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PRESSE  RJLIBAN  N°94 - sélection du printemps 2003 (3)  

                                       

 
L'abandon de la liaison Montréal-Beyrouth suscite la controverse

paru dans la Presse Canadienne le 3 juin 2003

L'abandon de la liaison aérienne directe Montréal-Beyrouth a été dénoncé par les autorités consulaires libanaises à Montréal, alors qu'un spécialiste du Proche-Orient y a vu une ingérence américaine dans les affaires canadiennes. A Ottawa, le Solliciteur général Wayne Easter a indiqué que "la décision sur les vols d'Air Canada entre Beyrouth et Montréal avait été prise uniquement pour des raisons de sécurité nationale". "Nous avons la responsabilité d'assurer la sécurité nationale dans ce pays et c'est ce qui nous a guidés", a-t-il assuré. Pour sa part, le vice-premier ministre et responsable de la sécurité frontalière, John Manley, a assuré que son homologue américain Tom Ridge ne lui a jamais fait part d'inquiétudes face à un éventuel vol Beyrouth-Montréal. Lundi, à la veille du lancement de la nouvelle liaison sans escale entre Montréal et Beyrouth, la seule en Amérique du Nord, Air Canada a annoncé ne plus avoir l'autorisation pour aller de l'avant avec ses trois vols hebdomadaires, pour des raisons de sécurité nationale.
Le politologue et spécialiste du Proche-Orient à l'Université de Sherbrooke, Sami Aoun, croit que le gouvernement fédéral, en agissant comme il l'a fait, a cédé aux pressions américaines à un moment où les relations diplomatiques entre les deux pays sont plutôt tendues. "Le gouvernement fédéral canadien subit des pressions intenses de la part des Américains depuis le 11 septembre", a signalé le politologue. "L'engagement canadien d'assurer un périmètre de sécurité en Amérique du Nord est derrière cette décision", a ajouté le spécialiste, qui a fait remarquer que la décision canadienne est venue dans le sillage de déclarations un peu incendiaires du Hezbollah, le parti islamiste libanais pro-iranien, qui ont pu constituer une alerte pour les Américains. "L'aéroport de Beyrouth est entouré de quartiers et de résidences habités majoritairement par des chiites qui ont une allégeance à ce parti en particulier. Les craintes sont certainement fondées si on veut appliquer la rigueur complète, mais le Hezbollah n'a que rarement mené des attaques à l'extérieur du pays, sauf il y a une vingtaine d'années."
Pour sa part, le consul libanais à Montréal, Khalil El Habre, a été d'autant plus surpris par la volte-face des autorités canadiennes qu'il avait participé à l'inauguration officielle de la liaison aérienne la semaine dernière. "Des réservations sont faites et couvrent jusqu'à la fin de juillet. Les avions sont pleins et la veille du premier vol, on annule ce vol direct. La raison de la sécurité nationale invoquée dans le communiqué est inexplicable et surprenante, car l'aéroport de Beyrouth est très sécuritaire", a fait valoir M. El Habre. "L'an dernier, nous avons eu deux grands événements : le Sommet arabe et le Sommet de la francophonie où aucun incident n'a été enregistré. Les rapports des autorités internationales, surtout de l'Organisation de l'aviation civile internationale, assurent que l'aéroport de Beyrouth est très sécuritaire." Selon le consul, "Air Canada dessert plusieurs pays qui sont beaucoup plus instables que le Liban et avec pas mal de problèmes de sécurité". Outre la déception de la communauté libanaise montréalaise, M. El Habre estime que la décision des autorités canadiennes donne une bien mauvaise image du Liban. "On est en train de démontrer que le Liban n'est pas sécuritaire à un moment où le tourisme est très développé. On donne l'idée que quelque chose est en train de se passer ou va se passer. Nous souhaitons que les autorités canadiennes révisent leur décision", a-t-il conclu. Il importe de signaler qu'il existe plusieurs liaisons aériennes entre Montréal et Beyrouth, mais toutes nécessitent une escale dans une capitale européenne, ce qui fait qu'il faut de 20 à 26 heures pour effectuer le voyage, plutôt que les neuf heures qu'aurait pris le vol d'Air Canada.    haut  
 

Démocratie ou apocalypse ?

par GHASSAN TUENI, publié dans l'Orient-le Jour le 3 avril 2003
L'auteur est ancien ambassadeur du Liban à l'ONU
Il nous faut absolument échapper à la dialectique de la mort où l’on semble vouloir nous enfermer : choisir entre l’appel au martyre collectif que Saddam Hussein adresse au monde arabo-musulman, et la démocratie militariste à laquelle nous invite la "nouvelle Rome", par sa technologie sophistiquée de la destruction, "live" sur petit écran. Contre le Saint-Empire romain-germanique, "born again" dans les prêches des "hezbollah chrétiens", si éloquemment résumées par Condoleezza Rice : "Washington est la Rome du nouveau millénaire"… que pouvons-nous dire, que pouvons-nous faire ?
1- D’abord et avant toute autre chose, oser proclamer le refus d’universalisation (j’allais dire de "mondialisation") du mythe de Massada qui ne cesse de motiver, comme par instinct, les inspirateurs israéliens de la politique de George W. Bush, à tous les niveaux de son administration. Que le général Sharon construise tout seul la mini-muraille de Chine qui doit protéger son Etat-ghetto, sa forteresse du suicide… L’Amérique, elle, doit se libérer des Richard Perle et autres agents des boîtes à penser israéliennes qui ont inventé la guerre d’Irak et continuent de vouloir la gérer. Que l’Amérique daigne lire, dans sa presse demeurée assez libre de le dire, la mise en garde contre un enlisement semblable à celui d’Israël au Liban où le même Sharon menait son armée en, 1982, à sa "victoire" la plus tragique.
2- Mais parlons plutôt du Liban d’aujourd’hui. Au lieu de se réfugier dans sa diplomatie de perroquet bavard et insignifiant, le Liban doit se distinguer du monde arabo-musulman en s’affirmant, une fois de plus, comme "Patrie-message". Sans circonlocutions inutiles, mais aussi sans haine ni violence, et surtout sans complexes, il nous faut répéter, à l’adresse de la très puissante Amérique, cet avertissement de Jean-Paul II : "La guerre d’Irak menace de détruire l’humanité." Pourquoi le Liban ? Parce que c’est au Liban que commencera, en langue d’Evangile, l’apocalypse dont nous avons vécu les présages, pendant près d’un demi-siècle. Et que, triompher de l’apocalypse est le sens du message que Jean-Paul II est venu nous confier, en invitant nos églises à prier pour l’islam avec amour. Or, c’est ce même islam qui se sent aujourd’hui menacé, par une croisade - ô combien mensongère - mais tout autant par un obscurantisme despotique qui lui impose, chaque jour davantage, le faux jihad des Ben Laden d’occasion, fabriqués par les officines occultes des terrorismes d’Etat, féales d’Israël.
3- Ici, une parenthèse s’impose, à l’adresse des Libanais adeptes nostalgiques d’un militantisme chrétien : gare à ceux qui pensent qu’une nouvelle "géographie torturée" du Moyen-Orient, quelle qu’elle soit, leur réservera une meilleure patrie. Il n’est de sécurité, ni de libre épanouissement, pour les chrétiens arabes que nous sommes, en dehors du Pacte historique avec l’islam, héritage national commun de notre destin. Nous étions déjà arabes avant l’islam, nous sommes demeurés arabes et chrétiens après l’islam, et c’est à nous d’empêcher que l’islam ne désespère de partager avec les chrétiens d’abord, puis grâce à eux avec tous les chrétiens du monde, une culture de la liberté et de la paix. Or, contre cette culture de la liberté et de la paix se dressent deux ennemis : le despotisme dont nous souffrons et le retour d’un impérialisme impossible, qui s’obstine à nous mettre à genoux. Deux ennemis de la liberté et de la paix, mais néanmoins frères et alliés objectifs. Car rien ni personne ne sert mieux et n’a mieux servi les desseins secrets du colonialisme que les dictatures qui ont asservi leurs peuples et les ont obligés à se complaire dans un sous-développement politique et socio-économique. Les peuples ainsi opprimés sont le terreau du nihilisme le plus agressif : un terrorisme que ne légitime ni l’orgueil pseudo-révolutionnaire ni le désespoir érigé en philosophie nationaliste. Ainsi, corollairement (dialectiquement, diraient certains) mais à une bien plus grande échelle, l’échelle universelle, c’est à juste titre que les sages d’Amérique craignent le péril qu’encourt un "ordre nouveau", perçu comme despotique et oppressif. Le péril d’une internationale du terrorisme, qui partirait d’un islam unifié par la colère, et auquel se rallieraient tous les déshérités du monde, heureux de rejeter une légitimation de la puissance par l’exercice absolu de cette puissance même !
4- N’est-ce pas là le summum du paradoxe, voire de l’absurde ? Bien curieuse démocratie que celle qui prétend que 5% des habitants de la planète - les Américains - pourraient dicter un ordre nouveau, par leur seule puissance, aux 95% du reste de l’humanité. Or, plus que le monde arabo-musulman en voie de conquête malgré ses richesses obscènes ; plus que la misérable Afrique, et plus que l’Amérique du Sud aussi appauvrie qu’ignorée - c’est l’Europe, à prédominance chrétienne, qui se rebelle, mais dialogue. C’est aussi la Russie qui se révolte et menace. C’est enfin la Chine qui se réveille, mais sans bousculer sa profonde et pesante sagesse.
5- Le spectacle, le paysage mondial est bien différent de ce qu’il était en 1920, lors de la Conférence de Versailles, ou de ce qu’il fut en 1945 quand la Conférence de San Francisco déclarait, au nom des "peuples du monde", leurs droits inaliénables à la paix et à la liberté. Cette déclaration, qui rappelait les accents des déclarations des droits de l’homme et du citoyen des deux révolutions américaine et française, préfaçait les articles d’association de la Charte de l’Organisation des Nations unies. Cette même Organisation que ridiculise aujourd’hui Washington la jugeant aussi inutile que son ancêtre, la Société des Nations éclatée en 1939 au début de la seconde guerre mondiale. Faut-il une nouvelle guerre mondiale pour persuader les superpuissances ainsi que les petits Etats, les vainqueurs autant que les vaincus, qu’ils ont besoin de revenir aux préceptes du "Droit des Gens" pour organiser les relations entre les nations dans le cadre d’une juste distribution des droits et des devoirs ? Certes, Washington a raison de penser que l’Onu est à refaire. Mais alors dans la transparence la plus démocratique, "au nom des peuples" qui ont exprimé leur volonté de paix et de liberté par des manifestations mille fois plus éloquentes que tous les discours des diplomates et des chefs d’Etat. Cela d’ailleurs avait déjà été décidé dans une réunion du Conseil de sécurité, tenue en 1992 par les chefs d’Etat et de gouvernement, pour célébrer la fin de la guerre froide. 
Faut-il une nouvelle guerre froide pour revenir aux réformes de l’Onu alors formulées ? Ou bien devons-nous attendre une guerre nucléaire - peut-être par accident - où vainqueurs et vaincus se retrouveront également détruits ? Lieu des guerres et des paix d’antan, c’est de la Méditerranée que doit partir l’entreprise ultime pour établir une Paix que le monde espère juste donc durable. Les deux rives doivent s’unir, mais c’est de la rive dite Sud - et pourquoi pas du Liban particulièrement ? - que doit émerger le dialogue tant attendu par l’Union européenne. Ce dialogue pourrait très bien s’inspirer de l’amour de la Jérusalem, civitas dei, un amour partagé par tous, mais non divisible. Il devra tendre à un rééquilibrage des continents, qui supplanterait l’antique équilibre des forces, autant que l’illusoire choc des civilisations. La Russie ne pourrait-elle pas étendre l’Europe de l’Atlantique jusqu’aux rives rapprochées de l’océan Pacifique où elle retrouverait l’Amérique (côté Bush West), la Chine, le Japon ainsi que l’Asie (musulmane et indienne) comme partenaires de l’avenir ? Le Pacifique - nom présage ! - ne serait-il pas destiné à devenir un centre de gravité du troisième millénaire - succédant ainsi à l’océan Atlantique - sur les rives duquel se déroulaient les guerres autant que dialoguaient les cultures des siècles passés ? 
Quel merveilleux et plus dynamique contexte peut-on espérer pour une reprise du dialogue entre une Amérique remise des velléités bonapartistes et une Europe qui trouvera dans l’option nucléaire russe l’argument dissuasif contre toute ambition washingtonienne de guerres préventives ? "Just in case" - comme diraient les Américains - la guerre d’Irak, et déjà celle d’Afghanistan, ne suffisent pas à prouver que les risques encourus sont supérieurs à ceux que l’on croyait prévenir.
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Secousses simiesques

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 18 avril 2003

Une nouvelle aube se lève donc sur l’Irak : Saddam le Tikriton est parti, Ubush Roi l’a remplacé. Installé au pied de nez levé, il mitonne la tambouille politique à des Irakiens qui s’éparpillent et caquettent dans tous les sens. Mais malgré les chiites qui piaffent, les sunnites qui crânent et les Kurdes qui râlent, il a déjà placé son programme sur orbite, le Texan de la Maison-Blanche. Un plan réglé comme un tir de missile sur Bagdad. C’est ce qui s’appelle la démocratie à fragmentation. Pendant qu’à partir des puits de pétrole, les Américains déploient leurs armes de reconstruction massive, la Mésopotamie moderne frappe à la porte du XXIe siècle : les trésors du Musée de Bagdad seront remplacés par des copies en beurre de cacahuètes et la pendaison fera place à la chaise électrique reliée à l’Internet. Une révolution technologique aux allures de tremblement de terre qui a fichu la trouille dans le landernau politique syrien, toujours en retard d’un missile sur le processus de paix. 
Mais, "secousse sismique à Damas, répliques simiesques à Beyrouth", dit l’adage. Résultat : le Bouboule millésimé s’en va, le Bouboule Nouveau est arrivé. Et avec quel cheptel ! Un mélange rassis de croûtons faisandés, chargés, nous dit-on, de serrer les rangs face aux défis qui s’annoncent. Le Pentagone en tremble encore ! Maintenant, le spectacle peut commencer et deux espèces différentes d’ahuris locaux vont se pointer : les "plus-syrien-que-moi-tu-meurs", prêts à repousser, torse bombé et mental nimbé, les Tomahawk et autres CBU qui oseraient effleurer la moustache de Assem Kanso, notre icône baassiste ; et les "Général-nous-voilà", qui fantasment déjà sur le retour de l’Amer Michel sur son blanc destrier. N’en jetez plus, fermez le ban… et le Liban par la même occasion !
Abreuvé de slogans, abruti par les promesses, le pays est au sommet du toboggan. Retiens bien ton souffle, à partir de là, il ne pourra que bouger…
 
La nouvelle équipe ministérielle
– Maronites : Sleiman Frangié (Santé), Jean-Louis Cardahi (Télécoms), Khalil Hraoui (ministre d’Etat), Jean Obeid (Affaires étrangères), Farès Boueiz (Environnement), Abdallah Farhat (Déplacés). 
– Sunnites : Rafic Hariri, Fouad Siniora (Finances) , Bahige Tabbarah (Justice) , Négib Mikati (Travaux publics et Transports), Abdel-Rahim Mrad (ministre d’Etat), Samir el-Jisr (Education nationale et Enseignement supérieur).
– Chiites : Ali Hassan Khalil (Agriculture), Ayoub Hmayed (Energie et Eau), Assaad Diab (Affaires sociales), Mahmoud Hammoud (Défense nationale), Assem Kanso (ministre d’Etat) et le Dr Ali Hussein Abdallah (Tourisme). 
– Grecs-orthodoxes : Issam Farès (vice-président du Conseil), Elias Murr (Intérieur), Assaad Hardane (Travail) et Karam Karam (ministre d’Etat).
– Grecs-catholiques : Michel Samaha (Information), Elie Skaff (Industrie) et Michel Moussa (ministre d’Etat). 
– Druzes : Marwan Hamadé (Economie et Commerce), Talal Arslane (ministre d’Etat) et Ghazi Aridi (Culture). 
– Arménien-orthodoxe : Sebouh Hovnanian (Jeunesse et Sport). 
– Minorités : Karim Pakradouni (Réforme administrative).
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Nous n’allons pas vous étonner

par GEORGE PAPANDREOU et CHRIS PATTEN, publié dans l'Orient-le Jour le 29 mai 2003
Les auteurs sont respectivement ministre grec des Affaires étrangères, président en exercice du Conseil des ministres de l’UE, et commissaire européen chargé des Relations extérieures. 
Lorsqu’en septembre 1946, Winston Churchill a prononcé ces mots : "Je vais maintenant vous dire une chose qui va vous étonner : la première étape vers la reconstitution de la famille européenne doit être de faire de l’Allemagne et de la France des partenaires", il a mis le doigt sur les futurs fondements de la communauté européenne. Cette communauté est ensuite devenue Union, et avec la décision historique prise en décembre dernier d’admettre 10 nouveaux membres en son sein, l’UE s’étendra à toute l’Europe, concrétisant ainsi les ambitions de ses pères fondateurs de réunir tous les peuples de notre continent au sein d’une Union toujours plus étroite. Mais avec le succès viennent les responsabilités. Nous ne vous surprendrons donc pas en vous disant que, lorsque les 25 ministres des Affaires étrangères de l’UE élargie rencontreront leurs 10 collègues d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient en Crète, le 26 mai, leur principale tâche consistera à veiller à ce que les avantages découlant de l’élargissement de l’Europe soient partagés avec tous nos voisins du bassin méditerranéen. Nous devons aider nos partenaires méditerranéens à surmonter les problèmes qu’ils rencontrent et à parvenir à la stabilité, à la paix et à la prospérité. Pour ce faire, les pays du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient doivent poursuivre leurs efforts en matière de transition dans trois domaines fondamentaux.
Le premier, le plus important, est celui de la démocratisation. Un récent rapport du Pnud sur le développement humain dans le monde arabe (un rapport écrit par des Arabes pour des Arabes) souligne que les lenteurs de la démocratisation et des réformes déçoivent les attentes des jeunes générations des pays méditerranéens. La communauté internationale n’a pas toujours usé de son influence avec cohérence dans ce domaine : la crainte que des élections libres ne portent des fondamentalistes au pouvoir dans certains pays a constitué un frein aux perspectives de pluralisme. L’évolution vers des institutions démocratiques respectant pleinement les droits de l’homme doit venir des pays méditerranéens eux-mêmes. Certains Etats ont déjà accompli des progrès considérables à cet égard ; d’autres sont moins avancés. L’Europe aide à développer une société civile plus libre, et elle peut continuer à le faire. Nous n’avons aucunement l’intention de donner les recettes de plats que nous n’allons ni cuisiner ni déguster. Mais notre expérience vécue par les nouveaux pays adhérant à l’Union européenne est une chose dont nous sommes fiers et que nous sommes prêts à partager avec nos partenaires.
La deuxième transition concerne l’économie. Chaque année, des millions de personnes à la recherche d’un emploi rejoignent le marché du travail dans les pays méditerranéens. L’amélioration de l’éducation et la croissance économique durable sont des conditions primordiales pour leur offrir davantage d’opportunités dans leur propre pays. A défaut, l’émigration constituera la seule solution pour des milliers de personnes prêtes à risquer leur vie pour traverser la Méditerranée à la recherche d’un meilleur avenir pour elles-mêmes et pour leur famille. Les onze accords conclus entre l’Union européenne et nos partenaires établissent un cadre de relations privilégiées entre les deux rives de la Méditerranée. Seule la Syrie négocie encore un accord d’association avec l’UE. Nous espérons que nous serons rapidement en mesure de trouver un terrain d’entente et que le gouvernement syrien confirmera sa volonté d’accélérer le processus de réformes politique et économique, dans un pays qui revêt une grande importance tant pour le processus de paix au Moyen-Orient que pour le partenariat euro-méditerranéen. Le libre-échange et les régimes d’investissement plus ouverts prévus dans le cadre de ces accords ne devraient pas tarder à produire leurs effets. L’investissement privé devrait progressivement gagner en importance. 
La nouvelle facilité d’investissement gérée par la Banque européenne d’investissement contribuera à créer les 40 millions de nouveaux emplois nécessaires au cours de la prochaine décennie. Mais l’amélioration de la gouvernance économique, le renforcement des institutions et de leur fiabilité ainsi que la mise en place de cadres réglementaires stables et ouverts sont également essentiels pour garantir une croissance économique solide et suffisamment forte. C’est la raison pour laquelle, dans sa récente communication sur l’Europe élargie, la Commission européenne propose aux nouveaux voisins de l’Union européenne un accès progressif aux avantages découlant du marché unique européen, lié aux progrès réalisés en matière de réformes politique et économique.
La troisième grande transition est d’ordre social et culturel. Des deux côtés de la Méditerranée, nous connaissons très peu la culture de l’autre, son histoire et sa religion. Un gros effort doit être consenti pour combler ce déficit en matière de compréhension et de perception. L’année dernière, nous avons convenu d’établir une fondation euro-méditerranéenne destinée à promouvoir le dialogue entre les cultures et les civilisations. Et dernièrement, nous avons proposé la création d’une Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne. Ces deux institutions devraient permettre d’améliorer l’impact, la visibilité et les possibilités de confrontation des initiatives, utiles mais éparses, déjà menées dans la région. Les traditions et les cultures musulmanes, juives et chrétiennes convergent toutes en Méditerranée. La Fondation et l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéennes contribueront à faire ressortir de cette rencontre un dialogue productif et une plus grande tolérance. Les progrès vers la paix et la stabilité dans la région sont cruciaux pour la réussite à long terme de ce programme de réformes ambitieux.
La guerre et les conflits ont trop souvent été les vecteurs indésirables du changement au Moyen-Orient et dans les pays qui bordent la Méditerranée. Mais ces changements n’ont pas apporté la stabilité, car trop souvent ils reposent sur la force. L’histoire de l’Europe fourmille d’exemples montrant la précarité de l’ordre lorsqu’il n’est pas fondé sur le compromis et le consensus. Notre expérience atteste également des avantages d’une coopération pacifique et démocratique. Les ministres vont se rencontrer en Crète dans un contexte de guerre récente en Irak et de poursuite de la violence en Israël, en Palestine et ailleurs dans la région, notamment au Maroc et à Ryad, que le terrorisme a durement frappés il y a quelques jours. Nous devrons mettre nos divisions et nos divergences de côté pour œuvrer ensemble dans un cadre international afin de promouvoir la sécurité, la stabilité et la coopération dans l’ensemble de la région. La "feuille de route" pour la paix au Moyen-Orient, présentée à l’initiative de l’Union européenne, des Etats-Unis, de la Russie et des Nations unies, fournit une chance réelle de parvenir à l’objectif de voir deux Etats, Israël et la Palestine, coexister pacifiquement. A ce moment-là seulement, nous pourrons exploiter pleinement le potentiel de coopération de la région méditerranéenne, en nous appuyant sur sa riche histoire et sa grande diversité.
L’Europe a pour ambition, en Méditerranée, de transformer son ancien pouvoir en influence positive, d’aider à faire naître la confiance entre tous les pays et de faire partager son expérience de la consolidation de la paix par la coopération économique. Il s’agit là des mêmes instruments qui ont donné sa forme à l’Europe. Nous sommes donc confiants dans le fait qu’ils serviront également à instaurer progressivement la stabilité et la prospérité dans les relations euro-méditerranéennes, tout en rapprochant nos sociétés. Le contexte international actuel d’insécurité et d’instabilité rend impératif de réaliser des progrès substantiels dans cette direction lors de la réunion ministérielle qui se tient en Crète.    haut
 
Le procès du sang contaminé n'aura pas lieu
La Cour de cassation a confirmé le non-lieu général, au grand dam des victimes
 
par GUILLAUME PERRAULT, publié dans le Figaro le 19 juin 2003
"Vous êtes des lâches !", "Honte à vous !", "Vous avez traîné votre robe dans la boue !" Hier après-midi, dans le décor auguste de la chambre criminelle de la Cour de cassation, l'arrêt confirmant le non-lieu général dans l'affaire du sang contaminé a provoqué de vives réactions chez les victimes présentes. Les gendarmes ont dû intervenir pour faire évacuer la salle. Les hauts magistrats ont donc confirmé l'arrêt très contesté de la cour d'appel de Paris, qui, le 4 juillet dernier, avait estimé qu'un procès n'était pas justifié. Aucune juridiction ne jugera donc les 30 personnes mises en examen pour "empoisonnement" ou "homicide involontaire" par le juge d'instruction qui avait enquêté sur l'affaire pendant cinq ans, Marie-Odile Bertella-Geffroy. Ainsi s'achèvent les poursuites contre les membres de cabinets des ministres de l'époque - dont l'actuel PDG de Renault, Louis Schweitzer, alors collaborateur de Laurent Fabius -, des hauts fonctionnaires du ministère de la Santé et des médecins, dont Michel Garretta. Hier, en effet, la Cour de cassation a estimé que la cour d'appel de Paris n'avait pas commis d'erreur de droit. Rejetant les arguments du parquet général de Paris, qui estimait dans son pourvoi que l'arrêt "procède souvent par voie d'affirmations sans étayer son raisonnement", les hauts magistrats ont même été au-delà des réquisitions de l'avocat général. Celui-ci, tout en invitant la haute juridiction à confirmer le non-lieu, avait concédé que la cassation était justifiée pour des motifs de forme. Mais les hauts magistrats ont finalement confirmé l'arrêt sur la forme et sur le fond. Pour la justice, l'affaire du sang contaminé est donc terminée.
Ce scandale d'une exceptionnelle gravité avait éclaté en 1991. Dans L'Evénement du jeudi, Anne-Marie Casteret révèle alors que, six ans plus tôt, le dépistage systématique du virus du sida dans les dons de sang a été freiné pendant plusieurs mois dans l'attente de l'élaboration d'un test français. En outre, des stocks de sang contaminé ont été distribués sciemment durant plusieurs mois aux hémophiles. Dans l'opinion, l'émotion est énorme. En 1993, évoquant la nécessité d'agir vite, le parquet renvoie quatre anciens cadres du Centre national de la transfusion sanguine (CNTS) en correctionnelle pour "tromperie sur la qualité substantielle des produits". Parmi eux : le docteur Michel Garretta, directeur du CNTS, dont la peine fut confirmée en appel et qui sera libéré après trente mois de prison. En 1999, après de nombreux atermoiements, la Cour de justice de la République juge trois anciens ministres. L'ancien premier ministre Laurent Fabius est relaxé, ainsi que l'ex-ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix, auteur d'une formule restée dans les mémoires : "Je me sens profondément responsable, mais pas coupable." Pour sa part, Edmond Hervé, ancien secrétaire d'Etat à la Santé, était déclaré coupable d'homicide involontaire, mais dispensé de peine. La même année, après cinq ans d'enquête, le juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy demande le renvoi aux assises des 30 personnes mises en examen. Une interminable bataille de procédure s'engage alors, qui s'est achevée hier par la confirmation du non-lieu général. Une décision qui, si elle constitue un soulagement pour les personnes poursuivies, interdit un débat approfondi qu'aurait permis un procès. Or, comme le souligne Jean Peron-Garvanoff, la première victime à s'être constituée partie civile en 1988, "l'affaire du sang contaminé n'est pas une catastrophe naturelle".
"Un déni de justice"
Edmond-Luc Henry, président de l'association française des hémophiles, est partie civile dans l'affaire du sang contaminé depuis 1988. Il commente pour Le Figaro le non-lieu confirmé hier par la Cour de cassation.
* Quelle appréciation portez-vous sur la décision des hauts magistrats ?
C'est un déni de justice fondé sur un raisonnement spécieux. Selon l'arrêt, il ne peut y avoir empoisonnement que si le responsable a agi "avec l'intention de donner la mort". Mais comment démontrer l'intention de tuer ? C'est impossible ! C'est la première fois que la haute juridiction adopte une définition aussi restrictive, qui réduit le crime d'empoisonnement à un cas d'école. Jusque-là, la haute juridiction estimait qu'il y avait empoisonnement dès lors que l'auteur savait que le produit utilisé était très dangereux. Autre exemple : selon l'arrêt, "l'incertitude demeure sur l'existence d'un lien de causalité entre les faits reprochés et le dommage". La Cour de cassation réclame qu'on date la contamination au jour près, alors que la plupart des victimes étaient transfusées tous les jours. On reste confondu devant des exigences aussi irréalistes, qui n'ont rien à voir avec le souci légitime de rigueur juridique. On aboutit à une situation absurde : Edmond Hervé, ancien secrétaire d'Etat à la Santé, a été déclaré coupable d'homicide involontaire... mais ses anciens conseillers ne sont responsables de rien !
* Plus généralement, quel est votre sentiment sur l'attitude de la justice dans cette affaire ?
Le dossier du sang contaminé n'aura jamais reçu une réponse judiciaire à la hauteur de la gravité des faits. Craindrait-on un examen public de l'ensemble du dossier à l'audience ? Déjà, en 1987, les premières plaintes des victimes avaient été classées sans suite par le parquet. La justice a multiplié les atermoiements, utilisé toutes les ressources de la procédure pour différer le moment de la décision. Cette attitude a encore ajouté au malheur des 4.000 contaminés. Parmi ceux-ci, on compte 1.300 hémophiles : aujourd'hui, 600 d'entre eux sont déjà morts. Les victimes ne doivent jamais tomber dans l'oubli dans lequel la Cour de cassation les renvoie.    haut
 
Rabbi David a tout expliqué...
 
par RENE AGGIOURI, publié dans la Revue du Liban du 14 juin 2003
On n’a pas fini de gloser sur le sens et la portée des retrouvailles de Charm el-Cheikh et d’Akaba sous le parrainage de l’Américain. En fait, on n’en est encore qu’au début d’un nouveau chapitre de cette vieille histoire de spéculations sur la sincérité des divers protagonistes du conflit palestinien, aussi bien que sur la capacité du parrain américain à promouvoir résolument une paix juste en Terre Sainte. Dans ce jeu qui se développe depuis des décennies sous la forme d’une sanglante tragédie, l’arbitre américain de service est, aujourd’hui, un néophyte plein d’allant et d’illusion. Il s’est défini, innocemment, comme le “conducteur du bétail”, un cow-boy en somme ou, bibliquement parlant, le “pasteur du troupeau”. On se demande s’il se rend bien compte qu’en l’occurrence, ses interlocuteurs sont tout ce qu’on veut sauf des agneaux. Il n’est pas difficile d’imaginer combien M. Ariel Sharon a pu rire sous cape en se voyant ainsi décrit.
Pour savoir comment précisément M. Sharon envisage l’offensive de paix de M. George W. Bush, on peut se référer à l’analyse qu’en fait un éminent Rabbin orthodoxe de New York dans le “Jewish Press” de Brooklyn (page 59). Il s’agit de Rabbi David Algaze. Et si son article date du 10 janvier dernier, il n’en demeure pas moins valable comme on va le constater. Ce Rabbi-là se pose cette question : Pourquoi Sharon apporte-t-il avec tant de véhémence son soutien à la création d’un Etat palestinien ? Et il explique : “Sharon conduit une guerre sur le plan diplomatique. En sa qualité de général d’armée, il sait que la plus grande qualité dans une guerre, c’est la ruse. Laissons donc les Arabes croire qu’il consent à leur accorder un Etat. Il posera tant de conditions et d’obstacles qu’il rendra à jamais impossible l’instauration de cet Etat. Laissons les Européens et le Département d’Etat (de Colin Powell) l’appuyer en leur faisant croire qu’il souscrit à leurs thèses. “Pourquoi pas ? En réalité, cela ne fera pas la moindre différence sur le plan pratique. Sharon table sur la stupidité des Arabes et sur leur haine pour empêcher l’émergence d’un nouvel Etat arabe. Pendant ce temps, Israël continue de tuer des terroristes, de détruire leur infrastructure et de marquer du sceau de l’infamie l’image des Arabes dans le monde. Sharon n’a nullement l’intention de laisser se produire la tragédie que constituerait la création d’un Etat arabe en Terre d’Israël”.
L’auteur de ce texte veut, semble-t-il, rassurer une communauté juive américaine inquiète d’une éventuelle évolution de M. Sharon. Il a donc recours aux arguments qui correspondent le mieux à l’état d’esprit de ses coreligionnaires. Ce qui est tout de même remarquable, c’est l’expression raciste de la vision juive des Arabes et cette référence parfaitement claire à deux idées directrices de la doctrine des sionistes les plus radicaux : la “Terre d’Israël”, c’est-à-dire la “Judée-Samarie (il n’y a pas de Palestine) et un Etat arabe nouveau ne peut être qu’un foyer de haine et de terrorisme. On se souviendra que le plus célèbre représentant de cette doctrine, M. Netanyahu avait publié, juste à la veille de son accession au Pouvoir, en 1996, un livre retentissant soutenant cette thèse. Aujourd’hui, il fait partie du gouvernement Sharon et n’a renoncé à aucun de ses fantasmes. On se rappellera, aussi, qu’il avait été accusé d’avoir alimenté la campagne populaire qui avait inspiré à un exalté l’assassinat de Yitzhak Rabin. M. Sharon est l’objet d’une campagne populaire de même nature depuis sa participation à la conférence de Charm el-Cheikh. Il doit donc se souvenir des conséquences de ce genre d’agitation sur le destin de son prédécesseur, Rabin. C’est ainsi qu’on le voit, désormais, entouré d’une armée de gardes du corps.
En dernier ressort, la conclusion de cette immense tragédie ne dépend ni d’Abou-Mazen, ni d’Ariel Sharon, ni de Netanyahu, ni d’Arafat. Mais de la puissance qui peut dicter les conditions de la paix et les faire respecter. C’est l’Amérique qui a tenu à assumer, seule, ce rôle. Elle a marginalisé et l’Europe et l’ONU. Mais ce rôle, comment l’Administration Bush le conçoit-elle ? Là-dessus, les opinions sont tellement partagées qu’on en arrive à douter de la capacité de cette superpuissance à parvenir à un résultat. “Pasteur du troupeau” ?... “Conducteur de bétail” ?... Qu’est-ce que cela veut dire en définitive pour M. Dobliou Bush, le Texan ? Rien du tout, peut-être bien. Sinon une simple image pour se donner une posture intelligible pour des électeurs éleveurs de bœufs.    haut
 
L'avenir du monde occidental
 
par KARL LAMERS, publié dans le Monde du 10 juin 2003   (Traduit de l'allemand par Henri de Bresson)
L'auteur est ancien responsable de la politique extérieure pour le groupe parlementaire chrétien-démocrate allemand au Bundestag 
Le monde occidental - soit l'Amérique du Nord et l'Union européenne - représente aujourd'hui 10 % de la population mondiale ; ce ne sera bientôt plus que 4 %. Cette petite partie, qui ne cesse de diminuer, domine le monde, grâce surtout aux Etats-Unis. Tous les regards se tournent vers eux, par sympathie mais aussi, d'une manière croissante, par aversion. Le 11 septembre 2001 a été l'expression la plus radicale de ce rejet par une grande part du monde islamique, que d'autres aussi ont applaudi. Le monde occidental affronte ce défi profondément divisé, entre l'Europe et l'Amérique, entre la "vieille" et la "nouvelle" Europe. C'est ce qu'a révélé avec brutalité la crise irakienne. La guerre contre l'Irak était décidée d'avance et donc inévitable. Le débat entre l'Amérique et la France au Conseil de sécurité des Nations unies avait quelque chose de fantomatique. Pourtant, il avait un arrière-plan très réel et de fond : la politique américaine vise à un ordre mondial hégémonique, unipolaire ; la France se bat depuis toujours pour un monde multipolaire. A ce conflit transatlantique s'est superposé un autre conflit, intereuropéen celui-là. Pour les Polonais, mais aussi pour les autres Européens de l'Est, le fantôme d'un axe franco-germano-russe a réveillé des cauchemars. Ces dissensions ont montré combien les Etats-Unis continuent d'être un acteur à part entière du processus de décision européen. Un rôle qui n'est pas nouveau : sa raison d'être a toujours été de maintenir un équilibre face à l'Allemagne et de la contrôler. Mme Thatcher l'avait encore réaffirmé dans un discours à Bruges, après la réunification, et l'on entend parfois la même chose en Pologne.
Ces peurs, ces rivalités ont conduit à une rupture grave au sein de l'Union ; elles ont réveillé le vieux conflit entre les tenants de l'Europe atlantique et de l'Europe européenne sur le rôle des Etats-Unis en Europe, et donc sur l'idée d'Europe elle-même. A l'heure de vérité, l'Europe n'a pas eu de politique commune parce qu'elle n'est pas unie sur ce qu'elle est. Elle ne peut gagner du contour, se forger une identité que si - comme toute communauté - elle se présente unie face aux autres. L'Europe politique n'est pas séparable d'une politique étrangère commune. Elle doit, parce que ses intérêts existentiels l'exigent, participer à la gestion du monde, et pas seulement se contenter de subir - souvent à la suite des décisions américaines. La Convention offre une opportunité unique. La France et l'Allemagne doivent proposer un projet ambitieux et, en même temps, ne pas laisser de doute quant à leur détermination d'avancer avec ceux qui voudraient les accompagner. Les deux pays doivent clairement faire savoir comment ils entendent développer leurs relations avec les Etats-Unis. C'est aujourd'hui la question-clé. Les Etats-Unis sont à la fois en dehors de l'Europe et dedans, ils sont une puissance non européenne et européenne tout à la fois. Et en même temps ils sont présents dans le monde entier, ils ont une perspective globale différente de celle de la plupart des Européens, et notamment des Allemands. Les Américains ont avec succès montré leur détermination à créer dans le "nouveau monde" un ordre meilleur que dans l' "ancien", ce qui les différencie fondamentalement des Européens. Ils ont eu le privilège, unique dans l'histoire, d'avoir pu se croire, jusqu'au 11 septembre 2001, invulnérables. Depuis Achille, les Européens ne peuvent que rêver de cette invulnérabilité - ce que les Allemands ont réappris avec Siegfried.
La stratégie américaine actuelle vise à rétablir autant que possible cette invulnérabilité, ce qui apparaît aux Européens comme un rêve dangereux. Le seul remède durable aux ressentiments, à l'antiaméricanisme, est une Europe qui ait confiance en elle, qui soit un véritable partenaire des Etats-Unis et non dans un rapport d'allégeance. Est-ce que la France et l'Allemagne peuvent parvenir à lancer sur les rails une telle Europe ? Cela n'ira pas sans frictions avec les Etats-Unis et certains pays européens. Et l'on peut avoir des doutes, en ce qui concerne l'Allemagne, sur sa capacité à les affronter. Pour les Allemands, il s'agit d'oser avec la France une "grande politique", mais rien que l'idée fait frémir la plume. Le gouvernement oscille entre des coups de poker et la peur de trop s'engager. C'est un signe de manque de confiance. Le chancelier a promis après le 11 septembre une solidarité totale avec les Etats-Unis dont on a vu qu'elle n'était pas plus possible que l'affirmation "de ne participer d'aucune manière et quoi qu'il arrive" à la guerre irakienne des Etats-Unis. L'isolement dans lequel cette position l'a enfermé l'a conduit à se tourner vers la France, mais on a peine à croire que ce rapprochement corresponde à une convergence d'idées sur la vision globale de la France. L'opposition donne une image peu claire. Alors que M. Stoiber, son candidat à la chancellerie en 2002, avait clairement appuyé la position française, la présidente de la CDU, Mme Merckel, a paru complètement oublier la France dans l'affirmation de sa solidarité (presque sans limite) avec les Etats-Unis. Le proaméricanisme des Allemands provient de la bonne expérience qu'ils ont eue après-guerre dans leurs relations avec les Etats-Unis. Ces derniers insistèrent pour relever l'Allemagne, appuyèrent l'intégration européenne ; surtout, ils étaient le bouclier contre l'Union soviétique. Lors de la réunification allemande, ils ont été les seuls à appuyer totalement un processus qui était troublant pour les Européens, qui leur faisait peur.
Pourtant, l'attitude des Allemands à l'égard des Américains s'est mise à changer, et déjà avant le 11 septembre. Peut-être l'ancienne proximité - l'étroite dépendance qui conduisait à suivre sans rien dire - a-t-elle conduit à un certain besoin de distance. Les bases objectives de cette relation ne sont plus les mêmes. La tentative du président Bush père de rétablir l'ancienne balance asymétrique par l'offre d'un "partenariat dans le leadership" ne pouvait qu'échouer. L'Allemagne ne peut mener une politique globale aux côtés des Etats-Unis que dans le cadre européen. Tout comme la relation germano-américaine était l'élément central pour la sécurité de l'Allemagne, la relation franco-allemande l'était pour l'objectif de la politique extérieure allemande : l'unification de l'Europe. Celle-ci doit définitivement régler le problème de la position instable de l'Allemagne au centre de l'Europe, le Mittellage, et ainsi garantir sa sécurité. C'est pour cela que l'Europe politique a toujours été son but. Les Allemands ont tenté de nier la contradiction entre cette vision européenne et le rôle dominant des Etats-Unis sur la scène européenne. De là leur désaccord avec la France, même abrité derrière des discours et en dépit du refus de prendre position lorsque les affaires devenaient chaudes. Dans la crise irakienne, cela n'a plus été possible. Cela le sera encore moins à l'avenir. La polémique sur la configuration nouvelle du monde va se poursuivre : multi ou unipolaire ? L'Europe doit-elle en être l'un des pôles ? Il va falloir faire des choix. Ni la France ni les Etats-Unis ne permettront à l'Allemagne de chercher une échappatoire. Une chose cependant doit rester claire. Nous avons besoin aujourd'hui, face aux nouveaux défis, d'encore plus de coopération entre l'Europe et l'Amérique qu'au temps de la guerre froide. Mais cette coopération exige l'égalité. L'Europe européenne ne sera pas la fin mais le début du partenariat transatlantique.    haut
 
La France a dénoncé une campagne de désinformation "inacceptable" aux Etats-Unis
 
paru dans le Monde du 17 mai 2003
"Je veux attirer votre attention sur la nature troublante, et même inacceptable, de cette campagne de désinformation visant à salir l'image de la France et à tromper le public." C'est en ces termes que l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, Jean-David Levitte, dans une lettre envoyée aux principaux responsables et médias américains, relance les divergences entre la France et les Etats-Unis depuis la guerre en Irak. "Les plus sérieuses de ces affirmations partagent les caractéristiques suivantes : elles diffusent des informations fausses et s'appuient toutes sur des informations citant des responsables anonymes de l'administration", souligne l'ambassadeur qui joint à sa lettre une liste de ces accusations. Le porte-parole adjoint de la Maison Blanche, Scott McClellan, a affirmé jeudi que la plainte française "ne repose sur aucune base et aucun fait". "La France et les Etats-Unis suivent une thérapie conjugale depuis deux cents ans", a-t-il toutefois ajouté, reprenant une citation du secrétaire d'Etat, Colin Powell. "Les méthodes utilisées par ceux qui propagent cette désinformation n'ont pas de place dans les relations entre amis et alliés, qui peuvent être en désaccord sur des questions importantes mais ne doivent pas s'engager dans le dénigrement et le mensonge", estime M. Levitte dans sa lettre. Parmi les exemples de désinformation cités figurent une information publiée en septembre par le New York Times concernant des ventes d'armes françaises à l'Irak et une autre du Washington Post en novembre affirmant que la France possèderait des souches du virus humain de la variole. Sont aussi mentionnées des affirmations en mai du Washington Times selon lesquelles la France aurait donné des passeports à des responsables du régime de Saddam Hussein pour qu'ils puissent quitter l'Irak.
M. Levitte a enfoncé le clou, jeudi soir, sur la chaîne de télévision publique américaine PBS, accusant des "responsables" et "des sources du renseignement" américains d'être à l'origine de cette campagne de désinformation. Les relations entre Paris et Washington se sont nettement tendues depuis que la France s'est opposée, ainsi que l'Allemagne et la Russie, à l'intervention militaire américano-britannique contre l'Irak. Le ministre des affaires étrangères français, Dominique de Villepin, a affirmé jeudi depuis Bruxelles : "Nous ne pouvons pas accepter qu'ainsi se développent des critiques contre la France aussi infondées." "Je ne suis pas au courant d'une telle campagne", a assuré du côté américain le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, tout en reconnaissant qu'il préférait collaborer avec d'autres pays que la France sur le plan militaire. Colin Powell avait affirmé, en avril, que la France aurait à subir des conséquences pour sa position. Paris souhaite obtenir de la part de l'administration américaine des démentis plus fermes que celui opposé par le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer dans l'affaire des passeports. Celui-ci avait indiqué le 6 mai : "Je pense que les Français devront s'expliquer sur ce qu'ils ont fait ou n'ont pas fait." Les appels au boycott de produits français se sont multipliés aux Etats-Unis ces derniers mois. Plus folklorique, le Congrès a décidé en mars de rebaptiser les frites, appelées "French fries" en anglais, "freedom fries" (frites de la liberté). Fin avril, le président George W. Bush, qui possède un ranch au Texas, avait clairement manifesté son inimitié pour son homologue français, Jacques Chirac : "Je crois que ce n'est pas demain la veille qu'il (y) viendra." M. Bush sera toutefois l'hôte du président français lors du sommet des huit pays les plus industrialisés (G8) à Evian (France) début juin.    haut
 
L'Amérique toujours en guerre en Irak
Près de 100 morts en deux jours lors d'opérations militaires
 
par JACKY DURAND, publié dans Libération le 14 juin 2003
La guerre n'est pas vraiment finie en Irak. Près d'une centaine de personnes sont mortes entre jeudi et vendredi dans des combats avec les troupes américaines, qui ont lancé en milieu de semaine l'opération "Frapper la péninsule", afin de mettre un terme aux attaques qu'elles subissent depuis plusieurs semaines dans un triangle qui passe par les villes de Takrit, la cité natale de Saddam Hussein, Fallouja, à 50 kilomètres de Bagdad, et Hit, à 200 km à l'ouest de la capitale irakienne. Cette offensive est la plus importante depuis la chute de Saddam Hussein et, selon la rhétorique militaire américaine, s'inscrit dans le cadre "des efforts continus mis en oeuvre pour éliminer les fidèles du parti Baas, des groupes paramilitaires et autres éléments subversifs". "Autant dire tous ceux qui donnent des cauchemars à Paul Bremer (l'administrateur américain en Irak, ndlr), responsable du sort de 147.000 Américains en Irak", estime un diplomate.
Roquettes
Vingt-sept personnes ont ainsi été tuées vendredi à Balad, une localité à 120 km au nord de Bagdad, lors d'affrontements armés avec les troupes américaines. Selon la version du Commandement central américain (Centcom), un groupe d'assaillants a tiré des roquettes contre des blindés de la 4e division d'infanterie américaine. Les chars ont riposté, tuant quatre personnes, puis ils ont poursuivi avec l'appui d'hélicoptères Apache les "assaillants" et en ont tué 23. A Mossoul, la grande ville du nord du pays, trois Irakiens et un Américain ont été blessés dans des combats qui opposaient des civils et des soldats de la coalition. Dans le Nord toujours, un journaliste a constaté deux foyers d'incendie sur l'oléoduc utilisé pour exporter le pétrole irakien vers la Turquie. Jeudi, plus de 70 personnes avaient déjà été tuées dans la région de Balad lors de l'attaque à l'aube par la 101e division aéroportée d'un "camp d'entraînement terroriste", selon le communiqué du Centcom. L'assaut avait débuté par des frappes aériennes, et un soldat américain avait été légèrement blessé. Selon un responsable américain, citant des militaires, les hommes présents dans le camp n'étaient pas tous irakiens (des volontaires arabes de plusieurs pays ont rejoint les forces irakiennes au début de la guerre). Dans ce contexte, le Centcom a également annoncé, vendredi, que des troupes aéroportées avaient capturé, jeudi, dans le nord de l'Irak "74 sympathisants présumés d'Al-Qaeda". Mais, quelques heures plus tard, le général David McKiernan estimait qu'il était "prématuré de pouvoir dire s'ils étaient liés à Al-Qaeda".
Message de Saddam
Le quotidien arabe de Londres Al-Qods al-Arabi publie dans son édition de samedi un message manuscrit attribué à Saddam Hussein qui appelle à la "résistance" : "Nous disons aux pays du monde entier : 'Retirez vos ressortissants de l'Irak. Nous sommes en guerre de libération.' " Le sergent Joe ne paraît pas franchement enchanté par l'opération "Frapper la péninsule" : «Je n'ai pas vu ma femme et mes trois enfants depuis neuf mois. Je devais rentrer au Texas." Mais il s'est fait sucrer sa permission. Il fait partie des 4.000 soldats dépêchés dans l'ouest et le nord-ouest irakien dans le cadre de l'offensive américaine. En milieu de semaine, il était à la mairie de Fallouja, où des officiers américains se sont réunis avec des chefs de tribu et des imams pour tenter de faire baisser la tension dans cette ville récalcitrante à la présence américaine. Le 28 mai, deux soldats de la coalition ont été tués et neuf autres blessés à Fallouja. "Je ne veux pas des Américains chez moi. Ni collaborer avec eux. Ni être occupé par leur langue", tempête Sabbah, dont la maison tremble au passage d'un char américain. Le discours est récurrent dans cette agglomération de 600.000 habitants, qui, selon un diplomate en poste à Bagdad, est emblématique de "la révolte du triangle sunnite qui a fourni par le passé les éléments de l'armée les plus fidèles à Saddam Hussein, qui en retour leur accordait de nombreuses gratifications. Il était évident que les tribus de l'Euphrate allaient ruer dans les brancards après la suppression de l'armée irakienne".
Résistance
Pour Paul Bremer, les troupes américaines font face à une "résistance organisée, particulièrement dans les zones à l'ouest de Bagdad et au nord de la ville". Des commandos de cinq à dix hommes, sans commandement centralisé apparent, seraient à l'origine de cette résistance, a affirmé Bremer, qui a mis en cause les Fedayin de Saddam Hussein, les partisans du Baas et les officiers de la garde républicaine. Un ancien officier supérieur irakien habitant Falloujah soupçonne également "des manipulations d'anciens fonctionnaires des services secrets". "Beaucoup, dit-il, sont originaires du triangle sunnite. Saddam Hussein avait acheté leur conscience à coups de privilèges. Maintenant, ils peuvent à leur tour acheter la conscience d'autres gens pour se venger."    haut
 
Ankara reste un allié difficile pour Washington
 
par NICOLE POPE, publié dans le Monde du 11 mai 2003
Le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, exprimant la profonde déception de l'administration Bush face au refus turc de participer à la guerre contre l'Irak, a exigé que, pour ouvrir une nouvelle page dans les relations turco-américaines, les autorités turques admettent qu'elles avaient "commis une erreur". Jeudi 8 mai, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a répliqué que "la Turquie, depuis le début, n'a jamais fait d'erreur". Malgré une opinion publique fermement opposée à la guerre, le premier ministre avait tenté de convaincre ses députés de soutenir une motion gouvernementale qui aurait permis à 62.000 soldats américains d'ouvrir un front nord à partir de la Turquie, mais le texte avait été rejeté de justesse. Les déclarations de M. Wolfowitz ont causé de fortes réactions en Turquie. Le dirigeant de l'opposition Deniz Baykal a déclaré que "la Turquie est un pays démocratique et que tous ceux qui apprécient le fonctionnement d'une véritable démocratie devraient le respecter". Un autre faucon proche du Pentagone, Richard Perle, a lié l'avenir de l'amitié turco-américaine à la coopération d'Ankara avec Washington contre l'Iran et la Syrie. Les Etats-Unis n'ont pas vu d'un bon œil la récente visite du ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, à Damas et les contacts diplomatiques des Turcs avec l'Iran. M. Wolfowitz a adressé ses critiques les plus acerbes à l'armée turque. Alors que les Européens s'inquiètent fréquemment du rôle des militaires en Turquie, les Etats-Unis, qui ont toujours favorisé l'aspect stratégique de leurs relations avec Ankara, ont de bons contacts avec l'armée et citent volontiers la Turquie comme un modèle démocratique pour les pays de la région.
Calmer le jeu
M. Wolfowitz a déclaré que, si les militaires s'étaient alignés sur la position américaine, ils auraient pu influencer le résultat du vote, et que, "pour une raison quelconque, ils n'ont pas adopté le rôle dirigeant fort et l'attitude que nous attendions". Ses commentaires lui ont valu une réponse de l'état-major, par le biais du général Yasar Buyukanit, qui a affirmé que "les forces armées turques font toujours leur devoir de façon démocratique. Cela a toujours été le cas jusqu'à présent et continuera de l'être". Les Etats-Unis ne sont pas prêts à couper les ponts avec Ankara. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, plus conciliant, s'est déclaré attaché à "un bon partenariat avec la Turquie". Abdullah Gül a, lui aussi, tenté de calmer le jeu en soulignant que les relations turco-américaines ne reposaient pas sur une seule motion gouvernementale. "Nous devons nous tourner vers l'avenir,a-t-il déclaré. Nous allons travailler ensemble pour forger de meilleures relations."    haut
 
Jack Shaheen en guerre contre Hollywood
Ce vilipendeur des Arabes
 
par IRENE MOSALLI, publié dans l'Orient-le Jour le 15 avril 2003
Puissant et inébranlable Hollywood... Et pourtant, pourchassé, pourfendu et harcelé par un seul individu qui ne lui pardonne pas de déformer l’image des Arabes. Son nom, Jack Shaheen, né à Pittsburgh de parents libanais, professeur en communication à l’Université de l’Illinois, ancien consultant pour les affaires du Moyen-Orient près de la chaîne de télévision CBS et auteur de plusieurs ouvrages sur la catégorisation stéréotype du monde arabe. Son sang n’a fait qu’un tour en voyant comment, dans tous les films hollywoodiens, on affublait les criminels, les terroristes, les braqueurs, les truands et autres caractères crapuleux de la nationalité arabe. Alors comme David, Jack Shaheen n’a pas craint de s’attaquer sans répit au Goliath du septième art américain, ne laissant passer aucune occasion de dénoncer cette injustice. Manifestant son indignation par lettres aux producteurs et aux médias interposés après avoir constitué des dossiers en béton. Il vient de publier un livre à ce sujet qui en dit long sur ses recherches scrupuleuses et méticuleuses et sur cette passion qui l’anime pour défendre les victimes de la fantaisie discriminatoire et calomnieuse de l’industrie du cinéma. Il y a quelques jours, Jack Shaheen était invité par la fondation Mosaïque à parler de son expérience et de l’ouvrage qu’il vient donc de publier sous le titre : "Les Arabes sur bobine : comment Hollywood dénigre un peuple". La causerie s’est déroulée dans l’auditorium de l’ambassade de Jordanie à Washington.
Déjà le "Sheikh" avec Rudolph Valentino
Un véritable réquisitoire que cette étude qui analyse plus de 900 films qui sont autant de chefs d’accusation. Cela va (par ordre alphabétique) de Abbot et Castello dans la légion étrangère à The Wind and the Lion en passant par Aladdin produit par Disney en 1992 (dont certains dialogues ont été modifiés après intervention de Jack Shaheen), American Ninja, The American President, The Awakening, The English Patient, Raiders of the Lost Ark, The Siege, Son of Tarzan, Titanic. Et que dire d’Exodus ? Cela remonte à bien plus loin que les Dix Commandements et que le 11 septembre, précise l’auteur qui évoque, déjà au temps du cinéma muet, le film The Sheikh avec Rudolph Valentino. Ici, l’héroïne ne répondra à l’amour du "sheikh" qu’en apprenant qu’il est, en fait, un comte de mère anglaise et de père espagnol, caché sous cette identité. Pas question pour elle de s’allier à un Arabe ! La discrimination sur grand écran a commencé par un goût pour l’exotisme puis s’est développée par l’emprise des producteurs juifs qui ont le monopole des réalisations cinématographiques. Ils sont les auteurs d’un film sur sept. Sans compter, souligne avec ironie Jack Shaheen, que "Washington et Hollywood ont en partage un même ADN". Tous deux ignorent la réalité du monde arabe. Dans les films, les noms des pays sont souvent inexacts ou tout simplement inventés. Et lorsqu’elle est utilisée, la langue arabe devient un borborygme. Il explique aussi que d’autres groupes ethniques ont subi un tel sort. A commencer par les Indiens d’Amérique, toujours figés dans une image folklorique.
Qu’est-ce qui a poussé Jack Shaheen à se faire l’avocat des communautés venues d’ailleurs, en particulier la communauté d’origine arabe à qui le cinéma dénie le melting pot ? "D’abord dans ma famille, répond-il, on privilégiait l’égalité de tous. Et à Pittsburgh, où je suis né et où j’ai grandi, la lutte des Noirs pour devenir citoyens à part entière a mis à vif mon sens de l’équité. Par ailleurs, le pouvoir tentaculaire de Hollywood (amplifié par le passage des films du grand au petit écran), aux Etats-Unis et partout dans le monde, peut être on ne peut plus dévastateur : pensez à la portée des erreurs et des préjudices qu’il véhicule ! Et qu’il répète. A ce sujet, je me réfère à un proverbe bien de chez nous : “Al tekrar bi allem al hmar ”, à savoir : à force de répétition, même l’âne se met à comprendre. Et, depuis des décennies, Hollywood matraque son public avec des images négatives et insidieuses sur le monde arabe..."    haut
 
Le méchant du film "X-Men 2" est musulman
 
paru dans l'AFP le 8 mai 2003
Un groupe de musulmans américains a demandé des excuses mercredi au réalisateur du film "X-Men 2", en tête du box-office américain le week-end dernier, pour avoir dépeint le méchant dans ce film de mutants comme un musulman. Le groupe musulman HOPE, basé à Los Angeles, a accusé le réalisateur Bryan Singer d'avoir filmé un plan serré du méchant du film, portant une bague sur laquelle est incrite "Allah", le mot arabe désignant Dieu. "C'est une claque pour tous les musulmans du monde, alors que les X-Men, dans la BD (dont est inspirée le film) comme dans les films, se sont toujours battus contre le racisme", a estimé le directeur de HOPE, Najee Ali. "C'est intentionnel", a-t-il ajouté. "C'est encore un cas qui montre la phobie de Hollywood, qui diabolise les arabes et les musulmans", a-t-il ajouté. Pour lui, cette scène, qui intervient dans les premières minutes du film, correspond à de la "propagande anti-musulmans". Il accuse Bryan Singer, qui est juif, de s'engager ainsi "dans une campagne subtile pour susciter de l'intolérance et de la haine". Sans appeler au boycott du film, M. Ali a demandé aux producteurs, la 20th Century Fox, de retirer cette scène de la version du film qui sortira en DVD. Ni Singer, ni le studio de production, n'étaient immédiatement joignables pour commenter cette affaire.    haut
 
"Etre chrétien, c'est être à contre-courant"
15.000 jeunes de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) se sont retrouvés samedi à Paris-Bercy
 
par BEATRICE HOUCHARD, publié dans Ouest-France le 4 mai 2003
Un auto-collant d'Attac pour Melaine. Un paquet de mouchoirs en papier pour Erwan. Un bracelet pour Maud. Une bouteille d'eau pour Antoine. Un drapeau symbolisant la paix pour Alice, une photo de vacances en Bretagne pour Aurélie : au grand rassemblement de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne ) qui a rassemblé samedi plus de 15.000 personnes au Palais omnisports de Paris-Bercy, chacun a été prié d'apporter un objet personnel. Objectif : réaliser "un mobile pour s'entendre", gigantesque oeuvre d'art improvisée, témoin de la confiance des jeunes en l'avenir. Ils sont 303, tout juste, à être venus d'Ille-et-Vilaine. Le thème du jour, "On est fait pour s'entendre" se décline à travers des débats, des discours, des stands, et même une chanson composée tout exprès. Pour les six jeunes d'Ille-et-Vilaine, c'est plus qu'un slogan : "On sent qu'on n'est pas tout seul" remarque Erwan, 16 ans, élève de seconde. "Nous sommes les acteurs du rassemblement, la preuve qu'il y a un petit quelque chose à faire" souligne Aurélie, 22 ans, permanente à mi-temps de la Joc et travailleuse sociale. "On ouvre plus facilement les yeux sur les autres", insiste Melaine, 16 ans, lycéen à Redon. A la JOC, Erwan, 16 ans, a perdu de sa timidité, Antoine, 16 ans lui aussi, a la preuve "qu'on peut mener des actions tous ensemble". Aurélie insiste sur les mots "aller vers" et "vivre ensemble".
Plus souvent étudiants qu'ouvriers, les jeunes présents veulent donner au mot une signification nouvelle : "On l'entend dans le sens d'une conscience ouvrière. On a envie de se bouger pour avoir de meilleures condition de vie" (Aurélie), "améliorer la vie là où on est" (Erwan), par exemple en négociant avec les élus locaux l'installation de pistes de roller grâce à l'association rennaise Skate park qui est présentée en marge du rassemblement. Le plus difficile, parfois, pour les jeunes de la JOC, c'est d'expliquer le "C" de leur engagement. Pas pour Alice, qui l'a laissé entre parenthèses et précise qu'il y a des jocistes musulmans. Mais, sourit Aurélie, "l'Eglise a toujours une vieille image". A l'une de ses amies, récemment baptisée, un jeune a lancé, incrédule : "Baptisée ? Pourtant, t'as pas le look !" "Etre chrétien, c'est être à contre-courant, poursuit Aurélie, mais c'est aussi faire bouger les choses." Et c'est souvent le plus difficile. Membre d'autres associations, Melaine a touché du doigt le problème, lors de rassemblements hebdomadaires contre la guerre en Irak : "Les gens nous disaient que ça ne changerait rien, que de toutes façons c'était décidé." Mais Alice a aussi remarqué que dans tous les rassemblements anti-guerre, les jeunes jocistes ont répondu présents.
Quand sera tombé le couperet de l'âge (la JOC accueille des jeunes de 14 à 25 ans) les uns et les autres n'imaginent pas ne pas continuer leur engagement dans les associations ou les syndicats. La politique ? Ils esquissent une petite moue dubitative...Tout au long de la journée, d'un débat sur l'école à une rencontre sur les relations israélo-palestiniennes, d'un message de Jacques Chirac (lu par Luc Ferry) vantant "les valeurs de respect, de dialogue et de tolérance", au show toujours très attendu de Soeur Emmanuelle, et à la foi brûlante du cardinal Lustiger, les jeunes présents ont fait le plein de mots, d'engagements, de rencontres, de partage. A l'issue du concert d'Astonvilla et de Cunnie Williams, le retour des 303 jocistes d'Ille-et-Vilaine était prévu dimanche, vers 6 h du matin, tout comme pour tous les jocistes de l'Ouest, dont huit jeunes en difficulté venus du centre d'Hallouvry, à Rennes. Le plus bavard du groupe, Benoît, se définit comme "une personne différente". Il veut voir dans le rassemblement de la JOC "le bon chemin dans un monde qui évolue surtout en bêtise". "C'est, dit-il, une sorte de fleur du futur."    haut
 
Notre laïcité
 
par ALFRED GROSSER, publié dans Ouest-France le 25 avril 2003
La question de l'islam dans la France laïque se pose avec force à un moment où celle de l'Eglise catholique ne se pose plus guère. L'agressivité laïciste est en voie d'extinction. Grâce à la loi de 1905, l'Etat entretient et rénove cathédrales et églises. Les funérailles officielles des présidents de la République se célèbrent par une messe à Notre-Dame de Paris. L'enseignement catholique est subventionné, mais il se considère lui-même comme une composante du service public d'éducation et se montre ouvert, à la fois, au contrôle par l'Etat et à l'accès sans endoctrinement d'enfants de familles musulmanes, juives et athées. Ce n'est pas le cas des écoles islamiques. Et l'attitude des Etats dominés par l'islam fait penser à celle d'un grand écrivain catholique du XIXe siècle : "Je vous demande la liberté, au nom de vos principes, et je vous la refuse au nom des miens." Car l'acceptation de la laïcité comme soumission commune aux principes de la République n'est pas si ancienne. Du côté catholique, les papes ont eu du mal pour passer du rejet absolu de la démocratie (le Syllabus de Pie IX en 1864) à son éloge (Pie XII en septembre 1944). Mais c'est un pape, Léon XIII, qui, en 1891, a poussé les catholiques de France au ralliement à la République. La guerre de 1914-1918 a accentué l'intégration républicaine, encore que "la gueuse" ait été vilipendée longtemps encore, par exemple par Paul Claudel, lors de la défaite de 1940. Et il reste le problème d'une Eglise rejetant, pour elle-même, le principe démocratique tout en recommandant à ses fidèles de se plier aux lois de la démocratie. Dans son encyclique récente sur l'Eucharistie, Jean-Paul II, face aux protestants, définit l'Eglise, détentrice du "trésor eucharistique", comme "communion hiérarchiquement structurée".
Et les réformés devraient se rappeler que Jean Calvin n'avait pas vraiment transformé Genève en République laïque, tandis que les luthériens devraient savoir ce qu'a proclamé le protestantisme allemand en 1945 : "Un luthéranisme mal compris nous a fait croire que notre seul devoir politique était de prêcher aux fidèles la soumission à l'autorité." Pourquoi ces rappels ? Parce que c'est de façon fraternelle, sans morgue ni index constamment brandi, qu'il faut aider l'ensemble des musulmans de France à comprendre la signification et la portée du principe de la République laïque. La religion n'y est pas rejetée dans l'espace privé. A preuve, les constantes prises de position des évêques sur les problèmes de société et sur les questions de guerre et de paix. Mais les fidèles doivent accepter les principes éthico-politiques de base qui fondent la communauté citoyenne, même s'ils sont encore loin d'être pleinement mis en pratique. Ainsi pour l'égalité entre hommes et femmes. Ainsi pour l'égale accession aux emplois, si constamment refusée aux jeunes issus de l'immigration. Le plus difficile, c'est de faire admettre une réalité et une exigence. La réalité, c'est que chacun a une multitude d'identités, d'appartenances. L'identité religieuse peut fonder la source du jugement moral. Mais la laïcité, c'est la priorité donnée à l'identité citoyenne dans le comportement social, au sein de la communauté politique nationale et, aujourd'hui, européenne.    haut
 
L' "Iliade" d'Elias Khoury
Le roman raconte une histoire d'amour et un pan d'histoire oublié, l'exode palestinien de 1948
 
paru dans Libération le 9 avril 2003
En écrivant la Porte du soleil, Elias Khoury a tissé une Iliade palestinienne. Déroutant, voire difficile d'accès au premier abord, son roman ressemble à un fleuve alimenté par des centaines, des milliers de récits individuels dont l'accumulation, l'entrelacement forment une geste dont les héros, bien réels, ont fini par prendre une dimension mythique. Comme le dit le cinéaste égyptien Yousri Nasrallah, Elias Khoury fait exister les Palestiniens, un par un, en tant qu'individus et non pas comme un peuple éternellement victime.
Récit torrentiel
"Au départ, il y avait une histoire d'amour mais, pour la raconter, j'ai dû en établir le contexte historique", explique l'écrivain libanais. Et, de fil en aiguille, il est remonté jusqu'à la nakba, la catastrophe de l'exode, l'année zéro des Palestiniens, 1948. "En ce temps-là, la Galilée tremblait de frayeur : maisons détruites, gens errants, villages abandonnés. Tout était sens dessus dessous." Il raconte la vie d'avant, cette société rurale disparue à jamais. Puis la fuite vers la Jordanie ou le Liban, l'installation dans les camps de réfugiés. "Nous ne sommes pas des réfugiés, dit un personnage, nous sommes des fugitifs, et rien d'autre. Nous nous battons, nous tuons, nous sommes tués, mais nous ne sommes pas des réfugiés." En plus de 600 pages de récit torrentiel, la Porte du soleil ressuscite un pan d'histoire, aujourd'hui oublié, enterré par d'autres drames. Qui se souvient des allers-retours clandestins des réfugiés, qui allaient voir leur maison expropriée en Palestine, quand la frontière était encore perméable avec le Liban ? Qui se souvient du cimetière des "martyrs" à Beyrouth où reposent les combattants des années de l'OLP ? Et cette vieille juive du Liban qui supplie la vieille réfugiée palestinienne, venue visiter sa maison en Galilée, de la reprendre et de lui rendre son Beyrouth. Elias Khoury ramène à la vie, plus qu'il ne décrit, toute cette histoire. "La description c'est l'oubli, et je ne veux pas oublier."
Langue râpeuse
S'il y parvient, c'est aussi grâce à une langue râpeuse comme la réalité, et poétique tout à la fois : "Ils sortaient de chez eux, s'abaissaient jusqu'au sol pour ramasser leurs larmes et se mettaient à courir." Le roman se présente sous la forme d'un interminable monologue. Parfois, il commence par "il était une fois", comme dans les contes des Mille et Une Nuits. "Ma grand-mère disait que prier c'est dérouler nos mots comme un tapis par terre. Et moi je déroule mes mots afin que tu marches dessus." Adapter un tel roman n'est pas la moindre difficulté de ce film. L'auteur y a personnellement travaillé avec Yousri Nasrallah et le cinéaste libanais Mohamed Soueid.
La Porte du soleil, d'Elias Khoury, Actes Sud/Le Monde diplomatique, 2002    haut
 
La plongée, pour découvrir les véritables richesses de la mer au Liban
Vestiges archéologiques, grottes et puits thermiques
 
par SUZANNE BAAKLINI, publié dans l'Orient-le Jour le 18 avril 2003  (extraits)
Avec environ quatre mille adeptes au Liban, la plongée sous-marine est un sport en pleine expansion. Quoi de plus normal dans un pays où la mer est si omniprésente ? La plongée sous-marine est une passion plutôt qu’un simple sport pour ceux qui la pratiquent, puisqu’elle leur ouvre la porte de l’univers sous-marin, avec ses vestiges naturels et archéologiques. A l’approche de l’été, les débutants qui veulent se lancer dans cette aventure peuvent suivre les conseils de Mohammed Elsarji, président du syndicat des plongeurs professionnels au Liban et président de l’équipe de sauvetage en mer au Liban-Sud, moniteur de plongée lui-même. Un féru des côtes libanaises qui sait si bien chanter leurs louanges tout en reconnaissant leurs limites. "La plongée est un sport qui combine plusieurs avantages", souligne M. Elsarji. "Elle est très bénéfique pour le corps, notamment pour le cœur, en raison du mouvement en apesanteur dans le milieu marin. C’est également une excellente façon de perdre du poids tout en s’amusant. Mais, surtout, c’est une chance de découvrir les paysages marins, bien plus impressionnants que les panoramas terrestres, selon moi."
Le sous-sol marin libanais n’est certes pas comparable à celui de la mer Rouge, qui est tapissé de magnifiques coraux, mais il est loin de manquer d’intérêt pour autant. "Nous avons des paysages sous-marins très rocheux, avec nombre de grottes intéressantes à découvrir", raconte cet habitué de la mer du Liban. Est-ce assez pour attirer des touristes, par exemple ? "Nous avons assez d’atouts pour devenir une destination prisée pour ce genre de sport", dit-il. "Selon mon expérience, les touristes sont très attirés par deux aspects : les vestiges archéologiques et les sources thermiques qu’on trouve dans les eaux libanaises." Vestiges archéologiques et sources thermiques sont précisément des atouts dont la côte libanaise ne manque pas. Les premiers sont parsemés le long du littoral, plus particulièrement près des sites historiques majeurs comme Tyr, Saïda, Byblos… Les seconds sont une vraie merveille de la nature : alors que, dans d’autres mers, ils ne se trouvent qu’à 10 ou 15 000 mètres de profondeur, au Liban on les a repérés à 40 et 50 mètres au-dessous de la surface de l’eau. A ces sources thermiques, il faut ajouter les sources d’eau douce en environnement marin, qui créent un écosystème intéressant. 
Pour ce qui est de la faune, la mer libanaise était plus riche en poissons par le passé qu’elle ne l’est aujourd’hui en raison de la pollution, selon les observations de M. Elsarji. Mais cela ne veut pas dire que les nouvelles sont toutes mauvaises : il y a quelques années déjà, on a remarqué le retour d’un animal très impressionnant sur nos côtes, la tortue de mer, très appréciée des plongeurs. Les dauphins, eux, en certaines saisons, forment des colonies au large des villes libanaises. Il arrive aussi aux plongeurs de tomber sur des requins méditerranéens, de beaux animaux qui ne sont pas une espèce dangereuse pour les humains. Même les méduses, cauchemar des baigneurs, font la joie des plongeurs qui, apprenant à les manipuler avec soin, ont le loisir d’observer leurs formes étonnantes. Il n’y a pas de saison pour plonger et chaque moment de l’année a ses particularités, même au fond des mers. "Dans les eaux libanaises, nous connaissons six mois de températures froides atteignant les 16°, de décembre jusqu’à mai, et six autres mois de températures chaudes", explique M. Elsarji. "Il n’est pas moins agréable, selon moi, de plonger en hiver. Bien au contraire, la visibilité est meilleure et la mer est moins encombrée !"    haut
 

La visite de Hariri au Brésil axée sur les échanges commerciaux

paru dans l'Orient-le Jour le 9 juin 2003

Entamée dans la nuit de samedi à dimanche, la visite au Brésil du Premier ministre Rafic Hariri à la tête d’une délégation officielle est placée pour l’essentiel sous le signe d’une relance des échanges commerçiaux entre les deux pays. Dans un discours prononcé hier devant une délégation d’hommes d’affaires brésiliens d’origine libanaise, le chef du gouvernement a même donné des précisions sur la nature des produits libanais susceptibles d’être exportés vers le Brésil : l’huile et l’olive. Il a invité "les hommes d’affaires brésiliens d’origine libanaise à promouvoir la vente de ces produits sur le marché brésilien". Répondant ensuite aux questions de l’assistance, le président du Conseil a notamment indiqué que le droit de vote ne pouvait être encore accordé aux émigrés libanais du fait que l’élection présidentielle au Liban n’a pas lieu au suffrage universel direct. Par ailleurs, Rafic Hariri a inauguré à São Paulo une exposition de photos intitulée "La mémoire de Beyrouth". De nombreuses personnalités brésiliennes et des membres de la colonie libanaise étaient présents à cette occasion. Rappelons qu’au cours de son séjour au Brésil, qui doit s’achever jeudi, le Premier ministre doit notamment rencontrer le président Lula da Silva. La délégation officielle qui l’accompagne est formée de Fouad Siniora, Marwan Hamadé, Elie Skaff et Ali Hussein Abdallah, respectivement ministres des Finances, de l’Economie, de l’Industrie et du Tourisme.    haut

 

  

 
 
 
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