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Indispensable ONU
par KJELL MAGNE BONDEVIK,
premier ministre norvégien, publié
dans le Monde du 13 février 2003
Traduit
du norvégien par Torunn Amiel
Ebranlé par d'innombrables
conflits, par des souffrances
indicibles et des crimes
inimaginables, le XXe
siècle a peut-être été le
plus meurtrier de l'histoire
de l'humanité. A maintes
reprises, un groupe ou une
nation a usé d'une extrême
violence à l'encontre d'un
autre groupe ou d'une autre
nation, souvent par méfiance
ou haine irrationnelles, par
arrogance et soif de pouvoir
et de richesse. Face à ces
drames, les dirigeants des
pays du monde ont décidé de
rassembler les nations dans
une organisation, l'ONU, dont
le but principal est le
maintien de la paix.
Aujourd'hui plus que jamais,
nous devons avoir foi dans le
mandat de l'ONU et dans la
capacité de cette
organisation à promouvoir la
justice et la paix et à
renforcer la coopération
entre les peuples. Sur les
ruines de la Société des
nations, des dirigeants
visionnaires ont réussi à bâtir
un édifice plus solide,
l'Organisation des Nations
unies. Les Etats membres ont
adopté la Charte de l'ONU,
une véritable Constitution
pour la communauté
internationale, par laquelle
ils ont investi le Conseil de
sécurité d'une autorité
supranationale sur les
questions relatives à la paix
et à la sécurité
internationales.
La Norvège a joué un rôle
actif dans la rédaction de
cette Charte et a fourni le
premier secrétaire général
de l'Organisation. La Norvège
est et demeure une nation de
paix, déterminée à soutenir
pleinement les Nations unies.
Prendre à la légère l'ONU,
son autorité morale et ses règles
du jeu internationales, c'est
trahir les efforts en faveur
de la paix. Dans le débat
actuel sur l'Irak, beaucoup, même
en Norvège, ne prennent pas
suffisamment au sérieux notre
devoir de consolider l'ONU et
de sauvegarder sa Charte. Nous
devons être reconnaissants
envers les dirigeants qui, en
1945, ont chargé le Conseil
de sécurité d'identifier les
menaces pour la paix et de décider
des mesures que doit prendre
la communauté internationale
pour y faire face. Le Comité
Nobel norvégien a décerné
à treize reprises le prix
Nobel de la paix à des
personnalités ou des
organisations liées à l'ONU,
et, il y a un peu plus d'un
an, il a attribué cette récompense
à l'ONU et à son secrétaire
général, Kofi Annan. Cette
distinction témoigne de la
haute estime dont jouit l'ONU
en tant qu'organisation de
paix.
La situation actuelle est
difficile pour la communauté
internationale comme pour les
nations et les individus. Nous
sommes tous inquiets devant le
danger de guerre que représente
le conflit irakien. En matière
de politique internationale,
il me paraît fondamental
d'avoir recours à l'ONU pour
résoudre les conflits
internationaux ou régionaux.
Le Conseil de sécurité a
adopté plusieurs résolutions
dans le cadre du conflit
irakien, la dernière en date
étant la résolution 1441.
Celle-ci a été acceptée par
l'Irak. Les Etats-Unis se sont
longtemps demandé s'ils
allaient coopérer avec l'ONU
ou agir seuls. L'annonce du président
Bush devant l'Assemblée générale
des Nations unies à l'automne
dernier que son pays allait
coopérer avec l'ONU et le
Conseil de sécurité a donc
en général été accueillie
avec soulagement. Dans des
crises aussi graves, la
solution doit être recherchée
non par les pays pris
individuellement mais par la
communauté internationale,
via l'ONU. Nous mettons donc
en garde les Etats-Unis contre
une intervention qui ne serait
pas appuyée par une nouvelle
décision du Conseil de sécurité.
La Norvège fait partie des
pays qui auprès des
Etats-Unis ont souligné
l'importance de garder le
dossier irakien au sein de
l'ONU. Tous les gouvernements
devraient maintenant se garder
de tirer des conclusions avant
que les rapports des
inspecteurs en désarmement
soient sur la table. Si l'on
exclut à présent les plus sérieuses
conséquences, cela revient en
fait à ne pas tenir compte de
la résolution 1441, et cela
laisserait supposer que
d'autres pays, comme les
Etats-Unis, seraient aussi légitimés
en tirant prématurément des
conclusions. Non seulement
cela renforcerait le risque de
guerre, mais cela aurait pour
résultat de relâcher la
pression sur Saddam Hussein,
qui serait alors à même de développer,
voire même d'utiliser, des
armes de destruction massive.
Je souhaite que l'Irak coopère,
afin que le Conseil de sécurité
puisse résoudre ce conflit
par des moyens pacifiques.
J'ai beaucoup évoqué dans
cette affaire la "voie
de l'ONU". Elle est
claire. Elle s'inscrit dans le
cadre des valeurs
fondamentales du droit
international et des idéaux
de l'ONU, auxquels nous adhérons
pleinement. Nous entendons
suivre cette voie, dans
l'espoir d'un dénouement
pacifique du conflit irakien
sur la base de la résolution
1441.
L'ONU ne sera que ce que les
divers gouvernements du monde
voudront bien en faire. En
tant que premier ministre
d'une société fondée sur
des traditions chrétiennes et
humanistes, je souhaite préserver
l'ONU et son rôle en faveur
du maintien de la paix. Une
paix fragilisée par ces Etats
qui sapent les libertés
publiques et violent les
droits individuels des
citoyens, représentant une
menace non seulement pour
leurs propres populations,
mais aussi pour leurs voisins -
et même pour le monde entier.
L'ONU est un outil
international dont le monde a
cruellement besoin. En ces
temps difficiles, il est
important que des voix se
fassent entendre en faveur
d'une approche multilatérale,
avec l'espoir que la "raison
internationale"
l'emporte - au service de
la paix !
haut
Afrique
- Prisme désinformateur
Comprendre
ce continent, c'est passer outre
les discours schématiques
par
CHRISTOPHE COURTIN, publié dans
Libération le 6 février 2003
L'auteur
a travaillé en Afrique de 1995 à
2002 et notamment en Côte-d'Ivoire
pour Terres des hommes Lausanne et
l'Association française des
volontaires du progrès. Il est
actuellement directeur des
projets/programmes au CCFD (Comité
catholique contre la faim et pour
le développement)
A interpréter rapidement et
à lire en diagonale les
informations grand public sur
les événements récents de Côte-d'Ivoire,
ce seraient des côtiers xénophobes
qui se battraient contre des
sahéliens tolérants, des
sudistes cultivateurs contre
des nordistes éleveurs ou des
musulmans contre des chrétiens.
Il n'aura fallu qu'un mois après
le déclenchement de la rébellion
pour que le spectre du génocide
rwandais s'étale à la première
page d'un grand quotidien. Décidément
on n'échappe pas à cette
vision de l'Afrique
contemporaine qui ne peut être
comprise qu'au travers du
prisme de l'ethnie ou de la
religion. Comment en est-on
arrivé là ? L'histoire de
l'Europe, plus particulièrement
celle de la France et
l'histoire de l'Afrique sont
liées. Ce n'est pas la peine
de faire un dessin, pensons à
la traite négrière, à la
colonisation et aux pratiques
issues de la décolonisation
pendant la guerre froide. Nos
représentations collectives
du réel sont largement le
fruit de notre histoire. De
cette histoire commune entre
nos deux continents, nous
pouvons schématiquement repérer
deux types de discours
dominants sur l'Afrique et les
Africains. Pour les uns le
continent africain reste en
friche, il faut le mettre en
valeur et l'éduquer, pour ne
pas dire l'exploiter et le
civiliser. Pour les autres,
nous sommes en bonne partie
responsables des maux actuels
de l'Afrique.
Sur ces tendances lourdes qui
structurent toujours nos
analyses s'ajoutent deux spécificités
françaises : son histoire des
sciences sociales et son
histoire coloniale. La première
est marquée par l'ethnologie
universitaire qui, jusque dans
les années 60, a découvert
en Afrique un vaste réservoir
de traditions et de cultures
exotiques qu'il fallait
recenser et étudier. L'Africain
devenait alors un objet d'étude
savante, le membre inséparable
d'une communauté qui déterminait
ses comportements, avant d'être
un sujet, un individu doté de
raison autonome. Cette vision
ethnologique continue d'être
le prisme au travers duquel
beaucoup de commentaires qui
se veulent experts trouvent
leur source d'inspiration. On
y échappe difficilement. La
seconde spécificité française
est liée aux caractéristiques
psychologiques, pourrait-on
dire, des colonisateurs qui étaient
des militaires, des commerçants,
des administrateurs, des
religieux, mais aussi pour
beaucoup d'entre eux des
aventuriers qui trouvaient en
Afrique une réponse à leur
marginalité. Certes, la
plupart étaient mus par le goût
de l'argent et de la conquête,
mais beaucoup croyaient en
leur mission et étaient mus
par une sorte de quête
personnelle d'engagement. Ces
derniers partaient alors plus
facilement dans les grands
espaces sahéliens et les déserts,
laissant aux brutes coloniales
la côte atlantique et les
comptoirs fluviaux. Les
oeuvres littéraires de ces écrivains
missionnaires, soldats,
savants, alimentent encore,
mais de plus en plus
marginalement, l'imaginaire de
la jeunesse.
En définitive, nos systèmes
de représentation sur les
Africains fonctionnent sur
quatre modes : le dominateur,
disons raciste, le
culpabilisant caritatif, l'idéaliste
tiers-mondiste et le
culturaliste relativiste. L'Africain
est tour à tour, en fonction
de l'actualité : un sauvage
sanguinaire, un vieux sage
qui, sous son arbre, attend
que sa bibliothèque brûle,
un musicien qui a le rythme
dans le sang, une brave femme
pleine de bonne volonté qui
ne demande qu'à apprendre,
une victime apeurée, une
fille excisée, un sidéen décharné,
un fier pasteur, un despote ou
un héros révolutionnaire. On
pourrait compléter cette
liste de clichés par celui de
la lascivité voluptueuse de
l'Africaine et celui de la
virilité flamboyante de
l'Africain, clichés déjà
relevés par Frantz Fanon
qu'il considérait du même
tonneau que ceux liés à la
cupidité du juif. Tout cela a
pour résultat une sorte
d'essence de l'Africain dont
le comportement est collectif
avant d'être individuel,
communautaire avant d'être
personnel, ethnique avant d'être
citoyen. Le plus consternant
est que ces figures de rhétorique
essentialistes sont de plus en
plus intégrées et cautionnées
par les élites africaines
elles-mêmes. L'ivoirité ou
les cancrelats de la radio
Mille Collines au Rwanda relèvent
de cette instrumentalisation
des représentations
collectives par trop de
pouvoirs africains. En
rajoutant une petite couche à
ce constat désabusé, on peut
légitimement se demander si
l'approche caritative des ONG
qui a prévalu jusqu'à peu en
Afrique, est le résultat ou
une des causes du chaos
africain, sans oublier
l'aveuglement des bataillons
d'experts des institutions
internationales qui ont
construit des années durant,
comme dans un vaste bac à
sable, tous les châteaux de
sable du développement.
Tout se passe comme si on
s'interdisait, à propos de
l'Afrique, le recours aux
outils d'analyse politique que
l'on utilise ailleurs. Il est
évident, pour en revenir à
la Côte-d'Ivoire, que le
clivage communautaire existe
et qu'il passe au même
endroit que les clivages économique,
religieux, écologique,
politique et agricole selon
une ligne de fracture
est-ouest qui divise le pays
en deux entités. Mais comment
gérerions-nous en France le
fait qu'un gouvernement
constitutionnel et légalement
élu soit obligé de composer
avec des mutins armés à l'étranger,
le fait que les services régaliens
de l'Etat (police, armée,
justice, impôts) privatisent
et informalisent
quotidiennement le service
public pour leur propre compte
? Vivrions-nous bien que les
divisions politiques internes
d'une puissance étrangère se
calquent sur nos propres
partis politiques, qu'un
ancien Premier ministre soit
interdit de participation au
scrutin présidentiel ?
Pourrions-nous accepter, sans
crise majeure, une situation où
30 % de la population active
est étrangère ?
Comprendrions-nous sans débat
qu'un ministre des Finances
affiché socialiste soit un économiste
universitaire ultralibéral ?
Non, probablement, les
Ivoiriens et les Africains pas
plus. Il ne s'agit pas de
justifier les horreurs
commises mais de se dire que
les causes du mal dont souffre
la Côte-d'Ivoire sont à
analyser politiquement avec
toute la profondeur historique
nécessaire.
haut
Du haut de
ces ziggourats...
par ODON VALLET, publié
dans le Monde du 18 février
2003
L'auteur
enseigne aux universités Paris
I et Paris VII
"Vers l'Orient
compliqué, je volais avec des
idées simples", écrivait
le général de Gaulle dans
ses Mémoires de guerre.
L'actuel projet américain de
guerre en Irak ne tient pas
compte de la complexité de ce
pays, qui est une tour de
Babel de langues, de peuples
et d'Eglises : la guerre
risque d'agir comme une bombe
à fragmentation entre des
groupes ennemis et d'aggraver
d'antiques fractures entre des
régions rivales. L'Irak est
sur la ligne de démarcation
de deux grands espaces
linguistiques :
l'indo-européen, auquel se
rattache le kurde ; le sémitique,
auquel appartiennent l'arabe
et l'araméen (la langue de Jésus)
des minorités chrétiennes.
Cette barrière des langues
est devenue frontière
religieuse dès l'Antiquité,
quand les Babyloniens sémites
et polythéistes se sont opposés
aux Persans indo-européens et
zoroastriens, puis lorsque
l'Iran chiite s'est séparé
du monde arabe sunnite. Car le
schisme essentiel de l'islam
s'est produit au cœur de
l'Irak, lors des batailles du
Chameau (656), de Nahrawan
(658) et de Karbala (680). Sur
les rives du Tigre et de
l'Euphrate, les partisans du
calife et ceux d'Ali ont versé
leur sang pour engendrer le
sunnisme et le chiisme. Les
Lieux saints du chiisme se
trouvent d'ailleurs en Irak (à
Nadjaf et à Karbala) et non
en Iran. Toute guerre en ces
villes saintes ne ferait
qu'exacerber la colère des
chiites d'Iran, d'Afghanistan
ou du Pakistan.
Les schismes du christianisme
ont trouvé dans le nord de
l'Irak un refuge menacé :
chaque rue de Mossoul (ville
durement éprouvée par la
guerre du Golfe) abrite une
communauté chrétienne. Il y
a les Assyriens nestoriens
(dissidents du concile d'Ephèse),
pour lesquels Marie est mère
de Jésus et non de Dieu ;
les jacobites monophysites
(dissidents du concile de
Chalcédoine), pour lesquels Jésus
est vraiment Dieu mais pas
totalement homme ; les
chaldéens (nestoriens unis à
Rome), les byzantins
(orthodoxes), les Arméniens,
les protestants évangélisés
par des pasteurs américains,
etc. Beaucoup de ces chrétiens
avaient placé des espoirs déçus
dans la protection des
puissances occidentales face
à la répression de l'Empire
ottoman. En 1920, le traité
de Sèvres avait promis aux
Assyro-Chaldéens des
garanties dans le cadre d'un
Kurdistan autonome qui ne vit
jamais le jour, et en 1933 des
milliers de ces chrétiens
furent massacrés par les
troupes irakiennes.
Aujourd'hui, ils peinent à
concilier leur identité chrétienne
avec leur patriotisme arabe,
et nombre d'entre eux prennent
le chemin de l'exil. Leurs
femmes arborent des robes de
couleurs vives et ne portent
pas le voile dans ce pays qui
le rendit obligatoire mille
sept cents ans avant Mahomet
(lois attribuées au roi
assyrien Téglat-Phalazar Ier,
tablette A 40). Mais une
nouvelle guerre ne donnerait
à beaucoup d'autre choix que
la valise ou le cercueil.
Encore plus délicate est la
position des yazidis, ces
"adorateurs du
diable" qui émigrent
clandestinement en Europe car
on n'admet pas la foi de ces
Kurdes vénérant Malek Taous,
le Roi-Paon, qui éteignit les
flammes de l'enfer avec les
larmes de son repentir. Et que
dire des Mandéens de Bassorah,
ville martyre tant de fois
bombardée ? Ils voient
dans Jean-Baptiste le vrai
Messie et se baptisent tous
les jours dans l'eau, alors
que Saddam Hussein a asséché
leur région de marais :
ce sont des candidats à l'émigration
en Amérique ou en Australie.
La guerre bâtit des murs
entre les gens et détruit les
ponts entre les peuples. Le
pays qui inventa les murailles
(celles d'Uruk avaient dix
kilomètres de long) n'a
jamais eu de limites
naturelles, et il créa les
premières bornes (la stèle
des Vautours, vers 2.500 av.
J.-C.) pour marquer les frontières
entre les cités. Aujourd'hui,
celles-ci sont de purs
artifices nés de la fin de
l'Empire turc, et tout conflit
en Irak s'étendrait
au-dehors.
La patrie, légendaire ou
historique, d'Abraham le Chaldéen
a toujours exporté ses
inventions et ses
destructions. Au peuple de la
Bible, elle légua ses mythes
(comme celui du Déluge) et
ses lois (la Torah doit
beaucoup aux "codes"
mésopotamiens), mais aussi
ses guerres (la déportation
du peuple juif à Babylone).
Aujourd'hui, le
fondamentalisme chrétien américain
(proche du président Bush),
curieusement allié au
sionisme intransigeant, risque
de raviver les antiques
blessures. Résonne alors la
terrible prophétie du psaume
136 : "Fille de
Babylone, heureux qui saisira
tes nourrissons pour les
broyer sur le roc."
Et le negro spiritual n'est
pas plus tendre : "Babylone
tombe et c'est pour
toujours." On préfère
les accents de paix des prophètes
Isaïe (2, 4) et Michée (4,
4) : "De leurs épées
ils feront des charrues et de
leurs lances des serpes. On ne
brandira plus l'épée nation
contre nation."
Souhaitons donc que l'actuelle
tension internationale ne soit
qu'une guerre des nerfs
semblable à celle qui opposa,
voici cinq millénaires, les
cités d'Uruk (la
superpuissance de l'époque)
et d'Aratta, sans jamais dégénérer
en conflit ouvert grâce aux
conseils de Nidaba, déesse de
la sagesse. Et que le pays
d'Eden, situé par la
tradition entre Tigre et
Euphrate, ne soit pas
l'antique paradis transformé
en enfer. Du haut des
ziggourats, cinquante siècles
nous contemplent. Laissons
toutes ses chances à cette
civilisation sans faire
confiance à Saddam, qui se
veut un Nabuchodonosor, ni à
Bush, qui se prend pour un
croisé.
haut
La
nouvelle Rome et les nouveaux
barbares
par GEORGES KHADIGE, publié
dans l'Orient-le Jour le
17 février 2003
Jadis les Grecs appelaient
barbares tous ceux qui n’étaient
pas grecs y compris les
Romains. Plus tard les
Romains, devenus les maîtres
du monde, appelèrent barbares
tous ceux qui n’étaient pas
romains, y compris sans doute
les Grecs, qui ont été
pourtant leurs civilisateurs.
Plus près de nous, et dans un
autre contexte, Montesquieu
dans ses Lettres persanes se
demandait comment peut-on être
persan ? Hergé, dans la
fameuxe série de bande dessinée,
Tintin, ne manque pas de se
moquer des Arabes sous couvert
d’exotisme. Et voilà que
les Etats-Unis d’Amérique,
la nouvelle Rome, dont
Tocqueville s’était permis
de dire "qu’ils
avaient passé de la barbarie
à la décadence sans avoir
jamais connu la
civilisation", considèrent
aujourd’hui comme de
nouveaux barbares, des
terroristes et tous autres
qualificatifs tous ceux qui ne
sont pas américains, y
compris sans doute les Européens,
qui, comme les Français, les
Allemands et les Belges, ne
leur sont pas totalement inféodés
comme l’Angleterre de Tony
Blair.
Serait-ce là une constante de
l’histoire ? Faut-il
toujours que le peuple
dominateur méprise les
peuples dominés ? Peut-on
oublier cette couverture
d’une revue libanaise, qui
paraissait sous le mandat et
qui montrait un Sénégalais
pointant son fusil sur un
Libanais avec comme légende :
"Moi civiliser vous"
? Peut-on oublier la fameuse
phrase de Georges Vayssié,
propriétaire du premier
quotidien de langue française
paraissant au Liban également
sous le mandat et qui écrivait
dans son journal : "les
chiens aboient, la caravane
passe" ? Qui sont donc
ces chiens ? Qui sont ces
barbares ? Qui sont ces
terroristes ? Avant de coller
aux peuples et aux personnes
des "étiquettes" à
cause de leur race, de leur
religion, de la couleur de
leur peau, de la forme de
leurs yeux ou de la densité
de leurs cheveux et que dire
alors de leurs idées et de
leurs convictions, il serait
bon de se demander où est la
Vérité ? avec un grand V, et
qui peut prétendre être le détenteur
de la Vérité? Il est aisé
de parler de terrorisme, de
qualifier les gens de
terroristes, comme jadis de
barbares. Mais qu’est-ce que
le terrorisme ? Et combien de
formes de terrorisme existe-il
dans nos sociétés ? Détruire
les deux tours de Manhattan
est sûrement un acte
terroriste abominable,
inadmissible, révoltant. Mais
l’embargo décrété contre
un pays et tout un peuple, la
mort d’enfants
quotidiennement et par
centaines et par milliers
n’est-ce pas du terrorisme ?
Un vieux dicton arabe, plein
de philosophie, disait que
"l’assassinat d’un
homme dans une forêt est un
crime impardonnable, mais
l’extermination d’un
peuple paisible est une
question défendable." Ne
faut-il pas que le monde cesse
de "peser" avec deux
poids, deux mesures ? Que les
puissants cessent de ne voir
que d’un seul œil et un
seul aspect des choses ? Que
ce qui est défendu à l’un
ne soit plus parfaitement
permis à l’autre ? Les
Etats-Unis, première
puissance incontestable du
monde, cette nouvelle Rome,
cette nouvelle maîtresse de
l’univers, ne devraient-ils
pas se demander pourquoi ils
ont de plus en plus de gens
contre eux ? Pourquoi sont-ils
de plus en plus haïs ? De
l’Europe à l’Amérique,
de l’Afrique à l’Asie,
pourquoi de plus en plus de
peuples descendent dans la rue
pour manifester contre eux,
pour brûler le drapeau américain
et scander des slogans
hostiles à l’Uncle Sam ?
Pourtant, qui nierait les mérites
des Etats-Unis d’Amérique
tout au long de ce XXe siècle
? N’est-ce pas eux qui ont
joué un rôle déterminant
dans les deux Guerres
mondiales et spécialement la
seconde ? N’est-ce pas eux
qui ont libéré l’Europe du
nazisme et plus près de nous
du communisme totalitaire ?
N’est-ce pas eux qui ont
marché les premiers sur la
Lune ? Le peuple américain
n’est-il pas un peuple bon,
courageux, méritant et plein
d’altruisme ?
Pourquoi continuer donc à
donner au monde une autre idée
de cette Amérique que tous
pourtant ne demandent qu’à
aimer ? Pourquoi cet
acharnement sur l’Irak alors
que des pays, dont Israël
lui-même, mais aussi l’Inde,
le Pakistan, la Corée du Nord
et tant d’autres possèdent
des armes de destruction
massive et même la bombe
atomique, tellement plus
dangereuse que les armes
qu’on accuse l’Irak de détenir
? Pourquoi ce parti pris révoltant
en faveur d’Israël, qui se
rend coupable chaque jour
d’un véritable génocide
contre les Palestiniens, pire
que tous ceux dont
l’histoire a conservé le
souvenir et que les hommes ne
cessent de stigmatiser ? Le pétrole
et les richesses de l’Irak
et par voie de conséquence
des Arabes seraient-ils des
motifs suffisants pour
inventer les prétextes à une
intervention militaire qui ne
convainc personne et contre
laquelle le monde dans son
ensemble s’insurge ?
Va-t-on obliger tous les
hommes de bonne volonté à
s’écrier comme Cicéron
fustigeant Catilina dans ses
fameuses Catilinaires : "O
quo usque tandem catilina
abutere patientiam nostram"
? Jusqu’à quand Catilina
abuseras-tu de notre patience
? et de se demander jusqu’à
quand les Etats-Unis
continueront-ils à faire la
sourde oreille aux cris des
gens et à abuser de leur
patience ? Rome est-elle
jamais tombée dans ces excès
? Néron a brûlé Rome, mais
n’a pas brûlé l’Italie
ni le monde. Caligula a été
fou, mais n’a pas conduit
Rome à provoquer des
catastrophes. Il est temps que
la nouvelle Rome, sur qui tout
le monde civilisé bâtit ses
espoirs, se réveille, cesse
d’étiqueter les gens au gré
de ses intérêts et se
comporte vraiment en leader
incontesté d’un monde qui
ne demande qu’à
l’admirer, à la suivre et
à clamer, pourquoi pas :
"In God we trust and also
in United States of America."
Mais pour cela, il faut croire
en l’homme et en sa valeur
infinie et cesser de vouloir
jouer aux apprentis sorciers
en pensant que la politique
n’est pas l’art
d’organiser la cité, mais
celui d’intriguer en
permanence pour rester les maîtres
du monde. Le jour où les
Etats-Unis réaliseront tout
cela et l’admettront, ce
jour-là nous leur dirons de
tout cœur : chapeau bas !...
haut
Le dilemme
des intellectuels syriens
par MOUNA NAIM, publié dans
le Monde du 15 février 2003
La dictature de Saddam Hussein
leur répugne, mais ils ne
peuvent adhérer à
l'"impérialisme" américain.
Déchirés, ils témoignent du
malaise des élites arabes. En
1959, à califourchon sur un
âne, un certain Saddam
Hussein, fuyant les sbires du
calife d'alors à Bagdad,
trouvait refuge en Syrie.
L'histoire pourrait-elle se répéter
en 2003 ? Peu probable.
Gouvernée d'une main de fer
par une fraction rivale du même
parti unique qu'à Bagdad, le
Baas, la Syrie de Bachar El
Assad n'est plus aussi fermée
qu'il y a seulement trois ans,
sous le règne de feu le père
de l'actuel président, Hafez
El Assad. L'ancien "cœur
battant" du monde
arabe change doucement. A
Damas, aujourd'hui, on trouve
toujours les antennes du Hamas
et des autres factions
palestiniennes opposées à
Yasser Arafat et son OLP - ce
qui vaut au pays de figurer
chaque année sur la liste américaine
des régimes "soutenant
le terrorisme". Mais
on y rencontre aussi des
dizaines de milliers de réfugiés
irakiens, dont pas mal
d'opposants déclarés au
dictateur moustachu. Sur
l'insistance de Jacques Chirac
et de Washington, avec qui les
relations se sont
paradoxalement améliorées
depuis le 11 septembre
2001 - Damas a "beaucoup
aidé"dans la lutte
contre le terrorisme
islamiste, reconnaissent les
Etats-Unis -, la Syrie a
accepté de voter pour la résolution
1441, qui durcissait le régime
d'inspections en Irak. "Il
s'agissait de retarder la
guerre",
explique-t-on. Pour le reste,
Damas demeure "fermement
opposé à l'aventurisme américain"
dans la région, comme le
répètent ses médias contrôlés.
Le régime serait-il pour une
fois à l'unisson de ses
intellectuels ? Les voici
qui parlent au Monde.
Sans concession.
Antoine Maqdessi a gardé les
manières courtoises de sa génération.
Malgré son grand âge, il
tient à faire les honneurs de
sa maison au visiteur. Dans la
bibliothèque du modeste
appartement de cette petite
rue bourgeoise à Damas
s'alignent les ouvrages de
philosophie, de politique et
de littérature. Pour tout le
monde en Syrie, cet homme est
un monument : "le
doyen des intellectuels".
A près de 90 ans,
Antoine Maqdessi est une référence
quasi obligée vers laquelle
vous renvoient les hommes de
lettres et d'esprit. Il
continue de suivre les
affaires du monde comme le
plus à jour des jeunes
intellectuels. Rien ou presque
ne lui échappe de ce qui se
dit et s'écrit à propos de
son pays. Il a été pendant
une trentaine d'années
responsable du département de
la traduction au ministère de
la culture, et c'est à lui,
disent les plus jeunes, que
l'on doit la traduction d'œuvres
de très grande qualité.
L'ancien prof de philo,
critique à ses heures, n'est
pas seulement un homme de
culture et un esprit
universel, c'est aussi un
amoureux des arts.
Parfaitement francophone, ami
de Paul Ricœur, il confie
avec gourmandise que grâce à
ses relations dans les milieux
culturels il reçoit et lit de
nombreuses publications françaises.
Chaque fois que son fils se
rend à Beyrouth, il lui
demande de rapporter tel ou
tel ouvrage récemment paru et
dont il a eu vent au fil de
ses lectures. Contemporain des
dirigeants historiques du Baas - dont
il a été membre -, il
tient cette formation
politique dans la plus grande
défiance et accuse l'armée
d'avoir fait "main
basse sur tout".
C'est pourquoi il a quitté le
parti dès 1954.
Ce vieux routier de la
politique, dont l'histoire
personnelle se confond
pratiquement avec celle du XXe siècle,
est sans illusion aucune :
la situation actuelle du monde
arabe ? "Désastreuse",
dit-il, et en Syrie comme
ailleurs "la société,
l'être humain, l'éducation
et, consécutivement, la pensée
ont été réduits à néant"
par des régimes autoritaires ;
la "citoyenneté"
n'a pas de sens, les gens n'étant
considérés que comme des "paroissiens"
sommés d'approuver ce que
d'autres au pouvoir décident
pour eux à l'avance. "J'ai
renoncé à l'enseignement de
la philosophie grecque, dit-il,
parce qu'enseigner la
philosophie devenait une tâche
impossible. Le niveau culturel
des étudiants a touché
un plancher effrayant (...).
En Syrie, on est obnubilé
par "l'orientation".
Le monde entier change, et ici
on tient le même discours que
dans les années 1960." A
propos de l'Irak, et d'une
possible intervention
militaire américaine, il
redoute le pire, et d'abord l'éclatement
de l'ancienne Mésopotamie "autrefois
unie, mais où le pouvoir
militaire a réveillé les
nationalismes" et les
communautarismes. Il craint
aussi une "accentuation
de la poigne de fer des
militaires en Syrie, alors que
nous nous employons à la
desserrer un tant soit
peu", dit-il. Il appréhende
surtout "l'émergence
chaotique de factions brimées,
qui entraînerait une ingérence
de plus en plus grande de
l'armée, y compris au
Liban", sous tutelle
syrienne depuis le milieu des
années 1970. Quant aux
Etats-Unis, ils ne peuvent, à
ses yeux, ni constituer un modèle
de société ni en apporter
un, parce que, dit-il, "c'est
un pays sans culture, à la
différence de la
France".
Plus que dans tout autre pays
arabe, on aurait pu s'attendre
ici au discours monolithique
traditionnel sur l'Irak :
dénonciation de "l'agression"
américaine contre un pays
arabe et solidarité obligée
avec "le peuple
irakien" contre "l'impérialisme".
La réalité est nettement
plus nuancée. S'il est vrai
que la politique des
Etats-Unis au Proche-Orient,
de la Palestine à l'Irak, ne
provoque qu'indignation dans
le pays, l'affaire irakienne
porte de nombreux
intellectuels à s'interroger
sur le sort non pas des régimes,
mais des peuples arabes qui
sont écrasés depuis des
lustres par des pouvoirs
dictatoriaux soutenus par
diverses administrations américaines -dont
aucune ne s'est jamais inquiétée
outre mesure des droits et des
libertés publiques. Bref,
comme si l'affaire irakienne
servait de catalyseur à la réflexion
sur soi et sur l'état d'une région
prise entre la poigne de fer
plus ou moins forte de régimes
détestés, dont l'Irak est
l'exécrable caricature, et le
cyclone américain, les
intellectuels syriens
n'attendent rien de bon de ce
qui se prépare sur l'Irak.
Cinéastes, universitaires,
journalistes ou membres actifs
de la société civile,
autrefois militants
nationalistes arabes,
communistes, baasistes ou
autres, pour la plupart
revenus de tout sauf de la défense
de l'individu et de ses libertés,
ils n'hésitent plus à le
dire dans un pays où, il y a
bien peu de temps encore,
quiconque exprimait à cœur
ouvert une opinion différente
de celle du gouvernement requérait
quasi systématiquement
l'anonymat. Aujourd'hui,
quelques lucarnes de liberté
se sont ouvertes - et
ils veulent se faire entendre.
Dans un vieux café populaire
du centre-ville de Damas - clientèle
presque totalement masculine,
évidemment - où les
vieux tuent le temps et les
jeunes refont le monde dans
les roucoulements des narguilés,
Oussama Mohamad tire sur sa
pipe à eau. Des années que
ce cinéaste quinquagénaire
cherche à briser les tabous,
à libérer la parole par
l'image. Son second long métrage,
Sacrifices - diffusé
en janvier sur Arte -,
vient de recevoir le visa de
la censure. Comme le précédent,
Etoiles du jour (dont
la diffusion commerciale a été
interdite), Sacrifices
tourne de manière elliptique
autour des us et coutumes de
la communauté alaouite
minoritaire - dont
il est membre, comme le président
syrien - et de la
transmission des clefs du
pouvoir.
Sur le ton dépité de celui
qui en a vu d'autres, Oussama
Mohammad avoue sa perplexité,
dit qu'il lui est "difficile"
de se faire une religion à
propos de l'Irak : "C'est
une question que moi-même et
d'autres nous posons tous les
jours, et le plus dur est de
constater que l'on en est réduit
au statut de simple
spectateur. Les sociétés
arabes ont été empêchées,
depuis des décennies, de
jouer le moindre rôle,
d'avoir une quelconque
efficacité, de peser du
moindre poids, dit-il. Si
le régime irakien, qui est le
parangon de la répression et
de la brutalité envers son
peuple, devait se maintenir,
ce serait une véritable
catastrophe. Mais, de mon
point de vue, les Etats-Unis
se comportent de la même façon,
à cette différence près que
leur peuple est le monde, et
qu'au nom de quelque chose
qu'ils appellent leur intérêt
supérieur ils veulent
l'enfermer dans une amphore,
jetant l'anathème sur tel ou
tel autre Etat sans estimer
devoir rendre de comptes à
personne." En
attendant, "le peuple
irakien est doublement
victime, de l'embargo -
international - et de son
propre régime". Ce
choix qui n'en est pas un
explique son malaise, cette "position
opportuniste, le cul entre
deux chaises", à se
demander comment se dégager
de l'alternative et "tenter
d'être efficace". "Des
choses vont bien sûr changer,
mais je ne suis pas sûr que
les Etats-Unis satisferont les
aspirations du peuple irakien,
notamment la plus sacrée
d'entre elles, la liberté",
prévoit-il.
Loin de ces états d'âme,
Omar Amiralay, dont les téléspectateurs
français ont pu voir
plusieurs films sur Arte - Le
Malheur des uns, Un
parfum de paradis, Le
Sarcophage de l'amour et Par
un jour de violence ordinaire,
entre autres -, refuse de
participer au climat ambiant,
à cet "océan de
supputations et de pronostics
auxquels tout le monde se
livre, incapable de dire"
de quoi demain sera fait.
Ce qui l'intéresse avant
tout, c'est la fin "de
cette autocratie orientale
absolue qui se perçoit comme
d'origine quasi divine",
et il lui paraît impossible,
dans cette perspective, d'écarter
"le facteur étranger",
en l'occurrence les Etats-Unis
et l'Occident, "qui a
joué un rôle capital dans
l'actuel état des
choses" en apportant
son appui à des régimes
autoritaires honnis. On ne
reprendra plus l'ancien
militant gauchiste Omar
Amiralay à s'enthousiasmer
pour quelque idéologie ou
projet politique global, forcément
érigé "sur les
ruines de l'individu et de
l'humanité". Ce qui
l'intéresse, c'est "que
meurent les dieux pour que
vivent les peuples",
que "la société se dégage
d'un héritage terrible qui a
anéanti l'individu dans sa
relation à soi et aux
autres". Et, dans
cette perspective, il n'est
tout simplement "pas
concerné par une guerre
contre l'Irak", qui "n'entraînera
que des changements de pure
forme, bien éloignés de la tâche"
qu'il s'est donnée "de
réhabiliter l'individu et l'être
humain", seule chose
qui, à ses yeux, "donne
un sens à la vie et permet de
garder un soupçon
d'espoir".
Ahmad Barqaoui, recteur de la
faculté de philosophie de
l'université de Damas, est sûr
d'une chose : "En
Syrie, l'hostilité aux
Etats-Unis fait l'unanimité.
Même la jeune génération très
moderniste, qui essaie
d'imiter le mode de vie américain,
partage cette hostilité,
comme si l'acceptation de la
culture était une chose et le
nationalisme autre
chose." "Pour les
gens, dit-il encore, les
Etats-Unis sont responsables
à la fois de la situation en
Palestine, de la longévité
des dictatures arabes, d'un
sentiment d'humiliation, et
aussi de la pauvreté dans la
mesure où les capitalistes
locaux sont considérés comme
le prolongement de
l'exploitation des richesses
par les Etats-Unis."
"Les démocrates
arabes, notamment en Syrie,
sont farouchement hostiles au
régime irakien, et malgré
cela ils appuient aujourd'hui
l'Irak parce qu'ils sont
convaincus que les Américains
veulent une autre dictature à
Bagdad (...). Croyez-moi,
la jeune génération est
meilleure que la nôtre",
assure-t-il. Sous des
apparences insouciantes, "elle
est attachée aux principes.
C'est une génération qui
s'est ouverte à la politique
par le biais des images télévisées
concrètes et non par les
discours, les slogans et les
hymnes patriotiques".
Très peu pour moi, répond en
substance Michel Kilo. Pour
cet écrivain, fervent
activiste du mouvement démocratique,
les Etats-Unis sont les
derniers à pouvoir se prétendre
hérauts de la liberté et de
la démocratie alors qu'à ce
jour ils ont, selon lui,
encouragé tout le contraire
au Proche-Orient. Ils sont également
les derniers à pouvoir
s'arroger "le droit de
décider des critères et des
formes d'intervention"
pour voler au secours du
peuple irakien. Il existe,
dit-il "d'autres
moyens que les avions Phantom
et les F-16" ou l'instrumentalisation
d'une opposition irakienne déconsidérée
pour parvenir à cette fin.
Mais "oui à une forme
d'intervention
internationale" qui débarrasserait
le peuple irakien d'un homme
qui "a détruit l'Etat
et la société", oui
à des "normes démocratiques
que l'ONU poserait et
imposerait à tous les Etats
sans exception et au recours
à tous les instruments de
l'ONU contre le régime".
haut
Ariel
Sharon à la tête d'un
gouvernement de combat
La nouvelle équipe, présentée
hier, est sans doute la plus à
droite de l'histoire israélienne
par PIERRE PRIER, publié
dans le Figaro le 28 février
2003
Après un mois de tractations,
Ariel Sharon a présenté hier
à la Knesset le gouvernement
sans doute le plus à droite
de l'histoire d'Israël. La
nouvelle formation devrait
assurer au premier ministre
une majorité de 68 sièges
sur 120. Le Likoud, fort de
ses 40 députés, s'octroie la
part du lion avec 13
portefeuilles sur 23, en plus
du premier ministre. Les
travaillistes ayant refusé de
former un nouveau gouvernement
d'union nationale, Sharon a
appelé les centristes laïques
du Shinouï, le parti de
l'ex-journaliste Tommy Lapid,
ennemi juré des
ultra-orthodoxes. Le Shinouï,
nouveau venu dans la
"cour des grands"
avec 15 sièges, obtient deux
ministères, dont celui de la
Justice pour son leader, par
ailleurs vice-premier
ministre. Reste à savoir si
le bouillant "bouffeur de
rabbins" pourra mettre en
pratique ses projets de laïcisation.
Les ultra-orthodoxes ne siégeront
pas au conseil, et cela suffit
pour l'instant au bonheur de
Tommy Lapid. Mais l'ennemi des
"hommes en chapeaux
noirs" n'a vu aucun
inconvénient à siéger à côté
du Parti national-religieux,
représentant des colons
militants, dont le leader Eifi
Eitam se voit chargé de la
Construction et du Logement,
poste lui donnant un droit de
regard sur l'agrandissement
des colonies de Cisjordanie et
Gaza.
L'ex-général au discours
messianique a récemment fait
part de ses idées pour la
solution du conflit : il
suffirait d'installer les
Palestiniens dans le désert
du Sinaï, en territoire égyptien.
L'autre représentant de
l'extrême droite, le nouveau
ministre des Transports,
Avigdor Lieberman, président
de l'Union nationale -
qui obtient en outre le
tourisme - s'est pour sa
part rendu célèbre en
proposant un jour de bombarder
Téhéran et le barrage égyptien
d'Assouan. Plus sérieusement,
ces deux partis ont écrit une
lettre à Ariel Sharon pour
rappeler leur opposition à la
création d'un Etat
palestinien, ce qui les met en
porte à faux vis-à-vis du
"programme de base"
du nouveau gouvernement. Le
programme fait référence au
"discours d'Herzliya",
prononcé par Ariel Sharon le
5 décembre dernier, qui
mentionne l'établissement
d'un Etat palestinien, assorti
de nombreuses conditions. Les
ministres les plus à droite
ne se sont pas trop inquiets
pour l'avenir proche. "La
question d'un Etat palestinien
n'est pas d'actualité, dit
le ministre du Tourisme, Benny
Elon (Union nationale). Aucune
des conditions permettant sa
création n'est réunie. D'ici
là, on verra..."
C'est avec ce gouvernement hétéroclite
qu'Ariel Sharon doit affronter
les bouleversements qui
s'annoncent, à moins
justement que la situation
d'urgence créée par une
guerre en Irak ne facilite
d'autres alliances. Autre
victoire pour Ariel Sharon, il
a réussi à garder à ses côtés
son éternel rival au sein du
Likoud, Benyamin Netanyahu,
qui avait d'abord refusé de
participer au gouvernement
s'il ne conservait pas les
affaires étrangères.
Netanyahu a fini par accepter
les finances, mais à l'issue
d'une négociation par avocats
interposés. Les pourparlers
ont débouché sur un contrat
signé entre les deux parties,
ce qui donne une idée de la méfiance
régnant entre l'ancien
premier ministre de la fin des
années 90 et l'actuel.
Netanyahu craignait de tomber
dans un piège en acceptant ce
poste impopulaire. La
situation catastrophique de l'économie
l'obligera à pratiquer des
coupes claires dans le budget.
"Bibi" a obtenu des
pouvoirs étendus et le contrôle
des sociétés d'Etat promises
à la privatisation, ce qui
devrait lui laisser une marge
de manoeuvre.
haut
Démographie
- L'Europe face au défi du
vieillissement
par STEPHANE KOVACS, publié
dans le Figaro le 14 février
2003
Phénomène mondial, le
vieillissement de la
population est d'abord un
mouvement européen. Selon un
récent rapport du Conseil de
l'Europe, le Vieux Continent
est encore plus touché que
d'autres régions du monde. "Aujourd'hui
déjà, la proportion de
personnes âgées (plus de 65
ans) dépasse la proportion de
jeunes (moins de 15 ans) dans
plusieurs pays, comme
l'Allemagne, la Grèce,
l'Italie, le Portugal et
l'Espagne", souligne
l'étude. C'est l'Italie qui
compte la plus forte
proportion de personnes âgées
(18,2%), suivie par la Grèce
et la Suède. D'après l'ONU,
l'âge médian de la
population des Quinze est
aujourd'hui de 38,1 ans. Il
sera en 2050 de 48,5 ans. "La
faiblesse de la fécondité
est peut-être le phénomène
le plus caractéristique de la
démographie européenne",
indique le rapport. La fécondité
est en dessous du seuil de
renouvellement de la
population (2,1 enfants par
femme) dans pratiquement tous
les pays d'Europe. L'indice de
fertilité moyen de l'Union
européenne n'est que de 1,47
! En 2001, seule la Turquie
s'est caractérisée par un
indice supérieur au taux de
remplacement (2,51). Il y a
eu, l'an dernier, plus de décès
que de naissances dans 43% des
régions qui forment l'UE,
affirme Eurostat. Selon les prévisions
du Fonds des Nations unies
pour la population (FNUAP),
l'Europe des 25 aura perdu, en
2050, 54 millions d'habitants,
pour n'en compter que 397,5.
Soit 72% de la population des
dix nouveaux adhérents !
Toutes les grandes nations
sont concernées, à
l'exception de l'Irlande, de
la France, des Pays-Bas et du
Royaume-Uni, qui gardent un
taux de croissance démographique
positif - mais seulement
grâce à l'immigration. Tous
les pays de l'élargissement,
à l'exception de Chypre,
Malte et la Slovaquie,
enregistrent des taux négatifs.
L'Europe centrale connaît,
depuis la chute du communisme,
un effondrement démographique
qui va aggraver le problème
du vieillissement de la
population dans l'UE après l'élargissement.
Les huit anciens pays
communistes d'Europe centrale
qui doivent adhérer en 2004
enregistraient pourtant,
jusqu'à la fin des années
80, une natalité supérieure
à celle de l'Europe de
l'Ouest. Ils disposent
aujourd'hui d'une population
active nombreuse, plutôt
jeune, mais la transition
brutale vers l'économie de
marché a provoqué un inquiétant
effondrement des naissances.
Tous les pays de la région
enregistrent des taux de fécondité
inférieurs à 1,5 enfant par
femme, y compris la très
catholique Pologne, qui
comptait encore 2,5 enfants
par femme au milieu des années
80. Ce pays, le plus peuplé
d'Europe centrale (38,3
millions d'habitants), a perdu
un million d'habitants en
quatre ans et ne devrait plus
en compter que 34 millions en
2050, indique le Population
reference bureau, un institut
démographique américain.
A cette date, la population
d'Estonie aura diminué de
36%. La Hongrie, qui compte
aujourd'hui 10,1 millions
d'habitants, en aura perdu un
cinquième. Dans ces pays où
le chômage atteint souvent
des niveaux élevés, "mettre
au monde des enfants fait
courir un risque important de
sombrer dans la pauvreté",
explique Zsuzsa Karpati,
membre de la commission
parlementaire hongroise sur la
santé. "Sous le
communisme, les logements étaient
distribués en fonction du
nombre d'enfants, l'emploi des
femmes était garanti, des crèches
et des écoles maternelles
existaient en nombre
suffisant", souligne
le démographe Heinz Fassmann
dans un rapport sur les conséquences
démographiques de l'élargissement.
Mais les systèmes sociaux ont
volé en éclats durant la
transition. Paradoxalement,
l'effondrement de la
population ne semble pas préoccuper
les pays d'Europe centrale. A
l'exception de la Hongrie,
l'un des rares Etats à
s'attaquer au problème :
Budapest vient en effet
d'augmenter les allocations
familiales de 20% et a presque
doublé les aides à la
construction de logements pour
les familles ayant des
enfants. haut
"Terra
incognita" : aliénation
urbaine dans un Beyrouth d'après-guerre
Film libanais de Ghassan Salhab.
Avec Carole Abboud, Abla Khoury,
Rabih Mroueh. (1 h 55)
par THOMAS SOTINEL, publié
dans le Monde du 12 février
2003
Un regard juste de Ghassan
Salhab sur le mal de vivre de
jeunes Libanais. Le temps de
traverser les froides
apparences de Terra
incognita, on
pourrait croire à un exercice
de cinéma entomologique.
Ghassan Salhab filme
l'agitation d'un groupe de
Beyrouthins assez jeunes pour
s'interroger sur leur avenir,
assez vieux pour souffrir des
cicatrices laissées par
l'histoire. Les personnages se
multiplient, les séquences
s'arrêtent brusquement quand
apparaissent les premiers
signes d'émotion. Très vite
l'ironie du titre s'impose :
ce n'est pas une de ces taches
blanches sur la mappemonde que
Ghassan Salhab nous invite à
parcourir à la suite de ses
cobayes (dont l'une, c'est
commode, gagne sa vie en
guidant un groupe de
touristes), mais l'un des
lieux de la planète les plus
fréquentés, et les plus
violemment, de Ramsès II
aux chasseurs israéliens qui
survolent Beyrouth pendant que
des fantassins syriens
patrouillent dans les rues.
L'inconnu ici n'a rien à voir
avec la topographie. Il s'agit
de savoir ce qu'on fait là.
Mais une fois posée, sur le
mode cynique, la question
prend chair. De cette petite
foule de personnages émerge
une figure impressionnante,
Soraya (Carole Abboud). C'est
elle que l'on voit, dès le début
du film, guider un groupe de
casques bleus français qui
profitent d'une permission
pour découvrir les beautés
du Liban.
Soraya vit, avec son frère et
une domestique, dans un
appartement dont ses parents
sont perpétuellement absents,
symboles désincarnés de la génération
qui a fait la guerre. Elle
court les ambassades pour
obtenir un visa qui lui
permettra d'émigrer et passe
ses nuits avec des hommes de
rencontre. Ses efforts
farouches pour tenir le monde
à distance sont mis à mal
par le retour de Tarek (Rabih
Mroueh), exilé revenu pour
elle au Liban. De chaque côté
de ce couple se tiennent deux
autres figures de désolation.
Leïla (Abla Khoury) insulte
Dieu pour tester sa foi. Nadim,
architecte, reconstruit un
Beyrouth virtuel et rationnel
sur son ordinateur, mais ses réalisations
construites contribuent à
enlaidir la ville. Dans le rôle
du chœur antique, un
journaliste de radio,
parfaitement solitaire, lit à
l'antenne des dépêches qui
relatent les dernières
tribulations du Liban : débat
à l'ONU sur le renouvellement
du mandat des casques bleus,
incursions israéliennes,
soubresauts de politique intérieure.
Le poids des communautés
Ils boivent de la vodka dans
des boîtes de nuit, passent
un temps infini dans leurs
voitures, coincés dans les
embouteillages, leur téléphone
portable à l'oreille. A ces
éléments universels de l'aliénation
urbaine s'ajoutent des ingrédients
typiquement libanais, au
premier rang desquels le poids
du communautarisme. En filmant
dans les voitures ou depuis
les voitures, Ghassan Salhab a
trouvé une manière
parfaitement contagieuse de
faire partager à la fois son
amour pour ce cercle très
fermé de l'enfer et la
claustrophobie qui en est le
pendant inévitable. Certains
de ses personnages ne sortent
pas de leur statut de représentants
d'une des formes de ce mal de
vivre qui, à en croire
Ghassan Salhab (et la précision
de l'observation, la sûreté
du regard rendent la thèse
convaincante), ronge cette génération
libanaise. Mais, au fil des
plans, le désespoir
magnifique de Soraya finit par
tout envahir. Le courage qu'il
lui faut pour se mettre en
danger finit par susciter une
admiration un peu absurde,
encore accentuée par le léger
voile d'ironie que l'actrice
prête au personnage.
haut
Disparition
du Père Werenfried Van Straaten
Fondateur d'Aide à l'Eglise en
détresse
par HENRI TINCQ, publié
dans le Monde du 5 février 2003
Religieux hollandais de
l'ordre des prémontrés, le Père
Werenfried Van Straaten,
fondateur de l'association
internationale Aide à l'Eglise
en détresse (AED), est mort
vendredi 31 janvier à
l'hôpital de Bad Soden, près
de Francfort (Allemagne), à
l'âge de 90 ans. On
l'appelait le "mendiant
de Dieu". Toute sa vie,
le Père Werenfried Van
Straaten aura parcouru de long
en large l'Europe pour
recueillir des fonds et les
fournir aux communautés chrétiennes
persécutées derrière le
rideau de fer. Il était hanté
par le sort des Eglises
spirituellement et matériellement
démunies de l'Est. Werenfried
Van Straaten était né le 17 janvier
1913 à Mijdrecht, aux
Pays-Bas, et, après des études
à Utrecht, il était entré
à 21 ans dans l'abbaye
des prémontrés de Tongerlo,
en Belgique. Après la seconde
guerre mondiale, dans
l'Allemagne vaincue, il se
consacre d'abord à
l'assistance aux populations réfugiées
et déplacées. En Belgique,
aux Pays-Bas, en Suisse, il
"mendie" des secours
et il parvient à rassembler
des tonnes de lard pour les
affamés d'Allemagne. De là
lui venait ce surnom de "Père
au lard" qui le
rendit très populaire et qui
ne le quittera plus.
C'est en 1947 à Tongerlo que
le Père Werenfried fonde
l'Aide à l'Eglise en détresse.
Cette œuvre rassemble d'abord
des prêtres de toutes
nationalités à la recherche
de leurs fidèles dispersés
par la guerre. La caserne de Königstein,
près de Francfort, devient la
centrale mondiale de l'AED,
point de départ pour des
missions en "chapelles
roulantes", camions,
voitures de livraison, etc. L'œuvre
du Père Werenfried va ensuite
se développer de l'autre côté
du rideau de fer dans l'Europe
communiste et contribuer à la
mobilisation des consciences
occidentales sur le sort des
communautés croyantes privées
de droits et persécutées.
Elle s'étend au Liban, en Amérique
latine et au monde entier.
L'AED peut compter aujourd'hui
sur un réseau de 700.000
donateurs dans seize pays. Les
centaines de millions de
dollars recueillis servent à
financer la formation des
futurs prêtres, à soutenir
des médias chrétiens, à
subventionner les
constructions de couvents, de
chapelles, d'églises. L'œuvre
du Père Werenfried Van
Straaten dépasse les clivages
confessionnels et se distingue
par son œcuménisme. Le
"mendiant de Dieu"
était également très estimé
du pape Jean Paul II.
haut
L’Eglise
maronite réunie en concile pour
la première fois depuis le XIXe
siècle
Un acte de foi et d’espérance
dans la présence chrétienne en
Orient
paru dans l'Orient-le
Jour le 6 février
2003
Un concile de l’Eglise
maronite s’ouvrira au siège
de la maison d’accueil
Notre-Dame du Mont, durant la
première semaine de juin, a
annoncé hier, dans un
communiqué publié à
l’issue de sa réunion
mensuelle, l’Assemblée des
évêques maronites. Le
message annuel du Carême du
patriarche maronite, rendu
public en même temps, est
entièrement consacré à cet
événement ecclésial de
première importance. Dans ce
message, le patriarche
maronite, le cardinal
Nasrallah Sfeir, s’étend
longuement sur le sens de ce
concile et lui fixe notamment
pour but "une révision
de notre conduite envers Dieu
et les uns envers les autres,
particulièrement pendant les
guerres qui ont ravagé notre
terre, et durant les années
qui les ont suivies". "Un
rapide coup d’œil à ce que
nous étions ensemble, et à
ce que nous sommes
aujourd’hui commande, si
nous sommes sincères avec
nous-mêmes et avec notre
patrie, de pardonner et de
tourner la page, et de
resserrer les liens de
solidarité qui nous lient
pour sortir de la crise aiguë
où nous nous trouvons",
ajoute le patriarche.
Ce sera le premier concile
maronite à se tenir depuis le
milieu du XIXe siècle, a noté
le patriarche dans son
message, ajoutant que des voix
s’élèvent depuis longtemps
pour sa tenue et avec plus
d’insistance après le
Concile Vatican II. En tout état
de cause, ce sera le premier
concile à regrouper des évêques
maronites non seulement du
Liban, mais des onze pays de
la diaspora où les maronites
disposent d’une structure
d’Eglise et d’évêques.
L’organisation et le suivi
du concile ont été confiés
à un comité élargi coiffé
par Mgr Youssef Béchara, évêque
de Kornet Chehwane, qui sera
le secrétaire général du
concile, et comprenant des évêques,
des supérieurs et des supérieures
généraux, des prêtres, une
religieuse et deux laïcs,
Simon Karam et Simone
Moubarak. Ce comité doit
faire paraître un livret qui
servira de guide à
l’organisation du concile.
Les thèmes
Fruits d’une large
consultation qui s’est étalée
sur plusieurs années, le
concile sera exhaustif et
constituera, avant tout, un
acte de foi et d’espérance
dans la présence de l’Eglise
maronite en Orient. Il
parlera, d’abord, de
l’identité et de la mission
de l’Eglise maronite,
notamment de sa mission œcuménique
et de ses relations avec
l’islam et le monde arabe.
Le renouveau pastoral sous
tous ses aspects en sera une
seconde tête de chapitre
(renouveaux des personnes, des
structures, des pastorales). Une
partie entière du concile
sera consacrée à l’Eglise
maronite dans le monde
aujourd’hui. Les rapports de
l’Eglise à la politique, à
la modernité, aux moyens de
communications, aux questions
sociales et économiques et à
la terre y seront examinés.
Enfin, une partie sera consacrée
au droit canon maronite et aux
questions touchant la
diaspora. Dans son message, le
patriarche s’étend sur le
rapport de l’Eglise avec la
politique et s’étonne des
"confusions" et des
"allégations
tendancieuses" qui représentent
l’Eglise maronite comme étant
"de parti pris",
alors qu’elle ne fait que défendre
certains principes : droits de
l’homme et dignité humaine,
défense des libertés, mise
en garde contre les égoïsmes,
défense des causes de la
souveraineté, de l’indépendance
et de la liberté de décision.
Au sujet de l’émigration
des Libanais, le patriarche
Sfeir estime également nécessaire
un commentaire. "Il
s’agit, dit-il, d’un des
problèmes les plus importants
auxquels fait face l’Eglise".
Cette émigration s’est accélérée
depuis un quart de siècle,
constate-t-il, tout en opérant
un lien entre émigration et
exode intérieur. L’exode
intérieur, souligne-t-il, a
donné naissance à un
sentiment d’exclusion qui a
conduit, à son tour, à l’émigration.
Une émigration qui,
lorsqu’elle se prolonge, se
mue en un sentiment de
distance et en une perte
d’identité. Le concile,
souligne le message du
patriarche, est une œuvre
collective, et un grand nombre
de membres du clergé ainsi
que des laïcs ont participé
à sa préparation. Un certain
nombre de laïcs, note le
patriarche, ont souhaité être
invités au concile.
Malheureusement, les règles
limitant le nombre des
participants l’interdisent.
Toutefois, ceux qui le désirent
pourront soumettre au concile,
par les voies hiérarchiques,
des études ou des remarques
qui leur semblent importantes. Dans
un esprit œcuménique, des
observateurs d’autres Eglise
seront invités au concile
ainsi que des observateurs des
communautés musulmanes, comme
ce fut le cas durant le Synode
pour le Liban qui s’est tenu
au Vatican (1995).
Un concile en deux phases
Au sujet du déroulementr
des travaux du concile, le
patriarche a précisé qu’il
existe une certaine différence
par rapport au travaux du
Synode sur le Liban. Le
concile s’ouvrira la première
semaine du mois de juin, qui
sera consacrée aux
interventions des participants
préparées à l’avance. Ces
interventions seront ensuite
examinées par des commissions
spécialisées, au cours de la
semaine suivante, pendant que
les évêques maronites
tiendront leur retraite
annuelle. La troisième
semaine sera consacrée à la
lecture des remarques des
commissions, qui seront
introduites aux interventions
des participants en cas
d’accord. C’est ainsi que
se clôturera la première
phase du concile. Durant
l’intervalle allant de
juillet 2003 à juin 2004, les
commissions travailleront sur
les textes, remaniés en
fonction des remarques qui y
auront été introduites. Dans
une seconde phase, qui
s’ouvrira en juin 2004, les
participants au concile
examineront de nouveau les
textes modifiés et éventuellement,
les approuveront s’ils ont
l’accord du concile. Dans
une dernière phase, ces
textes ainsi approuvés seront
relus par l’autorité ecclésiastique,
puis officiellement adoptés
comme documents officiels.
Ainsi, avertit le patriarche,
anticipant le fait que
certains textes pourraient
parvenir à la presse, les
documents soumis à l’examen
dans la première phase ne
sauraient en aucune façon être
considérés comme des
documents officiels ou des
textes définitifs.
haut
Laïcité -
La loi de 1905 face au défi de
l'islam de France
Un
débat s'est ouvert sur la séparation
des Eglises et de l'Etat à
propos de la construction de
mosquées
publié
dans le Figaro le 7 février
2003
Une fois
encore, Nicolas Sarkozy a
"rattrapé le coup".
Hier, lors de la 47e
réunion de la Comor, la
commission chargée de
l'organisation d'une instance
représentative de l'islam, la
majorité de ses membres s'élève
contre le rôle grandissant
joué par l'UOIF, l'Union des
organisations islamiques de
France. Le recteur de la Mosquée
de Paris dénonce l'emprise de
l'UOIF sur ce processus, et
reproche au ministère de
privilégier cet
interlocuteur, qui défend un
islam fondamentaliste. L'UOIF
claque alors la porte. Mais
Nicolas Sarkozy parvient à
rassembler ses ouailles. Et
tout le monde s'accorde
finalement pour souhaiter que "la
Comor accélère le processus
pour procéder aux élections
du Conseil du culte musulman
dans les meilleurs délais".
Mais l'alerte a été
chaude, et ce n'est sans doute
pas la dernière. Des
escarmouches sur la loi de
1905 dite de séparation des
Eglises et de l'Etat. Pour
tester les défenses adverses,
laïques ou confessionnelles,
raviver l'ardeur des siens, et
ne jamais désarmer dans la
sempiternelle guerre
franco-française de religion,
aujourd'hui relancée par la
difficile installation de
l'islam sur le territoire de
la République. De petits
accrochages, sous prétexte de
construire des mosquées,
objectif qui, au demeurant, répond
à une nécessité.
C'est un appel, signé par des
responsables de la franc-maçonnerie
et des personnalités, unis
pour que la célébration du
centenaire de la loi de 1905
soit l'occasion de rejeter des
"suggestions pleines
de risques ayant toutes pour
inspiration l'idée de réviser
cette loi". C'est
encore l'initiative du maire
communiste et athée de
Montreuil, Jean-Pierre Brard,
qui inaugurait hier un "centre
civique d'étude du fait
religieux"... Le
premier, Jean-Arnold de
Clermont, le président de la
Fédération protestante de
France, a envisagé une "révision"
de la loi de 1905. Deux
ministres, Pierre Bédier et
Jean-François Copé, se sont
à leur tour avancés sur ce même
terrain. Fureur du président
de la République, qui déclenche
un tir de barrage. Jean-Pierre
Raffarin, dans un discours préparé
par l'Elysée et Matignon,
apporte la réponse officielle
: "La loi de 1905,
l'une des grandes lois
fondamentales de la République,
est d'une actualité majeure.
Je suis très attentif à ce
que l'équilibre subtil
qu'elle a institué et qui régit
depuis un siècle les
relations entre les Eglises et
l'Etat demeure préservé."
La loi de 1905 édicte deux
principes. "La République
assure la liberté de
conscience." C'est-à-dire
la liberté de toutes les
consciences, qu'elles soient
religieuses, athées ou
agnostiques. Second principe :
"La République ne
reconnaît, ne salarie ni ne
subventionne aucun
culte." Ce cadre ne
sera pas modifié durant le
mandat de Jacques Chirac.
Longtemps le ministre de l'Intérieur
et des Cultes s'est interrogé
sur la manière de "moderniser"
la loi de 1905, afin de
financer la construction de
mosquées sur fonds publics.
De ce sujet, il s'est
entretenu avec bon nombre de
visiteurs, dont MM. Bédier et
Copé. Mais une fois la ligne
officielle fixée, Nicolas
Sarkozy a défini publiquement
sa position, en déclarant : "Faut-il
réviser la loi de 1905 ? Je
ne le pense pas. Peut-on, avec
la loi de 1905, changer un
certain nombre de choses qui
vont permettre d'avoir un
islam compatible avec la République
? Oui." Ces prises de
position, soutenues par la hiérarchie
catholique et la franc-maçonnerie,
désormais d'accord, n'ont pas
pour autant clos la polémique.
Un premier argument continue
de cheminer : mieux vaut
financer des mosquées sur
fonds publics, ce qui implique
une révision de la loi de
1905, plutôt que voir des
Etats étrangers, notamment
l'Arabie saoudite, participer
à la construction de lieux de
culte. Des maires plaident en
ce sens par pragmatisme, tels
MM. Bédier et Copé, ou, à
gauche, MM. Valls ou Frèche.
Une lecture attentive de la
loi permet pourtant aux maires
d'accorder gratuitement des
terrains et même de garantir
des prêts aux associations
cultuelles. Quant à croire
que construire des enceintes
religieuses protège des
discours qui s'y tiennent...
Jamais l'Etat, propriétaire
de l'église
Saint-Nicolas-du-Chardonnet,
n'a contrôlé les propos de
Mgr Lefebvre. L'islam intégriste
n'appelle pas plus une réponse
immobilière. C'est la
formation et la rétribution
des imams qui posent problème. Le
deuxième argument généralement
avancé est plus spécieux :
la loi n'est pas respectée,
donc il faut changer la loi.
Il est vrai que des élus et
des religieux chrétiens,
juifs et musulmans, par de
subtils montages juridiques,
tournent la loi de 1905 par
des associations de type 1901,
qui autorisent des
financements publics. Le fin
du fin étant, autour du même
lieu de culte, de monter deux
associations, l'une de 1901,
l'autre de 1905, afin de bénéficier
de toutes les largesses
possibles. haut
"Espace
et sacralité" : 101 églises
et 57 mosquées dans le Beyrouth
municipal
Conférence sur l’organisation
territoriale et les
fonctions des lieux de culte
par MAY MAKAREM, publié
dans l'Orient-le Jour le 1er
février 2003
Dans le cadre d’une étude
comparative des lieux de culte
chrétiens et sunnites, réalisée
dans les limites de la
municipalité de Beyrouth et
entreprise par l’Institut
des études islamo-chrétiennes
(IEIC) de l’Université
Saint-Joseph, une conférence
a été donnée par cheikh
Mohammad Nokkari, directeur de
Dar el-Fatwa, et le père Thom
Sicking s.j., sur le thème
"Espace et sacralité".
Les conférenciers ont souligné,
tout d’abord, les différences
importantes des fonctions des
lieux de culte. Mettant
l’accent sur
l’organisation
administrative des paroisses,
introduite au Liban vers la
fin du XVIIIe siècle, après
la réforme du Concile de
Trente, le père Sicking
a dit, en substance, que les
églises catholiques divisent
le territoire en diocèses et
chaque diocèse en paroisses.
Par ce quadrillage, elles
obtiennent que tout chrétien,
où qu’il habite, relève
toujours d’un curé et
chaque curé d’un évêque.
"Les paroisses
correspondent à un genre d’état
civil religieux : baptêmes,
mariages et décès sont systématiquement
enregistrés dans le registre
de la paroisse". Alors
que la fonction essentielle
d’une mosquée est
d’assurer, sous la direction
de l’imam, les cinq prières
quotidiennes. La mosquée est
aussi un lieu de célébration
des grandes fêtes musulmanes
et un lieu d’enseignement
religieux. Toujours selon les
informations communiquées par
cheikh Mohammed Nokkari,
l’imam, aidé par une
commission nommée par Dar
el-Fatwa, s’occupe surtout
des questions matérielles. Il
peut être choisi par les fidèles,
contrairement au prédicateur
ou "khatib" qui,
lui, est mandaté par le mufti
de la République.
L’islam ignore, par
ailleurs, l’idée du
sacrement. Il ne connaît pas
non plus l’idée du
sacrifice à proprement
parler. Exceptées les
dispositions relatives aux funérailles,
le rituel musulman ne contient
presque rien de ce qui
constitue les rites de passage
admis chez les juifs
(circoncision, mariage) ou
chez les chrétiens (baptême,
première communion, mariage,
etc.). Le mariage est un
simple contrat civil et la
circoncision est une
"simple tradition
recommandée".
L’enregistrement des
naissances et des mariages est
une formalité administrative
qui se fait devant les
tribunaux, et non pas à la
mosquée. L’islam ne connaît
pas la distinction chrétienne
entre Eglise et Etat. C’est
pourquoi le mufti de la République,
le plus important personnage
sunnite au Liban, est un
fonctionnaire de l’Etat,
nommé par décret présidentiel.
Le directeur du wakf islamique
a indiqué, par ailleurs, que
le nombre des mosquées
sunnites au Liban s’élève
à 572. Dans la ville de
Beyrouth et sa banlieue, ce
chiffre atteint 52 mosquées
dont 32 appartiennent au wakf,
cinq à l’association
Makassed et 12 à des
personnes privées. Signalons
que les "Makassed",
organisme sunnite, disposent
d’une certaine autonomie par
rapport à Dar el-Fatwa. Et
les Ahbâch, à tendance
fondamentaliste, ne
reconnaissent pas son autorité.
En bref, le musulman doit
prier cinq fois par jour; mais
il peut le faire à la maison
ou au bureau. "Une
éventuelle absence de mosquée
ne change rien à
l’essentiel pour lui. Le chrétien
est, lui aussi, libre de prier
là où il veut, mais pour
l’Eucharistie - qui est
une part essentielle de sa vie
de chrétien - et pour
recevoir plusieurs autres
sacrements, il doit aller dans
une église. L’importance de
celle-ci pour le chrétien est
donc bien plus grande que
celle d’une mosquée pour le
musulman", souligne père
Sicking.
Eglises et mosquées de
Beyrouth
Eglises et mosquées ont
toutefois une fonction commune
: rassembler les fidèles et
leur procurer un sentiment
d’appartenance
communautaire. Leurs bâtiments
marquent un territoire ou un
quartier, comme étant chrétien,
musulman ou mixte. Dans le
Beyrouth municipal, on recense
101 églises et 57 mosquées. "Proportion
étonnante si l’on considère
qu’il y a à Beyrouth plus
de musulmans que de chrétiens.
Beaucoup moins étonnante
cependant si l’on considère
que ces chrétiens représentent
dix Eglises (les chaldéens et
les coptes n’ont pas d’églises),
tandis que les mosquées
appartiennent dans leur très
grande majorité à une seule
communauté musulmane : 50 bâtiments
sunnites, contre 7 pour les
musulmans chiites",
indique le conférencier jésuite.
Parmi les 101 lieux de culte
chrétien, on compte 21 églises
protestantes contre 16 églises
paroissiales maronites ; 13
grecques-orthodoxes ; neuf
grecques-catholiques ; cinq
arméniennes-apostoliques ;
deux arméniennes-catholiques
; deux syriaques-orthodoxes ;
deux syriaques-catholiques ;
une assyrienne, etc. De même,
l’étude signale 21
chapelles appartenant à des
établissements scolaires et
dont quelques-unes servent
aussi d’église paroissiale.
Un modèle qui a été suivi
par les écoles privées
musulmanes, où l’on a dénombré
trois "mousallat",
salle de prière sans minaret
remplissant les mêmes
fonctions qu’une mosquée. Par
ailleurs, 187 "mazars"
émaillent les quartiers d’Achrafieh.
Il s’agit d’une petite
construction renfermant une
image ou une statuette d’un
saint qu’on aime particulièrement,
et devant laquelle on s’arrête
un moment pour prier. Un phénomène
inexistant du côté musulman,
puisque l’islam interdit les
images et ne connaît pas de
culte de saints proprement
dit.
Est chrétien, Ouest
musulman
La division de Beyrouth en
deux parties communautaires
n’a pas toujours existé.
C’est sous la pression des
événements que la
configuration de la capitale a
changé. Un petit survol
historique entrepris par Thom
Sicking indique que dès le
XIXe siècle, les institutions
grecques-orthodoxes se sont
installées dans les quartiers
sunnites. Pour ne citer que le
couvent Mar Elias Btina ; la
paroisse
Saints-Michel-et-Gabriel
datant de 1885 ; la paroisse
de Notre-Dame des Douleurs
construite en 1860, avec une
école et un centre médico-social,
et la paroisse Saint-Elie,
dans le quartier de Mousseitbé,
fief des Salam. Et sur
les neuf églises paroissiales
de la communauté
grecque-catholique, quatre se
trouvent à l’ouest de
l’ancienne ligne de démarcation,
dont Notre-Dame de l’Annonciation,
construite en 1845 avec
"le collège
patriarcal", était la
plus importante, à l’époque.
Le conférencier devait
souligner que "les églises
de Beyrouth correspondent au
souci des autorités
d’assurer un lieu de culte
à leurs fidèles proche de
leur lieu d’habitation, mais
qu’il est rare de voir deux
églises, appartenant à une même
confession, dans un même
quartier. Alors que le nombre
de mosquées dans un même
quartier dépasse souvent les
besoins des fidèles". A
Achrafieh, où vivaient très
peu de musulmans, on trouve
deux mosquées : la mosquée
Beydoun (secteur Sodeco) et la
mosquée Khodr, quartier Mar
Mikhaël. A l’origine
église croisée, elle fut
transformée en 1661 en un
lieu de culte sunnite. Le
vieux bâtiment est
actuellement en cours de
restauration.
haut
Préserver
les mosaïques en attendant de
pouvoir financer leur
restauration
Certains des trésors découverts
sont définitivement perdus
par ISABELLE SKAF, publié
dans l'Orient-le Jour le 28
février 2003
L'auteur
est conservateur/restaurateur,
membre de l’ICCM
Les mosaïques sont une part
intégrante de l’héritage
culturel des pays du bassin méditerranéen.
Elles constituent une source
de documentation importante,
leur étude iconographique,
technique et stylistique reflétant
les traditions de l’époque
à laquelle elles ont été
produites. Au XIXe siècle,
les archéologues et
historiens de l’art considéraient
les mosaïques comme des
objets à valeur purement esthétique.
Cette approche justifiait la dépose
(détachement) des pavements
de leur support d’origine
pour les rendre
transportables, privilégiant
ainsi l’objet au détriment
du contexte. Aujourd’hui,
dans beaucoup de pays, cette
approche a changé conformément
à l’éthique et aux
principes actuels de la
conservation/restauration. La
relation de la mosaïque avec
son contexte archéologique
est reconnue conformément aux
recommandations de la Charte
de Venise (1964) : "Le
monument est inséparable de
l’histoire dont il est le témoin
et du milieu où il se situe.
En conséquence, le déplacement
de tout ou partie d’un
monument ne peut être toléré
que lorsque la sauvegarde du
monument l’exige ou que des
raisons d’un grand intérêt
national ou international le
justifient…" (article
7). "Les éléments de
sculpture, de peinture ou de décoration
qui font partie intégrante du
monument ne peuvent en être séparés
que lorsque cette mesure est
la seule susceptible
d’assurer leur
conservation" (article
8). La présentation au public
de mosaïques et leur préservation
in situ à long terme posent
de nombreux problèmes de
conservation. Le terme
"conservation" est
ici compris au sens large,
englobant la restauration
proprement dite, mais aussi
toutes les mesures préventives
ou actives devant être
appliquées à court et long
terme pour leur protection : réensevelissement,
surveillance, entretien, etc.
L’ICCM
Face à ce problème, une
première réunion de spécialistes
s’est tenue à Rome en
novembre 1977 à l’issue de
laquelle s’est créé l’ICCM,
le Comité international pour
la conservation des mosaïques.
Depuis, avec l’appui de l’ICCROM,
sept conférences ont été
organisées dans différents
pays méditerranéens
notamment en France, à
Chypre, en Grèce (octobre
2001), et bientôt en Tunisie
(2004), afin de trouver des
solutions communes à ce problème
complexe et d’encourager
l’échange d’information
entre les spécialistes ayant
l’expérience du terrain.
Les actes des conférences de
l’ICCM sont régulièrement
publiés ainsi que des
recommandations ayant trait
aux thèmes directeurs propres
à chaque réunion. D’autres
instances internationales
comme le Getty Conservation
Institute se sont également récemment
impliquées dans cette démarche
en organisant des séminaires
de travail notamment à Chypre
en juillet 2001.
Les causes de la détérioration
Les causes de la détérioration
des pavements sont nombreuses
et peuvent être liées
d’une part à la technique
de fabrication du pavement
lui-même (composition du
mortier, nature des tesselles,
technique de pose etc…) et
d’autre part - et
surtout - aux conditions
de préservation du pavement
conservé sur son mortier
d’origine dans un
environnement spécifique.
L’exposition aux intempéries,
la prolifération de la végétation,
les infiltrations d’eau,
l’action des insectes et des
rongeurs accélèrent la dégradation
des mortiers et substrats
entraînant une dislocation
des tesselles et souvent une
disparition des pavements.
D’anciennes techniques de
restauration peuvent également
être facteur de détérioration:
l’exposition à l’air
libre de mosaïques remontées
sur dalles de ciment armé
entraîne une augmentation de
la porosité et de l’érosion
de surface. Les infiltrations
d’eau dans les dalles ont
pour conséquence
l’oxydation des armatures en
fer et l’éclatement du
ciment provoquant la perte de
tesselles. A mentionner
également, l’absence de
gardiennage sur les lieux
d’exposition de ces
pavements qui favorise des
actes de vandalisme et de vol.
Les visiteurs marchent sur des
mosaïques souvent fragilisées
par un manque d’entretien
causant ainsi des dommages
supplémentaires.
Les mesures de protection
Plusieurs solutions sont
envisageables pour la
protection des pavements sur
leur lieu de découverte et
ont été appliquées sur de
nombreux sites méditerranéens.
Il s’agit notamment :
1 – De l’édification
d’abris permanents ou
provisoires au-dessus de
structures archéologiques
fragiles.
2 – Du réenfouissement de
la mosaïque de manière
permanente ou saisonnière répondant
ainsi aux exigences de la
saison touristique.
3 – De la mise à l’abri
dans un lieu fermé des
pavements transportables tels
ceux déjà remontés sur
dalles de ciment.
Les avantages et inconvénients
de ces méthodes ont largement
été débattus lors des conférences
de l’ICCM et les premiers
bilans publiés dans les
actes. Les spécialistes
insistent sur le fait qu’il
est primordial que le choix
d’un abri ou d’un
programme de présentation
cyclique de mosaïques sur un
site (par réenfouissement
provisoire par exemple) se
fasse en fonction d’un plan
de mise en valeur et de
gestion globale de ce site. Quel
que soit le mode de protection
choisi, la clé du succès réside
néanmoins dans
l’application d’un
programme de maintenance régulier
et méthodique. Les
recommandations de l’ICCM
mettent également l’accent
sur la formation d’un
personnel spécialisé,
condition préalable à
l’application de toute
mesure d’intervention ou de
prévention. Cette formation
devrait se situer à deux
niveaux :
1 – Celui du spécialiste en
conservation/restauration qui
devrait suivre une formation
à l’étranger dans des
universités ou des instituts
agréés afin d’acquérir
les connaissances
scientifiques et déontologiques
essentielles à l’exercice
de ce métier.
2 – Celui de technicien spécialisé
(et non de simple ouvrier) qui
puisse prendre en charge les
opérations de maintenance et
de suivi sur les sites archéologiques
et éventuellement participer
au côté des
conservateurs/restaurateurs
aux interventions dans un
atelier de restauration.
La situation au Liban
Si certaines mosaïques -
principalement celles aux
motifs figurés - ont été
déplacées par le passé et
présentées au Musée
national de Beyrouth, il
n’en reste pas moins qu’un
grand nombre de pavements
subsiste sur les sites :
Eshmoun, Tyr, Byblos, Ghiné,
Deir el-Qalaa, Anjar, etc… Leur
état de conservation diffère,
nombre de pavements n’ayant
pas été protégés à la
suite de leur découverte. La
spécialiste française
Evelyne Chantriaux écrit que
généralement les mosaïques
"qui n’ont fait
l’objet d’aucun entretien
sont irrécupérables, réduites
à des îlots de tesselles éparpillées
dans la végétation".
Dans son rapport qui a suivi
sa mission à Beyrouth en
1997, elle remarque que
malheureusement sur le site
d’ Eshmoun les parties détruites
le sont définitivement : le
visage de "l’Automne"
intact à la découverte, a
aujourd’hui disparu. Plus
haut dans le nymphée, il ne
reste que les pieds de la ménade,
et la tête de la panthère. Ceci,
en raison de l’absence
d’entretien sur les sites
archéologiques durant les années
de guerre au Liban. La
reprise des fouilles archéologiques
depuis 1992 et les découvertes
fortuites ont entraîné une
augmentation du nombre de mosaïques
mises au jour. Leur état de
conservation nécessite
d’urgence la mise en place
d’une politique
d’intervention. Quant aux
mosaïques démontées lors
des fouilles du centre-ville
de Beyrouth, elles attendent -
ainsi que tout le matériel
archéologique stocké dans
les dépôts - des jours
meilleurs. Les principaux
obstacles qui empêchent
aujourd’hui la mise sur pied
d’une politique efficace de
préservation et de
conservation des pavements de
mosaïques au Liban sont :
1 – Les budgets extrêmement
limités et le manque de
ressources pour
l’application de programmes
d’entretien à long terme.
2 – L’absence de
ressources humaines spécialisées
et compétentes.
Cette situation n’est en
aucun cas propre au Liban.
Mais dans certains pays, comme
la Tunisie, qui souffrent des
mêmes problèmes, la mise en
place des programmes de
formation de jeunes
techniciens tunisiens a
commencé avec l’aide du
Getty Conservation Institute.
C’est une mesure qui, à
long terme, ne peut qu’être
payante. Afin que nous
puissions, au Liban,
transmettre cet héritage aux
générations futures, il
faudrait à court terme
prendre des mesures préventives
qui assurent une protection même
passive des mosaïques (mise
à l’abri et stockage dans
des conditions acceptables, ou
réenfouissement...) et ceci
en attendant de pouvoir
financer des opérations plus
lourdes à long terme (création
d’un atelier de
restauration, structures
protectrices sur les
sites…). La formation d’équipes
locales capables
d’intervenir sur le terrain
et d’assurer un suivi, même
minimal, devrait également être
une priorité. Nous n’hésitons
pas à vendre à grand renfort
de publicité l’image de
notre exceptionnel héritage
archéologique. Il faut
toutefois se rappeler que les
vestiges archéologiques sont
une ressource non renouvelable
et qu’il est d’abord
urgent de les préserver.
haut
En
ligne, un lexique multimédia de
l’eau
Réseau d’échange entre la
France, le Liban, le Maroc et la
Roumanie
paru dans l'Orient-le
Jour le 6 février
2003
La France, le Liban, le Maroc
et la Roumanie vont travailler
ensemble à l’élaboration
d’un lexique multimédia de
l’eau, qui verra le jour en
juin 2003. Un site Web servira
d’espace pour échanger les
informations, collaborer à
distance et mutualiser les
ressources. Des scolaires, des
universitaires et des
associations diverses
contribueront à cet espace en
alimentant diverses thématiques
comme les fontaines, l’économie
de l’eau, les proverbes et
expressions sur le même thème.
Un comité scientifique
validera les informations
diffusées et répondra
ponctuellement à des
interrogations. Le projet,
financé par le fonds
francophone des Inforoutes et
l’Agence internationale de
la francophonie, sera piloté
par le musée Planète de la découverte
(Liban), la faculté des
sciences Ibn Tofail (Kénitra -
Maroc) et l’Association
roumaine des professeurs de
français. A la tête du
réseau, la Cité des sciences
et de l’industrie de Paris,
dont un responsable, M.
Jean-Serge Vigouroux, de
passage à Beyrouth, annonce
que "l’objectif à long
terme est la création d’un
réseau d’éducation
scientifique et d’échanges
francophones". Il
explique que le site Internet,
mis à la disposition des
trois pays francophones,
"permettra de suivre l’évolution
du projet et de répondre aux
attentes et aux difficultés
de chacun. Il servira de lieu
de ressources en termes
d’outils multimédia, de
formation et de mémoire de
projet. Les productions émises
par les équipes locales
seront archivées et serviront
à la constitution du cédérom
et du lexique en ligne",
ajoute-t-il.
Signalons que le site Web
contient un espace de travail
réservé aux participants qui
pourront communiquer et échanger
(chat, webmail, foire aux
questions, liste de
diffusion), rédiger des
articles et publier toute
production sur le thème de
l’eau. Il s’agira d’un
centre de ressources sur
l’eau, de type scientifique,
littéraire, artistique ou pédagogique,
regroupant des références
bibliographiques, des extraits
ou citations de textes, des
filmographies, des animations
multimédia, etc. Au menu également,
un centre d’archives et une
vitrine du projet servant de
porte d’entrée pour les
internautes visitant le site.
haut
Pour
une "poétique" du
territoire
France
- La Datar fête ses quarante
ans
par
JACQUES RIGAUD, publié dans le
Figaro le 13 février 2003
L'auteur
est membre du comité stratégique
de la Datar (Délégation à
l'aménagement du territoire et
à l'action régionale)
L'aménagement du territoire fête
ses quarante ans. Comme disait
familièrement Alexandre
Dumas, désormais délocalisé
au Panthéon, "à
partir de quarante ans, on a
la gueule qu'on mérite".
Ce qui est vrai des
individus ne l'est pas nécessairement
pour les institutions. Si le
visage de la Datar est encore
reconnaissable, ses traits
sont devenus flous. Son bilan
est plus qu'honorable. Comme
son aîné le Plan, l'Aménagement
du territoire a contribué à
inscrire le pays dans la
modernité, mais il donne des
signes d'usure et
d'incertitude. Toutefois,
alors que l'on ne sait plus très
bien ce qu'est le Plan quand
il n'y a plus de plan,
personne ne met en doute la
pertinence durable du concept
d'aménagement du territoire,
à condition de le situer dans
la double dynamique de la décentralisation
et de l'Europe. Cela implique
de porter un regard nouveau
sur les notions d'aménagement
et de territoire afin
de passer d'une politique défensive
et redistributive à une
action sur l'espace orientée
vers la libération des énergies
et la création de richesses
et qui serait un des ferments
de la réforme de l'Etat.
AMÉNAGEMENT :
Ce mot bien français,
pratiquement intraduisible,
provient du vocabulaire des
forestiers - des gens qui
savent voir loin. Littré le définit
comme "l'action de régler
les coupes d'une forêt".
Ce terme s'est insinué
dans la modernité, peut-être
en raison de parentés de son
et de sens avec
"management". Ce fut
d'abord, appliqué au
territoire, une volonté d'équilibrer
ce dernier par rapport à une
région-capitale jugée
hypertrophiée, puis une série
d'actions ponctuelles
d'ambition et d'efficacité inégales,
et d'ailleurs décroissantes.
Pour le comité stratégique
de la Datar, qui a remis son
rapport au premier ministre le
29 janvier, ce doit être
aujourd'hui l'expression d'une
volonté politique d'agir sur
l'espace, sur la création et
la répartition des richesses
et sur l'organisation de la
vie collective, dans le double
contexte d'une économie de
marché à l'heure européenne
qui oblige à s'interroger sur
la compétitivité et
l'attractivité du territoire,
et d'une extension des
pouvoirs locaux qui impose la
cohérence et l'équité. Cela
a conduit le comité au bord
d'une réflexion d'ensemble
sur l'Etat, qu'il n'avait pas
pour mission d'approfondir,
mais dont le rapport indique
certaines pistes.
Ainsi, il ne suffit pas de
parler d'un nécessaire
recentrage de l'Etat sur ses
missions de souveraineté, au
moment où cette souveraineté
est, quoi qu'on dise, bousculée
par la mondialisation et par
la construction européenne.
L'aménagement du territoire révèle
un autre aspect du rôle de l'Etat,
déjà expérimenté, mais
pour lequel il faut inventer
un style, des procédés, un
esprit nouveau. Quand on parle
de réforme de l'Etat, on sait
qu'il est plus facile de réformer
des structures, ou d'en
empiler de nouvelles, que de
changer d'état d'esprit, de
rythme et de méthodes. L'aménagement
du territoire, dans ses débuts
gaulliens, a illustré, dans
ce qu'elle avait de meilleur,
et parfois de visionnaire,
cette "verticalité"
d'une volonté d'Etat imposée
d'en haut, avant de se dégrader
en besogneuses missions de
secouriste ou de thaumaturge.
Aujourd'hui, l'Etat ne peut
s'accommoder d'une poussière
de sujets soumis. Il a besoin
de grands partenaires, publics
et privés : régions, métropoles,
communautés d'agglomérations,
entreprises, réseaux, pour
soigner, corriger encore, mais
surtout pour développer.
Personne ne peut douter que la
mission de l'Etat dans ce
domaine lui appartienne bel et
bien, en propre, et qu'elle
n'est ni à privatiser ni à
transférer à l'Europe ou aux
collectivités locales, mais
à exercer d'une manière qui
exprime une véritable stratégie
de rupture.
TERRITOIRE :
Bien qu'attentifs aux
perspectives de l'Europe et de
la décentralisation, c'est du
territoire que nous nous
sommes occupés, c'est-à-dire
de la France. Un espace qui
n'appartient pas à l'Etat,
mais à la nation, et qui
n'est pas loti entre des
collectivités locales indépendantes
les unes des autres et qui
exerceraient sur lui des
souverainetés juxtaposées.
Le territoire est chose
commune, comme la république.
Il s'ensuit que l'aménagement
de la Bretagne - comme de
toute autre région -
n'est pas l'affaire des seuls
Bretons, mais une affaire
nationale. Ce que la nation
attend de la Bretagne est
aussi important que ce que les
Bretons attendent de la nation
ou, le cas échéant, de la
Bretagne elle-même. Plus les
données imposées par la décentralisation
et par l'Europe auront de
poids, plus l'arbitrage au nom
de la nation aura du sens,
mais un sens nouveau,
davantage concerté, moins étatique
que par le passé. Dans cette
perspective, l'aménagement du
territoire ne saurait être ni
un schéma abstrait plaqué
d'en haut sur un espace inerte
et soumis ni la juxtaposition
d'une vingtaine de catalogues
régionaux d'infrastructures réclamées.
Il doit être le produit d'un
processus complexe qui, là
encore, fait intervenir des
concepts et des modes opératoires
déjà expérimentés, souvent
isolément, mais à combiner
dans un esprit novateur.
Nous nous sommes tenus à
distance du débat sur la
morphologie administrative
française : "Trop de régions,
des départements trop petits,
trop de communes, etc.",
ce débat politique piégé étant
hors de notre portée. Tout en
souhaitant une simplification
de la carte administrative du
territoire, nous avons jugé réaliste
de trouver des modes opératoires
qui permettent sans délai
l'action en commun des
collectivités publiques et le
renforcement du rôle
respectif des régions, dans
lesquelles nous voyons le
pivot de la cohérence
territoriale, des départements,
des communes et plus encore
des structures de coopération
dont le développement est un
phénomène majeur des dernières
années, puisqu'elles
concernaient, au début 2002,
27.000 communes et 45 millions
d'habitants, contre,
respectivement, 19.000
communes et 34 millions
d'habitants trois ans plus tôt.
Nous avons envisagé le sort
de certains territoires, non
dans une vision particulariste
mais d'un point de vue
dynamique. C'est le cas de territoires
fragiles où il s'agit d'
"inverser les logiques du
déclin" : zones rurales
en voie de désertification et
quartiers urbains sensibles.
Il s'agit aussi de territoires
à enjeux, comme les métropoles,
le littoral ou la montagne.
Je terminerai par un voeu :
devant le comité, j'en avais
appelé à une " poétique"
de l'aménagement du
territoire, en vue de
sauvegarder la beauté de la
France. Le territoire, ce
n'est pas seulement un concept
abstrait ou opératoire, vu
comme cadre ou support de procédures
et d'infrastructures, de modes
de financement ou de répartition
de compétences ou de
ressources. C'est une réalité
vivante, un sol, un espace,
des paysages, des lumières,
une mémoire aussi. En
quarante ans, l'aménagement
du territoire a équipé,
modernisé, valorisé ce
territoire ; il l'a parfois
embelli, mais aussi enlaidi.
Il y a une beauté du
territoire. Elle ne se décrète
pas. Elle est en partie
l'effet de mesures de
protection et de réglementations
diverses, mais elle est avant
tout le fruit d'une multitude
de microdécisions de gens,
d'entités de toute sorte,
d'un vouloir-vivre collectif,
d'un "vouloir-aimer"
la France. C'est peut-être un
des rares vrais consensus de
ce vieux pays gaulois, qui
aime tant ce qui le divise
mais chérit secrètement ce
qui l'unit et qui s'appelle
d'un beau mot : l'aménité de
la France. Aménager le
territoire, c'est aussi
orchestrer la beauté de la
France, celle dont nous avons
hérité et celle que nous traçons
de nos mains.
haut
L'expansionnisme
monégasque grignote l'Hexagone
par BENOIT HOPQUIN, publié
dans le Monde du 26 février
2003
Faut-il se méfier de
l'expansionnisme monégasque ?
Engoncée dans un territoire
trop petit - 1,5 km2 -
pour accueillir les fortunes
qui s'y pressent, la
Principauté cherche de l'air.
Non contente d'empiéter sur
la mer, par enrochements
successifs, elle grignote
aussi sur terre, chez le
voisin français. L'Etat monégasque
a ainsi réussi en février
l'acquisition, pour 3,2 millions
d'euros, d'un terrain de 54
hectares, sis au lieu-dit
Fontbonne, sur la commune de
Peille (Alpes-Maritimes). Le
site est situé sur les pentes
du mont Agel (1145 mètres)
et offre une vue imprenable
sur la mer et l'entassement
urbain du Rocher. Il est placé
dans la continuité de la
villa Roc Agel, résidence de
la famille Grimaldi, et d'un
golf huppé, géré par la
Société des bains de mer
(SBM) de Monte-Carlo, sur la
commune de La Turbie. A peine
plus loin, d'autres hectares
ont été acquis par un gros
investisseur immobilier de la
Principauté. La dernière
conquête jouxte les terrains
militaires de la base aérienne
943, ultime rempart cadastral
contre l'envahisseur !
La Principauté justifie son
achat par un imbroglio
juridique. Le terrain abrite
les émetteurs historiques de
Monte-Carlo Radiodiffusion
(MCR) qui passent depuis
plusieurs années de main en
main, au gré des soubresauts
de l'audiovisuel français. Télédiffusion
de France (TDF) est devenue en
janvier 2000 actionnaire
majoritaire de MCR et propriétaire
du terrain de Fontbonne.
Franck Biancheri, conseiller
de gouvernement pour les
finances et l'économie,
explique qu'un agrément a été
passé, "avec la haute
approbation souveraine" du
prince Rainier, pour que le
terrain et les installations
soient achetés par l'Etat monégasque
à MCR et soient ensuite loués
à MCR pour un bail de trente
ans. Monaco s'assure ainsi le
contrôle de ses ondes et TDF
un peu d'argent frais. Mais
Jean-Pierre Puliti,
responsable de l'Association
de défense de l'environnement
du mont Agel, qui redoute que
les derniers espaces verts du
secteur ne deviennent peu à
peu le jardin privé de la
jet-set, n'a cure de ces
petits arrangements entre
amis. Il brandit la
Constitution française qui,
par son article 53,
soumet à approbation préalable
du Parlement toute cession de
portion du territoire français
à un pays étranger. Interrogé
sur ce point de droit par Le
Monde, le ministère des
affaires étrangères s'est déclaré
incapable d'apporter de réponse.
M. Puliti a saisi du
dossier des députés, mais
s'estime bien seul à lutter
contre la pacifique
colonisation.
haut
Technologie
- Une île libanaise de métal
et de plexiglas
paru dans l'Orient-le
Jour le 8 février
2003
L’amicale
des ingénieurs de l’AUB (American
University of Beirut) a convié
à l’Alumni responsables,
experts et journalistes à une
conférence, présentant une
invention créée par l’un des
leurs, Abdallah Daou. L’ingénieur
a inventé une île flottante où
des hôtels, appartements et
clubs de loisirs peuvent être
construits sans pour autant
remblayer la mer et les océans.
Cette île particulière peut
faire aussi office de port
artificiel utilisé par les
bateaux de plaisance, ou de
point de ravitaillement pour les
navires et les sous-marins en
pleine mer. L’idée est révolutionnaire
et le projet intéresse des
entrepreneurs arabes, européens
et libanais. D’ailleurs, la
première île construite à
partir de métal et de plexiglas
(l’invention de l’ingénieur
Daou) est en cours de
construction dans un pays du
Golfe. Une autre devrait bientôt
voguer sur la côte libanaise en
face de Jounieh. L’événement,
placé sous le patronage du président
de la République, le général
Emile Lahoud, s’est tenu en présence
des représentants du chef de
l’Etat, du président de la
Chambre, du Premier ministre et
du commandant en chef de l’armée.
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Les
vertiges de la miniaturisation
Un
champ de recherche en pleine
expansion dans le domaine de l'électronique
et des nanomachines
par
CYRILLE VANLERBERGHE, publié dans
le Figaro le 27 février 2003
Mais que sont donc ces mystérieuses
nanotechnologies ? Depuis
quelque temps ce mot est
utilisé à toutes les sauces,
comme une invocation magique
appelant à un avenir radieux
par les miracles de la
miniaturisation. Car c'est
bien de miniaturisation dont
il s'agit. Le préfixe nano,
qui vient du grec "nannos",
pour nain, est utilisé par
les scientifiques pour désigner
un milliardième. La taille de
référence pour l'ensemble
nanotechnologies est le nanomètre,
qui désigne le milliardième
de mètre. Une grande branche
des nanotechnologies fait déjà
partie de notre quotidien sans
que l'on s'en rende compte :
les circuits électroniques
qui peuplent les ordinateurs
ou les téléphones portables
atteignent désormais des
tailles aussi petites que la
centaine de nanomètre pour
les plus avancés d'entre eux.
La microélectronique, dont le
nom définissait encore hier
l'ère des circuits tracés au
micromètre (millionième de mètre)
près entre dans l'âge de la
nanoélectronique. Il s'agit
en fait du prolongement d'un
processus continu de
miniaturisation des circuits
électroniques, qui a démarré
dans les années 1970 et qui répond
à un besoin toujours plus
pressant de calculs plus
rapides. En gravant des
circuits de plus en plus fins,
les industriels arrivent à la
fois à augmenter le nombre de
transistors dans les puces
tout en réduisant leur
taille. C'est ainsi qu'Intel
arrive aujourd'hui à masser
55 millions de transistors sur
une seule puce de quelques
centimètres carrés, et
devrait arriver à porter ce
nombre à 500 millions d'ici
trois ou quatre ans.
Ces progrès techniques d'une
industrie déjà mûre ne font
pas autant rêver que les
possibilités presque infinies
promises par les nanomachines.
Dans les rêves de certains
visionnaires, comme le Prix
Nobel de physique Richard
Feynman, qui en avait imaginé
l'existence dès 1959, des
machines ridiculement petites
seront capables de modifier la
matière atome par atome pour
créer des matériaux inouïs,
légers comme la plume et résistants
comme l'acier. D'autres
imaginent déjà des milliers
de sous-marins minuscules qui
voyageront dans nos vaisseaux
sanguins pour y faire le ménage
ou lutter contre diverses
maladies. Les possibilités
sont presque infinies, mais
elles relèvent encore du
domaine du rêve et du
fantasme. Certains s'attendent
déjà à des utilisations
moins généreuses de ces
technologies, avec l'idée
que, si on sait produire des
nanomachines invisibles
capables de soigner de l'intérieur,
il serait aussi possible d'en
développer d'autres avec le
but inverse : tuer. "Pour
le moment, on ne sait pas
faire des moteurs vraiment très
miniaturisés, de moins d'un
millimètre, mais on saura
peut-être le faire dans le
futur", commente
Jean-Louis Pautrat, physicien
du CEA, conseiller
scientifique du pôle
d'innovation Minatec à
Grenoble et récent auteur
d'un livre sur les
nanotechnologies (1). En
revanche, certains chercheurs
ont réalisé des progrès
assez impressionnants en
allant chercher les
nanomachines là où elles
existent déjà depuis des
millions d'années : dans les
cellules vivantes. L'équipe
d'un chercheur américain a
ainsi greffé une sorte d'hélice
sur la partie mobile d'un
enzyme qui se trouve à la
surface des cellules. En
mettant cet hybride bio-mécanique
en présence d'une substance
chimique adéquate, les
scientifiques arrivent à
faire tourner où à arrêter
ce nanomoteur. Il s'agit là
d'une démonstration
impressionnante de ce qui peut
être fait mais, pour le
moment, le minuscule rotor ne
fait que tourner dans le vide
et ne sert à rien.
Si les recherches sur les
nanomachines demeurent
aujourd'hui embryonnaires, des
systèmes opérationnels
existent déjà à une échelle
un peu supérieure : celle du
micromètre. En utilisant les
techniques de gravure sur
silicium qui servent
couramment à produire des
puces électroniques, il est déjà
possible d'obtenir des outils
qui conjuguent l'électronique
avec des propriétés mécaniques.
Des équipements que les spécialistes
ont baptisés Mems, acronyme
de "systèmes microélectromécaniques"
en anglais. Le meilleur
exemple de ce mariage a trouvé
une place dans les voitures
modernes : les minuscules
capteurs de décélération
qui déclenchent le gonflement
des airbags sont ainsi
produits en très grand nombre
et de manière peu coûteuse,
comme des puces électroniques.
De tels dispositifs peuvent également
trouver des applications dans
le domaine médical. On peut
par exemple imaginer des
capteurs implantés
directement dans le corps
(pour mesurer la pression artérielle
par exemple), qui pourraient
transmettre par radio leurs
données à des appareils
externes.
(1) "Demain le
nanomonde", Jean-Louis
Pautrat. Fayard, décembre
2002 haut
La rue
oppose un veto planétaire à la
guerre
Les Arabes réitèrent leur
refus d'une campagne militaire
US, accord in extremis à l'Otan
paru dans l'Orient-le
Jour le 17 février
2003
L’ampleur
exceptionnelle et planétaire
qu’ont prise les
manifestations du week-end
contre une guerre en Irak a
renforcé le camp des défenseurs
de la paix et constitué un désaveu
pour l’Administration Bush
et ses alliés européens dans
la crise irakienne. Quelque
dix millions de personnes se
sont en effet mobilisées pour
manifester contre la guerre en
Irak, principalement en Europe
où des marées humaines ont déferlé
dans les rues de Rome, Madrid
et Londres pour dire non au président
George W. Bush. En Espagne, en
Italie et en Grande-Bretagne,
trois pays alliés de
Washington dans la crise
irakienne, où l’opinion
publique ne partage pas la
position adoptée par son
gouvernement, la mobilisation
a battu tous les records et
donné lieu à des
rassemblements humains parmi
les plus importants de l’après-guerre. Pendant
ce temps, les ministres arabes
des Affaires étrangères réunis
au Caire ont adopté hier une
résolution rejetant
"toute agression US
contre l’Irak et le Koweït",
dans une référence implicite
à d’éventuelles menaces
irakiennes contre l’émirat.
Par ailleurs, à l’issue de
difficiles négociations au
sein de son Comité des plans
de défense, l’Otan est
parvenue in extremis hier à
un accord sur la défense de
la Turquie en cas
d’intervention militaire américaine
contre l’Irak.
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