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PRESSE  RJLIBAN  N°93 - sélection du printemps 2003 (2)  

                                       

TITRES
 
L'Amérique sur tous les fronts
 
par PIERRE ROUSSELIN, publié dans le Figaro le 14 juin 2003
George W. Bush n'a jamais dit que ce serait facile. Mais, un peu plus de deux mois après la chute de Saddam Hussein, la guerre mondiale ouverte par l'Amérique contre le terrorisme l'oblige à se battre sur tous les fronts. En Irak, les combats viennent de reprendre de plus belle. Les forces américaines ont dû s'engager ces derniers jours dans des opérations antiguérilla d'envergure. Après les démonstrations de force des chiites, ce sont les sunnites qui mènent maintenant la résistance. La guerre, en fait, paraît loin d'être finie. En Afghanistan, où la victoire éclair des Etats-Unis remonte à décembre 2001, les GI sont toujours la cible de talibans et des réseaux d'al-Qaida, capables de commettre des attentats même au cœur de la capitale. En Israël et dans les Territoires palestiniens, la situation est encore plus désespérante. Il a suffi que George W. Bush s'implique enfin personnellement en faveur d'un plan de paix pour que la violence se déchaîne à nouveau, sans que l'on voie ce qui pourrait l'arrêter. La victoire à Bagdad a-t-elle vraiment donné à la diplomatie américaine davantage de force de persuasion vis-à-vis des Palestiniens et des Israéliens? C'était l'espoir entretenu à Washington. En fait, la trêve des attentats et des représailles n'aura duré que le temps où chacun se demandait comment tournerait la guerre en Irak.
Aujourd'hui, Ariel Sharon s'engage dans une lutte à mort contre les islamistes palestiniens du Hamas. Il sait qu'il épouse ainsi la cause en vogue à Washington. Il peut donc compter sur le soutien indéfectible du protecteur américain. Mais pour George W. Bush, le moment n'est pas le meilleur pour se laisser entraîner dans un nouveau labyrinthe. Si l'Amérique veut l'emporter dans cette guerre mondiale contre le terrorisme, il lui faut être maître du temps comme de l'espace. Il lui faut pouvoir décider où livrer bataille, contre qui et à quel moment. Jusqu'à présent, ce fut le cas. En Afghanistan - peu après les attentats du 11 septembre 2001 - certainement; en Irak aussi : ce ne sont pas les tergiversations du Conseil de sécurité qui ont perturbé les plans du Pentagone... La reprise soudaine de la guerre israélo-palestinienne prive George W. Bush de sa meilleure carte : celle qu'il aurait eue en main à Bagdad s'il avait pu apaiser le conflit à Jérusalem. A contrario, les combats en Irak et la violence dans les Territoires palestiniens risquent fort de nourrir le sentiment anti-américain et anti-israélien dans la région et de la déstabiliser pour de bon. A l'heure où Washington encourage ouvertement les manifestations d'opposants à Téhéran, il serait peut-être bon pour l'Amérique de ne pas chercher à trop en faire. A moins de partager le diagnostic des "néoconservateurs" du Pentagone, selon lesquels rien n'est pire que le statu quo au Proche-Orient.    haut

 

Feuille de déroute

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 6 juin 2003

Faut vraiment être Texan, imbibé de pétrole et gavé de bretzels, pour espérer voir en 48 heures Palestiniens et Israéliens téter goulûment le calumet de la paix. Et avec quels interlocuteurs ! De Charm el-Cheikh à Aqaba, la brochette est édifiante : un potentat égyptien en complet veston, mais sans moustache ; un roi hachémite de droit divin plutôt sympa, mais qui contrairement à son père ne casse pas des masses ; un sous-roi saoudien béat qui voit sur son sol défiler les attentats comme on regarde passer les trains ; un assassin hébreu patenté, camouflé en baril de détergent ; et pour finir, un benêt palestinien ramolli dont la dégaine préfigure plutôt une "feuille de déroute". Bush fiston peut être fier de ses fréquentations. Non mais, tu le vois, toi, l’Etat palestinien ? Y a qu’à regarder la carte : un mouchoir de poche tellement caviardé que pour aller de sa chambre à coucher aux toilettes, le Palestinien moyen devra se tortiller le bas-ventre en slalomant entre les colonies. Un bout de pays par ailleurs mis en coupe réglée par des enragés du système pileux, moteurs humains à explosion pour bus israéliens bondés ou emplâtreurs de pizzerias surpeuplées…
En face, leurs alliés naturels : Ariel le Rouge et sa cohorte d’agités de la kippa qui, malgré leurs promesses, ne rêvent que de ce tête-à-tête sanglant. Alors, forcément, le reste est facile. Plus les bombes tombent, plus les barbes poussent. Avec en prime, le mensonge levantin érigé en intelligence politique. Les Palestiniens veulent négocier mais en tirant, les Israéliens veulent continuer à les massacrer tout en négociant. Et c’est ce Proche-Orient délabré qui inspire des "visions" au lampadaire de la Maison-Blanche. Il aurait pu aussi, comme Jeanne d’Arc, entendre des voix, mais on l’a échappé belle. Ne reste plus que les Syriens et leurs comparses libanais pour compléter la kermesse. Mais là, ce sera au tour des Français de rigoler. Différence d’approche, nouvelle méthode de travail, gazouillis littéraire sur les libertés et les droits de l’homme… V’là autre chose que les tapis de bombes largués entre un chewing-gum et un McDo. Décidément, Pentagone et Hexagone sont deux figures qui ne se superposent pas…    haut
 
Liban-France - Hariri s'entretient durant 2 heures avec Chirac à l’Elysée 
Le Premier ministre accuse le gouvernement Sharon de saboter le plan de paix

 

par ELIE MASBOUNJI, publié dans l'Orient-le Jour le 14 juin 2003

Au terme d’un tête-à-tête de deux heures avec le président Jacques Chirac hier à l’Elysée, le chef du gouvernement libanais, M. Rafic Hariri, a exprimé son inquiétude et celle de son hôte à l’égard de la détérioration de la situation à Gaza et en Cisjordanie ainsi que de la conjoncture en Irak, affirmant que cela est dû au comportement du gouvernement de M. Ariel Sharon qui, tout en approuvant la "feuille de route" américaine, tente de saboter les efforts de paix dans la région. Le chef du gouvernement s’est félicité par ailleurs du succès du congrès des investisseurs brésiliens d’origine libanaise qui vient de se tenir à Rio de Janeiro en sa présence et en présence du chef de l’Etat brésilien. M. Hariri qui a répondu comme à l’accoutumée aux questions des journalistes qui l’attendaient dans la cour de l’Elysée après son entretien avec le président Chirac - de 9 à 11 heures - a indiqué par ailleurs que les contours de "l’autre feuille de route" (celle que vient de proposer M. Solana, prévoyant une solution au conflit entre Israël, d’une part, et le Liban et la Syrie, d’autre part) restent imprécis et qu’il ne s’agit là que d’une simple idée préconisant une paix globale au Proche-Orient.
A un journaliste qui lui demandait quand la "feuille de route" européenne serait officiellement proposée, M. Hariri a lancé : "Il faut poser cette question à M. Solana qui a parlé de son projet après sa visite au Liban et en Syrie et en a discuté avec les responsables européens et russes." A la question de savoir s’il s’était entretenu avec le président Chirac du terrorisme et du Hezbollah, M. Hariri s’est contenté de déclarer que l’entretien de l’Elysée a porté sur la Cisjordanie et Gaza où il apparaît clairement que la détérioration de la situation est due au fait qu’Israël ne semble pas vouloir appliquer la "feuille de route" américaine en dépit de l’engagement ferme de Washington à réaliser la paix au Moyen-Orient. "Le président Chirac m’a dit que lors du sommet d’Evian, le président Bush lui avait réaffirmé son engagement en faveur d’un règlement dans la région", a poursuivi M. Hariri qui a toutefois constaté que la situation sur le terrain n’est guère encourageante du fait des tentatives israéliennes de menacer les efforts de paix. Après avoir indiqué qu’il avait convenu avec le chef de l’Etat français de la nécessité d’un règlement de paix englobant le Liban et la Syrie, M. Hariri a souligné qu’à sa connaissance, il n’y avait pas de propositions françaises pour arrêter la détérioration de la situation dans la région.
Concernant les pressions américaines sur la Syrie et le Liban qui semblent quelque peu avoir baissé, le Premier ministre a dit qu’il n’y a rien de nouveau à cet égard, que la situation se complique tant en Cisjordanie et à Gaza qu’en Irak, et que si de véritables pressions américaines n’étaient pas exercées sur Israël, "on ne sait pas où cela nous mènerait". Au sujet de la position du président Chirac sur l’Irak, M. Hariri a indiqué que le chef de l’Etat français a exprimé son attachement à la sauvegarde de l’unité, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Irak. Prié de dire s’il avait l’intention de se rendre prochainement en Arabie saoudite, le président Hariri a laissé entendre qu’une telle visite est en préparation et qu’il s’agirait de faire le point de la situation au Moyen-Orient avec les dirigeants saoudiens. A propos du congrès des hommes d’affaires et investisseurs libanais tenu au Brésil et auquel il vient de participer, M. Hariri a souligné l’enthousiasme des investisseurs brésiliens d’origine libanaise à initier des projets au Liban, ajoutant que dès son retour à Beyrouth, il évoquerait cette question avec le président Emile Lahoud afin que tout soit fait pour créer les meilleures conditions pour attirer ces investissements. "Les Libanais du Brésil représentent le double de la population du Liban et il faut tout faire pour les intéresser au Liban", a conclu M. Hariri.    haut
 
Attentat contre la TV du Premier ministre au Liban
 
publié par l'AFP le 15 juin 2003
Les locaux d'une télévision appartenant au Premier ministre libanais Rafic Hariri ont été la cible de tirs au lance-roquettes dans la nuit de samedi à dimanche à Beyrouth, un attentat qualifié par des responsables libanais de "tentative de déstabilisation". Cette attaque, la première du genre depuis la fin de la guerre (1975-1990), préparée par des professionnels selon les experts, a visé les locaux de la télévision al-Moustaqbal (Future TV) de M. Hariri, faisant des dégâts, mais pas de victimes. Elle a été revendiquée dans un communiqué par un groupe islamiste inconnu jusque-là qui se fait appeler "Ansar Allah" (partisans de Dieu), qui se manifeste pour la première fois et qui a averti qu'il allait récidiver. "Grâce à Dieu, un groupe de nos moudjahidines (combattants de l'Islam) ont ouvert le feu sur le local de la télévision al-Moustaqbal dans un message clair (...) à la direction de la chaîne et ceux qui sont derrière", selon le communiqué. "Notre opération vise à faire comprendre que nous ne permettrons pas à quiconque, qu'il soit puissant et influent, de tirer ses flèches empoisonnées sur le coeur de la résistance", ajoute le texte.
Deux roquettes de calibre 107 mm ont explosé dans les locaux de la Future TV, endommageant les équipements. Toutefois, les programmes de la télévision comme de la radio n'ont pas été interrompus. Cet attentat intervient sur fond de crise politique entre le président libanais Emile Lahoud, proche de la Syrie qui exerce une influence déterminante au Liban, et M. Hariri, dont les bonnes relations avec les Etats-Unis dérangent. Les deux hommes se disputent ouvertement les prérogatives de l'exécutif, à moins d'un an et demi de la fin du mandat présidentiel en novembre 2004. M. Hariri dont les relations avec M. Lahoud sont de notoriété publique orageuses, est soupçonné de vouloir barrer la route à la reconduction du chef de l'Etat à son poste. Ce bras de fer a provoqué un blocage des rouages du pouvoir et un dysfonctionnement du conseil des ministres, qui ne se réunit plus régulièrement depuis un mois en raison de profondes divergences notamment sur son ordre du jour. Le Premier ministre a commenté en termes sibyllins l'attentat, affirmant que le but "de l'attaque est de porter atteinte à la stabilité du Liban". Interrogé par l'AFP, un ancien ministre, qui a requis l'anonymat, a indiqué que cet attentat "est un message à M. Hariri, invité à obtempérer ou à se retirer". Pour le ministre de la Culture, Ghazi Aridi, qui s'est attelé dernièrement à réconcilier les deux hommes, les commanditaires de l'attentat "cherchent à torpiller les efforts déployés pour assurer l'harmonie entre les institutions de l'Etat".
Lors d'un forum de solidarité tenu à la Maison de la presse, le président du syndicat des rédacteurs, Melhem Karam, a affirmé que le ministre de l'Intérieur, Elias Murr, lui avait dit "avoir entre les mains des premiers indices et vouloir agir avec fermeté pour arrêter les auteurs" de l'attentat. Saisissant la balle au vol, le président de Future TV Nadim Mounlla a appelé M. Murr "à agir sans relâche, avec sérieux et le plus rapidement possible afin d'arrêter les criminels et les jeter en prison". M. Murr, gendre du chef de l'Etat, est intervenu en début de soirée sur la Future TV, affirmant qu'il s'agit probablement de groupes islamistes "extrémistes" qui ont agi contre des "modérés". "Le message ne vise pas uniquement la chaîne mais la stabilité et la sécurité dans le pays", a estimé pour sa part le ministre de l'Information Michel Samaha. La défection mercredi du chef druze Walid Joumblatt, un allié de longue date de M. Hariri et un homme connu pour son flair politique, a été, selon les observateurs, un signe annonciateur de l'affaiblissement de M. Hariri. "Hariri m'a perdu et je me range auprès de Lahoud", a-t-il déclaré mercredi après une rencontre avec le chef de l'Etat alors que le Premier ministre était en déplacement au Brésil.    haut
 
Les Casques bleus ou le chaos !
Proche-Orient - La spirale de la violence
 
par RENAUD DONNEDIEU DE VABRES, publié dans le Monde du 14 juin 2003
L'auteur est député d'Indre-et-Loire, vice-président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale
Quelques jours seulement après le sommet d'Aqaba, la terreur, la désolation et le malheur s'abattent de nouveau sur les Palestiniens et les Israéliens. La valse morbide des attentats et des représailles a donc repris malgré les déclarations encourageantes de Mahmoud Abbas et d'Ariel Sharon ces dernières semaines. Cette violence est intolérable. Il est temps que les Nations unies interviennent dans ce conflit pour sauver une "feuille de route"" dont chacun sait qu'elle est l'ultime espoir d'une paix juste entre les deux peuples. L'envoi de Casques bleus est une nécessité absolue pour garantir le respect d'un cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens, pour permettre aux négociations de se dérouler sereinement ; pour superviser le désarmement des groupes terroristes palestiniens, pour contrôler le démantèlement des colonies ; pour vérifier que l'aide internationale est uniquement affectée à l'amélioration des conditions de vie des Palestiniens ; pour résoudre le problème d'approvisionnement en eau des deux peuples ; pour faire en sorte que chaque partie retrouve le chemin de la fraternité.
Assistant en 1995 aux obsèques de Yitzhak Rabin sur le mont Herzl de Jérusalem, j'avais eu le sentiment, en partageant l'émotion générale particulièrement sincère et forte, que cette paix si proche allait de nouveau s'éloigner. De nombreux attentats en Israël plongèrent rapidement les deux peuples dans une spirale infernale à laquelle les accords d'Oslo ne résistèrent pas. Les trois années qui suivirent furent celles des rendez-vous manqués, de Paris à Charm el-Cheikh. Le sommet d'Aqaba et la suite qui y sera donnée sont notre ultime chance que la haine et la terreur reculent et pour que la voix des partisans de la paix résonne plus fortement que celle des fanatiques. La "feuille de route" prépare l'avenir. Seule une mobilisation internationale à l'initiative de l'Europe permettra de la graver dans le marbre. L'Europe de la rive septentrionale de la Méditerranée est culturellement proche de celle du Sud. Elle est éclairée par la lumière de la pierre blanche de Jérusalem et imprégnée du son des prières qui montent des synagogues, des mosquées et des églises. Elle a conçu cette "feuille de route" à partir d'un premier travail mené par la France et l'Allemagne. Elle a réimpliqué les Américains malgré leurs réserves dans cette nouvelle quête de paix et dans cette recherche d'une alchimie politique entre Israéliens et Palestiniens. Elle a lutté contre l'engourdissement et la lassitude de la communauté internationale en élaborant une sortie de crise acceptable par les Palestiniens, les Israéliens et les pays arabes.
Si les Américains ont les moyens de faire pression sur les Israéliens, les Européens ont une forte capacité d'influence sur l'Autorité palestinienne. La combinaison de leurs diplomaties respectives est une nécessité absolue pour optimiser les chances d'un accord. Les Israéliens et les Palestiniens ont prouvé au monde entier que, malgré les victimes et innombrables blessés, ils étaient capables de surmonter leur douleur et de redonner une chance à la paix. Ne décevons pas ceux qui, de Haïfa à Gaza, de Tel-Aviv au Caire en passant par Beyrouth et Amman, espèrent un jour vivre en paix et prospérer ensemble ! Nous devons agir pour garantir aux Israéliens de vivre dans un Etat dont le caractère juif est incontestable, de même que devra être incontestable le tracé des frontières du futur Etat palestinien, afin qu'il soit viable. Cette solidarité existait avant le déclenchement de la seconde intifada. Des partenariats avaient vu le jour, les Palestiniens travaillaient dans les entreprises israéliennes, les policiers des deux nations collaboraient, les hôpitaux israéliens accueillaient des femmes palestiniennes pour qu'elles accouchent.
Cette fraternité retrouvée est à portée de main malgré les bombes. Lors de mon séjour récent pourtant marqué par de monstrueux attentats, je me suis revu sur le mont Herzl. Cette fois-ci j'ai écarté cette appréhension qui me taraude depuis les obsèques de Yitzhak Rabin. Refusons la lâcheté qui consiste à retomber dans la fatalité du désespoir et agissons collectivement pour donner des moyens humains, logistiques et financiers sans précédent à la résolution de ce conflit. Tout est question de volonté politique. Il appartient dès lors à l'Europe et à la France de porter ce message et cette espérance au sein des Nations unies. C'est son devoir. Dans Proche-Orient, il y a proche !    haut
 
Eau, arbres, cultures : l’autre guerre d’Israël
Le ministre palestinien de l’Environnement parle des injustices dont son peuple est victime
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 juin 2003
Alors que les caméras sont braquées sur les incursions israéliennes quotidiennes dans les territoires palestiniens, sur les destructions de maisons et les meurtres de civils, une autre guerre, sournoise et terrible, a lieu sur cette terre. La question de la surexploitation israélienne des ressources hydrauliques, dont les Palestiniens sont privés, a été au centre des séances de travail des ministres arabes de l’Environnement, qui ont souligné la gravité de la situation. Youssef Abou Safia, ministre palestinien de l’Environnement, présent au Liban pour participer aux réunions avec ses collègues, brosse un tableau très noir des souffrances vécues par son peuple en raison de la dégradation écologique causée par le conflit : manque chronique d’eau, maladies dues à la pollution, vol de terre et de sable, déracinement d’arbres, etc. "L’eau et l’énergie ont toujours été au centre des préoccupations des Israéliens, depuis qu’ils ont conçu l’idée de fonder un Etat", affirme M. Abou Safia. "Aujourd’hui, ils surexploitent toutes les ressources, mais surtout l’eau, sans laquelle aucun Etat ne peut survivre." M. Abou Safia précise que la quantité d’eau disponible dans toute la Palestine est de 2,1 milliards de mètres cubes par an. "Il y a trois millions de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie", poursuit-il. "Ils n’ont accès qu’à 250 millions de mètres cubes par an, soit 10 % de la quantité d’eau totale. Même à l’intérieur des territoires palestiniens, sur les 850 millions de mètres cubes d’eau, Israël s’approprie 700 millions pour ses habitants."
Comment l’Etat hébreu empêche-t-il les Palestiniens d’avoir accès à leur eau ? "Il leur interdit de creuser des puits", déclare M. Abou Safia. "Cette politique est en vigueur depuis 1948. On ne nous autorise même pas à planter des arbres qui consomment trop d’eau sur nos propres terres, à moins d’obtenir un permis !" Comment le gouvernement palestinien revendique-t-il son droit ? Quel poids a le dossier de l’eau dans les négociations ? "Depuis les accords d’Oslo, ce dossier est continuellement ajourné", révèle-t-il. "Au cours des négociations qui ont eu lieu la semaine dernière, quand (le Premier ministre israélien Ariel) Sharon a prononcé le mot "occupation", l’opposition a été très forte de la part de la presse et des colons, qui lui ont reproché de renoncer à la terre mais aussi à l’eau." Il a rappelé qu’ "en 1919, celui qui devait devenir le premier président israélien en 1948, Haïm Weizman, a écrit une lettre à Lloyd George, alors Premier ministre de Grande-Bretagne, au moment de la préparation de l’accord de Sikes-Pycot, lui demandant d’élargir le mandat britannique jusqu’au fleuve Awali (Liban-Sud), afin de garantir l’eau du Litani et les cimes enneigées du mont Hermon". Selon M. Abou Safia, les Israéliens profitent de leurs incursions en territoires palestiniens, depuis le déclenchement de l’intifada il y a deux ans et demi, pour mener une guerre très particulière : ils détruisent systématiquement les puits d’eau, les réseaux d’eau potable et les arbres. "Comme ils jettent aussi leurs déchets chez nous, l’eau qui nous reste est polluée", poursuit-il. "Ils ont probablement enterré plus de 200.000 tonnes de déchets dangereux dans les territoires palestiniens. Eux ne boivent pas l’eau qu’ils savent sale, ils l’emploient dans l’agriculture et exportent leurs produits en Europe."
Mais les Palestiniens, eux, n’ont d’autre choix que de consommer de l’eau polluée, déplore le ministre. "Des études menées à Gaza et en Cisjordanie ont montré qu’aucune source d’eau n’était propre", raconte-t-il. "Les enfants, notamment, sont très touchés par ce problème. Nous essayons d’attirer l’attention des mères afin qu’elles préparent le biberon de leur nouveau-né avec de l’eau en bouteille. Nous aidons celles qui sont incapables d’acheter de l’eau afin d’éviter que l’enfant ne grandisse avec des déficiences au niveau du cerveau." Il poursuit : "L’eau n’est pas la seule ressource que les Israéliens s’approprient au détriment des Palestiniens. Ils volent également le sable et la terre en dessous, comme ils l’ont fait au Liban-Sud. Le sable est généralement utilisé dans l’industrie, mais il existe une couche de boue en dessous. En mélangeant les deux, ils obtiennent une excellente terre agricole." Selon le ministre, les Israéliens emploient la force, et il n’y a aucun moyen de leur faire face dans la situation actuelle. "Tout au long de l’intifada, les bulldozers et les camions n’ont pas arrêté de fonctionner", affirme-t-il. "Cette guerre secrète est plus dangereuse que le conflit déclaré : il s’agit d’une opération de destruction massive. C’est le bulldozer qui détruit les maisons, qui déracine les arbres, et réduit à néant des milliers de mètres carrés de terres agricoles", conclut-il.    haut 
 
Chirac se pose en rempart contre l'antisémitisme
Le chef de l'Etat a reçu hier le Crif, qui fête son 60e anniversaire
 
paru dans le Figaro le 23 mai 2003
Un discours pour rassurer. Un discours pour réconforter une communauté juive traversée par une réelle inquiétude. Hier, le président de la République a prononcé, à l'Elysée, à l'occasion du 60e anniversaire du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), des paroles qui étaient attendues par beaucoup, suite à la recrudescence des actes antisémites enregistrée ces derniers mois. S'exprimant devant des "visages amis" comme Ady Steg, Théo Klein, Jean Kahn, Henri Hajdenberg, ou Roger Cukierman, l'actuel président du Crif, mais aussi Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le président de la République a tenu à rappeler qu'il avait été le premier, en 1995, à reconnaître que "les juifs de France, entre 1940 et 1944 (ont été) pourchassés, traqués puis déportés avec le concours et la collaboration de l'Etat français". Insistant sur la nécessité pour la France d'honorer "son devoir de mémoire", le président a promis de combattre le négationnisme et a souhaité que l'on continue à "enseigner avec persévérance la Shoah au collège et au lycée". "Nous n'accepterons pas que, dans certaines classes, les cours sur le génocide nazi soient devenus impossibles. C'est l'autorité et la dignité de l'Etat qui sont en cause. C'est aussi l'idée que nous nous faisons de la République et de la France", a-t-il déclaré.
Mesurant le chemin parcouru par le Crif depuis sa création, le président a lancé : "Contre l'antisémitisme, la France est avec vous. Car c'est bien la France qui est agressée quand un juif est agressé sur son sol. Car c'est bien la France qui est insultée quand une synagogue brûle sur son sol. Car c'est bien la France qui est humiliée quand, sur son sol, un enfant juif est obligé de changer de collège pour échapper aux brimades, aux intimidations et aux insultes. Quand des juifs, parce qu'ils ne se sentent pas suffisamment entendus, soutenus, protégés, perdent confiance dans leur propre pays, c'est notre cohésion nationale tout entière qui est menacée." Et le chef de l'Etat de poursuivre : "La République doit à tous ses enfants la protection de la loi. L'antisémitisme est contraire à toutes les valeurs de la France. Il est insupportable." "C'est pourquoi le gouvernement exerce et exercera la plus grande fermeté à l'égard de tous les actes et de tous les propos à caractère antisémite", a dit Jacques Chirac, en ajoutant : "Nous ne laisserons pas faire l'apologie du crime et de la haine. La France n'est pas un pays antisémite." Le chef de l'Etat, qui a par ailleurs répété que la France ne devait pas être "une juxtaposition de communautés", a souligné que, dans "notre République, respectueuse de toutes les diversités, mais République une et indivisible, nul, au motif de ses racines ou de ses croyances, n'est fondé à se prévaloir, pour lui ou sa communauté, de droits particuliers". Il a par ailleurs prononcé un vibrant plaidoyer en faveur du "principe de laïcité". "Il est le pilier de notre unité et de notre cohésion, l'expression concrète et la condition même de la solidarité nationale".