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PRESSE  RJLIBAN  N°97 - sélection de l'automne 2003 (1)  

                                       

TITRES
 
Le Liban touché de plein fouet par la tragédie en Arabie saoudite
Sept tués et 53 blessés libanais dans l’attaque-suicide contre un centre résidentiel à Ryad
 

paru dans l'Orient-le Jour le 10 novembre 2003

Touché de plein fouet par la tragédie, le Liban était sous le choc hier après l’attentat contre un complexe résidentiel de Ryad, le Mouhaya, qui a fait au moins dix-sept morts, dont sept Libanais. Les mots manquent pour décrire l’attentat, qui a décimé des familles et semé la douleur et le deuil dans les foyers libanais. Perpétré dans la nuit de samedi à dimanche, l’attentat à la voiture piégée contre le complexe proche du palais royal al-Yamama, résidence d’expatriés de pays arabes essentiellement, mais aussi d’Occidentaux, a fait également 122 blessés, selon les chiffres disponibles en début de soirée. Parmi eux, 53 sont libanais, assure-t-on de source saoudienne. On sait du reste que 60 % des résidents du complexe résidentiel étaient de nationalité libanaise, certains d’entre eux portant aussi une nationalité américaine. Selon les témoignages recueillis auprès des Libanais résidant sur place, l’attaque a commencé par des tirs d’armes automatiques provenant d’un monticule situé au voisinage du complexe. Ces tirs ont visé les appartements illuminés. Peu après, un véhicule militaire, probablement volé, a forcé l’entrée du complexe. Ses occupants portaient des uniformes similaires à ceux des gardiens du complexe. Certains des assaillants tiraient dans toutes les directions, pendant que la voiture fonçait sur l’un des ensembles du complexe, avant d’exploser.
Deux autres explosions ont également été entendues, ajoutent des témoins libanais de l’attentat, ainsi que des rafales d’armes automatiques entre les immeubles, dans les escaliers et à l’intérieur de certains appartements. Des témoins assurent que beaucoup de Libanais ont eu le visage criblé par des bris de verre. Le complexe résidentiel Mouhaya comprenait 200 villas et bungalows, et abritait environ 600 personnes, des couples avec leurs enfants pour la plupart et, parmi les Libanais, de nombreux cadres actifs dans des agences de publicité . De sévères mesures de sécurité ont été prises autour de son périmètre, à l’issue de l’attaque. Cinq enfants, dont trois libanais, figurent parmi les victimes de cet attentat attribué par un responsable saoudien à el-Qaëda, le réseau terroriste d’Oussama Ben Laden. Les deux petits libanais tués identifiés d’abord sont Raya Mezher (4 ans) et son frère Jade (8 ans). "Leur mère, qui a échappé à l’attentat, était enceinte et a perdu son bébé tandis que leur père est hospitalisé dans un état grave", ont indiqué leurs proches, déchirés par la douleur. Il s’agit des enfants de Charbel Mezher, un cadre de l’agence de publicité Fortune Promoseven. On apprenait en fin de soirée que Richard Haïdar, sa femme Nancy et leur fils Jade avaient tous trois trouvé la mort dans l’attentat, le véhicule piégé ayant explosé pratiquement sous leur pavillon. Les deux autres morts libanais sont Nina Gébrane et Rania Saleh.
Dispositions pratiques

Le président Emile Lahoud et de hauts responsables civils et religieux ont vivement condamné cet attentat. A la suite de concertations avec le chef de l’Etat et le Premier ministre, une délégation composée de trois diplomates s’est envolée en milieu d’après-midi pour Ryad avec pour mission d’apporter une assistance matérielle et morale aux familles des victimes libanaises. Cette délégation pourrait décider sur place de rapatrier les blessés. L’ambassade du Liban a convoqué les Libanais habitant le complexe résidentiel Mouhaya à se retrouver aujourd’hui au siège de la chancellerie, à 13 heures, pour discuter des dispositions pratiques que voudraient prendre les Libanais visés par l’attentat, pour ce qui concerne essentiellement le rapatriement éventuel de ceux qui le désirent, le relogement des autres et l’octroi de nouveaux passeports à ceux qui les ont perdus dans la tragédie. Selon une source proche de l’ambassade du Liban à Ryad, le Premier ministre aurait provisoirement mis à la disposition des Libanais, ayant perdu leurs biens dans l’explosion, des pavillons dans le complexe résidentiel Oger-Arabie saoudite. Le fils de M. Hariri, Saad Hariri, serait en étroit contact avec l’ambassadeur du Liban pour coordonner l’opération de secours aux Libanais sinistrés. Le Premier ministre lui-même est entré à plusieurs reprises en contact avec le diplomate, pour faire le point de la situation au fur et à mesure que l’ampleur de la tragédie se précisait.
La délégation des AE qui s’est rendue hier à Ryad comprend MM. Haytham Jomaa, directeur des Emigrés, Ghassan Naamani, directeur des Affaires arabes et ancien ambassadeur du Liban en Arabie saoudite et Youssef Sadaka, conseiller. Elle a effectué hier à son arrivée une tournée des hôpitaux où sont soignés les blessés libanais et a donné rendez-vous à tous les résidents du complexe visé par l’attentat, à midi, à l’ambassade du Liban. A Beyrouth, une cellule de crise a été mise sur pied pour assurer le suivi de l’affaire. Les personnes désireuses d’obtenir aujourd’hui des informations au sujet des attentats et des victimes doivent prendre contact avec la direction des affaires politiques du palais Bustros. Forte de plus de 100.000 personnes, la communauté libanaise en Arabie saoudite est une des plus actives au royaume et a grandement contribué à son développement économique. Les Libanais présents en nombre en Arabie saoudite depuis la fin des années soixante travaillent dans presque tous les secteurs : banque, publicité, éducation, hôpitaux, commerce et alimentation. Mais avec la récente montée des actes terroristes dans le royaume, certains Libanais commencent à envisager de partir vers des cieux plus cléments.     haut
 
Israël-Palestine hors les murs

L'aveuglement israélo-américain risque de nourrir le Jihad et de provoquer une extension du conflit au-delà des frontières

 

par DOMINIQUE THOMAS, publié dans Libération le 25 septembre 2003

L'auteur a écrit "Londonistan, la voix de l'islam" (Ed. Michalon)
Depuis plusieurs mois, la lente dégradation du conflit israélo-palestinien promise à une déflagration totale laisse transparaître de sérieux risques de débordement sur la scène extérieure. En effet, la question palestinienne représente déjà une icône, un symbole en plus d'un formidable vecteur de mobilisation pour les différents courants jihadistes internationaux de l'islam politique. Le passage à la lutte armée avait pourtant été jusque-là reporté pour de multiples raisons de mise en oeuvre ­ singularité des frontières, enclavement des territoires et présence d'un nationalisme palestinien structuré et efficace. Du fait des positions conjuguées israélo-américaines dans la région, le danger d'une délocalisation pourrait bien puiser ses racines à l'intérieur même des territoires palestiniens. Lorsque le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, déclare vouloir "éliminer" purement et simplement le Hamas ainsi que d'autres groupes radicaux, il fait preuve d'une inconsciente naïveté ou d'un sentiment de supériorité qui comporte une série de hauts risques. Eliminer le Hamas et le Jihad islamique reviendrait à ignorer entre 20 et 30 % du peuple palestinien qui les soutient. Toutes les parties doivent prendre en compte que ces deux formations constituent une composante du champ politique palestinien. Tôt ou tard, elles entreprendront un processus de mutation politique comme le Hezbollah l'avait accompli en son temps, ce que l'Union européenne a très bien su saisir. De même, la liquidation de la tête politique du Hamas présente dans les territoires reviendra à donner carte blanche à une prise en main du mouvement par sa branche extérieure, plus radicale encore. Cela entraînera de nouvelles orientations de la mouvance, qui, n'ayant plus de frontières, risque de considérer le combat dans sa globalité, porté partout où des intérêts israéliens, voire américains, seront présents.
Sur un deuxième plan tout aussi essentiel, la gestion du futur de l'Autorité palestinienne, et de son leader Yasser Arafat, valide la même analyse. Sa liquidation physique ou politique entraînerait un cataclysme plus important encore. Le vieux chef palestinien demeure incontournable, il est le seul à pouvoir encore garantir une issue acceptable pour les deux parties. Là encore, il faut bien comprendre que son élimination se traduirait par une radicalisation totale de son groupe, le Fatah, intérieur comme extérieur, de la Palestine au camp de réfugiés du Liban. Elle provoquerait la création de brigades "Abou Ammar" (son nom de guerre) déterminées à disséminer le conflit sous différentes formes, y compris à l'extérieur. Tant au niveau de l'administration américaine que du gouvernement israélien, l'escalade apparaît la seule option, démontrant une absence totale de vision politique pour cette région. Le gel des affrontements armés dans les territoires, dans le cas d'une opération militaire d'envergure dans la bande de Gaza, stimulerait ce phénomène de délocalisation. Ce que l'on appelait le "terrorisme proche-oriental des années 70-80" serait alors de retour, et il n'aurait aucun mal à trouver des alliés de circonstance au sein des éléments de l'internationale jihadiste du réseau Al-Qaeda.      haut
 
"Jour tragique pour l'Amérique"

 

par PIERRE COCHEZ, pubié dans la Croix le 3 novembre 2003

Le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, a parlé d'un "jour tragique pour l'Amérique" après les trois attaques qui ont coûté la vie à 19 Américains, dimanche 2 novembre, en Irak. Le même jour, trois autres Américains ont été tués dans deux attaques. Un soldat de la première division blindée de l'armée a trouvé la mort à Bagdad, tué par l'explosion d'une bombe artisanale au passage de son véhicule. Deux civils américains travaillant pour le corps des ingénieurs de l'armée à Falloujah ont également été tués dans une explosion similaire provoquée par un engin de fabrication artisanale placé le long d'une route. Ces attaques sont les plus meurtrières contre les forces étrangères en Irak depuis la fin de la guerre. Elles portent à 141 le nombre des soldats américains tués depuis cette date. Le secrétaire à la défense américain Donald Rumsfeld a néanmoins affirmé dimanche 2 novembre que les Etats-Unis poursuivraient leur guerre contre le terrorisme et leur action en Irak : "La seule chose à faire est de porter aux terroristes la guerre contre la terreur." Déjà, samedi à Mossoul, deux soldats américains avaient été tués lors d'une attaque à l'explosif. Alors que le véhicule d'un autre soldat sautait sur une mine à Bagdad.
Lutter contre les infiltrations de "terroristes"
Ces nouvelles pertes américaines interviennent presque six mois jour pour jour après l'annonce, le 1er mai par George W. Bush, de la fin des combats. A Bagdad, en fin de semaine dernière, des tracts attribués à l'ex-parti Baas avaient appelé les Irakiens à une grève générale de trois jours et à une "journée de résistance à l'occupation". Samedi 1er novembre, dans une capitale irakienne qui a connu la semaine dernière cinq attentats-suicides faisant plus de 40 morts, la plupart des écoles avaient fermé, les parents ayant renoncé à y envoyer leurs enfants. Mais de nombreux magasins restaient ouverts, tandis que la circulation reprenait normalement dans la journée. L'administrateur civil américain Paul Bremer s'est félicité samedi que l'appel à la grève n'ait pas été suivi. Dans le même temps, il annonçait que la taille de la Force de défense civile irakienne allait être augmentée, et l'entraînement de ses personnels accéléré. Dans l'armée, 27 bataillons seront mis sur pied et entraînés en un an, au lieu des deux initialement prévus. L'objectif est d'engager plus de 200.000 Irakiens dans la défense de leur pays d'ici à septembre 2004. Paul Bremer s'est aussi dit convaincu que Saddam Hussein était toujours vivant, en Irak, sa capture restant une priorité. Son village natal d'Ouja, près de Takrit, a été encerclé vendredi 31 octobre, l'armée américaine pensant qu'il pourrait être une base d'où sont organisées les attaques.
Sur le plan diplomatique, une réunion des ministres des affaires étrangères de sept pays voisins de l'Irak s'est ouverte dimanche 2 novembre en Syrie à Damas. Cédant aux pressions de Riyad, Koweït et Amman, qui avaient menacé de boycotter la réunion, la Syrie avait fini par inviter vendredi soir un représentant de l'administration irakienne. Celui-ci faisait savoir qu'il ne pouvait pas participer à la rencontre, en l'absence d'une "invitation officielle". La réunion de Damas devait notamment se pencher sur le problème des infiltrations de combattants étrangers. En visite samedi au Koweït, le nouveau président du Conseil de gouvernement irakien, le Kurde Jalal Talabani, avait appelé les pays voisins de l'Irak à aider le pays à lutter contre les infiltrations de "terroristes". Le New York Times affirmait samedi 1er novembre que des centaines de militants islamistes d'Europe et du Moyen-Orient sont en route pour l'Irak afin d'y combattre l'occupation étrangère et mener la "guerre sainte". Le quotidien américain citait notamment le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière qui affirmait que "des dizaines de jeunes gens de confession musulmane et d'origines modestes ont quitté la France pour l'Irak depuis cet été". A Damas, selon l'agence Associated Press, les ministres devaient aussi affirmer soutenir le Conseil de gouvernement irakien et dénoncer les groupes terroristes opérant en Irak, soulignant que les forces d'occupation doivent rétablir la sécurité et la stabilité dans le pays qu'elles ont envahi en mars. Les ministres devaient également préconiser un renforcement du rôle des Nations unies, notamment dans la rédaction d'une nouvelle Constitution, la préparation d'élections et l'élaboration d'un calendrier pour la fin de l'occupation.     haut
 
Les pratiques des dirigeants minent l’Etat plus que les failles constitutionnelles

 

par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 1er novembre 2003

Le ver est-il dans le fruit, c’est-à-dire dans la Constitution de Taëf ? Ou en surface, sur la peau, c’est-à-dire dans les fantaisies irrégulières des dirigeants ? La controverse est aussi vieille que la présente république. Pour la simple raison que celle-ci n’a presque jamais fonctionné normalement. Mentor écouté, Fouad Boutros publiait, il y a déjà quelques années, un article intitulé "Le pourrissement du système politique par les pratiques." Depuis lors, rien n’a changé, si ce n’est en pire. L’ancien ministre écrivait en substance : "Les rapports tendus, parfois même teintés de violence, entre les cadres du pouvoir n’auraient pas suscité d’intérêt si, par leur interaction avec d’autres facteurs, ils ne constituaient une faille profonde dans l’édifice des institutions, un défaut dans leur marche. Les points de vue des différents acteurs politiques divergent quant à la délimitation des responsabilités en matière de dérive. Mais ils se retrouvent pour reconnaître que la Constitution est prise à la légère, facilement violée dans son esprit comme dans sa lettre."
"L’on est porté à croire que les débordements successifs découlent d’une mentalité, de penchants qui tendent à affaiblir les fondements de l’Etat. Seuls les naïfs ne réalisent pas que la kyrielle des pratiques politiques à l’ombre de Taëf présente les prémices d’un glissement continu du système pouvant, si l’on n’y prend garde, l’altérer dans ses spécificités et dans son esprit même. Les systèmes n’évoluent pas seulement par la modification des textes mais, parfois et sans y toucher, par la répétition de pratiques déterminées qui prennent valeur d’usages ce qui entraîne l’évaporation des textes." Il relève ensuite, toujours en substance, que "le tuteur-arbitre, quand il estime devoir intervenir, limite son rôle à l’assainissement des rapports personnels entre les officiels, pour ménager la stabilité du pouvoir, sans s’occuper des failles dans le fonctionnement des institutions. Certains pensent qu’il faut amender les articles de la Constitution régissant les relations entre les pouvoirs. Certes, cette mesure est nécessaire et devra être prise en temps dû, mais elle ne répond pas aux exigences de l’heure. Car la cause du mal actuel réside dans la mentalité de la classe dirigeante, que la révision constitutionnelle ne changerait pas. La dérive n’est pas liée à la Constitution". 
Dans ce sens, comprend-on ensuite, que, bien évidemment, la loi fondamentale ne prévoit nulle part que les autorités libanaises cèdent le pouvoir pour se soumettre à une tutelle. Ni que l’on peut mélanger entre les pouvoirs ou que l’on doit traiter l’entente ainsi que l’équilibre politique par le mépris, comme cela se fait et se voit. Ce qui est également le cas pour la pluralité, l’alternance, les droits, la solidarité sociale et les libertés en général. La déliquescence risque d’aboutir à l’anarchie ou à un régime autoritariste, prévenait enfin l’ancien ministre. Pour d’autres également, une révision de la Constitution ne réglerait pas le problème des mauvaises pratiques. Les textes ne peuvent pas amender les mentalités. La Constitution d’avant-guerre faisait l’objet de plaintes et de protestations multiples. Surtout, en fait, parce qu’elle était souvent mal respectée dans son esprit, c’est-à-dire que les comportements des responsables étaient abusifs. Il n’y avait d’ailleurs pas de grogne sensible visant la Constitution lorsque le pouvoir se tenait bien si l’on peut dire. Donc, selon ces personnalités, si Taëf est attaqué ou critiqué, c’est surtout à cause des mauvais usages adoptés, des conflits relationnels et non des textes. Les querelles entre le président de la République et le chef du gouvernement amènent un pôle parlementaire à rappeler ce mot de Saëb Salam : "Tout foyer divisé se détruit, et si le maître de céans ne bâtit pas sa demeure de ses propres mains, les maçons n’y pourront rien." Or la maison libanaise est non seulement divisée au niveau de sa direction, mais encore sans maître de céans unique. Il est difficile dans ces conditions d’édifier un Etat de droit et des institutions.
Tout comme il est difficile d’entreprendre une quelconque réforme administrative ou politique pour faciliter le redressement économique. Si la Constitution était bien appliquée, si le pays n’était pas gouverné sous la férule des rancunes entre ses dirigeants, on ne se plaindrait pas tantôt d’un pouvoir abusivement parlementariste et tantôt de la troïka ou des décideurs, qui n’auraient plus à intervenir. Le même pôle parlementaire se demande ensuite si ceux qui se jouent du sort du Liban ont intérêt à ce qu’il ne se dégage pas du cercle des secousses, que les présidents restent en conflit, que les gouvernements soient toujours piégés et sans cohésion interne. Le ministre Marwan Hamadé pense pour sa part que le Liban est doté d’un système de cohabitation, non seulement entre les présidents, mais aussi entre les communautés, ce que certains appellent la coexistence. Cela implique que si les liens sont rompus au niveau de la direction, la coexistence s’en trouve affectée au niveau de la base.     haut
 
Tous coupables

 

par WADIH EL-ASMAR, publié dans l'Orient-le Jour le 4 novembre 2003

L'auteur est vice-président du mouvement Solida (Soutien aux Libanais détenus arbitrairement)
C’est avec stupéfaction que je prends connaissance au fil des jours des déclarations liberticides des responsables politiques libanais et du procureur général. Dernièrement, j’ai découvert qu’il était interdit de critiquer un Etat étranger devant les instances internationales sans l’aval du gouvernement libanais. Cette mesure, dirigée officiellement contre l’intervention aux Etats-Unis de l’ancien Premier ministre Michel Aoun, dépasse de loin le cadre individuel. En tant que défenseur des droits de l’homme au Liban et partout dans le monde, cette mesure fait de moi un hors-la-loi au quotidien. Signer une pétition en faveur de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de paix birmane, peut être considéré comme troublant les relations du Liban avec la Birmanie. Vouloir défendre Saadeddine Ibrahim en Egypte ou Sihem Benseddrine en Tunisie pourra être assimilé à de la trahison. D’ailleurs, que dire de notre action en faveur des Libanais détenus arbitrairement ? Dénoncer la mort lente et secrète à laquelle sont condamnés plus de 200 Libanais qui croupissent dans les geôles syriennes, c’est déjà de la haute trahison, alors allez défendre ces mêmes victimes devant le Parlement européen et cela devient de la... plus haute trahison. Avec toute cette absurdité, on nous explique qu’il ne s’agit là que de mesures normales que prendrait tout Etat démocratique... eh oui !
Si cette nouvelle atteinte à la liberté d’expression m’a fait réagir, c’est parce qu’elle s’inscrit dans une campagne de dénigrement systématique des ONG, quel que soit leur domaine d’activité. A suivre ce raisonnement absurde du régime libanais, toute expression ou tout engagement en faveur des droits de l’homme dans n’importe quel pays du monde nécessiteront une autorisation du Conseil des ministres à Beyrouth ! Il se peut que des esprits éclairés au Liban trouvent cela normal. Pour ma part, je trouve que le Liban vient de franchir un pas de plus vers la dictature en envoyant une nouvelle fois des messages négatifs à tous les citoyens libanais, qu’il accule par cette logique à se taire ou à s’exiler. L’aspect et l’utilisation politique de ces accusations ne doivent pas nous faire perdre de vue que nous sommes tous concernés par cette nouvelle conception de la liberté d’expression du régime libanais. N’y voir qu’un accident de parcours n’y changera rien. J’ai la désagréable certitude qu’il s’agit d’un mouvement de fond de régression et de musellement de la société civile et des opposants qui est en route. Alors, n’attendons pas que vienne notre tour pour réagir : écrivons tous à M. Addoum pour demander notre mise en examen pour toutes les pétitions que nous avons signées.     haut
 
Ce mur qui divise Jérusalem
Le long du mur "sécuritaire" qui coupe Jérusalem, des terrains, des villages et des familles palestiniennes se retrouvent divisés. Les recours posés par les maires n'ont aucune chance d'aboutir

 

par BENJAMIN BARTHE, publié dans la Croix le 3 novembre 2003

C'était à la fin du mois de juillet. Quelques jours avant que George W. Bush ne déroule le tapis de la Maison-Blanche sous les pas de Mahmoud Abbas et d'Ariel Sharon. A Sur Baher, un quartier arabe de Jérusalem, des soldats israéliens affichaient un avis de réquisition de terres. Une bande de trois kilomètres de long et 60 m de large était saisie pour les besoins de la barrière de sécurité, le dispositif anti-attentat construit par Israël à l'intérieur de la Cisjordanie. Alors que le premier ministre israélien s'apprêtait à réaffirmer son adhésion à la "feuille de route", le plan de paix international qui promet un Etat "viable" aux Palestiniens, dans les champs de Sur Baher, un ordre militaire placardé sur le tronc des oliviers ouvrait un nouvel épisode du dépeçage des Territoires occupés.
Depuis ce jour, les travaux de l' "enveloppe de Jérusalem", titre officiel de la barrière dans la Ville sainte, ont repris à vive allure. Dans la foulée de l'explosion du bus n° 2, un attentat suicide revendiqué par le Hamas, qui provoqua la mort le 19 août de 22 Israéliens, 11 ordres de saisies supplémentaires ont été publiés, concernant 800 dunums (80 ha) au sud-est de la ville. Une dizaine de kilomètres sont désormais en travaux entre Sur Baher et Al-Azzariya. Une section qui s'ajoutera aux deux tronçons récemment achevés : huit kilomètres au nord, en bordure de Ramallah, et 14 km au sud, en périphérie de Bethléem, bâtis respectivement à six kilomètres et trois kilomètres à l'intérieur de la Cisjordanie. Ariel Sharon, que les disciples de la "Séparation" soupçonnaient de vouloir temporiser, est donc décidé à appliquer à Jérusalem-Est, le même traitement de choc qu'à la Cisjordanie, où 150 km de clôtures, de barbelés et de tranchées ont été déjà construits. "Tout s'est accéléré depuis l'été, dit Daniel Seidemann, un avocat israélien. Sharon agit comme s'il craignait que les règles du jeu ne changent sous peu. D'ici à trois ou quatre mois, 70 % du mur de Jérusalem sera achevé."
À l'est sa maison, à l'ouest son travail...
A Sur Baher, Adel Nimr observe le ballet des bulldozers avec angoisse. Les traits crispés, ce quinquagénaire explique que la barrière va découper sa vie en deux. A l'est, c'est-à-dire côté Cisjordanie, sa maison ; et à l'ouest, côté Jérusalem, son travail. Comme 150 autres familles installées dans un vallon reculé, le Wadi El-Ain, Adel et les siens seront laissés à l'écart de l' "Enveloppe" alors que tout le reste de Sur Baher sera incorporé dedans. A moins d'une correction de dernière minute, les magasins, les restaurants, l'école et la clinique qu'ils fréquentent aujourd'hui seront bientôt de l'autre côté d'une clôture fortifiée. Une porte sera-t-elle aménagée à proximité ? Personne ne le sait. Si oui, les gens du Wadi El-Ain ne pourront la franchir qu'à condition de s'y présenter aux horaires fixés par l'armée et munis du permis idoine : le nouveau rituel de l'occupation d'après-mur. "Ariel Sharon est un gardien de moutons, dit un fermier. Il les enferme derrière une clôture. Il décide s'ils sortent et s'ils rentrent. C'est ce qu'il fait maintenant avec nous."
Face à l'état-major de Tsahal, le véritable architecte du mur, le comité de défense de Sur Baher a adopté une position inhabituelle. D'habitude prompts à défendre leur identité jérusalémite, les habitants demandent que le tracé dévie vers l'ouest pour préserver l'unité de leur village. Fût-ce au prix de sa mise à l'écart du centre de Jérusalem. "S'il faut faire un mur, qu'il passe entre les juifs et les Arabes, dit Aziz Abu Tair, un ingénieur. Qu'il ne nous divise pas entre nous." Pour l'instant, la réponse du ministère de la défense n'est pas connue. La détermination réelle des villageois non plus. Compte tenu de l'attachement existentiel du Likoud, le parti d'Ariel Sharon, au dogme de la "Jérusalem unifiée", il est peu vraisemblable qu'ils obtiennent gain de cause. "Nous refusons de diviser Jérusalem", dit Shalom Goldstein, conseiller du maire pour le secteur arabe, lorsqu'on l'interroge sur les fondements du tracé de la barrière.
Une bordure municipale qui n'existait que sur les cadastres
A cette justification politique, Shalom Goldstein ajoute le mot d'ordre officiel : la sécurité. "Le tracé de la clôture a été dessiné en fonction d'impératifs sécuritaires. Il peut créer quelques tracas. Mais s'il nous faut choisir entre sauver la vie de nos citoyens et préserver leur confort, il est évident que c'est la première option qui l'emporte." Depuis le début de l'Intifada, 170 habitants de Jérusalem ont été tués et 1.500 blessés dans 90 attaques dont 30 kamikazes. A l'évocation de ces chiffres, Aziz Abu Tair désigne une mince bande de champs d'oliviers, dont les troncs gisent à terre. "Si le tracé avait été déplacé de quelques dizaines de mètres, ces arbres n’auraient pas été décapités. Quel calcul sécuritaire l’a empêché" ? A l’est de Jérusalem, le mur existe depuis un an et demi. Les habitants de Ras el Amoud et d’Abou Dis s’y sont heurtés un jour de juillet 2002. Jusqu’alors, ils ne se doutaient pas que la frontière entre la ville sainte et la Cisjordanie recoupait la limite entre leurs deux quartiers. La bordure municipale de Jérusalem-est, une ligne unilatéralement tracée par Israël au lendemain de la guerre des Six jours, n’avait jamais existé que sur les cadastres de la mairie. Et puis des palissades de béton taggés de la Croix de David ont poussé en travers de la rue Ras Qubsa. Pas très hautes, certes. Leur franchissement, en se hissant sur un tas de gravats ou en se faufilant dans une brèche, est devenu le sport local numéro un.
Le tissu économique et social de Jérusalem-est s’est effiloché
Hommes, femmes, jeunes ou vieux, tout le monde joue l’acrobate sous l’œil las de la police. Très vite cependant, le tissu économique et social de Jérusalem- est s’est effiloché. Les clients n’ont plus eu l’envie d’escalader les palissades. Les fournisseurs n’ont plus eu les moyens de faire le détour par la route de Ma’aleh Adumim, la grande colonie voisine. "Mes ventes se sont effondrées de 50 %", dit Sami, un pharmacien. La crise est d’autant plus forte que l’axe Abou Dis-Jérusalem n’est pas qu’un couloir économique. Pour les musulmans de Jéricho et de Bethléem, c’est la voie d’accès traditionnelle à l’Esplanade des Mosquées, et pour les étudiants c’est le chemin obligé vers l’Université Al Quds, située juste derrière le mur. Bientôt un véritable rempart remplacera le mur de fortune. Le bouche à oreille dit même qu’à l’autre bout d’Abou Dis, du côté de Ma’aleh Adoumim, une autre barrière sera édifiée, qu’une nouvelle route en cul-de-sac sera ouverte, vers Sawahreh, au nord et qu’une colonie supplémentaire, Kidmat Sayun, s’implantera avec 400 logements.
"Chaque agression israélienne débute comme une rumeur avant de se révéler un fait accompli", dit Salah Ayat, un garagiste, âgé de 50 ans. Il s’attend à ce qu’Abou Dis devienne un goulet d’étranglement invivable. Un ghetto comme les villages de Ram et de Dahiyet el Barid, près de Ramallah, dont l’encerclement par la barrière est déjà programmé. Ses habitants verront de loin les écoles, les hôpitaux et les sites religieux qui sont l’apanage de Jérusalem. Mais ils ne pourront plus y accéder. "Le mur sera suffisamment efficace pour rendre la vie de civils innocents complètement misérables, mais, insuffisamment efficace, pour prévenir l’infiltration de terroristes", prédit Daniel Seidemann.
Nu’man, extension à venir de la colonie Har Homa ?
Si elle n’était pas tragique, l’histoire de Nu’man pourrait faire sourire. Ce village palestinien, situé au sud de Jérusalem, près de Beit Sahour, cumule les handicaps du mur et des colonies à un degré qui frise l’absurde. Ses 300 habitants qui se considèrent comme Jérusalémites se sont vus octroyer par erreur, au recensement de 1967, une carte de résident de Cisjordanie. Depuis cette date, les gens de Nu’man s’efforcent d’obtenir réparation afin de se voir reconnaître le statut de résident de Jérusalem et les avantages qui vont avec. Or le ministère de l’Intérieur israélien refuse. Les habitants de Nu’man sont qualifiés de "personnes résidant illégalement" dans leurs maisons. Et à ce titre, menacés d’expulsion à la moindre rencontre avec la police.
L’affaire s’est aggravée avec la construction de la barrière de sécurité, qui, paradoxalement, place Nu’man du côté israélien. "Nous n’avons ni permis pour entrer à Jérusalem, ni porte pour passer en Cisjordanie, dit Ziad Hmeidan, un enquêteur de l’organisation de défense des droits de l’homme El Haq, qui réside sur place. L’armée menace de nous couper l’eau et l’électricité. C’est simple : ils veulent se débarrasser de nous pour étendre la colonie de Har Homa. C’est un transfert tranquille". Pour l’instant, les villageois résistent. Ils ont refusé les liasses de dollars offerts en cas de départ et s’accommodent des descentes nocturnes de l’armée. Mais les bulldozers vrombissent au loin. Les jours de Nu’man sont comptés.     haut
 
Les Israéliens rouvrent le débat sur la paix

L'initiative de Genève, qui propose une sortie au conflit avec les Palestiniens, offre une alternative à la politique sécuritaire de Sharon

 

par PATRICK SAINT-PAUL, publié dans le Figaro le 31 octobre 2003

Depuis plusieurs semaines, la multiplication des initiatives de paix bouscule le gouvernement d'Ariel Sharon. Restée muette depuis le début de la deuxième Intifada, le 28 septembre 2000, la société civile israélienne sort d'un long sommeil. Pendant trois ans, aucune alternative n'a été proposée à la politique sécuritaire d'Ariel Sharon, qui a eu pour effet d'éloigner tout espoir de paix avec les Palestiniens dans un avenir proche. Mais durant ces années, des élus de gauche, des militaires, d'anciens responsables des services de sécurité, des associations ont travaillé et dialogué sans publicité avec des Palestiniens pour imaginer des solutions permettant de remettre Israël sur la voix de la paix. Le pacte de Genève, un plan de paix non officiel "négocié" entre l'ancien ministre travailliste de la Justice, Yossi Beilin, et l'ex-ministre de l'Information palestinien, Yasser Abed-Rabbo, est l'initiative la plus gênante pour Sharon et la plus médiatisée. L'accord propose des solutions aux principaux obstacles du processus de paix. Il prévoit notamment que les Palestiniens renoncent au droit au retour en Israël pour mettre définitivement fin au conflit. Le document engage Israël à restituer aux Palestiniens 97,5% de la Cisjordanie, occupée depuis 1967. Et à un partage de la souveraineté sur la Vieille Ville de Jérusalem : le mont du Temple, site le plus sacré du judaïsme, sur lequel se trouve l'esplanade des Mosquées, troisième Lieu saint de l'Islam, situé à Jérusalem-Est, passerait sous souveraineté palestinienne. Mais le mur des Lamentations, ainsi que le quartier juif, resteraient entre les mains d'Israël. La droite nationaliste a compris le danger pour elle de ce plan de paix, qui développe une dynamique d'espoir. Ariel Sharon a fustigé l'Initiative de Genève, la jugeant "plus dangereuse" que les accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne signés en 1993 par le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et le dirigeant palestinien, Yasser Arafat.
"Il faut lutter pour empêcher l'adoption de l'Initiative de Genève et contre l'aide qui lui est apportée par des Etats européens", fulmine le premier ministre. Israël a lancé une bataille diplomatique contre le plan. Le ministre des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, a affirmé que la France et la Belgique avaient l'intention de verser une aide de 7 millions de dollars pour financer une campagne en faveur de l'initiative, ce que Paris a démenti. Le ministère israélien des Affaires étrangères a aussi convoqué le chargé d'affaires suisse, pour lui faire part de son mécontentement concernant le soutien apporté par la Suisse au projet. Le gouvernement a accusé Yossi Beilin de trahison, certains ministres allant jusqu'à réclamer son inculpation et la peine maximale prévue dans ce cas, la peine de mort. Le gouvernement souligne que Beilin "n'était pas autorisé à conduire des négociations". Redécouvrant soudain les vertus de la "feuille de route", Sharon assure que l'initiative de Genève menace l'application du plan sponsorisé par Washington. Pour l'éditorialiste du Haaretz, Aluf Benn, "l'obsession inutile avec le pacte de Genève ne fait que rendre plus évident le manque de volonté du gouvernement pour trouver une solution au conflit avec les Palestiniens". Les attentats se poursuivent malgré les opérations de l'armée israélienne dans les Territoires palestiniens et la construction d'un mur de sécurité, censé protéger Israël contre les infiltrations de kamikazes. Après presque trois ans de confiance absolue, 55% d'Israéliens estiment que "Sharon ne sait pas comment combattre le terrorisme", selon un sondage publié par le quotidien Maariv. Sa cote de confiance est en baisse, mais Sharon conserve le soutien de l'opinion.     haut
 
Etats proliférants

 

par ALAIN HERTOGHE, publié dans la Croix le 8 novembre 2003

La France condamne la doctrine Bush de la guerre préventive. Mais elle se prépare à pouvoir la livrer. Juste au cas où… Là où le président américain actuel et ses prédécesseurs parlent d’ "Etats voyous", le chef de l’Etat français et son gouvernement préfèrent l’expression "puissances régionales proliférantes". Un rapport de la commission de la défense de l’Assemblée nationale rendu public cette semaine en identifie plus d’une trentaine (les mêmes que les Etats-Unis), parmi lesquelles la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie, sans exclure qu’elles puissent collaborer avec des groupes terroristes. Et la France se donne les moyens d’une dissuasion face aux "scénarios de chantage et de menaces" que représente la dissémination d’armes de destruction massive (nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques). Ainsi, dès 2004, l’armée de l’air française sera dotée de missiles de croisière Scalp qui seraient plus performants que les Tomahawk américains. L’aviation britannique en a fait usage en avant-première durant la guerre d’Irak. En 2007, un autre missile, à tête nucléaire celui-là, équipera les Mirage. Une version française des "mininuke" développés par le Pentagone. Clairement, au-delà des divergences profondes de Jacques Chirac et de George W. Bush sur la manière de "gouverner" le monde, ils font le même diagnostic des terribles menaces actuelles. Ainsi que de la manière militaire d’y répondre. Cela n’a rien de réjouissant.     haut
 
Europe : Athènes... et Rome

 

par HENRI FROMENT-MEURICE, ambassadeur de France, publié dans Ouest-France le 21 octobre 2003

Elargissement et approfondissement, ces deux mouvements n'ont cessé de caractériser le développement de l'Union européenne depuis que, formée à l'origine des six fondateurs (Allemagne, Benelux, France, Italie), elle a cherché, tout en accueillant de nouveaux membres, à garder le cap sur l'objectif du traité de Rome de 1957 : "Une union toujours plus étroite." Malheureusement, l'élargissement a toujours prévalu sur l'approfondissement, la volonté d'intégration a faibli, de nombreux gouvernements ont invoqué des "intérêts nationaux" pour échapper à des politiques pourtant supposées communes, la règle de l'unanimité a été défendue bec et ongles, de sorte, qu'aujourd'hui, l'Union fonctionne mal. Jamais l'écart entre élargissement et approfondissement n'a été aussi large. Or, il risque de s'agrandir encore. En effet, d'un côté, le traité d'Athènes, par lequel l'Union va accueillir dix nouveaux membres, doit entrer en vigueur en mai 2004, tandis que, de l'autre, il est loin d'être acquis que le projet de Constitution destiné à faire mieux fonctionner l'Union, et soumis depuis le 4 octobre à l'examen de la Conférence intergouvernementale, donnera effectivement naissance à un nouveau traité de Rome. Le danger existe donc qu'une fois de plus l'Union se trouve élargie, et cette fois considérablement, sans que l'on sache si elle sera vraiment approfondie. La France est concernée puisque le gouvernement a prévu de soumettre le traité d'Athènes à la ratification du Parlement avant la fin de l'année.
L'intérêt commun à tous les Européens étant indiscutablement d'avoir à la fois Athènes et Rome, il est essentiel que le projet de Constitution proposé par la Convention ne soit par trop contesté. Tant par les pays de l'Est, notamment la Pologne, qui sont tentés de rejeter des réformes pourtant indispensables, que par ceux, dont l'Espagne, qui prétendent à un poids supérieur à leur poids réel. Les Six, heureusement unis, vont avoir fort à faire pour convaincre les récalcitrants que le projet de Constitution qui leur a été transmis par la Convention est le meilleur possible. Si la Conférence échoue, on en reviendra à la situation actuelle, mais à vingt-cinq et sans réformes, autant dire l'impuissance programmée. A supposer que la Conférence réussisse, viendra l'heure de la ratification. Pour ce qui concerne la France, la logique serait que les deux traités soient ratifiés, selon la même procédure, car ils sont tout aussi importants l'un que l'autre. Le traité d'Athènes implique le défi fondamental d'avoir à réussir la réunification de l'Europe ex-communiste et de l'Europe démocratique, tandis que le futur traité de Rome doit doter cette Europe réunifiée d'institutions assez fortes pour lui permettre de jouer le rôle qui lui revient dans un monde dur et dangereux. Pourquoi, faudrait-il choisir le Parlement pour Athènes et le référendum pour Rome ? Il appartient au président de la République d'en décider, mais il est évident que, parmi les partisans du référendum pour la Constitution, l'on trouve les adversaires de l'Europe car ils espèrent bien profiter de l'amalgame des mécontentements pour faire triompher le "non".     haut
 
Du "nouveau monde" à l' "autre monde"

 

par ALAIN MINC, publié dans le Monde du 19 octobre 2003

L'auteur est président d'AM  Conseil, essayiste, président du conseil de surveillance de la SAS Le Monde

Nos relations avec les Etats-Unis sont surplombées, du moins de notre part, par le non-dit. Les atlantistes traditionnels veulent voir dans les tensions actuelles un épiphénomène exacerbé par les tempéraments de George Bush et de Jacques Chirac ; ils imaginent, les deux hommes une fois disparus de la scène politique, un illusoire retour au statu quo. Les antiaméricains rejouent, à leur manière, le discours de Phnom Penh, et rêvent d'une France chef de file de ce qu'on appelait autrefois le "mouvement des non-alignés". Les premiers, nostalgiques, et les seconds, fantasmagoriques, voient le monde dans leur rétroviseur. Les Etats-Unis se métamorphosent. Hier pays occidental, ils deviennent à eux seuls un syncrétisme du monde. Une immigration de toutes origines, la montée des Hispaniques, le kaléidoscope ethnique, l'impressionnante irruption des Asiatiques au sommet de l'Université et de la recherche  : le "nouveau monde" est désormais un "autre monde". Demain, les élites politiques, économiques, médiatiques seront colonisées par ces Américains du troisième type. Mais, avec les hindous à la place des juifs, les Chinois se substituant aux WASP et les Hispaniques remplaçant les catholiques irlandais, comment imaginer que l'Europe demeure l'alma mater des Américains  ? Cette nouvelle Amérique-là commence à sécréter son système de valeurs  : il ne correspond que partiellement au nôtre. Que partagerons-nous dans vingt ans  ? Le marché et le suffrage universel. Ce ne seront pas des traits typiquement occidentaux. Le monde entier est en train, cahin-caha, de les faire siens. La place du sacré dans la société  ? L'équilibre entre la religion et le profane  ? La conception de l'homme, du droit à l'avortement jusqu'à la peine de mort  ? La vision de l'autre  ? Autant de clivages entre une Europe, congélateur des vieilles valeurs occidentales, et une Amérique dont les codes, les mœurs, les références résultent d'une étrange alchimie, synthèse improbable de tous les systèmes culturels qui quadrillent son territoire et son imaginaire.
Même sur le plan politique, rien ne garantit que notre culte commun du suffrage universel débouchera, à long terme, sur une même conception de la démocratie, car il y aura de plus en plus, sur ce plan-là, de "maisons dans la demeure du père" : des visions différentes de la citoyenneté, du melting pot, des droits de l'homme, voire de l'équilibre des pouvoirs. A défaut d'une même Weltanschauung - cette vision du monde chère aux Allemands -, l'atlantisme correspondra-t-il, au moins, à des intérêts communs  ? La menace soviétique avait une double vertu  : elle a obligé les Européens à s'unir  ; elle les poussait à une alliance de fer avec les Etats-Unis. Le communisme disparu, la construction européenne s'étiole sous couvert d'élargissement, l'OTAN se dissout à force d'extension et les Etats-Unis ont la tête ailleurs. Comment mettraient-ils, au même niveau de préoccupations, une Europe qui, sur le plan stratégique, ressemble à une grosse Suisse accueillante et insignifiante et une Chine devenue leur principal atelier industriel, un créancier essentiel qui peut provoquer une récession américaine en suspendant ses achats de bons du Trésor et un rival stratégique majeur ? Ou une Inde, décalée d'une génération par rapport à la Chine, mais qui deviendra un jour la  principale plate-forme de services des Etats-Unis et, elle aussi, leur créancière  ? La Russie est certes mieux lotie que nous, mais elle le doit moins à une force nucléaire désormais fantomatique qu'à sa puissance pétrolière, elle, bien réelle. La menace terroriste nous rapproche-t-elle  ? A coup sûr, mais elle ne crée pas une proximité plus grande avec nous qu'avec l'Egypte ou l'Indonésie. Si son moteur était la haine de la richesse, il se développerait une solidarité des nantis, mais le fondamentalisme islamique joue sur un clavier plus large, étendant, de la sorte, l'angoisse à l'échelle de la planète entière.
Que nous reste-t-il pour justifier une communauté d'intérêts à défaut d'un attachement viscéral  ? Le statut nucléaire du Royaume-Uni et de la France  ? Fadaises. La capacité de ces deux pays de participer à des opérations internationales de maintien de l'ordre ? Elle existe, mais la Turquie ou l'Inde seront de plus en plus capables de mobiliser des contingents infiniment supérieurs. L'excès de notre épargne ? Il apporte son ticket au financement des déficits américains, mais, dans cette étrange opération de mutualisation, le Japon et la Chine comptent davantage. Nos marchés  ? Ils sont naturellement intéressants pour les entreprises américaines, mais de là à y voir la racine de liens essentiels... Si notre relation à long terme avec l' "autre monde" est aussi distendue qu'elle était intense avec le "nouveau monde", la stratégie internationale de Jacques Chirac est-elle adaptée ? En apparence, oui  ; en réalité, non. Le "multilatéralisme" est une illusion comme l'était le mouvement des non-alignés. Ce peut être une alliance fugitive d'intérêts ou plutôt de communes oppositions ; ce n'est pas un état stable : Cancun en est la démonstration. Il est naïf de rêver d'un "concert des nations" à l'échelle de la planète que la France puisse régir avec, pour seules armes, l'ombre portée d'un passé glorieux, l'énergie d'un chef d'Etat et le panache d'un ministre des affaires étrangères. Il n'existe, nous le savons bien, que le vieux précepte du général de Gaulle  : "L'Europe est le levier d'Archimède de la France." Mais son application suppose aujourd'hui une rouerie qui va à rebours de l'actuelle posture française.
Si nous sommes convaincus que l'éloignement avec l' "autre monde" constitue notre horizon, l'atlantisme devient un état transitoire. Cela rend plus facile d'accepter ce prix pour construire l'Europe politique. C'est une manière habile de prendre en compte la spécificité britannique, mais aussi d'embarquer une Espagne dont l'hispanidad crée désormais un lien particulier avec les Etats-Unis - 50  millions d'Américains hispaniques lui donnent un atout cardinal - et de faire nôtres les sentiments de nouveaux entrants légitimement reconnaissants aux Etats-Unis d'avoir gagné la guerre froide. C'est un détour obligé si nous croyons encore aux vertus d'une "Europe puissance", concept à la fois éculé et vital. Le multilatéralisme donne des satisfactions d'amour-propre ; la démarche européenne, un véritable instrument d'influence. Quel prix dérisoire à payer qu'un minimum d'atlantisme de façade ! Celui-ci est d'autant moins engageant que, dans cette hypothèse, c'est l' "autre monde" qui s'éloignera au fil du temps de nous, mais au moins nous abandonnera-t-il unis ! Nos postures trop provocantes sur la question irakienne rendent, il est vrai, difficile cette volte-face hypocrite. Question de temps, de circonstances, d'hommes ?     haut
 
Washington lance une chaîne de télévision pour séduire le monde arabe

Comme Radio Sawa, qui couvre presque tout le Maghreb et le Proche-Orient, ce projet télévisuel ambitionne, à partir des Etats-Unis, de redorer l'image de l'Amérique

 

par TEWFEK HAKEM, publié dans le Monde du 1er novembre 2003

Plus que jamais, en pleine occupation militaire en Irak, la Maison Blanche poursuit ses efforts pour redorer l'image de l'Amérique dans le monde arabo-musulman. Après avoir lancé, en mars 2002 à partir de Washington, Radio Sawa, qui couvre aujourd'hui presque tous les pays arabes, et après avoir mis en place le mensuel pour jeunes Hi dans les kiosques des grandes villes arabes au cours de l'été 2003, Middle East Television Network Arab (Metna), une chaîne de télévision américaine en langue arabe, est annoncée pour "la fin du Ramadan", c'est-à-dire en décembre. Avant de partir à l'assaut de ses concurrentes arabes Al-Jazira et Al-Arabiya, la future télévision américaine s'est donc déjà adaptée au calendrier musulman. Longtemps protégé comme un secret d'Etat, le contenu de la chaîne commence à être dévoilé. Les médias arabes les moins hostiles à la politique de Washington sont parvenus à glaner quelques informations. Ainsi, selon le quotidien privé saoudien Al-Charq Al-Awssat, Metna ne fera pas de l'information en continu, à la manière d'Al-Jazira, mais elle veut être "la Fox news en arabe" avec, en plus de l'information, des talk-shows et des programmes de variétés. Son budget de lancement, estimé à 30 millions de dollars (25,66 millions d'euros), pourrait être doublé pour 2004.
D'abord attendu à Dubaï, où des bureaux ont été loués depuis plus d'un an, la chaîne ne quittera finalement pas le territoire américain et installera son siège à Fairfax (Virginie), a annoncé un responsable de la Broadcasting Board of Governors (BBG), un organisme qui dépend du département d'Etat, qui a cependant précisé : "Nous disposerons de la plus importante organisation en informations au Moyen-Orient." Comment l'opération est-elle perçue dans les pays arabes ? "Les Américains agissent sur le front médiatique comme sur le front militaire. Ils ont les moyens d'occuper le terrain, mais pas forcément de se faire entendre ou de se faire comprendre", résume, au Caire, un éditorialiste libéral peu suspect d'antiaméricanisme. Publiée par Al-Ahram Hebdo, l'opinion de l'universitaire Ahmed Loutfi est plus radicale : "L'administration américaine ne se trompe-t-elle pas en faisant l'amalgame entre ce qui a marché auparavant et ce qui pourrait se réaliser à présent ? Devenue une puissance agressive et conquérante, l'Amérique ne peut plus plaider de la même manière qu'elle le faisait du temps de l'URSS." Dans le même journal, et sous le titre "Le plan Marshall des cerveaux", le journaliste Samar Al-Gamal ironise, lui, sur le contenu du magazine Hi, un "grand projet d'offensive de l'administration Bush sur les cœurs des jeunes Arabes (...) pour diminuer le niveau de l'antiaméricanisme".
Dans les embouteillages du Caire, un chauffeur de taxi écoute Radio Sawa : "Elle programme de la bonne musique, mais pour les informations, je préfère regarder les chaînes satellitaires arabes", dit-il, prudent. Il explique en riant : "L'Egypte, qui a autorisé Radio Sawa à émettre chez nous, a été obligée d'autoriser aussi les radios privés égyptiennes." Ainsi, après l'arrivée de Sawa, s'est créée une autre radio, du même format, pour la concurrencer : Stars FM. "Tous les jeunes l'écoutent !", affirme le chauffeur. A Washington, les promoteurs américains de Radio Sawa affichent leur satisfaction et des résultats exceptionnels. Selon un sondage commandé par Sawa, réalisé en juillet et août, en moins de deux ans, la station américaine aurait quadruplé son audience au Qatar chez les moins de 15 ans. Du Caire, ces chiffres sont pris avec prudence. Une source diplomatique française nuance : "Même si ces audiences sont gonflées, la réussite de Sawa est indéniable. Cette station s'est donné les moyens pour se faire entendre. Dans la majorité des pays de la région, mis à part le Liban, elle a réussi à supplanter des radios comme - la britannique - BBC ou - la française - RMC Moyen Orient". En plus du financement de ces nouveaux médias, le Congrès américain a débloqué un fond, estimé à 23 millions de dollars (19,8 millions d'euros), pour "aider" la presse arabe "à se restructurer".
"Une concurrence acharnée"
Observateur attentif des médias de son pays, un éditorialiste du quotidien égyptien Al-Goumhouriya compare la politique des grands moyens de l'Amérique et ceux "dérisoires", selon lui, "des islamo-nationalistes". Pour appuyer ses propos, il évoque l'enlèvement, au mois d'août, d'un "courageux" chroniqueur égyptien d'Al-Ahram, Réda Al-Hilal. Un journaliste, écrit-il, qui "défendait le camp des libéraux, et fustigeait ceux qui dénonçaient l'intervention américaine en Irak sans critiquer la dictature de Saddam." L'éditorialiste poursuit : "Dans un de ses derniers articles, il s'en prenait à la dernière élection du (puissant) syndicat des journalistes en Egypte, dont 70 % des représentants élus sont soit islamistes soit nationalistes." Enfin, dans Al-Ahram Hebdo, Samar Al-Gamal estime, lui, que "les Etats-Unis doivent s'attendre à une concurrence acharnée" car, "dans le monde arabe, ce sont les médias antiaméricains qui ont la plus forte audience."     haut
 
Vers une organisation mondiale de la culture

Jean-Jacques Aillagon et quinze de ses collègues réunis en Croatie

 

par ERIC BIETRY-RIVIERRE, publié dans le Figaro le 20 octobre 2003

Derrière la baie vitrée du grand hall de l'hôtel Ambasador, regardant une Adriatique ensoleillée s'étendre mollement vers les archipels de la côte dalmate, Gilberto Gil syncope quelques accords sur sa guitare. Artiste encore malgré les contraintes de sa fonction, le ministre brésilien de la Culture se détendait ainsi lors des courtes pauses ménagées entre deux séances de la sixième réunion annuelle ministérielle du Réseau international sur la politique culturelle (RIPC) qui a eu lieu de mercredi à samedi. Ce pow-wow informel où seize ministres de la Culture se retrouvaient avec quinze représentants d'Etats observateurs, des personnalités de l'Unesco, de la Francophonie et du Conseil de l'Europe, avait lieu en Croatie. A Opatija précisément, ancienne croisette de l'Empire austro-hongrois et qui redevient, depuis la fin de la guerre, très fréquentée par les amoureux de Sissi. Non loin de Gilberto Gil, son ami Jean-Jacques Aillagon plaisantait avec Pierre Curzi, l'un des acteurs du Déclin de l'empire américain et des Invasions barbares. Le Français et le coprésident de la Coalition pour la diversité culturelle canadienne, également président de l'Union des acteurs de langue française au Canada, savouraient la victoire qu'ils viennent de remporter haut la main par acclamation, les Etats-Unis n'ayant pas voulu se ridiculiser par un vote à l'Unesco.
"Le RIPC a été le moteur et la boîte à outil de l'Unesco. Mais attention, la décision de créer une loi supranationale de protection des politiques culturelles n'est qu'une étape. Nous ne saurons si nous avons gagné la guerre pour la diversité culturelle qu'en 2005, une fois la loi adoptée", signale un des sherpas français. Pierre Curzi lit les seuls commentaires émis pour l'instant par les Américains : "Nous reconnaissons et souscrivons aux objectifs de sauvegarde des biens culturels – remarquez le mot "sauvegarde" ! Mais nous sommes inquiets que la convention projetée entre en conflit avec les droits de l'homme." "Garantir la diversité culturelle en posant des limites au libéralisme n'est pas contradictoire avec la liberté d'opinion et d'expression, plaide Didier Le Bret, sous-directeur du cinéma, des nouvelles technologies et de la promotion de la diversité culturelle. Cette garantie figure dans la Déclaration universelle et les Américains eux-mêmes encadrent leur marché." Finlande, Canada, Chine, Arménie... Tous les pays présents à Opatija sont-ils pour autant sur la même longueur d'ondes ? La France et le Canada, à la pointe du combat, jugent les pays du Nord et le Portugal très fiables, le Brésil plus ambigu et se méfient d'autres partenaires comme la Corée du Sud qui, en dépit des promesses de son ministre de la Culture, veut toujours passer des accords bilatéraux avec les Etats-Unis. Notamment sur la diffusion cinématographique.
"Il faut se montrer vigilant, les rencontrer avant qu'ils se décident, expliquer notre position, convaincre", soupire Didier Le Bret. Rien n'est facile quand Hollywood casse ses prix ou quand, pour l'acquisition des droits d'un blockbuster lucratif, contraint à signer dix autres de ses films, inondant ainsi les écrans de ses images. Mais la décision de l'Unesco ravive les résistances. "Tenez, ici, en Croatie, dans ce petit pays de 4,5 millions d'habitants, deux studios de production cinématographique continuent d'exister et deux festivals de cinéma se développent, signale l'attaché culturel de l'ambassade de France. La télévision diffuse une vingtaine d'heures de productions françaises par mois. Il y a quatre théâtres nationaux, un festival d'art dramatique, deux de musiques classiques." A Opatija, le RIPC s'est donc résolu à ne pas s'endormir sur ses lauriers. Il lui reste seize mois pour aider l'Unesco à formuler un texte fédérateur tout en poursuivant son travail de persuasion auprès des pays moins engagés ou même auprès des Etats-Unis. C'est peu. Toutefois, le réseau ne manque pas d'arguments. Pour forcer Hollywood ou la Silicon Valley à entrer le débat, le RIPC imagine par exemple de travailler sur un plan de lutte mondial contre le piratage des oeuvres.     haut
 
La faim n'a toujours pas reculé dans le monde

 

par MARC MENNESSIER, publié dans le Figaro le 16 octobre 2003

L'humanité a "un siècle de retard" dans la lutte contre la malnutrition. Tel est le constat désabusé que dresse aujourd'hui la FAO à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation 2003. Selon l'agence spécialisée des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, 840 millions de personnes dans le monde (sur un total de 6 milliards d'individus) souffrent de faim chronique, dont 799 millions dans les pays en développement. Certes, le fléau est en régression. Actuellement, le nombre des affamés baisse en moyenne de 2,5 millions par an à l'échelle de la planète. Mais, à ce rythme, l'objectif de réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre de victimes de la faim, que s'étaient fixé les 185 pays participant au Sommet mondial de l'alimentation en 1996, ne sera atteint qu'en... 2115. Pour inciter les gouvernements à ne plus se contenter de simples déclarations verbales mais à engager "des programmes tangibles" de lutte contre la malnutrition, la FAO appelle à la création d'une Alliance internationale contre la faim réunissant tous les partenaires concernés : agriculteurs, ONG, gouvernements, entreprises, scientifiques, etc. "Comment est-il encore possible aujourd'hui et à notre époque que tant d'êtres humains soient affamés ?" s'exclame le directeur général de la FAO, le Sénégalais Jacques Diouf alors que "jamais auparavant l'humanité n'a produit autant de nourriture".
Pour l'agronome français Marcel Mazoyer, les causes de ce drame, à la fois récurrent et scandaleux, sont avant tout d'ordre économique : "Il y a trois milliards de paysans dans le monde. Si on les livre au marché international des produits agricoles qui est un marché de dumping, on organise la baisse des revenus, on augmente l'exode rural et le chômage. Tant qu'on ne change pas cela, les techniciens peuvent faire des OGM ou de la sélection classique, cela ne sert pas à grand-chose car les paysans pauvres n'ont pas les moyens d'acheter ces techniques." De fait, la recherche agronomique pratiquée dans les pays industrialisés répond essentiellement aux besoins des agriculteurs de ces pays qui ont la particularité d'être solvables. "Il faut développer des programmes de sélection végétale adaptés aux pays du Sud en collaboration étroite avec les chercheurs et les agriculteurs de ces pays", explique un expert de la FAO qui déplore que l'aide publique au développement agricole ait été divisée par deux, à l'échelle mondiale, au cours des dix dernières années. Or ce ne sont pas les entreprises semencières privées qui investiront dans la recherche sur les plantes orphelines ou qui développeront les infrastructures (routes, marchés...) indispensables au développement rural. Mais les pays du Sud ont aussi leur responsabilité, notamment celle d'accroître la part de leur budget à l'agriculture trop souvent sacrifiée au profit d'autres dépenses. Depuis 1990, six pays ont suivi cette voie avec succès : la Chine qui compte 74 millions de malnutris en moins mais aussi l'Indonésie, le Vietnam, la Thaïlande, le Nigeria, le Ghana et le Pérou.     haut
 
Le chemin de croix de la laïcité italienne
La décision de retirer le crucifix de l'école d'Ofena est suspendue
 

par ERIC JOZSEF, publié dans Libération le 1er novembre 2003

La bataille du crucifix ne connaît pas de trêve en Italie. Suite à un recours du ministère de l'Education, la justice a décidé vendredi de suspendre jusqu'au 19 novembre le retrait de la croix ornant les murs de l'école d'Ofena, pourtant ordonné la semaine dernière par le juge Mario Montanaro sur requête du militant islamiste radical Adel Smith. Le pape est également intervenu vendredi dans la polémique, en jugeant "antidémocratique" la décision du juge Montanaro. "L'exécution de cette décision aurait provoqué un trouble gravissime pour la majorité des élèves", s'est félicité l'avocat de l'Etat italien. "Ma réponse sera strictement judiciaire", a commenté Adel Smith, président de l'Union des musulmans d'Italie, dont les deux fils sont scolarisés à Ofena.
Enquête
Dans le village des Abruzzes, la mobilisation se poursuit contre le verdict rendu en vertu de la laïcité de l'Etat italien. Jeudi, le maire avait ordonné la fermeture provisoire de l'école pour "préserver les enfants" de la pression médiatique, tandis que des mères de famille, crucifix en main, organisaient une procession. L'affaire est devenue nationale. Le ministre de la Justice, Roberto Castelli, membre de la Ligue du Nord, est allé jusqu'à ouvrir une enquête administrative à l'encontre du juge Montanaro. Un peu partout, des initiatives sont prises par les édiles locaux, comme à Trévise où le président de la province a acheté 90 crucifix pour fournir les écoles qui, au fil des ans, et dans le désintérêt général, en avaient été dépourvues. Encouragé par Jean Paul II, l'épiscopat italien est monté au créneau. "On ne nous enlèvera pas la croix", proclamait mardi l'Osservatore romano, le quotidien du Vatican.
Abolition
Dans la classe politique, la défense du crucifix fait à peu près l'unanimité. Même le secrétaire des communistes orthodoxes Fausto Bertinotti a indiqué que, "personnellement, [il éprouverait] quelques difficultés à retirer" la croix des écoles. Seuls les Verts et les Radicaux se battent pour son retrait des bâtiments publics. Deux sénateurs écologistes veulent abolir les décrets de 1924 et 1928 obligeant les écoles à exposer le crucifix. Les principaux responsables musulmans se sont prononcés contre l'initiative d'Adel Smith. Selon l'Union des communautés islamiques italiennes, le verdict du juge "aura des effets pervers et certainement négatifs sur le dialogue christiano-musulman que nous nous employons si difficilement à mettre en oeuvre". Le président des Communautés juives, Amos Luzzatto, lui non plus, "ne demande pas le retrait des croix", mais estime que "dans une société moderne, démocratique et laïque, il faut distinguer lieux publics et lieux privés".     haut
 
"Le Liban est important dans notre stratégie régionale"

Phiippe Collas, PDG de la Société générale Asset Management gère 300 milliards de dollars d’actifs

 

par SIBYLLE RIZK, publié dans l'Orient-le Jour le 27 septembre 2003

Philippe Collas, directeur général adjoint de la Société générale, était de passage à Beyrouth à l’invitation de la Société générale de banque au Liban et de Fidus, deux filiales du groupe bancaire français qu’il considère comme "les bras armés de la Société générale" au Moyen-Orient. Dans un entretien accordé à "L’Orient-Le Jour", le PDG de la Société générale Asset Management, qui gère quelque 300 milliards de dollars d’actifs, décrypte les évolutions macroéconomiques en cours dans le monde. 
* La dépréciation du dollar par rapport à l’euro va-t-elle se poursuivre ?
Le taux de change euro/dollar devrait se stabiliser dans les six prochains mois, voire au-delà, dans une fourchette de 1,15 à 1,20. D’ailleurs, le dollar est à sa valeur historique par rapport à l’euro (reconstitué) si on regarde l’évolution du taux de change sur le long terme. Aujourd’hui, la pression sur l’euro est moins forte. Elle s’exerce désormais sur le yen. 
* Le dollar faible assure-t-il la reprise américaine ?
Un dollar faible favorise incontestablement la croissance américaine et pénalise les économies environnantes. Il reste aux Etats-Unis à convaincre la zone asiatique et notamment la Chine de réévaluer leur monnaie. Ce défi-là n’est pas encore gagné. Mais, globalement, l’économie américaine évolue favorablement. Nous prévoyons une croissance de 4 % en 2004.
* Prévoyez-vous une hausse des taux de référence américains à court terme ?
Rien ne justifie une hausse des taux courts aux Etats-Unis d’ici à la fin de l’année, ni même en 2004. (Le président de la Réserve fédérale américaine) Alan Greenspan a annoncé la couleur. Les taux longs ont fortement augmenté en juillet et je crois qu’ils risquent de se tendre davantage en 2004. Mais je ne crois pas à la hausse des taux courts, car il s’agit d’un élément essentiel de la reprise américaine. L’économie sort quand même d’une crise relativement sérieuse et elle a encore besoin d’oxygène.
* Et l’Europe ? La reprise allemande sera-t-elle un moteur suffisant ?
On n’aurait pas pu évoquer la reprise en Europe sans croissance aux Etats-Unis. Le problème de l’Europe c’est qu’elle n’a pas résolu un certain nombre de points fondamentaux, tels que le financement des retraites, les rigidités du marché du travail, les déficits sociaux... qui sont un facteur de ralentissement du moteur économique. L’Allemagne a été sérieusement touchée au cours des deux dernières années et elle est encore en récession. Les chiffres montrent toutefois que la situation s’améliore. La croissance sera tirée par les exportations vers les Etats-Unis et la reprise de la consommation qui est encouragée par une politique fiscale porteuse.
* La politique de la Banque centrale européenne favorise-t-elle suffisamment la relance ? Croyez-vous que le successeur de Wim Duisenberg, Jean-Claude Trichet, sera plus souple ?
Je ne vois pas de baisse des taux d’intérêt dans un proche avenir, à moins que l’euro reparte à la hausse et qu’il dépasse le seuil de 1,20 dollar ou que la reprise ne soit pas au rendez-vous. C’est vrai que la politique de la BCE est plus restrictive que celle de la Fed. Mais quand on regarde le chemin parcouru en 2003, elle a assoupli sans le dire sa position pour favoriser davantage un but de croissance, alors que ses statuts lui fixent comme objectifs la lutte contre l’inflation et la préservation de la monnaie. Je crois que Jean-Claude Trichet prendra davantage en compte l’objectif de croissance, car il se sentira moins prisonnier des statuts que le premier gouverneur de la BCE.
* Comment traduisez-vous ces analyses en termes de recommandations de placements ?
Les marchés boursiers devraient bénéficier de la relance de la croissance. La Sgam a d’ailleurs sensiblement surpondéré ses placements en actions dès le début 2003. En revanche, si les taux longs se tendent, les placements obligataires seront moins attractifs.
* Quelles sont vos recommandations sectorielles ?
Nous jouons moins les secteurs que la sélection des valeurs dont nous espérons une performance supérieure à l’indice de référence du marché. Certains fonds de la Sgam sont donc très concentrés. L’un d’entre eux, aux Etats-Unis, représente 22 milliards de dollars avec seulement 20 titres en portefeuille. Depuis le début de l’année, il bat l’indice S&P 500 de plus de 18 %. En Europe, Sgam Euro Recovery comporte 24 titres et bat l’indice Stoxx 50 de plus de 20 %. Nos préférences sectorielles vont toutefois vers les valeurs cycliques et les valeurs technologiques. La croissance américaine a été tirée fin 2002 et en 2003 par la consommation qui restait à un niveau élevé. Pendant ce temps les entreprises ont géré leurs résultats par la compression des frais généraux, et reporté leurs investissements. Cette logique a atteint ses limites, notamment en matière d’investissements technologiques. On assiste donc aujourd’hui à une reprise des investissements.
* Comment percevez-vous le marché arabe ?
Pour les gestionnaires d’actifs, le Moyen-Orient est appréhendé comme un marché d’investisseurs plutôt qu’un marché d’investissements. Et dans un avenir proche je ne pense pas que le Moyen-Orient deviendra un grand bassin d’investissements. Les marchés d’actions sont relativement peu développés. A titre de comparaison, le portefeuille d’actifs de la Sgam (300 milliards de dollars) est bien plus important que la capitalisation boursière de tous les marchés arabes. En revanche le Moyen-Orient a constitué en 2003, davantage encore qu’avant, un gros bassin d’investisseurs grâce aux rentrées pétrolières.
* Avez-vous perçu un changement dans la politique de placements des Arabes depuis les attentats du 11 septembre 2001 ?
Non, rien n’a changé dans leur comportement. Cette zone est dollarisée. Les masses de dollars sont investis logiquement dans des actifs américains. Et comme les marchés américains sont porteurs, il n’y a pas de raison qu’ils choisissent d’autres zones d’investissement. Certes, certains recommencent à regarder vers l’Asie, mais le phénomène reste marginal par rapport aux investissements en dollars.
* Quelle est votre stratégie pour capter l’épargne dans la région ?
Nous sommes présents dans la région depuis la création de Sgam, en 1997. Nous cherchons aujourd’hui à renforcer notre présence. Pour cela, nous comptons sur notre capacité d’offre de placements sur le marché américain à travers notre filiale Trust Company of the West, qui est très puissante aux Etats-Unis. Nous nous appuyons sur deux structures au Liban, la SGBL et Fidus, qui sont les bras armés de notre stratégie au Moyen-Orient. La SGBL pour le marché des particuliers. La banque lance par exemple prochainement l’une de nos sicav "Socgen International". Et Fidus est la plateforme de pénétration de nos activités dans le Golfe. Car, d’une part Fidus a su créer une compétence très intéressante pour nous. Et, d’autre part, les clients que nous visons, à savoir les investisseurs du Golfe, principalement les Saoudiens et les Koweïtiens, ont toujours été attirés par le Liban. C’est pourquoi le LIban est important dans notre stratégie régionale.     haut
 
Tourisme - Un été exceptionnel en dépit de la situation régionale

Les chiffres en hausse d’une année à l’autre

 

paru dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2003 

La saison touristique a été exceptionnelle au cours de l’été au Liban, malgré les répercussions négatives de la guerre en Irak. Sur les huit premiers mois de l’année, le nombre de visiteurs étrangers a augmenté de 4 % par rapport à la même période de 2002. "Le tourisme croît régulièrement et, cette année, il y a eu un boom malgré les effets négatifs de la guerre sur toute la région", a indiqué à l’AFP un responsable du ministère du Tourisme. Malgré un recul en début d’année, "nous avons réussi à remonter la pente grâce aux excellents chiffres de juin, juillet et août", a ajouté ce responsable qui a requis l’anonymat. Le ministre de l’Economie, Marwan Hamadé, a indiqué à l’AFP que le flux des visiteurs arabes est dû principalement aux mesures de sécurité renforcées en Occident après les attentats du 11 septembre 2001 et à l’appréciation de l’euro, qui a rendu chères les destinations européennes traditionnelles. Selon les chiffres officiels, le nombre de touristes a augmenté de 4,1% pendant les huit premiers mois de l’année, en comparaison avec la même période en 2002. Au total, 718.193 étrangers ont visité le Liban jusqu’à fin août, les visiteurs arabes représentant la part du lion avec 328.691 personnes, suivis par 179.910 Européens, 87.777 Asiatiques et 84.307 Nord-Américains.
Juillet et août ont enregistré un record avec 369.741 touristes, soit une augmentation de 49.678 visiteurs par rapport à juillet-août 2002. Le nombre de touristes a augmenté de manière constante ces dernières années avec un total de 956.464 visiteurs en 2002, contre 673.261 en 1999. Les grands hôtels de Beyrouth ont enregistré un taux d’occupation avoisinant les 100 % en juillet et en août. Un cinq étoiles a engrangé plus de 8 millions de dollars de bénéfices durant ces deux mois. Outre la location des chambres et les restaurants, les hôtels font des bénéfices exceptionnels en organisant différents événements : défilés de mode, conférences d’affaires et mariages. Beyrouth est par ailleurs devenue une escale favorite pour de nombreux bateaux croisant en Méditerranée, qui déversent dans le port des marins et des touristes européens. "Maintenant, nous reprenons des forces pour le flux de touristes attendu pour le Ramadan, fin octobre, et les fêtes de Noël et de fin d’année", affirme Mohammed Mahmoud, gérant d’un bureau de location de voitures.     haut

 
Deuxième éruption solaire et nouvelle tempête magnétique vers la Terre

 

publié par l'AFP le 30 octobre 2003 

Une deuxième éruption solaire importante s'est produite mercredi, provoquant une nouvelle tempête magnétique devant toucher la Terre jeudi alors que les effets de la précédente éruption perturbent encore les télécommunications et provoquent d'inhabituelles aurores boréales. La deuxième éruption s'est produite mercredi à 15h48 (20h48 GMT) et a atteint l'atmosphère terrestre jeudi vers 10H00 (15H00 GMT), selon l'administration américaine des océans et de l'atmosphère (NOAA). "C'est comme si la Terre regardait vers un canon géant pointé vers elle par le Soleil, qui aurait tiré deux grands coups dans notre direction", a expliqué John Kohl, astrophysicien du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, responsable d'un spectromètre à ultra-violet sur l'observatoire spatial euro-américain d'étude du Soleil et de l'héliosphère SOHO. "Je n'ai rien vu de tel de toute ma carrière d'astrophysicien, la probabilité que cela arrive est si faible qu'il s'agit d'une anomalie statistique", a-t-il ajouté. L'agence spatiale japonaise a fait état de la perte de communications avec l'un de ses satellites, Kodama, mercredi au début de cet orage électromagnétique, le plus important depuis une trentaine d'années.
La première tempête avait été provoquée par une éruption solaire survenue mardi vers 06h00 (11h00 GMT), accompagnée d'un jet massif de particules ionisées qui ont atteint la Terre mercredi à 1h13 (6h13 GMT), une dizaine d'heures avant le moment prévu par les spécialistes. "L'orage géomagnétique n'a mis que 19 heures pour atteindre la Terre, c'est l'un des orages les plus rapides de ce cycle" solaire, a expliqué le météorologue spatial Larry Combs, du NOAA. Il s'agissait d'un orage électromagnétique extrême, classé G5, le niveau le plus élevé existant. Ces particules voyageaient à environ 2.000 km/seconde. L'éruption, filmée par SOHO, était localisée dans la partie centrale du Soleil faisant face à la Terre. Par précaution, l'équipage de la Station spatiale internationale a reçu l'ordre de séjourner à plusieurs reprises et pendant de brèves périodes cette semaine dans le module de service russe Zvezda, mieux protégé contre les radiations que les autres modules de l'ISS. L'éruption a envoyé des rayons-X voyageant à la vitesse de la lumière qui ont provoqué un orage radio dans l'ionosphère s'étendant de 50 km à quelques centaines de kilomètres d'altitude. Ces rayons-X ont interféré sur la propagation des ondes radioélectriques dans certaines gammes de fréquences, notamment celles utilisées pour la communication avec les avions voyageant à haute altitude près des pôles.
Cette éruption solaire va continuer d'affecter le champ magnétique de la Terre pendant les deux semaines à venir, selon les experts. Les particules ionisées atteignant la Terre mercredi ont créé quelques interférences dans le réseau électrique du nord des Etats-Unis et du Canada, selon le NOAA. Cette administration a également fait état d'aurores boréales visibles jusqu'au Texas (sud). M. Combs a expliqué la faiblesse des interférences sur Terre au début de la tempête solaire par l'orientation au nord de son champ magnétique, ayant pour effet de s'harmoniser avec le champ magnétique terrestre. Quelques heures plus tard, le champ magnétique de l'orage a tourné, passant au sud et provoquant une augmentation de ses effets indésirables sur les communications radios. La plus puissante éruption de l'actuel cycle solaire, qui dure 11 ans, avait été observée en avril 2000 mais elle n'était pas dirigée vers la Terre. De tels orages magnétiques ne présentent pas de danger pour la santé car les particules ionisées sont absorbées ou déviées par l'épaisse atmosphère terrestre.     haut
  

 
 
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