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PRESSE  RJLIBAN  N°87 - sélection de décembre 2002  

                                       

 

Big bang

 
par PATRICK SABATIER, publié dans Libération le 12 décembre 2002
L'Europe s'élargit et, prise de vertige, se demande ce qu'est l'Europe. Hérodote se posait la question il y a 2.500 ans. Evoquant le rapt d'Europe par Zeus, il notait que "le plus curieux est que la Tyrienne Europe était de naissance asiatique et qu'elle est venue... de Phénicie (aujourd'hui le Liban) en Crète, et de Crète en Lycie (aujourd'hui la Turquie)". Sans remonter si loin, l'Europe a connu de multiples avatars et frontières. Tour à tour, ou tout à la fois, espace culturel à identité religieuse (la chrétienté) ou philosophique (les lumières), vaste marché de libres-échanges porteurs de prospérité, ou puissance stratégique ambitionnant de peser sur la sécurité du monde. Identité, sécurité et prospérité sont les trois termes d'une équation européenne qui a varié selon le poids donné à chacun d'eux et celui qui la posait.
Le big bang du passage de l'Union de 15 à 25 en change une nouvelle fois les termes. Il projette les 455 millions d'Européens dans un avenir qu'aucun d'entre eux n'est capable de prédire, mais sur lequel tous doivent s'interroger. Ils vont devoir se défaire de concepts et de réflexes hérités d'une ère révolue où l'impératif était de cicatriser des haines ancestrales et de faire pièce à la menace communiste. Entre des rêves irréalisables et la crainte de l'asphyxie, ils doivent trouver le cap qui permettra à l'Europe de se métamorphoser en un colosse aux identités multiples, mais prospère, démocratique et pacifique, sans précédent dans l'histoire. Pour commencer, leurs dirigeants vont devoir les convaincre que l'aventure mérite d'être vécue.    haut
 
Quelle guerre contre l'Irak ?
Les "faucons" du Pentagone, le désordre mondial et la réprobation d'Israël
 
par GERARD CHALIAND, publié dans le Figaro le 2 décembre 2002
L'auteur est géostratège, spécialiste des conflits. Il a récemment publié L'Arme du terrorisme aux éditions Audibert
La décision de mener l'opération destinée à mettre fin au régime de Saddam Hussein est prise, dans la mesure où elle va permettre aux Etats-Unis d'amorcer un projet ambitieux. En son essence, la "grande stratégie" américaine envisage de remodeler le Moyen-Orient par la démocratie dont l'Irak fédéral de demain devrait être le modèle. Les Etats-Unis vont donc tenter, comme jadis au Japon, de greffer la démocratie en Irak, après la chute du régime de Saddam Hussein. Cette démocratie coercitive sera alors présentée comme contre-modèle aux autocraties voisines, surtout à celles qui sont hostiles aux Etats-Unis. En d'autres termes, l'idéologie démocratique sera utilisée à des fins diplomatiques comme, il y a un quart de siècle, les droits de l'homme ont été instrumentalisés pour affaiblir les dictatures rivales et nullement pour gêner les alliés. Durant vingt-cinq ans, jamais l'Arabie saoudite, par exemple, n'avait été critiquée pour ses violations des droits de l'homme. Ce qui, depuis les lendemains du 11 septembre 2001 n'est plus le cas, l'Arabie saoudite n'étant désormais plus perçue comme un allié privilégié.
Contrairement à ce que pense une importante partie des opinions publiques européennes, l'éviction de Saddam Hussein et de son régime sera favorablement accueillie par la plupart des Irakiens, Arabes chiites et Kurdes, qui, à eux seuls, représentent 75% de la population et n'ont cessé d'être opprimés depuis trente-cinq ans. Paradoxalement, tandis qu'en Irak les Etats-Unis seront perçus comme des libérateurs par une majorité d'Irakiens, la rue musulmane, et plus particulièrement arabe, percevra ceux-ci comme des agresseurs. C'est, entre autres, le prix de la politique menée par Washington dans le conflit israélo-palestinien, où rien n'a été fait pour geler le processus des colonisations, ce qui constitue le problème essentiel. Les Etats-Unis se trouvent dans une situation unique dans l'histoire. Jamais un Etat européen n'a disposé d'une telle supériorité sur ses rivaux. Ni l'Espagne de Philippe II ni la France de Louis XIV ou de Napoléon, ni la Grande-Bretagne ou l'Allemagne par la suite. Or, depuis l'effondrement de l'Union soviétique qui marque la grande rupture dans l'histoire récente, l'hégémonie américaine est totale. La guerre du Golfe en a été une première illustration mais il a fallu près d'une décennie et la montée au pouvoir de George W. Bush pour que la volonté de tirer partie de cette supériorité se manifeste de façon aussi ouverte.
Le Pentagone n'a cessé d'oeuvrer, particulièrement depuis une décennie, afin d'accentuer l'avance technologique des Etats-Unis, creusant ainsi un écart devenu écrasant. La tentation de l'unilatéralisme est la conséquence de l'hégémonie américaine. Celle-ci s'est manifestée sur divers problèmes, que ce soit sur des questions d'écologie ou de concurrence économique. Mais nulle part la volonté des Etats-Unis n'est apparue aussi nettement affirmée que dans les décisions politiques et militaires qui ont suivi le choc mobilisateur du 11 septembre 2001. La guerre d'Afghanistan a créé les circonstances permettant, après l'Azerbaïdjan, d'assurer une présence américaine en Ouzbékistan, en Kirghizie et, plus récemment, en Géorgie. Les considérations économiques liées aux hydrocarbures en Asie centrale s'ajoutent au projet politique qui, peut-être, à long terme, vise à contenir la Chine. La guerre en Irak débouche, pour Washington, sur des perspectives considérables, tant sur le plan économique que politique.
Divers observateurs, dont Robert Kagan, ont rappelé ce qui distingue les Etats-Unis de l'Europe et que Tocqueville avait déjà relevé en insistant sur ce qui paraît comme une différence aussi nouvelle qu'essentielle : la perte de volonté chez les Etats européens. Rien de neuf en cela. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe occidentale, ruinée, s'en remettait aux Etats-Unis pour la protéger. Trente-cinq ans plus tard, tandis que l'Europe était devenue plus prospère que jamais, il en était de même lors de la crise des missiles. En somme, avec une population plus nombreuse que celle de l'Union soviétique, et beaucoup plus riche, les Etats européens continuaient à compter sur les Etats-Unis pour assurer leur sécurité. Certes, la Grande-Bretagne et la France s'étaient dotées de l'arme nucléaire. Charles de Gaulle, en son temps, avait fait au mieux, avec des moyens limités. Mais l'Europe se retrouvait incapable de résoudre par elle-même des conflits concernant des Etats européens de force moyenne, comme la Yougoslavie. La Bosnie, puis le Kosovo en ont été les démonstrations. Dix ans après l'effondrement de l'Union soviétique, alors que l'Europe est plus peuplée et économiquement largement égale aux Etats-Unis, son potentiel militaire reste une caricature. L'Europe n'a pas récemment perdu le sens des rapports de force. Elle ne l'a jamais recouvré, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sauf exceptionnellement.
Ce qui est neuf, ce n'est pas de constater l'impotence européenne, mais l'apparition affichée d'une volonté impériale aux Etats-Unis, qu'exprime actuellement la politique poursuivie par l'administration de George W. Bush. Rien ne permet d'espérer des perspectives nouvelles pour l'Europe, dont l'élargissement accéléré diminue d'autant la cohésion et, par voie de conséquence, l'expression d'une volonté politique. Cet élargissement ne peut que conforter les Etats-Unis assurés, sauf sur des questions commerciales, de trouver une Europe divisée. L'éventuelle entrée de la Turquie en Europe, qu'appuient les Etats-Unis, ne ferait qu'accentuer l'influence de ces derniers. Les Etats-Unis ont bénéficié d'un large appui international pour l'expédition punitive effectuée en Afghanistan, il n'en est pas de même pour l'opération projetée contre l'Irak. Des voix nombreuses et autorisées se sont élevées aux Etats-Unis, comme en Europe, pour que Washington sollicite l'aval des Nations unies afin de s'en tenir, au moins dans les formes, au respect des règles internationales. La France, la Russie, membres du Conseil de sécurité, ont cherché, chacun à leur manière, à faire obstacle à l'unilatéralisme américain. On a souligné le danger potentiel que pouvait faire peser la doctrine de l'action préventive. Celle-ci menace des règles internationales patiemment élaborées et mises en place. Mais les Etats-Unis tiennent par-dessus tout à conserver leur liberté d'action. Bien que Saddam Hussein ait consenti aux inspections, il serait étonnant que les conditions du déroulement de celles-ci satisfassent Washington.
L'opération projetée aura lieu dans quelques semaines. L'enjeu, aux yeux des faucons du Pentagone, est trop important, puisque la disparition du régime de Saddam Hussein est la condition sine qua non de leur "grande stratégie" dont l'Irak n'est que le premier acte. Celle-ci vise, en instituant un régime à vocation démocratique en Irak, à isoler l'Iran, à marginaliser, grâce au pétrole irakien, l'importance de celui d'Arabie saoudite. La présence de la Syrie risque de devenir problématique au Liban. Les Palestiniens se retrouvent, avec la montée irrésistible des ultra-nationalistes en Israël et l'accélération de la colonisation, à la fois assiégés et atomisés. L'Etat palestinien, en Cisjordanie, n'est pas dans les projets du Likoud. Par voie de conséquence, la grande stratégie américaine reste, à l'échelle du Moyen-Orient, chargée d'ambiguïtés et devra faire face à l'humiliation et au ressentiment qu'elle ne pourra manquer de provoquer. Les nouveaux Césars du Pentagone auront plus de difficultés avec la paix qu'avec la guerre.    haut  
 
Les Libanais suivent la crise irakienne d'un regard distant
 
par MOUNA NAIM, publié dans le Monde du 25 décembre 2002
Les Etats-Unis ont récemment recommandé à leurs ressortissants de ne pas se rendre au Liban. Le département d'Etat a apporté trois justifications à cette décision : primo, une missionnaire évangéliste américaine, Bonnie Penner Witheral, a été assassinée fin novembre à Saïda, chef-lieu du Sud, quelques jours après le dynamitage de trois lieux de restauration rapide estampillés américains. En deuxième lieu, les auteurs de "nombreuses attaques terroristes" contre des Américains durant la guerre civile qui a ravagé le Liban de 1975 à 1990 sont toujours présents dans le pays ; enfin, en dépit du calme qui prévaut dans le Sud limitrophe d'Israël, "le Hezbollah et les Palestiniens pourraient accentuer leurs activités sans prévenir". Le Liban est ainsi venu s'ajouter à la longue liste des pays du Proche-Orient où, singulièrement depuis qu'ils battent les tambours de la guerre contre l'Irak, les Etats-Unis estiment que leurs personnels et leurs intérêts sont en situation précaire.
"Un moindre mal"
A en juger pourtant par le climat qui règne à Beyrouth, l'affaire irakienne semble à des lieues des soucis des Libanais, davantage préoccupés par l'interminable saga du conflit qui oppose l'Etat à deux sociétés privées du téléphone portable et par les conséquences sociales possibles des projets gouvernementaux de privatisations. Le fait que leur pays ait payé très cher, pendant des années, le prix des ondes de choc des multiples crises régionales n'est sans doute pas étranger à cette indifférence, au moins apparente. Il n'y a eu aucune manifestation de soutien à l'Irak, ni contre les Américains ces derniers mois. Le Liban n'est visiblement plus la caisse de résonance de tous les conflits régionaux, même si la guerre qui menace perturbera, sans l'ombre d'un doute, les relations économiques prospères que Beyrouth a nouées avec Bagdad, surtout depuis le rétablissement de leurs relations diplomatiques il y a près d'un an et demi. "Les gens ne portent désormais d'intérêt politique qu'à ce qui relève de leur sécurité personnelle, et l'affaire irakienne n'est pas de nature à la menacer", estime Elias Khoury, rédacteur en chef du supplément hebdomadaire du quotidien An Nahar. "Ils ne s'enthousiasment pas plus pour Saddam Hussein que pour les Américains. Le premier est un affreux dictateur que nul ne pleurera et le colonialisme américain est si stupide et à courte vue qu'il en fait presque regretter le colonialisme européen ! Entre les deux, les gens ne voient pas de troisième voie. La résistance palestinienne est devenue un pôle plus affectif que politique. D'où une indifférence mêlée de tristesse."
Le fait est suffisamment singulier pour être relevé, constate de son côté Joseph Samaha, rédacteur en chef du quotidien libanais Al-Safir : ce sont les gouvernements arabes et non ce que l'on appelle la "rue" qui, jusqu'à maintenant, ont tout fait pour entraver une attaque américaine contre Bagdad. Peut-être, nuance-t-il aussitôt, "ne faut-il pas se fier aux apparences. Nul ne sait ce qui couve sous la cendre". Ce qui est certain, en revanche, c'est que "l'Irak n'a jamais occupé la place de l'Egypte dans les consciences arabes et Saddam Hussein n'a jamais eu le poids ni l'envergure de [feu le président égyptien] Gamal Abdel Nasser". Samir Qassir, éditorialiste d'An Nahar, apporte une explication supplémentaire : la popularité du président irakien en 1990 tenait à un sentiment très largement partagé que son pays était victime d'un complot qui visait à briser un Etat en plein développement. "Ce n'est plus le cas aujourd'hui ; et puis les gens n'aiment pas les perdants, surtout lorsqu'ils ne sont pas dignes." A tout prendre, n'hésite-t-il pas à dire, "entre la domination [américaine] et la marginalisation dans laquelle se trouve aujourd'hui l'ensemble du monde arabe, la première est un moindre mal. Le mouvement est toujours préférable à l'immobilisme et le seul et unique projet de changement dans la région est américain !". Enfin, dans le remaniement général qui s'annonce, "l'ancien marxiste que je suis est peut-être séduit par la perspective de voir l'alliance entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite rompue".
L'avenir de la tutelle syrienne
Car pour tous, il ne fait aucun doute que le changement de régime en Irak n'est que le premier objectif des Etats-Unis, qui accentueront ensuite leur pression sur de nombreux Etats de la région, l'Iran ou l'Arabie saoudite venant en tête de liste, selon les interlocuteurs. Tous mesurent les risques de voir le chaos s'installer en Irak, mais tous estiment également que dans le cas contraire, et si les Etats-Unis vont jusqu'au bout de leur projet de faire de l'Irak un "modèle" régional, plus rien ne pourra être comme avant dans la région, à commencer par les régimes. Tous craignent également de voir Israël bénéficier de la guerre en Irak pour accentuer son intransigeance envers les Palestiniens. Le fait que l'administration de George W. Bush ait fait appel à des membres de la vieille garde - John Poindexter et Eliot Abrams - jugés hostiles aux Arabes paraît un signe de bien mauvais augure. "Washington a d'ores et déjà voté pour le Likoud et Ariel Sharon aux prochaines élections israéliennes", s'indigne Joseph Samaha. Seule une poignée de Libanais prévoit que, dans les bouleversements projetés après une intervention militaire contre Bagdad, la Syrie devra mettre fin à la tutelle qu'elle exerce sur le Liban. Les plus réalistes estiment que Damas sera seulement forcé de retirer son appui au Hezbollah libanais et aux organisations palestiniennes jusqu'au-boutistes et améliorer quelque peu ses performances en matière de respect des droits de l'homme.    haut
 
L'armée israélienne a fait exploser un stock alimentaire de l'ONU à Gaza
L'aide destinée aux Palestiniens était principalement financée par la Commission européenne
 
par GILLES PARIS, publié dans le Monde du 5 décembre 2002
Les relations difficiles qu'entretiennent les Nations unies et Israël se sont alourdies d'un nouveau contentieux, dans la nuit de samedi à dimanche 1er décembre. Au cours d'une incursion menée dans le nord de la bande de Gaza, l'armée israélienne a fait exploser un bâtiment de trois étages dont le rez-de-chaussée était utilisé comme entrepôt par le Programme alimentaire mondial (PAM.) Selon l'agence des Nations unies, 537 tonnes de biens alimentaires ont été détruites : 413 tonnes de farine, 107 tonnes de riz et 17 tonnes d'huile végétale. Elles devaient être distribuées à 41.300 Palestiniens, alors que la situation humanitaire est particulièrement difficile à Gaza. La valeur de ces stocks, qui avaient été financés, pour l'essentiel, par la Commission européenne, a été estimée par le PAM à 271.000 dollars, soit à peu près autant d'euros. Cette destruction a suscité le "trouble" des Etats-Unis, dont a rendu compte laconiquement un porte-parole du département d'Etat. Selon des sources de sécurité israéliennes contactées mercredi matin 4 décembre, les soldats engagés dans une opération contre des "terroristes" n'avaient pas eu connaissance de l'existence de ces stocks, et des investigations étaient toujours en cours.
La version donnée par le PAM est bien différente. "Vingt blindés israéliens ont encerclé le bâtiment le 30 novembre vers 22 h 30, raconte Jean-Luc Siblot, le responsable régional du PAM. Ils ont fait descendre dans la rue les familles palestiniennes, environ une dizaine, qui habitaient dans les étages, au-dessus de l'entrepôt. Selon les informations que nous avons pu recueillir, ils semblaient rechercher deux hommes qui auraient été arrêtés à cette occasion. Les soldats ont ensuite fouillé le bâtiment avec des chiens. Ils ont arraché les portes de l'entrepôt, clairement identifié comme un entrepôt du PAM, et ils ont passé les stocks au peigne fin. Ensuite, ils ont tout fait exploser. L'opération a duré en tout environ deux heures." Le responsable du PAM déplore "un total manque de communication" de la part de l'armée israélienne. "Pas un seul responsable militaire israélien, avant, pendant ou après l'incursion, n'a pris la peine de joindre le PAM. Nous aurions au moins pu tenter de déplacer la nourriture à temps", regrette-t-il. Jean-Luc Siblot estime que, compte tenu des quantités importantes de nourriture, il aurait fallu à l'agence au moins douze heures pour vider l'entrepôt.
La destruction de ces stocks a d'autant plus choqué l'agence et son principal donateur pour cette opération que l'acheminement de cette aide alimentaire de base avait été particulièrement difficile compte tenu de l'isolement dans lequel est maintenue la bande de Gaza depuis le début du soulèvement palestinien. Une cinquantaine de kilomètres seulement séparent le port israélien d'Ashdod de l'unique voie d'accès pour les marchandises à ce territoire palestinien, mais la lourdeur des procédures de contrôle imposées par les Israéliens avait été telle qu'il avait fallu deux mois, selon le PAM, pour que le transfert des 537 tonnes puisse être effectué. Ce nouvel incident est intervenu à la veille de la publication, le 2 décembre, d'une lettre ouverte signée à titre individuel par 64 fonctionnaires internationaux des Nations unies employés dans les territoires palestiniens. Dans cette lettre, la première du genre depuis le début de l'Intifada Al-Aqsa, ces fonctionnaires exigent des autorités israéliennes que justice soit rendue après la mort d'Iain John Hook, le responsable de l'agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens (Unwra), tué par l'armée israélienne le 22 novembre à Jénine. Iain John Hook avait été victime d'une erreur, selon l'armée qui avait reconnu sa responsabilité, à l'intérieur du périmètre occupé par l'agence dans le camp de réfugiés de Jénine. "Seules les pires sociétés permettent à des bandits en uniforme de tuer sans crainte d'une sanction" des travailleurs humanitaires, estiment les signataires, qui dénoncent en outre, "depuis deux ans, une politique de harcèlement croissant et de violence de la part des militaires" israéliens.    haut
 
La publicité francophone cherche à résister, dans sa diversité, à la suprématie anglo-saxonne
Réunis dans la capitale libanaise, les professionnels francophones tentent de dynamiser les échanges au sein de leur large communauté
 
par FLORENCE AMALOU, publié dans le Monde du 6 décembre 2002
Il y a quelques semaines, pour la première fois, un sommet de la francophonie a eu lieu sur une terre arabe, au Liban. Symbolique. Dans sa foulée, des publicitaires libanais mais aussi marocains, suisses, tunisiens, algériens, belges, camerounais, ivoiriens, de France métropolitaine et d'outre-mer, ainsi que des Canadiens se sont retrouvés pour le 16e Mondial de la publicité francophone. Et tenter de résister, ensemble. Pendant quatre jours, dans un hôtel ultramoderne reconstruit au centre de Beyrouth, ils ont réfléchi aux caractéristiques de leur production publicitaire, se sont questionnés, avec une perplexité chaleureuse, sur l'existence d'une approche commune capable d'incarner dans cette région du monde une alternative au discours occidental sous domination anglo-saxonne. Pas facile sur le plan publicitaire, non plus, de présenter un front groupé. Le contexte est tendu. Depuis deux ans, la langue française subit de multiples attaques dans le domaine publicitaire. "Vous êtes-vous transformé en petit cochon-tirelire qui n'investit que dans le sable dans lequel il peut cacher sa tête ?" interroge ainsi une création alémanique diffusée dans le cadre de la campagne nationale pour la relance économique, auprès d'un million de Suisses romands, dépités par le mauvais usage de leur langue. Elle jouxte d'autres annonces suisses aussi acrobatiques, telle celle des dérailleurs Campagnolo, "une gamme de produits projetés vers le 2000, construits pour une nouvelle génération de bicyclettes qui rendent encore plus émotionnante la passion".
L'espace économique francophone - 10 % de la population mondiale, 12 % de la production, et 17 % des échanges dans le monde - est pourtant une réalité. Son bras armé, la publicité, l'est également même si elle perd régulièrement du terrain, au Proche et Moyen-Orient notamment. Au Liban - avant la fermeture, le 4 septembre, par les autorités judiciaires de la deuxième chaîne du pays, MTV, tribune de l'opposition chrétienne antisyrienne, qui diffusait en français -, les spots francophones ne représentaient que 8 % du total de la publicité télévisée, contre 13 % huit ans auparavant. L'arabe littéraire et dialectal est aujourd'hui largement utilisé pour faire la promotion des produits de consommation courante, les lessives, les produits alimentaires et d'entretien. L'anglais est utilisé pour les cigarettes, les voitures, le matériel électronique. Et les spots français qui dominaient la scène médiatique dans les années 70 ? Ils deviennent l'apanage du luxe, de l'habillement, des cosmétiques. La persistance des valeurs francophones, "l'expression de la liberté", affirme Farid Chehab, président de Leo Burnett Moyen-Orient, se retrouve dans l'humour utilisé par la publicité francophone. Il diffère de l'humour arabe caractérisé par sa forme exclusivement parlée, de l'humour britannique fondé sur les non-dits, et des "grosses ficelles américaines, avec excès de langage, humour du geste et de situation", qui continuent à exporter l'american way of life.
Au Québec, par exemple, le ressort est souvent celui du langage, au Maroc, le rire peut naître d'images utilisées seules, en Belgique, le comique de situation et l'autodérision dominent "entre le zwanze (foutage de gueule), l'irrévérence et une teinte de surréalisme magrittien", explique Eric Hollander, de l'agence Air à Bruxelles. Ces spots ont des traits fort différents selon leur continent d'origine, mais ils sont compris tant les valeurs qu'ils utilisent pour mettre en avant ce qu'ils ont à vendre sont partagées. En ce sens, les publicitaires francophones estiment désormais avoir une carte à jouer, au rythme et suivant ces intonations propres, entre le Nord et le Sud, entre l'Est et l'Ouest. "Je suis surpris de constater la ferveur derrière la démarche", observe Vincent Malone, le président du Mondial. C'est un fait, les affiches placardées dans les rues participent, comme les séries télévisées, des échanges interculturels, voulus ou forcés. Désormais, en raison du contexte géopolitique tendu, les entreprises sont singulièrement perçues comme étant "non neutres". Il y eut les draps noirs jetés sur les distributeurs de boissons Coca-Cola en Inde après les événements du 11 septembre 2001. Puis les entreprises américaines rencontrant de plus en plus de difficultés à travailler dans la zone du Golfe. Le 6 novembre, l'Iran interdisait toute publicité pour les produits américains, le "Grand Satan", disent-ils. Il n'en est, pour l'instant, rien des publicités francophones.    haut
 
Les piliers de la paix
 
paru dans Ouest-France le 31 décembre 2002
La paix est le Bien commun le plus indispensable à l'humanité. Evidence, dira-t-on. Pourtant, cette évidence semble difficile à réaliser, peut-être parce que nous ne réfléchissons pas assez à ce que nous appelons paix, à ce qu'est la paix. La paix, pour les penseurs chrétiens, pourrait se définir comme : la tranquillité de l'ordre. Mais de quel ordre s'agit-il ? Sur quoi, cet ordre qui devrait être tranquille, devrait-il être fondé ? Sur la liberté ? Mais, alors, l'ordre totalitaire, dictatorial, autoritaire, si répandu encore de par le monde et qui s'appuie essentiellement sur la privation de liberté de ses assujettis n'est pas un ordre acceptable. Sur la justice et l'équité ? Mais, alors, l'ordre libéral qui laisse libre cours aux échanges, mais qui aboutit à des disparités énormes entre pays et à l'intérieur des pays eux-mêmes, est-il véritablement un ordre ? En effet, les disparités vont croissantes : le produit intérieur brut (PIB) des nations le met bien en évidence. Ainsi, au Kenya, le PIB par habitant et par an est de 326 $. Mais, en France, il atteint 27.890 $ et aux Etats-Unis 37.600 $. Dans la région du Moyen-Orient, le PIB en Israël est, par personne, de 15.600 $, en Egypte 1.140 $, en Irak 1.060 $. En Extrême-Orient, le PIB par habitant au Vietnam est de 428 $, 507 $ en Inde, 476 $ au Pakistan, 1.070 $ en Chine... De tels écarts engendrent-ils ordre ou déséquilibre dans le monde et dans les diverses régions du monde ?
Liberté ou licence ?
Cet ordre tranquille pour favoriser la paix doit certainement être fondé sur la vérité. Mais sommes-nous dans un ordre acceptable, lorsque, contraires à la vérité, la propagande ici, la publicité fallacieuse là fourvoient les gens et les peuples dans des directions qui sont contraires à leurs intérêts authentiques ? Lorsque la liberté est faussement présentée comme la liberté de tout faire, y compris de nuire aux autres par son comportement et par ses choix ? Lorsque, faute de lucidité, on confond liberté et licence ? L'ordre tranquille, base de la paix, doit sûrement aussi être l'expression du respect de l'autre, de l'attention qu'on lui porte, du soin que l'on prend de lui, en un mot d'un amour sincère. Mais qu'en est-il d'un amour sincère dans un ordre qui tolère la faim sur une planète dont les ressources pourraient nourrir tout le monde ? Un ordre qui réserve, de fait, aux plus riches les médicaments qui peuvent soigner efficacement les épidémies tel le sida si répandu précisément dans les populations les plus pauvres ? Ainsi, les Etats-Unis viennent-ils de bloquer l'application de l'accord international de Doha passé en 2001 qui facilitait la production et l'importation de copies génériques de médicaments et l'Union européenne ne s'est pas montrée ferme vis-à-vis des Etats-Unis.
Nécessité d'un changement radical
Sommes-nous véritablement dans un ordre acceptable lorsqu'on admet de provoquer, par nos styles de vie, des pollutions si considérables qu'elles mettent en cause l'avenir de notre planète, et donc des populations qui l'habiteront demain ? Or, les modèles de développement des sociétés, dites avancées, que nous prétendons même étendre aux pays dits en voie de développement, sont terriblement destructeurs : effet de serre, destructions de sols arables, épuisements des ressources d'énergies fossiles au profit de quelques-uns. Ainsi, les Etats-Unis par exemple consomment 25 % du pétrole mondial produit annuellement. Et nous faisons de même de ce côté-ci de l'Atlantique. Tout en sachant cela, nous n'arrivons pas à bâtir un ordre qui redresse de tels errements. Nous refusons d'entendre des prophètes, tel Ivan Illich qui appelait à un changement radical.
Pire, tout se passe encore comme si "les politiques internationales (y compris économiques) se placeraient dans une sorte de 'zone franche' où la morale n'aurait aucun pouvoir" (1). "Le matérialisme technique nous fait construire de plus en plus de veaux d'or que nous idolâtrons... Nous souffrons incontestablement d'un déficit de la pensée", disait récemment le président du Conseil pontifical de la culture, le cardinal Poupard (2). Et l'on pourrait ajouter que nous souffrons aussi d'un déficit de volonté. En effet, il faudrait, sans attendre, "se projeter au-delà du présent [état de désordre du monde] et imaginer de nouvelles formes d'ordre international qui soient à la mesure de la dignité humaine" (1).
La paix toujours menacée
Jean XXIII, le père du concile Vatican II, avait proclamé solennellement, voici quarante ans, que "les chemins de la paix devaient passer par la défense et la promotion des droits humains fondamentaux". C'est lui qui avait déterminé dans l'encyclique Pacem in terris ces quatre piliers de la paix : liberté, justice, vérité, amour que vient de rappeler Jean-Paul II dans son message pour la Journée de la paix du 1er janvier 2003. A-t-on avancé depuis cette époque ? Ce message rappelle les deux façons de comprendre, de construire la cité terrestre qui s'opposaient dans un climat de suspicion et de défiance, risquant de conduire le monde au conflit nucléaire. Cette sorte de guerre, dite guerre froide, est désormais terminée. Cependant, une autre forme de guerre surgit et se diffuse, créant une insécurité qui s'étend au monde entier : le terrorisme servi par des kamikazes nihilistes. La paix est toujours précaire et toujours menacée.
Jean XXIII, cependant, savait "que les choses ne sont pas toujours comme elles apparaissent en surface. Malgré les guerres et les menaces de guerre, il y a quelque chose d'autre à l'oeuvre dans l'histoire humaine... quelque chose comme une révolution spirituelle". Il la jugeait indispensable à l'épanouissement et même à la survie de l'humanité, ce qui rappelle la pensée attribuée à Malraux : "Le XXIe siècle sera spirituel ou il ne sera pas." Il s'agit donc, bel et bien, aujourd'hui de trouver ou de retrouver le sens de la vie, le respect de l'homme. "Le rationalisme a malheureusement limité la vision de l'homme au mesurable, au quantifiable", disait encore le cardinal Poupard. N'ayons pas peur, au-delà des chiffres, de retrouver le sens du mystère, en même temps que le sens de la solidarité entre les hommes d'aujourd'hui et ceux de demain. Voilà ce que nous pouvons formuler comme voeux à l'aube de cette année 2003.
(1) Message de Jean-Paul II pour la Journée de la paix, 1er janvier 2003
(2) Le Figaro, 28-29/12/2002.    haut
 
Les chrétiens d’Irak vivent dans la peur et la paranoïa collective
L’embargo et les menaces d’une nouvelle guerre rendent l’air irrespirable
 
par JOANNE FARCHAKH, publié dans l'Orient-le Jour le 30 décembre 2002
Les chrétiens d’Irak, une minorité en voie de disparition ? Dans les années 80, leur nombre dépassait les deux millions. Aujourd’hui, ils sont environ 800.000, toutes églises confondues. Chaldéens, assyriens, arméniens, catholiques ou orthodoxes, ils sont tous aujourd’hui unis par la peur. La peur d’un lendemain incertain. La peur d’une guerre contre leur terre natale et le cauchemar de voir leur pays déchiré par la guerre civile. Dans ce dernier cas, ils craignent de voir leurs communautés prises entre deux feux : les chiites et les sunnites. Cette peur n’est pas le fruit de sentiments "paranoïaques", mais d’un quotidien de plus en plus difficile. Certes, la laïcité du parti Baas au pouvoir a assuré jusqu’à présent la liberté du culte à toutes les confessions d’Irak, et les chrétiens se sentaient privilégiés. Leur bonne éducation et le commerce leur permettaient d’accéder à différents postes au sein de l’Etat, mais l’animosité et la haine à l’égard de l’Europe et de l’Occident, associées implicitement à leur religion, fait leur malheur. Soudain, ils ne sont plus considérés comme de simples citoyens Irakiens et c’est leur identité religieuse qui passe au premier plan. "On ose même nous demander si nous serons loyaux envers notre pays ou si l’on soutiendra les chrétiens d’Occident", note un assyrien père de famille. 
Cette peur et ce refus ont été incarnés dernièrement par un meurtre. Sœur Cécile a été sauvagement assassinée dans son monastère des religieuses dominicaines chaldéennes, rue de Palestine. Ses 70 ans ne lui ont été d’aucun secours face aux "voleurs", tels que l’avait assuré l’enquête de la police irakienne. En tout cas, les trois agresseurs ont été jetés en prison… pour quelques jours. L’amnistie générale déclarée par le président Saddam Hussein, après les élections présidentielles, a par la suite permis aux trois hommes de circuler librement dans les rues de Bagdad. 
L’importance du clan

Si la vendetta est profondément ancrée dans la société irakienne, elle exige toutefois le soutien d’un clan puissant et nombreux. Or les chrétiens n’ont pas ce privilège. L’émigration et la mort des jeunes sur les fronts de la guerre ne leur permettent pas de s’imposer en force. On raconte même que les chrétiens se sentent si menacés qu’ils cherchent à fuir les ennuis. Ainsi, en cas d’accidents ils réparent la voiture du tiers, même si leur responsabilité n’est pas établie. Vivre discrètement est devenu pour eux une sorte d’exigence sociale qui, malheureusement, ne cesse de croître. Dernièrement, une nouvelle loi a été votée interdisant les noms propres occidentaux. "Les chrétiens et arméniens d’Irak ne peuvent même pas jouir du luxe de choisir le prénom de leurs enfants", note un chaldéen âgé de quarante ans et père de trois enfants. Un répertoire de quarante prénoms est mis à leur disposition, ils en choisissent un et enregistrent l’enfant. Sinon, il n’est pas reconnu par l’Etat. Cette loi a pour objectif d’islamiser le pays par la force et non de réduire les différences entre chrétiens et musulmans, comme l’affirment les responsables. Mon aînée s’appelle Olivia, le cadet se prénomme Oliver et le benjamin Patrick. Si j’ai un quatrième enfant, ce sera Loukaï, Alaa ou Koussaï… Des prénoms sans aucun lien avec notre culture ou notre religion", déplore-t-il.
Passer inaperçu

Mossoul est considérée comme le fief des chrétiens d’Irak depuis des siècles. Dans ces contrées ont été édifiés les premiers monastères du pays et le plus grand nombre d’églises. Les antiques villages chrétiens continuent à être habités et les gens parlent araméen ou syriaque. Pour eux, l’arabe est la langue du commerce et des papiers officiels. Dans ces lieux, les gens se sentent protégés. Ils vivent dans leurs petites communautés, enseignent le catéchisme à leurs enfants et sont invités à la messe au son des clochers, interdits dans les autres villes d’Irak. Ceux qui ont quitté leur maison familiale pour vivre dans les villes perdent très vite cette sécurité. Telles ces nonnes qui ne se déplacent plus en habit religieux. "Même pour aller à l’université, elles vont en tenue de ville, sinon elles attendent un taxi pendant plus d’une demi-heure", se plaint un prêtre catholique. Toujours est-il que cette terrible situation s’est aggravée durant ces deux dernières années. L’embargo et les menaces d’une nouvelle guerre rendent l’air irrespirable. Au milieu de cette tension, chacun réagit à sa façon. Et la peur engendre une sorte de paranoïa collective. On cherche le coupable et le traître. Malheureusement, en ce début de siècle où tout est perçu à travers le prisme de la religion, les chrétiens sont devenus la cible d’une société fuyant une guerre qui leur est imposée par d’autres chrétiens. 
Pour la préservation de la culture chrétienne
"Est-ce que tu parles chrétien ?" Tel est le mot de passe utilisé par les chrétiens d’Irak pour se reconnaître et s’identifier. Parler chrétien signifie en fait parler syriaque. Car les communautés assyriennes et chaldéennes ont su préserver de génération en génération leurs traditions ancestrales et leur langue. Dans leurs foyers et leurs églises, le syriaque demeure la langue de la communauté utilisée même pour les publications religieuses. Transmettre ce savoir est considéré comme un devoir. "Il s’agit de la préservation de notre culture et de notre identité", explique un assyrien, professeur à l’Université de Bagdad. "Dans cet objectif, nous envoyons nos enfants aux classes de religion affiliées aux églises. C’est là-bas qu’ils apprennent le catéchisme et la grammaire syriaque", ajoute-t-il. Il est important de souligner que depuis la nationalisation des établissements missionnaires, l’enseignement de la religion chrétienne a été interdit dans les écoles, sauf si les enfants de confession chrétienne en sont majoritaires. 
Pour les jeunes, apprendre le catéchisme dans les salles des églises est aussi un bon alibi pour se retrouver entre amis. Les hauts murs des monastères leur offrent le refuge nécessaire pour échanger des informations et faire de nouvelles connaissances. Cela se passe avec la bénédiction des religieux. Certains d’entre eux craignent en fait que l’insoutenable tension régnant au sein de ces communautés n’affecte les jeunes psychologiquement ; et pour les réconforter, ils leur offrent souvent leurs "propres asiles". "Ils ont besoin de respirer et de vivre leur âge, la situation actuelle les en prive. Surtout que la campagne de la foi islamique lancée par le gouvernement irakien, depuis quelques années, rend la vie des chrétiens plus difficile à gérer. Garçons et filles ne peuvent plus se fréquenter librement dans les lieux publics ; même jouer de la musique occidentale est très mal vu…", note un religieux assyrien.
Huit femmes pour un homme
Certes, les statistiques officielles manquent en Irak, mais les curés des paroisses et les évêques avancent des chiffres approximatifs. "Nous sommes maintenant à huit femmes pour un homme dans notre communauté", note un curé syriaque-orthodoxe. "Les guerres et l’émigration constituent les piliers de notre malheur. Tous les jours, des jeunes hommes franchissent la frontière du nord de l’Irak à la recherche d’un avenir meilleur sous d’autres cieux, n’importe où. Pour eux, vivre en Europe dans les camps des réfugiés est plus avantageux que d’être ici", poursuit-il. Un grand nombre de ces émigrés n’a pas encore dépassé les 25 ans. Diplôme universitaire en poche, ils fuient le service militaire prenant avec eux les économies de la famille et laissant derrière eux des cœurs brisés. "Comment trouver des maris à toutes ces jeunes filles ? Comment assurer la continuité de toute cette civilisation ?", déplore un curé chaldéen. "De toute ma famille, cousins et frères rassemblés, je suis le seul à vivre encore ici. Ils se sont tous installés en Suède et m’invitent souvent à les rejoindre. Mais je ne peux pas quitter ce pays, c’est la terre de mes ancêtres. Je serai un étranger partout ailleurs. Qui partagerait avec moi ce sentiment ? Difficile à deviner. Depuis deux décennies le quotidien se rendurcit. Je ne cesse en fait de me demander quel sera le nombre des croyants dans 20 ans ? Après deux mille ans de croyance et de pratique, fermerons-nous les portes de nos églises ? Est-ce le dernier chapitre de notre histoire", conclut-il ?
Plaidoyer pour une étude approfondie
Les monastères du nord de l’Irak sont d’une beauté indicible. Troglodytes, ils témoignent du calvaire de la naissance de cette religion au IVe siècle. Les parois des églises de Mossoul sont recouvertes d’un marbre vert orné de motifs décoratifs, géométriques et floraux. Les bas-reliefs des représentations humaines et animales cherchent les trois dimensions. Cet art qui a vu le jour au Moyen Age s’est développé au cours des siècles, mais son évolution reste malheureusement peu connue du monde scientifique. En fait, les chercheurs spécialistes en art chrétien irakien sont une denrée très rare. Et pourtant, cet art mérite toute attention. Par ailleurs, les chrétiens d’Irak ont conservé un mode de vie millénaire. Les vieilles dames de Mossoul se couvrent toujours de l’abbaya noire rappelant le tchador iranien. Et dans les villages chaldéens, les femmes portent leurs robes fleuries et les turbans multicolores. Ces traditions vestimentaires sont actuellement très concurrencées par le jeans et la nouvelle mode mondiale. Quant aux manuscrits, tous les couvents en recèlent et attendent impatiemment qu’un chercheur vienne révéler leurs secrets. Les églises d’Irak ne disposent pas de moyens financiers ou académiques pour soutenir de grands projets de recherche, mais sont prêtes à aider toute autre institution consciente de la singularité de leur culture. 
Les reliques de sainte Thérèse, un message de paix en temps de guerre
Il y a quelques jours, les reliques de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont quitté l’Irak pour retourner en France, après un séjour de quarante jours. De Bagdad à Bassorah puis à Mossoul, les grandes églises de ce pays ont pu ainsi profiter de la bénédiction de cette sainte. "Sa présence parmi nous est un message de paix, note l’archevêque de Bagdad pour l’église latine Mgr Jean Sleimane, et son séjour regorgeait d’agréables surprises." "Nous avions organisé le voyage de Beyrouth à Bagdad par voie de terre, mais à la dernière minute un donateur nous a offert son avion personnel pour faire le voyage. A l’aéroport de Bagdad, une foule de trois cents personnes nous attendait. En larmes, elles tenaient leurs bougies et chantaient des louanges. Pour elles, pour nous, la présence de ces reliques dans ce pays était le plus beau cadeau. Car elles nous donnaient de l’espoir", ajoute-t-il. Cet espoir était profondément senti par les Irakiens. Nadia, une jeune fille de quinze ans, affirme : "J’ai prié pendant des heures. Je lui ai demandé la paix à notre peuple et que tous les gouverneurs du monde retrouvent la raison." Son amie Myriam avoue en souriant qu’elle a surtout prié pour son père vivant depuis des années au Danemark. "Il me manque, mais on n’obtient pas des visas pour se rendre chez lui, et il lui est interdit de revenir. L’avenir semble incertain sauf, intervention divine." Les vœux varient selon l’âge des croyants. Les tout-petits venaient aux églises réciter les chants. Les responsables des activités les avaient en fait préparés pendant des semaines. C’était surtout des chants de paix. 
Les reliques ont fait la tournée des grandes églises de Bagdad, toutes communautés confondues. Puis, elles ont été au Sud, à Bassorah. Le nombre des chrétiens de cette ville, à majorité chiite écrasante, ne dépasse pas les dix mille. Mais l’accueil était des plus chaleureux. "Des femmes en tchador attendaient aux portes de l’église, demandant la permission d’y entrer. Elles voulaient aussi prier, c’était très émouvant", affirme l’évêque Sleimane. En fait, dans les traditions religieuses chiites, les reliques revêtent une importance particulière. En Irak, le plus grand nombre de mosquées referme un mausolée et les reliques d’un saint homme. Puis le voyage pour le Nord a suivi. Trois véhicules seulement accompagnaient les reliques. Une discrétion voulue par les organisateurs. Les Irakiens voyaient en ces reliques une marque positive. "Le retour des experts de l’Onu et les inspections se déroulant sans obstacles en sont la preuve", assure l’évêque Sleimane, qui poursuit : "Un grain de sable peut arrêter un réacteur d’avion. Notre prière sera ce grain de sable face à tous ces soldats bardés d’armes sophistiquées."    haut
 
Le retour du Saint Empire
Comme au Moyen Age, les Etats se retrouvent dans une confédération où profit et marché remplacent la religion

par JEAN-GABRIEL BLIEK, publié dans Libération le 31 décembre 2002
L'auteur est professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence
La dernière réunion du G8 à Kanakaskis (Canada), du 25 au 27 juin dernier, montre bien que la réunion informelle de 6 pays en 1975 à Rambouillet est devenue le forum annuel de la gestion du monde. Ce n'est plus la simple réunion de contact, voulue par le président Valery Giscard d'Estaing, des principaux chefs d'Etat de la planète. Le G8 représente maintenant le retour à un mode de gouvernement frappé au coin du sacré : le Saint Empire aboli officiellement depuis 1806, quand François II renonce, sous la pression de Napoléon, à la couronne impériale. Le G8 l'a ressuscité en retrouvant son inspiration. Le Saint Empire remonte à la nuit étoilée de sacré de l'Occident. Le 2 février 962, Othon est couronné empereur à Rome. L'empereur règne sur un ensemble de royaumes qui ont pour raison d'être la même foi catholique et la même volonté à lutter pour elle. Le Saint Empire est la continuation avec d'autres moyens de l'Empire romain revu et corrigé par la tradition germanique d'élection du chef. Dante, au début du XIVe siècle, définit le Saint Empire comme le régime qui sépare le spirituel, domaine du pape, du temporel dévolu à l'empereur. A l'empereur le pouvoir, au pape l'autorité. Aujourd'hui, le monde a retrouvé son unité comme au Moyen Age. Les différents Etats se retrouvent dans une sorte de confédération floue dont le porte-drapeau sont les Etats-Unis. A son niveau le plus élevé en terme de puissance, elle se matérialise par le G8, réunion autour de l' "empereur" des différents souverains les plus riches du monde. Mais, que vient faire le Saint Empire dans ce qui s'apparente à un club très sélectif ?
C'est qu'il ne faut pas oublier le second versant du Saint Empire, représenté par la papauté. Aujourd'hui, la science économique a remplacé la religion. La religion est à la fois une morale, une explication du monde et l'affirmation que le monde d'ici bas est inférieur à un monde supérieur invisible. La science économique avec l'apologie du marché comme régulateur par excellence de la vie se glisse dans les habits à l'abandon de la religion. La morale ? C'est le profit qui distingue les meilleurs et qui est leur récompense. L'explication du monde ? Ce n'est plus la providence c'est le marché qui la fournit. Dante ne disait-il pas en 1309 dans le Banquet que "la Providence procède souvent de façon occulte à notre endroit étant donné que souvent les actions humaines cachent leur intention aux hommes mêmes". Comment ne pas y voir la main invisible d'Adam Smith ? Pour l'économiste, dans la Richesse des nations en 1776, chaque individu est "conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société que s'il avait réellement pour but d'y travailler". Pour les adeptes de l'évangile du marché, les hommes ne comprennent pas ce qu'ils font mais leurs actions contribuent sans qu'ils le sachent à un plan d'ensemble.
C'est ce que nous dit Hayek, père du néolibéralisme, quand il insiste sur la découverte de possibilités inconnues que le marché permet. Pour lui, le marché est un ordre spontané aux résultats imprévisibles mais toujours satisfaisants. Le marché est un jeu avec ses gagnants et ses perdants. La règle du jeu est la même pour tous. On ne peut déceler aucune injustice, puisqu'il n'y a aucune volonté de nuire de la part de la société. L'ennui, c'est que dans cette apologie le marché joue le rôle de la providence : ce qui s'est passé devait se passer. Le marché est comme la sélection naturelle des espèces, irréfutable car indémontrable. Si la survie est le seul critère qui permet d'apprécier la théorie de la sélection des espèces, elle est en effet irréfutable. Cette théorie ne peut être contestée sur ses propres critères. Le critère explicatif n'est pas extérieur à la théorie. Le philosophe Karl Popper a beaucoup insisté sur cet aspect pour qualifier une théorie de scientifique. Cette légitimation du marché relève plus de l'article de foi que de la vérité scientifique. Du temps du Moyen Age, le but était de délivrer la Terre sainte et de faire triompher la Sainte Bible. Aujourd'hui, le monde est délivré du communisme, et l'évangile du marché peut se diffuser comme un pistil en fleur à tous les vents. Comme dans le Saint Empire, le nouvel empereur a une mission : faire triompher la Parole. Elle n'est pas perdue : la science économique la conserve sous la forme de la glorification du marché. Le monde invisible des lois du marché prime ainsi sur le monde terrestre. La mondialisation est la nouvelle espérance promise à tous, y compris à l'Afrique. N'oublions tout de même pas que sous l'ancien Saint Empire, les deux attributs attestant la fusion du spirituel et du temporel étaient la Paix et la Justice. Sont-ils là ?    haut
 
"Comment aménager les abords de l'UE ?"
Roger Brunet, géographe
 
propos recueillis par NATHALIE DUBOIS, publiés dans Libération le 12 décembre 2002
Directeur des revues l'Espace géographique et Mappemonde, Roger Brunet a dirigé la publication des dix tomes de la Géographie universelle (Belin-Reclus).
* En tant que géographe, où placez-vous les frontières de l'Union européenne ?
Du point de vue géographique, il n'y a pas de limites de l'Europe. Mais, parce qu'il faut bien découper les continents, la convention qui prévaut depuis environ un siècle consiste à la borner par l'Oural. Une ligne qu'on prolonge, au sud, par le fleuve Oural, puis la crête du Caucase, avec le mont Elbrouz. Cela pose d'ailleurs des problèmes, puisque le fleuve Oural passe maintenant au milieu du Kazakhstan et que les Arméniens, prétendant être en Europe, voudraient décaler cette limite à la frontière de la Turquie et de l'Iran. Etymologiquement, le mot Europe pourrait venir de "Eleb", terme que les Phéniciens utilisaient pour désigner ce qui était pour eux à l'occident. Tout ce qui est à l'ouest du méridien passant par le Liban serait l'Europe. Pourquoi pas ? En fait, le concept d'Europe s'est surtout forgé historiquement. Avec le paradoxe qu'on ne sait jamais s'il faut ou non y inclure la Russie.
* La mettez-vous en Europe ou non ?
Le concept de "Russie d'Europe", fréquemment utilisé, pose des problèmes sur le plan historique : Pierre le Grand n'a-t-il pas créé Saint-Pétersbourg pour assurer la liaison avec l'Europe, preuve qu'il la considérait de l'autre côté ? Bien que l'origine géographique du peuple slave se situe en Europe, du côté des Carpates et de la Pologne, les Russes balancent toujours entre leur côté asiatique et leur côté européen, suivant ce qui les arrange. En englobant un pays qui va jusqu'au Pacifique, l'Union deviendrait une alliance qui comprendrait la moitié du monde. Cela n'a plus grand sens. Il y aussi un élément majeur de définition de l'Europe, un trait géographique fondamental qui influe sur le comportement des peuples : le fait qu'il s'agisse d'une péninsule extrêmement découpée, contrairement aux grands continents massifs. Ce petit territoire très découpé a multiplié les possibilités de relations, les voisinages et les conflits de voisinage. Du fait de sa masse, même la "Russie d'Europe" n'est pas très européenne.
* Que dire de la Turquie ?
La Turquie a été très européenne, quand son empire couvrait les Balkans. Ce n'est plus le cas depuis longtemps. Les arguments historiques invoqués par les Turcs n'ont guère de légitimité. Dira-t-on que la Hongrie est asiatique, parce que sa population est l'héritière directe de peuples venus d'Asie centrale ? La question fondamentale est plus d'ordre stratégique : que veut-on faire de l'Europe sur la scène mondiale ? Rien n'empêche d'admettre un jour l'Arménie, qui ne demanderait pas mieux. Ce que les Européens doivent encore décider, c'est comment aménager leurs abords. Avec, par exemple, la création d'une marge de pays, liés par des accords particuliers avec l'UE, qui aide à leur développement et à leur stabilité. Ce serait, au moins pour les années qui viennent, une solution pour la Turquie.    haut
 
Un scandale humain
 
publié dans le Monde du 24 décembre 2002
La conférence de l'Organisation mondiale du commerce qui s'est tenue à Doha en novembre 2001 avait ouvert un espoir pour les pays pauvres. Un nouveau "cycle" était lancé en faveur du "développement", marquant une rupture avec le dogme libéral inspirateur de l'OMC jusque-là. Deux inflexions étaient en particulier notables, la première concernant le commerce des pays les plus pauvres, qui obtenaient de bénéficier d'un traitement de faveur ; et la seconde concernant leur accès aux médicaments. L'accord de Doha devait faire l'objet de négociations à Genève, au siège de l'OMC, sur les mises en application concrètes. Celles-ci viennent de s'achever sur des échecs. Les 144 pays membres de l'organisation ne se sont pas mis d'accord sur le dossier du commerce, les pays riches refusant d'accorder des dérogations pérennes aux pays pauvres. Mais c'est le dossier des médicaments qui provoque les inquiétudes les plus graves. Les Etats-Unis, faisant à nouveau montre d'unilatéralisme, ont bloqué seuls le compromis qu'avaient accepté l'ensemble des autres membres.
Le motif du différend concerne l'accès pour les pays pauvres à des médicaments génériques destinés au traitement des grandes épidémies qui déciment les populations du sud, notamment l'Afrique. A Doha, les Etats-Unis, qui abritent les plus grandes multinationales pharmaceutiques, avaient accepté que les pays pauvres soient exemptés jusqu'en 2016 des règles commerciales courantes sur les droits des brevets et puissent ainsi importer des génériques. Ceux-ci seraient fabriqués dans les pays riches mais aussi dans les pays intermédiaires qui disposent d'une industrie pharmaceutique, comme l'Inde ou le Brésil. A Genève, les Etats-Unis ont bloqué le compromis d'application parce qu'ils veulent que ces dérogations commerciales ne concernent qu'une liste limitée à quinze grandes maladies (sida, tuberculose, paludisme...) et ne soient pas élargies aux maladies infectieuses individuelles comme le diabète ou l'asthme.
Les laboratoires américains, qui insistent sur le coût croissant de la recherche médicale, craignent que les dérogations ne soient détournées de leur but et que les génériques ne soient exportés vers les marchés développés. Les pays en développement soulignent que l'accord de Doha fait référence aux maladies qui touchent "les problèmes de santé publique". Ils réclament de juger par eux-mêmes des maladies en question et rejettent toute liste limitative. Au-delà de la complexité de ce débat et de la validité des arguments des uns et des autres, on ne peut que déplorer le double échec de Genève, qui marque un recul de "l'esprit de Doha" en faveur des pays les plus pauvres et laisse mal augurer de la manière dont peut se concrétiser le "cycle du développement". L'accès aux soins est une nécessité absolue pour ces millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui meurent alors que la capacité de les soigner existe. Ne pas trouver le moyen de le faire est un scandale humain.    haut
 
Saint-Siège - Unesco : Cinquante ans de confiance mutuelle
A l'occasion du cinquantième anniversaire de la présence du Saint-Siège auprès de l'Unesco, un colloque est organisé demain sur le thème "L'Eglise propose la vérité et la liberté". Il réunira notamment le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, et Olivier Boulnois, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et directeur de la revue Communio
 
par le CARDINAL PAUL POUPARD, publié dans le Figaro le 9 décembre 2002
L'auteur est président du Conseil pontifical de la culture
La célébration, en cette année 2002, des cinquante ans de la présence du Saint-Siège à l'Unesco attire l'attention sur sa participation à la vie internationale. En effet, le Saint-Siège dispose d'observateurs permanents ou de délégués dans seize organisations gouvernementales internationales dont les plus importantes sont l'Organisation des Nations unies (ONU) à New York, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) à Paris, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome, l'Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, et le Conseil de l'Europe à Strasbourg. Beaucoup se souviennent de la visite historique du jeune Pape polonais au siège de l'Unesco, le 2 juin 1980. Alors recteur de l'Institut catholique de Paris, je garde le souvenir de ce discours, écouté avec attention et curiosité, jusqu'à ce qu'une émotion profonde s'empare de l'auditoire, l'envahisse tout entier et éclate en applaudissements prolongés. Le Pape Jean-Paul II, fils d'une nation martyre "que ses voisins ont condamnée à mort à plusieurs reprises" et qui a su garder son identité malgré les partitions et les occupations étrangères, y partageait sa conviction, depuis lors sans cesse réaffirmée : un peuple rayé de la carte des Etats peut survivre sans perdre sa souveraineté nationale, "non en s'appuyant sur les ressources de la force physique, mais uniquement en s'appuyant sur sa culture, qui s'avère d'une puissance plus grande que toutes les autres forces". D'où son affirmation remarquable : "Il existe une souveraineté fondamentale de la société qui se manifeste dans la culture de la nation." Car "la nation existe par la culture et pour la culture". Mon voisin, le regretté poète Pierre Emmanuel, me saisit le bras et me dit : "Ça, c'est fort !"
Voici quarante ans, le 11 octobre 1962, s'ouvrait à Rome la première session du concile Vatican II. Aucun concile ne s'était jusqu'alors explicitement préoccupé de culture, même si l'expansion de l'Eglise à travers le monde et la confrontation du message de l'Evangile avec les cultures des peuples datent des premiers temps apostoliques, comme en témoigne le premier concile, à Jérusalem. L'originalité du concile Vatican II est d'avoir traité de la culture pour elle-même. En serons-nous étonnés, si nous nous rappelons que le Pape Jean XXIII qui l'a convoqué fut le premier observateur permanent du Saint-Siège à l'Unesco ? C'est par la lettre historique dite "des trois papes", du 28 mai 1952, que le substitut de la secrétairerie d'Etat, Mgr Montini, futur Pape Paul VI, informait le directeur général de l'Unesco que le Pape Pie XII nommait Mgr Roncalli, nonce apostolique en France et futur Pape Jean XXIII, observateur permanent auprès de l'organisation. A la fondation de l'Unesco, le premier directeur général, Julian Huxley, ne souhaitait pas une présence du Saint-Siège en ce nouvel organisme que certains qualifiaient d'Eglise laïque. Paradoxalement, je pense à la récente polémique soulevée par l'omission à Nice d'une référence religieuse dans le préambule de la charte des droits fondamentaux dans l'Union européenne. C'est le représentant de la France, chef de la délégation française à la deuxième conférence générale de l'Unesco à Mexico, en 1947, qui débloqua la situation avec sagesse. Jacques Maritain rappelait la finalité de l'Unesco, créée non "pour veiller aux progrès théoriques de l'éducation, de la science et de la culture", mais "pour les employer à l'oeuvre concrète et positive de la paix entre les peuples".
C'est la responsabilité politique des dirigeants d'avoir recours, dans la poursuite d'une finalité pratique, à la sagesse, non pour unifier en un commun accord illusoire, des hommes et des femmes dont les conceptions du monde, de la culture et de la connaissance sont différentes, mais pour s'enrichir de la diversité des regards et unifier les points de vue dans l'action, pour le bien de l'homme, "tout l'homme et tous les hommes", selon l'expression de Paul VI dans son encyclique Populorum progressio que j'avais l'honneur de présenter à la salle de presse du Saint-Siège, le mardi de Pâques 1967. Nul ne saurait nier que la religion est créatrice de culture. L'insistance de l'Eglise pour que soit mentionné explicitement l'héritage chrétien de l'Europe dans la future Constitution européenne n'est pas seulement un droit légitime et nécessaire de la mémoire, mais un gage d'espérance pour l'avenir : la référence à un patrimoine de valeurs vivantes de deux millénaires de civilisation chrétienne est pour ses héritiers une incitation à participer à la construction d'une société pleinement humaine, en collaboration respectueuse et confiante avec les autres religions et les diverses composantes humanistes. C'est ma conviction profonde : refuser de faire référence explicite à ce patrimoine toujours vivant, tant dans la Constitution européenne que dans la recherche de la paix, serait joindre l'amnésie à l'aphasie.
Ne voyons-nous pas quotidiennement les ravages d'une déculturation croissante et le drame d'une jeune génération en quête de valeurs, dans l'oubli d'une culture bimillénaire qui a donné à l'Europe tant de chefs-d'oeuvre des arts, des lettres et des sciences, la Sainte-Chapelle et Vézelay, le Mont-Saint-Michel et la cathédrale de Chartres, et tant de génies universels dont nous sommes les heureux bénéficiaires : Léonard de Vinci et Michel-Ange, Descartes et Pascal, Corneille et Racine, Du Bellay et Péguy, Louis Pasteur et Berna- nos, Claudel et Dante, Fra Angelico et Palestrina, Shakespeare et Dostoïevski, Ortega y Gasset et Kierkegaard... La présence du Saint-Siège à l'Unesco depuis cinquante ans demeure aussi discrète qu'efficiente. Témoin privilégié des échan ges cordiaux entre le Pape Paul VI - j'étais son jeune collaborateur à la secrétairerie d'Etat -, et le directeur général de l'Unesco d'alors, je me souviens de l'importance que René Maheu attachait à "la rencontre au service de l'homme d'une Eglise désormais résolument ouverte au monde et d'une institution intergouvernementale qui prend de plus en plus conscience de la dimension spirituelle de son entreprise intellectuelle et pratique" (1).
(1) Cf. Paul Poupard, L'Activité culturelle internationale du Saint-Siège sous Paul VI, in Paul VI et la vie internationale, Publications de l'Institut Paul-VI, n. 12, Brescia, 1992, pp. 136-155.    haut
 
"Beyrouth et le sultan", une publication à deux voix... 
Pour mémoire visuelle d’un siècle révolu 
 
par MAY MAKAREM, publié dans l'Orient-le Jour le 21 décembre 2002
Dans ses mémoires, Tahsine Pasha, chef des scribes du "diwan", rapporte ces paroles du sultan Abdul Hamid II : "Toute photographie, porteuse d’une idée et d’une seule, nous dispense d’un article d’une centaine de pages, tant elle est pleine de sens politique et de présence concrète. C’est pourquoi je tire meilleur profit des photos que des explications lourdes et précieuses des récits écrits." Le sultan aurait même incité les institutions militaires et gouvernementales à se doter d’ateliers photographiques pour lui rendre compte du développement de ses provinces. Près de 40.000 photographies, conservées aujourd’hui à l’Université d’Istanbul, constituent les fabuleuses Archives de Yildiz. Elles sont la principale source historique pour l’étude de l’Empire ottoman durant le règne de Abdul Hamid II. L’architecte Khaled Omar Tadmoury a pu acquérir des copies de 450 clichés relatifs aux villes et villages libanais ainsi que l’autorisation de les imprimer dans un livre. Le premier volume sera Beyrouth et le sultan, 1876-1909. Conçu sous forme d’album, l’ouvrage, trilingue, est publié aux Editions Terre du Liban, avec la collaboration de la municipalité de Beyrouth et d’Amine Itani. Il propose une compilation de 200 reproductions, documents et cartes, tous inédits, et traduits de l’ottoman ancien par la spécialiste Sawsan Agha Kassab.
L’historien anglais Philip Mansel a signé la préface et Saad Kiwan a concocté la mise en page. Comme un rempart contre l’oubli, l’admirable série de vues sépia déroule le panorama de la "capitale de vilayet" : la compagnie des eaux à Dbayé et la pompe d’eau potable construite sur le site de Nahr el-Kalb en 1886 ; les hôpitaux, les lieux de culte avec une annotation sur les salaires des fonctionnaires de la mosquée Omari ; le siège de la poste à Souk el-Jamil, son déménagement à la citadelle située au port de Beyrouth puis sa démolition dans le cadre de l’agrandissement des quais en 1892 ; la voie ferrée Beyrouth-Damas achevée en 1895, la tour de l’horloge érigée en 1898 ; les postes de police, les prisons et les casernes occupées par des officiels en élégants uniformes et des soldats en tarbouches. En bref, la promenade guidée à travers bâtiments et monuments principaux dévoile une ville en pleine mutation que le sultan Abdul Hamid II voulait voir et que des photographes comme Bonfils, Dumas, Saboungi, Gofa, Charlier, Omar Adel, ou Ali Bahri ont sauvé de l’oubli en la fixant sur pellicules. Mémoire visuelle d’un siècle révolu, happé par les vicissitudes de la guerre et le massacre à la bétonneuse. La plupart de ces bâtiments sont aujourd’hui détruits. Il ne reste que la photo souvenir.    haut 
 
Sindbad le parrain
Sindbad a trente ans : du fondateur Pierre Bernard (1940-1995) à sa reprise par Actes-Sud, l'histoire d'une maison d'édition toute entière vouée à la littérature arabe
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 5 décembre 2002
Il n'y a pas de hasard, seulement des lignes de vie qu'on trace et qu'on suit. Pierre Bernard, fils d'un peintre et d'une pianiste, natif de Millau, a quitté le domicile familial à l'âge de 15 ans pour suivre une formation de typographe. Dix-sept ans plus tard, en 1972, il fondait Sindbad, la première et seule maison d'édition française exclusivement consacrée à la littérature arabo-musulmane. Comme si l'amour du signe et de la lettre avait enfanté chez lui d'une fascination pour l'arabesque et la calligraphie. Depuis trente ans, Sindbad reste un phare dans la nuit, une balise presque unique. La vie de Pierre Bernard a connu des pleins et des déliés, des blancs et des ombres. C'est en Algérie, comme nombre de jeunes gens de sa génération, qu'il est venu au jour politiquement. Appelé sous les drapeaux en pleine guerre d'indépendance, Pierre Bernard est détaché à Radio-Alger sous la direction d'Edmond Charlot, l'éditeur algérois qui avait découvert Camus. C'est là, dans la Casbah où il décide d'emménager, que Pierre Bernard tombe amoureux du monde arabe et de sa culture.
Il fallut encore un coup de tonnerre pour que son "désir d'Arabie" prenne corps : Bernard fut l'un des rares de sa génération en France à vivre la défaite arabe de 1967 face à Israël comme un désastre politique, moral et intellectuel. Presque personnel. Dès 1968, il se rend au Caire pour quelques mois, là où bat le coeur du monde arabe. Il rencontre Nasser et le gratin intellectuel de l'époque : le philosophe Taha Hussein, l'architecte Hassan Fathy, les romanciers Tewfiq al-Hakim, Naguib Mahfouz... Deux ans plus tard, Pierre Bernard propose à l'éditeur Jérôme Martineau une collection spécialement réservée aux ouvrages arabes : il a le temps de publier Passage des miracles de Mahfouz et un ouvrage de référence de Hassan Fathy. Deux années encore et Pierre Bernard fonde enfin sa propre maison, Sindbad. A ce moment-là, moins d'une demi-douzaine d'auteurs arabes modernes étaient traduits en français.
Dans cette immensité dont il ne maîtrise même pas la langue, Pierre Bernard trace son cap avec une sûreté qui étonne aujourd'hui encore. Personne ne manque, pas une faute de goût. Au côté des classiques (Abu Nuwas, Omar Khayyam, Ibn Arabi, Majnûn), Sindbad navigue d'une main ferme. En poésie : les Irakiens Sayyâb et Bayâtî, le Syrien Adonis. Dès le début, il fait traduire Saison de la migration vers le nord du Soudanais Tayeb Salih, sans doute l'un des plus grands ­- et méconnus ­- auteurs de la littérature mondiale. Parrainé par les orientalistes Jacques Berque et André Miquel, secondé par Abdelwahab Meddeb et Claudine Rouleau, Pierre Bernard défriche sans hésiter. Durant les années 70, il rattrape le temps perdu publiant le père du roman arabe, Mahfouz, et le maître de la nouvelle, Youssef Idris, jusque-là inconnus en Occident. Dès les années 80, il fait connaître "la génération des années 60", les enfants terribles du nassérisme qui ont fini par trouver dans la littérature la liberté et les idéaux dont ils avaient été privés : Sonallah Ibrahim, Gamal Ghitany... Sindbad se lance aussi dans la traduction du Roman de Baïbars, un feuilleton monumental à côté duquel le Comte de Monte-Cristo tient de la nouvelle minimaliste : dix volumes sont parus à ce jour...
D'autres éditeurs commencent à s'intéresser à la littérature arabe. Gallimard traduit des auteurs palestiniens (Sahar Khalifa, Emile Habibi), supposés mieux vendre, sans lendemain. Le Seuil sort en 1985 une traduction de Zayni Barakat de Gamal Ghitany, un chef-d'oeuvre dont la traduction sera reprise trois fois par le perfectionniste Jean-François Fourcade : ce roman, qui pastiche à la perfection les récits des chroniqueurs du Moyen Age, peut aussi se lire comme une féroce satire du pouvoir égyptien après la défaite de 1967. L'échec commercial de Zayni Barakat refroidit les ardeurs du Seuil qui attendra huit ans avant de sortir une nouveau titre de Ghitany. D'autres misent sur le filon Mahfouz, dans la foulée du Nobel décerné en 1988, comme J.-C. Lattès qui signe un accord de coédition avec le tout nouvel Institut du monde arabe. Actes Sud se jette à l'eau en publiant de jeunes auteurs au succès naissant, voire ignorés dans leur propre pays : Nabil Naoum, Rachid al-Daïf dont le premier roman, Passage au crépuscule, est sans doute l'un des plus beaux textes inspirés par la guerre du Liban, fulgurant, sombre, suffocant.
Mais rien n'y fait, Sindbad a beau ne plus être tout à fait seul sur le marché, la littérature arabe reste l'apanage de la petite maison de la rue Feutrier, dans le XVIIIe arrondissement. C'est d'ailleurs avec une gentille ironie que le vieux cheikh Al-Djazaïri avait surnommé Pierre Bernard "l'imam libre sans mosquée de Barbès". Ses livres (couverture jaune pâle, typographie stylée, format large, presque carré, papier épais et charnu) sont reconnaissables entre tous et certains bibliophiles les collectionnent pour la seule beauté de l'objet. En 1988, au moment où le pari de Pierre Bernard se voit enfin consacré par le prix Nobel de littérature décerné à Naguib Mahfouz, un auteur ("un ami") qu'il a toujours défendu, au moment où il lance le premier Salon euro-arabe du livre (1990), sentant à juste titre un début d'intérêt du public pour cette région du monde, c'est à ce moment-là que son navire commence à prendre l'eau. L'Algérie plonge, avec les émeutes d'octobre 1988, dans une interminable crise économique et politique qui va avoir de graves répercussions sur sa maison d'édition. Le ministère algérien de la Culture était en effet l'un de ses plus sûrs clients, achetant 1.000 à 1.500 exemplaires de chaque ouvrage publié. Les livres étaient ensuite envoyés dans les écoles et les bibliothèques algériennes. Les commandes cessent et, à partir de 1992, Sindbad ne publie plus rien. Son dernier coup d'éclat est la traduction "éclairée" du Coran par Jacques Berque. En 1995, Pierre Bernard tombe gravement malade, Sindbad est en faillite.
Il meurt la même année et Actes Sud rachète sa maison. Sindbad, loin de disparaître, connaît alors une deuxième vie. L'éditeur arlésien, qui vient de lancer depuis quelques années une collection "Mondes arabes", s'engage à reprendre et écouler le stock, à rééditer les épuisés et surtout à poursuivre les collections existantes. Promesse tenue et au-delà : depuis 1995, une centaine de nouveaux titres sont sortis sous l'étiquette Sindbad-Actes Sud. Chacun porte, en forme d'hommage, la mention "Pierre Bernard, fondateur". Parallèlement, Actes Sud poursuit son propre travail de défrichage des littératures arabes contemporaines. "Depuis cinq ans, on arrive à être à peu près en phase avec ce qui se fait dans le monde arabe, explique Richard Jacquemond, traducteur et bon connaisseur des lettres arabes. On commence à découvrir, presque en direct, les jeunes écrivains et surtout la nouvelle génération féminine." En trente ans, le temps perdu a été rattrapé.
Derrière le "roi Mahfouz" (ses tirages culminent à 15.000 exemplaires, poches comprises), d'autres auteurs commencent à trouver leur public : la Libanaise Hanan Al-Cheikh a imposé sa petite musique ; l'Egyptien Sonallah Ibrahim s'est imposé, depuis les Années de Zeth (1993), comme le plus mordant et original chroniqueur politique du monde arabe, il vient encore de le prouver avec Histoire de Zahra ; le troisième roman de la Libanaise Hoda Barakat, le Laboureur des eaux, a connu l'année dernière un succès remarqué. Autre "phénomène" passé relativement inaperçu : la Porte du soleil du Libanais Elias Khoury, coédité par Sindbad-Actes Sud et le Monde diplomatique, s'est déjà vendu à plus de 10.000 exemplaires, sans publicité particulière. Peut-être est-ce dû au fait qu'il traite de la question palestinienne, plus brûlante que jamais ? "Je continue à ne pas savoir pourquoi un livre marche ou ne marche pas, confie Faourk Mardam-Bey, directeur de Sindbad et responsable de "Mondes arabes" chez Actes Sud. Peut-être le lecteur cherche-t-il une forme de dépaysement ? Ce que je sais, en revanche, c'est que le succès d'un auteur se construit. Si on se décourage au premier échec, ce n'est pas la peine."
La tâche reste immense. Malgré le travail effectué par de petites maisons comme L'Esprit des Péninsules ou Paris-Méditerranée (Manal al-Tahawi), malgré des essais ponctuels de Phébus (Ibrahim al-Kony), Stock (Najwa Barakat), Le Seuil ou Albin Michel, l'édition de textes arabes en français continue de dépendre d'une seule maison d'édition et d'un homme seul, Farouk Mardam-Bey. Une quinzaine de traductions sortent chaque année en France : c'est beaucoup par rapport à il y a trente ans, c'est peu par rapport aux 1.000 à 1.500 titres originaux publiés annuellement dans le monde arabe.    haut
 
Le Musée égyptien du Caire fête son centenaire et prépare l'avenir
 
publié par l'AFP le 9 décembre 2002
Le Musée égyptien du Caire fête son centenaire lundi en présentant au public 250 pièces jamais exposées auparavant, mais s'apprête à se départir de ses plus belles reliques qui seront allouées à deux nouveaux musées. L'imposante bâtisse rose de la place Tahrir, en plein centre du Caire, a été repeinte et un nouveau système d'éclairage a été installé pour accueillir les festivités qui doivent durer quatre jours. Elles culmineront le 11 décembre par une fête au cours de laquelle les invités, d'Egypte et de l'étranger, entreront au musée au milieu d'une haie de 200 soldats revêtus des uniformes bleu marine de l'armée égyptienne de 1902, un tarbouche rouge sur la tête, sur fond de spectacle son et lumière. Lundi marquera l'ouverture de l'exposition "Les trésors cachés du Musée égyptien", dans les sous-sols du bâtiment. "Nous exposerons pour la première fois des pièces qui se trouvaient dans les dépôts ou que nous avons récupérées de l'étranger", a déclaré à l'AFP le directeur général du musée, Mahmoud al-Damati. Parmi ces pièces figurent trois statues de Pepi Ier, fondateur de la cinquième dynastie, ainsi que 30 amulettes en or de Toutankhamon. Une conférence internationale sur la muséologie est également prévue avec la participation de quelque 16 experts, dont les directeurs du Louvre, du Metropolitan Museum et du British Museum.
Une exposition de photos relatant l'histoire du musée sera ouverte au public. On y verra le khédive Abbas Hilmi II posant la première pierre du musée en 1897 et coupant le ruban à l'inauguration fin 1902 du bâtiment dessiné par l'architecte français Marcel Dourgnon. En outre, le tombeau en marbre de l'égyptologue français Auguste Mariette (1821-1881), fondateur du musée, qui repose dans le jardin du bâtiment, a été restauré. Mais les responsables égyptiens veulent surtout regarder vers l'avenir et ont d'ambitieux projets d'expansion. "A son inauguration en 1902, le musée comptait 36.000 pièces. Aujourd'hui, il en abrite plus de 160.000", allant de la préhistoire à la période gréco-romaine, "dont près du tiers seulement est exposé" faute de place, selon le ministre de la Culture Farouk Hosni. "A partir de 2003, le musée va entièrement changer", explique Zahi Hawas, directeur général du Conseil suprême des antiquités, selon lequel "au moins le tiers des pièces exposées seront entreposées au sous-sol" pour permettre aux trésors d'être mis en valeur et non plus entassés. En outre, dit-il, un nouveau bâtiment sera construit dans les jardins du musée, "un peu comme la pyramide du Louvre. Il s'agira d'un bâtiment de douze mètres de haut, avec trois étages sous-terre, qui abritera une librairie, un centre d'éducation pour enfants, un auditorium et des bureaux".
Mais surtout, à partir de 2005, Le Caire proposera aux visiteurs deux nouveaux musées. Le premier sera construit près des pyramides, dans la banlieue sud du Caire. Il abritera la collection unique au monde du tombeau de Toutankhamon, qui compte plus de 3.500 objets et occupe actuellement une grande partie du premier étage du Musée égyptien. La pièce la plus célèbre du trésor de Toutankhamon, découvert par Howard Carter et Lord Carnavon en 1922 dans la Vallée des Rois, près de Louxor, est le masque funéraire en or massif du pharaon, incrusté de lapis-lazuli et de pâte de verre bleue. En outre, un nouveau "musée des civilisations" sera construit à Foustat, dans le Vieux Caire, "et nous y mettrons les momies", indique M. Hawas. Quant au Musée égyptien, il continuera à abriter les trésors archéologiques, selon M. Hawas qui assure qu' "aucun touriste ne quittera le Caire sans avoir vu les trois musées".    haut  
 
Prière de Noël à Amman
 
publié par Reuters le 25 décembre 2002

Sony, Hussam et Austfan, trois chrétiens irakiens, prient dans une église chrétienne, le soir du 24 décembre, au centre d'Amman. Les trois hommes et leurs familles font partie des centaines de milliers d'Irakiens qui ont fui vers la Jordanie pendant la guerre du Golfe, et qui attendent des visas pour l'Australie ou le Canada.    haut


 
 
 
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