrain, la
Direction générale
des antiquités a,
quant à elle,
effectué toute la
documentation
scientifique nécessaire
à la rédaction des
panneaux explicatifs
et de la brochure.
Ce travail colossal
a été effectué
par Anne-Marie
Afeiche, archéologue
à la DGA chargée
des recherches
scientifiques pour
Nahr el-Kalb, sous
la supervision du
directeur de la DGA,
M. Frédéric
Husseini. "Si
trois promontoires
rocheux (Chekka,
Nahr el-Kalb et
Naqoura) se
distinguent le long
du littoral
libanais, un seul
d’entre eux se
singularise
toutefois par son
importance
historique,
explique-t-elle. Les
vingt-deux stèles
dispersées sur la
falaise de Nahr
el-Kalb sont uniques
en leur genre
localement et
mondialement. En
fait, tous les
grands conquérants
qui ont traversé
cette montagne ont
tenu à immortaliser
leur passage -
particulièrement
difficile - sur
ce promontoire. Le
premier d’entre
eux est le grand
pharaon Ramsès
II". Le dessein
de Ramsès II était
de faire de l’Egypte
un empire unifié
englobant le pays de
Canaan jusqu’à la
frontière de
l’Euphrate.
Ambition qui s’est
toutefois heurtée
à l’hégémonie
hittite. En 1276 av.
J-C, Ramsès a
entrepris un voyage
d’inspection le
long de la bande côtière
phénicienne. Arrivé
à Nahr el-Kalb, il
fit ériger sur la
falaise une première
inscription en son
nom. Deux autres stèles
lui sont aussi dédiées,
Ramsès II réaffirmant
ainsi son autorité
sur la région.
Cette démarche a été
imitée par les
autres conquérants
envahissant cette
bande côtière.
Assyriens,
Babyloniens,
Romains, Byzantins,
Mamelouks... ont
allongé la liste
des stèles en
marquant leur
passage.
"La légendaire
difficulté de
passage d’une armée
sur cette falaise
haute de
quatre-vingt mètres
tombant à pic dans
la Méditerranée était
probablement le
motif poussant ces
rois à graver ces
inscriptions,
affirme l’archéologue
Afeiche.
D’ailleurs,
poursuit-elle,
l’importance stratégique
de ce lieu a été
soulignée au XIIIe
siècle par un
voyageur qui avait
dit que 'quelques
hommes pourraient
empêcher le monde
entier de passer par
là' ". Les
Romains ont
toutefois tenté de
limiter cette
difficulté de
passage en creusant
une route au bas de
la falaise. A
partir du XVIIe siècle,
une nouvelle
fonction est donnée
à Nahr el-Kalb : il
est devenu le mémorial
des grands événements
historiques touchant
l’histoire moderne
du Liban. Le passage
de l’empereur
Napoléon III, les
accords de
Sykes-Picot,
l’inauguration du
chemin de fer, l’Indépendance
de la République
libanaise et la libération
du Sud du Liban de
l’occupation israélienne.
Vingt-deux stèles
racontent cette
histoire tourmentée
où se mélangent
conflits, guerres et
modernisation.
Le visiteur du site
de Nahr el-Kalb peut
désormais suivre
l’évolution de
cette histoire en
empruntant le
circuit aménagé et
en lisant les
panneaux explicatifs
(trilingues) fixés
à proximité des stèles
et sur le haut du
promontoire. La
brochure, réalisée
aussi dans le cadre
de ce projet, est un
"outil"
indispensable à la
réussite de la
visite et à toute
recherche ultérieure
sur l’histoire de
ce site. Les textes,
les photos, la frise
chronologique marqués
dessus peuvent même
être utilisés dans
les cadres des
programmes
scolaires. La
gestion ultérieure
du site reste indéterminée
et vacille entre le
ministère du
Tourisme et la
municipalité de
Dbayé. Cette dernière
pousse le ministère
à mettre la main
sur le site et à
lui assurer
gardiens, guichet
d’entrée sur
horaire et un
entretien régulier.
Le ministère tarde
cependant à donner
une réponse
officielle à cette
demande. Tous les
efforts se déploient
en fait pour la
finalisation de ce
projet et la
transformation des
stèles de Nahr
el-Kalb, d’un lieu
de visite exclu des
circuits
touristiques en un
site archéologique
préservé, aménagé
et visitable.
haut
Jean-Paul
Cluzel : "Le
Moyen-Orient est une
des régions où il
est le plus
difficile de
travailler"
par PATRICIA
KHODER, publié dans
l'Orient-le Jour le
16 décembre 2003
Venu
spécialement au
Liban pour
l’inauguration
des nouveaux
studios de
Radio-Liban-96.2,
M. Jean-Paul
Cluzel, PDG de
Radio France
Internationale,
qui devrait
prendre l’avion
pour la Jordanie
ce matin, a accordé
une interview à
L’Orient-Le
Jour. Il a relevé
que "le
Moyen-Orient est
l’une des régions
du monde où il
est le plus
difficile pour un
média
international de
faire son
travail".
Soulignons que
RFI, qui émet
partout dans le
monde en français
et en 19 langues
étrangères, a 45
millions
d’auditeurs.
Comment la chaîne
française qui
couvre le conflit
israélo-arabe et
qui est écoutée
aussi bien en
Europe qu’au
Moyen-Orient
parvient-t-elle à
couvrir les événements
sans être accusée
de partialité ?
M. Cluzel indique
dans ce cadre que "la
sensibilité est
différente selon
les auditeurs
arabes ou israéliens".
"Chez les
auditeurs arabes,
la sensibilité
existe vis-à-vis
d’une certaine
terminologie,
comment
appelle-t-on Jérusalem
ou les
attentats-suicide,
par exemple",
indique-t-il,
poursuivant que du
côté des
auditeurs israéliens,
la difficulté
consiste à faire
comprendre que la
partie
palestinienne peut
se sentir agressée
et que les représailles
peuvent être
disproportionnées.
"Le problème
est bien compliqué
et RFI veille à
faire entendre la
parole des uns et
des autres",
relève-t-il. A
la question de
savoir si le
programme intitulé
Proche-Orient
Presse produit au
Liban par RFI et
présenté par le
correspondant de
la chaîne à
Beyrouth, Frédéric
Domont, n’a pas
soulevé de tollé
dans les rangs des
Israéliens car il
donne la parole
aux journalistes
et aux
intellectuels
arabes, M. Cluzel
a indiqué que
"selon la loi
libanaise, il est
impossible de
faire venir des
intellectuels israéliens
; en revanche à
Paris, nous
recevons des
journalistes et
des chercheurs
israéliens". Soulignons
dans ce cadre que
le programme
Proche-Orient
Presse avait
effectivement été
critiqué par les
Israéliens. Cette
émission a pour
but de traiter
l’actualité de
la région à
travers le regard
des journalistes
et des
intellectuels
arabes. Et il
semble que le
projet de présenter
ce programme à
partir de Paris
n’existe pas.
RFI restera donc
fidèle au concept
de cette émission
que beaucoup
qualifient de
pertinente et qui
présente des débats
incluant toutes
les tendances. Le
programme de
Domont sera donc
maintenu à partir
de Beyrouth.
M. Cluzel relève
également qu’il "faut
juger globalement
l’équilibre des
programmes de
RFI". "Il
ne faut pas écouter
uniquement ce qui
se fait par le
correspondant à
Beyrouth ou à Jérusalem.
C’est dans la
pluralité de nos
correspondants et
des points de vue
présentés que
l’on doit juger
l’équilibre de
la chaîne",
ajoute-t-il. Est-ce
que la chaîne
française donne
des directives
particulières à
ses correspondants
? "Celles
d’être équilibrés",
indique M. Cluzel,
ajoutant que
"ce qui est
intéressant dans
une radio comme
RFI, c’est de
donner des points
de vue que l’on
n’entend pas
ailleurs,
notamment des
opinions arabes et
juives diversifiées".
Et de conclure que
"le
Moyen-Orient est
évidemment une
des régions du
monde où il est
le plus difficile
pour un média
international de
faire son
travail". Soulignons
enfin que RFI est
désormais présente
sur la bande FM,
à travers RMC,
dans trois villes
irakiennes, Bagdad
(début des émissions
en juillet
dernier), Bassora
(novembre) et
Mossoul (première
semaine de décembre).
La chaîne française
occupe en Irak la
deuxième position
après la radio américaine
Sawa et vient
avant la BBC.
haut
Al-Qaida
l'ennemi
mythologique
par RICHARD
LABEVIERE, publié
dans le Figaro le
24 novembre 2003
L'auteur
est rédacteur en
chef et éditorialiste
à Radio France
Internationale
(RFI). Dernier
ouvrage paru : Les
Coulisses de la
terreur, Grasset,
2003
Il n'est pas
un attentat
terroriste,
aujourd'hui dans
le monde, qui ne
soit
automatiquement
attribué à
al-Qaida, considérée
comme une
organisation opérationnelle
transnationale,
sinon planétaire
et par conséquent
nécessitant une
réponse planétaire
: la guerre
contre la
terreur, chère
aux néoconservateurs
américains. A
une mauvaise
analyse
correspondent,
bien évidemment,
de mauvaises réponses,
tant il est vrai
que, depuis
qu'elle a été
déclenchée,
cette guerre
planétaire
contre la
terreur n'a pas
vraiment amélioré
la paix et la sécurité
mondiales. Au
contraire, la
fuite en avant
alimentée par
l'occupation américano-britannique
de l'Irak et la
gestion
calamiteuse de
la confrontation
israélo-palestinienne
ne font que
renforcer la
menace et le
ressentiment du
monde
arabo-musulman
contre les
nouveaux
"croisés"
d'un Occident dépositaire
d'un bien étalon
à l'usage de
toutes les
civilisations...
Le malentendu,
sinon le
contresens,
remonte à
l'interprétation
des attentats du
11 septembre
2001 que
d'aucuns ont cru
bon analyser
comme une
coupure
historique aussi
importante que
celle de la fin
de la guerre
froide : le
monde ancien
finissait, un
nouveau commençait...
A cette illusion
d'optique, il
faut opposer une
remise en
perspective. En
septembre 2001,
lorsque
surviennent les
attaques aériennes
de New York et
de Washington,
les groupes
djihadistes
d'inspiration
salafistes
(influencés par
les Frères
musulmans égyptiens
et les
wahhabites
saoudiens)
massacrent déjà
depuis une
dizaine d'années
en Algérie, en
Egypte, dans la
Corne de
l'Afrique et en
Asie du Sud-Est.
Le premier
attentat contre
le World Trade
Center remonte
à février 1993
; soixante-trois
touristes
occidentaux sont
massacrés à
Louxor en
novembre 1997 ;
les attentats
d'août 1998
pulvérisent les
ambassades américaines
au Kenya et en
Tanzanie. En réponse
à
l'installation
durable de
soldats américains
en Arabie
saoudite aux
abords des lieux
saints de
l'islam, les
groupes
salafistes s'en
prennent aux intérêts
occidentaux et
prônent la
restauration
d'un califat
mythique et
l'instauration
d'une oumma
(communauté de
tous les
croyants) déterritorialisée.
Renouant avec
une ancienne
filiation
sectaire et
satanique, la
mouvance Ben
Laden incarne la
figure
paroxystique de
cet activisme
qui aboutit aux
attaques de
septembre 2001.
Ces derniers événements
marquent
d'autant plus
l'aboutissement
d'un cycle que
le régime des
talibans qui
abritait et
armait la
mouvance Ben
Laden est détruit
en décembre
2001.
La campagne
d'Afghanistan
ouvre une deuxième
période qui
voit la
recomposition et
la
sanctuarisation
de la mouvance
Ben Laden et de
ses Afghans
arabes dans le
chaudron
afghano-pakistanais
et tout spécialement
dans la métropole
portuaire de
Karachi. Les
groupes
salafistes y bénéficient
de plusieurs
structures
d'accueil : les
quelque 300 madrasas
(écoles
coraniques) qui
enseignent
quotidiennement
à plusieurs
centaines de
milliers d'
"étudiants"
la haine de
l'Occident, les
nombreux partis
islamistes
recrutant pour
la guerre sainte
du Cachemire et
l'ISI, les
services secrets
de l'armée
pakistanaise,
protecteurs et
formateurs des
Afghans arabes
depuis la guerre
d'Afghanistan
contre les
Russes
(1979-1989). La
quasi-totalité
des attentats
commis depuis décembre
2001, notamment
l'assassinat du
journaliste
Daniel Pearl à
Karachi (janvier
2002),
l'attentat
commis contre la
synagogue de
Djerba (11 avril
2002), puis
contre les
techniciens français
de la Direction
des
constructions
navales (DCN) le
8 mai 2002
ramènent tous,
peu ou prou, à
l'épicentre de
Karachi.
Une troisième
phase, enfin,
voit émerger
une nouvelle génération
d'activistes.
Formés et entraînés
par des Afghans
arabes, ces néosalafistes
qui n'ont jamais
mis les pied en
Afghanistan ni
au Pakistan se
recrutent dans
les mouvements
islamistes qui
incarnent
l'opposition aux
familles et régimes
en place en
Arabie saoudite,
au Maroc, en
Indonésie et
tout dernièrement
en Turquie. Pour
eux, Oussama Ben
Laden est devenu
une icône et
al-Qaida une référence
symbolique,
sinon politique.
Les auteurs de
l'attentat de
Bali (octobre
2002) ont été
formés par
l'armée indonésienne.
Après la
session du
Timor-Oriental,
n'ayant pas
obtenu la réalisation
des promesses économiques
et politiques
agitées par les
généraux indonésiens,
ils se
retournent
contre leurs
anciens
commanditaires.
Les responsables
des explosions
meurtrières
survenues au
Maroc en mai
2003 sont tous
issus des
bidonvilles de
Casablanca ou de
Tanger, dans un
contexte où
plus de la moitié
de la population
est victime de
l'analphabétisme
et où un
lumpen-prolétariat
exponentiel, de
plus en plus
difficilement
canalisable,
revendique une
meilleure répartition
de la rente
touristique. En
Arabie saoudite,
les auteurs des
attentats de mai
2003 et de ceux
commis il y a
deux semaines
contre le
complexe résidentiel
d'al-Mohaya
sont, en majorité,
des fils de
familles
saoudiennes, de
cette
"bourgeoise"
d'origine yéménite
qui fait
fonctionner le
pays et aspire
aux
responsabilités.
Ces nouveaux
activistes se
gardent bien de
cibler des
objectifs
saoudiens, évitant
ainsi
soigneusement de
déclencher des
vendettas
locales ou
tribales.
Quant aux
derniers
attentats
d'Istanbul, la
police turque a
presque immédiatement
arrêté une
vingtaine
d'activistes
locaux dûment
fichés par les
services de
renseignements,
même s'il est
politiquement
plus rentable
pour le premier
ministre turc
d'accabler
l'ennemi
ancestral arabe
et le complot de
l'étranger. Dès
lors, la démonisation
d'al-Qaida est
bien pratique.
Superbe
invention médiatique,
griffe de haute
couture sécuritaire,
affiche
consensuelle
pour chasseurs
de primes d'un
autre âge,
propagande
grossière mais
efficace : si
al-Qaida
n'existait pas,
il faudrait
l'inventer.
Depuis le 11 septembre
2001, le label
al-Qaida a
subrepticement
glissé de la désignation
d'une bande de
malfaiteurs dont
Ben Laden était
le chef à celle
d'une
organisation
high-tech, puis,
enfin à la
qualification
d'un réseau
planétaire de
type network :
al-Qaida s'est
"CNNisée"
comme la chaîne
al-Jezira qui
sert sa
communication.
Al-Qaida est
partout, donc
nulle part. Tel
l'imam caché,
Ben Laden, à la
fois mort et
vivant, est
derrière chaque
explosion de
bombe inexpliquée.
Son organisation
est heureusement
là pour donner
sens à tous les
désordres du
monde.
Le fantasme
d'une al-Qaida
planétaire et
pyramidale,
celui d'un
orchestre vert
ou d'une
internationale
en tous points
conforme à
celle du
Komintern, est
en train de
justifier le
plus grand redéploiement
militaro-stratégique
américain
effectué depuis
la fin de la
Seconde Guerre
mondiale. La
guerre sans fin
contre la
terreur a
remplacé la
guerre contre le
monstre
communiste.
Aussi, il n'est
pas étonnant de
voir,
aujourd'hui,
d'anciens
experts de
l'URSS
reconvertir leur
vieille
scolastique aux
couleurs d'une
violence
islamiste dont
ils ignorent
tout en lui
appliquant les
schémas d'une
kremlinologie
anachronique.
Ces relais idéologiques
des néoconservateurs
américains
montent la garde
sur le Vieux
Continent. Pour
l'empire américain,
il est important
que la
mythologie
al-Qaida
perdure. Pour
survivre,
l'empire a
besoin d'un
ennemi à sa
taille et de
faire la guerre
: une guerre
sans fin.
haut
publié dans le
Monde du 16 décembre
2003
D'abord, la
satisfaction.
L'arrestation
samedi soir 13 décembre
de Saddam Hussein
est une excellente
nouvelle. Il n'est
pas si fréquent
dans l'histoire
qu'un des tyrans
les plus féroces
de son temps soit
ainsi mis en
situation d'avoir
à rendre des
comptes. Or les
comptes de l'ex-président
irakien, renversé
il y a huit mois
par la coalition
dirigée par les
Etats-Unis, sont
lourds. Et
sanglants. L'homme
qui a été
retrouvé caché
dans un village de
la région de
Tikrit est l'un
des plus grands
criminels de l'époque.
Il a fait le
malheur des
Irakiens et des
peuples alentour.
Il a humilié le monde
arabe en
installant une
mafia criminelle
à la tête d'un
pays qui avait
tout pour devenir
l'un des moteurs
de la modernité
dans la région :
pétrole, bien sûr,
mais aussi une
population éduquée,
riche de l'héritage
que porte la
vieille terre de Mésopotamie.
Saddam Hussein est
directement ou
indirectement
responsable de la
mort de centaines
de milliers de
personnes. Exerçant
les pleins
pouvoirs sur
l'Irak depuis
1979, il va
gouverner par la
terreur. Exécutions
sommaires,
torture, déplacements
forcés de
populations,
bombardements
chimiques contre
ses propres
minorités :
c'est la méthode
Saddam à l'intérieur
de l'Irak. Combien
de Kurdes ont péri
dans les grandes
campagnes menées
contre eux de 1985
à 1988, puis au
printemps 1991,
après que les
Etats-Unis les
eurent incités à
se révolter à
nouveau, avant de
les abandonner
ignoblement à la
Garde républicaine
de Saddam ?
Peut-être trois
cent mille, disent
certaines sources.
Combien de chiites
décimés dans les
mêmes conditions ?
Peut-être autant.
Non content de
martyriser les
Irakiens, Saddam
Hussein, à peine
arrivé au
pouvoir, va lancer
l'Irak dans une
guerre de huit ans
contre l'Iran,
avec l'appui de
l'Occident. Encore
des centaines de
milliers de morts.
Puis, tout juste
sorti de ce
cauchemar, il
envahit le Koweït,
d'où il sortira défait
militairement,
cependant que les
Irakiens vont être
soumis à un
terrible embargo
économique. Sa
capture apporte un
peu de baume à
George W. Bush.
Depuis la défaite
du régime de M. Hussein,
les forces
d'occupation américaines
ont perdu 200 hommes
dans la bataille
que leur livre une
guérilla
multiforme. Saddam
Hussein inspirait
peut-être -
rien n'est moins sûr -
l'une des
composantes de
cette guérilla.
Mais pas les
autres, islamiste
et nationaliste.
M. Bush a eu
raison de se
garder de tout
triomphalisme.
L'arrestation de
samedi ne mettra
pas fin à la
violence. Comment
juger l'auteur de
crimes qui valent
bien ceux d'un
Slobodan Milosevic ?
A Bagdad, le président
du Conseil de
gouvernement
provisoire,
Abdelaziz Hakim, a
dit sa préférence :
un jugement en
Irak par des juges
irakiens. Mais il
n'y a pas de
tradition
judiciaire
irakienne sérieuse.
L'impératif
d'exemplarité et
l'ampleur des
crimes ne
commandent-elles
pas un procès à
Bagdad devant une
juridiction
onusienne ad
hoc, avec des
juges irakiens et
internationaux ?
Les Etats-Unis,
bien qu'opposés
à la justice
internationale,
s'honoreraient à
favoriser une
telle solution.
Pour l'Histoire.
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