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PRESSE  RJLIBAN  N°92 - sélection du printemps 2003 (1)  

                                       

 

L'aveu américain

 
publié dans le Monde du 30 mai 2003
Il s'agit donc, sans doute, du plus grand mensonge d'Etat de ces dernières années. D'une campagne de manipulation menée probablement en toute connaissance des choses, en tout cas malgré toutes les indications contraires, pour faire croire aux opinions publiques mondiales que l'Irak détenait et fabriquait des armes de destruction massive. Saddam Hussein, dictateur numéro un sur l'axe du Mal, menaçait la sécurité de ses voisins, des Etats-Unis, du monde entier, grâce à cet armement terrible qu'il pouvait soit utiliser lui-même, soit, hypothèse pire encore, fournir à Al-Qaida. Détruire ces armes qu'il parvenait à cacher aux inspecteurs de l'ONU depuis dix ans justifiait qu'on en vienne à lancer une guerre préventive contre lui. Donald Rumsfeld, le ministre de la défense américain, a déclaré, mardi, qu'il était possible que les Irakiens aient "décidé de [les] détruire avant le conflit". C'est un aveu. Plus exactement le début de l'aveu du fait que les autorités américaines et britanniques ont déclenché en mars la guerre en Irak pour "détruire" ces armes alors qu'elles avaient acquis la quasi-certitude que lesdites armes n'existaient plus à cette date.
L'Irak avait de telles armes en 1991. Mais une longue campagne d'inspection et de destruction menée sous l'égide de l'ONU va considérablement réduire son arsenal. Saddam Hussein en détenait-il encore, cachées quelque part ? Sans doute. Mais le scénario le plus probable, que l'on peut maintenant reconstituer, est que l'Irak a détruit ce qu'il lui restait d'armes dès novembre 2002, lorsque l'ONU a voté la résolution 1441 qui autorisa le retour des équipes d'inspection internationales à Bagdad. D'où l'impossibilité pour ces inspecteurs de trouver des armes. Contre ceux, comme Paris, Berlin et Moscou, qui disaient qu'il fallait poursuivre ces inspections, car elles étaient efficaces, Washington et Londres ont alors brandi des "documents" en guise de preuves que l'Irak se jouait des équipes de l'ONU et que la guerre était inévitable. L'Amérique a mobilisé tous ses moyens d'espionnage mais, faute de parvenir à trouver une preuve irréfutable, elle a publié des informations partielles, tronquées, suspectes. Bref, elle bluffait.
Au cours de la guerre, aucune arme de destruction massive ne fut utilisée par l'Irak. Sept semaines après la fin du conflit, les équipes américaines chargées de chercher - on devrait dire trouver - un "smoking gun" demeurent bredouilles. George W. Bush et Tony Blair ont de plus en plus de mal à prétendre qu'ils restent "persuadés" de l'existence de ces armes. La vérité, qu'ils connaissaient, apparaît aujourd'hui : la guerre a été déclenchée non pour détruire ces armes mais pour changer le régime de Bagdad et commencer à remodeler le Proche-Orient. Les armes n'ont servi que de prétexte. Robin Cook, ancien ministre britannique, qui a démissionné contre la guerre, réclame une enquête parlementaire. Face à ce mensonge d'Etat, la démocratie exige que l'opinion mondiale sache toute la vérité.    haut
 
Rideau sur Bagdad café !
 
publié dans le Canard Enchaîné le 28 mai 2003
A l'approche des grandes chaleurs, les Irakiens se raclent le gosier. Non seulement l'eau est rare, mais l'alcool va manquer. Voilà que les religieux chiites, ivres de pouvoir, lancent leurs commandos contre les brasseries et l es débits de boisson. Une canette de Ferida ou de Sanabil - les bières locales -, un verre d'arak - le pastis irakien - vont devenir plus rares qu'une statue assyrienne et plus compromettants qu'une photo de la Béart au bain. Car il faut éradiquer le vice. Même les chrétiens sont invités à se mettre au régime sec, avec des arguments imparables : "Jésus n'a jamais autorisé les chrétiens à boire de l'alcool. Quant à Marie, elle était voilée", a déclaré au Figaro (23/5) un certain imam Fartoussi, qui ne précise pas si le charpentier Joseph suçait de la glace. Voilà qui nous rappelle l'Iran à ses débuts khomeinistes ! Les mollahs avaient commencé par le foie avant de s'attaquer aux cervelles. On connaît la suite... Adieu, petites gorgées de bière !
Grâce à la Maison Blanche, la prohibition est en route, et Bush, cet alcoolique repenti, peut triompher : les fûts, les fioles et les alambics, les voilà ces fameuses armes de destruction massive ! Quant à Rumsfeld, on ne devrait pas tarder à apprendre qu'il est payé par le lobby des eaux minérales, du Coca ou de la bière sans alcool. Encore des parts de marché qui échappent à la France, mais quelle idée d'avoir organisé le sommet du G8 à Evian !    haut 
 

La "feuille de route" suscite à Beyrouth des réactions mi-figue, mi-raisin

par EMILE KHOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 30 mai 2003

Terjé Roed-Larsen, coordinateur onusien du processus de paix, est formel, catégorique, tranchant : la "feuille de route" est intangible. Elle ne subira aucune modification, il n’est pas question de la renégocier et son application démarre sur les chapeaux de roue. Ces fermes propos suscitent à Beyrouth des réactions variées. Le scepticisme le dispute à un espoir tempéré. Les optimistes se réfèrent à la détermination affichée par Bush qui martèle depuis son avènement sa volonté de voir un Etat palestinien s’établir en 2005. A partir de quoi, la question des réfugiés palestiniens, primordiale pour le Liban, serait réglée. En effet, ces réfugiés, devenant des ressortissants d’un Etat reconnu, disposeraient enfin de passeports normaux, leur permettant de se rendre dans n’importe quel pays. Ils auraient également le choix de rester, mais deviendraient alors des résidents étrangers ordinaires, soumis aux lois et règlements qui régissent le statut de tels hôtes. Ils pourraient enfin retourner dans les territoires palestiniens. Ou, si cela est impossible, s’ils sont originaires par exemple de zones sous contrôle de l’Etat israélien, ils seraient indemnisés. En tout cas le danger de l’implantation serait gommé au Liban. Les camps tomberaient sous le contrôle de l’Etat et leur population serait désarmée.
Toujours selon les optimistes du cru, Bush, qui veut se faire réélire facilement, cherche à atteindre avant cette échéance les objectifs suivants :
– Ramener les Israéliens et les Palestiniens à la table des négociations, pour discuter de l’exécution, étape après étape, de la "feuille de route". En discutant les amendements proposés par chacune des deux parties. L’objectif étant de proclamer la création de l’Etat palestinien en 2005. Pour débattre ensuite avec l’Etat hébreu des questions qui resteraient à régler.
– Assurer la sécurité, l’arrêt de la violence, durant les pourparlers. Le but des deux rencontres au sommet américano-arabe prévues à Charm el-Cheikh et à Akaba est de conforter les efforts déployés en faveur de la "feuille de route" par un climat de calme.
– Réactiver la coalition internationale de lutte contre le terrorisme. Pour que les organisations subversives soient neutralisées et ne puissent agir partout. La consolidation de cette alliance serait facilitée par la mise sur les rails des négociations israélo-palestiniennes ainsi que par le redémarrage des pourparlers syro-libano-israéliens. Le tout aiderait par ricochet à stabiliser l’Irak, en jugulant par ailleurs l’activisme fondamentaliste dans la région.
L’autre point de vue

Quant aux sceptiques, ils font valoir que Sharon a présenté des propositions de retouches qui vident pratiquement la "feuille de route" de son contenu. Certes, reconnaissent-ils, il renonce apparemment à insister sur ces amendements. Non pas sous la pression US, mais par complaisance à l’égard de Bush, afin d’en faciliter la réélection. Sharon accepterait donc de retourner à la table des négociations. Mais après les élections US, et quels qu’en soient les résultats, Israël se remettrait à atermoyer, que Sharon se trouve ou non au pouvoir. En rééditant ainsi les manœuvres dilatoires de Yitzhak Shamir, qui avait fait mine d’accepter les principes de Madrid, en se promettant de les diluer, de gagner au moins dix ans, ce qui a été fait largement. Le prédécesseur de Sharon, qui était également chef du Likoud, avait été contraint de se plier à la volonté immédiate de Bush père, parce qu’il y avait en jeu une ligne de crédits militaires américains de l’ordre de dix milliards de dollars.
Mais comme Shamir l’a indiqué dans ses mémoires, il lui a été facile ensuite de contourner les prescriptions de la conférence de paix de Madrid et de torpiller pratiquement le processus. Sharon n’aurait qu’à suivre cet exemple, en engageant des pourparlers sans fin. Et en obtenant, puisque la "feuille de route" elle-même prévoit cette condition préliminaire, un arrêt de l’intifada ou plus exactement de la violence palestinienne. Pour réaliser son seul véritable objectif, la sécurité d’Israël, ce qui lui permettrait en outre de remporter haut la main les prochaines élections israéliennes. Quant aux problèmes de la colonisation et du retour de réfugiés, ils resteraient sans solution. Selon ces pessimistes, la seule façon de faire fléchir vraiment Israël consiste à poursuivre l’intifada et les attentats-suicide. Cela modifierait sans doute également les calculs de l’Administration US, surtout avec l’apparition d’une résistance irakienne organisée, liée aux mouvements fondamentalistes. Les Etats-Unis, après avoir gagné sur le terrain, perdraient politiquement et se verraient contraints, tôt ou tard, à remettre le destin de l’Irak aux Irakiens. S’ils ne le font pas, concluent ces sources, la région serait en proie, pour de longues années, aux guerres, à l’anarchie et aux révolutions.    haut 
 
Quelques conseils de Sharon à Bush
L'administration américaine devrait se remémorer les échecs israéliens lors de la guerre au Liban, en 1982, et en tirer les leçons pour son offensive en Irak
 
par CHARLES ENDERLIN, publié dans Libération le 18 mars 2003
L'auteur est correspondant de France 2 à Jérusalem et l'auteur de «le Rêve brisé. Histoire de l'échec du processus de paix au Proche-Orient, 1995-2002» (Fayard)
Envahir un pays arabe, en expulser les "terroristes". Mettre en place un nouveau régime favorable à Israël et aux Etats-Unis. C'était, en 1982, la précédente tentative visant à redessiner, par la force, la carte géopolitique du Proche-Orient : la guerre au Liban. L'affaire avait mal tourné. Son auteur : Ariel Sharon fut obligé de démissionner de son poste de ministre de la Défense. L'opposition de gauche en Israël avait tiré de ce fiasco des conclusions éthiques. Dès 1983, Yitzhak Rabin écrivait que, pour "le Parti travailliste, l'utilisation de la force pour réaliser des objectifs politiques fondamentaux est illusoire et dénuée de droit moral. Il est impossible de parvenir par la force à une solution définitive du conflit israélo-arabe". Il rejetait ainsi la doctrine du Likoud et, dix ans plus tard, lançait le processus de paix avec les Palestiniens.
Dans son combat contre ce qu'elle considérait comme une trahison des valeurs essentielles du sionisme et un danger existentiel pour l'Etat juif, la droite israélienne a reçu le soutien de ses alliés idéologiques aux Etats-Unis. En 1996, sept personnalités républicaines proposaient à Benjamin Netanyahou, alors chef du gouvernement, "une nouvelle stratégie pour protéger Israël". Il s'agissait notamment, pour Israël, de "modeler son environnement stratégique en coopération avec la Turquie et la Jordanie, en affaiblissant la Syrie. Cet effort peut être concentré sur le limogeage de Saddam Hussein". Cela sur la base du principe : "Alors que les précédents gouvernements israéliens et de nombreux autres à l'étranger pouvaient mettre l'accent sur "les territoires [palestiniens] en échange de la paix", ­ ce qui a placé Israël dans une position de retrait culturel, économique, politique, diplomatique et militaire ­ le nouveau gouvernement peut promouvoir des valeurs et des traditions occidentales. Une telle approche, qui sera bien accueillie aux Etats-Unis, serait : "la paix en échange de la paix", "la paix par la force" et l'indépendance : l'équilibre des forces." La plupart des signataires de ce texte sont aujourd'hui, à des niveaux divers, membres de l'administration Bush. Vingt-deux ans après la guerre au Liban, le Premier ministre, Ariel Sharon, va pouvoir vérifier, sur une bien plus grande échelle, si sa conception de l'usage de la force militaire peut aboutir au grand chambardement géopolitique qu'il n'a pas réussi à imposer. Il pourrait, aujourd'hui, donner des conseils à George W. Bush.
La première phase de l'opération au Liban s'était plutôt bien passée. A Beyrouth, les chrétiens assiégés par les Syriens et les hommes de Arafat avaient accueilli dans la liesse les militaires israéliens, leur lançant du riz et des bonbons. La scène, dûment filmée par les équipes de télévision, fut du meilleur effet. L'opinion publique israélienne était convaincue de la justesse de la guerre.
Note pour les responsables en communication de l'administration Bush : prévoir quelques tonnes de riz et de bonbons afin que des badauds irakiens puissent les lancer sur les GI.
Les choses se sont gâtées plus tard, lors du siège de Beyrouth Ouest. Pour déloger Yasser Arafat et l'OLP, il a fallu bombarder les quartiers musulmans de la ville. Là, les images firent mauvais effet. Après quelques semaines de tirs d'artillerie et de raids aériens, la presse internationale ne parlait plus que du martyre des populations assiégées et, en Israël, l'opposition s'était réveillée. Les manifestations contre la guerre se multipliaient. L'agitation avait gagné l'armée, et surtout les réservistes qui appréciaient de moins en moins l'idée de combattre pour une cause qui, pensaient-ils, n'était pas directement liée à la défense de leur pays.
Note au général Franks : éviter, autant que possible, d'assiéger Bagdad pendant une longue durée.
Une exposition de matériel militaire saisi à l'OLP -­ lance-roquettes de Katiouchas, canons, armes légères -­ et censé menacer la Galilée n'avait impressionné que les convaincus. La destruction de cet armement était pourtant le casus belli, la raison officielle de l'opération israélienne au Liban.
Note à Donald Rumsfeld : veiller à trouver, de manière convaincante, des armes de destruction massive en Irak. Cela fera taire les détracteurs de la politique américaine.
Surtout, le Proche-Orient est une région où les différends se règlent souvent en dehors des tribunaux. En arabe, cela s'appelle "Taar", la vengeance. Des vendettas parfois centenaires opposent des communautés diverses. L'armée israélienne a fini par jouer les vigiles, protégeant les chrétiens face aux druzes dans la montagne du Chouf. Difficile, dans ces conditions, de compter sur des alliés locaux. La Commission d'enquête israélienne sur les massacres de Sabra et Chatila avait conclu qu'Ariel Sharon aurait dû se méfier, ne pas envoyer les phalangistes libanais dans les camps palestiniens de Beyrouth. Cela lui avait coûté son portefeuille ministériel.
Note pour les unités américaines en Irak : ne pas faire confiance aux diverses milices kurde, chiite et autres. De nombreux Irakiens ont des comptes à régler entre eux et une catastrophe est vite arrivée.
Et puis, il y a l'Islam. Au Liban, en juin 1982, les imams chiites avaient accueilli Tsahal à bras ouverts. Les Israéliens les débarrassaient de leurs ennemis palestiniens. Mais au fil des mois, la situation s'est considérablement détériorée. Formés par des Pasdaran iraniens dans la Békaa libanaise, des commandos chiites lancèrent des attaques contre les Israéliens qui réagirent d'une manière classique avec couvre-feu, perquisitions, arrestations, fouilles dans des mosquées. Résultat : une guérilla contre Tsahal devenue une armée d'occupation. Ce furent les premières attaques-suicides contre les soldats israéliens.
Note à Condoleezza Rice et au Conseil national de sécurité : surveiller les agissements des Iraniens dans l'Est irakien. Note au Pentagone : autant que possible, les GI ne doivent pas toucher aux mosquées.
Israël n'a pas su terminer sa guerre au Liban, retirer ses troupes avant qu'elles ne s'enlisent dans le bourbier libanais. Les gouvernements israéliens successifs n'ont pas suivi les conseils de Clausewitz : du point de vue stratégique, la victoire n'existe pas. Le résultat d'une guerre s'évalue en fonction des objectifs réalisés, notamment si la guerre a amélioré la situation de celui qui l'a déclenchée. Tsahal a gagné la bataille de Beyrouth. Yasser Arafat et l'OLP ont été forcés de partir pour Tunis. Mais les tentatives israéliennes visant à placer leurs alliés phalangistes à la tête du pouvoir libanais ont échoué. De retrait en retrait, les soldats israéliens se sont retrouvés eux-mêmes assiégés dans une zone de sécurité au Sud-Liban, le long de la frontière israélienne qu'ils ne quitteront qu'en mai 2000. Conséquence inattendue, la direction palestinienne, ayant perdu les bases militaires qu'elle avait au Liban, s'est tournée vers l'option diplomatique dont l'aboutissement fut l'accord d'Oslo. Un résultat aux antipodes des objectifs d'Ariel Sharon qui espérait sinon détruire, du moins affaiblir l'Organisation de libération de la Palestine et réduire au minimum son influence en Cisjordanie et à Gaza.
Note pour la Maison Blanche : une fois la bataille de Bagdad gagnée, prévoir un plan de retrait rapide au cas où les objectifs politiques de la guerre devaient se révéler irréalisables. Se rappeler également la conclusion de l'historien militaire britannique Liddel Hart : les solutions acquises par la force sont toujours fragiles.    haut
 

Danse avec les fous

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 21 mars 2003

Deux hommes, deux pays, deux armées… Et l’immense majorité des ahuris qui applaudissent ou vocifèrent, c’est selon, face au spectacle qui a commencé. Car à n’en pas douter, la kermesse de George Dobelyou sera incontestablement la plus formidable vitrine de la quincaillerie guerrière vidéo-informatico-techno-web que la planète ait connue. Merci d’avance aux Irakiens pour leur figuration gratuite. Le demeuré texan, pris pour une fois en flagrant délit d’intelligence, et ses deux camarades en "fauconnerie", Rumsteck et Condoléance, viennent d’enregistrer une première dans les annales militaires : attaquer Saddam Hussein, après l’avoir forcé à détruire ses missiles devant les caméras. Chapeau ! Le Sharongnard de Jérusalem doit en avaler sa kippa de jalousie. Si encore le Doublevé se contentait du Papa chimique… Mais tiens, fume ! Il veut en plus se payer ses deux gamins. Pédophile, va !
Et les niaiseux de geindre sur la béchamel pourrie qui s’est emparée de l’Europe, de l’Otan, du "Machin" onusien et du "Truc" arabe. Pardi, encore faut-il que le Saladin qu’on nous propose de défendre soit fréquentable. A entendre les slogans chantés à sa gloire par les journalistes irakiens, qui depuis 25 ans ont délaissé la plume pour le plumeau, le Nabuchodonosor bronzé serait un modèle d’humanisme et de finesse. Ce ne sont pas les chiites massacrés, les kurdes gazés et les opposants fusillés qui démentiront. Deux hommes, deux pays, deux armées… Et par la même occasion deux fous, qui commencent à nous faire danser sous les orgues de Staline, un autre fou jadis complètement faucille et marteau. Le tout au milieu de la trouille qui gagne les dictateurs arabes et princes sans rire du Golfe. En Suisse aujourd’hui, il y a des banques qui tremblent…
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Israël, l'enjeu véritable
 
par GUY SORMAN, publié dans le Figaro le 18 mars 2003
L'auteur est essayiste. Dernier ouvrage paru : Les Enfants de Rifaa, musulmans et modernes (Fayard)
Qui Saddam Hussein menace-t-il vraiment ? A cette question essentielle, nul ne répond ni dans le camp de la guerre ni dans celui de la paix. Nul cependant, y compris parmi les partisans des inspections ou de l'apaisement, ne met en doute le stockage de ses mystérieuses armes de destruction massive ; Jacques Chirac a confirmé leur existence et la nécessité de s'en débarrasser. Mais si ces armes existent, aussi irrationnel soit Saddam Hussein, on supposera qu'elles visent un ennemi. Lequel ? Les Irakiens eux-mêmes ? Depuis vingt-cinq ans, ils ont été et ils restent les principales victimes du régime ; mais le despote n'a jamais eu besoin d'armes avancées pour les torturer, les gazer, les emprisonner. Saddam Hussein envisagerait-il alors d'attaquer ses voisins immédiats ? Il a déjà tenté d'agrandir son territoire en annexant le Koweït et une partie de l'Iran ; dans les deux cas il a été repoussé. D'expérience, il sait que ses ambitions locales seront toujours contrées par l'ONU et le monde arabe. L'énigme s'épaissit : qui donc ces fusées à moyenne portée visent-elles ?
La réponse qui semble inexprimable par les Occidentaux figure en clair sur les cartes de la région et dans les discours irakiens que l'on feint de ne pas entendre : Israël seul, est à portée de fusée. Les appels à détruire Israël sont si récurrents dans les discours de Saddam Hussein et de ses prédicateurs d'Etat que l'on n'y prête plus guère d'attention. "Il faut détruire Israël" dans la rhétorique de Saddam est aussi obsessionnel que le "delenda est Carthago" pour le Sénat romain. A destination des foules arabes, le message est simplifié par la représentation de Saddam en Saladin. Saladin qui fut Kurde, libéra le royaume de Jérusalem des Francs et le rendit au monde arabe. Quand on se demande en quelle apocalypse finale pourrait s'achever le règne de Saddam, il n'est pas impensable de l'imaginer en un Saladin suicidaire dès l'instant ou lui-même ne cesse de s'y référer ; l'attentat du 11 septembre contre New York a pu lui donner quelques idées fraîches sur l'efficacité radicale d'une frappe unique. Ce que les gouvernements occidentaux savent pertinemment ; mais faut-il le dire ou le taire ?
Ces gouvernements ont jusqu'à présent choisi de se taire, du moins en public ; en privé, notre ministre actuel des Affaires étrangères et certains qui occupèrent cette fonction avant lui, laissent entendre qu'Israël est l'enjeu véritable du conflit avec l'Irak. A partir de cette analyse - de bon sens - largement partagée dans la diplomatie, les conclusions peuvent différer : les inspections ou l'intervention. Mais pour les uns comme pour les autres, le noeud de la crise est évidemment à Jérusalem plus qu'à Bagdad ; le président américain l'a implicitement admis en annonçant la reconnaissance d'un Etat palestinien dans la foulée d'un désarmement de l'Irak. Les dirigeants français préféraient qu'un plan de paix soit imposé aux Israéliens et Palestiniens avant une guerre contre l'Irak plutôt qu'après. Français et Américains diffèrent sur la méthode plus que sur l'analyse ce qui permet de ramener leur divorce actuel à de plus justes proportions. Les deux gouvernements savent l'un et l'autre que la paix doit être imposée, parce qu'elle ne saurait à court terme, être négociée entre deux ennemis irréductibles. Là encore, faut-il le dire ? Convient-il de perpétuer le conformisme actuel qui laisse croire que Saddam est menaçant mais ne menace personne en particulier et que des négociations entre Israéliens et Palestiniens - dites processus de paix - conduiront à la paix alors qu'en vérité, Saddam menace l'existence même d'Israël et que les Arabes n'accepteront jamais qu'une paix contrainte par les Américains et garanties par eux. Comment expliquer cette diplomatie du secret, voire la justifier ?
Israël n'étant pas tout à fait un Etat comme les autres et les Juifs pas encore un peuple banalisé, ni les Occidentaux ni les Arabes n'ont arrêté la juste manière de s'en accommoder. Du côté américain, George Bush se trouve dans une situation comparable à celle de Franklin Roosevelt soupçonné par les isolationnistes, les pacifistes et les antisémites de son temps, de mener une guerre juive ; on sait que celui-ci refusa de mener des opérations spécifiques de libération des camps de concentration pour ne pas renforcer ce soupçon. Pareillement, Bush est accusé par des «pacifistes», aux Etats-Unis, en France et bien entendu dans le monde arabe, d'être le jouet des «sionistes». S'il ne l'est pas, il est indubitable que la survie d'Israël est centrale – plus que la lutte contre le terrorisme dans son combat contre Saddam. Cette survie d'Israël qui ne peut être garantie que de l'extérieur est également essentielle pour la diplomatie française ; mais, chez nous aussi, elle est gérée par un silence de rigueur, de manière, suppose-t-on, à ne pas choquer nos amis arabes.
Si l'on osait comparer cette situation tragique avec la comédie de Labiche intitulée Faut-il le dire ? et où il n'est question que de maris trompés, on doutera de l'efficacité de cette hypocrisie diplomatique généralisée : taire les problèmes n'en accélère pas la solution. Le non-dit encourage plutôt les postures avantageuses, en apparence sans risque, de type pacifiste en Occident, belliciste dans le monde arabe et en Israël. Une alternative qui jusqu'à présent n'a jamais été tentée, exigerait de reconnaître que les Arabes n'accepteront l'existence de l'Etat d'Israël qu'à la suite d'une solution internationale imposée sur le terrain - par exemple, par la présence de troupes de l'Otan ; et qu'à ce prix aussi, les Israéliens s'accommoderont d'un Etat palestinien. Alors seulement, la menace que représente Saddam et demain des émules de Saddam disparaîtrait car elle perdrait sa véritable raison d'être. Cette solution militaire par le stationnement de troupes au Proche-Orient ne signifierait pas la paix, mais elle pourrait y conduire. La paix véritable prendra du temps ; elle supposerait que le monde arabe se développe afin qu'il cesse de reporter ses frustrations sur Israël. Ce sera long mais une occupation de l'Irak serait longue aussi ; quitte à poster des troupes dans la région, mieux vaudrait les placer au bon endroit, c'est-à-dire entre Israël et les Arabes.    haut
 
"Pax Americana"
 
par MUSTAPHA ADIB, publié dans l'Orient-le Jour le 30 mars 2003
L'auteur est professeur à l’Ecole militaire et à l’Université libanaise
A mesure que les bruits de bottes se font de plus en plus insistants dans le Golfe, l’ensemble des médias nous ressert à l’envi l’idée que l’offensive américaine a pour but d’établir dans toute la région une "Pax Americana". Or, ce terme de conception récente, et que l’on trouve partout, ne reflète en rien la réalité de la situation géostratégique actuelle. Est-il raisonnable, en effet, de parler de "Pax Americana" dans les zones où les Etats-Unis ont imposé leur "ordre" ?
Peut-on parler de paix en Afghanistan, alors que les chefs de guerre traditionnels, désormais libérés de toute contrainte par l’armée d’occupation, rançonnent de plus belle des populations locales sans aucun recours, tandis que cette armée maintient, dans la capitale, un calme factice ? Peut-on parler de paix en Somalie, où l’on continue à se battre en sourdine, tandis que la faim et la maladie font des ravages ? Peut-on parler de paix dans les territoires occupés, où l’Oncle Sam, empêchant le plus petit changement, chaque jour amène auprès de populations privées d’espoir son lot de violences et de misère ? La paix existe-t-elle plus dans les monarchies pétrolières du Golfe, maintenues en place par Washington, et où la moindre velléité de liberté individuelle est aussitôt réprimée ? Et peut-on appeler paix un système économique où les plus pauvres meurent par millions, faute de médicaments efficaces dont les brevets sont jalousement gardés par des multinationales pharmaceutiques et où, en Asie, des enfants travaillent jusqu’à quatorze heures par jour pour que d’autres enfants, obèses de s’être gavés jusqu’à la maladie, portent des tenues à la dernière mode ?
On a plutôt l’impression d’une gigantesque marmite - car, à la mondialisation de l’économie répond la mondialisation des idées -, où bouilliraient, pêle-mêle et dans l’anarchie la plus absolue, frustrations religieuses, aspirat