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Beyrouth espère
que Washington
finira par souscrire
aux vues de Chirac
paru dans
l'Orient-le Jour le
1er septembre 2003
Le
Liban a constaté
avec satisfaction
que le président
français Jacques
Chirac ne l’a
pas oublié, pas
plus que la Syrie,
dans son approche
du processus de
paix au
Proche-Orient,
lors de son
discours vendredi
dernier à Paris
devant la
traditionnelle
conférence des
ambassadeurs de
France, qui réunit
une fois l’an
tous les chefs de
mission à l’étranger.
M. Chirac a profité
de cette occasion
pour réitérer la
position française
favorable à une
inclusion des
volets libanais et
syrien, en équilibre
avec le volet
palestinien, dans
la "feuille
de route"
destinée à
conduire à la
paix dans la région.
Certes, ont
souligné des
responsables cités
par notre
correspondant
Khalil Fleyhane,
cette position
n’est pas
nouvelle et le président
français va
encore la réaffirmer
lors de sa
participation à
l’Assemblée générale
des Nations unies,
qui doit
s’ouvrir le 16
septembre à New
York. Il n’en
reste pas moins,
ajoute-t-on de mêmes
sources, que le
Liban apprécie
cette attitude de
la France, dont le
message
s’adresse en
premier lieu aux
Etats-Unis, pour
lesquels le
dossier
palestinien
demeure
prioritaire.
Beyrouth espère
que le président
américain George
W. Bush et les
autres parties
prenantes du
quartette
international (Etats-Unis,
Union européenne,
Russie et Onu),
qui ont mis au
point la
"feuille de
route",
finiront par
entendre l’appel
de M. Chirac, qui
se fonde sur le
principe selon
lequel pour
qu’une paix au
Proche-Orient soit
durable, il faut
qu’elle soit
globale.
La paix demeure
hors de portée, affirme
le patriarche
Sfeir
"La paix
demeurera hors de
portée tant que
l’ambition et la
haine régiront le
comportement des
hommes, comme en témoignent
les événements
qui se déroulent
en Terre sainte et
en Irak", a
affirmé le
patriarche
maronite, Mgr
Nasrallah Sfeir,
s’adressant aux
fidèles venus
participer à
l’office divin
à la résidence
patriarcale d’été
de Dimane. Sur le
plan local, a-t-il
ajouté, "ce
qui se passe est réellement
honteux. Tous les
pays civilisés
ont dépassé les
problèmes
auxquels nous nous
trouvons confrontés,
comme les
exigences de la
vie de tous les
jours, l’électricité,
l’eau, le
traitement des déchets,
la pollution, l’écoulement
de nos fruits
condamnés à
pourrir faute de débouchés,
le chômage, le
dossier du mazout
et des chauffeurs.
Notre société ne
peut surmonter
tous ces problèmes
sans
l’assistance des
autorités".
haut
Les
manœuvres tactiques
détournent le Liban
politique de ses
objectifs
primordiaux
par EMILE KHOURY,
publié dans
l'Orient-le Jour le
28 août 2003
Des
démarches multiples
ont été effectuées
auprès d’un pôle
vétéran du cru, un
vrai mentor
unanimement respecté,
pour le porter à
rejoindre les rangs
de tel ou tel bloc.
Afin d’en
promouvoir la crédibilité,
l’audience et
l’influence au
niveau de
l’opinion. Mais
l’intéressé a
rejeté toutes ces
avances. En faisant
valoir
l’argumentation
suivante :
D’abord, les
efforts, plus ou
moins sincères, déployés
en vue d’un
changement répondant
aux aspirations des
Libanais, sont
parfaitement
inutiles, dans la
situation déliquescente
imposée à ce pays
depuis plus de dix
ans. Pour bouger, il
faut avoir la liberté
de ses mouvements.
C’est-à-dire que
la condition préliminaire
sine qua non est que
le Liban doit
recouvrer son
autonomie, redevenir
seul maître de ses
destinées. Or, dans
la pratique, c’est
impossible pour le
moment. Car les
leaders sont divisés
et ne font que
courir après des
intérêts
particuliers. De la
sorte, le pouvoir
est gardé sous
tutelle. Ce dont
certaines parties se
réjouissent du
reste, car elles en
tirent profit.
Tandis que
d’autres se disent
convaincues que le
Liban n’est plus
apte à se gouverner
lui-même, s’étant
trop habitué aux
immixtions dans ses
affaires intérieures,
grandes ou petites.
Il subsiste certes
une minorité qui
souhaite corriger
ces aberrations.
Mais pour le moment,
elle ne semble pas
en mesure de le
faire. Et le
changement n’est
pas pour demain.
D’autant que le
pari sur les USA a
l’air de
s’estomper. Cette
grande puissance
avait annoncé, par
la bouche de ses
dirigeants, son
intention
d’initier un
remodelage de la région,
en direction de la démocratisation.
Mais les Américains
se sont retrouvés
embourbés dans le
marais irakien. A
Bagdad, pris pour
cible puis voulu
comme premier modèle,
ce n’est pas la démocratie
qui est
aujourd’hui en
marche, mais bien
l’anarchie.
Circonstance
aggravante : la
"feuille de
route" établie
pour le conflit israélo-palestinien
est de nouveau bloquée.
Balayée par un
cycle de violence
qui semble irrépressible.
Or, dans quelques
mois, l’Administration
Bush va devoir dételer,
pour s’occuper de
la campagne électorale
en vue de la
prochaine présidentielle
US. Et elle aura
besoin des voix israélites.
Elle ne pourra plus
réfréner un Sharon
qui, déjà, se déchaîne.
Les implantations de
colonies juives vont
sans doute
reprendre, et la
construction du mur
de la honte, qui
scie les reins du
virtuel Etat
palestinien, se
poursuivre. Pour
qu’un Bush éventuellement
réélu se retrouve
devant un nouveau
fait accompli, qui
l’obligerait à réviser
ses plans. Et si son
concurrent devait
l’emporter, il
aurait besoin de
plusieurs mois pour
élaborer une
politique spécifique.
Ce qui permettrait
à l’Etat hébreu
de gagner un temps
précieux.
Selon le pôle cité,
ce panorama peu
encourageant amène
le constat suivant :
le Liban est le
dernier souci,
aujourd’hui, des
States. Il ne
représente pour eux
qu’une carte de
pression sur la
Syrie. Loin de toute
démarche sérieuse
pour redonner son
indépendance à ce
pays. Qui,
d’ailleurs,
pourrait payer le
prix autant d’une
entente entre les
USA et la Syrie que
d’un désaccord
entre eux. Prié de
dire si les
Etats-Unis vont
jouer un rôle dans
la présidentielle
libanaise, cette
personnalité répond
en substance :
"Qu’importe…
Qu’ils
interviennent ou
non, que le président
Lahoud reste ou
qu’un autre le
remplace, le résultat
serait le même. A
savoir que nous ne
sommes pas près de
sortir de
l’auberge, de
larguer le carcan
qui nous étouffe.
Notre devenir reste
tributaire de ce que
l’on appelle les
considérations régionales
et internationales.
En d’autres
termes, il resterait
sous tutelle. Un
nouveau chef de l’Etat
ne serait pas
meilleur, dans de
telles conditions,
que l’actuel.
Quant à l’avènement
d’un homme capable
de modifier les
donnes de base,
s’il s’en trouve
un, il est
naturellement
interdit.
D’ailleurs, on
voit mal ce que
quiconque pourrait
faire de positif, à
l’ombre de la
domination qui nous
est infligée."
haut
Tombeau
de mes amis assassinés
par BERNARD
KOUCHNER, publié
dans le Monde du 23 août
2003
L'auteur
est ancien haut représentant
des Nations unies au
Kosovo, cofondateur
de Médecins sans
frontières,
fondateur de Médecins
du monde, ancien
ministre français délégué
à la santé
Ils étaient de
toutes les vraies
batailles, celles
qui nous honorent
parce qu'elles ont
pour enjeu la
paix, la justice,
la démocratie, la
protection des
faibles. Ils s'appelaient
Sergio Vieira de
Mello, Nadia Younès,
Jean-Sélim Kanaan,
Fiona Watson et
bien d'autres.
Ensemble, au
Kosovo et
ailleurs, nous
avions partagé
des fraternités,
des espoirs, des
promesses que la
barbarie a saccagés.
Ils sont morts à
Bagdad, assassinés,
pour ce qui nous
fait vivre :
agir sur le
terrain, sans relâche,
pour que le monde
soit moins stupide
et moins sanglant. Ils
sont morts comme
ils avaient vécu,
avec courage, avec
talent, avec
lucidité aussi,
au service d'une
communauté
internationale
oublieuse,
versatile et
ingrate. Au-delà
de leur tâche, délimitée
par un mandat étriqué
du Conseil de sécurité
de l'ONU,
facilement critiquée
dans nos pays
encore paisibles :
à la marge du
commandement
anglo-américain,
ils tentaient d'établir
un dialogue,
d'amorcer les réconciliations,
d'empêcher tout
fanatisme. Leurs
corps ont été dégagés
tant bien que mal
des décombres du
siège à peine
gardé de la
mission de l'ONU.
Avec eux ont péri
ou ont été blessés
des dizaines
d'Irakiens. Pas un
soldat américain.
Après avoir
attaqué
l'ambassade de
Jordanie, pays
d'islam modéré,
les terroristes
ont pris pour
cible le symbole
de neutralité et
de paix que sont
les Nations unies.
Sergio n'était
pas seulement le
beau et courageux
diplomate brésilien
qui passait d'une
guerre à l'autre,
d'une mission
impossible
à un poste
plus exposé
encore. J'en témoigne
depuis plus de
trente ans qu'il
était mon ami :
il était un homme
politique engagé
à gauche, un
militant des
droits de l'homme,
un juste. De l'Amérique
latine à
l'Afrique, des
Balkans au
Timor-Oriental, il
avait marqué de
son élégance et
de son charme, de
son obstination
aussi et de sa fidélité
amicale à Kofi
Annan une nouvelle
forme de
diplomatie de
l'ingérence que
je considère
comme la véritable
globalisation des
espérances.
Nadia était ma
princesse égyptienne.
Après une
brillante carrière
au siège et à
Rome, elle régnait
sur l'information
et le protocole
des Nations unies.
Puis elle avait préféré
le terrain et,
pendant deux ans,
elle avait rejoint
notre mission du
Kosovo, faisant
preuve d'une
efficacité et
d'un sens
politique
remarquables,
accueillant sur
son cœur toutes
les peines, tous
les doutes, toutes
les craintes qui
nous étreignaient
et les chassant de
son rire rauque,
de sa tendresse de
Méditerranéenne.
Brièvement elle
passa par
l'Organisation
mondiale de la
santé (OMS),
avant de gagner
l'Irak. Le secrétaire
général venait
de la rappeler à
ses côtés à New
York, la nommant
secrétaire
adjointe des
Nations unies.
Jean-Sélim Kanaan,
(de père égyptien
et de mère française),
je le considérais
comme un fils. Un
vrai jeune homme
du monde, trois
nationalités, un
seul dévouement.
Un mélange de juvénilité
et de grandeur.
Parlement européen,
Harvard, Bosnie,
Kosovo :
volontaire partout
et dans les pires
endroits, il avait
raconté ses déceptions
et ses espoirs
dans un livre récent
(Ma guerre
contre l'indifférence,
Robert Laffont,
2002). Il venait
d'épouser Laura,
elle aussi une téméraire
du Kosovo, qui
avait administré
seule une des
municipalités les
plus difficiles et
les plus
dangereuses. Leur
fils, Mati-Sélim,
a tout juste trois
semaines. Il
faudra beaucoup
lui dire, à ce
garçon, combien
son père était
gentil et brave.
Fiona Watson,
Ecossaise,
brillante
politologue, s'était
engagée à
l'Organisation
pour la sécurité
et la coopération
en Europe (OSCE)
pour organiser les
premières élections
libres au Kosovo.
Elle y devint ma
conseillère
politique avant de
rejoindre à New
York le bureau des
missions de paix
et de se porter
volontaire pour
Bagdad.
Qui a tué nos
amis ? Des
enquêteurs patentés
chercheront. Peut-être
ne trouveront-ils
pas la signature
précise de cette
attaque avant que
d'autres bombes,
d'autres voitures
piégées, des
attentats-suicides
semblables n'étendent
leurs ravages.
Nous savons déjà
que les
responsables,
qu'ils viennent d'Al-Qaida,
d'Al-Ansar, des héritiers
de Saddam, fondent
les nationalités
et les idéologies
dans une même
haine. Intolérance,
fanatisme et extrémisme
religieux se
conjuguent et
tirent profit des
graves erreurs
d'appréciation et
de l'impréparation
des conseillers de
M. Bush. Les
missions de paix
ne s'improvisent
pas : elles
ont leur pédagogie,
et leurs
apprentissages.
Qui a tué nos
amis ?
L'intolérance, et
le goût inaltérable
de la dictature.
Que visent-ils,
ces fanatiques ?
Qui viseront-ils désormais ?
La succession des
crimes porte la
marque de fabrique
des intolérants
pathologiques.
Certains ont-ils
naïvement pensé
que les meurtres
ne viseraient que
des Américains ?
A l'ambassade de
Jordanie, on a
assassiné les
tenants d'un islam
de raison,
respectable et
respecté. A
l'ONU, nos amis
morts Sergio,
Nadia, Jean-Sélim,
Fiona, représentaient
une communauté de
pensée rebutée
par le simplisme
violent d'une
partie de
l'administration
américaine. Ils
voulaient donner
aux Irakiens les
clés de leur
maison devenue démocratique.
Quant à nous,
comme trop souvent
drapés dans nos
certitudes, ne
nous croyons pas
protégés contre
la barbarie. La tiédeur
des Européens à
maintenir leurs
alliances avec les
Américains et les
Britanniques ne
les protège pas.
Ceux qui le pensent
commettent une
redoutable erreur
d'analyse. Bientôt,
les Américains ne
seront plus les
seules cibles des
fanatiques, mais
tous les
Occidentaux, tous
les démocrates,
tous les croyants
trop modérés, et
d'abord les
femmes. Tous
ceux-là qui
seront visés réagiront-ils
avant qu'il ne
soit trop tard ?
J'ai conscience,
en écrivant cela,
que tous les gens
raisonnables, tous
les hommes et les
femmes de
religion, de foi
et de tendresse
savent que je
n'attaque pas leur
croyance. Mais le
fanatisme s'en
chargera. A
Bagdad, c'est la
communauté
internationale que
l'on a voulu
assassiner. Que
peut-on faire
maintenant ?
Continuer à tout
prix la lourde tâche
à laquelle nos
amis s'étaient
attelés.
S'obstiner à arrêter
les assassins, à
désarmer les
affidés du
dictateur Saddam
Hussein dont on ne
sait plus s'il a
seulement tué
500.000 ou près
de 4 millions
d'Irakiens comme
cela se dit à
Bagdad.
Nous devons
poursuivre la
trace de nos
valeureux amis, et
donner par des élections
le pouvoir aux
Irakiens. A cette
fin, il est urgent
d'élargir le
mandat des Nations
unies en leur
donnant la mission
et les moyens de
reconstruction et
de démocratisation
de l'Irak. Si une
résolution précise
est enfin votée,
alors un mandat
clair sera fourni
à la communauté
internationale
qu'il nous
conviendra de
remplir en
coordination avec
le Conseil
provisoire
irakien. Avec des
soldats pour les tâches
militaires, des
policiers pour
l'indispensable sécurité
et la tranquillité
des familles, des
techniciens pour rétablir
l'électricité,
la distribution
d'essence,
l'essentiel de la
vie quotidienne,
des volontaires
civils pour la
mise en place des
partis politiques
et la préparation
des élections...
La France, compte
tenu de ses
positions antérieures,
se montrerait bien
inspirée en
prenant
l'initiative de
cet indispensable
élan collectif.
Nos ennemis ne
sont pas les Américains,
mais bien le
terrorisme. Encore
faut-il que les Américains
comprennent que
c'est aussi leur
intérêt. Sinon,
nous dirons bientôt
que Beyrouth n'était
rien à côté de
Bagdad. Adieu
Sergio, Nadia,
Fiona, Jean-Sélim
et les autres, qui
nous représentiez
si bien. Vous êtes
tombés au champ
de bataille en
soldats de la
paix. Un morceau
de mon cœur
repose à vos côtés.
Un lambeau des
dernières
innocences
humanitaires, un
peu de l'espoir de
l'humanisme vont
être portés en
terre avec vous.
haut
La
France veut confier
un rôle central à
l'ONU en Irak
Les Nations
unies bridées par
Washington
paru dans le
Figaro le 8 août
2003
Malgré les
difficultés,
relatives,
auxquelles ils se
heurtent en Irak,
les Etats-Unis ne
manifestent
toujours aucune
disposition à
impliquer l'ONU
dans la gestion
politique de l'après-guerre.
Pour l'instant,
les pays de la
coalition, c'est-à-dire
essentiellement
les Etats-Unis et
la
Grande-Bretagne,
dirigent les
affaires de l'Etat
irakien. Ils ne
sont pas prêts à
partager le
pouvoir avec les
pays du "camp
de la paix",
comme la France et
l'Allemagne,
qu'ils accusent de
les avoir trahis
lors de la préparation
de la guerre
l'hiver dernier.
Et ce, même si
Paris et Berlin
disposent
justement du type
de forces dont les
Etats-Unis
auraient besoin
pour pacifier
l'Irak. La
Grande-Bretagne, gênée
par l'absence de découverte
d'armes de
destruction
massive depuis la
fin de la guerre,
envisage
ouvertement une
nouvelle résolution
de l'ONU. A
Washington même,
des sénateurs et
représentants
influents se sont
prononcés pour
que les Etats-Unis
tendent la main à
leurs alliés
traditionnels
européens, par le
truchement de
l'Otan. Mais dans
les hautes sphères
de
l'administration
de George W. Bush,
on est d'avis que
les Etats-Unis
doivent garder les
mains libres. Un
porte-parole de la
Maison-Blanche a réaffirmé
la semaine dernière
que les résolutions
existantes de
l'ONU
fournissaient un
cadre suffisant
pour la
participation
d'autres pays aux
tâches de
reconstruction et
de stabilisation
en Irak.
La France, comme
l'Allemagne,
insiste pour que
l'ONU se voie
confier un rôle
central en Irak.
Du point de vue de
Paris et de
Berlin, seule
l'ONU peut légitimer
un nouveau
gouvernement à
Bagdad, restaurer
la souveraineté
de l'Irak et
superviser de façon
indépendante la
reconstruction du
pays et la relance
de l'exploitation
pétrolière. La résolution
1483 du Conseil de
sécurité, adoptée
le 22 mai, qui
reconnaît les
pouvoirs de
puissances
occupantes et concède
un rôle marginal
à l'ONU, est jugée
insuffisante. Des
pays directement
sollicités par
les Etats-Unis
pour leur prêter
main-forte en
Irak, comme l'Inde
et le Pakistan,
ont aussi réclamé
une couverture
onusienne avant de
satisfaire la requête
américaine. Les
pays arabes ont
adopté la même
position. La
Turquie, en
revanche, ne
semble pas en
faire une
condition sine
qua non d'une
éventuelle
participation de
ses troupes sur le
terrain. La
Russie, elle, a
demandé hier
l'adoption d'une résolution
du Conseil de sécurité
pour légitimer la
nouvelle direction
irakienne. Mais,
lors d'une conférence
de presse, le secrétaire
d'Etat adjoint américain
Williams Burns, en
visite le même
jour à Moscou,
n'a laissé
entrevoir aucun
engagement sur la
question. Le
Conseil de sécurité
doit évoquer le
dossier le 21 août.
Un mois plus tard,
George W. Bush,
Jacques Chirac et
Gerhard Schröder
sont attendus à
New York pour
l'ouverture de
l'assemblée générale
de l'ONU. La
position
qu'adopteront
alors les
Etats-Unis dépendra
en grande partie
de l'évolution de
la situation sur
le terrain.
Les Américains
reconnaissent
avoir utilisé du
napalm
Les troupes américaines
ont utilisé des
bombes au napalm
pendant la guerre
en Irak, a reconnu
hier un
responsable du
Pentagone. Des
appareils américains
ont largué des
bombes de type MK
77, en mars, dans
la région de
Safwan, à la
frontière avec le
Koweït, pour
permettre l'avancée
des forces américaines
vers Bagdad, a précisé
un responsable du
département de la
Défense sous
couvert
d'anonymat. "C'est
comme ça. Il y a
un ennemi
difficile à déloger,
et cela sauvera
vos propres vies
si vous utilisez (ce
type de bombe). Il
n'y a pas de
violation
internationale
pour cela", a
affirmé ce
responsable. En
outre, dans son édition
d'hier, le San
Diego Tribune rapporte
le témoignage du
colonel Randolph
Alles, commandant
d'une unité de
marines, qui
explique comment
son unité a
"napalmé"
deux ponts. "Malheureusement,
se
souvient-il, il
y avait des gens
car nous pouvions
les voir dans la
vidéo."
haut
La
"gaffe" de
l'ambassadeur de
France en Israël
Selon
le quotidien "Yediot
Aharonot", Gérard
Araud aurait traité
Ariel Sharon de
"voyou"
par
PIERRE PRIER, publié
dans le Figaro le
1er septembre 2003
Le poste
d'ambassadeur de
France en Israël
n'a jamais été
une sinécure. Le
prochain représentant
de Paris à
Tel-Aviv, Gérard
Araud, a pu s'en
apercevoir avant même
son arrivée sur
le sol israélien,
prévue pour
octobre. Dans un
article détonant
du Yediot
Aharonot, le
plus grand tirage
de la presse israélienne,
le correspondant
à Paris de ce
quotidien, Boaz
Bismuth, rapporte
que Gérard Araud
a traité le
premier ministre
Ariel Sharon de "voyou"
et Israël de "pays
paranoïaque".
A travers le
porte-parole du
ministère des
Affaires étrangères
français,
l'ambassadeur
Araud a hier "démenti
de la façon la
plus formelle
l'ensemble des
propos qui lui ont
été prêtés sur
l'Etat d'Israël
et son premier
ministre". Le
journaliste israélien
raconte qu'il a
surpris une
conversation entre
Gérard Araud et
deux autres
diplomates au
cours d'une réception
au Quai d'Orsay.
Boaz Bismuth écrit
avoir entendu le
futur ambassadeur
de France à
Tel-Aviv "faire
référence de façon
répétée au
premier ministre
comme un
voyou" et
parler d'Israël
comme d'un "pays
paranoïaque".
Le journaliste
raconte qu'il a
attendu la fin de
la conversation
pour se présenter
au diplomate, qui
aurait réagi en
demandant : "Vous
n'avez pas
l'intention de
publier
cela..."
Le journaliste
reconnaît avoir
enfreint tous les
usages. "Il
y a des règles
dans le monde
diplomatique. Des
déclarations
faites au cours de
telles occasions
ne franchissent
pas les murs des
salles de réception",
écrit-il.
Mais Boaz Bismuth
affirme avoir
refusé de
s'endormir sur son
verre, "ces
propos tenus par
le futur représentant
en Israël d'un
des pays européens
les plus
importants étant
suffisamment
graves pour
justifier un
manquement à ces
règles non écrites".
L'incident en
rappelle un autre,
qui avait impliqué
l'ambassadeur de
France à Londres,
Daniel Bernard. En
décembre dernier,
la journaliste
britannique
Barbara Amiel
avait accusé M.
Bernard d'avoir
qualifié Israël
de "petit
pays de
merde", au
cours d'un dîner
où il était
l'invité du mari
de Mme Amiel,
Conrad Black,
propriétaire du Daily
Telegraph britannique
et du quotidien
israélien de
langue anglaise Jerusalem
Post. Ce
dernier journal,
politiquement à
droite, publie régulièrement
des articles
antifrançais d'un
niveau de pensée
et d'expression
assez rustique. A
l'époque, les
deux pays étaient
convenus d'éviter
l'incident
diplomatique.
En Israël même,
le prédécesseur
de Gérard Araud,
l'ambassadeur
Jacques Huntzinger,
s'était vu
officiellement
critiqué pour
avoir estimé, au
lendemain du 11
septembre 2001,
que le terrorisme
palestinien et
celui de Ben Laden
comportaient des
différences, ce
qui contredisait
la ligne
officielle israélienne.
Ces accrochages se
sont déroulés
sur fond
d'accusations
graves. Ariel
Sharon et son
gouvernement ont
plusieurs fois
encouragé les
Juifs français à
immigrer, pour échapper
à la "vague
d'antisémitisme"
qu'ils disent
observer en
France. Paris
estime que ces déclarations
visent sa
politique étrangère,
considérée par
Israël comme
"pro-arabe".
Jacques Chirac
avait dénoncé "une
campagne antifrançaise
visant à présenter
la France comme un
pays antisémite".
Mais depuis
quelques mois, les
deux pays avaient
paru vouloir faire
des efforts pour
améliorer leurs
relations.
haut
Les
députés belges
abrogent la loi de
compétence
universelle
Une fois le nouveau
dispositif en
vigueur, des
poursuites ne seront
possibles que
lorsque l'affaire
aura un "lien
de
rattachement"
avec la Belgique
publié dans le
Monde du 31 juillet
2003
Les députés
belges ont adopté
mardi soir 29
juillet un projet
de loi sur les
violations graves
du droit
international
humanitaire, qui
remplace celle
dite de "compétence
universelle".
Le texte, qui
devrait passer
devant le Sénat
avant la fin de la
semaine, a été
adopté en séance
plénière à une
large majorité
par 89 voix pour, 3
contre et 34
abstentions, selon
l'agence locale
Belga. Il abroge
de facto la loi de
1993 sur la
"compétence
universelle"
et réduit très
nettement la
possibilité qui
avait été donnée
depuis aux
tribunaux belges
de poursuivre des
crimes contre
l'humanité, quels
que soient le lieu
où ils avaient
été commis et la
nationalité de
leurs auteurs et
victimes. Une fois
le nouveau
dispositif en
vigueur, des
poursuites ne
seront possibles
que lorsque
l'affaire aura un "lien
de
rattachement"
avec la Belgique.
L'auteur présumé
d'un crime contre
l'humanité devra
ainsi être Belge
ou résider
habituellement en
Belgique pour
qu'une plainte
avec constitution
de partie civile
puisse être déposée
contre lui.
Dans le cas
contraire, seules
des victimes
belges, ou
habitant en
Belgique depuis au
moins trois ans au
moment des faits,
auraient le droit
de déposer
plainte. La
justice devra, en
outre, respecter
les règles
d'immunité en
conformité avec
le droit
international. Une
plainte contre un
étranger ne se
traduira plus
automatiquement
par la nomination
d'un magistrat
instructeur. De
plus, les
plaignants ne
pourront plus
faire appel de la
décision du
parquet. La
Belgique avait déjà
pris des mesures
visant à
"adoucir"
sa loi controversée.
Il avait ainsi été
décidé de transférer
les dossiers aux
autorités
judiciaires du
pays d'origine de
l'accusé s'il
s'agissait d'un
pays démocratique
capable de traiter
l'affaire de manière
équitable. Ce fut
par exemple le cas
avec des plaintes
déposées contre
George Bush et
Tony Blair à
propos de la
guerre en Irak.
Plaintes
contre des chefs
d'Etat
La décision
d'abroger la loi
avait été prise
le 12 juillet dès
la formation du
nouveau
gouvernement de
coalition
associant les libéraux
du premier
ministre, Guy
Verhofstadt, et du
chef de la
diplomatie belge,
Louis Michel, aux
socialistes. C'est
au nom de la loi
de compétence
universelle que
des plaintes
avaient été déposées
à Bruxelles
contre plusieurs
dirigeants étrangers,
dont le président
américain, George
W. Bush, et le
premier ministre
israélien, Ariel
Sharon. Les
Etats-Unis avaient
exercé d'intenses
pressions pour
obtenir
l'abrogation du
texte, faisant
planer la menace
d'un déménagement
du siège de
l'OTAN, situé
depuis 1967 dans
la capitale belge.
Israël avait de
son côté
temporairement
rappelé son
ambassadeur à
Bruxelles au
printemps dernier,
pour protester
contre les
poursuites visant
M. Sharon pour son
rôle présumé
dans les massacres
des camps
palestiniens de
Sabra et Chatila
en 1982 au Liban,
alors qu'il était
ministre de la défense
de l'Etat hébreu.
L'affaire
concernant Ariel
Sharon a
finalement été
suspendue, la
justice ayant mis
en avant l'immunité
du chef du
gouvernement israélien
inhérente à ses
fonctions.
La loi sur la compétence
universelle avait
été utilisée la
première fois en
2001 pour inculper
deux religieuses
accusées d'avoir
participé au génocide
rwandais. De
nombreuses autres
plaintes avaient
ensuite été déposées.
La décision
d'abroger la loi
avait suscité ces
dernières
semaines de vives
critiques de la
part
d'organisations de
défense des
droits de l'homme
comme Human Rights
Watch (HRW) et
Amnesty
International. "L'abrogation
de la loi de 1993
relative à la répression
des violations
graves du droit
international
humanitaire est
une gifle pour les
victimes des
crimes de génocide,
de guerre ou
contre l'humanité,
et pour les
citoyens du monde
entier",
avait déclaré
Philippe Hensmans,
directeur de la
branche belge de
l'organisation de
défense des
droits humains. En
début de semaine
dernière, Guy
Verhostadt avait
pour sa part défendu
sa proposition
devant le
Parlement,
estimant qu'elle
était basée "sur
la législation
appliquée"
dans les pays
voisins.
haut
Décès
d’un détenu
libanais en Syrie
paru
dans l'Orient-le Jour
le 30 juin 2003
Joseph
Emile Houeiss,
l’un des 200
Libanais prisonniers
ou présumés
disparus en Syrie,
est décédé il y a
près d’une
dizaine de jours à
la prison centrale
de Damas et sa dépouille
a été rapatriée
mercredi 25 juin en
secret, a affirmé
hier l’association
Solide (Soutien aux
Libanais en détention
ou en exil).
Plusieurs
associations de défense
des droits de
l’homme, parmi
lesquelles Solide,
Solida (Soutien aux
Libanais détenus
arbitrairement), la
Fondation des droits
de l’homme et du
droit humanitaire
(FDHDH) et Nouveaux
droits de l’homme
(NDH), avaient présenté
les preuves, au
cours des dernières
années, de la présence
de Houeiss en Syrie.
Le procureur général
près la Cour de
cassation, Adnane
Addoum, avait affirmé
dans une conférence
de presse en 2000
que Joseph Houeiss
était un détenu de
droit commun et
avait commis son délit
en Syrie.
Joseph Houeiss avait
été arrêté en
juin 1992 par
l’armée syrienne
à Dhour Choueir
(dans la montagne
libanaise du Metn),
à la suite d’une
collision entre sa
voiture et une jeep
militaire de l’armée
syrienne, selon
Solide. Accusé par
le tribunal
militaire syrien
d’avoir heurté
intentionnellement
le véhicule de
l’armée, il avait
été condamné à
la prison. Mais les
ONG des droits de
l’homme avaient réussi
à obtenir des
rapports médicaux
selon lesquels
Houeiss souffrait
d’épilepsie, et
tout permettait de
croire, selon eux,
qu’il ait été en
proie à une crise
d’épilepsie
lorsque sa voiture a
percuté la jeep de
l’armée syrienne
en 1992. "Six
jours après sa
mort, son corps a été
rapatrié vers un hôpital
de Zahlé. Il a
ensuite été inhumé
à la sauvette dans
son village
natal", a
poursuivi l’ONG.
Une cérémonie a été
organisée hier pour
l’inhumation du
corps, "mais il
a été demandé aux
parents de ne pas
ouvrir le
cercueil",
selon Ghazi Aad,
porte-parole de
Solide. "Sa
mère était en
visite chez lui il y
a deux semaines, et
il se portait très
bien. Les causes du
décès sont
toujours inconnues.
La version
officielle est
qu’il est mort
d’une crise
cardiaque",
a-t-il ajouté.
Dans une conférence
conjointe le 11 juin
au siège de la
FDHDH, les
associations Solide
et Solida s’étaient
dit préoccupées
par le sort de
Joseph Houeiss et
des autres personnes
présumées détenues
en Syrie et dont le
sort reste toujours
inconnu. "Tous
les rapports que
nous possédons
prouvent que les détenus
vivent dans des
conditions
difficiles et
dangereuses. Nous
avons bien peur que
les gouvernements
syrien et libanais
ne considèrent la
mort (des
prisonniers) comme
la seule solution
pour en finir avec
le dossier", a
indiqué Solide.
haut
Effets
positifs du démarchage
de Battle auprès
des Libanais d’Amérique
Trois cents
investisseurs
potentiels attendus
en septembre au
Liban
par PHILIPPE
ABI-AKL, publié
dans l'Orient-le
Jour le 9 juillet
2003
Quand
l'ambassadeur des
Etats-Unis au Liban
Vincent Battle sera
transféré, il aura
certainement droit,
comme le veut le
protocole, à la
rosette de l’Ordre
du Cèdre. En réalité,
c’est l’Ordre du
Mérite (libanais)
qu’il mériterait.
Parce que sa récente
tournée des
colonies libanaises
installées aux
States, transformée
en démarchage
apologétique au
profit de l’économie,
de l’épanouissement
du Liban, est un
franc succès. Délégué
autoproclamé des
intérêts du pays où
il est en poste,
meilleur représentant
à ce jour de feu le
ministère des Emigrés,
le diplomate a marqué
des points
importants. Il a
persuadé beaucoup
de nantis de
renoncer à tout
vendre au Liban pour
couper le cordon
ombilical, comme ils
l’envisageaient.
Et il a incité
quelque 300 hommes
d’affaires américains,
libanais, arabes ou
américains
d’origine
libano-arabe, à
venir en septembre
à Beyrouth
prospecter le marché.
Des investissements
en puissance : même
Hariri n’a pas
obtenu un score
aussi bon lors de
son voyage au Brésil.
La délégation aux
couleurs US fera la
tournée des
responsables comme
de toutes les régions,
relancera les
organismes économiques,
étudiera toutes les
possibilités,
depuis le lancement
de projets autonomes
jusqu’aux joint
ventures avec des résidents.
Dans la foulée, et
par la suite, il est
prévu qu’un
groupe comprenant
des dirigeants de
puissantes
compagnies opérant
dans les domaines de
l’eau, de l’électricité
et des technologies
de pointe vienne également
à Beyrouth en
mission
d’exploration.
Battle a jeté des
ponts en
communiquant à des
émigrés nantis le
carnet d’adresses
utiles qu’il a
pris le soin de
noter avant son départ
en tournée. De
premiers contacts préparatoires
sont donc déjà établis,
en vue d’une coopération
ou d’une
coordination ultérieures.
L’effort du
diplomate est
d’ailleurs relayé
par la Chambre de
commerce libano-américaine,
présidée par
Michel Farah. Cette
instance projette de
créer une structure
pour pérenniser
l’interaction
transcontinentale
dans le secteur privé.
Battle, quant à
lui, va en principe
expliciter sa
mission lors du
speech qu’il doit
prononcer ce soir.
Lors de la réception
donnée à
l’occasion (retardée
de cinq jours) de la
227e fête nationale
de l’Indépendance
américaine.
Cocktail qui doit réunir
quelque 3.000 invités
au pavillon royal du
Biel. Le report de
cette célébration
est justement dû à
l’absence du
diplomate. Ainsi
qu’à la
finalisation des
mesures de sécurité
spéciales prévues
pour cet événement.
Aux States,
rappelons-le, Battle
avait été
l’invité de la
Chambre de commerce
libano-américaine.
Qui avait pensé, et
bien pensé,
semble-t-il,
qu’une tournée de
l’ambassadeur américain
auprès des Libanais
d’origine aurait
un impact positif
certain. De fait,
Battle, dont le
programme était très
chargé, a sillonné
les Etats-Unis pour
répéter que la
situation au Liban
est meilleure
qu’il n’y paraît
du dehors. Pour
proclamer sa foi
dans le redressement
et la prospérité
de ce petit pays. En
soulignant ses
avantages, dans un
contexte de paix
future, à cause de
sa démocratie et de
son système économique
libéral. Il a plaidé
avec chaleur sinon
pour un retour des
émigrés dans la mère
patrie du moins pour
qu’ils resserrent
les liens, surtout
économiques, avec
leurs racines. En ne
cessant de répéter
que tout va de mieux
en mieux au Liban.
Il a répondu de façon
convaincante et
prometteuse aux
interrogations inquiètes,
axées notamment sur
la souveraineté de
ce pays. Enfin ce
soir au Biel, Battle
pourrait évoquer
des positions que
son gouvernement
compte prendre sous
peu pour marquer son
soutien au Liban.
haut
Canicule
: un effet de loupe
Les
dernières colères
climatiques nous
avertissent de ce
qui nous attend
par
SYLVESTRE HUET,
publié dans Libération
le 1er septembre
2003
Tempêtes d'hiver
(1999), canicules
d'été (2003)...
Qui oserait dire,
maintenant,
"qu'il n'y a
plus de
saisons". Les
dégâts d'une
rare ampleur, matériels
et humains, de ces
coups de colère météorologiques
offrent une caisse
de résonance sans
précédent aux
avertissements que
les climatologues
lancent depuis une
quinzaine d'années.
Cris d'alarme
jusqu'à présent
sans grands
effets, tant les
dangers du
changement
climatique
semblent lointains
et incertains
quand le remède
- brider la
consommation de
charbon, de pétrole
et de gaz -
heurte de front
les modèles économiques,
industriels et les
modes de vie
dominants. C'est
ainsi que le
timide accord de
Kyoto, signé en
1997, est
aujourd'hui sans
grande
signification avec
le refus des
Etats-Unis de
confirmer leur
engagement,
l'absence de signe
tangible de
renoncement aux
transports
routiers massifs
en Europe, ou la
croissance accélérée
du parc automobile
chinois. Quelles
sont, pourtant,
les leçons de cet
été brûlant ?
La première réside
dans le rude
impact de la météo.
"La
sensibilité des
sociétés aux aléas
climatiques ne
diminue pas. Les
pays riches qui
fonctionnent en
flux tendus
supporteront mal
les réarrangements
du système
climatique. Quant
aux pays pauvres,
le prix des
catastrophes
naturelles ne fera
que s'amplifier.
Le coût humain (du
changement
climatique, ndlr)
sera, à mon avis,
bien plus
important que ce
que nous croyons.
En tout cas bien
supérieur à
celui qui est nécessaire
pour limiter ce
changement en économisant
au maximum les énergies
fossiles." Edouard
Bard, professeur
au Collège de
France,
s'exprimait ainsi
dans Libération
en novembre. Prémonitoire
? Plutôt la
conscience d'une nécessaire
modestie face aux
forces de la
nature. La
science-fiction du
début du XXe siècle
proclamait le rêve
technicien d'une
maîtrise de la météo.
Elle décrit
aujourd'hui les
ravages d'un
climat déchaîné.
Paradoxalement,
c'est bon signe :
il faut que la
guerre s'éloigne,
que l'économie
tourne et que les
maladies se
fassent oublier
pour que les aléas
du temps ou les
colères de la
Terre deviennent
le principal
facteur d'inquiétudes
et de malheurs.
La deuxième leçon
consiste à
relativiser le
coup de chaleur de
cet été. Il fut
"seulement"
un peu plus long
et fort que les
grands précédents
de 1976, 1947 ou
1923, pour la
France. Le climat
n'a pas attendu d'être
influencé par
l'homme pour
montrer les crocs.
Mais l'évolution
du siècle passé
et les colères
actuelles de la météo
restent de la
petite bière à côté
de ce que nous
concoctons tous
les matins en
prenant notre
voiture. Si le
climat a, un peu,
changé depuis
1900 (moins de 1°C
en moyenne
annuelle et planétaire),
il pourrait
grimper de 5°C
d'ici à 2100 si
les émissions de
gaz à effet de
serre continuent
sur leur pente
actuelle. Toute la
différence entre
un changement déjà
perceptible à l'échelle
d'une vie et un
bouleversement de
l'ampleur du
passage entre une
ère glaciaire et interglaciaire.
Mais en un siècle.
L'incapacité des
climatologues -
peut-être
temporaire - à
décrire précisément
les conséquences
régionales de ce
bouleversement a
ralenti la prise
de conscience des
risques futurs ;
les à-coups de la
météo leur
donnent un aspect
plus concret et,
par là, plus
inquiétant.
La troisième leçon
est bien connue
des économistes :
toute adaptation a
un coût. Si la
canicule doit
revenir tous les
cinq ans,
construire
autrement ou
installer la
climatisation
devient nécessaire...
et de bon calcul.
Mais dans un
premier temps,
c'est un coût
supplémentaire.
L'ennui, c'est la
vitesse du
changement. Si le
climat doit
changer cinq fois
plus en cent ans
qu'au cours du XXe
siècle, la roue
de l'obsolescence
des précautions
va s'affoler.
Faut-il organiser
la reconversion
des stations de
moyenne montagne,
faute de neige, dès
maintenant ou
attendre vingt ans
? Doit-on prévoir
une consommation
d'électricité très
supérieure durant
l'été en 2010 ou
en 2030 ? Rude
question lorsqu'il
faut prévoir dix
ans à l'avance
l'installation
d'un équipement.
Les pays développés
pourront payer le
prix de
l'adaptation à
marche forcée,
mais les autres ?
La quatrième leçon
porte sur l'électricité.
La coupure géante
en Amérique du
Nord rappelle que
cette forme d'énergie
est devenue, littéralement,
vitale. Simultanément,
les rêves
alternatifs ont
pris du plomb dans
l'aile. Canicule
égale hautes
pressions
tranquilles, pas
terrible pour les
éoliennes. Le
solaire a toujours
un problème avec
la nuit. La géothermie
a sûrement de
l'avenir, dans
trente ans. Et la
faim d'électricité
dans les pays en développement
se fait sentir de
plus en plus
durement.
Conclusions ? Un,
la politique
structurelle la
plus importante à
mener consiste à
réduire les
consommations pour
le même service
rendu. Deux, il
n'existe
d'alternatives,
avant plusieurs décennies,
pour la production
de base alimentant
les mégalopoles
et les industries
que charbon, gaz,
nucléaire et
grands barrages.
Pour les quatre,
gros avantages -
du jus à gogo -
et gros inconvénients.
La dernière leçon
peut se lire en
rose ou en noir :
le climat seul
n'est rien, c'est
son interaction
avec
l'organisation
sociale qui pose
problème ou
permet des
solutions. Les
incendies de forêts
suivront la météo
tant que la seule
réponse sera les
bombardiers d'eau.
Pour que des
poulets meurent
par centaines de
milliers
d'hyperthermie,
encore faut-il
qu'ils soient élevés
en batterie. Si
gouverner c'est prévoir,
alors tout
gouvernement doit
s'attacher à améliorer
la prévention des
coups durs du
temps qu'il fera -
dont les
scientifiques nous
annoncent qu'ils
seront plus fréquents
et plus aigus -
et, simultanément,
diminuer la
perturbation supplémentaire
que les hommes
sont en train de
lui infliger. On
peut compter sur
les électeurs
pour exiger de
l'action sur le
premier volet. A négliger
le second de
long terme, sans
aucun bénéfice
immédiat ni électoral
tout
gouvernement
montre les véritables
limites de ses
ambitions.
haut
L’été
2003, une saison
faste pour les
compagnies
d’aviation
desservant Beyrouth
De juin à
septembre, des
avions qui affichent
complet
par PATRICIA
KHODER, publié dans
l'Orient-le Jour le
25 août 2003
Pour
l’aéroport de
Beyrouth ou encore
pour les compagnies
d’aviation opérationnelles
au Liban, l’été
2003 était bien
faste. Actuellement,
ces entreprises se
préparent aux
grands départs et
l’overbooking est
roi, au point que
certains agents rêvent
de "pouvoir
installer les
passagers sur les
ailes des
avions". De
juin à septembre,
des vols supplémentaires
réguliers ont été
prévus. D’autres
vols appelés "extrasections",
que les compagnies
ajoutent à leurs
horaires selon les
besoins, figurent également
au programme de
plusieurs
entreprises. Qui
sont les passagers
qui ont emprunté
les vols vers et à
partir de Beyrouth?
Des touristes arabes
certes mais aussi et
surtout des Libanais
établis à l’étranger
retournant au pays
pour les vacances et
en provenance
notamment des
Etats-Unis, du
Canada, d’Amérique
latine et
d’Europe. Pour les
mois de juillet,
d’août et de
septembre, la MEA a
ajouté à ses vols
réguliers -
qui affichent
complet - 26
"extrasections",
qui desserviront les
lignes de
Beyrouth-Ryad (4
vols réguliers par
semaine),
Beyrouth-Koweït
City, Beyrouth-Dubaï
et Beyrouth-Londres
(trois destinations
desservies chacune
par un vol quotidien
régulier) et
Beyrouth-Paris
(trois vols
quotidiens en
collaboration avec
Air France). A
la MEA, on n’omet
pas de préciser que
les vols qui
empruntent
d’autres lignes
européennes et
arabes, notamment
les allers-retours
vers Francfort, Düsseldorf,
Amman et Le Caire,
sont pleins.
Certaines compagnies
d’aviation arabes
ont pratiquement
doublé le nombre de
leurs vols
desservant Beyrouth.
C’est le cas de
Qatar Airways qui
effectue tout au
long de l’année
un vol régulier de
Beyrouth à Doha et
vice versa. De
juillet à
septembre, la
compagnie a décidé
de desservir cette
ligne avec deux vols
quotidiens réguliers. La
bonne humeur règne
à la Saudi Airlines,
laquelle affiche
complet depuis le début
de l’été. Et
depuis le 10 août,
ce sont les avions
qui empruntent le
chemin du retour
vers les villes
saoudiennes qui sont
pleins à craquer.
En basse saison, la
compagnie saoudienne
dessert le Liban
avec 10 vols réguliers
par semaine, 5 au départ
de Djeddah et 5
autres au départ de
Ryad. Du 15 juin au
30 septembre, une
dizaine de vols réguliers
hebdomadaires ont été
ajoutés. Ainsi,
depuis le début de
l’été, tous les
jours, deux avions
atterrissent à
Beyrouth, l’un en
provenance de
Djeddah et l’autre
de Ryad. Les
mercredis et
samedis, un vol en
provenance de Dammam
se pose à l’AIB. A
la fin du moins
d’août, et si le
besoin s’en fait
sentir, la compagnie
mettra à la
disposition de ses
passagers cinq vols
supplémentaires.
Les avions de la KLM,
de la British
Airways et d’Air
France, en
provenance ou en
partance vers
Amsterdam, Londres
et Paris, affichent
également complet.
Auprès de ces
compagnies, on vous
parle surtout des émigrés
libanais qui
prennent l’avion
de New York, Montréal,
Rio, Bogota et
beaucoup d’autres
villes du Nouveau
Continent, pour
emprunter ensuite
une connexion
d’une capitale
européenne vers
Beyrouth. La
KLM, qui avait allégé
ses activités vers
la capitale
libanaise durant la
guerre d’Irak, a
repris ses vols
quotidiens réguliers
vers Beyrouth dès
le mois de juin. Les
avions sont pleins
et selon le nombre
des passagers, deux
types de Boeing opèrent
la ligne
Amsterdam-Beyrouth.
On précise également
que du 25 août au 7
septembre, les
avions de la ligne
Beyrouth-Amsterdam
sont surbookés.
Même son de cloche
à la British
Airways, où l’on
explique -
comme partout
ailleurs - que
de la mi-juin à la
mi-juillet, ce sont
les avions qui
arrivent à Beyrouth
qui "font face
à la
pression". Au
mois d’août,
c’est le départ
de la capitale
libanaise qui
devient difficile. Dès
la fin de ce mois et
jusqu’au 10
septembre, les
avions de la British
Airways sont surbookés.
La plupart des
passagers qui
empruntent les 11
vols hebdomadaires
Beyrouth-Londres (et
vice versa) de la
compagnie sont
libanais. Ils
effectuent des
correspondances dans
la capitale anglaise
vers plusieurs
destinations améicaines. Air
France a maintenu
ses trois vols
quotidiens vers
Beyrouth, en
collaboration avec
la MEA. Pour l’été
2003, quatre
extrasections, soit
quatre vols supplémentaires
ont été prévus.
Deux sont assurés
par l’entreprise
française et deux
autres par la
compagnie libanaise.
Les passagers des
avions d’Air
France, pleins
depuis le mois de
juin, ne viennent
pas uniquement de
Paris mais aussi de
diverses villes d’Amérique
du Nord et d’Amérique
latine ainsi que des
capitales
africaines, Air
France étant
l’une des rares
compagnies présentes
au Liban à
desservir les pays
d’Afrique française. Plus
de 350.000 voyageurs
(transit, aller et
retour) ont emprunté
au cours du mois de
juillet dernier
l’aéroport de
Beyrouth. Selon les
informations dispensées
par l’AIB, ce
chiffre est supérieur
de 14% à celui
enregistré en
juillet 2002. Pour
l’AIB et pour les
compagnies
d’aviation, l’été
2003 était bien
faste. Une manière
peut-être de
couvrir les pertes
occasionnées par la
guerre d’Irak et
d’effectuer des
gains.
haut
De
précieuses réserves
d'eau douce en
pleine mer Méditerranée
L'histoire géologique
du bassin méditerranéen
a favorisé la création
de véritables rivières
qui, après avoir
traversé des
terrains calcaires,
jaillissent au large
des côtes. Une de
ces sources vient d'être
captée non loin de
Menton
par CHRISTIANE
GALUS, publié dans
le Monde du 30
juillet 2003
En Méditerranée,
juste à proximité
des côtes, de
nombreuses sources
d'eau douce se déversent
en mer, ce que les
pêcheurs et les
marins ont depuis
longtemps observé
quand la mer est
calme : des
remous
apparaissent en
surface, et le
milieu prend des
teintes
inhabituelles. Les
hommes de
l'Antiquité ne
s'y sont pas trompés,
qui, il y a 3.000 ans,
ont essayé de récupérer
cette manne sur l'île
de Ruad (Syrie).
Les Phéniciens y
avaient construit
un dispositif de
captage qui
alimentait la
ville d'Amrit. Les
marins grecs, eux
aussi,
recueillaient
l'eau de certaines
sources
sous-marines au
moyen d'amphores
retournées et
lestées.
Aujourd'hui, face
à la pénurie
grandissante d'eau
potable et à
l'augmentation des
populations sur le
pourtour de la Méditerranée,
il est tentant de
récupérer l'eau
de telles sources
dont quelques-unes
sont exploitables.
Certaines en effet
sont saumâtres.
D'autres trop éparpillées
dans des lits de
gravier et donc
difficiles à
capter. D'autres
enfin sont situées
à trop grande
profondeur. Or,
pour qu'une
exploitation soit
rentable, il faut
que ces sources ne
soient pas
distantes de plus
de 3-4 kilomètres
de la côte et
qu'elles soient
situées à une
profondeur
maximale de 100 mètres.
Plus légère
que l'eau de mer
Une première
tentative de récupération
d'eau douce a été
conduite avec succès
le 23 juillet
sur la source
italienne Mortola
par la société
Nymphea Water, une
filiale de Géocéan
créée en 1984
par Pierre Becker,
ancien directeur
de la Comex. La
source, qui se
trouve à 800 mètres
de la côte, entre
Menton et
Vintimille,
jaillit à 36 mètres
de profondeur.
"L'eau,
plus légère que
l'eau de mer,
remonte
naturellement
jusqu'à la
surface et offre,
sans installation
de pompage, un débit
de 150 litres/heure",
explique
Paul-Henri Roux,
directeur
commercial de
Nymphea Water.
Mais, précise-t-il,
"il ne
s'agit encore que
d'une unité
pilote, qui a coûté
2 millions d'euros
et qui sera testée
un an afin d'évaluer
les conditions
scientifiques et
économiques d'une
possible
production
industrielle".
L'installation de
prélèvement a été
mise en place grâce
à un navire océanographique
de la Comex, le Minibex,
et avec le
concours de
plongeurs et à
l'aide de robots
sous-marins. La
source a d'abord
été recouverte
d'un socle en
acier inoxydable,
qui assure en même
temps l'étanchéité
du système. Cette
lourde pièce ancrée
au fond par des câbles
est surmontée
d'une sorte de
trompette renversée
et d'une coupole
en plexiglas épais,
ouverte vers le
bas. Cette dernière
produit de l'air
comprimé qui
permet de réguler
le débit de la
source en évacuant
l'eau en excès.
Une technique qui
empêche que l'eau
douce ne se mélange
à l'eau de mer.
Par l'intermédiaire
d'un tuyau souple
de 25 centimètres
de diamètre,
l'eau de la source
monte
naturellement vers
la surface de la
mer, où a été
installée une
fontaine en inox
de 6 mètres
de diamètre,
ouverte à l'air
libre et qui
flotte grâce à
un ensemble de
plusieurs grosses
bouées.
Observer le
jaillissement
Le public, mais
aussi les équipes
de techniciens et
de scientifiques,
peuvent ainsi
observer le
jaillissement de
l'eau car la
fontaine restera
en place pendant
l'été. Puis elle
sera démontée,
l'eau de la source
continuant à
sortir en mer par
l'intermédiaire
de la coupole
translucide.
L'unité de
captage, quant à
elle, demeurera en
place pour
effectuer des
mesures relatives
à la qualité de
l'eau douce, à
son degré de
salinité et à sa
composition minérale.
Ces données
devraient
permettre aux
hydrogéologues de
Nymphea Water de déterminer
son origine géographique
en mesurant la
quantité
d'isotopes O16
et O18
présents dans
l'eau. Leur
proportion varie
avec la température
des eaux de pluie
tombant sur le
bassin versant qui
alimente la source
et évolue aussi
en fonction de
l'altitude. "Nous
pourrons ainsi
remonter le
courant et
retrouver sa trace",
affirme le géologue
Ghislain de
Marsily (université
Paris-VI),
conseiller de
Nymphea Water. Les
renseignements
recueillis par le
prototype de
captage serviront
aussi à réaliser
une modélisation
des écoulements
d'eau sur un an.
Cette modélisation
sera ensuite étendue
aux trente années
précédentes, en
tenant compte des
données pluviométriques
fournies par Météo
France. Enfin, les
scientifiques
souhaitent dater
la source, un
travail délicat,
car deux dates
sont possibles :
il y a 5 millions
d'années, quand
la Méditerranée
s'est asséchée
avec la fermeture
du détroit de
Gibraltar ou il y
a 20 000 ans,
lors de la dernière
glaciation, quand
le niveau de la
mer est descendu
de 120 mètres.
Pendant l'année
à venir, Nardo
Vincente, spécialiste
de biologie marine
et professeur à
la faculté des
sciences
Aix-Marseille,
conduira également
une étude sur le
site de la source
et fera un
inventaire de la
faune et de la
flore sous-marines
qui y sont présentes.
Ainsi pourra-t-on
déterminer le rôle
que joue cette eau
de source dans
l'environnement
marin. Si c'est nécessaire,
"nous
pouvons
parfaitement
envisager de ne prélever
qu'une partie de
cette eau",
précise M. Roux.
D'ores et déjà,
un certain nombre
de pays du
pourtour méditerranéen
ont fait part de
leur intérêt
concernant
l'exploitation des
sources d'eau
douce en mer :
la Syrie, le
Maroc, le Liban,
Chypre, la Grèce,
l'Espagne. Mais
aussi les pays du
Golfe, Oman et les
Emirats arabes
unis. A terme,
tous les espoirs
sont permis... Il
faut toutefois
rappeler qu'une
tentative de
captage avait déjà
été faite sans
grand succès sur
la source de
Port-Miou, dans
les calanques de
Cassis, il y a
vingt ans par le
Bureau de
recherches géologiques
et minières et la
Société des eaux
de Marseille. Mais
la réalité du
terrain est différente
de celle de la
source Mortola.
Celle de Port-Miou
débouche sur une
falaise par un
conduit
horizontal. Pour
capter ses eaux,
dont le débit est
dix fois supérieur
à celui de la
source Mortola, il
avait fallu
creuser un puits
vertical sur
terre, à 1 kilomètre
de la côte. Les
eaux recueillies
s'étaient révélées
trop salées, et
l'installation
n'avait pas résisté
aux crues.
Les doutes de
Robin des bois
Le captage des
eaux de la source
Mortola suscite
des réactions
hostiles de la
part de
l'association
Robin des bois,
qui accuse la société
Nymphea Water de
"confisquer
ces eaux douces
sous-marines sans
permis de
recherche, sans
enquête publique
et sans étude
d'impact
environnemental préalable".
En réponse à ces
critiques, Nymphea
Water précise que
la société a
obtenu une
concession de la
mairie de
Vintimille
(Italie) et des
autorités
italiennes " pour
une occupation
temporaire d'un
espace public"
d'une durée de
trois ans. A
condition que soit
menée simultanément
une étude
environnementale.
La mairie de
Menton a accordé
par délégation
une autorisation
similaire. La
source est en
effet située en
territoire
italien, mais il
existe une
convention de coopération
transfrontalière
entre Menton et
Vintimille sur les
ressources en eau.
haut
Le
père Jean Corbon
plus actuel que
jamais
Numéro spécial de
"Proche-Orient
Chrétien"
consacré à
l’auteur de
"l’Eglise des
Arabes"
par FADY NOUN,
publié dans
l'Orient-le Jour le
2 août 2003
Il était grand
parce qu’il
savait parler sans
blesser. La revue
trimestrielle
Proche-Orient Chrétien
(POC) publie un
numéro spécial
(tome 52) consacré
au prêtre français
Jean Corbon,
l’une des
figures ecclésiastiques
les plus
attachantes du
paysage religieux
libanais de la
seconde moitié du
XXe siècle. La
revue reproduit
les textes d’un
colloque spécial
consacré au père
Corbon, à l’Université
Saint-Esprit de
Kaslik, un an après
sa disparition
tragique. Elle
donne la mesure
d’un homme dont
l’œuvre maîtresse,
L’Eglise des
Arabes, publiée
voici trente ans,
préfigurait tout
le chemin que
devait accomplir,
au cours des trois
décennies qui ont
suivi, les Eglises
catholiques du
Liban, pour
rejoindre leurs
destinées et
s’identifier à
la vocation que
l’histoire avait
choisie pour eux.
Né à Paris le 29
décembre 1924,
Jean Corbon, élève
brillant, décide
très jeune
d’entrer dans la
Société
missionnaires d’Afrique,
les "Pères
blancs".
Mobilisé par les
alliés, en 1943,
il participe à la
campagne
d’Italie. Ordonné
en 1951, il se
rend en 1955 en
Egypte pour un
stage ches les
dominicains. En
1956, en vacances
d’été au
Liban, il est
victime d’un
grave accident de
moto sur la route
du petit séminaire
de l’Eglise
grecque-catholique,
à Rayack. Son séjour
prolongé au Liban
lui permet de
saisir le rôle
vital que peut
jouer ce pays dans
les relations œcuméniques
et le dialogue
islamo-chrétien.
Il découvre ainsi
sa vocation
orientale définitive. A
la suite d’une série
de décisions et
de révisions de
vie, il rejoindra
l’Église
grecque-catholique
et s’installera
au Liban, où il
se consacre
notamment à la
formation du clergé.
Par une de ces
ironies du sort
dont sont tissées
parfois les vies,
le père Corbon décédera
tragiquement à
Beyrouth, au
volant de sa
voiture, le
dimanche 25 février
2001.
La revue reproduit
les textes du
colloque, répartis
en quatre grandes
séances : témoignage
de vie, réflexion
sur L’Eglise
des Arabes,
le maître ouvrage
du père Corbon,
l’unité et la
diversité et l’œucuménisme
spirituel. Les
deux dernières
parties parlent de
l’œcuménisme
qui, avec le
dialogue
interreligieux, a
occupé la plus
grande partie de
la vie du père
Corbon. La partie
biographique du
colloque aurait
gagné à être
plus étoffée.
Heureusement, le témoignage
de Mgr Georges
Khodr, évêque
grec-orthodoxe du
Mont-Liban,
compense ce manque
par sa sensibilité
et sa beauté.
"Le grand héritage
reçu par ceux qui
gardent vivante en
eux la mémoire de
Jean Corbon est,
au-delà de toute
la littérature
qu’il a laissée,
qu’il fut doux
et humble de cœur
dans une
transparence qui
pour moi était
tout spécialement
féérique.
L’absence totale
du moi haïssable,
de la colère, de
la vanité académique,
de l’esprit
sectaire dans une
pureté exaltante
a montré que le
Christ était pour
lui la seule réalité
prenante", écrit
en particulier Mgr
Georges Khodr.
Quoi de plus
banal...
A l’ouvrage
L’Eglise des
Arabes, qui résume
en un sens la vie
du père Corbon et
préfigure le
synode pour le
Liban, est consacrée
pour la deuxième
séance du
colloque.
"Quoi de plus
banal
aujourd’hui que
de lire un titre
ainsi formulé, écrit
l’archevêque
Boulos Matar, dans
un mot
d’ouverture.
Mais il y a 25
ans, il était jeté
comme un pavé
dans la mare. L’Occident
en général n’était
pas encore capable
de le comprendre,
car il continuait
de vivre sous
l’influence des
impérialismes, et
d’une relation
primaire des
relations entre
christianisme et
islam. Quant à
l’Orient, il
acceptait avec
difficulté une
telle formulation.
C’est à peine
s’il pouvait
accepter des
titres comme L’Eglise
dans le monde
arabe ou L’Église
avec les Arabes
(...). Imaginons
le chemin parcouru
!"
L’ouvrage est
ensuite commenté
par Tarek Mitri,
un laïc
grec-orthodoxe, et
le père Samir
Khalil, un jésuite
qui préside aux
destinées du
Cedrac, le Centre
de documentation
et de recherches
arabes chrétiennes
de l’Université
Saint-Joseph.
Voilà ce qu’en
dit en particulier
Tarek Mitri,
coordinateur du
bureau des
relations
interreligieuses
au Conseil œcuménique
des Eglises (COE)
à Genève :
"(...) Dans
la logique de L’Eglise
des Arabes,
la vocation de témoignage
est appelée à
corriger le souci
de survie. Ainsi,
les chrétiens
sont appelés,
au-delà du
narcissisme
communautaire
qu’analyse Jean
Corbon sans trop
le condamner, à
s’opposer à
l’oppression de
la majorité et de
la minorité,
menacées ensemble
et non seulement
en parallèle.
Moins alarmistes
face à
l’islamisme,
conscients des
limites de son
projet mais
sensibles à son
appel et à sa résonnance
- dans la mesure où
il se veut une dénonciation
d’injustices réelles
et un appel au
ressourcement
contre la
banalisation
croissante de la
vie -, les chrétiens
chercheraient un
authentique
dialogue de la
citoyenneté et
une vraie
ouverture au bien
commun."
Un témoignage
accablant
Pour la
contribution du père
Corbon au dialogue
œcuménique,
"non
seulement le Liban
et le
Proche-Orient,
mais l’Eglise
entière est
redevable au père
Corbon", écrit
l’archevêque de
Vienne, le
cardinal Christoph
Schönborn. La
synthèse d’un
demi-siècle de
dialogue œcuménique
est faite par le père
Frans Bouwen,
membre de la Société
des missionnaires
d’Afrique, les
"Pères
blancs", qui
exerce son ministère
à Jérusalem
depuis une
trentaine d’années.
Le père Bouwen
est directeur de
Proche-Orient Chrétien.
Son exposé est
accablant, pour
les Eglises engagées
dans le dialogue.
On y voit aussi
clairement que le
jour que la théologie
est en avance sur
les institutions,
et que ces dernières
subsistent, même
quand il n’y a
plus aucune raison
théologique
qu’elles
demeurent séparées.
Ainsi, dans le cas
de l’Eglise
grecque-orthodoxe
et des Eglises
orientales
orthodoxes de
tradition non
chalcédonienne
(arménienne,
copte, éthiopienne,
syriaque). "Pourquoi
continuer à œuvrer,
à se fatiguer, à
prier pour
l’unité, si nos
Eglises de toute
façon n’ont pas
le courage ou la
volonté d’aller
de l’avant ?
Nous n’avons pas
le droit d’écarter
à la légère de
telles
questions",
commente le père
Bouwen.
Pour sa part, le
cardinal Shönborn
nous fait découvrir
une facette
inconnue et
fascinante de la
personnalité du
P. Corbon Théologien
dominicain, le
cardinal Schönborn
a été le maître
d’œuvre du catéchisme
de l’Eglise
catholique, et le
père Corbon était
l’un de ses
collaborateurs. A
ce dernier est
revenu "par
je ne sais quel aléa
de la
Providence"
dit Schönborn, le
privilège de
donner une
dimension
orientale à la réflexion
théologique
contenue dans le
catéchisme. Il y
a commenté
notamment le
Notre-Père. Le père
Corbon contribua
également aux
articles du cathéchisme
sur les
sacrements. On lui
demanda aussi, à
la toute dernière
minute, un petit
texte sur les funérailles.
Il y écrivit en
mots de lumière :
"Le chrétien
qui meurt dans le
Christ Jésus
quitte ce corps
pour aller
demeurer dans le
Seigneur (...). Le
jour de la mort
inaugure pour le
chrétien, au
terme de sa vie
sacramentelle,
l’achèvement de
sa nouvelle
naissance commencée
au baptème (...).
L’Eglise qui,
comme Mère, a
porté
sacramentellement
en son sein le chrétien
durant son pèlerinage
terrestre,
l’accompagne au
terme de son
cheminement pour
le remettre entre
les mains du Père."
Où se trouve
aujourd’hui un
homme qui fut
"modeste
jusqu’à
l’effacement",
pour citer Mgr
Joseph Kallas,
archevêque
grec-catholique de
Beyrouth, au cours
de la messe de clôture
du colloque. On
doit au père
Corbon les textes
de nombreux
articles et homélies,
ainsi que des
notes personnelles
et une
correspondance
familiale. Ces écrits
feront l’objet
de quatre tomes séparés,
dont le premier,
un recueil d’homélies,
devrait paraître
à l’automne ou
au cours de
l’hiver
2003-2004.
"Proche-Orient
Chrétien",
une revue unique
en son genre
Proche-Orient
Chrétien est
une revue
trimestrielle d’études
et
d’informations
unique en son
genre, éditée
sous la direction
des Pères Blancs
de Sainte-Anne à
Jérusalem, en
collaboration avec
la faculté des
sciences
religieuses (FSR)
de l’Université
Saint-Joseph. Proche-Orient
Chrétien publie,
dans un esprit œcuménique,
des articles et
des chroniques
suivis sur
l’histoire, la
pensée théologique,
la spiritualité
et la vie actuelle
des Eglises de la
Méditerrannée
orientale. Les
contributions sont
de la main de théologiens
et de chercheurs
aussi bien du
Proche-Orient que
de l’Occident.
La revue est
disponible dans
certaines
librairies spécialisées.
On peut aussi
l’obtenir auprès
de la faculté des
sciences
religieuses de
l’USJ, téléphone
+961.1.327.459 ou
encore à
l’adresse électronique
: pblinled@dm.net.lb
. L’abonnement
normal et
l’abonnement de
soutien sont
possibles.
haut
Doutes
et amours des
Palestiniens de
Beyrouth
Au Liban, le cinéaste
égyptien Yousri
Nasrallah tourne une
adaptation du roman
d'Elias Khoury
"La Porte du
Soleil". Il a
choisi cet ouvrage,
"la seule œuvre
littéraire arabe
qui raconte
l'exode" de
1948, parce qu'il
parle des
Palestiniens
"non comme
d'une cause, mais
comme
d'individus"
par DOMINIQUE LE
GUILLEDOUX, publié
dans le Monde du 23
août 2003
Le monde d'Ihab,
c'est les chèvres
et les boucs qu'il
élève dans un enclos
tapissé de sable
rouge, le long
d'un boulevard périphérique
de Beyrouth. Le
vent est tiède,
la nuit tombe. Il
boit du thé,
mange des patates.
Le garçon de 18 ans,
d'une minceur athlétique,
ne sait pas ce qui
se passe à côté.
Tout à coup un
flot de lumière
inonde la vaste
cour. Ihab sort,
grimpe sur le
terrain vague qui
surplombe son
enclos et le
boulevard. Il se
tient un peu à l'écart.
Il voit une
nacelle, une caméra.
Des pneus, des
ordures, des
fourmis géantes,
une odeur d'excrément,
de putréfaction.
Des maisons
cubiques avec
terrasses bricolées,
d'autres bâties
avec des
parpaings. Deux
buts de football,
des poils de
mouton. Le trafic
automobile
serpente entre des
immeubles en
construction. Les
enfants s'arrêtent
de jouer, bouche bée.
Une trentaine
d'hommes et de
femmes, des
machinistes, des
assistants,
marchent dans tous
les sens,
installent les
figurants, des
jeunes
Palestiniens du
camp de Mar Elias
(camp de Saint
Elie, dans le
secteur de Mazraa,
construit sur des
terrains prêtés
par l'archevêché
grec-orthodoxe).
L'armée libanaise
veille. Bijou, l'éclairagiste,
communique par
talkie-walkie avec
un collègue qui a
installé une
poursuite
ultrapuissante sur
le toit d'un
immeuble. L'un des
acteurs
principaux, la
star syrienne
Bassel Kayat, est
en place. Le
maquilleur, Jérôme
Jardin, lui
noircit le visage.
"Action !"
Bassel regarde la
caméra en levant
les yeux au ciel.
Il porte haut son
arme, les jeunes
Palestiniens
l'entourent. Il ne
tient plus en
place et crie :
"Nous
sommes devenus des
dieux."
Lui et ses
comparses ouvrent
le feu. Des
flammes orange éclairent
leur visage. Nous
sommes en 1969,
quand le héros
vient de regarder
à la télévision
le premier homme
marcher sur la
Lune. "Cut !",
crie Yousri
Nasrallah. Le réalisateur
égyptien est
satisfait. Le
temps presse. Les
garçons du camp
s'impatientent,
cherchent la
bagarre, veulent
de l'argent. L'équipe
remballe à la hâte
le matériel. "D'abord,
sauver le
matos."
Yousri ne prend
pas au sérieux
les menaces des
adolescents. Il a
déjà connu pire
au cours du
tournage :
Chatila, où il
n'y a plus de
Palestiniens mais
le lumpen libanais
et syrien,
responsable de 25 %
de la criminalité
de Beyrouth ;
Ain El Helwa, le
plus grand camp
palestinien du sud
du Liban (à
l'entrée sud-est
de Sidon). "Nous
étions dans une
grâce
extraordinaire."
Yousri et ses
assistants calment
les bad boys.
"Ils ont
besoin d'amour et
de tendresse",
lâche Yousri.
"Que ce
soit
lumineux"
Dans une ruelle du
camp, Om Ali, une
Palestinienne de
70 ans, a
sursauté aux
coups de feu :
"Je
pensais qu'il y
avait un entraînement."
Elle était prête
à venir chanter
en guise
d'encouragements :
"En
Palestine à 100 %.
Chaque jour, 100 opérations
militaires, et toi
Palestine, tu vaux
mieux que toutes
les nations !"
Sharif, 27 ans,
diplômé en
graphisme et en
design, a
volontiers prêté
son visage pour le
film : "A
travers deux
histoires d'amour,
on retrace l'épopée
des Palestiniens
de 1948 aux
accords d'Oslo.
Nous devons
sensibiliser les
gens à notre
cause, pas
seulement à
travers un
discours politique
mais en montrant
la petite histoire
des individus,
leurs passions,
leurs doutes, leur
force, leurs
souffrances."
Ihab, le berger de
la ville, rentre
dans son enclos.
Il a connu sa
première nuit de
cinéma. Dans le
stade Malaab-Borj
Hammoud, on entend
le chant du
muezzin et le
carillon des
cloches. La
chaleur est étouffante.
Trois parasols
seulement. La comédienne
Hala Omran se fait
maquiller. "Je
veux que ce soit
lumineux, que les
yeux sortent, elle
est paysanne",
ordonne Nasrallah.
Une machiniste se
fait transporter
sur une brouette
en rigolant.
D'autres
techniciens, égyptiens,
libanais, syriens,
jouent avec leurs
muscles, se
tripotent, font le
poirier, se
battent, dansent,
s'envoient des
grains de riz, du
sable, de l'eau,
s'insultent.
Tout le monde est
prêt pour la scène
sur le banc.
L'acteur est
assis, le visage
fatigué. Hala
Omran s'approche,
lui parle
doucement. Il arme
son fusil. Elle
sursaute, ne
supporte plus le
cliquetis des
armes, ne supporte
plus l'homme en
face d'elle. Le
tournage a duré
plusieurs mois. "Cut !"
Elle n'en peut
plus, éclate en
sanglots sur l'épaule
d'une assistante.
L'acteur syrien s'énerve :
"J'ai 4 kilos
de lumière dans
la gueule."
On attend.
L'actrice finit
par éclater de
rire. Plus tard,
dans une voiture
mitraillée, elle
doit mourir. Le
faux sang remonte
de la gorge, dégouline
dans ses yeux.
Elle doit
tressaillir. "Plus
fort, plus fort !",
lui souffle le réalisateur.
Elle devient
convaincante à la
troisième prise.
Le lendemain,
mille figurants,
des hommes en
treillis, des
femmes, des
enfants sont sur
le stade depuis
trois heures du
matin. Une partie
des jeunes gens
sont des appelés
de l'armée
libanaise. C'est
la reconstitution
du départ des
Palestiniens de
Beyrouth pour
Tunis. Les camions
ronflent. Les
combattants se
frayent un passage
dans la foule de
femmes et
d'enfants, se
hissent à bord.
On leur jette des
grains de riz, des
pétales de
fleurs. Entre les
scènes, les
figurants tombent
comme des mouches.
A la fin de la
journée, le réalisateur
s'énerve : "Vous
n'êtes que des ânes."
Une petite fille
prend peur de tous
ces mouvements et
ne cesse de
pleurer. Une femme
s'en prend aux
techniciens. Un
homme veut casser
la gueule au réalisateur,
celui-ci est prêt
à se battre :
on les sépare,
tandis qu'un jeune
homme appuie sur
la détente d'une
arme à vide. Les
figurants s'échappent.
Tout le monde
s'apaise. La sueur
dégouline.
"Plus
aucune
attention"
Mavie, figurante
de 15 ans qui
rêve de cinéma,
est déçue :
"Je
croyais que les
autres figurants
étaient des gens
éduqués." Salim,
un appelé de 21 ans,
élève ingénieur,
est sûr que
personne au Liban
ne voudra voir ce
film : "Il
n'y a plus aucune
attention vis-à-vis
des Palestiniens
parce qu'ils sont
considérés comme
l'une des causes
de la guerre dans
notre pays. Moi je
m'en fous. La
seule chose qui
m'intéresse,
c'est d'avoir un
visa pour
l'Europe." A
Douma, village
perché dans la
montagne dans le
nord du pays, l'équipe
s'installe devant
trois oliviers
millénaires, au
bord d'une route.
On peut se cacher
dans les arbres énormes,
crevassés. Rim
Turki, actrice
française
d'origine
hispanico-tunisienne,
est assise avec
Hassan, 6 ans,
qui joue le rôle
de son fils,
Salem. La préparation
est longue. Hassan
est autiste, mais
il n'en paraît
rien. Sourire
coquin. Envie de
jouer. Rim est
lumineuse,
concentrée.
Pendant des heures
elle improvise des
jeux avec Hassan
et, lors des
prises, la
complicité est
totale. "Tu
vois, mon fils :
ton grand-père,
ton père venaient
jouer dans ces
oliviers. C'est à
ton tour
maintenant."
La scène est
supposée se dérouler
en Galilée.
En pleine nuit,
l'héroïne,
vieillie, retrouve
son mari, venu
secrètement de
son exil du Liban.
Au crépuscule de
sa vie, enfin,
elle parle. A
l'officier juif
polonais qui
l'avait interpellée
un jour, elle se
souvient avoir dit :
"C'est
vrai que vous, les
juifs, vous avez
souffert. Mais
votre souffrance
ne vous donne pas
le droit de nous
faire souffrir. Va
en Pologne, là
d'où tu viens, ou
reste ici, ça
m'est égal, mais
fous-moi la
paix."
Elle enlace son
mari, le
contemple, lui le
réfugié, au
creux de cet
olivier. Leur
amour n'a été
qu'un jeu, une
illusion, peut-être
un mensonge. "Toi,
si plein
d'histoires. Je me
taisais, je t'écoutais
et je me disais :
si seulement je
pouvais vivre les
rêveries dans
lesquelles tu
vis."
Deux histoires
pour retracer
l'Histoire
L'un est dans le
coma, l'autre est
provisoirement médecin.
Younès aimait
rire. Khalil lui
raconte son
histoire. Younès
semble sans âme.
Khalil, sans
avenir. Leurs
histoires s'entremêlent,
retraçant le
destin des
Palestiniens
depuis la Naqba
("la
Catastrophe"),
l'exil palestinien
de 1948, jusqu'aux
accords d'Oslo
(1995). Younès se
marie avec Nahila
à l'âge de 14 ans,
en 1943. Pas
d'amour. En 1948,
le jeune homme
part pour Chatila
au Liban, Nahila
se cache dans une
grotte en Galilée.
Younès devient
fou de sa femme.
Il traverse la
frontière
clandestinement,
souvent. Lorsque
les Israéliens
s'inquiètent de
la paternité de
ses enfants,
Nahila répond
qu'elle se
prostitue. Khalil,
militant révolutionnaire,
est plus jeune. Sa
liaison avec Chams
est complexe.
Celle-ci a un
autre amant,
qu'elle tue par
amour pour Khalil.
Celui-ci, soupçonné
du meurtre, est la
risée du camp ;
il se réfugie à
l'hôpital.
D'autres histoires
se tissent :
une juive
libanaise installée
en Israël a le
mal du pays, une
autre juive
d'origine
allemande est
amoureuse d'un
Palestinien de
Gaza. "Ce
sont les femmes
qui portent le
film",
confie Yousri
Nasrallah.
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Il
y a 58 ans, le
martyre d'Hiroshima
Nucléaire - 230.000
morts fauchés par
la première bombe A
paru dans
l'Orient-le Jour le 7
août 2003
Hiroshima
a marqué hier le
58e anniversaire de
sa destruction par
une bombe atomique
américaine. Pour
rendre hommage aux
plus de 230.000
victimes de la déflagration
nucléaire, une
foule rassemblant
des milliers de
Japonais, parmi
lesquels des rescapés,
s’est réunie
comme chaque année
pour une séance de
prières au Parc de
la Paix, situé à
proximité du lieu
d’impact de la
bombe. Le maire de
la ville martyre a
appelé le président
américain George
Bush ainsi que les
dirigeants de toutes
les puissances nucléaires
à se rendre sur
place et à
constater de visu
les dégâts causés
par les armes nucléaires.
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