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L'abandon de la
liaison Montréal-Beyrouth
suscite la controverse
paru dans la Presse
Canadienne le 3 juin 2003
L'abandon de la
liaison aérienne
directe Montréal-Beyrouth
a été dénoncé par
les autorités
consulaires libanaises
à Montréal, alors
qu'un spécialiste du
Proche-Orient y a vu
une ingérence américaine
dans les affaires
canadiennes.
A Ottawa, le
Solliciteur général
Wayne Easter a indiqué
que "la décision
sur les vols d'Air
Canada entre Beyrouth
et Montréal avait été
prise uniquement pour
des raisons de sécurité
nationale".
"Nous avons la
responsabilité
d'assurer la sécurité
nationale dans ce pays
et c'est ce qui nous a
guidés", a-t-il
assuré. Pour sa part,
le vice-premier
ministre et
responsable de la sécurité
frontalière, John
Manley, a assuré que
son homologue américain
Tom Ridge ne lui a
jamais fait part
d'inquiétudes face à
un éventuel vol
Beyrouth-Montréal.
Lundi, à la veille du
lancement de la
nouvelle liaison sans
escale entre Montréal
et Beyrouth, la seule
en Amérique du Nord,
Air Canada a annoncé
ne plus avoir
l'autorisation pour
aller de l'avant avec
ses trois vols
hebdomadaires, pour
des raisons de sécurité
nationale.
Le politologue et spécialiste
du Proche-Orient à
l'Université de
Sherbrooke, Sami Aoun,
croit que le
gouvernement fédéral,
en agissant comme il
l'a fait, a cédé aux
pressions américaines
à un moment où les
relations
diplomatiques entre
les deux pays sont
plutôt tendues.
"Le gouvernement
fédéral canadien
subit des pressions
intenses de la part
des Américains depuis
le 11 septembre",
a signalé le
politologue.
"L'engagement
canadien d'assurer un
périmètre de sécurité
en Amérique du Nord
est derrière cette décision",
a ajouté le spécialiste,
qui a fait remarquer
que la décision
canadienne est venue
dans le sillage de déclarations
un peu incendiaires du
Hezbollah, le parti
islamiste libanais
pro-iranien, qui ont
pu constituer une
alerte pour les Américains.
"L'aéroport de
Beyrouth est entouré
de quartiers et de résidences
habités
majoritairement par
des chiites qui ont
une allégeance à ce
parti en particulier.
Les craintes sont
certainement fondées
si on veut appliquer
la rigueur complète,
mais le Hezbollah n'a
que rarement mené des
attaques à l'extérieur
du pays, sauf il y a
une vingtaine d'années."
Pour sa part, le
consul libanais à
Montréal, Khalil El
Habre, a été
d'autant plus surpris
par la volte-face des
autorités canadiennes
qu'il avait participé
à l'inauguration
officielle de la
liaison aérienne la
semaine dernière.
"Des réservations
sont faites et
couvrent jusqu'à la
fin de juillet. Les
avions sont pleins et
la veille du premier
vol, on annule ce vol
direct. La raison de
la sécurité
nationale invoquée
dans le communiqué
est inexplicable et
surprenante, car l'aéroport
de Beyrouth est très
sécuritaire", a
fait valoir M. El
Habre. "L'an
dernier, nous avons eu
deux grands événements
: le Sommet arabe et
le Sommet de la
francophonie où aucun
incident n'a été
enregistré. Les
rapports des autorités
internationales,
surtout de
l'Organisation de
l'aviation civile
internationale,
assurent que l'aéroport
de Beyrouth est très
sécuritaire."
Selon le consul,
"Air Canada
dessert plusieurs pays
qui sont beaucoup plus
instables que le Liban
et avec pas mal de
problèmes de sécurité".
Outre la déception de
la communauté
libanaise montréalaise,
M. El Habre estime que
la décision des
autorités canadiennes
donne une bien
mauvaise image du
Liban. "On est en
train de démontrer
que le Liban n'est pas
sécuritaire à un
moment où le tourisme
est très développé.
On donne l'idée que
quelque chose est en
train de se passer ou
va se passer. Nous
souhaitons que les
autorités canadiennes
révisent leur décision",
a-t-il conclu. Il
importe de signaler
qu'il existe plusieurs
liaisons aériennes
entre Montréal et
Beyrouth, mais toutes
nécessitent une
escale dans une
capitale européenne,
ce qui fait qu'il faut
de 20 à 26 heures
pour effectuer le
voyage, plutôt que
les neuf heures
qu'aurait pris le vol
d'Air Canada.
haut
Démocratie
ou apocalypse ?
par GHASSAN
TUENI, publié dans
l'Orient-le Jour le
3 avril 2003
L'auteur
est ancien
ambassadeur du Liban
à l'ONU
Il
nous faut
absolument échapper
à la dialectique
de la mort où
l’on semble
vouloir nous
enfermer : choisir
entre l’appel au
martyre collectif
que Saddam Hussein
adresse au monde
arabo-musulman, et
la démocratie
militariste à
laquelle nous
invite la
"nouvelle
Rome", par sa
technologie
sophistiquée de
la destruction,
"live"
sur petit écran.
Contre le
Saint-Empire
romain-germanique,
"born again"
dans les prêches
des "hezbollah
chrétiens",
si éloquemment résumées
par Condoleezza
Rice :
"Washington
est la Rome du
nouveau millénaire"…
que pouvons-nous
dire, que
pouvons-nous faire
?
1- D’abord et
avant toute autre
chose, oser
proclamer le refus
d’universalisation
(j’allais dire
de
"mondialisation")
du mythe de
Massada qui ne
cesse de motiver,
comme par
instinct, les
inspirateurs israéliens
de la politique de
George W. Bush, à
tous les niveaux
de son
administration.
Que le général
Sharon construise
tout seul la
mini-muraille de
Chine qui doit
protéger son
Etat-ghetto, sa
forteresse du
suicide… L’Amérique,
elle, doit se libérer
des Richard Perle
et autres agents
des boîtes à
penser israéliennes
qui ont inventé
la guerre d’Irak
et continuent de
vouloir la gérer.
Que l’Amérique
daigne lire, dans
sa presse demeurée
assez libre de le
dire, la mise en
garde contre un
enlisement
semblable à celui
d’Israël au
Liban où le même
Sharon menait son
armée en, 1982,
à sa "victoire"
la plus tragique.
2-
Mais parlons plutôt
du Liban
d’aujourd’hui.
Au lieu de se réfugier
dans sa diplomatie
de perroquet
bavard et
insignifiant, le
Liban doit se
distinguer du
monde
arabo-musulman en
s’affirmant, une
fois de plus,
comme
"Patrie-message".
Sans
circonlocutions
inutiles, mais
aussi sans haine
ni violence, et
surtout sans
complexes, il nous
faut répéter, à
l’adresse de la
très puissante Amérique,
cet avertissement
de Jean-Paul II :
"La guerre
d’Irak menace de
détruire
l’humanité."
Pourquoi le Liban
? Parce que
c’est au Liban
que commencera, en
langue d’Evangile,
l’apocalypse
dont nous avons vécu
les présages,
pendant près
d’un demi-siècle.
Et que, triompher
de l’apocalypse
est le sens du
message que
Jean-Paul II est
venu nous confier,
en invitant nos églises
à prier pour
l’islam avec
amour. Or, c’est
ce même islam qui
se sent
aujourd’hui
menacé, par une
croisade - ô
combien mensongère -
mais tout autant
par un
obscurantisme
despotique qui lui
impose, chaque
jour davantage, le
faux jihad des Ben
Laden
d’occasion,
fabriqués par les
officines occultes
des terrorismes
d’Etat, féales
d’Israël.
3- Ici, une
parenthèse
s’impose, à
l’adresse des
Libanais adeptes
nostalgiques
d’un
militantisme chrétien
: gare à ceux qui
pensent qu’une
nouvelle "géographie
torturée" du
Moyen-Orient,
quelle qu’elle
soit, leur réservera
une meilleure
patrie. Il n’est
de sécurité, ni
de libre épanouissement,
pour les chrétiens
arabes que nous
sommes, en dehors
du Pacte
historique avec
l’islam, héritage
national commun de
notre destin. Nous
étions déjà
arabes avant
l’islam, nous
sommes demeurés
arabes et chrétiens
après l’islam,
et c’est à nous
d’empêcher que
l’islam ne désespère
de partager avec
les chrétiens
d’abord, puis grâce
à eux avec tous
les chrétiens du
monde, une culture
de la liberté et
de la paix. Or,
contre cette
culture de la
liberté et de la
paix se dressent
deux ennemis : le
despotisme dont
nous souffrons et
le retour d’un
impérialisme
impossible, qui
s’obstine à
nous mettre à
genoux. Deux
ennemis de la
liberté et de la
paix, mais néanmoins
frères et alliés
objectifs. Car
rien ni personne
ne sert mieux et
n’a mieux servi
les desseins
secrets du
colonialisme que
les dictatures qui
ont asservi leurs
peuples et les ont
obligés à se
complaire dans un
sous-développement
politique et
socio-économique.
Les peuples ainsi
opprimés sont le
terreau du
nihilisme le plus
agressif : un
terrorisme que ne
légitime ni
l’orgueil
pseudo-révolutionnaire
ni le désespoir
érigé en
philosophie
nationaliste. Ainsi,
corollairement
(dialectiquement,
diraient certains)
mais à une bien
plus grande échelle,
l’échelle
universelle,
c’est à juste
titre que les
sages d’Amérique
craignent le péril
qu’encourt un
"ordre
nouveau", perçu
comme despotique
et oppressif. Le
péril d’une
internationale du
terrorisme, qui
partirait d’un
islam unifié par
la colère, et
auquel se
rallieraient tous
les déshérités
du monde, heureux
de rejeter une légitimation
de la puissance
par l’exercice
absolu de cette
puissance même !
4- N’est-ce pas
là le summum du
paradoxe, voire de
l’absurde ? Bien
curieuse démocratie
que celle qui prétend
que 5% des
habitants de la
planète -
les Américains -
pourraient dicter
un ordre nouveau,
par leur seule
puissance, aux 95%
du reste de
l’humanité. Or,
plus que le monde
arabo-musulman en
voie de conquête
malgré ses
richesses obscènes
; plus que la misérable
Afrique, et plus
que l’Amérique
du Sud aussi
appauvrie
qu’ignorée -
c’est l’Europe,
à prédominance
chrétienne, qui
se rebelle, mais
dialogue. C’est
aussi la Russie
qui se révolte et
menace. C’est
enfin la Chine qui
se réveille, mais
sans bousculer sa
profonde et
pesante sagesse.
5- Le spectacle,
le paysage mondial
est bien différent
de ce qu’il était
en 1920, lors de
la Conférence de
Versailles, ou de
ce qu’il fut en
1945 quand la Conférence
de San Francisco déclarait,
au nom des
"peuples du
monde", leurs
droits inaliénables
à la paix et à
la liberté. Cette
déclaration, qui
rappelait les
accents des déclarations
des droits de
l’homme et du
citoyen des deux révolutions
américaine et
française, préfaçait
les articles
d’association de
la Charte de l’Organisation
des Nations unies.
Cette même
Organisation que
ridiculise
aujourd’hui
Washington la
jugeant aussi
inutile que son
ancêtre, la Société
des Nations éclatée
en 1939 au début
de la seconde
guerre mondiale.
Faut-il une
nouvelle guerre
mondiale pour
persuader les
superpuissances
ainsi que les
petits Etats, les
vainqueurs autant
que les vaincus,
qu’ils ont
besoin de revenir
aux préceptes du
"Droit des
Gens" pour
organiser les
relations entre
les nations dans
le cadre d’une
juste distribution
des droits et des
devoirs ? Certes,
Washington a
raison de penser
que l’Onu est à
refaire. Mais
alors dans la
transparence la
plus démocratique,
"au nom des
peuples" qui
ont exprimé leur
volonté de paix
et de liberté par
des manifestations
mille fois plus éloquentes
que tous les
discours des
diplomates et des
chefs d’Etat.
Cela d’ailleurs
avait déjà été
décidé dans une
réunion du
Conseil de sécurité,
tenue en 1992 par
les chefs d’Etat
et de
gouvernement, pour
célébrer la fin
de la guerre
froide.
Faut-il une
nouvelle guerre
froide pour
revenir aux réformes
de l’Onu alors
formulées ? Ou
bien devons-nous
attendre une
guerre nucléaire -
peut-être par
accident - où
vainqueurs et
vaincus se
retrouveront également
détruits ? Lieu
des guerres et des
paix d’antan,
c’est de la Méditerranée
que doit partir
l’entreprise
ultime pour établir
une Paix que le
monde espère
juste donc
durable. Les deux
rives doivent
s’unir, mais
c’est de la rive
dite Sud - et
pourquoi pas du
Liban particulièrement
? - que doit
émerger le
dialogue tant
attendu par l’Union
européenne. Ce
dialogue pourrait
très bien
s’inspirer de
l’amour de la Jérusalem,
civitas dei, un
amour partagé par
tous, mais non
divisible. Il
devra tendre à un
rééquilibrage
des continents,
qui supplanterait
l’antique équilibre
des forces, autant
que l’illusoire
choc des
civilisations. La
Russie ne
pourrait-elle pas
étendre l’Europe
de l’Atlantique
jusqu’aux rives
rapprochées de
l’océan
Pacifique où elle
retrouverait l’Amérique
(côté Bush
West), la Chine,
le Japon ainsi que
l’Asie
(musulmane et
indienne) comme
partenaires de
l’avenir ? Le
Pacifique -
nom présage ! -
ne serait-il pas
destiné à
devenir un centre
de gravité du
troisième millénaire -
succédant ainsi
à l’océan
Atlantique -
sur les rives
duquel se déroulaient
les guerres autant
que dialoguaient
les cultures des
siècles passés ?
Quel merveilleux
et plus dynamique
contexte peut-on
espérer pour une
reprise du
dialogue entre une
Amérique remise
des velléités
bonapartistes et
une Europe qui
trouvera dans
l’option nucléaire
russe l’argument
dissuasif contre
toute ambition
washingtonienne de
guerres préventives
? "Just in
case" -
comme diraient les
Américains -
la guerre d’Irak,
et déjà celle
d’Afghanistan,
ne suffisent pas
à prouver que les
risques encourus
sont supérieurs
à ceux que l’on
croyait prévenir.
haut
Secousses
simiesques
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 18
avril 2003
Une
nouvelle aube se lève
donc sur l’Irak :
Saddam le Tikriton est
parti, Ubush Roi l’a
remplacé. Installé
au pied de nez levé,
il mitonne la
tambouille politique
à des Irakiens qui
s’éparpillent et
caquettent dans tous
les sens. Mais malgré
les chiites qui
piaffent, les sunnites
qui crânent et les
Kurdes qui râlent, il
a déjà placé son
programme sur orbite,
le Texan de la
Maison-Blanche. Un
plan réglé comme un
tir de missile sur
Bagdad. C’est ce qui
s’appelle la démocratie
à fragmentation.
Pendant qu’à partir
des puits de pétrole,
les Américains déploient
leurs armes de
reconstruction
massive, la Mésopotamie
moderne frappe à la
porte du XXIe siècle
: les trésors du Musée
de Bagdad seront
remplacés par des
copies en beurre de
cacahuètes et la
pendaison fera place
à la chaise électrique
reliée à
l’Internet. Une révolution
technologique aux
allures de tremblement
de terre qui a fichu
la trouille dans le
landernau politique
syrien, toujours en
retard d’un missile
sur le processus de
paix.
Mais, "secousse
sismique à Damas, répliques
simiesques à
Beyrouth", dit
l’adage. Résultat :
le Bouboule millésimé
s’en va, le Bouboule
Nouveau est arrivé.
Et avec quel cheptel !
Un mélange rassis de
croûtons faisandés,
chargés, nous dit-on,
de serrer les rangs
face aux défis qui
s’annoncent. Le
Pentagone en tremble
encore ! Maintenant,
le spectacle peut
commencer et deux espèces
différentes
d’ahuris locaux vont
se pointer : les
"plus-syrien-que-moi-tu-meurs",
prêts à repousser,
torse bombé et mental
nimbé, les Tomahawk
et autres CBU qui
oseraient effleurer la
moustache de Assem
Kanso, notre icône
baassiste ; et les
"Général-nous-voilà",
qui fantasment déjà
sur le retour de l’Amer
Michel sur son blanc
destrier. N’en jetez
plus, fermez le ban…
et le Liban par la même
occasion !
Abreuvé de slogans,
abruti par les
promesses, le pays est
au sommet du toboggan.
Retiens bien ton
souffle, à partir de
là, il ne pourra que
bouger…
La
nouvelle équipe
ministérielle
–
Maronites : Sleiman
Frangié (Santé),
Jean-Louis Cardahi (Télécoms),
Khalil Hraoui
(ministre d’Etat),
Jean Obeid (Affaires
étrangères), Farès
Boueiz
(Environnement),
Abdallah Farhat (Déplacés).
– Sunnites : Rafic
Hariri, Fouad Siniora
(Finances) , Bahige
Tabbarah (Justice) , Négib
Mikati (Travaux
publics et
Transports),
Abdel-Rahim Mrad
(ministre d’Etat),
Samir el-Jisr (Education
nationale et
Enseignement supérieur).
– Chiites : Ali
Hassan Khalil
(Agriculture), Ayoub
Hmayed (Energie et
Eau), Assaad Diab
(Affaires sociales),
Mahmoud Hammoud (Défense
nationale), Assem
Kanso (ministre d’Etat)
et le Dr Ali Hussein
Abdallah (Tourisme).
– Grecs-orthodoxes :
Issam Farès (vice-président
du Conseil), Elias
Murr (Intérieur),
Assaad Hardane
(Travail) et Karam
Karam (ministre d’Etat).
– Grecs-catholiques
: Michel Samaha
(Information), Elie
Skaff (Industrie) et
Michel Moussa
(ministre d’Etat).
– Druzes : Marwan
Hamadé (Economie et
Commerce), Talal
Arslane (ministre d’Etat)
et Ghazi Aridi
(Culture).
– Arménien-orthodoxe
: Sebouh Hovnanian
(Jeunesse et Sport).
– Minorités : Karim
Pakradouni (Réforme
administrative).
haut
Nous
n’allons pas vous étonner
par GEORGE
PAPANDREOU et CHRIS
PATTEN, publié dans
l'Orient-le Jour le 29
mai 2003
Les
auteurs sont
respectivement ministre
grec des Affaires étrangères,
président en exercice
du Conseil des ministres
de l’UE, et
commissaire européen
chargé des Relations
extérieures.
Lorsqu’en
septembre 1946,
Winston Churchill a
prononcé ces mots :
"Je vais
maintenant vous dire
une chose qui va vous
étonner : la première
étape vers la
reconstitution de la
famille européenne
doit être de faire de
l’Allemagne et de la
France des
partenaires", il
a mis le doigt sur les
futurs fondements de
la communauté européenne.
Cette communauté est
ensuite devenue Union,
et avec la décision
historique prise en décembre
dernier d’admettre
10 nouveaux membres en
son sein, l’UE s’étendra
à toute l’Europe,
concrétisant ainsi
les ambitions de ses pères
fondateurs de réunir
tous les peuples de
notre continent au
sein d’une Union
toujours plus étroite.
Mais avec le succès
viennent les
responsabilités. Nous
ne vous surprendrons
donc pas en vous
disant que, lorsque
les 25 ministres des
Affaires étrangères
de l’UE élargie
rencontreront leurs 10
collègues d’Afrique
du Nord et du
Moyen-Orient en Crète,
le 26 mai, leur
principale tâche
consistera à veiller
à ce que les
avantages découlant
de l’élargissement
de l’Europe soient
partagés avec tous
nos voisins du bassin
méditerranéen. Nous
devons aider nos
partenaires méditerranéens
à surmonter les problèmes
qu’ils rencontrent
et à parvenir à la
stabilité, à la paix
et à la prospérité.
Pour ce faire, les
pays du bassin méditerranéen
et du Moyen-Orient
doivent poursuivre
leurs efforts en matière
de transition dans
trois domaines
fondamentaux.
Le premier, le plus
important, est celui
de la démocratisation.
Un récent rapport du
Pnud sur le développement
humain dans le monde
arabe (un rapport écrit
par des Arabes pour
des Arabes) souligne
que les lenteurs de la
démocratisation et
des réformes déçoivent
les attentes des
jeunes générations
des pays méditerranéens.
La communauté
internationale n’a
pas toujours usé de
son influence avec cohérence
dans ce domaine : la
crainte que des élections
libres ne portent des
fondamentalistes au
pouvoir dans certains
pays a constitué un
frein aux perspectives
de pluralisme. L’évolution
vers des institutions
démocratiques
respectant pleinement
les droits de
l’homme doit venir
des pays méditerranéens
eux-mêmes. Certains
Etats ont déjà
accompli des progrès
considérables à cet
égard ; d’autres
sont moins avancés.
L’Europe aide à développer
une société civile
plus libre, et elle
peut continuer à le
faire. Nous n’avons
aucunement
l’intention de
donner les recettes de
plats que nous
n’allons ni cuisiner
ni déguster. Mais
notre expérience vécue
par les nouveaux pays
adhérant à l’Union
européenne est une
chose dont nous sommes
fiers et que nous
sommes prêts à
partager avec nos
partenaires.
La deuxième
transition concerne
l’économie. Chaque
année, des millions
de personnes à la
recherche d’un
emploi rejoignent le
marché du travail
dans les pays méditerranéens.
L’amélioration de
l’éducation et la
croissance économique
durable sont des
conditions
primordiales pour leur
offrir davantage
d’opportunités dans
leur propre pays. A
défaut, l’émigration
constituera la seule
solution pour des
milliers de personnes
prêtes à risquer
leur vie pour
traverser la Méditerranée
à la recherche d’un
meilleur avenir pour
elles-mêmes et pour
leur famille. Les onze
accords conclus entre
l’Union européenne
et nos partenaires établissent
un cadre de relations
privilégiées entre
les deux rives de la Méditerranée.
Seule la Syrie négocie
encore un accord
d’association avec
l’UE. Nous espérons
que nous serons
rapidement en mesure
de trouver un terrain
d’entente et que le
gouvernement syrien
confirmera sa volonté
d’accélérer le
processus de réformes
politique et économique,
dans un pays qui revêt
une grande importance
tant pour le processus
de paix au
Moyen-Orient que pour
le partenariat euro-méditerranéen.
Le libre-échange et
les régimes
d’investissement
plus ouverts prévus
dans le cadre de ces
accords ne devraient
pas tarder à produire
leurs effets.
L’investissement
privé devrait
progressivement gagner
en importance.
La
nouvelle facilité
d’investissement gérée
par la Banque européenne
d’investissement
contribuera à créer
les 40 millions de
nouveaux emplois nécessaires
au cours de la
prochaine décennie.
Mais l’amélioration
de la gouvernance économique,
le renforcement des
institutions et de
leur fiabilité ainsi
que la mise en place
de cadres réglementaires
stables et ouverts
sont également
essentiels pour
garantir une
croissance économique
solide et suffisamment
forte. C’est la
raison pour laquelle,
dans sa récente
communication sur l’Europe
élargie, la
Commission européenne
propose aux nouveaux
voisins de l’Union
européenne un accès
progressif aux
avantages découlant
du marché unique
européen, lié aux
progrès réalisés en
matière de réformes
politique et économique.
La
troisième grande
transition est
d’ordre social et
culturel. Des deux côtés
de la Méditerranée,
nous connaissons très
peu la culture de
l’autre, son
histoire et sa
religion. Un gros
effort doit être
consenti pour combler
ce déficit en matière
de compréhension et
de perception. L’année
dernière, nous avons
convenu d’établir
une fondation euro-méditerranéenne
destinée à
promouvoir le dialogue
entre les cultures et
les civilisations. Et
dernièrement, nous
avons proposé la création
d’une Assemblée
parlementaire euro-méditerranéenne.
Ces deux institutions
devraient permettre
d’améliorer
l’impact, la
visibilité et les
possibilités de
confrontation des
initiatives, utiles
mais éparses, déjà
menées dans la région.
Les traditions et les
cultures musulmanes,
juives et chrétiennes
convergent toutes en Méditerranée.
La Fondation et l’Assemblée
parlementaire euro-méditerranéennes
contribueront à faire
ressortir de cette
rencontre un dialogue
productif et une plus
grande tolérance. Les
progrès vers la paix
et la stabilité dans
la région sont
cruciaux pour la réussite
à long terme de ce
programme de réformes
ambitieux.
La
guerre et les conflits
ont trop souvent été
les vecteurs indésirables
du changement au
Moyen-Orient et dans
les pays qui bordent
la Méditerranée.
Mais ces changements
n’ont pas apporté
la stabilité, car
trop souvent ils
reposent sur la force.
L’histoire de l’Europe
fourmille d’exemples
montrant la précarité
de l’ordre
lorsqu’il n’est
pas fondé sur le
compromis et le
consensus. Notre expérience
atteste également des
avantages d’une coopération
pacifique et démocratique.
Les ministres vont se
rencontrer en Crète
dans un contexte de
guerre récente en
Irak et de poursuite
de la violence en Israël,
en Palestine et
ailleurs dans la région,
notamment au Maroc et
à Ryad, que le
terrorisme a durement
frappés il y a
quelques jours. Nous
devrons mettre nos
divisions et nos
divergences de côté
pour œuvrer ensemble
dans un cadre
international afin de
promouvoir la sécurité,
la stabilité et la
coopération dans
l’ensemble de la région.
La "feuille de
route" pour la
paix au Moyen-Orient,
présentée à
l’initiative de l’Union
européenne, des
Etats-Unis, de la
Russie et des Nations
unies, fournit une
chance réelle de
parvenir à
l’objectif de voir
deux Etats, Israël et
la Palestine,
coexister
pacifiquement. A
ce moment-là
seulement, nous
pourrons exploiter
pleinement le
potentiel de coopération
de la région méditerranéenne,
en nous appuyant sur
sa riche histoire et
sa grande diversité.
L’Europe a pour
ambition, en Méditerranée,
de transformer son
ancien pouvoir en
influence positive,
d’aider à faire naître
la confiance entre
tous les pays et de
faire partager son expérience
de la consolidation de
la paix par la coopération
économique. Il
s’agit là des mêmes
instruments qui ont
donné sa forme à
l’Europe. Nous
sommes donc confiants
dans le fait qu’ils
serviront également
à instaurer
progressivement la
stabilité et la prospérité
dans les relations
euro-méditerranéennes,
tout en rapprochant
nos sociétés. Le
contexte international
actuel d’insécurité
et d’instabilité
rend impératif de réaliser
des progrès
substantiels dans
cette direction lors
de la réunion ministérielle
qui se tient en Crète.
haut
Le
procès du sang contaminé
n'aura pas lieu
La Cour de
cassation a confirmé le
non-lieu général, au
grand dam des victimes
par GUILLAUME
PERRAULT, publié
dans le Figaro le 19
juin 2003
"Vous êtes
des lâches !",
"Honte à vous
!", "Vous
avez traîné votre
robe dans la boue
!" Hier après-midi,
dans le décor auguste
de la chambre
criminelle de la Cour
de cassation, l'arrêt
confirmant le non-lieu
général dans
l'affaire du sang
contaminé a provoqué
de vives réactions
chez les victimes présentes.
Les gendarmes ont dû
intervenir pour faire
évacuer la salle. Les
hauts magistrats ont
donc confirmé l'arrêt
très contesté de la
cour d'appel de Paris,
qui, le 4 juillet
dernier, avait estimé
qu'un procès n'était
pas justifié. Aucune
juridiction ne jugera
donc les 30 personnes
mises en examen pour "empoisonnement"
ou "homicide
involontaire" par
le juge d'instruction
qui avait enquêté
sur l'affaire pendant
cinq ans, Marie-Odile
Bertella-Geffroy.
Ainsi s'achèvent les
poursuites contre les
membres de cabinets
des ministres de l'époque -
dont l'actuel PDG de
Renault, Louis
Schweitzer, alors
collaborateur de
Laurent Fabius -, des
hauts fonctionnaires
du ministère de la
Santé et des médecins,
dont Michel Garretta.
Hier, en effet, la
Cour de cassation a
estimé que la cour
d'appel de Paris
n'avait pas commis
d'erreur de droit.
Rejetant les arguments
du parquet général
de Paris, qui estimait
dans son pourvoi que
l'arrêt "procède
souvent par voie
d'affirmations sans étayer
son
raisonnement", les
hauts magistrats ont même
été au-delà des réquisitions
de l'avocat général.
Celui-ci, tout en
invitant la haute
juridiction à
confirmer le non-lieu,
avait concédé que la
cassation était
justifiée pour des
motifs de forme. Mais
les hauts magistrats
ont finalement confirmé
l'arrêt sur la forme
et sur le fond. Pour
la justice, l'affaire
du sang contaminé est
donc terminée.
Ce scandale d'une
exceptionnelle gravité
avait éclaté en
1991. Dans L'Evénement
du jeudi, Anne-Marie
Casteret révèle
alors que, six ans
plus tôt, le dépistage
systématique du virus
du sida dans les dons
de sang a été freiné
pendant plusieurs mois
dans l'attente de l'élaboration
d'un test français.
En outre, des stocks
de sang contaminé ont
été distribués
sciemment durant
plusieurs mois aux hémophiles.
Dans l'opinion, l'émotion
est énorme. En 1993,
évoquant la nécessité
d'agir vite, le
parquet renvoie quatre
anciens cadres du
Centre national de la
transfusion sanguine
(CNTS) en
correctionnelle pour "tromperie
sur la qualité
substantielle des
produits". Parmi
eux : le docteur
Michel Garretta,
directeur du CNTS,
dont la peine fut
confirmée en appel et
qui sera libéré après
trente mois de prison.
En 1999, après de
nombreux
atermoiements, la Cour
de justice de la République
juge trois anciens
ministres. L'ancien
premier ministre
Laurent Fabius est
relaxé, ainsi que
l'ex-ministre des
Affaires sociales
Georgina Dufoix,
auteur d'une formule
restée dans les mémoires
: "Je me sens
profondément
responsable, mais pas
coupable." Pour
sa part, Edmond Hervé,
ancien secrétaire d'Etat
à la Santé, était déclaré
coupable d'homicide
involontaire, mais
dispensé de peine. La
même année, après
cinq ans d'enquête,
le juge d'instruction
Marie-Odile
Bertella-Geffroy
demande le renvoi aux
assises des 30
personnes mises en
examen. Une
interminable bataille
de procédure s'engage
alors, qui s'est achevée
hier par la
confirmation du
non-lieu général.
Une décision qui, si
elle constitue un
soulagement pour les
personnes poursuivies,
interdit un débat
approfondi qu'aurait
permis un procès. Or,
comme le souligne Jean
Peron-Garvanoff, la
première victime à
s'être constituée
partie civile en 1988,
"l'affaire du
sang contaminé n'est
pas une catastrophe
naturelle".
"Un déni
de justice"
Edmond-Luc
Henry, président de
l'association française
des hémophiles, est
partie civile dans
l'affaire du sang
contaminé depuis
1988. Il commente pour
Le Figaro le
non-lieu confirmé
hier par la Cour de
cassation.
* Quelle appréciation
portez-vous sur la décision
des hauts magistrats ?
C'est un déni de
justice fondé sur un
raisonnement spécieux.
Selon l'arrêt, il ne
peut y avoir
empoisonnement que si
le responsable a agi "avec
l'intention de donner
la mort". Mais
comment démontrer
l'intention de tuer ?
C'est impossible !
C'est la première
fois que la haute
juridiction adopte une
définition aussi
restrictive, qui réduit
le crime
d'empoisonnement à un
cas d'école. Jusque-là,
la haute juridiction
estimait qu'il y avait
empoisonnement dès
lors que l'auteur
savait que le produit
utilisé était très
dangereux. Autre
exemple : selon l'arrêt,
"l'incertitude
demeure sur
l'existence d'un lien
de causalité entre
les faits reprochés
et le dommage". La
Cour de cassation réclame
qu'on date la
contamination au jour
près, alors que la
plupart des victimes
étaient transfusées
tous les jours. On
reste confondu devant
des exigences aussi
irréalistes, qui
n'ont rien à voir
avec le souci légitime
de rigueur juridique.
On aboutit à une
situation absurde :
Edmond Hervé, ancien
secrétaire d'Etat à
la Santé, a été déclaré
coupable d'homicide
involontaire... mais
ses anciens
conseillers ne sont
responsables de rien !
* Plus généralement,
quel est votre
sentiment sur
l'attitude de la
justice dans cette
affaire ?
Le dossier du
sang contaminé n'aura
jamais reçu une réponse
judiciaire à la
hauteur de la gravité
des faits.
Craindrait-on un
examen public de
l'ensemble du dossier
à l'audience ? Déjà,
en 1987, les premières
plaintes des victimes
avaient été classées
sans suite par le
parquet. La justice a
multiplié les
atermoiements, utilisé
toutes les ressources
de la procédure pour
différer le moment de
la décision. Cette
attitude a encore
ajouté au malheur des
4.000 contaminés.
Parmi ceux-ci, on
compte 1.300 hémophiles
: aujourd'hui, 600
d'entre eux sont déjà
morts. Les victimes ne
doivent jamais tomber
dans l'oubli dans
lequel la Cour de
cassation les renvoie.
haut
Rabbi
David a tout expliqué...
par RENE AGGIOURI,
publié dans la Revue du
Liban du 14 juin 2003
On n’a pas fini de
gloser sur le sens et
la portée des
retrouvailles de Charm
el-Cheikh et d’Akaba
sous le parrainage de
l’Américain. En
fait, on n’en est
encore qu’au début
d’un nouveau
chapitre de cette
vieille histoire de spéculations
sur la sincérité des
divers protagonistes
du conflit
palestinien, aussi
bien que sur la
capacité du parrain
américain à
promouvoir résolument
une paix juste en
Terre Sainte. Dans ce
jeu qui se développe
depuis des décennies
sous la forme d’une
sanglante tragédie,
l’arbitre américain
de service est,
aujourd’hui, un néophyte
plein d’allant et
d’illusion. Il
s’est défini,
innocemment, comme le
“conducteur du bétail”,
un cow-boy en somme
ou, bibliquement
parlant, le “pasteur
du troupeau”. On se
demande s’il se rend
bien compte qu’en
l’occurrence, ses
interlocuteurs sont
tout ce qu’on veut
sauf des agneaux. Il
n’est pas difficile
d’imaginer combien
M. Ariel Sharon a pu
rire sous cape en se
voyant ainsi décrit.
Pour savoir comment précisément
M. Sharon envisage
l’offensive de paix
de M. George W. Bush,
on peut se référer
à l’analyse qu’en
fait un éminent
Rabbin orthodoxe de
New York dans le
“Jewish Press” de
Brooklyn (page 59). Il
s’agit de Rabbi
David Algaze. Et si
son article date du 10
janvier dernier, il
n’en demeure pas
moins valable comme on
va le constater. Ce
Rabbi-là se pose
cette question :
Pourquoi Sharon
apporte-t-il avec tant
de véhémence son
soutien à la création
d’un Etat
palestinien ? Et il
explique : “Sharon
conduit une guerre sur
le plan diplomatique.
En sa qualité de général
d’armée, il sait
que la plus grande
qualité dans une
guerre, c’est la
ruse. Laissons donc
les Arabes croire
qu’il consent à
leur accorder un Etat.
Il posera tant de
conditions et
d’obstacles qu’il
rendra à jamais
impossible
l’instauration de
cet Etat. Laissons les
Européens et le Département
d’Etat (de Colin
Powell) l’appuyer en
leur faisant croire
qu’il souscrit à
leurs thèses.
“Pourquoi pas ? En réalité,
cela ne fera pas la
moindre différence
sur le plan pratique.
Sharon table sur la
stupidité des Arabes
et sur leur haine pour
empêcher l’émergence
d’un nouvel Etat
arabe. Pendant ce
temps, Israël
continue de tuer des
terroristes, de détruire
leur infrastructure et
de marquer du sceau de
l’infamie l’image
des Arabes dans le
monde. Sharon n’a
nullement
l’intention de
laisser se produire la
tragédie que
constituerait la création
d’un Etat arabe en
Terre d’Israël”.
L’auteur de ce texte
veut, semble-t-il,
rassurer une communauté
juive américaine
inquiète d’une éventuelle
évolution de M.
Sharon. Il a donc
recours aux arguments
qui correspondent le
mieux à l’état
d’esprit de ses
coreligionnaires. Ce
qui est tout de même
remarquable, c’est
l’expression raciste
de la vision juive des
Arabes et cette référence
parfaitement claire à
deux idées
directrices de la
doctrine des sionistes
les plus radicaux : la
“Terre d’Israël”,
c’est-à-dire la
“Judée-Samarie (il
n’y a pas de
Palestine) et un Etat
arabe nouveau ne peut
être qu’un foyer de
haine et de
terrorisme. On se
souviendra que le plus
célèbre représentant
de cette doctrine, M.
Netanyahu avait publié,
juste à la veille de
son accession au
Pouvoir, en 1996, un
livre retentissant
soutenant cette thèse.
Aujourd’hui, il fait
partie du gouvernement
Sharon et n’a renoncé
à aucun de ses
fantasmes. On se
rappellera, aussi,
qu’il avait été
accusé d’avoir
alimenté la campagne
populaire qui avait
inspiré à un exalté
l’assassinat de
Yitzhak Rabin. M.
Sharon est l’objet
d’une campagne
populaire de même
nature depuis sa
participation à la
conférence de Charm
el-Cheikh. Il doit
donc se souvenir des
conséquences de ce
genre d’agitation
sur le destin de son
prédécesseur, Rabin.
C’est ainsi qu’on
le voit, désormais,
entouré d’une armée
de gardes du corps.
En dernier ressort, la
conclusion de cette
immense tragédie ne dépend
ni d’Abou-Mazen, ni
d’Ariel Sharon, ni
de Netanyahu, ni
d’Arafat. Mais de la
puissance qui peut
dicter les conditions
de la paix et les
faire respecter.
C’est l’Amérique
qui a tenu à assumer,
seule, ce rôle. Elle
a marginalisé et l’Europe
et l’ONU. Mais ce rôle,
comment l’Administration
Bush le conçoit-elle
? Là-dessus, les
opinions sont
tellement partagées
qu’on en arrive à
douter de la capacité
de cette
superpuissance à
parvenir à un résultat.
“Pasteur du
troupeau” ?...
“Conducteur de bétail”
?... Qu’est-ce que
cela veut dire en définitive
pour M. Dobliou Bush,
le Texan ? Rien du
tout, peut-être bien.
Sinon une simple image
pour se donner une
posture intelligible
pour des électeurs éleveurs
de bœufs.
haut
L'avenir
du monde occidental
par KARL LAMERS,
publié dans le Monde
du 10 juin 2003
(Traduit de l'allemand
par Henri de Bresson)
L'auteur
est ancien responsable
de la politique extérieure
pour le groupe
parlementaire chrétien-démocrate
allemand au Bundestag
Le monde occidental
- soit l'Amérique
du Nord et l'Union
européenne -
représente
aujourd'hui 10 %
de la population
mondiale ; ce
ne sera bientôt
plus que 4 %.
Cette petite partie,
qui ne cesse de
diminuer, domine le
monde, grâce
surtout aux
Etats-Unis. Tous les
regards se tournent
vers eux, par
sympathie mais
aussi, d'une manière
croissante, par
aversion. Le 11 septembre
2001 a été
l'expression la plus
radicale de ce rejet
par une grande part
du monde islamique,
que d'autres aussi
ont applaudi. Le
monde occidental
affronte ce défi
profondément divisé,
entre l'Europe et
l'Amérique, entre
la "vieille"
et la "nouvelle"
Europe. C'est ce
qu'a révélé avec
brutalité la crise
irakienne. La guerre
contre l'Irak était
décidée d'avance
et donc inévitable.
Le débat entre l'Amérique
et la France au
Conseil de sécurité
des Nations unies
avait quelque chose
de fantomatique.
Pourtant, il avait
un arrière-plan très
réel et de fond :
la politique américaine
vise à un ordre
mondial hégémonique,
unipolaire ; la
France se bat depuis
toujours pour un
monde multipolaire.
A ce conflit
transatlantique
s'est superposé un
autre conflit,
intereuropéen
celui-là. Pour les
Polonais, mais aussi
pour les autres
Européens de l'Est,
le fantôme d'un axe
franco-germano-russe
a réveillé des
cauchemars. Ces
dissensions ont
montré combien les
Etats-Unis
continuent d'être
un acteur à part
entière du
processus de décision
européen. Un rôle
qui n'est pas
nouveau : sa
raison d'être a
toujours été de
maintenir un équilibre
face à l'Allemagne
et de la contrôler.
Mme Thatcher
l'avait encore réaffirmé
dans un discours à
Bruges, après la réunification,
et l'on entend
parfois la même
chose en Pologne.
Ces peurs, ces
rivalités ont
conduit à une
rupture grave au
sein de l'Union ;
elles ont réveillé
le vieux conflit
entre les tenants de
l'Europe atlantique
et de l'Europe européenne
sur le rôle des
Etats-Unis en
Europe, et donc sur
l'idée d'Europe
elle-même. A
l'heure de vérité,
l'Europe n'a pas eu
de politique commune
parce qu'elle n'est
pas unie sur ce
qu'elle est. Elle ne
peut gagner du
contour, se forger
une identité que si
- comme toute
communauté -
elle se présente
unie face aux
autres. L'Europe
politique n'est pas
séparable d'une
politique étrangère
commune. Elle doit,
parce que ses intérêts
existentiels
l'exigent,
participer à la
gestion du monde, et
pas seulement se
contenter de subir - souvent
à la suite des décisions
américaines. La
Convention offre une
opportunité unique.
La France et
l'Allemagne doivent
proposer un projet
ambitieux et, en même
temps, ne pas
laisser de doute
quant à leur détermination
d'avancer avec ceux
qui voudraient les
accompagner. Les
deux pays doivent
clairement faire
savoir comment ils
entendent développer
leurs relations avec
les Etats-Unis.
C'est aujourd'hui la
question-clé. Les
Etats-Unis sont à
la fois en dehors de
l'Europe et dedans,
ils sont une
puissance non européenne
et européenne tout
à la fois. Et en même
temps ils sont présents
dans le monde
entier, ils ont une
perspective globale
différente de celle
de la plupart des
Européens, et
notamment des
Allemands. Les Américains
ont avec succès
montré leur détermination
à créer dans le "nouveau
monde" un
ordre meilleur que
dans l' "ancien",
ce qui les différencie
fondamentalement des
Européens. Ils ont
eu le privilège,
unique dans
l'histoire, d'avoir
pu se croire,
jusqu'au 11 septembre
2001, invulnérables.
Depuis Achille, les
Européens ne
peuvent que rêver
de cette invulnérabilité
- ce que les
Allemands ont réappris
avec Siegfried.
La stratégie américaine
actuelle vise à rétablir
autant que possible
cette invulnérabilité,
ce qui apparaît aux
Européens comme un
rêve dangereux. Le
seul remède durable
aux ressentiments,
à l'antiaméricanisme,
est une Europe qui
ait confiance en
elle, qui soit un véritable
partenaire des
Etats-Unis et non
dans un rapport
d'allégeance.
Est-ce que la France
et l'Allemagne
peuvent parvenir à
lancer sur les rails
une telle Europe ?
Cela n'ira pas sans
frictions avec les
Etats-Unis et
certains pays européens.
Et l'on peut avoir
des doutes, en ce
qui concerne
l'Allemagne, sur sa
capacité à les
affronter. Pour les
Allemands, il s'agit
d'oser avec la
France une "grande
politique",
mais rien que l'idée
fait frémir la
plume. Le
gouvernement oscille
entre des coups de
poker et la peur de
trop s'engager.
C'est un signe de
manque de confiance.
Le chancelier a
promis après le 11 septembre
une solidarité
totale avec les
Etats-Unis dont on a
vu qu'elle n'était
pas plus possible
que l'affirmation "de
ne participer
d'aucune manière et
quoi qu'il
arrive" à
la guerre irakienne
des Etats-Unis.
L'isolement dans
lequel cette
position l'a enfermé
l'a conduit à se
tourner vers la
France, mais on a
peine à croire que
ce rapprochement
corresponde à une
convergence d'idées
sur la vision
globale de la
France. L'opposition
donne une image peu
claire. Alors que M. Stoiber,
son candidat à la
chancellerie en
2002, avait
clairement appuyé
la position française,
la présidente de la
CDU, Mme Merckel,
a paru complètement
oublier la France
dans l'affirmation
de sa solidarité
(presque sans
limite) avec les
Etats-Unis. Le proaméricanisme
des Allemands
provient de la bonne
expérience qu'ils
ont eue après-guerre
dans leurs relations
avec les Etats-Unis.
Ces derniers insistèrent
pour relever
l'Allemagne, appuyèrent
l'intégration européenne ;
surtout, ils étaient
le bouclier contre
l'Union soviétique.
Lors de la réunification
allemande, ils ont
été les seuls à
appuyer totalement
un processus qui était
troublant pour les
Européens, qui leur
faisait peur.
Pourtant, l'attitude
des Allemands à l'égard
des Américains
s'est mise à
changer, et déjà
avant le 11 septembre.
Peut-être
l'ancienne proximité
- l'étroite dépendance
qui conduisait à
suivre sans rien
dire - a-t-elle
conduit à un
certain besoin de
distance. Les bases
objectives de cette
relation ne sont
plus les mêmes. La
tentative du président
Bush père de rétablir
l'ancienne balance
asymétrique par
l'offre d'un "partenariat
dans le
leadership" ne
pouvait qu'échouer.
L'Allemagne ne peut
mener une politique
globale aux côtés
des Etats-Unis que
dans le cadre européen.
Tout comme la
relation germano-américaine
était l'élément
central pour la sécurité
de l'Allemagne, la
relation
franco-allemande l'était
pour l'objectif de
la politique extérieure
allemande :
l'unification de
l'Europe. Celle-ci
doit définitivement
régler le problème
de la position
instable de
l'Allemagne au
centre de l'Europe,
le Mittellage,
et ainsi garantir sa
sécurité. C'est
pour cela que
l'Europe politique a
toujours été son
but. Les Allemands
ont tenté de nier
la contradiction
entre cette vision
européenne et le rôle
dominant des
Etats-Unis sur la scène
européenne. De là
leur désaccord avec
la France, même
abrité derrière
des discours et en dépit
du refus de prendre
position lorsque les
affaires devenaient
chaudes. Dans la
crise irakienne,
cela n'a plus été
possible. Cela le
sera encore moins à
l'avenir. La polémique
sur la configuration
nouvelle du monde va
se poursuivre :
multi ou unipolaire ?
L'Europe doit-elle
en être l'un des pôles ?
Il va falloir faire
des choix. Ni la
France ni les
Etats-Unis ne
permettront à
l'Allemagne de
chercher une échappatoire.
Une chose cependant
doit rester claire.
Nous avons besoin
aujourd'hui, face
aux nouveaux défis,
d'encore plus de
coopération entre
l'Europe et l'Amérique
qu'au temps de la
guerre froide. Mais
cette coopération
exige l'égalité.
L'Europe européenne
ne sera pas la fin
mais le début du
partenariat
transatlantique.
haut
La
France a dénoncé une
campagne de désinformation
"inacceptable"
aux Etats-Unis
paru dans le Monde
du 17 mai 2003
"Je veux
attirer votre
attention sur la
nature troublante, et
même inacceptable, de
cette campagne de désinformation
visant à salir
l'image de la France
et à tromper le
public."
C'est en ces termes
que l'ambassadeur
de France aux
Etats-Unis, Jean-David
Levitte, dans une
lettre envoyée aux
principaux
responsables et médias
américains, relance
les divergences entre
la France et les
Etats-Unis depuis la
guerre en Irak. "Les
plus sérieuses de ces
affirmations partagent
les caractéristiques
suivantes : elles
diffusent des
informations fausses
et s'appuient
toutes sur des
informations citant
des responsables
anonymes de
l'administration",
souligne l'ambassadeur
qui joint à sa lettre
une liste de ces
accusations. Le
porte-parole adjoint
de la Maison Blanche,
Scott McClellan, a
affirmé jeudi que la
plainte française "ne
repose sur aucune base
et aucun fait".
"La France et les
Etats-Unis suivent une
thérapie conjugale
depuis deux cents
ans", a-t-il
toutefois ajouté,
reprenant une citation
du secrétaire d'Etat,
Colin Powell. "Les
méthodes utilisées
par ceux qui propagent
cette désinformation
n'ont pas de place
dans les relations
entre amis et alliés,
qui peuvent être en désaccord
sur des questions
importantes mais ne
doivent pas s'engager
dans le dénigrement
et le mensonge",
estime M. Levitte dans
sa lettre. Parmi les
exemples de désinformation
cités figurent une
information publiée
en septembre par le New
York Times
concernant des ventes
d'armes françaises à
l'Irak et une autre du
Washington Post
en novembre affirmant
que la France possèderait
des souches du virus
humain de la variole.
Sont aussi mentionnées
des affirmations en
mai du Washington
Times selon
lesquelles la France
aurait donné des
passeports à des
responsables du régime
de Saddam Hussein pour
qu'ils puissent
quitter l'Irak.
M. Levitte a enfoncé
le clou, jeudi soir,
sur la chaîne de télévision
publique américaine
PBS, accusant des "responsables"
et "des
sources du
renseignement"
américains d'être à
l'origine de cette
campagne de désinformation.
Les relations entre
Paris et Washington se
sont nettement tendues
depuis que la France
s'est opposée, ainsi
que l'Allemagne et la
Russie, à
l'intervention
militaire américano-britannique
contre l'Irak. Le
ministre des affaires
étrangères français,
Dominique de Villepin,
a affirmé jeudi
depuis Bruxelles : "Nous
ne pouvons pas
accepter qu'ainsi se développent
des critiques contre
la France aussi infondées."
"Je ne suis pas
au courant d'une telle
campagne", a
assuré du côté américain
le secrétaire à la défense,
Donald Rumsfeld, tout
en reconnaissant qu'il
préférait collaborer
avec d'autres pays que
la France sur le plan
militaire. Colin
Powell avait affirmé,
en avril, que la
France aurait à subir
des conséquences pour
sa position. Paris
souhaite obtenir de la
part de
l'administration américaine
des démentis plus
fermes que celui opposé
par le porte-parole de
la Maison Blanche, Ari
Fleischer dans
l'affaire des
passeports. Celui-ci
avait indiqué le 6
mai : "Je
pense que les Français
devront s'expliquer
sur ce qu'ils ont fait
ou n'ont pas
fait." Les
appels au boycott de
produits français se
sont multipliés aux
Etats-Unis ces
derniers mois. Plus
folklorique, le Congrès
a décidé en mars de
rebaptiser les frites,
appelées "French
fries" en
anglais, "freedom
fries" (frites de
la liberté). Fin
avril, le président
George W. Bush, qui
possède un ranch au
Texas, avait
clairement manifesté
son inimitié pour son
homologue français,
Jacques Chirac : "Je
crois que ce n'est pas
demain la veille qu'il
(y) viendra."
M. Bush sera toutefois
l'hôte du président
français lors du
sommet des huit pays
les plus industrialisés
(G8) à Evian (France)
début juin.
haut
L'Amérique
toujours en guerre en
Irak
Près
de 100 morts en deux
jours lors d'opérations
militaires
par
JACKY DURAND, publié
dans Libération le 14
juin 2003
La guerre n'est pas
vraiment finie en
Irak. Près d'une
centaine de personnes
sont mortes entre
jeudi et vendredi dans
des combats avec les
troupes américaines,
qui ont lancé en
milieu de semaine l'opération
"Frapper la péninsule",
afin de mettre un
terme aux attaques
qu'elles subissent
depuis plusieurs
semaines dans un
triangle qui passe par
les villes de Takrit,
la cité natale de
Saddam Hussein,
Fallouja, à 50 kilomètres
de Bagdad, et Hit, à
200 km à l'ouest de
la capitale irakienne.
Cette offensive est la
plus importante depuis
la chute de Saddam
Hussein et, selon la
rhétorique militaire
américaine, s'inscrit
dans le cadre "des
efforts continus mis
en oeuvre pour éliminer
les fidèles du parti
Baas, des groupes
paramilitaires et
autres éléments
subversifs".
"Autant dire tous
ceux qui donnent des
cauchemars à Paul
Bremer (l'administrateur
américain en Irak,
ndlr), responsable
du sort de 147.000 Américains
en Irak", estime
un diplomate.
Roquettes
Vingt-sept personnes
ont ainsi été tuées
vendredi à Balad, une
localité à 120 km au
nord de Bagdad, lors
d'affrontements armés
avec les troupes américaines.
Selon la version du
Commandement central
américain (Centcom),
un groupe
d'assaillants a tiré
des roquettes contre
des blindés de la 4e
division d'infanterie
américaine. Les chars
ont riposté, tuant
quatre personnes, puis
ils ont poursuivi avec
l'appui d'hélicoptères
Apache les "assaillants"
et en ont tué 23. A
Mossoul, la grande
ville du nord du pays,
trois Irakiens et un
Américain ont été
blessés dans des
combats qui opposaient
des civils et des
soldats de la
coalition. Dans le
Nord toujours, un
journaliste a constaté
deux foyers d'incendie
sur l'oléoduc utilisé
pour exporter le pétrole
irakien vers la
Turquie. Jeudi, plus
de 70 personnes
avaient déjà été
tuées dans la région
de Balad lors de
l'attaque à l'aube
par la 101e division aéroportée
d'un "camp
d'entraînement
terroriste",
selon le communiqué
du Centcom. L'assaut
avait débuté par des
frappes aériennes, et
un soldat américain
avait été légèrement
blessé. Selon un
responsable américain,
citant des militaires,
les hommes présents
dans le camp n'étaient
pas tous irakiens (des
volontaires arabes de
plusieurs pays ont
rejoint les forces
irakiennes au début
de la guerre). Dans ce
contexte, le Centcom a
également annoncé,
vendredi, que des
troupes aéroportées
avaient capturé,
jeudi, dans le nord de
l'Irak "74
sympathisants présumés
d'Al-Qaeda".
Mais, quelques heures
plus tard, le général
David McKiernan
estimait qu'il était "prématuré
de pouvoir dire s'ils
étaient liés à
Al-Qaeda".
Message de
Saddam
Le quotidien arabe de
Londres Al-Qods
al-Arabi publie
dans son édition de
samedi un message
manuscrit attribué à
Saddam Hussein qui
appelle à la "résistance"
: "Nous
disons aux pays du
monde entier :
'Retirez vos
ressortissants de
l'Irak. Nous sommes en
guerre de libération.' "
Le sergent Joe ne
paraît pas
franchement enchanté
par l'opération
"Frapper la péninsule"
: «Je n'ai pas vu
ma femme et mes trois
enfants depuis neuf
mois. Je devais
rentrer au
Texas." Mais
il s'est fait sucrer
sa permission. Il fait
partie des 4.000
soldats dépêchés
dans l'ouest et le
nord-ouest irakien
dans le cadre de
l'offensive américaine.
En milieu de semaine,
il était à la mairie
de Fallouja, où des
officiers américains
se sont réunis avec
des chefs de tribu et
des imams pour tenter
de faire baisser la
tension dans cette
ville récalcitrante
à la présence américaine.
Le 28 mai, deux
soldats de la
coalition ont été tués
et neuf autres blessés
à Fallouja. "Je
ne veux pas des Américains
chez moi. Ni
collaborer avec eux.
Ni être occupé par
leur langue", tempête
Sabbah, dont la maison
tremble au passage
d'un char américain.
Le discours est récurrent
dans cette agglomération
de 600.000 habitants,
qui, selon un
diplomate en poste à
Bagdad, est emblématique
de "la révolte
du triangle sunnite
qui a fourni par le
passé les éléments
de l'armée les plus
fidèles à Saddam
Hussein, qui en retour
leur accordait de
nombreuses
gratifications. Il était
évident que les
tribus de l'Euphrate
allaient ruer dans les
brancards après la
suppression de l'armée
irakienne".
Résistance
Pour Paul Bremer, les
troupes américaines
font face à une "résistance
organisée, particulièrement
dans les zones à
l'ouest de Bagdad et
au nord de la
ville". Des
commandos de cinq à
dix hommes, sans
commandement centralisé
apparent, seraient à
l'origine de cette résistance,
a affirmé Bremer, qui
a mis en cause les
Fedayin de Saddam
Hussein, les partisans
du Baas et les
officiers de la garde
républicaine. Un
ancien officier supérieur
irakien habitant
Falloujah soupçonne
également "des
manipulations
d'anciens
fonctionnaires des
services
secrets".
"Beaucoup, dit-il,
sont originaires du
triangle sunnite.
Saddam Hussein avait
acheté leur
conscience à coups de
privilèges.
Maintenant, ils
peuvent à leur tour
acheter la conscience
d'autres gens pour se
venger."
haut
Ankara
reste un allié
difficile pour
Washington
par NICOLE POPE,
publié dans le Monde du
11 mai 2003
Le numéro deux du
Pentagone, Paul
Wolfowitz, exprimant
la profonde déception
de l'administration
Bush face au refus
turc de participer à
la guerre contre
l'Irak, a exigé que,
pour ouvrir une
nouvelle page dans les
relations turco-américaines,
les autorités turques
admettent qu'elles
avaient "commis
une erreur".
Jeudi 8 mai, le
premier ministre Recep
Tayyip Erdogan a répliqué
que "la
Turquie, depuis le début,
n'a jamais fait
d'erreur".
Malgré une opinion
publique fermement
opposée à la guerre,
le premier ministre
avait tenté de
convaincre ses députés
de soutenir une motion
gouvernementale qui
aurait permis à
62.000 soldats américains
d'ouvrir un front nord
à partir de la
Turquie, mais le texte
avait été rejeté de
justesse. Les déclarations
de M. Wolfowitz
ont causé de fortes réactions
en Turquie. Le
dirigeant de
l'opposition Deniz
Baykal a déclaré que
"la Turquie
est un pays démocratique
et que tous ceux qui
apprécient le
fonctionnement d'une véritable
démocratie devraient
le respecter".
Un autre faucon proche
du Pentagone, Richard
Perle, a lié l'avenir
de l'amitié turco-américaine
à la coopération
d'Ankara avec
Washington contre
l'Iran et la Syrie.
Les Etats-Unis n'ont
pas vu d'un bon œil
la récente visite du
ministre des affaires
étrangères, Abdullah
Gül, à Damas et les
contacts diplomatiques
des Turcs avec l'Iran.
M. Wolfowitz a
adressé ses critiques
les plus acerbes à
l'armée turque. Alors
que les Européens
s'inquiètent fréquemment
du rôle des
militaires en Turquie,
les Etats-Unis, qui
ont toujours favorisé
l'aspect stratégique
de leurs relations
avec Ankara, ont de
bons contacts avec
l'armée et citent
volontiers la Turquie
comme un modèle démocratique
pour les pays de la région.
Calmer le jeu
M. Wolfowitz a déclaré
que, si les militaires
s'étaient alignés
sur la position américaine,
ils auraient pu
influencer le résultat
du vote, et que, "pour
une raison quelconque,
ils n'ont pas adopté
le rôle dirigeant
fort et l'attitude que
nous attendions".
Ses commentaires lui
ont valu une réponse
de l'état-major, par
le biais du général
Yasar Buyukanit, qui a
affirmé que "les
forces armées turques
font toujours leur
devoir de façon démocratique.
Cela a toujours été
le cas jusqu'à présent
et continuera de l'être".
Les Etats-Unis ne sont
pas prêts à couper
les ponts avec Ankara.
Le secrétaire d'Etat
américain, Colin
Powell, plus
conciliant, s'est déclaré
attaché à "un
bon partenariat avec
la Turquie".
Abdullah Gül a, lui
aussi, tenté de
calmer le jeu en
soulignant que les
relations turco-américaines
ne reposaient pas sur
une seule motion
gouvernementale. "Nous
devons nous tourner
vers l'avenir,a-t-il
déclaré. Nous
allons travailler
ensemble pour forger
de meilleures
relations."
haut
Jack
Shaheen en guerre contre
Hollywood
Ce vilipendeur
des Arabes
par IRENE
MOSALLI, publié dans
l'Orient-le Jour le 15
avril 2003
Puissant et inébranlable
Hollywood... Et
pourtant, pourchassé,
pourfendu et harcelé
par un seul individu
qui ne lui pardonne
pas de déformer
l’image des Arabes.
Son nom, Jack Shaheen,
né à Pittsburgh de
parents libanais,
professeur en
communication à l’Université
de l’Illinois,
ancien consultant pour
les affaires du
Moyen-Orient près de
la chaîne de télévision
CBS et auteur de
plusieurs ouvrages sur
la catégorisation stéréotype
du monde arabe. Son
sang n’a fait
qu’un tour en voyant
comment, dans tous les
films hollywoodiens,
on affublait les
criminels, les
terroristes, les
braqueurs, les truands
et autres caractères
crapuleux de la
nationalité arabe.
Alors comme David,
Jack Shaheen n’a pas
craint de s’attaquer
sans répit au Goliath
du septième art américain,
ne laissant passer
aucune occasion de dénoncer
cette injustice.
Manifestant son
indignation par
lettres aux
producteurs et aux médias
interposés après
avoir constitué des
dossiers en béton. Il
vient de publier un
livre à ce sujet qui
en dit long sur ses
recherches
scrupuleuses et méticuleuses
et sur cette passion
qui l’anime pour défendre
les victimes de la
fantaisie
discriminatoire et
calomnieuse de
l’industrie du cinéma.
Il y a quelques jours,
Jack Shaheen était
invité par la
fondation Mosaïque à
parler de son expérience
et de l’ouvrage
qu’il vient donc de
publier sous le titre
: "Les Arabes
sur bobine : comment
Hollywood dénigre un
peuple". La
causerie s’est déroulée
dans l’auditorium de
l’ambassade de
Jordanie à
Washington.
Déjà le "Sheikh"
avec Rudolph Valentino
Un véritable réquisitoire
que cette étude qui
analyse plus de 900
films qui sont autant
de chefs
d’accusation. Cela
va (par ordre alphabétique)
de Abbot et
Castello dans la légion
étrangère à The
Wind and the Lion en
passant par Aladdin
produit par
Disney en 1992 (dont
certains dialogues ont
été modifiés après
intervention de Jack
Shaheen), American
Ninja, The American
President, The
Awakening, The English
Patient, Raiders of
the Lost Ark, The
Siege, Son of Tarzan,
Titanic. Et que
dire d’ Exodus
? Cela remonte à bien
plus loin que les
Dix Commandements et
que le 11 septembre,
précise l’auteur
qui évoque, déjà au
temps du cinéma muet,
le film The Sheikh
avec Rudolph
Valentino. Ici, l’héroïne
ne répondra à
l’amour du "sheikh"
qu’en apprenant
qu’il est, en fait,
un comte de mère
anglaise et de père
espagnol, caché sous
cette identité. Pas
question pour elle de
s’allier à un Arabe
! La discrimination
sur grand écran a
commencé par un goût
pour l’exotisme puis
s’est développée
par l’emprise des
producteurs juifs qui
ont le monopole des réalisations
cinématographiques.
Ils sont les auteurs
d’un film sur sept.
Sans compter, souligne
avec ironie Jack
Shaheen, que
"Washington et
Hollywood ont en
partage un même
ADN". Tous deux
ignorent la réalité
du monde arabe. Dans
les films, les noms
des pays sont souvent
inexacts ou tout
simplement inventés.
Et lorsqu’elle est
utilisée, la langue
arabe devient un
borborygme. Il
explique aussi que
d’autres groupes
ethniques ont subi un
tel sort. A
commencer par les
Indiens d’Amérique,
toujours figés dans
une image folklorique.
Qu’est-ce qui a
poussé Jack Shaheen
à se faire l’avocat
des communautés
venues d’ailleurs,
en particulier la
communauté
d’origine arabe à
qui le cinéma dénie
le melting pot ? "D’abord
dans ma famille, répond-il,
on privilégiait l’égalité
de tous. Et à
Pittsburgh, où je
suis né et où j’ai
grandi, la lutte des
Noirs pour devenir
citoyens à part entière
a mis à vif mon sens
de l’équité. Par
ailleurs, le pouvoir
tentaculaire de
Hollywood (amplifié
par le passage des
films du grand au
petit écran), aux
Etats-Unis et partout
dans le monde, peut être
on ne peut plus dévastateur
: pensez à la portée
des erreurs et des préjudices
qu’il véhicule ! Et
qu’il répète. A
ce sujet, je me réfère
à un proverbe bien de
chez nous : “Al
tekrar bi allem al
hmar ”, à savoir :
à force de répétition,
même l’âne se met
à comprendre. Et,
depuis des décennies,
Hollywood matraque son
public avec des images
négatives et
insidieuses sur le
monde arabe..."
haut
Le
méchant du film "X-Men
2" est musulman
paru dans l'AFP le 8
mai 2003
Un groupe de musulmans
américains a demandé
des excuses mercredi
au réalisateur du
film "X-Men
2", en tête du
box-office américain
le week-end dernier,
pour avoir dépeint le
méchant dans ce film
de mutants comme un
musulman. Le groupe
musulman HOPE, basé
à Los Angeles, a
accusé le réalisateur
Bryan Singer d'avoir
filmé un plan serré
du méchant du film,
portant une bague sur
laquelle est incrite
"Allah", le
mot arabe désignant
Dieu. "C'est une
claque pour tous les
musulmans du monde,
alors que les X-Men,
dans la BD (dont est
inspirée le film)
comme dans les films,
se sont toujours
battus contre le
racisme", a estimé
le directeur de HOPE,
Najee Ali. "C'est
intentionnel",
a-t-il ajouté.
"C'est encore un
cas qui montre la
phobie de Hollywood,
qui diabolise les
arabes et les
musulmans",
a-t-il ajouté. Pour
lui, cette scène, qui
intervient dans les
premières minutes du
film, correspond à de
la "propagande
anti-musulmans".
Il accuse Bryan
Singer, qui est juif,
de s'engager ainsi
"dans une
campagne subtile pour
susciter de l'intolérance
et de la haine".
Sans appeler au
boycott du film, M.
Ali a demandé aux
producteurs, la 20th
Century Fox, de
retirer cette scène
de la version du film
qui sortira en DVD. Ni
Singer, ni le studio
de production, n'étaient
immédiatement
joignables pour
commenter cette
affaire.
haut
"Etre
chrétien, c'est être
à contre-courant"
15.000 jeunes de la JOC
(Jeunesse Ouvrière Chrétienne)
se sont retrouvés
samedi à Paris-Bercy
par BEATRICE
HOUCHARD, publié dans
Ouest-France le 4 mai
2003
Un auto-collant d'Attac
pour Melaine. Un
paquet de mouchoirs en
papier pour Erwan. Un
bracelet pour Maud.
Une bouteille d'eau
pour Antoine. Un
drapeau symbolisant la
paix pour Alice, une
photo de vacances en
Bretagne pour Aurélie
: au grand
rassemblement de la
JOC (Jeunesse Ouvrière
Chrétienne ) qui a
rassemblé samedi plus
de 15.000 personnes au
Palais omnisports de
Paris-Bercy, chacun a
été prié d'apporter
un objet personnel.
Objectif : réaliser
"un mobile pour
s'entendre",
gigantesque oeuvre
d'art improvisée, témoin
de la confiance des
jeunes en l'avenir.
Ils sont 303, tout
juste, à être venus
d'Ille-et-Vilaine. Le
thème du jour,
"On est fait pour
s'entendre" se décline
à travers des débats,
des discours, des
stands, et même une
chanson composée tout
exprès. Pour les six
jeunes
d'Ille-et-Vilaine,
c'est plus qu'un
slogan : "On sent
qu'on n'est pas tout
seul" remarque
Erwan, 16 ans, élève
de seconde. "Nous
sommes les acteurs du
rassemblement, la
preuve qu'il y a un
petit quelque chose à
faire" souligne
Aurélie, 22 ans,
permanente à mi-temps
de la Joc et
travailleuse sociale.
"On ouvre plus
facilement les yeux
sur les autres",
insiste Melaine, 16 ans,
lycéen à Redon. A la
JOC, Erwan, 16 ans, a
perdu de sa timidité,
Antoine, 16 ans lui
aussi, a la preuve
"qu'on peut mener
des actions tous
ensemble". Aurélie
insiste sur les mots
"aller vers"
et "vivre
ensemble".
Plus souvent étudiants
qu'ouvriers, les
jeunes présents
veulent donner au mot
une signification
nouvelle : "On
l'entend dans le sens
d'une conscience ouvrière.
On a envie de se
bouger pour avoir de
meilleures condition
de vie" (Aurélie),
"améliorer la
vie là où on
est" (Erwan), par
exemple en négociant
avec les élus locaux
l'installation de
pistes de roller grâce
à l'association
rennaise Skate park
qui est présentée en
marge du
rassemblement. Le plus
difficile, parfois,
pour les jeunes de la
JOC, c'est d'expliquer
le "C" de
leur engagement. Pas
pour Alice, qui l'a
laissé entre parenthèses
et précise qu'il y a
des jocistes
musulmans. Mais,
sourit Aurélie,
"l'Eglise a
toujours une vieille
image". A l'une
de ses amies, récemment
baptisée, un jeune a
lancé, incrédule :
"Baptisée ?
Pourtant, t'as pas le
look !" "Etre
chrétien, c'est être
à contre-courant,
poursuit Aurélie,
mais c'est aussi faire
bouger les
choses." Et c'est
souvent le plus
difficile. Membre
d'autres associations,
Melaine a touché du
doigt le problème,
lors de rassemblements
hebdomadaires contre
la guerre en Irak :
"Les gens nous
disaient que ça ne
changerait rien, que
de toutes façons c'était
décidé." Mais
Alice a aussi remarqué
que dans tous les
rassemblements
anti-guerre, les
jeunes jocistes ont répondu
présents.
Quand sera tombé le
couperet de l'âge (la
JOC accueille des
jeunes de 14 à 25 ans)
les uns et les autres
n'imaginent pas ne pas
continuer leur
engagement dans les
associations ou les
syndicats. La
politique ? Ils
esquissent une petite
moue dubitative...Tout
au long de la journée,
d'un débat sur l'école
à une rencontre sur
les relations israélo-palestiniennes,
d'un message de
Jacques Chirac (lu par
Luc Ferry) vantant
"les valeurs de
respect, de dialogue
et de tolérance",
au show
toujours très attendu
de Soeur Emmanuelle,
et à la foi brûlante
du cardinal Lustiger,
les jeunes présents
ont fait le plein de
mots, d'engagements,
de rencontres, de
partage. A l'issue du
concert d'Astonvilla
et de Cunnie Williams,
le retour des 303
jocistes
d'Ille-et-Vilaine était
prévu dimanche, vers
6 h du matin, tout
comme pour tous les
jocistes de l'Ouest,
dont huit jeunes en
difficulté venus du
centre d'Hallouvry, à
Rennes. Le plus bavard
du groupe, Benoît, se
définit comme "une
personne différente".
Il veut voir dans le
rassemblement de la
JOC "le bon
chemin dans un monde
qui évolue surtout en
bêtise".
"C'est, dit-il,
une sorte de fleur du
futur."
haut
par ALFRED GROSSER,
publié dans
Ouest-France le 25 avril
2003
La question de l'islam
dans la France laïque
se pose avec force à
un moment où celle de
l'Eglise catholique ne
se pose plus guère.
L'agressivité laïciste
est en voie
d'extinction. Grâce
à la loi de 1905, l'Etat
entretient et rénove
cathédrales et églises.
Les funérailles
officielles des présidents
de la République se célèbrent
par une messe à
Notre-Dame de Paris.
L'enseignement
catholique est
subventionné, mais il
se considère lui-même
comme une composante
du service public d'éducation
et se montre ouvert,
à la fois, au contrôle
par l'Etat et à l'accès
sans endoctrinement
d'enfants de familles
musulmanes, juives et
athées. Ce n'est pas
le cas des écoles
islamiques. Et
l'attitude des Etats
dominés par l'islam
fait penser à celle
d'un grand écrivain
catholique du XIXe
siècle :
"Je vous demande
la liberté, au nom de
vos principes, et je
vous la refuse au nom
des miens." Car
l'acceptation de la laïcité
comme soumission
commune aux principes
de la République
n'est pas si ancienne.
Du côté catholique,
les papes ont eu du
mal pour passer du
rejet absolu de la démocratie
(le Syllabus de Pie IX
en 1864) à son éloge
(Pie XII en septembre
1944). Mais c'est un
pape, Léon XIII, qui,
en 1891, a poussé les
catholiques de France
au ralliement à la République.
La guerre de 1914-1918
a accentué l'intégration
républicaine, encore
que "la
gueuse" ait été
vilipendée longtemps
encore, par exemple
par Paul Claudel, lors
de la défaite de
1940. Et il reste le
problème d'une Eglise
rejetant, pour elle-même,
le principe démocratique
tout en recommandant
à ses fidèles de se
plier aux lois de la démocratie.
Dans son encyclique récente
sur l'Eucharistie,
Jean-Paul II, face aux
protestants, définit
l'Eglise, détentrice
du "trésor
eucharistique",
comme "communion
hiérarchiquement
structurée".
Et les réformés
devraient se rappeler
que Jean Calvin
n'avait pas vraiment
transformé Genève en
République laïque,
tandis que les luthériens
devraient savoir ce
qu'a proclamé le
protestantisme
allemand en 1945 : "Un
luthéranisme mal
compris nous a fait
croire que notre seul
devoir politique était
de prêcher aux fidèles
la soumission à
l'autorité."
Pourquoi ces rappels ?
Parce que c'est de façon
fraternelle, sans
morgue ni index
constamment brandi,
qu'il faut aider
l'ensemble des
musulmans de France à
comprendre la
signification et la
portée du principe de
la République laïque.
La religion n'y est
pas rejetée dans
l'espace privé. A
preuve, les constantes
prises de position des
évêques sur les
problèmes de société
et sur les questions
de guerre et de paix.
Mais les fidèles
doivent accepter les
principes éthico-politiques
de base qui fondent la
communauté citoyenne,
même s'ils sont
encore loin d'être
pleinement mis en
pratique. Ainsi pour
l'égalité entre
hommes et femmes.
Ainsi pour l'égale
accession aux emplois,
si constamment refusée
aux jeunes issus de
l'immigration. Le plus
difficile, c'est de
faire admettre une réalité
et une exigence. La réalité,
c'est que chacun a une
multitude d'identités,
d'appartenances.
L'identité religieuse
peut fonder la source
du jugement moral.
Mais la laïcité,
c'est la priorité
donnée à l'identité
citoyenne dans le
comportement social,
au sein de la
communauté politique
nationale et,
aujourd'hui, européenne.
haut
L'
"Iliade"
d'Elias Khoury
Le
roman raconte une
histoire d'amour et un
pan d'histoire oublié,
l'exode palestinien de
1948
paru
dans Libération le 9
avril 2003
En écrivant la
Porte du soleil,
Elias Khoury a tissé
une Iliade
palestinienne. Déroutant,
voire difficile d'accès
au premier abord, son
roman ressemble à un
fleuve alimenté par
des centaines, des
milliers de récits
individuels dont
l'accumulation,
l'entrelacement
forment une geste dont
les héros, bien réels,
ont fini par prendre
une dimension
mythique. Comme le dit
le cinéaste égyptien
Yousri Nasrallah,
Elias Khoury fait
exister les
Palestiniens, un par
un, en tant
qu'individus et non
pas comme un peuple éternellement
victime.
Récit
torrentiel
"Au départ,
il y avait une
histoire d'amour mais,
pour la raconter, j'ai
dû en établir le
contexte
historique",
explique l'écrivain
libanais. Et, de fil
en aiguille, il est
remonté jusqu'à la nakba,
la catastrophe de
l'exode, l'année zéro
des Palestiniens,
1948. "En ce
temps-là, la Galilée
tremblait de frayeur :
maisons détruites,
gens errants, villages
abandonnés. Tout était
sens dessus
dessous." Il
raconte la vie
d'avant, cette société
rurale disparue à
jamais. Puis la fuite
vers la Jordanie ou le
Liban, l'installation
dans les camps de réfugiés.
"Nous ne
sommes pas des réfugiés,
dit un personnage,
nous sommes des
fugitifs, et rien
d'autre. Nous nous
battons, nous tuons,
nous sommes tués,
mais nous ne sommes
pas des réfugiés."
En plus de 600
pages de récit
torrentiel, la
Porte du soleil
ressuscite un pan
d'histoire,
aujourd'hui oublié,
enterré par d'autres
drames. Qui se
souvient des
allers-retours
clandestins des réfugiés,
qui allaient voir leur
maison expropriée en
Palestine, quand la
frontière était
encore perméable avec
le Liban ? Qui se
souvient du cimetière
des
"martyrs" à
Beyrouth où reposent
les combattants des
années de l'OLP ? Et
cette vieille juive du
Liban qui supplie la
vieille réfugiée
palestinienne, venue
visiter sa maison en
Galilée, de la
reprendre et de lui
rendre son Beyrouth.
Elias Khoury ramène
à la vie, plus qu'il
ne décrit, toute
cette histoire. "La
description c'est
l'oubli, et je ne veux
pas oublier."
Langue râpeuse
S'il y parvient, c'est
aussi grâce à une
langue râpeuse comme
la réalité, et poétique
tout à la fois : "Ils
sortaient de chez eux,
s'abaissaient jusqu'au
sol pour ramasser
leurs larmes et se
mettaient à
courir." Le
roman se présente
sous la forme d'un
interminable
monologue. Parfois, il
commence par "il
était une fois",
comme dans les contes
des Mille et Une
Nuits. "Ma
grand-mère disait que
prier c'est dérouler
nos mots comme un
tapis par terre. Et
moi je déroule mes
mots afin que tu
marches dessus."
Adapter un tel roman
n'est pas la moindre
difficulté de ce
film. L'auteur y a
personnellement
travaillé avec Yousri
Nasrallah et le cinéaste
libanais Mohamed
Soueid.
La Porte du
soleil, d'Elias Khoury,
Actes Sud/Le Monde
diplomatique, 2002
haut
La
plongée, pour découvrir
les véritables
richesses de la mer au
Liban
Vestiges archéologiques,
grottes et puits
thermiques
par SUZANNE BAAKLINI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 18 avril 2003
(extraits)
Avec environ quatre
mille adeptes au
Liban, la plongée
sous-marine est un
sport en pleine
expansion. Quoi de
plus normal dans un
pays où la mer est si
omniprésente ? La
plongée sous-marine
est une passion plutôt
qu’un simple sport
pour ceux qui la
pratiquent,
puisqu’elle leur
ouvre la porte de
l’univers
sous-marin, avec ses
vestiges naturels et
archéologiques. A
l’approche de l’été,
les débutants qui
veulent se lancer dans
cette aventure peuvent
suivre les conseils de
Mohammed Elsarji, président
du syndicat des
plongeurs
professionnels au
Liban et président de
l’équipe de
sauvetage en mer au
Liban-Sud, moniteur de
plongée lui-même. Un
féru des côtes
libanaises qui sait si
bien chanter leurs
louanges tout en
reconnaissant leurs
limites. "La
plongée est un sport
qui combine plusieurs
avantages",
souligne M. Elsarji.
"Elle est très bénéfique
pour le corps,
notamment pour le cœur,
en raison du mouvement
en apesanteur dans le
milieu marin. C’est
également une
excellente façon de
perdre du poids tout
en s’amusant. Mais,
surtout, c’est une
chance de découvrir
les paysages marins,
bien plus
impressionnants que
les panoramas
terrestres, selon
moi."
Le sous-sol marin
libanais n’est
certes pas comparable
à celui de la mer
Rouge, qui est tapissé
de magnifiques coraux,
mais il est loin de
manquer d’intérêt
pour autant.
"Nous avons des
paysages sous-marins
très rocheux, avec
nombre de grottes intéressantes
à découvrir",
raconte cet habitué
de la mer du Liban.
Est-ce assez pour
attirer des touristes,
par exemple ?
"Nous avons assez
d’atouts pour
devenir une
destination prisée
pour ce genre de
sport", dit-il.
"Selon mon expérience,
les touristes sont très
attirés par deux
aspects : les vestiges
archéologiques et les
sources thermiques
qu’on trouve dans
les eaux
libanaises."
Vestiges archéologiques
et sources thermiques
sont précisément des
atouts dont la côte
libanaise ne manque
pas. Les premiers sont
parsemés le long du
littoral, plus
particulièrement près
des sites historiques
majeurs comme Tyr, Saïda,
Byblos… Les seconds
sont une vraie
merveille de la nature
: alors que, dans
d’autres mers, ils
ne se trouvent qu’à
10 ou 15 000 mètres
de profondeur, au
Liban on les a repérés
à 40 et 50 mètres
au-dessous de la
surface de l’eau. A
ces sources
thermiques, il faut
ajouter les sources
d’eau douce en
environnement marin,
qui créent un écosystème
intéressant.
Pour ce qui est de la
faune, la mer
libanaise était plus
riche en poissons par
le passé qu’elle ne
l’est aujourd’hui
en raison de la
pollution, selon les
observations de M.
Elsarji. Mais cela ne
veut pas dire que les
nouvelles sont toutes
mauvaises : il y a
quelques années déjà,
on a remarqué le
retour d’un animal
très impressionnant
sur nos côtes, la
tortue de mer, très
appréciée des
plongeurs. Les
dauphins, eux, en
certaines saisons,
forment des colonies
au large des villes
libanaises. Il arrive
aussi aux plongeurs de
tomber sur des requins
méditerranéens, de
beaux animaux qui ne
sont pas une espèce
dangereuse pour les
humains. Même les méduses,
cauchemar des
baigneurs, font la
joie des plongeurs
qui, apprenant à les
manipuler avec soin,
ont le loisir
d’observer leurs
formes étonnantes. Il
n’y a pas de saison
pour plonger et chaque
moment de l’année a
ses particularités, même
au fond des mers.
"Dans les eaux
libanaises, nous
connaissons six mois
de températures
froides atteignant les
16°, de décembre
jusqu’à mai, et six
autres mois de températures
chaudes",
explique M. Elsarji. "Il
n’est pas moins agréable,
selon moi, de plonger
en hiver. Bien au
contraire, la
visibilité est
meilleure et la mer
est moins encombrée
!"
haut
La
visite de Hariri au Brésil
axée sur les échanges
commerciaux
paru
dans l'Orient-le Jour le
9 juin 2003
Entamée
dans la nuit de samedi
à dimanche, la visite
au Brésil du Premier
ministre Rafic Hariri
à la tête d’une délégation
officielle est placée
pour l’essentiel
sous le signe d’une
relance des échanges
commerçiaux entre les
deux pays. Dans un
discours prononcé
hier devant une délégation
d’hommes
d’affaires brésiliens
d’origine libanaise,
le chef du
gouvernement a même
donné des précisions
sur la nature des
produits libanais
susceptibles d’être
exportés vers le Brésil
: l’huile et
l’olive. Il a invité
"les hommes
d’affaires brésiliens
d’origine libanaise
à promouvoir la vente
de ces produits sur le
marché brésilien".
Répondant ensuite aux
questions de
l’assistance, le président
du Conseil a notamment
indiqué que le droit
de vote ne pouvait être
encore accordé aux émigrés
libanais du fait que
l’élection présidentielle
au Liban n’a pas
lieu au suffrage
universel direct. Par
ailleurs, Rafic Hariri
a inauguré à São
Paulo une exposition
de photos intitulée
"La mémoire de
Beyrouth". De
nombreuses personnalités
brésiliennes et des
membres de la colonie
libanaise étaient présents
à cette occasion.
Rappelons qu’au
cours de son séjour
au Brésil, qui doit
s’achever jeudi, le
Premier ministre doit
notamment rencontrer
le président Lula da
Silva. La délégation
officielle qui
l’accompagne est
formée de Fouad
Siniora, Marwan Hamadé,
Elie Skaff et Ali
Hussein Abdallah,
respectivement
ministres des
Finances, de l’Economie,
de l’Industrie et du
Tourisme.
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