|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
publié dans le Monde du 30
mai 2003
Il s'agit donc, sans
doute, du plus grand
mensonge d'Etat de ces
dernières années. D'une
campagne de manipulation
menée probablement en
toute connaissance des
choses, en tout cas malgré
toutes les indications
contraires, pour faire
croire aux opinions
publiques mondiales que
l'Irak détenait et
fabriquait des armes de
destruction massive.
Saddam Hussein, dictateur
numéro un sur l'axe du
Mal, menaçait la sécurité
de ses voisins, des
Etats-Unis, du monde
entier, grâce à cet
armement terrible qu'il
pouvait soit utiliser
lui-même, soit, hypothèse
pire encore, fournir à
Al-Qaida. Détruire ces
armes qu'il parvenait à
cacher aux inspecteurs de
l'ONU depuis dix ans
justifiait qu'on en vienne
à lancer une guerre préventive
contre lui. Donald
Rumsfeld, le ministre de
la défense américain, a
déclaré, mardi, qu'il était
possible que les Irakiens
aient "décidé
de [les] détruire
avant le conflit".
C'est un aveu. Plus
exactement le début de
l'aveu du fait que les
autorités américaines et
britanniques ont déclenché
en mars la guerre en Irak
pour "détruire"
ces armes alors qu'elles
avaient acquis la
quasi-certitude que
lesdites armes
n'existaient plus à cette
date.
L'Irak avait de telles
armes en 1991. Mais une
longue campagne
d'inspection et de
destruction menée sous l'égide
de l'ONU va considérablement
réduire son arsenal.
Saddam Hussein en détenait-il
encore, cachées quelque
part ? Sans doute.
Mais le scénario le plus
probable, que l'on peut
maintenant reconstituer,
est que l'Irak a détruit
ce qu'il lui restait
d'armes dès novembre
2002, lorsque l'ONU a voté
la résolution 1441 qui
autorisa le retour des équipes
d'inspection
internationales à Bagdad.
D'où l'impossibilité
pour ces inspecteurs de
trouver des armes. Contre
ceux, comme Paris, Berlin
et Moscou, qui disaient
qu'il fallait poursuivre
ces inspections, car elles
étaient efficaces,
Washington et Londres ont
alors brandi des
"documents" en
guise de preuves que
l'Irak se jouait des équipes
de l'ONU et que la guerre
était inévitable. L'Amérique
a mobilisé tous ses
moyens d'espionnage mais,
faute de parvenir à
trouver une preuve irréfutable,
elle a publié des
informations partielles,
tronquées, suspectes.
Bref, elle bluffait.
Au cours de la guerre,
aucune arme de destruction
massive ne fut utilisée
par l'Irak. Sept semaines
après la fin du conflit,
les équipes américaines
chargées de chercher - on
devrait dire trouver - un
"smoking gun"
demeurent bredouilles.
George W. Bush et
Tony Blair ont de plus en
plus de mal à prétendre
qu'ils restent "persuadés"
de l'existence de ces
armes. La vérité, qu'ils
connaissaient, apparaît
aujourd'hui : la
guerre a été déclenchée
non pour détruire ces
armes mais pour changer le
régime de Bagdad et
commencer à remodeler le
Proche-Orient. Les armes
n'ont servi que de prétexte.
Robin Cook, ancien
ministre britannique, qui
a démissionné contre la
guerre, réclame une enquête
parlementaire. Face à ce
mensonge d'Etat, la démocratie
exige que l'opinion
mondiale sache toute la vérité.
haut
publié
dans le Canard Enchaîné le
28 mai 2003
A l'approche des grandes
chaleurs, les Irakiens se
raclent le gosier. Non
seulement l'eau est rare,
mais l'alcool va manquer.
Voilà que les religieux
chiites, ivres de pouvoir,
lancent leurs commandos
contre les brasseries et l
es débits de boisson. Une
canette de Ferida ou de
Sanabil - les bières
locales -, un verre d'arak
- le pastis irakien - vont
devenir plus rares qu'une
statue assyrienne et plus
compromettants qu'une
photo de la Béart au
bain. Car il faut éradiquer
le vice. Même les chrétiens
sont invités à se mettre
au régime sec, avec des
arguments imparables :
"Jésus n'a jamais
autorisé les chrétiens
à boire de l'alcool.
Quant à Marie, elle était
voilée", a déclaré
au Figaro (23/5) un
certain imam Fartoussi,
qui ne précise pas si le
charpentier Joseph suçait
de la glace. Voilà qui
nous rappelle l'Iran à
ses débuts khomeinistes !
Les mollahs avaient
commencé par le foie
avant de s'attaquer aux
cervelles. On connaît la
suite... Adieu, petites
gorgées de bière !
Grâce à la Maison
Blanche, la prohibition
est en route, et
Bush, cet alcoolique
repenti, peut triompher :
les fûts, les fioles
et les alambics, les voilà
ces fameuses armes de
destruction massive !
Quant à Rumsfeld, on ne
devrait pas tarder à
apprendre qu'il est payé
par le lobby des eaux minérales,
du Coca ou de la bière
sans alcool. Encore des parts
de marché qui échappent
à la France, mais quelle
idée d'avoir organisé le
sommet du G8 à Evian !
haut
La
"feuille de route"
suscite à Beyrouth des réactions
mi-figue, mi-raisin
par
EMILE KHOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 30
mai 2003
Terjé
Roed-Larsen, coordinateur
onusien du processus de
paix, est formel, catégorique,
tranchant : la
"feuille de
route" est
intangible. Elle ne subira
aucune modification, il
n’est pas question de la
renégocier et son
application démarre sur
les chapeaux de roue. Ces
fermes propos suscitent à
Beyrouth des réactions
variées. Le scepticisme
le dispute à un espoir
tempéré. Les optimistes
se réfèrent à la détermination
affichée par Bush qui
martèle depuis son avènement
sa volonté de voir un
Etat palestinien s’établir
en 2005. A partir de
quoi, la question des réfugiés
palestiniens, primordiale
pour le Liban, serait réglée.
En effet, ces réfugiés,
devenant des
ressortissants d’un Etat
reconnu, disposeraient
enfin de passeports
normaux, leur permettant
de se rendre dans
n’importe quel pays. Ils
auraient également le
choix de rester, mais
deviendraient alors des résidents
étrangers ordinaires,
soumis aux lois et règlements
qui régissent le statut
de tels hôtes. Ils
pourraient enfin retourner
dans les territoires
palestiniens. Ou, si cela
est impossible, s’ils
sont originaires par
exemple de zones sous
contrôle de l’Etat israélien,
ils seraient indemnisés.
En tout cas le danger de
l’implantation serait
gommé au Liban. Les camps
tomberaient sous le contrôle
de l’Etat et leur
population serait désarmée.
Toujours selon les
optimistes du cru, Bush,
qui veut se faire réélire
facilement, cherche à
atteindre avant cette échéance
les objectifs suivants :
– Ramener les Israéliens
et les Palestiniens à la
table des négociations,
pour discuter de l’exécution,
étape après étape, de
la "feuille de
route". En discutant
les amendements proposés
par chacune des deux
parties. L’objectif étant
de proclamer la création
de l’Etat palestinien en
2005. Pour débattre
ensuite avec l’Etat hébreu
des questions qui
resteraient à régler.
– Assurer la sécurité,
l’arrêt de la violence,
durant les pourparlers. Le
but des deux rencontres au
sommet américano-arabe prévues
à Charm el-Cheikh et à
Akaba est de conforter les
efforts déployés en
faveur de la "feuille
de route" par un
climat de calme.
– Réactiver la
coalition internationale
de lutte contre le
terrorisme. Pour que les
organisations subversives
soient neutralisées et ne
puissent agir partout. La
consolidation de cette
alliance serait facilitée
par la mise sur les rails
des négociations israélo-palestiniennes
ainsi que par le redémarrage
des pourparlers
syro-libano-israéliens.
Le tout aiderait par
ricochet à stabiliser
l’Irak, en jugulant par
ailleurs l’activisme
fondamentaliste dans la région.
L’autre point de vue
Quant aux sceptiques, ils
font valoir que Sharon a
présenté des
propositions de retouches
qui vident pratiquement la
"feuille de
route" de son
contenu. Certes,
reconnaissent-ils, il
renonce apparemment à
insister sur ces
amendements. Non pas sous
la pression US, mais par
complaisance à l’égard
de Bush, afin d’en
faciliter la réélection.
Sharon accepterait donc de
retourner à la table des
négociations. Mais après
les élections US, et
quels qu’en soient les résultats,
Israël se remettrait à
atermoyer, que Sharon se
trouve ou non au pouvoir.
En rééditant ainsi les
manœuvres dilatoires de
Yitzhak Shamir, qui avait
fait mine d’accepter les
principes de Madrid, en se
promettant de les diluer,
de gagner au moins dix
ans, ce qui a été fait
largement. Le prédécesseur
de Sharon, qui était également
chef du Likoud, avait été
contraint de se plier à
la volonté immédiate de
Bush père, parce qu’il
y avait en jeu une ligne
de crédits militaires américains
de l’ordre de dix
milliards de dollars.
Mais
comme Shamir l’a indiqué
dans ses mémoires, il lui
a été facile ensuite de
contourner les
prescriptions de la conférence
de paix de Madrid et de
torpiller pratiquement le
processus. Sharon
n’aurait qu’à suivre
cet exemple, en engageant
des pourparlers sans fin.
Et en obtenant, puisque la
"feuille de
route" elle-même prévoit
cette condition préliminaire,
un arrêt de l’intifada
ou plus exactement de la
violence palestinienne.
Pour réaliser son seul véritable
objectif, la sécurité
d’Israël, ce qui lui
permettrait en outre de
remporter haut la main les
prochaines élections israéliennes.
Quant aux problèmes de la
colonisation et du retour
de réfugiés, ils
resteraient sans solution.
Selon ces pessimistes, la
seule façon de faire fléchir
vraiment Israël consiste
à poursuivre l’intifada
et les attentats-suicide.
Cela modifierait sans
doute également les
calculs de l’Administration
US, surtout avec
l’apparition d’une résistance
irakienne organisée, liée
aux mouvements
fondamentalistes. Les
Etats-Unis, après avoir
gagné sur le terrain,
perdraient politiquement
et se verraient
contraints, tôt ou tard,
à remettre le destin de
l’Irak aux Irakiens.
S’ils ne le font pas,
concluent ces sources, la
région serait en proie,
pour de longues années,
aux guerres, à
l’anarchie et aux révolutions.
haut
Quelques
conseils de Sharon à Bush
L'administration
américaine devrait se remémorer
les échecs israéliens lors
de la guerre au Liban, en
1982, et en tirer les leçons
pour son offensive en Irak
par
CHARLES ENDERLIN, publié
dans Libération le 18 mars
2003
L'auteur
est correspondant de France
2 à Jérusalem et l'auteur
de «le Rêve brisé.
Histoire de l'échec du
processus de paix au
Proche-Orient, 1995-2002»
(Fayard)
Envahir
un pays arabe, en expulser
les
"terroristes".
Mettre en place un nouveau
régime favorable à Israël
et aux Etats-Unis. C'était,
en 1982, la précédente
tentative visant à
redessiner, par la force,
la carte géopolitique du
Proche-Orient : la guerre
au Liban. L'affaire avait
mal tourné. Son auteur :
Ariel Sharon fut obligé
de démissionner de son
poste de ministre de la Défense.
L'opposition de gauche en
Israël avait tiré de ce
fiasco des conclusions éthiques.
Dès 1983, Yitzhak Rabin
écrivait que, pour "le
Parti travailliste,
l'utilisation de la force
pour réaliser des
objectifs politiques
fondamentaux est illusoire
et dénuée de droit
moral. Il est impossible
de parvenir par la force
à une solution définitive
du conflit israélo-arabe".
Il rejetait ainsi la
doctrine du Likoud et, dix
ans plus tard, lançait le
processus de paix avec les
Palestiniens.
Dans
son combat contre ce
qu'elle considérait comme
une trahison des valeurs
essentielles du sionisme
et un danger existentiel
pour l'Etat juif, la
droite israélienne a reçu
le soutien de ses alliés
idéologiques aux
Etats-Unis. En 1996, sept
personnalités républicaines
proposaient à Benjamin
Netanyahou, alors chef du
gouvernement, "une
nouvelle stratégie pour
protéger Israël".
Il s'agissait notamment,
pour Israël, de "modeler
son environnement stratégique
en coopération avec la
Turquie et la Jordanie, en
affaiblissant la Syrie.
Cet effort peut être
concentré sur le
limogeage de Saddam
Hussein". Cela
sur la base du principe : "Alors
que les précédents
gouvernements israéliens
et de nombreux autres à
l'étranger pouvaient
mettre l'accent sur
"les territoires [palestiniens]
en échange de la
paix", ce qui a
placé Israël dans une
position de retrait
culturel, économique,
politique, diplomatique et
militaire le nouveau
gouvernement peut
promouvoir des valeurs et
des traditions
occidentales. Une telle
approche, qui sera bien
accueillie aux Etats-Unis,
serait : "la paix en
échange de la paix",
"la paix par la
force" et l'indépendance
: l'équilibre des
forces." La
plupart des signataires de
ce texte sont aujourd'hui,
à des niveaux divers,
membres de
l'administration Bush.
Vingt-deux ans après la
guerre au Liban, le
Premier ministre, Ariel
Sharon, va pouvoir vérifier,
sur une bien plus grande
échelle, si sa conception
de l'usage de la force
militaire peut aboutir au
grand chambardement géopolitique
qu'il n'a pas réussi à
imposer. Il pourrait,
aujourd'hui, donner des
conseils à George W.
Bush.
La
première phase de l'opération
au Liban s'était plutôt
bien passée. A Beyrouth,
les chrétiens assiégés
par les Syriens et les
hommes de Arafat avaient
accueilli dans la liesse
les militaires israéliens,
leur lançant du riz et
des bonbons. La scène, dûment
filmée par les équipes
de télévision, fut du
meilleur effet. L'opinion
publique israélienne était
convaincue de la justesse
de la guerre.
Note
pour les responsables en
communication de
l'administration Bush : prévoir
quelques tonnes de riz et
de bonbons afin que des
badauds irakiens puissent
les lancer sur les GI.
Les
choses se sont gâtées
plus tard, lors du siège
de Beyrouth Ouest. Pour déloger
Yasser Arafat et l'OLP, il
a fallu bombarder les
quartiers musulmans de la
ville. Là, les images
firent mauvais effet. Après
quelques semaines de tirs
d'artillerie et de raids aériens,
la presse internationale
ne parlait plus que du
martyre des populations
assiégées et, en Israël,
l'opposition s'était réveillée.
Les manifestations contre
la guerre se
multipliaient. L'agitation
avait gagné l'armée, et
surtout les réservistes
qui appréciaient de moins
en moins l'idée de
combattre pour une cause
qui, pensaient-ils, n'était
pas directement liée à
la défense de leur pays.
Note
au général Franks : éviter,
autant que possible,
d'assiéger Bagdad pendant
une longue durée.
Une
exposition de matériel
militaire saisi à l'OLP -
lance-roquettes de
Katiouchas, canons, armes
légères - et censé
menacer la Galilée
n'avait impressionné que
les convaincus. La
destruction de cet
armement était pourtant
le casus belli, la raison
officielle de l'opération
israélienne au Liban.
Note
à Donald Rumsfeld :
veiller à trouver, de
manière convaincante, des
armes de destruction
massive en Irak. Cela fera
taire les détracteurs de
la politique américaine.
Surtout,
le Proche-Orient est une région
où les différends se règlent
souvent en dehors des
tribunaux. En arabe, cela
s'appelle "Taar",
la vengeance. Des
vendettas parfois
centenaires opposent des
communautés diverses.
L'armée israélienne a
fini par jouer les
vigiles, protégeant les
chrétiens face aux druzes
dans la montagne du Chouf.
Difficile, dans ces
conditions, de compter sur
des alliés locaux. La
Commission d'enquête israélienne
sur les massacres de Sabra
et Chatila avait conclu
qu'Ariel Sharon aurait dû
se méfier, ne pas envoyer
les phalangistes libanais
dans les camps
palestiniens de Beyrouth.
Cela lui avait coûté son
portefeuille ministériel.
Note
pour les unités américaines
en Irak : ne pas faire
confiance aux diverses
milices kurde, chiite et
autres. De nombreux
Irakiens ont des comptes
à régler entre eux et
une catastrophe est vite
arrivée.
Et
puis, il y a l'Islam. Au
Liban, en juin 1982, les
imams chiites avaient
accueilli Tsahal à bras
ouverts. Les Israéliens
les débarrassaient de
leurs ennemis
palestiniens. Mais au fil
des mois, la situation
s'est considérablement détériorée.
Formés par des Pasdaran
iraniens dans la Békaa
libanaise, des commandos
chiites lancèrent des
attaques contre les Israéliens
qui réagirent d'une manière
classique avec couvre-feu,
perquisitions,
arrestations, fouilles
dans des mosquées. Résultat
: une guérilla contre
Tsahal devenue une armée
d'occupation. Ce furent
les premières
attaques-suicides contre
les soldats israéliens.
Note
à Condoleezza Rice et au
Conseil national de sécurité
: surveiller les
agissements des Iraniens
dans l'Est irakien. Note
au Pentagone : autant que
possible, les GI ne
doivent pas toucher aux
mosquées.
Israël
n'a pas su terminer sa
guerre au Liban, retirer
ses troupes avant qu'elles
ne s'enlisent dans le
bourbier libanais. Les
gouvernements israéliens
successifs n'ont pas suivi
les conseils de Clausewitz
: du point de vue stratégique,
la victoire n'existe pas.
Le résultat d'une guerre
s'évalue en fonction des
objectifs réalisés,
notamment si la guerre a
amélioré la situation de
celui qui l'a déclenchée.
Tsahal a gagné la
bataille de Beyrouth.
Yasser Arafat et l'OLP ont
été forcés de partir
pour Tunis. Mais les
tentatives israéliennes
visant à placer leurs
alliés phalangistes à la
tête du pouvoir libanais
ont échoué. De retrait
en retrait, les soldats
israéliens se sont
retrouvés eux-mêmes assiégés
dans une zone de sécurité
au Sud-Liban, le long de
la frontière israélienne
qu'ils ne quitteront qu'en
mai 2000. Conséquence
inattendue, la direction
palestinienne, ayant perdu
les bases militaires
qu'elle avait au Liban,
s'est tournée vers
l'option diplomatique dont
l'aboutissement fut
l'accord d'Oslo. Un résultat
aux antipodes des
objectifs d'Ariel Sharon
qui espérait sinon détruire,
du moins affaiblir
l'Organisation de libération
de la Palestine et réduire
au minimum son influence
en Cisjordanie et à Gaza.
Note
pour la Maison Blanche :
une fois la bataille de
Bagdad gagnée, prévoir
un plan de retrait rapide
au cas où les objectifs
politiques de la guerre
devaient se révéler irréalisables.
Se rappeler également la
conclusion de l'historien
militaire britannique
Liddel Hart : les
solutions acquises par la
force sont toujours
fragiles.
haut
Danse
avec les fous
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 21
mars 2003
Deux
hommes, deux pays, deux armées…
Et l’immense majorité des
ahuris qui applaudissent ou
vocifèrent, c’est selon,
face au spectacle qui a
commencé. Car à n’en pas
douter, la kermesse de
George Dobelyou sera
incontestablement la plus
formidable vitrine de la
quincaillerie guerrière vidéo-informatico-techno-web
que la planète ait connue.
Merci d’avance aux
Irakiens pour leur
figuration gratuite. Le
demeuré texan, pris pour
une fois en flagrant délit
d’intelligence, et ses
deux camarades en
"fauconnerie",
Rumsteck et Condoléance,
viennent d’enregistrer une
première dans les annales
militaires : attaquer Saddam
Hussein, après l’avoir
forcé à détruire ses
missiles devant les caméras.
Chapeau ! Le Sharongnard de
Jérusalem doit en avaler sa
kippa de jalousie. Si encore
le Doublevé se contentait
du Papa chimique… Mais
tiens, fume ! Il veut en
plus se payer ses deux
gamins. Pédophile, va !
Et les niaiseux de geindre
sur la béchamel pourrie qui
s’est emparée de l’Europe,
de l’Otan, du
"Machin" onusien
et du "Truc"
arabe. Pardi, encore faut-il
que le Saladin qu’on nous
propose de défendre soit fréquentable. A
entendre les slogans chantés
à sa gloire par les
journalistes irakiens, qui
depuis 25 ans ont délaissé
la plume pour le plumeau, le
Nabuchodonosor bronzé
serait un modèle
d’humanisme et de finesse.
Ce ne sont pas les chiites
massacrés, les kurdes gazés
et les opposants fusillés
qui démentiront. Deux
hommes, deux pays, deux armées…
Et par la même occasion
deux fous, qui commencent à
nous faire danser sous les
orgues de Staline, un autre
fou jadis complètement
faucille et marteau. Le tout
au milieu de la trouille qui
gagne les dictateurs arabes
et princes sans rire du
Golfe. En Suisse
aujourd’hui, il y a des
banques qui tremblent…
haut
Israël,
l'enjeu véritable
par GUY SORMAN, publié
dans le Figaro le 18 mars
2003
L'auteur
est essayiste. Dernier
ouvrage paru : Les
Enfants de Rifaa, musulmans
et modernes (Fayard)
Qui Saddam Hussein
menace-t-il vraiment ? A
cette question
essentielle, nul ne répond
ni dans le camp de la
guerre ni dans celui de la
paix. Nul cependant, y
compris parmi les
partisans des inspections
ou de l'apaisement, ne met
en doute le stockage de
ses mystérieuses armes de
destruction massive ;
Jacques Chirac a confirmé
leur existence et la nécessité
de s'en débarrasser. Mais
si ces armes existent,
aussi irrationnel soit
Saddam Hussein, on
supposera qu'elles visent
un ennemi. Lequel ? Les
Irakiens eux-mêmes ?
Depuis vingt-cinq ans, ils
ont été et ils restent
les principales victimes
du régime ; mais le
despote n'a jamais eu
besoin d'armes avancées
pour les torturer, les
gazer, les emprisonner.
Saddam Hussein
envisagerait-il alors
d'attaquer ses voisins immédiats
? Il a déjà tenté
d'agrandir son territoire
en annexant le Koweït et
une partie de l'Iran ;
dans les deux cas il a été
repoussé. D'expérience,
il sait que ses ambitions
locales seront toujours
contrées par l'ONU et le
monde arabe. L'énigme s'épaissit
: qui donc ces fusées à
moyenne portée
visent-elles ?
La réponse qui semble
inexprimable par les
Occidentaux figure en
clair sur les cartes de la
région et dans les
discours irakiens que l'on
feint de ne pas entendre :
Israël seul, est à portée
de fusée. Les appels à détruire
Israël sont si récurrents
dans les discours de
Saddam Hussein et de ses
prédicateurs d'Etat que
l'on n'y prête plus guère
d'attention. "Il faut
détruire Israël"
dans la rhétorique de
Saddam est aussi
obsessionnel que le "delenda
est Carthago" pour
le Sénat romain. A
destination des foules
arabes, le message est
simplifié par la représentation
de Saddam en Saladin.
Saladin qui fut Kurde, libéra
le royaume de Jérusalem
des Francs et le rendit au
monde arabe. Quand on se
demande en quelle
apocalypse finale pourrait
s'achever le règne de
Saddam, il n'est pas
impensable de l'imaginer
en un Saladin suicidaire dès
l'instant ou lui-même ne
cesse de s'y référer ;
l'attentat du 11 septembre
contre New York a pu lui
donner quelques idées fraîches
sur l'efficacité radicale
d'une frappe unique. Ce
que les gouvernements
occidentaux savent
pertinemment ; mais
faut-il le dire ou le
taire ?
Ces gouvernements ont
jusqu'à présent choisi
de se taire, du moins en
public ; en privé, notre
ministre actuel des
Affaires étrangères et
certains qui occupèrent
cette fonction avant lui,
laissent entendre qu'Israël
est l'enjeu véritable du
conflit avec l'Irak. A
partir de cette analyse -
de bon sens -
largement partagée dans
la diplomatie, les
conclusions peuvent différer
: les inspections ou
l'intervention. Mais pour
les uns comme pour les
autres, le noeud de la
crise est évidemment à Jérusalem
plus qu'à Bagdad ; le président
américain l'a
implicitement admis en
annonçant la
reconnaissance d'un Etat
palestinien dans la foulée
d'un désarmement de
l'Irak. Les dirigeants
français préféraient
qu'un plan de paix soit
imposé aux Israéliens et
Palestiniens avant une
guerre contre l'Irak plutôt
qu'après. Français et Américains
diffèrent sur la méthode
plus que sur l'analyse ce
qui permet de ramener leur
divorce actuel à de plus
justes proportions. Les
deux gouvernements savent
l'un et l'autre que la
paix doit être imposée,
parce qu'elle ne saurait
à court terme, être négociée
entre deux ennemis irréductibles.
Là encore, faut-il le
dire ? Convient-il de perpétuer
le conformisme actuel qui
laisse croire que Saddam
est menaçant mais ne
menace personne en
particulier et que des négociations
entre Israéliens et
Palestiniens - dites
processus de paix -
conduiront à la paix
alors qu'en vérité,
Saddam menace l'existence
même d'Israël et que les
Arabes n'accepteront
jamais qu'une paix
contrainte par les Américains
et garanties par eux.
Comment expliquer cette
diplomatie du secret,
voire la justifier ?
Israël n'étant pas tout
à fait un Etat comme les
autres et les Juifs pas
encore un peuple banalisé,
ni les Occidentaux ni les
Arabes n'ont arrêté la
juste manière de s'en
accommoder. Du côté américain,
George Bush se trouve dans
une situation comparable
à celle de Franklin
Roosevelt soupçonné par
les isolationnistes, les
pacifistes et les antisémites
de son temps, de mener une
guerre juive ; on sait que
celui-ci refusa de mener
des opérations spécifiques
de libération des camps
de concentration pour ne
pas renforcer ce soupçon.
Pareillement, Bush est
accusé par des «pacifistes»,
aux Etats-Unis, en France
et bien entendu dans le
monde arabe, d'être le
jouet des «sionistes».
S'il ne l'est pas, il est
indubitable que la survie
d'Israël est centrale –
plus que la lutte contre
le terrorisme dans son
combat contre Saddam.
Cette survie d'Israël qui
ne peut être garantie que
de l'extérieur est également
essentielle pour la
diplomatie française ;
mais, chez nous aussi,
elle est gérée par un
silence de rigueur, de
manière, suppose-t-on, à
ne pas choquer nos amis
arabes.
Si l'on osait comparer
cette situation tragique
avec la comédie de
Labiche intitulée Faut-il
le dire ? et où il
n'est question que de
maris trompés, on doutera
de l'efficacité de cette
hypocrisie diplomatique généralisée
: taire les problèmes
n'en accélère pas la
solution. Le non-dit
encourage plutôt les
postures avantageuses, en
apparence sans risque, de
type pacifiste en
Occident, belliciste dans
le monde arabe et en Israël.
Une alternative qui jusqu'à
présent n'a jamais été
tentée, exigerait de
reconnaître que les
Arabes n'accepteront
l'existence de l'Etat
d'Israël qu'à la suite
d'une solution
internationale imposée
sur le terrain - par
exemple, par la présence
de troupes de l'Otan ; et
qu'à ce prix aussi, les
Israéliens
s'accommoderont d'un Etat
palestinien. Alors
seulement, la menace que
représente Saddam et
demain des émules de
Saddam disparaîtrait car
elle perdrait sa véritable
raison d'être. Cette
solution militaire par le
stationnement de troupes
au Proche-Orient ne
signifierait pas la paix,
mais elle pourrait y
conduire. La paix véritable
prendra du temps ; elle
supposerait que le monde
arabe se développe afin
qu'il cesse de reporter
ses frustrations sur Israël.
Ce sera long mais une
occupation de l'Irak
serait longue aussi ;
quitte à poster des
troupes dans la région,
mieux vaudrait les placer
au bon endroit, c'est-à-dire
entre Israël et les
Arabes.
haut
par
MUSTAPHA ADIB, publié dans
l'Orient-le Jour le 30
mars 2003
L'auteur
est professeur
à l’Ecole militaire et à
l’Université libanaise
A mesure
que les bruits de bottes
se font de plus en plus
insistants dans le Golfe,
l’ensemble des médias
nous ressert à l’envi
l’idée que
l’offensive américaine
a pour but d’établir
dans toute la région une
"Pax Americana".
Or, ce terme de conception
récente, et que l’on
trouve partout, ne reflète
en rien la réalité de la
situation géostratégique
actuelle. Est-il
raisonnable, en effet, de
parler de "Pax
Americana" dans les
zones où les Etats-Unis
ont imposé leur
"ordre" ?
Peut-on parler de paix en
Afghanistan, alors que les
chefs de guerre
traditionnels, désormais
libérés de toute
contrainte par l’armée
d’occupation, rançonnent
de plus belle des
populations locales sans
aucun recours, tandis que
cette armée maintient,
dans la capitale, un calme
factice ? Peut-on parler
de paix en Somalie, où
l’on continue à se
battre en sourdine, tandis
que la faim et la maladie
font des ravages ? Peut-on
parler de paix dans les
territoires occupés, où
l’Oncle Sam, empêchant
le plus petit changement,
chaque jour amène auprès
de populations privées
d’espoir son lot de
violences et de misère ?
La paix existe-t-elle plus
dans les monarchies pétrolières
du Golfe, maintenues en
place par Washington, et où
la moindre velléité de
liberté individuelle est
aussitôt réprimée ? Et
peut-on appeler paix un
système économique où
les plus pauvres meurent
par millions, faute de médicaments
efficaces dont les brevets
sont jalousement gardés
par des multinationales
pharmaceutiques et où, en
Asie, des enfants
travaillent jusqu’à
quatorze heures par jour
pour que d’autres
enfants, obèses de s’être
gavés jusqu’à la
maladie, portent des
tenues à la dernière
mode ?
On a plutôt
l’impression d’une
gigantesque marmite -
car, à la mondialisation
de l’économie répond
la mondialisation des idées
-, où bouilliraient, pêle-mêle
et dans l’anarchie la
plus absolue, frustrations
religieuses, aspirations
nationalistes, et surtout
un désespoir matériel
sans précédent créant,
aux portes de l’Occident,
une formidable pression démographique.
La domination américaine,
loin d’apporter la paix,
fait donc plutôt penser
à un lourd couvercle posé
sur une cocotte-minute
dont la dernière soupape
est, hélas, la
radicalisation de la pensée.
Point n’est besoin d’être
Denis Papin pour savoir
que, couvrir hermétiquement
une soupe en ébullition
ne fait qu’en augmenter
la pression jusqu’à
l’explosion finale. Or,
il est plus que douteux
que l’Amérique puisse
en assumer les conséquences.
Cependant, les seuls à ne
pas sembler mesurer le
danger qui menace la
structure mondiale sont,
précisément, les plus
concernés, car cela tient
au type même de leur
domination.
En effet, si le terme de
"Pax Americana"
établit un parallèle évident
avec la "Pax Romana",
l’ordre établi par les
Romains autour du bassin méditerranéen
au fur et à mesure de
l’expansion de
l’empire, les bases et
la structure de ces deux hégémonies
n’en sont pas moins
radicalement différentes,
pour ne pas dire
totalement opposées. Car
l’empire romain s’est
construit par assimilation
progressive des
populations dominées, ce
qui se reflète dans l’évolution
de l’art - lequel
s’est enrichi
progressivement
d’apports étrangers,
grecs, d’apports
orientaux, ensuite -
et des cultes, les
courants orientaux s’étant
fait une place de plus en
plus grande dans la vie
spirituelle, jusqu’à la
conversion finale de
Constantin. La vie
politique, elle, a suivi
de près ce courant
d’assimilation, le Sénat
et l’ordre équestre
s’ouvrant de plus en
plus largement aux
"provinciaux".
C’est la raison même
pour laquelle l’ordre
romain - quoique, lui
aussi, imposé par la
force - s’est ancré
si profondément que le
monde entier fonctionne,
pour ses échanges, avec
le calendrier romain,
l’alphabet romain et des
langages dérivés du
latin, alors que bon
nombre de pays légifèrent
dans un esprit directement
hérité du droit romain.
La domination américaine,
au contraire, loin de
rallier les consciences,
suscite, dans toute la
planète, un rejet qui va
jusqu’à la haine. Car,
contrairement à Rome, les
Etats-Unis ignorent
superbement les spécificités
locales, tentant
d’imposer par la force
un modèle socioéconomique
en complet décalage avec
les aspirations des
populations.
La physique en a démontré
les raisons depuis
longtemps : la réaction
est à la mesure de la
contrainte exercée : extrême.
La "Pax
Americana" n’est
donc, au plus, qu’un
fragile équilibre,
maintenu par la force, économique
et militaire, au prix
d’un mécontentement
sans cesse croissant. Que
Dieu ait pitié de nous
lorsque même la puissance
de l’Amérique ne pourra
plus empêcher
l’explosion de cette
bombe à retardement !
haut
Les
nouveaux dominos américains
En
prenant pied à Bagdad,
contrôler Ryad, puis Damas,
puis le Liban....puis
l'Iran: au-delà du pétrole,
retour sur la nouvelle stratégie
américaine
par
GERARD THOMAS, publié dans
Libération le 12 mars 2003
"No
blood for oil", pas
de sang pour du pétrole.
Le slogan repris dans
toutes les villes du
monde par les opposants
à une offensive
militaire américaine
contre l'Irak a le mérite
de la clarté. Sa
simplicité réductrice
ne traduit cependant que
fort partiellement les
enjeux stratégiques des
intentions belliqueuses
de l'administration
Bush. Certes, la "sécurisation"
des plus grandes réserves
mondiales d'or noir
tient une place de choix
dans la croisade
"pour la démocratie"
entamée par le président
américain. L'Irak, avec
ses 110 milliards de
barils (1)
de réserve, se
classe en effet en
troisième position en réserve
de pétrole après son
voisin saoudien et la
Russie. Pourtant, sa
production quotidienne
depuis la première
guerre du Golfe
(1990-91) se monte à
environ 2 millions de
barils par jour. Une
goutte de brut par
rapport à un marché
mondial de près de 77
millions de barils/jour,
parmi lesquels 19
millions de barils
quotidiennement
engloutis par les
Etats-Unis.
Echiquier
La
chute programmée de
Saddam Hussein, au
pouvoir depuis près de
24 ans en Irak, et
l'occupation de son pays
par les GI's,
permettrait d'assurer à
long terme les
approvisionnements américains
dans la région. Mais
au-delà du sort du
dictateur de Bagdad, sur
lequel les Etats-Unis
parviennent à
concentrer l'attention
internationale,
Washington semble décidé
à imposer une pax
americana qui lui bénéficierait
entièrement. Dans ce
grand dessein, le
remodelage complet de l'échiquier
politique du
Moyen-Orient - y
compris l'ouverture de
discussions sur l'éventuelle
création d'un Etat
palestinien indépendant -
est indispensable.
Lieux saints
Après l'Irak, c'est
Ryad, capitale de
l'Arabie saoudite, et le
wahhabisme (2),
qui apparaissent
dans la ligne de mire américaine.
Là, l'enjeu pétrolier
est de taille puisque
les Etats-Unis se
fournissent chaque année
en Arabie saoudite à
concurrence de 18% de
leurs importations de
brut. Mais les rapports
jadis idylliques entre
le régime saoudien -
une "démocratie"
où l'on décapite sur
la place publique - et
l'Amérique se sont
envenimés depuis la
première offensive
militaire. Les
Etats-Unis disposent
toujours d'une base aérienne
permanente à Dharan,
sur la côte ouest du
golfe Persique, une
position stratrégique
qui leur permet de contrôler
toute la région, du
sultanat d'Oman au
Koweit en passant par
les Emirats arabes unis
ou Bahrein. L'US Air
Force jouit également
de facilités à Ryad et
à Taif, près de La
Mecque, dans l'Est de
l'Arabie saoudite.
La poussée de l'extrémisme
religieux islamiste en
Arabie saoudite - qui a
fomenté de sanglants
attentats anti-américains
depuis une dizaine d'années
dans le pays - et
les protestations musclées
des intégristes contre
le stationnement des
soldats "infidèles"
et leur
"profanation intolérable"
des lieux saints de
l'islam a cependant
conduit le pouvoir de
Ryad à durcir sa
position. Le prince-héritier
Abdallah, qui a refusé
dès l'automne dernier
que les Etats-unis se
servent de l'Arabie
saoudite comme base de départ
à l'offensive en Irak,
a également l'intention
de demander, après le
conflit, le retrait des
militaires américains
de son sol. Le prince a
pris cette décision après
avoir eu connaissance
d'un memorandum du
Pentagone, le département
de la Défense américain,
plaçant son pays parmi
les ennemis des
Etats-Unis.
Dominos
Pour les services de
renseignements américains,
les Saoudiens sont
suspects depuis que
l'enquête qui a suivi
les attentats du 11
septembre 2001 a révélé
que 15 des 19 kamikazes
étaient de nationalité
saoudienne (tout comme
leur chef, Oussama ben
laden) et que des
capitaux locaux finançaient
les réseaux islamistes.
Vu de Washington, la
massive occupation
militaire de l'Irak
remplacera
avantageusement
l'expulsion de son
armada d'Arabie
saoudite, lui laissant
les coudées franches
pour déstabiliser le
pouvoir saoudien. Mais
l'épée de Damoclès
matérialisée par une
présence forte et à
long terme de l'armée
américaine en Irak
permettrait également
de faire pression sur la
Syrie voisine, de manière
qu'elle mette un terme
à son occupation du
Liban. Mieux encore,
l'Iran, entouré à
l'Ouest par l'Irak sous
contrôle américain, à
l'Est par l'Afghanistan
d'Hamid Karzaï, lui
aussi sous domination américaine,
pourrait être contraint
à des réformes
politiques et se montrer
plus compréhensif à l'égard
de la politique américaine
dans la région.
Agenda
La bonne volonté affichée
de l'Irak, tout comme
l'excellent
"timing"
orchestré par Saddam
Hussein quant aux
preuves censées étayer
la démilitarisation de
son pays, viennent pour
l'heure prendre la stratégie
américaine à revers. Même
la Grande-Bretagne, dont
le Premier ministre
travailliste, Tony
Blair, pourtant fidèle
allié va-t-en-guerre de
George Bush, subit la désapprobation
de son parti comme de
l'opinion publique,
semble décidée à
surseoir à l'attaque.
Mardi 11 mars, son
ambassadeur aux Nations
Unies, Jeremy Greenstock,
déclarait qu'il ne
fallait pas envisager
une date butoir à la
guerre "au-delà de
mars". Ce qui, en
langage diplomatique,
revient à repousser
d'une dizaine de jours
l'ultimatum précédémment
fixé au 17 mars. Cette
ultime concession
britannique n'a pas
l'heur de plaire à
Washington qui maintient
son agenda guerrier sur
Bagdad. D'autant que
George W. Bush, le
locataire de la Maison
Blanche le plus mal élu
de toute l'histoire des
Etats-Unis, a définitivement
rangé l'Irak dans le
clan du Mal. Le président
est ainsi
personnellement décidé
d'en découdre
militairement pour que
la rapide victoire
escomptée et ses retombées
politiques et économiques
puisse influer
positivement sur sa réelection
à la présidence, en
novembre 2004.
(1)
Unité de mesure du pétrole
correspondant à 158,8
litres.
(2) Doctrine islamique
puritaine, qui condamne
toute innovation au nom
de la fidélité à la
lettre au Coran.
haut
Comment
Bush est poussé à faire
la guerre
propos
recueillis par JOSEPH
LIMAGNE, publiés dans
Ouest-France le 13 mars
2003
Coauteur
d'un livre à paraître
sur les nouveaux
rapports entre
Washington et le monde,
le chercheur PIERRE
HASSNER explique comment
George Bush est poussé
à faire la guerre par
une poignée d'idéologues
* Qu'est-ce
qui fonde la détermination
de George W. Bush à
faire la guerre en Irak ?
C'est la question la
plus difficile. Je peux
dire ce qu'il y a dans
la tête de Donald
Rumsfeld, secrétaire à
la Défense, de son
adjoint Paul Wolfowitz,
mais pas ce qui fait
marcher Bush. La lutte
du Bien contre le Mal et
tout le discours
religieux qui va avec,
c'est une réaction aux
attentats du 11
septembre 2001. Ce
jour-là, le Président
a dit : "Nous
avons trouvé notre
mission." Pendant
sa campagne électorale,
il tenait un discours
inverse, assurant que
l'Amérique n'avait pas
pour tâche d'assurer le
salut du monde, mais
devait s'occuper
exclusivement de ses intérêts
nationaux. Tout au début,
Colin Powell parlait
d'alléger les sanctions
sur l'Irak, ce pays ne
lui paraissant pas représenter
un danger immédiat.
Mais le choc du
terrorisme a tout
bouleversé. Je ne mets
pas en doute la sincérité
de Bush. Mais c'est à
la fois un converti évangéliste
et un politicien, qui
veille à ses intérêts.
Son stratège de
politique intérieure,
Karl Rove, lui conseille
de ne pas refaire les
erreurs de son père qui
s'était aliéné l'extrême
droite protestante et le
vote juif.
* Comment
expliquer l'alliance de
la bonne conscience
morale et du désir de
guerre ?
Il y a aux Etats-Unis
des stratèges, tel
Henry Kissinger,
partisans de la guerre
limitée, soucieux d'épargner
les populations civiles.
Mais l'usage brutal de
la force fait partie de
la tradition américaine : "Puisque
nous sommes le Bien,
tout est bon pour anéantir
le Mal."
* La prise
de conscience d'une vulnérabilité
des Etats-Unis chez eux
modifie-t-elle la
conception américaine
du monde ?
Je le pense. Les
Etats-Unis se sentent à
la fois innocents, vulnérables
et invincibles. C'est un
cocktail paradoxal et
explosif. Depuis un
premier attentat contre
les deux tours, en 1993,
ce sentiment de vulnérabilité
montait. L'attaque de
2001 a permis
d'identifier le Mal.
Moi, cela ne me pose pas
de problème de définir
Ben Laden et Al-Qaida
comme le Mal. J'ai plus
de difficulté à
identifier Bush et les
Etats-Unis au Bien.
* Cela
autorise-t-il à
manipuler les faits, à
inventer de fausses
preuves ?
Il y a, dans toute cette
affaire, beaucoup de
fanatiques, à commencer
par Ben Laden.
L'histoire est pleine de
gens qui se veulent
moraux ou religieux et
qui emploient contre
l'ennemi les pires
moyens. Je prends très
nettement position
contre de nouvel impérialisme
de Bush, mais les Américains
n'ont pas besoin de
tricher tellement :
leurs adversaires -
Ben Laden et Saddam, même
s'ils n'ont pas de liens
entre eux - sont de
grands et dangereux
criminels. Ce qui me
paraît injustifiable,
c'est la décision
d'attaquer l'Irak
d'urgence, prise avec
arrogance, en s'alignant
sur l'Israélien Sharon,
sans préparer le
terrain avec les Arabes
modérés et les Européens.
*
L'entourage idéologique
de Bush est-il homogène ?
Non. Il y a une division
que vous connaissez :
d'un côté Colin
Powell, militaire très
réticent à faire la
guerre, soucieux de préserver
la voie multilatérale ;
de l'autre, Dick Cheney,
le vice-président, dont
on n'entend plus
beaucoup parler, mais
qui passe pour être le
cerveau de Bush, Donald
Rumsfeld, à la défense,
et son second, Paul
Wolfowitz. Ceux-là sont
hostiles à l'Onu et aux
Européens. Chez
Wolfowitz, le danger
irakien est une vraie
obsession. Sa première
réaction, le 11
septembre a été :
"Il faut attaquer
l'Irak." Ce groupe,
très lié au Likoud
israélien, considère
que les Etats-Unis et
Israël ont fait preuve
de faiblesse en négociant
avec les Arabes. Ils
jugent que c'est le
moment ou jamais de
redistribuer les cartes
dans le désordre
moyen-oriental. Un homme
comme Richard Perle
considère les Arabes
comme des ennemis, les
Européens comme des lâches,
coupables de la Shoah.
Quant à cette idée
selon laquelle ils vont
amener la démocratie
dans toute la région,
ils ne peuvent pas y
croire eux-mêmes. C'est
une justification destinée
à l'opinion publique.
La révolution bottée
de Napoléon a, certes,
apporté le Code civil ;
elle a aussi suscité
les nationalismes
allemand, espagnol et
autres.
*
L'inflexion unilatérale
de la politique étrangère
américaine est-elle
durable ?
Je pense que non. Le
monde a changé, il est
globalisé. Les
Etats-Unis ont des intérêts
partout. Il est probable
que cette ivresse de
l'innocence outragée et
de la puissance, que
l'on connaît
actuellement, n'aura
qu'un temps. Sera-ce
deux ans ou dix ans ?
Je n'en sais rien.
haut
Un
forcené voulait se faire
exploser dans la
succursale de Hamra de la
HSBC
Ceinturé de
dynamite, Samir Berro s'est
livré à la police après
avoir adressé un message
aux médias
paru
dans l'Orient-le Jour le 30
mars 2003
Ce
que les Libanais craignaient
particulièrement - un
terroriste fou furieux qui
prend des civils en otages
pour protester contre ce qui
se passe en Irak et contre
la politique anglo-américaine -
est arrivé hier, en plein
Hamra, contre une succursale
de la HSBC, une banque à
intérêts britanniques.
Sans, bien heureusement,
faire de victimes. 11h35 du
matin, rue Makdessi. Le dénommé
Samir Abdel-Karim Berro, âgé
de 45 ans, est entré dans
la banque avec comme
accessoire vestimentaire une
ceinture d’explosifs à la
taille. Et a menacé les
employés de la HSBC qu’il
a pris en otages de se faire
exploser à l’intérieur
de la succursale, en signe
de protestation contre
l’agression dont l’Irak
est la cible, et pour porter
un sérieux coup aux intérêts
anglo-US au Liban. Sauf que
selon un des employés de la
banque, le terroriste avait
commencé par demander le
contenu des caisses avant de
déclarer qu’il souhaitait
adresser "un
message" de
condamnation de
l’offensive alliée en
Irak.
Quelques minutes après que
Samir Berro eut pénétré
dans la banque, des soldats
de l’armée et des membres
des Forces de sécurité intérieure,
sont arrivés sur les lieux,
accompagnés du commandant
de la police de Beyrouth, le
brigadier Walid Koleylate.
Un cordon de sécurité a
immédiatement été imposé
autour de l’immeuble
abritant la succursale de la
HSBC. Notons qu’un peu
plus tard, c’était au
tour du directeur général
des FSI, le général Marwan
Zein, puis du commando des
forces spéciales de l’armée,
emmené par le brigadier
Marwan Charbel
d’intervenir. Et lorsque
les négociations ont
commencé avec le forcené,
ce dernier a exigé de
parler personnellement avec
le ministre de l’Intérieur,
Elias Murr, et a demandé à
plusieurs reprises la présence
des médias afin que soit
relayé son message de
condamnation et
d’opposition contre
Washington et contre
Londres. Samir Berro a ainsi
pu discuter avec Elias Murr
par le biais du brigadier
Koleylate, jusqu’au moment
où le ministre de l’Intérieur -
qui avait, auparavant, pris
contact au téléphone avec
le président de la République,
Emile Lahoud - est
arrivé sur les lieux de la
prise d’otages, et a pénétré,
accompagné de plusieurs
hauts responsables sécuritaires,
dans l’enceinte de la
succursale.
Il s’est entretenu
directement avec le
terroriste, et l’a
visiblement convaincu de se
rendre. Samir Berro s’est
alors livré aux FSI, qui
l’ont emmené à la
caserne Hélou, où il a
subi un interrogatoire en règle,
avant qu’il ne soit déféré
devant les autorités
judiciaires concernées.
Mais avant qu’il ne monte,
vers 12h15, dans le fourgon
de police, il a adressé,
via les médias, le message
suivant : "Allah est
grand. Je m’appelle Samir
Abdel-Karim Berro, je suis
originaire de Nabatiyé-la-triste
et mon numéro de registre
est le 27. Mon action visait
les intérêts américains
et britanniques ; c’est ma
façon de refuser que l’on
ne frappe les peuples
irakien et palestinien.
J’ai préparé tout seul
cette opération, et ce
depuis le 20 mars, et parce
qu’aucune voix ne peut
s’élever au-dessus de
celle des canons",
a-t-il indiqué, avant de
conclure en paraphrasant un
dicton arabe selon lequel
"tuer un loup dans la
forêt constitue un crime
impardonnable, alors que le
génocide de tout un peuple
est devenue chose
admissible." Signalons
que selon des témoins
oculaires, plus de deux
mille hommes se sont déployés
dans tout le secteur de
Hamra. Ce qui a véritablement
paniqué certains riverains.
Idem pour les employés de
la banque - livides et,
pour quelques-uns d’entre
eux, en pleurs - qui
avaient réussi à quitter
le bâtiment, après que
l’otage Bassam Saadane eut
convaincu le terroriste de
les libérer, et de ne
garder que lui en attendant
le ministre de l’Intérieur.
Sur le plan judiciaire, le
commissaire du gouvernement
par intérim auprès du
tribunal militaire, Maroun
Zakhour, a interrogé
l’accusé, en évoquant
d’abord la prise
d’assaut de la banque.
Alors que Samir Berro a réitéré
que le but de son action
visait à braquer les
projecteurs sur ce qui se
passait en Irak, et à
menacer les intérêts
britanniques. Le juge
Zakhour a également entendu
plusieurs témoins : le
directeur et des employés
de la HSBC-Makdessi, trois
des agents de sécurité de
la banque, ainsi que Bassam
Saadane. Signalons que ce
dossier va être ensuite
transféré au bureau de
lutte contre le terrorisme
pour la suite de l’enquête.
Le juge Zakhour a également
examiné les explosifs qui
se trouvaient autour de la
taille du prévenu, ainsi
que la grenade qu’il
tenait à la main, avant de
les livrer à l’expert
militaire, pendant
qu’avait lieu une
inspection fouillée de la
banque.
La déclaration de Murr
A sa sortie du siège
de la banque britannique, le
ministre de l’Intérieur a
fait une déclaration dans
laquelle il a souligné que
le preneur d’otages avait
souligné devant lui qu’il
voulait protester contre
"les massacres en Irak
et qu’il souhaitait
actionner les explosifs
qu’il portait sur lui
parce qu’il n’avait plus
rien à perdre". "Je
lui ai répondu que tout le
peuple libanais est résistant
et que s’il mettait ses
menaces à exécution, cela
aurait pour conséquence de
faire des victimes
innocentes et d’ajouter un
drame libanais aux drames vécus
par le peuple arabe, a déclaré
M. Murr. Au terme de dix
minutes de négociations, il
a accepté de se livrer (aux
forces de l’ordre) à
condition qu’il puisse
adresser un message par le
biais des médias. Nous nous
sommes entendus donc sur ce
point et il est sorti après
avoir abandonné les
explosifs."
En réponse à une question,
le ministre de l’Intérieur
a, d’autre part, souligné
que "pour la première
fois depuis l’indépendance,
l’Etat libanais, avec à
sa tête le président de la
République, devance le
peuple libanais dans sa
volonté de résistance".
"C’est pour cette
raison que nous considérons
que le fait d’exprimer un
point de vue (concernant la
situation régionale) est un
droit que l’Etat et le
peuple assument, a déclaré
M. Murr. Mais il est
inacceptable de se livrer à
des actes destructeurs
contre les entreprises
appartenant à des Libanais
ou de lancer des pierres
contre les forces de
l’ordre et l’armée.
Certaines personnes
entreprennent de se livrer
à des telles actions afin
de porter atteinte au climat
de liberté d’expression.
Nous nous opposerons à ces
actes car, en définitive,
ils sapent la sécurité
dans le pays". Et M.
Murr d’ajouter : "Le
ministère de l’Intérieur
a pris des mesures afin de
préserver la sécurité de
toutes les entreprises au
Liban, y compris les
entreprises étrangères. Le
Liban reste l’un des pays
les plus sûrs au monde.
Mais les images que les médias
rapportent au sujet de la
guerre poussent certaines
personnes à commettre de
tels actes. Nous nous
attendons donc à ce genre
d’actions, mais nous espérons
pouvoir y remédier comme
nous l’avons fait
aujourd’hui."
haut
La
France débloque les 500
millions d’euros promis à
Paris II
Dette -
Signature d’une convention
de prêt au Grand Sérail
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
l'Orient-le Jour le 1er
mars 2003
Chose promise, chose due.
La France a prêté 500
millions d’euros au
Liban pour l’aider à
restructurer sa dette
publique, conformément à
l’engagement qu’elle
avait pris lors de la conférence
de Paris II. Les
fonds ont été débloqués
hier à l’occasion de la
cérémonie de signature
d’une convention de prêt
organisée au Grand Sérail
en présence du Premier
ministre Rafic Hariri et
de l’ambassadeur de
France à Beyrouth,
Philippe Lecourtier. Le
prêt est octroyé par
l’Agence française de développement
dont le président,
Jean-Michel Sévérino, était
hier à Beyrouth. Il
s’agit d’un crédit
sur 15 ans doté d’une période
de grâce de trois ans,
avec un taux d’intérêt
annuel de 5 %. Ces
conditions sont similaires
à celles consenties par
les autres bailleurs de
fonds réunis en novembre
dernier à Paris pour
venir au secours du Liban,
a précisé le ministre
des Finances, Fouad
Siniora. Lors d’un point
de presse, le ministre a
remercié la France pour
son soutien et rendu
hommage au président français
Jacques Chirac qui n’a
pas ménagé ses efforts,
a-t-il dit, pour venir en
aide au Liban.
Bientôt l’Arabie
saoudite
La conférence de Paris II
avait réuni 17 pays et
sept institutions
internationales qui ont
alloué 4,4 milliards de
dollars de crédits au
Liban. Environ 3,1
milliards de dollars
portent sur des crédits
à long terme et à des
taux préférentiels.
Jusqu’à présent, la
Malaisie, les Emirats
arabes unis, le Koweït et
Oman ont avancé 950
millions de dollars au
Liban en souscrivant à
une émission obligataire
de la République
libanaise. La contribution
de l’Arabie saoudite est
attendue dans les
prochains jours. Pour des
raisons liées à sa législation,
Paris a préféré passer
par l’intermédiaire de
l’Agence française de développement
pour octroyer ce prêt au
Liban. "Ce concours décidé
par le président français
est un témoignage de
l’amitié profonde qui
unit la France et le
Liban. Nous sommes aux côtés
du Liban quand il éprouve
des difficultés", a
déclaré M. Sévérino. "Les
premiers résultats du
plan de réformes présenté
par le gouvernement sont
prometteurs, et nous avons
confiance" pour la
suite, a-t-il ajouté, précisant
que l’activité de l’Agence
française de développement
au Liban ne se limitait
pas à ce prêt. L’AFD
finance aussi des projets
d’infrastructure, dans
le domaine de l’eau par
exemple, à Tripoli ou à
Jezzine notamment. Notre
coopération concerne le
secteur public et le
secteur privé."
Les produits
libanais ont désormais
accès au marché unique
européen
"J’espère que, dorénavant,
les produits libanais
deviendront familiers dans
nos magasins et nos
supermarchés et que les
entreprises européennes
profiteront des opportunités
croissantes
d’investissement et de
commerce au Liban", a
déclaré hier Chris
Patten, commissaire européen
aux Relations extérieurs.
M. Patten saluait ainsi
l’entrée en vigueur
aujourd’hui de
l’accord intérimaire
Euromed permettant
l’application immédiate
des clauses commerciales
de l’accord
d’association conclu
entre le Liban et l’Union
européenne dans le cadre
du processus euro-méditerranéen.
Chris Patten a souligné
qu’il s’agissait
"d’un jour
important pour les
relations de l’Union
européenne avec le
Liban", soulignant
que cette étape
"rapprochera
davantage le Liban de l’Europe
dans un espace euro-méditerranéen
plus large". Et
d’ajouter : "Quand
j’ai rencontré le président
Lahoud à Beyrouth au début
de février ainsi que des
membres du gouvernement,
il était clair que les
deux parties partageaient
la conviction que
l’accord d’association
doit bénéficier, de façon
tangible, à nos
populations
respectives."
Le commissaire Pascal
Lamy, chargé du Commerce,
a également exprimé sa
satisfaction de voir le
Liban "opter pour la
voie rapide en cherchant,
par cet accord intérimaire,
à anticiper la transition
vers le libre-échange.
Cela démontre que le
Liban est décidé à
honorer ses engagements en
rapprochant sa législation
commerciale et économique
de celle de l’Union
européenne. C’est également
un pas dans la bonne
direction vers l’adhésion
du Liban à l’OMC". Les
propos de Chris Patten et
de Pascal Lamy étaient
rapportés hier par un
communiqué de la délégation
de la Commission européenne
à Beyrouth. En revanche,
l’événement semble
passer inaperçu du côté
des autorités libanaises
qui n’ont fait aucune déclaration
à ce sujet. Aujourd’hui
est pourtant une date
importante pour les
entreprises libanaises, en
particulier dans les
secteurs agricole et
agroalimentaire, car elles
peuvent accéder au marché
unique européen à des
conditions préférentielles.
Le Liban est en effet le
premier partenaire méditerranéen
de Bruxelles à avoir
obtenu un accès libre et
gratuit pour ses produits
agricoles, à
l’exception d’une
liste limitative de denrées,
soumises à des quotas.
L’événement est moins
important pour les
entreprises industrielles
qui disposent depuis 1977
d’un accès privilégié
au marché unique européen.
Le défi pour tous
consiste cependant à
profiter de cette porte
ouverte pour exporter des
marchandises fabriquées
au Liban. Car il ne suffit
pas d’être exempté de
droits de douane. Les
produits libanais doivent
répondre aux normes européennes,
être compétitifs et
savoir pénétrer les
canaux de
commercialisation. C’est
en cela que l’aide de
l’Union européenne est
importante pour
accompagner les réformes
structurelles nécessaires
que le gouvernement
libanais s’est engagé
à entreprendre. Dans son
communiqué, la délégation
de la Commission européenne
précise que Bruxelles a déjà
approuvé 15 millions d’euros
pour aider le Liban à
adopter les mesures
administratives et
juridiques nécessaires à
la mise en pratique de
l’accord. Un montant
supplémentaire de 15
millions d’euros doit être
approuvé pour le
lancement de projets
relatifs aux normes et à
la certification des
produits. La Commission
européenne fournira également
17 millions d’euros en
appui aux petites et
moyennes entreprises pour
qu’elles profitent mieux
des opportunités offertes
par l’accord intérimaire
commercial. L’accord
d’association qui lie le
Liban à l’Union européenne
porte sur les domaines
politique, économique,
social et culturel. Seul
le volet économique entre
en vigueur aujourd’hui,
les autres doivent
attendre la ratification
du texte par les quinze
Etats membres de l’Union,
seule l’Irlande ayant déjà
voté en ce sens.
L’accord a en revanche
été ratifié par le
Parlement libanais le 2 décembre
2002 et par le Parlement
européen le 16 janvier
dernier.
haut
Huit
réserves exceptionnelles
pour témoigner de la
splendeur naturelle du Liban
Environnement - Journée
nationale pour la protection d’un
remarquable sanctuaire de
biodiversité
par SUZANNE BAAKLINI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 10 mars 2003
Elles sont huit
aujourd’hui à témoigner
de la splendeur naturelle
du Liban. Les réserves
naturelles n’existent
pas depuis longtemps,
elles ne sont pas toujours
reconnues à leur juste
valeur, mais le concept a
fait du chemin. A
l’occasion de la Journée
nationale des réserves
naturelles, ce lundi, l’Orient-le
Jour dresse un bilan de la
situation de ces beaux
sites, de leur évolution
depuis la date de leur
classement, ainsi que de
la stratégie future du
ministère de l’Environnement
qui propose un texte de
loi et envisage d’intégrer
de nouvelles régions dans
sa liste d’endroits protégés. Les
sites classés réserve
naturelle par des lois
sont donc huit au Liban:
Horch Ehden (Liban-Nord),
les cèdres du Chouf (Mont-Liban),
les îles des Palmiers
(Tripoli, Liban-Nord), la
plage de Tyr (Liban-Sud),
la forêt de Tannourine (Liban-Nord),
Bentaël (Jbeil), Yammouné
(Békaa, Baalbek). La
huitième réserve, Karm
Chbat (Akkar, Liban-Nord),
vient d’être créée
par décision ministérielle.
De ces huit sites, seuls
quatre ont été dotés
d’une gestion (plus ou
moins efficace, plus ou
moins ancienne): Horch
Ehden, les cèdres du
Chouf et les îles des
Palmiers (ces trois-là
ont bénéficié depuis
1997 d’un financement
par le Programme des
Nations unies pour le développement,
en collaboration avec le
ministère de l’Environnement,
qui fait des contributions
financières annuelles),
et la plage de Tyr (plus récente).
L’approbation vient d’être
obtenue pour le
financement par le
Programme des Nations
unies pour
l’environnement (Pnue)
d’un plan de gestion
pour la forêt de
Tannourine. Par
ailleurs, il faut préciser
que tous les sites dits
"protégés" ne
sont pas des réserves. En
effet, selon une loi élaborée
par le ministère de l’Agriculture
et antérieure à la création
des réserves, toute forêt
de cèdres, de chênes, de
sapins de Cilicie et de
genévriers (ou tout autre
arbre devenu rare ou
exceptionnel), est considérée
comme protégée. Cela
veut dire que l’abattage
d’arbres y est interdit,
et que le ministère
assure, en principe, des
gardes-forestiers sur le
site.
Le concept de réserve
naturelle est bien plus
complexe et plus vaste :
d’une part, il ne
s’agit pas nécessairement
d’une forêt (en témoignent
les deux réserves
maritimes de Tyr et de
Tripoli), mais toujours
d’un sanctuaire de
biodiversité remarquable.
D’autre part, il suppose
la mise en place d’une véritable
stratégie de gestion, et
la création d’une équipe
de travail spécialisée
et d’une infrastructure
appropriée. Selon les
besoins du site et son état,
il sera soit fermé au
public (entièrement ou
partiellement), soit
ouvert aux visiteurs, soit
en partie réservé à
l’agriculture
biologique. Il va de soi
qu’un même site peut être
protégé par deux lois
simultanément (quand, par
exemple, il s’agit
d’une forêt protégée
et classée réserve). Les
équipes des quatre réserves
bénéficiant déjà
d’une gestion sont formées
d’un directeur, de son
assistant, de guides et de
gardiens. Plus le budget
de l’équipe est élevé,
plus on trouve de guides
et de gardiens sur le
site, naturellement.
L’infrastructure
consiste en la création
de sentiers de randonnées
avec divers niveaux de
difficulté, d’un bureau
d’informations, de
panneaux explicatifs,
accessoirement d’un musée
ou d’une boutique de
souvenirs, etc. Le problème
de financement hante
continuellement les
esprits, surtout quand le
délai des programmes mis
en place par les
organisations
internationales vient à
expiration.
Des réserves dans les
propriétés privées ?
Des abus, malheureusement,
sont commis dans
l’enceinte des réserves
naturelles telle la chasse
illégale, par exemple,
comme le reconnaît Nancy
Awad, spécialiste des réserves
naturelles au ministère
de l’Environnement, et
ce, malgré la fermeté de
la loi à cet égard. A
ce propos, elle insiste
sur l’importance de
convaincre les populations
environnantes de la nécessité
de protéger le site,
parce qu’elles sont les
meilleures garantes de sa
sécurité à long terme.
"A titre d’exemple,
au Chouf, les habitants
assuraient la protection
de la forêt longtemps
avant son classement
officiel, raconte-t-elle.
Dans le voisinage de
certains sites que nous
envisageons d’inclure
dans la liste de réserves,
nous nous sommes heurtés
à l’incompréhension de
populations habituées à
considérer la forêt
comme une partie de leur
village et un moyen
d’assurer une
subsistance. Il faut alors
prendre le temps de les
convaincre du bien-fondé
de la protection du site
et les inclure dans la
gestion." Par
ailleurs, la création de
réserves naturelles doit
être nécessairement régie
par une loi. Un texte est
actuellement en préparation,
qui devrait servir de
cadre dans ce domaine.
"Un pareil texte de
loi, élaboré entre nos
murs, est envoyé aux différentes
administrations concernées
qui émettent leurs
remarques et nous le
renvoient", explique
Mme Awad.
La nouvelle loi apporte
une série de changements
majeurs au système de création
et de gestion des réserves
tel qu’on l’a connu
jusqu’à présent.
Ainsi, la protection des
sites ne se fera plus en
vertu d’une loi, comme
c’est le cas
actuellement, mais par le
vote d’un simple décret,
ce qui raccourcira considérablement
les démarches. D’un
autre côté, il sera
possible de créer des réserves
naturelles sur des
terrains privés, ce qui
est encore impossible
aujourd’hui. Enfin, il
sera permis aux directions
des réserves de percevoir
un droit d’entrée auprès
des visiteurs. Il faut
signaler que ces deux
dernières questions
constituent des sujets de
débat entre les différentes
administrations, mais leur
présence dans le cadre de
la loi n’est pas contestée
malgré des
"modifications
mineures au texte
original", selon Mme
Awad. Pour ce qui est
de l’instauration
d’une réserve naturelle
sur une propriété privée,
elle se fait évidemment
avec l’approbation et la
collaboration des propriétaires.
Ce n’est qu’en dernier
recours qu’intervient
l’expropriation. La
perception de droits
d’entrée, quant à
elle, a fait l’objet du
débat suivant : ces fonds
devraient-ils, comme tout
argent public, être
transférés au ministère
des Finances qui se charge
de les redistribuer
ensuite aux gestionnaires
des réserves ? Ou
devraient-ils revenir
directement à la
direction du site ? Le
ministère de l’Environnement
s’appuie sur un article
du code adopté l’année
dernière, stipulant la création
d’une caisse spéciale
pour l’environnement,
afin d’exiger que les
droits d’entrée
parviennent directement à
la réserve sans routine
administrative.
Par ailleurs, le ministère
de l’Environnement a
adopté une stratégie en
matière de création de réserves.
"Nous recevons en général
les demandes de classement
par des personnes ou des
groupes concernés par un
site donné, explique Mme
Awad. Comme première étape,
nous envoyons des experts
chargés d’évaluer si,
à première vue, ce site
présente un écosystème
unique qu’il faut préserver.
Pour l’instant, le
rapport scientifique doit
s’accompagner de preuves
que cet endroit est situé
sur des terres publiques
et que la communauté
environnante est favorable
à sa préservation."
C’est en cas
d’opposition que les
choses se gâtent.
Officiels et société
civile tentent alors de
persuader les collectivités
locales, sans l’appui
desquelles tout effort de
protection est inutile, de
se rallier à leur idée. Cette
nouvelle loi sera un pas
de plus en direction de la
consécration du principe
de protection des sites
exceptionnels. Combien de
temps faudra-t-il pour que
les mentalités (à tous
les niveaux de
l’administration
officielle et du peuple)
évoluent de la même façon
?
Les cèdres du Chouf,
Horch Ehden et les îles
des Palmiers : entre
"success story"
et charmant désordre
C’est en 1992 que les
deux premières réserves
ont été établies à
Horch Ehden et aux îles
des Palmiers. Ces deux
sites, ainsi qu’un
troisième, les cèdres du
Chouf, proclamé réserve
en 1996, ont bénéficié
d’un programme de
financement, lancé par le
ministère de l’Environnement
en collaboration avec le
Programme des Nations
unies pour le développement
(Pnud). Cela leur a permis
de développer un plan de
gestion et une
infrastructure dans les
sites. Le programme,
initialement prévu pour
cinq ans, a été prolongé
d’un an jusqu’à la
fin de 2003. De
toutes les réserves du
Liban, celle des cèdres
du Chouf (plus de 15.000
hectares) est la plus
vaste. D’une beauté à
couper le souffle, elle
est dotée d’une
remarquable biodiversité.
Malheureusement, environ
5% seulement de sa
superficie est toujours
couverte de cèdres. Mais
la fermeture du site aux
agressions, notamment aux
pâturages, a eu pour
effet une nouvelle régénération
de cette forêt.
En terme de gestion, la réserve
des cèdres du Chouf est
une remarquable "success
story". La dynamique
équipe de l’Association
des cèdres du Chouf, fondée
en 1994, deux ans avant
l’acquisition de statut
de réserve, a réalisé
plusieurs travaux :
sentiers à différents
niveaux, bureau
d’information, petit musée,
panneaux explicatifs,
centre culturel pour les
jeunes, vente de produits
du terroir dans les
environs... Les
gestionnaires perçoivent
des donations des
visiteurs (qui se comptent
par dizaines de milliers),
ne pouvant imposer des
droits d’entrée. La réserve
des cèdres du Chouf
constitue la limite sud de
la présence du "Cedrus
Libani" dans le
monde. Elle comporte six
forêts principales dont
trois particulièrement
remarquables: celle du
Barouk (400 hectares),
celle de Maasser Chouf (6
hectares) et Bmohray-Aïn
Zhalta (100 hectares). On
y a recensé 200 espèces
d’oiseaux dont 19 en
danger, 26 espèces de
mammifères dont 6 menacées,
524 espèces végétales
dont 32 portent
l’adjectif
"libanais", 16
espèces d’arbres dont 6
en voie de disparition, 30
endémiques du Liban et
plus de 60 caractéristiques
des pays de la région.
Le vert et le bleu
Toutefois, la réserve
naturelle qui détient la
palme de la biodiversité,
c’est l’exquise Horch
Ehden. Dans cette typique
forêt méditerranéenne,
les cèdres côtoient les
sapins de Cilicie, les chênes
de toutes sortes, les genévriers,
les pommiers sauvages...
en un charmant désordre.
Ce site de plus de mille
hectares dont quelque 450
sont boisés comporte
1.030 espèces végétales
(40% de toutes les espèces
trouvées au Liban) dont
10 endémiques du site,
100 dont le nom porte
l’adjectif
"libanais", 75
plantes médicinales et 39
espèces d’arbres (dont
les derniers pommiers
sauvages au Liban). Il
compte aussi 26 espèces
de mammifères, 157 espèces
d’oiseaux, 300 de
champignons, 200 de
reptiles. Depuis la
protection du site, les
observateurs ont remarqué
le retour d’un grand
nombre d’animaux comme
les sangliers, les chats
sauvages, les loups...
L’association des Amis
de Horch Ehden, qui assure
la gestion de la réserve,
a choisi la stratégie de
la non-intervention. Mais
une fois le programme
financé par le Pnud
terminé, le spectre des
difficultés financières
ne manquera pas de hanter
les organisateurs.
Les îles des Palmiers
sont, comme leur nom
l’indique, un site
marin. Ce groupe d’îles
au large de Tripoli était
communément appelé
"îles aux
lapins" depuis
qu’une large communauté
de ces animaux a été
introduite dans les années
50, causant une
catastrophe écologique en
détruisant des plantes
rares qui s’y
trouvaient. Aujourd’hui,
les îles ne sont plus
habitées, mais des restes
de poterie, un puits
d’eau fraîche,
d’anciennes salines et
une église construite au
temps des croisés sont
les preuves de la
colonisation humaine passée.
On accède à la réserve
après un trajet en bateau
de 30 minutes à partir de
Mina. Le site est formé
des îles de Sanani (4
hectares), Ramkine (1,6
hectare) et l’île des
Palmiers (20 hectares),
ainsi que de 500 mètres
de surface d’eau de mer
environnante. Vu son
importance, la réserve a
été proclamée
"zone méditerranéenne
spécialement protégée"
dans le cadre de la
Convention de Barcelone,
et "zone importante
pour les oiseaux" par
"Birdlife". Les
belles plages des îles
sont utilisées par les
tortues de mer pour la
ponte de leurs œufs. Les
phoques-moines, une espèce
très menacée, recommence
à visiter le site et
pourraient s’y réétablir
un jour. Certaines
parties de la réserve
sont ouvertes au public
durant l’été. Mais le
reste de l’année, elle
redevient un sanctuaire
pour les merveilles de la
nature.
La belle plage de Tyr,
les marécages de Ammick : sanctuaires
pour les oiseaux
migrateurs
En novembre 1998, le
classement de la plage de
sable de Tyr a sauvé
l’une des dernières
belles parties du littoral
libanais de la destruction
par l’urbanisation
massive. Aujourd’hui,
3,8 kilomètres carrés de
littoral, et en mer
jusqu’à une profondeur
de 500 à 800 mètres,
sont protégés, mais pas
de manière absolue,
malheureusement. Même si
le danger du béton a été
écarté, en été, les
nombreux baigneurs ne
respectent pas vraiment
les règles de protection
de la réserve. Beaucoup
de petits cafés prolifèrent
le long de la plage, des
parkings y sont créés,
le sable y est déplacé,
l’eau et le sable sont
pollués par divers types
de déchets... L’importance
de la plage de Tyr réside
dans le fait qu’elle
abrite un grand nombre
d’animaux en danger
comme la tortue de mer.
Les observateurs ont
remarqué avec
satisfaction le retour de
la tortue sur ce site, qui
compte aussi des espèces
endémiques. La réserve
est par ailleurs un
sanctuaire pour oiseaux
migrateurs. Dans le
prolongement de la plage
se trouve la fameuse
source de Ras al-Aïn,
utilisée pour
l’irrigation depuis l’époque
des Phéniciens. On y
trouve aujourd’hui des
piscines construites au
temps des Romains. A
l’endroit où l’eau
douce rejoint l’eau de
mer, une zone très riche
en espèces marines
s’est développée. La
portion de plage devant
Ras al-Aïn est fermée au
public.
La réserve de Tyr, qui a
aujourd’hui un début de
plan de gestion, bénéficie
depuis un certain temps
d’un financement dans le
cadre d’un programme
appelé "MedWet",
spécialement conçu pour
les régions humides. Mais
elle n’est pas la seule.
Un autre site, les marécages
de Ammick, est également
inclus dans le même
programme. Ce dernier
site est d’une
importance
internationalement
reconnue (notamment par la
Convention Ramsar pour les
zones humides, par "Wetlands
International" et par "Birdlife"),
non seulement pour sa
grande beauté ou pour le
fait qu’il contienne les
seuls marécages restants
du Liban et du
Moyen-Orient, mais parce
qu’il constitue un
passage obligé pour un
grand nombre d’oiseaux
migrateurs. Après
des années d’abus, de
chasse incontrôlée,
d’utilisation abusive de
l’eau, notamment pour
l’irrigation, le site de
Ammick, ou du moins une très
grande partie, fait
l’objet d’une
initiative privée de réhabilitation
écologique réussie
(interdiction de la
chasse, rationalisation de
l’utilisation des
ressources aquatiques...). L’idée
de faire de Ammick une réserve
naturelle est sur le tapis
depuis longtemps, mais
elle attend le vote de la
nouvelle loi qui permettra
la protection des propriétés
privées.
Plan de gestion pour la
forêt de cèdres de
Tannourine
Trois sites, d’une beauté
qui n’a rien à envier
aux autres réserves, ont
été ajoutés à la liste
des endroits protégés
par le ministère de l’Environnement,
en vertu de lois : la forêt
de cèdres de Tannourine (Liban-Nord),
le jurd de Yammouné (Baalbeck)
et l’imposante pinède
de Bentaël (hauteurs de
Jbeil). Ce qui les différencie
de leurs consœurs du
Chouf, d’Ehden, de
Tripoli et de Tyr, c’est
qu’aucun plan de gestion
n’y a encore été
implanté, bien que
Tannourine soit appelée
à bénéficier bientôt
d’une aide du Programme
des Nations unies pour
l’environnement (Pnue). Tannourine
n’est rien moins que la
plus grande forêt de cèdres
qui reste au Liban (1.205
hectares). Mais ce site a
longtemps souffert des
attaques répétées
d’un insecte inconnu
jusqu’alors, et qui a
représenté une menace très
sérieuse pour la vie des
arbres. Bien que les
campagnes de pulvérisation
de pesticides menées par
le ministère de l’Agriculture
en collaboration avec la
FAO aient porté leurs
fruits, le phénomène
reste largement inexpliqué,
et la crainte de voir
resurgir l’insecte
ravageur n’a pas
disparu. Le budget du Pnue
permettra d’instaurer un
système de gestion et de
contrôle dans ce site
d’une grande importance.
Si la pinède méditerranéenne
typique de Bentaël n’a
été classée réserve
naturelle qu’en 1999,
elle n’en constitue pas
moins la région protégée
la plus ancienne du Liban.
Comment ? Les habitants
des régions environnantes
ont entamé une initiative
populaire de protection de
leur belle forêt dès...
1981. Un bel exemple de
sensibilisation écologique
collective. La réserve de
228 hectares se trouve sur
le versant d’une vallée,
sur une pente très inclinée.
Elle n’est pas encore prête
à recevoir les visiteurs. La
région de Yammouné est
principalement formée
d’une zone aride, parsemée
de genévriers très
anciens qui constituent sa
particularité. Une autre
des caractéristiques de
cette réserve de 2.100
hectares environ, ce sont
les poissons endémiques
du Liban, les "Phoxinellus
libani", devenus extrêmement
rares, que l’on trouve
dans ses cours d’eau.
haut
par DOMINIQUE DHOMBRES,
publié dans le Monde du 13
mars 2003
George W. Bush trépigne
et compte les jours qui le
séparent du moment où il
pourra lancer ses troupes
contre l'Irak. Lorsqu'il
est entré à la Maison
Blanche, en janvier 2001,
ce pays et son chef le
laissaient pratiquement
indifférent. La politique
étrangère, de façon générale,
ne l'intéressait guère.
Il ne sortait de sa
torpeur dans ce domaine
que pour laisser planer
l'idée d'une réduction
du nombre de soldats américains
stationnés à l'extérieur.
Tout a changé après le
11 septembre 2001. Le
passionnant documentaire
américain de Michael Kirk
Maison Blanche :
la guerre à huis clos
qu'Arte diffusait mardi
soir en début de soirée
raconte comment le 43e président
des Etats-Unis a été
convaincu de l'urgente nécessité
d'une transformation
radicale de la politique
étrangère américaine.
La figure centrale de ce
bouleversement est Paul
Wolfowitz, le numéro deux
du Pentagone, dont les idées
l'ont emporté, au sommet
de l'administration américaine,
au cours de l'hiver
2001-2002. Wolfowitz les
avait formulées, dès
1992, dans un mémorandum
consécutif à la première
guerre du Golfe. Elles
avaient alors été jugées
dangereuses par le 41e président,
George Bush Senior, et
publiquement rejetées.
Wolfowitz affirme qu'il
faut en finir avec la
doctrine de l'endiguement ("containment"),
caractéristique de la
guerre froide, et recourir
aux actions "préventives"
contre les nouveaux
ennemis de l'Amérique,
perçus comme un "axe
du Mal" (Irak, Iran,
Corée du Nord). Il faut même
aller plus loin, puisque
la disparition de l'URSS
le permet. Il ne s'agit
plus de gérer les crises,
mais de remodeler le
monde, en y imposant les
valeurs américaines.
Michael Kirk montre, au
travers d'une série
d'entretiens, comment
Wolfowitz a conquis
progressivement les
esprits au sein de
l'administration Bush au
cours d'un combat sans
merci, en coulisse, contre
le chef de file du clan
des réalistes et des
prudents, le secrétaire
d'Etat Colin Powell. Il a
convaincu Condoleezza Rice,
la conseillère de George
Bush pour les questions de
sécurité, jusque-là réticente,
et surtout le président
lui-même. Conformément
aux pratiques jadis en
vigueur dans le mouvement
communiste, mais qui sont
en fait des méthodes de
pouvoir aussi vieilles que
l'humanité, c'est
l'adversaire de la
nouvelle doctrine, Colin
Powell, qui a été chargé
d'en défendre le
bien-fondé devant le
reste du monde.
haut
par PIERRE GEORGES,
publié dans le Monde du 8
mars 2003
Et dieu dans tout cela ?
Eh bien, Dieu est en ligne
directe avec George W. Bush.
Ou plutôt l'inverse. Dieu
a fait Bush américain et
chrétien. Dieu a sauvé
Bush, le pécheur égaré
sur le chemin de l'alcool
et de la débauche. Dieu a
fait Bush président. Bush
est donc le président de
Dieu sur Terre. Croit-on
qu'on moque ici ? On
le voudrait presque. Mais
c'est ce que le président-prédicateur
de la Maison Blanche, et céleste,
dit lui-même, de lui-même,
en une référence
permanente à sa foi.
George W. Bush
appartient à l'Eglise
protestante méthodiste
unifiée. Il est croyant,
profondément croyant,
d'une démonstrative
croyance à la manière américaine
qui peut surprendre ici
mais est là-bas chose
courante et admise, comme
culturelle aussi. Il est
un homme de foi. Et rien,
évidemment, n'autorise à
ironiser sur un homme de
foi, sauf à vouloir
bouffer du Bush, comme
naguère du curé. Et ce
serait tentant. Mais ce
qui inquiète plutôt, et
ce qui fait tout craindre,
c'est que cette foi omniprésente,
envahissante, dévorante,
sans cesse autoproclamée
comme suprême et
permanente inspiration
semble parfois tenir lieu
de programme messianique.
Au nom de Dieu, un président
des Etats-Unis, assurément
l'homme le plus puissant
sur cette Terre, tient
parfois d'étranges
propos. Chacun se souvient
des mots lancés après le
traumatisme horrible du 11 septembre
2001. Des mots de
"croisade", des
mots de lutte du
"Bien" contre le
"Mal". Des mots
empreints en somme de ces
considérations qui firent
les croisés. On avait pu
avoir une interprétation
comme culturelle de ces
propos. Ne pas les prendre
au pied du mot précisément.
Mais voici, et toutes les
enquêtes faites sur l'exécutif
américain actuel, tous
les portraits de George
Bush Junior tracés par la
presse d'outre-Atlantique,
le disent que le religieux
le dispute singulièrement
aux considérations
temporelles dans
l'inspiration, la définition
et la justification de la
politique des Etats-Unis.
George W. Bush, outre
que convaincu d'être
devenu président des
Etats-Unis par onction
divine au moins autant que
par élection, a la foi
des bûches envers son
propre destin. Et il donne
le sentiment, dans un
inquiétant mélange des
genres, de conjuguer
jusqu'à l'extrême et
jusqu'à l'absurde les
deux termes de ce
"devoir sacré",
imposé à tout chef d'Etat.
On prie beaucoup à la
Maison Blanche. On y prie
sans cesse. Et d'une
certaine manière, on y
prie trop. C'est à tout
cela qu'on pensait, en
lisant une dépêche ce
matin, en provenance des
Etats-Unis. Tenant conférence
de presse, la nuit dernière
pour nous, à Washington,
George W. Bush,
questionné sur la foi, a
tenu, on y revient, des
propos de prédicateur-président.
" Ma foi me porte
parce que je prie chaque
jour. Je prie pour qu'elle
me guide, qu'elle
m'apporte sagesse et
force." Et si
guerre il y avait ?
" Je prierai pour
les soldats, pour leur sécurité.
Et je prierai aussi pour
que soient épargnées les
vies d'Irakiens
innocents." George
Bush Junior "prie
pour la paix" et
prépare la guerre. Et il
remercie " les
milliers de personnes qui
prient pour lui, c'est une
expérience d'humilité".
Humble prieur, priez
pour moi ! Et ici il
nous revient que toutes
les Eglises, y compris la
sienne, le prient de ne
pas faire la guerre !
haut
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2003 RJLiban
|
|