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Le Liban touché de plein
fouet par la tragédie en Arabie
saoudite
Sept tués et 53 blessés
libanais dans l’attaque-suicide
contre un centre résidentiel à
Ryad
paru dans l'Orient-le Jour le
10 novembre 2003
Touché de plein fouet par la
tragédie, le Liban était sous
le choc hier après l’attentat
contre un complexe résidentiel
de Ryad, le Mouhaya, qui a fait
au moins dix-sept morts, dont
sept Libanais. Les mots manquent
pour décrire l’attentat, qui
a décimé des familles et semé
la douleur et le deuil dans les
foyers libanais. Perpétré dans
la nuit de samedi à dimanche,
l’attentat à la voiture piégée
contre le complexe proche du
palais royal al-Yamama, résidence
d’expatriés de pays arabes
essentiellement, mais aussi d’Occidentaux,
a fait également 122 blessés,
selon les chiffres disponibles
en début de soirée. Parmi eux,
53 sont libanais, assure-t-on de
source saoudienne. On sait
du reste que 60 % des résidents
du complexe résidentiel étaient
de nationalité libanaise,
certains d’entre eux portant
aussi une nationalité américaine.
Selon les témoignages
recueillis auprès des Libanais
résidant sur place, l’attaque
a commencé par des tirs
d’armes automatiques provenant
d’un monticule situé au
voisinage du complexe. Ces tirs
ont visé les appartements
illuminés. Peu après, un véhicule
militaire, probablement volé, a
forcé l’entrée du complexe.
Ses occupants portaient des
uniformes similaires à ceux des
gardiens du complexe. Certains
des assaillants tiraient dans
toutes les directions, pendant
que la voiture fonçait sur
l’un des ensembles du
complexe, avant d’exploser.
Deux autres explosions ont également
été entendues, ajoutent des témoins
libanais de l’attentat, ainsi
que des rafales d’armes
automatiques entre les
immeubles, dans les escaliers et
à l’intérieur de certains
appartements. Des témoins
assurent que beaucoup de
Libanais ont eu le visage criblé
par des bris de verre. Le
complexe résidentiel Mouhaya
comprenait 200 villas et
bungalows, et abritait environ
600 personnes, des couples avec
leurs enfants pour la plupart
et, parmi les Libanais, de
nombreux cadres actifs dans des
agences de publicité . De sévères
mesures de sécurité ont été
prises autour de son périmètre,
à l’issue de l’attaque. Cinq
enfants, dont trois libanais,
figurent parmi les victimes de
cet attentat attribué par un
responsable saoudien à el-Qaëda,
le réseau terroriste d’Oussama
Ben Laden. Les deux petits
libanais tués identifiés
d’abord sont Raya Mezher (4
ans) et son frère Jade (8 ans).
"Leur mère, qui a échappé
à l’attentat, était enceinte
et a perdu son bébé tandis que
leur père est hospitalisé dans
un état grave", ont indiqué
leurs proches, déchirés par la
douleur. Il s’agit des enfants
de Charbel Mezher, un cadre de
l’agence de publicité Fortune
Promoseven. On apprenait en fin
de soirée que Richard Haïdar,
sa femme Nancy et leur fils Jade
avaient tous trois trouvé la
mort dans l’attentat, le véhicule
piégé ayant explosé
pratiquement sous leur pavillon.
Les deux autres morts libanais
sont Nina Gébrane et Rania
Saleh.
Dispositions pratiques
Le président Emile Lahoud et de
hauts responsables civils et
religieux ont vivement condamné
cet attentat. A la suite de
concertations avec le chef de
l’Etat et le Premier ministre,
une délégation composée de
trois diplomates s’est envolée
en milieu d’après-midi pour
Ryad avec pour mission
d’apporter une assistance matérielle
et morale aux familles des
victimes libanaises. Cette délégation
pourrait décider sur place de
rapatrier les blessés.
L’ambassade du Liban a convoqué
les Libanais habitant le
complexe résidentiel Mouhaya à
se retrouver aujourd’hui au siège
de la chancellerie, à 13
heures, pour discuter des
dispositions pratiques que
voudraient prendre les Libanais
visés par l’attentat, pour ce
qui concerne essentiellement le
rapatriement éventuel de ceux
qui le désirent, le relogement
des autres et l’octroi de
nouveaux passeports à ceux qui
les ont perdus dans la tragédie. Selon
une source proche de
l’ambassade du Liban à Ryad,
le Premier ministre aurait
provisoirement mis à la
disposition des Libanais, ayant
perdu leurs biens dans
l’explosion, des pavillons
dans le complexe résidentiel
Oger-Arabie saoudite. Le fils de
M. Hariri, Saad Hariri, serait
en étroit contact avec
l’ambassadeur du Liban pour
coordonner l’opération de
secours aux Libanais sinistrés.
Le Premier ministre lui-même
est entré à plusieurs reprises
en contact avec le diplomate,
pour faire le point de la
situation au fur et à mesure
que l’ampleur de la tragédie
se précisait.
La délégation des AE qui
s’est rendue hier à Ryad
comprend MM. Haytham Jomaa,
directeur des Emigrés, Ghassan
Naamani, directeur des Affaires
arabes et ancien ambassadeur du
Liban en Arabie saoudite et
Youssef Sadaka, conseiller. Elle
a effectué hier à son arrivée
une tournée des hôpitaux où
sont soignés les blessés
libanais et a donné rendez-vous
à tous les résidents du
complexe visé par l’attentat,
à midi, à l’ambassade du
Liban. A Beyrouth, une
cellule de crise a été mise
sur pied pour assurer le suivi
de l’affaire. Les personnes désireuses
d’obtenir aujourd’hui des
informations au sujet des
attentats et des victimes
doivent prendre contact avec la
direction des affaires
politiques du palais Bustros.
Forte de plus de 100.000
personnes, la communauté
libanaise en Arabie saoudite est
une des plus actives au royaume
et a grandement contribué à
son développement économique.
Les Libanais présents en nombre
en Arabie saoudite depuis la fin
des années soixante travaillent
dans presque tous les secteurs :
banque, publicité, éducation,
hôpitaux, commerce et
alimentation. Mais avec la récente
montée des actes terroristes
dans le royaume, certains
Libanais commencent à envisager
de partir vers des cieux plus cléments.
haut
Israël-Palestine
hors les murs
L'aveuglement
israélo-américain risque de
nourrir le Jihad et de provoquer
une extension du conflit au-delà
des frontières
par DOMINIQUE THOMAS, publié
dans Libération le 25 septembre
2003
L'auteur
a écrit "Londonistan, la
voix de l'islam" (Ed.
Michalon)
Depuis plusieurs mois, la lente
dégradation du conflit israélo-palestinien
promise à une déflagration
totale laisse transparaître de
sérieux risques de débordement
sur la scène extérieure. En
effet, la question palestinienne
représente déjà une icône,
un symbole en plus d'un
formidable vecteur de
mobilisation pour les différents
courants jihadistes
internationaux de l'islam
politique. Le passage à la
lutte armée avait pourtant été
jusque-là reporté pour de
multiples raisons de mise en
oeuvre singularité des
frontières, enclavement des
territoires et présence d'un
nationalisme palestinien
structuré et efficace. Du fait
des positions conjuguées israélo-américaines
dans la région, le danger d'une
délocalisation pourrait bien
puiser ses racines à l'intérieur
même des territoires
palestiniens. Lorsque le Premier
ministre israélien, Ariel
Sharon, déclare vouloir "éliminer"
purement et simplement le Hamas
ainsi que d'autres groupes
radicaux, il fait preuve d'une
inconsciente naïveté ou d'un
sentiment de supériorité qui
comporte une série de hauts
risques. Eliminer le Hamas et le
Jihad islamique reviendrait à
ignorer entre 20 et 30 % du
peuple palestinien qui les
soutient. Toutes les parties
doivent prendre en compte que
ces deux formations constituent
une composante du champ
politique palestinien. Tôt ou
tard, elles entreprendront un
processus de mutation politique
comme le Hezbollah l'avait
accompli en son temps, ce que
l'Union européenne a très bien
su saisir. De même, la
liquidation de la tête
politique du Hamas présente
dans les territoires reviendra
à donner carte blanche à une
prise en main du mouvement par
sa branche extérieure, plus
radicale encore. Cela entraînera
de nouvelles orientations de la
mouvance, qui, n'ayant plus de
frontières, risque de considérer
le combat dans sa globalité,
porté partout où des intérêts
israéliens, voire américains,
seront présents.
Sur un deuxième plan tout aussi
essentiel, la gestion du futur
de l'Autorité palestinienne, et
de son leader Yasser Arafat,
valide la même analyse. Sa
liquidation physique ou
politique entraînerait un
cataclysme plus important
encore. Le vieux chef
palestinien demeure
incontournable, il est le seul
à pouvoir encore garantir une
issue acceptable pour les deux
parties. Là encore, il faut
bien comprendre que son élimination
se traduirait par une
radicalisation totale de son
groupe, le Fatah, intérieur
comme extérieur, de la
Palestine au camp de réfugiés
du Liban. Elle provoquerait la
création de brigades "Abou
Ammar" (son nom de guerre)
déterminées à disséminer le
conflit sous différentes
formes, y compris à l'extérieur.
Tant au niveau de
l'administration américaine que
du gouvernement israélien,
l'escalade apparaît la seule
option, démontrant une absence
totale de vision politique pour
cette région. Le gel des
affrontements armés dans les
territoires, dans le cas d'une
opération militaire d'envergure
dans la bande de Gaza,
stimulerait ce phénomène de délocalisation.
Ce que l'on appelait le
"terrorisme proche-oriental
des années 70-80" serait
alors de retour, et il n'aurait
aucun mal à trouver des alliés
de circonstance au sein des éléments
de l'internationale jihadiste du
réseau Al-Qaeda.
haut
"Jour
tragique pour l'Amérique"
par
PIERRE COCHEZ, pubié dans la
Croix le 3 novembre 2003
Le secrétaire
américain à la défense,
Donald Rumsfeld, a parlé d'un
"jour tragique pour l'Amérique"
après les trois attaques qui
ont coûté la vie à 19 Américains,
dimanche 2 novembre, en Irak. Le
même jour, trois autres Américains
ont été tués dans deux
attaques. Un soldat de la première
division blindée de l'armée a
trouvé la mort à Bagdad, tué
par l'explosion d'une bombe
artisanale au passage de son véhicule.
Deux civils américains
travaillant pour le corps des
ingénieurs de l'armée à
Falloujah ont également été
tués dans une explosion
similaire provoquée par un
engin de fabrication artisanale
placé le long d'une route. Ces
attaques sont les plus meurtrières
contre les forces étrangères
en Irak depuis la fin de la
guerre. Elles portent à 141 le
nombre des soldats américains
tués depuis cette date. Le secrétaire
à la défense américain Donald
Rumsfeld a néanmoins affirmé
dimanche 2 novembre que les
Etats-Unis poursuivraient leur
guerre contre le terrorisme et
leur action en Irak : "La
seule chose à faire est de
porter aux terroristes la guerre
contre la terreur." Déjà,
samedi à Mossoul, deux soldats
américains avaient été tués
lors d'une attaque à
l'explosif. Alors que le véhicule
d'un autre soldat sautait sur
une mine à Bagdad.
Lutter contre les
infiltrations de
"terroristes"
Ces nouvelles pertes américaines
interviennent presque six mois
jour pour jour après l'annonce,
le 1er mai par George W. Bush,
de la fin des combats. A
Bagdad, en fin de semaine dernière,
des tracts attribués à
l'ex-parti Baas avaient appelé
les Irakiens à une grève générale
de trois jours et à une
"journée de résistance à
l'occupation". Samedi 1er
novembre, dans une capitale
irakienne qui a connu la semaine
dernière cinq
attentats-suicides faisant plus
de 40 morts, la plupart des écoles
avaient fermé, les parents
ayant renoncé à y envoyer
leurs enfants. Mais de nombreux
magasins restaient ouverts,
tandis que la circulation
reprenait normalement dans la
journée. L'administrateur civil
américain Paul Bremer s'est félicité
samedi que l'appel à la grève
n'ait pas été suivi. Dans le même
temps, il annonçait que la
taille de la Force de défense
civile irakienne allait être
augmentée, et l'entraînement
de ses personnels accéléré.
Dans l'armée, 27 bataillons
seront mis sur pied et entraînés
en un an, au lieu des deux
initialement prévus. L'objectif
est d'engager plus de 200.000
Irakiens dans la défense de
leur pays d'ici à septembre
2004. Paul Bremer s'est aussi
dit convaincu que Saddam Hussein
était toujours vivant, en Irak,
sa capture restant une priorité.
Son village natal d'Ouja, près
de Takrit, a été encerclé
vendredi 31 octobre, l'armée américaine
pensant qu'il pourrait être une
base d'où sont organisées les
attaques.
Sur le plan diplomatique, une réunion
des ministres des affaires étrangères
de sept pays voisins de l'Irak
s'est ouverte dimanche 2
novembre en Syrie à Damas. Cédant
aux pressions de Riyad, Koweït
et Amman, qui avaient menacé de
boycotter la réunion, la Syrie
avait fini par inviter vendredi
soir un représentant de
l'administration irakienne.
Celui-ci faisait savoir qu'il ne
pouvait pas participer à la
rencontre, en l'absence d'une
"invitation
officielle". La réunion de
Damas devait notamment se
pencher sur le problème des
infiltrations de combattants étrangers.
En visite samedi au Koweït, le
nouveau président du Conseil de
gouvernement irakien, le Kurde
Jalal Talabani, avait appelé
les pays voisins de l'Irak à
aider le pays à lutter contre
les infiltrations de
"terroristes". Le New
York Times affirmait samedi 1er
novembre que des centaines de
militants islamistes d'Europe et
du Moyen-Orient sont en route
pour l'Irak afin d'y combattre
l'occupation étrangère et
mener la "guerre
sainte". Le quotidien américain
citait notamment le juge
antiterroriste français
Jean-Louis Bruguière qui
affirmait que "des dizaines
de jeunes gens de confession
musulmane et d'origines modestes
ont quitté la France pour
l'Irak depuis cet été". A
Damas, selon l'agence Associated
Press, les ministres devaient
aussi affirmer soutenir le
Conseil de gouvernement irakien
et dénoncer les groupes
terroristes opérant en Irak,
soulignant que les forces
d'occupation doivent rétablir
la sécurité et la stabilité
dans le pays qu'elles ont envahi
en mars. Les ministres devaient
également préconiser un
renforcement du rôle des
Nations unies, notamment dans la
rédaction d'une nouvelle
Constitution, la préparation d'élections
et l'élaboration d'un
calendrier pour la fin de
l'occupation.
haut
Les pratiques
des dirigeants minent l’Etat
plus que les failles
constitutionnelles
par
EMILE KHOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 1er novembre
2003
Le ver est-il dans le fruit,
c’est-à-dire dans la
Constitution de Taëf ? Ou en
surface, sur la peau, c’est-à-dire
dans les fantaisies irrégulières
des dirigeants ? La controverse
est aussi vieille que la présente
république. Pour la simple
raison que celle-ci n’a
presque jamais fonctionné
normalement. Mentor écouté,
Fouad Boutros publiait, il y a déjà
quelques années, un article
intitulé "Le pourrissement
du système politique par les
pratiques." Depuis lors,
rien n’a changé, si ce
n’est en pire. L’ancien
ministre écrivait en substance
: "Les rapports tendus,
parfois même teintés de
violence, entre les cadres du
pouvoir n’auraient pas suscité
d’intérêt si, par leur
interaction avec d’autres
facteurs, ils ne constituaient
une faille profonde dans l’édifice
des institutions, un défaut
dans leur marche. Les points de
vue des différents acteurs
politiques divergent quant à la
délimitation des responsabilités
en matière de dérive. Mais ils
se retrouvent pour reconnaître
que la Constitution est prise à
la légère, facilement violée
dans son esprit comme dans sa
lettre."
"L’on est porté à
croire que les débordements
successifs découlent d’une
mentalité, de penchants qui
tendent à affaiblir les
fondements de l’Etat. Seuls
les naïfs ne réalisent pas que
la kyrielle des pratiques
politiques à l’ombre de Taëf
présente les prémices d’un
glissement continu du système
pouvant, si l’on n’y prend
garde, l’altérer dans ses spécificités
et dans son esprit même. Les
systèmes n’évoluent pas
seulement par la modification
des textes mais, parfois et sans
y toucher, par la répétition
de pratiques déterminées qui
prennent valeur d’usages ce
qui entraîne l’évaporation
des textes." Il relève
ensuite, toujours en substance,
que "le
tuteur-arbitre, quand il estime
devoir intervenir, limite son rôle
à l’assainissement des
rapports personnels entre les
officiels, pour ménager la
stabilité du pouvoir, sans
s’occuper des failles dans le
fonctionnement des institutions.
Certains pensent qu’il faut
amender les articles de la
Constitution régissant les
relations entre les pouvoirs.
Certes, cette mesure est nécessaire
et devra être prise en temps dû,
mais elle ne répond pas aux
exigences de l’heure. Car la
cause du mal actuel réside dans
la mentalité de la classe
dirigeante, que la révision
constitutionnelle ne changerait
pas. La dérive n’est pas liée
à la Constitution".
Dans ce sens, comprend-on
ensuite, que, bien évidemment,
la loi fondamentale ne prévoit
nulle part que les autorités
libanaises cèdent le pouvoir
pour se soumettre à une
tutelle. Ni que l’on peut mélanger
entre les pouvoirs ou que l’on
doit traiter l’entente ainsi
que l’équilibre politique par
le mépris, comme cela se fait
et se voit. Ce qui est également
le cas pour la pluralité,
l’alternance, les droits, la
solidarité sociale et les
libertés en général. La déliquescence
risque d’aboutir à
l’anarchie ou à un régime
autoritariste, prévenait enfin
l’ancien ministre. Pour
d’autres également, une révision
de la Constitution ne réglerait
pas le problème des mauvaises
pratiques. Les textes ne peuvent
pas amender les mentalités. La
Constitution d’avant-guerre
faisait l’objet de plaintes et
de protestations multiples.
Surtout, en fait, parce
qu’elle était souvent mal
respectée dans son esprit,
c’est-à-dire que les
comportements des responsables
étaient abusifs. Il n’y avait
d’ailleurs pas de grogne
sensible visant la Constitution
lorsque le pouvoir se tenait
bien si l’on peut dire. Donc,
selon ces personnalités, si Taëf
est attaqué ou critiqué,
c’est surtout à cause des
mauvais usages adoptés, des
conflits relationnels et non des
textes. Les querelles entre le
président de la République et
le chef du gouvernement amènent
un pôle parlementaire à
rappeler ce mot de Saëb Salam :
"Tout foyer divisé se détruit,
et si le maître de céans ne bâtit
pas sa demeure de ses propres
mains, les maçons n’y
pourront rien." Or la
maison libanaise est non
seulement divisée au niveau de
sa direction, mais encore sans
maître de céans unique. Il est
difficile dans ces conditions
d’édifier un Etat de droit et
des institutions.
Tout comme il est difficile
d’entreprendre une quelconque
réforme administrative ou
politique pour faciliter le
redressement économique. Si la
Constitution était bien appliquée,
si le pays n’était pas
gouverné sous la férule des
rancunes entre ses dirigeants,
on ne se plaindrait pas tantôt
d’un pouvoir abusivement
parlementariste et tantôt de la
troïka ou des décideurs, qui
n’auraient plus à intervenir.
Le même pôle parlementaire se
demande ensuite si ceux qui se
jouent du sort du Liban ont intérêt
à ce qu’il ne se dégage pas
du cercle des secousses, que les
présidents restent en conflit,
que les gouvernements soient
toujours piégés et sans cohésion
interne. Le ministre Marwan
Hamadé pense pour sa part que
le Liban est doté d’un système
de cohabitation, non seulement
entre les présidents, mais
aussi entre les communautés, ce
que certains appellent la
coexistence. Cela implique que
si les liens sont rompus au
niveau de la direction, la
coexistence s’en trouve affectée
au niveau de la base.
haut
Tous
coupables
par WADIH EL-ASMAR, publié
dans l'Orient-le Jour le 4
novembre 2003
L'auteur
est vice-président du mouvement
Solida (Soutien aux Libanais détenus
arbitrairement)
C’est avec stupéfaction que
je prends connaissance au fil
des jours des déclarations
liberticides des responsables
politiques libanais et du
procureur général. Dernièrement,
j’ai découvert qu’il était
interdit de critiquer un Etat étranger
devant les instances
internationales sans l’aval du
gouvernement libanais. Cette
mesure, dirigée officiellement
contre l’intervention aux
Etats-Unis de l’ancien Premier
ministre Michel Aoun, dépasse
de loin le cadre individuel. En
tant que défenseur des droits
de l’homme au Liban et partout
dans le monde, cette mesure fait
de moi un hors-la-loi au
quotidien. Signer une pétition
en faveur de Aung San Suu Kyi,
prix Nobel de paix birmane, peut
être considéré comme
troublant les relations du Liban
avec la Birmanie. Vouloir défendre
Saadeddine Ibrahim en Egypte ou
Sihem Benseddrine en Tunisie
pourra être assimilé à de la
trahison. D’ailleurs, que dire
de notre action en faveur des
Libanais détenus arbitrairement
? Dénoncer la mort lente et
secrète à laquelle sont
condamnés plus de 200 Libanais
qui croupissent dans les geôles
syriennes, c’est déjà de la
haute trahison, alors allez défendre
ces mêmes victimes devant le
Parlement européen et cela
devient de la... plus haute
trahison. Avec toute cette
absurdité, on nous explique
qu’il ne s’agit là que de
mesures normales que prendrait
tout Etat démocratique... eh
oui !
Si cette nouvelle atteinte à la
liberté d’expression m’a
fait réagir, c’est parce
qu’elle s’inscrit dans une
campagne de dénigrement systématique
des ONG, quel que soit leur
domaine d’activité. A
suivre ce raisonnement absurde
du régime libanais, toute
expression ou tout engagement en
faveur des droits de l’homme
dans n’importe quel pays du
monde nécessiteront une
autorisation du Conseil des
ministres à Beyrouth ! Il se
peut que des esprits éclairés
au Liban trouvent cela normal.
Pour ma part, je trouve que le
Liban vient de franchir un pas
de plus vers la dictature en
envoyant une nouvelle fois des
messages négatifs à tous les
citoyens libanais, qu’il
accule par cette logique à se
taire ou à s’exiler.
L’aspect et l’utilisation
politique de ces accusations ne
doivent pas nous faire perdre de
vue que nous sommes tous concernés
par cette nouvelle conception de
la liberté d’expression du régime
libanais. N’y voir qu’un
accident de parcours n’y
changera rien. J’ai la désagréable
certitude qu’il s’agit
d’un mouvement de fond de régression
et de musellement de la société
civile et des opposants qui est
en route. Alors, n’attendons
pas que vienne notre tour pour réagir
: écrivons tous à M. Addoum
pour demander notre mise en
examen pour toutes les pétitions
que nous avons signées.
haut
Ce mur
qui divise Jérusalem
Le long du mur "sécuritaire"
qui coupe Jérusalem, des
terrains, des villages et des
familles palestiniennes se
retrouvent divisés. Les recours
posés par les maires n'ont aucune
chance d'aboutir
par BENJAMIN BARTHE, publié
dans la Croix le 3 novembre 2003
C'était à la fin du mois de
juillet. Quelques jours avant
que George W. Bush ne déroule
le tapis de la Maison-Blanche
sous les pas de Mahmoud Abbas et
d'Ariel Sharon. A Sur Baher,
un quartier arabe de Jérusalem,
des soldats israéliens
affichaient un avis de réquisition
de terres. Une bande de trois
kilomètres de long et 60 m de
large était saisie pour les
besoins de la barrière de sécurité,
le dispositif anti-attentat
construit par Israël à l'intérieur
de la Cisjordanie. Alors que le
premier ministre israélien
s'apprêtait à réaffirmer son
adhésion à la "feuille de
route", le plan de paix
international qui promet un Etat
"viable" aux
Palestiniens, dans les champs de
Sur Baher, un ordre militaire
placardé sur le tronc des
oliviers ouvrait un nouvel épisode
du dépeçage des Territoires
occupés.
Depuis ce jour, les travaux de
l' "enveloppe de Jérusalem",
titre officiel de la barrière
dans la Ville sainte, ont repris
à vive allure. Dans la foulée
de l'explosion du bus n° 2, un
attentat suicide revendiqué par
le Hamas, qui provoqua la mort
le 19 août de 22 Israéliens,
11 ordres de saisies supplémentaires
ont été publiés, concernant
800 dunums (80 ha) au sud-est de
la ville. Une dizaine de kilomètres
sont désormais en travaux entre
Sur Baher et Al-Azzariya. Une
section qui s'ajoutera aux deux
tronçons récemment achevés :
huit kilomètres au nord, en
bordure de Ramallah, et 14 km au
sud, en périphérie de Bethléem,
bâtis respectivement à six
kilomètres et trois kilomètres
à l'intérieur de la
Cisjordanie. Ariel Sharon,
que les disciples de la "Séparation"
soupçonnaient de vouloir
temporiser, est donc décidé à
appliquer à Jérusalem-Est, le
même traitement de choc qu'à
la Cisjordanie, où 150 km de clôtures,
de barbelés et de tranchées
ont été déjà construits.
"Tout s'est accéléré
depuis l'été, dit Daniel
Seidemann, un avocat israélien.
Sharon agit comme s'il craignait
que les règles du jeu ne
changent sous peu. D'ici à
trois ou quatre mois, 70 % du
mur de Jérusalem sera achevé."
À l'est sa maison, à
l'ouest son travail...
A Sur Baher, Adel Nimr
observe le ballet des bulldozers
avec angoisse. Les traits crispés,
ce quinquagénaire explique que
la barrière va découper sa vie
en deux. A l'est, c'est-à-dire
côté Cisjordanie, sa maison ;
et à l'ouest, côté Jérusalem,
son travail. Comme 150 autres
familles installées dans un
vallon reculé, le Wadi El-Ain,
Adel et les siens seront laissés
à l'écart de l' "Enveloppe"
alors que tout le reste de Sur
Baher sera incorporé dedans. A
moins d'une correction de dernière
minute, les magasins, les
restaurants, l'école et la
clinique qu'ils fréquentent
aujourd'hui seront bientôt de
l'autre côté d'une clôture
fortifiée. Une porte
sera-t-elle aménagée à
proximité ? Personne ne le
sait. Si oui, les gens du Wadi
El-Ain ne pourront la franchir
qu'à condition de s'y présenter
aux horaires fixés par l'armée
et munis du permis idoine : le
nouveau rituel de l'occupation
d'après-mur. "Ariel Sharon
est un gardien de moutons, dit
un fermier. Il les enferme derrière
une clôture. Il décide s'ils
sortent et s'ils rentrent. C'est
ce qu'il fait maintenant avec
nous."
Face à l'état-major de Tsahal,
le véritable architecte du mur,
le comité de défense de Sur
Baher a adopté une position
inhabituelle. D'habitude prompts
à défendre leur identité jérusalémite,
les habitants demandent que le
tracé dévie vers l'ouest pour
préserver l'unité de leur
village. Fût-ce au prix de sa
mise à l'écart du centre de Jérusalem.
"S'il faut faire un mur,
qu'il passe entre les juifs et
les Arabes, dit Aziz Abu Tair,
un ingénieur. Qu'il ne nous
divise pas entre nous."
Pour l'instant, la réponse du
ministère de la défense n'est
pas connue. La détermination réelle
des villageois non plus. Compte
tenu de l'attachement
existentiel du Likoud, le parti
d'Ariel Sharon, au dogme de la "Jérusalem
unifiée", il est peu
vraisemblable qu'ils obtiennent
gain de cause. "Nous
refusons de diviser Jérusalem",
dit Shalom Goldstein, conseiller
du maire pour le secteur arabe,
lorsqu'on l'interroge sur les
fondements du tracé de la barrière.
Une bordure municipale qui
n'existait que sur les cadastres
A cette justification
politique, Shalom Goldstein
ajoute le mot d'ordre officiel :
la sécurité. "Le tracé
de la clôture a été dessiné
en fonction d'impératifs sécuritaires.
Il peut créer quelques tracas.
Mais s'il nous faut choisir
entre sauver la vie de nos
citoyens et préserver leur
confort, il est évident que
c'est la première option qui
l'emporte." Depuis le début
de l'Intifada, 170 habitants de
Jérusalem ont été tués et
1.500 blessés dans 90 attaques
dont 30 kamikazes. A l'évocation
de ces chiffres, Aziz Abu Tair désigne
une mince bande de champs
d'oliviers, dont les troncs
gisent à terre. "Si le
tracé avait été déplacé de
quelques dizaines de mètres,
ces arbres n’auraient pas été
décapités. Quel calcul sécuritaire
l’a empêché" ? A
l’est de Jérusalem, le mur
existe depuis un an et demi. Les
habitants de Ras el Amoud et
d’Abou Dis s’y sont heurtés
un jour de juillet 2002.
Jusqu’alors, ils ne se
doutaient pas que la frontière
entre la ville sainte et la
Cisjordanie recoupait la limite
entre leurs deux quartiers. La
bordure municipale de Jérusalem-est,
une ligne unilatéralement tracée
par Israël au lendemain de la
guerre des Six jours, n’avait
jamais existé que sur les
cadastres de la mairie. Et puis
des palissades de béton taggés
de la Croix de David ont poussé
en travers de la rue Ras Qubsa.
Pas très hautes, certes. Leur
franchissement, en se hissant
sur un tas de gravats ou en se
faufilant dans une brèche, est
devenu le sport local numéro
un.
Le tissu économique et
social de Jérusalem-est s’est
effiloché
Hommes, femmes, jeunes ou
vieux, tout le monde joue
l’acrobate sous l’œil las
de la police. Très vite
cependant, le tissu économique
et social de Jérusalem- est
s’est effiloché. Les clients
n’ont plus eu l’envie
d’escalader les palissades.
Les fournisseurs n’ont plus eu
les moyens de faire le détour
par la route de Ma’aleh Adumim,
la grande colonie voisine.
"Mes ventes se sont effondrées
de 50 %", dit Sami, un
pharmacien. La crise est
d’autant plus forte que
l’axe Abou Dis-Jérusalem
n’est pas qu’un couloir économique.
Pour les musulmans de Jéricho
et de Bethléem, c’est la voie
d’accès traditionnelle à
l’Esplanade des Mosquées, et
pour les étudiants c’est le
chemin obligé vers l’Université
Al Quds, située juste derrière
le mur. Bientôt un véritable
rempart remplacera le mur de
fortune. Le bouche à oreille
dit même qu’à l’autre bout
d’Abou Dis, du côté de
Ma’aleh Adoumim, une autre
barrière sera édifiée,
qu’une nouvelle route en
cul-de-sac sera ouverte, vers
Sawahreh, au nord et qu’une
colonie supplémentaire, Kidmat
Sayun, s’implantera avec 400
logements.
"Chaque agression israélienne
débute comme une rumeur avant
de se révéler un fait
accompli", dit Salah Ayat,
un garagiste, âgé de 50 ans.
Il s’attend à ce qu’Abou
Dis devienne un goulet d’étranglement
invivable. Un ghetto comme les
villages de Ram et de Dahiyet el
Barid, près de Ramallah, dont
l’encerclement par la barrière
est déjà programmé. Ses
habitants verront de loin les écoles,
les hôpitaux et les sites
religieux qui sont l’apanage
de Jérusalem. Mais ils ne
pourront plus y accéder. "Le
mur sera suffisamment efficace
pour rendre la vie de civils
innocents complètement misérables,
mais, insuffisamment efficace,
pour prévenir l’infiltration
de terroristes", prédit
Daniel Seidemann.
Nu’man, extension à venir
de la colonie Har Homa ?
Si elle n’était pas
tragique, l’histoire de
Nu’man pourrait faire sourire.
Ce village palestinien, situé
au sud de Jérusalem, près de
Beit Sahour, cumule les
handicaps du mur et des colonies
à un degré qui frise
l’absurde. Ses 300 habitants
qui se considèrent comme Jérusalémites
se sont vus octroyer par erreur,
au recensement de 1967, une
carte de résident de
Cisjordanie. Depuis cette date,
les gens de Nu’man
s’efforcent d’obtenir réparation
afin de se voir reconnaître le
statut de résident de Jérusalem
et les avantages qui vont avec.
Or le ministère de l’Intérieur
israélien refuse. Les habitants
de Nu’man sont qualifiés de
"personnes résidant illégalement"
dans leurs maisons. Et à ce
titre, menacés d’expulsion à
la moindre rencontre avec la
police.
L’affaire s’est aggravée
avec la construction de la barrière
de sécurité, qui,
paradoxalement, place Nu’man
du côté israélien. "Nous
n’avons ni permis pour entrer
à Jérusalem, ni porte pour
passer en Cisjordanie, dit Ziad
Hmeidan, un enquêteur de
l’organisation de défense des
droits de l’homme El Haq, qui
réside sur place. L’armée
menace de nous couper l’eau et
l’électricité. C’est
simple : ils veulent se débarrasser
de nous pour étendre la colonie
de Har Homa. C’est un
transfert tranquille". Pour
l’instant, les villageois résistent.
Ils ont refusé les liasses de
dollars offerts en cas de départ
et s’accommodent des descentes
nocturnes de l’armée. Mais
les bulldozers vrombissent au
loin. Les jours de Nu’man sont
comptés.
haut
Les Israéliens
rouvrent le débat sur la paix
L'initiative de Genève, qui
propose une sortie au conflit avec
les Palestiniens, offre une
alternative à la politique sécuritaire
de Sharon
par PATRICK SAINT-PAUL, publié
dans le Figaro le 31 octobre 2003
Depuis plusieurs semaines, la
multiplication des initiatives
de paix bouscule le gouvernement
d'Ariel Sharon. Restée muette
depuis le début de la deuxième
Intifada, le 28 septembre
2000, la société civile israélienne
sort d'un long sommeil. Pendant
trois ans, aucune alternative
n'a été proposée à la
politique sécuritaire d'Ariel
Sharon, qui a eu pour effet d'éloigner
tout espoir de paix avec les
Palestiniens dans un avenir
proche. Mais durant ces années,
des élus de gauche, des
militaires, d'anciens
responsables des services de sécurité,
des associations ont travaillé
et dialogué sans publicité
avec des Palestiniens pour
imaginer des solutions
permettant de remettre Israël
sur la voix de la paix. Le pacte
de Genève, un plan de paix non
officiel "négocié"
entre l'ancien ministre
travailliste de la Justice,
Yossi Beilin, et l'ex-ministre
de l'Information palestinien,
Yasser Abed-Rabbo, est
l'initiative la plus gênante
pour Sharon et la plus médiatisée.
L'accord propose des solutions
aux principaux obstacles du
processus de paix. Il prévoit
notamment que les Palestiniens
renoncent au droit au retour en
Israël pour mettre définitivement
fin au conflit. Le document
engage Israël à restituer aux
Palestiniens 97,5% de la
Cisjordanie, occupée depuis
1967. Et à un partage de la
souveraineté sur la Vieille
Ville de Jérusalem : le mont du
Temple, site le plus sacré du
judaïsme, sur lequel se trouve
l'esplanade des Mosquées,
troisième Lieu saint de
l'Islam, situé à Jérusalem-Est,
passerait sous souveraineté
palestinienne. Mais le mur des
Lamentations, ainsi que le
quartier juif, resteraient entre
les mains d'Israël. La droite
nationaliste a compris le danger
pour elle de ce plan de paix,
qui développe une dynamique
d'espoir. Ariel Sharon a fustigé
l'Initiative de Genève, la
jugeant "plus
dangereuse" que les accords
d'Oslo sur l'autonomie
palestinienne signés en 1993
par le premier ministre israélien,
Yitzhak Rabin, et le dirigeant
palestinien, Yasser Arafat.
"Il faut lutter pour empêcher
l'adoption de l'Initiative de
Genève et contre l'aide qui lui
est apportée par des Etats
européens", fulmine le
premier ministre. Israël a lancé
une bataille diplomatique contre
le plan. Le ministre des
Affaires étrangères, Sylvan
Shalom, a affirmé que la France
et la Belgique avaient
l'intention de verser une aide
de 7 millions de dollars
pour financer une campagne en
faveur de l'initiative, ce que
Paris a démenti. Le ministère
israélien des Affaires étrangères
a aussi convoqué le chargé
d'affaires suisse, pour lui
faire part de son mécontentement
concernant le soutien apporté
par la Suisse au projet. Le
gouvernement a accusé Yossi
Beilin de trahison, certains
ministres allant jusqu'à réclamer
son inculpation et la peine
maximale prévue dans ce cas, la
peine de mort. Le gouvernement
souligne que Beilin "n'était
pas autorisé à conduire des négociations".
Redécouvrant soudain les vertus
de la "feuille de
route", Sharon assure que
l'initiative de Genève menace
l'application du plan sponsorisé
par Washington. Pour l'éditorialiste
du Haaretz, Aluf Benn,
"l'obsession inutile avec
le pacte de Genève ne fait que
rendre plus évident le manque
de volonté du gouvernement pour
trouver une solution au conflit
avec les Palestiniens". Les
attentats se poursuivent malgré
les opérations de l'armée israélienne
dans les Territoires
palestiniens et la construction
d'un mur de sécurité, censé
protéger Israël contre les
infiltrations de kamikazes. Après
presque trois ans de confiance
absolue, 55% d'Israéliens
estiment que "Sharon ne
sait pas comment combattre le
terrorisme", selon un
sondage publié par le quotidien
Maariv. Sa cote de confiance est
en baisse, mais Sharon conserve
le soutien de l'opinion.
haut
Etats
proliférants
par ALAIN HERTOGHE, publié
dans la Croix le 8 novembre 2003
La France condamne la doctrine
Bush de la guerre préventive.
Mais elle se prépare à pouvoir
la livrer. Juste au cas où… Là
où le président américain
actuel et ses prédécesseurs
parlent d’ "Etats
voyous", le chef de l’Etat
français et son gouvernement préfèrent
l’expression "puissances
régionales proliférantes".
Un rapport de la commission de
la défense de l’Assemblée
nationale rendu public cette
semaine en identifie plus
d’une trentaine (les mêmes
que les Etats-Unis), parmi
lesquelles la Corée du Nord,
l’Iran et la Syrie, sans
exclure qu’elles puissent
collaborer avec des groupes
terroristes. Et la France se
donne les moyens d’une
dissuasion face aux "scénarios
de chantage et de menaces"
que représente la dissémination
d’armes de destruction massive
(nucléaires, radiologiques,
biologiques ou chimiques).
Ainsi, dès 2004, l’armée de
l’air française sera dotée
de missiles de croisière Scalp
qui seraient plus performants
que les Tomahawk américains.
L’aviation britannique en a
fait usage en avant-première
durant la guerre d’Irak. En
2007, un autre missile, à tête
nucléaire celui-là, équipera
les Mirage. Une version française
des "mininuke" développés
par le Pentagone. Clairement,
au-delà des divergences
profondes de Jacques Chirac et
de George W. Bush sur la manière
de "gouverner" le
monde, ils font le même
diagnostic des terribles menaces
actuelles. Ainsi que de la manière
militaire d’y répondre. Cela
n’a rien de réjouissant.
haut
Europe :
Athènes... et Rome
par HENRI FROMENT-MEURICE,
ambassadeur de France, publié
dans Ouest-France le 21 octobre
2003
Elargissement
et approfondissement, ces deux
mouvements n'ont cessé de
caractériser le développement
de l'Union européenne depuis
que, formée à l'origine des
six fondateurs (Allemagne,
Benelux, France, Italie), elle a
cherché, tout en accueillant de
nouveaux membres, à garder le
cap sur l'objectif du traité de
Rome de 1957 : "Une
union toujours plus étroite."
Malheureusement, l'élargissement
a toujours prévalu sur
l'approfondissement, la volonté
d'intégration a faibli, de
nombreux gouvernements ont
invoqué des "intérêts
nationaux" pour échapper
à des politiques pourtant
supposées communes, la règle
de l'unanimité a été défendue
bec et ongles, de sorte,
qu'aujourd'hui, l'Union
fonctionne mal. Jamais l'écart
entre élargissement et
approfondissement n'a été
aussi large. Or, il risque de
s'agrandir encore. En effet,
d'un côté, le traité d'Athènes,
par lequel l'Union va accueillir
dix nouveaux membres, doit
entrer en vigueur en mai 2004,
tandis que, de l'autre, il est
loin d'être acquis que le
projet de Constitution destiné
à faire mieux fonctionner
l'Union, et soumis depuis le 4 octobre
à l'examen de la Conférence
intergouvernementale, donnera
effectivement naissance à un
nouveau traité de Rome. Le
danger existe donc qu'une fois
de plus l'Union se trouve élargie,
et cette fois considérablement,
sans que l'on sache si elle sera
vraiment approfondie. La France
est concernée puisque le
gouvernement a prévu de
soumettre le traité d'Athènes
à la ratification du Parlement
avant la fin de l'année.
L'intérêt
commun à tous les Européens étant
indiscutablement d'avoir à la
fois Athènes et Rome, il est
essentiel que le projet de
Constitution proposé par la
Convention ne soit par trop
contesté. Tant par les pays de
l'Est, notamment la Pologne, qui
sont tentés de rejeter des réformes
pourtant indispensables, que par
ceux, dont l'Espagne, qui prétendent
à un poids supérieur à leur
poids réel. Les Six,
heureusement unis, vont avoir
fort à faire pour convaincre
les récalcitrants que le projet
de Constitution qui leur a été
transmis par la Convention est
le meilleur possible. Si la Conférence
échoue, on en reviendra à la
situation actuelle, mais à
vingt-cinq et sans réformes,
autant dire l'impuissance
programmée. A supposer que
la Conférence réussisse,
viendra l'heure de la
ratification. Pour ce qui
concerne la France, la logique
serait que les deux traités
soient ratifiés, selon la même
procédure, car ils sont tout
aussi importants l'un que
l'autre. Le traité d'Athènes
implique le défi fondamental
d'avoir à réussir la réunification
de l'Europe ex-communiste et de
l'Europe démocratique, tandis
que le futur traité de Rome
doit doter cette Europe réunifiée
d'institutions assez fortes pour
lui permettre de jouer le rôle
qui lui revient dans un monde
dur et dangereux. Pourquoi,
faudrait-il choisir le Parlement
pour Athènes et le référendum
pour Rome ? Il appartient
au président de la République
d'en décider, mais il est évident
que, parmi les partisans du référendum
pour la Constitution, l'on
trouve les adversaires de
l'Europe car ils espèrent bien
profiter de l'amalgame des mécontentements
pour faire triompher le
"non".
haut
Du
"nouveau monde" à l'
"autre monde"
par
ALAIN MINC, publié dans le Monde
du 19 octobre 2003
L'auteur
est président d'AM Conseil,
essayiste, président du conseil
de surveillance de la SAS Le Monde
Nos
relations avec les Etats-Unis
sont surplombées, du moins de
notre part, par le non-dit. Les
atlantistes traditionnels
veulent voir dans les tensions
actuelles un épiphénomène
exacerbé par les tempéraments
de George Bush et de Jacques
Chirac ; ils imaginent, les deux
hommes une fois disparus de la
scène politique, un illusoire
retour au statu quo. Les antiaméricains
rejouent, à leur manière, le
discours de Phnom Penh, et rêvent
d'une France chef de file de ce
qu'on appelait autrefois le
"mouvement des non-alignés".
Les premiers, nostalgiques, et
les seconds, fantasmagoriques,
voient le monde dans leur rétroviseur.
Les Etats-Unis se métamorphosent.
Hier pays occidental, ils
deviennent à eux seuls un syncrétisme
du monde. Une immigration de
toutes origines, la montée des
Hispaniques, le kaléidoscope
ethnique, l'impressionnante
irruption des Asiatiques au
sommet de l'Université et de la
recherche : le
"nouveau monde" est désormais
un "autre monde".
Demain, les élites politiques,
économiques, médiatiques
seront colonisées par ces Américains
du troisième type. Mais, avec
les hindous à la place des
juifs, les Chinois se
substituant aux WASP et les
Hispaniques remplaçant les
catholiques irlandais, comment
imaginer que l'Europe demeure l'alma
mater des Américains ?
Cette nouvelle Amérique-là
commence à sécréter son système
de valeurs : il ne
correspond que partiellement au
nôtre. Que partagerons-nous
dans vingt ans ? Le marché
et le suffrage universel. Ce ne
seront pas des traits
typiquement occidentaux. Le
monde entier est en train,
cahin-caha, de les faire siens.
La place du sacré dans la société
? L'équilibre entre la
religion et le profane ?
La conception de l'homme, du
droit à l'avortement jusqu'à
la peine de mort ? La
vision de l'autre ? Autant
de clivages entre une Europe,
congélateur des vieilles
valeurs occidentales, et une Amérique
dont les codes, les mœurs, les
références résultent d'une étrange
alchimie, synthèse improbable
de tous les systèmes culturels
qui quadrillent son territoire
et son imaginaire.
Même
sur le plan politique, rien ne
garantit que notre culte commun
du suffrage universel débouchera,
à long terme, sur une même
conception de la démocratie,
car il y aura de plus en plus,
sur ce plan-là, de "maisons
dans la demeure du père" :
des visions différentes de la
citoyenneté, du melting pot,
des droits de l'homme, voire de
l'équilibre des pouvoirs. A défaut
d'une même Weltanschauung -
cette vision du monde chère aux
Allemands -, l'atlantisme
correspondra-t-il, au moins, à
des intérêts communs ?
La menace soviétique avait une
double vertu : elle a
obligé les Européens à s'unir
; elle les poussait à une
alliance de fer avec les Etats-Unis.
Le communisme disparu, la
construction européenne s'étiole
sous couvert d'élargissement,
l'OTAN se dissout à force
d'extension et les Etats-Unis
ont la tête ailleurs. Comment
mettraient-ils, au même niveau
de préoccupations, une Europe
qui, sur le plan stratégique,
ressemble à une grosse Suisse
accueillante et insignifiante et
une Chine devenue leur principal
atelier industriel, un créancier
essentiel qui peut provoquer une
récession américaine en
suspendant ses achats de bons du
Trésor et un rival stratégique
majeur ? Ou une Inde, décalée
d'une génération par rapport
à la Chine, mais qui deviendra
un jour la principale
plate-forme de services des
Etats-Unis et, elle aussi, leur
créancière ? La Russie
est certes mieux lotie que nous,
mais elle le doit moins à une
force nucléaire désormais
fantomatique qu'à sa puissance
pétrolière, elle, bien réelle.
La menace terroriste nous
rapproche-t-elle ? A coup
sûr, mais elle ne crée pas une
proximité plus grande avec nous
qu'avec l'Egypte ou l'Indonésie.
Si son moteur était la haine de
la richesse, il se développerait
une solidarité des nantis, mais
le fondamentalisme islamique
joue sur un clavier plus large,
étendant, de la sorte,
l'angoisse à l'échelle de la
planète entière.
Que
nous reste-t-il pour justifier
une communauté d'intérêts à
défaut d'un attachement viscéral
? Le statut nucléaire du
Royaume-Uni et de la France
? Fadaises. La capacité
de ces deux pays de participer
à des opérations
internationales de maintien de
l'ordre ? Elle existe, mais
la Turquie ou l'Inde seront de
plus en plus capables de
mobiliser des contingents
infiniment supérieurs. L'excès
de notre épargne ? Il
apporte son ticket au
financement des déficits américains,
mais, dans cette étrange opération
de mutualisation, le Japon et la
Chine comptent davantage. Nos
marchés ? Ils sont
naturellement intéressants pour
les entreprises américaines,
mais de là à y voir la racine
de liens essentiels... Si notre
relation à long terme avec l'
"autre monde" est
aussi distendue qu'elle était
intense avec le "nouveau
monde", la stratégie
internationale de Jacques Chirac
est-elle adaptée ? En
apparence, oui ; en réalité,
non. Le "multilatéralisme"
est une illusion comme l'était
le mouvement des non-alignés.
Ce peut être une alliance
fugitive d'intérêts ou plutôt
de communes oppositions ;
ce n'est pas un état stable :
Cancun en est la démonstration.
Il est naïf de rêver d'un
"concert des nations"
à l'échelle de la planète que
la France puisse régir avec,
pour seules armes, l'ombre portée
d'un passé glorieux, l'énergie
d'un chef d'Etat et le panache
d'un ministre des affaires étrangères.
Il n'existe, nous le savons
bien, que le vieux précepte du
général de Gaulle : "L'Europe
est le levier d'Archimède de la
France." Mais son
application suppose aujourd'hui
une rouerie qui va à rebours de
l'actuelle posture française.
Si
nous sommes convaincus que l'éloignement
avec l' "autre monde"
constitue notre horizon,
l'atlantisme devient un état
transitoire. Cela rend plus
facile d'accepter ce prix pour
construire l'Europe politique.
C'est une manière habile de
prendre en compte la spécificité
britannique, mais aussi
d'embarquer une Espagne dont l'hispanidad
crée désormais un lien
particulier avec les Etats-Unis
- 50 millions d'Américains
hispaniques lui donnent un atout
cardinal - et de faire nôtres
les sentiments de nouveaux
entrants légitimement
reconnaissants aux Etats-Unis
d'avoir gagné la guerre froide.
C'est un détour obligé si nous
croyons encore aux vertus d'une
"Europe puissance",
concept à la fois éculé et
vital. Le multilatéralisme
donne des satisfactions
d'amour-propre ; la démarche
européenne, un véritable
instrument d'influence. Quel
prix dérisoire à payer qu'un
minimum d'atlantisme de façade !
Celui-ci est d'autant moins
engageant que, dans cette hypothèse,
c'est l' "autre monde"
qui s'éloignera au fil du temps
de nous, mais au moins nous
abandonnera-t-il unis ! Nos
postures trop provocantes sur la
question irakienne rendent, il
est vrai, difficile cette
volte-face hypocrite. Question
de temps, de circonstances,
d'hommes ?
haut
Washington
lance une chaîne de télévision
pour séduire le monde arabe
Comme
Radio Sawa, qui couvre presque
tout le Maghreb et le
Proche-Orient, ce projet télévisuel
ambitionne, à partir des
Etats-Unis, de redorer l'image de
l'Amérique
par
TEWFEK HAKEM, publié dans le
Monde du 1er novembre 2003
Plus
que jamais, en pleine occupation
militaire en Irak, la Maison
Blanche poursuit ses efforts
pour redorer l'image de l'Amérique
dans le monde arabo-musulman.
Après avoir lancé, en mars
2002 à partir de Washington,
Radio Sawa, qui couvre
aujourd'hui presque tous les
pays arabes, et après avoir mis
en place le mensuel pour jeunes Hi
dans les kiosques des
grandes villes arabes au cours
de l'été 2003, Middle East
Television Network Arab (Metna),
une chaîne de télévision américaine
en langue arabe, est annoncée
pour "la fin du
Ramadan", c'est-à-dire
en décembre. Avant de partir à
l'assaut de ses concurrentes
arabes Al-Jazira et Al-Arabiya,
la future télévision américaine
s'est donc déjà adaptée au
calendrier musulman. Longtemps
protégé comme un secret d'Etat,
le contenu de la chaîne
commence à être dévoilé. Les
médias arabes les moins
hostiles à la politique de
Washington sont parvenus à
glaner quelques informations.
Ainsi, selon le quotidien privé
saoudien Al-Charq Al-Awssat,
Metna ne fera pas de
l'information en continu, à la
manière d'Al-Jazira, mais elle
veut être "la Fox news
en arabe" avec, en plus
de l'information, des talk-shows
et des programmes de variétés.
Son budget de lancement, estimé
à 30 millions de dollars (25,66
millions d'euros), pourrait être
doublé pour 2004.
D'abord
attendu à Dubaï, où des
bureaux ont été loués depuis
plus d'un an, la chaîne ne
quittera finalement pas le
territoire américain et
installera son siège à Fairfax
(Virginie), a annoncé un
responsable de la Broadcasting
Board of Governors (BBG), un
organisme qui dépend du département
d'Etat, qui a cependant précisé
: "Nous disposerons de
la plus importante organisation
en informations au
Moyen-Orient." Comment
l'opération est-elle perçue
dans les pays arabes ? "Les
Américains agissent sur le
front médiatique comme sur le
front militaire. Ils ont les
moyens d'occuper le terrain,
mais pas forcément de se faire
entendre ou de se faire
comprendre", résume,
au Caire, un éditorialiste libéral
peu suspect d'antiaméricanisme.
Publiée par Al-Ahram Hebdo,
l'opinion de l'universitaire
Ahmed Loutfi est plus radicale :
"L'administration américaine
ne se trompe-t-elle pas en
faisant l'amalgame entre ce qui
a marché auparavant et ce qui
pourrait se réaliser à présent
? Devenue une puissance
agressive et conquérante, l'Amérique
ne peut plus plaider de la même
manière qu'elle le faisait du
temps de l'URSS." Dans
le même journal, et sous le
titre "Le plan Marshall
des cerveaux", le
journaliste Samar Al-Gamal
ironise, lui, sur le contenu du
magazine Hi, un "grand
projet d'offensive de
l'administration Bush sur les cœurs
des jeunes Arabes (...) pour
diminuer le niveau de l'antiaméricanisme".
Dans
les embouteillages du Caire, un
chauffeur de taxi écoute Radio
Sawa : "Elle programme
de la bonne musique, mais pour
les informations, je préfère
regarder les chaînes
satellitaires arabes",
dit-il, prudent. Il explique en
riant : "L'Egypte, qui a
autorisé Radio Sawa à émettre
chez nous, a été obligée
d'autoriser aussi les radios
privés égyptiennes." Ainsi,
après l'arrivée de Sawa, s'est
créée une autre radio, du même
format, pour la concurrencer :
Stars FM. "Tous les jeunes
l'écoutent !", affirme le
chauffeur. A Washington, les
promoteurs américains de Radio
Sawa affichent leur satisfaction
et des résultats exceptionnels.
Selon un sondage commandé par
Sawa, réalisé en juillet et août,
en moins de deux ans, la station
américaine aurait quadruplé
son audience au Qatar chez les
moins de 15 ans. Du Caire, ces
chiffres sont pris avec
prudence. Une source
diplomatique française nuance :
"Même si ces audiences
sont gonflées, la réussite de
Sawa est indéniable. Cette
station s'est donné les moyens
pour se faire entendre. Dans la
majorité des pays de la région,
mis à part le Liban, elle a réussi
à supplanter des radios comme -
la britannique - BBC ou
- la française - RMC Moyen
Orient". En plus du
financement de ces nouveaux médias,
le Congrès américain a débloqué
un fond, estimé à 23 millions
de dollars (19,8 millions d'euros),
pour "aider" la
presse arabe "à se
restructurer".
"Une
concurrence acharnée"
Observateur
attentif des médias de son
pays, un éditorialiste du
quotidien égyptien Al-Goumhouriya
compare la politique des grands
moyens de l'Amérique et ceux "dérisoires",
selon lui, "des
islamo-nationalistes".
Pour appuyer ses propos, il évoque
l'enlèvement, au mois d'août,
d'un "courageux"
chroniqueur égyptien d'Al-Ahram,
Réda Al-Hilal. Un journaliste,
écrit-il, qui "défendait
le camp des libéraux, et
fustigeait ceux qui dénonçaient
l'intervention américaine en
Irak sans critiquer la dictature
de Saddam." L'éditorialiste
poursuit : "Dans un de
ses derniers articles, il s'en
prenait à la dernière élection
du (puissant) syndicat des
journalistes en Egypte, dont 70
% des représentants élus sont
soit islamistes soit
nationalistes." Enfin,
dans Al-Ahram Hebdo,
Samar Al-Gamal estime, lui, que "les
Etats-Unis doivent s'attendre à
une concurrence acharnée" car,
"dans le monde arabe,
ce sont les médias antiaméricains
qui ont la plus forte
audience."
haut
Vers une
organisation mondiale de la
culture
Jean-Jacques Aillagon et quinze de
ses collègues réunis en Croatie
par ERIC BIETRY-RIVIERRE,
publié dans le Figaro le 20
octobre 2003
Derrière la baie vitrée du
grand hall de l'hôtel Ambasador,
regardant une Adriatique
ensoleillée s'étendre
mollement vers les archipels de
la côte dalmate, Gilberto Gil
syncope quelques accords sur sa
guitare. Artiste encore malgré
les contraintes de sa fonction,
le ministre brésilien de la
Culture se détendait ainsi lors
des courtes pauses ménagées
entre deux séances de la sixième
réunion annuelle ministérielle
du Réseau international sur la
politique culturelle (RIPC) qui
a eu lieu de mercredi à samedi.
Ce pow-wow informel où seize
ministres de la Culture se
retrouvaient avec quinze représentants
d'Etats observateurs, des
personnalités de l'Unesco, de
la Francophonie et du Conseil de
l'Europe, avait lieu en Croatie.
A Opatija précisément,
ancienne croisette de l'Empire
austro-hongrois et qui
redevient, depuis la fin de la
guerre, très fréquentée par
les amoureux de Sissi. Non loin
de Gilberto Gil, son ami
Jean-Jacques Aillagon
plaisantait avec Pierre Curzi,
l'un des acteurs du Déclin
de l'empire américain et
des Invasions barbares. Le
Français et le coprésident de
la Coalition pour la diversité
culturelle canadienne, également
président de l'Union des
acteurs de langue française au
Canada, savouraient la victoire
qu'ils viennent de remporter
haut la main par acclamation,
les Etats-Unis n'ayant pas voulu
se ridiculiser par un vote à
l'Unesco.
"Le RIPC a été le
moteur et la boîte à outil de
l'Unesco. Mais attention, la décision
de créer une loi supranationale
de protection des politiques
culturelles n'est qu'une étape.
Nous ne saurons si nous avons
gagné la guerre pour la
diversité culturelle qu'en
2005, une fois la loi adoptée",
signale un des sherpas français.
Pierre Curzi lit les seuls
commentaires émis pour
l'instant par les Américains : "Nous
reconnaissons et souscrivons aux
objectifs de sauvegarde des
biens culturels – remarquez le
mot "sauvegarde" !
Mais nous sommes inquiets que la
convention projetée entre en
conflit avec les droits de
l'homme." "Garantir
la diversité culturelle en
posant des limites au libéralisme
n'est pas contradictoire avec la
liberté d'opinion et
d'expression, plaide Didier
Le Bret, sous-directeur du cinéma,
des nouvelles technologies et de
la promotion de la diversité
culturelle. Cette garantie
figure dans la Déclaration
universelle et les Américains
eux-mêmes encadrent leur marché."
Finlande, Canada, Chine, Arménie...
Tous les pays présents à
Opatija sont-ils pour autant sur
la même longueur d'ondes ? La
France et le Canada, à la
pointe du combat, jugent les
pays du Nord et le Portugal très
fiables, le Brésil plus ambigu
et se méfient d'autres
partenaires comme la Corée du
Sud qui, en dépit des promesses
de son ministre de la Culture,
veut toujours passer des accords
bilatéraux avec les Etats-Unis.
Notamment sur la diffusion cinématographique.
"Il faut se montrer
vigilant, les rencontrer avant
qu'ils se décident, expliquer
notre position,
convaincre", soupire
Didier Le Bret. Rien n'est
facile quand Hollywood casse ses
prix ou quand, pour
l'acquisition des droits d'un
blockbuster lucratif, contraint
à signer dix autres de ses
films, inondant ainsi les écrans
de ses images. Mais la décision
de l'Unesco ravive les résistances.
"Tenez, ici, en Croatie,
dans ce petit pays de 4,5
millions d'habitants, deux
studios de production cinématographique
continuent d'exister et deux
festivals de cinéma se développent,
signale l'attaché culturel
de l'ambassade de France. La
télévision diffuse une
vingtaine d'heures de
productions françaises par
mois. Il y a quatre théâtres
nationaux, un festival d'art
dramatique, deux de musiques
classiques." A Opatija,
le RIPC s'est donc résolu à ne
pas s'endormir sur ses lauriers.
Il lui reste seize mois pour
aider l'Unesco à formuler un
texte fédérateur tout en
poursuivant son travail de
persuasion auprès des pays
moins engagés ou même auprès
des Etats-Unis. C'est peu.
Toutefois, le réseau ne manque
pas d'arguments. Pour forcer
Hollywood ou la Silicon Valley
à entrer le débat, le RIPC
imagine par exemple de
travailler sur un plan de lutte
mondial contre le piratage des
oeuvres.
haut
La faim
n'a toujours pas reculé dans le
monde
par MARC MENNESSIER, publié
dans le Figaro le 16 octobre 2003
L'humanité a "un siècle
de retard" dans la
lutte contre la malnutrition.
Tel est le constat désabusé
que dresse aujourd'hui la FAO à
l'occasion de la Journée
mondiale de l'alimentation 2003.
Selon l'agence spécialisée des
Nations unies pour l'agriculture
et l'alimentation, 840 millions
de personnes dans le monde (sur
un total de 6 milliards
d'individus) souffrent de faim
chronique, dont 799 millions
dans les pays en développement.
Certes, le fléau est en régression.
Actuellement, le nombre des
affamés baisse en moyenne de
2,5 millions par an à l'échelle
de la planète. Mais, à ce
rythme, l'objectif de réduire
de moitié, d'ici à 2015, le
nombre de victimes de la faim,
que s'étaient fixé les 185
pays participant au Sommet
mondial de l'alimentation en
1996, ne sera atteint qu'en...
2115. Pour inciter les
gouvernements à ne plus se
contenter de simples déclarations
verbales mais à engager "des
programmes tangibles" de
lutte contre la malnutrition, la
FAO appelle à la création
d'une Alliance internationale
contre la faim réunissant tous
les partenaires concernés :
agriculteurs, ONG,
gouvernements, entreprises,
scientifiques, etc. "Comment
est-il encore possible
aujourd'hui et à notre époque
que tant d'êtres humains soient
affamés ?" s'exclame
le directeur général de la
FAO, le Sénégalais Jacques
Diouf alors que "jamais
auparavant l'humanité n'a
produit autant de
nourriture".
Pour l'agronome français Marcel
Mazoyer, les causes de ce drame,
à la fois récurrent et
scandaleux, sont avant tout
d'ordre économique : "Il
y a trois milliards de paysans
dans le monde. Si on les livre
au marché international des
produits agricoles qui est un
marché de dumping, on organise
la baisse des revenus, on
augmente l'exode rural et le chômage.
Tant qu'on ne change pas cela,
les techniciens peuvent faire
des OGM ou de la sélection
classique, cela ne sert pas à
grand-chose car les paysans
pauvres n'ont pas les moyens
d'acheter ces techniques."
De fait, la recherche
agronomique pratiquée dans les
pays industrialisés répond
essentiellement aux besoins des
agriculteurs de ces pays qui ont
la particularité d'être
solvables. "Il faut développer
des programmes de sélection végétale
adaptés aux pays du Sud en
collaboration étroite avec les
chercheurs et les agriculteurs
de ces pays", explique
un expert de la FAO qui déplore
que l'aide publique au développement
agricole ait été divisée par
deux, à l'échelle mondiale, au
cours des dix dernières années.
Or ce ne sont pas les
entreprises semencières privées
qui investiront dans la
recherche sur les plantes
orphelines ou qui développeront
les infrastructures (routes,
marchés...) indispensables au développement
rural. Mais les pays du Sud ont
aussi leur responsabilité,
notamment celle d'accroître la
part de leur budget à
l'agriculture trop souvent
sacrifiée au profit d'autres dépenses.
Depuis 1990, six pays ont suivi
cette voie avec succès : la
Chine qui compte 74 millions de
malnutris en moins mais aussi
l'Indonésie, le Vietnam, la Thaïlande,
le Nigeria, le Ghana et le Pérou.
haut
Le
chemin de croix de la laïcité
italienne
La décision de
retirer le crucifix de l'école d'Ofena
est suspendue
par ERIC JOZSEF, publié dans
Libération le 1er novembre 2003
La bataille du crucifix ne connaît
pas de trêve en Italie. Suite
à un recours du ministère de
l'Education, la justice a décidé
vendredi de suspendre jusqu'au
19 novembre le retrait de la
croix ornant les murs de l'école
d'Ofena, pourtant ordonné la
semaine dernière par le juge
Mario Montanaro sur requête du
militant islamiste radical Adel
Smith. Le pape est également
intervenu vendredi dans la polémique,
en jugeant "antidémocratique"
la décision du juge Montanaro.
"L'exécution de cette
décision aurait provoqué un
trouble gravissime pour la
majorité des élèves",
s'est félicité l'avocat de l'Etat
italien. "Ma réponse
sera strictement
judiciaire", a commenté
Adel Smith, président de
l'Union des musulmans d'Italie,
dont les deux fils sont scolarisés
à Ofena.
Enquête
Dans le village des Abruzzes, la
mobilisation se poursuit contre
le verdict rendu en vertu de la
laïcité de l'Etat italien.
Jeudi, le maire avait ordonné
la fermeture provisoire de l'école
pour "préserver les
enfants" de la
pression médiatique, tandis que
des mères de famille, crucifix
en main, organisaient une
procession. L'affaire est
devenue nationale. Le ministre
de la Justice, Roberto Castelli,
membre de la Ligue du Nord, est
allé jusqu'à ouvrir une enquête
administrative à l'encontre du
juge Montanaro. Un peu partout,
des initiatives sont prises par
les édiles locaux, comme à Trévise
où le président de la province
a acheté 90 crucifix pour
fournir les écoles qui, au fil
des ans, et dans le désintérêt
général, en avaient été dépourvues.
Encouragé par Jean Paul II, l'épiscopat
italien est monté au créneau.
"On ne nous enlèvera
pas la croix",
proclamait mardi l'Osservatore
romano, le quotidien du
Vatican.
Abolition
Dans la classe politique, la défense
du crucifix fait à peu près
l'unanimité. Même le secrétaire
des communistes orthodoxes
Fausto Bertinotti a indiqué
que, " personnellement,
[il éprouverait]
quelques difficultés à
retirer" la croix des
écoles. Seuls les Verts et les
Radicaux se battent pour son
retrait des bâtiments publics.
Deux sénateurs écologistes
veulent abolir les décrets de
1924 et 1928 obligeant les écoles
à exposer le crucifix. Les
principaux responsables
musulmans se sont prononcés
contre l'initiative d'Adel
Smith. Selon l'Union des
communautés islamiques
italiennes, le verdict du juge
" aura des effets
pervers et certainement négatifs
sur le dialogue
christiano-musulman que nous
nous employons si difficilement
à mettre en oeuvre".
Le président des Communautés
juives, Amos Luzzatto, lui non
plus, " ne demande pas
le retrait des croix", mais
estime que " dans une
société moderne, démocratique
et laïque, il faut distinguer
lieux publics et lieux privés".
haut
"Le
Liban est important dans notre
stratégie régionale"
Phiippe Collas, PDG de la
Société générale Asset
Management gère 300 milliards de
dollars d’actifs
par SIBYLLE RIZK, publié dans
l'Orient-le Jour le 27 septembre
2003
Philippe Collas, directeur général
adjoint de la Société générale,
était de passage à Beyrouth à
l’invitation de la Société générale
de banque au Liban et de Fidus,
deux filiales du groupe bancaire
français qu’il considère
comme "les bras armés
de la Société générale"
au Moyen-Orient. Dans un
entretien accordé à "L’Orient-Le
Jour", le PDG de la Société
générale Asset Management, qui
gère quelque 300 milliards de
dollars d’actifs, décrypte
les évolutions macroéconomiques
en cours dans le monde.
* La dépréciation
du dollar par rapport à l’euro
va-t-elle se poursuivre ?
Le taux de change
euro/dollar devrait se
stabiliser dans les six
prochains mois, voire au-delà,
dans une fourchette de 1,15 à
1,20. D’ailleurs, le dollar
est à sa valeur historique par
rapport à l’euro (reconstitué)
si on regarde l’évolution du
taux de change sur le long
terme. Aujourd’hui, la
pression sur l’euro est moins
forte. Elle s’exerce désormais
sur le yen.
* Le dollar faible
assure-t-il la reprise américaine
?
Un dollar faible
favorise incontestablement la
croissance américaine et pénalise
les économies environnantes. Il
reste aux Etats-Unis à
convaincre la zone asiatique et
notamment la Chine de réévaluer
leur monnaie. Ce défi-là
n’est pas encore gagné. Mais,
globalement, l’économie américaine
évolue favorablement. Nous prévoyons
une croissance de 4 % en 2004.
* Prévoyez-vous une
hausse des taux de référence
américains à court terme ?
Rien ne justifie
une hausse des taux courts aux
Etats-Unis d’ici à la fin de
l’année, ni même en 2004.
(Le président de la Réserve fédérale
américaine) Alan Greenspan a
annoncé la couleur. Les taux
longs ont fortement augmenté en
juillet et je crois qu’ils
risquent de se tendre davantage
en 2004. Mais je ne crois pas à
la hausse des taux courts, car
il s’agit d’un élément
essentiel de la reprise américaine.
L’économie sort quand même
d’une crise relativement sérieuse
et elle a encore besoin d’oxygène.
* Et l’Europe ? La
reprise allemande sera-t-elle un
moteur suffisant ?
On n’aurait pas
pu évoquer la reprise en Europe
sans croissance aux Etats-Unis.
Le problème de l’Europe
c’est qu’elle n’a pas résolu
un certain nombre de points
fondamentaux, tels que le
financement des retraites, les
rigidités du marché du
travail, les déficits
sociaux... qui sont un facteur
de ralentissement du moteur économique. L’Allemagne
a été sérieusement touchée
au cours des deux dernières années
et elle est encore en récession.
Les chiffres montrent toutefois
que la situation s’améliore.
La croissance sera tirée par
les exportations vers les
Etats-Unis et la reprise de la
consommation qui est encouragée
par une politique fiscale
porteuse.
* La politique de la
Banque centrale européenne
favorise-t-elle suffisamment la
relance ? Croyez-vous que le
successeur de Wim Duisenberg,
Jean-Claude Trichet, sera plus
souple ?
Je ne vois pas de baisse des
taux d’intérêt dans un
proche avenir, à moins que l’euro
reparte à la hausse et qu’il
dépasse le seuil de 1,20 dollar
ou que la reprise ne soit pas au
rendez-vous. C’est vrai que la
politique de la BCE est plus
restrictive que celle de la Fed.
Mais quand on regarde le chemin
parcouru en 2003, elle a
assoupli sans le dire sa
position pour favoriser
davantage un but de croissance,
alors que ses statuts lui fixent
comme objectifs la lutte contre
l’inflation et la préservation
de la monnaie. Je crois que
Jean-Claude Trichet prendra
davantage en compte l’objectif
de croissance, car il se sentira
moins prisonnier des statuts que
le premier gouverneur de la BCE.
* Comment
traduisez-vous ces analyses en
termes de recommandations de
placements ?
Les marchés
boursiers devraient bénéficier
de la relance de la croissance.
La Sgam a d’ailleurs
sensiblement surpondéré ses
placements en actions dès le début
2003. En revanche, si les taux
longs se tendent, les placements
obligataires seront moins
attractifs.
* Quelles sont vos
recommandations sectorielles ?
Nous jouons moins
les secteurs que la sélection
des valeurs dont nous espérons
une performance supérieure à
l’indice de référence du
marché. Certains fonds de la
Sgam sont donc très concentrés.
L’un d’entre eux, aux
Etats-Unis, représente 22
milliards de dollars avec
seulement 20 titres en
portefeuille. Depuis le début
de l’année, il bat l’indice
S&P 500 de plus de 18 %. En
Europe, Sgam Euro Recovery
comporte 24 titres et bat
l’indice Stoxx 50 de plus de
20 %. Nos préférences
sectorielles vont toutefois vers
les valeurs cycliques et les
valeurs technologiques. La
croissance américaine a été
tirée fin 2002 et en 2003 par
la consommation qui restait à
un niveau élevé. Pendant ce
temps les entreprises ont géré
leurs résultats par la
compression des frais généraux,
et reporté leurs
investissements. Cette logique a
atteint ses limites, notamment
en matière d’investissements
technologiques. On assiste donc
aujourd’hui à une reprise des
investissements.
* Comment
percevez-vous le marché arabe ?
Pour les gestionnaires
d’actifs, le Moyen-Orient est
appréhendé comme un marché
d’investisseurs plutôt
qu’un marché
d’investissements. Et dans un
avenir proche je ne pense pas
que le Moyen-Orient deviendra un
grand bassin
d’investissements. Les marchés
d’actions sont relativement
peu développés. A titre
de comparaison, le portefeuille
d’actifs de la Sgam (300
milliards de dollars) est bien
plus important que la
capitalisation boursière de
tous les marchés arabes. En
revanche le Moyen-Orient a
constitué en 2003, davantage
encore qu’avant, un gros
bassin d’investisseurs grâce
aux rentrées pétrolières.
* Avez-vous perçu
un changement dans la politique
de placements des Arabes depuis
les attentats du 11 septembre
2001 ?
Non, rien n’a changé dans
leur comportement. Cette zone
est dollarisée. Les masses de
dollars sont investis
logiquement dans des actifs américains.
Et comme les marchés américains
sont porteurs, il n’y a pas de
raison qu’ils choisissent
d’autres zones
d’investissement. Certes,
certains recommencent à
regarder vers l’Asie, mais le
phénomène reste marginal par
rapport aux investissements en
dollars.
* Quelle est votre
stratégie pour capter l’épargne
dans la région ?
Nous sommes présents
dans la région depuis la création
de Sgam, en 1997. Nous cherchons
aujourd’hui à renforcer notre
présence. Pour cela, nous
comptons sur notre capacité
d’offre de placements sur le
marché américain à travers
notre filiale Trust Company of
the West, qui est très
puissante aux Etats-Unis. Nous
nous appuyons sur deux
structures au Liban, la SGBL et
Fidus, qui sont les bras armés
de notre stratégie au
Moyen-Orient. La SGBL pour le
marché des particuliers. La
banque lance par exemple
prochainement l’une de nos
sicav "Socgen
International". Et Fidus
est la plateforme de pénétration
de nos activités dans le Golfe.
Car, d’une part Fidus a su créer
une compétence très intéressante
pour nous. Et, d’autre part,
les clients que nous visons, à
savoir les investisseurs du
Golfe, principalement les
Saoudiens et les Koweïtiens,
ont toujours été attirés par
le Liban. C’est pourquoi le
LIban est important dans notre
stratégie régionale.
haut
Tourisme
- Un été exceptionnel en dépit
de la situation régionale
Les chiffres en hausse d’une année
à l’autre
paru dans l'Orient-le Jour le
4 octobre 2003
La saison
touristique a été exceptionnelle
au cours de l’été au Liban,
malgré les répercussions négatives
de la guerre en Irak. Sur les huit
premiers mois de l’année, le
nombre de visiteurs étrangers a
augmenté de 4 % par rapport à la
même période de 2002. "Le
tourisme croît régulièrement
et, cette année, il y a eu un
boom malgré les effets négatifs
de la guerre sur toute la région",
a indiqué à l’AFP un
responsable du ministère du
Tourisme. Malgré un recul en début
d’année, "nous avons réussi
à remonter la pente grâce aux
excellents chiffres de juin,
juillet et août", a ajouté
ce responsable qui a requis
l’anonymat. Le ministre de l’Economie,
Marwan Hamadé, a indiqué à l’AFP
que le flux des visiteurs arabes
est dû principalement aux mesures
de sécurité renforcées en
Occident après les attentats du
11 septembre 2001 et à l’appréciation
de l’euro, qui a rendu chères
les destinations européennes
traditionnelles. Selon les
chiffres officiels, le nombre de
touristes a augmenté de 4,1%
pendant les huit premiers mois de
l’année, en comparaison avec la
même période en 2002. Au total,
718.193 étrangers ont visité le
Liban jusqu’à fin août, les
visiteurs arabes représentant la
part du lion avec 328.691
personnes, suivis par 179.910
Européens, 87.777 Asiatiques et
84.307 Nord-Américains.
Juillet et août ont enregistré
un record avec 369.741 touristes,
soit une augmentation de 49.678
visiteurs par rapport à
juillet-août 2002. Le nombre de
touristes a augmenté de manière
constante ces dernières années
avec un total de 956.464 visiteurs
en 2002, contre 673.261 en 1999.
Les grands hôtels de Beyrouth ont
enregistré un taux d’occupation
avoisinant les 100 % en juillet et
en août. Un cinq étoiles a
engrangé plus de 8 millions de
dollars de bénéfices durant ces
deux mois. Outre la location des
chambres et les restaurants, les hôtels
font des bénéfices exceptionnels
en organisant différents événements
: défilés de mode, conférences
d’affaires et mariages. Beyrouth
est par ailleurs devenue une
escale favorite pour de nombreux
bateaux croisant en Méditerranée,
qui déversent dans le port des
marins et des touristes européens.
"Maintenant, nous reprenons
des forces pour le flux de
touristes attendu pour le Ramadan,
fin octobre, et les fêtes de Noël
et de fin d’année",
affirme Mohammed Mahmoud, gérant
d’un bureau de location de
voitures. haut
Deuxième
éruption solaire et nouvelle tempête
magnétique vers la Terre
publié par l'AFP le 30
octobre 2003
Une deuxième éruption solaire
importante s'est produite
mercredi, provoquant une
nouvelle tempête magnétique
devant toucher la Terre jeudi
alors que les effets de la précédente
éruption perturbent encore les
télécommunications et
provoquent d'inhabituelles
aurores boréales. La deuxième
éruption s'est produite
mercredi à 15h48 (20h48 GMT) et
a atteint l'atmosphère
terrestre jeudi vers 10H00
(15H00 GMT), selon
l'administration américaine des
océans et de l'atmosphère (NOAA).
"C'est comme si la Terre
regardait vers un canon géant
pointé vers elle par le Soleil,
qui aurait tiré deux grands
coups dans notre
direction", a expliqué
John Kohl, astrophysicien du
Harvard-Smithsonian Center for
Astrophysics, responsable d'un
spectromètre à ultra-violet
sur l'observatoire spatial
euro-américain d'étude du
Soleil et de l'héliosphère
SOHO. "Je n'ai rien vu de
tel de toute ma carrière
d'astrophysicien, la probabilité
que cela arrive est si faible
qu'il s'agit d'une anomalie
statistique", a-t-il ajouté.
L'agence spatiale japonaise a
fait état de la perte de
communications avec l'un de ses
satellites, Kodama, mercredi au
début de cet orage électromagnétique,
le plus important depuis une
trentaine d'années.
La première tempête avait été
provoquée par une éruption
solaire survenue mardi vers
06h00 (11h00 GMT), accompagnée
d'un jet massif de particules
ionisées qui ont atteint la
Terre mercredi à 1h13 (6h13
GMT), une dizaine d'heures avant
le moment prévu par les spécialistes.
"L'orage géomagnétique
n'a mis que 19 heures pour
atteindre la Terre, c'est l'un
des orages les plus rapides de
ce cycle" solaire, a
expliqué le météorologue
spatial Larry Combs, du NOAA. Il
s'agissait d'un orage électromagnétique
extrême, classé G5, le niveau
le plus élevé existant. Ces
particules voyageaient à
environ 2.000 km/seconde. L'éruption,
filmée par SOHO, était localisée
dans la partie centrale du
Soleil faisant face à la Terre.
Par précaution, l'équipage de
la Station spatiale
internationale a reçu l'ordre
de séjourner à plusieurs
reprises et pendant de brèves périodes
cette semaine dans le module de
service russe Zvezda, mieux protégé
contre les radiations que les
autres modules de l'ISS. L'éruption
a envoyé des rayons-X voyageant
à la vitesse de la lumière qui
ont provoqué un orage radio
dans l'ionosphère s'étendant
de 50 km à quelques centaines
de kilomètres d'altitude. Ces
rayons-X ont interféré sur la
propagation des ondes radioélectriques
dans certaines gammes de fréquences,
notamment celles utilisées pour
la communication avec les avions
voyageant à haute altitude près
des pôles.
Cette éruption solaire va
continuer d'affecter le champ
magnétique de la Terre pendant
les deux semaines à venir,
selon les experts. Les
particules ionisées atteignant
la Terre mercredi ont créé
quelques interférences dans le
réseau électrique du nord des
Etats-Unis et du Canada, selon
le NOAA. Cette administration a
également fait état d'aurores
boréales visibles jusqu'au
Texas (sud). M. Combs a expliqué
la faiblesse des interférences
sur Terre au début de la tempête
solaire par l'orientation au
nord de son champ magnétique,
ayant pour effet de s'harmoniser
avec le champ magnétique
terrestre. Quelques heures plus
tard, le champ magnétique de
l'orage a tourné, passant au
sud et provoquant une
augmentation de ses effets indésirables
sur les communications radios.
La plus puissante éruption de
l'actuel cycle solaire, qui dure
11 ans, avait été observée en
avril 2000 mais elle n'était
pas dirigée vers la Terre. De
tels orages magnétiques ne présentent
pas de danger pour la santé car
les particules ionisées sont
absorbées ou déviées par l'épaisse
atmosphère terrestre.
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