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PRESSE  RJLIBAN  N°91 - sélection de février 2003 (3)  

                                       

TITRES
Indispensable ONU

 

par KJELL MAGNE BONDEVIK, premier ministre norvégien, publié dans le Monde du 13 février 2003

Traduit du norvégien par Torunn Amiel

Ebranlé par d'innombrables conflits, par des souffrances indicibles et des crimes inimaginables, le XXe siècle a peut-être été le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité. A maintes reprises, un groupe ou une nation a usé d'une extrême violence à l'encontre d'un autre groupe ou d'une autre nation, souvent par méfiance ou haine irrationnelles, par arrogance et soif de pouvoir et de richesse. Face à ces drames, les dirigeants des pays du monde ont décidé de rassembler les nations dans une organisation, l'ONU, dont le but principal est le maintien de la paix. Aujourd'hui plus que jamais, nous devons avoir foi dans le mandat de l'ONU et dans la capacité de cette organisation à promouvoir la justice et la paix et à renforcer la coopération entre les peuples. Sur les ruines de la Société des nations, des dirigeants visionnaires ont réussi à bâtir un édifice plus solide, l'Organisation des Nations unies. Les Etats membres ont adopté la Charte de l'ONU, une véritable Constitution pour la communauté internationale, par laquelle ils ont investi le Conseil de sécurité d'une autorité supranationale sur les questions relatives à la paix et à la sécurité internationales.
La Norvège a joué un rôle actif dans la rédaction de cette Charte et a fourni le premier secrétaire général de l'Organisation. La Norvège est et demeure une nation de paix, déterminée à soutenir pleinement les Nations unies. Prendre à la légère l'ONU, son autorité morale et ses règles du jeu internationales, c'est trahir les efforts en faveur de la paix. Dans le débat actuel sur l'Irak, beaucoup, même en Norvège, ne prennent pas suffisamment au sérieux notre devoir de consolider l'ONU et de sauvegarder sa Charte. Nous devons être reconnaissants envers les dirigeants qui, en 1945, ont chargé le Conseil de sécurité d'identifier les menaces pour la paix et de décider des mesures que doit prendre la communauté internationale pour y faire face. Le Comité Nobel norvégien a décerné à treize reprises le prix Nobel de la paix à des personnalités ou des organisations liées à l'ONU, et, il y a un peu plus d'un an, il a attribué cette récompense à l'ONU et à son secrétaire général, Kofi Annan. Cette distinction témoigne de la haute estime dont jouit l'ONU en tant qu'organisation de paix.
La situation actuelle est difficile pour la communauté internationale comme pour les nations et les individus. Nous sommes tous inquiets devant le danger de guerre que représente le conflit irakien. En matière de politique internationale, il me paraît fondamental d'avoir recours à l'ONU pour résoudre les conflits internationaux ou régionaux. Le Conseil de sécurité a adopté plusieurs résolutions dans le cadre du conflit irakien, la dernière en date étant la résolution 1441. Celle-ci a été acceptée par l'Irak. Les Etats-Unis se sont longtemps demandé s'ils allaient coopérer avec l'ONU ou agir seuls. L'annonce du président Bush devant l'Assemblée générale des Nations unies à l'automne dernier que son pays allait coopérer avec l'ONU et le Conseil de sécurité a donc en général été accueillie avec soulagement. Dans des crises aussi graves, la solution doit être recherchée non par les pays pris individuellement mais par la communauté internationale, via l'ONU. Nous mettons donc en garde les Etats-Unis contre une intervention qui ne serait pas appuyée par une nouvelle décision du Conseil de sécurité.
La Norvège fait partie des pays qui auprès des Etats-Unis ont souligné l'importance de garder le dossier irakien au sein de l'ONU. Tous les gouvernements devraient maintenant se garder de tirer des conclusions avant que les rapports des inspecteurs en désarmement soient sur la table. Si l'on exclut à présent les plus sérieuses conséquences, cela revient en fait à ne pas tenir compte de la résolution 1441, et cela laisserait supposer que d'autres pays, comme les Etats-Unis, seraient aussi légitimés en tirant prématurément des conclusions. Non seulement cela renforcerait le risque de guerre, mais cela aurait pour résultat de relâcher la pression sur Saddam Hussein, qui serait alors à même de développer, voire même d'utiliser, des armes de destruction massive. Je souhaite que l'Irak coopère, afin que le Conseil de sécurité puisse résoudre ce conflit par des moyens pacifiques. J'ai beaucoup évoqué dans cette affaire la "voie de l'ONU". Elle est claire. Elle s'inscrit dans le cadre des valeurs fondamentales du droit international et des idéaux de l'ONU, auxquels nous adhérons pleinement. Nous entendons suivre cette voie, dans l'espoir d'un dénouement pacifique du conflit irakien sur la base de la résolution 1441.
L'ONU ne sera que ce que les divers gouvernements du monde voudront bien en faire. En tant que premier ministre d'une société fondée sur des traditions chrétiennes et humanistes, je souhaite préserver l'ONU et son rôle en faveur du maintien de la paix. Une paix fragilisée par ces Etats qui sapent les libertés publiques et violent les droits individuels des citoyens, représentant une menace non seulement pour leurs propres populations, mais aussi pour leurs voisins - et même pour le monde entier. L'ONU est un outil international dont le monde a cruellement besoin. En ces temps difficiles, il est important que des voix se fassent entendre en faveur d'une approche multilatérale, avec l'espoir que la "raison internationale" l'emporte - au service de la paix !    haut
 
Afrique - Prisme désinformateur

Comprendre ce continent, c'est passer outre les discours schématiques

 

par CHRISTOPHE COURTIN, publié dans Libération le 6 février 2003
L'auteur a travaillé en Afrique de 1995 à 2002 et notamment en Côte-d'Ivoire pour Terres des hommes Lausanne et l'Association française des volontaires du progrès. Il est actuellement directeur des projets/programmes au CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement)

A interpréter rapidement et à lire en diagonale les informations grand public sur les événements récents de Côte-d'Ivoire, ce seraient des côtiers xénophobes qui se battraient contre des sahéliens tolérants, des sudistes cultivateurs contre des nordistes éleveurs ou des musulmans contre des chrétiens. Il n'aura fallu qu'un mois après le déclenchement de la rébellion pour que le spectre du génocide rwandais s'étale à la première page d'un grand quotidien. Décidément on n'échappe pas à cette vision de l'Afrique contemporaine qui ne peut être comprise qu'au travers du prisme de l'ethnie ou de la religion. Comment en est-on arrivé là ? L'histoire de l'Europe, plus particulièrement celle de la France et l'histoire de l'Afrique sont liées. Ce n'est pas la peine de faire un dessin, pensons à la traite négrière, à la colonisation et aux pratiques issues de la décolonisation pendant la guerre froide. Nos représentations collectives du réel sont largement le fruit de notre histoire. De cette histoire commune entre nos deux continents, nous pouvons schématiquement repérer deux types de discours dominants sur l'Afrique et les Africains. Pour les uns le continent africain reste en friche, il faut le mettre en valeur et l'éduquer, pour ne pas dire l'exploiter et le civiliser. Pour les autres, nous sommes en bonne partie responsables des maux actuels de l'Afrique.
Sur ces tendances lourdes qui structurent toujours nos analyses s'ajoutent deux spécificités françaises : son histoire des sciences sociales et son histoire coloniale. La première est marquée par l'ethnologie universitaire qui, jusque dans les années 60, a découvert en Afrique un vaste réservoir de traditions et de cultures exotiques qu'il fallait recenser et étudier. L'Africain devenait alors un objet d'étude savante, le membre inséparable d'une communauté qui déterminait ses comportements, avant d'être un sujet, un individu doté de raison autonome. Cette vision ethnologique continue d'être le prisme au travers duquel beaucoup de commentaires qui se veulent experts trouvent leur source d'inspiration. On y échappe difficilement. La seconde spécificité française est liée aux caractéristiques psychologiques, pourrait-on dire, des colonisateurs qui étaient des militaires, des commerçants, des administrateurs, des religieux, mais aussi pour beaucoup d'entre eux des aventuriers qui trouvaient en Afrique une réponse à leur marginalité. Certes, la plupart étaient mus par le goût de l'argent et de la conquête, mais beaucoup croyaient en leur mission et étaient mus par une sorte de quête personnelle d'engagement. Ces derniers partaient alors plus facilement dans les grands espaces sahéliens et les déserts, laissant aux brutes coloniales la côte atlantique et les comptoirs fluviaux. Les oeuvres littéraires de ces écrivains missionnaires, soldats, savants, alimentent encore, mais de plus en plus marginalement, l'imaginaire de la jeunesse.
En définitive, nos systèmes de représentation sur les Africains fonctionnent sur quatre modes : le dominateur, disons raciste, le culpabilisant caritatif, l'idéaliste tiers-mondiste et le culturaliste relativiste. L'Africain est tour à tour, en fonction de l'actualité : un sauvage sanguinaire, un vieux sage qui, sous son arbre, attend que sa bibliothèque brûle, un musicien qui a le rythme dans le sang, une brave femme pleine de bonne volonté qui ne demande qu'à apprendre, une victime apeurée, une fille excisée, un sidéen décharné, un fier pasteur, un despote ou un héros révolutionnaire. On pourrait compléter cette liste de clichés par celui de la lascivité voluptueuse de l'Africaine et celui de la virilité flamboyante de l'Africain, clichés déjà relevés par Frantz Fanon qu'il considérait du même tonneau que ceux liés à la cupidité du juif. Tout cela a pour résultat une sorte d'essence de l'Africain dont le comportement est collectif avant d'être individuel, communautaire avant d'être personnel, ethnique avant d'être citoyen. Le plus consternant est que ces figures de rhétorique essentialistes sont de plus en plus intégrées et cautionnées par les élites africaines elles-mêmes. L'ivoirité ou les cancrelats de la radio Mille Collines au Rwanda relèvent de cette instrumentalisation des représentations collectives par trop de pouvoirs africains. En rajoutant une petite couche à ce constat désabusé, on peut légitimement se demander si l'approche caritative des ONG qui a prévalu jusqu'à peu en Afrique, est le résultat ou une des causes du chaos africain, sans oublier l'aveuglement des bataillons d'experts des institutions internationales qui ont construit des années durant, comme dans un vaste bac à sable, tous les châteaux de sable du développement.
Tout se passe comme si on s'interdisait, à propos de l'Afrique, le recours aux outils d'analyse politique que l'on utilise ailleurs. Il est évident, pour en revenir à la Côte-d'Ivoire, que le clivage communautaire existe et qu'il passe au même endroit que les clivages économique, religieux, écologique, politique et agricole selon une ligne de fracture est-ouest qui divise le pays en deux entités. Mais comment gérerions-nous en France le fait qu'un gouvernement constitutionnel et légalement élu soit obligé de composer avec des mutins armés à l'étranger, le fait que les services régaliens de l'Etat (police, armée, justice, impôts) privatisent et informalisent quotidiennement le service public pour leur propre compte ? Vivrions-nous bien que les divisions politiques internes d'une puissance étrangère se calquent sur nos propres partis politiques, qu'un ancien Premier ministre soit interdit de participation au scrutin présidentiel ? Pourrions-nous accepter, sans crise majeure, une situation où 30 % de la population active est étrangère ? Comprendrions-nous sans débat qu'un ministre des Finances affiché socialiste soit un économiste universitaire ultralibéral ? Non, probablement, les Ivoiriens et les Africains pas plus. Il ne s'agit pas de justifier les horreurs commises mais de se dire que les causes du mal dont souffre la Côte-d'Ivoire sont à analyser politiquement avec toute la profondeur historique nécessaire.    haut
 
Du haut de ces ziggourats...
 
par ODON VALLET, publié dans le Monde du 18 février 2003
L'auteur enseigne aux universités Paris I et Paris VII
"Vers l'Orient compliqué, je volais avec des idées simples", écrivait le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre. L'actuel projet américain de guerre en Irak ne tient pas compte de la complexité de ce pays, qui est une tour de Babel de langues, de peuples et d'Eglises : la guerre risque d'agir comme une bombe à fragmentation entre des groupes ennemis et d'aggraver d'antiques fractures entre des régions rivales. L'Irak est sur la ligne de démarcation de deux grands espaces linguistiques : l'indo-européen, auquel se rattache le kurde ; le sémitique, auquel appartiennent l'arabe et l'araméen (la langue de Jésus) des minorités chrétiennes. Cette barrière des langues est devenue frontière religieuse dès l'Antiquité, quand les Babyloniens sémites et polythéistes se sont opposés aux Persans indo-européens et zoroastriens, puis lorsque l'Iran chiite s'est séparé du monde arabe sunnite. Car le schisme essentiel de l'islam s'est produit au cœur de l'Irak, lors des batailles du Chameau (656), de Nahrawan (658) et de Karbala (680). Sur les rives du Tigre et de l'Euphrate, les partisans du calife et ceux d'Ali ont versé leur sang pour engendrer le sunnisme et le chiisme. Les Lieux saints du chiisme se trouvent d'ailleurs en Irak (à Nadjaf et à Karbala) et non en Iran. Toute guerre en ces villes saintes ne ferait qu'exacerber la colère des chiites d'Iran, d'Afghanistan ou du Pakistan.
Les schismes du christianisme ont trouvé dans le nord de l'Irak un refuge menacé : chaque rue de Mossoul (ville durement éprouvée par la guerre du Golfe) abrite une communauté chrétienne. Il y a les Assyriens nestoriens (dissidents du concile d'Ephèse), pour lesquels Marie est mère de Jésus et non de Dieu ; les jacobites monophysites (dissidents du concile de Chalcédoine), pour lesquels Jésus est vraiment Dieu mais pas totalement homme ; les chaldéens (nestoriens unis à Rome), les byzantins (orthodoxes), les Arméniens, les protestants évangélisés par des pasteurs américains, etc. Beaucoup de ces chrétiens avaient placé des espoirs déçus dans la protection des puissances occidentales face à la répression de l'Empire ottoman. En 1920, le traité de Sèvres avait promis aux Assyro-Chaldéens des garanties dans le cadre d'un Kurdistan autonome qui ne vit jamais le jour, et en 1933 des milliers de ces chrétiens furent massacrés par les troupes irakiennes. Aujourd'hui, ils peinent à concilier leur identité chrétienne avec leur patriotisme arabe, et nombre d'entre eux prennent le chemin de l'exil. Leurs femmes arborent des robes de couleurs vives et ne portent pas le voile dans ce pays qui le rendit obligatoire mille sept cents ans avant Mahomet (lois attribuées au roi assyrien Téglat-Phalazar Ier, tablette A 40). Mais une nouvelle guerre ne donnerait à beaucoup d'autre choix que la valise ou le cercueil.
Encore plus délicate est la position des yazidis, ces "adorateurs du diable" qui émigrent clandestinement en Europe car on n'admet pas la foi de ces Kurdes vénérant Malek Taous, le Roi-Paon, qui éteignit les flammes de l'enfer avec les larmes de son repentir. Et que dire des Mandéens de Bassorah, ville martyre tant de fois bombardée ? Ils voient dans Jean-Baptiste le vrai Messie et se baptisent tous les jours dans l'eau, alors que Saddam Hussein a asséché leur région de marais : ce sont des candidats à l'émigration en Amérique ou en Australie. La guerre bâtit des murs entre les gens et détruit les ponts entre les peuples. Le pays qui inventa les murailles (celles d'Uruk avaient dix kilomètres de long) n'a jamais eu de limites naturelles, et il créa les premières bornes (la stèle des Vautours, vers 2.500 av. J.-C.) pour marquer les frontières entre les cités. Aujourd'hui, celles-ci sont de purs artifices nés de la fin de l'Empire turc, et tout conflit en Irak s'étendrait au-dehors.
La patrie, légendaire ou historique, d'Abraham le Chaldéen a toujours exporté ses inventions et ses destructions. Au peuple de la Bible, elle légua ses mythes (comme celui du Déluge) et ses lois (la Torah doit beaucoup aux "codes" mésopotamiens), mais aussi ses guerres (la déportation du peuple juif à Babylone). Aujourd'hui, le fondamentalisme chrétien américain (proche du président Bush), curieusement allié au sionisme intransigeant, risque de raviver les antiques blessures. Résonne alors la terrible prophétie du psaume 136 : "Fille de Babylone, heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc." Et le negro spiritual n'est pas plus tendre : "Babylone tombe et c'est pour toujours." On préfère les accents de paix des prophètes Isaïe (2, 4) et Michée (4, 4) : "De leurs épées ils feront des charrues et de leurs lances des serpes. On ne brandira plus l'épée nation contre nation." Souhaitons donc que l'actuelle tension internationale ne soit qu'une guerre des nerfs semblable à celle qui opposa, voici cinq millénaires, les cités d'Uruk (la superpuissance de l'époque) et d'Aratta, sans jamais dégénérer en conflit ouvert grâce aux conseils de Nidaba, déesse de la sagesse. Et que le pays d'Eden, situé par la tradition entre Tigre et Euphrate, ne soit pas l'antique paradis transformé en enfer. Du haut des ziggourats, cinquante siècles nous contemplent. Laissons toutes ses chances à cette civilisation sans faire confiance à Saddam, qui se veut un Nabuchodonosor, ni à Bush, qui se prend pour un croisé.    haut
 
La nouvelle Rome et les nouveaux barbares
 
par GEORGES KHADIGE, publié dans l'Orient-le Jour le 17 février 2003
Jadis les Grecs appelaient barbares tous ceux qui n’étaient pas grecs y compris les Romains. Plus tard les Romains, devenus les maîtres du monde, appelèrent barbares tous ceux qui n’étaient pas romains, y compris sans doute les Grecs, qui ont été pourtant leurs civilisateurs. Plus près de nous, et dans un autre contexte, Montesquieu dans ses Lettres persanes se demandait comment peut-on être persan ? Hergé, dans la fameuxe série de bande dessinée, Tintin, ne manque pas de se moquer des Arabes sous couvert d’exotisme. Et voilà que les Etats-Unis d’Amérique, la nouvelle Rome, dont Tocqueville s’était permis de dire "qu’ils avaient passé de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation", considèrent aujourd’hui comme de nouveaux barbares, des terroristes et tous autres qualificatifs tous ceux qui ne sont pas américains, y compris sans doute les Européens, qui, comme les Français, les Allemands et les Belges, ne leur sont pas totalement inféodés comme l’Angleterre de Tony Blair.
Serait-ce là une constante de l’histoire ? Faut-il toujours que le peuple dominateur méprise les peuples dominés ? Peut-on oublier cette couverture d’une revue libanaise, qui paraissait sous le mandat et qui montrait un Sénégalais pointant son fusil sur un Libanais avec comme légende : "Moi civiliser vous" ? Peut-on oublier la fameuse phrase de Georges Vayssié, propriétaire du premier quotidien de langue française paraissant au Liban également sous le mandat et qui écrivait dans son journal : "les chiens aboient, la caravane passe" ? Qui sont donc ces chiens ? Qui sont ces barbares ? Qui sont ces terroristes ? Avant de coller aux peuples et aux personnes des "étiquettes" à cause de leur race, de leur religion, de la couleur de leur peau, de la forme de leurs yeux ou de la densité de leurs cheveux et que dire alors de leurs idées et de leurs convictions, il serait bon de se demander où est la Vérité ? avec un grand V, et qui peut prétendre être le détenteur de la Vérité? Il est aisé de parler de terrorisme, de qualifier les gens de terroristes, comme jadis de barbares. Mais qu’est-ce que le terrorisme ? Et combien de formes de terrorisme existe-il dans nos sociétés ? Détruire les deux tours de Manhattan est sûrement un acte terroriste abominable, inadmissible, révoltant. Mais l’embargo décrété contre un pays et tout un peuple, la mort d’enfants quotidiennement et par centaines et par milliers n’est-ce pas du terrorisme ?
Un vieux dicton arabe, plein de philosophie, disait que "l’assassinat d’un homme dans une forêt est un crime impardonnable, mais l’extermination d’un peuple paisible est une question défendable." Ne faut-il pas que le monde cesse de "peser" avec deux poids, deux mesures ? Que les puissants cessent de ne voir que d’un seul œil et un seul aspect des choses ? Que ce qui est défendu à l’un ne soit plus parfaitement permis à l’autre ? Les Etats-Unis, première puissance incontestable du monde, cette nouvelle Rome, cette nouvelle maîtresse de l’univers, ne devraient-ils pas se demander pourquoi ils ont de plus en plus de gens contre eux ? Pourquoi sont-ils de plus en plus haïs ? De l’Europe à l’Amérique, de l’Afrique à l’Asie, pourquoi de plus en plus de peuples descendent dans la rue pour manifester contre eux, pour brûler le drapeau américain et scander des slogans hostiles à l’Uncle Sam ? Pourtant, qui nierait les mérites des Etats-Unis d’Amérique tout au long de ce XXe siècle ? N’est-ce pas eux qui ont joué un rôle déterminant dans les deux Guerres mondiales et spécialement la seconde ? N’est-ce pas eux qui ont libéré l’Europe du nazisme et plus près de nous du communisme totalitaire ? N’est-ce pas eux qui ont marché les premiers sur la Lune ? Le peuple américain n’est-il pas un peuple bon, courageux, méritant et plein d’altruisme ?
Pourquoi continuer donc à donner au monde une autre idée de cette Amérique que tous pourtant ne demandent qu’à aimer ? Pourquoi cet acharnement sur l’Irak alors que des pays, dont Israël lui-même, mais aussi l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et tant d’autres possèdent des armes de destruction massive et même la bombe atomique, tellement plus dangereuse que les armes qu’on accuse l’Irak de détenir ? Pourquoi ce parti pris révoltant en faveur d’Israël, qui se rend coupable chaque jour d’un véritable génocide contre les Palestiniens, pire que tous ceux dont l’histoire a conservé le souvenir et que les hommes ne cessent de stigmatiser ? Le pétrole et les richesses de l’Irak et par voie de conséquence des Arabes seraient-ils des motifs suffisants pour inventer les prétextes à une intervention militaire qui ne convainc personne et contre laquelle le monde dans son ensemble s’insurge ?
Va-t-on obliger tous les hommes de bonne volonté à s’écrier comme Cicéron fustigeant Catilina dans ses fameuses Catilinaires : "O quo usque tandem catilina abutere patientiam nostram" ? Jusqu’à quand Catilina abuseras-tu de notre patience ? et de se demander jusqu’à quand les Etats-Unis continueront-ils à faire la sourde oreille aux cris des gens et à abuser de leur patience ? Rome est-elle jamais tombée dans ces excès ? Néron a brûlé Rome, mais n’a pas brûlé l’Italie ni le monde. Caligula a été fou, mais n’a pas conduit Rome à provoquer des catastrophes. Il est temps que la nouvelle Rome, sur qui tout le monde civilisé bâtit ses espoirs, se réveille, cesse d’étiqueter les gens au gré de ses intérêts et se comporte vraiment en leader incontesté d’un monde qui ne demande qu’à l’admirer, à la suivre et à clamer, pourquoi pas : "In God we trust and also in United States of America." Mais pour cela, il faut croire en l’homme et en sa valeur infinie et cesser de vouloir jouer aux apprentis sorciers en pensant que la politique n’est pas l’art d’organiser la cité, mais celui d’intriguer en permanence pour rester les maîtres du monde. Le jour où les Etats-Unis réaliseront tout cela et l’admettront, ce jour-là nous leur dirons de tout cœur : chapeau bas !...    haut
 
Le dilemme des intellectuels syriens
 
par MOUNA NAIM, publié dans le Monde du 15 février 2003
La dictature de Saddam Hussein leur répugne, mais ils ne peuvent adhérer à l'"impérialisme" américain. Déchirés, ils témoignent du malaise des élites arabes. En 1959, à califourchon sur un âne, un certain Saddam Hussein, fuyant les sbires du calife d'alors à Bagdad, trouvait refuge en Syrie. L'histoire pourrait-elle se répéter en 2003 ? Peu probable. Gouvernée d'une main de fer par une fraction rivale du même parti unique qu'à Bagdad, le Baas, la Syrie de Bachar El Assad n'est plus aussi fermée qu'il y a seulement trois ans, sous le règne de feu le père de l'actuel président, Hafez El Assad. L'ancien "cœur battant" du monde arabe change doucement. A Damas, aujourd'hui, on trouve toujours les antennes du Hamas et des autres factions palestiniennes opposées à Yasser Arafat et son OLP - ce qui vaut au pays de figurer chaque année sur la liste américaine des régimes "soutenant le terrorisme". Mais on y rencontre aussi des dizaines de milliers de réfugiés irakiens, dont pas mal d'opposants déclarés au dictateur moustachu. Sur l'insistance de Jacques Chirac et de Washington, avec qui les relations se sont paradoxalement améliorées depuis le 11 septembre 2001 - Damas a "beaucoup aidé"dans la lutte contre le terrorisme islamiste, reconnaissent les Etats-Unis -, la Syrie a accepté de voter pour la résolution 1441, qui durcissait le régime d'inspections en Irak. "Il s'agissait de retarder la guerre", explique-t-on. Pour le reste, Damas demeure "fermement opposé à l'aventurisme américain" dans la région, comme le répètent ses médias contrôlés. Le régime serait-il pour une fois à l'unisson de ses intellectuels ? Les voici qui parlent au Monde. Sans concession.
Antoine Maqdessi a gardé les manières courtoises de sa génération. Malgré son grand âge, il tient à faire les honneurs de sa maison au visiteur. Dans la bibliothèque du modeste appartement de cette petite rue bourgeoise à Damas s'alignent les ouvrages de philosophie, de politique et de littérature. Pour tout le monde en Syrie, cet homme est un monument : "le doyen des intellectuels". A près de 90 ans, Antoine Maqdessi est une référence quasi obligée vers laquelle vous renvoient les hommes de lettres et d'esprit. Il continue de suivre les affaires du monde comme le plus à jour des jeunes intellectuels. Rien ou presque ne lui échappe de ce qui se dit et s'écrit à propos de son pays. Il a été pendant une trentaine d'années responsable du département de la traduction au ministère de la culture, et c'est à lui, disent les plus jeunes, que l'on doit la traduction d'œuvres de très grande qualité. L'ancien prof de philo, critique à ses heures, n'est pas seulement un homme de culture et un esprit universel, c'est aussi un amoureux des arts. Parfaitement francophone, ami de Paul Ricœur, il confie avec gourmandise que grâce à ses relations dans les milieux culturels il reçoit et lit de nombreuses publications françaises. Chaque fois que son fils se rend à Beyrouth, il lui demande de rapporter tel ou tel ouvrage récemment paru et dont il a eu vent au fil de ses lectures. Contemporain des dirigeants historiques du Baas - dont il a été membre -, il tient cette formation politique dans la plus grande défiance et accuse l'armée d'avoir fait "main basse sur tout". C'est pourquoi il a quitté le parti dès 1954.
Ce vieux routier de la politique, dont l'histoire personnelle se confond pratiquement avec celle du XXe siècle, est sans illusion aucune : la situation actuelle du monde arabe ? "Désastreuse", dit-il, et en Syrie comme ailleurs "la société, l'être humain, l'éducation et, consécutivement, la pensée ont été réduits à néant" par des régimes autoritaires ; la "citoyenneté" n'a pas de sens, les gens n'étant considérés que comme des "paroissiens" sommés d'approuver ce que d'autres au pouvoir décident pour eux à l'avance. "J'ai renoncé à l'enseignement de la philosophie grecque, dit-il, parce qu'enseigner la philosophie devenait une tâche impossible. Le niveau culturel des étudiants a touché un plancher effrayant (...). En Syrie, on est obnubilé par "l'orientation". Le monde entier change, et ici on tient le même discours que dans les années 1960." A propos de l'Irak, et d'une possible intervention militaire américaine, il redoute le pire, et d'abord l'éclatement de l'ancienne Mésopotamie "autrefois unie, mais où le pouvoir militaire a réveillé les nationalismes" et les communautarismes. Il craint aussi une "accentuation de la poigne de fer des militaires en Syrie, alors que nous nous employons à la desserrer un tant soit peu", dit-il. Il appréhende surtout "l'émergence chaotique de factions brimées, qui entraînerait une ingérence de plus en plus grande de l'armée, y compris au Liban", sous tutelle syrienne depuis le milieu des années 1970. Quant aux Etats-Unis, ils ne peuvent, à ses yeux, ni constituer un modèle de société ni en apporter un, parce que, dit-il, "c'est un pays sans culture, à la différence de la France".
Plus que dans tout autre pays arabe, on aurait pu s'attendre ici au discours monolithique traditionnel sur l'Irak : dénonciation de "l'agression" américaine contre un pays arabe et solidarité obligée avec "le peuple irakien" contre "l'impérialisme". La réalité est nettement plus nuancée. S'il est vrai que la politique des Etats-Unis au Proche-Orient, de la Palestine à l'Irak, ne provoque qu'indignation dans le pays, l'affaire irakienne porte de nombreux intellectuels à s'interroger sur le sort non pas des régimes, mais des peuples arabes qui sont écrasés depuis des lustres par des pouvoirs dictatoriaux soutenus par diverses administrations américaines -dont aucune ne s'est jamais inquiétée outre mesure des droits et des libertés publiques. Bref, comme si l'affaire irakienne servait de catalyseur à la réflexion sur soi et sur l'état d'une région prise entre la poigne de fer plus ou moins forte de régimes détestés, dont l'Irak est l'exécrable caricature, et le cyclone américain, les intellectuels syriens n'attendent rien de bon de ce qui se prépare sur l'Irak. Cinéastes, universitaires, journalistes ou membres actifs de la société civile, autrefois militants nationalistes arabes, communistes, baasistes ou autres, pour la plupart revenus de tout sauf de la défense de l'individu et de ses libertés, ils n'hésitent plus à le dire dans un pays où, il y a bien peu de temps encore, quiconque exprimait à cœur ouvert une opinion différente de celle du gouvernement requérait quasi systématiquement l'anonymat. Aujourd'hui, quelques lucarnes de liberté se sont ouvertes - et ils veulent se faire entendre.
Dans un vieux café populaire du centre-ville de Damas - clientèle presque totalement masculine, évidemment - où les vieux tuent le temps et les jeunes refont le monde dans les roucoulements des narguilés, Oussama Mohamad tire sur sa pipe à eau. Des années que ce cinéaste quinquagénaire cherche à briser les tabous, à libérer la parole par l'image. Son second long métrage, Sacrifices - diffusé en janvier sur Arte -, vient de recevoir le visa de la censure. Comme le précédent, Etoiles du jour (dont la diffusion commerciale a été interdite), Sacrifices tourne de manière elliptique autour des us et coutumes de la communauté alaouite minoritaire - dont il est membre, comme le président syrien - et de la transmission des clefs du pouvoir.
Sur le ton dépité de celui qui en a vu d'autres, Oussama Mohammad avoue sa perplexité, dit qu'il lui est "difficile" de se faire une religion à propos de l'Irak : "C'est une question que moi-même et d'autres nous posons tous les jours, et le plus dur est de constater que l'on en est réduit au statut de simple spectateur. Les sociétés arabes ont été empêchées, depuis des décennies, de jouer le moindre rôle, d'avoir une quelconque efficacité, de peser du moindre poids, dit-il. Si le régime irakien, qui est le parangon de la répression et de la brutalité envers son peuple, devait se maintenir, ce serait une véritable catastrophe. Mais, de mon point de vue, les Etats-Unis se comportent de la même façon, à cette différence près que leur peuple est le monde, et qu'au nom de quelque chose qu'ils appellent leur intérêt supérieur ils veulent l'enfermer dans une amphore, jetant l'anathème sur tel ou tel autre Etat sans estimer devoir rendre de comptes à personne." En attendant, "le peuple irakien est doublement victime, de l'embargo - international - et de son propre régime". Ce choix qui n'en est pas un explique son malaise, cette "position opportuniste, le cul entre deux chaises", à se demander comment se dégager de l'alternative et "tenter d'être efficace". "Des choses vont bien sûr changer, mais je ne suis pas sûr que les Etats-Unis satisferont les aspirations du peuple irakien, notamment la plus sacrée d'entre elles, la liberté", prévoit-il.
Loin de ces états d'âme, Omar Amiralay, dont les téléspectateurs français ont pu voir plusieurs films sur Arte - Le Malheur des uns, Un parfum de paradis, Le Sarcophage de l'amour et Par un jour de violence ordinaire, entre autres -, refuse de participer au climat ambiant, à cet "océan de supputations et de pronostics auxquels tout le monde se livre, incapable de dire" de quoi demain sera fait. Ce qui l'intéresse avant tout, c'est la fin "de cette autocratie orientale absolue qui se perçoit comme d'origine quasi divine", et il lui paraît impossible, dans cette perspective, d'écarter "le facteur étranger", en l'occurrence les Etats-Unis et l'Occident, "qui a joué un rôle capital dans l'actuel état des choses" en apportant son appui à des régimes autoritaires honnis. On ne reprendra plus l'ancien militant gauchiste Omar Amiralay à s'enthousiasmer pour quelque idéologie ou projet politique global, forcément érigé "sur les ruines de l'individu et de l'humanité". Ce qui l'intéresse, c'est "que meurent les dieux pour que vivent les peuples", que "la société se dégage d'un héritage terrible qui a anéanti l'individu dans sa relation à soi et aux autres". Et, dans cette perspective, il n'est tout simplement "pas concerné par une guerre contre l'Irak", qui "n'entraînera que des changements de pure forme, bien éloignés de la tâche" qu'il s'est donnée "de réhabiliter l'individu et l'être humain", seule chose qui, à ses yeux, "donne un sens à la vie et permet de garder un soupçon d'espoir".
Ahmad Barqaoui, recteur de la faculté de philosophie de l'université de Damas, est sûr d'une chose : "En Syrie, l'hostilité aux Etats-Unis fait l'unanimité. Même la jeune génération très moderniste, qui essaie d'imiter le mode de vie américain, partage cette hostilité, comme si l'acceptation de la culture était une chose et le nationalisme autre chose." "Pour les gens, dit-il encore, les Etats-Unis sont responsables à la fois de la situation en Palestine, de la longévité des dictatures arabes, d'un sentiment d'humiliation, et aussi de la pauvreté dans la mesure où les capitalistes locaux sont considérés comme le prolongement de l'exploitation des richesses par les Etats-Unis." "Les démocrates arabes, notamment en Syrie, sont farouchement hostiles au régime irakien, et malgré cela ils appuient aujourd'hui l'Irak parce qu'ils sont convaincus que les Américains veulent une autre dictature à Bagdad (...). Croyez-moi, la jeune génération est meilleure que la nôtre", assure-t-il. Sous des apparences insouciantes, "elle est attachée aux principes. C'est une génération qui s'est ouverte à la politique par le biais des images télévisées concrètes et non par les discours, les slogans et les hymnes patriotiques".
Très peu pour moi, répond en substance Michel Kilo. Pour cet écrivain, fervent activiste du mouvement démocratique, les Etats-Unis sont les derniers à pouvoir se prétendre hérauts de la liberté et de la démocratie alors qu'à ce jour ils ont, selon lui, encouragé tout le contraire au Proche-Orient. Ils sont également les derniers à pouvoir s'arroger "le droit de décider des critères et des formes d'intervention" pour voler au secours du peuple irakien. Il existe, dit-il "d'autres moyens que les avions Phantom et les F-16" ou l'instrumentalisation d'une opposition irakienne déconsidérée pour parvenir à cette fin. Mais "oui à une forme d'intervention internationale" qui débarrasserait le peuple irakien d'un homme qui "a détruit l'Etat et la société", oui à des "normes démocratiques que l'ONU poserait et imposerait à tous les Etats sans exception et au recours à tous les instruments de l'ONU contre le régime".    haut
 
Ariel Sharon à la tête d'un gouvernement de combat
La nouvelle équipe, présentée hier, est sans doute la plus à droite de l'histoire israélienne
 
par PIERRE PRIER, publié dans le Figaro le 28 février 2003
Après un mois de tractations, Ariel Sharon a présenté hier à la Knesset le gouvernement sans doute le plus à droite de l'histoire d'Israël. La nouvelle formation devrait assurer au premier ministre une majorité de 68 sièges sur 120. Le Likoud, fort de ses 40 députés, s'octroie la part du lion avec 13 portefeuilles sur 23, en plus du premier ministre. Les travaillistes ayant refusé de former un nouveau gouvernement d'union nationale, Sharon a appelé les centristes laïques du Shinouï, le parti de l'ex-journaliste Tommy Lapid, ennemi juré des ultra-orthodoxes. Le Shinouï, nouveau venu dans la "cour des grands" avec 15 sièges, obtient deux ministères, dont celui de la Justice pour son leader, par ailleurs vice-premier ministre. Reste à savoir si le bouillant "bouffeur de rabbins" pourra mettre en pratique ses projets de laïcisation. Les ultra-orthodoxes ne siégeront pas au conseil, et cela suffit pour l'instant au bonheur de Tommy Lapid. Mais l'ennemi des "hommes en chapeaux noirs" n'a vu aucun inconvénient à siéger à côté du Parti national-religieux, représentant des colons militants, dont le leader Eifi Eitam se voit chargé de la Construction et du Logement, poste lui donnant un droit de regard sur l'agrandissement des colonies de Cisjordanie et Gaza.
L'ex-général au discours messianique a récemment fait part de ses idées pour la solution du conflit : il suffirait d'installer les Palestiniens dans le désert du Sinaï, en territoire égyptien. L'autre représentant de l'extrême droite, le nouveau ministre des Transports, Avigdor Lieberman, président de l'Union nationale - qui obtient en outre le tourisme - s'est pour sa part rendu célèbre en proposant un jour de bombarder Téhéran et le barrage égyptien d'Assouan. Plus sérieusement, ces deux partis ont écrit une lettre à Ariel Sharon pour rappeler leur opposition à la création d'un Etat palestinien, ce qui les met en porte à faux vis-à-vis du "programme de base" du nouveau gouvernement. Le programme fait référence au "discours d'Herzliya", prononcé par Ariel Sharon le 5 décembre dernier, qui mentionne l'établissement d'un Etat palestinien, assorti de nombreuses conditions. Les ministres les plus à droite ne se sont pas trop inquiets pour l'avenir proche. "La question d'un Etat palestinien n'est pas d'actualité, dit le ministre du Tourisme, Benny Elon (Union nationale). Aucune des conditions permettant sa création n'est réunie. D'ici là, on verra..."
C'est avec ce gouvernement hétéroclite qu'Ariel Sharon doit affronter les bouleversements qui s'annoncent, à moins justement que la situation d'urgence créée par une guerre en Irak ne facilite d'autres alliances. Autre victoire pour Ariel Sharon, il a réussi à garder à ses côtés son éternel rival au sein du Likoud, Benyamin Netanyahu, qui avait d'abord refusé de participer au gouvernement s'il ne conservait pas les affaires étrangères. Netanyahu a fini par accepter les finances, mais à l'issue d'une négociation par avocats interposés. Les pourparlers ont débouché sur un contrat signé entre les deux parties, ce qui donne une idée de la méfiance régnant entre l'ancien premier ministre de la fin des années 90 et l'actuel. Netanyahu craignait de tomber dans un piège en acceptant ce poste impopulaire. La situation catastrophique de l'économie l'obligera à pratiquer des coupes claires dans le budget. "Bibi" a obtenu des pouvoirs étendus et le contrôle des sociétés d'Etat promises à la privatisation, ce qui devrait lui laisser une marge de manoeuvre.    haut
 
Démographie - L'Europe face au défi du vieillissement
 
par STEPHANE KOVACS, publié dans le Figaro le 14 février 2003
Phénomène mondial, le vieillissement de la population est d'abord un mouvement européen. Selon un récent rapport du Conseil de l'Europe, le Vieux Continent est encore plus touché que d'autres régions du monde. "Aujourd'hui déjà, la proportion de personnes âgées (plus de 65 ans) dépasse la proportion de jeunes (moins de 15 ans) dans plusieurs pays, comme l'Allemagne, la Grèce, l'Italie, le Portugal et l'Espagne", souligne l'étude. C'est l'Italie qui compte la plus forte proportion de personnes âgées (18,2%), suivie par la Grèce et la Suède. D'après l'ONU, l'âge médian de la population des Quinze est aujourd'hui de 38,1 ans. Il sera en 2050 de 48,5 ans. "La faiblesse de la fécondité est peut-être le phénomène le plus caractéristique de la démographie européenne", indique le rapport. La fécondité est en dessous du seuil de renouvellement de la population (2,1 enfants par femme) dans pratiquement tous les pays d'Europe. L'indice de fertilité moyen de l'Union européenne n'est que de 1,47 ! En 2001, seule la Turquie s'est caractérisée par un indice supérieur au taux de remplacement (2,51). Il y a eu, l'an dernier, plus de décès que de naissances dans 43% des régions qui forment l'UE, affirme Eurostat. Selon les prévisions du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), l'Europe des 25 aura perdu, en 2050, 54 millions d'habitants, pour n'en compter que 397,5. Soit 72% de la population des dix nouveaux adhérents !
Toutes les grandes nations sont concernées, à l'exception de l'Irlande, de la France, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, qui gardent un taux de croissance démographique positif - mais seulement grâce à l'immigration. Tous les pays de l'élargissement, à l'exception de Chypre, Malte et la Slovaquie, enregistrent des taux négatifs. L'Europe centrale connaît, depuis la chute du communisme, un effondrement démographique qui va aggraver le problème du vieillissement de la population dans l'UE après l'élargissement. Les huit anciens pays communistes d'Europe centrale qui doivent adhérer en 2004 enregistraient pourtant, jusqu'à la fin des années 80, une natalité supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest. Ils disposent aujourd'hui d'une population active nombreuse, plutôt jeune, mais la transition brutale vers l'économie de marché a provoqué un inquiétant effondrement des naissances. Tous les pays de la région enregistrent des taux de fécondité inférieurs à 1,5 enfant par femme, y compris la très catholique Pologne, qui comptait encore 2,5 enfants par femme au milieu des années 80. Ce pays, le plus peuplé d'Europe centrale (38,3 millions d'habitants), a perdu un million d'habitants en quatre ans et ne devrait plus en compter que 34 millions en 2050, indique le Population reference bureau, un institut démographique américain.
A cette date, la population d'Estonie aura diminué de 36%. La Hongrie, qui compte aujourd'hui 10,1 millions d'habitants, en aura perdu un cinquième. Dans ces pays où le chômage atteint souvent des niveaux élevés, "mettre au monde des enfants fait courir un risque important de sombrer dans la pauvreté", explique Zsuzsa Karpati, membre de la commission parlementaire hongroise sur la santé. "Sous le communisme, les logements étaient distribués en fonction du nombre d'enfants, l'emploi des femmes était garanti, des crèches et des écoles maternelles existaient en nombre suffisant", souligne le démographe Heinz Fassmann dans un rapport sur les conséquences démographiques de l'élargissement. Mais les systèmes sociaux ont volé en éclats durant la transition. Paradoxalement, l'effondrement de la population ne semble pas préoccuper les pays d'Europe centrale. A l'exception de la Hongrie, l'un des rares Etats à s'attaquer au problème : Budapest vient en effet d'augmenter les allocations familiales de 20% et a presque doublé les aides à la construction de logements pour les familles ayant des enfants.    haut
 
"Terra incognita" : aliénation urbaine dans un Beyrouth d'après-guerre
Film libanais de Ghassan Salhab. Avec Carole Abboud, Abla Khoury, Rabih Mroueh. (1 h 55)
 
par THOMAS SOTINEL, publié dans le Monde du 12 février 2003
Un regard juste de Ghassan Salhab sur le mal de vivre de jeunes Libanais. Le temps de traverser les froides apparences de Terra incognita, on pourrait croire à un exercice de cinéma entomologique. Ghassan Salhab filme l'agitation d'un groupe de Beyrouthins assez jeunes pour s'interroger sur leur avenir, assez vieux pour souffrir des cicatrices laissées par l'histoire. Les personnages se multiplient, les séquences s'arrêtent brusquement quand apparaissent les premiers signes d'émotion. Très vite l'ironie du titre s'impose : ce n'est pas une de ces taches blanches sur la mappemonde que Ghassan Salhab nous invite à parcourir à la suite de ses cobayes (dont l'une, c'est commode, gagne sa vie en guidant un groupe de touristes), mais l'un des lieux de la planète les plus fréquentés, et les plus violemment, de Ramsès II aux chasseurs israéliens qui survolent Beyrouth pendant que des fantassins syriens patrouillent dans les rues. L'inconnu ici n'a rien à voir avec la topographie. Il s'agit de savoir ce qu'on fait là. Mais une fois posée, sur le mode cynique, la question prend chair. De cette petite foule de personnages émerge une figure impressionnante, Soraya (Carole Abboud). C'est elle que l'on voit, dès le début du film, guider un groupe de casques bleus français qui profitent d'une permission pour découvrir les beautés du Liban.
Soraya vit, avec son frère et une domestique, dans un appartement dont ses parents sont perpétuellement absents, symboles désincarnés de la génération qui a fait la guerre. Elle court les ambassades pour obtenir un visa qui lui permettra d'émigrer et passe ses nuits avec des hommes de rencontre. Ses efforts farouches pour tenir le monde à distance sont mis à mal par le retour de Tarek (Rabih Mroueh), exilé revenu pour elle au Liban. De chaque côté de ce couple se tiennent deux autres figures de désolation. Leïla (Abla Khoury) insulte Dieu pour tester sa foi. Nadim, architecte, reconstruit un Beyrouth virtuel et rationnel sur son ordinateur, mais ses réalisations construites contribuent à enlaidir la ville. Dans le rôle du chœur antique, un journaliste de radio, parfaitement solitaire, lit à l'antenne des dépêches qui relatent les dernières tribulations du Liban : débat à l'ONU sur le renouvellement du mandat des casques bleus, incursions israéliennes, soubresauts de politique intérieure.
Le poids des communautés
Ils boivent de la vodka dans des boîtes de nuit, passent un temps infini dans leurs voitures, coincés dans les embouteillages, leur téléphone portable à l'oreille. A ces éléments universels de l'aliénation urbaine s'ajoutent des ingrédients typiquement libanais, au premier rang desquels le poids du communautarisme. En filmant dans les voitures ou depuis les voitures, Ghassan Salhab a trouvé une manière parfaitement contagieuse de faire partager à la fois son amour pour ce cercle très fermé de l'enfer et la claustrophobie qui en est le pendant inévitable. Certains de ses personnages ne sortent pas de leur statut de représentants d'une des formes de ce mal de vivre qui, à en croire Ghassan Salhab (et la précision de l'observation, la sûreté du regard rendent la thèse convaincante), ronge cette génération libanaise. Mais, au fil des plans, le désespoir magnifique de Soraya finit par tout envahir. Le courage qu'il lui faut pour se mettre en danger finit par susciter une admiration un peu absurde, encore accentuée par le léger voile d'ironie que l'actrice prête au personnage.    haut
 
Disparition du Père Werenfried Van Straaten
Fondateur d'Aide à l'Eglise en détresse
 
par HENRI TINCQ, publié dans le Monde du 5 février 2003
Religieux hollandais de l'ordre des prémontrés, le Père Werenfried Van Straaten, fondateur de l'association internationale Aide à l'Eglise en détresse (AED), est mort vendredi 31 janvier à l'hôpital de Bad Soden, près de Francfort (Allemagne), à l'âge de 90 ans. On l'appelait le "mendiant de Dieu". Toute sa vie, le Père Werenfried Van Straaten aura parcouru de long en large l'Europe pour recueillir des fonds et les fournir aux communautés chrétiennes persécutées derrière le rideau de fer. Il était hanté par le sort des Eglises spirituellement et matériellement démunies de l'Est. Werenfried Van Straaten était né le 17 janvier 1913 à Mijdrecht, aux Pays-Bas, et, après des études à Utrecht, il était entré à 21 ans dans l'abbaye des prémontrés de Tongerlo, en Belgique. Après la seconde guerre mondiale, dans l'Allemagne vaincue, il se consacre d'abord à l'assistance aux populations réfugiées et déplacées. En Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, il "mendie" des secours et il parvient à rassembler des tonnes de lard pour les affamés d'Allemagne. De là lui venait ce surnom de "Père au lard" qui le rendit très populaire et qui ne le quittera plus.
C'est en 1947 à Tongerlo que le Père Werenfried fonde l'Aide à l'Eglise en détresse. Cette œuvre rassemble d'abord des prêtres de toutes nationalités à la recherche de leurs fidèles dispersés par la guerre. La caserne de Königstein, près de Francfort, devient la centrale mondiale de l'AED, point de départ pour des missions en "chapelles roulantes", camions, voitures de livraison, etc. L'œuvre du Père Werenfried va ensuite se développer de l'autre côté du rideau de fer dans l'Europe communiste et contribuer à la mobilisation des consciences occidentales sur le sort des communautés croyantes privées de droits et persécutées. Elle s'étend au Liban, en Amérique latine et au monde entier. L'AED peut compter aujourd'hui sur un réseau de 700.000 donateurs dans seize pays. Les centaines de millions de dollars recueillis servent à financer la formation des futurs prêtres, à soutenir des médias chrétiens, à subventionner les constructions de couvents, de chapelles, d'églises. L'œuvre du Père Werenfried Van Straaten dépasse les clivages confessionnels et se distingue par son œcuménisme. Le "mendiant de Dieu" était également très estimé du pape Jean Paul II.    haut
 
L’Eglise maronite réunie en concile pour la première fois depuis le XIXe siècle
Un acte de foi et d’espérance dans la présence chrétienne en Orient
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 février 2003
Un concile de l’Eglise maronite s’ouvrira au siège de la maison d’accueil Notre-Dame du Mont, durant la première semaine de juin, a annoncé hier, dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion mensuelle, l’Assemblée des évêques maronites. Le message annuel du Carême du patriarche maronite, rendu public en même temps, est entièrement consacré à cet événement ecclésial de première importance. Dans ce message, le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, s’étend longuement sur le sens de ce concile et lui fixe notamment pour but "une révision de notre conduite envers Dieu et les uns envers les autres, particulièrement pendant les guerres qui ont ravagé notre terre, et durant les années qui les ont suivies". "Un rapide coup d’œil à ce que nous étions ensemble, et à ce que nous sommes aujourd’hui commande, si nous sommes sincères avec nous-mêmes et avec notre patrie, de pardonner et de tourner la page, et de resserrer les liens de solidarité qui nous lient pour sortir de la crise aiguë où nous nous trouvons", ajoute le patriarche.
Ce sera le premier concile maronite à se tenir depuis le milieu du XIXe siècle, a noté le patriarche dans son message, ajoutant que des voix s’élèvent depuis longtemps pour sa tenue et avec plus d’insistance après le Concile Vatican II. En tout état de cause, ce sera le premier concile à regrouper des évêques maronites non seulement du Liban, mais des onze pays de la diaspora où les maronites disposent d’une structure d’Eglise et d’évêques. L’organisation et le suivi du concile ont été confiés à un comité élargi coiffé par Mgr Youssef Béchara, évêque de Kornet Chehwane, qui sera le secrétaire général du concile, et comprenant des évêques, des supérieurs et des supérieures généraux, des prêtres, une religieuse et deux laïcs, Simon Karam et Simone Moubarak. Ce comité doit faire paraître un livret qui servira de guide à l’organisation du concile.
Les thèmes
Fruits d’une large consultation qui s’est étalée sur plusieurs années, le concile sera exhaustif et constituera, avant tout, un acte de foi et d’espérance dans la présence de l’Eglise maronite en Orient. Il parlera, d’abord, de l’identité et de la mission de l’Eglise maronite, notamment de sa mission œcuménique et de ses relations avec l’islam et le monde arabe. Le renouveau pastoral sous tous ses aspects en sera une seconde tête de chapitre (renouveaux des personnes, des structures, des pastorales). Une partie entière du concile sera consacrée à l’Eglise maronite dans le monde aujourd’hui. Les rapports de l’Eglise à la politique, à la modernité, aux moyens de communications, aux questions sociales et économiques et à la terre y seront examinés. Enfin, une partie sera consacrée au droit canon maronite et aux questions touchant la diaspora. Dans son message, le patriarche s’étend sur le rapport de l’Eglise avec la politique et s’étonne des "confusions" et des "allégations tendancieuses" qui représentent l’Eglise maronite comme étant "de parti pris", alors qu’elle ne fait que défendre certains principes : droits de l’homme et dignité humaine, défense des libertés, mise en garde contre les égoïsmes, défense des causes de la souveraineté, de l’indépendance et de la liberté de décision.
Au sujet de l’émigration des Libanais, le patriarche Sfeir estime également nécessaire un commentaire. "Il s’agit, dit-il, d’un des problèmes les plus importants auxquels fait face l’Eglise". Cette émigration s’est accélérée depuis un quart de siècle, constate-t-il, tout en opérant un lien entre émigration et exode intérieur. L’exode intérieur, souligne-t-il, a donné naissance à un sentiment d’exclusion qui a conduit, à son tour, à l’émigration. Une émigration qui, lorsqu’elle se prolonge, se mue en un sentiment de distance et en une perte d’identité. Le concile, souligne le message du patriarche, est une œuvre collective, et un grand nombre de membres du clergé ainsi que des laïcs ont participé à sa préparation. Un certain nombre de laïcs, note le patriarche, ont souhaité être invités au concile. Malheureusement, les règles limitant le nombre des participants l’interdisent. Toutefois, ceux qui le désirent pourront soumettre au concile, par les voies hiérarchiques, des études ou des remarques qui leur semblent importantes. Dans un esprit œcuménique, des observateurs d’autres Eglise seront invités au concile ainsi que des observateurs des communautés musulmanes, comme ce fut le cas durant le Synode pour le Liban qui s’est tenu au Vatican (1995).
Un concile en deux phases
Au sujet du déroulementr des travaux du concile, le patriarche a précisé qu’il existe une certaine différence par rapport au travaux du Synode sur le Liban. Le concile s’ouvrira la première semaine du mois de juin, qui sera consacrée aux interventions des participants préparées à l’avance. Ces interventions seront ensuite examinées par des commissions spécialisées, au cours de la semaine suivante, pendant que les évêques maronites tiendront leur retraite annuelle. La troisième semaine sera consacrée à la lecture des remarques des commissions, qui seront introduites aux interventions des participants en cas d’accord. C’est ainsi que se clôturera la première phase du concile. Durant l’intervalle allant de juillet 2003 à juin 2004, les commissions travailleront sur les textes, remaniés en fonction des remarques qui y auront été introduites. Dans une seconde phase, qui s’ouvrira en juin 2004, les participants au concile examineront de nouveau les textes modifiés et éventuellement, les approuveront s’ils ont l’accord du concile. Dans une dernière phase, ces textes ainsi approuvés seront relus par l’autorité ecclésiastique, puis officiellement adoptés comme documents officiels. Ainsi, avertit le patriarche, anticipant le fait que certains textes pourraient parvenir à la presse, les documents soumis à l’examen dans la première phase ne sauraient en aucune façon être considérés comme des documents officiels ou des textes définitifs.    haut
 
Laïcité - La loi de 1905 face au défi de l'islam de France
Un débat s'est ouvert sur la séparation des Eglises et de l'Etat à propos de la construction de mosquées
 
publié dans le Figaro le 7 février 2003
Une fois encore, Nicolas Sarkozy a "rattrapé le coup". Hier, lors de la 47e réunion de la Comor, la commission chargée de l'organisation d'une instance représentative de l'islam, la majorité de ses membres s'élève contre le rôle grandissant joué par l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Le recteur de la Mosquée de Paris dénonce l'emprise de l'UOIF sur ce processus, et reproche au ministère de privilégier cet interlocuteur, qui défend un islam fondamentaliste. L'UOIF claque alors la porte. Mais Nicolas Sarkozy parvient à rassembler ses ouailles. Et tout le monde s'accorde finalement pour souhaiter que "la Comor accélère le processus pour procéder aux élections du Conseil du culte musulman dans les meilleurs délais". Mais l'alerte a été chaude, et ce n'est sans doute pas la dernière. Des escarmouches sur la loi de 1905 dite de séparation des Eglises et de l'Etat. Pour tester les défenses adverses, laïques ou confessionnelles, raviver l'ardeur des siens, et ne jamais désarmer dans la sempiternelle guerre franco-française de religion, aujourd'hui relancée par la difficile installation de l'islam sur le territoire de la République. De petits accrochages, sous prétexte de construire des mosquées, objectif qui, au demeurant, répond à une nécessité.
C'est un appel, signé par des responsables de la franc-maçonnerie et des personnalités, unis pour que la célébration du centenaire de la loi de 1905 soit l'occasion de rejeter des "suggestions pleines de risques ayant toutes pour inspiration l'idée de réviser cette loi". C'est encore l'initiative du maire communiste et athée de Montreuil, Jean-Pierre Brard, qui inaugurait hier un "centre civique d'étude du fait religieux"... Le premier, Jean-Arnold de Clermont, le président de la Fédération protestante de France, a envisagé une "révision" de la loi de 1905. Deux ministres, Pierre Bédier et Jean-François Copé, se sont à leur tour avancés sur ce même terrain. Fureur du président de la République, qui déclenche un tir de barrage. Jean-Pierre Raffarin, dans un discours préparé par l'Elysée et Matignon, apporte la réponse officielle : "La loi de 1905, l'une des grandes lois fondamentales de la République, est d'une actualité majeure. Je suis très attentif à ce que l'équilibre subtil qu'elle a institué et qui régit depuis un siècle les relations entre les Eglises et l'Etat demeure préservé." La loi de 1905 édicte deux principes. "La République assure la liberté de conscience." C'est-à-dire la liberté de toutes les consciences, qu'elles soient religieuses, athées ou agnostiques. Second principe : "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte." Ce cadre ne sera pas modifié durant le mandat de Jacques Chirac.
Longtemps le ministre de l'Intérieur et des Cultes s'est interrogé sur la manière de "moderniser" la loi de 1905, afin de financer la construction de mosquées sur fonds publics. De ce sujet, il s'est entretenu avec bon nombre de visiteurs, dont MM. Bédier et Copé. Mais une fois la ligne officielle fixée, Nicolas Sarkozy a défini publiquement sa position, en déclarant : "Faut-il réviser la loi de 1905 ? Je ne le pense pas. Peut-on, avec la loi de 1905, changer un certain nombre de choses qui vont permettre d'avoir un islam compatible avec la République ? Oui." Ces prises de position, soutenues par la hiérarchie catholique et la franc-maçonnerie, désormais d'accord, n'ont pas pour autant clos la polémique. Un premier argument continue de cheminer : mieux vaut financer des mosquées sur fonds publics, ce qui implique une révision de la loi de 1905, plutôt que voir des Etats étrangers, notamment l'Arabie saoudite, participer à la construction de lieux de culte. Des maires plaident en ce sens par pragmatisme, tels MM. Bédier et Copé, ou, à gauche, MM. Valls ou Frèche.
Une lecture attentive de la loi permet pourtant aux maires d'accorder gratuitement des terrains et même de garantir des prêts aux associations cultuelles. Quant à croire que construire des enceintes religieuses protège des discours qui s'y tiennent... Jamais l'Etat, propriétaire de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, n'a contrôlé les propos de Mgr Lefebvre. L'islam intégriste n'appelle pas plus une réponse immobilière. C'est la formation et la rétribution des imams qui posent problème. Le deuxième argument généralement avancé est plus spécieux : la loi n'est pas respectée, donc il faut changer la loi. Il est vrai que des élus et des religieux chrétiens, juifs et musulmans, par de subtils montages juridiques, tournent la loi de 1905 par des associations de type 1901, qui autorisent des financements publics. Le fin du fin étant, autour du même lieu de culte, de monter deux associations, l'une de 1901, l'autre de 1905, afin de bénéficier de toutes les largesses possibles.    haut
 
"Espace et sacralité" : 101 églises et 57 mosquées dans le Beyrouth municipal
Conférence sur l’organisation territoriale et les fonctions des lieux de culte
 
par MAY MAKAREM, publié dans l'Orient-le Jour le 1er février 2003
Dans le cadre d’une étude comparative des lieux de culte chrétiens et sunnites, réalisée dans les limites de la municipalité de Beyrouth et entreprise par l’Institut des études islamo-chrétiennes (IEIC) de l’Université Saint-Joseph, une conférence a été donnée par cheikh Mohammad Nokkari, directeur de Dar el-Fatwa, et le père Thom Sicking s.j., sur le thème "Espace et sacralité". Les conférenciers ont souligné, tout d’abord, les différences importantes des fonctions des lieux de culte. Mettant l’accent sur l’organisation administrative des paroisses, introduite au Liban vers la fin du XVIIIe siècle, après la réforme du Concile de Trente, le père Sicking a dit, en substance, que les églises catholiques divisent le territoire en diocèses et chaque diocèse en paroisses. Par ce quadrillage, elles obtiennent que tout chrétien, où qu’il habite, relève toujours d’un curé et chaque curé d’un évêque. "Les paroisses correspondent à un genre d’état civil religieux : baptêmes, mariages et décès sont systématiquement enregistrés dans le registre de la paroisse". Alors que la fonction essentielle d’une mosquée est d’assurer, sous la direction de l’imam, les cinq prières quotidiennes. La mosquée est aussi un lieu de célébration des grandes fêtes musulmanes et un lieu d’enseignement religieux. Toujours selon les informations communiquées par cheikh Mohammed Nokkari, l’imam, aidé par une commission nommée par Dar el-Fatwa, s’occupe surtout des questions matérielles. Il peut être choisi par les fidèles, contrairement au prédicateur ou "khatib" qui, lui, est mandaté par le mufti de la République.
L’islam ignore, par ailleurs, l’idée du sacrement. Il ne connaît pas non plus l’idée du sacrifice à proprement parler. Exceptées les dispositions relatives aux funérailles, le rituel musulman ne contient presque rien de ce qui constitue les rites de passage admis chez les juifs (circoncision, mariage) ou chez les chrétiens (baptême, première communion, mariage, etc.). Le mariage est un simple contrat civil et la circoncision est une "simple tradition recommandée". L’enregistrement des naissances et des mariages est une formalité administrative qui se fait devant les tribunaux, et non pas à la mosquée. L’islam ne connaît pas la distinction chrétienne entre Eglise et Etat. C’est pourquoi le mufti de la République, le plus important personnage sunnite au Liban, est un fonctionnaire de l’Etat, nommé par décret présidentiel. Le directeur du wakf islamique a indiqué, par ailleurs, que le nombre des mosquées sunnites au Liban s’élève à 572. Dans la ville de Beyrouth et sa banlieue, ce chiffre atteint 52 mosquées dont 32 appartiennent au wakf, cinq à l’association Makassed et 12 à des personnes privées. Signalons que les "Makassed", organisme sunnite, disposent d’une certaine autonomie par rapport à Dar el-Fatwa. Et les Ahbâch, à tendance fondamentaliste, ne reconnaissent pas son autorité. En bref, le musulman doit prier cinq fois par jour; mais il peut le faire à la maison ou au bureau. "Une éventuelle absence de mosquée ne change rien à l’essentiel pour lui. Le chrétien est, lui aussi, libre de prier là où il veut, mais pour l’Eucharistie - qui est une part essentielle de sa vie de chrétien - et pour recevoir plusieurs autres sacrements, il doit aller dans une église. L’importance de celle-ci pour le chrétien est donc bien plus grande que celle d’une mosquée pour le musulman", souligne père Sicking.
Eglises et mosquées de Beyrouth

Eglises et mosquées ont toutefois une fonction commune : rassembler les fidèles et leur procurer un sentiment d’appartenance communautaire. Leurs bâtiments marquent un territoire ou un quartier, comme étant chrétien, musulman ou mixte. Dans le Beyrouth municipal, on recense 101 églises et 57 mosquées. "Proportion étonnante si l’on considère qu’il y a à Beyrouth plus de musulmans que de chrétiens. Beaucoup moins étonnante cependant si l’on considère que ces chrétiens représentent dix Eglises (les chaldéens et les coptes n’ont pas d’églises), tandis que les mosquées appartiennent dans leur très grande majorité à une seule communauté musulmane : 50 bâtiments sunnites, contre 7 pour les musulmans chiites", indique le conférencier jésuite. Parmi les 101 lieux de culte chrétien, on compte 21 églises protestantes contre 16 églises paroissiales maronites ; 13 grecques-orthodoxes ; neuf grecques-catholiques ; cinq arméniennes-apostoliques ; deux arméniennes-catholiques ; deux syriaques-orthodoxes ; deux syriaques-catholiques ; une assyrienne, etc. De même, l’étude signale 21 chapelles appartenant à des établissements scolaires et dont quelques-unes servent aussi d’église paroissiale. Un modèle qui a été suivi par les écoles privées musulmanes, où l’on a dénombré trois "mousallat", salle de prière sans minaret remplissant les mêmes fonctions qu’une mosquée. Par ailleurs, 187 "mazars" émaillent les quartiers d’Achrafieh. Il s’agit d’une petite construction renfermant une image ou une statuette d’un saint qu’on aime particulièrement, et devant laquelle on s’arrête un moment pour prier. Un phénomène inexistant du côté musulman, puisque l’islam interdit les images et ne connaît pas de culte de saints proprement dit. 
Est chrétien, Ouest musulman 

La division de Beyrouth en deux parties communautaires n’a pas toujours existé. C’est sous la pression des événements que la configuration de la capitale a changé. Un petit survol historique entrepris par Thom Sicking indique que dès le XIXe siècle, les institutions grecques-orthodoxes se sont installées dans les quartiers sunnites. Pour ne citer que le couvent Mar Elias Btina ; la paroisse Saints-Michel-et-Gabriel datant de 1885 ; la paroisse de Notre-Dame des Douleurs construite en 1860, avec une école et un centre médico-social, et la paroisse Saint-Elie, dans le quartier de Mousseitbé, fief des Salam. Et sur les neuf églises paroissiales de la communauté grecque-catholique, quatre se trouvent à l’ouest de l’ancienne ligne de démarcation, dont Notre-Dame de l’Annonciation, construite en 1845 avec "le collège patriarcal", était la plus importante, à l’époque. Le conférencier devait souligner que "les églises de Beyrouth correspondent au souci des autorités d’assurer un lieu de culte à leurs fidèles proche de leur lieu d’habitation, mais qu’il est rare de voir deux églises, appartenant à une même confession, dans un même quartier. Alors que le nombre de mosquées dans un même quartier dépasse souvent les besoins des fidèles". A Achrafieh, où vivaient très peu de musulmans, on trouve deux mosquées : la mosquée Beydoun (secteur Sodeco) et la mosquée Khodr, quartier Mar Mikhaël. A l’origine église croisée, elle fut transformée en 1661 en un lieu de culte sunnite. Le vieux bâtiment est actuellement en cours de restauration.    haut 
 
Préserver les mosaïques en attendant de pouvoir financer leur restauration
Certains des trésors découverts sont définitivement perdus
 
par ISABELLE SKAF, publié dans l'Orient-le Jour le 28 février 2003
L'auteur est conservateur/restaurateur, membre de l’ICCM  
Les mosaïques sont une part intégrante de l’héritage culturel des pays du bassin méditerranéen. Elles constituent une source de documentation importante, leur étude iconographique, technique et stylistique reflétant les traditions de l’époque à laquelle elles ont été produites. Au XIXe siècle, les archéologues et historiens de l’art considéraient les mosaïques comme des objets à valeur purement esthétique. Cette approche justifiait la dépose (détachement) des pavements de leur support d’origine pour les rendre transportables, privilégiant ainsi l’objet au détriment du contexte. Aujourd’hui, dans beaucoup de pays, cette approche a changé conformément à l’éthique et aux principes actuels de la conservation/restauration. La relation de la mosaïque avec son contexte archéologique est reconnue conformément aux recommandations de la Charte de Venise (1964) : "Le monument est inséparable de l’histoire dont il est le témoin et du milieu où il se situe. En conséquence, le déplacement de tout ou partie d’un monument ne peut être toléré que lorsque la sauvegarde du monument l’exige ou que des raisons d’un grand intérêt national ou international le justifient…" (article 7). "Les éléments de sculpture, de peinture ou de décoration qui font partie intégrante du monument ne peuvent en être séparés que lorsque cette mesure est la seule susceptible d’assurer leur conservation" (article 8). La présentation au public de mosaïques et leur préservation in situ à long terme posent de nombreux problèmes de conservation. Le terme "conservation" est ici compris au sens large, englobant la restauration proprement dite, mais aussi toutes les mesures préventives ou actives devant être appliquées à court et long terme pour leur protection : réensevelissement, surveillance, entretien, etc. 
L’ICCM 

Face à ce problème, une première réunion de spécialistes s’est tenue à Rome en novembre 1977 à l’issue de laquelle s’est créé l’ICCM, le Comité international pour la conservation des mosaïques. Depuis, avec l’appui de l’ICCROM, sept conférences ont été organisées dans différents pays méditerranéens notamment en France, à Chypre, en Grèce (octobre 2001), et bientôt en Tunisie (2004), afin de trouver des solutions communes à ce problème complexe et d’encourager l’échange d’information entre les spécialistes ayant l’expérience du terrain. Les actes des conférences de l’ICCM sont régulièrement publiés ainsi que des recommandations ayant trait aux thèmes directeurs propres à chaque réunion. D’autres instances internationales comme le Getty Conservation Institute se sont également récemment impliquées dans cette démarche en organisant des séminaires de travail notamment à Chypre en juillet 2001.
Les causes de la détérioration

Les causes de la détérioration des pavements sont nombreuses et peuvent être liées d’une part à la technique de fabrication du pavement lui-même (composition du mortier, nature des tesselles, technique de pose etc…) et d’autre part - et surtout - aux conditions de préservation du pavement conservé sur son mortier d’origine dans un environnement spécifique. L’exposition aux intempéries, la prolifération de la végétation, les infiltrations d’eau, l’action des insectes et des rongeurs accélèrent la dégradation des mortiers et substrats entraînant une dislocation des tesselles et souvent une disparition des pavements. D’anciennes techniques de restauration peuvent également être facteur de détérioration: l’exposition à l’air libre de mosaïques remontées sur dalles de ciment armé entraîne une augmentation de la porosité et de l’érosion de surface. Les infiltrations d’eau dans les dalles ont pour conséquence l’oxydation des armatures en fer et l’éclatement du ciment provoquant la perte de tesselles. A mentionner également, l’absence de gardiennage sur les lieux d’exposition de ces pavements qui favorise des actes de vandalisme et de vol. Les visiteurs marchent sur des mosaïques souvent fragilisées par un manque d’entretien causant ainsi des dommages supplémentaires. 
Les mesures de protection 

Plusieurs solutions sont envisageables pour la protection des pavements sur leur lieu de découverte et ont été appliquées sur de nombreux sites méditerranéens. Il s’agit notamment :
1 – De l’édification d’abris permanents ou provisoires au-dessus de structures archéologiques fragiles.
2 – Du réenfouissement de la mosaïque de manière permanente ou saisonnière répondant ainsi aux exigences de la saison touristique. 
3 – De la mise à l’abri dans un lieu fermé des pavements transportables tels ceux déjà remontés sur dalles de ciment. 
Les avantages et inconvénients de ces méthodes ont largement été débattus lors des conférences de l’ICCM et les premiers bilans publiés dans les actes. Les spécialistes insistent sur le fait qu’il est primordial que le choix d’un abri ou d’un programme de présentation cyclique de mosaïques sur un site (par réenfouissement provisoire par exemple) se fasse en fonction d’un plan de mise en valeur et de gestion globale de ce site. Quel que soit le mode de protection choisi, la clé du succès réside néanmoins dans l’application d’un programme de maintenance régulier et méthodique. Les recommandations de l’ICCM mettent également l’accent sur la formation d’un personnel spécialisé, condition préalable à l’application de toute mesure d’intervention ou de prévention. Cette formation devrait se situer à deux niveaux :
1 – Celui du spécialiste en conservation/restauration qui devrait suivre une formation à l’étranger dans des universités ou des instituts agréés afin d’acquérir les connaissances scientifiques et déontologiques essentielles à l’exercice de ce métier. 
2 – Celui de technicien spécialisé (et non de simple ouvrier) qui puisse prendre en charge les opérations de maintenance et de suivi sur les sites archéologiques et éventuellement participer au côté des conservateurs/restaurateurs aux interventions dans un atelier de restauration. 
La situation au Liban

Si certaines mosaïques - principalement celles aux motifs figurés - ont été déplacées par le passé et présentées au Musée national de Beyrouth, il n’en reste pas moins qu’un grand nombre de pavements subsiste sur les sites : Eshmoun, Tyr, Byblos, Ghiné, Deir el-Qalaa, Anjar, etc… Leur état de conservation diffère, nombre de pavements n’ayant pas été protégés à la suite de leur découverte. La spécialiste française Evelyne Chantriaux écrit que généralement les mosaïques "qui n’ont fait l’objet d’aucun entretien sont irrécupérables, réduites à des îlots de tesselles éparpillées dans la végétation". Dans son rapport qui a suivi sa mission à Beyrouth en 1997, elle remarque que malheureusement sur le site d’ Eshmoun les parties détruites le sont définitivement : le visage de "l’Automne" intact à la découverte, a aujourd’hui disparu. Plus haut dans le nymphée, il ne reste que les pieds de la ménade, et la tête de la panthère. Ceci, en raison de l’absence d’entretien sur les sites archéologiques durant les années de guerre au Liban. La reprise des fouilles archéologiques depuis 1992 et les découvertes fortuites ont entraîné une augmentation du nombre de mosaïques mises au jour. Leur état de conservation nécessite d’urgence la mise en place d’une politique d’intervention. Quant aux mosaïques démontées lors des fouilles du centre-ville de Beyrouth, elles attendent - ainsi que tout le matériel archéologique stocké dans les dépôts - des jours meilleurs. Les principaux obstacles qui empêchent aujourd’hui la mise sur pied d’une politique efficace de préservation et de conservation des pavements de mosaïques au Liban sont : 
1 – Les budgets extrêmement limités et le manque de ressources pour l’application de programmes d’entretien à long terme. 
2 – L’absence de ressources humaines spécialisées et compétentes.
Cette situation n’est en aucun cas propre au Liban. Mais dans certains pays, comme la Tunisie, qui souffrent des mêmes problèmes, la mise en place des programmes de formation de jeunes techniciens tunisiens a commencé avec l’aide du Getty Conservation Institute. C’est une mesure qui, à long terme, ne peut qu’être payante. Afin que nous puissions, au Liban, transmettre cet héritage aux générations futures, il faudrait à court terme prendre des mesures préventives qui assurent une protection même passive des mosaïques (mise à l’abri et stockage dans des conditions acceptables, ou réenfouissement...) et ceci en attendant de pouvoir financer des opérations plus lourdes à long terme (création d’un atelier de restauration, structures protectrices sur les sites…). La formation d’équipes locales capables d’intervenir sur le terrain et d’assurer un suivi, même minimal, devrait également être une priorité. Nous n’hésitons pas à vendre à grand renfort de publicité l’image de notre exceptionnel héritage archéologique. Il faut toutefois se rappeler que les vestiges archéologiques sont une ressource non renouvelable et qu’il est d’abord urgent de les préserver.    haut
 
En ligne, un lexique multimédia de l’eau
Réseau d’échange entre la France, le Liban, le Maroc et la Roumanie
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 février 2003
La France, le Liban, le Maroc et la Roumanie vont travailler ensemble à l’élaboration d’un lexique multimédia de l’eau, qui verra le jour en juin 2003. Un site Web servira d’espace pour échanger les informations, collaborer à distance et mutualiser les ressources. Des scolaires, des universitaires et des associations diverses contribueront à cet espace en alimentant diverses thématiques comme les fontaines, l’économie de l’eau, les proverbes et expressions sur le même thème. Un comité scientifique validera les informations diffusées et répondra ponctuellement à des interrogations. Le projet, financé par le fonds francophone des Inforoutes et l’Agence internationale de la francophonie, sera piloté par le musée Planète de la découverte (Liban), la faculté des sciences Ibn Tofail (Kénitra - Maroc) et l’Association roumaine des professeurs de français. A la tête du réseau, la Cité des sciences et de l’industrie de Paris, dont un responsable, M. Jean-Serge Vigouroux, de passage à Beyrouth, annonce que "l’objectif à long terme est la création d’un réseau d’éducation scientifique et d’échanges francophones". Il explique que le site Internet, mis à la disposition des trois pays francophones, "permettra de suivre l’évolution du projet et de répondre aux attentes et aux difficultés de chacun. Il servira de lieu de ressources en termes d’outils multimédia, de formation et de mémoire de projet. Les productions émises par les équipes locales seront archivées et serviront à la constitution du cédérom et du lexique en ligne", ajoute-t-il. 
Signalons que le site Web contient un espace de travail réservé aux participants qui pourront communiquer et échanger (chat, webmail, foire aux questions, liste de diffusion), rédiger des articles et publier toute production sur le thème de l’eau. Il s’agira d’un centre de ressources sur l’eau, de type scientifique, littéraire, artistique ou pédagogique, regroupant des références bibliographiques, des extraits ou citations de textes, des filmographies, des animations multimédia, etc. Au menu également, un centre d’archives et une vitrine du projet servant de porte d’entrée pour les internautes visitant le site.    haut
 
Pour une "poétique" du territoire
France - La Datar fête ses quarante ans
 
par JACQUES RIGAUD, publié dans le Figaro le 13 février 2003
L'auteur est membre du comité stratégique de la Datar (Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale)
L'aménagement du territoire fête ses quarante ans. Comme disait familièrement Alexandre Dumas, désormais délocalisé au Panthéon, "à partir de quarante ans, on a la gueule qu'on mérite". Ce qui est vrai des individus ne l'est pas nécessairement pour les institutions. Si le visage de la Datar est encore reconnaissable, ses traits sont devenus flous. Son bilan est plus qu'honorable. Comme son aîné le Plan, l'Aménagement du territoire a contribué à inscrire le pays dans la modernité, mais il donne des signes d'usure et d'incertitude. Toutefois, alors que l'on ne sait plus très bien ce qu'est le Plan quand il n'y a plus de plan, personne ne met en doute la pertinence durable du concept d'aménagement du territoire, à condition de le situer dans la double dynamique de la décentralisation et de l'Europe. Cela implique de porter un regard nouveau sur les notions d'aménagement et de territoire afin de passer d'une politique défensive et redistributive à une action sur l'espace orientée vers la libération des énergies et la création de richesses et qui serait un des ferments de la réforme de l'Etat.
AMÉNAGEMENT :
Ce mot bien français, pratiquement intraduisible, provient du vocabulaire des forestiers - des gens qui savent voir loin. Littré le définit comme "l'action de régler les coupes d'une forêt". Ce terme s'est insinué dans la modernité, peut-être en raison de parentés de son et de sens avec "management". Ce fut d'abord, appliqué au territoire, une volonté d'équilibrer ce dernier par rapport à une région-capitale jugée hypertrophiée, puis une série d'actions ponctuelles d'ambition et d'efficacité inégales, et d'ailleurs décroissantes. Pour le comité stratégique de la Datar, qui a remis son rapport au premier ministre le 29 janvier, ce doit être aujourd'hui l'expression d'une volonté politique d'agir sur l'espace, sur la création et la répartition des richesses et sur l'organisation de la vie collective, dans le double contexte d'une économie de marché à l'heure européenne qui oblige à s'interroger sur la compétitivité et l'attractivité du territoire, et d'une extension des pouvoirs locaux qui impose la cohérence et l'équité. Cela a conduit le comité au bord d'une réflexion d'ensemble sur l'Etat, qu'il n'avait pas pour mission d'approfondir, mais dont le rapport indique certaines pistes.
Ainsi, il ne suffit pas de parler d'un nécessaire recentrage de l'Etat sur ses missions de souveraineté, au moment où cette souveraineté est, quoi qu'on dise, bousculée par la mondialisation et par la construction européenne. L'aménagement du territoire révèle un autre aspect du rôle de l'Etat, déjà expérimenté, mais pour lequel il faut inventer un style, des procédés, un esprit nouveau. Quand on parle de réforme de l'Etat, on sait qu'il est plus facile de réformer des structures, ou d'en empiler de nouvelles, que de changer d'état d'esprit, de rythme et de méthodes. L'aménagement du territoire, dans ses débuts gaulliens, a illustré, dans ce qu'elle avait de meilleur, et parfois de visionnaire, cette "verticalité" d'une volonté d'Etat imposée d'en haut, avant de se dégrader en besogneuses missions de secouriste ou de thaumaturge. Aujourd'hui, l'Etat ne peut s'accommoder d'une poussière de sujets soumis. Il a besoin de grands partenaires, publics et privés : régions, métropoles, communautés d'agglomérations, entreprises, réseaux, pour soigner, corriger encore, mais surtout pour développer. Personne ne peut douter que la mission de l'Etat dans ce domaine lui appartienne bel et bien, en propre, et qu'elle n'est ni à privatiser ni à transférer à l'Europe ou aux collectivités locales, mais à exercer d'une manière qui exprime une véritable stratégie de rupture.
TERRITOIRE :
Bien qu'attentifs aux perspectives de l'Europe et de la décentralisation, c'est du territoire que nous nous sommes occupés, c'est-à-dire de la France. Un espace qui n'appartient pas à l'Etat, mais à la nation, et qui n'est pas loti entre des collectivités locales indépendantes les unes des autres et qui exerceraient sur lui des souverainetés juxtaposées. Le territoire est chose commune, comme la république. Il s'ensuit que l'aménagement de la Bretagne - comme de toute autre région - n'est pas l'affaire des seuls Bretons, mais une affaire nationale. Ce que la nation attend de la Bretagne est aussi important que ce que les Bretons attendent de la nation ou, le cas échéant, de la Bretagne elle-même. Plus les données imposées par la décentralisation et par l'Europe auront de poids, plus l'arbitrage au nom de la nation aura du sens, mais un sens nouveau, davantage concerté, moins étatique que par le passé. Dans cette perspective, l'aménagement du territoire ne saurait être ni un schéma abstrait plaqué d'en haut sur un espace inerte et soumis ni la juxtaposition d'une vingtaine de catalogues régionaux d'infrastructures réclamées. Il doit être le produit d'un processus complexe qui, là encore, fait intervenir des concepts et des modes opératoires déjà expérimentés, souvent isolément, mais à combiner dans un esprit novateur.
Nous nous sommes tenus à distance du débat sur la morphologie administrative française : "Trop de régions, des départements trop petits, trop de communes, etc.", ce débat politique piégé étant hors de notre portée. Tout en souhaitant une simplification de la carte administrative du territoire, nous avons jugé réaliste de trouver des modes opératoires qui permettent sans délai l'action en commun des collectivités publiques et le renforcement du rôle respectif des régions, dans lesquelles nous voyons le pivot de la cohérence territoriale, des départements, des communes et plus encore des structures de coopération dont le développement est un phénomène majeur des dernières années, puisqu'elles concernaient, au début 2002, 27.000 communes et 45 millions d'habitants, contre, respectivement, 19.000 communes et 34 millions d'habitants trois ans plus tôt. Nous avons envisagé le sort de certains territoires, non dans une vision particulariste mais d'un point de vue dynamique. C'est le cas de territoires fragiles où il s'agit d' "inverser les logiques du déclin" : zones rurales en voie de désertification et quartiers urbains sensibles. Il s'agit aussi de territoires à enjeux, comme les métropoles, le littoral ou la montagne.
Je terminerai par un voeu : devant le comité, j'en avais appelé à une "poétique" de l'aménagement du territoire, en vue de sauvegarder la beauté de la France. Le territoire, ce n'est pas seulement un concept abstrait ou opératoire, vu comme cadre ou support de procédures et d'infrastructures, de modes de financement ou de répartition de compétences ou de ressources. C'est une réalité vivante, un sol, un espace, des paysages, des lumières, une mémoire aussi. En quarante ans, l'aménagement du territoire a équipé, modernisé, valorisé ce territoire ; il l'a parfois embelli, mais aussi enlaidi. Il y a une beauté du territoire. Elle ne se décrète pas. Elle est en partie l'effet de mesures de protection et de réglementations diverses, mais elle est avant tout le fruit d'une multitude de microdécisions de gens, d'entités de toute sorte, d'un vouloir-vivre collectif, d'un "vouloir-aimer" la France. C'est peut-être un des rares vrais consensus de ce vieux pays gaulois, qui aime tant ce qui le divise mais chérit secrètement ce qui l'unit et qui s'appelle d'un beau mot : l'aménité de la France. Aménager le territoire, c'est aussi orchestrer la beauté de la France, celle dont nous avons hérité et celle que nous traçons de nos mains.    haut
 
L'expansionnisme monégasque grignote l'Hexagone
 
par BENOIT HOPQUIN, publié dans le Monde du 26 février 2003
Faut-il se méfier de l'expansionnisme monégasque ? Engoncée dans un territoire trop petit - 1,5 km2 - pour accueillir les fortunes qui s'y pressent, la Principauté cherche de l'air. Non contente d'empiéter sur la mer, par enrochements successifs, elle grignote aussi sur terre, chez le voisin français. L'Etat monégasque a ainsi réussi en février l'acquisition, pour 3,2 millions d'euros, d'un terrain de 54 hectares, sis au lieu-dit Fontbonne, sur la commune de Peille (Alpes-Maritimes). Le site est situé sur les pentes du mont Agel (1145 mètres) et offre une vue imprenable sur la mer et l'entassement urbain du Rocher. Il est placé dans la continuité de la villa Roc Agel, résidence de la famille Grimaldi, et d'un golf huppé, géré par la Société des bains de mer (SBM) de Monte-Carlo, sur la commune de La Turbie. A peine plus loin, d'autres hectares ont été acquis par un gros investisseur immobilier de la Principauté. La dernière conquête jouxte les terrains militaires de la base aérienne 943, ultime rempart cadastral contre l'envahisseur !
La Principauté justifie son achat par un imbroglio juridique. Le terrain abrite les émetteurs historiques de Monte-Carlo Radiodiffusion (MCR) qui passent depuis plusieurs années de main en main, au gré des soubresauts de l'audiovisuel français. Télédiffusion de France (TDF) est devenue en janvier 2000 actionnaire majoritaire de MCR et propriétaire du terrain de Fontbonne. Franck Biancheri, conseiller de gouvernement pour les finances et l'économie, explique qu'un agrément a été passé, "avec la haute approbation souveraine" du prince Rainier, pour que le terrain et les installations soient achetés par l'Etat monégasque à MCR et soient ensuite loués à MCR pour un bail de trente ans. Monaco s'assure ainsi le contrôle de ses ondes et TDF un peu d'argent frais. Mais Jean-Pierre Puliti, responsable de l'Association de défense de l'environnement du mont Agel, qui redoute que les derniers espaces verts du secteur ne deviennent peu à peu le jardin privé de la jet-set, n'a cure de ces petits arrangements entre amis. Il brandit la Constitution française qui, par son article 53, soumet à approbation préalable du Parlement toute cession de portion du territoire français à un pays étranger. Interrogé sur ce point de droit par Le Monde, le ministère des affaires étrangères s'est déclaré incapable d'apporter de réponse. M. Puliti a saisi du dossier des députés, mais s'estime bien seul à lutter contre la pacifique colonisation.    haut
 
Technologie - Une île libanaise de métal et de plexiglas
 
paru dans l'Orient-le Jour le 8 février 2003

L’amicale des ingénieurs de l’AUB (American University of Beirut) a convié à l’Alumni responsables, experts et journalistes à une conférence, présentant une invention créée par l’un des leurs, Abdallah Daou. L’ingénieur a inventé une île flottante où des hôtels, appartements et clubs de loisirs peuvent être construits sans pour autant remblayer la mer et les océans. Cette île particulière peut faire aussi office de port artificiel utilisé par les bateaux de plaisance, ou de point de ravitaillement pour les navires et les sous-marins en pleine mer. L’idée est révolutionnaire et le projet intéresse des entrepreneurs arabes, européens et libanais. D’ailleurs, la première île construite à partir de métal et de plexiglas (l’invention de l’ingénieur Daou) est en cours de construction dans un pays du Golfe. Une autre devrait bientôt voguer sur la côte libanaise en face de Jounieh. L’événement, placé sous le patronage du président de la République, le général Emile Lahoud, s’est tenu en présence des représentants du chef de l’Etat, du président de la Chambre, du Premier ministre et du commandant en chef de l’armée.    haut

 
Les vertiges de la miniaturisation
Un champ de recherche en pleine expansion dans le domaine de l'électronique et des nanomachines

 

par CYRILLE VANLERBERGHE, publié dans le Figaro le 27 février 2003

Mais que sont donc ces mystérieuses nanotechnologies ? Depuis quelque temps ce mot est utilisé à toutes les sauces, comme une invocation magique appelant à un avenir radieux par les miracles de la miniaturisation. Car c'est bien de miniaturisation dont il s'agit. Le préfixe nano, qui vient du grec "nannos", pour nain, est utilisé par les scientifiques pour désigner un milliardième. La taille de référence pour l'ensemble nanotechnologies est le nanomètre, qui désigne le milliardième de mètre. Une grande branche des nanotechnologies fait déjà partie de notre quotidien sans que l'on s'en rende compte : les circuits électroniques qui peuplent les ordinateurs ou les téléphones portables atteignent désormais des tailles aussi petites que la centaine de nanomètre pour les plus avancés d'entre eux. La microélectronique, dont le nom définissait encore hier l'ère des circuits tracés au micromètre (millionième de mètre) près entre dans l'âge de la nanoélectronique. Il s'agit en fait du prolongement d'un processus continu de miniaturisation des circuits électroniques, qui a démarré dans les années 1970 et qui répond à un besoin toujours plus pressant de calculs plus rapides. En gravant des circuits de plus en plus fins, les industriels arrivent à la fois à augmenter le nombre de transistors dans les puces tout en réduisant leur taille. C'est ainsi qu'Intel arrive aujourd'hui à masser 55 millions de transistors sur une seule puce de quelques centimètres carrés, et devrait arriver à porter ce nombre à 500 millions d'ici trois ou quatre ans.
Ces progrès techniques d'une industrie déjà mûre ne font pas autant rêver que les possibilités presque infinies promises par les nanomachines. Dans les rêves de certains visionnaires, comme le Prix Nobel de physique Richard Feynman, qui en avait imaginé l'existence dès 1959, des machines ridiculement petites seront capables de modifier la matière atome par atome pour créer des matériaux inouïs, légers comme la plume et résistants comme l'acier. D'autres imaginent déjà des milliers de sous-marins minuscules qui voyageront dans nos vaisseaux sanguins pour y faire le ménage ou lutter contre diverses maladies. Les possibilités sont presque infinies, mais elles relèvent encore du domaine du rêve et du fantasme. Certains s'attendent déjà à des utilisations moins généreuses de ces technologies, avec l'idée que, si on sait produire des nanomachines invisibles capables de soigner de l'intérieur, il serait aussi possible d'en développer d'autres avec le but inverse : tuer. "Pour le moment, on ne sait pas faire des moteurs vraiment très miniaturisés, de moins d'un millimètre, mais on saura peut-être le faire dans le futur", commente Jean-Louis Pautrat, physicien du CEA, conseiller scientifique du pôle d'innovation Minatec à Grenoble et récent auteur d'un livre sur les nanotechnologies (1). En revanche, certains chercheurs ont réalisé des progrès assez impressionnants en allant chercher les nanomachines là où elles existent déjà depuis des millions d'années : dans les cellules vivantes. L'équipe d'un chercheur américain a ainsi greffé une sorte d'hélice sur la partie mobile d'un enzyme qui se trouve à la surface des cellules. En mettant cet hybride bio-mécanique en présence d'une substance chimique adéquate, les scientifiques arrivent à faire tourner où à arrêter ce nanomoteur. Il s'agit là d'une démonstration impressionnante de ce qui peut être fait mais, pour le moment, le minuscule rotor ne fait que tourner dans le vide et ne sert à rien.
Si les recherches sur les nanomachines demeurent aujourd'hui embryonnaires, des systèmes opérationnels existent déjà à une échelle un peu supérieure : celle du micromètre. En utilisant les techniques de gravure sur silicium qui servent couramment à produire des puces électroniques, il est déjà possible d'obtenir des outils qui conjuguent l'électronique avec des propriétés mécaniques. Des équipements que les spécialistes ont baptisés Mems, acronyme de "systèmes microélectromécaniques" en anglais. Le meilleur exemple de ce mariage a trouvé une place dans les voitures modernes : les minuscules capteurs de décélération qui déclenchent le gonflement des airbags sont ainsi produits en très grand nombre et de manière peu coûteuse, comme des puces électroniques. De tels dispositifs peuvent également trouver des applications dans le domaine médical. On peut par exemple imaginer des capteurs implantés directement dans le corps (pour mesurer la pression artérielle par exemple), qui pourraient transmettre par radio leurs données à des appareils externes.
(1) "Demain le nanomonde", Jean-Louis Pautrat. Fayard, décembre 2002    haut
 
La rue oppose un veto planétaire à la guerre
Les Arabes réitèrent leur refus d'une campagne militaire US, accord in extremis à l'Otan
 
paru dans l'Orient-le Jour le 17 février 2003

L’ampleur exceptionnelle et planétaire qu’ont prise les manifestations du week-end contre une guerre en Irak a renforcé le camp des défenseurs de la paix et constitué un désaveu pour l’Administration Bush et ses alliés européens dans la crise irakienne. Quelque dix millions de personnes se sont en effet mobilisées pour manifester contre la guerre en Irak, principalement en Europe où des marées humaines ont déferlé dans les rues de Rome, Madrid et Londres pour dire non au président George W. Bush. En Espagne, en Italie et en Grande-Bretagne, trois pays alliés de Washington dans la crise irakienne, où l’opinion publique ne partage pas la position adoptée par son gouvernement, la mobilisation a battu tous les records et donné lieu à des rassemblements humains parmi les plus importants de l’après-guerre. Pendant ce temps, les ministres arabes des Affaires étrangères réunis au Caire ont adopté hier une résolution rejetant "toute agression US contre l’Irak et le Koweït", dans une référence implicite à d’éventuelles menaces irakiennes contre l’émirat. Par ailleurs, à l’issue de difficiles négociations au sein de son Comité des plans de défense, l’Otan est parvenue in extremis hier à un accord sur la défense de la Turquie en cas d’intervention militaire américaine contre l’Irak.    haut

    
  

 
 
 
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