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Etats-Unis et Europe : le
droit à la différence
Face
à la crise internationale, il est
urgent d'échapper au manichéisme
par
JEAN-FRANCOIS DENIAU, de l'Académie
française, publié dans le Figaro
le 18 février 2003
1 - Personne du côté européen
ne souhaite l'irréparable avec
les Etats-Unis. Nous savons tous
ce que nous leur devons. Il n'y
a pas, il n'y aura pas de
majorité antiaméricaine en
Europe. Personne, de notre côté,
ne cherche à dramatiser ou ne
menace d'une cassure de
l'Europe, de l'Otan, de l'ONU,
en fait, de toutes les
organisations internationales
qui ne s'aligneraient pas sur la
position américaine ! Mais
certains d'entre nous n'ont pas
cessé de s'interroger sur les méthodes,
les objectifs, les conséquences
d'une guerre annoncée. Et
certains d'entre nous, aussi
clairement, ne souhaitent pas
non plus un précédent où il
soit admis que l'Europe doit se
taire si ce n'est pour
approuver, consacrant ainsi
sinon une vassalité, du moins
l'interdiction du droit à la
différence. A quoi bon réclamer
que l'Europe parle d'une seule
voix, si c'est pour à quinze ou
vingt-cinq ne rien dire ?
2 - La formulation ancienne de
Kennedy : l'Europe "deuxième
pilier de l'Alliance
atlantique" pouvait
paraître pleinement équilibrée.
Mais le ton s'est assez
rapidement dégradé dès qu'il
est apparu que l'Europe
naissante pouvait devenir certes
pas un adversaire, mais un rival
commercial et économique. Le président
Johnson menaçait publiquement
la CEE de retirer les soldats américains
de Berlin si nous touchions aux
importations de poulets du
Kentucky... Un ministre américain
était venu protester contre un
projet d'accord sur les agrumes
entre la CEE et un Etat méditerranéen
(il s'agissait d'Israël) en me
disant : "Si vous voulez
faire un accord préférentiel,
faites-le avec la seule
puissance réelle dans cette région
du monde, faites-le avec la VIe
flotte". Entre nous, à
Bruxelles, nous appelions cette
époque "la période
texane".
3 - Trois pays européens
refusent d'être engagés dans
cette guerre dans les conditions
actuelles de preuves et de procédure.
Ils ont le droit de le dire. Les
opinions de quasi tous nos pays
sont en grande majorité
hostiles à une telle
participation. Nous avons le
droit d'en tenir compte. Le
droit à la différence passe
par le droit à la question :
continuons à en poser. Le sujet
mérite bien un débat.
4 - Avant d'entrer dans une
guerre, il faut avoir défini
les buts de la guerre. Ce fut
d'abord de capturer Ben Laden et
de le livrer à la justice américaine.
Qui ne se souvient du président
des Etats-Unis en direct à la télévision
: "vivant ou mort".
"On l'enfume dans son trou,
on l'oblige à sortir de son
trou..." Où sont passés
Ben Laden et son trou ? Comment
et pourquoi a-t-on changé en
fait de but de guerre pour
passer à celui de détruire
l'Irak et éliminer Saddam
Hussein ?
Si la dernière déclaration de
Ben Laden est confirmée, avant
de s'en servir comme preuve de
collusion, il faudrait la relire
: Ben Laden réaffirme son
hostilité fondamentale aux
"régimes païens". Le
premier anti-Saddam Hussein, régime
laïc, ce serait lui... Saddam
Hussein n'est pas le seul
dictateur en vie. Comment
justifier les deux poids deux
mesures entre l'Irak et la Corée
du Nord qui, elle aussi, a son
dictateur joignant le ridicule
à l'odieux ? Qui, lui, se vante
de posséder et développer
l'arme nucléaire. Et la réponse
en ce cas devait être seulement
par le dialogue et la diplomatie
? Vous prendrez bien encore une
tasse de thé, Monsieur
l'Ambassadeur.
5 - Les jours qui passent
n'apportent pas d'éclaircissement
non plus sur l'après-guerre.
Quelle vision juridique, économique,
politique ? On nous dit
maintenant, partie de billard à
trois bandes, que l'objectif réel
serait l'Arabie saoudite qui a
cessé de plaire à Washington
ou qui n'est plus crédible.
Bien sûr, il y a toujours une
odeur de pétrole. Mais quel est
l'avenir de l'Irak, des Kurdes,
des chiites du Sud ? De la
solution au conflit israélo-palestinien
qui n'a cessé de s'aggraver ?
Du rôle respectif sur place des
Américains et des Nations unies
? Il est quand même normal de
s'interroger, sans être taxé
d'antiaméricanisme primaire et
d'ingratitude fondamentale.
6 - Il semble que l'alliance
France-Allemagne soit particulièrement
insupportable à Washington. La
France, qui manifeste un esprit
d'indépendance ou traîne les
pieds, ce n'est plus une
surprise. On n'a pas oublié le
général de Gaulle, le discours
de Phnom Penh, la sortie de
l'Otan, la lutte contre le
dollar. La France seule, c'est
irritant, pas grave. Mais la
France et l'Allemagne, halte-là
! Avec peut-être la Russie
derrière... Un début de pôle
politique européen indépendant,
jamais.
Je me souviens du sommet
eurocommuniste à Madrid où
Italiens et Espagnols
cherchaient à s'écarter du modèle
soviétique et à encourager une
image qui leur soit propre. Et
du veto de Moscou, relayé par
le PC français.
"Jamais." Il n'y aura
même pas l'annonce d'une
nouvelle réunion. Vieille loi
du Sénat de la Rome antique
appliquée pendant six siècles
: "Ne jamais tolérer
une alliance entre deux alliés
de Rome".
7 - Pas de rival politique ?
Est- ce là un nouvel objectif
ou seulement un "dommage
collatéral" ? Ne nous
taisons pas. haut
Richard
Perle : "Ne pas construire
l'Europe contre les Etats-Unis"
Un
entretien avec le président du
conseil consultatif de défense américain
propos
recueillis par GUILLEMETTE FAURE,
publiés dans le Figaro le 15 février
2003
* Vous semblez
particulièrement en colère
contre la France, plus encore
que contre l'Allemagne - qui
a une position au moins aussi
radicale face à l'idée d'une
intervention armée en Irak.
Est-ce à cause du pouvoir de
veto de la France ?
J'ai beaucoup
d'affection pour la France et
les Français. Ce qui me dérange,
c'est la politique du président
Jacques Chirac. Je distingue la
position allemande de la
position française. Dans le cas
de l'Allemagne, cette politique
est le fruit de problèmes électoraux.
Le chancelier a essayé d'améliorer
ses résultats auprès d'un
certain groupe d'électeurs, les
femmes entre 25 et 40 ans,
un groupe très réticent à
l'idée d'entrer en guerre. Il a
appuyé sur le sentiment
pacifiste, ça lui a permis de
faire un petit bond dans les
sondages. Il a appuyé un peu
plus fort. A force, c'est devenu
sa politique. Mais en dehors de
ça, l'Allemagne veut maintenir
d'étroites relations avec les
Etats-Unis, et réciproquement.
Les motivations françaises sont
différentes. La France a trouvé
une manière de s'arranger avec
l'Irak, résultat des relations
commerciales entre les deux
pays. Surtout, la France veut bâtir
l'Europe comme un contrepoids
aux Etats-Unis. Entre alliés,
on ne peut pas être d'accord
sur tout. Mais de là à faire
une stratégie de ce
positionnement en
contre-pouvoir... C'est
destructeur et inutile. L'Union
européenne peut obtenir une cohésion
sans avoir à se définir contre
qui que ce soit. On voudrait
entendre du président Chirac
qu'il n'est pas en train de
construire une Union européenne
adversaire des Etats-Unis. Parce
que, si c'est le cas, on devra réfléchir
à prendre des chemins séparés.
* Comment est-ce que ça
se traduirait à l'Otan ?
La France reste un allié
des Etats-Unis au sein de
l'Otan, alors que le pays n'est
pas intégré dans la structure
militaire. Ces derniers jours,
on a assisté à des essais, qui
resteront d'ailleurs
infructueux, de la France pour
bloquer l'assistance à la
Turquie en cas de guerre contre
l'Irak. Ce genre de comportement
français pourrait conduire à
concevoir les stratégies entre
alliés au sein de la Commission
de planification de la défense,
à laquelle la France a choisi
de ne pas participer, plutôt
qu'au sein du Conseil de l'Atlantique-Nord,
où les Français sont représentés.
Ça vaudrait la peine de re-réfléchir
à l'organisation de l'Otan, où
la France a tous les privilèges
dont bénéficient les membres
de la structure militaire alors
qu'elle n'en fait pas partie.
* Des représentants du
congrès ont récemment appelé
au boycott des produits français.
Qu'en pensez-vous ?
Je suis contre régler ces
différends avec des mesures
punitives. Il vaut mieux en
discuter. Je ne crois pas à un
boycott, et pas seulement parce
que j'aime le vin français.
haut
Vu d'Amérique
par ALAIN TOURAINE,
sociologue, publié dans
Ouest-France le 24 février 2003
Pour l'observateur qui revient à
New York, moins de deux ans après
un précédent séjour, l'Amérique
a changé. Elle est presque
devenue un autre pays. Non pas
dans la manière de vivre ou
dans les activités
scientifiques et culturelles,
mais dans l'image que ce pays a
de lui-même et qu'il reçoit de
son Président. L'Amérique de
la fin du XXe siècle
était occupée à construire un
monde économique unifié et
qu'elle dominait, par son avance
technologique et la puissance de
son centre financier. Le pays
que je retrouve ne parle plus d'économie,
mais de guerre. Il n'est plus
animé par la volonté de
s'enrichir, mais par la peur de
l'agression, et son Président
parle un langage plus religieux
que proprement politique. Il
faut prendre au sérieux les
mots employés : l'Amérique
résiste à "l'Axe du
mal" qui tend, d'ailleurs,
à se ramifier, puisqu'il inclut
la Corée du Nord autant que
l'Irak. Elle défend le bien et
la volonté de Dieu et elle se
sent trahie par ceux qui ne lui
reconnaissent pas cette mission.
La "perfide" France
est le traître par excellence,
qu'une francophobie déchaînée
voue aux gémonies et, avec
elle, toute la "Vieille
Europe". Ce langage est
aussi celui des journalistes,
d'habitude libéraux et qui se découvrent
faucons.
L'image de la guerre probable
n'est pas, ici, celle d'une
confrontation longue et
sanglante, mais celle d'une
rapide expédition qui abattrait
Saddam Hussein en quelques
semaines, détruirait ses armes
biologiques, chimiques et même
nucléaires, et libérerait les
populations écrasées par la
dictature. Tout se passe comme
si le président américain se
sentait obligé de faire la
guerre pour ne pas être attaqué
et détruit. L'effet de choc
produit par les attentats du 11
septembre est si fort, si
durable, qu'il a poussé
l'opinion à accepter, d'abord
silencieusement, cette stratégie
politique. Mais la situation a
changé. Le Conseil de sécurité
a réussi à retarder les décisions
américaines et l'opinion
internationale a perçu la
relative faiblesse des preuves
de la duplicité de Saddam
Hussein apportées par le
gouvernement américain.
Surtout, les Américains
commencent à craindre des représailles
et des attaques chimiques et
biologiques, plus angoissantes
encore que la destruction du
World Trade Center.
Les premières enquêtes
montrent que beaucoup de ceux
qui appuient encore le Président
ont aussi peur que leur pays
s'engage dans une croisade sans
fin : aujourd'hui l'Irak,
demain la Corée du Nord et
ensuite pourquoi pas ?
l'Arabie saoudite qui a
financé, depuis longtemps, les
entreprises terroristes. Le réveil
des opinions publiques, européennes
notamment, et l'incapacité
jusqu'ici de George W. Bush à
obtenir l'appui du Conseil de sécurité,
ont modifié la donne
diplomatique. Mais, du coup, le
risque s'accroît que, pour empêcher
ces pressions de grandir, le Président
ne lance la guerre en faisant de
celle-ci une croisade. Nous
savons déjà que les conséquences
en seraient désastreuses.
haut
Oussama
où ça mène…
par
GABY NASR, publié dans l'Orient-le
Jour le 14 février 2003
Dans
la grande série "Coucou, la
voilà", chère aux
exhibitionnistes, une arrivée de
choc cette semaine : Oussama Ben
New York, dont la voix venue de
nulle part a offert un cadeau
inestimable à George Doublevé
pour la Saint-Valentin. Dans
son habituel style ampoulé,
l’aviateur par procuration du 11
septembre se découvre brusquement
Mésopotamien. Et en quelques
citations pseudo religieuses, les
deux tiers des bipèdes normaux
qui peuplent la planète se sont
du coup retrouvés dans la
poubelle des mécréants.
Visiblement, depuis les bombes
aspirantes de Tora Bora, il a la
sourate qui se dilate, le
milliardaire barbu. Non content
d’avoir expédié une truellée
d’Afghans au paradis des 70
vierges, avant d’enfourcher
entre hommes la moto avec le
mollah Omar, notre bonhomme remet
ça avec les Irakiens. Tant que
c’est pas lui qui va au
casse-pipe…
Obligé de se déculotter devant
les inspecteurs de l’Onu, Saddam
se serait en tout cas bien passé
de cette déclaration d’amour.
Quand je pense à ce pauvre Colin
Powell qui triture ses satellites
pour débusquer des preuves
bidons, jusque dans le bandage
herniaire du génie des Carpates
irakiennes ! Et voilà que le
culbuteur des jumelles de New York
s’en vient lui gazouiller ses états
d’âme confessionnels, lui
offrant un prétexte sur coussinet
pour aller faire sa fête à ce
Saladin qui lui vend des salades.
Mais le vrai spectacle, lui, est
à New York où Américains et
Français se crêpent la touffe
sous le regard amusé des pays
d’en bas. La Maison-Blanche
contre l’Elysée : la facture
des vitres du Palais de verre
risque d’être salée. Pour
l’instant, Chirac n’a pas
encore fait reculer Bush. Disons
qu’il le fait réfléchir. Ce
qui est déjà énorme…
haut
Le communiqué
d'Al-Qaida laisse perplexes les
journalistes d'Al-Jazira
par TEWFIK HAKEM, publié
dans le Monde du 14 février
2003
Le communiqué sonore attribué
à Oussama Ben Laden, diffusé
mardi 11 février par la
chaîne qatarie Al-Jazira, pose
plus de questions qu'il
n'apporte de preuves. Pourquoi
la chaîne de télévision
a-t-elle démenti toute la journée
de mardi l'existence de cette déclaration
avant de la diffuser dans son
journal du soir ? Qui a récupéré
cet enregistrement et quand ?
Qui a choisi les extraits sur
les "16 minutes
d'enregistrement reçues par
Al-Jazira" ?
Pourquoi le secrétaire d'Etat
américain Colin Powell a-t-il
été le premier à évoquer cet
enregistrement, devant la
commission sénatoriale ?
Ces questions laissent perplexes
jusqu'aux journalistes d'Al-Jazira
eux-mêmes. Officiellement, ils
n'ont pas le droit de commenter
cette nouvelle affaire Ben Laden
et ont reçu comme ordre de
renvoyer les journalistes étrangers
qui les contactent à un
communiqué sibyllin de leur
direction. Ces journalistes ont
été très étonnés
d'apprendre sur CNN, mardi
matin, que leur chaîne allait
diffuser une nouvelle déclaration
d'Oussama Ben Laden. "En
ce jour férié de l'Aïd, il
n'y avait pas grand-monde dans
la rédaction. Ni le directeur
de la chaîne ni le rédacteur
en chef n'étaient présents.
D'habitude, quand la chaîne
s'apprête à diffuser des
"scoops", ils sont les
premiers à être là",
fait remarquer, sous le couvert
de l'anonymat, un membre de la rédaction.
L'après-midi, la chaîne a été
assaillie de coups de téléphone
des rédactions du monde entier :
jusqu'à 21 heures (heure
locale à Doha, 19 heures
à Paris), Al-Jazira a démenti
avoir reçu un nouvel
enregistrement d'Oussama Ben
Laden.
"Pressions ou partage
des tâches ?"
"Mais, en fin d'après-midi,
se souvient un autre employé de
la chaîne, on a senti qu'il
allait se passer quelque chose
en voyant arriver au siège de
la télévision le président du
conseil d'administration de la
chaîne, cheikh Hamed ben Thamer
al-Thani - membre de la
famille de l'émir du Qatar
-." C'est à l'issue d'une
réunion présidée par le
cheikh Hamed avec le directeur
de la chaîne, Mohamed Jassem
al-Ali, le rédacteur en chef,
Ibrahim Heellal, et l'ancien
correspondant à Kaboul, en
Afghanistan, Tayssir Allouni,
que la décision a été prise
de diffuser la déclaration du
chef d'Al-Qaida dans le journal
du soir. Pour l'avoir déjà
rencontré et interviewé en
Afghanistan, Tayssir Allouni
aurait authentifié la voix d'Oussama
Ben Laden. Quand l' "extrait
choisi sur les seize minutes reçues"
de la déclaration a commencé
à être diffusé sur Al-Jazira,
le porte-parole du département
d'Etat américain Richard
Boucher était déjà prêt pour
intervenir en direct sur la chaîne
qatarie. "Il est clair
qu'il y a des liens et des
contacts entre le régime
irakien et Al-Qaida", déclare-t-il
alors. "Pressions des Américains
sur le Qatar ou simple partage
des tâches entre l'Amérique et
son allié le plus sûr de la région
en ce moment ?"
Les journalistes d'Al-Jazira se
posaient encore cette question
mercredi 12 février,
notant que les Etats-Unis ont
installé dans l'émirat leur
centre de commandement intégré.
Mais cette nouvelle énigme sur
les enregistrements de Ben Laden
aurait, d'après nos
interlocuteurs, jeté un froid
lors de la réception
traditionnellement organisée
par la direction de la chaîne
à l'occasion de l'Aïd Al-Adha.
haut
Downing
Street accusé d'avoir recopié la
thèse d'un étudiant américain
paru dans le Figaro le 7 février
2003
Downing Street a fait amende
honorable vendredi, au lendemain
de l'accusation de plagiat lancée
par un étudiant américain,
selon lequel Londres s'est servi
de l'un de ses travaux pour
affirmer que Bagdad possède des
armes de destruction massive.
Dans un rapport rendu public
lundi, le gouvernement
britannique - principal allié
des Etats-Unis dans la crise
irakienne - affirmait que Bagdad
possédait des armes de
destruction massive et les
dissimulait aux inspecteurs des
Nations unies. "Je voudrais
attirer l'attention de mes collègues
sur l'excellent dossier présenté
par le Royaume-Uni, qui décrit
en détails les activités de
dissimulation irakiennes",
avait déclaré mercredi le secrétaire
d'Etat américain Colin Powell
lors de son intervention devant
le Conseil de sécurité de
l'ONU. Glen Rangwala, qui
enseigne la politique à
l'université de Cambridge, a
cependant jeté un énorme pavé
dans la mare en affirmant, jeudi
soir à la chaîne de télévision
Channel 4, que de 6 à 16 des 19
pages du "nouveau"
rapport britannique avaient été
recopiées mot pour mot dans la
thèse d'Ibrahim al-Marashi, étudiant
californien de troisième cycle.
Ycompris "les erreurs
grammaticales et les fautes
d'orthographe", a souligné
l'enseignant.
"Nous avons tous des leçons
à tirer" de cet incident,
a reconnu vendredi un
porte-parole de Downing Street,
ajoutant qu' "il aurait dû
être fait mention" de
l'auteur de cette thèse. A la
question de savoir si ces
informations, vieilles de 12 ans
puisque collectées peu après
la guerre du Golfe, étaient
encore d'actualité, un
porte-parole de Downing Street a
répondu par l'affirmative à
l'AFP. Ibrahim al-Marashi a précisé
qu'il avait publié son étude
en septembre 2002 dans la Middle
East Review of International
Affairs. Il a expliqué s'être
fondé sur des documents saisis
par des rebelles kurdes dans le
nord de l'Irak en 1991 et sur
des dossiers abandonnés par les
Irakiens au Koweït après leur
fuite. "La moindre des
choses que tout universitaire
demande, lorsqu'on publie son
travail, c'est d'être cité, a
déclaré Ibrahim al-Marashi. Il
y a des lois qui condamnent le
plagiat et on est en droit de
s'attendre à ce que le
Royaume-Uni les respecte".
Certains observateurs - comme
l'analyste politique Ian Dale
sur Sky News vendredi matin -
voient dans cette affaire un
nouveau dérapage des "spin
doctors" de Downing Street,
ces spécialistes de la
manipulation de l'information.
"Cela équivaut, en matière
de renseignement, à être pris
en train de voler les petites
cuillères", a observé le
porte-parole libéral-démocrate
pour les Affaires étrangères,
Menzies Campbell. "C'est très
embarrassant pour un
gouvernement qui tente de
convaincre qu'il faut faire la
guerre" à l'Irak.
"C'est un nouvel exemple de
la façon dont le gouvernement
tente de tromper le public et le
parlement sur une éventuelle
guerre contre l'Irak", a
pour sa part déclaré l'actrice
Glenda Jackson, députée
travailliste pour Hampstead et
Highgate (nord de Londres).
Cette gaffe n'aidera pas le
Premier ministre Tony Blair à
convaincre une opinion publique
hostile à un conflit contre
Bagdad sans l'aval de l'ONU.
Tony Blair a d'ailleurs pu se
faire une idée de l'hostilité
de ses compatriotes à une
guerre non autorisée au préalable
par l'ONU lors de l'émission télévisée
Newsnight, jeudi soir sur la
BBC. Pendant près d'une heure,
l'audience a critiqué son
alignement sur Washington, l'un
des participants le qualifiant
de "vice-président"
(de George W. Bush) et d'
"honorable représentant de
la circonscription du nord
Texas". Quelque 40.000
militaires britanniques sont en
route pour le Golfe, avec
notamment une quinzaine de
navires conduits par le petit
porte-avions Ark Royal et une
centaine d'avions de combat. Une
importante manifestation contre
la guerre est prévue à Londres
le 15 février.
haut
Le
Hezbollah se repositionne et prône
le dialogue avec l’Europe
par
PHILIPPE ABI-AKL, publié dans
l'Orient-le Jour le 18 février
2003
Sayyed Hassan
Nasrallah s’était fait
remarquer en assistant au Sommet
de la francophonie. Mais dans la
rangée réservée aux dignitaires
religieux et non parmi les
politiques. Cette démarche,
symbolique, restait donc à caractère
essentiellement social et
culturel. Aujourd’hui, il va
plus loin. En direction de l’Europe,
sinon de l’Occident. Dans son
dernier discours, dimanche à Nabi
Chit près de Baalbeck, fief de
son parti, il a apprécié les
manifestations massives contre la
guerre en Irak. Et déploré la
passivité arabe, voire la
complicité qu’il attribue à
certains régimes. Sans oublier de
se dresser, sans le nommer, contre
Ben Laden, qui fait ces temps-ci
une remarquable rentrée audio
bardée de menaces. En effet, le
leader du Hezbollah rejette
l’amalgame auquel se livre le
chef d’el-Qaëda, qui parle
toujours de guerre islamique
contre les nouveaux croisés, tous
Occidentaux confondus. Il semble
évident que sayyed Nasrallah apprécie
les efforts de la France et de
l’Allemagne pour contrer les visées
belliqueuses des Etats-Unis. Et il
souligne, explicitement, qu’il
n’est pas admissible de soutenir
que l’Occident repart en
croisade christianisée contre le
monde islamique. Pour lui, il faut
procéder à une nouvelle lecture
des données internationales, à
partir justement de la position de
refus avancée qu’affiche l’Europe,
déchirée jadis par deux conflits
mondiaux, à l’égard de la
guerre. Il souligne qu’il serait
pour le moins aberrant de généraliser
en étendant l’hostilité aux
millions d’Européens qui sont
descendus dans la rue pour
manifester contre la guerre. Dès
lors, répète-t-il, il faut réviser,
nuancer soigneusement les
positions et la trame du discours
politique concernant l’Ouest.
Sayyed Nasrallah, redisons-le,
n’a pas ménagé les Arabes,
leur laxisme, leur absence sur la
scène internationale, leur manque
d’initiative efficace pour
contrer les attaques visant
l’Irak.
Des sources diplomatiques voient
dans ce discours, en bonne
logique, un appel au dialogue
constructif avec un Occident
qu’il ne faut pas regarder tout
entier d’un œil torve.
D’autant que même à Washington
et à Londres, la rue a manifesté,
se prononçant en faveur de l’Irak,
et partant du monde arabe ou
islamique. Les peuples du monde
ont opposé leur veto à la ligne
suivie jusque-là par certains
gouvernements, qui auront plus de
mal à emboîter le pas aux Américains
et aux Britanniques. Sayyed
Nasrallah insiste : il est impératif,
dit-il, de dialoguer avec un
Occident qui défend nos causes
propres, dont la Palestine et
l’Irak. En cessant de lui
adresser des menaces, des mises en
garde visant ses intérêts à
l’extérieur ou même ses
territoires. Il réfute ainsi,
avec éclat, les accusations lancées
par Israël, et reprises par des
Américains, au sujet d’une
connivence de son parti avec el-Qaëda.
En revanche, sayyed Nasrallah ne
manque pas de condamner la
politique US. Et de prévenir Israël
qu’une nouvelle agression contre
le Liban ne serait pas une
promenade militaire. Il a précisé
à ce propos, et en substance, que
la Résistance n’allait pas fuir
ni enterrer ses armes, mais bien
les utiliser pour défendre la
patrie. Il reste à savoir si l’Occident,
Europe en tête, va maintenant améliorer
ses relations avec le Hezbollah.
haut
La
faillite de l'aide aux réfugiés
palestiniens
paru dans le
Figaro le 11 février 2003
C'est une triste première pour
l'Unwra, l'agence des Nations
unies responsable de l'aide aux
réfugiés palestiniens. Son
appel lancé il y a deux mois
pour couvrir ses programmes
d'urgence en Cisjordanie et à
Gaza pendant les six premiers
mois de 2003 n'a pas été
entendu. Ou presque. Sur les 94
millions de dollars demandés,
1,5 million seulement ont été
promis par la Suisse. Moins de
2%... Ces appels aux Etats
membres, en dehors des
contributions au budget régulier
de l'agence, sont généralement
bien reçus. "Deux mois
après l'appel de 2001, nous
avions reçu des engagements
pour 95% de la somme demandée,
et au bout de quatre mois nous
avions reçu 116%", souligne
le commissaire général Peter
Hansen.
Principale conséquence : fin
mars, l'Unwra devra interrompre
l'aide alimentaire de base,
farine, huile, légumes secs,
etc., distribuée à 230.000
familles représentant 1,1
million de réfugiés, près
d'un tiers de la population
palestinienne totale. Des
programmes d'emploi ou d'aide à
l'hospitalisation devront être
revus à la baisse. "Même
si un gros chèque arrivait
demain, il faudra deux ou trois
mois pour reconstituer les
stocks de nourriture", ajoute
Peter Hansen, pour qui "on
risque de voir dans certains cas
la malnutrition remplacée par
la faim". Selon le
commissaire général, "tout
aussi préoccupant est le
message reçu par les réfugiés
palestiniens. Ils penseront que
la communauté internationale ne
s'intéresse plus à eux".
haut
par LUIZ INACIO DA SILVA (dit
LULA), président de la République
du Brésil, publié dans le Monde
du 19 févrirer 2003
Distribué
par Tribune Media Services
International et traduit du
portugais par Max de Carvalho
Le Brésil que nous sommes appelés
à gouverner est un grand pays
qui compte plus de 170 millions
d'habitants et figure au nombre
des dix premières puissances économiques
mondiales. Il a connu entre 1930
et 1980 une croissance
extraordinaire. Depuis deux décennies,
cependant, celle-ci s'est épuisée,
aggravant les profondes inégalités
sociales qui ont marqué
l'histoire de notre développement
tout au long du XXe siècle.
Il est vrai qu'à partir de
1985, avec la fin du régime
militaire, puis en 1988-1989,
avec la nouvelle Constitution et
le retour au suffrage universel,
le pays est entré dans une ère
démocratique durable. Il n'en
reste pas moins que la crise que
nous avons traversée au cours
de cette longue période, résultat
d'expériences économiques
malheureuses, a fini par
constituer une menace
potentielle pour notre démocratie.
Certains choix en matière de
politique économique ont rendu
notre pays plus vulnérable sur
le plan international. Nos prédécesseurs
au pouvoir ont mal évalué la
situation internationale et cru
qu'il y aurait plus d'avantages
que d'inconvénients à rendre
notre économie dépendante des
capitaux internationaux. Il n'en
a rien été.
Aujourd'hui, nous sommes
confrontés à la nécessité de
combattre la pauvreté et la misère
absolue qui touchent des
dizaines de millions de Brésiliens.
Un changement de modèle économique
ne s'accomplit pas en un jour.
Pour cela, il faudra du temps,
notamment parce que nous voulons
éviter le retour de l'inflation
et que nous sommes fermement décidés
à maintenir l'équilibre fiscal -
comme cela a été le cas dans
les municipalités et les Etats
administrés par le Parti des
travailleurs (PT) -, à honorer
nos engagements et à assurer
des conditions qui encouragent
les investissements productifs
nationaux et internationaux.
Nous allons donc connaître une
période de transition pendant
laquelle nous devrons composer
avec les contraintes qui sont
aujourd'hui celles de l'économie
brésilienne, tout en commençant
les réformes économiques,
sociales et politiques attendues
par les quelque 53 millions
de Brésiliens qui m'ont accordé
leur confiance. Tout cela exige
une redéfinition du rôle du Brésil
dans le monde.
L'Amérique du Sud sera la
priorité de la politique étrangère
brésilienne. Nous avons des
frontières communes avec
presque tous les pays de cette région,
sans contentieux d'aucune sorte.
Depuis quelques années, nous
avons développé avec
l'Argentine, l'Uruguay et le
Paraguay le projet du Mercosur,
avec lequel le Chili et la
Bolivie ont passé des accords.
Après avoir soulevé à ses débuts
de grands espoirs, cette expérience
n'a pas tenu toutes ses
promesses. Les grandes disparités
macroéconomiques qui ont existé
entre le Brésil et l'Argentine
durant une période relativement
longue ont mis un frein à
l'essor du Mercosur. Des voix se
sont même élevées pour
demander son abandon ou tout du
moins un retour à une simple
zone de libre-échange. Notre
position est différente. Nous
voulons que le Mercosur soit
plus qu'une union douanière.
Nous voulons qu'il puisse se
transformer en une zone de
convergence des politiques
actives dans les domaines
industriel, agricole, social,
scientifique et technologique.
Qu'il puisse promouvoir un
rapprochement culturel effectif,
des liens entre nos universités
et nos centres de recherche.
Pour consolider le Mercosur, des
institutions stables, habilitées
à régler les litiges, sont
indispensables, ainsi qu'un secrétariat
qui à la fois assure une
coordination
politico-administrative
effective et ait une vision
stratégique de l'intégration.
J'ai suggéré aux autres présidents
de la région que nous nous
dotions d'un Parlement du
Mercosur, qui serait élu au
suffrage universel par les électeurs
de nos pays respectifs. Nous
engagerions ainsi les citoyens
dans ce processus d'intégration
régionale qui acquerrait par là
même plus de poids et de légitimité.
Le Mercosur devra élaborer une
coordination macroéconomique de
ses banques centrales, condition
sine qua non pour parvenir à
l'instauration d'une monnaie
unique. Le Mercosur s'attachera
à convaincre d'autres pays de
la région de le rejoindre. Avec
ceux dont nous séparent des
différences tarifaires, par
exemple, il est indispensable
d'offrir des solutions
alternatives qui favorisent les
progrès de l'intégration. Avec
les autres, nous devons
rapidement jeter des ponts. Un
Mercosur consolidé et élargi
aura une politique étrangère
commune qui renforcera notre crédibilité
pour le dialogue avec l'Union
européenne et les Etats-Unis,
notamment dans les négociations
visant à la création d'une
zone de libre-échange des Amériques
(ZLEA).
L'augmentation de nos
exportations est fondamentale
pour insuffler un nouveau
dynamisme à notre système de
production et pour que nous
puissions équilibrer nos
comptes extérieurs. Dans ce
sens, l'ouverture du marché
nord-américain aux produits brésiliens
présente une importance
capitale. C'est en cela que réside
l'intérêt du projet de création
de la ZLEA. Mais il se heurte à
trois difficultés. La première
résulte des disparités
existant entre l'économie
nord-américaine et celles du
reste du continent. Si l'on ne
prend pas des mesures
compensatoires, ces disparités
vont se creuser. La deuxième
difficulté procède des mesures
protectionnistes (non
tarifaires) que les Etats-Unis
ont imposées et qui affectent
profondément les exportations
brésiliennes. Enfin, les
Etats-Unis agissent de manière
sélective lorsqu'ils proposent
que certaines questions
auxquelles il leur est plus délicat
de faire face dans le cadre de
la ZLEA soient traitées dans
celui de l'OMC. Mais dans le même
temps ils cherchent à hâter le
débat sur d'autres questions
plus complexes dans le processus
de négociation concernant la
ZLEA, alors même que celles-ci
n'ont pas encore été réglées
à l'OMC.
Mon gouvernement souhaite réexaminer
ces problèmes, de même qu'il
devra assumer une position plus
ferme au sein de l'OMC, où des
décisions importantes pour les
vingt prochaines années vont être
prises. Le Brésil cherchera à
développer ses relations bilatérales
avec l'Afrique du Sud, l'Inde,
la Chine, la Russie, le Mexique,
ainsi qu'avec d'autres pays qui,
dans leurs régions respectives,
ont une importance économique
et géopolitique et avec
lesquels il sera possible à
l'avenir d'élaborer des
initiatives communes au sein des
organisations multilatérales.
Mon gouvernement aura à cœur
la réforme et le renforcement
de l'ONU, qui passe par une
nouvelle configuration de son
Conseil de sécurité. Cette
politique de démocratisation
des organisations multilatérales
sera l'une des constantes de
notre politique étrangère.
Nous aspirons à un monde plus
équitable sur le plan économique
et social, délivré des menaces
de l'anarchie financière
internationale qui frappe
surtout les pays en voie de développement.
Une action solidaire à
l'endroit de l'Afrique s'impose,
comme partie intégrante de
l'effort global en faveur de la
paix et de la justice sociale.
Le combat contre la misère et
l'exclusion joue un rôle décisif
dans la lutte contre le
terrorisme et les guerres
civiles qui endeuillent tant de
régions du monde. La lutte pour
la paix, enfin, constitue une
priorité absolue. C'est pour
cette raison que nous sommes
favorables aux politiques de désarmement,
notamment nucléaire, et que
nous défendons une solution négociée
des conflits dont souffre
aujourd'hui l'humanité.
haut
La diplomatie
à mains nues du pape
par HENRI TINCQ, publié dans
le Monde du 25 février 2003
Dans quelques semaines, l'Eglise
catholique célébrera le
quarantième anniversaire de Pacem
in terris (Paix sur la
terre), la plus grande
encyclique du pape Jean XXIII,
datée du 11 avril 1963. Ce
document se voulait une adresse
suppliante à "tous les
hommes de bonne volonté"
pour qu'ils construisent un
monde de paix. Quelques mois
plus tôt, la crise des missiles
de Cuba avait mis le monde au
bord du gouffre. Dans son
radio-message de Noël 1962,
celui qu'on appelait le "bon
pape Jean" avait lancé
un appel angoissé à la raison
de tous les dirigeants du monde.
Pacem in terris clôturait
aussi le vieux débat théologique
sur la guerre "juste":
à l'ère de l'arme nucléaire
et de la guerre totale, moins
que jamais il ne peut y avoir de
guerre juste. Prophétique, ce
document du magistère de l'Eglise
ouvrait également une nouvelle
ère de dialogue entre
confessions chrétiennes et non
chrétiennes - islam,
judaïsme, bouddhisme, etc. -
fondée sur "des
rapprochements et des rencontres
qui étaient hier jugés
inopportuns". Quatre décennies
plus tard, Jean Paul II,
arrivé à l'extrême limite de
ses forces physiques, marche sur
les pas de son prédécesseur
Jean XXIII. Une fois de
plus, il tente d'empêcher que
l'inévitable ne se produise en
Irak et ne ruine, en
particulier, ses laborieux
efforts de dialogue mené depuis
un quart de siècle avec le
monde islamique.
Le Vatican, plus petit Etat de
la planète, n'a pas de
divisions. Mais il met au
service du règlement pacifique
du conflit une diplomatie à
mains nues qui peut prêter à
sourire mais attire les
visiteurs de chaque camp jusqu'à
Rome : en moins de quinze
jours, le Vatican a reçu
Joschka Fischer, Tarek Aziz,
Kofi Annan, Tony Blair. Et ces
efforts semblent séduire la rue
italienne plus que les
fluctuations d'un Silvio
Berlusconi. Ils s'appuient sur
la cohérence d'une doctrine qui
refuse toute guerre préventive,
sur un réseau de diplomates
chevronnés, sur la médiation
d'une autorité incontestable
comme celle du cardinal
Etchegaray, ambassadeur spécial
du pape sur tous les points
chauds de la planète, et sur la
faible voix de ce pape qui
figure à nouveau cette année
sur la liste des nommés pour le
prochain prix Nobel de la paix.
Cette diplomatie a pour premier
atout la continuité. Par son
refus inconditionnel, farouche,
radical de toute guerre, Jean
Paul II est dans la droite
ligne de l'encyclique Pacem
in terris, qui avait frappé
le monde parce qu'elle venait
d'un homme qui n'a aucun autre
pouvoir que spirituel. Son
autorité ne lui venait que de
la force des mots qu'il
employait et de l'espoir qu'ils
suscitaient.
A l'ère atomique, disait Jean XXIII,
il faut choisir entre le
dialogue et la tension
internationale permanente. A
celle du choc des civilisations
et de la dissémination des
armes de terreur, l'enjeu est
aussi entre le dialogue et le
cataclysme, répète Jean Paul II.
Il martèle tout à la fois la nécessité
d'un désarmement irakien -
c'est le sens des pressions sur
Tarek Aziz au Vatican et de la
visite du cardinal Etchegaray à
Saddam Hussein - et le
refus de la fatalité de la
guerre. Cette cohérence puise
à l'enseignement traditionnel
de l'Eglise, qui fait du développement
d'un ordre juridique
international le critère du
bien commun universel et pour
lequel tout conflit doit trouver
sa juste solution dans le cadre
des Nations unies. Elle lui
vient aussi d'une doctrine de la
guerre réaffirmée dans
Gaudium et Spes, document
majeur du dernier concile
Vatican II (1962-1965). Une
doctrine caractérisée par un
triple non. Non à la guerre préventive
ou à la guerre de représailles :
seule est légitime la réponse
à une agression armée. Non à
la guerre totale : l'action
militaire doit être limitée à
ce qui est strictement nécessaire
pour écarter le dommage à
encourir. Non à la riposte démesurée :
il ne faut pas risquer
d'infliger un mal plus grave que
le bien que l'on veut défendre.
"J'ai tout tenté"
Une telle cohérence ne serait
guère évidente pour les
visiteurs du pape si elle ne
s'appuyait sur l'expérience de
près d'un quart de siècle de
présence de cet homme sur les
lieux de conflit. Sans doute un
règne aussi long ne pouvait-il
pas éviter les échecs et les
pages sombres. La guerre du
Golfe de 1990-1991 avait illustré
les limites de son action morale :
tout en condamnant l'annexion du
Koweït par Saddam Hussein, Jean
Paul II avait mené un
combat solitaire et vain - une
quarantaine d'appels et de
discours en six mois -
contre l'intervention militaire
alliée de l'Occident, qui, pour
lui, ne conduisait à rien. Il
avait déjà été l'une des
voix à protester le plus
puissamment contre le chantage
des armes nucléaires lors de la
crise des euromissiles au début
des années 1980. Il fut l'un
des plus constants à réclamer
la fin de l'embargo contre
l'Irak, selon le principe de bon
sens que des populations n'ont
pas à souffrir de la politique
de leurs dirigeants. D'autres
initiatives de paix ont fait
long feu, comme la visite risquée
que Jean Paul II avait
rendue au Soudan en février
1993 pour attirer l'attention du
monde sur le génocide oublié
des chrétiens et animistes du
sud de ce pays. L'ex-Yougoslavie
avait été aussi son crève-cœur.
Le Vatican avait reconnu précipitamment
dès janvier 1992 l'indépendance
de pays catholiques comme la
Croatie et la Slovénie, et il
s'était trouvé disqualifié
aux yeux des Serbes et de tous
les pays orthodoxes. Il avait été
récupéré par des
nationalistes comme l'ancien président
croate Tudjman, aujourd'hui décédé,
qui n'avait pas craint de le
recevoir à Zagreb en 1994 comme
"le défenseur du peuple
croate agressé".
Que dire du Rwanda, l'un des
pays les plus catholiques
d'Afrique, où, avant les
massacres de 1995, son épiscopat
s'était largement compromis
avec les dirigeants hutus ?
Ou de l'impuissance de ce même
pape face à la Chine, où,
malgré la diplomatie active du
même cardinal Etchegaray, des
chrétiens sont chaque jour
encore persécutés ? Cette
diplomatie "de
l'esprit" paraît souvent
vaine ou naïve. Elle n'a
d'autre intérêt à défendre
qu'une certaine idée de la
dignité humaine. Pourra-t-elle
un jour se frayer un chemin dans
le cœur des hommes ? Après
l'éclatement de la guerre en
Bosnie, Jean Paul II avait
déclaré sur un ton blessé :
"J'ai tout tenté. J'ai
frappé en vain à toutes les
portes." Sera-t-il
contraint demain, après les
premières frappes sur Bagdad,
de répéter les mêmes paroles ?
haut
Maurizio
Ragnini : "L’Italie
maintient sa position de
premier partenaire commercial du
Liban"
par LILIANE MOKBEL, paru dans
l'Orient-le Jour le 28 février
2003
"Encore une fois, l’Italie
s’affirme comme premier
partenaire commercial du Liban
en augmentant sa quote-part du
marché passant de 9,7 % en
2001 à 10,7 % en
2002", a déclaré Maurizio
Ragnini, chef de la délégation
commerciale d’Italie (ICE). "Cela
est le résultat non seulement
des relations traditionnelles
commerciales qui lient les deux
pays, mais aussi et surtout de
la politique promotionnelle
soutenue de l’Italie qui joue
un rôle primordial dans
l’augmentation des échanges
italiens avec le Liban" ,
a-t-il dit. La déprime, qui
caractérise le marché local, a
induit, note-t-on, à une baisse
des importations libanaises dans
une proportion de 11,6 % en 2002
par rapport à l’année précédente.
Concernant les principaux
partenaires du Liban à
l’importation, cette baisse a
représenté pour l’Italie 2,1 %,
l’Allemagne 6,6 %, la
France 15,9 %, les États
Unis 9,9 %, la Suisse
20,1%, le Royaume-Uni 11,2 %,
la Russie 39,9 % et la
Syrie 36,9%.
Mais cette baisse des
importations s’est accompagnée
d’une hausse des exportations
libanaises vers le monde (+17,5 %),
contribuant à une nette amélioration
de la balance commerciale
libanaise (-6,4 milliards $ en
2001 à -5,4 milliards $ en
2002) qui est symptomatique du début
de la relance de l’industrie
et des produits qui trouvent
toujours des débouchés sur les
marchés internationaux.
"L’accord de partenariat
entre le Liban et l’Union
européenne pourrait contribuer
à doper une reprise économique,
renforçant plus les rapports
commerciaux avec les pays européens
et ouvrant encore plus leur
marché aux produits
libanais", a encore dit
Maurrizio Ragnini. Le chef de la
délégation commerciale d’Italie
a souligné que l’importation
reste fortement excédentaire et
caractérise le marché libanais
qui demeure à vocation
commerciale et représente une
plaque tournante vers la région
du Moyen-Orient.Quant aux
principaux produits importés au
Liban, l’éventail de
l’export italien peut être
pris en exemple en tant que
composition par groupe de
produits. Ainsi, le Liban a
importé de l’Italie en 2002
des produits de consommation
(23,6 %), des matériaux de
construction et des produits minéraux
(22 %), des machines et
moyens de transport (19 %),
des métaux communs (9 %),
des produits chimiques (7 %),
des produits plastiques (4,5 %)
et d’autres (14,9 %).
Don italien pour le développement
agricole à Baalbeck-Hermel
Un accord de coopération
entre le gouvernement italien,
le Conseil du développement et
de la reconstruction et l’Institut
de recherches agricoles libanais
(IRAL) a été signé hier par
l’ambassadeur d’Italie,
Franco Mistretta, le président
du CDR, Jamal Itani, et le
directeur général de l’IRAL,
Michel Frem. En vertu de cet
accord, le gouvernement italien
accordera un don de près de
1,74 million d’euros en vue de
contribuer à l’exécution
d’un programme de développement
agricole à Baalbeck-Hermel. Des
organismes locaux (dont
notamment l’IRAL)
participeront à ce projet, à
concurrence de 400 000 dollars.
Le projet en question, qui s’étalera
sur trois ans, comporte trois
volets :
- Assistance au secteur agricole
: amélioration des techniques
d’irrigation ; intensification
des cultures et augmentation des
rendements des productions
animales et végétales ;
transformation agro-alimentaire.
- Protection du milieu
rural et augmentation de la
production agricole :
conservation et préservation
des ressources en eau ;
intervention contre l’érosion
et contre les conséquences
d’une mauvaise gestion du
territoire.
- Renforcement social et
institutionnel : développement
des capacités des opérateurs
agricoles au niveau de la
diffusion et de la gestion de
technologies agricoles
soutenables. haut
L’emprise
de l’homme au Liban face à
la gravité des dégâts causés
par la tempête
Atteintes au domaine fluvial, déchets
accumulés, négligence officielle...
paru dans l'Orient-le Jour le 26
février 2003
La nature, qui
subit si souvent l’emprise des
hommes, reprend, un jour ou
l’autre, ses droits. C’est
peut-être la grande leçon à
tirer des dégâts causés par la
violente tempête qui frappe
actuellement le Liban. Le déchaînement
des intempéries ne va jamais sans
ennuis pour les hommes, mais il
s’avère, à première vue, que
l’impact du mauvais temps a été
grandement aggravé par des problèmes
résultant de la mauvaise gestion
qui sévit encore dans le pays :
les atteintes au domaine public
fluvial, les déchets qui polluent
le lit des fleuves, la déforestation
qui pourrait être l’une des
causes majeures des grands éboulements
observés dans les différentes régions...
sans compter l’extraordinaire
fragilité de l’infrastructure
routière, révélée par les
trombes d’eau qui se sont
abattues sur le Liban ces derniers
jours. Ainsi, au-delà du drame
social représenté par la perte
de la quasi-totalité des récoltes
de la majorité des agriculteurs
libanais, des lacunes considérables
dans le domaine de la gestion des
ressources et de l’urbanisation
ont été révélées au grand
jour par les pluies diluviennes.
"Gouverner, c’est prévoir."
Abdallah Zakhia, militant des
droits de l’homme et de la
protection de l’environnement,
cite ce dicton pour mieux
illustrer les impressions que lui
ont laissées les images
d’inondations et d’éboulements
de ces derniers jours :
"Cette tempête a mis à nu
la mauvaise gestion et la
politisation à outrance
d’administrations chargées de
s’occuper de certains aspects
techniques. Il y a un non-respect
des lois les plus élémentaires
de l’environnement et de
l’urbanisme : les habitations se
lézardent, les routes
s’effondrent par manque de murs
d’appui, des jetées sont détruites
sur le littoral, etc. Partout, il
est évident que l’avis des spécialistes
est négligé lors de la réalisation
des projets." Le premier
problème rendu évident par la
pluie incessante est celui des déchets
qui se sont accumulés dans les
lits des fleuves, gênant les
cours d’eau et aggravant les
inondations. "Les cours
d’eau n’ont pas été en
mesure d’absorber la quantité
exceptionnelle de pluie qui
s’est abbattue sur le pays,
notamment dans la Békaa qui se
trouve entre deux chaînes de
montagnes", explique Ali
Darwiche, ingénieur agronome et
vice-président de l’association
écologique Green Line.
"Depuis des années, les
riverains et les usines jettent
leurs déchets dans les fleuves
sans aucun contrôle. On ne
s’est aperçu de la catastrophe
que dans les conditions météorologiques
extrêmes. Or, aujourd’hui, les
dégâts sont considérables parce
que les cours d’eau, avec un débit
beaucoup plus fort, transportent
ces déchets d’un endroit à
l’autre, les acheminant
jusqu’au lac artificiel de
Qaraoun dans la Békaa, et
ailleurs, jusque dans la
mer."
Le changement du cours des fleuves
par les hommes est, selon M.
Darwiche, particulièrement grave.
"C’est un problème qu’on
a également observé en Europe,
dit-il. Quand on modifie le
paysage et le chemin emprunté par
l’eau, quand il devient plus
court, par exemple, il y a des étranglements
qui ont lieu, d’où
l’aggravation des
inondations." "Le
problème, c’est qu’il n’y a
aucune gestion du domaine
fluvial", dénonce Jalal
Halwani, expert en hydrologie et
membre du conseil de l’Université
libanaise. "Dans les
villages, il n’y a aucune
gestion des ressources naturelles,
notamment hydrauliques. Quand les
ministres de la cellule de crise
se sont rendus dans la région du
Litani pour constater les dégâts
causés par la tempête, ils sont
tombés des nues à la vue des
agressions contre le domaine
public fluvial, pourtant perpétrées,
au vu et au su de tous, depuis des
années..." Ces agressions,
qui couvrent près de 10 millions
de mètres carrés de surface dans
tout le Liban, provoquent
aujourd’hui de véritables
drames sociaux. Des habitations
construites trop près des cours
des fleuves se trouvent
aujourd’hui entourées par les
eaux. A l’insouciance
populaire est venue s’ajouter la
négligence officielle de la mise
en place de règles d’urbanisme
dans les régions. "Si l’on
avait équipé les fleuves
al-Kabir et Oustouane du Akkar
comme on l’avait fait de Nahr
Beyrouth, il n’y aurait pas eu
de problème", souligne M.
Halwani.
Tragique déforestation
La défaillance des
infrastructures routières dans
les montagnes, là aussi réalisées,
apparemment, sans respect pour la
nature du sol et sans précautions
particulières, a isolé des
villages entiers. Dans la localité
de Akkar al-Atika, qui s’étend
de 900 à 1 200 mètres
d’altitude, des quartiers
entiers ont été isolés par
l’effondrement des routes qui y
mènent, ce qui a causé un problème
social important. Les éboulements
et, par conséquent, l’érosion
du sol qui en résulte constituent
un autre phénomène observé lors
de ces intempéries. Ont-ils été
aggravés par la déforestation
qui affecte aujourd’hui plus
d’une région ? M. Darwiche
pense que c’est le cas.
"Les importantes érosions
sont dues en partie à la dégradation
des espaces verts, puisque les
arbres ont la particularité
d’absorber l’eau et de retenir
le sol, explique-t-il. Durant les
années qui ont suivi la guerre,
on n’a pas prêté attention à
ce problème amplifié
aujourd’hui par la
catastrophe." Pour M.
Halwani, cependant, "la
nature du sol, notamment dans les
régions agricoles, n’est pas
rocheuse, d’où le fait que l’érosion,
avec les pluies abondantes qui
sont tombées, est un phénomène
plutôt naturel". Toutefois,
il insiste sur le fait que la
quantité considérable d’eau
provenant des pluies, qui ont
atteint leur niveau le plus élevé
depuis 1969 (le double de la
moyenne annuelle), ne présente
pas que des aspects négatifs.
"Il y a des sources qu’on
croyait taries de façon
permanente et qui ont réapparu
dans certaines localités du
Liban-Nord", souligne-t-il.
En effet, l’eau est aussi, et
surtout, une richesse... pour qui
sait la retenir. "Si on avait
construit des barrages dans les
montagnes, on aurait pu stocker
des centaines de milliers de mètres
cubes d’eau pour l’été",
déplore M. Halwani. M. Darwiche,
lui, dénonce le "double
gaspillage de l’eau, qui finit,
inutilisée, dans la mer, et de
terre fertile perdue en raison de
l’érosion". Comment
aurait-on pu éviter cela ?
"Par la construction de murs
de soutien ou par la disposition
de cultures en escalier",
indique-t-il. Enfin, quelles
leçons tirer des dégâts causés
par la tempête et quelles mesures
prendre avec le retour du beau
temps ? "Il faut tout
d’abord nettoyer très
rapidement les lits des fleuves,
notamment dans la Békaa, avertit
M. Darwiche. Aujourd’hui, les
chutes de neige qui ont remplacé
les pluies diluviennes ont minimisé
les dégâts à court terme. Mais
la fonte prochaine des neiges
pourrait causer des inondations
supplémentaires, vu que le sol
est déjà gorgé d’eau. Il faut
prendre les précautions nécessaires,
notamment pour assurer la sécurité
des habitants." M. Zakhia,
quant à lui, soutient qu’à
plus long terme, il faudra mettre
en place une politique
environnementale et de développement,
notamment dans les régions éloignées.
"Sans études d’impact
environnemental imposées avant la
réalisation de tout projet, on ne
pourra pas résoudre ce genre de
problèmes", insiste-t-il.
haut
L'eau
plus abondante que prévu sur Mars
La première carte
globale de l'hydrogène dressée
par la sonde Odyssey vient d'être
publiée
par CYRILLE VANLERBERGHE,
publié dans le Figaro le 21 février
2003
"C'est de
plus en plus clair qu'il y a assez
d'eau sur Mars pour subvenir aux
besoins d'une future exploration
humaine", a affirmé le 15 février
l'astronome Bill Feldman du
Laboratoire national de Los Alamos
lors de la conférence annuelle de
l'Association américaine pour
l'avancement des sciences (AAAS)
à Denver. D'après les analyses
de la sonde américaine Mars
Odyssey faites au bout d'une année
en orbite, il y aurait assez d'eau
pour recouvrir l'ensemble de la
planète sur 15 centimètres
de hauteur. Cette eau est
actuellement gelée, et se
retrouve en majeure partie mélangée
dans les sols des pôles Nord et
Sud. Il s'agit d'une première
surprise, puisqu'on pensait
auparavant que seul le pôle Nord
abritait de l'eau gelée, et que
le pôle Sud n'était, lui,
recouvert que de glace carbonique.
A certains endroits du pôle Nord,
la glace représente plus de 50%
de la masse des sols. Ce qui veut
dire que les futurs explorateurs
pourraient obtenir un litre d'eau
en chauffant seulement 2 kg
de terre.
Avec la première carte globale de
l'abondance de l'eau, Bill Feldman
met également fin aux
affirmations de certains
chercheurs qui soutenaient encore
que malgré les nombreuses traces
d'écoulement visibles sur les
images de la surface, il n'y avait
pas d'eau sur Mars. Le débat est
d'autant plus passionné que la
vie n'a pu exister sur cette planète
voisine de la Terre que s'il y a
eu dans le passé de l'eau qui
coulait à sa surface. Ce grand
progrès a été rendu possible
par un des nouveaux instruments de
la sonde Mars Odyssey qui survole
la planète depuis octobre 2001,
un spectromètre capable de
mesurer la quantité d'hydrogène
contenue dans le sous-sol proche
de la surface. Aux pôles où on
le trouve en grandes quantités
(parfois plus de 50% du volume),
l'hydrogène trahit la présence
d'eau (H2O) gelée. En revanche,
quand on le trouve dans des régions
de latitudes moyennes, plus
proches de l'équateur, il s'agit
d'eau qui a été assimilée il y
a très longtemps par les roches,
à une époque où cette eau
coulait sur la planète rouge.
Mars Odyssey permet donc d'avoir
une idée des régions qui ont été
humides dans le passé, et où la
vie a peut-être eu le temps
d'apparaître. "La carte de
l'eau sur Mars va être
incontournable pour le choix des
prochains sites d'atterrissage des
missions d'exploration",
explique Francis Rocard,
responsable des programmes
d'exploration du système solaire
au Cnes (Centre national d'études
spatiales).
Mais la carte globale de l'eau
martienne ne va pas répondre à
toutes les questions des planétologues,
loin de là ! Les phénomènes très
localisés, comme ces mystérieuses
ravines qui marquent de nombreuses
pentes rocheuses, sont
inaccessibles à la faible résolution
du spectromètre. Dans ce cas, les
chercheurs en sont encore réduits
à faire des suppositions à
partir des images à haute résolution
prises par les deux sondes
automatiques Odyssey et Global
Surveyor. Philip Christensen,
professeur à l'université d'État
d'Arizona à Tempe, propose un
nouveau scénario pour expliquer
ces écoulements manifestement
laissés par des liquides. La présence
d'eau sous forme liquide à l'époque
actuelle paraît pourtant
difficile car la température et
la pression sont très basses et,
dans ces conditions, l'eau se
sublime en passant directement de
l'état solide (glace ou neige) à
l'état gazeux (vapeur d'eau). L'Américain
répond à cette difficulté en
affirmant que ces écoulements ont
été causés il y a quelques
centaines de milliers d'années
par la fonte d'épaisses plaques
de neige. La pression de la neige
accumulée aurait permis aux
couches les plus basses de fondre
et de couler le long des parois.
Pour le moment, rien ne permet de
dire si cette hypothèse a plus de
poids que celle proposée en 2002
par une équipe française de
l'université d'Orsay, selon
laquelle les ravines provenaient
de sources alimentées par des
glaces souterraines.
haut
Hommage - René
Habachi notre contemporain, ou
"un personnalisme de chez
nous"
par PHARES ZOGHBI, publié
dans l'Orient-le Jour le 17
février 2003
Le philosophe libanais René
Habachi vient de mourir à
Paris. Entre le "Mounier du
Moyen-Orient", tel que
l’a appelé Jean Lacroix, un
des premiers philosophes
personnalistes autour d’Emmanuel
Mounier, ou le "Mounier
libanais", tel que l’a
appelé Pierre de Boideffre dans
son livre Contre le vent
majeur - Mémoires
(1368-1968), René Habachi -
après son apostolat au service
du personnalisme au Liban,
depuis les années 60
jusqu’après la guerre de
1975, vivant dans une banlieue
particulièrement dangereuse de
Beyrouth, s’en est allé à
Paris, où il a vécu, coupé de
ses racines, et - sans
doute - de sa principale
raison de vivre.
"Passeras-tu bientôt par
Paris cher Pharès ? devait-il
m’écrire le 6 juin 1982. Mon
envie de te voir n’est pas
petite. On a tant de choses à
se dire. Il faut une soirée
austère chez moi au lieu d’un
repas somptueux à Monceau. On
marchera autour de Notre-Dame de
Paris, en attendant de se
retrouver à Notre-Dame de
Harissa..."
Avant René Habachi, que
s’est-il donc passé, au Liban
et en Syrie, à propos justement
du personnalisme. En 1982, en
France, à Dourdan, nous étions
venus, René Habachi et moi, à
titre strictement personnel,
participer à la célébration
du cinquantenaire de la revue
Esprit (1932-1982). Habachi
n’a pu participer hélas au
colloque international les 5 et
6 octobre 2000 à Paris, à l’Unesco,
célébrant le cinquantenaire de
la mort d’Emmanuel Mounier, et
organisé - comme à
Dourdan - par
l’association des Amis d’Emmanuel
Mounier, présidée en ce moment
par Guy Coq, philosophe de la
famille Esprit . J’ai pu me
rendre compte, au sujet de
l’organisation de ce deuxième
colloque, de deux choses : la
première, combien Guy Coq a pu
faire aboutir avec autant de
succès cette rencontre
internationale, et combien les
participants, venus de presque
tous les pays du monde, étaient
nombreux... Jean-Marie Domenach,
disparu depuis, dans son
intervention à Dourdan sur
"L’Internationale
personnaliste. L’influence
d’Esprit hors de France",
écrit dans Le personnalisme
d’Emmanuel Mounier, hier et
demain (Seuil 1985, p. 173 et
174) :
"De fait, cet aspect
populiste, républicain, péguyste,
d’Esprit, le rendait plus
accessible aux réformateurs et
révolutionnaires de tradition
catholique et musulmane que de
tradition protestante"
(tiens, pourquoi ?). Car nous
avons eu aussi des amis dans le
monde arabe, tel Lahbabi,
penseur marocain personnaliste ;
mais si, lui, est musulman, la
plupart des autres, tel Habachi,
que Jean Lacroix a appelé le
"Mounier du
Moyen-Orient", sont chrétiens.
Pierre Gemayel, fondateur des
Phalanges libanaises, mit le
personnalisme à la base de son
programme. Michel Aflak,
l’inspirateur du Baas,
m’avait dit à Damas :
"Mes trois maîtres français
sont Michelet, Bergson et
Mounier." Mais ce que
Domenach ne dit pas, c’est
qu’en 1960, il a été invité
à Damas, en tant qu’ "expert
en personnalisme", si
l’on peut dire, et que le
constat qu’il en a fait à son
retour au Liban - où il a
donné au Cénacle libanais une
conférence sur la “ Situation
présente du personnalisme ”
le 1er avril 1963 - c’est
que le Baas en Syrie ne
pratiquait pas le personnalisme,
en soutenant un régime -
qui d’ailleurs n’a pas changé -
où le personnalisme ne se
reconnaît pas. Et les Phalanges
libanaises ?
Le journaliste Edouard Saab -
tué en pleine guerre par un
franc-tireur alors qu’il
traversait le pont Barbir
reliant l’Est à l’Ouest de
la ville - faisant en cela
cavalier seul, voulait mettre le
personnalisme à la base du
programme des Phalanges
libanaises, un parti chrétien
de droite. Jacques Berque en a
fait élégamment le tour et écrit
à ce sujet dans Recherches
libanaises (Encyclopédie française,
XI, L’ "Univers politique
des Arabes") :
"... La préoccupation
d’un contenu doctrinal, unie
à celle de techniques de foule
basées avant tout sur une
formation paramilitaire de la
jeunesse ; tout cela rend un son
étrangement familier dans les
Kataëb ou Phalanges... Il
n’est pas jusqu’à la
tendance intellectualiste qui se
manifestait, récemment encore,
à un congrès du parti, qui,
par contraste avec d’autres
aspects, plus inquiétants, ne révèle
un souci d’analyse et de définition,
voire d’engagement
philosophique, où se conjuguent
de sympathiques traditions
morales et culturelles... M.
Edouard Saab, directeur de la
revue Action, esquissait à
cette occasion une doctrine
libanaise. Il proposait le
personnalisme de Mounier comme
philosophie générale du parti
!... Mais cette ampleur de
vues, ces rattachements
spirituels ne peuvent faire méconnaître
ce qu’il y a dans ce mouvement
de spécificité libanaise, chrétienne
et maronite..."
"Un personnalisme de
chez nous"
Le 12 juin 1950, Georges
Naccache, alors directeur-propriétaire
du journal L’Orient, du haut
de la tribune du Cénacle
libanais, faisait le procès de
l’intelligence libanaise, et
il en décrétait la faillite... A
moins de "nous remettre
dans le temps de l’histoire...
(de nous) replonger dans notre
milieu naturel, (de) refaire
notre éducation libanaise, nous
réconcilier avec notre sol et
notre vérité...". Le 5
mai 1960, dans le cycle
"Une philosophie pour notre
temps" dans le même Cénacle
libanais, René Habachi, donnait
une conférence : "Un
personnalisme de chez
nous." D’entrée de jeu,
il décrit le personnalisme
comme étant "un
spiritualisme incarné".
C’est en deux mots (ou
trois...) une invitation, adressée
à l’homme - en France,
comme au Liban et ailleurs -
pour qu’il entre dans le temps
de l’histoire, reconnaisse son
destin et se réconcilie avec.
Ces mots de Habachi, dont il élucide
par la suite le sens, ne
pouvaient mieux convenir à la
situation de l’intelligence
libanaise, qui, entre autres,
croit construire la démocratie,
en utilisant à outrance, dans
les propos qu’elle tient et
les écrits qu’elle produit,
les mots désincarnés et nus,
de liberté, d’égalité, de
fraternité, d’humanisme...
Jamais ces mots dont se
gargarise l’intelligence
libanaise ne s’incarnent,
jamais ils ne sortent de leur
cadre essentialiste, pour aller
interroger les gens et les
choses, et en dégager un projet
dans une perspective nouvelle et
actuelle au Liban.
Le spiritualisme - ici en
question - veut tout
simplement dire un esprit désincarné,
et l’idéalisme auquel il
conduit est bien, à son tour,
'"idéalisme
romantique", "une
sorte de rêve sans efficience
sur la réalité, une éloquence
stérile et hypocrite". Et
en tant que spiritualiste, qui
se veut incarné, Habachi écrit
que "le personnalisme est déjà
nôtre par toutes ses racines
historiques, par la pensée hellénique,
dont ni le christianisme, ni
l’islam ne sauraient se
passer, par la théologie
orientale, par la philosophie
arabe, ce spiritualisme nous est
remis par l’histoire comme un
dépôt traditionnel. A
cause d’Aristote, de Cyrille,
de Jean de Damas, d’Avicenne
et d’Averroès, parler de
personnalisme c’est suivre le
prolongement moderne occidental
d’une racine orientale
imminente à notre
histoire". Le personnalisme
est "une philosophie
combattante", la personne
n’est pas fermeture, mais
ouverture et dialogue.
"Encore doit-il s’agir
d’un dialogue et non
d’apologétiques, de
monologues parallèles,
d’utilisation, d’échanges
d’injures ou d’aménités."
Car "dialoguer - selon
Jean Lacroix, que nous citons
ci-haut - ne saurait donc
être, ni réfuter la pensée
d’autrui, ni l’intégrer à
la sienne propre, mais se mettre
simplement en question soi-même
pour progresser au contact de
l’autre". Et Habachi
d’ajouter : "En un mot,
si pour ma part j’adopte le
personnalisme comme philosophie
centrale, c’est parce que avec
lui je m’avance à la fois à
la rencontre de mon passé et de
mon présent."
Qu’en est-il, en ce moment,
au Liban ?
N’est-il pas vrai que
l’homme au Liban est en ce
moment ensablé sous l’économie,
les caricatures de la démocratie
et la perte de souveraineté ?
Une analyse de l’œuvre de
Habachi à travers le
personnalisme qu’il a toujours
prôné n’est-elle pas de
nature à nous mettre en contact
avec nous-mêmes, dans une
perspective de maîtrise de
notre destin ? Ahmad Beydoun,
dans La Méditerranée
libanaise (Maison Neuve et
Larose), écrit ceci :
"Nous ne pouvons épuiser
dans les limites de ce modeste
essai les vicissitudes
libanaises de l’idée méditerranéenne.
S’agissant d’elle, on ne
peut cependant esquiver le nom
de René Habachi, grande figure
du paysage intellectuel
beyrouthin des années cinquante
et soixante et conférencier de
loin le plus prolixe du Cénacle
libanais... Cet Egyptien de
souche et de sensibilité,
libanais alors de fraîche date,
mais vite engagé à fond dans
les problèmes du pays, ne
pouvait, de par sa double
appartenance et sa formation
humaniste, ne pas sortir le débat
sur la Méditerranée des ornières
du clivage libanais... Nous ne
ferons qu’effleurer ici
l’apport à ce débat d’une
œuvre considérable qui mériterait
une analyse à part... Adepte
d’un personnalisme de facture
française, Habachi veut
l’adapter aux réalités de
l’Orient arabe... Il trouve
dans le personnalisme à la fois
une synthèse et un dépassement
de ces deux doctrines (le
marxisme et l’existentialisme)
puisqu’il veut embrasser la
totalité personnelle de
l’homme, autrement dit
l’individu saisi dans son
autonomie de sujet et simultanément
dans le tissu de son existence
objective telle qu’elle est
assumée par lui."
"Pareille approche aurait
été dépourvue d’originalité
si elle n’était étayée par
un don exceptionnel pour
l’analyse... Celle-ci la
mettait, en effet, à l’épreuve
d’œuvres puissantes et de
problèmes d’actualité dont
le philosophe entreprenait en maître
des lectures critiques... Un
autre souci évitait au discours
de Habachi de sombrer dans le
spiritualisme banal : à savoir
l’aspiration à placer sa réflexion
à l’intersection de
traditions dont il voulait
fonder la convergence. Cette
intersection n’était autre
que la Méditerranée... L’idée-force
du projet (déjà présente chez
Taha Hussein) est de retrouver
une inspiration commune (à
tendance personnaliste) aux écoles
majeures des deux traditions de
pensée chrétienne et islamique
en les interrogeant à la lumière
de leur référence commune à
la philosophie grecque... Englobant
d’un côté Fribourg aussi
bien que Grenade, le bassin méditerranéen
se trouve élargi, de l’autre
côté, jusqu’au pays d’al-Farabi
et d’Avicenne pour culminer,
en définitive, à Athènes."
On doit à René Habachi
d’interroger à nouveau son œuvre,
à la lumière des événements
que nous avons vécus et que
nous vivons au Liban, pour en dégager
les éléments pouvant servir à
une Renaissance dans notre manière
de voir et de vivre notre
aventure. Qui mieux qu’Esprit
(revue et association réunies)
pourrait entreprendre cette tâche,
avec la collaboration de
l’intelligence libanaise ? Et
qui mieux que “La fondation
culturelle Pharès Zoghbi -
Université Saint-Joseph -
faculté de droit et des
sciences politiques” pourrait
procéder à l’organisation de
ce projet ? haut
Découverte
d'un temple pharaonique dans le désert
égyptien
publié par l'AFP le 18 février
2003
L'égyptologue italien Paolo
Gallo a annoncé mardi la découverte
dans le désert occidental de l'Egypte
des restes d'un temple
pharaonique montrant "de très
beaux reliefs peints", et
dont l'étude permettra de mieux
connaître le développement des
oasis, au IVème siècle avant
JC. "Aujourd'hui détruit
et entièrement recouvert de
sable, en plein désert, ce
temple, qui avait une vingtaine
de mètres de longueur, est situé
à 140 km de Siwa (ouest), sur
le rivage d'une ancienne oasis
abandonnée", a expliqué
M. Gallo, de l'Université de
Turin. Sur les blocs provenant
des parois éboulées "sont
représentées en relief peint
les divinités majeures du panthéon
égyptien", a-t-il précisé.
La mission italienne s'efforce
actuellement de sauver les plus
importants de ces blocs, menacés
par l'érosion des vents
violents qui soufflent
constamment dans la région. La
partie la plus ancienne du bâtiment
sacré fut construite et décorée
par le pharaon Nectanébo Ier
(380-361 AV.JC) et, "grâce
aux inscriptions hiéroglyphiques
découvertes sur le site, il a
été possible d'identifier le
nom que portait l'oasis dans
l'Antiquité : Imespep", a
ajouté M. Gallo.
"L'importance historique de
la trouvaille est considérable",
a-t-il assuré, précisant qu'
"aucun monument du pharaon
Nectanébo Ier n'était connu
jusqu'à présent dans la région
de Siwa".
Cette découverte "révèle
la volonté politique de ce
souverain de mettre en valeur la
zone des oasis occidentales de
l'Egypte et d'en améliorer les
liaisons caravanières avec la
vallée du Nil", a expliqué
le chercheur italien. Ce site
archéologique dans l'oasis qui
porte actuellement le nom de
Bahrein, est connu depuis les
années 1920, "mais
l'existence de ce temple
pharaonique est restée complètement
ignorée des savants jusqu'à
ces jours derniers", a
ajouté M. Gallo. "Le
sanctuaire était dédié à un
culte particulier du dieu Amon,
que l'on appelait ici 'l'Amon
qui fortifie' ", a précisé
M. Gallo. Outre le temple, le
sanctuaire possédait une salle
hypostyle à six colonnes, qui
lui a probablement été ajoutée
à l'époque ptolémaïque. Dans
l'Antiquité, Bahrein - ou
Imespep - était une oasis
caravanière qui reliait celles
de Siwa et de Bahariya, encore
habitées aujourd'hui. Bahrein
est située près de la Grande
Mer de Sable, dont les dunes
gigantesques cacheraient, selon
l'historien Hérodote, les
vestiges de l'armée de Cambyse,
conquérant perse de l'Egypte
(520 avant J.C.), qui aurait été
anéantie par une tempête de
sable. Bahrein aurait été
abandonnée à l'époque
byzantine, en raison du déclin
du trafic caravanier, et n'a
jamais été réoccupée,
probablement à cause des
conditions de vie extrêmes,
dans une des zones les plus
hostiles du monde, a ajouté M.
Gallo. Paolo Gallo a fondé en
1997 le Centre de la Mission
Archéologique Italienne
d'Alexandrie (CMAIA), qui
travaille également sur l'Ile
de Nelson, en face d'Alexandrie,
où ont été retrouvés en
novembre les restes d'une
forteresse d'époque macédonienne
fondée par les colons
d'Alexandre le Grand.
haut
Lancement
du projet pour la restauration du
château de Beaufort
Salamé
préside une réunion au ministère
de la Culture
par
JOANNE FARCHAKH, publié dans
l'Orient-le Jour le 28 février
2003
Beaufort
ou Chkif Arnoun, deux noms pour
un même édifice centenaire élevé
sur une falaise, à l’époque
médiévale. Dominant le Sud du
Liban, il constitue, en plus de
son importance archéologique et
patrimoniale, un symbole de la résistance
libanaise face à l’occupation
israélienne. En fait, après le
retrait de cette armée, les
curieux ont afflué sur le site,
voulant tout à la fois découvrir
les lieux et voir les
installations militaires. Au
lendemain de la libération, et
afin de protéger ce prestigieux
monument historique, la
Direction générale des
antiquités avait lancé une
expertise préliminaire évaluant
les dégâts du château. Trois
ans plus tard, les résultats de
ce travail pluridisciplinaire
ont été annoncés lors d’une
rencontre au ministère de la
Culture, en présence du
ministre Ghassan Salamé, du
directeur général des antiquités,
Frédéric Husseini, des
responsables du bureau de l’Unesco
à Beyrouth, des députés et
des hauts responsables de
Nabatiyé ainsi que d’un grand
nombre de scientifiques.
"Si nous sommes réunis
aujourd’hui, c’est parce que
le développement équilibré
d’une région ne peut se faire
en dehors de la participation
active de ses habitants", a
noté le ministre Salamé.
"L’étude préalable de
la restauration du château de
Beaufort est accomplie, il ne
reste plus maintenant qu’à clôturer
le cahier de charges et à
lancer un appel d’offres.
Quant au budget nécessaire à
la réalisation de cette
restauration, estimé à deux
millions deux cent mille
dollars, nous avons obtenu
l’accord de principe d’une
source “amie” pour ce
financement", a t-il indiqué.
Si le ministre a refusé de préciser
l’origine de la donation, des
sources bien informées ont révélé
à L’Orient-Le Jour qu’il
serait question d’un fond koweïtien.
Une étude pluridisciplinaire
complète du monument
La restauration réussie
d’un édifice ne doit jamais
s’effectuer sans une étude préalable
complète. L’architecture du
monument, son archéologie, son
historique, les pathologies de
la pierre sont à prendre en
considération, mais aussi son
environnement paysager et sa
gestion touristique. En fait,
pour garantir la vie d’un
monument et sa transmission aux
générations futures, il est
impératif de suivre toutes ces
démarches qui exigent des années
de travail. Dix-huit mois étaient
d’ailleurs nécessaires pour
l’accomplissement de l’étude
préalable de la restauration du
château de Beaufort. Jean
Yasmine, architecte restaurateur
et archéologue, a présenté au
cours de cette réunion les résultats
de cette étude. Etant
coordinateur des différentes équipes
pluridisciplinaires, libanaises
et françaises, M. Yasmine connaît
toutes les facettes de ce
dossier. "Avec des collègues
français spécialistes des
forteresses médiévales, des
topographes, des archéologues,
des architectes et des ingénieurs,
nous avons effectué l’étude
préalable la plus complète
possible du monument",
explique M. Yasmine.
"Chacun de nous a apporté
son savoir et son expérience
pour réussir au mieux ce
travail, poursuit-il. Aucun détail
n’a été épargné. Nous
avons effectué les relevés
architecturaux et topographiques
de l’ensemble de l’édifice,
travail exigeant de dessiner
tous les blocs éparpillés sur
le terrain et de relever par
photogrammétrie toutes les façades
du château. Les marques
lapidaires ont été inventoriées
afin de mieux dresser
l’historique des lieux. Les
pathologies de la pierre et les
différents mortiers ont été
analysés dans des laboratoires
spécialisés en Europe pour
mieux définir les techniques de
restauration à suivre.
L’architecture militaire a été
étudiée dans ses petits détails
et les textes historiques référant
à cet édifice ont été disséqués",
affirme t-il.
Grâce à cette étude, il est
possible maintenant de lancer
une campagne de restauration du
château de Beaufort.
D’ailleurs, les premières étapes
de ce travail ont été aussi présentées
au cours de cette réunion. Les
spécialistes prévoient trois
ans de travail pour la
restauration du site et sa réhabilitation.
Au terme de cette campagne,
Chkif Arnoun sera un site où se
lira l’histoire médiévale et
contemporaine. En fait, la
forteresse médiévale surplombe
les deux bunkers israéliens
conservés sur les lieux comme témoins
d’une époque révolue et
"vestiges" visités
par les curieux. Une fois toutes
ces démarches accomplies, le
site sera alors ouvert au
public. Mais avant d’en
arriver là, il faut s’assurer
que les fonds promis seront
accordés à temps. Toujours
est-il que le ministre Salamé a
affirmé que la donation est
"prête". Mais
s’agit-il de l’ensemble du
montant ou d’une partie ? En
tout état de cause, il est nécessaire
que la somme totale soit remise
à la DGA afin qu’aucune
considération politicienne ne
vienne remettre en cause ce
projet.
haut
Genghis
Kahn, l'empereur aux 16 millions
de descendants
par YVES MISEREY, publié dans
le Figaro le 17 février 2003
Avec l'ADN pour seul indice, la
génétique peut verser parfois
dans l'enquête historique.
C'est ainsi qu'une équipe de
chercheurs publie une étude où
ils révèlent que près de 16
millions des hommes vivant
actuellement sur le continent
asiatique auraient un même ancêtre
mâle (1). Selon Chris
Tyler-Smith, de l'université
d'Oxford (Royame-Uni), qui a
dirigé ce travail, cet aïeul
commun ne serait autre que
Genghis Kahn (1167-1227) ou,
plus sûrement, son grand-père
paternel ayant vécu il y a près
de mille ans. Au cours du 13e
siècle, l'empire mongol s'étendit
de la Chine jusqu'à la mer
Caspienne. Sept cents ans plus
tard, cette conquête est encore
visible dans le bagage génétique
des populations asiatiques de
sexe mâle. En effet, 8% des
hommes vivant en Chine, au
Pakistan, en Ouzbékistan et en
Mongolie (une partie de l'ancien
empire mongol) présentent
plusieurs traits identiques sur
le chromosome Y (masculin). Ces
caractéristiques étant
transmises sans modification
chez les garçons au fil des générations,
les chercheurs sont en droit
d'affirmer qu'elles proviennent
d'un unique individu. Qui ?
C'est le problème, car Genghis
Kahn a été inhumé en secret.
Son tombeau n'a jamais été
retrouvé et l'on ne connaît
pas son ADN.
En fait, pour étayer leur
hypothèse, les généticiens en
sont réduits à des arguments
historiques. Genghis Kahn avait
un harem. Au terme de tous ses
combats victorieux, il voulait
toujours qu'on lui livre les
femmes les plus belles. Son fils
aîné n'était pas en reste :
il avait eu quarante fils.
Kubilai Kahn, son petit-fils,
qui régna sur la Chine, eut lui
aussi de nombreuses concubines
et 22 fils légitimes. Chaque
année, il ajoutait trente
nouvelles vierges à son
harem... "C'est stupéfiant
de voir comment une seule lignée
peut avoir autant de
descendants", confiait
au New York Times Robin
Dunbar, un spécialiste anglais
de la biologie de l'évolution
et de l'écologie humaine. Bien
sûr, ses rejetons seraient
encore plus nombreux si on
pouvait avoir une idée de la
descendance féminine. La lignée
des khans ayant été tellement
prolifique, on peut penser que
les filles devaient elles aussi
être nombreuses même si, dans
cette société strictement
patriarcale, elles ne
jouissaient pas du même
prestige que les garçons.
(1) American Journal of Human
Genetics, on line.
haut
New
York : Du verre, in memoriam
La
ville a choisi l'ensemble qui
remplacera les Twin Towers
par
FABRICE ROUSSELOT, publié dans
Libération le 28 février 2003
Une fosse géante avec, un peu
plus loin, les empreintes des
Twin Towers dessinées dans le
sol rouge, en hommage à la mémoire
des 2.800 victimes. Tout
autour, six tours de verre et
d'acier, dont l'une, surmontée
d'une flèche, sera la plus
haute du monde, s'élevant à
plus de 541 mètres. Hier, un
an et demi après les
attentats contre le World
Trade Center, New York a donc
choisi le projet architectural
qui redéfinira la ligne
d'horizon du sud de Manhattan.
C'est le travail du Berlinois
d'origine polonaise Daniel
Libeskind qui a été retenu. "C'est
un privilège, un honneur et
un instant très émouvant",
a assuré l'architecte, en
remerciant "les gens
de New York et les gens du
monde". La sélection
du projet de Libeskind, qui a
notamment réalisé le Musée
juif de Berlin, marque
l'aboutissement d'une réflexion
longue et complexe sur la
reconstruction du site du
World Trade Center.
Hauteur clin d'oeil
Au départ, six projets présentés
au début de l'année 2002
avaient été rejetés par le
public en juillet dernier, après
avoir été jugés "pas
assez ambitieux". La
Lower Manhattan Development
Corporation (LMDC),
l'organisme mis en place pour
superviser "l'après-World
Trade Center", avait
dû alors relancer la compétition
avec la sélection de neuf
autres travaux. Finalement,
Libeskind a été préféré
à une équipe d'architectes
new-yorkais qui se faisait
appeler la "Think
Team". Depuis plusieurs
semaines en réalité, le
projet présenté par
Libeskind, et baptisé les
Jardins du monde
apparaissait comme un favori
évident. Aux yeux du maire de
New York, Michael Bloomberg,
mais aussi et surtout selon
les familles des victimes,
l'architecte a su faire le bon
choix en articulant les
immeubles autour d'un espace
de mémoire.
Libeskind, tout de suite attiré
par le trou géant que fut
pendant des mois Ground
Zero, a ainsi voulu
l'utiliser comme élément
central de son travail. Il
devrait notamment conserver
des murs de soutènement qui
isolaient les fondations des
tours jumelles de la rivière
Hudson, pour entourer un mémorial
qui devrait lui aussi faire
l'objet d'une compétition
dans les mois à venir. Hier,
Libeskind a une nouvelle fois
répété qu'il voyait dans
son projet comme le berceau
d'une "nouvelle démocratie".
La hauteur de la flèche, en
outre, n'a pas été choisie
par hasard. 541 mètres équivalant
en effet à 1.776 pieds, un
clin d'oeil à l'année de
l'indépendance des Etats-Unis.
Plusieurs musées et espaces
culturels sont prévus tout
autour et à l'intérieur des
immeubles. Enfin, deux jardins
doivent être aménagés, situés
à deux points stratégiques
qui ont été choisis pour être
éclairés par le soleil, sans
aucune ombre, tous les 11
septembre au matin.
Compromis
Mais de nombreuses
incertitudes demeurent.
Personne ne sait quand
commencera la reconstruction
du World Trade Center. Ni qui
paiera les travaux, estimés
à plus de 300 millions de
dollars par Libeskind. D'ores
et déjà, l'architecte a dû
faire des compromis pour
envisager des parkings ou des
plates-formes de transport
connectés au métro. Larry
Silverstein, par exemple,
l'homme d'affaires qui détient
pour 99 ans le bail des locaux
commerciaux du World Trade
Center, a fait savoir qu'il
aimerait "accroître
l'espace commercial et réduire
l'espace culturel". "Il
ne faut pas croire,
glissait hier un architecte
new-yorkais, ce que l'on
voit aujourd'hui et ce qui
sera construit n'aura peut être
pas grand-chose en commun. Car
il y a beaucoup d'intérêts
politiques et financiers en
jeu." Hier,
toutefois, le temps était à
la consécration "d'un
moment capital dans l'histoire
de New York", comme
l'a dit Michael Bloomberg. "Un
moment de gloire et de
renaissance", a précisé
le maire. haut
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