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PRESSE  RJLIBAN  N°90 - sélection de février 2003 (2)  

                                       

TITRES
Etats-Unis et Europe : le droit à la différence

Face à la crise internationale, il est urgent d'échapper au manichéisme

 

par JEAN-FRANCOIS DENIAU, de l'Académie française, publié dans le Figaro le 18 février 2003

1 - Personne du côté européen ne souhaite l'irréparable avec les Etats-Unis. Nous savons tous ce que nous leur devons. Il n'y a pas, il n'y aura pas de majorité antiaméricaine en Europe. Personne, de notre côté, ne cherche à dramatiser ou ne menace d'une cassure de l'Europe, de l'Otan, de l'ONU, en fait, de toutes les organisations internationales qui ne s'aligneraient pas sur la position américaine ! Mais certains d'entre nous n'ont pas cessé de s'interroger sur les méthodes, les objectifs, les conséquences d'une guerre annoncée. Et certains d'entre nous, aussi clairement, ne souhaitent pas non plus un précédent où il soit admis que l'Europe doit se taire si ce n'est pour approuver, consacrant ainsi sinon une vassalité, du moins l'interdiction du droit à la différence. A quoi bon réclamer que l'Europe parle d'une seule voix, si c'est pour à quinze ou vingt-cinq ne rien dire ?
2 - La formulation ancienne de Kennedy : l'Europe "deuxième pilier de l'Alliance atlantique" pouvait paraître pleinement équilibrée. Mais le ton s'est assez rapidement dégradé dès qu'il est apparu que l'Europe naissante pouvait devenir certes pas un adversaire, mais un rival commercial et économique. Le président Johnson menaçait publiquement la CEE de retirer les soldats américains de Berlin si nous touchions aux importations de poulets du Kentucky... Un ministre américain était venu protester contre un projet d'accord sur les agrumes entre la CEE et un Etat méditerranéen (il s'agissait d'Israël) en me disant : "Si vous voulez faire un accord préférentiel, faites-le avec la seule puissance réelle dans cette région du monde, faites-le avec la VIe flotte". Entre nous, à Bruxelles, nous appelions cette époque "la période texane".
3 - Trois pays européens refusent d'être engagés dans cette guerre dans les conditions actuelles de preuves et de procédure. Ils ont le droit de le dire. Les opinions de quasi tous nos pays sont en grande majorité hostiles à une telle participation. Nous avons le droit d'en tenir compte. Le droit à la différence passe par le droit à la question : continuons à en poser. Le sujet mérite bien un débat.
4 - Avant d'entrer dans une guerre, il faut avoir défini les buts de la guerre. Ce fut d'abord de capturer Ben Laden et de le livrer à la justice américaine. Qui ne se souvient du président des Etats-Unis en direct à la télévision : "vivant ou mort". "On l'enfume dans son trou, on l'oblige à sortir de son trou..." Où sont passés Ben Laden et son trou ? Comment et pourquoi a-t-on changé en fait de but de guerre pour passer à celui de détruire l'Irak et éliminer Saddam Hussein ?
Si la dernière déclaration de Ben Laden est confirmée, avant de s'en servir comme preuve de collusion, il faudrait la relire : Ben Laden réaffirme son hostilité fondamentale aux "régimes païens". Le premier anti-Saddam Hussein, régime laïc, ce serait lui... Saddam Hussein n'est pas le seul dictateur en vie. Comment justifier les deux poids deux mesures entre l'Irak et la Corée du Nord qui, elle aussi, a son dictateur joignant le ridicule à l'odieux ? Qui, lui, se vante de posséder et développer l'arme nucléaire. Et la réponse en ce cas devait être seulement par le dialogue et la diplomatie ? Vous prendrez bien encore une tasse de thé, Monsieur l'Ambassadeur.
5 - Les jours qui passent n'apportent pas d'éclaircissement non plus sur l'après-guerre. Quelle vision juridique, économique, politique ? On nous dit maintenant, partie de billard à trois bandes, que l'objectif réel serait l'Arabie saoudite qui a cessé de plaire à Washington ou qui n'est plus crédible. Bien sûr, il y a toujours une odeur de pétrole. Mais quel est l'avenir de l'Irak, des Kurdes, des chiites du Sud ? De la solution au conflit israélo-palestinien qui n'a cessé de s'aggraver ? Du rôle respectif sur place des Américains et des Nations unies ? Il est quand même normal de s'interroger, sans être taxé d'antiaméricanisme primaire et d'ingratitude fondamentale.
6 - Il semble que l'alliance France-Allemagne soit particulièrement insupportable à Washington. La France, qui manifeste un esprit d'indépendance ou traîne les pieds, ce n'est plus une surprise. On n'a pas oublié le général de Gaulle, le discours de Phnom Penh, la sortie de l'Otan, la lutte contre le dollar. La France seule, c'est irritant, pas grave. Mais la France et l'Allemagne, halte-là ! Avec peut-être la Russie derrière... Un début de pôle politique européen indépendant, jamais.
Je me souviens du sommet eurocommuniste à Madrid où Italiens et Espagnols cherchaient à s'écarter du modèle soviétique et à encourager une image qui leur soit propre. Et du veto de Moscou, relayé par le PC français. "Jamais." Il n'y aura même pas l'annonce d'une nouvelle réunion. Vieille loi du Sénat de la Rome antique appliquée pendant six siècles : "Ne jamais tolérer une alliance entre deux alliés de Rome".
7 - Pas de rival politique ? Est- ce là un nouvel objectif ou seulement un "dommage collatéral" ? Ne nous taisons pas.    haut
 
Richard Perle : "Ne pas construire l'Europe contre les Etats-Unis"

Un entretien avec le président du conseil consultatif de défense américain

 

propos recueillis par GUILLEMETTE FAURE, publiés dans le Figaro le 15 février 2003

* Vous semblez particulièrement en colère contre la France, plus encore que contre l'Allemagne - qui a une position au moins aussi radicale face à l'idée d'une intervention armée en Irak. Est-ce à cause du pouvoir de veto de la France ?
J'ai beaucoup d'affection pour la France et les Français. Ce qui me dérange, c'est la politique du président Jacques Chirac. Je distingue la position allemande de la position française. Dans le cas de l'Allemagne, cette politique est le fruit de problèmes électoraux. Le chancelier a essayé d'améliorer ses résultats auprès d'un certain groupe d'électeurs, les femmes entre 25 et 40 ans, un groupe très réticent à l'idée d'entrer en guerre. Il a appuyé sur le sentiment pacifiste, ça lui a permis de faire un petit bond dans les sondages. Il a appuyé un peu plus fort. A force, c'est devenu sa politique. Mais en dehors de ça, l'Allemagne veut maintenir d'étroites relations avec les Etats-Unis, et réciproquement. Les motivations françaises sont différentes. La France a trouvé une manière de s'arranger avec l'Irak, résultat des relations commerciales entre les deux pays. Surtout, la France veut bâtir l'Europe comme un contrepoids aux Etats-Unis. Entre alliés, on ne peut pas être d'accord sur tout. Mais de là à faire une stratégie de ce positionnement en contre-pouvoir... C'est destructeur et inutile. L'Union européenne peut obtenir une cohésion sans avoir à se définir contre qui que ce soit. On voudrait entendre du président Chirac qu'il n'est pas en train de construire une Union européenne adversaire des Etats-Unis. Parce que, si c'est le cas, on devra réfléchir à prendre des chemins séparés.
* Comment est-ce que ça se traduirait à l'Otan ?
La France reste un allié des Etats-Unis au sein de l'Otan, alors que le pays n'est pas intégré dans la structure militaire. Ces derniers jours, on a assisté à des essais, qui resteront d'ailleurs infructueux, de la France pour bloquer l'assistance à la Turquie en cas de guerre contre l'Irak. Ce genre de comportement français pourrait conduire à concevoir les stratégies entre alliés au sein de la Commission de planification de la défense, à laquelle la France a choisi de ne pas participer, plutôt qu'au sein du Conseil de l'Atlantique-Nord, où les Français sont représentés. Ça vaudrait la peine de re-réfléchir à l'organisation de l'Otan, où la France a tous les privilèges dont bénéficient les membres de la structure militaire alors qu'elle n'en fait pas partie.
* Des représentants du congrès ont récemment appelé au boycott des produits français. Qu'en pensez-vous ?
Je suis contre régler ces différends avec des mesures punitives. Il vaut mieux en discuter. Je ne crois pas à un boycott, et pas seulement parce que j'aime le vin français.    haut
 
Vu d'Amérique

 

par ALAIN TOURAINE, sociologue, publié dans Ouest-France le 24 février 2003

Pour l'observateur qui revient à New York, moins de deux ans après un précédent séjour, l'Amérique a changé. Elle est presque devenue un autre pays. Non pas dans la manière de vivre ou dans les activités scientifiques et culturelles, mais dans l'image que ce pays a de lui-même et qu'il reçoit de son Président. L'Amérique de la fin du XXe siècle était occupée à construire un monde économique unifié et qu'elle dominait, par son avance technologique et la puissance de son centre financier. Le pays que je retrouve ne parle plus d'économie, mais de guerre. Il n'est plus animé par la volonté de s'enrichir, mais par la peur de l'agression, et son Président parle un langage plus religieux que proprement politique. Il faut prendre au sérieux les mots employés : l'Amérique résiste à "l'Axe du mal" qui tend, d'ailleurs, à se ramifier, puisqu'il inclut la Corée du Nord autant que l'Irak. Elle défend le bien et la volonté de Dieu et elle se sent trahie par ceux qui ne lui reconnaissent pas cette mission. La "perfide" France est le traître par excellence, qu'une francophobie déchaînée voue aux gémonies et, avec elle, toute la "Vieille Europe". Ce langage est aussi celui des journalistes, d'habitude libéraux et qui se découvrent faucons.
L'image de la guerre probable n'est pas, ici, celle d'une confrontation longue et sanglante, mais celle d'une rapide expédition qui abattrait Saddam Hussein en quelques semaines, détruirait ses armes biologiques, chimiques et même nucléaires, et libérerait les populations écrasées par la dictature. Tout se passe comme si le président américain se sentait obligé de faire la guerre pour ne pas être attaqué et détruit. L'effet de choc produit par les attentats du 11 septembre est si fort, si durable, qu'il a poussé l'opinion à accepter, d'abord silencieusement, cette stratégie politique. Mais la situation a changé. Le Conseil de sécurité a réussi à retarder les décisions américaines et l'opinion internationale a perçu la relative faiblesse des preuves de la duplicité de Saddam Hussein apportées par le gouvernement américain. Surtout, les Américains commencent à craindre des représailles et des attaques chimiques et biologiques, plus angoissantes encore que la destruction du World Trade Center.
Les premières enquêtes montrent que beaucoup de ceux qui appuient encore le Président ont aussi peur que leur pays s'engage dans une croisade sans fin : aujourd'hui l'Irak, demain la Corée du Nord et ensuite ­ pourquoi pas ? ­ l'Arabie saoudite qui a financé, depuis longtemps, les entreprises terroristes. Le réveil des opinions publiques, européennes notamment, et l'incapacité ­ jusqu'ici de George W. Bush à obtenir l'appui du Conseil de sécurité, ont modifié la donne diplomatique. Mais, du coup, le risque s'accroît que, pour empêcher ces pressions de grandir, le Président ne lance la guerre en faisant de celle-ci une croisade. Nous savons déjà que les conséquences en seraient désastreuses.    haut
 

Oussama où ça mène…

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 14 février 2003

Dans la grande série "Coucou, la voilà", chère aux exhibitionnistes, une arrivée de choc cette semaine : Oussama Ben New York, dont la voix venue de nulle part a offert un cadeau inestimable à George Doublevé pour la Saint-Valentin. Dans son habituel style ampoulé, l’aviateur par procuration du 11 septembre se découvre brusquement Mésopotamien. Et en quelques citations pseudo religieuses, les deux tiers des bipèdes normaux qui peuplent la planète se sont du coup retrouvés dans la poubelle des mécréants. Visiblement, depuis les bombes aspirantes de Tora Bora, il a la sourate qui se dilate, le milliardaire barbu. Non content d’avoir expédié une truellée d’Afghans au paradis des 70 vierges, avant d’enfourcher entre hommes la moto avec le mollah Omar, notre bonhomme remet ça avec les Irakiens. Tant que c’est pas lui qui va au casse-pipe… 
Obligé de se déculotter devant les inspecteurs de l’Onu, Saddam se serait en tout cas bien passé de cette déclaration d’amour. Quand je pense à ce pauvre Colin Powell qui triture ses satellites pour débusquer des preuves bidons, jusque dans le bandage herniaire du génie des Carpates irakiennes ! Et voilà que le culbuteur des jumelles de New York s’en vient lui gazouiller ses états d’âme confessionnels, lui offrant un prétexte sur coussinet pour aller faire sa fête à ce Saladin qui lui vend des salades. Mais le vrai spectacle, lui, est à New York où Américains et Français se crêpent la touffe sous le regard amusé des pays d’en bas. La Maison-Blanche contre l’Elysée : la facture des vitres du Palais de verre risque d’être salée. Pour l’instant, Chirac n’a pas encore fait reculer Bush. Disons qu’il le fait réfléchir. Ce qui est déjà énorme…    haut

 
Le communiqué d'Al-Qaida laisse perplexes les journalistes d'Al-Jazira
 
par TEWFIK HAKEM, publié dans le Monde du 14 février 2003
Le communiqué sonore attribué à Oussama Ben Laden, diffusé mardi 11 février par la chaîne qatarie Al-Jazira, pose plus de questions qu'il n'apporte de preuves. Pourquoi la chaîne de télévision a-t-elle démenti toute la journée de mardi l'existence de cette déclaration avant de la diffuser dans son journal du soir ? Qui a récupéré cet enregistrement et quand ? Qui a choisi les extraits sur les "16 minutes d'enregistrement reçues par Al-Jazira" ? Pourquoi le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a-t-il été le premier à évoquer cet enregistrement, devant la commission sénatoriale ? Ces questions laissent perplexes jusqu'aux journalistes d'Al-Jazira eux-mêmes. Officiellement, ils n'ont pas le droit de commenter cette nouvelle affaire Ben Laden et ont reçu comme ordre de renvoyer les journalistes étrangers qui les contactent à un communiqué sibyllin de leur direction. Ces journalistes ont été très étonnés d'apprendre sur CNN, mardi matin, que leur chaîne allait diffuser une nouvelle déclaration d'Oussama Ben Laden. "En ce jour férié de l'Aïd, il n'y avait pas grand-monde dans la rédaction. Ni le directeur de la chaîne ni le rédacteur en chef n'étaient présents. D'habitude, quand la chaîne s'apprête à diffuser des "scoops", ils sont les premiers à être là", fait remarquer, sous le couvert de l'anonymat, un membre de la rédaction. L'après-midi, la chaîne a été assaillie de coups de téléphone des rédactions du monde entier : jusqu'à 21 heures (heure locale à Doha, 19 heures à Paris), Al-Jazira a démenti avoir reçu un nouvel enregistrement d'Oussama Ben Laden.
"Pressions ou partage des tâches ?"
"Mais, en fin d'après-midi, se souvient un autre employé de la chaîne, on a senti qu'il allait se passer quelque chose en voyant arriver au siège de la télévision le président du conseil d'administration de la chaîne, cheikh Hamed ben Thamer al-Thani - membre de la famille de l'émir du Qatar -." C'est à l'issue d'une réunion présidée par le cheikh Hamed avec le directeur de la chaîne, Mohamed Jassem al-Ali, le rédacteur en chef, Ibrahim Heellal, et l'ancien correspondant à Kaboul, en Afghanistan, Tayssir Allouni, que la décision a été prise de diffuser la déclaration du chef d'Al-Qaida dans le journal du soir. Pour l'avoir déjà rencontré et interviewé en Afghanistan, Tayssir Allouni aurait authentifié la voix d'Oussama Ben Laden. Quand l' "extrait choisi sur les seize minutes reçues" de la déclaration a commencé à être diffusé sur Al-Jazira, le porte-parole du département d'Etat américain Richard Boucher était déjà prêt pour intervenir en direct sur la chaîne qatarie. "Il est clair qu'il y a des liens et des contacts entre le régime irakien et Al-Qaida", déclare-t-il alors. "Pressions des Américains sur le Qatar ou simple partage des tâches entre l'Amérique et son allié le plus sûr de la région en ce moment ?" Les journalistes d'Al-Jazira se posaient encore cette question mercredi 12 février, notant que les Etats-Unis ont installé dans l'émirat leur centre de commandement intégré. Mais cette nouvelle énigme sur les enregistrements de Ben Laden aurait, d'après nos interlocuteurs, jeté un froid lors de la réception traditionnellement organisée par la direction de la chaîne à l'occasion de l'Aïd Al-Adha.    haut
 
Downing Street accusé d'avoir recopié la thèse d'un étudiant américain
 
paru dans le Figaro le 7 février 2003
Downing Street a fait amende honorable vendredi, au lendemain de l'accusation de plagiat lancée par un étudiant américain, selon lequel Londres s'est servi de l'un de ses travaux pour affirmer que Bagdad possède des armes de destruction massive. Dans un rapport rendu public lundi, le gouvernement britannique - principal allié des Etats-Unis dans la crise irakienne - affirmait que Bagdad possédait des armes de destruction massive et les dissimulait aux inspecteurs des Nations unies. "Je voudrais attirer l'attention de mes collègues sur l'excellent dossier présenté par le Royaume-Uni, qui décrit en détails les activités de dissimulation irakiennes", avait déclaré mercredi le secrétaire d'Etat américain Colin Powell lors de son intervention devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Glen Rangwala, qui enseigne la politique à l'université de Cambridge, a cependant jeté un énorme pavé dans la mare en affirmant, jeudi soir à la chaîne de télévision Channel 4, que de 6 à 16 des 19 pages du "nouveau" rapport britannique avaient été recopiées mot pour mot dans la thèse d'Ibrahim al-Marashi, étudiant californien de troisième cycle. Ycompris "les erreurs grammaticales et les fautes d'orthographe", a souligné l'enseignant.
"Nous avons tous des leçons à tirer" de cet incident, a reconnu vendredi un porte-parole de Downing Street, ajoutant qu' "il aurait dû être fait mention" de l'auteur de cette thèse. A la question de savoir si ces informations, vieilles de 12 ans puisque collectées peu après la guerre du Golfe, étaient encore d'actualité, un porte-parole de Downing Street a répondu par l'affirmative à l'AFP. Ibrahim al-Marashi a précisé qu'il avait publié son étude en septembre 2002 dans la Middle East Review of International Affairs. Il a expliqué s'être fondé sur des documents saisis par des rebelles kurdes dans le nord de l'Irak en 1991 et sur des dossiers abandonnés par les Irakiens au Koweït après leur fuite. "La moindre des choses que tout universitaire demande, lorsqu'on publie son travail, c'est d'être cité, a déclaré Ibrahim al-Marashi. Il y a des lois qui condamnent le plagiat et on est en droit de s'attendre à ce que le Royaume-Uni les respecte".
Certains observateurs - comme l'analyste politique Ian Dale sur Sky News vendredi matin - voient dans cette affaire un nouveau dérapage des "spin doctors" de Downing Street, ces spécialistes de la manipulation de l'information. "Cela équivaut, en matière de renseignement, à être pris en train de voler les petites cuillères", a observé le porte-parole libéral-démocrate pour les Affaires étrangères, Menzies Campbell. "C'est très embarrassant pour un gouvernement qui tente de convaincre qu'il faut faire la guerre" à l'Irak. "C'est un nouvel exemple de la façon dont le gouvernement tente de tromper le public et le parlement sur une éventuelle guerre contre l'Irak", a pour sa part déclaré l'actrice Glenda Jackson, députée travailliste pour Hampstead et Highgate (nord de Londres). Cette gaffe n'aidera pas le Premier ministre Tony Blair à convaincre une opinion publique hostile à un conflit contre Bagdad sans l'aval de l'ONU.
Tony Blair a d'ailleurs pu se faire une idée de l'hostilité de ses compatriotes à une guerre non autorisée au préalable par l'ONU lors de l'émission télévisée Newsnight, jeudi soir sur la BBC. Pendant près d'une heure, l'audience a critiqué son alignement sur Washington, l'un des participants le qualifiant de "vice-président" (de George W. Bush) et d' "honorable représentant de la circonscription du nord Texas". Quelque 40.000 militaires britanniques sont en route pour le Golfe, avec notamment une quinzaine de navires conduits par le petit porte-avions Ark Royal et une centaine d'avions de combat. Une importante manifestation contre la guerre est prévue à Londres le 15 février.    haut
 

Le Hezbollah se repositionne et prône le dialogue avec l’Europe

par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans l'Orient-le Jour le 18 février 2003

Sayyed Hassan Nasrallah s’était fait remarquer en assistant au Sommet de la francophonie. Mais dans la rangée réservée aux dignitaires religieux et non parmi les politiques. Cette démarche, symbolique, restait donc à caractère essentiellement social et culturel. Aujourd’hui, il va plus loin. En direction de l’Europe, sinon de l’Occident. Dans son dernier discours, dimanche à Nabi Chit près de Baalbeck, fief de son parti, il a apprécié les manifestations massives contre la guerre en Irak. Et déploré la passivité arabe, voire la complicité qu’il attribue à certains régimes. Sans oublier de se dresser, sans le nommer, contre Ben Laden, qui fait ces temps-ci une remarquable rentrée audio bardée de menaces. En effet, le leader du Hezbollah rejette l’amalgame auquel se livre le chef d’el-Qaëda, qui parle toujours de guerre islamique contre les nouveaux croisés, tous Occidentaux confondus. Il semble évident que sayyed Nasrallah apprécie les efforts de la France et de l’Allemagne pour contrer les visées belliqueuses des Etats-Unis. Et il souligne, explicitement, qu’il n’est pas admissible de soutenir que l’Occident repart en croisade christianisée contre le monde islamique. Pour lui, il faut procéder à une nouvelle lecture des données internationales, à partir justement de la position de refus avancée qu’affiche l’Europe, déchirée jadis par deux conflits mondiaux, à l’égard de la guerre. Il souligne qu’il serait pour le moins aberrant de généraliser en étendant l’hostilité aux millions d’Européens qui sont descendus dans la rue pour manifester contre la guerre. Dès lors, répète-t-il, il faut réviser, nuancer soigneusement les positions et la trame du discours politique concernant l’Ouest. Sayyed Nasrallah, redisons-le, n’a pas ménagé les Arabes, leur laxisme, leur absence sur la scène internationale, leur manque d’initiative efficace pour contrer les attaques visant l’Irak.
Des sources diplomatiques voient dans ce discours, en bonne logique, un appel au dialogue constructif avec un Occident qu’il ne faut pas regarder tout entier d’un œil torve. D’autant que même à Washington et à Londres, la rue a manifesté, se prononçant en faveur de l’Irak, et partant du monde arabe ou islamique. Les peuples du monde ont opposé leur veto à la ligne suivie jusque-là par certains gouvernements, qui auront plus de mal à emboîter le pas aux Américains et aux Britanniques. Sayyed Nasrallah insiste : il est impératif, dit-il, de dialoguer avec un Occident qui défend nos causes propres, dont la Palestine et l’Irak. En cessant de lui adresser des menaces, des mises en garde visant ses intérêts à l’extérieur ou même ses territoires. Il réfute ainsi, avec éclat, les accusations lancées par Israël, et reprises par des Américains, au sujet d’une connivence de son parti avec el-Qaëda. En revanche, sayyed Nasrallah ne manque pas de condamner la politique US. Et de prévenir Israël qu’une nouvelle agression contre le Liban ne serait pas une promenade militaire. Il a précisé à ce propos, et en substance, que la Résistance n’allait pas fuir ni enterrer ses armes, mais bien les utiliser pour défendre la patrie. Il reste à savoir si l’Occident, Europe en tête, va maintenant améliorer ses relations avec le Hezbollah.    haut

 
La faillite de l'aide aux réfugiés palestiniens

paru dans le Figaro le 11 février 2003

C'est une triste première pour l'Unwra, l'agence des Nations unies responsable de l'aide aux réfugiés palestiniens. Son appel lancé il y a deux mois pour couvrir ses programmes d'urgence en Cisjordanie et à Gaza pendant les six premiers mois de 2003 n'a pas été entendu. Ou presque. Sur les 94 millions de dollars demandés, 1,5 million seulement ont été promis par la Suisse. Moins de 2%... Ces appels aux Etats membres, en dehors des contributions au budget régulier de l'agence, sont généralement bien reçus. "Deux mois après l'appel de 2001, nous avions reçu des engagements pour 95% de la somme demandée, et au bout de quatre mois nous avions reçu 116%", souligne le commissaire général Peter Hansen.
Principale conséquence : fin mars, l'Unwra devra interrompre l'aide alimentaire de base, farine, huile, légumes secs, etc., distribuée à 230.000 familles représentant 1,1 million de réfugiés, près d'un tiers de la population palestinienne totale. Des programmes d'emploi ou d'aide à l'hospitalisation devront être revus à la baisse. "Même si un gros chèque arrivait demain, il faudra deux ou trois mois pour reconstituer les stocks de nourriture", ajoute Peter Hansen, pour qui "on risque de voir dans certains cas la malnutrition remplacée par la faim". Selon le commissaire général, "tout aussi préoccupant est le message reçu par les réfugiés palestiniens. Ils penseront que la communauté internationale ne s'intéresse plus à eux".    haut
 
Le Brésil et le monde
 
par LUIZ INACIO DA SILVA (dit LULA), président de la République du Brésil, publié dans le Monde du 19 févrirer 2003
Distribué par Tribune Media Services International et traduit du portugais par Max de Carvalho
Le Brésil que nous sommes appelés à gouverner est un grand pays qui compte plus de 170 millions d'habitants et figure au nombre des dix premières puissances économiques mondiales. Il a connu entre 1930 et 1980 une croissance extraordinaire. Depuis deux décennies, cependant, celle-ci s'est épuisée, aggravant les profondes inégalités sociales qui ont marqué l'histoire de notre développement tout au long du XXe siècle. Il est vrai qu'à partir de 1985, avec la fin du régime militaire, puis en 1988-1989, avec la nouvelle Constitution et le retour au suffrage universel, le pays est entré dans une ère démocratique durable. Il n'en reste pas moins que la crise que nous avons traversée au cours de cette longue période, résultat d'expériences économiques malheureuses, a fini par constituer une menace potentielle pour notre démocratie. Certains choix en matière de politique économique ont rendu notre pays plus vulnérable sur le plan international. Nos prédécesseurs au pouvoir ont mal évalué la situation internationale et cru qu'il y aurait plus d'avantages que d'inconvénients à rendre notre économie dépendante des capitaux internationaux. Il n'en a rien été.
Aujourd'hui, nous sommes confrontés à la nécessité de combattre la pauvreté et la misère absolue qui touchent des dizaines de millions de Brésiliens. Un changement de modèle économique ne s'accomplit pas en un jour. Pour cela, il faudra du temps, notamment parce que nous voulons éviter le retour de l'inflation et que nous sommes fermement décidés à maintenir l'équilibre fiscal - comme cela a été le cas dans les municipalités et les Etats administrés par le Parti des travailleurs (PT) -, à honorer nos engagements et à assurer des conditions qui encouragent les investissements productifs nationaux et internationaux. Nous allons donc connaître une période de transition pendant laquelle nous devrons composer avec les contraintes qui sont aujourd'hui celles de l'économie brésilienne, tout en commençant les réformes économiques, sociales et politiques attendues par les quelque 53 millions de Brésiliens qui m'ont accordé leur confiance. Tout cela exige une redéfinition du rôle du Brésil dans le monde.
L'Amérique du Sud sera la priorité de la politique étrangère brésilienne. Nous avons des frontières communes avec presque tous les pays de cette région, sans contentieux d'aucune sorte. Depuis quelques années, nous avons développé avec l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay le projet du Mercosur, avec lequel le Chili et la Bolivie ont passé des accords. Après avoir soulevé à ses débuts de grands espoirs, cette expérience n'a pas tenu toutes ses promesses. Les grandes disparités macroéconomiques qui ont existé entre le Brésil et l'Argentine durant une période relativement longue ont mis un frein à l'essor du Mercosur. Des voix se sont même élevées pour demander son abandon ou tout du moins un retour à une simple zone de libre-échange. Notre position est différente. Nous voulons que le Mercosur soit plus qu'une union douanière. Nous voulons qu'il puisse se transformer en une zone de convergence des politiques actives dans les domaines industriel, agricole, social, scientifique et technologique. Qu'il puisse promouvoir un rapprochement culturel effectif, des liens entre nos universités et nos centres de recherche. Pour consolider le Mercosur, des institutions stables, habilitées à régler les litiges, sont indispensables, ainsi qu'un secrétariat qui à la fois assure une coordination politico-administrative effective et ait une vision stratégique de l'intégration.
J'ai suggéré aux autres présidents de la région que nous nous dotions d'un Parlement du Mercosur, qui serait élu au suffrage universel par les électeurs de nos pays respectifs. Nous engagerions ainsi les citoyens dans ce processus d'intégration régionale qui acquerrait par là même plus de poids et de légitimité. Le Mercosur devra élaborer une coordination macroéconomique de ses banques centrales, condition sine qua non pour parvenir à l'instauration d'une monnaie unique. Le Mercosur s'attachera à convaincre d'autres pays de la région de le rejoindre. Avec ceux dont nous séparent des différences tarifaires, par exemple, il est indispensable d'offrir des solutions alternatives qui favorisent les progrès de l'intégration. Avec les autres, nous devons rapidement jeter des ponts. Un Mercosur consolidé et élargi aura une politique étrangère commune qui renforcera notre crédibilité pour le dialogue avec l'Union européenne et les Etats-Unis, notamment dans les négociations visant à la création d'une zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
L'augmentation de nos exportations est fondamentale pour insuffler un nouveau dynamisme à notre système de production et pour que nous puissions équilibrer nos comptes extérieurs. Dans ce sens, l'ouverture du marché nord-américain aux produits brésiliens présente une importance capitale. C'est en cela que réside l'intérêt du projet de création de la ZLEA. Mais il se heurte à trois difficultés. La première résulte des disparités existant entre l'économie nord-américaine et celles du reste du continent. Si l'on ne prend pas des mesures compensatoires, ces disparités vont se creuser. La deuxième difficulté procède des mesures protectionnistes (non tarifaires) que les Etats-Unis ont imposées et qui affectent profondément les exportations brésiliennes. Enfin, les Etats-Unis agissent de manière sélective lorsqu'ils proposent que certaines questions auxquelles il leur est plus délicat de faire face dans le cadre de la ZLEA soient traitées dans celui de l'OMC. Mais dans le même temps ils cherchent à hâter le débat sur d'autres questions plus complexes dans le processus de négociation concernant la ZLEA, alors même que celles-ci n'ont pas encore été réglées à l'OMC.
Mon gouvernement souhaite réexaminer ces problèmes, de même qu'il devra assumer une position plus ferme au sein de l'OMC, où des décisions importantes pour les vingt prochaines années vont être prises. Le Brésil cherchera à développer ses relations bilatérales avec l'Afrique du Sud, l'Inde, la Chine, la Russie, le Mexique, ainsi qu'avec d'autres pays qui, dans leurs régions respectives, ont une importance économique et géopolitique et avec lesquels il sera possible à l'avenir d'élaborer des initiatives communes au sein des organisations multilatérales. Mon gouvernement aura à cœur la réforme et le renforcement de l'ONU, qui passe par une nouvelle configuration de son Conseil de sécurité. Cette politique de démocratisation des organisations multilatérales sera l'une des constantes de notre politique étrangère. Nous aspirons à un monde plus équitable sur le plan économique et social, délivré des menaces de l'anarchie financière internationale qui frappe surtout les pays en voie de développement.
Une action solidaire à l'endroit de l'Afrique s'impose, comme partie intégrante de l'effort global en faveur de la paix et de la justice sociale. Le combat contre la misère et l'exclusion joue un rôle décisif dans la lutte contre le terrorisme et les guerres civiles qui endeuillent tant de régions du monde. La lutte pour la paix, enfin, constitue une priorité absolue. C'est pour cette raison que nous sommes favorables aux politiques de désarmement, notamment nucléaire, et que nous défendons une solution négociée des conflits dont souffre aujourd'hui l'humanité.    haut
 
La diplomatie à mains nues du pape
 
par HENRI TINCQ, publié dans le Monde du 25 février 2003
Dans quelques semaines, l'Eglise catholique célébrera le quarantième anniversaire de Pacem in terris (Paix sur la terre), la plus grande encyclique du pape Jean XXIII, datée du 11 avril 1963. Ce document se voulait une adresse suppliante à "tous les hommes de bonne volonté" pour qu'ils construisent un monde de paix. Quelques mois plus tôt, la crise des missiles de Cuba avait mis le monde au bord du gouffre. Dans son radio-message de Noël 1962, celui qu'on appelait le "bon pape Jean" avait lancé un appel angoissé à la raison de tous les dirigeants du monde. Pacem in terris clôturait aussi le vieux débat théologique sur la guerre "juste": à l'ère de l'arme nucléaire et de la guerre totale, moins que jamais il ne peut y avoir de guerre juste. Prophétique, ce document du magistère de l'Eglise ouvrait également une nouvelle ère de dialogue entre confessions chrétiennes et non chrétiennes - islam, judaïsme, bouddhisme, etc. - fondée sur "des rapprochements et des rencontres qui étaient hier jugés inopportuns". Quatre décennies plus tard, Jean Paul II, arrivé à l'extrême limite de ses forces physiques, marche sur les pas de son prédécesseur Jean XXIII. Une fois de plus, il tente d'empêcher que l'inévitable ne se produise en Irak et ne ruine, en particulier, ses laborieux efforts de dialogue mené depuis un quart de siècle avec le monde islamique.
Le Vatican, plus petit Etat de la planète, n'a pas de divisions. Mais il met au service du règlement pacifique du conflit une diplomatie à mains nues qui peut prêter à sourire mais attire les visiteurs de chaque camp jusqu'à Rome : en moins de quinze jours, le Vatican a reçu Joschka Fischer, Tarek Aziz, Kofi Annan, Tony Blair. Et ces efforts semblent séduire la rue italienne plus que les fluctuations d'un Silvio Berlusconi. Ils s'appuient sur la cohérence d'une doctrine qui refuse toute guerre préventive, sur un réseau de diplomates chevronnés, sur la médiation d'une autorité incontestable comme celle du cardinal Etchegaray, ambassadeur spécial du pape sur tous les points chauds de la planète, et sur la faible voix de ce pape qui figure à nouveau cette année sur la liste des nommés pour le prochain prix Nobel de la paix. Cette diplomatie a pour premier atout la continuité. Par son refus inconditionnel, farouche, radical de toute guerre, Jean Paul II est dans la droite ligne de l'encyclique Pacem in terris, qui avait frappé le monde parce qu'elle venait d'un homme qui n'a aucun autre pouvoir que spirituel. Son autorité ne lui venait que de la force des mots qu'il employait et de l'espoir qu'ils suscitaient.
A l'ère atomique, disait Jean XXIII, il faut choisir entre le dialogue et la tension internationale permanente. A celle du choc des civilisations et de la dissémination des armes de terreur, l'enjeu est aussi entre le dialogue et le cataclysme, répète Jean Paul II. Il martèle tout à la fois la nécessité d'un désarmement irakien - c'est le sens des pressions sur Tarek Aziz au Vatican et de la visite du cardinal Etchegaray à Saddam Hussein - et le refus de la fatalité de la guerre. Cette cohérence puise à l'enseignement traditionnel de l'Eglise, qui fait du développement d'un ordre juridique international le critère du bien commun universel et pour lequel tout conflit doit trouver sa juste solution dans le cadre des Nations unies. Elle lui vient aussi d'une doctrine de la guerre réaffirmée dans Gaudium et Spes, document majeur du dernier concile Vatican II (1962-1965). Une doctrine caractérisée par un triple non. Non à la guerre préventive ou à la guerre de représailles : seule est légitime la réponse à une agression armée. Non à la guerre totale : l'action militaire doit être limitée à ce qui est strictement nécessaire pour écarter le dommage à encourir. Non à la riposte démesurée : il ne faut pas risquer d'infliger un mal plus grave que le bien que l'on veut défendre.
"J'ai tout tenté"
Une telle cohérence ne serait guère évidente pour les visiteurs du pape si elle ne s'appuyait sur l'expérience de près d'un quart de siècle de présence de cet homme sur les lieux de conflit. Sans doute un règne aussi long ne pouvait-il pas éviter les échecs et les pages sombres. La guerre du Golfe de 1990-1991 avait illustré les limites de son action morale : tout en condamnant l'annexion du Koweït par Saddam Hussein, Jean Paul II avait mené un combat solitaire et vain - une quarantaine d'appels et de discours en six mois - contre l'intervention militaire alliée de l'Occident, qui, pour lui, ne conduisait à rien. Il avait déjà été l'une des voix à protester le plus puissamment contre le chantage des armes nucléaires lors de la crise des euromissiles au début des années 1980. Il fut l'un des plus constants à réclamer la fin de l'embargo contre l'Irak, selon le principe de bon sens que des populations n'ont pas à souffrir de la politique de leurs dirigeants. D'autres initiatives de paix ont fait long feu, comme la visite risquée que Jean Paul II avait rendue au Soudan en février 1993 pour attirer l'attention du monde sur le génocide oublié des chrétiens et animistes du sud de ce pays. L'ex-Yougoslavie avait été aussi son crève-cœur. Le Vatican avait reconnu précipitamment dès janvier 1992 l'indépendance de pays catholiques comme la Croatie et la Slovénie, et il s'était trouvé disqualifié aux yeux des Serbes et de tous les pays orthodoxes. Il avait été récupéré par des nationalistes comme l'ancien président croate Tudjman, aujourd'hui décédé, qui n'avait pas craint de le recevoir à Zagreb en 1994 comme "le défenseur du peuple croate agressé".
Que dire du Rwanda, l'un des pays les plus catholiques d'Afrique, où, avant les massacres de 1995, son épiscopat s'était largement compromis avec les dirigeants hutus ? Ou de l'impuissance de ce même pape face à la Chine, où, malgré la diplomatie active du même cardinal Etchegaray, des chrétiens sont chaque jour encore persécutés ? Cette diplomatie "de l'esprit" paraît souvent vaine ou naïve. Elle n'a d'autre intérêt à défendre qu'une certaine idée de la dignité humaine. Pourra-t-elle un jour se frayer un chemin dans le cœur des hommes ? Après l'éclatement de la guerre en Bosnie, Jean Paul II avait déclaré sur un ton blessé : "J'ai tout tenté. J'ai frappé en vain à toutes les portes." Sera-t-il contraint demain, après les premières frappes sur Bagdad, de répéter les mêmes paroles ?    haut
 
Maurizio Ragnini : "L’Italie maintient sa position de premier partenaire commercial du Liban"
 
par LILIANE MOKBEL, paru dans l'Orient-le Jour le 28 février 2003
"Encore une fois, l’Italie s’affirme comme premier partenaire commercial du Liban en augmentant sa quote-part du marché passant de 9,7 % en 2001 à 10,7 % en 2002", a déclaré Maurizio Ragnini, chef de la délégation commerciale d’Italie (ICE). "Cela est le résultat non seulement des relations traditionnelles commerciales qui lient les deux pays, mais aussi et surtout de la politique promotionnelle soutenue de l’Italie qui joue un rôle primordial dans l’augmentation des échanges italiens avec le Liban" , a-t-il dit. La déprime, qui caractérise le marché local, a induit, note-t-on, à une baisse des importations libanaises dans une proportion de 11,6 % en 2002 par rapport à l’année précédente. Concernant les principaux partenaires du Liban à l’importation, cette baisse a représenté pour l’Italie 2,1 %, l’Allemagne 6,6 %, la France 15,9 %, les États Unis 9,9 %, la Suisse 20,1%, le Royaume-Uni 11,2 %, la Russie 39,9 % et la Syrie 36,9%. 
Mais cette baisse des importations s’est accompagnée d’une hausse des exportations libanaises vers le monde (+17,5 %), contribuant à une nette amélioration de la balance commerciale libanaise (-6,4 milliards $ en 2001 à -5,4 milliards $ en 2002) qui est symptomatique du début de la relance de l’industrie et des produits qui trouvent toujours des débouchés sur les marchés internationaux. "L’accord de partenariat entre le Liban et l’Union européenne pourrait contribuer à doper une reprise économique, renforçant plus les rapports commerciaux avec les pays européens et ouvrant encore plus leur marché aux produits libanais", a encore dit Maurrizio Ragnini. Le chef de la délégation commerciale d’Italie a souligné que l’importation reste fortement excédentaire et caractérise le marché libanais qui demeure à vocation commerciale et représente une plaque tournante vers la région du Moyen-Orient.Quant aux principaux produits importés au Liban, l’éventail de l’export italien peut être pris en exemple en tant que composition par groupe de produits. Ainsi, le Liban a importé de l’Italie en 2002 des produits de consommation (23,6 %), des matériaux de construction et des produits minéraux (22 %), des machines et moyens de transport (19 %), des métaux communs (9 %), des produits chimiques (7 %), des produits plastiques (4,5 %) et d’autres (14,9 %).
Don italien pour le développement agricole à Baalbeck-Hermel
Un accord de coopération entre le gouvernement italien, le Conseil du développement et de la reconstruction et l’Institut de recherches agricoles libanais (IRAL) a été signé hier par l’ambassadeur d’Italie, Franco Mistretta, le président du CDR, Jamal Itani, et le directeur général de l’IRAL, Michel Frem. En vertu de cet accord, le gouvernement italien accordera un don de près de 1,74 million d’euros en vue de contribuer à l’exécution d’un programme de développement agricole à Baalbeck-Hermel. Des organismes locaux (dont notamment l’IRAL) participeront à ce projet, à concurrence de 400 000 dollars. Le projet en question, qui s’étalera sur trois ans, comporte trois volets : 
- Assistance au secteur agricole : amélioration des techniques d’irrigation ; intensification des cultures et augmentation des rendements des productions animales et végétales ; transformation agro-alimentaire.
- Protection du milieu rural et augmentation de la production agricole : conservation et préservation des ressources en eau ; intervention contre l’érosion et contre les conséquences d’une mauvaise gestion du territoire. 
- Renforcement social et institutionnel : développement des capacités des opérateurs agricoles au niveau de la diffusion et de la gestion de technologies agricoles soutenables.    haut
 
 
L’emprise de l’homme au Liban face à la gravité des dégâts causés par la tempête
Atteintes au domaine fluvial, déchets accumulés, négligence officielle...
 
paru dans l'Orient-le Jour le 26 février 2003

La nature, qui subit si souvent l’emprise des hommes, reprend, un jour ou l’autre, ses droits. C’est peut-être la grande leçon à tirer des dégâts causés par la violente tempête qui frappe actuellement le Liban. Le déchaînement des intempéries ne va jamais sans ennuis pour les hommes, mais il s’avère, à première vue, que l’impact du mauvais temps a été grandement aggravé par des problèmes résultant de la mauvaise gestion qui sévit encore dans le pays : les atteintes au domaine public fluvial, les déchets qui polluent le lit des fleuves, la déforestation qui pourrait être l’une des causes majeures des grands éboulements observés dans les différentes régions... sans compter l’extraordinaire fragilité de l’infrastructure routière, révélée par les trombes d’eau qui se sont abattues sur le Liban ces derniers jours. Ainsi, au-delà du drame social représenté par la perte de la quasi-totalité des récoltes de la majorité des agriculteurs libanais, des lacunes considérables dans le domaine de la gestion des ressources et de l’urbanisation ont été révélées au grand jour par les pluies diluviennes. 
"Gouverner, c’est prévoir." Abdallah Zakhia, militant des droits de l’homme et de la protection de l’environnement, cite ce dicton pour mieux illustrer les impressions que lui ont laissées les images d’inondations et d’éboulements de ces derniers jours : "Cette tempête a mis à nu la mauvaise gestion et la politisation à outrance d’administrations chargées de s’occuper de certains aspects techniques. Il y a un non-respect des lois les plus élémentaires de l’environnement et de l’urbanisme : les habitations se lézardent, les routes s’effondrent par manque de murs d’appui, des jetées sont détruites sur le littoral, etc. Partout, il est évident que l’avis des spécialistes est négligé lors de la réalisation des projets." Le premier problème rendu évident par la pluie incessante est celui des déchets qui se sont accumulés dans les lits des fleuves, gênant les cours d’eau et aggravant les inondations. "Les cours d’eau n’ont pas été en mesure d’absorber la quantité exceptionnelle de pluie qui s’est abbattue sur le pays, notamment dans la Békaa qui se trouve entre deux chaînes de montagnes", explique Ali Darwiche, ingénieur agronome et vice-président de l’association écologique Green Line. "Depuis des années, les riverains et les usines jettent leurs déchets dans les fleuves sans aucun contrôle. On ne s’est aperçu de la catastrophe que dans les conditions météorologiques extrêmes. Or, aujourd’hui, les dégâts sont considérables parce que les cours d’eau, avec un débit beaucoup plus fort, transportent ces déchets d’un endroit à l’autre, les acheminant jusqu’au lac artificiel de Qaraoun dans la Békaa, et ailleurs, jusque dans la mer."
Le changement du cours des fleuves par les hommes est, selon M. Darwiche, particulièrement grave. "C’est un problème qu’on a également observé en Europe, dit-il. Quand on modifie le paysage et le chemin emprunté par l’eau, quand il devient plus court, par exemple, il y a des étranglements qui ont lieu, d’où l’aggravation des inondations." "Le problème, c’est qu’il n’y a aucune gestion du domaine fluvial", dénonce Jalal Halwani, expert en hydrologie et membre du conseil de l’Université libanaise. "Dans les villages, il n’y a aucune gestion des ressources naturelles, notamment hydrauliques. Quand les ministres de la cellule de crise se sont rendus dans la région du Litani pour constater les dégâts causés par la tempête, ils sont tombés des nues à la vue des agressions contre le domaine public fluvial, pourtant perpétrées, au vu et au su de tous, depuis des années..." Ces agressions, qui couvrent près de 10 millions de mètres carrés de surface dans tout le Liban, provoquent aujourd’hui de véritables drames sociaux. Des habitations construites trop près des cours des fleuves se trouvent aujourd’hui entourées par les eaux. A l’insouciance populaire est venue s’ajouter la négligence officielle de la mise en place de règles d’urbanisme dans les régions. "Si l’on avait équipé les fleuves al-Kabir et Oustouane du Akkar comme on l’avait fait de Nahr Beyrouth, il n’y aurait pas eu de problème", souligne M. Halwani.
Tragique déforestation
La défaillance des infrastructures routières dans les montagnes, là aussi réalisées, apparemment, sans respect pour la nature du sol et sans précautions particulières, a isolé des villages entiers. Dans la localité de Akkar al-Atika, qui s’étend de 900 à 1 200 mètres d’altitude, des quartiers entiers ont été isolés par l’effondrement des routes qui y mènent, ce qui a causé un problème social important. Les éboulements et, par conséquent, l’érosion du sol qui en résulte constituent un autre phénomène observé lors de ces intempéries. Ont-ils été aggravés par la déforestation qui affecte aujourd’hui plus d’une région ? M. Darwiche pense que c’est le cas. "Les importantes érosions sont dues en partie à la dégradation des espaces verts, puisque les arbres ont la particularité d’absorber l’eau et de retenir le sol, explique-t-il. Durant les années qui ont suivi la guerre, on n’a pas prêté attention à ce problème amplifié aujourd’hui par la catastrophe." Pour M. Halwani, cependant, "la nature du sol, notamment dans les régions agricoles, n’est pas rocheuse, d’où le fait que l’érosion, avec les pluies abondantes qui sont tombées, est un phénomène plutôt naturel". Toutefois, il insiste sur le fait que la quantité considérable d’eau provenant des pluies, qui ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 1969 (le double de la moyenne annuelle), ne présente pas que des aspects négatifs. "Il y a des sources qu’on croyait taries de façon permanente et qui ont réapparu dans certaines localités du Liban-Nord", souligne-t-il. 
En effet, l’eau est aussi, et surtout, une richesse... pour qui sait la retenir. "Si on avait construit des barrages dans les montagnes, on aurait pu stocker des centaines de milliers de mètres cubes d’eau pour l’été", déplore M. Halwani. M. Darwiche, lui, dénonce le "double gaspillage de l’eau, qui finit, inutilisée, dans la mer, et de terre fertile perdue en raison de l’érosion". Comment aurait-on pu éviter cela ? "Par la construction de murs de soutien ou par la disposition de cultures en escalier", indique-t-il. Enfin, quelles leçons tirer des dégâts causés par la tempête et quelles mesures prendre avec le retour du beau temps ? "Il faut tout d’abord nettoyer très rapidement les lits des fleuves, notamment dans la Békaa, avertit M. Darwiche. Aujourd’hui, les chutes de neige qui ont remplacé les pluies diluviennes ont minimisé les dégâts à court terme. Mais la fonte prochaine des neiges pourrait causer des inondations supplémentaires, vu que le sol est déjà gorgé d’eau. Il faut prendre les précautions nécessaires, notamment pour assurer la sécurité des habitants." M. Zakhia, quant à lui, soutient qu’à plus long terme, il faudra mettre en place une politique environnementale et de développement, notamment dans les régions éloignées. "Sans études d’impact environnemental imposées avant la réalisation de tout projet, on ne pourra pas résoudre ce genre de problèmes", insiste-t-il.    haut

 
L'eau plus abondante que prévu sur Mars
La première carte globale de l'hydrogène dressée par la sonde Odyssey vient d'être publiée
 
par CYRILLE VANLERBERGHE, publié dans le Figaro le 21 février 2003

"C'est de plus en plus clair qu'il y a assez d'eau sur Mars pour subvenir aux besoins d'une future exploration humaine", a affirmé le 15 février l'astronome Bill Feldman du Laboratoire national de Los Alamos lors de la conférence annuelle de l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS) à Denver. D'après les analyses de la sonde américaine Mars Odyssey faites au bout d'une année en orbite, il y aurait assez d'eau pour recouvrir l'ensemble de la planète sur 15 centimètres de hauteur. Cette eau est actuellement gelée, et se retrouve en majeure partie mélangée dans les sols des pôles Nord et Sud. Il s'agit d'une première surprise, puisqu'on pensait auparavant que seul le pôle Nord abritait de l'eau gelée, et que le pôle Sud n'était, lui, recouvert que de glace carbonique. A certains endroits du pôle Nord, la glace représente plus de 50% de la masse des sols. Ce qui veut dire que les futurs explorateurs pourraient obtenir un litre d'eau en chauffant seulement 2 kg de terre.
Avec la première carte globale de l'abondance de l'eau, Bill Feldman met également fin aux affirmations de certains chercheurs qui soutenaient encore que malgré les nombreuses traces d'écoulement visibles sur les images de la surface, il n'y avait pas d'eau sur Mars. Le débat est d'autant plus passionné que la vie n'a pu exister sur cette planète voisine de la Terre que s'il y a eu dans le passé de l'eau qui coulait à sa surface. Ce grand progrès a été rendu possible par un des nouveaux instruments de la sonde Mars Odyssey qui survole la planète depuis octobre 2001, un spectromètre capable de mesurer la quantité d'hydrogène contenue dans le sous-sol proche de la surface. Aux pôles où on le trouve en grandes quantités (parfois plus de 50% du volume), l'hydrogène trahit la présence d'eau (H2O) gelée. En revanche, quand on le trouve dans des régions de latitudes moyennes, plus proches de l'équateur, il s'agit d'eau qui a été assimilée il y a très longtemps par les roches, à une époque où cette eau coulait sur la planète rouge. Mars Odyssey permet donc d'avoir une idée des régions qui ont été humides dans le passé, et où la vie a peut-être eu le temps d'apparaître. "La carte de l'eau sur Mars va être incontournable pour le choix des prochains sites d'atterrissage des missions d'exploration", explique Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du système solaire au Cnes (Centre national d'études spatiales).
Mais la carte globale de l'eau martienne ne va pas répondre à toutes les questions des planétologues, loin de là ! Les phénomènes très localisés, comme ces mystérieuses ravines qui marquent de nombreuses pentes rocheuses, sont inaccessibles à la faible résolution du spectromètre. Dans ce cas, les chercheurs en sont encore réduits à faire des suppositions à partir des images à haute résolution prises par les deux sondes automatiques Odyssey et Global Surveyor. Philip Christensen, professeur à l'université d'État d'Arizona à Tempe, propose un nouveau scénario pour expliquer ces écoulements manifestement laissés par des liquides. La présence d'eau sous forme liquide à l'époque actuelle paraît pourtant difficile car la température et la pression sont très basses et, dans ces conditions, l'eau se sublime en passant directement de l'état solide (glace ou neige) à l'état gazeux (vapeur d'eau). L'Américain répond à cette difficulté en affirmant que ces écoulements ont été causés il y a quelques centaines de milliers d'années par la fonte d'épaisses plaques de neige. La pression de la neige accumulée aurait permis aux couches les plus basses de fondre et de couler le long des parois. Pour le moment, rien ne permet de dire si cette hypothèse a plus de poids que celle proposée en 2002 par une équipe française de l'université d'Orsay, selon laquelle les ravines provenaient de sources alimentées par des glaces souterraines.    haut

 
Hommage - René Habachi notre contemporain, ou "un personnalisme de chez nous"
 
par PHARES ZOGHBI, publié dans l'Orient-le Jour le 17 février 2003
Le philosophe libanais René Habachi vient de mourir à Paris. Entre le "Mounier du Moyen-Orient", tel que l’a appelé Jean Lacroix, un des premiers philosophes personnalistes autour d’Emmanuel Mounier, ou le "Mounier libanais", tel que l’a appelé Pierre de Boideffre dans son livre Contre le vent majeur - Mémoires (1368-1968), René Habachi - après son apostolat au service du personnalisme au Liban, depuis les années 60 jusqu’après la guerre de 1975, vivant dans une banlieue particulièrement dangereuse de Beyrouth, s’en est allé à Paris, où il a vécu, coupé de ses racines, et - sans doute - de sa principale raison de vivre. "Passeras-tu bientôt par Paris cher Pharès ? devait-il m’écrire le 6 juin 1982. Mon envie de te voir n’est pas petite. On a tant de choses à se dire. Il faut une soirée austère chez moi au lieu d’un repas somptueux à Monceau. On marchera autour de Notre-Dame de Paris, en attendant de se retrouver à Notre-Dame de Harissa..."
Avant René Habachi, que s’est-il donc passé, au Liban et en Syrie, à propos justement du personnalisme. En 1982, en France, à Dourdan, nous étions venus, René Habachi et moi, à titre strictement personnel, participer à la célébration du cinquantenaire de la revue Esprit (1932-1982). Habachi n’a pu participer hélas au colloque international les 5 et 6 octobre 2000 à Paris, à l’Unesco, célébrant le cinquantenaire de la mort d’Emmanuel Mounier, et organisé - comme à Dourdan - par l’association des Amis d’Emmanuel Mounier, présidée en ce moment par Guy Coq, philosophe de la famille Esprit . J’ai pu me rendre compte, au sujet de l’organisation de ce deuxième colloque, de deux choses : la première, combien Guy Coq a pu faire aboutir avec autant de succès cette rencontre internationale, et combien les participants, venus de presque tous les pays du monde, étaient nombreux... Jean-Marie Domenach, disparu depuis, dans son intervention à Dourdan sur "L’Internationale personnaliste. L’influence d’Esprit hors de France", écrit dans Le personnalisme d’Emmanuel Mounier, hier et demain (Seuil 1985, p. 173 et 174) :
"De fait, cet aspect populiste, républicain, péguyste, d’Esprit, le rendait plus accessible aux réformateurs et révolutionnaires de tradition catholique et musulmane que de tradition protestante" (tiens, pourquoi ?). Car nous avons eu aussi des amis dans le monde arabe, tel Lahbabi, penseur marocain personnaliste ; mais si, lui, est musulman, la plupart des autres, tel Habachi, que Jean Lacroix a appelé le "Mounier du Moyen-Orient", sont chrétiens. Pierre Gemayel, fondateur des Phalanges libanaises, mit le personnalisme à la base de son programme. Michel Aflak, l’inspirateur du Baas, m’avait dit à Damas : "Mes trois maîtres français sont Michelet, Bergson et Mounier." Mais ce que Domenach ne dit pas, c’est qu’en 1960, il a été invité à Damas, en tant qu’ "expert en personnalisme", si l’on peut dire, et que le constat qu’il en a fait à son retour au Liban - où il a donné au Cénacle libanais une conférence sur la “ Situation présente du personnalisme ” le 1er avril 1963 - c’est que le Baas en Syrie ne pratiquait pas le personnalisme, en soutenant un régime - qui d’ailleurs n’a pas changé - où le personnalisme ne se reconnaît pas. Et les Phalanges libanaises ?
Le journaliste Edouard Saab - tué en pleine guerre par un franc-tireur alors qu’il traversait le pont Barbir reliant l’Est à l’Ouest de la ville - faisant en cela cavalier seul, voulait mettre le personnalisme à la base du programme des Phalanges libanaises, un parti chrétien de droite. Jacques Berque en a fait élégamment le tour et écrit à ce sujet dans Recherches libanaises (Encyclopédie française, XI, L’ "Univers politique des Arabes") :
"... La préoccupation d’un contenu doctrinal, unie à celle de techniques de foule basées avant tout sur une formation paramilitaire de la jeunesse ; tout cela rend un son étrangement familier dans les Kataëb ou Phalanges... Il n’est pas jusqu’à la tendance intellectualiste qui se manifestait, récemment encore, à un congrès du parti, qui, par contraste avec d’autres aspects, plus inquiétants, ne révèle un souci d’analyse et de définition, voire d’engagement philosophique, où se conjuguent de sympathiques traditions morales et culturelles... M. Edouard Saab, directeur de la revue Action, esquissait à cette occasion une doctrine libanaise. Il proposait le personnalisme de Mounier comme philosophie générale du parti !...  Mais cette ampleur de vues, ces rattachements spirituels ne peuvent faire méconnaître ce qu’il y a dans ce mouvement de spécificité libanaise, chrétienne et maronite..."
"Un personnalisme de chez nous"
Le 12 juin 1950, Georges Naccache, alors directeur-propriétaire du journal L’Orient, du haut de la tribune du Cénacle libanais, faisait le procès de l’intelligence libanaise, et il en décrétait la faillite... A moins de "nous remettre dans le temps de l’histoire... (de nous) replonger dans notre milieu naturel, (de) refaire notre éducation libanaise, nous réconcilier avec notre sol et notre vérité...". Le 5 mai 1960, dans le cycle "Une philosophie pour notre temps" dans le même Cénacle libanais, René Habachi, donnait une conférence : "Un personnalisme de chez nous." D’entrée de jeu, il décrit le personnalisme comme étant "un spiritualisme incarné". C’est en deux mots (ou trois...) une invitation, adressée à l’homme - en France, comme au Liban et ailleurs - pour qu’il entre dans le temps de l’histoire, reconnaisse son destin et se réconcilie avec. Ces mots de Habachi, dont il élucide par la suite le sens, ne pouvaient mieux convenir à la situation de l’intelligence libanaise, qui, entre autres, croit construire la démocratie, en utilisant à outrance, dans les propos qu’elle tient et les écrits qu’elle produit, les mots désincarnés et nus, de liberté, d’égalité, de fraternité, d’humanisme... Jamais ces mots dont se gargarise l’intelligence libanaise ne s’incarnent, jamais ils ne sortent de leur cadre essentialiste, pour aller interroger les gens et les choses, et en dégager un projet dans une perspective nouvelle et actuelle au Liban.
Le spiritualisme - ici en question - veut tout simplement dire un esprit désincarné, et l’idéalisme auquel il conduit est bien, à son tour, '"idéalisme romantique", "une sorte de rêve sans efficience sur la réalité, une éloquence stérile et hypocrite". Et en tant que spiritualiste, qui se veut incarné, Habachi écrit que "le personnalisme est déjà nôtre par toutes ses racines historiques, par la pensée hellénique, dont ni le christianisme, ni l’islam ne sauraient se passer, par la théologie orientale, par la philosophie arabe, ce spiritualisme nous est remis par l’histoire comme un dépôt traditionnel. A cause d’Aristote, de Cyrille, de Jean de Damas, d’Avicenne et d’Averroès, parler de personnalisme c’est suivre le prolongement moderne occidental d’une racine orientale imminente à notre histoire". Le personnalisme est "une philosophie combattante", la personne n’est pas fermeture, mais ouverture et dialogue. "Encore doit-il s’agir d’un dialogue et non d’apologétiques, de monologues parallèles, d’utilisation, d’échanges d’injures ou d’aménités." Car "dialoguer - selon Jean Lacroix, que nous citons ci-haut - ne saurait donc être, ni réfuter la pensée d’autrui, ni l’intégrer à la sienne propre, mais se mettre simplement en question soi-même pour progresser au contact de l’autre". Et Habachi d’ajouter : "En un mot, si pour ma part j’adopte le personnalisme comme philosophie centrale, c’est parce que avec lui je m’avance à la fois à la rencontre de mon passé et de mon présent."
Qu’en est-il, en ce moment, au Liban ?
N’est-il pas vrai que l’homme au Liban est en ce moment ensablé sous l’économie, les caricatures de la démocratie et la perte de souveraineté ? Une analyse de l’œuvre de Habachi à travers le personnalisme qu’il a toujours prôné n’est-elle pas de nature à nous mettre en contact avec nous-mêmes, dans une perspective de maîtrise de notre destin ? Ahmad Beydoun, dans La Méditerranée libanaise (Maison Neuve et Larose), écrit ceci :
"Nous ne pouvons épuiser dans les limites de ce modeste essai les vicissitudes libanaises de l’idée méditerranéenne. S’agissant d’elle, on ne peut cependant esquiver le nom de René Habachi, grande figure du paysage intellectuel beyrouthin des années cinquante et soixante et conférencier de loin le plus prolixe du Cénacle libanais... Cet Egyptien de souche et de sensibilité, libanais alors de fraîche date, mais vite engagé à fond dans les problèmes du pays, ne pouvait, de par sa double appartenance et sa formation humaniste, ne pas sortir le débat sur la Méditerranée des ornières du clivage libanais... Nous ne ferons qu’effleurer ici l’apport à ce débat d’une œuvre considérable qui mériterait une analyse à part... Adepte d’un personnalisme de facture française, Habachi veut l’adapter aux réalités de l’Orient arabe... Il trouve dans le personnalisme à la fois une synthèse et un dépassement de ces deux doctrines (le marxisme et l’existentialisme) puisqu’il veut embrasser la totalité personnelle de l’homme, autrement dit l’individu saisi dans son autonomie de sujet et simultanément dans le tissu de son existence objective telle qu’elle est assumée par lui."
"Pareille approche aurait été dépourvue d’originalité si elle n’était étayée par un don exceptionnel pour l’analyse... Celle-ci la mettait, en effet, à l’épreuve d’œuvres puissantes et de problèmes d’actualité dont le philosophe entreprenait en maître des lectures critiques... Un autre souci évitait au discours de Habachi de sombrer dans le spiritualisme banal : à savoir l’aspiration à placer sa réflexion à l’intersection de traditions dont il voulait fonder la convergence. Cette intersection n’était autre que la Méditerranée... L’idée-force du projet (déjà présente chez Taha Hussein) est de retrouver une inspiration commune (à tendance personnaliste) aux écoles majeures des deux traditions de pensée chrétienne et islamique en les interrogeant à la lumière de leur référence commune à la philosophie grecque... Englobant d’un côté Fribourg aussi bien que Grenade, le bassin méditerranéen se trouve élargi, de l’autre côté, jusqu’au pays d’al-Farabi et d’Avicenne pour culminer, en définitive, à Athènes."
On doit à René Habachi d’interroger à nouveau son œuvre, à la lumière des événements que nous avons vécus et que nous vivons au Liban, pour en dégager les éléments pouvant servir à une Renaissance dans notre manière de voir et de vivre notre aventure. Qui mieux qu’Esprit (revue et association réunies) pourrait entreprendre cette tâche, avec la collaboration de l’intelligence libanaise ? Et qui mieux que “La fondation culturelle Pharès Zoghbi - Université Saint-Joseph - faculté de droit et des sciences politiques” pourrait procéder à l’organisation de ce projet ?    haut
 
Découverte d'un temple pharaonique dans le désert égyptien
 
publié par l'AFP le 18 février 2003
L'égyptologue italien Paolo Gallo a annoncé mardi la découverte dans le désert occidental de l'Egypte des restes d'un temple pharaonique montrant "de très beaux reliefs peints", et dont l'étude permettra de mieux connaître le développement des oasis, au IVème siècle avant JC. "Aujourd'hui détruit et entièrement recouvert de sable, en plein désert, ce temple, qui avait une vingtaine de mètres de longueur, est situé à 140 km de Siwa (ouest), sur le rivage d'une ancienne oasis abandonnée", a expliqué M. Gallo, de l'Université de Turin. Sur les blocs provenant des parois éboulées "sont représentées en relief peint les divinités majeures du panthéon égyptien", a-t-il précisé. La mission italienne s'efforce actuellement de sauver les plus importants de ces blocs, menacés par l'érosion des vents violents qui soufflent constamment dans la région. La partie la plus ancienne du bâtiment sacré fut construite et décorée par le pharaon Nectanébo Ier (380-361 AV.JC) et, "grâce aux inscriptions hiéroglyphiques découvertes sur le site, il a été possible d'identifier le nom que portait l'oasis dans l'Antiquité : Imespep", a ajouté M. Gallo. "L'importance historique de la trouvaille est considérable", a-t-il assuré, précisant qu' "aucun monument du pharaon Nectanébo Ier n'était connu jusqu'à présent dans la région de Siwa".
Cette découverte "révèle la volonté politique de ce souverain de mettre en valeur la zone des oasis occidentales de l'Egypte et d'en améliorer les liaisons caravanières avec la vallée du Nil", a expliqué le chercheur italien. Ce site archéologique dans l'oasis qui porte actuellement le nom de Bahrein, est connu depuis les années 1920, "mais l'existence de ce temple pharaonique est restée complètement ignorée des savants jusqu'à ces jours derniers", a ajouté M. Gallo. "Le sanctuaire était dédié à un culte particulier du dieu Amon, que l'on appelait ici 'l'Amon qui fortifie' ", a précisé M. Gallo. Outre le temple, le sanctuaire possédait une salle hypostyle à six colonnes, qui lui a probablement été ajoutée à l'époque ptolémaïque. Dans l'Antiquité, Bahrein - ou Imespep - était une oasis caravanière qui reliait celles de Siwa et de Bahariya, encore habitées aujourd'hui. Bahrein est située près de la Grande Mer de Sable, dont les dunes gigantesques cacheraient, selon l'historien Hérodote, les vestiges de l'armée de Cambyse, conquérant perse de l'Egypte (520 avant J.C.), qui aurait été anéantie par une tempête de sable. Bahrein aurait été abandonnée à l'époque byzantine, en raison du déclin du trafic caravanier, et n'a jamais été réoccupée, probablement à cause des conditions de vie extrêmes, dans une des zones les plus hostiles du monde, a ajouté M. Gallo. Paolo Gallo a fondé en 1997 le Centre de la Mission Archéologique Italienne d'Alexandrie (CMAIA), qui travaille également sur l'Ile de Nelson, en face d'Alexandrie, où ont été retrouvés en novembre les restes d'une forteresse d'époque macédonienne fondée par les colons d'Alexandre le Grand.    haut
Lancement du projet pour la restauration du château de Beaufort
Salamé préside une réunion au ministère de la Culture
 
par JOANNE FARCHAKH, publié dans l'Orient-le Jour le 28 février 2003
Beaufort ou Chkif Arnoun, deux noms pour un même édifice centenaire élevé sur une falaise, à l’époque médiévale. Dominant le Sud du Liban, il constitue, en plus de son importance archéologique et patrimoniale, un symbole de la résistance libanaise face à l’occupation israélienne. En fait, après le retrait de cette armée, les curieux ont afflué sur le site, voulant tout à la fois découvrir les lieux et voir les installations militaires. Au lendemain de la libération, et afin de protéger ce prestigieux monument historique, la Direction générale des antiquités avait lancé une expertise préliminaire évaluant les dégâts du château. Trois ans plus tard, les résultats de ce travail pluridisciplinaire ont été annoncés lors d’une rencontre au ministère de la Culture, en présence du ministre Ghassan Salamé, du directeur général des antiquités, Frédéric Husseini, des responsables du bureau de l’Unesco à Beyrouth, des députés et des hauts responsables de Nabatiyé ainsi que d’un grand nombre de scientifiques. 
"Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est parce que le développement équilibré d’une région ne peut se faire en dehors de la participation active de ses habitants", a noté le ministre Salamé. "L’étude préalable de la restauration du château de Beaufort est accomplie, il ne reste plus maintenant qu’à clôturer le cahier de charges et à lancer un appel d’offres. Quant au budget nécessaire à la réalisation de cette restauration, estimé à deux millions deux cent mille dollars, nous avons obtenu l’accord de principe d’une source “amie” pour ce financement", a t-il indiqué. Si le ministre a refusé de préciser l’origine de la donation, des sources bien informées ont révélé à L’Orient-Le Jour qu’il serait question d’un fond koweïtien. 
Une étude pluridisciplinaire complète du monument
La restauration réussie d’un édifice ne doit jamais s’effectuer sans une étude préalable complète. L’architecture du monument, son archéologie, son historique, les pathologies de la pierre sont à prendre en considération, mais aussi son environnement paysager et sa gestion touristique. En fait, pour garantir la vie d’un monument et sa transmission aux générations futures, il est impératif de suivre toutes ces démarches qui exigent des années de travail. Dix-huit mois étaient d’ailleurs nécessaires pour l’accomplissement de l’étude préalable de la restauration du château de Beaufort. Jean Yasmine, architecte restaurateur et archéologue, a présenté au cours de cette réunion les résultats de cette étude. Etant coordinateur des différentes équipes pluridisciplinaires, libanaises et françaises, M. Yasmine connaît toutes les facettes de ce dossier. "Avec des collègues français spécialistes des forteresses médiévales, des topographes, des archéologues, des architectes et des ingénieurs, nous avons effectué l’étude préalable la plus complète possible du monument", explique M. Yasmine. "Chacun de nous a apporté son savoir et son expérience pour réussir au mieux ce travail, poursuit-il. Aucun détail n’a été épargné. Nous avons effectué les relevés architecturaux et topographiques de l’ensemble de l’édifice, travail exigeant de dessiner tous les blocs éparpillés sur le terrain et de relever par photogrammétrie toutes les façades du château. Les marques lapidaires ont été inventoriées afin de mieux dresser l’historique des lieux. Les pathologies de la pierre et les différents mortiers ont été analysés dans des laboratoires spécialisés en Europe pour mieux définir les techniques de restauration à suivre. L’architecture militaire a été étudiée dans ses petits détails et les textes historiques référant à cet édifice ont été disséqués", affirme t-il.
Grâce à cette étude, il est possible maintenant de lancer une campagne de restauration du château de Beaufort. D’ailleurs, les premières étapes de ce travail ont été aussi présentées au cours de cette réunion. Les spécialistes prévoient trois ans de travail pour la restauration du site et sa réhabilitation. Au terme de cette campagne, Chkif Arnoun sera un site où se lira l’histoire médiévale et contemporaine. En fait, la forteresse médiévale surplombe les deux bunkers israéliens conservés sur les lieux comme témoins d’une époque révolue et "vestiges" visités par les curieux. Une fois toutes ces démarches accomplies, le site sera alors ouvert au public. Mais avant d’en arriver là, il faut s’assurer que les fonds promis seront accordés à temps. Toujours est-il que le ministre Salamé a affirmé que la donation est "prête". Mais s’agit-il de l’ensemble du montant ou d’une partie ? En tout état de cause, il est nécessaire que la somme totale soit remise à la DGA afin qu’aucune considération politicienne ne vienne remettre en cause ce projet.
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Genghis Kahn, l'empereur aux 16 millions de descendants
 
par YVES MISEREY, publié dans le Figaro le 17 février 2003
Avec l'ADN pour seul indice, la génétique peut verser parfois dans l'enquête historique. C'est ainsi qu'une équipe de chercheurs publie une étude où ils révèlent que près de 16 millions des hommes vivant actuellement sur le continent asiatique auraient un même ancêtre mâle (1). Selon Chris Tyler-Smith, de l'université d'Oxford (Royame-Uni), qui a dirigé ce travail, cet aïeul commun ne serait autre que Genghis Kahn (1167-1227) ou, plus sûrement, son grand-père paternel ayant vécu il y a près de mille ans. Au cours du 13e siècle, l'empire mongol s'étendit de la Chine jusqu'à la mer Caspienne. Sept cents ans plus tard, cette conquête est encore visible dans le bagage génétique des populations asiatiques de sexe mâle. En effet, 8% des hommes vivant en Chine, au Pakistan, en Ouzbékistan et en Mongolie (une partie de l'ancien empire mongol) présentent plusieurs traits identiques sur le chromosome Y (masculin). Ces caractéristiques étant transmises sans modification chez les garçons au fil des générations, les chercheurs sont en droit d'affirmer qu'elles proviennent d'un unique individu. Qui ? C'est le problème, car Genghis Kahn a été inhumé en secret. Son tombeau n'a jamais été retrouvé et l'on ne connaît pas son ADN.
En fait, pour étayer leur hypothèse, les généticiens en sont réduits à des arguments historiques. Genghis Kahn avait un harem. Au terme de tous ses combats victorieux, il voulait toujours qu'on lui livre les femmes les plus belles. Son fils aîné n'était pas en reste : il avait eu quarante fils. Kubilai Kahn, son petit-fils, qui régna sur la Chine, eut lui aussi de nombreuses concubines et 22 fils légitimes. Chaque année, il ajoutait trente nouvelles vierges à son harem... "C'est stupéfiant de voir comment une seule lignée peut avoir autant de descendants", confiait au New York Times Robin Dunbar, un spécialiste anglais de la biologie de l'évolution et de l'écologie humaine. Bien sûr, ses rejetons seraient encore plus nombreux si on pouvait avoir une idée de la descendance féminine. La lignée des khans ayant été tellement prolifique, on peut penser que les filles devaient elles aussi être nombreuses même si, dans cette société strictement patriarcale, elles ne jouissaient pas du même prestige que les garçons.
(1) American Journal of Human Genetics, on line.    haut  
 
New York : Du verre, in memoriam
La ville a choisi l'ensemble qui remplacera les Twin Towers
 
par FABRICE ROUSSELOT, publié dans Libération le 28 février 2003
Une fosse géante avec, un peu plus loin, les empreintes des Twin Towers dessinées dans le sol rouge, en hommage à la mémoire des 2.800 victimes. Tout autour, six tours de verre et d'acier, dont l'une, surmontée d'une flèche, sera la plus haute du monde, s'élevant à plus de 541 mètres. Hier, un an et demi après les attentats contre le World Trade Center, New York a donc choisi le projet architectural qui redéfinira la ligne d'horizon du sud de Manhattan. C'est le travail du Berlinois d'origine polonaise Daniel Libeskind qui a été retenu. "C'est un privilège, un honneur et un instant très émouvant", a assuré l'architecte, en remerciant "les gens de New York et les gens du monde". La sélection du projet de Libeskind, qui a notamment réalisé le Musée juif de Berlin, marque l'aboutissement d'une réflexion longue et complexe sur la reconstruction du site du World Trade Center.
Hauteur clin d'oeil
Au départ, six projets présentés au début de l'année 2002 avaient été rejetés par le public en juillet dernier, après avoir été jugés "pas assez ambitieux". La Lower Manhattan Development Corporation (LMDC), l'organisme mis en place pour superviser "l'après-World Trade Center", avait dû alors relancer la compétition avec la sélection de neuf autres travaux. Finalement, Libeskind a été préféré à une équipe d'architectes new-yorkais qui se faisait appeler la "Think Team". Depuis plusieurs semaines en réalité, le projet présenté par Libeskind, et baptisé les Jardins du monde apparaissait comme un favori évident. Aux yeux du maire de New York, Michael Bloomberg, mais aussi et surtout selon les familles des victimes, l'architecte a su faire le bon choix en articulant les immeubles autour d'un espace de mémoire.
Libeskind, tout de suite attiré par le trou géant que fut pendant des mois Ground Zero, a ainsi voulu l'utiliser comme élément central de son travail. Il devrait notamment conserver des murs de soutènement qui isolaient les fondations des tours jumelles de la rivière Hudson, pour entourer un mémorial qui devrait lui aussi faire l'objet d'une compétition dans les mois à venir. Hier, Libeskind a une nouvelle fois répété qu'il voyait dans son projet comme le berceau d'une "nouvelle démocratie". La hauteur de la flèche, en outre, n'a pas été choisie par hasard. 541 mètres équivalant en effet à 1.776 pieds, un clin d'oeil à l'année de l'indépendance des Etats-Unis. Plusieurs musées et espaces culturels sont prévus tout autour et à l'intérieur des immeubles. Enfin, deux jardins doivent être aménagés, situés à deux points stratégiques qui ont été choisis pour être éclairés par le soleil, sans aucune ombre, tous les 11 septembre au matin.
Compromis
Mais de nombreuses incertitudes demeurent. Personne ne sait quand commencera la reconstruction du World Trade Center. Ni qui paiera les travaux, estimés à plus de 300 millions de dollars par Libeskind. D'ores et déjà, l'architecte a dû faire des compromis pour envisager des parkings ou des plates-formes de transport connectés au métro. Larry Silverstein, par exemple, l'homme d'affaires qui détient pour 99 ans le bail des locaux commerciaux du World Trade Center, a fait savoir qu'il aimerait "accroître l'espace commercial et réduire l'espace culturel". "Il ne faut pas croire, glissait hier un architecte new-yorkais, ce que l'on voit aujourd'hui et ce qui sera construit n'aura peut être pas grand-chose en commun. Car il y a beaucoup d'intérêts politiques et financiers en jeu." Hier, toutefois, le temps était à la consécration "d'un moment capital dans l'histoire de New York", comme l'a dit Michael Bloomberg. "Un moment de gloire et de renaissance", a précisé le maire.    haut
  

 
 
 
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