Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 

Liste résumée       Liste détaillée       Numéro suivant       Numéro précédent       Format impression

PRESSE  RJLIBAN  N°93 - sélection du printemps 2003 (2)  

                                       

TITRES
 
L'Amérique sur tous les fronts
 
par PIERRE ROUSSELIN, publié dans le Figaro le 14 juin 2003
George W. Bush n'a jamais dit que ce serait facile. Mais, un peu plus de deux mois après la chute de Saddam Hussein, la guerre mondiale ouverte par l'Amérique contre le terrorisme l'oblige à se battre sur tous les fronts. En Irak, les combats viennent de reprendre de plus belle. Les forces américaines ont dû s'engager ces derniers jours dans des opérations antiguérilla d'envergure. Après les démonstrations de force des chiites, ce sont les sunnites qui mènent maintenant la résistance. La guerre, en fait, paraît loin d'être finie. En Afghanistan, où la victoire éclair des Etats-Unis remonte à décembre 2001, les GI sont toujours la cible de talibans et des réseaux d'al-Qaida, capables de commettre des attentats même au cœur de la capitale. En Israël et dans les Territoires palestiniens, la situation est encore plus désespérante. Il a suffi que George W. Bush s'implique enfin personnellement en faveur d'un plan de paix pour que la violence se déchaîne à nouveau, sans que l'on voie ce qui pourrait l'arrêter. La victoire à Bagdad a-t-elle vraiment donné à la diplomatie américaine davantage de force de persuasion vis-à-vis des Palestiniens et des Israéliens? C'était l'espoir entretenu à Washington. En fait, la trêve des attentats et des représailles n'aura duré que le temps où chacun se demandait comment tournerait la guerre en Irak.
Aujourd'hui, Ariel Sharon s'engage dans une lutte à mort contre les islamistes palestiniens du Hamas. Il sait qu'il épouse ainsi la cause en vogue à Washington. Il peut donc compter sur le soutien indéfectible du protecteur américain. Mais pour George W. Bush, le moment n'est pas le meilleur pour se laisser entraîner dans un nouveau labyrinthe. Si l'Amérique veut l'emporter dans cette guerre mondiale contre le terrorisme, il lui faut être maître du temps comme de l'espace. Il lui faut pouvoir décider où livrer bataille, contre qui et à quel moment. Jusqu'à présent, ce fut le cas. En Afghanistan - peu après les attentats du 11 septembre 2001 - certainement; en Irak aussi : ce ne sont pas les tergiversations du Conseil de sécurité qui ont perturbé les plans du Pentagone... La reprise soudaine de la guerre israélo-palestinienne prive George W. Bush de sa meilleure carte : celle qu'il aurait eue en main à Bagdad s'il avait pu apaiser le conflit à Jérusalem. A contrario, les combats en Irak et la violence dans les Territoires palestiniens risquent fort de nourrir le sentiment anti-américain et anti-israélien dans la région et de la déstabiliser pour de bon. A l'heure où Washington encourage ouvertement les manifestations d'opposants à Téhéran, il serait peut-être bon pour l'Amérique de ne pas chercher à trop en faire. A moins de partager le diagnostic des "néoconservateurs" du Pentagone, selon lesquels rien n'est pire que le statu quo au Proche-Orient.    haut

 

Feuille de déroute

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 6 juin 2003

Faut vraiment être Texan, imbibé de pétrole et gavé de bretzels, pour espérer voir en 48 heures Palestiniens et Israéliens téter goulûment le calumet de la paix. Et avec quels interlocuteurs ! De Charm el-Cheikh à Aqaba, la brochette est édifiante : un potentat égyptien en complet veston, mais sans moustache ; un roi hachémite de droit divin plutôt sympa, mais qui contrairement à son père ne casse pas des masses ; un sous-roi saoudien béat qui voit sur son sol défiler les attentats comme on regarde passer les trains ; un assassin hébreu patenté, camouflé en baril de détergent ; et pour finir, un benêt palestinien ramolli dont la dégaine préfigure plutôt une "feuille de déroute". Bush fiston peut être fier de ses fréquentations. Non mais, tu le vois, toi, l’Etat palestinien ? Y a qu’à regarder la carte : un mouchoir de poche tellement caviardé que pour aller de sa chambre à coucher aux toilettes, le Palestinien moyen devra se tortiller le bas-ventre en slalomant entre les colonies. Un bout de pays par ailleurs mis en coupe réglée par des enragés du système pileux, moteurs humains à explosion pour bus israéliens bondés ou emplâtreurs de pizzerias surpeuplées…
En face, leurs alliés naturels : Ariel le Rouge et sa cohorte d’agités de la kippa qui, malgré leurs promesses, ne rêvent que de ce tête-à-tête sanglant. Alors, forcément, le reste est facile. Plus les bombes tombent, plus les barbes poussent. Avec en prime, le mensonge levantin érigé en intelligence politique. Les Palestiniens veulent négocier mais en tirant, les Israéliens veulent continuer à les massacrer tout en négociant. Et c’est ce Proche-Orient délabré qui inspire des "visions" au lampadaire de la Maison-Blanche. Il aurait pu aussi, comme Jeanne d’Arc, entendre des voix, mais on l’a échappé belle. Ne reste plus que les Syriens et leurs comparses libanais pour compléter la kermesse. Mais là, ce sera au tour des Français de rigoler. Différence d’approche, nouvelle méthode de travail, gazouillis littéraire sur les libertés et les droits de l’homme… V’là autre chose que les tapis de bombes largués entre un chewing-gum et un McDo. Décidément, Pentagone et Hexagone sont deux figures qui ne se superposent pas…    haut
 
Liban-France - Hariri s'entretient durant 2 heures avec Chirac à l’Elysée 
Le Premier ministre accuse le gouvernement Sharon de saboter le plan de paix

 

par ELIE MASBOUNJI, publié dans l'Orient-le Jour le 14 juin 2003

Au terme d’un tête-à-tête de deux heures avec le président Jacques Chirac hier à l’Elysée, le chef du gouvernement libanais, M. Rafic Hariri, a exprimé son inquiétude et celle de son hôte à l’égard de la détérioration de la situation à Gaza et en Cisjordanie ainsi que de la conjoncture en Irak, affirmant que cela est dû au comportement du gouvernement de M. Ariel Sharon qui, tout en approuvant la "feuille de route" américaine, tente de saboter les efforts de paix dans la région. Le chef du gouvernement s’est félicité par ailleurs du succès du congrès des investisseurs brésiliens d’origine libanaise qui vient de se tenir à Rio de Janeiro en sa présence et en présence du chef de l’Etat brésilien. M. Hariri qui a répondu comme à l’accoutumée aux questions des journalistes qui l’attendaient dans la cour de l’Elysée après son entretien avec le président Chirac - de 9 à 11 heures - a indiqué par ailleurs que les contours de "l’autre feuille de route" (celle que vient de proposer M. Solana, prévoyant une solution au conflit entre Israël, d’une part, et le Liban et la Syrie, d’autre part) restent imprécis et qu’il ne s’agit là que d’une simple idée préconisant une paix globale au Proche-Orient.
A un journaliste qui lui demandait quand la "feuille de route" européenne serait officiellement proposée, M. Hariri a lancé : "Il faut poser cette question à M. Solana qui a parlé de son projet après sa visite au Liban et en Syrie et en a discuté avec les responsables européens et russes." A la question de savoir s’il s’était entretenu avec le président Chirac du terrorisme et du Hezbollah, M. Hariri s’est contenté de déclarer que l’entretien de l’Elysée a porté sur la Cisjordanie et Gaza où il apparaît clairement que la détérioration de la situation est due au fait qu’Israël ne semble pas vouloir appliquer la "feuille de route" américaine en dépit de l’engagement ferme de Washington à réaliser la paix au Moyen-Orient. "Le président Chirac m’a dit que lors du sommet d’Evian, le président Bush lui avait réaffirmé son engagement en faveur d’un règlement dans la région", a poursuivi M. Hariri qui a toutefois constaté que la situation sur le terrain n’est guère encourageante du fait des tentatives israéliennes de menacer les efforts de paix. Après avoir indiqué qu’il avait convenu avec le chef de l’Etat français de la nécessité d’un règlement de paix englobant le Liban et la Syrie, M. Hariri a souligné qu’à sa connaissance, il n’y avait pas de propositions françaises pour arrêter la détérioration de la situation dans la région.
Concernant les pressions américaines sur la Syrie et le Liban qui semblent quelque peu avoir baissé, le Premier ministre a dit qu’il n’y a rien de nouveau à cet égard, que la situation se complique tant en Cisjordanie et à Gaza qu’en Irak, et que si de véritables pressions américaines n’étaient pas exercées sur Israël, "on ne sait pas où cela nous mènerait". Au sujet de la position du président Chirac sur l’Irak, M. Hariri a indiqué que le chef de l’Etat français a exprimé son attachement à la sauvegarde de l’unité, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Irak. Prié de dire s’il avait l’intention de se rendre prochainement en Arabie saoudite, le président Hariri a laissé entendre qu’une telle visite est en préparation et qu’il s’agirait de faire le point de la situation au Moyen-Orient avec les dirigeants saoudiens. A propos du congrès des hommes d’affaires et investisseurs libanais tenu au Brésil et auquel il vient de participer, M. Hariri a souligné l’enthousiasme des investisseurs brésiliens d’origine libanaise à initier des projets au Liban, ajoutant que dès son retour à Beyrouth, il évoquerait cette question avec le président Emile Lahoud afin que tout soit fait pour créer les meilleures conditions pour attirer ces investissements. "Les Libanais du Brésil représentent le double de la population du Liban et il faut tout faire pour les intéresser au Liban", a conclu M. Hariri.    haut
 
Attentat contre la TV du Premier ministre au Liban
 
publié par l'AFP le 15 juin 2003
Les locaux d'une télévision appartenant au Premier ministre libanais Rafic Hariri ont été la cible de tirs au lance-roquettes dans la nuit de samedi à dimanche à Beyrouth, un attentat qualifié par des responsables libanais de "tentative de déstabilisation". Cette attaque, la première du genre depuis la fin de la guerre (1975-1990), préparée par des professionnels selon les experts, a visé les locaux de la télévision al-Moustaqbal (Future TV) de M. Hariri, faisant des dégâts, mais pas de victimes. Elle a été revendiquée dans un communiqué par un groupe islamiste inconnu jusque-là qui se fait appeler "Ansar Allah" (partisans de Dieu), qui se manifeste pour la première fois et qui a averti qu'il allait récidiver. "Grâce à Dieu, un groupe de nos moudjahidines (combattants de l'Islam) ont ouvert le feu sur le local de la télévision al-Moustaqbal dans un message clair (...) à la direction de la chaîne et ceux qui sont derrière", selon le communiqué. "Notre opération vise à faire comprendre que nous ne permettrons pas à quiconque, qu'il soit puissant et influent, de tirer ses flèches empoisonnées sur le coeur de la résistance", ajoute le texte.
Deux roquettes de calibre 107 mm ont explosé dans les locaux de la Future TV, endommageant les équipements. Toutefois, les programmes de la télévision comme de la radio n'ont pas été interrompus. Cet attentat intervient sur fond de crise politique entre le président libanais Emile Lahoud, proche de la Syrie qui exerce une influence déterminante au Liban, et M. Hariri, dont les bonnes relations avec les Etats-Unis dérangent. Les deux hommes se disputent ouvertement les prérogatives de l'exécutif, à moins d'un an et demi de la fin du mandat présidentiel en novembre 2004. M. Hariri dont les relations avec M. Lahoud sont de notoriété publique orageuses, est soupçonné de vouloir barrer la route à la reconduction du chef de l'Etat à son poste. Ce bras de fer a provoqué un blocage des rouages du pouvoir et un dysfonctionnement du conseil des ministres, qui ne se réunit plus régulièrement depuis un mois en raison de profondes divergences notamment sur son ordre du jour. Le Premier ministre a commenté en termes sibyllins l'attentat, affirmant que le but "de l'attaque est de porter atteinte à la stabilité du Liban". Interrogé par l'AFP, un ancien ministre, qui a requis l'anonymat, a indiqué que cet attentat "est un message à M. Hariri, invité à obtempérer ou à se retirer". Pour le ministre de la Culture, Ghazi Aridi, qui s'est attelé dernièrement à réconcilier les deux hommes, les commanditaires de l'attentat "cherchent à torpiller les efforts déployés pour assurer l'harmonie entre les institutions de l'Etat".
Lors d'un forum de solidarité tenu à la Maison de la presse, le président du syndicat des rédacteurs, Melhem Karam, a affirmé que le ministre de l'Intérieur, Elias Murr, lui avait dit "avoir entre les mains des premiers indices et vouloir agir avec fermeté pour arrêter les auteurs" de l'attentat. Saisissant la balle au vol, le président de Future TV Nadim Mounlla a appelé M. Murr "à agir sans relâche, avec sérieux et le plus rapidement possible afin d'arrêter les criminels et les jeter en prison". M. Murr, gendre du chef de l'Etat, est intervenu en début de soirée sur la Future TV, affirmant qu'il s'agit probablement de groupes islamistes "extrémistes" qui ont agi contre des "modérés". "Le message ne vise pas uniquement la chaîne mais la stabilité et la sécurité dans le pays", a estimé pour sa part le ministre de l'Information Michel Samaha. La défection mercredi du chef druze Walid Joumblatt, un allié de longue date de M. Hariri et un homme connu pour son flair politique, a été, selon les observateurs, un signe annonciateur de l'affaiblissement de M. Hariri. "Hariri m'a perdu et je me range auprès de Lahoud", a-t-il déclaré mercredi après une rencontre avec le chef de l'Etat alors que le Premier ministre était en déplacement au Brésil.    haut
 
Les Casques bleus ou le chaos !
Proche-Orient - La spirale de la violence
 
par RENAUD DONNEDIEU DE VABRES, publié dans le Monde du 14 juin 2003
L'auteur est député d'Indre-et-Loire, vice-président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale
Quelques jours seulement après le sommet d'Aqaba, la terreur, la désolation et le malheur s'abattent de nouveau sur les Palestiniens et les Israéliens. La valse morbide des attentats et des représailles a donc repris malgré les déclarations encourageantes de Mahmoud Abbas et d'Ariel Sharon ces dernières semaines. Cette violence est intolérable. Il est temps que les Nations unies interviennent dans ce conflit pour sauver une "feuille de route"" dont chacun sait qu'elle est l'ultime espoir d'une paix juste entre les deux peuples. L'envoi de Casques bleus est une nécessité absolue pour garantir le respect d'un cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens, pour permettre aux négociations de se dérouler sereinement ; pour superviser le désarmement des groupes terroristes palestiniens, pour contrôler le démantèlement des colonies ; pour vérifier que l'aide internationale est uniquement affectée à l'amélioration des conditions de vie des Palestiniens ; pour résoudre le problème d'approvisionnement en eau des deux peuples ; pour faire en sorte que chaque partie retrouve le chemin de la fraternité.
Assistant en 1995 aux obsèques de Yitzhak Rabin sur le mont Herzl de Jérusalem, j'avais eu le sentiment, en partageant l'émotion générale particulièrement sincère et forte, que cette paix si proche allait de nouveau s'éloigner. De nombreux attentats en Israël plongèrent rapidement les deux peuples dans une spirale infernale à laquelle les accords d'Oslo ne résistèrent pas. Les trois années qui suivirent furent celles des rendez-vous manqués, de Paris à Charm el-Cheikh. Le sommet d'Aqaba et la suite qui y sera donnée sont notre ultime chance que la haine et la terreur reculent et pour que la voix des partisans de la paix résonne plus fortement que celle des fanatiques. La "feuille de route" prépare l'avenir. Seule une mobilisation internationale à l'initiative de l'Europe permettra de la graver dans le marbre. L'Europe de la rive septentrionale de la Méditerranée est culturellement proche de celle du Sud. Elle est éclairée par la lumière de la pierre blanche de Jérusalem et imprégnée du son des prières qui montent des synagogues, des mosquées et des églises. Elle a conçu cette "feuille de route" à partir d'un premier travail mené par la France et l'Allemagne. Elle a réimpliqué les Américains malgré leurs réserves dans cette nouvelle quête de paix et dans cette recherche d'une alchimie politique entre Israéliens et Palestiniens. Elle a lutté contre l'engourdissement et la lassitude de la communauté internationale en élaborant une sortie de crise acceptable par les Palestiniens, les Israéliens et les pays arabes.
Si les Américains ont les moyens de faire pression sur les Israéliens, les Européens ont une forte capacité d'influence sur l'Autorité palestinienne. La combinaison de leurs diplomaties respectives est une nécessité absolue pour optimiser les chances d'un accord. Les Israéliens et les Palestiniens ont prouvé au monde entier que, malgré les victimes et innombrables blessés, ils étaient capables de surmonter leur douleur et de redonner une chance à la paix. Ne décevons pas ceux qui, de Haïfa à Gaza, de Tel-Aviv au Caire en passant par Beyrouth et Amman, espèrent un jour vivre en paix et prospérer ensemble ! Nous devons agir pour garantir aux Israéliens de vivre dans un Etat dont le caractère juif est incontestable, de même que devra être incontestable le tracé des frontières du futur Etat palestinien, afin qu'il soit viable. Cette solidarité existait avant le déclenchement de la seconde intifada. Des partenariats avaient vu le jour, les Palestiniens travaillaient dans les entreprises israéliennes, les policiers des deux nations collaboraient, les hôpitaux israéliens accueillaient des femmes palestiniennes pour qu'elles accouchent.
Cette fraternité retrouvée est à portée de main malgré les bombes. Lors de mon séjour récent pourtant marqué par de monstrueux attentats, je me suis revu sur le mont Herzl. Cette fois-ci j'ai écarté cette appréhension qui me taraude depuis les obsèques de Yitzhak Rabin. Refusons la lâcheté qui consiste à retomber dans la fatalité du désespoir et agissons collectivement pour donner des moyens humains, logistiques et financiers sans précédent à la résolution de ce conflit. Tout est question de volonté politique. Il appartient dès lors à l'Europe et à la France de porter ce message et cette espérance au sein des Nations unies. C'est son devoir. Dans Proche-Orient, il y a proche !    haut
 
Eau, arbres, cultures : l’autre guerre d’Israël
Le ministre palestinien de l’Environnement parle des injustices dont son peuple est victime
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 juin 2003
Alors que les caméras sont braquées sur les incursions israéliennes quotidiennes dans les territoires palestiniens, sur les destructions de maisons et les meurtres de civils, une autre guerre, sournoise et terrible, a lieu sur cette terre. La question de la surexploitation israélienne des ressources hydrauliques, dont les Palestiniens sont privés, a été au centre des séances de travail des ministres arabes de l’Environnement, qui ont souligné la gravité de la situation. Youssef Abou Safia, ministre palestinien de l’Environnement, présent au Liban pour participer aux réunions avec ses collègues, brosse un tableau très noir des souffrances vécues par son peuple en raison de la dégradation écologique causée par le conflit : manque chronique d’eau, maladies dues à la pollution, vol de terre et de sable, déracinement d’arbres, etc. "L’eau et l’énergie ont toujours été au centre des préoccupations des Israéliens, depuis qu’ils ont conçu l’idée de fonder un Etat", affirme M. Abou Safia. "Aujourd’hui, ils surexploitent toutes les ressources, mais surtout l’eau, sans laquelle aucun Etat ne peut survivre." M. Abou Safia précise que la quantité d’eau disponible dans toute la Palestine est de 2,1 milliards de mètres cubes par an. "Il y a trois millions de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie", poursuit-il. "Ils n’ont accès qu’à 250 millions de mètres cubes par an, soit 10 % de la quantité d’eau totale. Même à l’intérieur des territoires palestiniens, sur les 850 millions de mètres cubes d’eau, Israël s’approprie 700 millions pour ses habitants."
Comment l’Etat hébreu empêche-t-il les Palestiniens d’avoir accès à leur eau ? "Il leur interdit de creuser des puits", déclare M. Abou Safia. "Cette politique est en vigueur depuis 1948. On ne nous autorise même pas à planter des arbres qui consomment trop d’eau sur nos propres terres, à moins d’obtenir un permis !" Comment le gouvernement palestinien revendique-t-il son droit ? Quel poids a le dossier de l’eau dans les négociations ? "Depuis les accords d’Oslo, ce dossier est continuellement ajourné", révèle-t-il. "Au cours des négociations qui ont eu lieu la semaine dernière, quand (le Premier ministre israélien Ariel) Sharon a prononcé le mot "occupation", l’opposition a été très forte de la part de la presse et des colons, qui lui ont reproché de renoncer à la terre mais aussi à l’eau." Il a rappelé qu’ "en 1919, celui qui devait devenir le premier président israélien en 1948, Haïm Weizman, a écrit une lettre à Lloyd George, alors Premier ministre de Grande-Bretagne, au moment de la préparation de l’accord de Sikes-Pycot, lui demandant d’élargir le mandat britannique jusqu’au fleuve Awali (Liban-Sud), afin de garantir l’eau du Litani et les cimes enneigées du mont Hermon". Selon M. Abou Safia, les Israéliens profitent de leurs incursions en territoires palestiniens, depuis le déclenchement de l’intifada il y a deux ans et demi, pour mener une guerre très particulière : ils détruisent systématiquement les puits d’eau, les réseaux d’eau potable et les arbres. "Comme ils jettent aussi leurs déchets chez nous, l’eau qui nous reste est polluée", poursuit-il. "Ils ont probablement enterré plus de 200.000 tonnes de déchets dangereux dans les territoires palestiniens. Eux ne boivent pas l’eau qu’ils savent sale, ils l’emploient dans l’agriculture et exportent leurs produits en Europe."
Mais les Palestiniens, eux, n’ont d’autre choix que de consommer de l’eau polluée, déplore le ministre. "Des études menées à Gaza et en Cisjordanie ont montré qu’aucune source d’eau n’était propre", raconte-t-il. "Les enfants, notamment, sont très touchés par ce problème. Nous essayons d’attirer l’attention des mères afin qu’elles préparent le biberon de leur nouveau-né avec de l’eau en bouteille. Nous aidons celles qui sont incapables d’acheter de l’eau afin d’éviter que l’enfant ne grandisse avec des déficiences au niveau du cerveau." Il poursuit : "L’eau n’est pas la seule ressource que les Israéliens s’approprient au détriment des Palestiniens. Ils volent également le sable et la terre en dessous, comme ils l’ont fait au Liban-Sud. Le sable est généralement utilisé dans l’industrie, mais il existe une couche de boue en dessous. En mélangeant les deux, ils obtiennent une excellente terre agricole." Selon le ministre, les Israéliens emploient la force, et il n’y a aucun moyen de leur faire face dans la situation actuelle. "Tout au long de l’intifada, les bulldozers et les camions n’ont pas arrêté de fonctionner", affirme-t-il. "Cette guerre secrète est plus dangereuse que le conflit déclaré : il s’agit d’une opération de destruction massive. C’est le bulldozer qui détruit les maisons, qui déracine les arbres, et réduit à néant des milliers de mètres carrés de terres agricoles", conclut-il.    haut 
 
Chirac se pose en rempart contre l'antisémitisme
Le chef de l'Etat a reçu hier le Crif, qui fête son 60e anniversaire
 
paru dans le Figaro le 23 mai 2003
Un discours pour rassurer. Un discours pour réconforter une communauté juive traversée par une réelle inquiétude. Hier, le président de la République a prononcé, à l'Elysée, à l'occasion du 60e anniversaire du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), des paroles qui étaient attendues par beaucoup, suite à la recrudescence des actes antisémites enregistrée ces derniers mois. S'exprimant devant des "visages amis" comme Ady Steg, Théo Klein, Jean Kahn, Henri Hajdenberg, ou Roger Cukierman, l'actuel président du Crif, mais aussi Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le président de la République a tenu à rappeler qu'il avait été le premier, en 1995, à reconnaître que "les juifs de France, entre 1940 et 1944 (ont été) pourchassés, traqués puis déportés avec le concours et la collaboration de l'Etat français". Insistant sur la nécessité pour la France d'honorer "son devoir de mémoire", le président a promis de combattre le négationnisme et a souhaité que l'on continue à "enseigner avec persévérance la Shoah au collège et au lycée". "Nous n'accepterons pas que, dans certaines classes, les cours sur le génocide nazi soient devenus impossibles. C'est l'autorité et la dignité de l'Etat qui sont en cause. C'est aussi l'idée que nous nous faisons de la République et de la France", a-t-il déclaré.
Mesurant le chemin parcouru par le Crif depuis sa création, le président a lancé : "Contre l'antisémitisme, la France est avec vous. Car c'est bien la France qui est agressée quand un juif est agressé sur son sol. Car c'est bien la France qui est insultée quand une synagogue brûle sur son sol. Car c'est bien la France qui est humiliée quand, sur son sol, un enfant juif est obligé de changer de collège pour échapper aux brimades, aux intimidations et aux insultes. Quand des juifs, parce qu'ils ne se sentent pas suffisamment entendus, soutenus, protégés, perdent confiance dans leur propre pays, c'est notre cohésion nationale tout entière qui est menacée." Et le chef de l'Etat de poursuivre : "La République doit à tous ses enfants la protection de la loi. L'antisémitisme est contraire à toutes les valeurs de la France. Il est insupportable." "C'est pourquoi le gouvernement exerce et exercera la plus grande fermeté à l'égard de tous les actes et de tous les propos à caractère antisémite", a dit Jacques Chirac, en ajoutant : "Nous ne laisserons pas faire l'apologie du crime et de la haine. La France n'est pas un pays antisémite." Le chef de l'Etat, qui a par ailleurs répété que la France ne devait pas être "une juxtaposition de communautés", a souligné que, dans "notre République, respectueuse de toutes les diversités, mais République une et indivisible, nul, au motif de ses racines ou de ses croyances, n'est fondé à se prévaloir, pour lui ou sa communauté, de droits particuliers". Il a par ailleurs prononcé un vibrant plaidoyer en faveur du "principe de laïcité". "Il est le pilier de notre unité et de notre cohésion, l'expression concrète et la condition même de la solidarité nationale".    haut
 
Un subtil équilibre entre "petits" et "grands" pays de l'Union européenne
Les quatre principaux points du projet constitutionnel
 
par YANN LAURENT, publié dans le Figaro le 13 juin 2003
Le projet de Constitution élaboré par le présidium et présenté hier à la session plénière de la Convention dote l'Union européenne d'une "personnalité juridique". Si le mot "fédéral" a disparu à la demande des Britanniques, une "citoyenneté de l'Union" est créée, comprenant le droit de vote et d'éligibilité, le droit de circulation et de séjour dans l'UE. Ce projet constitutionnel porte la marque du compromis et traduit un subtil équilibre entre les différentes institutions communautaires, de même qu'entre "petits" et "grands" pays de l'Union. Les quatre propositions principales du texte sont les suivantes :
Un président du Conseil européen
Proposé par le président de la Convention, Valéry Giscard d'Estaing, au présidium, son rôle consistera à animer et à préparer les travaux des sommets trimestriels du Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne. Elu par le Conseil à la majorité qualifiée pour une durée de deux ans et demi renouvelable une fois, il ne conservera pas de mandat national. Cette réforme met fin à l'actuelle présidence tournante, préférée par la plupart des "petits pays". Cependant, la nature de la présidence ne change guère : le "chairman" n'aura pas de pouvoir exécutif, ni d'administration, pour éviter une éventuelle rivalité avec le président de la Commission. "L'enjeu essentiel était d'arrêter la rotation de la présidence, pas d'en changer la nature", a expliqué Valéry Giscard d'Estaing. Enfin, contrairement à ce que préconisait initialement VGE, le Conseil ne sera pas autorisé à démettre les membres de la Commission. Seul le Parlement aura cette prérogative.
Un ministre des Affaires étrangères
Il est nommé par le Conseil européen à la majorité qualifiée avec l'accord du président de la Commission. Ce ministre endossera les responsabilités des actuels commissaires chargés des relations extérieures et du Haut Représentant du Conseil pour la politique étrangère et de sécurité commune (Pesc). Les propositions du nouveau ministre seront adoptées à l'unanimité. Une concession faite aux Britanniques pour mieux faire accepter l'extension de la majorité qualifiée dans les autres domaines. L'affaire n'est cependant pas réglée définitivement : les conventionnels ont insisté auprès du présidium pour qu'il étudie un mécanisme instaurant une majorité "super-qualifiée" de deux tiers des Etats et 60% de la population européenne. Une proposition soutenue par l'Allemagne, qui empêcherait l'usage du droit de veto en matière de Pesc. Par ailleurs, les Etats auront la liberté de constituer une Europe de la défense.
Une Commission resserrée
La Commission comportera à partir de 2009 15 membres (dont le président et le ministre des Affaires étrangères), les conventionnels prévoyant une rotation des commissaires sur une base égalitaire. Un geste envers les "petits Etats" qui acceptent de renoncer à leur présidence tournante. Enfin, le président de la Commission sera désormais élu par le Parlement européen à la majorité simple sur proposition du Conseil. La Commission actuelle a exprimé son scepticisme sur cet aspect précis du projet constitutionnel : "Ce collège de castrats sera plus faible dans la défense de l'intérêt commun de l'Union européenne, plus faible vis-à-vis du Parlement européen et des Etats membres", a fait valoir le porte-parole du président de la Commission, Romano Prodi.
La généralisation du vote à la majorité qualifiée
A partir de 2009, les décisions en Conseil des ministres se prendront à la majorité des Etats représentant 60% de la population. L'Espagne et la Pologne, qui avaient obtenu, lors du traité de Nice un droit de blocage avec presque autant de voix que les "grands pays" (27 contre 29), se retrouvent ainsi pénalisés. Les lois européennes seront adoptées "conjointement" par le Parlement et le Conseil, et leurs délibérations seront publiques.
Seconde innovation politique d'importance au Conseil des ministres : la création dans chaque pays d'un poste de vice-premier ministre. En effet, tous les conseils spécialisés (agriculture, transport, industrie, marché intérieur...) seront fusionnés en un Conseil des ministres unique en charge des "affaires générales", où ils seront seuls habilités à voter. Cela devrait permettre de créer de véritables postes de ministres des Affaires européennes au sein des gouvernements des Etats membres.    haut
 
Réouverture du consulat américain au Liban
Battle : "Un événement historique dans des circonstances historiques"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 31 mai 2003

"L’inauguration d’aujourd’hui est un événement historique qui intervient au moment où le Proche-Orient se trouve à un tournant historique." C’est en ces termes que l’ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Vincent Battle, a qualifié la réouverture du consulat américain à Awkar (banlieue nord de Beyrouth), inauguré hier matin lors d’une cérémonie officielle qui s’est déroulée dans les locaux de l’ambassade. Devant un parterre d’officiels, qui comprenait notamment un membre du Congrès américain d’origine libanaise Darrell Issa, le ministre des Travaux publics Négib Mikati, le ministre du Tourisme Ali Abdallah, le procureur général près la Cour de cassation Adnane Addoum et le directeur de la Sûreté générale le brigadier Jamil Sayyed, M. Battle a espéré que la reprise des services consulaires, pratiquement interrompus depuis 1984, préludera à un nouveau chapitre dans les relations américano-libanaises. "La réouverture du consulat est une preuve que les relations entre les Etats-Unis et le Liban vont se poursuivre et se développer. Pour se renforcer, ces relations ont besoin d’un soutien continu, s’agissant notamment de notre objectif commun de lutte contre le terrorisme", a souligné l’ambassadeur.
M. Battle a mis à profit cette occasion pour évoquer l’actualité régionale. Il a rappelé que les forces de la coalition "ont provoqué la chute du régime barbare de Saddam Hussein", indiquant que son pays œuvre aujourd’hui à rétablir la situation politique en Irak et à aider le peuple à décider de son avenir. S’agissant de la "feuille de route", il a souligné l’engagement du président américain George W. Bush en faveur d’une coexistence entre les deux Etats, palestinien et israélien, un processus qui ne devrait toutefois pas occulter une solution globale dans la région. "Le volet palestino-israélien est la pierre d’achoppement du processus de paix, et c’est pour cette raison qu’il est prioritaire, mais cela ne masque pas la nécessité d’une paix globale qui inclut le Liban et la Syrie", a-t-il dit. L’engagement américain ne s’arrête pas là, a encore dit M. Battle en faisant allusion à l’initiative de partenariat au Proche-Orient lancée par le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, pour stimuler la prospérité économique, encourager la participation politique et promouvoir l’éducation. "Le président Bush a fait part ce mois-ci de sa volonté de créer une zone de libre-échange au Proche-Orient et d’élargir la possibilité d’accès aux capitaux et à l’emploi qui permettront de promouvoir le développement économique", a-t-il ajouté.
Un symbole de souveraineté
Commentant à son tour la réouverture du consulat, M. Issa a relevé que ce service constitue un pont entre les deux peuples et peut bénéficier aux jeunes Libanais, qui "recherchent une meilleure vie grâce à l’éducation dans les universités américaines". Cet événement signifie clairement que "les Etats-Unis considèrent le Liban comme un pays souverain, libre et indépendant", a-t-il fait remarquer. M. Issa a en outre appelé les Libanais à se "rallier" à leurs institutions et à avoir foi en leur processus démocratique. "Ils doivent comprendre qu’il est impératif pour eux d’assumer leur propre destin et de ne pas être manipulés par d’autres pays ou groupes opérant en dehors du cadre des institutions", a conclu le parlementaire.    haut

 
Pour Paul Wolfowitz, la présence d'armes de destruction massive en Irak n'était qu'un prétexte
Les propos du numéro deux du Pentagone alimentent la polémique sur les mobiles de la guerre. En Grande-Bretagne, Tony Blair doit faire face à une fronde dans les rangs travaillistes
 
paru dans le Monde du 31 mai 2003
Les responsables américains et britanniques tentent de minimiser la question de la présence, ou non, d'armes de destruction massive (ADM) en Irak, alors que, dans les deux pays, la polémique enfle sur cette question qui a été un motif important du déclenchement de la guerre par Washington et Londres. Outre-Manche, le débat a pris de l'ampleur au moment où le premier ministre, Tony Blair, inspectait, jeudi 29 mai, ses troupes à Bassora. C'est Robin Cook, l'ancien ministre travailliste des relations avec le Parlement, démissionnaire en mars, qui a lancé l'attaque contre M. Blair en exigeant une commission d'enquête parlementaire. "On nous a dit, a-t-il expliqué, que Saddam avait des armes prêtes à être utilisées dans les 45 minutes. Cela fait maintenant 45 jours que la guerre est finie et nous n'avons toujours rien découvert". "Il est désormais clair que Saddam n'avait rien qui aurait pu lui permettre de nous attaquer le premier", a estimé M. Cook, qui en a profité pour dénoncer le fait que "la guerre contre Bagdad a été vendue sur la base de ce qui a été décrit comme une attaque préventive".
Ces critiques contre M. Blair ont été relayées par Tony Benn, un ancien ministre travailliste, considéré comme une figure historique de la gauche britannique, qui avait rendu visite à Saddam Hussein, à Bagdad, avant les combats. "Je crois, a-t-il déclaré, que le premier ministre nous a menti, encore et encore, et que cela entraînera des dégâts à long terme pour la démocratie. Si on ne peut pas croire ce que disent des ministres, c'est tout le processus démocratique qui est en péril". Devant ses troupes, à Bassora, M. Blair s'est contenté, pour l'instant, de répliquer : "Je suis conscient qu'il y a eu beaucoup de réticences dans le pays au sujet de la sagesse de ma décision de passer à l'action. Mais je peux vous garantir une chose, c'est qu'il n'y a aucune contestation de votre professionnalisme, de votre courage et votre dévouement en Grande-Bretagne". Aux Etats-Unis, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, a démenti que les Etats-Unis aient envahi l'Irak "sous un faux prétexte". Deux jours avant cette déclaration, il avait expliqué qu'"il était possible que l'Irak ait détruit ses armements chimiques et biologiques avant la guerre". Ce changement par rapport aux propos officiels avait déclenché une vive polémique, notamment dans la presse d'outre-Atlantique.
"Un peu de temps"
"Nous pensions et nous pensons toujours, a tenu à réaffirmer le chef du Pentagone, que les Irakiens possèdent - ont possédé - des armes biochimiques et qu'ils disposaient d'un programme de développement d'armes nucléaires, mais ils n'avaient pas ces armes". Le secrétaire à la défense a démenti que cet arsenal d'ADM n'ait pas été trouvé "parce qu'il n'y est pas". "Nous pensons qu'il y est et que cela va prendre un peu de temps", a-t-il ajouté, après avoir rappelé la découverte de laboratoires mobiles dont les services américains affirment qu'ils étaient probablement prévus et équipées pour fabriquer des armes biologiques. Outre son propre tir, Donald Rumsfeld a surtout rectifié celui de son numéro deux au Pentagone, Paul Wolfowitz. Ce dernier a expliqué, dans un entretien au magazine Vanity Fair sur "Le cercle pensant de Bush", que la décision des Etats-Unis de mettre en avant la menace des ADM, pour justifier une attaque de l'Irak, a été prise "pour des raisons bureaucratiques". Autrement dit, des considérations administratives qui engageraient l'ensemble des responsables à Washington.
"Nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord", a affirmé M. Wolfowitz. Il y aurait eu une autre raison, "passée presque inaperçue, mais importante" : le renversement de Saddam Hussein permettait aux Etats-Unis de retirer leurs troupes stationnées en Arabie saoudite, une présence qui constitue l'un des principaux griefs du réseau terroriste Al-Qaida. "Le simple fait d'enlever ce fardeau des Saoudiens va en soi ouvrir la porte à un Proche-Orient plus pacifique", a confié le secrétaire adjoint à la défense. Il s'agit de "confidences étonnantes", relèvent des responsables de la revue, qui consacrent une longue étude à "la junte intellectuelle des faucons néoconservateurs" autour de M. Rumsfeld.
Les laboratoires mobiles : "la preuve"
Selon une analyse commune de l'Agence centrale de renseignement (CIA) et de l'Agence de renseignement de la défense (DIA), rendue publique sur Internet à Washington, les deux semi-remorques laboratoires, découverts en avril et mai en Irak par les troupes de la coalition, ont "pour objectif logique et probable" la production d'armes chimiques et biologiques, même s'ils peuvent avoir d'autres utilisations. Les deux services de renseignement considèrent que ces camions représentent "la preuve la plus solide que l'Irak cachait un programme d'armes biochimiques", tout en reconnaissant qu'il s'agit peut-être de prototypes conçus en 2002 et 2003. Pour autant, la CIA et la DIA admettent n'avoir détecté aucune trace d'un produit mortel dans les deux laboratoires mobiles qu'elles ont passés au peigne fin. Selon leurs analyses, il se pourrait que chaque camion soit en mesure de brasser suffisamment de microbes pour fabriquer 1 à 2 kilogrammes d'agents toxiques par mois. "De quoi tuer des milliers de personnes", selon un responsable.    haut
 
La mort, chambre d'à côté
 
par DANIEL SCHNEIDERMANN, publié dans le Monde du 12 avril 2003
Le char Abrams est dans le lointain, maussade tache claire, insecte trapu accroché au pont. "Regardez, nous prévient le commentaire, il va tourner sa tourelle vers les journalistes." Le mouvement du canon, on ne le distingue pas nettement. Mais on voit le principal : l'obus tiré dans une gerbe de flammes et, une seconde plus tard, le souffle qui fait trembler la caméra de France 3, au quatorzième étage de l'Hôtel Palestine de Bagdad. Le tir va tuer José Couso et Taras Protsyuk, deux cameramen de Reuters, qui filment sur le balcon voisin. Filmer sa mort. Interminable face-à-face de l'objectif et du canon. Deux longues minutes, les journalistes observent le tankiste américain, qui regarde les journalistes. Preneur d'images contre preneur de vie, lequel baissera les yeux le premier ? Chacun son arme. Celle du tankiste, on la connaît. Elle va frapper, dans deux minutes. Celle du journaliste paraît tout aussi redoutable. L'image va faire le tour du monde, bien entendu. Elle va embarrasser le Pentagone. Des questions fiévreuses seront posées dans les points de presse. Vingt-quatre heures durant, plus sûrement que vingt bombardements de civils, elle va dénoncer l'agression américaine.
C'est injuste, mais c'est ainsi : un journaliste n'est pas un mort ordinaire. Dès que les reporters sont visés, le récit change de nature. C'est Caroline Sinz, de France 3, qui était la plus proche de la chambre de Reuters. Elle entend crier dans le couloir. Elle accourt dans la chambre voisine, avec sa caméra, quelques secondes après l'impact. Gravats. Silhouettes à terre. Affolement. Les dimensions soudain se confondent. Des voix tremblent, que l'on croyait posées à jamais. Des images se mélangent, que l'on croyait étanches. Une caméra filme du sang sur une autre caméra. Les reporters témoignent à la première personne, comme des habitants ordinaires de Bagdad. Une fille en gilet pare-balles marqué Presse dérobe son visage aux caméras de ses confrères. Cet espace extraterritorial, les chambres transformées en salles de montage, le voilà à son tour envahi par les gravats, la douleur, les sanglots.
Le reportage télé, avec ses codes familiers, ses voitures peinturlurées TV, ses connections qui fonctionnent tant bien que mal, mais qui fonctionnent, c'était un sas d'images entre le malheur et nous, entre la douleur et nous, entre les gravats et nous. Un obus qui tombe dans une équipe de télé, y semant la mort et la désolation, nous frappe aussi violemment que s'il tombait dans notre salon. Toute distance est abolie. Le narrateur devenant acteur, plus personne n'est protégé, et le récit nous explose à la figure. Si le journaliste lui-même dit "je" à l'antenne, s'il se filme lui-même allumant de petites bougies à la mémoire des confrères tombés, alors, mécaniquement, cette douleur-là éclipse tout. Elle éclipse par exemple, dans le même journal, les images de cette petite troupe désorganisée de combattants irakiens, 20 ans à peine, qui tentent d'attaquer les chars à la mitrailleuse et doivent rebrousser chemin avant d'avoir tiré un seul coup de feu. Et toute contre-enquête devient héroïque.
Comment exiger des reporters qu'ils souscrivent aux arguments de leurs assassins ? Ainsi le commandement américain explique-t-il dans un premier temps que le char a répliqué à des tirs venus de l'hôtel. Pendant les quinze minutes précédentes, on n'a entendu aucun tir, répond d'abord au journal de la mi-journée Caroline Sinz, qui a attentivement écouté sa bande-son. C'est seulement progressivement, au fil de la journée, que les reporters racontent que des dignitaires irakiens logent dans ce même Hôtel Palestine. Plus tard encore, on apprendra que ces dignitaires peuvent avoir des gardes du corps armés. Autant d'éléments nécessaires à la photographie de la situation, même s'ils n'accréditent évidemment pas la hâtive version américaine. Vingt-quatre heures durant, le pouvoir de cette image reste irrésistible. Pour la vaincre, il faudra d'autres images plus fortes encore, celles de la chute de Bagdad. La statue géante de Saddam arrachée, la liesse populaire accueillant - enfin - les Américains. Il faut tout cela pour effacer des écrans les traces du sang de ceux qui ont eu la mauvaise idée de mourir la veille de la chute de Bagdad.    haut
 
Washington et la boîte de Pandore
 
par GILLES KEPEL, publié dans le Monde du 27 mars 2003
L'auteur est professeur à l'Institut d'études politiques de Paris
Par-delà le désarmement et le renversement de Saddam Hussein, l'intervention militaire en Irak a pour premier objectif de refermer la boîte de Pandore que les Etats-Unis ont ouverte depuis qu'ils ont choisi d'encourager, armer et financer des alliés locaux peu recommandables qui se sont en définitive retournés contre eux. Saddam - mais aussi les djihadistes et les talibans d'Afghanistan - s'inscrivait dans cette même logique avec laquelle Washington veut rompre aujourd'hui. Pour comprendre les enjeux de ce pari à hauts risques, il faut revenir en 1979. L'année 1979 avait vu en février l'effondrement du régime du chah, "gendarme du Golfe", pilier essentiel de la sécurité de cette zone pétrolifère, tandis que triomphait la révolution islamique aux cris de "Mort au Grand Satan !". En novembre, l'attaque de la Grande Mosquée de La Mecque par des radicaux marquait la fragilité de l'allié saoudien et les limites de l'usage conservateur et pro-américain de l'islam wahhabite. Enfin, en décembre, l'Armée rouge entrait en Afghanistan. Traumatisée par la guerre du Vietnam, achevée quatre ans auparavant, l'Amérique n'envoie pas ses propres soldats pour contenir l'expansion iranienne ou repousser l'invasion soviétique : elle afferme l'opération à deux alliés de circonstances, dûment armés et financés par elle et les pétromonarchies de la péninsule Arabique.
L'Irak de Saddam Hussein attaque en septembre 1980 la République islamique et contiendra la poussée iranienne vers l'ouest, protégeant le pétrole de la péninsule. Les moudjahidins afghans et autres djihadistes arabes ou pakistanais porteront le fer contre l'armée rouge, détournant au passage l'antiaméricanisme de l'islam radical khomeiniste en antisoviétisme de bonne facture wahhabite. A la fin de la décennie, Washington peut se féliciter du travail de ses sous-traitants : l'ayatollah de Téhéran a signé, en été 1988, un armistice avec Saddam qui bloque pour de bon l'expansion de la révolution iranienne ; les "combattants de la liberté" barbus ont contraint, en février 1989, Moscou à retirer ses troupes, prélude à la chute du mur de Berlin et de l'empire soviétique. L'Iran et l'Irak sont exsangues, l'Afghanistan en ruines, mais cette double victoire politique n'a presque rien coûté au budget des Etats-Unis, et les troupes américaines n'ont pas risqué leur vie dans ces batailles incertaines. On se lave alors les mains à la Maison Blanche du sort de ces deux alliés peu fréquentables : on cesse de subventionner les djihadistes, soudainement dégradés de "combattants de la liberté" en trafiquants de drogue et terroristes potentiels, dans l'espoir qu'ils disparaîtront, faute de financement. Et on n'accorde aucune aide à l'Irak de Saddam, ruiné par la guerre, harcelé par les demandes de remboursement des pétromonarchies, qui inondent le marché pétrolier, au détriment de l'Irak handicapé par ses installations bombardées et incapable de produire davantage : l'effondrement des cours précipite son marasme.
Les effets de cette politique de Ponce Pilate sont connus : Saddam annexe le Koweït le 2 août 1990, faisant main basse sur le coffre-fort, et, le 7 août, le roi Fahd appelle à la rescousse les troupes américaines. Washington est alors contraint d'engager temporairement ses propres soldats, soutenus à l'époque par la coalition internationale : la victoire militaire sans appel et quasiment sans morts américains de l'opération "Tempête du désert" paraît un triomphe politique absolu pour les Etats-Unis. Pourtant, ceux-ci vont choisir de laisser s'infecter les deux plaies de l'est du Moyen-Orient : la question irakienne est recouverte par l'emplâtre de l'embargo - Saddam prospérant au pouvoir ; et l'on ne se préoccupe pas de la montée en puissance des djihadistes, autour d'un certain Ben Laden, qui ne pardonnent pas au royaume saoudien d'avoir appelé à la rescousse des armées "impies" sur le territoire sacré de la péninsule Arabique, et qui se lanceront dans des actions violentes de guérilla puis de terrorisme, organisant la prolifération du djihad afghan. Si les Etats-Unis laissent se dégrader ainsi la situation irakienne sans prendre le risque d'éliminer alors Saddam, c'est qu'ils utilisent le levier politique conféré par le prestige de la victoire et l'unanimité de la coalition qu'ils dirigent afin d'exercer une pression majeure pour contraindre Israéliens et Palestiniens à faire la paix. Leur politique dans la région, une fois dissipé le danger soviétique, est en effet obérée par la persistance des contradictions entre deux impératifs qui leur sont également chers : garantir la sécurité des approvisionnements pétroliers et celle d'Israël.
La victoire au Koweït permet à George Bush père de contraindre Arafat et Shamir à négocier, tous deux épuisés par la première Intifada et affaiblis par les conséquences de la guerre - l'un pour avoir soutenu Saddam et perdu ses appuis dans le Golfe, l'autre pour n'avoir pas été autorisé à répliquer aux tirs de Scud irakiens sur Tel-Aviv. Le processus de paix de la décennie 1990 laisse penser, là encore, que Washington a atteint ses objectifs : réconcilier, au Moyen-Orient, les enjeux pétrolier et israélien. Mais la dynamique attendue de la paix, qui devait apporter la prospérité à toute la région, ne se produit pas : faute de confiance entre les deux partenaires israélien et palestinien, la seconde Intifada, qui débute en septembre 2000, en sonne le glas. Pendant ce temps, l'infection non traitée du djihad commence à gangrener la péninsule Arabique, d'où Ben Laden exige "l'expulsion des juifs et des chrétiens", tandis que se produisent les premiers attentats spectaculaires, à Nairobi le 7 août 1998 (commémorant l'appel du roi Fahd aux troupes américaines huit ans plus tôt) et à Aden en octobre 2000, peu de temps après la relance de la violence en Israël et en Palestine.
Ce n'est qu'au lendemain du 11 septembre 2001, quand le djihad est porté au cœur des Etats-Unis, que l'administration de George W. Bush remet profondément en cause la politique menée depuis 1979. Les deux régimes fondés par les anciens alliés des années 1980 - les talibans en Afghanistan, Saddam en Irak - seront condamnés à l'ablation chirurgicale, alors que jusqu'alors, dans le contexte de la paix illusoire israélo-palestinienne, on les laissait se nécroser lentement, l'un sous l'emprise de la charia, l'autre de l'embargo. Si, en 1991, Washington avait choisi de neutraliser l'Irak par l'embargo, afin de réorganiser le Moyen-Orient par sa façade ouest, à partir du processus de paix israélo-palestinien puis israélo-arabe, l'offensive actuelle inverse l'ordre géographique des priorités : en éliminant Saddam, il s'agit de réintroduire au cœur du Moyen-Orient l'acteur irakien, avec son potentiel économique considérable mais dilapidé par la dictature militaro-baasiste puis gelé par l'embargo. Cette dynamique qui vise à transformer le Moyen-Orient par une impulsion venue de l'est, à en faire une zone de paix et de prospérité dans laquelle Israël serait intégré à terme, pousse à son terme la rupture avec la stratégie suivie par la Maison Blanche depuis 1979.
Après avoir éliminé les anciens alliés djihadistes afghans en supprimant le régime des talibans à l'automne 2001, c'est l'ancien partenaire irakien, ultérieurement neutralisé, qui est in fine l'objet d'une reprise en main directe, par l'engagement des troupes américaines au sol. La politique du recours à des sous-traitants locaux avait paru moins coûteuse à court terme, et même, un temps, payante. Mais la facture véritable fut présentée avec le terrorisme des années 1990, l'échec du processus de paix en 2000, la menace sur la sécurité des approvisionnements pétroliers et les attentats du 11-Septembre. Pour Washington, le coût se révélait très supérieur aux économies en hommes et en dollars que l'on avait cru faire, et le danger plus grand qu'on ne l'imaginait : il fallait refermer pour de bon la boîte de Pandore ouverte en 1979. George W. Bush est prisonnier du calendrier, qui lui impose une victoire rapide et sans appel. Sans quoi, il risque d'ouvrir un peu plus la boîte de Pandore, en libérant dans le Moyen-Orient tout entier les forces hostiles qui risquent de désagréger la région, et d'y rendre plus difficile encore l'établissement de la pax americana.    haut 

 

Palestiniens - L’implantation reste la crainte numéro un qui obsède le Liban

par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 12 avril 2003

Après l’Irak, le conflit israélo-arabe dont le nucleus est la question palestinienne. A Beyrouth, le pouvoir, et plus précisément le régime, redoute avant tout que le problème des réfugiés palestiniens ne se trouve pas résolu dans le cadre d’un règlement général. Car cela consacrerait définitivement l’implantation, un prix périlleux à payer pour ce pays. Pour y parer, il faut une unité des rangs, aussi bien arabe que locale, en coopération étroite avec la Syrie. Une dilution de la solidarité arabe, de la cohésion interne comme du jumelage permettrait à Israël d’imposer facilement ses vues. Qui sont que les réfugiés palestiniens doivent rester là où ils sont malgré la résolution numéro 194 de l’Assemblée générale de l’Onu qui ordonne leur retour dans leurs foyers d’origine. Sur ce point précis, la droite et la gauche israéliennes sont d’accord. Or il est connu que, seul parmi les pays hôtes, le Liban n’est pas en mesure d’assumer l’implantation. Tant pour des raisons démopolitiques que socioéconomiques. Les autorités libanaises pensent dès lors qu’il faudra, bientôt, une nouvelle mobilisation, commençant par des concertations élargies avec les forces actives, contre le danger qui pointe son nez à l’horizon. Ainsi, apprend-on de source bien informée, que le président Lahoud compte, lors de sa prochaine entrevue de Pâques avec le cardinal Sfeir, mettre l’accent sur ce problème. D’autant qu’Israël va sans doute tenter de provoquer, d’une manière ou d’une autre, des divisions dans les rangs des Libanais quant à la présence palestinienne chez eux. Ou encore d’exploiter, en les attisant, d’éventuels tiraillements sur des questions intérieures comme la loi électorale, la décentralisation administrative ou la formation d’un nouveau gouvernement. Une action de sape à laquelle pourraient concourir, c’est un risque que les loyalistes entrevoient, des forces qui misent sur l’affaiblissement du rôle syrien par suite de la guerre en Irak.
Selon les mêmes sources, pour éviter les divisions, il faudrait continuer à laisser de côté les sujets qui peuvent provoquer des polémiques, comme le code électoral. Ou même, ponctuellement, comme le changement ministériel. Car, ajoute-t-on, il est essentiel de préserver à tout prix l’unité qui s’est dégagée au sujet de l’Irak. Ces personnalités précisent que Bkerké peut jouer un rôle important à cet égard. En répétant qu’il faut renforcer la coordination-coopération avec la Syrie. Dont le soutien peut être décisif pour parer au danger d’implantation. Les deux pays pourraient de la sorte s’engager mutuellement à ne rien signer avant que la question des réfugiés ne soit réglée d’une manière conforme au droit inaliénable de retour, et à la légalité internationale que traduit la 194. Qui trouverait bien plus facilement son application par la création d’un Etat palestinien où les réfugiés pourraient s’installer. A moins que, dotés de passeports en règle délivrés par cet Etat, ils ne choisissent d’autres destinations, avec le statut normal de voyageurs, d’immigrés, de naturalisés éventuels ou de ressortissants étrangers, au Liban comme ailleurs.
Outre l’aide syrienne, le Liban devrait pouvoir compter sur les pays arabes frères, qu’il doit relancer à cet effet. Tout en démarchant les décideurs ou les parties influentes, comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie. En l’état actuel des choses, Beyrouth est pratiquement assuré du soutien de l’Europe, de Paris et de Londres en particulier. Ces deux capitales mènent en effet une sorte de forcing pour activer la "feuille de route" du quartette sans tarder. Tony Blair, l’allié numéro un du président Bush, ne cesse de répéter qu’il est primordial d’accélérer le processus de paix dans la région, et un règlement israélo-palestinien pour dissiper le climat d’inquiétude sécuritaire qui découle des attentats du 11 septembre. Il pense de même qu’un traitement américain diligent du dossier permettrait à Washington de réparer les dégâts en ce qui concerne ses relations avec les Arabes comme avec certains pays européens opposés à la ligne belliciste suivie en Irak. Sur le plan local, poursuivent ces sources, il faut mettre en exergue le préambule de la Constitution qui rejette l’implantation autant que la partition. Car si l’on admet l’une, on finit par réclamer l’autre. A la grande satisfaction d’Israël qui ferait de la sorte d’une pierre deux coups. Ces personnalités loyalistes invitent enfin l’Assemblée nationale à proclamer solennellement, à l’unanimité de ses membres, le refus de l’implantation.
    haut
 
Pâques assombries pour les chrétiens d'Orient
Particulièrement affectés par la guerre en Irak, les fidèles craignent l'exacerbation du fondamentalisme musulman au Moyen-Orient
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans le Figaro le 19 avril 2003
Le ciel était gris vendredi à Beyrouth pour un vendredi saint vécu dans la ferveur par les chrétiens du Liban rattachés à Rome. Les orthodoxes, minoritaires au pays du Cèdre, célébreront Pâques dans une semaine. Les chrétiens d'Orient vivent d'autant plus intensément Pâques que le calvaire du Christ, selon la tradition, s'est déroulé tout près de chez eux, il y a un peu moins de deux mille ans. Cette année, ils sont nombreux à chercher refuge dans la piété religieuse, car les nuages s'amoncellent sur le Moyen-Orient, berceau des trois monothéismes. Tout au long de la semaine sainte, les prières et les homélies des églises catholiques libanaises ont évoqué les violences qui endeuillent la région. Célébrant le jeudi saint dans la cathédrale Saint-George, l'évêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, a notamment évoqué le sort des Palestiniens et des Irakiens. Et, hier, pour le vendredi saint, un véhicule itinérant diffusait par haut-parleur dans les rues de Beyrouth un Stabat Mater chanté par Feyrouz, la diva libanaise qui fait vibrer le monde arabe tout entier par ses odes à Beyrouth, Jérusalem ou Bagdad. Sa voix empreinte de tristesse exprime une inquiétude commune à tous les peuples de la région, avec, pour certaines communautés chrétiennes, une anxiété exacerbée en raison des incertitudes politiques au Moyen-Orient.
Minoritaires, les chrétiens d'Orient vivant en terre d'islam craignent plus que tout une flambée du fondamentalisme musulman. En ce sens, la plupart d'entre eux poussent un soupir de soulagement, car le pire a pour l'instant été évité lors de la guerre américaine en Irak. "Les prises de position du pape Jean-Paul II contre le recours aux armes ont contribué à désamorcer les craintes des chrétiens", explique Fady Noun, un journaliste spécialiste des questions religieuses à L'Orient-Le Jour. En condamnant de façon catégorique la campagne américano-britannique, le Pape a en effet réfréné le formidable potentiel de déstabilisation qu'aurait eu la guerre si elle avait été perçue uniquement comme une "croisade" contre le monde musulman. Un danger immédiatement ressenti par les chrétiens du monde arabe qui se démarquent nettement des fondamentalistes protestants entourant le président américain George Bush. "L'article que j'ai écrit à ce sujet m'a valu de nombreux commentaires élogieux, y compris parmi les musulmans", témoigne Fady Noun. Certains pensent même que les positions du Pape pourraient contribuer à relancer le dialogue islamo-chrétien, ajoute-t-il.
Dans son message de Pâques, le patriarche des maronites, le cardinal Nasrallah Sfeir a redit sa crainte que "la violence n'engendre que la violence" et appelé en conséquence à "l'unité des rangs pour faire face aux plans qui se trament contre la région". Le patriarche qui est considéré comme le chef de file de l'opposition chrétienne à l'influence de Damas au Liban a lui-même montré l'exemple en rendant hommage à la "sagesse" et à la "vigilance" du président syrien Bachar el-Assad pendant la crise irakienne. De son côté, le secrétaire général du conseil des Eglises d'Orient, Riad Jarjour, a appelé les chrétiens de la région à "se contenter de prières et d'éviter de manifester des signes de joie. Car la joie de Pâques n'est pas complète quand on ne la voit pas se concrétiser dans la vie de nos peuples. Nos parents d'Irak n'ont pas fini d'enterrer leurs morts et de s'interroger avec une grande inquiétude sur l'avenir dans cette situation de chaos née de la guerre d'oppression".
La prudence extrême des autorités religieuses chrétiennes d'Orient s'explique par les craintes ressenties à des degrés divers par les "Nazaréens" suivant les pays dans lesquels ils vivent. En Irak, la minorité chrétienne ne représente plus aujourd'hui que 2 % de la population. Si elle a subi le joug de Saddam Hussein, au même titre que l'ensemble des Irakiens, elle redoute de servir de bouc émissaire en raison de l'allégeance au régime baasiste de certains de ses représentants. La perspective d'une éventuelle prise du pouvoir par le clergé chiite, n'est pas non plus de nature à la rassurer. En Syrie, les chrétiens sont considérés comme des alliés objectifs du régime aux mains d'une autre minorité confessionnelle, les alaouites. Bien qu'elles ne soient pas encore très précises, les pressions exercées par les Etats-Unis sur le président Assad les placent sur la défensive. Au Liban, bien que proportionnellement plus importante que dans les pays voisins, la communauté chrétienne reste déchirée entre la nostalgie de l'époque où elle dominait le pays, et la nécessité de trouver un terrain d'entente avec les musulmans.    haut
 
Des milliers de Chypriotes franchissent la "ligne verte"
 
publié par l'AFP le 23 avril 2003
Des milliers de Chypriotes, grecs et turcs, ont franchi mercredi la "ligne verte" entre le nord et le sud de l'île, profitant dans l'allégresse du feu vert donné par les autorités des deux côtés après 29 ans de séparation quasi hermétique. Mais, pour le gouvernement de la République de Chypre (sud, internationalement reconnue), le mur entre les deux zones de l'île n'est pas pour autant tombé: "Nous sommes pour la libre circulation, mais le mur n'est pas tombé parce que le problème chypriote (la division de l'île) n'est pas réglé", a affirmé le porte-parole du gouvernement Kypros Chrysostomidès. En fin de soirée, près de 3.000 Chypriotes-turcs étaient passés dans la zone sud, alors que 1.250 Chypriotes-grecs ont traversé dans le secteur nord de l'île occupé par l'armée turque depuis 1974, selon les responsables de la police aux postes de contrôle, qui n'ont relevé aucun incident. Après avoir patienté près d'une heure, le temps que les autorités s'accordent sur les formalités, quelque 140 Chypriotes grecs sont entrés dans le nord de l'île, sous les applaudissements timides de quelques Chypriotes turcs.
M. Chrysostomidès a expliqué que les procédures pour le passage de Chypriotes-turcs étaient un peu longues parce que "certains d'entre eux n'avaient pas leur carte d'identité chypriote". "Nous devons faire des vérifications (mais) nous faisons tout notre possible pour leur permettre d'accéder" à la zone sud, a-t-il ajouté. Pour Serdar Denktash, vice-Premier ministre de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), et fils de Rauf Denktash, le dirigeant de cet Etat autoproclamé en 1983, ces passages constituent "un début". "Tout ce que nous essayons de faire, c'est de laisser les gens traverser (la ligne verte) dans les deux sens et voir que leurs préjugés ne sont pas fondés. C'est une tentative pour amener nos peuples à se comprendre les uns les autres", a-t-il déclaré, ajoutant : la division de l'île doit être résolue "pas à pas, pierre par pierre". "Je ne pensais pas qu'ils nous laisseraient passer", s'exclame une jeune Chypriote turque, Peri Salik, venue visiter le sud de la capitale. La jeune femme estime qu'"il n'y a pas de différences entre Chypriotes grecs et turcs. Seule la langue nous sépare".
La famille Salik au grand complet - huit personnes au total - est venue passer une journée de vacances à Nicosie-sud, ballade et lèche-vitrine au programme. S'extasiant devant les magasins de chaussures, Peri remarque que, de ce côté-ci de la "ligne verte", "c'est plus cosmopolite, ça a un air plus européen". Hassan Pala, musicien chypriote-turc de 48 ans, né près de Paphos (sud-ouest), actuellement dans la partie chypriote grecque, exprime lui aussi son bonheur. "J'ai voyagé dans le monde entier, mais je ne pouvais pas me rendre dans mon lieu de naissance. Maintenant, c'est possible", explique ce barbu aux épaules carrées, qui, après avoir traversé la ligne, cherche un moyen de transport pour son village natal, à 150 km de Nicosie. "La direction de Kyrénia, c'est comment en turc?" demande un Chypriote grec, désireux de se rendre dans ce petit port sur la côte nord. "Girne", lui répond courtoisement un Chypriote turc, en anglais, la langue la plus utilisée mercredi entre les membres des deux communautés, même si quelques Chypriotes turcs âgés parlent encore le grec.
Lundi, la RTCN avait annoncé que ses ressortissants seraient autorisés à passer "librement" dans le sud entre 06h00 GMT et 21h00 GMT à partir de mercredi. Le gouvernement de la République de Chypre avait répondu mardi qu'il ne s'opposerait pas au libre passage des Chypriotes turcs, mesure dont il envisageait l'application depuis quelques semaines. La République de Chypre a signé le 16 avril à Athènes le traité d'adhésion à l'Union européenne (UE), qui ne concernera pas les Chypriotes-turcs tant que l'île ne sera pas réunifiée. Chypre est divisée depuis 1974, lorsque l'armée turque a envahi sa partie nord en réponse à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce.    haut
 
Quand le "Times" imagine le bombardement de Paris
L’Europe est désunie, le monde arabe déprimé, la presse américaine en proie aux premiers doutes. Le nouvel ordre géopolitique s’annonce compliqué
 
paru dans Courrier International le 16 avril 2003
"Cheveux au vent, Dominique de Villepin poursuit sa quête pour un monde multipolaire." "La Tribune de Genève" salue "la foi de missionnaire" du ministre français des Affaires étrangères, mais remarque que Paris a pris "un léger coup de vieux", "en mal de vrais alliés". Le "Times" de Londres s’en amuse et imagine l’assaut de Paris par le Pentagone : "La France constituait une menace claire et immédiate. La coalition devait prévenir toute attaque." Bilan ? Le Louvre bombardé par erreur, l’Elysée réduit à un cratère de 15 mètres de profondeur, et la chute "étonnamment rapide" du régime de Paris. A quelques heures du sommet de l’Union européenne d’Athènes, "ABC" de Madrid prévient la "vielle Europe" qu’elle devra sans doute remiser au placard ses rêves de puissance. Un constat que n’épouse pas "The Independent" de Londres : vu du continent, "c’est la Grande-Bretagne, et non ‘la vieille Europe’, qui paraît isolée". De son côté, le Polonais Wladyslaw Bartoszewski, dans "Die Welt" de Berlin, plaide pour une nouvelle Europe : ni "vieille" ni "nouvelle", mais étroitement liée aux Etats-Unis.
Un mirage potentiellement dangereux
"Les Français célèbrent toujours la chute de la Bastille, mais la consolidation de la démocratie qui a suivi, a pris des décennies", souligne le "Washington Post". La réforme politique de l’Irak est un chemin bordé d’ornières, note le journal : d’un côté "la restauration" partielle de l’autorité du parti Baas, de l’autre "la révolution" et la victoire des extrémistes. Le "New York Times" se veut cependant optimiste, certain du "trésor caché" que recèle l’Irak : "les traditions de société civile et de pluralisme culturel qui existaient avant la prise de pouvoir de parti Baas en 1968, ensuite restées en sommeil." "Maintenant libres de protester, les Irakiens se plaignent des Américains", rapporte par ailleurs le "New York Times". Parmi les plus actifs figurent les chiites, minorité opprimée sous Saddam Hussein. Certains, "depuis les taudis de Saddam City, exigent un Etat islamiste". Il faut dire que le refrain américain "les Irakiens nous aiment beaucoup" tient du "mirage potentiellement dangereux", relève le "Toronto Star".
Les médias arabes retournent leur veste
Plusieurs éditoriaux arabes reviennent sur la couverture de la guerre par les chaînes de télévision comme Al Jazira. Le plus critique est le quotidien saoudien "Okaz" : "Soudain les médias arabes retournent leur veste. Depuis que Saddam Hussein est renversé, il est présenté comme un tyran et non plus comme le symbole de la résistance et de l’honneur arabes. Désormais, Al Jazira dit que la destruction des statues de Saddam est le prélude à l’aurore d’un nouvel Irak, alors qu’hier encore, cette chaîne diffusait les diatribes de la propagande irakienne. Pour ces journalistes, le véritable choc était de voir les Irakiens acclamer spontanément les libérateurs américano-britanniques." Il faut rappeler que la présence massive de troupes américaines sur le sol saoudien depuis la première guerre du Golfe en 1991 est très controversée à l’intérieur même de l’Arabie Saoudite.
Le grand quotidien panarabe "Al Hayat" écrit : "Alors que les Irakiens dansaient dans les rues de Bagdad et acclamaient les envahisseurs, le reste du monde arabe était gagné par la stupeur, la déception et la résignation. Le contraste était criant entre la réalité des Irakiens et le rêve du nationalisme arabe cultivé dans les médias." "Al Quds al-Arabi", en revanche, prend la défense des chaînes d’information arabes : "Certes, tout n’était pas irréprochable, mais la campagne quasi coordonnée contre ces chaînes est suspecte. Elles ont tout de même contribué à révéler la face cachée de l’agression contre l’Irak. Elles méritent plus que notre estime pour ne pas avoir laissé aux médias occidentaux la possibilité d’imposer au monde entier leur vision des choses."
L’Australie entre doute et réticences
"Il est maintenant évident que l’Australie jouera un rôle clé dans l’administration américaine" de l’Irak, affirme une ancienne diplomate dans le "Sydney Morning Herald". "L’alliance de l’Australie avec les Etats-Unis reste vitale. Mais de vrais amis respectent leurs différences respectives. Nous avons le droit de restreindre notre rôle dans cette occupation dangereuse." Toujours dans le "Sydney Morning Herald", Kevin Rudd, porte-parole de l’opposition, pose ses questions au gouvernement : "Qu’envisagez-vous de faire avec vos coadministrateurs anglais et américains pour enrayer le pillage des hôpitaux ? Quelles sanctions pourraient être exigées contre l’Australie à la Cour internationale de justice, si elle faillit à ses devoirs de force d’occupation ?" De son côté, le "Canberra Times" s’inquiète de "l’anarchie" en Irak : "Les Etats-Unis et la coalition doivent passer non pour une armée d’occupation, mais pour les partenaires d’une nation libre et reconstruite." Raison pour laquelle le journal australien demande le soutien rapide de l’ONU. Enfin, "The Age" de Melbourne se demande "comment s’y prendre avec les Etats-Unis". "L’administration Bush devrait reconnaître qu’elle ne peut vivre sans alliés, ni sans consulter sur sa politique, ni même parfois sans s’interroger sur ses propres actions."    haut
 
Hans Blix s'en prend aux "salopards" de Washington
Le chef des inspecteurs de l'ONU qualifie de "salopards" ses détracteurs et relance la polémique sur l'exagération de la menace représentée par l'arsenal de Saddam Hussein
 
paru dans le Figaro le 12 juin 2003
Le chef des inspecteurs de l'ONU, Hans Blix, qui doit quitter officiellement ses fonctions à la fin du mois, a qualifié hier de "salopards" certains membres de l'Administration américaine qui, selon lui, n'ont cessé de lui tailler des croupières. Dans une violente diatribe à l'encontre de ces responsables américains, Hans Blix a déclaré, dans une interview au quotidien The Guardian : "J'ai mes détracteurs à Washington. Il y a des salopards qui se sont répandus à gauche et à droite, et qui naturellement ont distillé des choses ignobles contre moi dans les médias." Hans Blix accuse également Washington de considérer les Nations unies comme un "pouvoir étranger" qu'il aimerait voir disparaître sans laisser de trace. J'ai été traîné dans la boue à un "niveau bien bas", a-t-il répondu à la question de savoir s'il avait été l'objet d'une campagne de calomnie délibérée. "Mes relations avec les Américains ont été dans l'ensemble bonnes", a ajouté Hans Blix commentant la façon dont il avait été traité sur l'inspection des armes en Irak. Mais, s'est-il empressé d'ajouter, dès que la guerre s'est profilée, Washington "a fait pression" sur ses inspecteurs pour que les termes de leurs rapports soient plus dommageables pour l'Irak. Hans Blix ajoute que l'Administration du président George W. Bush a été particulièrement irritée par le fait que les inspecteurs "n'aient pas fait plus de cas" de la découverte en Irak de bombes à fragmentation et de drones à l'approche de la guerre.
Hans Blix se dit convaincu qu'il y a des personnes dans l'Administration Bush qui "ne verraient aucun inconvénient à voir disparaître l'ONU et la voir couler dans l'East River". Washington, toujours selon Blix, considère cette organisation non pas comme une institution où les Etats prennent des décisions mais comme un "corps étranger". Enfin, le chef des inspecteurs de l'ONU déclare "ne pas avoir d'idée" sur la question de savoir si des armes de destruction massive (ADM) pourront être trouvées, un jour, en Irak. Lors d'une interview accordée à la chaîne de télévision américaine ABC, le chef des inspecteurs de l'ONU chargés du désarmement de l'Irak a par ailleurs estimé que "la plupart des renseignements acquis n'étaient pas solides. Peut-être croyaient-ils (les Américains) qu'ils étaient solides. Mais cela ne nous a pas menés aux bons endroits", a ajouté M. Blix.    haut
 
L'hymne au Liban
 
paru dans Point de Vue le 11 juin 2003
Le prince et la princesse Edouard de Lobkowicz savent mieux que quiconque de quoi est faite une grande soirée. Parce que, tous les deux ans, ils organisent ce dîner au profit de l'Ordre souverain de Malte au Liban. Un événement à chaque fois mémorable. "Cela représente six mois de travail", confie le prince Edouard de Lobkowicz, rendant ainsi hommage à Pierre Celeyron, qui a beaucoup contribué à la réussite de gala. "Mon épouse, née Bourbon-Parme, était ravie que ce dîner se passe au château de Vincennes, là où son ancêtre, Saint-Louis, rendait la justice." C'est donc dans ce haut lieu de l'histoire que Madame Chirac et les autres invités ont aussi écouté, dans le plus grand recueillement et avant de passer à table, la voix d'ange de soeur Marie Keyrouz, venue du Liban. Pour cette grande figure de la musique sacrée d'Orient et d'Occident, "le chant est l'unique occasion d'exprimer une vérité qui, autrement, serait inaudible".    haut
  

 
 
 
Copyright 2003 RJLiban