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PRESSE  RJLIBAN  N°96 - sélection de l'été 2003 (2)  

                                       

 
Nos "ennemis" américains
 
par JEAN DANIEL, publié dans le Nouvel Observateur le 25 septembre 2003 
I. Sommes-nous les ennemis des Etats-Unis? Notre confrère Thomas L. Friedman, du "New York Times", le prétend. Il n’est pas le premier à le penser mais l’un des tout premiers à le dire d’une manière agressive. Nombre de Français vivant aux Etats-Unis, proches des milieux d’affaires, de la culture et du show-business, confirment en effet que les Américains ont l’impression de riposter à notre hostilité bien plus que de la provoquer. Peu importe ici de savoir où est la vérité. Une chose est sûre : elle n’est pas du côté de M. Friedman. Jamais, par exemple, comme il ose l’affirmer, la France n’a été en situation de compromettre une motion de l’ONU qui eût des chances de faire céder Saddam Hussein et donc d’éviter la guerre. Ce n’est pas avec de tels arguments que l’on contribuera au rapprochement Paris-Washington, mais ce n’est visiblement pas ce que souhaite M. Friedman. L’important est de constater que les Américains les plus réservés à l’égard de l’entourage néoconservateur de George W. Bush sont persuadés que nous ne leur voulons aucun bien. Et, curieusement, ce sentiment augmente au fur et à mesure que la situation se dégrade à Bagdad et à Jérusalem. J’ai connu cela dans les derniers mois de la guerre d’Algérie. Plus les Cassandre avaient raison, plus elles étaient accusées d’avoir contribué au malheur. Naturellement, il s’agit avant tout de l’Irak, question qui sépare radicalement les deux camps de part et d’autre de l’Atlantique. Or il y a des confusions à éviter. Il y a un avant et un après l’intervention. Toutes les études, savantes ou polémiques, qui ont été publiées sur l’antiaméricanisme supposé endémique des Français datent d’avant l’intervention américaine en Irak. Donc, analyses et commentaires ne pouvaient tenir compte dans leurs conclusions de l’immense mouvement de solidarité des Français et des Européens avec les Américains lors des attentats du 11 septembre contre les tours du World Trade Center.
II. Qui d’ailleurs s’en souvient ? Tout se passe comme si, aux Etats-Unis, on avait intérêt à l’oublier pour mieux nous haïr. Comme si, en France, nous avions honte d’avoir été "tous américains" - ce que nous avons bel et bien été pendant au moins trois à cinq mois. Comme si, enfin, pour les uns et pour les autres, notre détestation d’aujourd’hui avait besoin de se nourrir d’un reniement des sympathies de la veille. Insistons donc et rappelons-le : la France a été chaleureusement proaméricaine pendant et après le drame du 11 septembre 2001. Comme d’ailleurs, notons-le rapidement au passage, elle avait été chaleureusement pro-israélienne de 1948 à 1970. Rappel du passé pour montrer quoi ? Ceci, qui est essentiel : que les sentiments changent autant que les situations. Qu’il n’y a pas de continuité dans l’exaspération, ni de tradition dans l’hostilité. Et que toutes les raisons que l’on donne à notre vieil antiaméricanisme volent en éclats dès que l’on veut bien se souvenir des moments de solidarité. L’épiderme est souvent plus sensible que la raison. Chauvinisme pas mort. Les Français ont été exaspérés de voir leur conduite dictée par les hyper-Yankees. Comme les Espagnols - je viens de l’entendre à Barcelone - ont été exaspérés d’être contraints à devenir les suiveurs des Français. Cette réaction de l’opinion publique espagnole est d’autant plus intéressante que son hostilité à l’égard des Etats-Unis est plus vive que toutes les autres. Bien plus vive que celle de l’opinion publique française ! Sondage : 92% des Espagnols sont antiaméricains sur l’Irak. Spectacle : on a eu l’impression que toute l’Espagne était dans la rue lors des manifestations contre la guerre.
III. Venons-en aux questions de fond. Sur l’après-guerre en Irak, les positions de George Bush et de Jacques Chirac sont cyniquement complémentaires. L’Américain ne veut pas céder à qui que ce soit, surtout pas à l’ONU et encore moins à la France, une parcelle d’autorité sur le commandement des forces armées à Bagdad. Le Français, lui, se contente de déclarer qu’il n’enverra jamais de troupes en Irak et qu’il souhaite que les Irakiens soient maîtres chez eux. Chacun s’accommode des positions de l’autre. Pour le reste, on veut réhabiliter l’image de l’ONU sans lui donner de pouvoir. Tout le monde est d’accord et personne n’a d’illusions. Le procès instruit contre l’antiaméricanisme des Français s’accompagne et se nourrit des sentiments anti-israéliens qu’on leur prête. Là encore, il faudrait que nos confrères américains et les services d’information de leur pays fussent attentifs à ce qui se passe dans le monde entier, dans toute l’Europe, et surtout sur les rivages de l’Europe méditerranéenne. Les journaux espagnols, italiens, portugais et grecs affirment avec une unanimité assez déconcertante des positions propalestiniennes qui parfois, hélas, n’excluent ni le Hamas ni le Djihad islamique.
IV. Sans doute n’assiste-t-on pas, dans tous ces pays, aux dérives antisémites de l’antisionisme. Aussi bien les diasporas juives y sont-elles peu nombreuses. Mais la France n’est pas, et de très loin à l’intérieur de l’Europe, par exemple, la plus zélée dans la sympathie pour les Palestiniens. Aux yeux des commentateurs américains, l’opposition simultanée à Sharon et à Bush traduit une hostilité à l’entité "américano-sioniste". Je ne dis pas que cette interprétation ne repose sur rien. Je dis qu’elle ne saurait excuser la faillite de la pacification américaine à Bagdad ni les déconvenues de la "feuille de route" à Jérusalem. J’observe que, dans la dénonciation de ces deux situations, les Français sont loin d’être les champions, même s’ils affirment avec plus de force que les autres leur indépendance à l’égard des Etats-Unis. Célébrée dans le tiers-monde et notamment, bien sûr, dans le monde arabe, l’attitude de la France lui vaut un surcroît de prestige, mais aussi un capital dont elle paraît ne pas très bien savoir que faire. Cet embarras est justifié. Car une dégradation accrue des rapports déjà très mauvais entre les Etats-Unis et la France poserait la douloureuse question de la survie même de l’Occident. Il se peut que les Etats-Unis ne se soient plus montrés dignes ou capables d’assurer l’unité d’une civilisation qui a donné ses lois à notre monde, en tout cas depuis quelques siècles. Mais comme on ne voit pas encore d’Europe unie capable de prendre leur relais, alors il ne reste plus qu’à espérer que le peuple américain se réveille et que prennent fin rapidement les grossières utopies interventionnistes imprudemment puisées dans la tradition de Theodore Roosevelt. Utopies qui, selon un diplomate américain, ont conduit George Bush et ses penseurs à "cesser d’être intelligents en devenant idéologues".     haut
 

Irak - Le chaos vainqueur par KO

 

par JEAN-LUC PORQUET, publié dans le Canard Enchaîné le 24 septembre 2003 

C'était il y a quelques mois, mais ça paraît tellement vieux, déjà : Bush avait promis qu'il amènerait la démocratie en Irak. Il avait même promis mieux : cette nouvelle démocratie irakienne serait si réussie, si rayonnante, qu'elle allait "servir d'exemple attrayant de liberté pour les autres pays de la région". Par une sorte de vertueuse contagion, l'ensemble du Moyen-Orient connaîtrait d'ici peu une vraie métamorphose politique : Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la défense, et ses amis néo-conservateurs, avaient réussi à persuader Bush qu'en Iran, en Egypte, au Maroc, en Jordanie, au Liban, au Koweit, les militants démocrates, ragaillardis par la réussite irakienne, se mettraient à défier les régimes autocratiques, et que ceux-ci tomberaient un à un. Une sorte de théorie des dominos inversée (Daniel Brumberg, "Moyen-Orient, l'enjeu démocratique", Editions Michalon). Mieux que du Walt Disney !
Aujourd'hui, on voit ce qu'il en est. Le chaos règne en Irak. Les troupes d'occupation américaines ont laissé saccager les villes, et perdu d'entrée de jeu la confiance des Irakiens. Tétanisés par la peur des attentats, elles se sont claquemurées dans les anciens palais de Saddam. Lorsqu'ils patrouillent, les GI's multiplient les humiliations et les bavures. La haine monte. Le banditisme se déchaîne : vols, pillages, braquages en plein jour, enlèvements. Les femmes sont les premières victimes du chaos : viols et "crimes d'honneur" sont courants. Les terroristes islamistes, trouvant ce pays à leur goût, s'y installent. C'est ça, la démocratie ? Oui, c'est ça, a affirmé la semaine dernière, lors de sa visite à Bagdad, Colin Powell. Il s'est félicité du "vent de liberté" qui souffle sur l'Irak : "J'ai vu la démocratie en action." On hallucine. Les Américains, imperturbables, croient encore en l'efficacité de leur propagande ? Pur délire.
Evidemment, on pourrait s'en laver les mains. Mais non. Impossible de se réjouir de la mort quotidienne de jeunes prolos américains déguisés en GI's. Impossible d'applaudir quand le chaos gagne. Car chaque avancée du chaos sert les extrémistes. Ceux-ci ont désormais beau jeu d'alimenter leur propagande, non seulement anti-américaine, mais antidémocratique. L'Irak leur sert aujourd'hui de contre-exemple idéal. La liberté ? C'est la pagaille. La démocratie ? Une imposture, le masque derrière lequel se dissimulent les appétits des mécréants occidentaux, l'instrument d'une nouvelle conquête coloniale. A bas la démocratie !
Que faire ? En appeler à l'ONU, comme Chirac ? Vous avez aimé Srebrenica, vous adorerez Bagdad... Rendre rapidement le pouvoir au Irakiens ? Avec l'armée américaine à demeure pour les vingt-cinq ans à venir ? Pour commencer, il faudrait essayer de leur dire, aux Irakiens, que la démocratie, normalement, c'est un peu mieux que ça...     haut
 

Europe-Israël, le désenchantement

 

par ALAIN FRACHON, publié dans le Monde du 27 septembre 2003 

Israël et l'union européenne (UE) vivent un dialogue désenchanté, peut-être une brouille. Si l'un et l'autre ont à peu près le même âge, la cinquantaine, leurs relations se distendent : l'étrangeté s'installe, quand ce n'est pas la méfiance ou l'hostilité. C'est un peu paradoxal au moment où l'élargissement à Malte et à Chypre, en 2004, portera l'Union à quelques encablures d'Israël et des territoires palestiniens. Le constat de cette relation difficile fut dressé sans faux-semblant lors du quatrième forum Europe-Israël, réuni à la mi-septembre en Italie, à Stresa, au bord du lac Majeur - décor d'opérette austro-hongroise pour se pencher sur l'état d'un couple qui va mal. Liés depuis 1995 par l'un des accords d'association que l'UE a conclus avec ses voisins méditerranéens, l'Etat hébreu et l'Europe connaissent des rapports compliqués, évoluant au gré du conflit israélo-palestinien : chaleureux au moment des accords d'Oslo, au début des années 1990, de plus en plus froids depuis leur échec.
Députée travailliste, ancien ambassadeur d'Israël au Portugal, Colette Avital relève "beaucoup plus de bas que de hauts" dans une relation politique qui, dit-elle, se dégrade alors même que les échanges économiques s'intensifient. L'UE est le premier partenaire commercial d'Israël. Le marché européen absorbe plus d'un tiers des exportations d'Israël, dont la moitié des importations viennent de l'Union. "L'héritage commun" entre juifs et européens a façonné ce que l'historien Elie Barnavi appelle une "histoire liée", dramatiquement : "l'Etat des juifs est là parce que l'Europe a rejeté les juifs" ; il s'est constitué comme une "branche de l'arbre européen", "sur des valeurs européennes", dit l'ancien ambassadeur d'Israël en France. Mais lui aussi observe l'éloignement actuel : "l'Europe de plus en plus laïque ne comprend pas le rôle des religieux chez nous ; l'Europe dominée par la société civile ne comprend pas la place du militaire chez nous ; l'Europe postcoloniale ne comprend pas l'occupation des terres palestiniennes." Barnavi est sans illusion : "Nous avons perdu des pans entiers de l'opinion européenne" au fil de négociations de paix avortées ; au fil d'un mouvement ininterrompu d'implantations en Cisjordanie et à Gaza. Il ajoute : "Nous sommes de moins en moins européens."
Politique de pressions
Et si, dans l'Europe d'aujourd'hui, il y a un regain d'intérêt pour tout ce qui touche au monde juif, ce serait une manière de compenser la "prise de distance grandissante" à l'endroit d'Israël. C'est du moins ce qu'avance Lord Weidenfeld, vice-président de ce forum lancé il y a quatre ans à l'initiative de Bruxelles. Certains Israéliens ne sont pas loin de penser que le Parlement européen est l'une des enceintes internationales les plus hostiles à leur pays. Ils ne comprennent pas une politique de pressions qui leur paraît unilatéralement dirigée contre Israël. Ils attendent que les mêmes parlementaires soient aussi sévères à l'adresse de l'Autorité palestinienne (quand elle distribue, sur fonds européens, des ouvrages scolaires appelant à la haine des juifs) ou à l'endroit du monde arabe (dont la presse banalise l'antisémitisme à longueur de colonnes). Les efforts tentés depuis huit ans pour forger une esquisse d'identité euro-méditerranéenne n'ont pas abouti. Ils étaient censés faciliter un rapprochement israélo-arabe. Politiquement, ils ne pèsent rien ou pas grand-chose face au partenariat israélo-américain. Depuis la fin des années 1960, c'est l'alliance avec les Etats-Unis qu'Israël a favorisée. A la fois parce que se sont estompées les relations privilégiées qu'il entretenait avec certains pays du Vieux Continent et parce que l'Europe politique n'en était pas même aux balbutiements. Ce n'est pas seulement affaire de rapprochement stratégique. Nombre d'Américains et d'Israéliens se reconnaissent dans une communauté de valeurs : place accordée à la religion dans la société ; culte de l'idéal pionnier ; libéralisme économique, etc.
La droite israélienne s'en félicite. Elle sait que l'Amérique est, pour l'heure, le seul partenaire à disposer, auprès des Arabes comme des Israéliens, de la crédibilité suffisante pour exercer le rôle de médiateur. Dans l'opinion israélienne, elle joue de l'effet de répulsion produit par le ton de procureur que peuvent avoir les Européens. Elle cantonnerait volontiers l'Europe dans un rôle d'assistance économique régionale. La gauche israélienne est moins enthousiaste. Historien et éditorialiste au quotidien Haaretz, Tom Segev observe : "Israël appartient au monde américain, qui nous a apporté beaucoup de bonnes choses, de la démocratie au pluriculturalisme, lesquelles devraient nous rapprocher des Européens. Le problème est que les Etats-Unis nous laissent aussi faire des choses qui nous éloignent des Européens, comme la violation des droits des Palestiniens." Or Israël ne peut ignorer l'Europe : "Notre Hinterland immédiat, c'est l'Europe ; ne pas voir cette réalité, ce serait insulter l'avenir", juge Elie Barnavi. Le conflit israélo-palestinien n'est pas une priorité pour les Etats-Unis - ou alors on peut imaginer qu'il ne serait pas dans l'état d'exacerbation actuel ; il est l'un des éléments de leur dossier Moyen-Orient, et à l'évidence pas celui qui les mobilise le plus. C'est particulièrement vrai d'une administration Bush qui juge que la montée de l'antiaméricanisme et de l'islamisme dans la région a peu à voir avec l'état du conflit israélo-palestinien.
L'Europe ne peut se permettre cette sorte de désinvolture. L'affrontement israélo-palestinien est pour elle un conflit de proximité, explique le Français Alexandre Defay, du Centre de géostratégie de l'Ecole normale supérieure : "L'UE a besoin d'une Méditerranée orientale apaisée." C'est pour elle un besoin stratégique, mais aussi domestique, du fait de l'importance de ses communautés musulmanes. "L'Union n'a pas le choix ; elle paiera chez elle le prix de l'échec du processus de paix", poursuit Defay. Configuration dramatique : le principal acteur, les Etats-Unis, est occupé ailleurs ; celui qui devrait être son suppléant, l'Europe, n'a pas tous les moyens du rôle. Avec courage, l'Espagnol Miguel Angel Moratinos a imposé auprès des protagonistes la permanence d'un médiateur européen, mission aujourd'hui dévolue au Belge Marc Otte. Cette mission ne se pose pas seulement en termes de capacités. Elle est aussi, juge Théo Klein, l'ancien président du CRIF, affaire de devoir : c'est sa propre histoire qui, à bien des titres, crée à l'Europe une obligation d'intervention dans le conflit israélo-palestinien.     haut
 
Syria Accountability Act : spéculations à Beyrouth sur les visées américaines
 
par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 24 septembre 2003 

Par à-coups, l’Amérique relance le Syria Accountability Act. L’objectif semble être d’accentuer la pression sur la Syrie, pour qu’elle satisfasse aux demandes US connues. Mais en tirant de la sorte sur la corde, Washington peut également vouloir donner à la voie diplomatique une nouvelle chance. Peut-être la dernière, avant de passer aux sanctions économiques. Un diplomate libanais pense que si la Syrie continue à refuser le genre de coopération exigé par les USA, surtout en ce qui concerne la situation en Irak, le Congrès finira par voter le Syria Accountability Act. Mais, bien évidemment, l’Administration Bush resterait maîtresse de l’exécution, ou non, des dispositions de cette loi. Qu’elle laisserait sans doute suspendue, comme une épée de Damoclès, au-dessus de la tête du vis-à-vis syrien. Afin qu’il soit contraint de reprendre les négociations en position de faiblesse. La Syrie devrait alors fournir des réponses aux assertions de John Bolton. Ce secrétaire d’Etat adjoint (à la Limitation des armements et à la Sécurité internationale) a en effet soutenu devant le Congrès que la Syrie laisse filtrer en Irak un afflux d’équipements militaires et de volontaires multinationaux qui vont combattre les troupes US. Ce cadre a précisé que l’Administration Bush, en cas de vote du Syria Accountability Act, laissera quand même à la Syrie un délai de grâce avant de passer à l’exécution.
Au stade actuel, c’est un oui mais (en réalité, un mais plus marqué que le oui), qu’exprime la Syrie, par la bouche de Farouk el-Chareh, aux demandes US. Le ministre souligne en effet que la réponse serait positive par rapport à des exigences "réalistes et admissibles". Il ajoute que la Syrie est prête au dialogue. En face, Colin Powell a récemment haussé le ton. Visitant le Koweït, il a déclaré que son pays attend plus de coopération syrienne. Le secrétaire d’Etat a indiqué que si Damas veut vraiment entretenir de bonnes relations avec Washington, il lui faut tout d’abord fermer hermétiquement sa frontière devant les éléments qui la traversent pour provoquer des troubles en Irak. Powell a encore indiqué que les Syriens doivent fournir les documents comptables concernant les dépôts effectués par les saddamiens dans les banques syriennes. Il a conclu par une menace à peine voilée. En rappelant qu’il avait signifié au chef de l’Etat syrien la vive inquiétude du Congrès par rapport à la ligne syrienne, le Capitole devant voter le Syria Accountability Act si la Syrie ne coopérait pas davantage. Donc à ce défi, Chareh a répondu sur un ton calme, mesuré. Diplomatique. Par contre, Abdel-Halim Khaddam, connu pour son franc-parler, a tenu un langage nettement plus dur. En déclarant que "la Syrie subit des pressions depuis son indépendance. Ce n’est pas cela qui la fera dévier de sa ligne politique. Ces pressions ne servent à rien."
Il reste qu’en pratique, rappelle la même source libanaise, les décisions du Congrès en matière de politique étrangère ne sont pas contraignantes. Ainsi, le Congrès avait voté le transfert de l’ambassade US en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Résolution restée lettre morte, parce que dans ce domaine le dernier mot revient toujours à la Maison-Blanche. C’est le même cas de figure pour le Syria Accountability Act. En cas de vote, on peut gager qu’il y aurait d’abord un regain de tractations diplomatiques. Il n’est pas exclu, d’ailleurs, que cela soit déjà en train et que le texte soumis au Congrès soit encore une fois reporté. Mais un diplomate occidental en poste à Beyrouth développe un tout autre canevas. A son avis, les USA souhaitent ne pas avoir à se servir de la Syrie. Donc, à ne plus avoir besoin de faire pression sur elle. Comment ? En réglant