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L'Amérique sur tous
les fronts
par PIERRE ROUSSELIN,
publié dans le Figaro le 14
juin 2003
George W. Bush n'a jamais
dit que ce serait facile.
Mais, un peu plus de deux
mois après la chute de
Saddam Hussein, la guerre
mondiale ouverte par l'Amérique
contre le terrorisme
l'oblige à se battre sur
tous les fronts. En Irak,
les combats viennent de
reprendre de plus belle.
Les forces américaines
ont dû s'engager ces
derniers jours dans des opérations
antiguérilla d'envergure.
Après les démonstrations
de force des chiites, ce
sont les sunnites qui mènent
maintenant la résistance.
La guerre, en fait, paraît
loin d'être finie. En
Afghanistan, où la
victoire éclair des
Etats-Unis remonte à décembre 2001,
les GI sont toujours la
cible de talibans et des réseaux
d'al-Qaida, capables de
commettre des attentats même
au cœur de la capitale.
En Israël et dans les
Territoires palestiniens,
la situation est encore
plus désespérante. Il a
suffi que George W.
Bush s'implique enfin
personnellement en faveur
d'un plan de paix pour que
la violence se déchaîne
à nouveau, sans que l'on
voie ce qui pourrait l'arrêter.
La victoire à Bagdad
a-t-elle vraiment donné
à la diplomatie américaine
davantage de force de
persuasion vis-à-vis des
Palestiniens et des Israéliens?
C'était l'espoir
entretenu à Washington.
En fait, la trêve des
attentats et des représailles
n'aura duré que le temps
où chacun se demandait
comment tournerait la
guerre en Irak.
Aujourd'hui, Ariel Sharon
s'engage dans une lutte à
mort contre les islamistes
palestiniens du Hamas. Il
sait qu'il épouse ainsi
la cause en vogue à
Washington. Il peut donc
compter sur le soutien indéfectible
du protecteur américain.
Mais pour George W. Bush,
le moment n'est pas le
meilleur pour se laisser
entraîner dans un nouveau
labyrinthe. Si l'Amérique
veut l'emporter dans cette
guerre mondiale contre le
terrorisme, il lui faut être
maître du temps comme de
l'espace. Il lui faut
pouvoir décider où
livrer bataille, contre
qui et à quel moment.
Jusqu'à présent, ce fut
le cas. En Afghanistan -
peu après les attentats
du 11 septembre 2001 -
certainement; en Irak
aussi : ce ne sont pas les
tergiversations du Conseil
de sécurité qui ont
perturbé les plans du
Pentagone... La reprise
soudaine de la guerre israélo-palestinienne
prive George W. Bush de sa
meilleure carte : celle
qu'il aurait eue en main
à Bagdad s'il avait pu
apaiser le conflit à Jérusalem.
A contrario, les combats
en Irak et la violence
dans les Territoires
palestiniens risquent fort
de nourrir le sentiment
anti-américain et
anti-israélien dans la région
et de la déstabiliser
pour de bon. A
l'heure où Washington
encourage ouvertement les
manifestations d'opposants
à Téhéran, il serait
peut-être bon pour l'Amérique
de ne pas chercher à trop
en faire. A moins de
partager le diagnostic des
"néoconservateurs"
du Pentagone, selon
lesquels rien n'est pire
que le statu quo au
Proche-Orient.
haut
Feuille
de déroute
par GABY NASR, publié
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2003
Faut vraiment être Texan,
imbibé de pétrole et gavé
de bretzels, pour espérer
voir en 48 heures
Palestiniens et Israéliens
téter goulûment le
calumet de la paix. Et
avec quels interlocuteurs
! De Charm el-Cheikh à
Aqaba, la brochette est édifiante
: un potentat égyptien en
complet veston, mais sans
moustache ; un roi hachémite
de droit divin plutôt
sympa, mais qui
contrairement à son père
ne casse pas des masses ;
un sous-roi saoudien béat
qui voit sur son sol défiler
les attentats comme on
regarde passer les trains
; un assassin hébreu
patenté, camouflé en
baril de détergent ; et
pour finir, un benêt
palestinien ramolli dont
la dégaine préfigure
plutôt une "feuille
de déroute". Bush
fiston peut être fier de
ses fréquentations. Non
mais, tu le vois, toi,
l’Etat palestinien ? Y a
qu’à regarder la carte
: un mouchoir de poche
tellement caviardé que
pour aller de sa chambre
à coucher aux toilettes,
le Palestinien moyen devra
se tortiller le bas-ventre
en slalomant entre les
colonies. Un bout de pays
par ailleurs mis en coupe
réglée par des enragés
du système pileux,
moteurs humains à
explosion pour bus israéliens
bondés ou emplâtreurs de
pizzerias surpeuplées…
En face, leurs alliés
naturels : Ariel le Rouge
et sa cohorte d’agités
de la kippa qui, malgré
leurs promesses, ne rêvent
que de ce tête-à-tête
sanglant. Alors, forcément,
le reste est facile. Plus
les bombes tombent, plus
les barbes poussent. Avec
en prime, le mensonge
levantin érigé en
intelligence politique.
Les Palestiniens veulent négocier
mais en tirant, les Israéliens
veulent continuer à les
massacrer tout en négociant.
Et c’est ce
Proche-Orient délabré
qui inspire des
"visions" au
lampadaire de la
Maison-Blanche. Il aurait
pu aussi, comme Jeanne
d’Arc, entendre des
voix, mais on l’a échappé
belle. Ne reste plus que
les Syriens et leurs
comparses libanais pour
compléter la kermesse.
Mais là, ce sera au tour
des Français de rigoler.
Différence d’approche,
nouvelle méthode de
travail, gazouillis littéraire
sur les libertés et les
droits de l’homme…
V’là autre chose que
les tapis de bombes largués
entre un chewing-gum et un
McDo. Décidément,
Pentagone et Hexagone sont
deux figures qui ne se
superposent pas…
haut
Liban-France
- Hariri s'entretient durant
2 heures avec Chirac à l’Elysée
Le Premier ministre
accuse le gouvernement Sharon
de saboter le plan de paix
par ELIE MASBOUNJI,
publié dans l'Orient-le Jour
le 14 juin 2003
Au
terme d’un tête-à-tête
de deux heures avec le président
Jacques Chirac hier à
l’Elysée, le chef du
gouvernement libanais, M.
Rafic Hariri, a exprimé
son inquiétude et celle
de son hôte à l’égard
de la détérioration de
la situation à Gaza et en
Cisjordanie ainsi que de
la conjoncture en Irak,
affirmant que cela est dû
au comportement du
gouvernement de M. Ariel
Sharon qui, tout en
approuvant la "feuille
de route" américaine,
tente de saboter les
efforts de paix dans la région.
Le chef du gouvernement
s’est félicité par
ailleurs du succès du
congrès des investisseurs
brésiliens d’origine
libanaise qui vient de se
tenir à Rio de Janeiro en
sa présence et en présence
du chef de l’Etat brésilien.
M. Hariri qui a répondu
comme à l’accoutumée
aux questions des
journalistes qui
l’attendaient dans la
cour de l’Elysée après
son entretien avec le président
Chirac - de 9 à 11
heures - a indiqué
par ailleurs que les
contours de
"l’autre feuille de
route" (celle que
vient de proposer M.
Solana, prévoyant
une solution au conflit
entre Israël, d’une
part, et le Liban et la
Syrie, d’autre part)
restent imprécis et
qu’il ne s’agit là
que d’une simple idée
préconisant une paix
globale au Proche-Orient.
A un
journaliste qui lui
demandait quand la "feuille
de route" européenne
serait officiellement
proposée, M. Hariri a
lancé : "Il
faut poser cette question
à M. Solana qui a parlé
de son projet après sa
visite au Liban et en
Syrie et en a discuté
avec les responsables
européens et
russes." A la
question de savoir s’il
s’était entretenu avec
le président Chirac du
terrorisme et du
Hezbollah, M. Hariri
s’est contenté de déclarer
que l’entretien de l’Elysée
a porté sur la
Cisjordanie et Gaza où il
apparaît clairement que
la détérioration de la
situation est due au fait
qu’Israël ne semble pas
vouloir appliquer la
"feuille de
route" américaine en
dépit de l’engagement
ferme de Washington à réaliser
la paix au Moyen-Orient.
"Le président Chirac
m’a dit que lors du
sommet d’Evian, le président
Bush lui avait réaffirmé
son engagement en faveur
d’un règlement dans la
région", a poursuivi
M. Hariri qui a toutefois
constaté que la situation
sur le terrain n’est guère
encourageante du fait des
tentatives israéliennes
de menacer les efforts de
paix. Après avoir indiqué
qu’il avait convenu avec
le chef de l’Etat français
de la nécessité d’un règlement
de paix englobant le Liban
et la Syrie, M. Hariri a
souligné qu’à sa
connaissance, il n’y
avait pas de propositions
françaises pour arrêter
la détérioration de la
situation dans la région.
Concernant les pressions
américaines sur la Syrie
et le Liban qui semblent
quelque peu avoir baissé,
le Premier ministre a dit
qu’il n’y a rien de
nouveau à cet égard, que
la situation se complique
tant en Cisjordanie et à
Gaza qu’en Irak, et que
si de véritables
pressions américaines
n’étaient pas exercées
sur Israël, "on ne
sait pas où cela nous mènerait".
Au sujet de la position du
président Chirac sur l’Irak,
M. Hariri a indiqué que
le chef de l’Etat français
a exprimé son attachement
à la sauvegarde de
l’unité, de l’indépendance
et de l’intégrité
territoriale de l’Irak.
Prié de dire s’il avait
l’intention de se rendre
prochainement en Arabie
saoudite, le président
Hariri a laissé entendre
qu’une telle visite est
en préparation et qu’il
s’agirait de faire le
point de la situation au
Moyen-Orient avec les
dirigeants saoudiens. A
propos du congrès des
hommes d’affaires et
investisseurs libanais
tenu au Brésil et auquel
il vient de participer, M.
Hariri a souligné
l’enthousiasme des
investisseurs brésiliens
d’origine libanaise à
initier des projets au
Liban, ajoutant que dès
son retour à Beyrouth, il
évoquerait cette question
avec le président Emile
Lahoud afin que tout soit
fait pour créer les
meilleures conditions pour
attirer ces
investissements. "Les
Libanais du Brésil représentent
le double de la population
du Liban et il faut tout
faire pour les intéresser
au Liban", a conclu
M. Hariri.
haut
Attentat
contre la TV du Premier
ministre au Liban
publié
par l'AFP le 15 juin 2003
Les locaux d'une télévision
appartenant au Premier
ministre libanais Rafic
Hariri ont été la
cible de tirs au
lance-roquettes dans la
nuit de samedi à
dimanche à Beyrouth, un
attentat qualifié par
des responsables
libanais de
"tentative de déstabilisation".
Cette attaque, la première
du genre depuis la fin
de la guerre
(1975-1990), préparée
par des professionnels
selon les experts, a visé
les locaux de la télévision
al-Moustaqbal (Future
TV) de M. Hariri,
faisant des dégâts,
mais pas de victimes.
Elle a été revendiquée
dans un communiqué par
un groupe islamiste
inconnu jusque-là qui
se fait appeler "Ansar
Allah" (partisans
de Dieu), qui se
manifeste pour la première
fois et qui a averti
qu'il allait récidiver.
"Grâce à Dieu, un
groupe de nos
moudjahidines
(combattants de l'Islam)
ont ouvert le feu sur le
local de la télévision
al-Moustaqbal dans un
message clair (...) à
la direction de la chaîne
et ceux qui sont derrière",
selon le communiqué.
"Notre opération
vise à faire comprendre
que nous ne permettrons
pas à quiconque, qu'il
soit puissant et
influent, de tirer ses
flèches empoisonnées
sur le coeur de la résistance",
ajoute le texte.
Deux roquettes de
calibre 107 mm ont
explosé dans les locaux
de la Future TV,
endommageant les équipements.
Toutefois, les
programmes de la télévision
comme de la radio n'ont
pas été interrompus.
Cet attentat intervient
sur fond de crise
politique entre le président
libanais Emile Lahoud,
proche de la Syrie qui
exerce une influence déterminante
au Liban, et M. Hariri,
dont les bonnes
relations avec les
Etats-Unis dérangent.
Les deux hommes se
disputent ouvertement
les prérogatives de
l'exécutif, à moins
d'un an et demi de la
fin du mandat présidentiel
en novembre 2004. M.
Hariri dont les
relations avec M. Lahoud
sont de notoriété
publique orageuses, est
soupçonné de vouloir
barrer la route à la
reconduction du chef de
l'Etat à son poste. Ce
bras de fer a provoqué
un blocage des rouages
du pouvoir et un
dysfonctionnement du
conseil des ministres,
qui ne se réunit plus régulièrement
depuis un mois en raison
de profondes divergences
notamment sur son ordre
du jour. Le Premier
ministre a commenté en
termes sibyllins
l'attentat, affirmant
que le but "de
l'attaque est de porter
atteinte à la stabilité
du Liban". Interrogé
par l'AFP, un ancien
ministre, qui a requis
l'anonymat, a indiqué
que cet attentat
"est un message à
M. Hariri, invité à
obtempérer ou à se
retirer". Pour le
ministre de la Culture,
Ghazi Aridi, qui s'est
attelé dernièrement à
réconcilier les deux
hommes, les
commanditaires de
l'attentat
"cherchent à
torpiller les efforts déployés
pour assurer l'harmonie
entre les institutions
de l'Etat".
Lors d'un forum de
solidarité tenu à la
Maison de la presse, le
président du syndicat
des rédacteurs, Melhem
Karam, a affirmé que le
ministre de l'Intérieur,
Elias Murr, lui avait
dit "avoir entre
les mains des premiers
indices et vouloir agir
avec fermeté pour arrêter
les auteurs" de
l'attentat. Saisissant
la balle au vol, le président
de Future TV Nadim
Mounlla a appelé M.
Murr "à agir sans
relâche, avec sérieux
et le plus rapidement
possible afin d'arrêter
les criminels et les
jeter en prison".
M. Murr, gendre du chef
de l'Etat, est intervenu
en début de soirée sur
la Future TV, affirmant
qu'il s'agit
probablement de groupes
islamistes "extrémistes"
qui ont agi contre des
"modérés".
"Le message ne vise
pas uniquement la chaîne
mais la stabilité et la
sécurité dans le
pays", a estimé
pour sa part le ministre
de l'Information Michel
Samaha. La défection
mercredi du chef druze
Walid Joumblatt, un allié
de longue date de M.
Hariri et un homme connu
pour son flair
politique, a été,
selon les observateurs,
un signe annonciateur de
l'affaiblissement de M.
Hariri. "Hariri m'a
perdu et je me range
auprès de Lahoud",
a-t-il déclaré
mercredi après une
rencontre avec le chef
de l'Etat alors que le
Premier ministre était
en déplacement au Brésil.
haut
Les
Casques bleus ou le chaos
!
Proche-Orient
- La spirale de la
violence
par
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES,
publié dans le Monde du
14 juin 2003
L'auteur
est député
d'Indre-et-Loire, vice-président
de la commission des
Affaires étrangères de
l'Assemblée nationale
Quelques jours seulement
après le sommet
d'Aqaba, la terreur, la
désolation et le
malheur s'abattent de
nouveau sur les
Palestiniens et les Israéliens.
La valse morbide des
attentats et des représailles
a donc repris malgré
les déclarations
encourageantes de
Mahmoud Abbas et d'Ariel
Sharon ces dernières
semaines. Cette violence
est intolérable. Il est
temps que les Nations
unies interviennent dans
ce conflit pour sauver
une "feuille de
route"" dont
chacun sait qu'elle est
l'ultime espoir d'une
paix juste entre les
deux peuples. L'envoi de
Casques bleus est une nécessité
absolue pour garantir le
respect d'un
cessez-le-feu entre Israéliens
et Palestiniens, pour
permettre aux négociations
de se dérouler
sereinement ; pour
superviser le désarmement
des groupes terroristes
palestiniens, pour contrôler
le démantèlement des
colonies ; pour vérifier
que l'aide
internationale est
uniquement affectée à
l'amélioration des
conditions de vie des
Palestiniens ; pour résoudre
le problème
d'approvisionnement en
eau des deux peuples ;
pour faire en sorte que
chaque partie retrouve
le chemin de la
fraternité.
Assistant en 1995 aux
obsèques de Yitzhak
Rabin sur le mont Herzl
de Jérusalem, j'avais
eu le sentiment, en
partageant l'émotion générale
particulièrement sincère
et forte, que cette paix
si proche allait de
nouveau s'éloigner. De
nombreux attentats en
Israël plongèrent
rapidement les deux
peuples dans une spirale
infernale à laquelle
les accords d'Oslo ne résistèrent
pas. Les trois années
qui suivirent furent
celles des rendez-vous
manqués, de Paris à
Charm el-Cheikh. Le
sommet d'Aqaba et la
suite qui y sera donnée
sont notre ultime chance
que la haine et la
terreur reculent et pour
que la voix des
partisans de la paix résonne
plus fortement que celle
des fanatiques. La
"feuille de
route" prépare
l'avenir. Seule une
mobilisation
internationale à
l'initiative de l'Europe
permettra de la graver
dans le marbre. L'Europe
de la rive
septentrionale de la Méditerranée
est culturellement
proche de celle du Sud.
Elle est éclairée par
la lumière de la pierre
blanche de Jérusalem et
imprégnée du son des
prières qui montent des
synagogues, des mosquées
et des églises. Elle a
conçu cette
"feuille de
route" à partir
d'un premier travail mené
par la France et
l'Allemagne. Elle a réimpliqué
les Américains malgré
leurs réserves dans
cette nouvelle quête de
paix et dans cette
recherche d'une alchimie
politique entre Israéliens
et Palestiniens. Elle a
lutté contre
l'engourdissement et la
lassitude de la
communauté
internationale en élaborant
une sortie de crise
acceptable par les
Palestiniens, les Israéliens
et les pays arabes.
Si les Américains ont
les moyens de faire
pression sur les Israéliens,
les Européens ont une
forte capacité
d'influence sur
l'Autorité
palestinienne. La
combinaison de leurs
diplomaties respectives
est une nécessité
absolue pour optimiser
les chances d'un accord.
Les Israéliens et les
Palestiniens ont prouvé
au monde entier que,
malgré les victimes et
innombrables blessés,
ils étaient capables de
surmonter leur douleur
et de redonner une
chance à la paix. Ne décevons
pas ceux qui, de Haïfa
à Gaza, de Tel-Aviv au
Caire en passant par
Beyrouth et Amman, espèrent
un jour vivre en paix et
prospérer ensemble !
Nous devons agir pour
garantir aux Israéliens
de vivre dans un Etat
dont le caractère juif
est incontestable, de même
que devra être
incontestable le tracé
des frontières du futur
Etat palestinien, afin
qu'il soit viable. Cette
solidarité existait
avant le déclenchement
de la seconde intifada.
Des partenariats avaient
vu le jour, les
Palestiniens
travaillaient dans les
entreprises israéliennes,
les policiers des deux
nations collaboraient,
les hôpitaux israéliens
accueillaient des femmes
palestiniennes pour
qu'elles accouchent.
Cette fraternité
retrouvée est à portée
de main malgré les
bombes. Lors de mon séjour
récent pourtant marqué
par de monstrueux
attentats, je me suis
revu sur le mont Herzl.
Cette fois-ci j'ai écarté
cette appréhension qui
me taraude depuis les
obsèques de Yitzhak
Rabin. Refusons la lâcheté
qui consiste à retomber
dans la fatalité du désespoir
et agissons
collectivement pour
donner des moyens
humains, logistiques et
financiers sans précédent
à la résolution de ce
conflit. Tout est
question de volonté
politique. Il appartient
dès lors à l'Europe et
à la France de porter
ce message et cette espérance
au sein des Nations
unies. C'est son devoir.
Dans Proche-Orient, il y
a proche !
haut
Eau,
arbres, cultures :
l’autre guerre d’Israël
Le
ministre palestinien de
l’Environnement parle
des injustices dont son
peuple est victime
paru
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2003
Alors
que les caméras sont
braquées sur les
incursions israéliennes
quotidiennes dans les
territoires
palestiniens, sur les
destructions de maisons
et les meurtres de
civils, une autre
guerre, sournoise et
terrible, a lieu sur
cette terre. La question
de la surexploitation
israélienne des
ressources hydrauliques,
dont les Palestiniens
sont privés, a été au
centre des séances de
travail des ministres
arabes de l’Environnement,
qui ont souligné la
gravité de la
situation. Youssef Abou
Safia, ministre
palestinien de l’Environnement,
présent au Liban pour
participer aux réunions
avec ses collègues,
brosse un tableau très
noir des souffrances vécues
par son peuple en raison
de la dégradation écologique
causée par le conflit :
manque chronique
d’eau, maladies dues
à la pollution, vol de
terre et de sable, déracinement
d’arbres, etc. "L’eau
et l’énergie ont
toujours été au centre
des préoccupations des
Israéliens, depuis
qu’ils ont conçu
l’idée de fonder un
Etat", affirme M.
Abou Safia.
"Aujourd’hui, ils
surexploitent toutes les
ressources, mais surtout
l’eau, sans laquelle
aucun Etat ne peut
survivre." M. Abou
Safia précise que la
quantité d’eau
disponible dans toute la
Palestine est de 2,1
milliards de mètres
cubes par an. "Il y
a trois millions de
Palestiniens vivant dans
la bande de Gaza et en
Cisjordanie",
poursuit-il. "Ils
n’ont accès qu’à
250 millions de mètres
cubes par an, soit 10 %
de la quantité d’eau
totale. Même à l’intérieur
des territoires
palestiniens, sur les
850 millions de mètres
cubes d’eau, Israël
s’approprie 700
millions pour ses
habitants."
Comment l’Etat hébreu
empêche-t-il les
Palestiniens d’avoir
accès à leur eau ? "Il
leur interdit de creuser
des puits", déclare
M. Abou Safia.
"Cette politique
est en vigueur depuis
1948. On ne nous
autorise même pas à
planter des arbres qui
consomment trop d’eau
sur nos propres terres,
à moins d’obtenir un
permis !" Comment
le gouvernement
palestinien
revendique-t-il son
droit ? Quel poids a le
dossier de l’eau dans
les négociations ?
"Depuis les accords
d’Oslo, ce dossier est
continuellement ajourné",
révèle-t-il. "Au
cours des négociations
qui ont eu lieu la
semaine dernière, quand
(le Premier ministre
israélien Ariel) Sharon
a prononcé le mot
"occupation",
l’opposition a été
très forte de la part
de la presse et des
colons, qui lui ont
reproché de renoncer à
la terre mais aussi à
l’eau." Il a
rappelé qu’ "en
1919, celui qui devait
devenir le premier président
israélien en 1948, Haïm
Weizman, a écrit une
lettre à Lloyd George,
alors Premier ministre
de Grande-Bretagne, au
moment de la préparation
de l’accord de
Sikes-Pycot, lui
demandant d’élargir
le mandat britannique
jusqu’au fleuve Awali
(Liban-Sud), afin de
garantir l’eau du
Litani et les cimes
enneigées du mont
Hermon". Selon
M. Abou Safia, les Israéliens
profitent de leurs
incursions en
territoires
palestiniens, depuis le
déclenchement de l’intifada
il y a deux ans et demi,
pour mener une guerre très
particulière : ils détruisent
systématiquement les
puits d’eau, les réseaux
d’eau potable et les
arbres. "Comme ils
jettent aussi leurs déchets
chez nous, l’eau qui
nous reste est polluée",
poursuit-il. "Ils
ont probablement enterré
plus de 200.000 tonnes
de déchets dangereux
dans les territoires
palestiniens. Eux ne
boivent pas l’eau
qu’ils savent sale,
ils l’emploient dans
l’agriculture et
exportent leurs produits
en Europe."
Mais les Palestiniens,
eux, n’ont d’autre
choix que de consommer
de l’eau polluée, déplore
le ministre. "Des
études menées à Gaza
et en Cisjordanie ont
montré qu’aucune
source d’eau n’était
propre",
raconte-t-il. "Les
enfants, notamment, sont
très touchés par ce
problème. Nous essayons
d’attirer
l’attention des mères
afin qu’elles préparent
le biberon de leur
nouveau-né avec de
l’eau en bouteille.
Nous aidons celles qui
sont incapables
d’acheter de l’eau
afin d’éviter que
l’enfant ne grandisse
avec des déficiences au
niveau du cerveau."
Il poursuit :
"L’eau n’est
pas la seule ressource
que les Israéliens
s’approprient au détriment
des Palestiniens. Ils
volent également le
sable et la terre en
dessous, comme ils
l’ont fait au
Liban-Sud. Le sable est
généralement utilisé
dans l’industrie, mais
il existe une couche de
boue en dessous. En mélangeant
les deux, ils obtiennent
une excellente terre
agricole." Selon le
ministre, les Israéliens
emploient la force, et
il n’y a aucun moyen
de leur faire face dans
la situation actuelle.
"Tout au long de
l’intifada, les
bulldozers et les
camions n’ont pas arrêté
de fonctionner",
affirme-t-il.
"Cette guerre secrète
est plus dangereuse que
le conflit déclaré :
il s’agit d’une opération
de destruction massive.
C’est le bulldozer qui
détruit les maisons,
qui déracine les
arbres, et réduit à néant
des milliers de mètres
carrés de terres
agricoles",
conclut-il.
haut
Chirac
se pose en rempart contre
l'antisémitisme
Le chef de l'Etat a reçu
hier le Crif, qui fête
son 60e anniversaire
paru dans le Figaro le
23 mai 2003
Un discours pour
rassurer. Un discours
pour réconforter une
communauté juive
traversée par une réelle
inquiétude. Hier, le président
de la République a
prononcé, à l'Elysée,
à l'occasion du 60e
anniversaire du Conseil
représentatif des
institutions juives de
France (Crif), des
paroles qui étaient
attendues par beaucoup,
suite à la
recrudescence des actes
antisémites enregistrée
ces derniers mois.
S'exprimant devant des "visages
amis" comme Ady
Steg, Théo Klein, Jean
Kahn, Henri Hajdenberg,
ou Roger Cukierman,
l'actuel président du
Crif, mais aussi Simone
Veil, présidente de la
Fondation pour la mémoire
de la Shoah, le président
de la République a tenu
à rappeler qu'il avait
été le premier, en
1995, à reconnaître
que "les juifs
de France, entre 1940 et
1944 (ont été) pourchassés,
traqués puis déportés
avec le concours et la
collaboration de l'Etat
français".
Insistant sur la nécessité
pour la France d'honorer
"son devoir de mémoire",
le président a
promis de combattre le négationnisme
et a souhaité que l'on
continue à "enseigner
avec persévérance la
Shoah au collège et au
lycée". "Nous
n'accepterons pas que,
dans certaines classes,
les cours sur le génocide
nazi soient devenus
impossibles. C'est
l'autorité et la dignité
de l'Etat qui sont en
cause. C'est aussi l'idée
que nous nous faisons de
la République et de la
France", a-t-il
déclaré.
Mesurant le chemin
parcouru par le Crif
depuis sa création, le
président a lancé : "Contre
l'antisémitisme, la
France est avec vous.
Car c'est bien la France
qui est agressée quand
un juif est agressé sur
son sol. Car c'est bien
la France qui est insultée
quand une synagogue brûle
sur son sol. Car c'est
bien la France qui est
humiliée quand, sur son
sol, un enfant juif est
obligé de changer de
collège pour échapper
aux brimades, aux
intimidations et aux
insultes. Quand des
juifs, parce qu'ils ne
se sentent pas
suffisamment entendus,
soutenus, protégés,
perdent confiance dans
leur propre pays, c'est
notre cohésion
nationale tout entière
qui est menacée."
Et le chef de l'Etat de
poursuivre : "La
République doit à tous
ses enfants la
protection de la loi.
L'antisémitisme est
contraire à toutes les
valeurs de la France. Il
est insupportable."
"C'est pourquoi le
gouvernement exerce et
exercera la plus grande
fermeté à l'égard de
tous les actes et de
tous les propos à
caractère antisémite",
a dit Jacques
Chirac, en ajoutant : "Nous
ne laisserons pas faire
l'apologie du crime et
de la haine. La France
n'est pas un pays antisémite."
Le chef de l'Etat, qui a
par ailleurs répété
que la France ne devait
pas être "une
juxtaposition de
communautés", a
souligné que, dans "notre
République,
respectueuse de toutes
les diversités, mais République
une et indivisible, nul,
au motif de ses racines
ou de ses croyances,
n'est fondé à se prévaloir,
pour lui ou sa communauté,
de droits
particuliers". Il
a par ailleurs prononcé
un vibrant plaidoyer en
faveur du "principe
de laïcité".
"Il est le pilier
de notre unité et de
notre cohésion,
l'expression concrète
et la condition même de
la solidarité
nationale".
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