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publié dans le Monde du 30
mai 2003
Il s'agit donc, sans
doute, du plus grand
mensonge d'Etat de ces
dernières années. D'une
campagne de manipulation
menée probablement en
toute connaissance des
choses, en tout cas malgré
toutes les indications
contraires, pour faire
croire aux opinions
publiques mondiales que
l'Irak détenait et
fabriquait des armes de
destruction massive.
Saddam Hussein, dictateur
numéro un sur l'axe du
Mal, menaçait la sécurité
de ses voisins, des
Etats-Unis, du monde
entier, grâce à cet
armement terrible qu'il
pouvait soit utiliser
lui-même, soit, hypothèse
pire encore, fournir à
Al-Qaida. Détruire ces
armes qu'il parvenait à
cacher aux inspecteurs de
l'ONU depuis dix ans
justifiait qu'on en vienne
à lancer une guerre préventive
contre lui. Donald
Rumsfeld, le ministre de
la défense américain, a
déclaré, mardi, qu'il était
possible que les Irakiens
aient "décidé
de [les] détruire
avant le conflit".
C'est un aveu. Plus
exactement le début de
l'aveu du fait que les
autorités américaines et
britanniques ont déclenché
en mars la guerre en Irak
pour "détruire"
ces armes alors qu'elles
avaient acquis la
quasi-certitude que
lesdites armes
n'existaient plus à cette
date.
L'Irak avait de telles
armes en 1991. Mais une
longue campagne
d'inspection et de
destruction menée sous l'égide
de l'ONU va considérablement
réduire son arsenal.
Saddam Hussein en détenait-il
encore, cachées quelque
part ? Sans doute.
Mais le scénario le plus
probable, que l'on peut
maintenant reconstituer,
est que l'Irak a détruit
ce qu'il lui restait
d'armes dès novembre
2002, lorsque l'ONU a voté
la résolution 1441 qui
autorisa le retour des équipes
d'inspection
internationales à Bagdad.
D'où l'impossibilité
pour ces inspecteurs de
trouver des armes. Contre
ceux, comme Paris, Berlin
et Moscou, qui disaient
qu'il fallait poursuivre
ces inspections, car elles
étaient efficaces,
Washington et Londres ont
alors brandi des
"documents" en
guise de preuves que
l'Irak se jouait des équipes
de l'ONU et que la guerre
était inévitable. L'Amérique
a mobilisé tous ses
moyens d'espionnage mais,
faute de parvenir à
trouver une preuve irréfutable,
elle a publié des
informations partielles,
tronquées, suspectes.
Bref, elle bluffait.
Au cours de la guerre,
aucune arme de destruction
massive ne fut utilisée
par l'Irak. Sept semaines
après la fin du conflit,
les équipes américaines
chargées de chercher - on
devrait dire trouver - un
"smoking gun"
demeurent bredouilles.
George W. Bush et
Tony Blair ont de plus en
plus de mal à prétendre
qu'ils restent "persuadés"
de l'existence de ces
armes. La vérité, qu'ils
connaissaient, apparaît
aujourd'hui : la
guerre a été déclenchée
non pour détruire ces
armes mais pour changer le
régime de Bagdad et
commencer à remodeler le
Proche-Orient. Les armes
n'ont servi que de prétexte.
Robin Cook, ancien
ministre britannique, qui
a démissionné contre la
guerre, réclame une enquête
parlementaire. Face à ce
mensonge d'Etat, la démocratie
exige que l'opinion
mondiale sache toute la vérité.
haut
publié
dans le Canard Enchaîné le
28 mai 2003
A l'approche des grandes
chaleurs, les Irakiens se
raclent le gosier. Non
seulement l'eau est rare,
mais l'alcool va manquer.
Voilà que les religieux
chiites, ivres de pouvoir,
lancent leurs commandos
contre les brasseries et l
es débits de boisson. Une
canette de Ferida ou de
Sanabil - les bières
locales -, un verre d'arak
- le pastis irakien - vont
devenir plus rares qu'une
statue assyrienne et plus
compromettants qu'une
photo de la Béart au
bain. Car il faut éradiquer
le vice. Même les chrétiens
sont invités à se mettre
au régime sec, avec des
arguments imparables :
"Jésus n'a jamais
autorisé les chrétiens
à boire de l'alcool.
Quant à Marie, elle était
voilée", a déclaré
au Figaro (23/5) un
certain imam Fartoussi,
qui ne précise pas si le
charpentier Joseph suçait
de la glace. Voilà qui
nous rappelle l'Iran à
ses débuts khomeinistes !
Les mollahs avaient
commencé par le foie
avant de s'attaquer aux
cervelles. On connaît la
suite... Adieu, petites
gorgées de bière !
Grâce à la Maison
Blanche, la prohibition
est en route, et
Bush, cet alcoolique
repenti, peut triompher :
les fûts, les fioles
et les alambics, les voilà
ces fameuses armes de
destruction massive !
Quant à Rumsfeld, on ne
devrait pas tarder à
apprendre qu'il est payé
par le lobby des eaux minérales,
du Coca ou de la bière
sans alcool. Encore des parts
de marché qui échappent
à la France, mais quelle
idée d'avoir organisé le
sommet du G8 à Evian !
haut
La
"feuille de route"
suscite à Beyrouth des réactions
mi-figue, mi-raisin
par
EMILE KHOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 30
mai 2003
Terjé
Roed-Larsen, coordinateur
onusien du processus de
paix, est formel, catégorique,
tranchant : la
"feuille de
route" est
intangible. Elle ne subira
aucune modification, il
n’est pas question de la
renégocier et son
application démarre sur
les chapeaux de roue. Ces
fermes propos suscitent à
Beyrouth des réactions
variées. Le scepticisme
le dispute à un espoir
tempéré. Les optimistes
se réfèrent à la détermination
affichée par Bush qui
martèle depuis son avènement
sa volonté de voir un
Etat palestinien s’établir
en 2005. A partir de
quoi, la question des réfugiés
palestiniens, primordiale
pour le Liban, serait réglée.
En effet, ces réfugiés,
devenant des
ressortissants d’un Etat
reconnu, disposeraient
enfin de passeports
normaux, leur permettant
de se rendre dans
n’importe quel pays. Ils
auraient également le
choix de rester, mais
deviendraient alors des résidents
étrangers ordinaires,
soumis aux lois et règlements
qui régissent le statut
de tels hôtes. Ils
pourraient enfin retourner
dans les territoires
palestiniens. Ou, si cela
est impossible, s’ils
sont originaires par
exemple de zones sous
contrôle de l’Etat israélien,
ils seraient indemnisés.
En tout cas le danger de
l’implantation serait
gommé au Liban. Les camps
tomberaient sous le contrôle
de l’Etat et leur
population serait désarmée.
Toujours selon les
optimistes du cru, Bush,
qui veut se faire réélire
facilement, cherche à
atteindre avant cette échéance
les objectifs suivants :
– Ramener les Israéliens
et les Palestiniens à la
table des négociations,
pour discuter de l’exécution,
étape après étape, de
la "feuille de
route". En discutant
les amendements proposés
par chacune des deux
parties. L’objectif étant
de proclamer la création
de l’Etat palestinien en
2005. Pour débattre
ensuite avec l’Etat hébreu
des questions qui
resteraient à régler.
– Assurer la sécurité,
l’arrêt de la violence,
durant les pourparlers. Le
but des deux rencontres au
sommet américano-arabe prévues
à Charm el-Cheikh et à
Akaba est de conforter les
efforts déployés en
faveur de la "feuille
de route" par un
climat de calme.
– Réactiver la
coalition internationale
de lutte contre le
terrorisme. Pour que les
organisations subversives
soient neutralisées et ne
puissent agir partout. La
consolidation de cette
alliance serait facilitée
par la mise sur les rails
des négociations israélo-palestiniennes
ainsi que par le redémarrage
des pourparlers
syro-libano-israéliens.
Le tout aiderait par
ricochet à stabiliser
l’Irak, en jugulant par
ailleurs l’activisme
fondamentaliste dans la région.
L’autre point de vue
Quant aux sceptiques, ils
font valoir que Sharon a
présenté des
propositions de retouches
qui vident pratiquement la
"feuille de
route" de son
contenu. Certes,
reconnaissent-ils, il
renonce apparemment à
insister sur ces
amendements. Non pas sous
la pression US, mais par
complaisance à l’égard
de Bush, afin d’en
faciliter la réélection.
Sharon accepterait donc de
retourner à la table des
négociations. Mais après
les élections US, et
quels qu’en soient les résultats,
Israël se remettrait à
atermoyer, que Sharon se
trouve ou non au pouvoir.
En rééditant ainsi les
manœuvres dilatoires de
Yitzhak Shamir, qui avait
fait mine d’accepter les
principes de Madrid, en se
promettant de les diluer,
de gagner au moins dix
ans, ce qui a été fait
largement. Le prédécesseur
de Sharon, qui était également
chef du Likoud, avait été
contraint de se plier à
la volonté immédiate de
Bush père, parce qu’il
y avait en jeu une ligne
de crédits militaires américains
de l’ordre de dix
milliards de dollars.
Mais
comme Shamir l’a indiqué
dans ses mémoires, il lui
a été facile ensuite de
contourner les
prescriptions de la conférence
de paix de Madrid et de
torpiller pratiquement le
processus. Sharon
n’aurait qu’à suivre
cet exemple, en engageant
des pourparlers sans fin.
Et en obtenant, puisque la
"feuille de
route" elle-même prévoit
cette condition préliminaire,
un arrêt de l’intifada
ou plus exactement de la
violence palestinienne.
Pour réaliser son seul véritable
objectif, la sécurité
d’Israël, ce qui lui
permettrait en outre de
remporter haut la main les
prochaines élections israéliennes.
Quant aux problèmes de la
colonisation et du retour
de réfugiés, ils
resteraient sans solution.
Selon ces pessimistes, la
seule façon de faire fléchir
vraiment Israël consiste
à poursuivre l’intifada
et les attentats-suicide.
Cela modifierait sans
doute également les
calculs de l’Administration
US, surtout avec
l’apparition d’une résistance
irakienne organisée, liée
aux mouvements
fondamentalistes. Les
Etats-Unis, après avoir
gagné sur le terrain,
perdraient politiquement
et se verraient
contraints, tôt ou tard,
à remettre le destin de
l’Irak aux Irakiens.
S’ils ne le font pas,
concluent ces sources, la
région serait en proie,
pour de longues années,
aux guerres, à
l’anarchie et aux révolutions.
haut
Quelques
conseils de Sharon à Bush
L'administration
américaine devrait se remémorer
les échecs israéliens lors
de la guerre au Liban, en
1982, et en tirer les leçons
pour son offensive en Irak
par
CHARLES ENDERLIN, publié
dans Libération le 18 mars
2003
L'auteur
est correspondant de France
2 à Jérusalem et l'auteur
de «le Rêve brisé.
Histoire de l'échec du
processus de paix au
Proche-Orient, 1995-2002»
(Fayard)
Envahir
un pays arabe, en expulser
les
"terroristes".
Mettre en place un nouveau
régime favorable à Israël
et aux Etats-Unis. C'était,
en 1982, la précédente
tentative visant à
redessiner, par la force,
la carte géopolitique du
Proche-Orient : la guerre
au Liban. L'affaire avait
mal tourné. Son auteur :
Ariel Sharon fut obligé
de démissionner de son
poste de ministre de la Défense.
L'opposition de gauche en
Israël avait tiré de ce
fiasco des conclusions éthiques.
Dès 1983, Yitzhak Rabin
écrivait que, pour "le
Parti travailliste,
l'utilisation de la force
pour réaliser des
objectifs politiques
fondamentaux est illusoire
et dénuée de droit
moral. Il est impossible
de parvenir par la force
à une solution définitive
du conflit israélo-arabe".
Il rejetait ainsi la
doctrine du Likoud et, dix
ans plus tard, lançait le
processus de paix avec les
Palestiniens.
Dans
son combat contre ce
qu'elle considérait comme
une trahison des valeurs
essentielles du sionisme
et un danger existentiel
pour l'Etat juif, la
droite israélienne a reçu
le soutien de ses alliés
idéologiques aux
Etats-Unis. En 1996, sept
personnalités républicaines
proposaient à Benjamin
Netanyahou, alors chef du
gouvernement, "une
nouvelle stratégie pour
protéger Israël".
Il s'agissait notamment,
pour Israël, de "modeler
son environnement stratégique
en coopération avec la
Turquie et la Jordanie, en
affaiblissant la Syrie.
Cet effort peut être
concentré sur le
limogeage de Saddam
Hussein". Cela
sur la base du principe : "Alors
que les précédents
gouvernements israéliens
et de nombreux autres à
l'étranger pouvaient
mettre l'accent sur
"les territoires [palestiniens]
en échange de la
paix", ce qui a
placé Israël dans une
position de retrait
culturel, économique,
politique, diplomatique et
militaire le nouveau
gouvernement peut
promouvoir des valeurs et
des traditions
occidentales. Une telle
approche, qui sera bien
accueillie aux Etats-Unis,
serait : "la paix en
échange de la paix",
"la paix par la
force" et l'indépendance
: l'équilibre des
forces." La
plupart des signataires de
ce texte sont aujourd'hui,
à des niveaux divers,
membres de
l'administration Bush.
Vingt-deux ans après la
guerre au Liban, le
Premier ministre, Ariel
Sharon, va pouvoir vérifier,
sur une bien plus grande
échelle, si sa conception
de l'usage de la force
militaire peut aboutir au
grand chambardement géopolitique
qu'il n'a pas réussi à
imposer. Il pourrait,
aujourd'hui, donner des
conseils à George W.
Bush.
La
première phase de l'opération
au Liban s'était plutôt
bien passée. A Beyrouth,
les chrétiens assiégés
par les Syriens et les
hommes de Arafat avaient
accueilli dans la liesse
les militaires israéliens,
leur lançant du riz et
des bonbons. La scène, dûment
filmée par les équipes
de télévision, fut du
meilleur effet. L'opinion
publique israélienne était
convaincue de la justesse
de la guerre.
Note
pour les responsables en
communication de
l'administration Bush : prévoir
quelques tonnes de riz et
de bonbons afin que des
badauds irakiens puissent
les lancer sur les GI.
Les
choses se sont gâtées
plus tard, lors du siège
de Beyrouth Ouest. Pour déloger
Yasser Arafat et l'OLP, il
a fallu bombarder les
quartiers musulmans de la
ville. Là, les images
firent mauvais effet. Après
quelques semaines de tirs
d'artillerie et de raids aériens,
la presse internationale
ne parlait plus que du
martyre des populations
assiégées et, en Israël,
l'opposition s'était réveillée.
Les manifestations contre
la guerre se
multipliaient. L'agitation
avait gagné l'armée, et
surtout les réservistes
qui appréciaient de moins
en moins l'idée de
combattre pour une cause
qui, pensaient-ils, n'était
pas directement liée à
la défense de leur pays.
Note
au général Franks : éviter,
autant que possible,
d'assiéger Bagdad pendant
une longue durée.
Une
exposition de matériel
militaire saisi à l'OLP -
lance-roquettes de
Katiouchas, canons, armes
légères - et censé
menacer la Galilée
n'avait impressionné que
les convaincus. La
destruction de cet
armement était pourtant
le casus belli, la raison
officielle de l'opération
israélienne au Liban.
Note
à Donald Rumsfeld :
veiller à trouver, de
manière convaincante, des
armes de destruction
massive en Irak. Cela fera
taire les détracteurs de
la politique américaine.
Surtout,
le Proche-Orient est une région
où les différends se règlent
souvent en dehors des
tribunaux. En arabe, cela
s'appelle "Taar",
la vengeance. Des
vendettas parfois
centenaires opposent des
communautés diverses.
L'armée israélienne a
fini par jouer les
vigiles, protégeant les
chrétiens face aux druzes
dans la montagne du Chouf.
Difficile, dans ces
conditions, de compter sur
des alliés locaux. La
Commission d'enquête israélienne
sur les massacres de Sabra
et Chatila avait conclu
qu'Ariel Sharon aurait dû
se méfier, ne pas envoyer
les phalangistes libanais
dans les camps
palestiniens de Beyrouth.
Cela lui avait coûté son
portefeuille ministériel.
Note
pour les unités américaines
en Irak : ne pas faire
confiance aux diverses
milices kurde, chiite et
autres. De nombreux
Irakiens ont des comptes
à régler entre eux et
une catastrophe est vite
arrivée.
Et
puis, il y a l'Islam. Au
Liban, en juin 1982, les
imams chiites avaient
accueilli Tsahal à bras
ouverts. Les Israéliens
les débarrassaient de
leurs ennemis
palestiniens. Mais au fil
des mois, la situation
s'est considérablement détériorée.
Formés par des Pasdaran
iraniens dans la Békaa
libanaise, des commandos
chiites lancèrent des
attaques contre les Israéliens
qui réagirent d'une manière
classique avec couvre-feu,
perquisitions,
arrestations, fouilles
dans des mosquées. Résultat
: une guérilla contre
Tsahal devenue une armée
d'occupation. Ce furent
les premières
attaques-suicides contre
les soldats israéliens.
Note
à Condoleezza Rice et au
Conseil national de sécurité
: surveiller les
agissements des Iraniens
dans l'Est irakien. Note
au Pentagone : autant que
possible, les GI ne
doivent pas toucher aux
mosquées.
Israël
n'a pas su terminer sa
guerre au Liban, retirer
ses troupes avant qu'elles
ne s'enlisent dans le
bourbier libanais. Les
gouvernements israéliens
successifs n'ont pas suivi
les conseils de Clausewitz
: du point de vue stratégique,
la victoire n'existe pas.
Le résultat d'une guerre
s'évalue en fonction des
objectifs réalisés,
notamment si la guerre a
amélioré la situation de
celui qui l'a déclenchée.
Tsahal a gagné la
bataille de Beyrouth.
Yasser Arafat et l'OLP ont
été forcés de partir
pour Tunis. Mais les
tentatives israéliennes
visant à placer leurs
alliés phalangistes à la
tête du pouvoir libanais
ont échoué. De retrait
en retrait, les soldats
israéliens se sont
retrouvés eux-mêmes assiégés
dans une zone de sécurité
au Sud-Liban, le long de
la frontière israélienne
qu'ils ne quitteront qu'en
mai 2000. Conséquence
inattendue, la direction
palestinienne, ayant perdu
les bases militaires
qu'elle avait au Liban,
s'est tournée vers
l'option diplomatique dont
l'aboutissement fut
l'accord d'Oslo. Un résultat
aux antipodes des
objectifs d'Ariel Sharon
qui espérait sinon détruire,
du moins affaiblir
l'Organisation de libération
de la Palestine et réduire
au minimum son influence
en Cisjordanie et à Gaza.
Note
pour la Maison Blanche :
une fois la bataille de
Bagdad gagnée, prévoir
un plan de retrait rapide
au cas où les objectifs
politiques de la guerre
devaient se révéler irréalisables.
Se rappeler également la
conclusion de l'historien
militaire britannique
Liddel Hart : les
solutions acquises par la
force sont toujours
fragiles.
haut
Danse
avec les fous
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 21
mars 2003
Deux
hommes, deux pays, deux armées…
Et l’immense majorité des
ahuris qui applaudissent ou
vocifèrent, c’est selon,
face au spectacle qui a
commencé. Car à n’en pas
douter, la kermesse de
George Dobelyou sera
incontestablement la plus
formidable vitrine de la
quincaillerie guerrière vidéo-informatico-techno-web
que la planète ait connue.
Merci d’avance aux
Irakiens pour leur
figuration gratuite. Le
demeuré texan, pris pour
une fois en flagrant délit
d’intelligence, et ses
deux camarades en
"fauconnerie",
Rumsteck et Condoléance,
viennent d’enregistrer une
première dans les annales
militaires : attaquer Saddam
Hussein, après l’avoir
forcé à détruire ses
missiles devant les caméras.
Chapeau ! Le Sharongnard de
Jérusalem doit en avaler sa
kippa de jalousie. Si encore
le Doublevé se contentait
du Papa chimique… Mais
tiens, fume ! Il veut en
plus se payer ses deux
gamins. Pédophile, va !
Et les niaiseux de geindre
sur la béchamel pourrie qui
s’est emparée de l’Europe,
de l’Otan, du
"Machin" onusien
et du "Truc"
arabe. Pardi, encore faut-il
que le Saladin qu’on nous
propose de défendre soit fréquentable. A
entendre les slogans chantés
à sa gloire par les
journalistes irakiens, qui
depuis 25 ans ont délaissé
la plume pour le plumeau, le
Nabuchodonosor bronzé
serait un modèle
d’humanisme et de finesse.
Ce ne sont pas les chiites
massacrés, les kurdes gazés
et les opposants fusillés
qui démentiront. Deux
hommes, deux pays, deux armées…
Et par la même occasion
deux fous, qui commencent à
nous faire danser sous les
orgues de Staline, un autre
fou jadis complètement
faucille et marteau. Le tout
au milieu de la trouille qui
gagne les dictateurs arabes
et princes sans rire du
Golfe. En Suisse
aujourd’hui, il y a des
banques qui tremblent…
haut
Israël,
l'enjeu véritable
par GUY SORMAN, publié
dans le Figaro le 18 mars
2003
L'auteur
est essayiste. Dernier
ouvrage paru : Les
Enfants de Rifaa, musulmans
et modernes (Fayard)
Qui Saddam Hussein
menace-t-il vraiment ? A
cette question
essentielle, nul ne répond
ni dans le camp de la
guerre ni dans celui de la
paix. Nul cependant, y
compris parmi les
partisans des inspections
ou de l'apaisement, ne met
en doute le stockage de
ses mystérieuses armes de
destruction massive ;
Jacques Chirac a confirmé
leur existence et la nécessité
de s'en débarrasser. Mais
si ces armes existent,
aussi irrationnel soit
Saddam Hussein, on
supposera qu'elles visent
un ennemi. Lequel ? Les
Irakiens eux-mêmes ?
Depuis vingt-cinq ans, ils
ont été et ils restent
les principales victimes
du régime ; mais le
despote n'a jamais eu
besoin d'armes avancées
pour les torturer, les
gazer, les emprisonner.
Saddam Hussein
envisagerait-il alors
d'attaquer ses voisins immédiats
? Il a déjà tenté
d'agrandir son territoire
en annexant le Koweït et
une partie de l'Iran ;
dans les deux cas il a été
repoussé. D'expérience,
il sait que ses ambitions
locales seront toujours
contrées par l'ONU et le
monde arabe. L'énigme s'épaissit
: qui donc ces fusées à
moyenne portée
visent-elles ?
La réponse qui semble
inexprimable par les
Occidentaux figure en
clair sur les cartes de la
région et dans les
discours irakiens que l'on
feint de ne pas entendre :
Israël seul, est à portée
de fusée. Les appels à détruire
Israël sont si récurrents
dans les discours de
Saddam Hussein et de ses
prédicateurs d'Etat que
l'on n'y prête plus guère
d'attention. "Il faut
détruire Israël"
dans la rhétorique de
Saddam est aussi
obsessionnel que le "delenda
est Carthago" pour
le Sénat romain. A
destination des foules
arabes, le message est
simplifié par la représentation
de Saddam en Saladin.
Saladin qui fut Kurde, libéra
le royaume de Jérusalem
des Francs et le rendit au
monde arabe. Quand on se
demande en quelle
apocalypse finale pourrait
s'achever le règne de
Saddam, il n'est pas
impensable de l'imaginer
en un Saladin suicidaire dès
l'instant ou lui-même ne
cesse de s'y référer ;
l'attentat du 11 septembre
contre New York a pu lui
donner quelques idées fraîches
sur l'efficacité radicale
d'une frappe unique. Ce
que les gouvernements
occidentaux savent
pertinemment ; mais
faut-il le dire ou le
taire ?
Ces gouvernements ont
jusqu'à présent choisi
de se taire, du moins en
public ; en privé, notre
ministre actuel des
Affaires étrangères et
certains qui occupèrent
cette fonction avant lui,
laissent entendre qu'Israël
est l'enjeu véritable du
conflit avec l'Irak. A
partir de cette analyse -
de bon sens -
largement partagée dans
la diplomatie, les
conclusions peuvent différer
: les inspections ou
l'intervention. Mais pour
les uns comme pour les
autres, le noeud de la
crise est évidemment à Jérusalem
plus qu'à Bagdad ; le président
américain l'a
implicitement admis en
annonçant la
reconnaissance d'un Etat
palestinien dans la foulée
d'un désarmement de
l'Irak. Les dirigeants
français préféraient
qu'un plan de paix soit
imposé aux Israéliens et
Palestiniens avant une
guerre contre l'Irak plutôt
qu'après. Français et Américains
diffèrent sur la méthode
plus que sur l'analyse ce
qui permet de ramener leur
divorce actuel à de plus
justes proportions. Les
deux gouvernements savent
l'un et l'autre que la
paix doit être imposée,
parce qu'elle ne saurait
à court terme, être négociée
entre deux ennemis irréductibles.
Là encore, faut-il le
dire ? Convient-il de perpétuer
le conformisme actuel qui
laisse croire que Saddam
est menaçant mais ne
menace personne en
particulier et que des négociations
entre Israéliens et
Palestiniens - dites
processus de paix -
conduiront à la paix
alors qu'en vérité,
Saddam menace l'existence
même d'Israël et que les
Arabes n'accepteront
jamais qu'une paix
contrainte par les Américains
et garanties par eux.
Comment expliquer cette
diplomatie du secret,
voire la justifier ?
Israël n'étant pas tout
à fait un Etat comme les
autres et les Juifs pas
encore un peuple banalisé,
ni les Occidentaux ni les
Arabes n'ont arrêté la
juste manière de s'en
accommoder. Du côté américain,
George Bush se trouve dans
une situation comparable
à celle de Franklin
Roosevelt soupçonné par
les isolationnistes, les
pacifistes et les antisémites
de son temps, de mener une
guerre juive ; on sait que
celui-ci refusa de mener
des opérations spécifiques
de libération des camps
de concentration pour ne
pas renforcer ce soupçon.
Pareillement, Bush est
accusé par des «pacifistes»,
aux Etats-Unis, en France
et bien entendu dans le
monde arabe, d'être le
jouet des «sionistes».
S'il ne l'est pas, il est
indubitable que la survie
d'Israël est centrale –
plus que la lutte contre
le terrorisme dans son
combat contre Saddam.
Cette survie d'Israël qui
ne peut être garantie que
de l'extérieur est également
essentielle pour la
diplomatie française ;
mais, chez nous aussi,
elle est gérée par un
silence de rigueur, de
manière, suppose-t-on, à
ne pas choquer nos amis
arabes.
Si l'on osait comparer
cette situation tragique
avec la comédie de
Labiche intitulée Faut-il
le dire ? et où il
n'est question que de
maris trompés, on doutera
de l'efficacité de cette
hypocrisie diplomatique généralisée
: taire les problèmes
n'en accélère pas la
solution. Le non-dit
encourage plutôt les
postures avantageuses, en
apparence sans risque, de
type pacifiste en
Occident, belliciste dans
le monde arabe et en Israël.
Une alternative qui jusqu'à
présent n'a jamais été
tentée, exigerait de
reconnaître que les
Arabes n'accepteront
l'existence de l'Etat
d'Israël qu'à la suite
d'une solution
internationale imposée
sur le terrain - par
exemple, par la présence
de troupes de l'Otan ; et
qu'à ce prix aussi, les
Israéliens
s'accommoderont d'un Etat
palestinien. Alors
seulement, la menace que
représente Saddam et
demain des émules de
Saddam disparaîtrait car
elle perdrait sa véritable
raison d'être. Cette
solution militaire par le
stationnement de troupes
au Proche-Orient ne
signifierait pas la paix,
mais elle pourrait y
conduire. La paix véritable
prendra du temps ; elle
supposerait que le monde
arabe se développe afin
qu'il cesse de reporter
ses frustrations sur Israël.
Ce sera long mais une
occupation de l'Irak
serait longue aussi ;
quitte à poster des
troupes dans la région,
mieux vaudrait les placer
au bon endroit, c'est-à-dire
entre Israël et les
Arabes.
haut
par
MUSTAPHA ADIB, publié dans
l'Orient-le Jour le 30
mars 2003
L'auteur
est professeur
à l’Ecole militaire et à
l’Université libanaise
A mesure
que les bruits de bottes
se font de plus en plus
insistants dans le Golfe,
l’ensemble des médias
nous ressert à l’envi
l’idée que
l’offensive américaine
a pour but d’établir
dans toute la région une
"Pax Americana".
Or, ce terme de conception
récente, et que l’on
trouve partout, ne reflète
en rien la réalité de la
situation géostratégique
actuelle. Est-il
raisonnable, en effet, de
parler de "Pax
Americana" dans les
zones où les Etats-Unis
ont imposé leur
"ordre" ?
Peut-on parler de paix en
Afghanistan, alors que les
chefs de guerre
traditionnels, désormais
libérés de toute
contrainte par l’armée
d’occupation, rançonnent
de plus belle des
populations locales sans
aucun recours, tandis que
cette armée maintient,
dans la capitale, un calme
factice ? Peut-on parler
de paix en Somalie, où
l’on continue à se
battre en sourdine, tandis
que la faim et la maladie
font des ravages ? Peut-on
parler de paix dans les
territoires occupés, où
l’Oncle Sam, empêchant
le plus petit changement,
chaque jour amène auprès
de populations privées
d’espoir son lot de
violences et de misère ?
La paix existe-t-elle plus
dans les monarchies pétrolières
du Golfe, maintenues en
place par Washington, et où
la moindre velléité de
liberté individuelle est
aussitôt réprimée ? Et
peut-on appeler paix un
système économique où
les plus pauvres meurent
par millions, faute de médicaments
efficaces dont les brevets
sont jalousement gardés
par des multinationales
pharmaceutiques et où, en
Asie, des enfants
travaillent jusqu’à
quatorze heures par jour
pour que d’autres
enfants, obèses de s’être
gavés jusqu’à la
maladie, portent des
tenues à la dernière
mode ?
On a plutôt
l’impression d’une
gigantesque marmite -
car, à la mondialisation
de l’économie répond
la mondialisation des idées
-, où bouilliraient, pêle-mêle
et dans l’anarchie la
plus absolue, frustrations
religieuses, aspirat | | | | | | |