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PRESSE  RJLIBAN  N°94 - sélection du printemps 2003 (3)  

                                       

 
L'abandon de la liaison Montréal-Beyrouth suscite la controverse

paru dans la Presse Canadienne le 3 juin 2003

L'abandon de la liaison aérienne directe Montréal-Beyrouth a été dénoncé par les autorités consulaires libanaises à Montréal, alors qu'un spécialiste du Proche-Orient y a vu une ingérence américaine dans les affaires canadiennes. A Ottawa, le Solliciteur général Wayne Easter a indiqué que "la décision sur les vols d'Air Canada entre Beyrouth et Montréal avait été prise uniquement pour des raisons de sécurité nationale". "Nous avons la responsabilité d'assurer la sécurité nationale dans ce pays et c'est ce qui nous a guidés", a-t-il assuré. Pour sa part, le vice-premier ministre et responsable de la sécurité frontalière, John Manley, a assuré que son homologue américain Tom Ridge ne lui a jamais fait part d'inquiétudes face à un éventuel vol Beyrouth-Montréal. Lundi, à la veille du lancement de la nouvelle liaison sans escale entre Montréal et Beyrouth, la seule en Amérique du Nord, Air Canada a annoncé ne plus avoir l'autorisation pour aller de l'avant avec ses trois vols hebdomadaires, pour des raisons de sécurité nationale.
Le politologue et spécialiste du Proche-Orient à l'Université de Sherbrooke, Sami Aoun, croit que le gouvernement fédéral, en agissant comme il l'a fait, a cédé aux pressions américaines à un moment où les relations diplomatiques entre les deux pays sont plutôt tendues. "Le gouvernement fédéral canadien subit des pressions intenses de la part des Américains depuis le 11 septembre", a signalé le politologue. "L'engagement canadien d'assurer un périmètre de sécurité en Amérique du Nord est derrière cette décision", a ajouté le spécialiste, qui a fait remarquer que la décision canadienne est venue dans le sillage de déclarations un peu incendiaires du Hezbollah, le parti islamiste libanais pro-iranien, qui ont pu constituer une alerte pour les Américains. "L'aéroport de Beyrouth est entouré de quartiers et de résidences habités majoritairement par des chiites qui ont une allégeance à ce parti en particulier. Les craintes sont certainement fondées si on veut appliquer la rigueur complète, mais le Hezbollah n'a que rarement mené des attaques à l'extérieur du pays, sauf il y a une vingtaine d'années."
Pour sa part, le consul libanais à Montréal, Khalil El Habre, a été d'autant plus surpris par la volte-face des autorités canadiennes qu'il avait participé à l'inauguration officielle de la liaison aérienne la semaine dernière. "Des réservations sont faites et couvrent jusqu'à la fin de juillet. Les avions sont pleins et la veille du premier vol, on annule ce vol direct. La raison de la sécurité nationale invoquée dans le communiqué est inexplicable et surprenante, car l'aéroport de Beyrouth est très sécuritaire", a fait valoir M. El Habre. "L'an dernier, nous avons eu deux grands événements : le Sommet arabe et le Sommet de la francophonie où aucun incident n'a été enregistré. Les rapports des autorités internationales, surtout de l'Organisation de l'aviation civile internationale, assurent que l'aéroport de Beyrouth est très sécuritaire." Selon le consul, "Air Canada dessert plusieurs pays qui sont beaucoup plus instables que le Liban et avec pas mal de problèmes de sécurité". Outre la déception de la communauté libanaise montréalaise, M. El Habre estime que la décision des autorités canadiennes donne une bien mauvaise image du Liban. "On est en train de démontrer que le Liban n'est pas sécuritaire à un moment où le tourisme est très développé. On donne l'idée que quelque chose est en train de se passer ou va se passer. Nous souhaitons que les autorités canadiennes révisent leur décision", a-t-il conclu. Il importe de signaler qu'il existe plusieurs liaisons aériennes entre Montréal et Beyrouth, mais toutes nécessitent une escale dans une capitale européenne, ce qui fait qu'il faut de 20 à 26 heures pour effectuer le voyage, plutôt que les neuf heures qu'aurait pris le vol d'Air Canada.    haut  
 

Démocratie ou apocalypse ?

par GHASSAN TUENI, publié dans l'Orient-le Jour le 3 avril 2003
L'auteur est ancien ambassadeur du Liban à l'ONU
Il nous faut absolument échapper à la dialectique de la mort où l’on semble vouloir nous enfermer : choisir entre l’appel au martyre collectif que Saddam Hussein adresse au monde arabo-musulman, et la démocratie militariste à laquelle nous invite la "nouvelle Rome", par sa technologie sophistiquée de la destruction, "live" sur petit écran. Contre le Saint-Empire romain-germanique, "born again" dans les prêches des "hezbollah chrétiens", si éloquemment résumées par Condoleezza Rice : "Washington est la Rome du nouveau millénaire"… que pouvons-nous dire, que pouvons-nous faire ?
1- D’abord et avant toute autre chose, oser proclamer le refus d’universalisation (j’allais dire de "mondialisation") du mythe de Massada qui ne cesse de motiver, comme par instinct, les inspirateurs israéliens de la politique de George W. Bush, à tous les niveaux de son administration. Que le général Sharon construise tout seul la mini-muraille de Chine qui doit protéger son Etat-ghetto, sa forteresse du suicide… L’Amérique, elle, doit se libérer des Richard Perle et autres agents des boîtes à penser israéliennes qui ont inventé la guerre d’Irak et continuent de vouloir la gérer. Que l’Amérique daigne lire, dans sa presse demeurée assez libre de le dire, la mise en garde contre un enlisement semblable à celui d’Israël au Liban où le même Sharon menait son armée en, 1982, à sa "victoire" la plus tragique.
2- Mais parlons plutôt du Liban d’aujourd’hui. Au lieu de se réfugier dans sa diplomatie de perroquet bavard et insignifiant, le Liban doit se distinguer du monde arabo-musulman en s’affirmant, une fois de plus, comme "Patrie-message". Sans circonlocutions inutiles, mais aussi sans haine ni violence, et surtout sans complexes, il nous faut répéter, à l’adresse de la très puissante Amérique, cet avertissement de Jean-Paul II : "La guerre d’Irak menace de détruire l’humanité." Pourquoi le Liban ? Parce que c’est au Liban que commencera, en langue d’Evangile, l’apocalypse dont nous avons vécu les présages, pendant près d’un demi-siècle. Et que, triompher de l’apocalypse est le sens du message que Jean-Paul II est venu nous confier, en invitant nos églises à prier pour l’islam avec amour. Or, c’est ce même islam qui se sent aujourd’hui menacé, par une croisade - ô combien mensongère - mais tout autant par un obscurantisme despotique qui lui impose, chaque jour davantage, le faux jihad des Ben Laden d’occasion, fabriqués par les officines occultes des terrorismes d’Etat, féales d’Israël.
3- Ici, une parenthèse s’impose, à l’adresse des Libanais adeptes nostalgiques d’un militantisme chrétien : gare à ceux qui pensent qu’une nouvelle "géographie torturée" du Moyen-Orient, quelle qu’elle soit, leur réservera une meilleure patrie. Il n’est de sécurité, ni de libre épanouissement, pour les chrétiens arabes que nous sommes, en dehors du Pacte historique avec l’islam, héritage national commun de notre destin. Nous étions déjà arabes avant l’islam, nous sommes demeurés arabes et chrétiens après l’islam, et c’est à nous d’empêcher que l’islam ne désespère de partager avec les chrétiens d’abord, puis grâce à eux avec tous les chrétiens du monde, une culture de la liberté et de la paix. Or, contre cette culture de la liberté et de la paix se dressent deux ennemis : le despotisme dont nous souffrons et le retour d’un impérialisme impossible, qui s’obstine à nous mettre à genoux. Deux ennemis de la liberté et de la paix, mais néanmoins frères et alliés objectifs. Car rien ni personne ne sert mieux et n’a mieux servi les desseins secrets du colonialisme que les dictatures qui ont asservi leurs peuples et les ont obligés à se complaire dans un sous-développement politique et socio-économique. Les peuples ainsi opprimés sont le terreau du nihilisme le plus agressif : un terrorisme que ne légitime ni l’orgueil pseudo-révolutionnaire ni le désespoir érigé en philosophie nationaliste. Ainsi, corollairement (dialectiquement, diraient certains) mais à une bien plus grande échelle, l’échelle universelle, c’est à juste titre que les sages d’Amérique craignent le péril qu’encourt un "ordre nouveau", perçu comme despotique et oppressif. Le péril d’une internationale du terrorisme, qui partirait d’un islam unifié par la colère, et auquel se rallieraient tous les déshérités du monde, heureux de rejeter une légitimation de la puissance par l’exercice absolu de cette puissance même !
4- N’est-ce pas là le summum du paradoxe, voire de l’absurde ? Bien curieuse démocratie que celle qui prétend que 5% des habitants de la planète - les Américains - pourraient dicter un ordre nouveau, par leur seule puissance, aux 95% du reste de l’humanité. Or, plus que le monde arabo-musulman en voie de conquête malgré ses richesses obscènes ; plus que la misérable Afrique, et plus que l’Amérique du Sud aussi appauvrie qu’ignorée - c’est l’Europe, à prédominance chrétienne, qui se rebelle, mais dialogue. C’est aussi la Russie qui se révolte et menace. C’est enfin la Chine qui se réveille, mais sans bousculer sa profonde et pesante sagesse.
5- Le spectacle, le paysage mondial est bien différent de ce qu’il était en 1920, lors de la Conférence de Versailles, ou de ce qu’il fut en 1945 quand la Conférence de San Francisco déclarait, au nom des "peuples du monde", leurs droits inaliénables à la paix et à la liberté. Cette déclaration, qui rappelait les accents des déclarations des droits de l’homme et du citoyen des deux révolutions américaine et française, préfaçait les articles d’association de la Charte de l’Organisation des Nations unies. Cette même Organisation que ridiculise aujourd’hui Washington la jugeant aussi inutile que son ancêtre, la Société des Nations éclatée en 1939 au début de la seconde guerre mondiale. Faut-il une nouvelle guerre mondiale pour persuader les superpuissances ainsi que les petits Etats, les vainqueurs autant que les vaincus, qu’ils ont besoin de revenir aux préceptes du "Droit des Gens" pour organiser les relations entre les nations dans le cadre d’une juste distribution des droits et des devoirs ? Certes, Washington a raison de penser que l’Onu est à refaire. Mais alors dans la transparence la plus démocratique, "au nom des peuples" qui ont exprimé leur volonté de paix et de liberté par des manifestations mille fois plus éloquentes que tous les discours des diplomates et des chefs d’Etat. Cela d’ailleurs avait déjà été décidé dans une réunion du Conseil de sécurité, tenue en 1992 par les chefs d’Etat et de gouvernement, pour célébrer la fin de la guerre froide. 
Faut-il une nouvelle guerre froide pour revenir aux réformes de l’Onu alors formulées ? Ou bien devons-nous attendre une guerre nucléaire - peut-être par accident - où vainqueurs et vaincus se retrouveront également détruits ? Lieu des guerres et des paix d’antan, c’est de la Méditerranée que doit partir l’entreprise ultime pour établir une Paix que le monde espère juste donc durable. Les deux rives doivent s’unir, mais c’est de la rive dite Sud - et pourquoi pas du Liban particulièrement ? - que doit émerger le dialogue tant attendu par l’Union européenne. Ce dialogue pourrait très bien s’inspirer de l’amour de la Jérusalem, civitas dei, un amour partagé par tous, mais non divisible. Il devra tendre à un rééquilibrage des continents, qui supplanterait l’antique équilibre des forces, autant que l’illusoire choc des civilisations. La Russie ne pourrait-elle pas étendre l’Europe de l’Atlantique jusqu’aux rives rapprochées de l’océan Pacifique où elle retrouverait l’Amérique (côté Bush West), la Chine, le Japon ainsi que l’Asie (musulmane et indienne) comme partenaires de l’avenir ? Le Pacifique - nom présage ! - ne serait-il pas destiné à devenir un centre de gravité du troisième millénaire - succédant ainsi à l’océan Atlantique - sur les rives duquel se déroulaient les guerres autant que dialoguaient les cultures des siècles passés ? 
Quel merveilleux et plus dynamique contexte peut-on espérer pour une reprise du dialogue entre une Amérique remise des velléités bonapartistes et une Europe qui trouvera dans l’option nucléaire russe l’argument dissuasif contre toute ambition washingtonienne de guerres préventives ? "Just in case" - comme diraient les Américains - la guerre d’Irak, et déjà celle d’Afghanistan, ne suffisent pas à prouver que les risques encourus sont supérieurs à ceux que l’on croyait prévenir.
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Secousses simiesques

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 18 avril 2003

Une nouvelle aube se lève donc sur l’Irak : Saddam le Tikriton est parti, Ubush Roi l’a remplacé. Installé au pied de nez levé, il mitonne la tambouille politique à des Irakiens qui s’éparpillent et caquettent dans tous les sens. Mais malgré les chiites qui piaffent, les sunnites qui crânent et les Kurdes qui râlent, il a déjà placé son programme sur orbite, le Texan de la Maison-Blanche. Un plan réglé comme un tir de missile sur Bagdad. C’est ce qui s’appelle la démocratie à fragmentation. Pendant qu’à partir des puits de pétrole, les Américains déploient leurs armes de reconstruction massive, la Mésopotamie moderne frappe à la porte du XXIe siècle : les trésors du Musée de Bagdad seront remplacés par des copies en beurre de cacahuètes et la pendaison fera place à la chaise électrique reliée à l’Internet. Une révolution technologique aux allures de tremblement de terre qui a fichu la trouille dans le landernau politique syrien, toujours en retard d’un missile sur le processus de paix. 
Mais, "secousse sismique à Damas, répliques simiesques à Beyrouth", dit l’adage. Résultat : le Bouboule millésimé s’en va, le Bouboule Nouveau est arrivé. Et avec quel cheptel ! Un mélange rassis de croûtons faisandés, chargés, nous dit-on, de serrer les rangs face aux défis qui s’annoncent. Le Pentagone en tremble encore ! Maintenant, le spectacle peut commencer et deux espèces différentes d’ahuris locaux vont se pointer : les "plus-syrien-que-moi-tu-meurs", prêts à repousser, torse bombé et mental nimbé, les Tomahawk et autres CBU qui oseraient effleurer la moustache de Assem Kanso, notre icône baassiste ; et les "Général-nous-voilà", qui fantasment déjà sur le retour de l’Amer Michel sur son blanc destrier. N’en jetez plus, fermez le ban… et le Liban par la même occasion !
Abreuvé de slogans, abruti par les promesses, le pays est au sommet du toboggan. Retiens bien ton souffle, à partir de là, il ne pourra que bouger…
 
La nouvelle équipe ministérielle
– Maronites : Sleiman Frangié (Santé), Jean-Louis Cardahi (Télécoms), Khalil Hraoui (ministre d’Etat), Jean Obeid (Affaires étrangères), Farès Boueiz (Environnement), Abdallah Farhat (Déplacés). 
– Sunnites : Rafic Hariri, Fouad Siniora (Finances) , Bahige Tabbarah (Justice) , Négib Mikati (Travaux publics et Transports), Abdel-Rahim Mrad (ministre d’Etat), Samir el-Jisr (Education nationale et Enseignement supérieur).
– Chiites : Ali Hassan Khalil (Agriculture), Ayoub Hmayed (Energie et Eau), Assaad Diab (Affaires sociales), Mahmoud Hammoud (Défense nationale), Assem Kanso (ministre d’Etat) et le Dr Ali Hussein Abdallah (Tourisme). 
– Grecs-orthodoxes : Issam Farès (vice-président du Conseil), Elias Murr (Intérieur), Assaad Hardane (Travail) et Karam Karam (ministre d’Etat).
– Grecs-catholiques : Michel Samaha (Information), Elie Skaff (Industrie) et Michel Moussa (ministre d’Etat). 
– Druzes : Marwan Hamadé (Economie et Commerce), Talal Arslane (ministre d’Etat) et Ghazi Aridi (Culture). 
– Arménien-orthodoxe : Sebouh Hovnanian (Jeunesse et Sport). 
– Minorités : Karim Pakradouni (Réforme administrative).
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Nous n’allons pas vous étonner

par GEORGE PAPANDREOU et CHRIS PATTEN, publié dans l'Orient-le Jour le 29 mai 2003
Les auteurs sont respectivement ministre grec des Affaires étrangères, président en exercice du Conseil des ministres de l’UE, et commissaire européen chargé des Relations extérieures. 
Lorsqu’en septembre 1946, Winston Churchill a prononcé ces mots : "Je vais maintenant vous dire une chose qui va vous étonner : la première étape vers la reconstitution de la famille européenne doit être de faire de l’Allemagne et de la France des partenaires", il a mis le doigt sur les futurs fondements de la communauté européenne. Cette communauté est ensuite devenue Union, et avec la décision historique prise en décembre dernier d’admettre 10 nouveaux membres en son sein, l’UE s’étendra à toute l’Europe, concrétisant ainsi les ambitions de ses pères fondateurs de réunir tous les peuples de notre continent au sein d’une Union toujours plus étroite. Mais avec le succès viennent les responsabilités. Nous ne vous surprendrons donc pas en vous disant que, lorsque les 25 ministres des Affaires étrangères de l’UE élargie rencontreront leurs 10 collègues d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient en Crète, le 26 mai, leur principale tâche consistera à veiller à ce que les avantages découlant de l’élargissement de l’Europe soient partagés avec tous nos voisins du bassin méditerranéen. Nous devons aider nos partenaires méditerranéens à surmonter les problèmes qu’ils rencontrent et à parvenir à la stabilité, à la paix et à la prospérité. Pour ce faire, les pays du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient doivent poursuivre leurs efforts en matière de transition dans trois domaines fondamentaux.
Le premier, le plus important, est celui de la démocratisation. Un récent rapport du Pnud sur le développement humain dans le monde arabe (un rapport écrit par des Arabes pour des Arabes) souligne que les lenteurs de la démocratisation et des réformes déçoivent les attentes des jeunes générations des pays méditerranéens. La communauté internationale n’a pas toujours usé de son influence avec cohérence dans ce domaine : la crainte que des élections libres ne portent des fondamentalistes au pouvoir dans certains pays a constitué un frein aux perspectives de pluralisme. L’évolution vers des institutions démocratiques respectant pleinement les droits de l’homme doit venir des pays méditerranéens eux-mêmes. Certains Etats ont déjà accompli des progrès considérables à cet égard ; d’autres sont moins avancés. L’Europe aide à développer une société civile plus libre, et elle peut continuer à le faire. Nous n’avons aucunement l’intention de donner les recettes de plats que nous n’allons ni cuisiner ni déguster. Mais notre expérience vécue par les nouveaux pays adhérant à l’Union européenne est une chose dont nous sommes fiers et que nous sommes prêts à partager avec nos partenaires.
La deuxième transition concerne l’économie. Chaque année, des millions de personnes à la recherche d’un emploi rejoignent le marché du travail dans les pays méditerranéens. L’amélioration de l’éducation et la croissance économique durable sont des conditions primordiales pour leur offrir davantage d’opportunités dans leur propre pays. A défaut, l’émigration constituera la seule solution pour des milliers de personnes prêtes à risquer leur vie pour traverser la Méditerranée à la recherche d’un meilleur avenir pour elles-mêmes et pour leur famille. Les onze accords conclus entre l’Union européenne et nos partenaires établissent un cadre de relations privilégiées entre les deux rives de la Méditerranée. Seule la Syrie négocie encore un accord d’association avec l’UE. Nous espérons que nous serons rapidement en mesure de trouver un terrain d’entente et que le gouvernement syrien confirmera sa volonté d’accélérer le processus de réformes politique et économique, dans un pays qui revêt une grande importance tant pour le processus de paix au Moyen-Orient que pour le partenariat euro-méditerranéen. Le libre-échange et les régimes d’investissement plus ouverts prévus dans le cadre de ces accords ne devraient pas tarder à produire leurs effets. L’investissement privé devrait progressivement gagner en importance. 
La nouvelle facilité d’investissement gérée par la Banque européenne d’investissement contribuera à créer les 40 millions de nouveaux emplois nécessaires au cours de la prochaine décennie. Mais l’amélioration de la gouvernance économique, le renforcement des institutions et de leur fiabilité ainsi que la mise en place de cadres réglementaires stables et ouverts sont également essentiels pour garantir une croissance économique solide et suffisamment forte. C’est la raison pour laquelle, dans sa récente communication sur l’Europe élargie, la Commission européenne propose aux nouveaux voisins de l’Union européenne un accès progressif aux avantages découlant du marché unique européen, lié aux progrès réalisés en matière de réformes politique et économique.
La troisième grande transition est d’ordre social et culturel. Des deux côtés de la Méditerranée, nous connaissons très peu la culture de l’autre, son histoire et sa religion. Un gros effort doit être consenti pour combler ce déficit en matière de compréhension et de perception. L’année dernière, nous avons convenu d’établir une fondation euro-méditerranéenne destinée à promouvoir le dialogue entre les cultures et les civilisations. Et dernièrement, nous avons proposé la création d’une Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne. Ces deux institutions devraient permettre d’améliorer l’impact, la visibilité et les possibilités de confrontation des initiatives, utiles mais éparses, déjà menées dans la région. Les traditions et les cultures musulmanes, juives et chrétiennes convergent toutes en Méditerranée. La Fondation et l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéennes contribueront à faire ressortir de cette rencontre un dialogue productif et une plus grande tolérance. Les progrès vers la paix et la stabilité dans la région sont cruciaux pour la réussite à long terme de ce programme de réformes ambitieux.
La guerre et les conflits ont trop souvent été les vecteurs indésirables du changement au Moyen-Orient et dans les pays qui bordent la Méditerranée. Mais ces changements n’ont pas apporté la stabilité, car trop souvent ils reposent sur la force. L’histoire de l’Europe fourmille d’exemples montrant la précarité de l’ordre lorsqu’il n’est pas fondé sur le compromis et le consensus. Notre expérience atteste également des avantages d’une coopération pacifique et démocratique. Les ministres vont se rencontrer en Crète dans un contexte de guerre récente en Irak et de poursuite de la violence en Israël, en Palestine et ailleurs dans la région, notamment au Maroc et à Ryad, que le terrorisme a durement frappés il y a quelques jours. Nous devrons mettre nos divisions et nos divergences de côté pour œuvrer ensemble dan