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PRESSE  RJLIBAN  N°92 - sélection du printemps 2003 (1)  

                                       

 

L'aveu américain

 
publié dans le Monde du 30 mai 2003
Il s'agit donc, sans doute, du plus grand mensonge d'Etat de ces dernières années. D'une campagne de manipulation menée probablement en toute connaissance des choses, en tout cas malgré toutes les indications contraires, pour faire croire aux opinions publiques mondiales que l'Irak détenait et fabriquait des armes de destruction massive. Saddam Hussein, dictateur numéro un sur l'axe du Mal, menaçait la sécurité de ses voisins, des Etats-Unis, du monde entier, grâce à cet armement terrible qu'il pouvait soit utiliser lui-même, soit, hypothèse pire encore, fournir à Al-Qaida. Détruire ces armes qu'il parvenait à cacher aux inspecteurs de l'ONU depuis dix ans justifiait qu'on en vienne à lancer une guerre préventive contre lui. Donald Rumsfeld, le ministre de la défense américain, a déclaré, mardi, qu'il était possible que les Irakiens aient "décidé de [les] détruire avant le conflit". C'est un aveu. Plus exactement le début de l'aveu du fait que les autorités américaines et britanniques ont déclenché en mars la guerre en Irak pour "détruire" ces armes alors qu'elles avaient acquis la quasi-certitude que lesdites armes n'existaient plus à cette date.
L'Irak avait de telles armes en 1991. Mais une longue campagne d'inspection et de destruction menée sous l'égide de l'ONU va considérablement réduire son arsenal. Saddam Hussein en détenait-il encore, cachées quelque part ? Sans doute. Mais le scénario le plus probable, que l'on peut maintenant reconstituer, est que l'Irak a détruit ce qu'il lui restait d'armes dès novembre 2002, lorsque l'ONU a voté la résolution 1441 qui autorisa le retour des équipes d'inspection internationales à Bagdad. D'où l'impossibilité pour ces inspecteurs de trouver des armes. Contre ceux, comme Paris, Berlin et Moscou, qui disaient qu'il fallait poursuivre ces inspections, car elles étaient efficaces, Washington et Londres ont alors brandi des "documents" en guise de preuves que l'Irak se jouait des équipes de l'ONU et que la guerre était inévitable. L'Amérique a mobilisé tous ses moyens d'espionnage mais, faute de parvenir à trouver une preuve irréfutable, elle a publié des informations partielles, tronquées, suspectes. Bref, elle bluffait.
Au cours de la guerre, aucune arme de destruction massive ne fut utilisée par l'Irak. Sept semaines après la fin du conflit, les équipes américaines chargées de chercher - on devrait dire trouver - un "smoking gun" demeurent bredouilles. George W. Bush et Tony Blair ont de plus en plus de mal à prétendre qu'ils restent "persuadés" de l'existence de ces armes. La vérité, qu'ils connaissaient, apparaît aujourd'hui : la guerre a été déclenchée non pour détruire ces armes mais pour changer le régime de Bagdad et commencer à remodeler le Proche-Orient. Les armes n'ont servi que de prétexte. Robin Cook, ancien ministre britannique, qui a démissionné contre la guerre, réclame une enquête parlementaire. Face à ce mensonge d'Etat, la démocratie exige que l'opinion mondiale sache toute la vérité.    haut
 
Rideau sur Bagdad café !
 
publié dans le Canard Enchaîné le 28 mai 2003
A l'approche des grandes chaleurs, les Irakiens se raclent le gosier. Non seulement l'eau est rare, mais l'alcool va manquer. Voilà que les religieux chiites, ivres de pouvoir, lancent leurs commandos contre les brasseries et l es débits de boisson. Une canette de Ferida ou de Sanabil - les bières locales -, un verre d'arak - le pastis irakien - vont devenir plus rares qu'une statue assyrienne et plus compromettants qu'une photo de la Béart au bain. Car il faut éradiquer le vice. Même les chrétiens sont invités à se mettre au régime sec, avec des arguments imparables : "Jésus n'a jamais autorisé les chrétiens à boire de l'alcool. Quant à Marie, elle était voilée", a déclaré au Figaro (23/5) un certain imam Fartoussi, qui ne précise pas si le charpentier Joseph suçait de la glace. Voilà qui nous rappelle l'Iran à ses débuts khomeinistes ! Les mollahs avaient commencé par le foie avant de s'attaquer aux cervelles. On connaît la suite... Adieu, petites gorgées de bière !
Grâce à la Maison Blanche, la prohibition est en route, et Bush, cet alcoolique repenti, peut triompher : les fûts, les fioles et les alambics, les voilà ces fameuses armes de destruction massive ! Quant à Rumsfeld, on ne devrait pas tarder à apprendre qu'il est payé par le lobby des eaux minérales, du Coca ou de la bière sans alcool. Encore des parts de marché qui échappent à la France, mais quelle idée d'avoir organisé le sommet du G8 à Evian !    haut 
 

La "feuille de route" suscite à Beyrouth des réactions mi-figue, mi-raisin

par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 30 mai 2003

Terjé Roed-Larsen, coordinateur onusien du processus de paix, est formel, catégorique, tranchant : la "feuille de route" est intangible. Elle ne subira aucune modification, il n’est pas question de la renégocier et son application démarre sur les chapeaux de roue. Ces fermes propos suscitent à Beyrouth des réactions variées. Le scepticisme le dispute à un espoir tempéré. Les optimistes se réfèrent à la détermination affichée par Bush qui martèle depuis son avènement sa volonté de voir un Etat palestinien s’établir en 2005. A partir de quoi, la question des réfugiés palestiniens, primordiale pour le Liban, serait réglée. En effet, ces réfugiés, devenant des ressortissants d’un Etat reconnu, disposeraient enfin de passeports normaux, leur permettant de se rendre dans n’importe quel pays. Ils auraient également le choix de rester, mais deviendraient alors des résidents étrangers ordinaires, soumis aux lois et règlements qui régissent le statut de tels hôtes. Ils pourraient enfin retourner dans les territoires palestiniens. Ou, si cela est impossible, s’ils sont originaires par exemple de zones sous contrôle de l’Etat israélien, ils seraient indemnisés. En tout cas le danger de l’implantation serait gommé au Liban. Les camps tomberaient sous le contrôle de l’Etat et leur population serait désarmée.
Toujours selon les optimistes du cru, Bush, qui veut se faire réélire facilement, cherche à atteindre avant cette échéance les objectifs suivants :
– Ramener les Israéliens et les Palestiniens à la table des négociations, pour discuter de l’exécution, étape après étape, de la "feuille de route". En discutant les amendements proposés par chacune des deux parties. L’objectif étant de proclamer la création de l’Etat palestinien en 2005. Pour débattre ensuite avec l’Etat hébreu des questions qui resteraient à régler.
– Assurer la sécurité, l’arrêt de la violence, durant les pourparlers. Le but des deux rencontres au sommet américano-arabe prévues à Charm el-Cheikh et à Akaba est de conforter les efforts déployés en faveur de la "feuille de route" par un climat de calme.
– Réactiver la coalition internationale de lutte contre le terrorisme. Pour que les organisations subversives soient neutralisées et ne puissent agir partout. La consolidation de cette alliance serait facilitée par la mise sur les rails des négociations israélo-palestiniennes ainsi que par le redémarrage des pourparlers syro-libano-israéliens. Le tout aiderait par ricochet à stabiliser l’Irak, en jugulant par ailleurs l’activisme fondamentaliste dans la région.
L’autre point de vue

Quant aux sceptiques, ils font valoir que Sharon a présenté des propositions de retouches qui vident pratiquement la "feuille de route" de son contenu. Certes, reconnaissent-ils, il renonce apparemment à insister sur ces amendements. Non pas sous la pression US, mais par complaisance à l’égard de Bush, afin d’en faciliter la réélection. Sharon accepterait donc de retourner à la table des négociations. Mais après les élections US, et quels qu’en soient les résultats, Israël se remettrait à atermoyer, que Sharon se trouve ou non au pouvoir. En rééditant ainsi les manœuvres dilatoires de Yitzhak Shamir, qui avait fait mine d’accepter les principes de Madrid, en se promettant de les diluer, de gagner au moins dix ans, ce qui a été fait largement. Le prédécesseur de Sharon, qui était également chef du Likoud, avait été contraint de se plier à la volonté immédiate de Bush père, parce qu’il y avait en jeu une ligne de crédits militaires américains de l’ordre de dix milliards de dollars.
Mais comme Shamir l’a indiqué dans ses mémoires, il lui a été facile ensuite de contourner les prescriptions de la conférence de paix de Madrid et de torpiller pratiquement le processus. Sharon n’aurait qu’à suivre cet exemple, en engageant des pourparlers sans fin. Et en obtenant, puisque la "feuille de route" elle-même prévoit cette condition préliminaire, un arrêt de l’intifada ou plus exactement de la violence palestinienne. Pour réaliser son seul véritable objectif, la sécurité d’Israël, ce qui lui permettrait en outre de remporter haut la main les prochaines élections israéliennes. Quant aux problèmes de la colonisation et du retour de réfugiés, ils resteraient sans solution. Selon ces pessimistes, la seule façon de faire fléchir vraiment Israël consiste à poursuivre l’intifada et les attentats-suicide. Cela modifierait sans doute également les calculs de l’Administration US, surtout avec l’apparition d’une résistance irakienne organisée, liée aux mouvements fondamentalistes. Les Etats-Unis, après avoir gagné sur le terrain, perdraient politiquement et se verraient contraints, tôt ou tard, à remettre le destin de l’Irak aux Irakiens. S’ils ne le font pas, concluent ces sources, la région serait en proie, pour de longues années, aux guerres, à l’anarchie et aux révolutions.    haut 
 
Quelques conseils de Sharon à Bush
L'administration américaine devrait se remémorer les échecs israéliens lors de la guerre au Liban, en 1982, et en tirer les leçons pour son offensive en Irak
 
par CHARLES ENDERLIN, publié dans Libération le 18 mars 2003
L'auteur est correspondant de France 2 à Jérusalem et l'auteur de «le Rêve brisé. Histoire de l'échec du processus de paix au Proche-Orient, 1995-2002» (Fayard)
Envahir un pays arabe, en expulser les "terroristes". Mettre en place un nouveau régime favorable à Israël et aux Etats-Unis. C'était, en 1982, la précédente tentative visant à redessiner, par la force, la carte géopolitique du Proche-Orient : la guerre au Liban. L'affaire avait mal tourné. Son auteur : Ariel Sharon fut obligé de démissionner de son poste de ministre de la Défense. L'opposition de gauche en Israël avait tiré de ce fiasco des conclusions éthiques. Dès 1983, Yitzhak Rabin écrivait que, pour "le Parti travailliste, l'utilisation de la force pour réaliser des objectifs politiques fondamentaux est illusoire et dénuée de droit moral. Il est impossible de parvenir par la force à une solution définitive du conflit israélo-arabe". Il rejetait ainsi la doctrine du Likoud et, dix ans plus tard, lançait le processus de paix avec les Palestiniens.
Dans son combat contre ce qu'elle considérait comme une trahison des valeurs essentielles du sionisme et un danger existentiel pour l'Etat juif, la droite israélienne a reçu le soutien de ses alliés idéologiques aux Etats-Unis. En 1996, sept personnalités républicaines proposaient à Benjamin Netanyahou, alors chef du gouvernement, "une nouvelle stratégie pour protéger Israël". Il s'agissait notamment, pour Israël, de "modeler son environnement stratégique en coopération avec la Turquie et la Jordanie, en affaiblissant la Syrie. Cet effort peut être concentré sur le limogeage de Saddam Hussein". Cela sur la base du principe : "Alors que les précédents gouvernements israéliens et de nombreux autres à l'étranger pouvaient mettre l'accent sur "les territoires [palestiniens] en échange de la paix", ­ ce qui a placé Israël dans une position de retrait culturel, économique, politique, diplomatique et militaire ­ le nouveau gouvernement peut promouvoir des valeurs et des traditions occidentales. Une telle approche, qui sera bien accueillie aux Etats-Unis, serait : "la paix en échange de la paix", "la paix par la force" et l'indépendance : l'équilibre des forces." La plupart des signataires de ce texte sont aujourd'hui, à des niveaux divers, membres de l'administration Bush. Vingt-deux ans après la guerre au Liban, le Premier ministre, Ariel Sharon, va pouvoir vérifier, sur une bien plus grande échelle, si sa conception de l'usage de la force militaire peut aboutir au grand chambardement géopolitique qu'il n'a pas réussi à imposer. Il pourrait, aujourd'hui, donner des conseils à George W. Bush.
La première phase de l'opération au Liban s'était plutôt bien passée. A Beyrouth, les chrétiens assiégés par les Syriens et les hommes de Arafat avaient accueilli dans la liesse les militaires israéliens, leur lançant du riz et des bonbons. La scène, dûment filmée par les équipes de télévision, fut du meilleur effet. L'opinion publique israélienne était convaincue de la justesse de la guerre.
Note pour les responsables en communication de l'administration Bush : prévoir quelques tonnes de riz et de bonbons afin que des badauds irakiens puissent les lancer sur les GI.
Les choses se sont gâtées plus tard, lors du siège de Beyrouth Ouest. Pour déloger Yasser Arafat et l'OLP, il a fallu bombarder les quartiers musulmans de la ville. Là, les images firent mauvais effet. Après quelques semaines de tirs d'artillerie et de raids aériens, la presse internationale ne parlait plus que du martyre des populations assiégées et, en Israël, l'opposition s'était réveillée. Les manifestations contre la guerre se multipliaient. L'agitation avait gagné l'armée, et surtout les réservistes qui appréciaient de moins en moins l'idée de combattre pour une cause qui, pensaient-ils, n'était pas directement liée à la défense de leur pays.
Note au général Franks : éviter, autant que possible, d'assiéger Bagdad pendant une longue durée.
Une exposition de matériel militaire saisi à l'OLP -­ lance-roquettes de Katiouchas, canons, armes légères -­ et censé menacer la Galilée n'avait impressionné que les convaincus. La destruction de cet armement était pourtant le casus belli, la raison officielle de l'opération israélienne au Liban.
Note à Donald Rumsfeld : veiller à trouver, de manière convaincante, des armes de destruction massive en Irak. Cela fera taire les détracteurs de la politique américaine.
Surtout, le Proche-Orient est une région où les différends se règlent souvent en dehors des tribunaux. En arabe, cela s'appelle "Taar", la vengeance. Des vendettas parfois centenaires opposent des communautés diverses. L'armée israélienne a fini par jouer les vigiles, protégeant les chrétiens face aux druzes dans la montagne du Chouf. Difficile, dans ces conditions, de compter sur des alliés locaux. La Commission d'enquête israélienne sur les massacres de Sabra et Chatila avait conclu qu'Ariel Sharon aurait dû se méfier, ne pas envoyer les phalangistes libanais dans les camps palestiniens de Beyrouth. Cela lui avait coûté son portefeuille ministériel.
Note pour les unités américaines en Irak : ne pas faire confiance aux diverses milices kurde, chiite et autres. De nombreux Irakiens ont des comptes à régler entre eux et une catastrophe est vite arrivée.
Et puis, il y a l'Islam. Au Liban, en juin 1982, les imams chiites avaient accueilli Tsahal à bras ouverts. Les Israéliens les débarrassaient de leurs ennemis palestiniens. Mais au fil des mois, la situation s'est considérablement détériorée. Formés par des Pasdaran iraniens dans la Békaa libanaise, des commandos chiites lancèrent des attaques contre les Israéliens qui réagirent d'une manière classique avec couvre-feu, perquisitions, arrestations, fouilles dans des mosquées. Résultat : une guérilla contre Tsahal devenue une armée d'occupation. Ce furent les premières attaques-suicides contre les soldats israéliens.
Note à Condoleezza Rice et au Conseil national de sécurité : surveiller les agissements des Iraniens dans l'Est irakien. Note au Pentagone : autant que possible, les GI ne doivent pas toucher aux mosquées.
Israël n'a pas su terminer sa guerre au Liban, retirer ses troupes avant qu'elles ne s'enlisent dans le bourbier libanais. Les gouvernements israéliens successifs n'ont pas suivi les conseils de Clausewitz : du point de vue stratégique, la victoire n'existe pas. Le résultat d'une guerre s'évalue en fonction des objectifs réalisés, notamment si la guerre a amélioré la situation de celui qui l'a déclenchée. Tsahal a gagné la bataille de Beyrouth. Yasser Arafat et l'OLP ont été forcés de partir pour Tunis. Mais les tentatives israéliennes visant à placer leurs alliés phalangistes à la tête du pouvoir libanais ont échoué. De retrait en retrait, les soldats israéliens se sont retrouvés eux-mêmes assiégés dans une zone de sécurité au Sud-Liban, le long de la frontière israélienne qu'ils ne quitteront qu'en mai 2000. Conséquence inattendue, la direction palestinienne, ayant perdu les bases militaires qu'elle avait au Liban, s'est tournée vers l'option diplomatique dont l'aboutissement fut l'accord d'Oslo. Un résultat aux antipodes des objectifs d'Ariel Sharon qui espérait sinon détruire, du moins affaiblir l'Organisation de libération de la Palestine et réduire au minimum son influence en Cisjordanie et à Gaza.
Note pour la Maison Blanche : une fois la bataille de Bagdad gagnée, prévoir un plan de retrait rapide au cas où les objectifs politiques de la guerre devaient se révéler irréalisables. Se rappeler également la conclusion de l'historien militaire britannique Liddel Hart : les solutions acquises par la force sont toujours fragiles.    haut
 

Danse avec les fous

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 21 mars 2003

Deux hommes, deux pays, deux armées… Et l’immense majorité des ahuris qui applaudissent ou vocifèrent, c’est selon, face au spectacle qui a commencé. Car à n’en pas douter, la kermesse de George Dobelyou sera incontestablement la plus formidable vitrine de la quincaillerie guerrière vidéo-informatico-techno-web que la planète ait connue. Merci d’avance aux Irakiens pour leur figuration gratuite. Le demeuré texan, pris pour une fois en flagrant délit d’intelligence, et ses deux camarades en "fauconnerie", Rumsteck et Condoléance, viennent d’enregistrer une première dans les annales militaires : attaquer Saddam Hussein, après l’avoir forcé à détruire ses missiles devant les caméras. Chapeau ! Le Sharongnard de Jérusalem doit en avaler sa kippa de jalousie. Si encore le Doublevé se contentait du Papa chimique… Mais tiens, fume ! Il veut en plus se payer ses deux gamins. Pédophile, va !
Et les niaiseux de geindre sur la béchamel pourrie qui s’est emparée de l’Europe, de l’Otan, du "Machin" onusien et du "Truc" arabe. Pardi, encore faut-il que le Saladin qu’on nous propose de défendre soit fréquentable. A entendre les slogans chantés à sa gloire par les journalistes irakiens, qui depuis 25 ans ont délaissé la plume pour le plumeau, le Nabuchodonosor bronzé serait un modèle d’humanisme et de finesse. Ce ne sont pas les chiites massacrés, les kurdes gazés et les opposants fusillés qui démentiront. Deux hommes, deux pays, deux armées… Et par la même occasion deux fous, qui commencent à nous faire danser sous les orgues de Staline, un autre fou jadis complètement faucille et marteau. Le tout au milieu de la trouille qui gagne les dictateurs arabes et princes sans rire du Golfe. En Suisse aujourd’hui, il y a des banques qui tremblent…
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Israël, l'enjeu véritable
 
par GUY SORMAN, publié dans le Figaro le 18 mars 2003
L'auteur est essayiste. Dernier ouvrage paru : Les Enfants de Rifaa, musulmans et modernes (Fayard)
Qui Saddam Hussein menace-t-il vraiment ? A cette question essentielle, nul ne répond ni dans le camp de la guerre ni dans celui de la paix. Nul cependant, y compris parmi les partisans des inspections ou de l'apaisement, ne met en doute le stockage de ses mystérieuses armes de destruction massive ; Jacques Chirac a confirmé leur existence et la nécessité de s'en débarrasser. Mais si ces armes existent, aussi irrationnel soit Saddam Hussein, on supposera qu'elles visent un ennemi. Lequel ? Les Irakiens eux-mêmes ? Depuis vingt-cinq ans, ils ont été et ils restent les principales victimes du régime ; mais le despote n'a jamais eu besoin d'armes avancées pour les torturer, les gazer, les emprisonner. Saddam Hussein envisagerait-il alors d'attaquer ses voisins immédiats ? Il a déjà tenté d'agrandir son territoire en annexant le Koweït et une partie de l'Iran ; dans les deux cas il a été repoussé. D'expérience, il sait que ses ambitions locales seront toujours contrées par l'ONU et le monde arabe. L'énigme s'épaissit : qui donc ces fusées à moyenne portée visent-elles ?
La réponse qui semble inexprimable par les Occidentaux figure en clair sur les cartes de la région et dans les discours irakiens que l'on feint de ne pas entendre : Israël seul, est à portée de fusée. Les appels à détruire Israël sont si récurrents dans les discours de Saddam Hussein et de ses prédicateurs d'Etat que l'on n'y prête plus guère d'attention. "Il faut détruire Israël" dans la rhétorique de Saddam est aussi obsessionnel que le "delenda est Carthago" pour le Sénat romain. A destination des foules arabes, le message est simplifié par la représentation de Saddam en Saladin. Saladin qui fut Kurde, libéra le royaume de Jérusalem des Francs et le rendit au monde arabe. Quand on se demande en quelle apocalypse finale pourrait s'achever le règne de Saddam, il n'est pas impensable de l'imaginer en un Saladin suicidaire dès l'instant ou lui-même ne cesse de s'y référer ; l'attentat du 11 septembre contre New York a pu lui donner quelques idées fraîches sur l'efficacité radicale d'une frappe unique. Ce que les gouvernements occidentaux savent pertinemment ; mais faut-il le dire ou le taire ?
Ces gouvernements ont jusqu'à présent choisi de se taire, du moins en public ; en privé, notre ministre actuel des Affaires étrangères et certains qui occupèrent cette fonction avant lui, laissent entendre qu'Israël est l'enjeu véritable du conflit avec l'Irak. A partir de cette analyse - de bon sens - largement partagée dans la diplomatie, les conclusions peuvent différer : les inspections ou l'intervention. Mais pour les uns comme pour les autres, le noeud de la crise est évidemment à Jérusalem plus qu'à Bagdad ; le président américain l'a implicitement admis en annonçant la reconnaissance d'un Etat palestinien dans la foulée d'un désarmement de l'Irak. Les dirigeants français préféraient qu'un plan de paix soit imposé aux Israéliens et Palestiniens avant une guerre contre l'Irak plutôt qu'après. Français et Américains diffèrent sur la méthode plus que sur l'analyse ce qui permet de ramener leur divorce actuel à de plus justes proportions. Les deux gouvernements savent l'un et l'autre que la paix doit être imposée, parce qu'elle ne saurait à court terme, être négociée entre deux ennemis irréductibles. Là encore, faut-il le dire ? Convient-il de perpétuer le conformisme actuel qui laisse croire que Saddam est menaçant mais ne menace personne en particulier et que des négociations entre Israéliens et Palestiniens - dites processus de paix - conduiront à la paix alors qu'en vérité, Saddam menace l'existence même d'Israël et que les Arabes n'accepteront jamais qu'une paix contrainte par les Américains et garanties par eux. Comment expliquer cette diplomatie du secret, voire la justifier ?
Israël n'étant pas tout à fait un Etat comme les autres et les Juifs pas encore un peuple banalisé, ni les Occidentaux ni les Arabes n'ont arrêté la juste manière de s'en accommoder. Du côté américain, George Bush se trouve dans une situation comparable à celle de Franklin Roosevelt soupçonné par les isolationnistes, les pacifistes et les antisémites de son temps, de mener une guerre juive ; on sait que celui-ci refusa de mener des opérations spécifiques de libération des camps de concentration pour ne pas renforcer ce soupçon. Pareillement, Bush est accusé par des «pacifistes», aux Etats-Unis, en France et bien entendu dans le monde arabe, d'être le jouet des «sionistes». S'il ne l'est pas, il est indubitable que la survie d'Israël est centrale – plus que la lutte contre le terrorisme dans son combat contre Saddam. Cette survie d'Israël qui ne peut être garantie que de l'extérieur est également essentielle pour la diplomatie française ; mais, chez nous aussi, elle est gérée par un silence de rigueur, de manière, suppose-t-on, à ne pas choquer nos amis arabes.
Si l'on osait comparer cette situation tragique avec la comédie de Labiche intitulée Faut-il le dire ? et où il n'est question que de maris trompés, on doutera de l'efficacité de cette hypocrisie diplomatique généralisée : taire les problèmes n'en accélère pas la solution. Le non-dit encourage plutôt les postures avantageuses, en apparence sans risque, de type pacifiste en Occident, belliciste dans le monde arabe et en Israël. Une alternative qui jusqu'à présent n'a jamais été tentée, exigerait de reconnaître que les Arabes n'accepteront l'existence de l'Etat d'Israël qu'à la suite d'une solution internationale imposée sur le terrain - par exemple, par la présence de troupes de l'Otan ; et qu'à ce prix aussi, les Israéliens s'accommoderont d'un Etat palestinien. Alors seulement, la menace que représente Saddam et demain des émules de Saddam disparaîtrait car elle perdrait sa véritable raison d'être. Cette solution militaire par le stationnement de troupes au Proche-Orient ne signifierait pas la paix, mais elle pourrait y conduire. La paix véritable prendra du temps ; elle supposerait que le monde arabe se développe afin qu'il cesse de reporter ses frustrations sur Israël. Ce sera long mais une occupation de l'Irak serait longue aussi ; quitte à poster des troupes dans la région, mieux vaudrait les placer au bon endroit, c'est-à-dire entre Israël et les Arabes.    haut
 
"Pax Americana"
 
par MUSTAPHA ADIB, publié dans l'Orient-le Jour le 30 mars 2003
L'auteur est professeur à l’Ecole militaire et à l’Université libanaise
A mesure que les bruits de bottes se font de plus en plus insistants dans le Golfe, l’ensemble des médias nous ressert à l’envi l’idée que l’offensive américaine a pour but d’établir dans toute la région une "Pax Americana". Or, ce terme de conception récente, et que l’on trouve partout, ne reflète en rien la réalité de la situation géostratégique actuelle. Est-il raisonnable, en effet, de parler de "Pax Americana" dans les zones où les Etats-Unis ont imposé leur "ordre" ?
Peut-on parler de paix en Afghanistan, alors que les chefs de guerre traditionnels, désormais libérés de toute contrainte par l’armée d’occupation, rançonnent de plus belle des populations locales sans aucun recours, tandis que cette armée maintient, dans la capitale, un calme factice ? Peut-on parler de paix en Somalie, où l’on continue à se battre en sourdine, tandis que la faim et la maladie font des ravages ? Peut-on parler de paix dans les territoires occupés, où l’Oncle Sam, empêchant le plus petit changement, chaque jour amène auprès de populations privées d’espoir son lot de violences et de misère ? La paix existe-t-elle plus dans les monarchies pétrolières du Golfe, maintenues en place par Washington, et où la moindre velléité de liberté individuelle est aussitôt réprimée ? Et peut-on appeler paix un système économique où les plus pauvres meurent par millions, faute de médicaments efficaces dont les brevets sont jalousement gardés par des multinationales pharmaceutiques et où, en Asie, des enfants travaillent jusqu’à quatorze heures par jour pour que d’autres enfants, obèses de s’être gavés jusqu’à la maladie, portent des tenues à la dernière mode ?
On a plutôt l’impression d’une gigantesque marmite - car, à la mondialisation de l’économie répond la mondialisation des idées -, où bouilliraient, pêle-mêle et dans l’anarchie la plus absolue, frustrations religieuses, aspirations nationalistes, et surtout un désespoir matériel sans précédent créant, aux portes de l’Occident, une formidable pression démographique. La domination américaine, loin d’apporter la paix, fait donc plutôt penser à un lourd couvercle posé sur une cocotte-minute dont la dernière soupape est, hélas, la radicalisation de la pensée. Point n’est besoin d’être Denis Papin pour savoir que, couvrir hermétiquement une soupe en ébullition ne fait qu’en augmenter la pression jusqu’à l’explosion finale. Or, il est plus que douteux que l’Amérique puisse en assumer les conséquences. Cependant, les seuls à ne pas sembler mesurer le danger qui menace la structure mondiale sont, précisément, les plus concernés, car cela tient au type même de leur domination.
En effet, si le terme de "Pax Americana" établit un parallèle évident avec la "Pax Romana", l’ordre établi par les Romains autour du bassin méditerranéen au fur et à mesure de l’expansion de l’empire, les bases et la structure de ces deux hégémonies n’en sont pas moins radicalement différentes, pour ne pas dire totalement opposées. Car l’empire romain s’est construit par assimilation progressive des populations dominées, ce qui se reflète dans l’évolution de l’art - lequel s’est enrichi progressivement d’apports étrangers, grecs, d’apports orientaux, ensuite - et des cultes, les courants orientaux s’étant fait une place de plus en plus grande dans la vie spirituelle, jusqu’à la conversion finale de Constantin. La vie politique, elle, a suivi de près ce courant d’assimilation, le Sénat et l’ordre équestre s’ouvrant de plus en plus largement aux "provinciaux". C’est la raison même pour laquelle l’ordre romain - quoique, lui aussi, imposé par la force - s’est ancré si profondément que le monde entier fonctionne, pour ses échanges, avec le calendrier romain, l’alphabet romain et des langages dérivés du latin, alors que bon nombre de pays légifèrent dans un esprit directement hérité du droit romain. La domination américaine, au contraire, loin de rallier les consciences, suscite, dans toute la planète, un rejet qui va jusqu’à la haine. Car, contrairement à Rome, les Etats-Unis ignorent superbement les spécificités locales, tentant d’imposer par la force un modèle socioéconomique en complet décalage avec les aspirations des populations.
La physique en a démontré les raisons depuis longtemps : la réaction est à la mesure de la contrainte exercée : extrême. La "Pax Americana" n’est donc, au plus, qu’un fragile équilibre, maintenu par la force, économique et militaire, au prix d’un mécontentement sans cesse croissant. Que Dieu ait pitié de nous lorsque même la puissance de l’Amérique ne pourra plus empêcher l’explosion de cette bombe à retardement !
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Les nouveaux dominos américains
En prenant pied à Bagdad, contrôler Ryad, puis Damas, puis le Liban....puis l'Iran: au-delà du pétrole, retour sur la nouvelle stratégie américaine
 
par GERARD THOMAS, publié dans Libération le 12 mars 2003
"No blood for oil", pas de sang pour du pétrole. Le slogan repris dans toutes les villes du monde par les opposants à une offensive militaire américaine contre l'Irak a le mérite de la clarté. Sa simplicité réductrice ne traduit cependant que fort partiellement les enjeux stratégiques des intentions belliqueuses de l'administration Bush. Certes, la "sécurisation" des plus grandes réserves mondiales d'or noir tient une place de choix dans la croisade "pour la démocratie" entamée par le président américain. L'Irak, avec ses 110 milliards de barils (1) de réserve, se classe en effet en troisième position en réserve de pétrole après son voisin saoudien et la Russie. Pourtant, sa production quotidienne depuis la première guerre du Golfe (1990-91) se monte à environ 2 millions de barils par jour. Une goutte de brut par rapport à un marché mondial de près de 77 millions de barils/jour, parmi lesquels 19 millions de barils quotidiennement engloutis par les Etats-Unis.
Echiquier
La chute programmée de Saddam Hussein, au pouvoir depuis près de 24 ans en Irak, et l'occupation de son pays par les GI's, permettrait d'assurer à long terme les approvisionnements américains dans la région. Mais au-delà du sort du dictateur de Bagdad, sur lequel les Etats-Unis parviennent à concentrer l'attention internationale, Washington semble décidé à imposer une pax americana qui lui bénéficierait entièrement. Dans ce grand dessein, le remodelage complet de l'échiquier politique du Moyen-Orient - y compris l'ouverture de discussions sur l'éventuelle création d'un Etat palestinien indépendant - est indispensable.
Lieux saints
Après l'Irak, c'est Ryad, capitale de l'Arabie saoudite, et le wahhabisme (2), qui apparaissent dans la ligne de mire américaine. Là, l'enjeu pétrolier est de taille puisque les Etats-Unis se fournissent chaque année en Arabie saoudite à concurrence de 18% de leurs importations de brut. Mais les rapports jadis idylliques entre le régime saoudien - une "démocratie" où l'on décapite sur la place publique - et l'Amérique se sont envenimés depuis la première offensive militaire. Les Etats-Unis disposent toujours d'une base aérienne permanente à Dharan, sur la côte ouest du golfe Persique, une position stratrégique qui leur permet de contrôler toute la région, du sultanat d'Oman au Koweit en passant par les Emirats arabes unis ou Bahrein. L'US Air Force jouit également de facilités à Ryad et à Taif, près de La Mecque, dans l'Est de l'Arabie saoudite.
La poussée de l'extrémisme religieux islamiste en Arabie saoudite - qui a fomenté de sanglants attentats anti-américains depuis une dizaine d'années dans le pays - et les protestations musclées des intégristes contre le stationnement des soldats "infidèles" et leur "profanation intolérable" des lieux saints de l'islam a cependant conduit le pouvoir de Ryad à durcir sa position. Le prince-héritier Abdallah, qui a refusé dès l'automne dernier que les Etats-unis se servent de l'Arabie saoudite comme base de départ à l'offensive en Irak, a également l'intention de demander, après le conflit, le retrait des militaires américains de son sol. Le prince a pris cette décision après avoir eu connaissance d'un memorandum du Pentagone, le département de la Défense américain, plaçant son pays parmi les ennemis des Etats-Unis.
Dominos
Pour les services de renseignements américains, les Saoudiens sont suspects depuis que l'enquête qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 a révélé que 15 des 19 kamikazes étaient de nationalité saoudienne (tout comme leur chef, Oussama ben laden) et que des capitaux locaux finançaient les réseaux islamistes. Vu de Washington, la massive occupation militaire de l'Irak remplacera avantageusement l'expulsion de son armada d'Arabie saoudite, lui laissant les coudées franches pour déstabiliser le pouvoir saoudien. Mais l'épée de Damoclès matérialisée par une présence forte et à long terme de l'armée américaine en Irak permettrait également de faire pression sur la Syrie voisine, de manière qu'elle mette un terme à son occupation du Liban. Mieux encore, l'Iran, entouré à l'Ouest par l'Irak sous contrôle américain, à l'Est par l'Afghanistan d'Hamid Karzaï, lui aussi sous domination américaine, pourrait être contraint à des réformes politiques et se montrer plus compréhensif à l'égard de la politique américaine dans la région.
Agenda
La bonne volonté affichée de l'Irak, tout comme l'excellent "timing" orchestré par Saddam Hussein quant aux preuves censées étayer la démilitarisation de son pays, viennent pour l'heure prendre la stratégie américaine à revers. Même la Grande-Bretagne, dont le Premier ministre travailliste, Tony Blair, pourtant fidèle allié va-t-en-guerre de George Bush, subit la désapprobation de son parti comme de l'opinion publique, semble décidée à surseoir à l'attaque. Mardi 11 mars, son ambassadeur aux Nations Unies, Jeremy Greenstock, déclarait qu'il ne fallait pas envisager une date butoir à la guerre "au-delà de mars". Ce qui, en langage diplomatique, revient à repousser d'une dizaine de jours l'ultimatum précédémment fixé au 17 mars. Cette ultime concession britannique n'a pas l'heur de plaire à Washington qui maintient son agenda guerrier sur Bagdad. D'autant que George W. Bush, le locataire de la Maison Blanche le plus mal élu de toute l'histoire des Etats-Unis, a définitivement rangé l'Irak dans le clan du Mal. Le président est ainsi personnellement décidé d'en découdre militairement pour que la rapide victoire escomptée et ses retombées politiques et économiques puisse influer positivement sur sa réelection à la présidence, en novembre 2004.
(1) Unité de mesure du pétrole correspondant à 158,8 litres.
(2) Doctrine islamique puritaine, qui condamne toute innovation au nom de la fidélité à la lettre au Coran.
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Comment Bush est poussé à faire la guerre
 
propos recueillis par JOSEPH LIMAGNE, publiés dans Ouest-France le 13 mars 2003
Coauteur d'un livre à paraître sur les nouveaux rapports entre Washington et le monde, le chercheur PIERRE HASSNER explique comment George Bush est poussé à faire la guerre par une poignée d'idéologues
 
* Qu'est-ce qui fonde la détermination de George W. Bush à faire la guerre en Irak ?
C'est la question la plus difficile. Je peux dire ce qu'il y a dans la tête de Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, de son adjoint Paul Wolfowitz, mais pas ce qui fait marcher Bush. La lutte du Bien contre le Mal et tout le discours religieux qui va avec, c'est une réaction aux attentats du 11 septembre 2001. Ce jour-là, le Président a dit : "Nous avons trouvé notre mission." Pendant sa campagne électorale, il tenait un discours inverse, assurant que l'Amérique n'avait pas pour tâche d'assurer le salut du monde, mais devait s'occuper exclusivement de ses intérêts nationaux. Tout au début, Colin Powell parlait d'alléger les sanctions sur l'Irak, ce pays ne lui paraissant pas représenter un danger immédiat. Mais le choc du terrorisme a tout bouleversé. Je ne mets pas en doute la sincérité de Bush. Mais c'est à la fois un converti évangéliste et un politicien, qui veille à ses intérêts. Son stratège de politique intérieure, Karl Rove, lui conseille de ne pas refaire les erreurs de son père qui s'était aliéné l'extrême droite protestante et le vote juif.
* Comment expliquer l'alliance de la bonne conscience morale et du désir de guerre ?
Il y a aux Etats-Unis des stratèges, tel Henry Kissinger, partisans de la guerre limitée, soucieux d'épargner les populations civiles. Mais l'usage brutal de la force fait partie de la tradition américaine : "Puisque nous sommes le Bien, tout est bon pour anéantir le Mal."
* La prise de conscience d'une vulnérabilité des Etats-Unis chez eux modifie-t-elle la conception américaine du monde ?
Je le pense. Les Etats-Unis se sentent à la fois innocents, vulnérables et invincibles. C'est un cocktail paradoxal et explosif. Depuis un premier attentat contre les deux tours, en 1993, ce sentiment de vulnérabilité montait. L'attaque de 2001 a permis d'identifier le Mal. Moi, cela ne me pose pas de problème de définir Ben Laden et Al-Qaida comme le Mal. J'ai plus de difficulté à identifier Bush et les Etats-Unis au Bien.
* Cela autorise-t-il à manipuler les faits, à inventer de fausses preuves ?
Il y a, dans toute cette affaire, beaucoup de fanatiques, à commencer par Ben Laden. L'histoire est pleine de gens qui se veulent moraux ou religieux et qui emploient contre l'ennemi les pires moyens. Je prends très nettement position contre de nouvel impérialisme de Bush, mais les Américains n'ont pas besoin de tricher tellement : leurs adversaires -­ Ben Laden et Saddam, même s'ils n'ont pas de liens entre eux -­ sont de grands et dangereux criminels. Ce qui me paraît injustifiable, c'est la décision d'attaquer l'Irak d'urgence, prise avec arrogance, en s'alignant sur l'Israélien Sharon, sans préparer le terrain avec les Arabes modérés et les Européens.
* L'entourage idéologique de Bush est-il homogène ?
Non. Il y a une division que vous connaissez : d'un côté Colin Powell, militaire très réticent à faire la guerre, soucieux de préserver la voie multilatérale ; de l'autre, Dick Cheney, le vice-président, dont on n'entend plus beaucoup parler, mais qui passe pour être le cerveau de Bush, Donald Rumsfeld, à la défense, et son second, Paul Wolfowitz. Ceux-là sont hostiles à l'Onu et aux Européens. Chez Wolfowitz, le danger irakien est une vraie obsession. Sa première réaction, le 11 septembre a été : "Il faut attaquer l'Irak." Ce groupe, très lié au Likoud israélien, considère que les Etats-Unis et Israël ont fait preuve de faiblesse en négociant avec les Arabes. Ils jugent que c'est le moment ou jamais de redistribuer les cartes dans le désordre moyen-oriental. Un homme comme Richard Perle considère les Arabes comme des ennemis, les Européens comme des lâches, coupables de la Shoah. Quant à cette idée selon laquelle ils vont amener la démocratie dans toute la région, ils ne peuvent pas y croire eux-mêmes. C'est une justification destinée à l'opinion publique. La révolution bottée de Napoléon a, certes, apporté le Code civil ; elle a aussi suscité les nationalismes allemand, espagnol et autres.
* L'inflexion unilatérale de la politique étrangère américaine est-elle durable ?
Je pense que non. Le monde a changé, il est globalisé. Les Etats-Unis ont des intérêts partout. Il est probable que cette ivresse de l'innocence outragée et de la puissance, que l'on connaît actuellement, n'aura qu'un temps. Sera-ce deux ans ou dix ans ? Je n'en sais rien.    haut
 
Un forcené voulait se faire exploser dans la succursale de Hamra de la HSBC
Ceinturé de dynamite, Samir Berro s'est livré à la police après avoir adressé un message aux médias

paru dans l'Orient-le Jour le 30 mars 2003 

Ce que les Libanais craignaient particulièrement - un terroriste fou furieux qui prend des civils en otages pour protester contre ce qui se passe en Irak et contre la politique anglo-américaine - est arrivé hier, en plein Hamra, contre une succursale de la HSBC, une banque à intérêts britanniques. Sans, bien heureusement, faire de victimes. 11h35 du matin, rue Makdessi. Le dénommé Samir Abdel-Karim Berro, âgé de 45 ans, est entré dans la banque avec comme accessoire vestimentaire une ceinture d’explosifs à la taille. Et a menacé les employés de la HSBC qu’il a pris en otages de se faire exploser à l’intérieur de la succursale, en signe de protestation contre l’agression dont l’Irak est la cible, et pour porter un sérieux coup aux intérêts anglo-US au Liban. Sauf que selon un des employés de la banque, le terroriste avait commencé par demander le contenu des caisses avant de déclarer qu’il souhaitait adresser "un message" de condamnation de l’offensive alliée en Irak.
Quelques minutes après que Samir Berro eut pénétré dans la banque, des soldats de l’armée et des membres des Forces de sécurité intérieure, sont arrivés sur les lieux, accompagnés du commandant de la police de Beyrouth, le brigadier Walid Koleylate. Un cordon de sécurité a immédiatement été imposé autour de l’immeuble abritant la succursale de la HSBC. Notons qu’un peu plus tard, c’était au tour du directeur général des FSI, le général Marwan Zein, puis du commando des forces spéciales de l’armée, emmené par le brigadier Marwan Charbel d’intervenir. Et lorsque les négociations ont commencé avec le forcené, ce dernier a exigé de parler personnellement avec le ministre de l’Intérieur, Elias Murr, et a demandé à plusieurs reprises la présence des médias afin que soit relayé son message de condamnation et d’opposition contre Washington et contre Londres. Samir Berro a ainsi pu discuter avec Elias Murr par le biais du brigadier Koleylate, jusqu’au moment où le ministre de l’Intérieur - qui avait, auparavant, pris contact au téléphone avec le président de la République, Emile Lahoud - est arrivé sur les lieux de la prise d’otages, et a pénétré, accompagné de plusieurs hauts responsables sécuritaires, dans l’enceinte de la succursale.
Il s’est entretenu directement avec le terroriste, et l’a visiblement convaincu de se rendre. Samir Berro s’est alors livré aux FSI, qui l’ont emmené à la caserne Hélou, où il a subi un interrogatoire en règle, avant qu’il ne soit déféré devant les autorités judiciaires concernées. Mais avant qu’il ne monte, vers 12h15, dans le fourgon de police, il a adressé, via les médias, le message suivant : "Allah est grand. Je m’appelle Samir Abdel-Karim Berro, je suis originaire de Nabatiyé-la-triste et mon numéro de registre est le 27. Mon action visait les intérêts américains et britanniques ; c’est ma façon de refuser que l’on ne frappe les peuples irakien et palestinien. J’ai préparé tout seul cette opération, et ce depuis le 20 mars, et parce qu’aucune voix ne peut s’élever au-dessus de celle des canons", a-t-il indiqué, avant de conclure en paraphrasant un dicton arabe selon lequel "tuer un loup dans la forêt constitue un crime impardonnable, alors que le génocide de tout un peuple est devenue chose admissible." Signalons que selon des témoins oculaires, plus de deux mille hommes se sont déployés dans tout le secteur de Hamra. Ce qui a véritablement paniqué certains riverains. Idem pour les employés de la banque - livides et, pour quelques-uns d’entre eux, en pleurs - qui avaient réussi à quitter le bâtiment, après que l’otage Bassam Saadane eut convaincu le terroriste de les libérer, et de ne garder que lui en attendant le ministre de l’Intérieur.
Sur le plan judiciaire, le commissaire du gouvernement par intérim auprès du tribunal militaire, Maroun Zakhour, a interrogé l’accusé, en évoquant d’abord la prise d’assaut de la banque. Alors que Samir Berro a réitéré que le but de son action visait à braquer les projecteurs sur ce qui se passait en Irak, et à menacer les intérêts britanniques. Le juge Zakhour a également entendu plusieurs témoins : le directeur et des employés de la HSBC-Makdessi, trois des agents de sécurité de la banque, ainsi que Bassam Saadane. Signalons que ce dossier va être ensuite transféré au bureau de lutte contre le terrorisme pour la suite de l’enquête. Le juge Zakhour a également examiné les explosifs qui se trouvaient autour de la taille du prévenu, ainsi que la grenade qu’il tenait à la main, avant de les livrer à l’expert militaire, pendant qu’avait lieu une inspection fouillée de la banque.
La déclaration de Murr

A sa sortie du siège de la banque britannique, le ministre de l’Intérieur a fait une déclaration dans laquelle il a souligné que le preneur d’otages avait souligné devant lui qu’il voulait protester contre "les massacres en Irak et qu’il souhaitait actionner les explosifs qu’il portait sur lui parce qu’il n’avait plus rien à perdre". "Je lui ai répondu que tout le peuple libanais est résistant et que s’il mettait ses menaces à exécution, cela aurait pour conséquence de faire des victimes innocentes et d’ajouter un drame libanais aux drames vécus par le peuple arabe, a déclaré M. Murr. Au terme de dix minutes de négociations, il a accepté de se livrer (aux forces de l’ordre) à condition qu’il puisse adresser un message par le biais des médias. Nous nous sommes entendus donc sur ce point et il est sorti après avoir abandonné les explosifs."
En réponse à une question, le ministre de l’Intérieur a, d’autre part, souligné que "pour la première fois depuis l’indépendance, l’Etat libanais, avec à sa tête le président de la République, devance le peuple libanais dans sa volonté de résistance". "C’est pour cette raison que nous considérons que le fait d’exprimer un point de vue (concernant la situation régionale) est un droit que l’Etat et le peuple assument, a déclaré M. Murr. Mais il est inacceptable de se livrer à des actes destructeurs contre les entreprises appartenant à des Libanais ou de lancer des pierres contre les forces de l’ordre et l’armée. Certaines personnes entreprennent de se livrer à des telles actions afin de porter atteinte au climat de liberté d’expression. Nous nous opposerons à ces actes car, en définitive, ils sapent la sécurité dans le pays". Et M. Murr d’ajouter : "Le ministère de l’Intérieur a pris des mesures afin de préserver la sécurité de toutes les entreprises au Liban, y compris les entreprises étrangères. Le Liban reste l’un des pays les plus sûrs au monde. Mais les images que les médias rapportent au sujet de la guerre poussent certaines personnes à commettre de tels actes. Nous nous attendons donc à ce genre d’actions, mais nous espérons pouvoir y remédier comme nous l’avons fait aujourd’hui.
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La France débloque les 500 millions d’euros promis à Paris II
Dette - Signature d’une convention de prêt au Grand Sérail
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans l'Orient-le Jour le 1er mars 2003
Chose promise, chose due. La France a prêté 500 millions d’euros au Liban pour l’aider à restructurer sa dette publique, conformément à l’engagement qu’elle avait pris lors de la conférence de Paris II. Les fonds ont été débloqués hier à l’occasion de la cérémonie de signature d’une convention de prêt organisée au Grand Sérail en présence du Premier ministre Rafic Hariri et de l’ambassadeur de France à Beyrouth, Philippe Lecourtier. Le prêt est octroyé par l’Agence française de développement dont le président, Jean-Michel Sévérino, était hier à Beyrouth. Il s’agit d’un crédit sur 15 ans doté d’une période de grâce de trois ans, avec un taux d’intérêt annuel de 5 %. Ces conditions sont similaires à celles consenties par les autres bailleurs de fonds réunis en novembre dernier à Paris pour venir au secours du Liban, a précisé le ministre des Finances, Fouad Siniora. Lors d’un point de presse, le ministre a remercié la France pour son soutien et rendu hommage au président français Jacques Chirac qui n’a pas ménagé ses efforts, a-t-il dit, pour venir en aide au Liban. 
Bientôt l’Arabie saoudite

La conférence de Paris II avait réuni 17 pays et sept institutions internationales qui ont alloué 4,4 milliards de dollars de crédits au Liban. Environ 3,1 milliards de dollars portent sur des crédits à long terme et à des taux préférentiels. Jusqu’à présent, la Malaisie, les Emirats arabes unis, le Koweït et Oman ont avancé 950 millions de dollars au Liban en souscrivant à une émission obligataire de la République libanaise. La contribution de l’Arabie saoudite est attendue dans les prochains jours. Pour des raisons liées à sa législation, Paris a préféré passer par l’intermédiaire de l’Agence française de développement pour octroyer ce prêt au Liban. "Ce concours décidé par le président français est un témoignage de l’amitié profonde qui unit la France et le Liban. Nous sommes aux côtés du Liban quand il éprouve des difficultés", a déclaré M. Sévérino. "Les premiers résultats du plan de réformes présenté par le gouvernement sont prometteurs, et nous avons confiance" pour la suite, a-t-il ajouté, précisant que l’activité de l’Agence française de développement au Liban ne se limitait pas à ce prêt. L’AFD finance aussi des projets d’infrastructure, dans le domaine de l’eau par exemple, à Tripoli ou à Jezzine notamment. Notre coopération concerne le secteur public et le secteur privé."
Les produits libanais ont désormais accès au marché unique européen
"J’espère que, dorénavant, les produits libanais deviendront familiers dans nos magasins et nos supermarchés et que les entreprises européennes profiteront des opportunités croissantes d’investissement et de commerce au Liban", a déclaré hier Chris Patten, commissaire européen aux Relations extérieurs. M. Patten saluait ainsi l’entrée en vigueur aujourd’hui de l’accord intérimaire Euromed permettant l’application immédiate des clauses commerciales de l’accord d’association conclu entre le Liban et l’Union européenne dans le cadre du processus euro-méditerranéen. Chris Patten a souligné qu’il s’agissait "d’un jour important pour les relations de l’Union européenne avec le Liban", soulignant que cette étape "rapprochera davantage le Liban de l’Europe dans un espace euro-méditerranéen plus large". Et d’ajouter : "Quand j’ai rencontré le président Lahoud à Beyrouth au début de février ainsi que des membres du gouvernement, il était clair que les deux parties partageaient la conviction que l’accord d’association doit bénéficier, de façon tangible, à nos populations respectives." 
Le commissaire Pascal Lamy, chargé du Commerce, a également exprimé sa satisfaction de voir le Liban "opter pour la voie rapide en cherchant, par cet accord intérimaire, à anticiper la transition vers le libre-échange. Cela démontre que le Liban est décidé à honorer ses engagements en rapprochant sa législation commerciale et économique de celle de l’Union européenne. C’est également un pas dans la bonne direction vers l’adhésion du Liban à l’OMC". Les propos de Chris Patten et de Pascal Lamy étaient rapportés hier par un communiqué de la délégation de la Commission européenne à Beyrouth. En revanche, l’événement semble passer inaperçu du côté des autorités libanaises qui n’ont fait aucune déclaration à ce sujet. Aujourd’hui est pourtant une date importante pour les entreprises libanaises, en particulier dans les secteurs agricole et agroalimentaire, car elles peuvent accéder au marché unique européen à des conditions préférentielles. Le Liban est en effet le premier partenaire méditerranéen de Bruxelles à avoir obtenu un accès libre et gratuit pour ses produits agricoles, à l’exception d’une liste limitative de denrées, soumises à des quotas. L’événement est moins important pour les entreprises industrielles qui disposent depuis 1977 d’un accès privilégié au marché unique européen.
Le défi pour tous consiste cependant à profiter de cette porte ouverte pour exporter des marchandises fabriquées au Liban. Car il ne suffit pas d’être exempté de droits de douane. Les produits libanais doivent répondre aux normes européennes, être compétitifs et savoir pénétrer les canaux de commercialisation. C’est en cela que l’aide de l’Union européenne est importante pour accompagner les réformes structurelles nécessaires que le gouvernement libanais s’est engagé à entreprendre. Dans son communiqué, la délégation de la Commission européenne précise que Bruxelles a déjà approuvé 15 millions d’euros pour aider le Liban à adopter les mesures administratives et juridiques nécessaires à la mise en pratique de l’accord. Un montant supplémentaire de 15 millions d’euros doit être approuvé pour le lancement de projets relatifs aux normes et à la certification des produits. La Commission européenne fournira également 17 millions d’euros en appui aux petites et moyennes entreprises pour qu’elles profitent mieux des opportunités offertes par l’accord intérimaire commercial. L’accord d’association qui lie le Liban à l’Union européenne porte sur les domaines politique, économique, social et culturel. Seul le volet économique entre en vigueur aujourd’hui, les autres doivent attendre la ratification du texte par les quinze Etats membres de l’Union, seule l’Irlande ayant déjà voté en ce sens. L’accord a en revanche été ratifié par le Parlement libanais le 2 décembre 2002 et par le Parlement européen le 16 janvier dernier.    haut
 
Huit réserves exceptionnelles pour témoigner de la splendeur naturelle du Liban
Environnement - Journée nationale pour la protection d’un remarquable sanctuaire de biodiversité
 
par SUZANNE BAAKLINI, publié dans l'Orient-le Jour le 10 mars 2003
Elles sont huit aujourd’hui à témoigner de la splendeur naturelle du Liban. Les réserves naturelles n’existent pas depuis longtemps, elles ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur, mais le concept a fait du chemin. A l’occasion de la Journée nationale des réserves naturelles, ce lundi, l’Orient-le Jour dresse un bilan de la situation de ces beaux sites, de leur évolution depuis la date de leur classement, ainsi que de la stratégie future du ministère de l’Environnement qui propose un texte de loi et envisage d’intégrer de nouvelles régions dans sa liste d’endroits protégés. Les sites classés réserve naturelle par des lois sont donc huit au Liban: Horch Ehden (Liban-Nord), les cèdres du Chouf (Mont-Liban), les îles des Palmiers (Tripoli, Liban-Nord), la plage de Tyr (Liban-Sud), la forêt de Tannourine (Liban-Nord), Bentaël (Jbeil), Yammouné (Békaa, Baalbek). La huitième réserve, Karm Chbat (Akkar, Liban-Nord), vient d’être créée par décision ministérielle. 
De ces huit sites, seuls quatre ont été dotés d’une gestion (plus ou moins efficace, plus ou moins ancienne): Horch Ehden, les cèdres du Chouf et les îles des Palmiers (ces trois-là ont bénéficié depuis 1997 d’un financement par le Programme des Nations unies pour le développement, en collaboration avec le ministère de l’Environnement, qui fait des contributions financières annuelles), et la plage de Tyr (plus récente). L’approbation vient d’être obtenue pour le financement par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) d’un plan de gestion pour la forêt de Tannourine. Par ailleurs, il faut préciser que tous les sites dits "protégés" ne sont pas des réserves. En effet, selon une loi élaborée par le ministère de l’Agriculture et antérieure à la création des réserves, toute forêt de cèdres, de chênes, de sapins de Cilicie et de genévriers (ou tout autre arbre devenu rare ou exceptionnel), est considérée comme protégée. Cela veut dire que l’abattage d’arbres y est interdit, et que le ministère assure, en principe, des gardes-forestiers sur le site.
Le concept de réserve naturelle est bien plus complexe et plus vaste : d’une part, il ne s’agit pas nécessairement d’une forêt (en témoignent les deux réserves maritimes de Tyr et de Tripoli), mais toujours d’un sanctuaire de biodiversité remarquable. D’autre part, il suppose la mise en place d’une véritable stratégie de gestion, et la création d’une équipe de travail spécialisée et d’une infrastructure appropriée. Selon les besoins du site et son état, il sera soit fermé au public (entièrement ou partiellement), soit ouvert aux visiteurs, soit en partie réservé à l’agriculture biologique. Il va de soi qu’un même site peut être protégé par deux lois simultanément (quand, par exemple, il s’agit d’une forêt protégée et classée réserve). Les équipes des quatre réserves bénéficiant déjà d’une gestion sont formées d’un directeur, de son assistant, de guides et de gardiens. Plus le budget de l’équipe est élevé, plus on trouve de guides et de gardiens sur le site, naturellement. L’infrastructure consiste en la création de sentiers de randonnées avec divers niveaux de difficulté, d’un bureau d’informations, de panneaux explicatifs, accessoirement d’un musée ou d’une boutique de souvenirs, etc. Le problème de financement hante continuellement les esprits, surtout quand le délai des programmes mis en place par les organisations internationales vient à expiration. 
Des réserves dans les propriétés privées ?

Des abus, malheureusement, sont commis dans l’enceinte des réserves naturelles telle la chasse illégale, par exemple, comme le reconnaît Nancy Awad, spécialiste des réserves naturelles au ministère de l’Environnement, et ce, malgré la fermeté de la loi à cet égard. A ce propos, elle insiste sur l’importance de convaincre les populations environnantes de la nécessité de protéger le site, parce qu’elles sont les meilleures garantes de sa sécurité à long terme. "A titre d’exemple, au Chouf, les habitants assuraient la protection de la forêt longtemps avant son classement officiel, raconte-t-elle. Dans le voisinage de certains sites que nous envisageons d’inclure dans la liste de réserves, nous nous sommes heurtés à l’incompréhension de populations habituées à considérer la forêt comme une partie de leur village et un moyen d’assurer une subsistance. Il faut alors prendre le temps de les convaincre du bien-fondé de la protection du site et les inclure dans la gestion." Par ailleurs, la création de réserves naturelles doit être nécessairement régie par une loi. Un texte est actuellement en préparation, qui devrait servir de cadre dans ce domaine. "Un pareil texte de loi, élaboré entre nos murs, est envoyé aux différentes administrations concernées qui émettent leurs remarques et nous le renvoient", explique Mme Awad. 
La nouvelle loi apporte une série de changements majeurs au système de création et de gestion des réserves tel qu’on l’a connu jusqu’à présent. Ainsi, la protection des sites ne se fera plus en vertu d’une loi, comme c’est le cas actuellement, mais par le vote d’un simple décret, ce qui raccourcira considérablement les démarches. D’un autre côté, il sera possible de créer des réserves naturelles sur des terrains privés, ce qui est encore impossible aujourd’hui. Enfin, il sera permis aux directions des réserves de percevoir un droit d’entrée auprès des visiteurs. Il faut signaler que ces deux dernières questions constituent des sujets de débat entre les différentes administrations, mais leur présence dans le cadre de la loi n’est pas contestée malgré des "modifications mineures au texte original", selon Mme Awad. Pour ce qui est de l’instauration d’une réserve naturelle sur une propriété privée, elle se fait évidemment avec l’approbation et la collaboration des propriétaires. Ce n’est qu’en dernier recours qu’intervient l’expropriation. La perception de droits d’entrée, quant à elle, a fait l’objet du débat suivant : ces fonds devraient-ils, comme tout argent public, être transférés au ministère des Finances qui se charge de les redistribuer ensuite aux gestionnaires des réserves ? Ou devraient-ils revenir directement à la direction du site ? Le ministère de l’Environnement s’appuie sur un article du code adopté l’année dernière, stipulant la création d’une caisse spéciale pour l’environnement, afin d’exiger que les droits d’entrée parviennent directement à la réserve sans routine administrative.
Par ailleurs, le ministère de l’Environnement a adopté une stratégie en matière de création de réserves. "Nous recevons en général les demandes de classement par des personnes ou des groupes concernés par un site donné, explique Mme Awad. Comme première étape, nous envoyons des experts chargés d’évaluer si, à première vue, ce site présente un écosystème unique qu’il faut préserver. Pour l’instant, le rapport scientifique doit s’accompagner de preuves que cet endroit est situé sur des terres publiques et que la communauté environnante est favorable à sa préservation." C’est en cas d’opposition que les choses se gâtent. Officiels et société civile tentent alors de persuader les collectivités locales, sans l’appui desquelles tout effort de protection est inutile, de se rallier à leur idée. Cette nouvelle loi sera un pas de plus en direction de la consécration du principe de protection des sites exceptionnels. Combien de temps faudra-t-il pour que les mentalités (à tous les niveaux de l’administration officielle et du peuple) évoluent de la même façon ? 
Les cèdres du Chouf, Horch Ehden et les îles des Palmiers : entre "success story" et charmant désordre
C’est en 1992 que les deux premières réserves ont été établies à Horch Ehden et aux îles des Palmiers. Ces deux sites, ainsi qu’un troisième, les cèdres du Chouf, proclamé réserve en 1996, ont bénéficié d’un programme de financement, lancé par le ministère de l’Environnement en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Cela leur a permis de développer un plan de gestion et une infrastructure dans les sites. Le programme, initialement prévu pour cinq ans, a été prolongé d’un an jusqu’à la fin de 2003. De toutes les réserves du Liban, celle des cèdres du Chouf (plus de 15.000 hectares) est la plus vaste. D’une beauté à couper le souffle, elle est dotée d’une remarquable biodiversité. Malheureusement, environ 5% seulement de sa superficie est toujours couverte de cèdres. Mais la fermeture du site aux agressions, notamment aux pâturages, a eu pour effet une nouvelle régénération de cette forêt. 
En terme de gestion, la réserve des cèdres du Chouf est une remarquable "success story". La dynamique équipe de l’Association des cèdres du Chouf, fondée en 1994, deux ans avant l’acquisition de statut de réserve, a réalisé plusieurs travaux : sentiers à différents niveaux, bureau d’information, petit musée, panneaux explicatifs, centre culturel pour les jeunes, vente de produits du terroir dans les environs... Les gestionnaires perçoivent des donations des visiteurs (qui se comptent par dizaines de milliers), ne pouvant imposer des droits d’entrée. La réserve des cèdres du Chouf constitue la limite sud de la présence du "Cedrus Libani" dans le monde. Elle comporte six forêts principales dont trois particulièrement remarquables: celle du Barouk (400 hectares), celle de Maasser Chouf (6 hectares) et Bmohray-Aïn Zhalta (100 hectares). On y a recensé 200 espèces d’oiseaux dont 19 en danger, 26 espèces de mammifères dont 6 menacées, 524 espèces végétales dont 32 portent l’adjectif "libanais", 16 espèces d’arbres dont 6 en voie de disparition, 30 endémiques du Liban et plus de 60 caractéristiques des pays de la région. 
Le vert et le bleu

Toutefois, la réserve naturelle qui détient la palme de la biodiversité, c’est l’exquise Horch Ehden. Dans cette typique forêt méditerranéenne, les cèdres côtoient les sapins de Cilicie, les chênes de toutes sortes, les genévriers, les pommiers sauvages... en un charmant désordre. Ce site de plus de mille hectares dont quelque 450 sont boisés comporte 1.030 espèces végétales (40% de toutes les espèces trouvées au Liban) dont 10 endémiques du site, 100 dont le nom porte l’adjectif "libanais", 75 plantes médicinales et 39 espèces d’arbres (dont les derniers pommiers sauvages au Liban). Il compte aussi 26 espèces de mammifères, 157 espèces d’oiseaux, 300 de champignons, 200 de reptiles. Depuis la protection du site, les observateurs ont remarqué le retour d’un grand nombre d’animaux comme les sangliers, les chats sauvages, les loups... L’association des Amis de Horch Ehden, qui assure la gestion de la réserve, a choisi la stratégie de la non-intervention. Mais une fois le programme financé par le Pnud terminé, le spectre des difficultés financières ne manquera pas de hanter les organisateurs. 
Les îles des Palmiers sont, comme leur nom l’indique, un site marin. Ce groupe d’îles au large de Tripoli était communément appelé "îles aux lapins" depuis qu’une large communauté de ces animaux a été introduite dans les années 50, causant une catastrophe écologique en détruisant des plantes rares qui s’y trouvaient. Aujourd’hui, les îles ne sont plus habitées, mais des restes de poterie, un puits d’eau fraîche, d’anciennes salines et une église construite au temps des croisés sont les preuves de la colonisation humaine passée. On accède à la réserve après un trajet en bateau de 30 minutes à partir de Mina. Le site est formé des îles de Sanani (4 hectares), Ramkine (1,6 hectare) et l’île des Palmiers (20 hectares), ainsi que de 500 mètres de surface d’eau de mer environnante. Vu son importance, la réserve a été proclamée "zone méditerranéenne spécialement protégée" dans le cadre de la Convention de Barcelone, et "zone importante pour les oiseaux" par "Birdlife". Les belles plages des îles sont utilisées par les tortues de mer pour la ponte de leurs œufs. Les phoques-moines, une espèce très menacée, recommence à visiter le site et pourraient s’y réétablir un jour. Certaines parties de la réserve sont ouvertes au public durant l’été. Mais le reste de l’année, elle redevient un sanctuaire pour les merveilles de la nature. 
La belle plage de Tyr, les marécages de Ammick : sanctuaires pour les oiseaux migrateurs
En novembre 1998, le classement de la plage de sable de Tyr a sauvé l’une des dernières belles parties du littoral libanais de la destruction par l’urbanisation massive. Aujourd’hui, 3,8 kilomètres carrés de littoral, et en mer jusqu’à une profondeur de 500 à 800 mètres, sont protégés, mais pas de manière absolue, malheureusement. Même si le danger du béton a été écarté, en été, les nombreux baigneurs ne respectent pas vraiment les règles de protection de la réserve. Beaucoup de petits cafés prolifèrent le long de la plage, des parkings y sont créés, le sable y est déplacé, l’eau et le sable sont pollués par divers types de déchets... L’importance de la plage de Tyr réside dans le fait qu’elle abrite un grand nombre d’animaux en danger comme la tortue de mer. Les observateurs ont remarqué avec satisfaction le retour de la tortue sur ce site, qui compte aussi des espèces endémiques. La réserve est par ailleurs un sanctuaire pour oiseaux migrateurs. Dans le prolongement de la plage se trouve la fameuse source de Ras al-Aïn, utilisée pour l’irrigation depuis l’époque des Phéniciens. On y trouve aujourd’hui des piscines construites au temps des Romains. A l’endroit où l’eau douce rejoint l’eau de mer, une zone très riche en espèces marines s’est développée. La portion de plage devant Ras al-Aïn est fermée au public.
La réserve de Tyr, qui a aujourd’hui un début de plan de gestion, bénéficie depuis un certain temps d’un financement dans le cadre d’un programme appelé "MedWet", spécialement conçu pour les régions humides. Mais elle n’est pas la seule. Un autre site, les marécages de Ammick, est également inclus dans le même programme. Ce dernier site est d’une importance internationalement reconnue (notamment par la Convention Ramsar pour les zones humides, par "Wetlands International" et par "Birdlife"), non seulement pour sa grande beauté ou pour le fait qu’il contienne les seuls marécages restants du Liban et du Moyen-Orient, mais parce qu’il constitue un passage obligé pour un grand nombre d’oiseaux migrateurs. Après des années d’abus, de chasse incontrôlée, d’utilisation abusive de l’eau, notamment pour l’irrigation, le site de Ammick, ou du moins une très grande partie, fait l’objet d’une initiative privée de réhabilitation écologique réussie (interdiction de la chasse, rationalisation de l’utilisation des ressources aquatiques...). L’idée de faire de Ammick une réserve naturelle est sur le tapis depuis longtemps, mais elle attend le vote de la nouvelle loi qui permettra la protection des propriétés privées.
Plan de gestion pour la forêt de cèdres de Tannourine
Trois sites, d’une beauté qui n’a rien à envier aux autres réserves, ont été ajoutés à la liste des endroits protégés par le ministère de l’Environnement, en vertu de lois : la forêt de cèdres de Tannourine (Liban-Nord), le jurd de Yammouné (Baalbeck) et l’imposante pinède de Bentaël (hauteurs de Jbeil). Ce qui les différencie de leurs consœurs du Chouf, d’Ehden, de Tripoli et de Tyr, c’est qu’aucun plan de gestion n’y a encore été implanté, bien que Tannourine soit appelée à bénéficier bientôt d’une aide du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue). Tannourine n’est rien moins que la plus grande forêt de cèdres qui reste au Liban (1.205 hectares). Mais ce site a longtemps souffert des attaques répétées d’un insecte inconnu jusqu’alors, et qui a représenté une menace très sérieuse pour la vie des arbres. Bien que les campagnes de pulvérisation de pesticides menées par le ministère de l’Agriculture en collaboration avec la FAO aient porté leurs fruits, le phénomène reste largement inexpliqué, et la crainte de voir resurgir l’insecte ravageur n’a pas disparu. Le budget du Pnue permettra d’instaurer un système de gestion et de contrôle dans ce site d’une grande importance. 
Si la pinède méditerranéenne typique de Bentaël n’a été classée réserve naturelle qu’en 1999, elle n’en constitue pas moins la région protégée la plus ancienne du Liban. Comment ? Les habitants des régions environnantes ont entamé une initiative populaire de protection de leur belle forêt dès... 1981. Un bel exemple de sensibilisation écologique collective. La réserve de 228 hectares se trouve sur le versant d’une vallée, sur une pente très inclinée. Elle n’est pas encore prête à recevoir les visiteurs. La région de Yammouné est principalement formée d’une zone aride, parsemée de genévriers très anciens qui constituent sa particularité. Une autre des caractéristiques de cette réserve de 2.100 hectares environ, ce sont les poissons endémiques du Liban, les "Phoxinellus libani", devenus extrêmement rares, que l’on trouve dans ses cours d’eau.    haut
 
Le triomphe de Wolfowitz
 
par DOMINIQUE DHOMBRES, publié dans le Monde du 13 mars 2003
George W. Bush trépigne et compte les jours qui le séparent du moment où il pourra lancer ses troupes contre l'Irak. Lorsqu'il est entré à la Maison Blanche, en janvier 2001, ce pays et son chef le laissaient pratiquement indifférent. La politique étrangère, de façon générale, ne l'intéressait guère. Il ne sortait de sa torpeur dans ce domaine que pour laisser planer l'idée d'une réduction du nombre de soldats américains stationnés à l'extérieur. Tout a changé après le 11 septembre 2001. Le passionnant documentaire américain de Michael Kirk Maison Blanche : la guerre à huis clos qu'Arte diffusait mardi soir en début de soirée raconte comment le 43e président des Etats-Unis a été convaincu de l'urgente nécessité d'une transformation radicale de la politique étrangère américaine.
La figure centrale de ce bouleversement est Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone, dont les idées l'ont emporté, au sommet de l'administration américaine, au cours de l'hiver 2001-2002. Wolfowitz les avait formulées, dès 1992, dans un mémorandum consécutif à la première guerre du Golfe. Elles avaient alors été jugées dangereuses par le 41e président, George Bush Senior, et publiquement rejetées. Wolfowitz affirme qu'il faut en finir avec la doctrine de l'endiguement ("containment"), caractéristique de la guerre froide, et recourir aux actions "préventives" contre les nouveaux ennemis de l'Amérique, perçus comme un "axe du Mal" (Irak, Iran, Corée du Nord). Il faut même aller plus loin, puisque la disparition de l'URSS le permet. Il ne s'agit plus de gérer les crises, mais de remodeler le monde, en y imposant les valeurs américaines.
Michael Kirk montre, au travers d'une série d'entretiens, comment Wolfowitz a conquis progressivement les esprits au sein de l'administration Bush au cours d'un combat sans merci, en coulisse, contre le chef de file du clan des réalistes et des prudents, le secrétaire d'Etat Colin Powell. Il a convaincu Condoleezza Rice, la conseillère de George Bush pour les questions de sécurité, jusque-là réticente, et surtout le président lui-même. Conformément aux pratiques jadis en vigueur dans le mouvement communiste, mais qui sont en fait des méthodes de pouvoir aussi vieilles que l'humanité, c'est l'adversaire de la nouvelle doctrine, Colin Powell, qui a été chargé d'en défendre le bien-fondé devant le reste du monde.    haut
 
Bush prie
 
par PIERRE GEORGES, publié dans le Monde du 8 mars 2003
Et dieu dans tout cela ? Eh bien, Dieu est en ligne directe avec George W. Bush. Ou plutôt l'inverse. Dieu a fait Bush américain et chrétien. Dieu a sauvé Bush, le pécheur égaré sur le chemin de l'alcool et de la débauche. Dieu a fait Bush président. Bush est donc le président de Dieu sur Terre. Croit-on qu'on moque ici ? On le voudrait presque. Mais c'est ce que le président-prédicateur de la Maison Blanche, et céleste, dit lui-même, de lui-même, en une référence permanente à sa foi. George W. Bush appartient à l'Eglise protestante méthodiste unifiée. Il est croyant, profondément croyant, d'une démonstrative croyance à la manière américaine qui peut surprendre ici mais est là-bas chose courante et admise, comme culturelle aussi. Il est un homme de foi. Et rien, évidemment, n'autorise à ironiser sur un homme de foi, sauf à vouloir bouffer du Bush, comme naguère du curé. Et ce serait tentant. Mais ce qui inquiète plutôt, et ce qui fait tout craindre, c'est que cette foi omniprésente, envahissante, dévorante, sans cesse autoproclamée comme suprême et permanente inspiration semble parfois tenir lieu de programme messianique.
Au nom de Dieu, un président des Etats-Unis, assurément l'homme le plus puissant sur cette Terre, tient parfois d'étranges propos. Chacun se souvient des mots lancés après le traumatisme horrible du 11 septembre 2001. Des mots de "croisade", des mots de lutte du "Bien" contre le "Mal". Des mots empreints en somme de ces considérations qui firent les croisés. On avait pu avoir une interprétation comme culturelle de ces propos. Ne pas les prendre au pied du mot précisément. Mais voici, et toutes les enquêtes faites sur l'exécutif américain actuel, tous les portraits de George Bush Junior tracés par la presse d'outre-Atlantique, le disent que le religieux le dispute singulièrement aux considérations temporelles dans l'inspiration, la définition et la justification de la politique des Etats-Unis. George W. Bush, outre que convaincu d'être devenu président des Etats-Unis par onction divine au moins autant que par élection, a la foi des bûches envers son propre destin. Et il donne le sentiment, dans un inquiétant mélange des genres, de conjuguer jusqu'à l'extrême et jusqu'à l'absurde les deux termes de ce "devoir sacré", imposé à tout chef d'Etat.
On prie beaucoup à la Maison Blanche. On y prie sans cesse. Et d'une certaine manière, on y prie trop. C'est à tout cela qu'on pensait, en lisant une dépêche ce matin, en provenance des Etats-Unis. Tenant conférence de presse, la nuit dernière pour nous, à Washington, George W. Bush, questionné sur la foi, a tenu, on y revient, des propos de prédicateur-président. "Ma foi me porte parce que je prie chaque jour. Je prie pour qu'elle me guide, qu'elle m'apporte sagesse et force." Et si guerre il y avait ? "Je prierai pour les soldats, pour leur sécurité. Et je prierai aussi pour que soient épargnées les vies d'Irakiens innocents." George Bush Junior "prie pour la paix" et prépare la guerre. Et il remercie "les milliers de personnes qui prient pour lui, c'est une expérience d'humilité". Humble prieur, priez pour moi ! Et ici il nous revient que toutes les Eglises, y compris la sienne, le prient de ne pas faire la guerre !    haut
  

 
 
 
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