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PRESSE  RJLIBAN  N°88 - sélection de janvier 2003  

                                       

TITRES

 

Un astronaute israélien sous haute surveillance
 
paru dans le Figaro 2 janvier 2003
Pour la Nasa, la mission la plus risquée de l'année 2003 ne sera pas l'une des difficiles opérations d'assemblage des immenses panneaux solaires de la station ISS, mais un vol presque de routine de la navette Columbia, qui aura toutefois une forte portée politique. Car l'un des occupants de ce vol scientifique est Ilan Ramon, premier astronaute israélien et colonel de l'armée de l'air israélienne. Comme les navettes spatiales sont des cibles d'attentat à haut risque, la Nasa a renforcé la sécurité sur ces centres depuis le 11 septembre 2001, et ne donne plus les heures exactes des lancements à l'avance. Lors du lancement le 16 janvier, l'armée et l'US Air Force seront là pour sécuriser l'enceinte du centre spatial Kennedy, en Floride.    haut
 
Confessions d'un terroriste
 
par JOHN LE CARRE, écrivain, publié dans le Monde du 19 janvier 2003
Ce texte est la version augmentée d'une intervention dans le débat sur la crise irakienne publiée sur le site d'openDemocracy : http://www.opendemocracy.net/  - Traduit de l'anglais par Isabelle Perrin
L'accès de folie que connaît l'Amérique est, à mes yeux, le pire de tous ceux qui jalonnent son histoire : pire que le maccarthysme, pire que la baie des Cochons, et potentiellement plus catastrophique à long terme que la guerre du Vietnam. La réaction au 11 septembre 2001 doit dépasser les espoirs les plus fous d'Oussama : comme à l'époque de McCarthy, les droits et les libertés publiques que le monde entier envie à l'Amérique se voient systématiquement grignotés. La traque des ressortissants étrangers sur le sol américain se poursuit sans fléchir. Les "permis de séjour" d'origine nord-coréenne et moyen-orientale disparaissent dans des prisons secrètes sur des accusations secrètes émises en secret par des juges. Les Palestiniens résidant aux Etats-Unis, jadis déclarés apatrides et donc non extradables, sont aujourd'hui remis à Israël pour "réimplantation" à Gaza et en Cisjordanie, où ils n'avaient peut-être jamais mis les pieds. La Grande-Bretagne joue-t-elle le même jeu ? C'est fort probable. Une petite trentaine d'années, et nous finirons par avoir le droit de savoir. Une fois encore, la complaisance des médias américains conjuguée au souci de certains intérêts commerciaux fait qu'un débat qui devrait faire rage sur chaque place de village se trouve relégué dans les colonnes élitistes de la presse de la Côte est : "Voyez le cahier A, page 27, si vous arrivez à la trouver et à la comprendre."
Jamais gouvernement américain n'a si farouchement caché son jeu. Faut-il que le secret soit bien gardé pour que les services de renseignement eux-mêmes soient dans le noir (rappelez-vous : c'est à ces organisations que nous devons le plus cuisant échec de l'histoire du renseignement : le 11 septembre 2001) ! La guerre qui menace a beau avoir été planifiée des années avant qu'Oussama Ben Laden ait frappé, c'est néanmoins lui qui l'a rendue possible. Sans lui, la junte bushienne en serait encore à tenter de se justifier sur des sujets aussi épineux que le mystère de son élection, pour commencer ; l'affaire Enron ; son favoritisme honteux à l'égard des déjà-trop-riches ; son indifférence irresponsable envers les pauvres du monde entier, l'environnement et une pléiade de traités internationaux abrogés unilatéralement ; sans compter la caution apportée aux incessantes violations des résolutions de l'ONU par Israël. Mais Oussama a balayé tout cela sous le tapis fort commodément. Les pro-Bush ont le vent en poupe. 88 % des Américains veulent la guerre, paraît-il. Après une nouvelle rallonge de 60 milliards, le budget de la défense américain atteint les 360 milliards de dollars. Une merveilleuse nouvelle génération d'armes nucléaires américaines est en gestation, conçue pour répliquer aux armes nucléaires, chimiques ou biologiques détenues par les "Etats voyous". Donc, nous pouvons tous respirer.
Non contente de décider unilatéralement de qui peut ou non détenir ces armes, l'Amérique s'est adjugé le droit de déployer à son gré ses armes nucléaires, où et quand ses intérêts, ses amis ou ses alliés lui semblent menacés. Reste à savoir qui ces amis et alliés seront dans les années à venir, et, comme souvent en politique, cela est loin d'être évident. On se fait de gentils amis et alliés, donc on les arme jusqu'aux dents, et puis, un jour, ils cessent d'être des amis et alliés, alors on leur balance une bombe atomique. Il convient d'avoir à l'esprit la lenteur et la pondération avec lesquelles le gouvernement américain a soupesé l'option de bombarder l'Afghanistan au lendemain du 11 septembre. Heureusement pour nous tous, mais surtout pour les Afghans, dont la complicité dans les attentats était bien moindre que celle du Pakistan, il s'est restreint à 25.000 tonnes de bombes antipersonnel "conventionnelles", qui, au total, n'ont guère fait plus de dégâts qu'une petite bombe atomique, de l'avis général. Mais, la prochaine fois, ce sera du sérieux.
Cette guerre que disent soutenir 88 % des Américains est de nature beaucoup plus délicate à cerner. Une guerre de quelle durée, je vous prie ? A quel coût en vies américaines ? A quel coût pour le contribuable américain ? A quel coût (car la plupart de ces 88 % d'Américains sont parfaitement respectables et humanistes) en vies irakiennes ? Même s'il s'agit sans doute aujourd'hui d'un secret d'Etat, l'opération "Tempête du désert" a coûté à l'Irak deux fois plus de vies humaines que toute la guerre du Vietnam à l'Amérique. Que Bush et sa clique aient réussi à détourner la colère des Américains d'Oussama Ben Laden sur Saddam Hussein constitue l'un des plus beaux tours de passepasse de l'histoire de la communication. Succès total. Selon un récent sondage, un Américain sur deux tient aujourd'hui Saddam Hussein pour responsable de l'attentat contre le World Trade Center. Ainsi manipulée, mais aussi menacée, intimidée, harcelée, maintenue dans un état permanent d'ignorance et de peur, la population américaine s'assujettit aux autorités. Avec un peu de chance, cette névrose savamment orchestrée devrait offrir les prochaines élections sur un plateau à Bush et à ses affidés.
Tous ceux qui ne sont pas avec M. Bush sont contre lui. Pis encore (cf. son discours du 3 janvier), ils sont avec l'ennemi. Ce qui est bizarre, parce que je suis aussi farouchement opposé à Bush qu'impatient de voir tomber Saddam - mais pas selon les conditions et les méthodes de Bush. Et pas sous la bannière d'une hypocrisie aussi éhontée. Le colonialisme américain à l'ancienne est sur le point de déployer ses ailes d'acier au-dessus de nos têtes. Les "Américains bien tranquilles" infiltrant des communautés sans méfiance sont plus nombreux qu'au plus fort de la guerre froide. L'aspect le plus écœurant de cette surréaliste guerre annoncée est peut-être la tartuferie religieuse qui enverra les troupes américaines au combat. Bush a la mainmise sur Dieu. Et Dieu a des opinions politiques bien précises. Dieu a confié à l'Amérique le soin de sauver le monde par tout moyen qu'elle jugera bon. Dieu a fait d'Israël la clef de voûte de la politique américaine au Moyen-Orient, et quiconque y trouve à redire est : a) antisémite ; b) antiaméricain ; c) avec l'ennemi et d) terroriste.
Dieu a aussi de méchantes relations. En Amérique, où tous les hommes sont égaux à Ses yeux sinon aux yeux les uns des autres, la famille Bush compte un président, un ex-président, un ancien chef de la CIA, le gouverneur actuel de la Floride et l'ancien gouverneur du Texas. Bush senior a quelques bonnes guerres à son actif et la réputation méritée d'avoir frappé les pays satellites désobéissants de la foudre de l'Amérique. Parmi les petites guerres qu'il a lancées de sa propre initiative, celle contre son ancien copain de la CIA, Manuel Noriega du Panama, qui l'avait bien servi pendant la guerre froide mais a fini par prendre la grosse tête. Voilà ce qu'on appelle le pouvoir à l'état brut, et les Américains le savent. Quelques indices ? George W. Bush, 1978-1984 : cadre supérieur dans la société pétrolière Arbusto-Bush Exploration. 1986-1990 : cadre supérieur dans la société pétrolière Harken. Dick Cheney, 1995-2000 : président-directeur général de la société pétrolière Halliburton. Condoleezza Rice, 1991-2000 : cadre supérieur dans la société pétrolière Chevron, qui a donné son nom à un pétrolier. Et cetera. Mais aucune de ces petites collusions n'entache l'intégrité de l'œuvre de Dieu. On ne plaisante pas avec les vraies valeurs. Et on sait où vos enfants vont à l'école. En 1993, l'ancien président George Bush séjournait en libérateur dans l'émirat si démocratique du Koweït pour y collecter les remerciements quand quelqu'un a essayé de l'assassiner. Or, selon la CIA, ce "quelqu'un" était Saddam Hussein. D'où le cri de Bush junior : "Le monsieur, il a voulu tuer mon papa."
Mais cette guerre n'en est pas pour autant personnelle, non ! Elle est nécessaire, elle constitue l'œuvre de Dieu et elle vise à apporter la liberté et la démocratie au pauvre peuple irakien opprimé. Pour devenir un membre acceptable de l'équipe Bush, il faut aussi croire au Bien absolu et au Mal absolu, apparemment, et Bush, efficacement secondé par ses amis, sa famille et Dieu, est là pour nous aider à distinguer l'un de l'autre. (Il me semble d'ailleurs que c'est Mal d'avoir écrit cette remarque, mais il faudrait que je vérifie.) Ce que Bush se refuse à nous dire, en revanche, c'est la véritable raison pour laquelle nous partons en guerre. L'enjeu n'est pas l'Axe du mal, c'est le pétrole, l'argent et des vies humaines. Saddam, pour son malheur, est assis sur le deuxième plus grand champ pétrolifère du monde. Son voisin l'Iran posséderait les plus grandes réserves mondiales de gaz naturel. Or, Bush veut mettre la main sur les deux, et ceux qui l'y aideront recevront leur part du gâteau. Pas les autres. Si Saddam n'avait pas de pétrole, il pourrait torturer et assassiner ses compatriotes à sa guise. D'autres dirigeants le font tous les jours (pensez à la Turquie, à la Syrie, à l'Egypte, au Pakistan), mais eux sont nos amis et alliés.
Je soupçonne fort que Bagdad ne représente en fait aucun "danger immédiat" pour ses voisins, et encore moins pour l'Amérique et la Grande-Bretagne. Les armes de destruction massive, si Saddam en possède encore, ne feront pas le poids face aux jolis joujoux qu'Israël ou l'Amérique peuvent lui expédier en moins de cinq minutes. L'enjeu n'est pas une menace militaire ou terroriste imminente, mais l'impératif économique de la croissance américaine. L'enjeu est le besoin qu'éprouve l'Amérique de faire la démonstration de sa suprême puissance militaire à nous tous - à l'Europe, la Russie et la Chine, à la pauvre petite Corée du Nord prise de folie et au Moyen-Orient -, le besoin de montrer qui gouverne l'Amérique au pays et qui doit être gouverné par l'Amérique à l'étranger. L'analyse la plus charitable du rôle joué par Tony Blair dans toute cette histoire est qu'il ait cru pouvoir chevaucher le tigre à seule fin de le manœuvrer. Peine perdue. Au lieu de cela, il lui a donné une légitimité factice et une voix douce. Et je crains que ce même tigre ne l'ait désormais acculé dans un coin pour de bon. Ironie du sort, George W. lui-même se sent peut-être un petit peu dans la même situation.
Dans la Grande-Bretagne à parti unique, Blair a été élu aux plus hautes fonctions de l'Etat par environ un quart de l'électorat en raison d'une participation médiocre. A supposer la même apathie citoyenne et la même prestation lamentable des partis d'opposition aux prochaines élections, Blair ou son successeur obtiendront de nouveau le pouvoir absolu avec une proportion encore plus faible des inscrits. Summum du ridicule : alors même que le discours de Blair l'a envoyé dans les cordes, aucun des deux leaders de l'opposition britannique ne peut lui porter le moindre coup. C'est là le drame de la Grande-Bretagne autant que celui de l'Amérique : le gouvernement saborde sa crédibilité à force de mensonges et de boniments, la prétendue alternance parlementaire se contente de briguer sa casquette, et les électeurs, eux, leur tournent tout simplement le dos. Les politiciens sont incapables d'admettre que nous ne sommes pas dupes. En Grande-Bretagne, la question n'est donc pas de savoir quel parti formera un gouvernement après le désastre qui s'annonce, mais qui en sera le chef. Pour Blair, point de survie politique possible hors une mobilisation internationale et un sursaut improbable de l'ONU à la dernière minute qui forceraient Bush à rengainer sans coup férir. Mais qu'arrivera-t-il si le plus grand cow-boy du monde rentre bredouille, sans la tête du tyran ?
La pire hypothèse pour Blair serait que, avec ou sans l'ONU, il nous entraîne dans une guerre qui aurait pu être évitée, si tant est que la volonté de négocier sérieusement ait jamais existé - une guerre qui n'a pas plus fait l'objet d'un débat démocratique en Grande-Bretagne qu'en Amérique. Ce faisant, Blair aura contribué à provoquer des représailles d'une ampleur imprévisible, de profondes dissensions en Angleterre et des troubles dans tout le Moyen-Orient, mais il aura aussi détérioré pour des décennies à venir nos relations avec l'Union européenne et le Moyen-Orient. Vive la politique étrangère éthique ! Il y a bien une solution intermédiaire, mais elle n'est pas facile : Bush fonce sans l'approbation de l'ONU et Blair reste au vestiaire. Et là, adieu la "relation spéciale" ! Les remugles de pharisaïsme qui empestent l'Amérique ne sont pas sans rappeler les plus tristes heures de l'Empire britannique, et j'ai honte quand j'entends mon premier ministre justifier par d'onctueux sophismes de premier de la classe une expédition ouvertement colonialiste. Si cette guerre se déclare, nous la mènerons dans le but de protéger la feuille de vigne de notre relation spéciale avec l'Amérique et de récupérer notre part du gâteau pétrolier, mais aussi parce que, après toutes ces démonstrations publiques d'affection à Washington et Camp David, Blair ne peut pas se défiler devant l'autel.
"Mais Papa, est-ce qu'on va gagner ?
– Bien sûr, mon enfant. Ce sera fini avant même que tu te réveilles.
– Pourquoi ?
– Parce que, sinon, ça va énerver les électeurs de M. Bush et ils risqueraient de ne pas voter pour lui, finalement.
– Mais est-ce qu'il y aura des morts, Papa ?
– Personne que tu connaisses, mon chéri. Rien que des étrangers.
– Je pourrai tout regarder à la télévision ?
– Seulement si M. Bush est d'accord.
– Et après, tout redeviendra normal ? Personne ne fera plus jamais de choses horribles ?
– Chut, mon enfant. Dors."
Vendredi dernier en Californie, un de mes amis américains s'est rendu en voiture au supermarché du coin, avec sur son pare-chocs un autocollant qui disait : "La paix, c'est patriotique aussi". Le temps qu'il ait fait ses courses, l'autocollant avait été arraché.    haut
 
L'obsession de Paul Wolfowitz
 
par PATRICK JARREAU, publié dans le Monde du 30 janvier 2003
Il est, au sein de l'équipe Bush, le plus fervent partisan de la guerre en Irak. Portrait d'un faucon visionnaire et messianique. Quatre jours après les attentats du 11 septembre 2001, lors de la réunion des principaux membres du gouvernement, convoquée par George W. Bush dans la résidence présidentielle de Camp David, Paul Wolfowitz a expliqué que la riposte devait porter non pas sur l'Afghanistan, mais sur l'Irak. Il existe deux versions de ce qui s'est passé ce jour-là. Selon l'une, adoptée par Bob Woodward dans son "Bush en guerre" (Bush at War, éditions Simon & Schuster), le président a fait dire au numéro deux du Pentagone qu'il devait se taire et laisser parler le numéro un, Donald Rumsfeld. L'autre version, retenue notamment par Bill Keller dans le long article qu'il a consacré à Wolfowitz (The New York Times, 22 septembre 2002), dit que celui-ci, au contraire, a été encouragé par le président à exposer son point de vue. Une troisième source assure que, d'ailleurs, l'ordre signé par Bush, le 17 septembre, pour la mise en route de l'intervention en Afghanistan, comportait aussi un paragraphe donnant instruction au Pentagone d'élaborer des plans pour une opération ultérieure en Irak.
Le byzantinisme de la vie politique à Washington autorise bien des hypothèses. Un accord assez large existe, néanmoins, pour dire que l'affaire n'était pas gagnée. Sur certaines photos de la réunion du 15 septembre 2001 à Camp David, la mine de Wolfowitz montre clairement que, ce jour-là, ça n'allait pas bien pour lui. Deux jours après, le secrétaire d'Etat Colin Powell, interrogé au sujet d'une déclaration antérieure du secrétaire adjoint à la défense sur la nécessité d'"en finir avec les Etats" qui soutiennent le terrorisme, l'a remis sèchement à sa place. Au printemps 2002, Powell était enchanté de parvenir à un accord à l'ONU, notamment avec la Russie, sur une adaptation de l'embargo frappant l'Irak, ce qu'on a appelé les "sanctions intelligentes". Il refusait de financer l'opposition irakienne en exil sur les crédits du département d'Etat. On était très loin d'imaginer l'envoi, dans la région, de 150.000 soldats américains, de quatre porte-avions, de centaines d'appareils.
Inlassablement, Paul Wolfowitz a fait avancer sa cause. Son ami James Woolsey, ancien directeur de la CIA, a parcouru l'Europe à la recherche des preuves d'une collusion entre l'Irak et le 11 septembre, sans les trouver. En janvier 2002, dans son discours sur l'état de l'Union, Bush a cité l'Irak parmi les trois pays de "l'axe du Mal". Au plus fort des affrontements entre Israéliens et Palestiniens, Donald Rumsfeld n'a pas cessé de rappeler que Saddam Hussein encourageait les terroristes et promettait 25.000 dollars aux familles des volontaires pour des attentats-suicides. A l'extérieur du gouvernement, le groupe des néoconservateurs, qui voit en Wolfowitz un de ses héros, a fait chorus dans les journaux, à la télévision, dans les débats des thinktanks. Le numéro deux du Pentagone n'était certes pas seul, mais, "plus que tout autre, il a mis l'Irak en tête des priorités et, à l'étonnement de beaucoup d'entre nous, il a réussi à imposer sa conception", dit John Ikenberry, professeur à l'université de Georgetown. Opposé à ce qu'il a appelé, dans un article de la revue Foreign Affairs (septembre-octobre 2002), "l'ambition impériale américaine", Ikenberry pense que Wolfowitz "voit la guerre en Irak comme sa guerre" et que, si ses idées l'ont emporté, c'est, en partie au moins, parce qu'il "n'a pas de concurrent de son niveau".
"C'est probablement, dans cette administration, celui dont la pensée stratégique est la plus ample", explique aussi Zbigniew Brzezinski. L'ancien conseiller de Jimmy Carter, lui aussi en désaccord à peu près total avec Wolfowitz, n'en a pas moins "une très haute opinion du numéro deux du Pentagone". "C'est un homme intelligent, qui s'instruit par l'expérience et par le savoir", déclare-t-il. "Zbig" attribue l'influence du secrétaire adjoint à ses longues années de service, commencé pendant la guerre froide, en 1973, en un lieu névralgique : l'Agence pour le contrôle des armements et le désarmement, où il a travaillé sur les SALT, les pourparlers menés avec les Soviétiques pour limiter les armements nucléaires. Engagé, depuis trente ans, dans la réflexion stratégique, dans l'organisation militaire et dans l'action politique et diplomatique, Wolfowitz est l'un de ceux qui maîtrisent le mieux le fonctionnement de la puissance américaine et les rapports de forces internationaux. Brzezinski le situe sur le même plan que Henry Kissinger, McGeorge Bundy ou lui-même, c'est-à-dire ces grands serviteurs des Etats-Unis, successivement universitaires et hauts fonctionnaires, conjuguant l'autorité intellectuelle et le pouvoir que donne la confiance d'un président. A l'arrière-plan, se dessine la silhouette de George Kennan, qui conçut la "doctrine Truman" d'endiguement du communisme après la seconde guerre mondiale.
Jeudi 23 janvier, devant le Council on Foreign Relations, la prestigieuse institution new-yorkaise où siègent tous ses pairs, Paul Wolfowitz a donné la mesure de l'ambition qui justifie, à ses yeux, la politique des Etats-Unis face à l'Irak. "Nous regarderons peut-être ce moment de l'histoire, a-t-il dit, comme celui où l'Occident a décidé de lui-même pour le XXIe siècle, non pas en termes de géographie, de race, de religion, de culture ou de langue, mais en termes de valeurs, celles de la liberté et de la démocratie." C'est ce que John Ikenberry appelle "une vision du monde très romantique". "Il veut faire quelque chose de bon pour le monde et pour la paix, commente le professeur de Georgetown. C'est difficile de s'opposer à cela." Pour Wolfowitz, en effet, il y a deux raisons essentielles de mettre fin au régime de Saddam Hussein. D'abord, le dictateur de Bagdad n'a jamais cessé d'être dangereux pour ses voisins, pour toute la région et, par conséquent, pour le monde entier. Depuis la guerre du Golfe, en 1991, il n'a pas renoncé à conserver ou à fabriquer de nouveau des armes terrifiantes, sur lesquelles il compte pour prendre sa revanche.
Ensuite, une fois qu'il aura été chassé du pouvoir, il sera possible que se construise, en Irak, une société démocratique, qui donnera envie aux autres peuples arabes et musulmans d'emprunter la même voie. La certitude de la malfaisance de Saddam Hussein n'est pas récente chez Paul Wolfowitz, dont l'un des points forts est la capacité d'analyse et de prévision. Son premier exploit, dans cette veine, est un document de 1979. Travaillant alors sous les ordres d'un adjoint au secrétaire à la défense, chargé des programmes régionaux, il avait détaillé la menace que représentait Saddam Hussein pour ses voisins. Cependant, en pleine révolution khomeiniste en Iran, la politique du gouvernement de Jimmy Carter consistait à chercher des contrepoids, et l'Irak pouvait en être un. Wolfowitz avait quand même convaincu ses supérieurs d'envoyer dans le Golfe, par précaution, des cargos transportant du matériel militaire. Onze ans plus tard, ces équipements, un peu rouillés, ont été les premiers débarqués après l'invasion du Koweït par les troupes irakiennes.
Au moment de la guerre du Golfe, Paul Wolfowitz était de retour au Pentagone comme sous-secrétaire, chargé de l'élaboration des politiques. George Bush, père du président actuel, était à la Maison Blanche, et le ministre de la défense s'appelait Richard Cheney, devenu vice-président auprès de George W. Bush. Chargé de la planification, Wolfowitz a préparé l'opération "Tempête du désert" (et assuré son financement en présentant aux alliés une facture de 50 milliards de dollars pour les services des forces américaines). Il a contribué, aussi, à convaincre les Israéliens de ne pas entrer en guerre, malgré les Scud tirés par l'Irak dans leur direction, afin de ne pas heurter les partenaires arabes de la coalition. Il a toujours évité de répondre par oui ou par non à la question : était-ce une erreur de ne pas aller jusqu'à Bagdad ? En tout cas, il n'a jamais cessé de considérer Saddam Hussein comme un danger pour les Etats-Unis. Après la défaite du premier Bush, Wolfowitz, devenu doyen de l'Ecole d'études internationales avancées (SAIS) de l'université Johns Hopkins, à Washington, a pris au sérieux les enquêtes de l'universitaire et journaliste Laurie Mylroie, selon laquelle l'Irak était derrière le premier attentat contre le World Trade Center de New York, en 1993. "Il a toujours été convaincu de la culpabilité de Saddam Hussein dans cette affaire", se rappelle Stephen Szabo, qui était son adjoint à la SAIS.
En janvier 1998, au commencement de la crise qui allait aboutir à l'expulsion des inspecteurs de l'ONU, Wolfowitz a signé une "lettre ouverte" au président Bill Clinton, l'invitant à "entreprendre une action militaire, puisque la diplomatie est, à l'évidence, en train d'échouer". La politique des Etats-Unis devait avoir pour objectif, selon lui, de "chasser du pouvoir Saddam Hussein et son régime". Parmi les autres signataires de cette lettre, il y avait Donald Rumsfeld, aujourd'hui ministre de la défense, Richard Armitage, secrétaire d'Etat adjoint, John Bolton, sous-secrétaire d'Etat chargé du contrôle des armements, Robert Zoellick, représentant des Etats-Unis pour le commerce international, Zalmay Khalilzad, "l'Afghan de Bush", devenu son ambassadeur auprès de l'opposition irakienne.
Il y avait aussi Richard Perle, qui dirige le Defense Policy Board, un organe consultatif du Pentagone. Ce serait une erreur, dit Zbigniew Brzezinski, d'assimiler les deux hommes, qui se connaissent depuis qu'ils ont travaillé ensemble, à la fin des années 1970, pour l'ancien sénateur démocrate Henry Jackson, pionnier du combat moral contre le communisme. Proche du Likoud israélien, Perle estime que la seule politique possible pour l'Occident, et en tout cas pour les Etats-Unis, est celle d'un affrontement prolongé et multiforme avec le monde arabe et musulman. Ancien ambassadeur en Indonésie, Wolfowitz rejette, au contraire, le "choc des civilisations", popularisé par Samuel Huntington, professeur à l'université Harvard, dans le livre qui porte ce titre. Envoyé par la Maison Blanche pour exprimer le point de vue du gouvernement devant un grand rassemblement de soutien à Israël, le 15 avril 2002, Wolfowitz a parlé des souffrances subies "par les Palestiniens et les Israéliens" et prononcé les mots "Palestine indépendante", ce qui a déclenché les huées.
Fils d'un mathématicien d'origine polonaise, dont toute la famille restée en Europe est morte dans les camps nazis, Paul Wolfowitz a commencé par les mathématiques, lui aussi, avant de bifurquer vers les sciences politiques sous l'influence d'Allan Bloom. Professeur à l'université de Chicago et essayiste, Bloom, mort en 1992, était devenu célèbre en Europe, en 1987, avec L'Ame désarmée (éditions Julliard), un livre sur le déclin de la culture aux Etats-Unis. Le romancier Saul Bellow l'a dépeint dans un roman à clé, Ravelstein (éditions Gallimard, 2002), où l'actuel secrétaire adjoint fait une brève apparition, sous un nom fictif, dans les fonctions qu'il exerçait, en 1991, au ministère de la défense. Né en 1943 à New York, Wolfowitz a vécu un an en Israël quand son père, professeur à l'université Cornell, a pris un congé sabbatique dans ce pays. "Dans les années 1950, a-t-il raconté, ils pensaient qu'un juif devait vivre en Israël. Je me disputais chaque semaine avec mes camarades, auxquels je disais que ce n'était pas vrai, que je ne vivrais pas en Israël et que j'étais américain." Admirateur de Lincoln, connaissant par cœur chaque grand épisode de la guerre de Sécession, Wolfowitz est de ces Américains messianiques pour qui "les intérêts des Etats-Unis sont beaucoup plus compatibles avec ceux des autres peuples" que ce n'est le cas pour aucun autre pays. "Ce que ne comprennent pas les réalistes, dit-il de ses adversaires, c'est que la démocratie est un outil politique puissant." C'est là le fondement de l'unilatéralisme de Paul Wolfowitz : sa foi dans l'universalité des valeurs américaines.    haut
 
Michel Eddé condamne le "complot sioniste"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 29 janvier 2003

Le vice-président du Board of Trustees de l’association al-Qods, l’ancien ministre de la Culture, Michel Eddé, a appelé hier les pays arabes à "élaborer leur politique et à envisager leurs plans et leurs positions en fonction de Jérusalem". M. Eddé s’exprimait dans le cadre d’une conférence de presse organisée par l’association au siège de l’Ordre de la presse à l’occasion du deuxième anniversaire de sa fondation. L’ancien ministre de la Culture a condamné "le projet racial et ségrégationniste des sionistes, qui veulent mettre la main sur la Ville sainte (...) et pousser le monde entier à reconnaître sa judaïsation". "Pour ce faire, ils tentent d’entraîner le monde entier dans ce qu’ils travestissent en guerre des religions", a-t-il estimé. 
"Suite à l’échec de leur guerre raciale et terroriste contre le peuple palestinien et à l’échec de leur tentative de briser l’intifada d’al-Aqsa, les sionistes ont cherché à donner un aspect planétaire à cette guerre. Ils n’ont trouvé d’autre moyen que de lui donner l’aspect d’une guerre sanglante entre les religions", a-t-il poursuivi. Il a ensuite affirmé que le pape était au courant de ces "visées démoniaques" et rejetait le déroulement d’une telle guerre, "tout comme les Eglises catholique, orthodoxe et protestante rejettent elles aussi ce complot et y font face". Il a invité les responsables arabes à ne plus parier sur des initiatives étrangères pour le règlement de la question palestinienne, la dernière en date étant la feuille de route élaborée par le quartette. "Une initiative qu’Ariel Sharon lui-même a enterrée et qu’il a déclarée mort-née", a-t-il ajouté. Estimant enfin que les Israéliens ont un seul but, étouffer l’intifada palestinienne sous divers prétextes comme "la fin de la violence", il a appelé à la protection de cette dernière pour garantir sa durée.
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Liban : les trous de mémoire des manuels scolaires
Dans les cours d'histoire, la guerre civile n'est pas au programme
 
par JOELLE TOUMA, publié dans Libération le 7 janvier 2003
"Nous voulons savoir des choses sur la guerre du Liban, mais on ne nous dit rien", s'exclame un élève de terminale. Rien ou presque, puisque dans les différentes communautés du Liban on apprend à la maison la version des parents et grands-parents, où ce sont les "autres", chrétiens ou musulmans, c'est selon, qui ont massacré les "nôtres". Aujourd'hui au Liban, les élèves de l'après-guerre étudient un programme d'histoire vieux de trente-cinq ans qui s'arrête à l'indépendance en 1943. Pour Samir Kassir, historien et éditorialiste au quotidien Al-Nahar, "une fois que Mohamed, et Joseph, et Dimitri, et Ali auront décidé qu'ils veulent apprendre à se connaître sans chercher à régler des comptes, ils pourront se pencher sur ce qui les sépare. Alors, on pourra parler de livre d'histoire".
"Arsenal idéologique"
Pourtant, en 1996, le Centre national de recherche et de développement pédagogique (CRDP), un organisme gouvernemental, a chargé une commission d'historiens d'élaborer un nouveau programme. "C'était un travail très pénible, parce qu'il y a un immense arsenal idéologique dans les esprits qu'il fallait prendre en compte, explique le Pr Antoine Messara, membre de la commission. Nous avons essayé de respecter les divergences et de présenter les points de vue des uns et des autres pour que l'élève puisse se faire une opinion." En 2000, ce programme a été approuvé par le Conseil des ministres, mais aucune démarche n'a été entreprise pour y donner suite. Puis, sans fournir d'explications, le nouveau ministre de l'Education a formé une autre commission qui travaille aujourd'hui sans aucune transparence.
Au CRDP, on agit comme si le programme était un secret d'Etat : "Même dans l'énoncé d'un problème de maths, si on écrit qu'un avion va de Beyrouth à Tel-Aviv, ça peut provoquer une crise. Alors pour le livre d'histoire, c'est très compliqué. On nous interdit d'en parler", explique une responsable. Seul le ministre de l'Education est autorisé à s'exprimer sur le sujet, mais contacté par Libération il n'a pas désiré le faire. Pour Samir Kassir, tous ces mystères ne sont pas étonnants : "Si un élève demande, par exemple, qui a tué Kamal Joumblatt (leader druze assassiné par le régime syrien en 1977, ndlr), est-ce que le programme scolaire peut fournir une réponse tant que les Syriens contrôlent le pays ?" D'ailleurs, dans l'unique page que l'on a ajoutée pour l'instant aux manuels d'histoire pour couvrir la période qui va de 1943 à nos jours, il est écrit que l'ancien président Bachir Gemayel est "décédé lors d'un incident regrettable", alors qu'il a été assassiné en 1982 dans un attentat à la voiture piégée attribué à Damas. La mainmise syrienne n'est pas le seul problème. Les seigneurs de la guerre sont encore au pouvoir, quand ce ne sont pas leurs fils. "Dans ces conditions, s'interroge Kassir, pourra-t-on dire que les milices ne se contentaient pas de se faire la guerre mais qu'elles entretenaient un système de corruption et de racket qui se prolonge dans l'après-guerre ?"
Pour l'instant, les élèves n'ont qu'une heure d'histoire par semaine qu'on leur enseigne selon une méthode vétuste qui consiste à souligner et à retenir. "Ne pas enseigner l'histoire de la guerre à la nouvelle génération, c'est comme les préparer à quitter le pays", estime Melhem Chaoul, sociologue. Seuls les élèves qui étudient aussi quatre heures par semaine le programme d'histoire du bac français, une minorité, entendent parler de la guerre dans leur manuel d'histoire français quand ils y abordent les conflits du Proche-Orient. "Ils se mettent alors à poser des questions", raconte Salima Kik, membre de la commission précédente et professeure d'histoire au collège laïque Louise-Wegman, où se côtoient des élèves de toutes les communautés. "Pour y répondre, nous organisons des conférences. C'est indispensable si nous voulons former des citoyens entièrement libanais. Il faut qu'ils comprennent ce qui s'est passé pour éviter que cela recommence", poursuit-elle. "On doit passer par ce traumatisme salutaire, car l'histoire ne se répète que dans les pays sous-développés", renchérit Antoine Messara.
"Vérités éternelles"
Pour Melhem Chaoul, tant qu'on les laisse dans l'ignorance, "les élèves qui sont confrontés à la méthode occidentale vont remarquer qu'il manque quelque chose et lire tout ce qui leur tombe sous la main, les autres prendront ce qu'on leur dit comme vérités éternelles ; et c'est dans ces marmites que l'on puise les combattants." En attendant, la confiance de la nouvelle génération dans un pays qui se militarise de plus en plus et où l'espace des libertés se réduit comme une peau de chagrin est déjà en grande partie perdue. Quand on leur demande quels sont ceux qui voient leur avenir au Liban, seul un tiers des élèves de la classe de Salima Kik lève la main.
Quinze ans de guerre
La guerre du Liban, qui a fait entre150.000 et 200.000 morts, a éclaté en avril 1975. Elle oppose dans un premier temps les forces musulmanes et la gauche, alliées aux Palestiniens, aux partis chrétiens. L'armée syrienne intervient en 1976, à la demande du camp chrétien. En 1978, c'est l'armée israélienne qui envahit une partie du sud du pays. Elle investit Beyrouth en 1982 et expulse l'OLP avant de se retirer, en 1985, sur une bande au sud du pays. Les combats inter et intraconfessionnels se poursuivent jusqu'aux accords de Taëf en 1990.    haut
 
Représailles israéliennes au Liban sud après une attaque du Hezbollah
 
publié dans le Monde du 22 janvier 2003
L'aviation israélienne a bombardé le sud du Liban, mardi 21 janvier, en représailles à une attaque du Hezbollah chiite contre des positions israéliennes dans le secteur controversé des fermes de Chebaa, faisant deux blessés, dont un dans un état grave, selon des sources libanaises. En deux survols successifs, des chasseurs-bombardiers israéliens ont tiré au total quatre missiles air-sol à l'ouest du village frontalier de Kfarchouba, au sud du Liban, a indiqué, mardi 21 janvier, la police libanaise. Elle a ajouté que l'artillerie israélienne avait bombardé les environs de ce village. Selon des sources hospitalières libanaises, ces représailles ont fait deux blessés par des éclats d'obus aux jambes. Avant ces représailles, le Hezbollah, formation islamiste chiite libanaise, avait attaqué deux positions voisines de l'armée israélienne dans le secteur des fermes de Chebaa, tirant dans leur direction une quinzaine d'obus de mortier et de fusées de 107 mm, selon la police libanaise. Dans un communiqué, la Résistance islamique, branche armée du Hezbollah, a affirmé avoir attaqué la position de l'armée israélienne à Roueissit Al-Aalam au moment où un groupe de militaires israéliens se trouvait hors de cette position. "L'objectif a été atteint de plein fouet", selon le communiqué.
"Grave développement"
A Jérusalem, un porte-parole de l'armée israélienne a confirmé cette information, mais sans faire état de victime. Mais Israël a estimé que ce bombardement était "un grave développement". "Il s'agit là d'une claire tentative de provoquer une escalade dans la région à l'approche des élections législatives israéliennes ou d'un éventuel conflit avec l'Irak", a déclaré Raanan Gissin, porte-parole du premier ministre israélien. "La responsabilité de maintenir le calme dans ce secteur et celle de ces graves développements incombent à ceux qui soutiennent le Hezbollah", a-t-il souligné. Le secteur dit des fermes de Chebaa est une zone de quelque 20 km2 sur les flancs du mont Hermon aux confins du Liban, de la Syrie et d'Israël, et est revendiqué par Beyrouth avec le soutien de Damas. L'ONU considère cependant que ce territoire, faisant partie du plateau du Golan, conquis par les Israéliens sur la Syrie en 1967, relève des résolutions 242 (1967) et 338 (1971), et non de la 425 (1978), qui réclamait le retrait d'Israël du Liban sud. Il s'agit de la première attaque du Hezbollah depuis le 29 août 2002, date à laquelle trois militaires israéliens avaient été blessés dans un bombardement du Hezbollah dans le même secteur. A la suite de cet incident, Israël avait adressé une sévère mise en garde à la Syrie et au Liban, pays qui, avec l'Iran, soutiennent le Hezbollah.    haut
 
Un troupeau de chèvres décimé par des chiens venus d’Israël
 
paru dans l'Orient-le Jour le 31 janvier 2003
Une centaine de chèvres d’une bergerie de Aïta al-Chaab, un village du Liban-Sud, ont été égorgées ou blessées hier par des chiens suspectés par leur propriétaire d’appartenir aux gardes-frontières israéliens. Le berger, Hassan Rahmé, 65 ans, a été réveillé pendant la nuit par des aboiements et des bruits étranges en provenance de sa bergerie, située à quelque 200 m de la frontière, mais n’a pas osé s’y rendre aussitôt. "Lorsque j’y suis allé, à la levée du jour, le spectacle était horrible. Des bêtes étaient égorgées et déchiquetées, d’autres avaient les membres brisés", a-t-il déclaré à l’AFP. "Soixante chèvres étaient mortes et j’ai dû en achever 20 autres", a ajouté M. Rahmé, qui a perdu ainsi près de la moitié de son troupeau de 180 têtes. Quatre chiens au moins, selon son estimation, ont participé au "massacre". Quant à leur origine, il a affirmé avoir souvent vu ces derniers jours, à l’instar d’autres habitants du village, une meute de chiens, ressemblant à des dobermans, collier clouté au cou, rôder du côté israélien des barbelés. "Nous pensons que les Israéliens les lâchent pour intimider des combattants ou des trafiquants qui chercheraient à s’infiltrer en Palestine", a-t-il dit. "La police libanaise est venue et a établi un constat, mais que peut-elle faire ?" a-t-il ajouté.    haut
 
Sharon empêche une délégation palestinienne d'aller à Londres
La décision israélienne est un revers diplomatique pour Blair
 
par JACQUES DUPLOUICH, publié dans le Figaro le 7 janvier 2003
"Je regrette cette annonce. Je ne m'y attendais pas et j'espère vivement que le gouvernement israélien reconsidérera sa décision." Jack Straw, le ministre des Affaires étrangères britannique est, à la fois, surpris et fortement contrarié, ce lundi matin. Jérusalem vient d'interdire à une délégation de hauts responsables palestiniens de se rendre à Londres, pour participer, le 14 janvier, à une réunion internationale sur la réforme de l'Autorité palestinienne. Le chef de la diplomatie britannique a appris par la presse cette décision. Celle-ci a été prise en réponse à l'attentat palestinien qui, la veille, avait fait 22 morts et une centaine de blessés à Tel-Aviv. La réunion de la mi-janvier avait l'ambition de "relancer le processus de paix" entre Israéliens et Palestiniens. Ambition fortement compromise, désormais, si les principaux intéressés sont interdits de déplacement. Tony Blair est, assurément, encore plus chagrin que ne l'est Jack Straw. Le premier ministre était l'instigateur en première personne de la conférence. Quoique nettement moins ambitieuse que "la conférence de paix" dont il s'était fait l'avocat, en septembre dernier, cette réunion devait "identifier les voies grâce auxquelles la communauté internationale peut aider les Palestiniens à se préparer" à devenir un Etat nation à l'horizon 2005 et permettre la mise en oeuvre d' "une réforme effective" des institutions palestiniennes.
Ariel Sharon, le chef du gouvernement israélien, et son gouvernement tout entier en ont, pour l'heure, décidé autrement. La perspective de ces entretiens qui, outre les Palestiniens sans Arafat, devaient réunir les diplomates du quartette - Américains, Européens, Russes, Onusiens - et représentants d'Egypte, d'Arabie saoudite et de Jordanie a, d'ailleurs, alourdi la tension qui règne depuis quelque temps entre Londres et Jérusalem. En décembre, Benyamin Netanyahu s'était publiquement agacé de l'accueil fait au président syrien Bachar al-Assad par M. Blair. "Pour triompher de la terreur il convient de faire preuve de clarté morale et politique mais aussi de consistance", remarquait-il. Or, "inviter le chef d'un Etat terroriste par excellence est une faute. C'est reconnaître, en effet, que le terrorisme est payant", tonnait le chef de la diplomatie israélienne. Pour Ariel Sharon, la rencontre du 14 janvier, incluant des représentants de Yasser Arafat n'était rien de moins qu'une manière de "légitimer le terrorisme". Le Royaume-Uni "ne devrait pas accueillir des terroristes", confiait-il à l'ambassadeur britannique en Israël, il y a quelques jours. "Toute tentative de recycler la légitimité d'Arafat est inconvenante", ajoutait-il. Ariel Sharon nourrissait un autre grief politicien, celui-là contre Tony Blair.
Jeudi, au beau milieu de la campagne législative israélienne, le premier ministre britannique accueillera Amram Mitzna, chef de file du Parti travailliste israélien, à Downing Street. Une manière d' "interférence", selon le chef du Likoud, dans la politique intérieure de son pays. Tony Blair s'en défend, expliquant qu'il ne fait là que rencontrer le représentant d'un "parti frère" et qu'en aucune manière il ne s'immisce dans les élections. Mais, l'attentat sanglant perpétré dimanche soir à Tel-Aviv par deux kamikazes palestiniens a donné l'occasion à Ariel Sharon de sanctionner la terreur en prohibant à ceux qui, à ses yeux, en sont l'incarnation, de se rendre à Londres. Dans le même temps, la décision du gouvernement israélien, si elle est maintenue, constitue un sérieux revers pour Tony Blair. Elle le prive, en effet, d'une importante manoeuvre diplomatique. La conférence de Londres visait, aussi, en effet, à afficher les bonnes dispositions du Royaume-Uni à l'endroit du monde arabe, en général, et palestinien, en particulier, au moment même où Londres mobilise pour une possible guerre en Irak. C'est raté.    haut 
 
La Syrie se raidit pour l'Irak
Une attaque américaine serait ressentie comme une menace par Damas
 
par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 16 janvier 2003
Cherchant à retrouver le rôle de premier plan qu'elle avait joué pendant la guerre du Golfe et préoccupée des conséquences imprévisibles d'une guerre contre l'Irak, la Syrie s'est mobilisée diplomatiquement pour à la fois tenter de trouver une issue pacifique à la crise et regrouper derrière elle le camp arabe hostile à toute intervention américaine.
Emissaires
Dans cette perspective, les hauts dirigeants syriens se sont beaucoup déplacés ces derniers jours, dans la région et au-delà. Lundi, le chef de la diplomatie Farouk al-Chareh était à Ankara, d'où il a appelé à "une action commune pour une solution pacifique, car une guerre contre l'Irak c'est une guerre contre toute la région". Mardi, le vice-président Abdel Halim Khaddam était à Moscou porteur d'un message à Vladimir Poutine. Hier, le président Bachar al-Assad était attendu à Téhéran, mais sa visite a été annulée au dernier moment. Ce que redoute Damas, ce n'est pas seulement qu'une attaque américaine contre l'Irak morcelle ce pays, entraîne la création d'un Etat kurde indépendant dans le Nord irakien, mais aussi que Washington profite de cette crise pour déstabiliser toute la région, y compris le régime syrien et ses affidés libanais. Le quotidien (officiel) Al-Baas le reconnaissait dernièrement : les Etats-Unis ne recherchent "ni le désarmement, ni le renversement du régime (de Saddam Hussein), mais le contrôle du pétrole du Proche-Orient en prévision d'une réorganisation des régimes de la région". Soucieux de ne pas déplaire à Washington, la Syrie a d'ailleurs voté la résolution 1441 qui durcit le régime du désarmement irakien sans avoir reçu la moindre contrepartie -­ elle figure toujours sur la liste dressée annuellement par le département d'Etat des pays soutenant le terrorisme, en raison notamment de son soutien au mouvement chiite libanais Hezbollah.
Durcissement
En même temps, Damas a pris soin de maintenir un canal de discussions ouvert avec Washington. La semaine dernière, des réunions informelles entre personnalités syriennes et américaines se sont déroulées dans la capitale syrienne. A l'automne, le régime syrien avait ouvert au FBI ses dossiers sur les islamistes sunnites. Mais, en même temps, il a pris soin de se préparer au pire. C'est ce qui explique son actuel durcissement à l'égard de toute forme d'opposition tant en Syrie qu'au Liban. Dernièrement, les services de sécurité ont même arrêté Ibrahim Hamidi, célèbre journaliste syrien proche de la tendance réformiste au sein du pouvoir, qui doit être déféré devant la Haute Cour de la sûreté de l'Etat. Selon des sources diplomatiques dans la région, 25 autres intellectuels pourraient bientôt être appréhendés. Autre signe, la nomination en octobre à la tête de la police politique du général Ghazi Kanaan, l'homme qui a dirigé pendant vingt ans les services secrets syriens au Liban. Au-dessus de lui, dirigeant tous les puissants services de sécurité, on trouve Assef Chawkat, le beau-frère du président Bachar el-Assad. Même scénario au Liban, où l'opposition chrétienne, qui avait le vent en poupe jusqu'à l'été dernier, a été complètement muselée.    haut
 
Nouveau départ pour l'enquête sur l'agression du rabbin Farhi
Une rumeur a déstabilisé la version du religieux
 
par MARC PIVOIS, publié dans Libération le 22 janvier 2003
C'est désormais la brigade criminelle qui est chargée d'enquêter sur l'agression du rabbin Gabriel Farhi, le 3 janvier, dans sa synagogue de la rue Pétion à Paris. Il s'agit, selon une source judiciaire, de "remettre les compteurs à zéro" après la rumeur qui court depuis quelques jours. Rumeur reprise hier par le Figaro et lundi par Marianne qui font état d'une note du médecin chef des pompiers décrivant une "plaie hésitante pouvant correspondre à une automutilation". Hier, Michel Zaoui, avocat du rabbin Farhi, démentait "radicalement" cette thèse : "Cette note n'est pas versée au dossier", protestait-il.
Lettre
Gabriel Farhi avait expliqué qu'un individu porteur d'un casque intégral s'était jeté sur lui pour le poignarder, en criant "Allah akbar" (Dieu est grand). Avec un accent "très français", a précisé la victime, membre du MJLF (Mouvement juif libéral de France). Le matin même, une lettre anonyme était arrivée au siège du MJLF, affirmant : "Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et nous vengerons le sang de nos frères palestiniens (...) Après avoir mis le feu à sa synagogue, nous nous vengerons directement sur lui." Un large mouvement d'indignation s'exprime aussitôt. Mais les policiers de la 2e DPJ, en charge de l'enquête initiale, tiquent sur certains détails. Ainsi la déchirure des vêtements ne correspondrait-elle pas tout à fait à l'emplacement de l' "éraflure à l'abdomen" constatée à l'Hôtel-Dieu.
Court-circuit
Le blessé, qui affirme avoir désarmé son agresseur, a donné l'arme, un Opinel, aux enquêteurs. Mais personne n'a vu d'homme casqué sortir de la synagogue. La lettre revendique l'incendie de la synagogue, survenu en mai dernier. Or, les expertises sont formelles : un court-circuit a déclenché le sinistre. Le rabbin a expliqué avoir trouvé ce courrier au sol, devant le siège de la MJLF, et l'avoir glissé dans la boîte aux lettres. Enfin, trois jours après ces faits, sa voiture est incendiée dans son parking. Mais le coffre, où des chiffons ont été enflammés, n'est pas fracturé. "Rien ne permet de mettre objectivement en doute la version du rabbin", affirme le parquet de Paris, en précisant que l'enquête reste "ouverte à toute nouvelle investigation". Et Me Zaoui affirme : "D'autres éléments vont dans le sens contraire de cette rumeur et je suis prêt à les mettre sur la table très prochainement".    haut 
 
Lahoud : Le Liban commence à reprendre sa place de centre financier régional
Le chef de l’Etat a reçu une délégation de l’Union des Bourses arabes
 
paru dans l'Orient-le Jour le 17 janvier 2003 

Le chef de l’Etat, Emile Lahoud, a estimé hier que le Liban "commence à reprendre sa place de centre financier" au Proche-Orient et que le choix de Beyrouth pour abriter le siège de l’Union des Bourses arabes (UBA) est "une preuve supplémentaire de la confiance arabe et internationale en le Liban". Le n°1 de l’Etat, qui recevait justement le président et les membres de l’UBA, hier à Baabda, en présence du ministre des Finances, Fouad Siniora, a en outre affirmé que "la solidarité arabe au niveau économique est tout aussi importante que la solidarité sur le plan politique, sécuritaire ou social". Il a en outre souligné que le Sommet arabe, réuni à Beyrouth en mars de l’an dernier, a accordé une part importante au volet économique, et que le prochain Sommet de Bahreïn accordera aux dossiers économico-financiers l’importance qu’ils méritent. Précisant que le futur marché arabe commun (censé voir le jour en 2007), devrait être, au cours de la prochaine étape, l’objet des énergies arabes, et qu’il "devrait être précédé d’un marché financier arabe commun, dont l’UBA serait l’infrastructure". Il a ainsi fait part à la délégation qu’il recevait qu’il avait demandé au ministre des Affaires étrangères, Mahmoud Hammoud, de "mener les contacts nécessaires avec le secrétariat général de la Ligue arabe, étant donné que le Liban préside cette dernière, pour inscrire la coopération financière et économique entre les pays arabes à l’ordre du jour" du Sommet de Bahreïn.
Le ministre des Finances avait auparavant remercié le chef de l’Etat pour le soutien apporté à l’UBA (notamment dans le choix de Beyrouth comme siège de l’union), estimant que "l’attention" manifestée par le président Lahoud pour la chose financière du pays, comme pour les relations interarabes, "donne l’impulsion nécessaire" en ce moment. Fouad Siniora a également rappelé que l’inauguration du siège de l’UBA aujourd’hui coïncide avec celle du siège de la Bourse de Beyrouth au centre-ville, insistant sur le fait que "l’amélioration de la situation financière aura des répercussions positives, notamment sur le secteur privé. Elle facilitera les mouvements de capitaux arabes à partir et en direction du Liban, et drainera de nouveaux investissements arabes", a ajouté le ministre des Finances. Quant au président de l’UBA, il a remercié le chef de l’Etat pour l’intérêt manifesté et le soutien apporté, rendant hommage à ses positions nationales, et pour son travail constant afin d’optimiser la solidarité arabe à tous les points de vue. Pour lui, le nouveau siège de l’union bonifiera la performance et intensifiera les activités de l’UBA, et "il fera de Beyrouth la capitale économique du monde arabe" et son tremplin vers le monde. Il a mis l’accent sur l’urgence de mettre sur pied un marché financier arabe commun, "le canal principal pour les mouvements de capitaux entre les pays", qui "encouragera le retour des capitaux".
D’autre part, le chef de l’Etat a reçu le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie libano-suisse, et vice-président de l’Union libanaise culturelle dans le monde - section de Berne, Louis Kerbage, ainsi que le père Antoine Kerbage et le juriste Faraj Kerbage. Au centre des discussions : la situation économique au Liban, les possibilités offertes aux investisseurs arabes et étrangers, les obstacles auxquels doivent faire face certains projets, ainsi que le rôle des hommes d’affaires libanais installés à l’étranger et qui souhaitent initier des projets d’investissements au Liban. Le président Lahoud a également reçu le président du syndicat des chimistes et président de l’Union des chimistes arabes, Nicolas Gebrane. Il était accompagné de Hassan Bazzi, choisi par l’Onu comme membre de l’équipe d’inspecteurs internationaux chargés d’enquêter sur les armes chimiques en Irak. Qui se rendra pour trois semaines à Vienne (il participera à un séminaire de formation), avant de se diriger vers Bagdad. Hassan Bazzi, âgé uniquement de 28 ans, est le premier chimiste libanais choisi par les Nations unies pour participer à une mission internationale. Originaire de Bint-Jbeil, il poursuit son doctorat en chimie à Montréal. Il a été félicité par le président Lahoud, saluant la jeunesse libanaise, et assurant que les Libanais "ont toujours travaillé, et continuent de le faire, pour la paix et la stabilité dans le monde".
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TV5 Monde espère s'imposer comme complément d'une télévision d'information internationale
 
par ALWA DELUZE et BENEDICTE MATHIEU, publié dans le Monde du 31 janvier 2003
La chaîne francophone, qui devait présenter jeudi 30  janvier sa nouvelle grille de programmes, poursuit sa politique d'expansion à l'étranger. Un habillage coloré et cohérent, un slogan - "le centre du monde est partout" - et une francophonie affichée encore plus haut : il ne s'agit pas du lancement d'une chaîne d'information mondiale française, mais de la nouvelle grille de programmes de la chaîne francophone TV5 Monde, qui devait être présentée jeudi 30 janvier à Paris. Créée en 1984, la chaîne qui travaille grâce à un réseau de dix partenaires français, suisses, belges et canadiens vit une époque charnière. Quinze mois après son arrivée à la présidence de la chaîne, suite au départ de Jean Stock, et à cinq mois de la fin de son mandat, Serge Adda estime qu'il est sur le point de gagner son pari : développer l'antenne autour de l'information, devenue selon lui la "colonne vertébrale" de la grille.
La chaîne veut privilégier les produits "maison" et ne programmera désormais, quotidiennement, qu'un seul journal livré par les chaînes partenaires appartenant aux quatre pays bailleurs de fonds (France Télévisions et Arte France pour la France, TSR pour la Suisse, RTBF pour la Belgique, et Radio Canada et Télé Québec pour le Canada). Le reste de l'information sera réalisé par la rédaction de TV5 Monde : "Celle-ci pourra hiérarchiser l'information à sa guise et reprendre les reportages ou les images des chaînes partenaires, sans être obligée de les utiliser", explique Serge Adda. La chaîne poursuit la production et la diffusion de ses propres émissions d'information : "Kiosque", revue de presse internationale présentée par Philippe Dessaint, ou "24 heures à..." proposée par Frédéric Mitterrand.
Profil généraliste
Par ailleurs, TV5 Monde diffuse des programmes de divertissement et de fiction livrés par ses partenaires, auxquels s'ajoute une autre part, plus modeste, de productions propres. Le président de la chaîne insiste sur le caractère généraliste de sa chaîne. Une attitude qui devrait être remarquée à l'heure où le gouvernement étudie l'éventualité de créer une chaîne d'information mondiale française. Les candidats sont en effet nombreux pour une telle entreprise. Parmi eux, Radio France International, l'Agence France Presse et dans une moindre mesure France Télévisions. "Cette chaîne mondiale ne serait pas une chaîne concurrente pour nous, mais une chaîne complémentaire", insiste Serge Adda, qui estime que le dossier est difficile : "Il faut d'abord le dépassionner. Afin qu'il voie le jour, l'ensemble de l'audiovisuel public, et, pourquoi pas aussi, le secteur privé doivent travailler ensemble. A ce titre, je suis persuadé que TV5 pourra apporter un savoir-faire", explique-t-il.
Par le nouvel habillage, Serge Adda tient également à affirmer la diversité culturelle de son antenne. Depuis septembre 2002, par exemple, le Journal télévisé africain (JTA) n'est plus cantonné au réseau africain : "La chaîne a pour mission de décloisonner des cultures, poursuit-il. Nous avons voulu transformer en atout le fait de ressembler parfois à un melting-pot de programmes. Un film égyptien sera toujours diffusé dans sa langue originale et sous-titré en français".
Foyers japonais
Sur le terrain, la chaîne qui est aujourd'hui disponible dans 165 pays, avec un budget de 82 millions d'euros, poursuit ses extensions et atteint ainsi quelque 135 millions de foyers clients potentiels. En un an, la diffusion a augmenté de 18 % grâce notamment à une percée aux Etats-Unis, où elle touche plus de 150.000 foyers. Par ailleurs, la chaîne s'est récemment installée sur le bouquet satellitaire BSkyB qui touche 6 millions de foyers en Angleterre. Afin de poursuivre la politique de pénétration de la chaîne, M. Adda est en train de signer un contrat avec le bouquet satellitaire NBS (Nippon Broadcasting Satellite), qui touche 400.000 foyers japonais. La chaîne ne peut fournir de résultats précis d'audience réelle, expliquant que les méthodes de mesure diffèrent selon les pays où elle est diffusée. Toutefois, elle revendique 11 millions de téléspectateurs par jour et 38 millions par semaine sur la base de 70 % de sa cible de diffusion. Cette nouvelle grille et l'aspiration à une meilleure cohérence de l'antenne de TV5 Monde, voulue comme la grande sœur d'une chaîne d'information mondiale française, n'est sans doute pas étrangère à l'envie pour son président d'être candidat à sa propre succession à la fin du mois de juin 2003.
De l'Europe au Canada
1984 : lancement de TV5 par cinq chaînes de langue française (TF1, Antenne 2, FR3, la belge RTBF et la suisse SSR).
1991 : lancement de TV5 Québec-Canada après le rassemblement entre un consortium de télévision du Québec et du Canada avec TV5. Création de TV5 Afrique.
1992 - 1996 : Création de TV5 Amérique latine et Caraïbes, puis de TV5 Asie.
1998 : Jean Stock est nommé à la présidence. Lancement de TV5 Orient et Etats-Unis.
2001 : Création de TV5 Monde, sept signaux partent de Paris et le huitième de Montréal. Présidence de Serge Adda.
2002 : TV5 Monde développe sa diffusion par le satellite et par le câble (Time-Warner-AOL pour New York, BskyB en Grande-Bretagne...)    haut
 
2003, l'Europe débarque sur Mars
 
par CYRILLE VANLERBERGHE, publié dans le Figaro le 2 janvier 2003
Plusieurs missions inédites et ambitieuses vont jalonner l'année spatiale. Avec, pour commencer, un suspense, pénible pour les ingénieurs et les astronomes, qui plane sur Rosetta. Cette sonde européenne a pour folle mission de se poser, après huit ans de croisière interplanétaire, sur une comète. Mais son départ, initialement prévu le 12 janvier, est suspendu au sort d'Ariane 5, dont le dernier exemplaire a explosé en vol, le 11 décembre. En juin, l'Agence spatiale européenne se lance un second défi de taille. Le vaisseau automatique Mars Express doit être lancé, direction la planète rouge, où il déposera une sonde britannique, chargé de trouver rien moins que des traces de vie. Troisième temps fort attendu en 2003, l'envoi en orbite par la Chine de ses premiers cosmonautes, un tournant historique dans la conquête spatiale.
2003 sonne l'assaut des scientifiques vers la planète Mars. A la fin de l'année, la froide voisine de la Terre sera assaillie par une armada de six sondes automatiques destinées à percer ses derniers secrets. Du jamais vu ! Un petit robot anglais emporté par le vaisseau européen Mars Express devrait même apporter une nouvelle réponse à l'angoissante question : y a-t-il de la vie sur Mars ? Deux robots à roulettes américains devraient reproduire l'exploit de Pathfinder en 1997, en se promenant sur la surface martienne à la recherche de traces de la présence d'eau dans un passé lointain. Déjà, deux sondes américaines (Global Surveyor et Odyssey) tournent à une distance respectueuse de la planète pour photographier sa surface et y détecter de l'eau. Trois autres engins, deux américains et un européen, vont profiter d'un rare rapprochement en 2003 entre la Terre et Mars pour faire un rapide voyage vers la planète rouge et y poser des atterrisseurs. Enfin, un quatrième appareil automatique, japonais celui-là, se joindra au cortège autour de Mars fin 2003 ou début 2004, bien qu'il ait quitté la Terre fin 1998. Mais une erreur de navigation sur cette sonde appelée Planet-B Nozomi a gravement rallongé son voyage qui ne devait au départ durer que quelques mois. En fait, la sonde va faire un dernier survol de la Terre en juin 2003, et prendra à peu près la même trajectoire que ses consoeurs américaines et européennes.
Entre décembre 2003 et janvier 2004 il y aura donc une sorte d'embouteillage spatial autour de Mars. Le premier arrivé dans cette drôle de course à plus de 100.000 km/h devrait être le bien nommé Mars Express, de l'Agence spatiale européenne (Esa), dont le lancement par une fusée russe Soyouz à partir du cosmodrome de Baïkonour est prévu pour le 1er juin 2003. C'est la première fois que l'Europe envoie un vaisseau vers Mars. Cinq jours avant l'arrivée sur place, la sonde Mars Express se séparera du petit atterrisseur Beagle 2, qui ira freiner dans l'atmosphère de Mars avant de descendre à la surface en parachute. Alors que Beagle 2, robot statique construit par les Anglais de l'Open University, analysera la composition chimique du sol à la recherche de traces de vie, Mars Express se placera en orbite autour de la planète, pour l'étudier à distance. Le résumé de ces opérations paraît simple, mais chacune de ces phases est en fait très risquée et critique. Il faut se souvenir qu'en 1999 la Nasa avait perdu coup sur coup deux de ses sondes martiennes, l'une qui devait se poser à la surface, et l'autre se mettre en orbite pour survoler les pôles.
Si tout se passe bien en route pour les deux sondes américaines Mars Exploration Rover (MER) A et B après leur lancement par des fusées Delta II à partir de Cap Canaveral en Floride, celles-ci devraient arriver près de Mars en janvier 2004, avec moins d'un mois d'écart entre les deux engins. Les deux sondes, MER-A et MER-B, sont absolument identiques, mais iront se poser sur des régions différentes de la planète. Comme lors de la mission Pathfinder, les deux rovers feront appel à des gros airbags pour amortir leur chute finale, car l'atmosphère martienne est trop ténue pour que les parachutes ralentissent suffisamment. Après atterrissage, le vaisseau s'ouvre sur lui-même et libère le petit rover (un petit véhicule roulant robotisé) qui va explorer la surface planétaire. Ces engins destinés à étudier la composition géologique de la surface sont bien plus lourds et plus puissants que le petit Rocky de Pathfinder en 1997. Chacun pèse 170 kg et peut parcourir une centaine de mètres en un jour martien (24 heures et 39 minutes), soit plus que Rocky pendant tout son séjour. De quoi nous offrir en abondance de nouvelles photos des paysages martiens.    haut
 
Face au clonage, la sagesse du droit
 
par JACQUES LE GOFF, publié dans Ouest-France le 13 janvier 2003
L'auteur vient de publier, aux éditions Apogée, ses chroniques Ouest-France depuis 25 ans
"Un véritable bouleversement de la condition humaine". Ce propos du Comité national d'éthique, dans son avis du 22 avril 1997 "au sujet du clonage reproductif", situe, dans sa juste dimension, le caractère vertigineux de ce qui se joue aujourd'hui, si l'on en croit les allégations de la secte raélienne. Qu'elles soient vraies ou fausses, peu importe, dès lors, que la probabilité de se trouver, à brève échéance, confrontés à ce type de problème est des plus fortes. "J'ai la conviction qu'au XXIe siècle, cela sera réalisé", pronostiquait Axel Kahn, dès 1999. D'abord, écartons l'argument selon lequel le clonage serait intolérable au prétexte qu'il conduirait à la génération d'un être "copie conforme" de son géniteur, d'un double en tous points ressemblant à l' "original", au physique comme au moral. C'est accorder une place excessive à la matière vivante que de lier l'identité génétique (le génome est bien le même en effet) à l'identité personnelle, comme si la personnalité se ramenait aux seules déterminations biologiques. On oublierait alors les autres influences de l'environnement social et culturel, des aléas de l'histoire de chacun, comme le prouvent les dissemblances observées chez les jumeaux au-delà de leur forte ressemblance physique.
Le problème se situe ailleurs. D'abord, on ne peut nier le mystère proprement infini de la natalité. Lorsqu'un enfant vient au monde de deux parents et de la rencontre de leurs différences, il est imprévisible, parce qu'irréductible à ceux qui le précèdent. Il entre dans la communauté des hommes, comme promesse de nouveauté à proprement parler radicale. Sa liberté et sa dignité procèdent de cette indétermination originelle. Or, c'est ce que, précisément, le clonage remet en cause, dès lors que l'enfant cloné est voulu par son auteur comme un autre soi, comme un "même". C'est toute la différence entre l'enfant cloné et les jumeaux. Quelle sera la liberté d'un être prisonnier du désir de son géniteur de le reproduire à son image ? Son choix risque fort de se ramener à la redoutable alternative entre la conformité, la soumission au prix de perturbations psychologiques majeures et la révolte.
Le second niveau est généalogique. Nous nous inscrivons dans une généalogie, où chacun prend place après bien d'autres et avant d'autres encore. C'est sur cette base que se construisent les identités de fils et de fille, de père et de mère, de frère et de soeur... Tous les "psy" savent à quel point cette symbolique est décisive pour que se structurent les individus. Rien n'est pire, expliquent-ils, que le brouillage des statuts porté au pire dans l'inceste. Mais qu'est-ce que le clonage, dans le fond, sinon une forme d'inceste qui ne dit pas son nom ? Comme l'a remarqué Paul Ricoeur, "un clone n'est ni fils, ni fille, ni père, ni mère, ni frère, ni soeur, ni rien... Il est insituable dans la filiation... La chaîne est rompue". Effroyable solitude dans une confusion où la perte de l'autre interdit l'avènement de soi. "Notre héritage est sans testament", dit aussi René Char. Avec le clonage, l'écrasant testament vient compromettre la possibilité même de l'héritage. Contre ce délire de toute-puissance, il reste le recours à la sagesse résolue et offensive du droit et de la force légitime, s'il le faut. "Tout ce qui est techniquement réalisable sera réalisé", avait prévenu Gabor qui, pour autant, n'a jamais confondu "réalisé" et accepté.    haut
 
Religion - Hérode et les rois mages
 
par PERE JEAN-ROBERT ARMOGATHE, publié dans le Figaro le 4 janvier 2003
L'Epiphanie semble être une fête joyeuse : l'Eglise y fait mémoire des mages venus d'un Orient lointain pour rendre hommage à l'Enfant Jésus. Avec leur équipage exotique et leurs riches présents, ils sont devenus des rois de légende, et la fête permet d'offrir quelques présents, gâteaux ou friandises. Il s'agit bien, somme toute, d'une fête joyeuse. Le texte d'Evangile est pourtant inquiétant : la venue de ces notables étrangers provoque chez le roi Hérode une crise de jalousie. D'origine païenne, ayant reçu son trône de l'occupant romain, il obtint de la faveur de l'Empereur des moyens économiques qui permirent de grandes constructions ; son long règne vit l'expansion maximale du pays. Mais il craignait les complots et les rivaux, et l'Evangile de saint Matthieu lui fait ordonner le massacre des enfants de moins de deux ans nés à Bethléem et aux environs.
Ce massacre des saints innocents est rappelé par l'Eglise dans la liturgie du 28 décembre, tout près de Noël. La venue des mages a suscité la crainte d'Hérode ; elle a provoqué l'atroce tuerie. Entre la joie de la Nativité et celle de l'Epiphanie, nous nous souvenons des enfants et de leurs mères. Nous ne pouvons pas oublier. Car l'Enfant Jésus n'a pas été épargné. S'il fut mis à part ce jour-là et ne partagea pas le sort des autres enfants, il était et il reste un enfant de Bethléem. Il n'a pas vraiment échappé au massacre. Sa mort fut seulement différée. L'Epiphanie semble être une fête joyeuse ; mais la joie chrétienne est toujours tempérée. Les mages ont provoqué la mort des innocents, et leur hommage à l'enfant-Dieu semble annoncer aussi sa passion et sa mort. Parmi leurs dons, avec l'or et l'encens, la myrrhe servait à préparer les corps pour le tombeau. La fête de ces jours ne doit pas faire oublier la souffrance, l'injustice et la mort. Le christianisme se veut religion de la vie. Dieu s'unit à la vie des hommes. Il ne le fait pas à moitié, il s'unit jusqu'au bout. La croix n'est pas bien loin de la crèche.
La vie humaine de Dieu a été, comme la nôtre, tissée de peines et de joies. L'allégresse des bergers et des mages ne cache pas tout à fait l'angoisse de Marie, ni l'inquiétude de Joseph qui, prenant l'enfant et sa mère, les conduisit loin d'Hérode, jusqu'en terre d'Egypte. L'exil et la fuite succèdent vite au chant des anges et à l'adoration des hommes. L'Epiphanie n'est peut-être pas une fête si joyeuse qu'il ne paraît. On y célèbre la venue des mages, mais on y rappelle aussi le crime d'Hérode. Elle permet cependant de donner à la joie son authentique dimension, qui permet d'espérer un au-delà des douleurs et des peines. Les enfants de Bethléem ne sont pas morts pour rien. Leur massacre annonçait à la fois la mort de la Croix et la Résurrection de Pâques, c'est-à-dire le salut du monde.    haut
 
Village du livre en Lorraine

paru dans le Figaro le 3 janvier 2003
Dans les contes de fées de notre enfance, il y a toujours niché en haut d'une colline le village de nos rêves. Pour les amoureux du livre, ce village magique existe. C'est en Lorraine, dans un hameau de 280 habitants, à l'initiative du R. P. Serge Bonnet et de François Guillaume, député et ancien ministre de l'Agriculture, que le village du livre est né. Depuis 1996, à Fontenay-la-Joute on voue un culte à cet écrin qui renferme le savoir. Classé parmi les six villages de France où il fait bon vivre, des bénévoles passionnés y écrivent l'histoire de cette localité et lui donnent un second souffle. De tous les environs on se presse pour célébrer l'écriture, l'imprimerie, le papier : du bouquiniste au maître papetier en passant par le relieur, tous les corps de métier sont représentés. Ouvert tous les jours, gratuitement, c'est avec la plus grande liberté, à l'abri du tumulte citadin, que l'on peut retrouver l'univers feutré de la lecture, ou s'installer dans un café littéraire pour y écouter débats et chansons à textes.
Flâner, fouiller, feuilleter, ou simplement découvrir l'ouvrage tant convoité. Collectionneurs et curieux font se mêler culte et culture, tandis que les plus jeunes, la main dans la pâte, donnent vie au papier et se découvrent peut-être une vocation. Trait d'union entre la naissance (l'imprimerie) et la célébration (la collection), la création contemporaine est sollicitée et encouragée par des concours littéraires. Chaque année, des prix sont remis et des lauréats publiés. Voilà toutes les promesses que tient ce beau village où règne la joie studieuse des passionnés du petit imprimé. Au royaume du livre le lecteur n'est plus le seul souverain, citadins au vert, enfants, curieux, badauds y trouvent leur place.    haut
 
Orientalisme - Carner, poète et consul
Conférence du journaliste Thomas Alcoverro à l’institut Cervantès
 
paru dans l'Orient-le Jour le 31 janvier 2003 

"Carner : poète et consul, 1933 à 1936". Tel est le titre de la conférence que Thomas Alcoverro, correspondant au Liban depuis de nombreuses années du quotidien espagnol La Vanguardia, a donné hier soir, à l’institut Cervantès. Le conférencier a mis l’accent sur les écrits à travers lesquels ce poète et écrivain, consul d’Espagne à Beyrouth, a fait connaître le Liban. D’autre part, il aurait été un véritable visionnaire des problèmes de la région. Alcoverro a présenté Joseph Carner comme un grand poète catalan, "peut-être même le plus grand poète catalan contemporain, qui a donné à la prose de son pays un nouvel essor", dit-il. Joseph Carner est appelé "le prince des poètes catalans". Il a créé un nouveau style de journalisme politique, devenant lui-même un redoutable polémiste. Diplômé en droit, philosophie et lettres, il commence une carrière de diplomate à Genève, puis au Costa Rica, Le Havre, avant d’arriver à Beyrouth dans les années trente. Emerveillé par le Liban, par sa culture et surtout par les paysages qui s’offraient à lui, il les décrit avec beaucoup d’humour. Il a également dépeint la société libanaise de l’époque, qu’il a bien connue. "Carner s’était tellement intéressé à cette partie du monde qu’il avait envisagé, avec un ami libanais devenu lui-même diplomate, de traduire le Coran en espagnol", affirme le conférencier. 
Homme de grande culture, à l’écoute de son environnement, l’écrivain-diplomate a bien cerné les spécificités libanaises. Avant de prendre ses fonctions, il connaissait le Liban à travers les écrits des orientalistes français. Mais intelligent, cultivé et ouvert, une fois sur place, il se constitue sa propre opinion des choses et des personnes, cherchant à comprendre les hommes et les événements sans aucun parti pris. "Cela lui a été facile, souligne Alcoverro, dans la mesure où l’Espagne n’a pas été une puissance coloniale au Moyen-Orient. C’est la raison pour laquelle les rares Espagnols qui vivaient au Liban ont eu une approche plus ouverte, plus détendue de la région et de ses problèmes", explique-t-il.
Diplomate visionnaire
Ainsi, Carner a écrit de très beaux textes sur le pays du Cèdre, publiés régulièrement dans un quotidien catalan à Barcelone, ce qui a contribué à faire connaître le Liban aux Espagnols. Et si les sujets qu’il traitait étaient d’abord descriptifs, le diplomate qu’il était a également abordé des thèmes politiques : la Palestine et l’émigration juive dans ce pays, les réactions nationalistes à ce phénomène, le panarabisme et la rhétorique panarabe. Carner a également abordé le sujet du pétrole dans les années trente, il a été visionnaire dans sa façon d’expliquer, à l’époque déjà, tout le problème du Moyen-Orient. "A côté de cela, il a mené une vie très agréable ici jusqu’à la mort de son épouse, qui était chilienne et qu’il a enterrée au cimetière de Zeytouné." Alcoverro affirme que Carner a été, dans son genre, un grand orientaliste, présentant les choses avec beaucoup d’élégance, de nuance et d’humour. "Cet écrivain était très connu pour la pointe d’ironie qui caractérisait ses écrits jusqu’à la poésie." 
Prenant parti pour les républicains lors de la guerre d’Espagne, il s’est exilé à Paris, puis à Bruxelles où il a enseigné la littérature catalane. Pressenti en 1970 pour le Nobel de littérature, il ne connaîtra pas ce couronnement en raison de son opposition au régime de Franco. Entre-temps, Carner a été un très bon traducteur des œuvres de Dickens, Shakespeare, Mark Twain, Arnold Bennet, Musset, La Fontaine, Defoe et Lewis Caroll.
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Boule de neige, jour de l'an et bonne année grand-mère !
 
paru dans l'Orient-le Jour le 30 décembre 2002

Au moins, c’est à cela qu’elles servent, les intempéries. A faire sourire les enfants. A faire briller leurs yeux. A les faire chausser des skis, enfiler une super-combi qui fait d’eux de petit(e)s prince(esse)s des cimes... A les faire dévaler en petits pros les pistes de Faraya-Mzaar. A les faire construire un petit bonhomme de neige - tomates cerise à la place des yeux, carotte pour le nez . A la veille du réveillon de la Saint-Sylvestre, et avec le soleil qui revient, un peu, le programme peut être idéal : réveil à 8 heures, ski jusqu’à 13 heures, et puis déjeuner les pieds dans l’eau, à Byblos, avec du poisson, beaucoup de poisson, au menu. C’est ça le Liban ? Si seulement... La fin de la trêve des confiseurs, c’est pour bientôt. En attendant... bonne année grand-mère... (Photo Pascal Beaudenon).    haut

 

 
 
 
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