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L'abandon de la
liaison Montréal-Beyrouth
suscite la controverse
paru dans la Presse
Canadienne le 3 juin 2003
L'abandon de la
liaison aérienne
directe Montréal-Beyrouth
a été dénoncé par
les autorités
consulaires libanaises
à Montréal, alors
qu'un spécialiste du
Proche-Orient y a vu
une ingérence américaine
dans les affaires
canadiennes.
A Ottawa, le
Solliciteur général
Wayne Easter a indiqué
que "la décision
sur les vols d'Air
Canada entre Beyrouth
et Montréal avait été
prise uniquement pour
des raisons de sécurité
nationale".
"Nous avons la
responsabilité
d'assurer la sécurité
nationale dans ce pays
et c'est ce qui nous a
guidés", a-t-il
assuré. Pour sa part,
le vice-premier
ministre et
responsable de la sécurité
frontalière, John
Manley, a assuré que
son homologue américain
Tom Ridge ne lui a
jamais fait part
d'inquiétudes face à
un éventuel vol
Beyrouth-Montréal.
Lundi, à la veille du
lancement de la
nouvelle liaison sans
escale entre Montréal
et Beyrouth, la seule
en Amérique du Nord,
Air Canada a annoncé
ne plus avoir
l'autorisation pour
aller de l'avant avec
ses trois vols
hebdomadaires, pour
des raisons de sécurité
nationale.
Le politologue et spécialiste
du Proche-Orient à
l'Université de
Sherbrooke, Sami Aoun,
croit que le
gouvernement fédéral,
en agissant comme il
l'a fait, a cédé aux
pressions américaines
à un moment où les
relations
diplomatiques entre
les deux pays sont
plutôt tendues.
"Le gouvernement
fédéral canadien
subit des pressions
intenses de la part
des Américains depuis
le 11 septembre",
a signalé le
politologue.
"L'engagement
canadien d'assurer un
périmètre de sécurité
en Amérique du Nord
est derrière cette décision",
a ajouté le spécialiste,
qui a fait remarquer
que la décision
canadienne est venue
dans le sillage de déclarations
un peu incendiaires du
Hezbollah, le parti
islamiste libanais
pro-iranien, qui ont
pu constituer une
alerte pour les Américains.
"L'aéroport de
Beyrouth est entouré
de quartiers et de résidences
habités
majoritairement par
des chiites qui ont
une allégeance à ce
parti en particulier.
Les craintes sont
certainement fondées
si on veut appliquer
la rigueur complète,
mais le Hezbollah n'a
que rarement mené des
attaques à l'extérieur
du pays, sauf il y a
une vingtaine d'années."
Pour sa part, le
consul libanais à
Montréal, Khalil El
Habre, a été
d'autant plus surpris
par la volte-face des
autorités canadiennes
qu'il avait participé
à l'inauguration
officielle de la
liaison aérienne la
semaine dernière.
"Des réservations
sont faites et
couvrent jusqu'à la
fin de juillet. Les
avions sont pleins et
la veille du premier
vol, on annule ce vol
direct. La raison de
la sécurité
nationale invoquée
dans le communiqué
est inexplicable et
surprenante, car l'aéroport
de Beyrouth est très
sécuritaire", a
fait valoir M. El
Habre. "L'an
dernier, nous avons eu
deux grands événements
: le Sommet arabe et
le Sommet de la
francophonie où aucun
incident n'a été
enregistré. Les
rapports des autorités
internationales,
surtout de
l'Organisation de
l'aviation civile
internationale,
assurent que l'aéroport
de Beyrouth est très
sécuritaire."
Selon le consul,
"Air Canada
dessert plusieurs pays
qui sont beaucoup plus
instables que le Liban
et avec pas mal de
problèmes de sécurité".
Outre la déception de
la communauté
libanaise montréalaise,
M. El Habre estime que
la décision des
autorités canadiennes
donne une bien
mauvaise image du
Liban. "On est en
train de démontrer
que le Liban n'est pas
sécuritaire à un
moment où le tourisme
est très développé.
On donne l'idée que
quelque chose est en
train de se passer ou
va se passer. Nous
souhaitons que les
autorités canadiennes
révisent leur décision",
a-t-il conclu. Il
importe de signaler
qu'il existe plusieurs
liaisons aériennes
entre Montréal et
Beyrouth, mais toutes
nécessitent une
escale dans une
capitale européenne,
ce qui fait qu'il faut
de 20 à 26 heures
pour effectuer le
voyage, plutôt que
les neuf heures
qu'aurait pris le vol
d'Air Canada.
haut
Démocratie
ou apocalypse ?
par GHASSAN
TUENI, publié dans
l'Orient-le Jour le
3 avril 2003
L'auteur
est ancien
ambassadeur du Liban
à l'ONU
Il
nous faut
absolument échapper
à la dialectique
de la mort où
l’on semble
vouloir nous
enfermer : choisir
entre l’appel au
martyre collectif
que Saddam Hussein
adresse au monde
arabo-musulman, et
la démocratie
militariste à
laquelle nous
invite la
"nouvelle
Rome", par sa
technologie
sophistiquée de
la destruction,
"live"
sur petit écran.
Contre le
Saint-Empire
romain-germanique,
"born again"
dans les prêches
des "hezbollah
chrétiens",
si éloquemment résumées
par Condoleezza
Rice :
"Washington
est la Rome du
nouveau millénaire"…
que pouvons-nous
dire, que
pouvons-nous faire
?
1- D’abord et
avant toute autre
chose, oser
proclamer le refus
d’universalisation
(j’allais dire
de
"mondialisation")
du mythe de
Massada qui ne
cesse de motiver,
comme par
instinct, les
inspirateurs israéliens
de la politique de
George W. Bush, à
tous les niveaux
de son
administration.
Que le général
Sharon construise
tout seul la
mini-muraille de
Chine qui doit
protéger son
Etat-ghetto, sa
forteresse du
suicide… L’Amérique,
elle, doit se libérer
des Richard Perle
et autres agents
des boîtes à
penser israéliennes
qui ont inventé
la guerre d’Irak
et continuent de
vouloir la gérer.
Que l’Amérique
daigne lire, dans
sa presse demeurée
assez libre de le
dire, la mise en
garde contre un
enlisement
semblable à celui
d’Israël au
Liban où le même
Sharon menait son
armée en, 1982,
à sa "victoire"
la plus tragique.
2-
Mais parlons plutôt
du Liban
d’aujourd’hui.
Au lieu de se réfugier
dans sa diplomatie
de perroquet
bavard et
insignifiant, le
Liban doit se
distinguer du
monde
arabo-musulman en
s’affirmant, une
fois de plus,
comme
"Patrie-message".
Sans
circonlocutions
inutiles, mais
aussi sans haine
ni violence, et
surtout sans
complexes, il nous
faut répéter, à
l’adresse de la
très puissante Amérique,
cet avertissement
de Jean-Paul II :
"La guerre
d’Irak menace de
détruire
l’humanité."
Pourquoi le Liban
? Parce que
c’est au Liban
que commencera, en
langue d’Evangile,
l’apocalypse
dont nous avons vécu
les présages,
pendant près
d’un demi-siècle.
Et que, triompher
de l’apocalypse
est le sens du
message que
Jean-Paul II est
venu nous confier,
en invitant nos églises
à prier pour
l’islam avec
amour. Or, c’est
ce même islam qui
se sent
aujourd’hui
menacé, par une
croisade - ô
combien mensongère -
mais tout autant
par un
obscurantisme
despotique qui lui
impose, chaque
jour davantage, le
faux jihad des Ben
Laden
d’occasion,
fabriqués par les
officines occultes
des terrorismes
d’Etat, féales
d’Israël.
3- Ici, une
parenthèse
s’impose, à
l’adresse des
Libanais adeptes
nostalgiques
d’un
militantisme chrétien
: gare à ceux qui
pensent qu’une
nouvelle "géographie
torturée" du
Moyen-Orient,
quelle qu’elle
soit, leur réservera
une meilleure
patrie. Il n’est
de sécurité, ni
de libre épanouissement,
pour les chrétiens
arabes que nous
sommes, en dehors
du Pacte
historique avec
l’islam, héritage
national commun de
notre destin. Nous
étions déjà
arabes avant
l’islam, nous
sommes demeurés
arabes et chrétiens
après l’islam,
et c’est à nous
d’empêcher que
l’islam ne désespère
de partager avec
les chrétiens
d’abord, puis grâce
à eux avec tous
les chrétiens du
monde, une culture
de la liberté et
de la paix. Or,
contre cette
culture de la
liberté et de la
paix se dressent
deux ennemis : le
despotisme dont
nous souffrons et
le retour d’un
impérialisme
impossible, qui
s’obstine à
nous mettre à
genoux. Deux
ennemis de la
liberté et de la
paix, mais néanmoins
frères et alliés
objectifs. Car
rien ni personne
ne sert mieux et
n’a mieux servi
les desseins
secrets du
colonialisme que
les dictatures qui
ont asservi leurs
peuples et les ont
obligés à se
complaire dans un
sous-développement
politique et
socio-économique.
Les peuples ainsi
opprimés sont le
terreau du
nihilisme le plus
agressif : un
terrorisme que ne
légitime ni
l’orgueil
pseudo-révolutionnaire
ni le désespoir
érigé en
philosophie
nationaliste. Ainsi,
corollairement
(dialectiquement,
diraient certains)
mais à une bien
plus grande échelle,
l’échelle
universelle,
c’est à juste
titre que les
sages d’Amérique
craignent le péril
qu’encourt un
"ordre
nouveau", perçu
comme despotique
et oppressif. Le
péril d’une
internationale du
terrorisme, qui
partirait d’un
islam unifié par
la colère, et
auquel se
rallieraient tous
les déshérités
du monde, heureux
de rejeter une légitimation
de la puissance
par l’exercice
absolu de cette
puissance même !
4- N’est-ce pas
là le summum du
paradoxe, voire de
l’absurde ? Bien
curieuse démocratie
que celle qui prétend
que 5% des
habitants de la
planète -
les Américains -
pourraient dicter
un ordre nouveau,
par leur seule
puissance, aux 95%
du reste de
l’humanité. Or,
plus que le monde
arabo-musulman en
voie de conquête
malgré ses
richesses obscènes
; plus que la misérable
Afrique, et plus
que l’Amérique
du Sud aussi
appauvrie
qu’ignorée -
c’est l’Europe,
à prédominance
chrétienne, qui
se rebelle, mais
dialogue. C’est
aussi la Russie
qui se révolte et
menace. C’est
enfin la Chine qui
se réveille, mais
sans bousculer sa
profonde et
pesante sagesse.
5- Le spectacle,
le paysage mondial
est bien différent
de ce qu’il était
en 1920, lors de
la Conférence de
Versailles, ou de
ce qu’il fut en
1945 quand la Conférence
de San Francisco déclarait,
au nom des
"peuples du
monde", leurs
droits inaliénables
à la paix et à
la liberté. Cette
déclaration, qui
rappelait les
accents des déclarations
des droits de
l’homme et du
citoyen des deux révolutions
américaine et
française, préfaçait
les articles
d’association de
la Charte de l’Organisation
des Nations unies.
Cette même
Organisation que
ridiculise
aujourd’hui
Washington la
jugeant aussi
inutile que son
ancêtre, la Société
des Nations éclatée
en 1939 au début
de la seconde
guerre mondiale.
Faut-il une
nouvelle guerre
mondiale pour
persuader les
superpuissances
ainsi que les
petits Etats, les
vainqueurs autant
que les vaincus,
qu’ils ont
besoin de revenir
aux préceptes du
"Droit des
Gens" pour
organiser les
relations entre
les nations dans
le cadre d’une
juste distribution
des droits et des
devoirs ? Certes,
Washington a
raison de penser
que l’Onu est à
refaire. Mais
alors dans la
transparence la
plus démocratique,
"au nom des
peuples" qui
ont exprimé leur
volonté de paix
et de liberté par
des manifestations
mille fois plus éloquentes
que tous les
discours des
diplomates et des
chefs d’Etat.
Cela d’ailleurs
avait déjà été
décidé dans une
réunion du
Conseil de sécurité,
tenue en 1992 par
les chefs d’Etat
et de
gouvernement, pour
célébrer la fin
de la guerre
froide.
Faut-il une
nouvelle guerre
froide pour
revenir aux réformes
de l’Onu alors
formulées ? Ou
bien devons-nous
attendre une
guerre nucléaire -
peut-être par
accident - où
vainqueurs et
vaincus se
retrouveront également
détruits ? Lieu
des guerres et des
paix d’antan,
c’est de la Méditerranée
que doit partir
l’entreprise
ultime pour établir
une Paix que le
monde espère
juste donc
durable. Les deux
rives doivent
s’unir, mais
c’est de la rive
dite Sud - et
pourquoi pas du
Liban particulièrement
? - que doit
émerger le
dialogue tant
attendu par l’Union
européenne. Ce
dialogue pourrait
très bien
s’inspirer de
l’amour de la Jérusalem,
civitas dei, un
amour partagé par
tous, mais non
divisible. Il
devra tendre à un
rééquilibrage
des continents,
qui supplanterait
l’antique équilibre
des forces, autant
que l’illusoire
choc des
civilisations. La
Russie ne
pourrait-elle pas
étendre l’Europe
de l’Atlantique
jusqu’aux rives
rapprochées de
l’océan
Pacifique où elle
retrouverait l’Amérique
(côté Bush
West), la Chine,
le Japon ainsi que
l’Asie
(musulmane et
indienne) comme
partenaires de
l’avenir ? Le
Pacifique -
nom présage ! -
ne serait-il pas
destiné à
devenir un centre
de gravité du
troisième millénaire -
succédant ainsi
à l’océan
Atlantique -
sur les rives
duquel se déroulaient
les guerres autant
que dialoguaient
les cultures des
siècles passés ?
Quel merveilleux
et plus dynamique
contexte peut-on
espérer pour une
reprise du
dialogue entre une
Amérique remise
des velléités
bonapartistes et
une Europe qui
trouvera dans
l’option nucléaire
russe l’argument
dissuasif contre
toute ambition
washingtonienne de
guerres préventives
? "Just in
case" -
comme diraient les
Américains -
la guerre d’Irak,
et déjà celle
d’Afghanistan,
ne suffisent pas
à prouver que les
risques encourus
sont supérieurs
à ceux que l’on
croyait prévenir.
haut
Secousses
simiesques
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 18
avril 2003
Une
nouvelle aube se lève
donc sur l’Irak :
Saddam le Tikriton est
parti, Ubush Roi l’a
remplacé. Installé
au pied de nez levé,
il mitonne la
tambouille politique
à des Irakiens qui
s’éparpillent et
caquettent dans tous
les sens. Mais malgré
les chiites qui
piaffent, les sunnites
qui crânent et les
Kurdes qui râlent, il
a déjà placé son
programme sur orbite,
le Texan de la
Maison-Blanche. Un
plan réglé comme un
tir de missile sur
Bagdad. C’est ce qui
s’appelle la démocratie
à fragmentation.
Pendant qu’à partir
des puits de pétrole,
les Américains déploient
leurs armes de
reconstruction
massive, la Mésopotamie
moderne frappe à la
porte du XXIe siècle
: les trésors du Musée
de Bagdad seront
remplacés par des
copies en beurre de
cacahuètes et la
pendaison fera place
à la chaise électrique
reliée à
l’Internet. Une révolution
technologique aux
allures de tremblement
de terre qui a fichu
la trouille dans le
landernau politique
syrien, toujours en
retard d’un missile
sur le processus de
paix.
Mais, "secousse
sismique à Damas, répliques
simiesques à
Beyrouth", dit
l’adage. Résultat :
le Bouboule millésimé
s’en va, le Bouboule
Nouveau est arrivé.
Et avec quel cheptel !
Un mélange rassis de
croûtons faisandés,
chargés, nous dit-on,
de serrer les rangs
face aux défis qui
s’annoncent. Le
Pentagone en tremble
encore ! Maintenant,
le spectacle peut
commencer et deux espèces
différentes
d’ahuris locaux vont
se pointer : les
"plus-syrien-que-moi-tu-meurs",
prêts à repousser,
torse bombé et mental
nimbé, les Tomahawk
et autres CBU qui
oseraient effleurer la
moustache de Assem
Kanso, notre icône
baassiste ; et les
"Général-nous-voilà",
qui fantasment déjà
sur le retour de l’Amer
Michel sur son blanc
destrier. N’en jetez
plus, fermez le ban…
et le Liban par la même
occasion !
Abreuvé de slogans,
abruti par les
promesses, le pays est
au sommet du toboggan.
Retiens bien ton
souffle, à partir de
là, il ne pourra que
bouger…
La
nouvelle équipe
ministérielle
–
Maronites : Sleiman
Frangié (Santé),
Jean-Louis Cardahi (Télécoms),
Khalil Hraoui
(ministre d’Etat),
Jean Obeid (Affaires
étrangères), Farès
Boueiz
(Environnement),
Abdallah Farhat (Déplacés).
– Sunnites : Rafic
Hariri, Fouad Siniora
(Finances) , Bahige
Tabbarah (Justice) , Négib
Mikati (Travaux
publics et
Transports),
Abdel-Rahim Mrad
(ministre d’Etat),
Samir el-Jisr (Education
nationale et
Enseignement supérieur).
– Chiites : Ali
Hassan Khalil
(Agriculture), Ayoub
Hmayed (Energie et
Eau), Assaad Diab
(Affaires sociales),
Mahmoud Hammoud (Défense
nationale), Assem
Kanso (ministre d’Etat)
et le Dr Ali Hussein
Abdallah (Tourisme).
– Grecs-orthodoxes :
Issam Farès (vice-président
du Conseil), Elias
Murr (Intérieur),
Assaad Hardane
(Travail) et Karam
Karam (ministre d’Etat).
– Grecs-catholiques
: Michel Samaha
(Information), Elie
Skaff (Industrie) et
Michel Moussa
(ministre d’Etat).
– Druzes : Marwan
Hamadé (Economie et
Commerce), Talal
Arslane (ministre d’Etat)
et Ghazi Aridi
(Culture).
– Arménien-orthodoxe
: Sebouh Hovnanian
(Jeunesse et Sport).
– Minorités : Karim
Pakradouni (Réforme
administrative).
haut
Nous
n’allons pas vous étonner
par GEORGE
PAPANDREOU et CHRIS
PATTEN, publié dans
l'Orient-le Jour le 29
mai 2003
Les
auteurs sont
respectivement ministre
grec des Affaires étrangères,
président en exercice
du Conseil des ministres
de l’UE, et
commissaire européen
chargé des Relations
extérieures.
Lorsqu’en
septembre 1946,
Winston Churchill a
prononcé ces mots :
"Je vais
maintenant vous dire
une chose qui va vous
étonner : la première
étape vers la
reconstitution de la
famille européenne
doit être de faire de
l’Allemagne et de la
France des
partenaires", il
a mis le doigt sur les
futurs fondements de
la communauté européenne.
Cette communauté est
ensuite devenue Union,
et avec la décision
historique prise en décembre
dernier d’admettre
10 nouveaux membres en
son sein, l’UE s’étendra
à toute l’Europe,
concrétisant ainsi
les ambitions de ses pères
fondateurs de réunir
tous les peuples de
notre continent au
sein d’une Union
toujours plus étroite.
Mais avec le succès
viennent les
responsabilités. Nous
ne vous surprendrons
donc pas en vous
disant que, lorsque
les 25 ministres des
Affaires étrangères
de l’UE élargie
rencontreront leurs 10
collègues d’Afrique
du Nord et du
Moyen-Orient en Crète,
le 26 mai, leur
principale tâche
consistera à veiller
à ce que les
avantages découlant
de l’élargissement
de l’Europe soient
partagés avec tous
nos voisins du bassin
méditerranéen. Nous
devons aider nos
partenaires méditerranéens
à surmonter les problèmes
qu’ils rencontrent
et à parvenir à la
stabilité, à la paix
et à la prospérité.
Pour ce faire, les
pays du bassin méditerranéen
et du Moyen-Orient
doivent poursuivre
leurs efforts en matière
de transition dans
trois domaines
fondamentaux.
Le premier, le plus
important, est celui
de la démocratisation.
Un récent rapport du
Pnud sur le développement
humain dans le monde
arabe (un rapport écrit
par des Arabes pour
des Arabes) souligne
que les lenteurs de la
démocratisation et
des réformes déçoivent
les attentes des
jeunes générations
des pays méditerranéens.
La communauté
internationale n’a
pas toujours usé de
son influence avec cohérence
dans ce domaine : la
crainte que des élections
libres ne portent des
fondamentalistes au
pouvoir dans certains
pays a constitué un
frein aux perspectives
de pluralisme. L’évolution
vers des institutions
démocratiques
respectant pleinement
les droits de
l’homme doit venir
des pays méditerranéens
eux-mêmes. Certains
Etats ont déjà
accompli des progrès
considérables à cet
égard ; d’autres
sont moins avancés.
L’Europe aide à développer
une société civile
plus libre, et elle
peut continuer à le
faire. Nous n’avons
aucunement
l’intention de
donner les recettes de
plats que nous
n’allons ni cuisiner
ni déguster. Mais
notre expérience vécue
par les nouveaux pays
adhérant à l’Union
européenne est une
chose dont nous sommes
fiers et que nous
sommes prêts à
partager avec nos
partenaires.
La deuxième
transition concerne
l’économie. Chaque
année, des millions
de personnes à la
recherche d’un
emploi rejoignent le
marché du travail
dans les pays méditerranéens.
L’amélioration de
l’éducation et la
croissance économique
durable sont des
conditions
primordiales pour leur
offrir davantage
d’opportunités dans
leur propre pays. A
défaut, l’émigration
constituera la seule
solution pour des
milliers de personnes
prêtes à risquer
leur vie pour
traverser la Méditerranée
à la recherche d’un
meilleur avenir pour
elles-mêmes et pour
leur famille. Les onze
accords conclus entre
l’Union européenne
et nos partenaires établissent
un cadre de relations
privilégiées entre
les deux rives de la Méditerranée.
Seule la Syrie négocie
encore un accord
d’association avec
l’UE. Nous espérons
que nous serons
rapidement en mesure
de trouver un terrain
d’entente et que le
gouvernement syrien
confirmera sa volonté
d’accélérer le
processus de réformes
politique et économique,
dans un pays qui revêt
une grande importance
tant pour le processus
de paix au
Moyen-Orient que pour
le partenariat euro-méditerranéen.
Le libre-échange et
les régimes
d’investissement
plus ouverts prévus
dans le cadre de ces
accords ne devraient
pas tarder à produire
leurs effets.
L’investissement
privé devrait
progressivement gagner
en importance.
La
nouvelle facilité
d’investissement gérée
par la Banque européenne
d’investissement
contribuera à créer
les 40 millions de
nouveaux emplois nécessaires
au cours de la
prochaine décennie.
Mais l’amélioration
de la gouvernance économique,
le renforcement des
institutions et de
leur fiabilité ainsi
que la mise en place
de cadres réglementaires
stables et ouverts
sont également
essentiels pour
garantir une
croissance économique
solide et suffisamment
forte. C’est la
raison pour laquelle,
dans sa récente
communication sur l’Europe
élargie, la
Commission européenne
propose aux nouveaux
voisins de l’Union
européenne un accès
progressif aux
avantages découlant
du marché unique
européen, lié aux
progrès réalisés en
matière de réformes
politique et économique.
La
troisième grande
transition est
d’ordre social et
culturel. Des deux côtés
de la Méditerranée,
nous connaissons très
peu la culture de
l’autre, son
histoire et sa
religion. Un gros
effort doit être
consenti pour combler
ce déficit en matière
de compréhension et
de perception. L’année
dernière, nous avons
convenu d’établir
une fondation euro-méditerranéenne
destinée à
promouvoir le dialogue
entre les cultures et
les civilisations. Et
dernièrement, nous
avons proposé la création
d’une Assemblée
parlementaire euro-méditerranéenne.
Ces deux institutions
devraient permettre
d’améliorer
l’impact, la
visibilité et les
possibilités de
confrontation des
initiatives, utiles
mais éparses, déjà
menées dans la région.
Les traditions et les
cultures musulmanes,
juives et chrétiennes
convergent toutes en Méditerranée.
La Fondation et l’Assemblée
parlementaire euro-méditerranéennes
contribueront à faire
ressortir de cette
rencontre un dialogue
productif et une plus
grande tolérance. Les
progrès vers la paix
et la stabilité dans
la région sont
cruciaux pour la réussite
à long terme de ce
programme de réformes
ambitieux.
La
guerre et les conflits
ont trop souvent été
les vecteurs indésirables
du changement au
Moyen-Orient et dans
les pays qui bordent
la Méditerranée.
Mais ces changements
n’ont pas apporté
la stabilité, car
trop souvent ils
reposent sur la force.
L’histoire de l’Europe
fourmille d’exemples
montrant la précarité
de l’ordre
lorsqu’il n’est
pas fondé sur le
compromis et le
consensus. Notre expérience
atteste également des
avantages d’une coopération
pacifique et démocratique.
Les ministres vont se
rencontrer en Crète
dans un contexte de
guerre récente en
Irak et de poursuite
de la violence en Israël,
en Palestine et
ailleurs dans la région,
notamment au Maroc et
à Ryad, que le
terrorisme a durement
frappés il y a
quelques jours. Nous
devrons mettre nos
divisions et nos
divergences de côté
pour œuvrer ensemble
dan | | | | | | |