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L'Amérique sur tous
les fronts
par PIERRE ROUSSELIN,
publié dans le Figaro le 14
juin 2003
George W. Bush n'a jamais
dit que ce serait facile.
Mais, un peu plus de deux
mois après la chute de
Saddam Hussein, la guerre
mondiale ouverte par l'Amérique
contre le terrorisme
l'oblige à se battre sur
tous les fronts. En Irak,
les combats viennent de
reprendre de plus belle.
Les forces américaines
ont dû s'engager ces
derniers jours dans des opérations
antiguérilla d'envergure.
Après les démonstrations
de force des chiites, ce
sont les sunnites qui mènent
maintenant la résistance.
La guerre, en fait, paraît
loin d'être finie. En
Afghanistan, où la
victoire éclair des
Etats-Unis remonte à décembre 2001,
les GI sont toujours la
cible de talibans et des réseaux
d'al-Qaida, capables de
commettre des attentats même
au cœur de la capitale.
En Israël et dans les
Territoires palestiniens,
la situation est encore
plus désespérante. Il a
suffi que George W.
Bush s'implique enfin
personnellement en faveur
d'un plan de paix pour que
la violence se déchaîne
à nouveau, sans que l'on
voie ce qui pourrait l'arrêter.
La victoire à Bagdad
a-t-elle vraiment donné
à la diplomatie américaine
davantage de force de
persuasion vis-à-vis des
Palestiniens et des Israéliens?
C'était l'espoir
entretenu à Washington.
En fait, la trêve des
attentats et des représailles
n'aura duré que le temps
où chacun se demandait
comment tournerait la
guerre en Irak.
Aujourd'hui, Ariel Sharon
s'engage dans une lutte à
mort contre les islamistes
palestiniens du Hamas. Il
sait qu'il épouse ainsi
la cause en vogue à
Washington. Il peut donc
compter sur le soutien indéfectible
du protecteur américain.
Mais pour George W. Bush,
le moment n'est pas le
meilleur pour se laisser
entraîner dans un nouveau
labyrinthe. Si l'Amérique
veut l'emporter dans cette
guerre mondiale contre le
terrorisme, il lui faut être
maître du temps comme de
l'espace. Il lui faut
pouvoir décider où
livrer bataille, contre
qui et à quel moment.
Jusqu'à présent, ce fut
le cas. En Afghanistan -
peu après les attentats
du 11 septembre 2001 -
certainement; en Irak
aussi : ce ne sont pas les
tergiversations du Conseil
de sécurité qui ont
perturbé les plans du
Pentagone... La reprise
soudaine de la guerre israélo-palestinienne
prive George W. Bush de sa
meilleure carte : celle
qu'il aurait eue en main
à Bagdad s'il avait pu
apaiser le conflit à Jérusalem.
A contrario, les combats
en Irak et la violence
dans les Territoires
palestiniens risquent fort
de nourrir le sentiment
anti-américain et
anti-israélien dans la région
et de la déstabiliser
pour de bon. A
l'heure où Washington
encourage ouvertement les
manifestations d'opposants
à Téhéran, il serait
peut-être bon pour l'Amérique
de ne pas chercher à trop
en faire. A moins de
partager le diagnostic des
"néoconservateurs"
du Pentagone, selon
lesquels rien n'est pire
que le statu quo au
Proche-Orient.
haut
Feuille
de déroute
par GABY NASR, publié
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2003
Faut vraiment être Texan,
imbibé de pétrole et gavé
de bretzels, pour espérer
voir en 48 heures
Palestiniens et Israéliens
téter goulûment le
calumet de la paix. Et
avec quels interlocuteurs
! De Charm el-Cheikh à
Aqaba, la brochette est édifiante
: un potentat égyptien en
complet veston, mais sans
moustache ; un roi hachémite
de droit divin plutôt
sympa, mais qui
contrairement à son père
ne casse pas des masses ;
un sous-roi saoudien béat
qui voit sur son sol défiler
les attentats comme on
regarde passer les trains
; un assassin hébreu
patenté, camouflé en
baril de détergent ; et
pour finir, un benêt
palestinien ramolli dont
la dégaine préfigure
plutôt une "feuille
de déroute". Bush
fiston peut être fier de
ses fréquentations. Non
mais, tu le vois, toi,
l’Etat palestinien ? Y a
qu’à regarder la carte
: un mouchoir de poche
tellement caviardé que
pour aller de sa chambre
à coucher aux toilettes,
le Palestinien moyen devra
se tortiller le bas-ventre
en slalomant entre les
colonies. Un bout de pays
par ailleurs mis en coupe
réglée par des enragés
du système pileux,
moteurs humains à
explosion pour bus israéliens
bondés ou emplâtreurs de
pizzerias surpeuplées…
En face, leurs alliés
naturels : Ariel le Rouge
et sa cohorte d’agités
de la kippa qui, malgré
leurs promesses, ne rêvent
que de ce tête-à-tête
sanglant. Alors, forcément,
le reste est facile. Plus
les bombes tombent, plus
les barbes poussent. Avec
en prime, le mensonge
levantin érigé en
intelligence politique.
Les Palestiniens veulent négocier
mais en tirant, les Israéliens
veulent continuer à les
massacrer tout en négociant.
Et c’est ce
Proche-Orient délabré
qui inspire des
"visions" au
lampadaire de la
Maison-Blanche. Il aurait
pu aussi, comme Jeanne
d’Arc, entendre des
voix, mais on l’a échappé
belle. Ne reste plus que
les Syriens et leurs
comparses libanais pour
compléter la kermesse.
Mais là, ce sera au tour
des Français de rigoler.
Différence d’approche,
nouvelle méthode de
travail, gazouillis littéraire
sur les libertés et les
droits de l’homme…
V’là autre chose que
les tapis de bombes largués
entre un chewing-gum et un
McDo. Décidément,
Pentagone et Hexagone sont
deux figures qui ne se
superposent pas…
haut
Liban-France
- Hariri s'entretient durant
2 heures avec Chirac à l’Elysée
Le Premier ministre
accuse le gouvernement Sharon
de saboter le plan de paix
par ELIE MASBOUNJI,
publié dans l'Orient-le Jour
le 14 juin 2003
Au
terme d’un tête-à-tête
de deux heures avec le président
Jacques Chirac hier à
l’Elysée, le chef du
gouvernement libanais, M.
Rafic Hariri, a exprimé
son inquiétude et celle
de son hôte à l’égard
de la détérioration de
la situation à Gaza et en
Cisjordanie ainsi que de
la conjoncture en Irak,
affirmant que cela est dû
au comportement du
gouvernement de M. Ariel
Sharon qui, tout en
approuvant la "feuille
de route" américaine,
tente de saboter les
efforts de paix dans la région.
Le chef du gouvernement
s’est félicité par
ailleurs du succès du
congrès des investisseurs
brésiliens d’origine
libanaise qui vient de se
tenir à Rio de Janeiro en
sa présence et en présence
du chef de l’Etat brésilien.
M. Hariri qui a répondu
comme à l’accoutumée
aux questions des
journalistes qui
l’attendaient dans la
cour de l’Elysée après
son entretien avec le président
Chirac - de 9 à 11
heures - a indiqué
par ailleurs que les
contours de
"l’autre feuille de
route" (celle que
vient de proposer M.
Solana, prévoyant
une solution au conflit
entre Israël, d’une
part, et le Liban et la
Syrie, d’autre part)
restent imprécis et
qu’il ne s’agit là
que d’une simple idée
préconisant une paix
globale au Proche-Orient.
A un
journaliste qui lui
demandait quand la "feuille
de route" européenne
serait officiellement
proposée, M. Hariri a
lancé : "Il
faut poser cette question
à M. Solana qui a parlé
de son projet après sa
visite au Liban et en
Syrie et en a discuté
avec les responsables
européens et
russes." A la
question de savoir s’il
s’était entretenu avec
le président Chirac du
terrorisme et du
Hezbollah, M. Hariri
s’est contenté de déclarer
que l’entretien de l’Elysée
a porté sur la
Cisjordanie et Gaza où il
apparaît clairement que
la détérioration de la
situation est due au fait
qu’Israël ne semble pas
vouloir appliquer la
"feuille de
route" américaine en
dépit de l’engagement
ferme de Washington à réaliser
la paix au Moyen-Orient.
"Le président Chirac
m’a dit que lors du
sommet d’Evian, le président
Bush lui avait réaffirmé
son engagement en faveur
d’un règlement dans la
région", a poursuivi
M. Hariri qui a toutefois
constaté que la situation
sur le terrain n’est guère
encourageante du fait des
tentatives israéliennes
de menacer les efforts de
paix. Après avoir indiqué
qu’il avait convenu avec
le chef de l’Etat français
de la nécessité d’un règlement
de paix englobant le Liban
et la Syrie, M. Hariri a
souligné qu’à sa
connaissance, il n’y
avait pas de propositions
françaises pour arrêter
la détérioration de la
situation dans la région.
Concernant les pressions
américaines sur la Syrie
et le Liban qui semblent
quelque peu avoir baissé,
le Premier ministre a dit
qu’il n’y a rien de
nouveau à cet égard, que
la situation se complique
tant en Cisjordanie et à
Gaza qu’en Irak, et que
si de véritables
pressions américaines
n’étaient pas exercées
sur Israël, "on ne
sait pas où cela nous mènerait".
Au sujet de la position du
président Chirac sur l’Irak,
M. Hariri a indiqué que
le chef de l’Etat français
a exprimé son attachement
à la sauvegarde de
l’unité, de l’indépendance
et de l’intégrité
territoriale de l’Irak.
Prié de dire s’il avait
l’intention de se rendre
prochainement en Arabie
saoudite, le président
Hariri a laissé entendre
qu’une telle visite est
en préparation et qu’il
s’agirait de faire le
point de la situation au
Moyen-Orient avec les
dirigeants saoudiens. A
propos du congrès des
hommes d’affaires et
investisseurs libanais
tenu au Brésil et auquel
il vient de participer, M.
Hariri a souligné
l’enthousiasme des
investisseurs brésiliens
d’origine libanaise à
initier des projets au
Liban, ajoutant que dès
son retour à Beyrouth, il
évoquerait cette question
avec le président Emile
Lahoud afin que tout soit
fait pour créer les
meilleures conditions pour
attirer ces
investissements. "Les
Libanais du Brésil représentent
le double de la population
du Liban et il faut tout
faire pour les intéresser
au Liban", a conclu
M. Hariri.
haut
Attentat
contre la TV du Premier
ministre au Liban
publié
par l'AFP le 15 juin 2003
Les locaux d'une télévision
appartenant au Premier
ministre libanais Rafic
Hariri ont été la
cible de tirs au
lance-roquettes dans la
nuit de samedi à
dimanche à Beyrouth, un
attentat qualifié par
des responsables
libanais de
"tentative de déstabilisation".
Cette attaque, la première
du genre depuis la fin
de la guerre
(1975-1990), préparée
par des professionnels
selon les experts, a visé
les locaux de la télévision
al-Moustaqbal (Future
TV) de M. Hariri,
faisant des dégâts,
mais pas de victimes.
Elle a été revendiquée
dans un communiqué par
un groupe islamiste
inconnu jusque-là qui
se fait appeler "Ansar
Allah" (partisans
de Dieu), qui se
manifeste pour la première
fois et qui a averti
qu'il allait récidiver.
"Grâce à Dieu, un
groupe de nos
moudjahidines
(combattants de l'Islam)
ont ouvert le feu sur le
local de la télévision
al-Moustaqbal dans un
message clair (...) à
la direction de la chaîne
et ceux qui sont derrière",
selon le communiqué.
"Notre opération
vise à faire comprendre
que nous ne permettrons
pas à quiconque, qu'il
soit puissant et
influent, de tirer ses
flèches empoisonnées
sur le coeur de la résistance",
ajoute le texte.
Deux roquettes de
calibre 107 mm ont
explosé dans les locaux
de la Future TV,
endommageant les équipements.
Toutefois, les
programmes de la télévision
comme de la radio n'ont
pas été interrompus.
Cet attentat intervient
sur fond de crise
politique entre le président
libanais Emile Lahoud,
proche de la Syrie qui
exerce une influence déterminante
au Liban, et M. Hariri,
dont les bonnes
relations avec les
Etats-Unis dérangent.
Les deux hommes se
disputent ouvertement
les prérogatives de
l'exécutif, à moins
d'un an et demi de la
fin du mandat présidentiel
en novembre 2004. M.
Hariri dont les
relations avec M. Lahoud
sont de notoriété
publique orageuses, est
soupçonné de vouloir
barrer la route à la
reconduction du chef de
l'Etat à son poste. Ce
bras de fer a provoqué
un blocage des rouages
du pouvoir et un
dysfonctionnement du
conseil des ministres,
qui ne se réunit plus régulièrement
depuis un mois en raison
de profondes divergences
notamment sur son ordre
du jour. Le Premier
ministre a commenté en
termes sibyllins
l'attentat, affirmant
que le but "de
l'attaque est de porter
atteinte à la stabilité
du Liban". Interrogé
par l'AFP, un ancien
ministre, qui a requis
l'anonymat, a indiqué
que cet attentat
"est un message à
M. Hariri, invité à
obtempérer ou à se
retirer". Pour le
ministre de la Culture,
Ghazi Aridi, qui s'est
attelé dernièrement à
réconcilier les deux
hommes, les
commanditaires de
l'attentat
"cherchent à
torpiller les efforts déployés
pour assurer l'harmonie
entre les institutions
de l'Etat".
Lors d'un forum de
solidarité tenu à la
Maison de la presse, le
président du syndicat
des rédacteurs, Melhem
Karam, a affirmé que le
ministre de l'Intérieur,
Elias Murr, lui avait
dit "avoir entre
les mains des premiers
indices et vouloir agir
avec fermeté pour arrêter
les auteurs" de
l'attentat. Saisissant
la balle au vol, le président
de Future TV Nadim
Mounlla a appelé M.
Murr "à agir sans
relâche, avec sérieux
et le plus rapidement
possible afin d'arrêter
les criminels et les
jeter en prison".
M. Murr, gendre du chef
de l'Etat, est intervenu
en début de soirée sur
la Future TV, affirmant
qu'il s'agit
probablement de groupes
islamistes "extrémistes"
qui ont agi contre des
"modérés".
"Le message ne vise
pas uniquement la chaîne
mais la stabilité et la
sécurité dans le
pays", a estimé
pour sa part le ministre
de l'Information Michel
Samaha. La défection
mercredi du chef druze
Walid Joumblatt, un allié
de longue date de M.
Hariri et un homme connu
pour son flair
politique, a été,
selon les observateurs,
un signe annonciateur de
l'affaiblissement de M.
Hariri. "Hariri m'a
perdu et je me range
auprès de Lahoud",
a-t-il déclaré
mercredi après une
rencontre avec le chef
de l'Etat alors que le
Premier ministre était
en déplacement au Brésil.
haut
Les
Casques bleus ou le chaos
!
Proche-Orient
- La spirale de la
violence
par
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES,
publié dans le Monde du
14 juin 2003
L'auteur
est député
d'Indre-et-Loire, vice-président
de la commission des
Affaires étrangères de
l'Assemblée nationale
Quelques jours seulement
après le sommet
d'Aqaba, la terreur, la
désolation et le
malheur s'abattent de
nouveau sur les
Palestiniens et les Israéliens.
La valse morbide des
attentats et des représailles
a donc repris malgré
les déclarations
encourageantes de
Mahmoud Abbas et d'Ariel
Sharon ces dernières
semaines. Cette violence
est intolérable. Il est
temps que les Nations
unies interviennent dans
ce conflit pour sauver
une "feuille de
route"" dont
chacun sait qu'elle est
l'ultime espoir d'une
paix juste entre les
deux peuples. L'envoi de
Casques bleus est une nécessité
absolue pour garantir le
respect d'un
cessez-le-feu entre Israéliens
et Palestiniens, pour
permettre aux négociations
de se dérouler
sereinement ; pour
superviser le désarmement
des groupes terroristes
palestiniens, pour contrôler
le démantèlement des
colonies ; pour vérifier
que l'aide
internationale est
uniquement affectée à
l'amélioration des
conditions de vie des
Palestiniens ; pour résoudre
le problème
d'approvisionnement en
eau des deux peuples ;
pour faire en sorte que
chaque partie retrouve
le chemin de la
fraternité.
Assistant en 1995 aux
obsèques de Yitzhak
Rabin sur le mont Herzl
de Jérusalem, j'avais
eu le sentiment, en
partageant l'émotion générale
particulièrement sincère
et forte, que cette paix
si proche allait de
nouveau s'éloigner. De
nombreux attentats en
Israël plongèrent
rapidement les deux
peuples dans une spirale
infernale à laquelle
les accords d'Oslo ne résistèrent
pas. Les trois années
qui suivirent furent
celles des rendez-vous
manqués, de Paris à
Charm el-Cheikh. Le
sommet d'Aqaba et la
suite qui y sera donnée
sont notre ultime chance
que la haine et la
terreur reculent et pour
que la voix des
partisans de la paix résonne
plus fortement que celle
des fanatiques. La
"feuille de
route" prépare
l'avenir. Seule une
mobilisation
internationale à
l'initiative de l'Europe
permettra de la graver
dans le marbre. L'Europe
de la rive
septentrionale de la Méditerranée
est culturellement
proche de celle du Sud.
Elle est éclairée par
la lumière de la pierre
blanche de Jérusalem et
imprégnée du son des
prières qui montent des
synagogues, des mosquées
et des églises. Elle a
conçu cette
"feuille de
route" à partir
d'un premier travail mené
par la France et
l'Allemagne. Elle a réimpliqué
les Américains malgré
leurs réserves dans
cette nouvelle quête de
paix et dans cette
recherche d'une alchimie
politique entre Israéliens
et Palestiniens. Elle a
lutté contre
l'engourdissement et la
lassitude de la
communauté
internationale en élaborant
une sortie de crise
acceptable par les
Palestiniens, les Israéliens
et les pays arabes.
Si les Américains ont
les moyens de faire
pression sur les Israéliens,
les Européens ont une
forte capacité
d'influence sur
l'Autorité
palestinienne. La
combinaison de leurs
diplomaties respectives
est une nécessité
absolue pour optimiser
les chances d'un accord.
Les Israéliens et les
Palestiniens ont prouvé
au monde entier que,
malgré les victimes et
innombrables blessés,
ils étaient capables de
surmonter leur douleur
et de redonner une
chance à la paix. Ne décevons
pas ceux qui, de Haïfa
à Gaza, de Tel-Aviv au
Caire en passant par
Beyrouth et Amman, espèrent
un jour vivre en paix et
prospérer ensemble !
Nous devons agir pour
garantir aux Israéliens
de vivre dans un Etat
dont le caractère juif
est incontestable, de même
que devra être
incontestable le tracé
des frontières du futur
Etat palestinien, afin
qu'il soit viable. Cette
solidarité existait
avant le déclenchement
de la seconde intifada.
Des partenariats avaient
vu le jour, les
Palestiniens
travaillaient dans les
entreprises israéliennes,
les policiers des deux
nations collaboraient,
les hôpitaux israéliens
accueillaient des femmes
palestiniennes pour
qu'elles accouchent.
Cette fraternité
retrouvée est à portée
de main malgré les
bombes. Lors de mon séjour
récent pourtant marqué
par de monstrueux
attentats, je me suis
revu sur le mont Herzl.
Cette fois-ci j'ai écarté
cette appréhension qui
me taraude depuis les
obsèques de Yitzhak
Rabin. Refusons la lâcheté
qui consiste à retomber
dans la fatalité du désespoir
et agissons
collectivement pour
donner des moyens
humains, logistiques et
financiers sans précédent
à la résolution de ce
conflit. Tout est
question de volonté
politique. Il appartient
dès lors à l'Europe et
à la France de porter
ce message et cette espérance
au sein des Nations
unies. C'est son devoir.
Dans Proche-Orient, il y
a proche !
haut
Eau,
arbres, cultures :
l’autre guerre d’Israël
Le
ministre palestinien de
l’Environnement parle
des injustices dont son
peuple est victime
paru
dans l'Orient-le Jour le 6
juin 2003
Alors
que les caméras sont
braquées sur les
incursions israéliennes
quotidiennes dans les
territoires
palestiniens, sur les
destructions de maisons
et les meurtres de
civils, une autre
guerre, sournoise et
terrible, a lieu sur
cette terre. La question
de la surexploitation
israélienne des
ressources hydrauliques,
dont les Palestiniens
sont privés, a été au
centre des séances de
travail des ministres
arabes de l’Environnement,
qui ont souligné la
gravité de la
situation. Youssef Abou
Safia, ministre
palestinien de l’Environnement,
présent au Liban pour
participer aux réunions
avec ses collègues,
brosse un tableau très
noir des souffrances vécues
par son peuple en raison
de la dégradation écologique
causée par le conflit :
manque chronique
d’eau, maladies dues
à la pollution, vol de
terre et de sable, déracinement
d’arbres, etc. "L’eau
et l’énergie ont
toujours été au centre
des préoccupations des
Israéliens, depuis
qu’ils ont conçu
l’idée de fonder un
Etat", affirme M.
Abou Safia.
"Aujourd’hui, ils
surexploitent toutes les
ressources, mais surtout
l’eau, sans laquelle
aucun Etat ne peut
survivre." M. Abou
Safia précise que la
quantité d’eau
disponible dans toute la
Palestine est de 2,1
milliards de mètres
cubes par an. "Il y
a trois millions de
Palestiniens vivant dans
la bande de Gaza et en
Cisjordanie",
poursuit-il. "Ils
n’ont accès qu’à
250 millions de mètres
cubes par an, soit 10 %
de la quantité d’eau
totale. Même à l’intérieur
des territoires
palestiniens, sur les
850 millions de mètres
cubes d’eau, Israël
s’approprie 700
millions pour ses
habitants."
Comment l’Etat hébreu
empêche-t-il les
Palestiniens d’avoir
accès à leur eau ? "Il
leur interdit de creuser
des puits", déclare
M. Abou Safia.
"Cette politique
est en vigueur depuis
1948. On ne nous
autorise même pas à
planter des arbres qui
consomment trop d’eau
sur nos propres terres,
à moins d’obtenir un
permis !" Comment
le gouvernement
palestinien
revendique-t-il son
droit ? Quel poids a le
dossier de l’eau dans
les négociations ?
"Depuis les accords
d’Oslo, ce dossier est
continuellement ajourné",
révèle-t-il. "Au
cours des négociations
qui ont eu lieu la
semaine dernière, quand
(le Premier ministre
israélien Ariel) Sharon
a prononcé le mot
"occupation",
l’opposition a été
très forte de la part
de la presse et des
colons, qui lui ont
reproché de renoncer à
la terre mais aussi à
l’eau." Il a
rappelé qu’ "en
1919, celui qui devait
devenir le premier président
israélien en 1948, Haïm
Weizman, a écrit une
lettre à Lloyd George,
alors Premier ministre
de Grande-Bretagne, au
moment de la préparation
de l’accord de
Sikes-Pycot, lui
demandant d’élargir
le mandat britannique
jusqu’au fleuve Awali
(Liban-Sud), afin de
garantir l’eau du
Litani et les cimes
enneigées du mont
Hermon". Selon
M. Abou Safia, les Israéliens
profitent de leurs
incursions en
territoires
palestiniens, depuis le
déclenchement de l’intifada
il y a deux ans et demi,
pour mener une guerre très
particulière : ils détruisent
systématiquement les
puits d’eau, les réseaux
d’eau potable et les
arbres. "Comme ils
jettent aussi leurs déchets
chez nous, l’eau qui
nous reste est polluée",
poursuit-il. "Ils
ont probablement enterré
plus de 200.000 tonnes
de déchets dangereux
dans les territoires
palestiniens. Eux ne
boivent pas l’eau
qu’ils savent sale,
ils l’emploient dans
l’agriculture et
exportent leurs produits
en Europe."
Mais les Palestiniens,
eux, n’ont d’autre
choix que de consommer
de l’eau polluée, déplore
le ministre. "Des
études menées à Gaza
et en Cisjordanie ont
montré qu’aucune
source d’eau n’était
propre",
raconte-t-il. "Les
enfants, notamment, sont
très touchés par ce
problème. Nous essayons
d’attirer
l’attention des mères
afin qu’elles préparent
le biberon de leur
nouveau-né avec de
l’eau en bouteille.
Nous aidons celles qui
sont incapables
d’acheter de l’eau
afin d’éviter que
l’enfant ne grandisse
avec des déficiences au
niveau du cerveau."
Il poursuit :
"L’eau n’est
pas la seule ressource
que les Israéliens
s’approprient au détriment
des Palestiniens. Ils
volent également le
sable et la terre en
dessous, comme ils
l’ont fait au
Liban-Sud. Le sable est
généralement utilisé
dans l’industrie, mais
il existe une couche de
boue en dessous. En mélangeant
les deux, ils obtiennent
une excellente terre
agricole." Selon le
ministre, les Israéliens
emploient la force, et
il n’y a aucun moyen
de leur faire face dans
la situation actuelle.
"Tout au long de
l’intifada, les
bulldozers et les
camions n’ont pas arrêté
de fonctionner",
affirme-t-il.
"Cette guerre secrète
est plus dangereuse que
le conflit déclaré :
il s’agit d’une opération
de destruction massive.
C’est le bulldozer qui
détruit les maisons,
qui déracine les
arbres, et réduit à néant
des milliers de mètres
carrés de terres
agricoles",
conclut-il.
haut
Chirac
se pose en rempart contre
l'antisémitisme
Le chef de l'Etat a reçu
hier le Crif, qui fête
son 60e anniversaire
paru dans le Figaro le
23 mai 2003
Un discours pour
rassurer. Un discours
pour réconforter une
communauté juive
traversée par une réelle
inquiétude. Hier, le président
de la République a
prononcé, à l'Elysée,
à l'occasion du 60e
anniversaire du Conseil
représentatif des
institutions juives de
France (Crif), des
paroles qui étaient
attendues par beaucoup,
suite à la
recrudescence des actes
antisémites enregistrée
ces derniers mois.
S'exprimant devant des "visages
amis" comme Ady
Steg, Théo Klein, Jean
Kahn, Henri Hajdenberg,
ou Roger Cukierman,
l'actuel président du
Crif, mais aussi Simone
Veil, présidente de la
Fondation pour la mémoire
de la Shoah, le président
de la République a tenu
à rappeler qu'il avait
été le premier, en
1995, à reconnaître
que "les juifs
de France, entre 1940 et
1944 (ont été) pourchassés,
traqués puis déportés
avec le concours et la
collaboration de l'Etat
français".
Insistant sur la nécessité
pour la France d'honorer
"son devoir de mémoire",
le président a
promis de combattre le négationnisme
et a souhaité que l'on
continue à "enseigner
avec persévérance la
Shoah au collège et au
lycée". "Nous
n'accepterons pas que,
dans certaines classes,
les cours sur le génocide
nazi soient devenus
impossibles. C'est
l'autorité et la dignité
de l'Etat qui sont en
cause. C'est aussi l'idée
que nous nous faisons de
la République et de la
France", a-t-il
déclaré.
Mesurant le chemin
parcouru par le Crif
depuis sa création, le
président a lancé : "Contre
l'antisémitisme, la
France est avec vous.
Car c'est bien la France
qui est agressée quand
un juif est agressé sur
son sol. Car c'est bien
la France qui est insultée
quand une synagogue brûle
sur son sol. Car c'est
bien la France qui est
humiliée quand, sur son
sol, un enfant juif est
obligé de changer de
collège pour échapper
aux brimades, aux
intimidations et aux
insultes. Quand des
juifs, parce qu'ils ne
se sentent pas
suffisamment entendus,
soutenus, protégés,
perdent confiance dans
leur propre pays, c'est
notre cohésion
nationale tout entière
qui est menacée."
Et le chef de l'Etat de
poursuivre : "La
République doit à tous
ses enfants la
protection de la loi.
L'antisémitisme est
contraire à toutes les
valeurs de la France. Il
est insupportable."
"C'est pourquoi le
gouvernement exerce et
exercera la plus grande
fermeté à l'égard de
tous les actes et de
tous les propos à
caractère antisémite",
a dit Jacques
Chirac, en ajoutant : "Nous
ne laisserons pas faire
l'apologie du crime et
de la haine. La France
n'est pas un pays antisémite."
Le chef de l'Etat, qui a
par ailleurs répété
que la France ne devait
pas être "une
juxtaposition de
communautés", a
souligné que, dans "notre
République,
respectueuse de toutes
les diversités, mais République
une et indivisible, nul,
au motif de ses racines
ou de ses croyances,
n'est fondé à se prévaloir,
pour lui ou sa communauté,
de droits
particuliers". Il
a par ailleurs prononcé
un vibrant plaidoyer en
faveur du "principe
de laïcité".
"Il est le pilier
de notre unité et de
notre cohésion,
l'expression concrète
et la condition même de
la solidarité
nationale".
haut
Un
subtil équilibre entre
"petits" et
"grands" pays de
l'Union européenne
Les quatre
principaux points du
projet constitutionnel
par YANN LAURENT,
publié dans le Figaro le
13 juin 2003
Le projet de
Constitution élaboré
par le présidium et présenté
hier à la session plénière
de la Convention dote
l'Union européenne
d'une "personnalité
juridique". Si
le mot "fédéral"
a disparu à la
demande des
Britanniques, une "citoyenneté
de l'Union" est
créée, comprenant le
droit de vote et d'éligibilité,
le droit de circulation
et de séjour dans l'UE.
Ce projet
constitutionnel porte la
marque du compromis et
traduit un subtil équilibre
entre les différentes
institutions
communautaires, de même
qu'entre
"petits" et
"grands" pays
de l'Union. Les quatre
propositions principales
du texte sont les
suivantes :
Un président du
Conseil européen
Proposé par le président
de la Convention, Valéry
Giscard d'Estaing, au présidium,
son rôle consistera à
animer et à préparer
les travaux des sommets
trimestriels du Conseil
des chefs d'Etat et de
gouvernement de l'Union
européenne. Elu par le
Conseil à la majorité
qualifiée pour une durée
de deux ans et demi
renouvelable une fois,
il ne conservera pas de
mandat national. Cette réforme
met fin à l'actuelle présidence
tournante, préférée
par la plupart des
"petits pays".
Cependant, la nature de
la présidence ne change
guère : le "chairman"
n'aura pas de pouvoir exécutif,
ni d'administration,
pour éviter une éventuelle
rivalité avec le président
de la Commission. "L'enjeu
essentiel était d'arrêter
la rotation de la présidence,
pas d'en changer la
nature", a
expliqué Valéry
Giscard d'Estaing.
Enfin, contrairement à
ce que préconisait
initialement VGE, le
Conseil ne sera pas
autorisé à démettre
les membres de la
Commission. Seul le
Parlement aura cette prérogative.
Un ministre des
Affaires étrangères
Il est nommé par le
Conseil européen à la
majorité qualifiée
avec l'accord du président
de la Commission. Ce
ministre endossera les
responsabilités des
actuels commissaires
chargés des relations
extérieures et du Haut
Représentant du Conseil
pour la politique étrangère
et de sécurité commune
(Pesc). Les propositions
du nouveau ministre
seront adoptées à
l'unanimité. Une
concession faite aux
Britanniques pour mieux
faire accepter
l'extension de la
majorité qualifiée
dans les autres
domaines. L'affaire
n'est cependant pas réglée
définitivement : les
conventionnels ont
insisté auprès du présidium
pour qu'il étudie un mécanisme
instaurant une majorité
"super-qualifiée"
de deux tiers des Etats
et 60% de la population
européenne. Une
proposition soutenue par
l'Allemagne, qui empêcherait
l'usage du droit de veto
en matière de Pesc. Par
ailleurs, les Etats
auront la liberté de
constituer une Europe de
la défense.
Une Commission
resserrée
La Commission comportera
à partir de 2009 15
membres (dont le président
et le ministre des
Affaires étrangères),
les conventionnels prévoyant
une rotation des
commissaires sur une
base égalitaire. Un
geste envers les
"petits Etats"
qui acceptent de
renoncer à leur présidence
tournante. Enfin, le président
de la Commission sera désormais
élu par le Parlement
européen à la majorité
simple sur proposition
du Conseil. La
Commission actuelle a
exprimé son scepticisme
sur cet aspect précis
du projet
constitutionnel : "Ce
collège de castrats
sera plus faible dans la
défense de l'intérêt
commun de l'Union européenne,
plus faible vis-à-vis
du Parlement européen
et des Etats
membres", a
fait valoir le
porte-parole du président
de la Commission, Romano
Prodi.
La généralisation
du vote à la majorité
qualifiée
A partir de 2009, les décisions
en Conseil des ministres
se prendront à la
majorité des Etats représentant
60% de la population.
L'Espagne et la Pologne,
qui avaient obtenu, lors
du traité de Nice un
droit de blocage avec
presque autant de voix
que les "grands
pays" (27 contre
29), se retrouvent ainsi
pénalisés. Les lois
européennes seront
adoptées "conjointement"
par le Parlement et
le Conseil, et leurs délibérations
seront publiques.
Seconde innovation
politique d'importance
au Conseil des ministres
: la création dans
chaque pays d'un poste
de vice-premier
ministre. En effet, tous
les conseils spécialisés
(agriculture, transport,
industrie, marché intérieur...)
seront fusionnés en un
Conseil des ministres
unique en charge des "affaires
générales", où
ils seront seuls habilités
à voter. Cela devrait
permettre de créer de véritables
postes de ministres des
Affaires européennes au
sein des gouvernements
des Etats membres.
haut
Réouverture
du consulat américain au
Liban
Battle
: "Un événement
historique dans des
circonstances
historiques"
paru dans l'Orient-le
Jour le 31 mai 2003
"L’inauguration
d’aujourd’hui est un
événement historique qui
intervient au moment où
le Proche-Orient se trouve
à un tournant
historique." C’est
en ces termes que
l’ambassadeur des
Etats-Unis au Liban,
Vincent Battle, a qualifié
la réouverture du
consulat américain à
Awkar (banlieue nord de
Beyrouth), inauguré hier
matin lors d’une cérémonie
officielle qui s’est déroulée
dans les locaux de
l’ambassade. Devant un
parterre d’officiels,
qui comprenait notamment
un membre du Congrès américain
d’origine libanaise
Darrell Issa, le ministre
des Travaux publics Négib
Mikati, le ministre du
Tourisme Ali Abdallah, le
procureur général près
la Cour de cassation
Adnane Addoum et le
directeur de la Sûreté générale
le brigadier Jamil Sayyed,
M. Battle a espéré que
la reprise des services
consulaires, pratiquement
interrompus depuis 1984,
préludera à un nouveau
chapitre dans les
relations américano-libanaises.
"La réouverture du
consulat est une preuve
que les relations entre
les Etats-Unis et le Liban
vont se poursuivre et se développer.
Pour se renforcer, ces
relations ont besoin
d’un soutien continu,
s’agissant notamment de
notre objectif commun de
lutte contre le
terrorisme", a
souligné l’ambassadeur.
M. Battle a mis à profit
cette occasion pour évoquer
l’actualité régionale.
Il a rappelé que les
forces de la coalition
"ont provoqué la
chute du régime barbare
de Saddam Hussein",
indiquant que son pays œuvre
aujourd’hui à rétablir
la situation politique en
Irak et à aider le peuple
à décider de son avenir.
S’agissant de la
"feuille de
route", il a souligné
l’engagement du président
américain George W. Bush
en faveur d’une
coexistence entre les deux
Etats, palestinien et israélien,
un processus qui ne
devrait toutefois pas
occulter une solution
globale dans la région.
"Le volet
palestino-israélien est
la pierre d’achoppement
du processus de paix, et
c’est pour cette raison
qu’il est prioritaire,
mais cela ne masque pas la
nécessité d’une paix
globale qui inclut le
Liban et la Syrie",
a-t-il dit. L’engagement
américain ne s’arrête
pas là, a encore dit M.
Battle en faisant allusion
à l’initiative de
partenariat au
Proche-Orient lancée par
le secrétaire d’Etat américain,
Colin Powell, pour
stimuler la prospérité
économique, encourager la
participation politique et
promouvoir l’éducation.
"Le président Bush a
fait part ce mois-ci de sa
volonté de créer une
zone de libre-échange au
Proche-Orient et d’élargir
la possibilité d’accès
aux capitaux et à
l’emploi qui permettront
de promouvoir le développement
économique", a-t-il
ajouté.
Un symbole de
souveraineté
Commentant à son tour la
réouverture du consulat,
M. Issa a relevé que ce
service constitue un pont
entre les deux peuples et
peut bénéficier aux
jeunes Libanais, qui
"recherchent une
meilleure vie grâce à
l’éducation dans les
universités américaines".
Cet événement signifie
clairement que "les
Etats-Unis considèrent le
Liban comme un pays
souverain, libre et indépendant",
a-t-il fait remarquer. M.
Issa a en outre appelé
les Libanais à se
"rallier" à
leurs institutions et à
avoir foi en leur
processus démocratique.
"Ils doivent
comprendre qu’il est impératif
pour eux d’assumer leur
propre destin et de ne pas
être manipulés par
d’autres pays ou groupes
opérant en dehors du
cadre des
institutions", a
conclu le parlementaire.
haut
Pour
Paul Wolfowitz, la présence
d'armes de destruction
massive en Irak n'était
qu'un prétexte
Les
propos du numéro deux du
Pentagone alimentent la polémique
sur les mobiles de la
guerre. En Grande-Bretagne,
Tony Blair doit faire face
à une fronde dans les rangs
travaillistes
paru
dans le Monde du 31 mai 2003
Les responsables américains
et britanniques tentent de
minimiser la question de
la présence, ou non,
d'armes de destruction
massive (ADM) en Irak,
alors que, dans les deux
pays, la polémique enfle
sur cette question qui a
été un motif important
du déclenchement de la
guerre par Washington et
Londres. Outre-Manche, le
débat a pris de l'ampleur
au moment où le premier
ministre, Tony Blair,
inspectait, jeudi 29 mai,
ses troupes à Bassora.
C'est Robin Cook, l'ancien
ministre travailliste des
relations avec le
Parlement, démissionnaire
en mars, qui a lancé
l'attaque contre M. Blair
en exigeant une commission
d'enquête parlementaire. "On
nous a dit, a-t-il
expliqué, que Saddam
avait des armes prêtes à
être utilisées dans les
45 minutes. Cela fait
maintenant 45 jours
que la guerre est finie et
nous n'avons toujours rien
découvert". "Il
est désormais clair que
Saddam n'avait rien qui
aurait pu lui permettre de
nous attaquer le
premier", a estimé
M. Cook, qui en a
profité pour dénoncer le
fait que "la
guerre contre Bagdad a été
vendue sur la base de ce
qui a été décrit comme
une attaque préventive".
Ces critiques contre M. Blair
ont été relayées par
Tony Benn, un ancien
ministre travailliste,
considéré comme une
figure historique de la
gauche britannique, qui
avait rendu visite à
Saddam Hussein, à Bagdad,
avant les combats. "Je
crois, a-t-il déclaré,
que le premier ministre
nous a menti, encore et
encore, et que cela entraînera
des dégâts à long terme
pour la démocratie. Si on
ne peut pas croire ce que
disent des ministres,
c'est tout le processus démocratique
qui est en péril". Devant
ses troupes, à Bassora,
M. Blair s'est
contenté, pour l'instant,
de répliquer : "Je
suis conscient qu'il y a
eu beaucoup de réticences
dans le pays au sujet de
la sagesse de ma décision
de passer à l'action.
Mais je peux vous garantir
une chose, c'est qu'il n'y
a aucune contestation de
votre professionnalisme,
de votre courage et votre
dévouement en
Grande-Bretagne".
Aux Etats-Unis, le secrétaire
américain à la défense,
Donald Rumsfeld, a démenti
que les Etats-Unis aient
envahi l'Irak "sous
un faux prétexte". Deux
jours avant cette déclaration,
il avait expliqué qu'"il
était possible que l'Irak
ait détruit ses armements
chimiques et biologiques
avant la guerre".
Ce changement par rapport
aux propos officiels avait
déclenché une vive polémique,
notamment dans la presse
d'outre-Atlantique.
"Un peu de
temps"
"Nous pensions et
nous pensons toujours, a
tenu à réaffirmer le
chef du Pentagone, que
les Irakiens possèdent - ont
possédé - des armes
biochimiques et qu'ils
disposaient d'un programme
de développement d'armes
nucléaires, mais ils
n'avaient pas ces
armes". Le secrétaire
à la défense a démenti
que cet arsenal d'ADM
n'ait pas été trouvé "parce
qu'il n'y est pas".
"Nous pensons
qu'il y est et que cela va
prendre un peu de
temps", a-t-il
ajouté, après avoir
rappelé la découverte de
laboratoires mobiles dont
les services américains
affirment qu'ils étaient
probablement prévus et équipées
pour fabriquer des armes
biologiques. Outre son
propre tir, Donald
Rumsfeld a surtout rectifié
celui de son numéro deux
au Pentagone, Paul
Wolfowitz. Ce dernier a
expliqué, dans un
entretien au magazine Vanity
Fair sur "Le
cercle pensant de
Bush", que la décision
des Etats-Unis de mettre
en avant la menace des ADM,
pour justifier une attaque
de l'Irak, a été prise "pour
des raisons
bureaucratiques".
Autrement dit, des considérations
administratives qui
engageraient l'ensemble
des responsables à
Washington.
"Nous nous sommes
entendus sur une question,
les armes de destruction
massive, parce que c'était
la seule raison sur
laquelle tout le monde
pouvait tomber
d'accord", a
affirmé M. Wolfowitz.
Il y aurait eu une autre
raison, "passée
presque inaperçue, mais
importante" :
le renversement de Saddam
Hussein permettait aux
Etats-Unis de retirer
leurs troupes stationnées
en Arabie saoudite, une présence
qui constitue l'un des
principaux griefs du réseau
terroriste Al-Qaida. "Le
simple fait d'enlever ce
fardeau des Saoudiens va
en soi ouvrir la porte à
un Proche-Orient plus
pacifique", a
confié le secrétaire
adjoint à la défense. Il
s'agit de "confidences
étonnantes", relèvent
des responsables de la
revue, qui consacrent une
longue étude à "la
junte intellectuelle des
faucons néoconservateurs"
autour de M. Rumsfeld.
Les laboratoires
mobiles : "la
preuve"
Selon une analyse commune
de l'Agence centrale de
renseignement (CIA) et de
l'Agence de renseignement
de la défense (DIA),
rendue publique sur
Internet à Washington,
les deux semi-remorques
laboratoires, découverts
en avril et mai en Irak
par les troupes de la
coalition, ont "pour
objectif logique et
probable" la
production d'armes
chimiques et biologiques,
même s'ils peuvent avoir
d'autres utilisations. Les
deux services de
renseignement considèrent
que ces camions représentent
"la preuve la plus
solide que l'Irak cachait
un programme d'armes
biochimiques", tout
en reconnaissant qu'il
s'agit peut-être de
prototypes conçus en 2002
et 2003. Pour autant, la
CIA et la DIA admettent
n'avoir détecté aucune
trace d'un produit mortel
dans les deux laboratoires
mobiles qu'elles ont passés
au peigne fin. Selon leurs
analyses, il se pourrait
que chaque camion soit en
mesure de brasser
suffisamment de microbes
pour fabriquer 1 à 2 kilogrammes
d'agents toxiques par
mois. "De quoi
tuer des milliers de
personnes", selon
un responsable.
haut
La
mort, chambre d'à côté
par DANIEL
SCHNEIDERMANN, publié
dans le Monde du 12 avril
2003
Le char Abrams est dans
le lointain, maussade
tache claire, insecte
trapu accroché au pont.
"Regardez,
nous prévient le
commentaire, il va
tourner sa tourelle vers
les journalistes."
Le mouvement du canon,
on ne le distingue pas
nettement. Mais on voit
le principal :
l'obus tiré dans une
gerbe de flammes et, une
seconde plus tard, le
souffle qui fait
trembler la caméra de
France 3, au
quatorzième étage de
l'Hôtel Palestine de
Bagdad. Le tir va tuer
José Couso et Taras
Protsyuk, deux cameramen
de Reuters, qui filment
sur le balcon voisin.
Filmer sa mort.
Interminable face-à-face
de l'objectif et du
canon. Deux longues
minutes, les
journalistes observent
le tankiste américain,
qui regarde les
journalistes. Preneur
d'images contre preneur
de vie, lequel baissera
les yeux le premier ?
Chacun son arme. Celle
du tankiste, on la connaît.
Elle va frapper, dans
deux minutes. Celle du
journaliste paraît tout
aussi redoutable.
L'image va faire le tour
du monde, bien entendu.
Elle va embarrasser le
Pentagone. Des questions
fiévreuses seront posées
dans les points de
presse. Vingt-quatre
heures durant, plus sûrement
que vingt bombardements
de civils, elle va dénoncer
l'agression américaine.
C'est injuste, mais
c'est ainsi : un
journaliste n'est pas un
mort ordinaire. Dès que
les reporters sont visés,
le récit change de
nature. C'est Caroline
Sinz, de France 3,
qui était la plus
proche de la chambre de
Reuters. Elle entend
crier dans le couloir.
Elle accourt dans la
chambre voisine, avec sa
caméra, quelques
secondes après
l'impact. Gravats.
Silhouettes à terre.
Affolement. Les
dimensions soudain se
confondent. Des voix
tremblent, que l'on
croyait posées à
jamais. Des images se mélangent,
que l'on croyait étanches.
Une caméra filme du
sang sur une autre caméra.
Les reporters témoignent
à la première
personne, comme des
habitants ordinaires de
Bagdad. Une fille en
gilet pare-balles marqué
Presse dérobe son
visage aux caméras de
ses confrères. Cet
espace extraterritorial,
les chambres transformées
en salles de montage, le
voilà à son tour
envahi par les gravats,
la douleur, les
sanglots.
Le reportage télé,
avec ses codes
familiers, ses voitures
peinturlurées TV, ses
connections qui
fonctionnent tant bien
que mal, mais qui
fonctionnent, c'était
un sas d'images entre le
malheur et nous, entre
la douleur et nous,
entre les gravats et
nous. Un obus qui tombe
dans une équipe de télé,
y semant la mort et la désolation,
nous frappe aussi
violemment que s'il
tombait dans notre
salon. Toute distance
est abolie. Le narrateur
devenant acteur, plus
personne n'est protégé,
et le récit nous
explose à la figure. Si
le journaliste lui-même
dit "je" à
l'antenne, s'il se filme
lui-même allumant de
petites bougies à la mémoire
des confrères tombés,
alors, mécaniquement,
cette douleur-là éclipse
tout. Elle éclipse par
exemple, dans le même
journal, les images de
cette petite troupe désorganisée
de combattants irakiens,
20 ans à peine,
qui tentent d'attaquer
les chars à la
mitrailleuse et doivent
rebrousser chemin avant
d'avoir tiré un seul
coup de feu. Et toute
contre-enquête devient
héroïque.
Comment exiger des
reporters qu'ils
souscrivent aux
arguments de leurs
assassins ? Ainsi
le commandement américain
explique-t-il dans un
premier temps que le
char a répliqué à des
tirs venus de l'hôtel.
Pendant les quinze
minutes précédentes,
on n'a entendu aucun
tir, répond d'abord au
journal de la mi-journée
Caroline Sinz, qui a
attentivement écouté
sa bande-son. C'est
seulement
progressivement, au fil
de la journée, que les
reporters racontent que
des dignitaires irakiens
logent dans ce même Hôtel
Palestine. Plus tard
encore, on apprendra que
ces dignitaires peuvent
avoir des gardes du
corps armés. Autant d'éléments
nécessaires à la
photographie de la
situation, même s'ils
n'accréditent évidemment
pas la hâtive version
américaine.
Vingt-quatre heures
durant, le pouvoir de
cette image reste irrésistible.
Pour la vaincre, il
faudra d'autres images
plus fortes encore,
celles de la chute de
Bagdad. La statue géante
de Saddam arrachée, la
liesse populaire
accueillant - enfin -
les Américains. Il faut
tout cela pour effacer
des écrans les traces
du sang de ceux qui ont
eu la mauvaise idée de
mourir la veille de la
chute de Bagdad.
haut
Washington
et la boîte de Pandore
par GILLES KEPEL, publié
dans le Monde du 27
mars 2003
L'auteur
est professeur à l'Institut
d'études politiques de
Paris
Par-delà le désarmement
et le renversement de
Saddam Hussein,
l'intervention militaire
en Irak a pour premier
objectif de refermer la boîte
de Pandore que les
Etats-Unis ont ouverte
depuis qu'ils ont choisi
d'encourager, armer et
financer des alliés
locaux peu recommandables
qui se sont en définitive
retournés contre eux.
Saddam - mais aussi
les djihadistes et les
talibans d'Afghanistan -
s'inscrivait dans cette même
logique avec laquelle
Washington veut rompre
aujourd'hui. Pour
comprendre les enjeux de
ce pari à hauts risques,
il faut revenir en 1979.
L'année 1979 avait vu en
février l'effondrement du
régime du chah,
"gendarme du
Golfe", pilier
essentiel de la sécurité
de cette zone pétrolifère,
tandis que triomphait la révolution
islamique aux cris de "Mort
au Grand Satan !".
En novembre, l'attaque de
la Grande Mosquée de La Mecque
par des radicaux marquait
la fragilité de l'allié
saoudien et les limites de
l'usage conservateur et
pro-américain de l'islam
wahhabite. Enfin, en décembre,
l'Armée rouge entrait en
Afghanistan. Traumatisée
par la guerre du Vietnam,
achevée quatre ans
auparavant, l'Amérique
n'envoie pas ses propres
soldats pour contenir
l'expansion iranienne ou
repousser l'invasion soviétique :
elle afferme l'opération
à deux alliés de
circonstances, dûment armés
et financés par elle et
les pétromonarchies de la
péninsule Arabique.
L'Irak de Saddam Hussein
attaque en septembre 1980
la République islamique
et contiendra la poussée
iranienne vers l'ouest,
protégeant le pétrole de
la péninsule. Les
moudjahidins afghans et
autres djihadistes arabes
ou pakistanais porteront
le fer contre l'armée
rouge, détournant au
passage l'antiaméricanisme
de l'islam radical
khomeiniste en antisoviétisme
de bonne facture
wahhabite. A la fin de la
décennie, Washington peut
se féliciter du travail
de ses sous-traitants :
l'ayatollah de Téhéran a
signé, en été 1988, un
armistice avec Saddam qui
bloque pour de bon
l'expansion de la révolution
iranienne ; les
"combattants de la
liberté" barbus ont
contraint, en février 1989,
Moscou à retirer ses
troupes, prélude à la
chute du mur de Berlin et
de l'empire soviétique.
L'Iran et l'Irak sont
exsangues, l'Afghanistan
en ruines, mais cette
double victoire politique
n'a presque rien coûté
au budget des Etats-Unis,
et les troupes américaines
n'ont pas risqué leur vie
dans ces batailles
incertaines. On se lave
alors les mains à la
Maison Blanche du sort de
ces deux alliés peu fréquentables :
on cesse de subventionner
les djihadistes,
soudainement dégradés de
"combattants de la
liberté" en
trafiquants de drogue et
terroristes potentiels,
dans l'espoir qu'ils
disparaîtront, faute de
financement. Et on
n'accorde aucune aide à
l'Irak de Saddam, ruiné
par la guerre, harcelé
par les demandes de
remboursement des pétromonarchies,
qui inondent le marché pétrolier,
au détriment de l'Irak
handicapé par ses
installations bombardées
et incapable de produire
davantage :
l'effondrement des cours
précipite son marasme.
Les effets de cette
politique de Ponce Pilate
sont connus : Saddam
annexe le Koweït le 2 août
1990, faisant main basse
sur le coffre-fort, et, le
7 août, le roi Fahd
appelle à la rescousse
les troupes américaines.
Washington est alors
contraint d'engager
temporairement ses propres
soldats, soutenus à l'époque
par la coalition
internationale : la
victoire militaire sans
appel et quasiment sans
morts américains de l'opération
"Tempête du désert"
paraît un triomphe
politique absolu pour les
Etats-Unis. Pourtant,
ceux-ci vont choisir de
laisser s'infecter les
deux plaies de l'est du
Moyen-Orient : la
question irakienne est
recouverte par l'emplâtre
de l'embargo - Saddam
prospérant au pouvoir ;
et l'on ne se préoccupe
pas de la montée en
puissance des djihadistes,
autour d'un certain Ben
Laden, qui ne pardonnent
pas au royaume saoudien
d'avoir appelé à la
rescousse des armées
"impies" sur le
territoire sacré de la péninsule
Arabique, et qui se
lanceront dans des actions
violentes de guérilla
puis de terrorisme,
organisant la prolifération
du djihad afghan. Si les
Etats-Unis laissent se dégrader
ainsi la situation
irakienne sans prendre le
risque d'éliminer alors
Saddam, c'est qu'ils
utilisent le levier
politique conféré par le
prestige de la victoire et
l'unanimité de la
coalition qu'ils dirigent
afin d'exercer une
pression majeure pour
contraindre Israéliens et
Palestiniens à faire la
paix. Leur politique dans
la région, une fois
dissipé le danger soviétique,
est en effet obérée par
la persistance des
contradictions entre deux
impératifs qui leur sont
également chers :
garantir la sécurité des
approvisionnements pétroliers
et celle d'Israël.
La victoire au Koweït
permet à George Bush père
de contraindre Arafat et
Shamir à négocier, tous
deux épuisés par la
première Intifada et
affaiblis par les conséquences
de la guerre - l'un
pour avoir soutenu Saddam
et perdu ses appuis dans
le Golfe, l'autre pour
n'avoir pas été autorisé
à répliquer aux tirs de
Scud irakiens sur
Tel-Aviv. Le processus de
paix de la décennie 1990
laisse penser, là encore,
que Washington a atteint
ses objectifs : réconcilier,
au Moyen-Orient, les
enjeux pétrolier et israélien.
Mais la dynamique attendue
de la paix, qui devait
apporter la prospérité
à toute la région, ne se
produit pas : faute
de confiance entre les
deux partenaires israélien
et palestinien, la seconde
Intifada, qui débute en
septembre 2000, en
sonne le glas. Pendant ce
temps, l'infection non
traitée du djihad
commence à gangrener la péninsule
Arabique, d'où Ben Laden
exige "l'expulsion
des juifs et des chrétiens",
tandis que se produisent
les premiers attentats
spectaculaires, à Nairobi
le 7 août 1998 (commémorant
l'appel du roi Fahd aux
troupes américaines huit
ans plus tôt) et à Aden
en octobre 2000, peu
de temps après la relance
de la violence en Israël
et en Palestine.
Ce n'est qu'au lendemain
du 11 septembre 2001,
quand le djihad est porté
au cœur des Etats-Unis,
que l'administration de
George W. Bush remet
profondément en cause la
politique menée depuis
1979. Les deux régimes
fondés par les anciens
alliés des années 1980 - les
talibans en Afghanistan,
Saddam en Irak -
seront condamnés à
l'ablation chirurgicale,
alors que jusqu'alors,
dans le contexte de la
paix illusoire israélo-palestinienne,
on les laissait se nécroser
lentement, l'un sous
l'emprise de la charia,
l'autre de l'embargo. Si,
en 1991, Washington avait
choisi de neutraliser
l'Irak par l'embargo, afin
de réorganiser le
Moyen-Orient par sa façade
ouest, à partir du
processus de paix israélo-palestinien
puis israélo-arabe,
l'offensive actuelle
inverse l'ordre géographique
des priorités : en
éliminant Saddam, il
s'agit de réintroduire au
cœur du Moyen-Orient
l'acteur irakien, avec son
potentiel économique
considérable mais dilapidé
par la dictature
militaro-baasiste puis gelé
par l'embargo. Cette
dynamique qui vise à
transformer le
Moyen-Orient par une
impulsion venue de l'est,
à en faire une zone de
paix et de prospérité
dans laquelle Israël
serait intégré à terme,
pousse à son terme la
rupture avec la stratégie
suivie par la Maison
Blanche depuis 1979.
Après avoir éliminé les
anciens alliés
djihadistes afghans en
supprimant le régime des
talibans à l'automne
2001, c'est l'ancien
partenaire irakien, ultérieurement
neutralisé, qui est in
fine l'objet d'une reprise
en main directe, par
l'engagement des troupes
américaines au sol. La
politique du recours à
des sous-traitants locaux
avait paru moins coûteuse
à court terme, et même,
un temps, payante. Mais la
facture véritable fut présentée
avec le terrorisme des années
1990, l'échec du
processus de paix en 2000,
la menace sur la sécurité
des approvisionnements pétroliers
et les attentats du
11-Septembre. Pour
Washington, le coût se révélait
très supérieur aux économies
en hommes et en dollars
que l'on avait cru faire,
et le danger plus grand
qu'on ne l'imaginait :
il fallait refermer pour
de bon la boîte de
Pandore ouverte en 1979.
George W. Bush est
prisonnier du calendrier,
qui lui impose une
victoire rapide et sans
appel. Sans quoi, il
risque d'ouvrir un peu
plus la boîte de Pandore,
en libérant dans le
Moyen-Orient tout entier
les forces hostiles qui
risquent de désagréger
la région, et d'y rendre
plus difficile encore l'établissement
de la pax americana.
haut
Palestiniens
- L’implantation reste la
crainte numéro un qui obsède
le Liban
par
EMILE KHOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 12
avril 2003
Après
l’Irak, le conflit
israélo-arabe dont le
nucleus est la question
palestinienne. A
Beyrouth, le pouvoir, et
plus précisément le régime,
redoute avant tout que
le problème des réfugiés
palestiniens ne se
trouve pas résolu dans
le cadre d’un règlement
général. Car cela
consacrerait définitivement
l’implantation, un
prix périlleux à payer
pour ce pays. Pour y
parer, il faut une unité
des rangs, aussi bien
arabe que locale, en
coopération étroite
avec la Syrie. Une
dilution de la solidarité
arabe, de la cohésion
interne comme du
jumelage permettrait à
Israël d’imposer
facilement ses vues. Qui
sont que les réfugiés
palestiniens doivent
rester là où ils sont
malgré la résolution
numéro 194 de l’Assemblée
générale de l’Onu
qui ordonne leur retour
dans leurs foyers
d’origine. Sur ce
point précis, la droite
et la gauche israéliennes
sont d’accord. Or il
est connu que, seul
parmi les pays hôtes,
le Liban n’est pas en
mesure d’assumer
l’implantation. Tant
pour des raisons démopolitiques
que socioéconomiques.
Les autorités
libanaises pensent dès
lors qu’il faudra,
bientôt, une nouvelle
mobilisation, commençant
par des concertations élargies
avec les forces actives,
contre le danger qui
pointe son nez à
l’horizon. Ainsi,
apprend-on de source
bien informée, que le
président Lahoud
compte, lors de sa
prochaine entrevue de Pâques
avec le cardinal Sfeir,
mettre l’accent sur ce
problème. D’autant
qu’Israël va sans
doute tenter de
provoquer, d’une manière
ou d’une autre, des
divisions dans les rangs
des Libanais quant à la
présence palestinienne
chez eux. Ou encore
d’exploiter, en les
attisant, d’éventuels
tiraillements sur des
questions intérieures
comme la loi électorale,
la décentralisation
administrative ou la
formation d’un nouveau
gouvernement. Une action
de sape à laquelle
pourraient concourir,
c’est un risque que
les loyalistes
entrevoient, des forces
qui misent sur
l’affaiblissement du rôle
syrien par suite de la
guerre en Irak.
Selon les mêmes
sources, pour éviter
les divisions, il
faudrait continuer à
laisser de côté les
sujets qui peuvent
provoquer des polémiques,
comme le code électoral.
Ou même,
ponctuellement, comme le
changement ministériel.
Car, ajoute-t-on, il est
essentiel de préserver
à tout prix l’unité
qui s’est dégagée au
sujet de l’Irak. Ces
personnalités précisent
que Bkerké peut jouer
un rôle important à
cet égard. En répétant
qu’il faut renforcer
la coordination-coopération
avec la Syrie. Dont le
soutien peut être décisif
pour parer au danger
d’implantation. Les
deux pays pourraient de
la sorte s’engager
mutuellement à ne rien
signer avant que la
question des réfugiés
ne soit réglée d’une
manière conforme au
droit inaliénable de
retour, et à la légalité
internationale que
traduit la 194. Qui
trouverait bien plus
facilement son
application par la création
d’un Etat palestinien
où les réfugiés
pourraient
s’installer. A
moins que, dotés de
passeports en règle délivrés
par cet Etat, ils ne
choisissent d’autres
destinations, avec le
statut normal de
voyageurs, d’immigrés,
de naturalisés éventuels
ou de ressortissants étrangers,
au Liban comme ailleurs.
Outre l’aide syrienne,
le Liban devrait pouvoir
compter sur les pays
arabes frères, qu’il
doit relancer à cet
effet. Tout en démarchant
les décideurs ou les
parties influentes,
comme les Etats-Unis, la
France, la
Grande-Bretagne et la
Russie. En l’état
actuel des choses,
Beyrouth est
pratiquement assuré du
soutien de l’Europe,
de Paris et de Londres
en particulier. Ces deux
capitales mènent en
effet une sorte de
forcing pour activer la
"feuille de
route" du quartette
sans tarder. Tony Blair,
l’allié numéro un du
président Bush, ne
cesse de répéter
qu’il est primordial
d’accélérer le
processus de paix dans
la région, et un règlement
israélo-palestinien
pour dissiper le climat
d’inquiétude sécuritaire
qui découle des
attentats du 11
septembre. Il pense de même
qu’un traitement américain
diligent du dossier
permettrait à
Washington de réparer
les dégâts en ce qui
concerne ses relations
avec les Arabes comme
avec certains pays européens
opposés à la ligne
belliciste suivie en
Irak. Sur le plan local,
poursuivent ces sources,
il faut mettre en
exergue le préambule de
la Constitution qui
rejette l’implantation
autant que la partition.
Car si l’on admet
l’une, on finit par réclamer
l’autre. A la
grande satisfaction d’Israël
qui ferait de la sorte
d’une pierre deux
coups. Ces personnalités
loyalistes invitent
enfin l’Assemblée
nationale à proclamer
solennellement, à
l’unanimité de ses
membres, le refus de
l’implantation.
haut
Pâques
assombries pour les chrétiens
d'Orient
Particulièrement
affectés par la guerre en
Irak, les fidèles craignent
l'exacerbation du
fondamentalisme musulman au
Moyen-Orient
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
le Figaro le 19 avril 2003
Le ciel était gris
vendredi à Beyrouth pour
un vendredi saint vécu
dans la ferveur par les
chrétiens du Liban
rattachés à Rome. Les
orthodoxes, minoritaires
au pays du Cèdre, célébreront
Pâques dans une semaine.
Les chrétiens d'Orient
vivent d'autant plus
intensément Pâques que
le calvaire du Christ,
selon la tradition, s'est
déroulé tout près de
chez eux, il y a un peu
moins de deux mille ans.
Cette année, ils sont
nombreux à chercher
refuge dans la piété
religieuse, car les nuages
s'amoncellent sur le
Moyen-Orient, berceau des
trois monothéismes. Tout
au long de la semaine
sainte, les prières et
les homélies des églises
catholiques libanaises ont
évoqué les violences qui
endeuillent la région. Célébrant
le jeudi saint dans la
cathédrale Saint-George,
l'évêque maronite de
Beyrouth, Mgr Boulos
Matar, a notamment évoqué
le sort des Palestiniens
et des Irakiens. Et, hier,
pour le vendredi saint, un
véhicule itinérant
diffusait par haut-parleur
dans les rues de Beyrouth
un Stabat Mater chanté
par Feyrouz, la diva
libanaise qui fait vibrer
le monde arabe tout entier
par ses odes à Beyrouth,
Jérusalem ou Bagdad. Sa
voix empreinte de
tristesse exprime une
inquiétude commune à
tous les peuples de la région,
avec, pour certaines
communautés chrétiennes,
une anxiété exacerbée
en raison des incertitudes
politiques au
Moyen-Orient.
Minoritaires, les chrétiens
d'Orient vivant en terre
d'islam craignent plus que
tout une flambée du
fondamentalisme musulman.
En ce sens, la plupart
d'entre eux poussent un
soupir de soulagement, car
le pire a pour l'instant
été évité lors de la
guerre américaine en
Irak. "Les prises de
position du pape Jean-Paul II
contre le recours aux
armes ont contribué à désamorcer
les craintes des chrétiens",
explique Fady Noun, un
journaliste spécialiste
des questions religieuses
à L'Orient-Le Jour.
En condamnant de façon
catégorique la campagne
américano-britannique, le
Pape a en effet réfréné
le formidable potentiel de
déstabilisation qu'aurait
eu la guerre si elle avait
été perçue uniquement
comme une
"croisade"
contre le monde musulman.
Un danger immédiatement
ressenti par les chrétiens
du monde arabe qui se démarquent
nettement des
fondamentalistes
protestants entourant le
président américain
George Bush.
"L'article que j'ai
écrit à ce sujet m'a
valu de nombreux
commentaires élogieux, y
compris parmi les
musulmans", témoigne
Fady Noun. Certains
pensent même que les
positions du Pape
pourraient contribuer à
relancer le dialogue
islamo-chrétien,
ajoute-t-il.
Dans son message de Pâques,
le patriarche des
maronites, le cardinal
Nasrallah Sfeir a redit sa
crainte que "la
violence n'engendre que la
violence" et appelé
en conséquence à
"l'unité des rangs
pour faire face aux plans
qui se trament contre la région".
Le patriarche qui est
considéré comme le chef
de file de l'opposition
chrétienne à l'influence
de Damas au Liban a lui-même
montré l'exemple en
rendant hommage à la
"sagesse" et à
la "vigilance"
du président syrien
Bachar el-Assad pendant la
crise irakienne. De son côté,
le secrétaire général
du conseil des Eglises
d'Orient, Riad Jarjour, a
appelé les chrétiens de
la région à "se
contenter de prières et
d'éviter de manifester
des signes de joie. Car la
joie de Pâques n'est pas
complète quand on ne la
voit pas se concrétiser
dans la vie de nos
peuples. Nos parents
d'Irak n'ont pas fini
d'enterrer leurs morts et
de s'interroger avec une
grande inquiétude sur
l'avenir dans cette
situation de chaos née de
la guerre
d'oppression".
La prudence extrême des
autorités religieuses chrétiennes
d'Orient s'explique par
les craintes ressenties à
des degrés divers par les
"Nazaréens"
suivant les pays dans
lesquels ils vivent. En
Irak, la minorité chrétienne
ne représente plus
aujourd'hui que 2 % de la
population. Si elle a subi
le joug de Saddam Hussein,
au même titre que
l'ensemble des Irakiens,
elle redoute de servir de
bouc émissaire en raison
de l'allégeance au régime
baasiste de certains de
ses représentants. La
perspective d'une éventuelle
prise du pouvoir par le
clergé chiite, n'est pas
non plus de nature à la
rassurer. En Syrie, les
chrétiens sont considérés
comme des alliés
objectifs du régime aux
mains d'une autre minorité
confessionnelle, les
alaouites. Bien qu'elles
ne soient pas encore très
précises, les pressions
exercées par les
Etats-Unis sur le président
Assad les placent sur la défensive.
Au Liban, bien que
proportionnellement plus
importante que dans les
pays voisins, la communauté
chrétienne reste déchirée
entre la nostalgie de l'époque
où elle dominait le pays,
et la nécessité de
trouver un terrain
d'entente avec les
musulmans.
haut
Des
milliers de Chypriotes
franchissent la "ligne
verte"
publié par l'AFP le 23
avril 2003
Des milliers de
Chypriotes, grecs et
turcs, ont franchi
mercredi la "ligne
verte" entre le nord
et le sud de l'île,
profitant dans l'allégresse
du feu vert donné par les
autorités des deux côtés
après 29 ans de séparation
quasi hermétique. Mais,
pour le gouvernement de la
République de Chypre
(sud, internationalement
reconnue), le mur entre
les deux zones de l'île
n'est pas pour autant tombé:
"Nous sommes pour la
libre circulation, mais le
mur n'est pas tombé parce
que le problème chypriote
(la division de l'île)
n'est pas réglé", a
affirmé le porte-parole
du gouvernement Kypros
Chrysostomidès. En fin de
soirée, près de 3.000
Chypriotes-turcs étaient
passés dans la zone sud,
alors que 1.250
Chypriotes-grecs ont
traversé dans le secteur
nord de l'île occupé par
l'armée turque depuis
1974, selon les
responsables de la police
aux postes de contrôle,
qui n'ont relevé aucun
incident. Après avoir
patienté près d'une
heure, le temps que les
autorités s'accordent sur
les formalités, quelque
140 Chypriotes grecs sont
entrés dans le nord de l'île,
sous les applaudissements
timides de quelques
Chypriotes turcs.
M. Chrysostomidès a
expliqué que les procédures
pour le passage de
Chypriotes-turcs étaient
un peu longues parce que
"certains d'entre eux
n'avaient pas leur carte
d'identité
chypriote".
"Nous devons faire
des vérifications (mais)
nous faisons tout notre
possible pour leur
permettre d'accéder"
à la zone sud, a-t-il
ajouté. Pour Serdar
Denktash, vice-Premier
ministre de la République
turque de Chypre du Nord (RTCN),
et fils de Rauf Denktash,
le dirigeant de cet Etat
autoproclamé en 1983, ces
passages constituent
"un début".
"Tout ce que nous
essayons de faire, c'est
de laisser les gens
traverser (la ligne verte)
dans les deux sens et voir
que leurs préjugés ne
sont pas fondés. C'est
une tentative pour amener
nos peuples à se
comprendre les uns les
autres", a-t-il déclaré,
ajoutant : la division de
l'île doit être résolue
"pas à pas, pierre
par pierre". "Je
ne pensais pas qu'ils nous
laisseraient passer",
s'exclame une jeune
Chypriote turque, Peri
Salik, venue visiter le
sud de la capitale. La
jeune femme estime
qu'"il n'y a pas de
différences entre
Chypriotes grecs et turcs.
Seule la langue nous sépare".
La famille Salik au grand
complet - huit personnes
au total - est venue
passer une journée de
vacances à Nicosie-sud,
ballade et lèche-vitrine
au programme. S'extasiant
devant les magasins de
chaussures, Peri remarque
que, de ce côté-ci de la
"ligne verte",
"c'est plus
cosmopolite, ça a un air
plus européen".
Hassan Pala, musicien
chypriote-turc de 48 ans,
né près de Paphos
(sud-ouest), actuellement
dans la partie chypriote
grecque, exprime lui aussi
son bonheur. "J'ai
voyagé dans le monde
entier, mais je ne pouvais
pas me rendre dans mon
lieu de naissance.
Maintenant, c'est
possible", explique
ce barbu aux épaules carrées,
qui, après avoir traversé
la ligne, cherche un moyen
de transport pour son
village natal, à 150 km
de Nicosie. "La
direction de Kyrénia,
c'est comment en
turc?" demande un
Chypriote grec, désireux
de se rendre dans ce petit
port sur la côte nord.
"Girne", lui répond
courtoisement un Chypriote
turc, en anglais, la
langue la plus utilisée
mercredi entre les membres
des deux communautés, même
si quelques Chypriotes
turcs âgés parlent
encore le grec.
Lundi, la RTCN avait
annoncé que ses
ressortissants seraient
autorisés à passer
"librement" dans
le sud entre 06h00 GMT et
21h00 GMT à partir de
mercredi. Le gouvernement
de la République de
Chypre avait répondu
mardi qu'il ne
s'opposerait pas au libre
passage des Chypriotes
turcs, mesure dont il
envisageait l'application
depuis quelques semaines.
La République de Chypre a
signé le 16 avril à Athènes
le traité d'adhésion à
l'Union européenne (UE),
qui ne concernera pas les
Chypriotes-turcs tant que
l'île ne sera pas réunifiée.
Chypre est divisée depuis
1974, lorsque l'armée
turque a envahi sa partie
nord en réponse à un
coup d'Etat d'ultranationalistes
chypriotes grecs qui
voulaient rattacher l'île
à la Grèce.
haut
Quand
le "Times" imagine
le bombardement de Paris
L’Europe
est désunie, le monde arabe
déprimé, la presse américaine
en proie aux premiers
doutes. Le nouvel ordre géopolitique
s’annonce compliqué
paru dans Courrier
International le 16 avril
2003
"Cheveux au vent,
Dominique de Villepin
poursuit sa quête pour un
monde multipolaire."
"La Tribune de Genève"
salue "la foi de
missionnaire" du
ministre français des
Affaires étrangères,
mais remarque que Paris a
pris "un léger coup
de vieux", "en
mal de vrais alliés".
Le "Times" de
Londres s’en amuse et
imagine l’assaut de
Paris par le Pentagone :
"La France
constituait une menace
claire et immédiate. La
coalition devait prévenir
toute attaque." Bilan ?
Le Louvre bombardé par
erreur, l’Elysée réduit
à un cratère de 15 mètres
de profondeur, et la chute
"étonnamment
rapide" du régime de
Paris. A quelques heures
du sommet de l’Union
européenne d’Athènes,
"ABC" de Madrid
prévient la "vielle
Europe" qu’elle
devra sans doute remiser
au placard ses rêves de
puissance. Un constat que
n’épouse pas "The
Independent" de
Londres : vu du
continent, "c’est
la Grande-Bretagne, et non
‘la vieille Europe’,
qui paraît isolée".
De son côté, le Polonais
Wladyslaw Bartoszewski,
dans "Die Welt"
de Berlin, plaide pour une
nouvelle Europe : ni
"vieille" ni
"nouvelle", mais
étroitement liée aux
Etats-Unis.
Un mirage
potentiellement dangereux
"Les Français célèbrent
toujours la chute de la
Bastille, mais la
consolidation de la démocratie
qui a suivi, a pris des décennies",
souligne le
"Washington
Post". La réforme
politique de l’Irak est
un chemin bordé d’ornières,
note le journal :
d’un côté "la
restauration"
partielle de l’autorité
du parti Baas, de
l’autre "la révolution"
et la victoire des extrémistes.
Le "New York
Times" se veut
cependant optimiste,
certain du "trésor
caché" que recèle
l’Irak : "les
traditions de société
civile et de pluralisme
culturel qui existaient
avant la prise de pouvoir
de parti Baas en 1968,
ensuite restées en
sommeil."
"Maintenant libres de
protester, les Irakiens se
plaignent des Américains",
rapporte par ailleurs le
"New York
Times". Parmi les
plus actifs figurent les
chiites, minorité opprimée
sous Saddam Hussein.
Certains, "depuis les
taudis de Saddam City,
exigent un Etat
islamiste". Il faut
dire que le refrain américain
"les Irakiens nous
aiment beaucoup"
tient du "mirage
potentiellement
dangereux", relève
le "Toronto
Star".
Les médias arabes
retournent leur veste
Plusieurs éditoriaux
arabes reviennent sur la
couverture de la guerre
par les chaînes de télévision
comme Al Jazira. Le plus
critique est le quotidien
saoudien "Okaz"
: "Soudain les médias
arabes retournent leur
veste. Depuis que Saddam
Hussein est renversé, il
est présenté comme un
tyran et non plus comme le
symbole de la résistance
et de l’honneur arabes.
Désormais, Al Jazira dit
que la destruction des
statues de Saddam est le
prélude à l’aurore
d’un nouvel Irak, alors
qu’hier encore, cette
chaîne diffusait les
diatribes de la propagande
irakienne. Pour ces
journalistes, le véritable
choc était de voir les
Irakiens acclamer spontanément
les libérateurs américano-britanniques."
Il faut rappeler que la présence
massive de troupes américaines
sur le sol saoudien depuis
la première guerre du
Golfe en 1991 est très
controversée à l’intérieur
même de l’Arabie
Saoudite.
Le grand quotidien
panarabe "Al Hayat"
écrit : "Alors
que les Irakiens dansaient
dans les rues de Bagdad et
acclamaient les
envahisseurs, le reste du
monde arabe était gagné
par la stupeur, la déception
et la résignation. Le
contraste était criant
entre la réalité des
Irakiens et le rêve du
nationalisme arabe cultivé
dans les médias."
"Al Quds al-Arabi",
en revanche, prend la défense
des chaînes
d’information arabes :
"Certes, tout n’était
pas irréprochable, mais
la campagne quasi coordonnée
contre ces chaînes est
suspecte. Elles ont tout
de même contribué à révéler
la face cachée de
l’agression contre
l’Irak. Elles méritent
plus que notre estime pour
ne pas avoir laissé aux médias
occidentaux la possibilité
d’imposer au monde
entier leur vision des
choses."
L’Australie entre
doute et réticences
"Il est maintenant évident
que l’Australie jouera
un rôle clé dans
l’administration américaine"
de l’Irak, affirme une
ancienne diplomate dans le
"Sydney Morning
Herald".
"L’alliance de l’Australie
avec les Etats-Unis reste
vitale. Mais de vrais amis
respectent leurs différences
respectives. Nous avons le
droit de restreindre notre
rôle dans cette
occupation
dangereuse." Toujours
dans le "Sydney
Morning Herald",
Kevin Rudd, porte-parole
de l’opposition, pose
ses questions au
gouvernement :
"Qu’envisagez-vous
de faire avec vos
coadministrateurs anglais
et américains pour
enrayer le pillage des hôpitaux ?
Quelles sanctions
pourraient être exigées
contre l’Australie à la
Cour internationale de
justice, si elle faillit
à ses devoirs de force
d’occupation ?"
De son côté, le
"Canberra Times"
s’inquiète de
"l’anarchie"
en Irak : "Les
Etats-Unis et la coalition
doivent passer non pour
une armée d’occupation,
mais pour les partenaires
d’une nation libre et
reconstruite." Raison
pour laquelle le journal
australien demande le
soutien rapide de l’ONU.
Enfin, "The Age"
de Melbourne se demande
"comment s’y
prendre avec les
Etats-Unis".
"L’administration
Bush devrait reconnaître
qu’elle ne peut vivre
sans alliés, ni sans
consulter sur sa
politique, ni même
parfois sans
s’interroger sur ses
propres actions."
haut
Hans
Blix s'en prend aux "salopards"
de Washington
Le chef des inspecteurs de
l'ONU qualifie de "salopards"
ses détracteurs et relance
la polémique sur l'exagération
de la menace représentée
par l'arsenal de Saddam
Hussein
paru dans le Figaro le
12 juin 2003
Le chef des inspecteurs de
l'ONU, Hans Blix, qui doit
quitter officiellement ses
fonctions à la fin du
mois, a qualifié hier de "salopards"
certains membres de
l'Administration américaine
qui, selon lui, n'ont cessé
de lui tailler des croupières.
Dans une violente diatribe
à l'encontre de ces
responsables américains,
Hans Blix a déclaré,
dans une interview au
quotidien The Guardian
: "J'ai mes détracteurs
à Washington. Il y a des
salopards qui se sont répandus
à gauche et à droite, et
qui naturellement ont
distillé des choses
ignobles contre moi dans
les médias." Hans
Blix accuse également
Washington de considérer
les Nations unies comme un
"pouvoir étranger"
qu'il aimerait voir
disparaître sans laisser
de trace. J'ai été traîné
dans la boue à un "niveau
bien bas", a-t-il
répondu à la question de
savoir s'il avait été
l'objet d'une campagne de
calomnie délibérée. "Mes
relations avec les Américains
ont été dans l'ensemble
bonnes", a ajouté
Hans Blix commentant la façon
dont il avait été traité
sur l'inspection des armes
en Irak. Mais, s'est-il
empressé d'ajouter, dès
que la guerre s'est profilée,
Washington "a fait
pression" sur ses
inspecteurs pour que les
termes de leurs rapports
soient plus dommageables
pour l'Irak. Hans Blix
ajoute que
l'Administration du président
George W. Bush a été
particulièrement irritée
par le fait que les
inspecteurs "n'aient
pas fait plus de cas"
de la découverte en
Irak de bombes à
fragmentation et de drones
à l'approche de la
guerre.
Hans Blix se dit convaincu
qu'il y a des personnes
dans l'Administration Bush
qui "ne verraient
aucun inconvénient à
voir disparaître l'ONU et
la voir couler dans l'East
River". Washington,
toujours selon Blix,
considère cette
organisation non pas comme
une institution où les
Etats prennent des décisions
mais comme un "corps
étranger". Enfin,
le chef des inspecteurs de
l'ONU déclare "ne
pas avoir d'idée" sur
la question de savoir si
des armes de destruction
massive (ADM) pourront être
trouvées, un jour, en
Irak. Lors d'une interview
accordée à la chaîne de
télévision américaine
ABC, le chef des
inspecteurs de l'ONU chargés
du désarmement de l'Irak
a par ailleurs estimé que
"la plupart des
renseignements acquis n'étaient
pas solides. Peut-être
croyaient-ils (les Américains)
qu'ils étaient
solides. Mais cela ne nous
a pas menés aux bons
endroits", a
ajouté M. Blix.
haut
paru dans Point de Vue
le 11 juin 2003
Le prince et la princesse
Edouard de Lobkowicz
savent mieux que quiconque
de quoi est faite une
grande soirée. Parce que,
tous les deux ans, ils
organisent ce dîner au
profit de l'Ordre
souverain de Malte au
Liban. Un événement à
chaque fois mémorable.
"Cela représente six
mois de travail",
confie le prince Edouard
de Lobkowicz, rendant
ainsi hommage à Pierre
Celeyron, qui a beaucoup
contribué à la réussite
de gala. "Mon épouse,
née Bourbon-Parme, était
ravie que ce dîner se
passe au château de
Vincennes, là où son ancêtre,
Saint-Louis, rendait la
justice." C'est donc
dans ce haut lieu de
l'histoire que Madame
Chirac et les autres invités
ont aussi écouté, dans
le plus grand
recueillement et avant de
passer à table, la voix
d'ange de soeur Marie
Keyrouz, venue du Liban.
Pour cette grande figure
de la musique sacrée
d'Orient et d'Occident,
"le chant est
l'unique occasion
d'exprimer une vérité
qui, autrement, serait
inaudible".
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