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Nos
"ennemis"
américains
par JEAN DANIEL,
publié dans le
Nouvel Observateur
le 25 septembre 2003
I.
Sommes-nous les
ennemis des
Etats-Unis? Notre
confrère Thomas
L. Friedman, du
"New York
Times", le prétend.
Il n’est pas le
premier à le
penser mais l’un
des tout premiers
à le dire d’une
manière
agressive. Nombre
de Français
vivant aux
Etats-Unis,
proches des
milieux
d’affaires, de
la culture et du
show-business,
confirment en
effet que les Américains
ont l’impression
de riposter à
notre hostilité
bien plus que de
la provoquer. Peu
importe ici de
savoir où est la
vérité. Une
chose est sûre :
elle n’est pas
du côté de M.
Friedman. Jamais,
par exemple, comme
il ose
l’affirmer, la
France n’a été
en situation de
compromettre une
motion de l’ONU
qui eût des
chances de faire céder
Saddam Hussein et
donc d’éviter
la guerre. Ce
n’est pas avec
de tels arguments
que l’on
contribuera au
rapprochement
Paris-Washington,
mais ce n’est
visiblement pas ce
que souhaite M.
Friedman.
L’important est
de constater que
les Américains
les plus réservés
à l’égard de
l’entourage néoconservateur
de George W. Bush
sont persuadés
que nous ne leur
voulons aucun
bien. Et,
curieusement, ce
sentiment augmente
au fur et à
mesure que la
situation se dégrade
à Bagdad et à Jérusalem.
J’ai connu cela
dans les derniers
mois de la guerre
d’Algérie. Plus
les Cassandre
avaient raison,
plus elles étaient
accusées
d’avoir contribué
au malheur.
Naturellement, il
s’agit avant
tout de l’Irak,
question qui sépare
radicalement les
deux camps de part
et d’autre de
l’Atlantique. Or
il y a des
confusions à éviter.
Il y a un avant
et un après
l’intervention.
Toutes les études,
savantes ou polémiques,
qui ont été
publiées sur
l’antiaméricanisme
supposé endémique
des Français
datent d’avant
l’intervention
américaine en
Irak. Donc,
analyses et
commentaires ne
pouvaient tenir
compte dans leurs
conclusions de
l’immense
mouvement de
solidarité des
Français et des
Européens avec
les Américains
lors des attentats
du 11 septembre
contre les tours
du World Trade
Center.
II. Qui
d’ailleurs
s’en souvient ?
Tout se passe
comme si, aux
Etats-Unis, on
avait intérêt à
l’oublier pour
mieux nous haïr.
Comme si, en
France, nous
avions honte
d’avoir été
"tous américains" -
ce que nous avons
bel et bien été
pendant au moins
trois à cinq
mois. Comme si,
enfin, pour les
uns et pour les
autres, notre détestation
d’aujourd’hui
avait besoin de se
nourrir d’un
reniement des
sympathies de la
veille. Insistons
donc et
rappelons-le : la
France a été
chaleureusement
proaméricaine
pendant et après
le drame du 11
septembre 2001.
Comme
d’ailleurs,
notons-le
rapidement au
passage, elle
avait été
chaleureusement
pro-israélienne
de 1948 à 1970.
Rappel du passé
pour montrer quoi
? Ceci, qui est
essentiel : que
les sentiments
changent autant
que les
situations.
Qu’il n’y a
pas de continuité
dans l’exaspération,
ni de tradition
dans l’hostilité.
Et que toutes les
raisons que l’on
donne à notre
vieil antiaméricanisme
volent en éclats
dès que l’on
veut bien se
souvenir des
moments de
solidarité. L’épiderme
est souvent plus
sensible que la
raison.
Chauvinisme pas
mort. Les Français
ont été exaspérés
de voir leur
conduite dictée
par les hyper-Yankees.
Comme les
Espagnols -
je viens de
l’entendre à
Barcelone -
ont été exaspérés
d’être
contraints à
devenir les
suiveurs des Français.
Cette réaction de
l’opinion
publique espagnole
est d’autant
plus intéressante
que son hostilité
à l’égard des
Etats-Unis est
plus vive que
toutes les autres.
Bien plus vive
que celle de
l’opinion
publique française
! Sondage :
92% des Espagnols
sont antiaméricains
sur l’Irak.
Spectacle : on a
eu l’impression
que toute l’Espagne
était dans la rue
lors des
manifestations
contre la guerre.
III. Venons-en aux
questions de fond.
Sur l’après-guerre
en Irak, les
positions de
George Bush et de
Jacques Chirac
sont cyniquement
complémentaires.
L’Américain ne
veut pas céder à
qui que ce soit,
surtout pas à
l’ONU et encore
moins à la
France, une
parcelle
d’autorité sur
le commandement
des forces armées
à Bagdad. Le Français,
lui, se contente
de déclarer
qu’il
n’enverra jamais
de troupes en Irak
et qu’il
souhaite que les
Irakiens soient maîtres
chez eux. Chacun
s’accommode des
positions de
l’autre. Pour le
reste, on veut réhabiliter
l’image de l’ONU
sans lui donner de
pouvoir. Tout le
monde est
d’accord et
personne n’a
d’illusions. Le
procès instruit
contre l’antiaméricanisme
des Français
s’accompagne et
se nourrit des
sentiments
anti-israéliens
qu’on leur prête.
Là encore, il
faudrait que nos
confrères américains
et les services
d’information de
leur pays fussent
attentifs à ce
qui se passe dans
le monde entier,
dans toute l’Europe,
et surtout sur les
rivages de l’Europe
méditerranéenne.
Les journaux
espagnols,
italiens,
portugais et grecs
affirment avec une
unanimité assez déconcertante
des positions
propalestiniennes
qui parfois, hélas,
n’excluent ni le
Hamas ni le Djihad
islamique.
IV.
Sans doute
n’assiste-t-on
pas, dans tous ces
pays, aux dérives
antisémites de
l’antisionisme.
Aussi bien les
diasporas juives y
sont-elles peu
nombreuses. Mais
la France n’est
pas, et de très
loin à l’intérieur
de l’Europe, par
exemple, la plus zélée
dans la sympathie
pour les
Palestiniens. Aux
yeux des
commentateurs américains,
l’opposition
simultanée à
Sharon et à Bush
traduit une
hostilité à
l’entité "américano-sioniste".
Je ne dis pas que
cette interprétation
ne repose sur
rien. Je dis
qu’elle ne
saurait excuser la
faillite de la
pacification américaine
à Bagdad ni les déconvenues
de la
"feuille de
route" à Jérusalem.
J’observe que,
dans la dénonciation
de ces deux
situations, les
Français sont
loin d’être les
champions, même
s’ils affirment
avec plus de force
que les autres
leur indépendance
à l’égard des
Etats-Unis. Célébrée
dans le
tiers-monde et
notamment, bien sûr,
dans le monde
arabe,
l’attitude de la
France lui vaut un
surcroît de
prestige, mais
aussi un capital
dont elle paraît
ne pas très bien
savoir que faire.
Cet embarras est
justifié. Car une
dégradation
accrue des
rapports déjà très
mauvais entre les
Etats-Unis et la
France poserait la
douloureuse
question de la
survie même de
l’Occident. Il
se peut que les
Etats-Unis ne se
soient plus montrés
dignes ou capables
d’assurer
l’unité d’une
civilisation qui a
donné ses lois à
notre monde, en
tout cas depuis
quelques siècles.
Mais comme on ne
voit pas encore
d’Europe unie
capable de prendre
leur relais, alors
il ne reste plus
qu’à espérer
que le peuple américain
se réveille et
que prennent fin
rapidement les
grossières
utopies
interventionnistes
imprudemment puisées
dans la tradition
de Theodore
Roosevelt. Utopies
qui, selon un
diplomate américain,
ont conduit George
Bush et ses
penseurs à "cesser
d’être
intelligents en
devenant idéologues".
haut
Irak
- Le chaos vainqueur
par KO
par
JEAN-LUC PORQUET,
publié dans le Canard
Enchaîné le 24
septembre 2003
C'était il y a
quelques mois,
mais ça paraît
tellement vieux, déjà
: Bush avait
promis qu'il amènerait
la démocratie en
Irak. Il avait même
promis mieux :
cette nouvelle démocratie
irakienne serait
si réussie, si
rayonnante,
qu'elle allait "servir
d'exemple
attrayant de
liberté pour les
autres pays de la
région". Par
une sorte de
vertueuse
contagion,
l'ensemble du
Moyen-Orient connaîtrait
d'ici peu une
vraie métamorphose
politique : Paul
Wolfowitz, secrétaire
adjoint à la défense,
et ses amis néo-conservateurs, avaient
réussi à
persuader Bush
qu'en Iran, en
Egypte, au Maroc,
en Jordanie, au
Liban, au Koweit,
les militants démocrates,
ragaillardis par
la réussite
irakienne, se
mettraient à défier
les régimes
autocratiques, et
que ceux-ci
tomberaient un à
un. Une sorte de
théorie des
dominos inversée
(Daniel Brumberg,
"Moyen-Orient,
l'enjeu démocratique",
Editions
Michalon). Mieux
que du Walt Disney
!
Aujourd'hui, on
voit ce qu'il en
est. Le chaos règne
en Irak. Les
troupes
d'occupation américaines
ont laissé
saccager les
villes, et perdu
d'entrée de jeu
la confiance des
Irakiens. Tétanisés
par la peur des
attentats, elles
se sont claquemurées
dans les anciens
palais de Saddam.
Lorsqu'ils
patrouillent, les
GI's multiplient
les humiliations
et les bavures. La
haine monte. Le
banditisme se déchaîne
: vols, pillages,
braquages en plein
jour, enlèvements.
Les femmes sont
les premières
victimes du chaos
: viols et "crimes
d'honneur" sont
courants. Les
terroristes
islamistes,
trouvant ce pays
à leur goût, s'y
installent. C'est
ça, la démocratie
? Oui, c'est ça,
a affirmé la
semaine dernière,
lors de sa visite
à Bagdad, Colin
Powell. Il s'est félicité
du "vent
de liberté" qui
souffle sur l'Irak
: "J'ai
vu la démocratie
en action." On
hallucine. Les Américains,
imperturbables,
croient encore en
l'efficacité de
leur propagande ?
Pur délire.
Evidemment, on
pourrait s'en
laver les mains.
Mais non.
Impossible de se réjouir
de la mort
quotidienne de
jeunes prolos américains
déguisés en GI's.
Impossible
d'applaudir quand
le chaos gagne.
Car chaque avancée
du chaos sert les
extrémistes.
Ceux-ci ont désormais
beau jeu
d'alimenter leur
propagande, non
seulement anti-américaine,
mais antidémocratique.
L'Irak leur sert
aujourd'hui de
contre-exemple idéal.
La liberté ?
C'est la pagaille.
La démocratie ?
Une imposture, le
masque derrière
lequel se
dissimulent les
appétits des mécréants
occidentaux,
l'instrument d'une
nouvelle conquête
coloniale. A bas
la démocratie !
Que faire ? En
appeler à l'ONU,
comme Chirac ?
Vous avez aimé
Srebrenica, vous
adorerez Bagdad...
Rendre rapidement
le pouvoir au
Irakiens ? Avec
l'armée américaine
à demeure pour
les vingt-cinq ans
à venir ? Pour
commencer, il
faudrait essayer
de leur dire, aux
Irakiens, que la démocratie,
normalement, c'est
un peu mieux que
ça...
haut
Europe-Israël,
le désenchantement
par
ALAIN FRACHON, publié
dans le Monde du 27
septembre 2003
Israël et l'union
européenne (UE)
vivent un dialogue
désenchanté,
peut-être une
brouille. Si l'un
et l'autre ont à
peu près le même
âge, la
cinquantaine,
leurs relations se
distendent :
l'étrangeté
s'installe, quand
ce n'est pas la méfiance
ou l'hostilité.
C'est un peu
paradoxal au
moment où l'élargissement
à Malte et à
Chypre, en 2004,
portera l'Union à
quelques
encablures d'Israël
et des territoires
palestiniens. Le
constat de cette
relation difficile
fut dressé sans
faux-semblant lors
du quatrième
forum Europe-Israël,
réuni à la
mi-septembre en
Italie, à Stresa,
au bord du lac
Majeur - décor
d'opérette
austro-hongroise
pour se pencher
sur l'état d'un
couple qui va mal.
Liés depuis 1995
par l'un des
accords
d'association que
l'UE a conclus
avec ses voisins méditerranéens,
l'Etat hébreu et
l'Europe
connaissent des
rapports compliqués,
évoluant au gré
du conflit israélo-palestinien :
chaleureux au
moment des accords
d'Oslo, au début
des années 1990,
de plus en plus
froids depuis leur
échec.
Députée
travailliste,
ancien ambassadeur
d'Israël au
Portugal, Colette
Avital relève "beaucoup
plus de bas que de
hauts" dans
une relation
politique qui,
dit-elle, se dégrade
alors même que
les échanges économiques
s'intensifient.
L'UE est le
premier partenaire
commercial d'Israël.
Le marché européen
absorbe plus d'un
tiers des
exportations
d'Israël, dont la
moitié des
importations
viennent de
l'Union. "L'héritage
commun"
entre juifs et
européens a façonné
ce que l'historien
Elie Barnavi
appelle une "histoire
liée",
dramatiquement :
"l'Etat
des juifs est là
parce que l'Europe
a rejeté les
juifs" ;
il s'est constitué
comme une "branche
de l'arbre européen",
"sur des
valeurs européennes",
dit l'ancien
ambassadeur d'Israël
en France. Mais
lui aussi observe
l'éloignement
actuel : "l'Europe
de plus en plus laïque
ne comprend pas le
rôle des
religieux chez
nous ;
l'Europe dominée
par la société
civile ne comprend
pas la place du
militaire chez
nous ;
l'Europe
postcoloniale ne
comprend pas
l'occupation des
terres
palestiniennes."
Barnavi est
sans illusion :
"Nous
avons perdu des
pans entiers de
l'opinion européenne"
au fil de négociations
de paix avortées ;
au fil d'un
mouvement
ininterrompu
d'implantations en
Cisjordanie et à
Gaza. Il ajoute :
"Nous
sommes de moins en
moins européens."
Politique de
pressions
Et si, dans
l'Europe
d'aujourd'hui, il
y a un regain
d'intérêt pour
tout ce qui touche
au monde juif, ce
serait une manière
de compenser la "prise
de distance
grandissante"
à l'endroit
d'Israël. C'est
du moins ce
qu'avance Lord
Weidenfeld,
vice-président de
ce forum lancé il
y a quatre ans à
l'initiative de
Bruxelles.
Certains Israéliens
ne sont pas loin
de penser que le
Parlement européen
est l'une des
enceintes
internationales
les plus hostiles
à leur pays. Ils
ne comprennent pas
une politique de
pressions qui leur
paraît unilatéralement
dirigée contre
Israël. Ils
attendent que les
mêmes
parlementaires
soient aussi sévères
à l'adresse de
l'Autorité
palestinienne
(quand elle
distribue, sur
fonds européens,
des ouvrages
scolaires appelant
à la haine des
juifs) ou à
l'endroit du monde
arabe (dont la
presse banalise
l'antisémitisme
à longueur de
colonnes). Les
efforts tentés
depuis huit ans
pour forger une
esquisse d'identité
euro-méditerranéenne
n'ont pas abouti.
Ils étaient censés
faciliter un
rapprochement israélo-arabe.
Politiquement, ils
ne pèsent rien ou
pas grand-chose
face au
partenariat israélo-américain.
Depuis la fin des
années 1960,
c'est l'alliance
avec les
Etats-Unis qu'Israël
a favorisée. A la
fois parce que se
sont estompées
les relations
privilégiées
qu'il entretenait
avec certains pays
du Vieux Continent
et parce que
l'Europe politique
n'en était pas même
aux balbutiements.
Ce n'est pas
seulement affaire
de rapprochement
stratégique.
Nombre d'Américains
et d'Israéliens
se reconnaissent
dans une communauté
de valeurs :
place accordée à
la religion dans
la société ;
culte de l'idéal
pionnier ;
libéralisme économique,
etc.
La droite israélienne
s'en félicite.
Elle sait que l'Amérique
est, pour l'heure,
le seul partenaire
à disposer, auprès
des Arabes comme
des Israéliens,
de la crédibilité
suffisante pour
exercer le rôle
de médiateur.
Dans l'opinion
israélienne, elle
joue de l'effet de
répulsion produit
par le ton de
procureur que
peuvent avoir les
Européens. Elle
cantonnerait
volontiers
l'Europe dans un rôle
d'assistance économique
régionale. La
gauche israélienne
est moins
enthousiaste.
Historien et éditorialiste
au quotidien Haaretz,
Tom Segev observe :
"Israël
appartient au
monde américain,
qui nous a apporté
beaucoup de bonnes
choses, de la démocratie
au
pluriculturalisme,
lesquelles
devraient nous
rapprocher des
Européens. Le
problème est que
les Etats-Unis
nous laissent
aussi faire des
choses qui nous éloignent
des Européens,
comme la violation
des droits des
Palestiniens."
Or Israël ne
peut ignorer
l'Europe : "Notre
Hinterland immédiat,
c'est l'Europe ;
ne pas voir cette
réalité, ce
serait insulter
l'avenir",
juge Elie Barnavi.
Le conflit israélo-palestinien
n'est pas une
priorité pour les
Etats-Unis - ou
alors on peut
imaginer qu'il ne
serait pas dans l'état
d'exacerbation
actuel ; il
est l'un des éléments
de leur dossier
Moyen-Orient, et
à l'évidence pas
celui qui les
mobilise le plus.
C'est particulièrement
vrai d'une
administration
Bush qui juge que
la montée de
l'antiaméricanisme
et de l'islamisme
dans la région a
peu à voir avec
l'état du conflit
israélo-palestinien.
L'Europe ne peut
se permettre cette
sorte de désinvolture.
L'affrontement
israélo-palestinien
est pour elle un
conflit de
proximité,
explique le Français
Alexandre Defay,
du Centre de géostratégie
de l'Ecole normale
supérieure :
"L'UE a
besoin d'une Méditerranée
orientale apaisée."
C'est pour
elle un besoin
stratégique, mais
aussi domestique,
du fait de
l'importance de
ses communautés
musulmanes. " L'Union
n'a pas le choix ;
elle paiera chez
elle le prix de l'échec
du processus de
paix", poursuit
Defay.
Configuration
dramatique :
le principal
acteur, les
Etats-Unis, est
occupé ailleurs ;
celui qui devrait
être son suppléant,
l'Europe, n'a pas
tous les moyens du
rôle. Avec
courage,
l'Espagnol Miguel
Angel Moratinos a
imposé auprès
des protagonistes
la permanence d'un
médiateur européen,
mission
aujourd'hui dévolue
au Belge Marc Otte.
Cette mission ne
se pose pas
seulement en
termes de capacités.
Elle est aussi,
juge Théo Klein,
l'ancien président
du CRIF, affaire
de devoir :
c'est sa propre
histoire qui, à
bien des titres,
crée à l'Europe
une obligation
d'intervention
dans le conflit
israélo-palestinien.
haut
Syria
Accountability Act :
spéculations à
Beyrouth sur les visées
américaines
par EMILE KHOURY,
publié dans
l'Orient-le Jour le
24 septembre 2003
Par
à-coups, l’Amérique
relance le Syria
Accountability Act.
L’objectif
semble être
d’accentuer la
pression sur la
Syrie, pour
qu’elle
satisfasse aux
demandes US
connues. Mais en
tirant de la sorte
sur la corde,
Washington peut également
vouloir donner à
la voie
diplomatique une
nouvelle chance.
Peut-être la
dernière, avant
de passer aux
sanctions économiques.
Un diplomate
libanais pense que
si la Syrie
continue à
refuser le genre
de coopération
exigé par les
USA, surtout en ce
qui concerne la
situation en Irak,
le Congrès finira
par voter le Syria
Accountability Act.
Mais, bien évidemment,
l’Administration
Bush resterait maîtresse
de l’exécution,
ou non, des
dispositions de
cette loi.
Qu’elle
laisserait sans
doute suspendue,
comme une épée
de Damoclès,
au-dessus de la tête
du vis-à-vis
syrien. Afin
qu’il soit
contraint de
reprendre les négociations
en position de
faiblesse. La
Syrie devrait
alors fournir des
réponses aux
assertions de John
Bolton. Ce secrétaire
d’Etat adjoint (à
la Limitation des
armements et à la
Sécurité
internationale) a
en effet soutenu
devant le Congrès
que la Syrie
laisse filtrer en
Irak un afflux
d’équipements
militaires et de
volontaires
multinationaux qui
vont combattre les
troupes US. Ce
cadre a précisé
que l’Administration
Bush, en cas de
vote du Syria
Accountability Act,
laissera quand même
à la Syrie un délai
de grâce avant de
passer à l’exécution.
Au stade actuel,
c’est un oui
mais (en réalité,
un mais plus marqué
que le oui),
qu’exprime la
Syrie, par la
bouche de Farouk
el-Chareh, aux
demandes US. Le
ministre souligne
en effet que la réponse
serait positive
par rapport à des
exigences "réalistes
et
admissibles".
Il ajoute que la
Syrie est prête
au dialogue. En
face, Colin Powell
a récemment haussé
le ton. Visitant
le Koweït, il a déclaré
que son pays
attend plus de
coopération
syrienne. Le secrétaire
d’Etat a indiqué
que si Damas veut
vraiment
entretenir de
bonnes relations
avec Washington,
il lui faut tout
d’abord fermer
hermétiquement sa
frontière devant
les éléments qui
la traversent pour
provoquer des
troubles en Irak.
Powell a encore
indiqué que les
Syriens doivent
fournir les
documents
comptables
concernant les dépôts
effectués par les
saddamiens dans
les banques
syriennes. Il a
conclu par une
menace à peine
voilée. En
rappelant qu’il
avait signifié au
chef de l’Etat
syrien la vive
inquiétude du
Congrès par
rapport à la
ligne syrienne, le
Capitole devant
voter le Syria
Accountability Act
si la Syrie ne
coopérait pas
davantage. Donc à
ce défi, Chareh a
répondu sur un
ton calme, mesuré.
Diplomatique. Par
contre,
Abdel-Halim
Khaddam, connu
pour son
franc-parler, a
tenu un langage
nettement plus
dur. En déclarant
que "la
Syrie subit des
pressions depuis
son indépendance.
Ce n’est pas
cela qui la fera dévier
de sa ligne
politique. Ces
pressions ne
servent à
rien."
Il reste qu’en
pratique, rappelle
la même source
libanaise, les décisions
du Congrès en
matière de
politique étrangère
ne sont pas
contraignantes.
Ainsi, le Congrès
avait voté le
transfert de
l’ambassade US
en Israël de
Tel-Aviv à Jérusalem.
Résolution restée
lettre morte,
parce que dans ce
domaine le dernier
mot revient
toujours à la
Maison-Blanche.
C’est le même
cas de figure pour
le Syria
Accountability Act.
En cas de vote, on
peut gager qu’il
y aurait d’abord
un regain de
tractations
diplomatiques. Il
n’est pas exclu,
d’ailleurs, que
cela soit déjà
en train et que le
texte soumis au
Congrès soit
encore une fois
reporté. Mais un
diplomate
occidental en
poste à Beyrouth
développe un tout
autre canevas. A
son avis, les USA
souhaitent ne pas
avoir à se servir
de la Syrie. Donc,
à ne plus avoir
besoin de faire
pression sur elle.
Comment ? En réglant
d’abord, par son
internationalisation,
la question
d’Irak. La résolution
américaine déposée
à l’Onu va dans
ce sens. Et ni
Chirac ni l’Europe
n’auraient intérêt
à la contrer. Car
ce serait placer
les USA, et l’Occident
tout entier,
devant le risque
d’une
confrontation, et
d’un échec,
face au terrorisme
international qui
se nourrit de la dégradation
sur le sol
irakien. Une fois
que l’Onu aurait
pratiquement pris
en charge l’Irak,
ajoute ce
diplomate, les
troupes de la
coalition s’en
retireraient
progressivement.
Pour être remplacées
par des unités
irakiennes et
multinationales
sous pavillon
onusien. A ce
moment, l’Amérique
n’aurait plus à
se soucier de
sommer la Syrie de
faire cesser les
infiltrations
transfrontalières
d’éléments
subversifs. Quant
au Hezbollah,
indique cette
source, les
Etats-Unis
encouragent
manifestement Israël
à procéder à un
échange de
prisonniers avec
ce parti. Pour
qu’ensuite, la
trêve au
Liban-Sud devienne
pratiquement définitive.
Il n’y aurait
plus alors besoin
de réclamer le désarmement
du Hezbollah. Même
chose sur le front
palestinien, à
partir de la
formation d’un
nouveau
gouvernement
palestinien qui rétablirait
l’armistice
rompu sous Abou
Mazen.
haut
Les
comptes du Hamas au
Liban
Un faux pas... bien
calculé
paru dans
Magazine le 26
septembre 2003
La circulaire
adressée aux
banques installées
au Liban par la
Banque du Liban (BDL)
pour savoir si
Hamas avait des
comptes auprès
d'elles soulève
plus d'une
question sur les
raisons d'une
telle démarche,
en contradiction
avec la politique
officielle. Qui
est responsable ?
Par une mesure qui
apparaît comme
une réponse à
l'appel américain
concernant le gel
des avoirs du
mouvement Hamas le
22 août 2003, la
commission d'enquête
de la BDL pour le
blanchiment
d'argent a demandé
par un communiqué
"officieux"
aux banques de la
notifier des
comptes de
dirigeants et
d'associations
caritatives en
relation avec
cette organisation
palestinienne.
Aussitôt cette
information
divulguée dans
les médias, un
tollé général
est soulevé dans
les milieux
politiques. Les
raisons en sont
multiples : des
considérations
d'ordre technique,
liées au secret
bancaire du système
libanais. Mais
surtout, d'ordre
politique,
atteinte à la
position
officielle de l'Etat
libanais qui
soutient les
mouvements de résistance
au Liban.
A l'insu
de Hariri
Plusieurs parties
concernées n'ont
pas été notifiées
de cette requête.
D'abord le président
de la République
qui a demandé des
explications sur
cette demande
adressée aux
banques. Le
Premier ministre
aussi déclare ne
pas avoir été
consulté au préalable.
De plus, le
gouvernement dans
son ensemble
n'aurait pas été
avisé. Enfin, des
sources bancaires
affirment que la
demande n'a pas été
communiquée par
l'Association des
banques, mais que
la requête a été
faite de manière
bilatérale entre
la BDL et chaque
banque. L'Association
des banques,
toujours d'après
la même source,
n'aurait pas été
informée
officiellement.
Pas de
fonds au Liban
Comment les
banques ont-elles
réagi à cette
requête faite le
8 septembre par
Mohammed Baassiri,
secrétaire général
de la commission ?
A en croire les
milieux bien
informés, le
mouvement Hamas
n'aurait pas de
comptes au Liban.
Cette affirmation
confirme que les
banques libanaises
ont déjà répondu
à la requête par
la négative.
Interrogé par Magazine,
Oussama Hamdane,
représentant de
Hamas au Liban,
explique que le véritable
problème n'est
pas de savoir si
le mouvement possède
ou non des comptes
bancaires au
Liban. Mais de
revenir sur une décision
en contradiction
avec la position
officielle du
gouvernement
libanais qui
soutient les
mouvements de résistance.
Il précise qu'il
entrera en contact
avec le président
de la République
pour que l'affaire
soit éclaircie au
plus tôt.
Question
politique ou
technique ?
Du côté de la
BDL, des communiqués
successifs de la
commission d'enquête
et du gouverneur
de la BDL, Riad
Salamé, cherchent
à minimiser
l'impact de la
circulaire
distribuée. Elle
revêtirait un
caractère
purement technique
sans arrière-pensée
politique. Mais
les explications
ne sont pas
suffisantes. La décision
est-elle
uniquement d'ordre
technique, alors
que la dimension
politique est plus
qu'évidente ?
Est-elle au
contraire chapeautée
par une décision
politique ? Dans
ce cas, qui serait
à l'origine de
cette demande et
pourquoi est-elle
en contradiction
avec la politique
officielle de l'Etat
? Dans les deux
cas de figure, des
clarifications
sont à apporter,
surtout vu la polémique
provoquée par
cette affaire. Les
réactions ne se
sont pas fait
attendre : dès la
divulgation de la
nouvelle, la démission
du gouverneur de
la Banque centrale
Riad Salamé est réclamée
par certains
hommes politiques.
Il y a quelques
jours, l'Union
européenne avait
décidé de mettre
le parti Hamas sur
la liste des
mouvements
terroristes. Les
pressions américaines
ont ainsi réussi.
Il semblerait que
cette démarche
prise par la
commission d'enquête
sur le blanchiment
d'argent soit le résultat
de pressions
similaires.
Qui
sont-ils ?
* Les six
responsables
palestiniens
affiliés au
mouvement de
Cheikh Ahmad
Yassine, chef
spirituel du Hamas
; Imad Khalil
Alami, membre du
bureau politique
du Hamas à Damas
; Oussama Hamdane,
représentant du
mouvement Hamas au
Liban ; Khaled
Mashaal, chef du
bureau politique
et du comité exécutif
du Hamas ; Moussa
Abou Marzouk, chef
adjoint du bureau
politique en Syrie
; Abdel Aziz
Rantissi, haut
responsable du
mouvement dans la
bande de Gaza.
* Quant aux
associations
caritatives, elles
sont au nombre de
cinq : le Comité
de bienfaisance et
de secours aux
Palestiniens
(France) ;
l'Association de
secours
palestinien
(Suisse) ;
Interpal
(Grande-Bretagne)
; l'Association
palestinienne
(Autriche) ; et
l'association
Sanabel pour le
secours et le développement
(Liban).
haut
par PAUL
KHALIFEH, publié
dans Magazine le 5
septembre 2003
En relisant le
communiqué annuel
des évêques
maronites, on se
rend compte que
rien ne va plus au
Liban. Le texte,
publié mercredi 3
septembre,
s'articule surtout
autour des
questions
sociales, économiques
et
administratives.
Le gaspillage des
deniers publics,
le vol des biens
de l'Etat,
l'incivisme des
citoyens,
l'irresponsabilité
de certains
dirigeants, les
pots-de-vin et les
commissions, les déficiences
de
l'administration
sont dénoncés
avec véhémence
par les évêques,
qui ont sciemment
relégué au
second plan les thèmes
de la souveraineté
et de l'indépendance,
qui avaient déchaîné
les passions dans
le premier
manifeste du 20
septembre 2000. De
tous les points
relevés par les
prélats, il y en
a un qui retient
particulièrement
l'attention :
"L'apparition
chez les jeunes
d'un certain
fanatisme, qui crée
une atmosphère de
tension, faisant
craindre un retour
au climat qui prévalait
lors des guerres
libanaises, et que
personne ne
souhaiterait
revivre". Si
le règlement des
questions économiques
et sociales est du
ressort de l'Etat,
la lutte contre le
fanatisme
religieux est,
avant tout, la
responsabilité
des hommes de
religion. L'Eglise
l'a bien compris.
Mais les ouailles
suivront-elles ?
De
l'Irak à la
Palestine en
passant par
l'Afghanistan,
l'Amérique offre
un bien piètre
modèle de gestion
des crises. Dans
aucun de ces
foyers de
tensions, les
Etats-Unis n'ont réussi
à ramener le
calme, la stabilité
et la sécurité,
sans parler, bien
sûr, de la prospérité.
C'est pourtant au
nom de ces idéaux
que
l'Administration
Bush a voulu entraîner
le monde dans une
croisade planétaire,
dont la pertinence
est de plus en
plus remise en
question, même
par une partie de
l'establishment américain.
Deux ans après le
11 septembre, le
"mal"
n'a pas encore été
extirpé. Les
terroristes
frappent toujours,
et ils ont peut-être
même trouvé, grâce
aux
"erreurs"
des Américains,
un nouveau vivier
en Irak. On
croyait que la
pensée idéologique
avait été définitivement
enterrée avec la
chute du mur de
Berlin. Mais les néo-conservateurs
américains l'ont
réhabilitée. La
lutte contre le
terrorisme est
devenue une fin en
soi, même si elle
devait provoquer
les excès les
plus affligeants.
Même si, en son
nom, les
sacro-saints
principes de la
constitution américaine
sont bafoués :
atteintes aux
libertés
individuelles
(surveillance du
courrier, des
communications téléphoniques
etc.), incarcération
sans procès
(Guantanamo)... La
liste est longue,
mais il faut
continuer à espérer
que la dynamique
américaine peut
produire la chose
et son contraire.
Pourvu que la
"chose"
actuelle ne dure
pas.
Pour
en revenir au
fanatisme, il y en
a un, le plus
pernicieux de
tous, qui est en
train de se répandre
comme une tache
d'huile en Irak.
Des mains
invisibles se
donnent un malin
plaisir à dresser
face à face les
chiites et les
sunnites. Si cette
conspiration
infernale venait
à réussir, le scénario
qui en découlerait
sera effrayant.
C'est dans ce pays
que le plus
important schisme
inter-musulman
s'est produit.
C'est là-bas que
l'imam Ali et ses
fils Hussein et
Abbas ont été
assassinés et que
le douzième imam,
al-Mahdi, a
disparu dans des
circonstances mystérieuses,
il y a maintenant
dix siècles. Le
terrain est
fertile pour
exhumer des légendes
ancestrales qui déchaîneront
les passions les
plus maléfiques.
L'Irak n'est pas
très loin du
Liban, et une
"fitna"
(discorde)
chiito-sunnite ne
manquera pas d'éclabousser
tous les pays de
la région. Là
aussi, les sages
de toutes les
communautés
doivent réagir.
haut
Vers
une guérilla
mondiale
Depuis
la fin du bloc
communiste, plus
rien ne contrarie le
développement libre
et chaotique de
toutes les énergies
assemblées contre
les Etats-Unis
par FRANCOIS
GERE, publié dans
Libération le 9
septembre 2003
L'auteur
est directeur de
l'institut
"Diplomatie et
Défense".
Derniers ouvrages :
"la Sortie de
guerre (France-Etats-Unis
à la fin de la
guerre
froide)",
Economica, 2002 ;
"Pourquoi les
guerres ?",
Larousse Courrier
international, août
2003 (édition 2004)
; à paraître
en octobre 2003,
"les
Volontaires de la
mort, l'arme du
suicide",
Bayard Editions
"Une
victoire rapide,
puis un tas
d'ennuis",
avait écrit en février
2003 le général
Wesley Clarke,
ancien chef des
forces armées de
l'Otan (Saceur),
et aujourd'hui
candidat à
l'investiture démocrate.
C'était assez
bien vu. Dans un
Irak de plus en
plus déstabilisé,
les troupes américaines
et britanniques
ont perdu depuis
le 1er mai, date
officielle de la
fin de la guerre,
environ deux
hommes tous les
trois jours. Si
l'on considère l'évolution
de mai à août,
la tendance est à
l'aggravation du
nombre des
attaques et des
pertes (80 soldats
de la coalition
ont été tués au
31 août, auxquels
s'ajoutent les
morts
accidentelles en
nombre équivalent).
Si ce rythme se
confirmait, cela
ferait beaucoup
trop de morts
d'ici aux élections
présidentielles
de novembre 2004.
Sans parler du coût
économique, le coût
humain deviendrait
politiquement
insupportable.
Pour être réélu,
George W. Bush
devra donc trouver
une solution. Or,
rares sont les
Etats qui
s'empressent
d'envoyer des
troupes pour
relayer les forces
américaines dans
ce guêpier. Un
relais onusien
n'est certes pas
pour demain en
raison même de la
confusion
politique sur
place. Qui, en
effet, dirige ces
opérations de guérilla
contre les
militaires américains
? Nul ne le sait
encore avec précision.
Rien ne permet de
supposer qu'elles
soient véritablement
coordonnées.
Elles proviennent,
au contraire, de
groupes de nature
très diverse.
Pour le moment, la
présence des
troupes
anglo-saxonnes
suffit à fédérer
objectivement tous
ceux - et ils
sont nombreux -
qui ont des
raisons - et
elles sont
puissantes - de
vouloir leur départ,
ne serait-ce que
pour être plus
libres de se
disputer le
pouvoir dans le
pays.
C'est pourquoi il
importe finalement
assez peu que les
enregistrements de
messages de Saddam
Hussein soient ou
non authentiques.
La mort de ses
fils Oudaï et
Qousaï en
juillet, pas plus
que la sienne, si
elle advenait ou
était révélée,
ne changeront la
situation, au
contraire. La fin
certifiée de
Saddam achèvera
de liquider les
vestiges d'un passé
qui complique la
situation pour les
opposants aux Américains.
Elle dégagera même
une majorité
d'Irakiens de leur
dette de libération
contractée envers
Washington, bien
qu'ils n'aient
rien demandé.
Non, la véritable
valeur de la voix
de Saddam est tout
autre. Elle fait
objectivement écho
à d'autres voix,
également
improbables, celle
d'Oussama ben
Laden, ou celle,
encore, de ses
proches les plus
puissants, au
premier chef Ayman
Zawahiri. Tous ces
hommes ont
physiquement
disparu. De cet évanouissement
des corps - et
de l'incapacité
à les saisir morts
ou vifs -
surgissent une
voix, des
messages, une présence
médiatique.
Pendant ce temps,
les attentats
continuent à un
rythme ralenti
mais démontrent
une capacité de
ciblage et de
synchronisation
importante, comme
à Riyad, le jour
de l'arrivée de
Colin Powell. Mais
si les effets
convergent, cela
ne prouve aucune
collusion. Pas
plus aujourd'hui
qu'hier, il
n'existe de liens
avérés entre la
guérilla
irakienne et les réseaux
terroristes d'Al-Qaeda.
On dit parfois que
ces violences
n'affectent que le
Proche et le
Moyen-Orient parce
que les troupes américaines
y pénètrent et
s'y installent. Or
les attentats perpétrés
au Maroc, au
Kenya, en
Tanzanie, au
Soudan, et à
l'autre bout du
globe, en Indonésie
et aux
Philippines,
constituent des
actions proprement
terroristes d'une
autre nature pour
d'autres
objectifs, souvent
très locaux.
Alors,
mondialisation
islamiste ? Sans
doute mais en
partie seulement.
Car la liste des
sources de guérilla
potentielle ne
s'arrête pas là,
bien au contraire.
Regardons vers
d'autres parties
du monde.
Quiconque observe
avec attention l'évolution
depuis dix ans des
sommets du G-8,
des conférences
de Davos et autres
réunions
publiques des
chefs d'Etat et de
gouvernement, des
banquiers et des
grands financiers
est forcé de
constater l'émergence
d'un phénomène
d'opposition
nouveau, faisant
apparaître une
tendance à la
radicalisation.
Certes, au coeur
de la guerre
froide, durant la
crise des
Euromissiles de
1981-1985, les
sommets de l'Otan
n'étaient pas des
cérémonies
tranquilles. La
situation est bien
différente et le
problème d'une
autre nature.
Aujourd'hui, pour
que les chefs d'Etat
des pays développés
puissent se réunir,
il faut mettre une
ville, voire un département,
en état de siège
(Evian 2003) ou
bien se réfugier
dans les solitudes
glacées de
Calgary (Canada)
ou le désert brûlant
d'Abou Dhabi.
Depuis le sommet
de Gênes (2001),
il apparaît que
plusieurs dizaines
de milliers de
contestataires
sont capables de
converger des
quatre coins de la
planète en un
lieu donné.
Aujourd'hui, ces
manifestations
regroupent des
mouvements et des
courants extrêmement
divers, animés
par des préoccupations
variées et
parfois peu
compatibles
objectivement (écologie,
bio-diversité,
anticapitalisme,
anticroissance...)
réunis par l'antimondialisation
et l'antiaméricanisme
(termes qui
remplacent
l'anti-impérialisme
des années de
guerre froide).
Certes, tous ces
mouvements ne sont
pas violents et
n'entendent pas
recourir à la
force. La plupart
des dirigeants
altermondialistes
désavouent les
violences. Mais
les manifestations
de plus en plus
dures attestent
l'existence de
noyaux radicalisés,
tentés par une guérilla
urbaine qui,
d'occasionnelle,
pourrait prendre
une tournure
permanente.
L'ampleur et le
relatif succès de
ce nouveau phénomène
protestataire suggèrent
que,
progressivement,
de débats en
scissions, au fil
des changements de
ligne stratégique,
se constituent des
groupes plus ou
moins importants déterminés
à emprunter la
voie de la
violence armée
organisée.
Là encore, ces
mouvements hétérogènes
n'ont certes rien
à voir avec les
islamistes. Ils ne
portent à l'Irak
qu'un intérêt
indirect à
travers la dénonciation
des intérêts des
compagnies pétrolières.
Pourtant, tous ces
acteurs stratégiques
mènent et mèneront
de par le monde
une guérilla
objectivement
unifiée par
l'image d'un même
adversaire, détenteur
de la suprématie
militaire. Cette
mondialisation de
la guérilla,
actuelle ou
potentielle,
s'explique enfin
par la dimension
planétaire de la
cible commune, à
savoir la
puissance globale
des Etats-Unis et
de leurs alliés,
en expansion sur
l'ensemble de la
planète depuis
1990. La guerre de
deux mois en Irak
a confirmé ce que
l'on pressentait :
dès lors qu'elles
peuvent agir sans
entraves
politiques, les
forces américaines
sont capables d'écraser
tout opposant
militaire
classique. Eu égard
à la longévité
des grands
programmes
militaires, ce
rapport de forces
conventionnelles
ne peut pas être
modifié pour au
moins deux générations.
Plus tard, on
verra si des Etats,
comme la Chine,
sont susceptibles
de défier la
puissance américaine.
Mais aujourd'hui
et pour la décennie
en cours, quand,
à l'évidence, le
conflit n'attend
pas ? Il faut donc
prendre en compte
un développement
continu de cette
nouvelle guérilla
multiforme et planétaire
qui n'a pas besoin
d'être coordonnée,
qui ne le sera
pas. Et peu
importe. Le temps
n'est plus du
grand inspirateur
et des agents
mandatés par la
tentaculaire
Internationale
communiste. Il
suffit que chacun
des acteurs
concernés
conduise, dans sa
zone, à sa manière
et au service de
ses objectifs une
guérilla, ici
rurale, là
urbaine, ailleurs
océanique, et
pourquoi pas une
guérilla dans le
cyberespace. Le phénomène
devient
objectivement
mondial en raison
de la dissémination
de ces acteurs et
de leur capacité
à utiliser en réseau
toutes les
dimensions de
l'espace.
Ainsi l'appel de
Che Guevara et de
la Conférence
tricontinentale de
1968, "1, 10,
100 Viêt-nam",
se réaliserait-il
aujourd'hui de
manière imprévisible
? La généralisation
espérée de la
lutte contre les
Etats-Unis et
leurs alliés
avait alors échoué
précisément
parce que l'Union
soviétique
existait,
constituant une
bride matérielle
(l'aide était
parcimonieuse et
toujours
conditionnelle) et
une contre-image.
Qui voulait encore
dans les années
70 du "modèle"
soviétique ? Or,
depuis la
disparition du
"bloc
communiste",
plus rien ne
contrarie le développement
libre, chaotique,
aléatoire de
toutes les énergies
assemblées contre
les Etats-Unis,
relativement isolés,
privés non pas
seulement d'ennemi
mais de ce
fabuleux
repoussoir que
constituait l'URSS
brejnevienne. La
mutation de la guérilla
afghano-pakistanaise,
entre 1986 et
1990, a constitué,
au niveau régional,
le premier
indicateur de
cette nouvelle
tendance. En stratégie
militaire, il
n'existe que peu
de phénomènes
constants à
travers les siècles.
Parmi eux figure
le recours spontané
à des moyens et
des tactiques
dites "asymétriques"
pour s'opposer à
la supériorité
militaire écrasante
d'une puissance de
dimension
exceptionnelle. La
"petite
guerre"
trouve son nom
dans l'action des
formations irrégulières
espagnoles qui épuisèrent
les forces de
l'Empire napoléonien,
lesquelles
avaient, au tout début,
saisi Madrid
pratiquement sans
coup férir. La
montée de cette
guérilla
mondiale,
classique en
nature mais
totalement
nouvelle dans ses
formes, est-elle résistible
? Comment y faire
obstacle ? Beau
sujet de réflexion
pour les stratèges
et les
planificateurs du
Pentagone et
d'ailleurs, sous réserve
qu'ils y prêtent,
sans délai, une
attention
suffisante. Car
les lourdes
machines
militaires de
haute technologie
du monde
occidental ne sont
ni conçues ni
orientées pour répondre
au défi de la guérilla
mondiale.
haut
La
Chine,
"dragon"
colossal ou
partenaire stratégique
?
Le régime de Pékin
face à l'Europe et
aux Etats-Unis
par JEAN-PIERRE
CHEVENEMENT, publié
dans le Figaro le 22
septembre 2003
L'auteur
est président
d'honneur du MRC
Faut-il avoir peur
de la Chine ?
C'est une crainte
qui se répand
comme une traînée
de poudre dans les
vieux pays
industriels : la
Chine s'impose
comme l'
"atelier du
monde" (titre
du Monde du
9 septembre). Elle
exporte désormais
plus que la France
(326 milliards de
dollars, contre
291 pour notre
pays en 2001). Les
exportations
chinoises
progressent encore
plus vite (+ 15%
l'an dernier) que
son produit
national (+ 7%),
qui a lui-même
doublé de 1990 à
2000, et doit
encore quadrupler
d'ici à 2020,
selon les prévisions
des autorités
chinoises. La
Chine jouit d'un
avantage
comparatif sans égal
dans le commerce
international : le
bas coût d'une
main d'oeuvre
abondante,
remarquablement
capable, et
industrieuse
(1.500 yuans -
le yuan vaut
approximativement
un franc -
environ par mois
à Shanghai,
beaucoup moins à
l'intérieur : 800
yuans à Chongqing
par exemple), coût
inférieur de dix
fois au moins au
coût de la main
d'oeuvre européenne,
et sur lequel pèse,
à un horizon
quasi illimité,
une immense
"armée
industrielle de réserve"
: les 850 millions
de paysans chinois
pauvres (200 yuans
par mois), désireux
d'accéder à la
"moyenne
suffisance"
dont le Parti
communiste chinois
a fait l'objectif
emblématique de
la stratégie de développement
du pays.
Le cauchemar qui
hante les vieux
pays industriels
vient de la
crainte de voir
les entreprises
multinationales,
mettant les salariés
en concurrence à
l'échelle
mondiale, délocaliser
de plus en plus
leur production
vers les pays à
bas salaires en général,
et vers la Chine
en particulier. Il
est peu de
secteurs
industriels où,
dans les quelques
années qui
viennent, ne
s'imposera pas un
compétiteur
chinois de premier
rang. On peut légitimement
s'inquiéter de
savoir ce qui
restera, dans la
longue durée, des
avantages
comparatifs de
l'Europe, dès
lors qu'on voit
Alcatel délocaliser
ses laboratoires
de recherche en
Chine. Cette
crainte des vieux
pays industriels,
nous devons
cependant la
dominer, non
seulement parce
que le marché
chinois s'ouvrira
de plus en plus
mais parce que les
règles du jeu de
la mondialisation
sont des règles
politiques. Elles
évolueront inévitablement.
Pour répondre à
l'immense novation
que représente la
montée de la
Chine au XXIe
siècle, deux réponses
doivent être élaborées
: la première
consiste à faire
prévaloir des règles
plus justes à l'échelle
mondiale et cela
peut se faire de
manière concertée
entre ces deux
partenaires stratégiques
que sont la Chine
et l'Europe. La
seconde réponse
ne dépend que de
nous : de même
que la Chine a une
approche politique
de la
mondialisation, de
même devons-nous
restaurer, en
France et en
Europe, la capacité
politique de la
puissance publique
pour mettre en
oeuvre une stratégie
de développement
permettant de
tirer le meilleur
parti d'une coopération
plus étroite avec
la Chine.
Bien sûr, la
Chine entend
engranger les bénéfices
de la
"mondialisation"
telle qu'elle se développe
aujourd'hui. Ses
exportations représentent
déjà 5% des
exportations
mondiales (ce qui
est modeste, soit
dit en passant,
par rapport à sa
population : 1.300
millions
d'habitants, soit
21% de la
population de la
planète). Il est
légitime que la
Chine veuille se développer,
sortir de la
pauvreté, et
prendre la place
qui lui revient
dans le monde.
C'est aussi l'intérêt
bien compris de la
France et d'une
Europe européenne
dans un monde que
nous voulons
multipolaire. Une
Chine forte est nécessaire
à l'équilibre du
monde. Il faut
donc voir la Chine
avec l' "oeil
européen",
et non pas avec l'
"oeil américain"
: dominons les
partis pris idéologiques
qui méconnaissent
largement les
aspirations réelles
de la société
chinoise à une
vie meilleure et
à la stabilité,
et nous mettent
automatiquement
"dans la
roue" des
Etats-Unis. Le
renouveau d'un
certain
nationalisme
chinois est
incontestable,
mais son souci est
plus l'unité de
la Chine qu'un
expansionnisme
qui,
historiquement,
n'est pas dans sa
nature. Plus
encore, la Chine
actuelle offre le
spectacle d'un
retour des valeurs
confucéennes
d'ordre et
d'harmonie, sur
les restes d'une
idéologie
communiste profondément
ébranlée par la
Révolution
culturelle, tenant
en lisière la
contestation démocratique,
et en proie aux inévitables
contradictions que
fait naître, au
sein de la société,
le choix d'un développement
rapide des forces
productives, à
quoi semble se résumer,
de prime abord, le
"socialisme"
chinois.
Sans doute le
Parti communiste,
qui joue ainsi en
Chine le rôle
progressiste que
Marx attribuait
jadis en Europe à
la bourgeoisie
industrielle,
cherche-t-il par
ailleurs à rééquilibrer
le développement
du pays vers
l'Ouest et les régions
pauvres, à
promouvoir la
formation, la
science et la
technologie, et à
mettre en place un
système de
protection
sociale, souvent
d'ailleurs encore
embryonnaire (sauf
dans les très
grandes villes).
En réalité, les
autorités
chinoises savent
bien qu'elles ne
maîtrisent pas
les règles du jeu
de la
"globalisation"
et que les
Etats-Unis
disposent de très
nombreux moyens de
pression sur la
Chine : pressions
commerciales à l'OMC
pour l'amener à
ouvrir son marché,
notamment aux
exportations
agroalimentaires
américaines, réévaluation
du yuan, hausse du
prix du pétrole,
campagnes médiatiques
déstabilisatrices
(l'épidémie de
Sras, fortement médiatisée,
aurait coûté un
point de
croissance à l'économie
chinoise), enfin
et surtout
pressions
diplomatiques et
militaires : ainsi
le développement
d'un
"bouclier
antimissiles"
dont le développement
peut épuiser la
Chine dans une
course aux
armements éreintante.
Par son excédent
commercial (plus
de 50 milliards de
dollars en 2001 réglés
en bons du Trésor
américain) la
Chine est le
premier financeur
mondial du déficit
extérieur des
Etats-Unis (450
milliards de
dollars).
L'ambivalence de
la relation de la
Chine avec les
Etats-Unis se
manifeste aussi
bien par la
fascination de la
jeunesse urbaine
pour "l'American
way of life"
que par le profil
relativement bas
de la diplomatie
chinoise, certes
ferme sur les
principes, mais
infiniment souple
dans leur
application. Cette
ambivalence
s'explique aisément
: la Chine sait
qu'elle va devenir
une très grande
puissance au XXIe
siècle, mais elle
devine aussi
qu'elle est
"dans le
collimateur"
des Etats-Unis :
ceux-ci, au nom de
"la démocratie
de marché",
attendent que
l'acceptation par
la Chine de la
mondialisation
ouvre, en grand,
l'immense marché
chinois potentiel
aux entreprises et
aux exportations
américaines, et
sape les contrôles
qu'exerce encore
le Parti
communiste
chinois. Ils
entendent y
parvenir "à
coup de barre à
mine", s'il
le faut. Ils
contiendront ainsi
par la même
occasion un
"rival
potentiel"
dont on sait
depuis le rapport
Wolfowitz (1992)
qu'ils veulent à
toute force éviter
le surgissement,
que ce soit en
Asie ou en Europe.
Dans le court et
moyen termes, la
Chine et les
Etats-Unis peuvent
ainsi avoir des
intérêts liés :
pour la Chine des
parts de marché
croissantes et
pour les
Etats-Unis un
approvisionnement
à bas coût et un
financement assuré
de leur déficit.
Mais le
gouvernement de Pékin
comprend aussi de
plus en plus qu'il
a besoin d'alliés,
notamment en
Europe, pour
rompre l'isolement
potentiel de la
Chine, et plus
encore qu'il ne
peut séparer le développement
économique du
progrès social
sans mettre en
cause la cohésion
de la société
chinoise elle-même.
L'économie
chinoise a besoin
de s'ouvrir. Mais
elle ne peut
devenir, sans
danger pour elle-même,
un colossal
"dragon"
sur le modèle des
petits dragons de
l'Asie du Sud-Est,
à la croissance
essentiellement
tirée par
l'exportation.
D'abord parce que
sa population tout
entière aspire à
un "niveau
de vie
relativement aisé",
selon
l'expression de
Jiang Zemin au XVIe
congrès du PCC,
la Chine doit
concevoir un développement
prioritairement
tiré par le marché
intérieur
d'autant que le
commerce
international est,
depuis trois ans,
en voie de fort
ralentissement. La
cohésion sociale
de la société
chinoise l'exige,
tout autant que la
préoccupation légitime
des vieux pays
industriels de préserver
leur industrie,
leur emploi et
leur système de
protection
sociale. La Chine
n'a pas intérêt
à coaliser le
monde contre elle.
Conformément à
sa tradition, elle
aura sans doute à
faire preuve, dans
les instances
internationales,
de sagesse et de
modération, pour
pouvoir continuer
son développement
de manière
harmonieuse.
Enfin, la Chine
n'ignore pas que
beaucoup de pays
du Sud - je
pense en
particulier à
l'Afrique -
n'ont pas les
moyens d'entamer
un développement
comparable au sien
et ont besoin
d'une aide étrangère
publique pour
amorcer leur décollage.
L'intérêt commun
de l'Europe et de
la Chine est
d'imposer
progressivement et
de concert de
nouvelles "règles
du jeu" à la
mondialisation,
faute de quoi nous
assisterons au
grand retour du
protectionnisme.
1. Revoir d'abord
les règles de
financement de l'économie
mondiale : il
n'est pas normal
que les Etats-Unis
absorbent 80% de
l'épargne
mondiale et que
leur dette soit,
à elle seule, le
double de celle de
tous les pays dits
"en voie de développement"".
La Banque
mondiale, plutôt
que de faire
miroiter les gains
improbables d'un
nouveau cycle de
libéralisation
(350 milliards de
dollars !),
remplirait mieux
son office en
finançant les
besoins
prioritaires des
pays pauvres du
Sud : agriculture,
infrastructures,
santé, éducation,
logement. Il y
aurait là la base
d'un nouveau
"New Deal",
à l'échelle
mondiale, qui bénéficierait
également aux économies
des pays du Nord.
2. Des règles du
jeu loyales
impliqueront inévitablement
l'introduction
d'une clause
sociale et d'une
clause
environnementale
à l'OMC. La Chine
serait ainsi
encouragée à développer
son système de
protection sociale
et d'indemnisation
du chômage et à
développer des énergies
propres (filière
électronucléaire,
énergies
renouvelables dans
les campagnes ).
3. Un accord monétaire,
enfin, fixerait
des bandes de
fluctuation
relativement étroites
entre le dollar,
l'euro, le yen et
le yuan, de façon
à éviter aussi
bien les dévaluations
compétitives que
les concurrences
sauvages.
4. Vient enfin la
question du
dialogue sur les
"droits de
l'homme"
(encore
conviendrait-il de
ne pas oublier
ceux du citoyen,
qui les
garantissent).
C'est un problème
qui se pose aux
autorités
chinoises elles-mêmes
de savoir comment
mieux associer la
population à la
prise des décisions
pour surmonter les
contradictions
sociales
croissantes
qu'implique le
choix de la
mondialisation. Je
suis convaincu que
la Chine devrait
s'engager beaucoup
plus hardiment sur
la voie d'une séparation
progressive des
fonctions du parti
et de l'Etat et
d'une vigoureuse décentralisation
dans ses trente et
une régions et
villes autonomes.
Le modèle républicain
français montre
que l'Etat, s'il
le veut, peut
parfaitement gérer
une décentralisation
très poussée,
sans préjudice
pour l'unité
nationale. Le modèle
républicain est
la meilleure voie
de démocratisation
pour la Chine car
il en respecte les
intérêts
fondamentaux .
Une chose est sûre
: la Chine s'est
éveillée ; elle
ne retombera pas
dans son ancien
sommeil. Pour
tirer le meilleur
parti de cette
novation
formidable à l'échelle
de ce siècle, la
France et l'Europe
ont deux choses à
faire :
1. D'abord
restaurer la
capacité stratégique
de la Puissance
publique, pour
mener, selon des
formules à géométrie
variable, mais
incluant toujours
l'Allemagne et la
France, et si
possible la
Russie, des
projets de
recherche et de développement
technologique et
des coopérations
industrielles,
capables de
maintenir à flot
et de dynamiser
nos entreprises.
Il y a une
contradiction
objective entre
l'intérêt de
celles-ci (la
"délocalisation"
au nom de la
rentabilité) et
l'intérêt
national (le
maintien en France
et en Europe des
activités
productives,
notamment dans les
secteurs de haute
valeur ajoutée,
et bien sûr des
centres de
recherche).
L'appel au
patriotisme de nos
chefs d'entreprise
est important mais
ne suffit pas. Il
doit être relayé
par des politiques
scientifiques,
technologiques et
industrielles
efficaces. Il y a
un nouveau
compromis à
imaginer en Europe
entre la Puissance
publique qui a un
rôle
d'orientation
stratégique, les
entreprises et le
monde du travail.
Il serait temps
aussi que la
Commission européenne
réintroduise dans
sa politique les
grands paramètres
macro-économiques
(taux d'intérêt,
taux de change,
assouplissement
des règles
concernant le déficit
budgétaire), et
cesse, obnubilée
par une vision étroite
de la concurrence
(refus par exemple
de la fusion
Legrand-Schneider),
de négliger une
politique
industrielle
visant au maintien
et au développement
des entreprises
européennes.
L'affaire Alstom
est à cet égard
emblématique. Les
règles de
fonctionnement de
l'Europe en matière
économique, monétaire
et industrielle
sont à revoir
profondément.
2. En maintenant
et en développant
en Europe nos
capacités
technologiques,
nous pourrons
relever le défi
d'une coopération
à la fois plus étroite
et plus équilibrée
avec la Chine. Un
partenariat stratégique
entre l'Europe et
la Chine répond
à l'intérêt
mutuel, dans un
monde que nous
voulons
multipolaire. La
Chine est une
partie trop
importante de
l'humanité pour
être abandonnée
au simple jeu d'un
marché mondial
dont ni elle ni
nous ne maîtrisons
les règles. Plus
que jamais, alors
que va être célébré
en janvier 2004 le
quarantième
anniversaire de la
reconnaissance de
la Chine par le général
de Gaulle, un
pilotage politique
s'impose pour
nouer un
partenariat
euro-chinois stratégique.
Aucun pays n'est
mieux placé que
la France pour y
contribuer par le
prestige que lui
vaut aujourd'hui
l'indépendance
reconquise de sa
diplomatie. C'est
un défi majeur :
penser la Chine
pour façonner
notre XXI e
siècle.
haut
par GUY
TAILLEFER, publié
dans le Devoir le 30
septembre 2003
Depuis
son élection en
1978, le pape
Jean-Paul II a nommé
la quasi-totalité
des 135 cardinaux
qui seront chargés
de lui choisir un
successeur. Un fait
sans précédent
dans l'histoire
vaticane. En annonçant
avant-hier, place
Saint-Pierre, la
nomination de 31
nouveaux
"princes de l'Eglise",
dont l'archevêque
de Québec Marc
Ouellet, le pape
creuse un peu plus
encore sa profonde
influence sur l'élite
cardinalice et
cherche à boulonner
l'héritage
conservateur, pour
ne pas dire
l'intransigeance
morale, de son
pontificat. Dit
autrement, le pape
tente de garantir
que, depuis l'au-delà,
les courants
progressistes au
sein de l'Eglise
continueront d'être
contenus. La
nomination de Mgr
Ouellet traduit
clairement ce projet
de continuité
traditionaliste.
Tout comme celle de
l'archevêque de
Philadelphie, Justin
Rigali. Pour ne
nommer que ceux-là.
Dans une entrevue récente
au quotidien Le
Soleil, le premier
s'est retrouvé dans
le plus grand
embarras après
avoir critiqué les
enseignants pour
leur approche
"marxiste"
de l'éducation. Le
second a été
critiqué pour avoir
manifesté très peu
de compassion à l'égard
des victimes dans le
scandale sur les sévices
sexuels perpétrés
par des prêtres américains.
L'un et l'autre sont
étroitement alignés
sur les positions défendues
par Jean-Paul II,
marquées sur les
questions morales
par une opposition
radicale à
l'avortement, à la
contraception, au
divorce et à
l'euthanasie.
Il y a une semaine
encore, pas même la
rumeur de ces
nominations ne
courait au Vatican.
L'aggravation de l'état
de santé du pape
est venue à l'évidence
accélérer un
processus qui était
plutôt envisagé
pour les premiers
mois de l'année
prochaine. Elle
vient aussi accélérer
le débat sur une
"course"
à la succession
papale que des spécialistes
des affaires
religieuses comme
Henri Tincq, du
quotidien Le Monde,
voient se jouer
entre papabili de
l'Italie - dont le
monopole vieux de
quatre siècles sur
la papauté a été
brisé en 1978 - et
de l'Amérique
latine - où les
candidats pressentis
combinent un
conservatisme
doctrinal avec une
ouverture aux défavorisés,
sinon même aux théologiens
de la libération.
L'Amérique latine
compte la majorité
des catholiques dans
le monde (40 %).
Plusieurs croient,
à raison, que son
tour est venu de
prendre le pouvoir
au Vatican, estimant
par ailleurs qu'il
serait utile qu'on
lui délègue un
pape pour résister
à la poussée des
Eglises évangélistes.
Dernière considération :
la nomination de ces
cardinaux confirme,
pour reprendre le
mot de M. Tincq, la
"mondialisation"
de l'Eglise
catholique que
Jean-Paul II, sur
toile de fond
conservatrice, a du
reste constamment
encouragée. Telle
est cette
mondialisation que
jamais une
succession ne s'est
annoncée aussi
ouverte à la
diversité des 59
pays qui sont
aujourd'hui représentés
au sein du Sacré
Collège électoral.
Aussi, cette
diversité
finira-t-elle peut-être
par ouvrir des brèches
dans l'orthodoxie
que souhaite tant préserver
Jean-Paul II.
haut
L'Evangile
de Bruno Chenu
par MICHEL
KUBLER, publié dans
la Croix le 17
septembre 2003
"Disciples
d'Emmaüs" de
Bruno Chenu, Bayard,
coll. "Evangiles"
"Disciples
d'Emmaüs",
l’ultime ouvrage
de l’ancien rédacteur
en chef de
"La
Croix",
constitue moins la
clôture d’une
œuvre qu’une
ouverture vers un
chemin avec le
Christ. Ce livre
est dédié. Comme
nombre d'auteurs,
Bruno Chenu aimait
glisser cet indice
au seuil d'un
ouvrage qui lui
tenait à coeur :
une citation qui
l'avait inspiré
pour ce nouveau
chapitre de son
oeuvre, ou une
personne faite
destinataire
symbolique des
lignes qui
suivaient - un frère
perdu, un fils
renvoyé à la mémoire
de son père, des
visages rencontrés...
Cette fois, sa dédicace
sort de
l'ordinaire :
Disciples d'Emmaüs
est voué "à
Celui qui est
toujours sur la
route, même au
temps de l'épreuve".
Car cette fois
restera comme la
dernière. Et
beaucoup se
ressentent désormais,
face à Bruno
Chenu, comme des
frères perdus,
orphelins d'un
visage trop tôt,
infiniment trop tôt
disparu. Au
Christ, et à lui
seul, l'ultime
peut être rapporté.
La "trace
d'un visage"
croisé sur une
route en quête de
sens, la révélation
d'une parole vive
et, tout aussi
subite, la
"brûlure
d'une
absence" : ce
thème marquait déjà
l'oeuvre de notre
ami, mort le 23
mai dernier. Et
voici la clé
d'une grande part
de ses écrits,
mais aussi d'une
dimension,
toujours discrète,
de sa vie.
Bruno Chenu convie
à se faire, comme
lui, disciple
d'Emmaüs, à
travers une vaste
et profonde méditation
d'un évangile de
la rencontre, une
rencontre
suspendue au seuil
de l'inconnu - ou
plutôt : de
l'Inconnu. Car
c'est du Christ
qu'il s'agit,
devenu compagnon
de tous nos
chemins - "même",
dit la dédicace
(entendons :
"surtout")
de nos chemins de
croix. Si le
chapitre XXIV de
saint Luc a fini
par condenser,
pour Bruno Chenu,
tout le message de
Jésus, c'est
qu'il l'avait
"éprouvé",
dans son coeur
comme dans sa
chair.
L'ouvrage ouvre
une collection
qu'il avait voulue
pour permettre à
des textes majeurs
de l'Evangile de
donner le meilleur
d'eux-mêmes dans
une approche à la
fois exégétique
et esthétique,
ecclésiale et
spirituelle, dans
l'unité d'une
lecture aussi
largement informée
que très
personnelle. Bruno
Chenu en donne ici
magistralement le
ton avec
"son" évangile.
Qu'est-ce qu'Emmaüs
? Un lieu saint
topographiquement
incertain, un
passage évangélique
atypique, un récit
d'apparition qui
s'accomplit en
disparition,
l'affirmation
d'une présence
sur le mode de
l'absence ? Le
Christ d'Emmaüs
est ainsi,
inattendu au plus
noir du désespoir,
proche et
insaisissable,
faisant mine de
poursuivre sa
route pour
permettre aux
disciples de
trouver la leur,
celle qui revient
de toute peur, par
la grâce d'un
pain rompu, pour
se réorienter
vers Jérusalem en
témoins définitifs
d'un visage
reconnu.
Un
testament du
chemin de
rencontre qu'il a
parcouru
On comprend que ce
texte ait ému
Bruno Chenu, qui y
voit le ressort de
toute rencontre
vive avec Jésus.
Il explore donc
l'itinéraire
d'Emmaüs selon le
parcours qu'il
avait conçu, en
partant de ce
qu'il a de plus
contemporain. D'où
son ouverture en
compagnie de l'abbé
Pierre inspiré,
pour ce qui
deviendrait son
immense mouvement,
par cet évangile
portant la
solitude et le désarroi
de tous ceux dont
la vie n'est ainsi
qu'une longue
errance dans la
nuit. Et l'on
pourra faire
sienne la forte
prière que l'abbé
écrivit un soir
de 1941 en forme
de supplique :
"Nous sommes
tous pèlerins
d'Emmaüs ?"
Mais on lira aussi
ce que l'auberge
de Luc a inspiré
aux Mauriac,
Pierre Emmanuel ou
Georges Haldas, et
des homélies
d'aujourd'hui
qu'elle a
nourries, et ces
hymnes écrites
par Patrice de la
Tour du Pin et
Didier Rimaud pour
le bréviaire :
"Jésus, qui
m'a brûlé le
coeur au carrefour
des Ecritures, ne
permets pas que
leur blessure en
moi se ferme
?" Arrive le
texte lui-même.
Le récit évangélique
a été souvent
scruté par les spécialistes,
dont les apports
sont ici très pédagogiquement
repris :
composition littéraire,
place dans le
Nouveau Testament
et rôle dans l'Eglise
primitive, et
surtout une
reprise théologique
et spirituelle du
texte verset par
verset. Au
passage, une
mention : pour
Luc, "Emmaüs
est une
destination
eschatologique :
c'est le règne de
Dieu qui vient
pour toute
l'humanité".
Il vient avec la
foi, et donc le
renoncement à une
vision possessive
au profit d'une
foi pèlerine.
La riche postérité
d'Emmaüs fait
ensuite l'objet
d'un voyage
suggestif à
travers ses
interprétations
par les Pères, la
liturgie médiévale
ou la psychanalyse
- dont Xavier Thévenot,
lisant ce récit
comme celui de
l'accès "à
un ordre
symbolique où le
manque est
reconnu, la différence
acceptée et la
communion toujours
recherchée".
Et, bien sûr, son
formidable déploiement
artistique dans
une cantate de
Bach, sur un
chapiteau roman de
Silos ou dans les
multiples
tentatives de
Rembrandt pour
rendre compte du
saisissement des
disciples dans
l'auberge, quand
le Ressuscité se
révèle puis se
retire à leurs
yeux.
Mais l'Evangile se
veut parole à
vivre. Luc 24 est
à lire alors
comme un texte
d'initiation
humaine, chrétienne
et ecclésiale,
tant il prend en
compte de
multiples
registres pour croître
dans la vie comme
dans la foi :
recherche de sens,
souffrance,
marche, dialogue,
nuit, pain partagé...
Il offre également
de nombreux
"lieux"
où rencontrer le
Ressuscité :
l'inattendu,
l'intelligence des
Ecritures, le
scandale de la
croix, la
rencontre
d'autrui,
l'Eucharistie,
l'annonce pascale
?
Enfin, ce livre ne
serait pas de
Bruno Chenu sans
une portée ecclésiale,
et des plus
actuelles -
notamment en
termes de "synodalité"
: l'Eglise naît
et vit d'un chemin
parcouru en
commun. Il note
aussi que,
"dans une
conjoncture
d'Europe
occidentale où le
croyant a
"mal à l'Eglise",
il est bon de lui
redire la chance
qu'elle représente
sur le chemin du
vrai Dieu" :
profession de foi
ecclésiale très
"chenusienne",
indissociablement
aimante et
exigeante !
Ce livre est le
couronnement d'une
oeuvre - un
message et une
vie. Il ne la clôture
pas - on en dégustera
la preuve dans la
prière très
belle et si
personnelle qui,
plutôt qu'une
synthèse ici sans
pertinence,
conclut l'ouvrage.
Mais il en donne
la clé, qui est
aussi celle d'une
fécondité encore
insoupçonnée :
la foi en Jésus
ressuscité.
"En
christianisme, même
les prophètes
sont d'abord des
disciples. C'est
leur intimité
avec le Christ qui
les
"autorise"
à parler
publiquement avec
vigueur",
note Bruno Chenu.
Ainsi en allait-il
de lui, sans
l'ombre d'un
doute. On n'en est
que plus frappé
par le testament
qu'il laisse ici
de son intimité
avec l'Evangile,
du chemin de
rencontre qu'il
aura parcouru en
disciple véritablement
"autorisé".
On referme alors
ce livre comme on
quitte l'ami,
comme Cleophas et
son compagnon
furent quittés
par Jésus : en se
demandant, et en
comprenant
maintenant
seulement,
pourquoi il
fallait que son
regard se dérobe
au nôtre pour que
nous puissions en
recevoir toute la
lumière.
haut
L’histoire
de Saïda s’écrit
dans ses vestiges déterrés
Le directeur du
British Museum
suivra les résultats
des fouilles
par JOANNE
FARCHAKH, publié
dans l'Orient-le
Jour le 17 septembre
2003
Saïda
(Sidon), bastion
de la Phénicie et
du commerce au
cours des siècles
passés, dévoile,
sous la pioche des
archéologues, un
peu de son
histoire millénaire.
Histoire
malheureusement
inconnue jusqu’à
présent, malgré
le grand nombre de
mythes et de récits
tissés tout
autour de cette
ville, qui occupe
une place
primordiale dans
le patrimoine
culturel et archéologique
libanais. En
effet, le nom de
Saïda est souvent
associé, d’une
part, à la
grandeur des Phéniciens
et, d’autre
part, aux premières
implantations de
populations sur ce
littoral. Ces deux
facteurs qui
caractérisent Saïda
n’ont jamais été
illustrés et
prouvés jusqu’à
présent par des
vestiges antiques.
La forte densité
démographique
dans cette région
a rendu quasiment
impossibles les
fouilles archéologiques,
ce qui a diminué
d’autant
l’apport des
chercheurs de
terrain qui se
sont donc rabattus
sur les textes
historiques. Cette
situation a
toutefois changé
depuis trois ans.
Des fouilles,
entreprises par
l’équipe
libano-anglaise du
British Museum, réécrivent
le passé de cette
ville en se basant
sur les données
archéologiques.
"Ce chantier
est particulièrement
important car il
permet de suivre
les progressions
et l’évolution
continue de
l’habitat et de
la vie à Saïda
tout au long du
IIIe millénaire
av. JC, période
parfaitement
inconnue dans
l’histoire de
cette ville,
explique l’archéologue
Claude Doumet
Serhal, directrice
des fouilles. Six
niveaux
d’habitation
datant de cette époque
ont été découverts.
Ils nous
permettent de
suivre les différentes
formes
d’installations
domestiques et les
traditions funéraires
utilisées par ces
peuples",
note-t-elle.
En fait, les archéologues
ont déterré, au
cours de ces années,
trente-deux sépultures
enfouies dans une
large couche de
sable de mer
rapporté spécialement
par les habitants
de cette ville,
comme le prouvent
les études au
laboratoire.
L’absence de
sources écrites
rend hypothétique
toute interprétation
de cette
initiative, et les
archéologues ne
s’avancent pas
trop sur ce
terrain glissant.
Toujours est-il
que cette matière
a permis la préservation
d’un important
matériel funéraire
métallurgique.
Des objets en
argent et en
bronze ont été déterrés
dans les différentes
tombes des
guerriers -
reconnaissables à
la pointe des flèches
déposées à côté
du mort - découvertes
sur ce site. Cette
année, une sépulture
particulièrement
importante et
riche a été
exhumée. Le
squelette enfoui
à même le sol a
été enseveli
avec un grand
nombre de bijoux.
Ce qui explique
que les archéologues
se plaisent à
l’appeler
"l’homme en
argent". "Le
diadème, les
bracelets, la
hache déposée
dans la tombe lui
donnent une
importance
particulière,
d’autant que
l’argent est
rarement trouvé
sur ces sites en
raison de
l’humidité du
sol", précise
Mme Serhal. Quant
aux autres sépultures
découvertes,
elles sont de type
plutôt régulier.
On y trouve les
jarres funéraires
dans lesquelles
"reposent"
des enfants, et
les tombes
d’adultes enterrés
avec différents
objets en céramique.
En plus des sépultures,
les archéologues
fouillent les
niveaux
d’habitation où
ils ont mis au
jour un énorme édifice,
construit en bois,
qui a été
incendié et dont
la fonction reste
inconnue.
La plus importante
mission de fouille
du British Museum
L’importance des
fouilles de Saïda
ne se voit pas
uniquement dans
les vestiges archéologiques
mais aussi dans
les attentions
particulières que
lui accordent les
dirigeants du
British Museum. En
fait, la première
visite sur le
terrain du nouveau
directeur de ce
prestigieux musée
a eu lieu à Saïda.
Dr Neil MacGregore
considère que
"les fouilles
de Saïda figurent
à la tête des
plus importantes
missions archéologiques
menées
actuellement par
une équipe du
British Museum,
car elles écrivent
l’histoire de
cette ville millénaire". "Les
vestiges archéologiques
de Saïda connus
jusqu’à présent
datent des périodes
perses et hellénistiques,
souligne M.
MacGregore. Or
cette cité a joué
un rôle important
dans l’histoire
de la Méditerranée
à des périodes
plus anciennes.
Ces fouilles
peuvent révéler
quelques-uns de
ces mystères et
éclaircir les
types de relations
existant entre les
peuples de
l’antiquité.
Car la
“globalisation”
n’est pas un
concept nouveau
dans l’archéologie
ou l’histoire de
l’humanité.
D’ailleurs, au
cours des vingt
dernières années,
le cours des
recherches
scientifiques a
changé et les
chercheurs n’étudient
plus les cultures
autochtones mais
les relations et
les échanges
entre les
civilisations",
indique le
directeur du
British Museum.
En fait, et
toujours dans le
cadre de l’échange
entre les différents
peuples, mais
cette fois à une
échelle moins
historique, M.
MacGregore
explique que la présence
d’une grande
communauté
libanaise à
Londres a joué un
rôle important
dans le lancement
de ces fouilles.
"Nous nous
sentons
responsables vis-à-vis
de cette communauté
et nous croyons
que nous devons
parrainer des
recherches pouvant
l’intéresser,
souligne-t-il.
Certes, les résultats
de ces fouilles
seront communiqués
à Londres lors
d’une conférence
donnée par
l’archéologue
Claude Doumet
Serhal, mais nous
comptons aussi
organiser des
colloques
scientifiques se
rapportant à
Sidon, son
histoire et les résultats
des recherches. Il
se peut aussi
qu’une
exposition
temporaire des
objets découverts
lors de ces
fouilles soit mise
en place",
poursuit-il. Les
fouilles de Saïda
se poursuivent
jusqu’à la fin
du mois de
septembre. De
nouvelles découvertes
peuvent avoir lieu
à cette occasion,
car ce site n’a
jamais "déçu"
tous les archéologues
qui y travaillent
et tous les
passionnés
d’histoire au
pays des Cèdres.
Les
projets du British
Museum au
Moyen-Orient
Au
Moyen-Orient, les
projets parrainés
par le British
Museum ne se
limitent pas aux
fouilles de Saïda.
M. Neil MacGregore,
directeur du
British Museum,
explique en fait
"qu’un
nouveau protocole
de coopération a
été signé entre
ce grand musée
britannique et la
Direction générale
des antiquités et
des musées de
Syrie". "Il
s’agit d’une
coopération en
vue de
l’initiation des
restaurateurs
syriens, rattachés
au service des
Antiquités, précise-t-il.
Cette initiation
porte sur les
techniques de
restauration des
objets archéologiques
au British Museum.
Les employés de
ce secteur
suivront, pendant
quatre ans, des
stages de
formation au sein
des laboratoires
du musée
londonien."
Pour l’Irak, de
nombreux projets
sont aussi prévus.
Le British Museum
sert de
coordonnateur
principal entre le
musée national
irakien à Bagdad
et tous les autres
musées du monde.
Les projets de
coopération ou
d’échange se
font sous "sa
tutelle".
C’est en fait le
British Museum qui
a organisé la
grande réunion
mondiale des spécialistes
de la civilisation
assyrienne en
juillet dernier.
De plus, cet établissement
a dépêché à
Bagdad une de ses
archéologues pour
aider dans la
remise en place du
State Board of
Antiquities of
Iraq. En janvier
2004, si la
situation sécuritaire
le permet, huit
conservateurs
internationaux se
dirigeront vers
Bagdad pour
contribuer à une
campagne
trimestrielle de
restauration des
chefs-d’œuvre
du musée
national. Le
British Museum
coordonne
actuellement la
mise en place de
cette mission qui
aura lieu sous
l’égide de l’Unesco.
Les
sponsors de la
fouille
Les
fouilles menées
à Saïda ne dépendent
pas d’une
université
quelconque, d’où
la difficulté du
financement
d’une telle
mission. Cette
difficulté a
toutefois été
contournée grâce
aux sponsors réguliers
: British Museum,
British Academy,
Consul for British
Research in the
Levant (CBRL),
Fondation Hariri,
Byblos Bank et
Nokia Liban.
L’emplacement
du chantier
Le
site fouillé par
l’équipe du
British Museum se
situe à proximité
de la savonnerie
Audi, à l’intérieur
de l’enceinte médiévale
de la ville. Sur
cette parcelle de
terrain s’élevait
au siècle dernier
l’American
College, dont les
murs de fondation
sont encore
apparents.
L’immeuble
abritant les
bureaux de la
Direction générale
des antiquités se
situe à quelques
mètres du
chantier et sert
de point de repère
à toute personne
désirant se
rendre sur les
lieux.
haut
La
mission politique au
coeur de la problématique
des télévisions
arabes
Les chaînes
satellitaires du
Golfe bénéficient
pour la plupart d'un
financement public
par RYM AYADAT
et SIBYLLE RIZK,
publié dans le
Figaro le 3
septembre 2003
"Depuis
que j'exerce ce métier,
je n'ai encore
jamais vu une chaîne
arabe fermer à
cause de difficultés
financières."
Pour Antoine
Choueiri, président
du groupe éponyme
qui assure la régie
d'al-Jezira, de la
LBC libanaise et
de la ESC égyptienne,
aucune chaîne ne
répond à une
logique
commerciale, sauf
la LBC. Pour
d'autres
observateurs, la
saoudienne MBC
(Middle East
Broadcasting
Channel) dispose
aussi d'un budget
équilibré. Mais
dans un paysage
audiovisuel arabe
où la rentabilité
n'est pas du tout
une priorité, ces
deux chaînes font
figure
d'exception. Même
al-Jezira, qui a
la plus forte
audience cumulée -
elle totalise 30
à 40% du marché
-, n'est pas en
mesure d'assurer
des recettes
publicitaires
suffisantes. Selon
Antoine Choueiri,
elle a encaissé
moins de 6
millions de
dollars en 2002,
pour un budget
global de 40
millions. Le
boycott saoudien
en est la
principale raison.
La monarchie est
le principal marché
publicitaire de la
région avec une
part de 70 à 75%.
En termes de
recettes
publicitaires, la
saoudienne MBC
arrive donc
logiquement en tête.
Ses recettes sont
évaluées entre
60 et 80 millions
de dollars. Elle
est suivie par la
libanaise LBC, qui
totalise des
recettes entre 40
et 50 millions de
dollars. Les deux
chaînes se
partagent 60% des
recettes totales.
Al-Jezira, Abu
Dhabi TV, l'égyptienne
ESC et la
libanaise Fututre
TV se partagent
30% du marché.
Les 10% restants
sont répartis
entre une centaine
d'autres chaînes.
Il ne s'agit que
d'estimations,
aucune statistique
fiable n'est réellement
disponible dans
cette région.
Malgré le boycott
saoudien qui empêche
al-Jezira de
devenir autonome
financièrement,
la survie de la
chaîne n'est
nullement menacée.
Toutes les télévisions
arabes remplissent
une mission
politique ou
promotionnelle
pour le compte de
leurs
actionnaires,
comme le souligne
Najah Abi Assi, régisseur
du bouquet privé
saoudien Orbit.
Al-Jezira est la
première à subir
les conséquences
du boycott de
l'Arabie saoudite
car elle apparaît
comme un
instrument
officieux de la
diplomatie
qatarie. La crise
larvée entre
l'Arabie saoudite
et le Qatar,
commencée il y a
douze ans avec le
litige frontalier
a failli dégénérer
en conflit armé
en 1992. Si
certains pensent
qu'il ne s'agit là
que de sautes
d'humeur entre les
membres des
familles royales,
pour d'autres,
l'enjeu de cette
crise est
l'ouverture -
toute relative -
du champ politique
au Qatar. Un libéralisme
que les Saoudiens
ont du mal à
accepter parce
qu'il remet en
cause l'hégémonie
du royaume des Al
Saoud sur les
monarchies du
Golfe. Les
relations que le
Qatar maintient
avec Israël et
les accords de défense
mutuels qui lient
Doha et
Washington,
expliquent également
pourquoi les
relations entre
les royaumes
voisins ne sont
pas au beau fixe.
Monopolisé par
l'Arabie saoudite,
le marché
publicitaire arabe
(hors Maghreb et
Soudan) est
toutefois modeste.
Tous médias
confondus, il est
évalué à 1,3
milliard de
dollars pour une
population de 200
millions
d'habitants. Quant
aux chaînes par
satellite, elles
se partagent un
marché de 200
millions de
dollars. Si l'on
ajoute la part des
chaînes
terrestres, le
chiffre d'affaires
atteint 300
millions. "Les
200 millions de
dollars représentent
120 millions de
dollars de
recettes nettes
pour les médias
après prélèvement
des commissions et
des frais", affirme
Antoine Choueiri.
A l'exception de
la MBC et de la
LBC, les recettes
publicitaires sont
ridicules comparées
aux dépenses
engagées par ces
médias. Au Liban,
par exemple, la
loi oblige chaque
chaîne à
produire 6.000
heures de
programme par an
au minimum. Avec
un prix plancher
de 1.000 dollars
pour une heure d'émission,
le budget total
est donc d'au
moins 6 millions
de dollars par chaîne,
auxquels il faut
ajouter les autres
frais de
fonctionnement,
soit au moins 10
millions de
dollars. Or le
marché
publicitaire
libanais a totalisé
25 millions de
dollars en 2002. "Si
on s'en tient à
ce calcul, le
marché libanais
peut théoriquement
faire vivre deux
chaînes
seulement", explique
Antoine Choueiri. "Or
la LBC accapare en
fait 16 millions
de dollars, ce qui
laisse à peine 9
millions à toutes
les autres", poursuit-il.
Dans le Golfe, ce
sont les familles
princières qui se
chargent d'éponger
les déficits. Abu
Dhabi reçoit le
soutien financier
de l'émir Cheikh
Abdallah ben Zayed
al-Nahyan, actuel
ministre de
l'Information. A
sa naissance,
al-Jezira avait reçu
de l'émir du
Qatar Cheikh Hamad
ben Khalifa
al-Thani une
dotation de 150
millions de
dollars sur cinq
ans. Tout en ayant
le statut de chaîne
privée, elle bénéficie
d'un financement
public. Quant à
la chaîne
iranienne al-Alam,
branche de la
radiotélévision
(Irib), elle est
entièrement
financée par le
gouvernement
iranien. Créée
par le groupe
propriétaire de
la MBC, la chaîne
tout infos
al-Arabiya a bénéficié
lors de son
lancement il y a
six mois, d'un
capital annuel
moyen de 60
millions de
dollars sur cinq
ans. Par
opposition à ces
chaînes, le
directeur de la
LBC, Pierre Daher,
souligne l'aspect
entièrement indépendant
de sa chaîne, qui
a conclu un accord
de partenariat
avec le quotidien
panarabe Al
Hayat pour
renforcer ses
journaux
d'information. Il
en veut pour
preuve le procès
remporté contre
l'un de ses
actionnaires,
Issam Farès,
vice-président du
Conseil libanais,
qui voulait
imposer son point
de vue sur la
ligne éditoriale.
Une indépendance
que les chaînes
vivant de divers
subsides n'ont pas
réellement les
moyens d'imposer.
haut
Israël/Palestine -
Quelques clés pour
comprendre
paru dans
Ouest-France le 8
septembre 2003
• Les accords
d'Oslo. La
victoire des
travaillistes en
Israël en juin
1992 permet un déblocage
du processus de
paix. En 1993, des
négociations secrètes
sont entamées à
Oslo, en Norvège.
L'accord, signé
le 13 septembre
1993 à
Washington, fixe
un calendrier de négociations
sur cinq ans qui
doit s'achever par
la définition
d'un statut
permanent pour les
territoires
palestiniens.
D'ici là un
statut provisoire
d'autonomie doit régir
la Cisjordanie et
la bande de Gaza.
Le 4 mai 1994, au
Caire, le Premier
ministre israélien
Rabin et Yasser
Arafat, signaient
l'accord intérimaire
sur l'application
de l'autonomie des
territoires
palestiniens. Le
12 mai, la Knesset
entérine
l'accord. En
juillet Yasser
Arafat arrive à
Gaza pour s'y
installer. Selon
le calendrier, le
statut définitif
des deux
territoires devait
entrer en
vigueur... en
avril 1999. L'élection
d'Ariel Sharon et
l'Intifada ont
bouleversé la
donne.
• La feuille
de route. Présentée
en septembre 2002,
la "feuille
de route"
pour la résolution
du conflit israélo-palestinien
était soutenue à
la fois par les
Etats-Unis,
l'Union européenne,
les Nations unies
et la Fédération
de Russie. Elle prévoyait
trois étapes pour
aboutir à
l'horizon 2005 à
la création d'un
Etat palestinien
indépendant
vivant aux côtés
d'Israël. Le
cadre général
imposait aux deux
parties en présence
d'évoluer de manière
"parallèle
et simultanée".
L'autorité
palestinienne
prenait des
mesures immédiates
pour faire cesser
le terrorisme et
évoluer vers plus
de démocratie.
Israël, de son côté,
devait clairement
mettre un terme à
sa politique de
colonisation illégale
hors des frontières
de 1967 et se
retirer des zones
palestiniennes
occupées depuis
septembre 2000.
• Intifada. "Soulèvement"
en arabe. C'est
l'arme du pauvre
face à l'armée
israélienne. En
1994 par exemple,
le soulèvement,
au prix de
plusieurs
centaines de
morts, fait plier
Israël, qui
accepte l'évacuation
d'une partie des
territoires occupés.
En 2000, la visite
de Sharon sur
l'esplanade des
Mosquées, haut
lieu de l'identité
palestinienne,
entraîne une
reprise de
l'Intifada.
• Yasser
Arafat. Le président
historique de
l'Autorité
palestinienne,
Arafat, dit Abou
Ammar (le bâtisseur)
est un combattant
de toujours. En
1959, avec trois
amis, il fonde son
mouvement, le
Mouvement
palestinien de libération
nationale (Fatah).
Le 20 janvier
1996, avec plus de
80 % des
suffrages exprimés,
il est élu président
de l'Autorité
palestinienne.
Aujourd'hui, les
Israéliens et les
Américains
l'accusent
d'attiser la
violence et ne
veulent plus de
lui. C'est la
raison pour
laquelle ils ont
fait pression pour
qu'il nomme un
Premier ministre
en la personne de
Mahmoud Abbas.
Mais on ne se débarrasse
pas aisément du
vieux lion.
Mahmoud Abbas a
remis sa démission
samedi.
• Mahmoud
Abbas. Le
Premier ministre
palestinien démissionnaire
(dit Abou Mazen).
Né en 1935 en
Palestine, il est
élu au comité
central du Fatah
en 1971. En 1993,
Arafat le désigne
pour entreprendre
des négociations
secrètes avec
Israël qui
aboutissent à la
signature de
l'accord de
principe israélo-palestinien.
Elu secrétaire général
de l'OLP en 1996,
il devient le
successeur
potentiel de
Yasser Arafat. En
2001, dans le
contexte de
l'Intifada, il
cherche avec
Washington, les
moyens de faire
appliquer un
cessez-le-feu. Il
est un négociateur
apprécié de
l'autre camp.
• Ariel
Sharon. Né en
1928 en Palestine.
Promu général en
février 1967, il
commande une
division blindée
lors de la guerre
des Six jours. En
octobre 1973, il
participe
brillamment à la
guerre du Kippour.
Il rejoint les
rangs du Likoud
(droite israélienne).
En 1982, il est
ministre de la Défense
et artisan de
l'invasion du
Liban durant
laquelle plusieurs
centaines de
Palestiniens sont
massacrés dans
les camps de Sabra
et Chatila. En
septembre 2000, il
effectue une
visite sur
l'esplanade des
Mosquées à Jérusalem-Est.
Visite jugée
provocante, qui
entraîne une
reprise de
l'Intifada. Le 6 février
2001, Sharon est
élu Premier
ministre face au
travailliste Ehud
Barak.
• Yassine
Ahmed. Né en
1936 en Palestine,
il est le
fondateur et le
guide spirituel du
Hamas. Devenu hémiplégique
à la suite d'un
accident. Rejoint
les Frères
musulmans en 1956.
Opposé à la
participation du
Hamas à un
cabinet d'union
nationale
palestinien.
• Hamas. Mouvement
de résistance
islamique fondé
en 1987. Sa charte
préconise la
lutte armée
contre Israël
uniquement sur le
territoire
palestinien.
haut
Vent
de fronde dans l'armée
de l'air israélienne
27 officiers pilotes
refusent de
"porter
atteinte à des civils
innocents" dans
les territoires
occupés
paru dans
l'Orient-le Jour le 25
septembre 2003
Dans un sursaut de
conscience tardif
mais néanmoins
honorable, 27
officiers pilotes
de l’armée de
l’air israélienne,
fleuron des forces
militaires de l’Etat
hébreu, ont signé
une pétition dans
laquelle ils
refusent désormais
d’exécuter des
missions dans les
territoires
palestiniens occupés.
Dans cette pétition
remise au général
Dan Haloutz, leur
commandant en
chef, ces pilotes
affirment qu’ils
refusent "de
continuer à
porter atteinte à
des civils
innocents et
refusent
d’attaquer des
zones à
population
dense". Le 22
juillet 2002, dans
un raid visant un
chef militaire du
Hamas, un F-16
israélien avait
largué une bombe
d’une tonne sur
un immeuble, tuant
17 personnes, dont
neuf enfants. Sur
un autre plan, le
chef de la
diplomatie israélienne
Sylvan Shalom, démentant
des informations
de presse citant
un de ses collègues,
a reconnu que,
malgré un projet
de compromis entre
les deux parties,
des divergences
existaient
toujours avec
Washington à
propos de la ligne
de défense qu’Israël
érige en
Cisjordanie.
Les
Palestiniens dénoncent
l’attitude de
Washington, le
Hamas exclut toute
trêve avec Israël
Les Palestiniens
ont accusé hier
Washington de
partialité en
faveur d’Israël,
alors que le
mouvement radical
islamiste Hamas a
rejeté l’idée
d’une trêve des
attaques anti-israéliennes
dans le contexte
actuel. Parallèlement,
et pour la première
fois, vingt-sept
pilotes de l’armée
de l’air israélienne
ont refusé d’exécuter
des missions dans
les territoires
palestiniens. Dans
une pétition
adressée au général
Dan Haloutz,
commandant en chef
de l’armée de
l’air, les
pilotes ont affiché
leur refus
"de continuer
à porter atteinte
à des civils
innocents et
refusent
d’attaquer des
zones à
population
dense". ""Nous
ne continuerons
pas à nous battre
au-delà de la
ligne verte,
c’est-à-dire
dans les
territoires
palestiniens, dans
le but
d’opprimer,
d’expulser,
d’affamer et
d’humilier un
peuple tout
entier",
avaient écrit les
pilotes dans leur
pétition. L’armée
de l’air, considérée
comme le fer de
lance des forces
militaires, était
jusqu’ici restée
à l’écart de
ces mouvements.
Sur le plan
politique, l’Autorité
palestinienne a
critiqué le
discours mardi à
l’Assemblée générale
de l’Onu du président
américain George
W. Bush qui a
affirmé, en
allusion au leader
Yasser Arafat, que
les Palestiniens
étaient "trahis
par des dirigeants
qui s’accrochent
au pouvoir en
alimentant des
haines anciennes
et en détruisant
le bon travail
fait par
d’autres".
Le principal
conseiller de M.
Arafat, Nabil Abou
Roudeina, a affirmé
que ce discours "est
partial. Il
n’aide pas le
processus de paix
et ne facilite pas
l’application de
la “feuille de
route” ". "Le
premier et dernier
mot revient au
peuple
palestinien"
pour choisir ses
dirigeants, a-t-il
ajouté, appelant
le quartette formé
par les Etats-Unis,
l’Union européenne,
l’Onu et la
Russie, qui se réunit
demain à New
York, "à
œuvrer pour
l’application de
la “feuille de
route” et éviter
toute déclaration
non
constructive".
Le fondateur et
chef spirituel du
Hamas, cheikh
Ahmed Yassine, a
exclu pour sa part
toute trêve des
attaques contre
Israël tant que
ce pays continuera
son
"agression"
contre les
Palestiniens. "Il
n’y a pas lieu
de parler d’une
trêve
aujourd’hui car
l’ennemi
poursuit son
agression", a
déclaré cheikh
Yassine lors
d’une conférence
de presse à Gaza,
sa première
depuis que l’armée
israélienne a
tenté de le
liquider le 6
septembre. Le
Hamas a rompu en
août la trêve
unilatérale
temporaire vis-à-vis
d’Israël,
proclamée fin
juin avec
d’autres
mouvements armés.
"Malgré
cette trêve,
l’ennemi israélien
n’avait pas arrêté
un seul instant
son agression, ses
massacres et ses
destructions",
a dit cheikh
Yassine. Cheikh
Yassine a par
ailleurs répété
le refus de son
mouvement de se
joindre au futur
gouvernement d’Ahmed
Qoreï, partisan déclaré
d’un
cessez-le-feu, et
affirmé que son
mouvement
refuserait de
rendre ses armes
à l’Autorité
palestinienne
comme l’y
enjoint la
"feuille de
route".
D’autre part, le
chef de la
diplomatie israélienne
a insisté pour
que la ligne de sécurité
englobe la colonie
juive d’Ariel
située en
Cisjordanie, à 20
km de la ligne de
démarcation séparant
Israël de cette région
occupée, ce que
les Etats-Unis
rejettent. Enfin,
sur le terrain, un
adolescent
palestinien a été
tué par des tirs
israéliens dans
la nuit de mardi
à mercredi dans
la bande de Gaza,
ont rapporté des
sources hospitalières
palestiniennes.
Barak invite
Sharon à démissionner
L’ex-Premier
ministre
travailliste israélien
Ehud Barak estime
que son successeur
Ariel Sharon
devrait démissionner
en raison de son
implication présumée
dans deux
scandales
financiers.
"Dans
d’autres pays du
monde normalement
gouvernés, le
Premier ministre
aurait démissionné
depuis longtemps.
Ici, ce n’est
pas la norme, et
c’est
dommage", déclare
l’ancien chef
d’état-major
israélien dans
une interview au
journal Yedioth
Aharonoth. Battu
à plate couture
en février 2001,
Barak tente de
revenir sur
l’avant-scène
politique en vue
des élections de
2007, après avoir
lui-même été
blanchi en 2002
d’accusations de
violation de la législation
sur le financement
des partis
politiques. Sharon
et sa famille font
l’objet d’une
enquête de police
portant sur un prêt
de 1,5 million
d’un ami résidant
en Afrique du Sud
pour compenser des
contributions jugées
illégales à sa
campagne électorale
en vue de devenir
le chef du Likoud
en 1999. Le deuxième
scandale concerne
une tentative
d’acquisition
d’une île
grecque par un
promoteur qui
employait le fils
de Sharon, Gilad,
et contribuait à
la campagne électorale
de son père quand
celui-ci était
encore ministre
des Affaires étrangères.
Les EAU excluent
des relations avec
Israël avant une
paix viable
Les Emirats arabes
unis n’établiront
pas de relations
avec Israël tant
que les
Palestiniens "souffrent",
a déclaré hier
le ministre émirati
de la Défense et
prince héritier
de Dubaï,
Mohammed ben
Rached al-Maktoum. "Non,
nous ne nous
ouvrirons pas à
Israël, parce que
les Palestiniens
souffrent",
a-t-il expliqué
à des
journalistes, à
l’issue des réunions
du Fonds monétaire
international et
de la Banque
mondiale, organisées
à Dubaï, l’un
des sept émirats
de la fédération
des Emirats. "Tant
qu’un accord de
paix n’est pas
signé, nous ne
pouvons rien faire
à ce sujet",
a-t-il précisé.
Cheikh Mohammed a
répété que la délégation
israélienne présente
aux réunions du
FMI et de la
Banque mondiale
avait été invitée
par ces deux
institutions, et
non par le
gouvernement émirati.
Il a indiqué
qu’il n’avait "vu"
que le chef de la
délégation israélienne,
le ministre sans
portefeuille Meïr
Shetrit, lors
d’une réception
pour les délégués
lundi soir. "Je
ne l’ai pas
rencontré, je
l’ai vu à une réception,
et je ne le
rencontrerai
pas", a-t-il
ajouté. Meïr
Shetrit avait
rapporté qu’au
cours de cette réception,
il avait félicité
Cheikh Mohammed
pour le développement
économique de
Dubaï.
L’Unrwa réduit
son aide aux réfugiés
palestiniens et en
appelle aux
donateurs
L’agence de l’Onu
pour l’aide aux
réfugiés de
Palestine (Unrwa)
a précisé, dans
un communiqué,
avoir réduit
d’un quart la
distribution de
vivres à Gaza et
ne pouvait couvrir
que 12 % du coût
d’un programme
de reconstruction
au profit de "milliers
de réfugiés dont
les maisons ont été
détruites par
l’armée israélienne".
D’autres
programmes comme
la création
d’emplois, le
traitement
d’enfants
traumatisés et la
distribution de
tenues scolaires
et de chaussures
ont été soit réduits,
soit annulés,
selon le texte.
L’Unrwa a
d’autre part
lancé hier un
appel à des
fonds, alors que
son chef Peter
Hansen a qualifié
de ''très
critique" la
situation des réfugiés
de Cisjordanie et
de la bande de
Gaza, notant une
faible réponse
des donateurs à
son appel de juin
2003.
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