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PRESSE  RJLIBAN  N°95 - sélection de l'été 2003 (1)  

                                       

 
Beyrouth espère que Washington finira par souscrire aux vues de Chirac
 
paru dans l'Orient-le Jour le 1er septembre 2003

Le Liban a constaté avec satisfaction que le président français Jacques Chirac ne l’a pas oublié, pas plus que la Syrie, dans son approche du processus de paix au Proche-Orient, lors de son discours vendredi dernier à Paris devant la traditionnelle conférence des ambassadeurs de France, qui réunit une fois l’an tous les chefs de mission à l’étranger. M. Chirac a profité de cette occasion pour réitérer la position française favorable à une inclusion des volets libanais et syrien, en équilibre avec le volet palestinien, dans la "feuille de route" destinée à conduire à la paix dans la région. Certes, ont souligné des responsables cités par notre correspondant Khalil Fleyhane, cette position n’est pas nouvelle et le président français va encore la réaffirmer lors de sa participation à l’Assemblée générale des Nations unies, qui doit s’ouvrir le 16 septembre à New York. Il n’en reste pas moins, ajoute-t-on de mêmes sources, que le Liban apprécie cette attitude de la France, dont le message s’adresse en premier lieu aux Etats-Unis, pour lesquels le dossier palestinien demeure prioritaire. Beyrouth espère que le président américain George W. Bush et les autres parties prenantes du quartette international (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Onu), qui ont mis au point la "feuille de route", finiront par entendre l’appel de M. Chirac, qui se fonde sur le principe selon lequel pour qu’une paix au Proche-Orient soit durable, il faut qu’elle soit globale.
La paix demeure hors de portée, affirme le patriarche Sfeir

"La paix demeurera hors de portée tant que l’ambition et la haine régiront le comportement des hommes, comme en témoignent les événements qui se déroulent en Terre sainte et en Irak", a affirmé le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, s’adressant aux fidèles venus participer à l’office divin à la résidence patriarcale d’été de Dimane. Sur le plan local, a-t-il ajouté, "ce qui se passe est réellement honteux. Tous les pays civilisés ont dépassé les problèmes auxquels nous nous trouvons confrontés, comme les exigences de la vie de tous les jours, l’électricité, l’eau, le traitement des déchets, la pollution, l’écoulement de nos fruits condamnés à pourrir faute de débouchés, le chômage, le dossier du mazout et des chauffeurs. Notre société ne peut surmonter tous ces problèmes sans l’assistance des autorités".   
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Les manœuvres tactiques détournent le Liban politique de ses objectifs primordiaux
 
par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 28 août 2003 

Des démarches multiples ont été effectuées auprès d’un pôle vétéran du cru, un vrai mentor unanimement respecté, pour le porter à rejoindre les rangs de tel ou tel bloc. Afin d’en promouvoir la crédibilité, l’audience et l’influence au niveau de l’opinion. Mais l’intéressé a rejeté toutes ces avances. En faisant valoir l’argumentation suivante : D’abord, les efforts, plus ou moins sincères, déployés en vue d’un changement répondant aux aspirations des Libanais, sont parfaitement inutiles, dans la situation déliquescente imposée à ce pays depuis plus de dix ans. Pour bouger, il faut avoir la liberté de ses mouvements. C’est-à-dire que la condition préliminaire sine qua non est que le Liban doit recouvrer son autonomie, redevenir seul maître de ses destinées. Or, dans la pratique, c’est impossible pour le moment. Car les leaders sont divisés et ne font que courir après des intérêts particuliers. De la sorte, le pouvoir est gardé sous tutelle. Ce dont certaines parties se réjouissent du reste, car elles en tirent profit. Tandis que d’autres se disent convaincues que le Liban n’est plus apte à se gouverner lui-même, s’étant trop habitué aux immixtions dans ses affaires intérieures, grandes ou petites. Il subsiste certes une minorité qui souhaite corriger ces aberrations. Mais pour le moment, elle ne semble pas en mesure de le faire. Et le changement n’est pas pour demain.
D’autant que le pari sur les USA a l’air de s’estomper. Cette grande puissance avait annoncé, par la bouche de ses dirigeants, son intention d’initier un remodelage de la région, en direction de la démocratisation. Mais les Américains se sont retrouvés embourbés dans le marais irakien. A Bagdad, pris pour cible puis voulu comme premier modèle, ce n’est pas la démocratie qui est aujourd’hui en marche, mais bien l’anarchie. Circonstance aggravante : la "feuille de route" établie pour le conflit israélo-palestinien est de nouveau bloquée. Balayée par un cycle de violence qui semble irrépressible. Or, dans quelques mois, l’Administration Bush va devoir dételer, pour s’occuper de la campagne électorale en vue de la prochaine présidentielle US. Et elle aura besoin des voix israélites. Elle ne pourra plus réfréner un Sharon qui, déjà, se déchaîne. Les implantations de colonies juives vont sans doute reprendre, et la construction du mur de la honte, qui scie les reins du virtuel Etat palestinien, se poursuivre. Pour qu’un Bush éventuellement réélu se retrouve devant un nouveau fait accompli, qui l’obligerait à réviser ses plans. Et si son concurrent devait l’emporter, il aurait besoin de plusieurs mois pour élaborer une politique spécifique. Ce qui permettrait à l’Etat hébreu de gagner un temps précieux.
Selon le pôle cité, ce panorama peu encourageant amène le constat suivant : le Liban est le dernier souci, aujourd’hui, des States. Il ne représente pour eux qu’une carte de pression sur la Syrie. Loin de toute démarche sérieuse pour redonner son indépendance à ce pays. Qui, d’ailleurs, pourrait payer le prix autant d’une entente entre les USA et la Syrie que d’un désaccord entre eux. Prié de dire si les Etats-Unis vont jouer un rôle dans la présidentielle libanaise, cette personnalité répond en substance : "Qu’importe… Qu’ils interviennent ou non, que le président Lahoud reste ou qu’un autre le remplace, le résultat serait le même. A savoir que nous ne sommes pas près de sortir de l’auberge, de larguer le carcan qui nous étouffe. Notre devenir reste tributaire de ce que l’on appelle les considérations régionales et internationales. En d’autres termes, il resterait sous tutelle. Un nouveau chef de l’Etat ne serait pas meilleur, dans de telles conditions, que l’actuel. Quant à l’avènement d’un homme capable de modifier les donnes de base, s’il s’en trouve un, il est naturellement interdit. D’ailleurs, on voit mal ce que quiconque pourrait faire de positif, à l’ombre de la domination qui nous est infligée."
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Tombeau de mes amis assassinés
 
par BERNARD KOUCHNER, publié dans le Monde du 23 août 2003
L'auteur est ancien haut représentant des Nations unies au Kosovo, cofondateur de Médecins sans frontières, fondateur de Médecins du monde, ancien ministre français délégué à la santé
Ils étaient de toutes les vraies batailles, celles qui nous honorent parce qu'elles ont pour enjeu la paix, la justice, la démocratie, la protection des faibles. Ils s'appelaient Sergio Vieira de Mello, Nadia Younès, Jean-Sélim Kanaan, Fiona Watson et bien d'autres. Ensemble, au Kosovo et ailleurs, nous avions partagé des fraternités, des espoirs, des promesses que la barbarie a saccagés. Ils sont morts à Bagdad, assassinés, pour ce qui nous fait vivre : agir sur le terrain, sans relâche, pour que le monde soit moins stupide et moins sanglant. Ils sont morts comme ils avaient vécu, avec courage, avec talent, avec lucidité aussi, au service d'une communauté internationale oublieuse, versatile et ingrate. Au-delà de leur tâche, délimitée par un mandat étriqué du Conseil de sécurité de l'ONU, facilement critiquée dans nos pays encore paisibles : à la marge du commandement anglo-américain, ils tentaient d'établir un dialogue, d'amorcer les réconciliations, d'empêcher tout fanatisme. Leurs corps ont été dégagés tant bien que mal des décombres du siège à peine gardé de la mission de l'ONU. Avec eux ont péri ou ont été blessés des dizaines d'Irakiens. Pas un soldat américain. Après avoir attaqué l'ambassade de Jordanie, pays d'islam modéré, les terroristes ont pris pour cible le symbole de neutralité et de paix que sont les Nations unies.
Sergio n'était pas seulement le beau et courageux diplomate brésilien qui passait d'une guerre à l'autre, d'une mission impossible à un poste plus exposé encore. J'en témoigne depuis plus de trente ans qu'il était mon ami : il était un homme politique engagé à gauche, un militant des droits de l'homme, un juste. De l'Amérique latine à l'Afrique, des Balkans au Timor-Oriental, il avait marqué de son élégance et de son charme, de son obstination aussi et de sa fidélité amicale à Kofi Annan une nouvelle forme de diplomatie de l'ingérence que je considère comme la véritable globalisation des espérances.
Nadia était ma princesse égyptienne. Après une brillante carrière au siège et à Rome, elle régnait sur l'information et le protocole des Nations unies. Puis elle avait préféré le terrain et, pendant deux ans, elle avait rejoint notre mission du Kosovo, faisant preuve d'une efficacité et d'un sens politique remarquables, accueillant sur son cœur toutes les peines, tous les doutes, toutes les craintes qui nous étreignaient et les chassant de son rire rauque, de sa tendresse de Méditerranéenne. Brièvement elle passa par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), avant de gagner l'Irak. Le secrétaire général venait de la rappeler à ses côtés à New York, la nommant secrétaire adjointe des Nations unies.
Jean-Sélim Kanaan, (de père égyptien et de mère française), je le considérais comme un fils. Un vrai jeune homme du monde, trois nationalités, un seul dévouement. Un mélange de juvénilité et de grandeur. Parlement européen, Harvard, Bosnie, Kosovo : volontaire partout et dans les pires endroits, il avait raconté ses déceptions et ses espoirs dans un livre récent (Ma guerre contre l'indifférence, Robert Laffont, 2002). Il venait d'épouser Laura, elle aussi une téméraire du Kosovo, qui avait administré seule une des municipalités les plus difficiles et les plus dangereuses. Leur fils, Mati-Sélim, a tout juste trois semaines. Il faudra beaucoup lui dire, à ce garçon, combien son père était gentil et brave.
Fiona Watson, Ecossaise, brillante politologue, s'était engagée à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour organiser les premières élections libres au Kosovo. Elle y devint ma conseillère politique avant de rejoindre à New York le bureau des missions de paix et de se porter volontaire pour Bagdad.
Qui a tué nos amis ? Des enquêteurs patentés chercheront. Peut-être ne trouveront-ils pas la signature précise de cette attaque avant que d'autres bombes, d'autres voitures piégées, des attentats-suicides semblables n'étendent leurs ravages. Nous savons déjà que les responsables, qu'ils viennent d'Al-Qaida, d'Al-Ansar, des héritiers de Saddam, fondent les nationalités et les idéologies dans une même haine. Intolérance, fanatisme et extrémisme religieux se conjuguent et tirent profit des graves erreurs d'appréciation et de l'impréparation des conseillers de M. Bush. Les missions de paix ne s'improvisent pas : elles ont leur pédagogie, et leurs apprentissages. Qui a tué nos amis ? L'intolérance, et le goût inaltérable de la dictature. Que visent-ils, ces fanatiques ? Qui viseront-ils désormais ? La succession des crimes porte la marque de fabrique des intolérants pathologiques. Certains ont-ils naïvement pensé que les meurtres ne viseraient que des Américains ? A l'ambassade de Jordanie, on a assassiné les tenants d'un islam de raison, respectable et respecté. A l'ONU, nos amis morts Sergio, Nadia, Jean-Sélim, Fiona, représentaient une communauté de pensée rebutée par le simplisme violent d'une partie de l'administration américaine. Ils voulaient donner aux Irakiens les clés de leur maison devenue démocratique.
Quant à nous, comme trop souvent drapés dans nos certitudes, ne nous croyons pas protégés contre la barbarie. La tiédeur des Européens à maintenir leurs alliances avec les Américains et les Britanniques ne les protège pas. Ceux qui le pensent commettent une redoutable erreur d'analyse. Bientôt, les Américains ne seront plus les seules cibles des fanatiques, mais tous les Occidentaux, tous les démocrates, tous les croyants trop modérés, et d'abord les femmes. Tous ceux-là qui seront visés réagiront-ils avant qu'il ne soit trop tard ? J'ai conscience, en écrivant cela, que tous les gens raisonnables, tous les hommes et les femmes de religion, de foi et de tendresse savent que je n'attaque pas leur croyance. Mais le fanatisme s'en chargera. A Bagdad, c'est la communauté internationale que l'on a voulu assassiner. Que peut-on faire maintenant ? Continuer à tout prix la lourde tâche à laquelle nos amis s'étaient attelés. S'obstiner à arrêter les assassins, à désarmer les affidés du dictateur Saddam Hussein dont on ne sait plus s'il a seulement tué 500.000 ou près de 4 millions d'Irakiens comme cela se dit à Bagdad.
Nous devons poursuivre la trace de nos valeureux amis, et donner par des élections le pouvoir aux Irakiens. A cette fin, il est urgent d'élargir le mandat des Nations unies en leur donnant la mission et les moyens de reconstruction et de démocratisation de l'Irak. Si une résolution précise est enfin votée, alors un mandat clair sera fourni à la communauté internationale qu'il nous conviendra de remplir en coordination avec le Conseil provisoire irakien. Avec des soldats pour les tâches militaires, des policiers pour l'indispensable sécurité et la tranquillité des familles, des techniciens pour rétablir l'électricité, la distribution d'essence, l'essentiel de la vie quotidienne, des volontaires civils pour la mise en place des partis politiques et la préparation des élections... La France, compte tenu de ses positions antérieures, se montrerait bien inspirée en prenant l'initiative de cet indispensable élan collectif. Nos ennemis ne sont pas les Américains, mais bien le terrorisme. Encore faut-il que les Américains comprennent que c'est aussi leur intérêt. Sinon, nous dirons bientôt que Beyrouth n'était rien à côté de Bagdad. Adieu Sergio, Nadia, Fiona, Jean-Sélim et les autres, qui nous représentiez si bien. Vous êtes tombés au champ de bataille en soldats de la paix. Un morceau de mon cœur repose à vos côtés. Un lambeau des dernières innocences humanitaires, un peu de l'espoir de l'humanisme vont être portés en terre avec vous.    haut
 
La France veut confier un rôle central à l'ONU en Irak
Les Nations unies bridées par Washington
 
paru dans le Figaro le 8 août 2003
Malgré les difficultés, relatives, auxquelles ils se heurtent en Irak, les Etats-Unis ne manifestent toujours aucune disposition à impliquer l'ONU dans la gestion politique de l'après-guerre. Pour l'instant, les pays de la coalition, c'est-à-dire essentiellement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dirigent les affaires de l'Etat irakien. Ils ne sont pas prêts à partager le pouvoir avec les pays du "camp de la paix", comme la France et l'Allemagne, qu'ils accusent de les avoir trahis lors de la préparation de la guerre l'hiver dernier. Et ce, même si Paris et Berlin disposent justement du type de forces dont les Etats-Unis auraient besoin pour pacifier l'Irak. La Grande-Bretagne, gênée par l'absence de découverte d'armes de destruction massive depuis la fin de la guerre, envisage ouvertement une nouvelle résolution de l'ONU. A Washington même, des sénateurs et représentants influents se sont prononcés pour que les Etats-Unis tendent la main à leurs alliés traditionnels européens, par le truchement de l'Otan. Mais dans les hautes sphères de l'administration de George W. Bush, on est d'avis que les Etats-Unis doivent garder les mains libres. Un porte-parole de la Maison-Blanche a réaffirmé la semaine dernière que les résolutions existantes de l'ONU fournissaient un cadre suffisant pour la participation d'autres pays aux tâches de reconstruction et de stabilisation en Irak.
La France, comme l'Allemagne, insiste pour que l'ONU se voie confier un rôle central en Irak. Du point de vue de Paris et de Berlin, seule l'ONU peut légitimer un nouveau gouvernement à Bagdad, restaurer la souveraineté de l'Irak et superviser de façon indépendante la reconstruction du pays et la relance de l'exploitation pétrolière. La résolution 1483 du Conseil de sécurité, adoptée le 22 mai, qui reconnaît les pouvoirs de puissances occupantes et concède un rôle marginal à l'ONU, est jugée insuffisante. Des pays directement sollicités par les Etats-Unis pour leur prêter main-forte en Irak, comme l'Inde et le Pakistan, ont aussi réclamé une couverture onusienne avant de satisfaire la requête américaine. Les pays arabes ont adopté la même position. La Turquie, en revanche, ne semble pas en faire une condition sine qua non d'une éventuelle participation de ses troupes sur le terrain. La Russie, elle, a demandé hier l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité pour légitimer la nouvelle direction irakienne. Mais, lors d'une conférence de presse, le secrétaire d'Etat adjoint américain Williams Burns, en visite le même jour à Moscou, n'a laissé entrevoir aucun engagement sur la question. Le Conseil de sécurité doit évoquer le dossier le 21 août. Un mois plus tard, George W. Bush, Jacques Chirac et Gerhard Schröder sont attendus à New York pour l'ouverture de l'assemblée générale de l'ONU. La position qu'adopteront alors les Etats-Unis dépendra en grande partie de l'évolution de la situation sur le terrain.
Les Américains reconnaissent avoir utilisé du napalm
Les troupes américaines ont utilisé des bombes au napalm pendant la guerre en Irak, a reconnu hier un responsable du Pentagone. Des appareils américains ont largué des bombes de type MK 77, en mars, dans la région de Safwan, à la frontière avec le Koweït, pour permettre l'avancée des forces américaines vers Bagdad, a précisé un responsable du département de la Défense sous couvert d'anonymat. "C'est comme ça. Il y a un ennemi difficile à déloger, et cela sauvera vos propres vies si vous utilisez (ce type de bombe). Il n'y a pas de violation internationale pour cela", a affirmé ce responsable. En outre, dans son édition d'hier, le San Diego Tribune rapporte le témoignage du colonel Randolph Alles, commandant d'une unité de marines, qui explique comment son unité a "napalmé" deux ponts. "Malheureusement, se souvient-il, il y avait des gens car nous pouvions les voir dans la vidéo."    haut
 
La "gaffe" de l'ambassadeur de France en Israël
Selon le quotidien "Yediot Aharonot", Gérard Araud aurait traité Ariel Sharon de "voyou"
 
par PIERRE PRIER, publié dans le Figaro le 1er septembre 2003
Le poste d'ambassadeur de France en Israël n'a jamais été une sinécure. Le prochain représentant de Paris à Tel-Aviv, Gérard Araud, a pu s'en apercevoir avant même son arrivée sur le sol israélien, prévue pour octobre. Dans un article détonant du Yediot Aharonot, le plus grand tirage de la presse israélienne, le correspondant à Paris de ce quotidien, Boaz Bismuth, rapporte que Gérard Araud a traité le premier ministre Ariel Sharon de "voyou" et Israël de "pays paranoïaque". A travers le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, l'ambassadeur Araud a hier "démenti de la façon la plus formelle l'ensemble des propos qui lui ont été prêtés sur l'Etat d'Israël et son premier ministre". Le journaliste israélien raconte qu'il a surpris une conversation entre Gérard Araud et deux autres diplomates au cours d'une réception au Quai d'Orsay. Boaz Bismuth écrit avoir entendu le futur ambassadeur de France à Tel-Aviv "faire référence de façon répétée au premier ministre comme un voyou" et parler d'Israël comme d'un "pays paranoïaque". Le journaliste raconte qu'il a attendu la fin de la conversation pour se présenter au diplomate, qui aurait réagi en demandant : "Vous n'avez pas l'intention de publier cela..."
Le journaliste reconnaît avoir enfreint tous les usages. "Il y a des règles dans le monde diplomatique. Des déclarations faites au cours de telles occasions ne franchissent pas les murs des salles de réception", écrit-il. Mais Boaz Bismuth affirme avoir refusé de s'endormir sur son verre, "ces propos tenus par le futur représentant en Israël d'un des pays européens les plus importants étant suffisamment graves pour justifier un manquement à ces règles non écrites". L'incident en rappelle un autre, qui avait impliqué l'ambassadeur de France à Londres, Daniel Bernard. En décembre dernier, la journaliste britannique Barbara Amiel avait accusé M. Bernard d'avoir qualifié Israël de "petit pays de merde", au cours d'un dîner où il était l'invité du mari de Mme Amiel, Conrad Black, propriétaire du Daily Telegraph britannique et du quotidien israélien de langue anglaise Jerusalem Post. Ce dernier journal, politiquement à droite, publie régulièrement des articles antifrançais d'un niveau de pensée et d'expression assez rustique. A l'époque, les deux pays étaient convenus d'éviter l'incident diplomatique.
En Israël même, le prédécesseur de Gérard Araud, l'ambassadeur Jacques Huntzinger, s'était vu officiellement critiqué pour avoir estimé, au lendemain du 11 septembre 2001, que le terrorisme palestinien et celui de Ben Laden comportaient des différences, ce qui contredisait la ligne officielle israélienne. Ces accrochages se sont déroulés sur fond d'accusations graves. Ariel Sharon et son gouvernement ont plusieurs fois encouragé les Juifs français à immigrer, pour échapper à la "vague d'antisémitisme" qu'ils disent observer en France. Paris estime que ces déclarations visent sa politique étrangère, considérée par Israël comme "pro-arabe". Jacques Chirac avait dénoncé "une campagne antifrançaise visant à présenter la France comme un pays antisémite". Mais depuis quelques mois, les deux pays avaient paru vouloir faire des efforts pour améliorer leurs relations.    haut
 
Les députés belges abrogent la loi de compétence universelle
Une fois le nouveau dispositif en vigueur, des poursuites ne seront possibles que lorsque l'affaire aura un "lien de rattachement" avec la Belgique
 
publié dans le Monde du 31 juillet 2003
Les députés belges ont adopté mardi soir 29 juillet un projet de loi sur les violations graves du droit international humanitaire, qui remplace celle dite de "compétence universelle". Le texte, qui devrait passer devant le Sénat avant la fin de la semaine, a été adopté en séance plénière à une large majorité par 89 voix pour, 3 contre et 34 abstentions, selon l'agence locale Belga. Il abroge de facto la loi de 1993 sur la "compétence universelle" et réduit très nettement la possibilité qui avait été donnée depuis aux tribunaux belges de poursuivre des crimes contre l'humanité, quels que soient le lieu où ils avaient été commis et la nationalité de leurs auteurs et victimes. Une fois le nouveau dispositif en vigueur, des poursuites ne seront possibles que lorsque l'affaire aura un "lien de rattachement" avec la Belgique. L'auteur présumé d'un crime contre l'humanité devra ainsi être Belge ou résider habituellement en Belgique pour qu'une plainte avec constitution de partie civile puisse être déposée contre lui.
Dans le cas contraire, seules des victimes belges, ou habitant en Belgique depuis au moins trois ans au moment des faits, auraient le droit de déposer plainte. La justice devra, en outre, respecter les règles d'immunité en conformité avec le droit international. Une plainte contre un étranger ne se traduira plus automatiquement par la nomination d'un magistrat instructeur. De plus, les plaignants ne pourront plus faire appel de la décision du parquet. La Belgique avait déjà pris des mesures visant à "adoucir" sa loi controversée. Il avait ainsi été décidé de transférer les dossiers aux autorités judiciaires du pays d'origine de l'accusé s'il s'agissait d'un pays démocratique capable de traiter l'affaire de manière équitable. Ce fut par exemple le cas avec des plaintes déposées contre George Bush et Tony Blair à propos de la guerre en Irak.
Plaintes contre des chefs d'Etat
La décision d'abroger la loi avait été prise le 12 juillet dès la formation du nouveau gouvernement de coalition associant les libéraux du premier ministre, Guy Verhofstadt, et du chef de la diplomatie belge, Louis Michel, aux socialistes. C'est au nom de la loi de compétence universelle que des plaintes avaient été déposées à Bruxelles contre plusieurs dirigeants étrangers, dont le président américain, George W. Bush, et le premier ministre israélien, Ariel Sharon. Les Etats-Unis avaient exercé d'intenses pressions pour obtenir l'abrogation du texte, faisant planer la menace d'un déménagement du siège de l'OTAN, situé depuis 1967 dans la capitale belge. Israël avait de son côté temporairement rappelé son ambassadeur à Bruxelles au printemps dernier, pour protester contre les poursuites visant M. Sharon pour son rôle présumé dans les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila en 1982 au Liban, alors qu'il était ministre de la défense de l'Etat hébreu. L'affaire concernant Ariel Sharon a finalement été suspendue, la justice ayant mis en avant l'immunité du chef du gouvernement israélien inhérente à ses fonctions.
La loi sur la compétence universelle avait été utilisée la première fois en 2001 pour inculper deux religieuses accusées d'avoir participé au génocide rwandais. De nombreuses autres plaintes avaient ensuite été déposées. La décision d'abroger la loi avait suscité ces dernières semaines de vives critiques de la part d'organisations de défense des droits de l'homme comme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International. "L'abrogation de la loi de 1993 relative à la répression des violations graves du droit international humanitaire est une gifle pour les victimes des crimes de génocide, de guerre ou contre l'humanité, et pour les citoyens du monde entier", avait déclaré Philippe Hensmans, directeur de la branche belge de l'organisation de défense des droits humains. En début de semaine dernière, Guy Verhostadt avait pour sa part défendu sa proposition devant le Parlement, estimant qu'elle était basée "sur la législation appliquée" dans les pays voisins.    haut
 

Décès d’un détenu libanais en Syrie

paru dans l'Orient-le Jour le 30 juin 2003 

Joseph Emile Houeiss, l’un des 200 Libanais prisonniers ou présumés disparus en Syrie, est décédé il y a près d’une dizaine de jours à la prison centrale de Damas et sa dépouille a été rapatriée mercredi 25 juin en secret, a affirmé hier l’association Solide (Soutien aux Libanais en détention ou en exil). Plusieurs associations de défense des droits de l’homme, parmi lesquelles Solide, Solida (Soutien aux Libanais détenus arbitrairement), la Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire (FDHDH) et Nouveaux droits de l’homme (NDH), avaient présenté les preuves, au cours des dernières années, de la présence de Houeiss en Syrie. Le procureur général près la Cour de cassation, Adnane Addoum, avait affirmé dans une conférence de presse en 2000 que Joseph Houeiss était un détenu de droit commun et avait commis son délit en Syrie.
Joseph Houeiss avait été arrêté en juin 1992 par l’armée syrienne à Dhour Choueir (dans la montagne libanaise du Metn), à la suite d’une collision entre sa voiture et une jeep militaire de l’armée syrienne, selon Solide. Accusé par le tribunal militaire syrien d’avoir heurté intentionnellement le véhicule de l’armée, il avait été condamné à la prison. Mais les ONG des droits de l’homme avaient réussi à obtenir des rapports médicaux selon lesquels Houeiss souffrait d’épilepsie, et tout permettait de croire, selon eux, qu’il ait été en proie à une crise d’épilepsie lorsque sa voiture a percuté la jeep de l’armée syrienne en 1992. "Six jours après sa mort, son corps a été rapatrié vers un hôpital de Zahlé. Il a ensuite été inhumé à la sauvette dans son village natal", a poursuivi l’ONG. Une cérémonie a été organisée hier pour l’inhumation du corps, "mais il a été demandé aux parents de ne pas ouvrir le cercueil", selon Ghazi Aad, porte-parole de Solide. "Sa mère était en visite chez lui il y a deux semaines, et il se portait très bien. Les causes du décès sont toujours inconnues. La version officielle est qu’il est mort d’une crise cardiaque", a-t-il ajouté.
Dans une conférence conjointe le 11 juin au siège de la FDHDH, les associations Solide et Solida s’étaient dit préoccupées par le sort de Joseph Houeiss et des autres personnes présumées détenues en Syrie et dont le sort reste toujours inconnu. "Tous les rapports que nous possédons prouvent que les détenus vivent dans des conditions difficiles et dangereuses. Nous avons bien peur que les gouvernements syrien et libanais ne considèrent la mort (des prisonniers) comme la seule solution pour en finir avec le dossier", a indiqué Solide.
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Effets positifs du démarchage de Battle auprès des Libanais d’Amérique
Trois cents investisseurs potentiels attendus en septembre au Liban
 
par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans l'Orient-le Jour le 9 juillet 2003

Quand l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban Vincent Battle sera transféré, il aura certainement droit, comme le veut le protocole, à la rosette de l’Ordre du Cèdre. En réalité, c’est l’Ordre du Mérite (libanais) qu’il mériterait. Parce que sa récente tournée des colonies libanaises installées aux States, transformée en démarchage apologétique au profit de l’économie, de l’épanouissement du Liban, est un franc succès. Délégué autoproclamé des intérêts du pays où il est en poste, meilleur représentant à ce jour de feu le ministère des Emigrés, le diplomate a marqué des points importants. Il a persuadé beaucoup de nantis de renoncer à tout vendre au Liban pour couper le cordon ombilical, comme ils l’envisageaient. Et il a incité quelque 300 hommes d’affaires américains, libanais, arabes ou américains d’origine libano-arabe, à venir en septembre à Beyrouth prospecter le marché. Des investissements en puissance : même Hariri n’a pas obtenu un score aussi bon lors de son voyage au Brésil. La délégation aux couleurs US fera la tournée des responsables comme de toutes les régions, relancera les organismes économiques, étudiera toutes les possibilités, depuis le lancement de projets autonomes jusqu’aux joint ventures avec des résidents. Dans la foulée, et par la suite, il est prévu qu’un groupe comprenant des dirigeants de puissantes compagnies opérant dans les domaines de l’eau, de l’électricité et des technologies de pointe vienne également à Beyrouth en mission d’exploration. Battle a jeté des ponts en communiquant à des émigrés nantis le carnet d’adresses utiles qu’il a pris le soin de noter avant son départ en tournée. De premiers contacts préparatoires sont donc déjà établis, en vue d’une coopération ou d’une coordination ultérieures. L’effort du diplomate est d’ailleurs relayé par la Chambre de commerce libano-américaine, présidée par Michel Farah. Cette instance projette de créer une structure pour pérenniser l’interaction transcontinentale dans le secteur privé.
Battle, quant à lui, va en principe expliciter sa mission lors du speech qu’il doit prononcer ce soir. Lors de la réception donnée à l’occasion (retardée de cinq jours) de la 227e fête nationale de l’Indépendance américaine. Cocktail qui doit réunir quelque 3.000 invités au pavillon royal du Biel. Le report de cette célébration est justement dû à l’absence du diplomate. Ainsi qu’à la finalisation des mesures de sécurité spéciales prévues pour cet événement. Aux States, rappelons-le, Battle avait été l’invité de la Chambre de commerce libano-américaine. Qui avait pensé, et bien pensé, semble-t-il, qu’une tournée de l’ambassadeur américain auprès des Libanais d’origine aurait un impact positif certain. De fait, Battle, dont le programme était très chargé, a sillonné les Etats-Unis pour répéter que la situation au Liban est meilleure qu’il n’y paraît du dehors. Pour proclamer sa foi dans le redressement et la prospérité de ce petit pays. En soulignant ses avantages, dans un contexte de paix future, à cause de sa démocratie et de son système économique libéral. Il a plaidé avec chaleur sinon pour un retour des émigrés dans la mère patrie du moins pour qu’ils resserrent les liens, surtout économiques, avec leurs racines. En ne cessant de répéter que tout va de mieux en mieux au Liban. Il a répondu de façon convaincante et prometteuse aux interrogations inquiètes, axées notamment sur la souveraineté de ce pays. Enfin ce soir au Biel, Battle pourrait évoquer des positions que son gouvernement compte prendre sous peu pour marquer son soutien au Liban.
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Canicule : un effet de loupe
Les dernières colères climatiques nous avertissent de ce qui nous attend
 
par SYLVESTRE HUET, publié dans Libération le 1er septembre 2003
Tempêtes d'hiver (1999), canicules d'été (2003)... Qui oserait dire, maintenant, "qu'il n'y a plus de saisons". Les dégâts d'une rare ampleur, matériels et humains, de ces coups de colère météorologiques offrent une caisse de résonance sans précédent aux avertissements que les climatologues lancent depuis une quinzaine d'années. Cris d'alarme jusqu'à présent sans grands effets, tant les dangers du changement climatique semblent lointains et incertains quand le remède ­- brider la consommation de charbon, de pétrole et de gaz -­ heurte de front les modèles économiques, industriels et les modes de vie dominants. C'est ainsi que le timide accord de Kyoto, signé en 1997, est aujourd'hui sans grande signification avec le refus des Etats-Unis de confirmer leur engagement, l'absence de signe tangible de renoncement aux transports routiers massifs en Europe, ou la croissance accélérée du parc automobile chinois. Quelles sont, pourtant, les leçons de cet été brûlant ?
La première réside dans le rude impact de la météo. "La sensibilité des sociétés aux aléas climatiques ne diminue pas. Les pays riches qui fonctionnent en flux tendus supporteront mal les réarrangements du système climatique. Quant aux pays pauvres, le prix des catastrophes naturelles ne fera que s'amplifier. Le coût humain (du changement climatique, ndlr) sera, à mon avis, bien plus important que ce que nous croyons. En tout cas bien supérieur à celui qui est nécessaire pour limiter ce changement en économisant au maximum les énergies fossiles." Edouard Bard, professeur au Collège de France, s'exprimait ainsi dans Libération en novembre. Prémonitoire ? Plutôt la conscience d'une nécessaire modestie face aux forces de la nature. La science-fiction du début du XXe siècle proclamait le rêve technicien d'une maîtrise de la météo. Elle décrit aujourd'hui les ravages d'un climat déchaîné. Paradoxalement, c'est bon signe : il faut que la guerre s'éloigne, que l'économie tourne et que les maladies se fassent oublier pour que les aléas du temps ou les colères de la Terre deviennent le principal facteur d'inquiétudes et de malheurs.
La deuxième leçon consiste à relativiser le coup de chaleur de cet été. Il fut "seulement" un peu plus long et fort que les grands précédents de 1976, 1947 ou 1923, pour la France. Le climat n'a pas attendu d'être influencé par l'homme pour montrer les crocs. Mais l'évolution du siècle passé et les colères actuelles de la météo restent de la petite bière à côté de ce que nous concoctons tous les matins en prenant notre voiture. Si le climat a, un peu, changé depuis 1900 (moins de 1°C en moyenne annuelle et planétaire), il pourrait grimper de 5°C d'ici à 2100 si les émissions de gaz à effet de serre continuent sur leur pente actuelle. Toute la différence entre un changement déjà perceptible à l'échelle d'une vie et un bouleversement de l'ampleur du passage entre une ère glaciaire et interglaciaire. Mais en un siècle. L'incapacité des climatologues -­ peut-être temporaire -­ à décrire précisément les conséquences régionales de ce bouleversement a ralenti la prise de conscience des risques futurs ; les à-coups de la météo leur donnent un aspect plus concret et, par là, plus inquiétant.
La troisième leçon est bien connue des économistes : toute adaptation a un coût. Si la canicule doit revenir tous les cinq ans, construire autrement ou installer la climatisation devient nécessaire... et de bon calcul. Mais dans un premier temps, c'est un coût supplémentaire. L'ennui, c'est la vitesse du changement. Si le climat doit changer cinq fois plus en cent ans qu'au cours du XXe siècle, la roue de l'obsolescence des précautions va s'affoler. Faut-il organiser la reconversion des stations de moyenne montagne, faute de neige, dès maintenant ou attendre vingt ans ? Doit-on prévoir une consommation d'électricité très supérieure durant l'été en 2010 ou en 2030 ? Rude question lorsqu'il faut prévoir dix ans à l'avance l'installation d'un équipement. Les pays développés pourront payer le prix de l'adaptation à marche forcée, mais les autres ?
La quatrième leçon porte sur l'électricité. La coupure géante en Amérique du Nord rappelle que cette forme d'énergie est devenue, littéralement, vitale. Simultanément, les rêves alternatifs ont pris du plomb dans l'aile. Canicule égale hautes pressions tranquilles, pas terrible pour les éoliennes. Le solaire a toujours un problème avec la nuit. La géothermie a sûrement de l'avenir, dans trente ans. Et la faim d'électricité dans les pays en développement se fait sentir de plus en plus durement. Conclusions ? Un, la politique structurelle la plus importante à mener consiste à réduire les consommations pour le même service rendu. Deux, il n'existe d'alternatives, avant plusieurs décennies, pour la production de base alimentant les mégalopoles et les industries que charbon, gaz, nucléaire et grands barrages. Pour les quatre, gros avantages -­ du jus à gogo -­ et gros inconvénients.
La dernière leçon peut se lire en rose ou en noir : le climat seul n'est rien, c'est son interaction avec l'organisation sociale qui pose problème ou permet des solutions. Les incendies de forêts suivront la météo tant que la seule réponse sera les bombardiers d'eau. Pour que des poulets meurent par centaines de milliers d'hyperthermie, encore faut-il qu'ils soient élevés en batterie. Si gouverner c'est prévoir, alors tout gouvernement doit s'attacher à améliorer la prévention des coups durs du temps qu'il fera -­ dont les scientifiques nous annoncent qu'ils seront plus fréquents et plus aigus -­ et, simultanément, diminuer la perturbation supplémentaire que les hommes sont en train de lui infliger. On peut compter sur les électeurs pour exiger de l'action sur le premier volet. A négliger le second ­ de long terme, sans aucun bénéfice immédiat ni électoral ­ tout gouvernement montre les véritables limites de ses ambitions.    haut
 
L’été 2003, une saison faste pour les compagnies d’aviation desservant Beyrouth
De juin à septembre, des avions qui affichent complet
 
par PATRICIA KHODER, publié dans l'Orient-le Jour le 25 août 2003 

Pour l’aéroport de Beyrouth ou encore pour les compagnies d’aviation opérationnelles au Liban, l’été 2003 était bien faste. Actuellement, ces entreprises se préparent aux grands départs et l’overbooking est roi, au point que certains agents rêvent de "pouvoir installer les passagers sur les ailes des avions". De juin à septembre, des vols supplémentaires réguliers ont été prévus. D’autres vols appelés "extrasections", que les compagnies ajoutent à leurs horaires selon les besoins, figurent également au programme de plusieurs entreprises. Qui sont les passagers qui ont emprunté les vols vers et à partir de Beyrouth? Des touristes arabes certes mais aussi et surtout des Libanais établis à l’étranger retournant au pays pour les vacances et en provenance notamment des Etats-Unis, du Canada, d’Amérique latine et d’Europe. Pour les mois de juillet, d’août et de septembre, la MEA a ajouté à ses vols réguliers - qui affichent complet - 26 "extrasections", qui desserviront les lignes de Beyrouth-Ryad (4 vols réguliers par semaine), Beyrouth-Koweït City, Beyrouth-Dubaï et Beyrouth-Londres (trois destinations desservies chacune par un vol quotidien régulier) et Beyrouth-Paris (trois vols quotidiens en collaboration avec Air France). A la MEA, on n’omet pas de préciser que les vols qui empruntent d’autres lignes européennes et arabes, notamment les allers-retours vers Francfort, Düsseldorf, Amman et Le Caire, sont pleins. 
Certaines compagnies d’aviation arabes ont pratiquement doublé le nombre de leurs vols desservant Beyrouth. C’est le cas de Qatar Airways qui effectue tout au long de l’année un vol régulier de Beyrouth à Doha et vice versa. De juillet à septembre, la compagnie a décidé de desservir cette ligne avec deux vols quotidiens réguliers. La bonne humeur règne à la Saudi Airlines, laquelle affiche complet depuis le début de l’été. Et depuis le 10 août, ce sont les avions qui empruntent le chemin du retour vers les villes saoudiennes qui sont pleins à craquer. En basse saison, la compagnie saoudienne dessert le Liban avec 10 vols réguliers par semaine, 5 au départ de Djeddah et 5 autres au départ de Ryad. Du 15 juin au 30 septembre, une dizaine de vols réguliers hebdomadaires ont été ajoutés. Ainsi, depuis le début de l’été, tous les jours, deux avions atterrissent à Beyrouth, l’un en provenance de Djeddah et l’autre de Ryad. Les mercredis et samedis, un vol en provenance de Dammam se pose à l’AIB. A la fin du moins d’août, et si le besoin s’en fait sentir, la compagnie mettra à la disposition de ses passagers cinq vols supplémentaires. Les avions de la KLM, de la British Airways et d’Air France, en provenance ou en partance vers Amsterdam, Londres et Paris, affichent également complet. Auprès de ces compagnies, on vous parle surtout des émigrés libanais qui prennent l’avion de New York, Montréal, Rio, Bogota et beaucoup d’autres villes du Nouveau Continent, pour emprunter ensuite une connexion d’une capitale européenne vers Beyrouth. La KLM, qui avait allégé ses activités vers la capitale libanaise durant la guerre d’Irak, a repris ses vols quotidiens réguliers vers Beyrouth dès le mois de juin. Les avions sont pleins et selon le nombre des passagers, deux types de Boeing opèrent la ligne Amsterdam-Beyrouth. On précise également que du 25 août au 7 septembre, les avions de la ligne Beyrouth-Amsterdam sont surbookés.
Même son de cloche à la British Airways, où l’on explique - comme partout ailleurs - que de la mi-juin à la mi-juillet, ce sont les avions qui arrivent à Beyrouth qui "font face à la pression". Au mois d’août, c’est le départ de la capitale libanaise qui devient difficile. Dès la fin de ce mois et jusqu’au 10 septembre, les avions de la British Airways sont surbookés. La plupart des passagers qui empruntent les 11 vols hebdomadaires Beyrouth-Londres (et vice versa) de la compagnie sont libanais. Ils effectuent des correspondances dans la capitale anglaise vers plusieurs destinations améicaines. Air France a maintenu ses trois vols quotidiens vers Beyrouth, en collaboration avec la MEA. Pour l’été 2003, quatre extrasections, soit quatre vols supplémentaires ont été prévus. Deux sont assurés par l’entreprise française et deux autres par la compagnie libanaise. Les passagers des avions d’Air France, pleins depuis le mois de juin, ne viennent pas uniquement de Paris mais aussi de diverses villes d’Amérique du Nord et d’Amérique latine ainsi que des capitales africaines, Air France étant l’une des rares compagnies présentes au Liban à desservir les pays d’Afrique française. Plus de 350.000 voyageurs (transit, aller et retour) ont emprunté au cours du mois de juillet dernier l’aéroport de Beyrouth. Selon les informations dispensées par l’AIB, ce chiffre est supérieur de 14% à celui enregistré en juillet 2002. Pour l’AIB et pour les compagnies d’aviation, l’été 2003 était bien faste. Une manière peut-être de couvrir les pertes occasionnées par la guerre d’Irak et d’effectuer des gains.
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De précieuses réserves d'eau douce en pleine mer Méditerranée
L'histoire géologique du bassin méditerranéen a favorisé la création de véritables rivières qui, après avoir traversé des terrains calcaires, jaillissent au large des côtes. Une de ces sources vient d'être captée non loin de Menton
 
par CHRISTIANE GALUS, publié dans le Monde du 30 juillet 2003
En Méditerranée, juste à proximité des côtes, de nombreuses sources d'eau douce se déversent en mer, ce que les pêcheurs et les marins ont depuis longtemps observé quand la mer est calme : des remous apparaissent en surface, et le milieu prend des teintes inhabituelles. Les hommes de l'Antiquité ne s'y sont pas trompés, qui, il y a 3.000 ans, ont essayé de récupérer cette manne sur l'île de Ruad (Syrie). Les Phéniciens y avaient construit un dispositif de captage qui alimentait la ville d'Amrit. Les marins grecs, eux aussi, recueillaient l'eau de certaines sources sous-marines au moyen d'amphores retournées et lestées. Aujourd'hui, face à la pénurie grandissante d'eau potable et à l'augmentation des populations sur le pourtour de la Méditerranée, il est tentant de récupérer l'eau de telles sources dont quelques-unes sont exploitables. Certaines en effet sont saumâtres. D'autres trop éparpillées dans des lits de gravier et donc difficiles à capter. D'autres enfin sont situées à trop grande profondeur. Or, pour qu'une exploitation soit rentable, il faut que ces sources ne soient pas distantes de plus de 3-4 kilomètres de la côte et qu'elles soient situées à une profondeur maximale de 100 mètres.
Plus légère que l'eau de mer
Une première tentative de récupération d'eau douce a été conduite avec succès le 23 juillet sur la source italienne Mortola par la société Nymphea Water, une filiale de Géocéan créée en 1984 par Pierre Becker, ancien directeur de la Comex. La source, qui se trouve à 800 mètres de la côte, entre Menton et Vintimille, jaillit à 36 mètres de profondeur. "L'eau, plus légère que l'eau de mer, remonte naturellement jusqu'à la surface et offre, sans installation de pompage, un débit de 150 litres/heure", explique Paul-Henri Roux, directeur commercial de Nymphea Water. Mais, précise-t-il, "il ne s'agit encore que d'une unité pilote, qui a coûté 2 millions d'euros et qui sera testée un an afin d'évaluer les conditions scientifiques et économiques d'une possible production industrielle".
L'installation de prélèvement a été mise en place grâce à un navire océanographique de la Comex, le Minibex, et avec le concours de plongeurs et à l'aide de robots sous-marins. La source a d'abord été recouverte d'un socle en acier inoxydable, qui assure en même temps l'étanchéité du système. Cette lourde pièce ancrée au fond par des câbles est surmontée d'une sorte de trompette renversée et d'une coupole en plexiglas épais, ouverte vers le bas. Cette dernière produit de l'air comprimé qui permet de réguler le débit de la source en évacuant l'eau en excès. Une technique qui empêche que l'eau douce ne se mélange à l'eau de mer. Par l'intermédiaire d'un tuyau souple de 25 centimètres de diamètre, l'eau de la source monte naturellement vers la surface de la mer, où a été installée une fontaine en inox de 6 mètres de diamètre, ouverte à l'air libre et qui flotte grâce à un ensemble de plusieurs grosses bouées.
Observer le jaillissement
Le public, mais aussi les équipes de techniciens et de scientifiques, peuvent ainsi observer le jaillissement de l'eau car la fontaine restera en place pendant l'été. Puis elle sera démontée, l'eau de la source continuant à sortir en mer par l'intermédiaire de la coupole translucide. L'unité de captage, quant à elle, demeurera en place pour effectuer des mesures relatives à la qualité de l'eau douce, à son degré de salinité et à sa composition minérale. Ces données devraient permettre aux hydrogéologues de Nymphea Water de déterminer son origine géographique en mesurant la quantité d'isotopes O16 et O18 présents dans l'eau. Leur proportion varie avec la température des eaux de pluie tombant sur le bassin versant qui alimente la source et évolue aussi en fonction de l'altitude. "Nous pourrons ainsi remonter le courant et retrouver sa trace", affirme le géologue Ghislain de Marsily (université Paris-VI), conseiller de Nymphea Water. Les renseignements recueillis par le prototype de captage serviront aussi à réaliser une modélisation des écoulements d'eau sur un an. Cette modélisation sera ensuite étendue aux trente années précédentes, en tenant compte des données pluviométriques fournies par Météo France. Enfin, les scientifiques souhaitent dater la source, un travail délicat, car deux dates sont possibles : il y a 5 millions d'années, quand la Méditerranée s'est asséchée avec la fermeture du détroit de Gibraltar ou il y a 20 000 ans, lors de la dernière glaciation, quand le niveau de la mer est descendu de 120 mètres.
Pendant l'année à venir, Nardo Vincente, spécialiste de biologie marine et professeur à la faculté des sciences Aix-Marseille, conduira également une étude sur le site de la source et fera un inventaire de la faune et de la flore sous-marines qui y sont présentes. Ainsi pourra-t-on déterminer le rôle que joue cette eau de source dans l'environnement marin. Si c'est nécessaire, "nous pouvons parfaitement envisager de ne prélever qu'une partie de cette eau", précise M. Roux. D'ores et déjà, un certain nombre de pays du pourtour méditerranéen ont fait part de leur intérêt concernant l'exploitation des sources d'eau douce en mer : la Syrie, le Maroc, le Liban, Chypre, la Grèce, l'Espagne. Mais aussi les pays du Golfe, Oman et les Emirats arabes unis. A terme, tous les espoirs sont permis... Il faut toutefois rappeler qu'une tentative de captage avait déjà été faite sans grand succès sur la source de Port-Miou, dans les calanques de Cassis, il y a vingt ans par le Bureau de recherches géologiques et minières et la Société des eaux de Marseille. Mais la réalité du terrain est différente de celle de la source Mortola. Celle de Port-Miou débouche sur une falaise par un conduit horizontal. Pour capter ses eaux, dont le débit est dix fois supérieur à celui de la source Mortola, il avait fallu creuser un puits vertical sur terre, à 1 kilomètre de la côte. Les eaux recueillies s'étaient révélées trop salées, et l'installation n'avait pas résisté aux crues.
Les doutes de Robin des bois
Le captage des eaux de la source Mortola suscite des réactions hostiles de la part de l'association Robin des bois, qui accuse la société Nymphea Water de "confisquer ces eaux douces sous-marines sans permis de recherche, sans enquête publique et sans étude d'impact environnemental préalable". En réponse à ces critiques, Nymphea Water précise que la société a obtenu une concession de la mairie de Vintimille (Italie) et des autorités italiennes "pour une occupation temporaire d'un espace public" d'une durée de trois ans. A condition que soit menée simultanément une étude environnementale. La mairie de Menton a accordé par délégation une autorisation similaire. La source est en effet située en territoire italien, mais il existe une convention de coopération transfrontalière entre Menton et Vintimille sur les ressources en eau.    haut
 
Le père Jean Corbon plus actuel que jamais
Numéro spécial de "Proche-Orient Chrétien" consacré à l’auteur de "l’Eglise des Arabes"
 
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 2 août 2003 
Il était grand parce qu’il savait parler sans blesser. La revue trimestrielle Proche-Orient Chrétien (POC) publie un numéro spécial (tome 52) consacré au prêtre français Jean Corbon, l’une des figures ecclésiastiques les plus attachantes du paysage religieux libanais de la seconde moitié du XXe siècle. La revue reproduit les textes d’un colloque spécial consacré au père Corbon, à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, un an après sa disparition tragique. Elle donne la mesure d’un homme dont l’œuvre maîtresse, L’Eglise des Arabes, publiée voici trente ans, préfigurait tout le chemin que devait accomplir, au cours des trois décennies qui ont suivi, les Eglises catholiques du Liban, pour rejoindre leurs destinées et s’identifier à la vocation que l’histoire avait choisie pour eux.
Né à Paris le 29 décembre 1924, Jean Corbon, élève brillant, décide très jeune d’entrer dans la Société missionnaires d’Afrique, les "Pères blancs". Mobilisé par les alliés, en 1943, il participe à la campagne d’Italie. Ordonné en 1951, il se rend en 1955 en Egypte pour un stage ches les dominicains. En 1956, en vacances d’été au Liban, il est victime d’un grave accident de moto sur la route du petit séminaire de l’Eglise grecque-catholique, à Rayack. Son séjour prolongé au Liban lui permet de saisir le rôle vital que peut jouer ce pays dans les relations œcuméniques et le dialogue islamo-chrétien. Il découvre ainsi sa vocation orientale définitive. A la suite d’une série de décisions et de révisions de vie, il rejoindra l’Église grecque-catholique et s’installera au Liban, où il se consacre notamment à la formation du clergé. Par une de ces ironies du sort dont sont tissées parfois les vies, le père Corbon décédera tragiquement à Beyrouth, au volant de sa voiture, le dimanche 25 février 2001.
La revue reproduit les textes du colloque, répartis en quatre grandes séances : témoignage de vie, réflexion sur L’Eglise des Arabes, le maître ouvrage du père Corbon, l’unité et la diversité et l’œucuménisme spirituel. Les deux dernières parties parlent de l’œcuménisme qui, avec le dialogue interreligieux, a occupé la plus grande partie de la vie du père Corbon. La partie biographique du colloque aurait gagné à être plus étoffée. Heureusement, le témoignage de Mgr Georges Khodr, évêque grec-orthodoxe du Mont-Liban, compense ce manque par sa sensibilité et sa beauté. "Le grand héritage reçu par ceux qui gardent vivante en eux la mémoire de Jean Corbon est, au-delà de toute la littérature qu’il a laissée, qu’il fut doux et humble de cœur dans une transparence qui pour moi était tout spécialement féérique. L’absence totale du moi haïssable, de la colère, de la vanité académique, de l’esprit sectaire dans une pureté exaltante a montré que le Christ était pour lui la seule réalité prenante", écrit en particulier Mgr Georges Khodr.
Quoi de plus banal...

A l’ouvrage L’Eglise des Arabes, qui résume en un sens la vie du père Corbon et préfigure le synode pour le Liban, est consacrée pour la deuxième séance du colloque. "Quoi de plus banal aujourd’hui que de lire un titre ainsi formulé, écrit l’archevêque Boulos Matar, dans un mot d’ouverture. Mais il y a 25 ans, il était jeté comme un pavé dans la mare. L’Occident en général n’était pas encore capable de le comprendre, car il continuait de vivre sous l’influence des impérialismes, et d’une relation primaire des relations entre christianisme et islam. Quant à l’Orient, il acceptait avec difficulté une telle formulation. C’est à peine s’il pouvait accepter des titres comme L’Eglise dans le monde arabe ou L’Église avec les Arabes (...). Imaginons le chemin parcouru !" L’ouvrage est ensuite commenté par Tarek Mitri, un laïc grec-orthodoxe, et le père Samir Khalil, un jésuite qui préside aux destinées du Cedrac, le Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes de l’Université Saint-Joseph.
Voilà ce qu’en dit en particulier Tarek Mitri, coordinateur du bureau des relations interreligieuses au Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève : "(...) Dans la logique de L’Eglise des Arabes, la vocation de témoignage est appelée à corriger le souci de survie. Ainsi, les chrétiens sont appelés, au-delà du narcissisme communautaire qu’analyse Jean Corbon sans trop le condamner, à s’opposer à l’oppression de la majorité et de la minorité, menacées ensemble et non seulement en parallèle. Moins alarmistes face à l’islamisme, conscients des limites de son projet mais sensibles à son appel et à sa résonnance - dans la mesure où il se veut une dénonciation d’injustices réelles et un appel au ressourcement contre la banalisation croissante de la vie -, les chrétiens chercheraient un authentique dialogue de la citoyenneté et une vraie ouverture au bien commun."
Un témoignage accablant

Pour la contribution du père Corbon au dialogue œcuménique, "non seulement le Liban et le Proche-Orient, mais l’Eglise entière est redevable au père Corbon", écrit l’archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn. La synthèse d’un demi-siècle de dialogue œcuménique est faite par le père Frans Bouwen, membre de la Société des missionnaires d’Afrique, les "Pères blancs", qui exerce son ministère à Jérusalem depuis une trentaine d’années. Le père Bouwen est directeur de Proche-Orient Chrétien. Son exposé est accablant, pour les Eglises engagées dans le dialogue. On y voit aussi clairement que le jour que la théologie est en avance sur les institutions, et que ces dernières subsistent, même quand il n’y a plus aucune raison théologique qu’elles demeurent séparées. Ainsi, dans le cas de l’Eglise grecque-orthodoxe et des Eglises orientales orthodoxes de tradition non chalcédonienne (arménienne, copte, éthiopienne, syriaque). "Pourquoi continuer à œuvrer, à se fatiguer, à prier pour l’unité, si nos Eglises de toute façon n’ont pas le courage ou la volonté d’aller de l’avant ? Nous n’avons pas le droit d’écarter à la légère de telles questions", commente le père Bouwen.
Pour sa part, le cardinal Shönborn nous fait découvrir une facette inconnue et fascinante de la personnalité du P. Corbon Théologien dominicain, le cardinal Schönborn a été le maître d’œuvre du catéchisme de l’Eglise catholique, et le père Corbon était l’un de ses collaborateurs. A ce dernier est revenu "par je ne sais quel aléa de la Providence" dit Schönborn, le privilège de donner une dimension orientale à la réflexion théologique contenue dans le catéchisme. Il y a commenté notamment le Notre-Père. Le père Corbon contribua également aux articles du cathéchisme sur les sacrements. On lui demanda aussi, à la toute dernière minute, un petit texte sur les funérailles. Il y écrivit en mots de lumière : "Le chrétien qui meurt dans le Christ Jésus quitte ce corps pour aller demeurer dans le Seigneur (...). Le jour de la mort inaugure pour le chrétien, au terme de sa vie sacramentelle, l’achèvement de sa nouvelle naissance commencée au baptème (...). L’Eglise qui, comme Mère, a porté sacramentellement en son sein le chrétien durant son pèlerinage terrestre, l’accompagne au terme de son cheminement pour le remettre entre les mains du Père." Où se trouve aujourd’hui un homme qui fut "modeste jusqu’à l’effacement", pour citer Mgr Joseph Kallas, archevêque grec-catholique de Beyrouth, au cours de la messe de clôture du colloque. On doit au père Corbon les textes de nombreux articles et homélies, ainsi que des notes personnelles et une correspondance familiale. Ces écrits feront l’objet de quatre tomes séparés, dont le premier, un recueil d’homélies, devrait paraître à l’automne ou au cours de l’hiver 2003-2004.
"Proche-Orient Chrétien", une revue unique en son genre
Proche-Orient Chrétien est une revue trimestrielle d’études et d’informations unique en son genre, éditée sous la direction des Pères Blancs de Sainte-Anne à Jérusalem, en collaboration avec la faculté des sciences religieuses (FSR) de l’Université Saint-Joseph. Proche-Orient Chrétien publie, dans un esprit œcuménique, des articles et des chroniques suivis sur l’histoire, la pensée théologique, la spiritualité et la vie actuelle des Eglises de la Méditerrannée orientale. Les contributions sont de la main de théologiens et de chercheurs aussi bien du Proche-Orient que de l’Occident. La revue est disponible dans certaines librairies spécialisées. On peut aussi l’obtenir auprès de la faculté des sciences religieuses de l’USJ, téléphone +961.1.327.459 ou encore à l’adresse électronique : pblinled@dm.net.lb . L’abonnement normal et l’abonnement de soutien sont possibles.    haut
 
Doutes et amours des Palestiniens de Beyrouth
Au Liban, le cinéaste égyptien Yousri Nasrallah tourne une adaptation du roman d'Elias Khoury "La Porte du Soleil". Il a choisi cet ouvrage, "la seule œuvre littéraire arabe qui raconte l'exode" de 1948, parce qu'il parle des Palestiniens "non comme d'une cause, mais comme d'individus"
 
par DOMINIQUE LE GUILLEDOUX, publié dans le Monde du 23 août 2003
Le monde d'Ihab, c'est les chèvres et les boucs qu'il élève dans un enclos tapissé de sable rouge, le long d'un boulevard périphérique de Beyrouth. Le vent est tiède, la nuit tombe. Il boit du thé, mange des patates. Le garçon de 18 ans, d'une minceur athlétique, ne sait pas ce qui se passe à côté. Tout à coup un flot de lumière inonde la vaste cour. Ihab sort, grimpe sur le terrain vague qui surplombe son enclos et le boulevard. Il se tient un peu à l'écart. Il voit une nacelle, une caméra. Des pneus, des ordures, des fourmis géantes, une odeur d'excrément, de putréfaction. Des maisons cubiques avec terrasses bricolées, d'autres bâties avec des parpaings. Deux buts de football, des poils de mouton. Le trafic automobile serpente entre des immeubles en construction. Les enfants s'arrêtent de jouer, bouche bée. Une trentaine d'hommes et de femmes, des machinistes, des assistants, marchent dans tous les sens, installent les figurants, des jeunes Palestiniens du camp de Mar Elias (camp de Saint Elie, dans le secteur de Mazraa, construit sur des terrains prêtés par l'archevêché grec-orthodoxe).
L'armée libanaise veille. Bijou, l'éclairagiste, communique par talkie-walkie avec un collègue qui a installé une poursuite ultrapuissante sur le toit d'un immeuble. L'un des acteurs principaux, la star syrienne Bassel Kayat, est en place. Le maquilleur, Jérôme Jardin, lui noircit le visage. "Action !" Bassel regarde la caméra en levant les yeux au ciel. Il porte haut son arme, les jeunes Palestiniens l'entourent. Il ne tient plus en place et crie : "Nous sommes devenus des dieux." Lui et ses comparses ouvrent le feu. Des flammes orange éclairent leur visage. Nous sommes en 1969, quand le héros vient de regarder à la télévision le premier homme marcher sur la Lune. "Cut !", crie Yousri Nasrallah. Le réalisateur égyptien est satisfait. Le temps presse. Les garçons du camp s'impatientent, cherchent la bagarre, veulent de l'argent. L'équipe remballe à la hâte le matériel. "D'abord, sauver le matos." Yousri ne prend pas au sérieux les menaces des adolescents. Il a déjà connu pire au cours du tournage : Chatila, où il n'y a plus de Palestiniens mais le lumpen libanais et syrien, responsable de 25 % de la criminalité de Beyrouth ; Ain El Helwa, le plus grand camp palestinien du sud du Liban (à l'entrée sud-est de Sidon). "Nous étions dans une grâce extraordinaire." Yousri et ses assistants calment les bad boys. "Ils ont besoin d'amour et de tendresse", lâche Yousri.
"Que ce soit lumineux"
Dans une ruelle du camp, Om Ali, une Palestinienne de 70 ans, a sursauté aux coups de feu : "Je pensais qu'il y avait un entraînement." Elle était prête à venir chanter en guise d'encouragements : "En Palestine à 100 %. Chaque jour, 100 opérations militaires, et toi Palestine, tu vaux mieux que toutes les nations !" Sharif, 27 ans, diplômé en graphisme et en design, a volontiers prêté son visage pour le film : "A travers deux histoires d'amour, on retrace l'épopée des Palestiniens de 1948 aux accords d'Oslo. Nous devons sensibiliser les gens à notre cause, pas seulement à travers un discours politique mais en montrant la petite histoire des individus, leurs passions, leurs doutes, leur force, leurs souffrances." Ihab, le berger de la ville, rentre dans son enclos. Il a connu sa première nuit de cinéma. Dans le stade Malaab-Borj Hammoud, on entend le chant du muezzin et le carillon des cloches. La chaleur est étouffante. Trois parasols seulement. La comédienne Hala Omran se fait maquiller. "Je veux que ce soit lumineux, que les yeux sortent, elle est paysanne", ordonne Nasrallah. Une machiniste se fait transporter sur une brouette en rigolant. D'autres techniciens, égyptiens, libanais, syriens, jouent avec leurs muscles, se tripotent, font le poirier, se battent, dansent, s'envoient des grains de riz, du sable, de l'eau, s'insultent.
Tout le monde est prêt pour la scène sur le banc. L'acteur est assis, le visage fatigué. Hala Omran s'approche, lui parle doucement. Il arme son fusil. Elle sursaute, ne supporte plus le cliquetis des armes, ne supporte plus l'homme en face d'elle. Le tournage a duré plusieurs mois. "Cut !" Elle n'en peut plus, éclate en sanglots sur l'épaule d'une assistante. L'acteur syrien s'énerve : "J'ai 4 kilos de lumière dans la gueule." On attend. L'actrice finit par éclater de rire. Plus tard, dans une voiture mitraillée, elle doit mourir. Le faux sang remonte de la gorge, dégouline dans ses yeux. Elle doit tressaillir. "Plus fort, plus fort !", lui souffle le réalisateur. Elle devient convaincante à la troisième prise. Le lendemain, mille figurants, des hommes en treillis, des femmes, des enfants sont sur le stade depuis trois heures du matin. Une partie des jeunes gens sont des appelés de l'armée libanaise. C'est la reconstitution du départ des Palestiniens de Beyrouth pour Tunis. Les camions ronflent. Les combattants se frayent un passage dans la foule de femmes et d'enfants, se hissent à bord. On leur jette des grains de riz, des pétales de fleurs. Entre les scènes, les figurants tombent comme des mouches. A la fin de la journée, le réalisateur s'énerve : "Vous n'êtes que des ânes." Une petite fille prend peur de tous ces mouvements et ne cesse de pleurer. Une femme s'en prend aux techniciens. Un homme veut casser la gueule au réalisateur, celui-ci est prêt à se battre : on les sépare, tandis qu'un jeune homme appuie sur la détente d'une arme à vide. Les figurants s'échappent. Tout le monde s'apaise. La sueur dégouline.
"Plus aucune attention"
Mavie, figurante de 15 ans qui rêve de cinéma, est déçue : "Je croyais que les autres figurants étaient des gens éduqués." Salim, un appelé de 21 ans, élève ingénieur, est sûr que personne au Liban ne voudra voir ce film : "Il n'y a plus aucune attention vis-à-vis des Palestiniens parce qu'ils sont considérés comme l'une des causes de la guerre dans notre pays. Moi je m'en fous. La seule chose qui m'intéresse, c'est d'avoir un visa pour l'Europe." A Douma, village perché dans la montagne dans le nord du pays, l'équipe s'installe devant trois oliviers millénaires, au bord d'une route. On peut se cacher dans les arbres énormes, crevassés. Rim Turki, actrice française d'origine hispanico-tunisienne, est assise avec Hassan, 6 ans, qui joue le rôle de son fils, Salem. La préparation est longue. Hassan est autiste, mais il n'en paraît rien. Sourire coquin. Envie de jouer. Rim est lumineuse, concentrée. Pendant des heures elle improvise des jeux avec Hassan et, lors des prises, la complicité est totale. "Tu vois, mon fils : ton grand-père, ton père venaient jouer dans ces oliviers. C'est à ton tour maintenant." La scène est supposée se dérouler en Galilée.
En pleine nuit, l'héroïne, vieillie, retrouve son mari, venu secrètement de son exil du Liban. Au crépuscule de sa vie, enfin, elle parle. A l'officier juif polonais qui l'avait interpellée un jour, elle se souvient avoir dit : "C'est vrai que vous, les juifs, vous avez souffert. Mais votre souffrance ne vous donne pas le droit de nous faire souffrir. Va en Pologne, là d'où tu viens, ou reste ici, ça m'est égal, mais fous-moi la paix." Elle enlace son mari, le contemple, lui le réfugié, au creux de cet olivier. Leur amour n'a été qu'un jeu, une illusion, peut-être un mensonge. "Toi, si plein d'histoires. Je me taisais, je t'écoutais et je me disais : si seulement je pouvais vivre les rêveries dans lesquelles tu vis."
Deux histoires pour retracer l'Histoire
L'un est dans le coma, l'autre est provisoirement médecin. Younès aimait rire. Khalil lui raconte son histoire. Younès semble sans âme. Khalil, sans avenir. Leurs histoires s'entremêlent, retraçant le destin des Palestiniens depuis la Naqba ("la Catastrophe"), l'exil palestinien de 1948, jusqu'aux accords d'Oslo (1995). Younès se marie avec Nahila à l'âge de 14 ans, en 1943. Pas d'amour. En 1948, le jeune homme part pour Chatila au Liban, Nahila se cache dans une grotte en Galilée. Younès devient fou de sa femme. Il traverse la frontière clandestinement, souvent. Lorsque les Israéliens s'inquiètent de la paternité de ses enfants, Nahila répond qu'elle se prostitue. Khalil, militant révolutionnaire, est plus jeune. Sa liaison avec Chams est complexe. Celle-ci a un autre amant, qu'elle tue par amour pour Khalil. Celui-ci, soupçonné du meurtre, est la risée du camp ; il se réfugie à l'hôpital. D'autres histoires se tissent : une juive libanaise installée en Israël a le mal du pays, une autre juive d'origine allemande est amoureuse d'un Palestinien de Gaza. "Ce sont les femmes qui portent le film", confie Yousri Nasrallah.    haut
 
Il y a 58 ans, le martyre d'Hiroshima
Nucléaire - 230.000 morts fauchés par la première bombe A
 
paru dans l'Orient-le Jour le 7 août 2003 

Hiroshima a marqué hier le 58e anniversaire de sa destruction par une bombe atomique américaine. Pour rendre hommage aux plus de 230.000 victimes de la déflagration nucléaire, une foule rassemblant des milliers de Japonais, parmi lesquels des rescapés, s’est réunie comme chaque année pour une séance de prières au Parc de la Paix, situé à proximité du lieu d’impact de la bombe. Le maire de la ville martyre a appelé le président américain George Bush ainsi que les dirigeants de toutes les puissances nucléaires à se rendre sur place et à constater de visu les dégâts causés par les armes nucléaires.    haut

  

 
 
 
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