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PRESSE  RJLIBAN  N°86 - sélection de novembre 2002 (3)  

                                       

 

Indépendance : oui, mais où en est le Liban ?

 

par GABY CHAMI, publié dans l'Orient-le Jour le 21 novembre 2002

L’indépendance est, encore une fois, célébrée au Liban. Mais où en est le Liban à cet égard ? Interrogation douloureuse qui s’impose, car le Liban d’hier que nous connaissions continue de s’effriter. Toutes les nations, dans n’importe quelle région du monde, évoluent en vue de s’adapter à des circonstances en perpétuels changements. Pourquoi faut-il qu’au Liban, cette évolution s’effectue aux dépens de la jeunesse libanaise ? Cette jeunesse qui s’attarde des heures durant, en files interminables, devant les ambassades, en quête d’un visa d’émigration, sans espoir de retour. Cette jeunesse qui ne cesse de se demander où en est le Liban 13 ans après l’adoption de l’accord de Taëf, et après la promulgation incroyable du décret de naturalisation de plus de 300.000 étrangers d’un seul trait de plume, alors que la nationalité libanaise continue d’être déniée à des milliers de Libanais de vieille souche. Et n’est-on pas en droit de s’inquiéter de savoir où sont les partis politiques censés lutter pour l’indépendance nationale ? En dépit de tous ces points d’interrogation douloureux, nos jeunes ne doivent quand même pas renoncer à regarder l’avenir en face, à s’intégrer avec courage à leur siècle, à renoncer aux slogans vides de sens pour s’attacher à une œuvre utile et de longue haleine au service du Liban.    haut

 
Liban : des bâillons sur l'opposition
La Syrie resserre la vis contre ceux qui contestent sa mainmise sur le pays
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 1er novembre 2002
La scène se passait le week-end dernier dans un café du centre-ville flambant neuf de Beyrouth. Attablé en terrasse, Samir Frangié voit s'approcher une dame de la bonne bourgeoisie chrétienne. "Ah ! monsieur, vraiment nous sommes de tout coeur avec vous. Vous faites honneur au pays. Et pour la manifestation de jeudi, on vous soutient. Mais on ne pourra pas venir. Mon mari est colonel, vous comprenez..." Le mari reste en retrait, il salue gêné. Quand on a une fonction officielle, il ne fait pas bon être vu en ce moment avec un leader de l'opposition chrétienne qui réclame le départ des troupes syriennes et l'arrêt de la tutelle de Damas sur le Liban. Officiellement, ce n'était pas le sujet de la manifestation (interdite au dernier moment par le pouvoir) censée protester contre la confirmation par la justice de la fermeture, le 21 octobre, de la chaîne de télévision privée MTV dont les 450 employés sont au chômage forcé. Condamnée le 4 septembre pour infraction au code électoral, fermée le jour même manu militari et avec une célérité inhabituelle, la chaîne est devenue le symbole d'une opposition "muselée".
De la querelle à la bataille
En juin, MTV avait joué un rôle décisif dans la victoire de son propriétaire, Gabriel Murr, dans une législative partielle l'opposant à sa nièce Myrna, dont le frère Elias est ministre de l'Intérieur, et le père Michel l'éminence grise du pouvoir libanais... et syrien au Liban. De simple querelle de famille, la partielle du Metn (leur région d'origine) s'est transformée en bataille politique majeure et l'opposition chrétienne a voulu voir dans la victoire de son candidat, Gabriel Murr, le signal du réveil antisyrien. En fait, il est impossible de décrypter les enjeux sans prendre en compte les préoccupations syriennes. Or depuis le 11 septembre, Damas est sur la défensive, craignant de faire les frais de la guerre américaine contre le terrorisme et surtout de perdre sa carte maîtresse dans la région, le Hezbollah. La peur de voir les rôles redistribués est avivée. Pas question donc pour Damas de laisser se développer au Liban un débat sur la présence de plus de 20.000 de ses soldats alors qu'Israël s'est retiré du sud du pays.
Au printemps 2001, l'opposition chrétienne s'est pour la première fois fédérée sous l'égide du patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, et a adopté une plate-forme politique commune portant le nom du village où elle a vu le jour Kornet Chehwane : des représentants de toutes tendances y réclament un retrait syrien sans quitter pour autant le cadre des accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre en 1990, ni remettre en cause les relations privilégiées avec Damas. "Pour la première fois, les modérés du camp chrétien ont imposé leur ligne aux extrémistes, les Phalangistes d'Amine Gemayel et les Forces libanaises de Samir Geagea", explique Samir Kassir, fin analyste au quotidien al-Nahar. L'appel de Kornet Chehwane a d'autant plus d'écho que s'y joint le leader druze Walid Joumblatt. Le 7 août 2001, le pouvoir réagit en ordonnant une rafle massive dans les milieux chrétiens antisyriens. Plus de 150 personnes sont arrêtées. Deux jours plus tard, une manifestation de protestation est réprimée sans ménagement. Les détenus seront relâchés sauf un responsable des Forces libanaises, Tewfiq al-Hindi, et deux journalistes, Habib Younes et Antoine Bassil, condamnés sans preuves pour contact avec Israël. Hindi doit être libéré dans les prochains jours.
Face à la "menace chrétienne", le pouvoir agite l'épouvantail confessionnel en mobilisant les différentes communautés et partis musulmans, chiites comme sunnites. Un jeu dangereux dans un pays déchiré par quinze ans de guerre civile et d'invasions. Face aux pressions, Walid Joumblatt a claqué la porte de Kornet Chehwane qui prend de plus en plus allure, pour ses détracteurs, de camp de la "revanche maronite". Les accusations du pouvoir se font de plus en plus graves : Kornet Chehwane serait "infiltré par les sionistes" et contribuerait à rallumer les braises de la sédition confessionnelle. "C'est la première fois, s'exclame Samir Frangié, qu'on me reproche quoi que ce soit en rapport avec Israël." Une virulence à la mesure de la fébrilité syrienne depuis que certains congressistes américains, fortement encouragés par le général Aoun, ont proposé de sanctionner Damas à travers un projet de loi, le Syrian Accountability Act, si des mesures antiterroristes n'étaient pas prises. Parallèlement, la répression a pris un tour de plus en plus systématique. Les services de renseignements - la Sûreté générale, les renseignements militaires et même la garde présidentielle -, chapeautés depuis Damas, ont carte blanche pour agir à leur guise. Appliquant à la lettre les ordres de Damas, le président Lahoud en profite pour s'offrir un véritable culte de la personnalité, une forme de récompense et surtout une nouveauté absolue au Liban. L'armée, qu'il a longtemps dirigée en tant que chef d'état-major, lui obéit au doigt et à l'oeil, réprimant l'opposition chrétienne avec un entrain décuplé par son inactivité forcée au sud du pays où c'est le Hezbollah qui "tient" la frontière avec Israël.
Lèse-majesté
Début septembre, à l'occasion d'une tournée du général-président dans le Metn, sa région d'origine et le lieu du camouflet infligé par Gabriel Murr, l'itinéraire avait été tapissé de portraits et d'affiches avec un zèle que, même à Damas, l'on a oublié depuis la mort de Hafez el-Assad en juin 2000. Deux jeunes surpris en train de décoller les affiches ont été détenus une semaine. Ainsi qu'un passant et une femme enceinte soupçonnés de crime de lèse-majesté. Tout le pays est verrouillé, sous contrôle : la justice, la presse, les universités. Le journaliste Samir Kassir a le mauvais goût de moquer le chef de la Sûreté générale, Jamil al-Sayed ? Il est ostensiblement filé pendant quarante jours par des agents menaçants. Les étudiants aounistes de l'Université Saint-Joseph ont l'outrecuidance de vouloir organiser une marche de protestation contre l'occupation syrienne à l'avant-veille du sommet de la Francophonie, à la mi-octobre ? Ils sont matraqués avec tant de zèle qu'une semaine plus tard, Cynthia Zarazir, une militante estudiantine de 21 ans, portait encore une minerve et une attelle. Pour le sommet de la Francophonie, les hommes de la présidence ont décidé de "passer au crible" la liste des invités à la cérémonie d'ouverture. Résultat : un tiers des sièges étaient vides le jour dit et il a fallu dépêcher d'athlétiques moustachus pour remplir les rangs du fond. Les exemples de cet "encasernement" de la vie politique sont innombrables.
Rappel du proconsul
Mais autant la façade libanaise a l'air solidement bétonnée, autant les fondations reposent sur du sable. Début octobre, on apprenait ainsi le rappel à Damas de Ghazi Kanaan, le "proconsul" syrien au Liban depuis deux décennies, pour diriger la police politique. Et jusqu'à présent, personne à Beyrouth ne s'est risqué à trouver une explication à ce mouvement fondamental: signe de force ou de faiblesse, bonne ou mauvaise nouvelle? "C'est ça la vraie victoire des Syriens, ironise Samir Frangié. Avoir réussi à nous rendre incapable de "penser" le système syrien alors qu'à Damas, ils connaissent parfaitement le système libanais."    haut
 
Quand l'Université veut enrayer la fuite des cerveaux
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans le Figaro le 21 novembre 2002
Le Liban produit peu. La consommation des ménages est supérieure au PIB et les importations plus de huit fois supérieures aux exportations. Le pays, qui n'a ni pétrole ni matières premières, en est donc réduit à exporter sa principale richesse : ses ressources humaines. Il n'y a pas de chiffres officiels pour mesurer l'ampleur de l'émigration qui est pourtant un phénomène indissociable de l'histoire du Liban, depuis la fin du XIXe siècle. Selon une récente enquête de l'Université Saint-Joseph (USJ), dans près de la moitié des ménages, au moins un membre de la famille s'est installé définitivement à l'étranger pendant la période 1975-2001. Plus de la moitié des émigrés de cette période sont partis pendant la guerre (1975-1990), mais 26 % d'entre eux ont quitté le pays au cours des cinq dernières années. La recherche d'un emploi et d'une meilleure situation économique motive plus de la moitié des départs. La même enquête révèle qu'un peu plus du tiers des jeunes actifs âgés de 18 à 35 ans déclarent vouloir partir à l'étranger.
La "saignée" est dénoncée dans tous les discours publics, mais rien n'est fait concrètement pour enrayer le problème en s'attaquant à sa source, le chômage, déplore l'économiste Nicolas Chammas. Celui-ci est estimé à 11,5 % de la population active par l'enquête de l'USJ. "La croissance qui a accompagné les premières années de la reconstruction a été pauvre en emplois", dit l'économiste. Les grands projets étaient confiés à des sociétés occidentales, tandis qu'une main-d'oeuvre étrangère, surtout syrienne, occupait les emplois les moins qualifiés. L'essoufflement rapide de cette croissance, dès 1995, puis la récession ont par la suite affaibli davantage encore les espoirs d'embauche. Le chiffre du chômage ne donne pas une image complète de la situation du Liban où le chômage déguisé tient une place importante, en particulier dans la fonction publique, mais aussi dans le privé. Le taux d'inactivité est lui aussi élevé, puisqu'il représente deux tiers de la population, dont beaucoup de femmes au foyer ou d'hommes retraités avant l'heure, en plus des jeunes scolarisés et des personnes âgées.
En fin de compte, les actifs qui ont un travail ne représentent que 30 % de la population totale. Le niveau des revenus étant assez faible (le smic est à 200 dollars), beaucoup de ménages dépendent de transferts de l'étranger. Cette rente est le principal filet de sécurité de la société libanaise. D'où, semble-t-il, l'absence de remise en question sérieuse du système universitaire, malgré l'inadaptation des formations proposées par rapport au marché local de l'emploi, car il assure la perpétuation de cette source de revenus par l'exportation de jeunes gens qualifiés. Certaines initiatives universitaires ou privées tentent d'enrayer la fuite des cerveaux. Dans le secteur de l'informatique, par exemple, un Libanais couronné de succès en France a délocalisé à Beyrouth sa production de logiciels pour profiter de l'abondance de jeunes ingénieurs de qualité qui font généralement valoir leur diplôme à l'étranger. Mais il s'agit d'efforts ponctuels, faute de programme national.    haut
 
Où va Israël ?
 
par SHIMON PERES, publié dans le Monde du 14 novembre 2002
L'auteur est ancien premier ministre d'Israël, a reçu le prix Nobel de la paix en 1994
Quand des gens en Israël ont faim, les questions sociales doivent figurer en tête de notre programme. Mais il est impossible de corriger la situation sociale sans corriger l'économie. Tant que les investissements en Israël ne sont pas renouvelés et que les touristes ne reviennent pas, tant que la fuite des capitaux hors d'Israël n'est pas jugulée et que des budgets sont attribués à des intérêts spécifiques, l'économie ne se redressera pas. Et tant que la sécurité reste instable, la situation sociale et économique continuera à se détériorer. Plusieurs conditions sont nécessaires pour corriger cette situation :
- Il doit y avoir une collaboration palestinienne dans la guerre contre le terrorisme. Les Palestiniens n'offriront leur collaboration que si nous leur proposons un horizon politique clair. Cet horizon est le point de vue présenté par George W. Bush et le Quatuor (Nations unies, Etats-Unis, Russie et Union européenne) : une solution permanente fondée sur deux Etats vivant côte à côte. Au cours de mes récentes rencontres avec des Palestiniens, j'ai bien fait comprendre qu'il n'y a aucune chance pour qu'Israël accepte la position palestinienne, de même qu'il n'y a aucune chance pour que les Palestiniens acceptent la position israélienne. La seule solution est que les deux peuples acceptent le compromis international soutenu pratiquement par le monde entier et par la majorité des gens des deux peuples. Sans soutien international, les Palestiniens ne réussiront pas à créer un Etat et Israël aura beaucoup de mal à parvenir à la paix. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, dit qu'il accepte le point de vue de Bush, mais il n'est pas prêt à présenter cette position devant le gouvernement pour obtenir son approbation. Les balbutiements ne font pas la politique.
- Tout accord avec les Palestiniens peut - et doit - être établi de sorte que les choses se fassent simultanément : guerre contre le terrorisme, négociations pour une solution permanente et réformes du gouvernement palestinien. Si on fait en sorte que l'un des éléments dépende d'un autre, tout restera bloqué, comme c'est le cas depuis deux ans.
- Il faut geler la construction dans les implantations et nous devons annoncer que nous sommes prêts à inclure dans tout accord permanent le retrait des implantations, comme l'avait proposé Bill Clinton à Camp David. La société israélienne a payé un fort tribut aux implantations. Elles ont englouti le budget et ont rendu difficile le tracé d'une carte assurant la paix et la sécurité pour Israël.
Il n'y a pas de temps à perdre. D'ici trois ou quatre ans, il y aura un nouveau Moyen-Orient ou un Moyen-Orient nucléaire infesté de terroristes. Ce sera soit un Moyen-Orient en proie à la peur, à l'hostilité et à la pauvreté, soit un Moyen-Orient sans armement moderne et sans économie, rétrograde. Ce pourrait être un Moyen-Orient qui coopère pour l'infrastructure, la gestion économique dans l'industrie et les services en rapport avec les nouvelles technologies - comme cela s'est produit en Europe et se produit actuellement en Chine, en Asie du Sud-Est, en Inde et même en Amérique latine. Israël peut figurer parmi les chefs de file d'une telle région si le pays réussit à vaincre son cynisme et son scepticisme. La droite a essayé - nous avons essayé avec elle dans le Parti travailliste - de parvenir à la paix, à la sécurité et à la croissance économique. Cet effort a échoué pour cause de balbutiements, d'hésitation, d'indécision et d'horizons perdus. Le mandat est de nouveau entre les mains du peuple qui doit décider s'il veut un nouveau Moyen-Orient ou la pauvreté sociale et l'échec politique.
Traduit de l'anglais par Florence Levy-Paoloni - Los Angeles Times    haut 
 
Attentats anti-israéliens au Kenya
 
paru dans le Monde du 29 novembre 2002
Jeudi matin, à Mombasa, un hôtel d'une chaîne israélienne et un avion de la compagnie Arkia ont été attaqués. Un double attentat anti-israélien a été perpétré, jeudi matin 28 novembre, au Kenya, dans la ville côtière de Mombasa. A peu près simultanément, une voiture piégée a été lancée contre un hôtel fréquenté par des touristes venus d'Israël, cependant qu'un ou deux missiles étaient tirés contre un avion de ligne israélien qui assurait le vol Mombasa-Tel-Aviv. Le tir de missiles a manqué l'appareil, qui venait de décoller avec 261 passagers et 10 membres d'équipage à bord, et a poursuivi sa route. Selon des informations provisoires, l'attentat contre l'hôtel a fait au moins onze morts - parmi lesquels trois Israéliens dont deux enfants - et une vingtaine de blessés. L'attentat n'avait pas été revendiqué jeudi matin. Il intervient après que la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira a diffusé, le 12 novembre, un enregistrement présenté comme émanant d'Oussama Ben Laden. Le chef d'Al-Qaida y réitérait ses menaces d'attentat, sans viser spécifiquement ni Israël ni l'Afrique. C'est au Kenya, en 1998, qu'Al-Qaida avait organisé une attaque à la bombe contre l'ambassade des Etats-Unis à Nairobi. Cette attaque avait fait près de 200 morts. La côte kényane est une destination appréciée des Israéliens. Propriété d'une compagnie israélienne, l'hôtel Mombasa Paradise venait d'accueillir un groupe de 140 Israéliens quand le véhicule piégé s'est écrasé sur la porte d'entrée. L'avion visé appartient à la société de charters israélienne Arkia.    haut
 
Nations Unies "made in New York"
Un plan de réforme de l'ONU inquiète de nombreux diplomates à Genève
 
par PIERRE HAZAN, publié dans Libération le 7 novembre 2002
Alerte rouge aux Nations unies à Genève ! Le document qui porte la signature de Kofi Annan, patron de l'ONU, a l'air totalement inoffensif. Son titre - Renforcer l'ONU : un programme pour aller plus loin dans le changement - est même une invitation à s'assoupir. Qui pourrait être hostile à des mesures de rationalisation du "Machin" ? Pourtant, derrière le langage technocratique, des diplomates et des représentants d'ONG débusquent des arrière-pensées très politiques et pour le moins inquiétantes. Ils y voient, sous la pression de plusieurs Etats comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, la volonté de réduire la diversité des points de vue et de museler les quelques organes de l'ONU qui égratignent les Etats pour faire place à une information made in New York, laquelle serait imprégnée du seul prisme culturel anglo-saxon.
Stratégie
Ainsi, l'article 72 du plan de réforme prévoit de substituer aux 13 centres d'information de l'ONU en Europe un centre régional, sans doute à Bruxelles. "Et dans les trois prochaines années, précise le document, nous devrions adopter une démarche similaire dans d'autres régions du monde." Toute la stratégie de l'information serait ainsi faite à New York et relayée dans une poignée de lieux stratégiques. Sous couvert d'anonymat, certains diplomates européens s'interrogent : "Toute la question est de savoir ce qu'on va mettre dans les tuyaux d'information de l'ONU. Des critiques qui ne s'adressent qu'aux pays les plus pauvres ? Va-t-on vers une CNN de l'ONU, qui ne distillerait qu'une information prémâchée convenant aux Etats les plus puissants ou à l'unique superpuissance ?", s'interroge un diplomate. Un autre interlocuteur souligne que si cette réforme est acceptée, les analyses des revues de presse faites actuellement à Rome, Madrid, Paris, Moscou, Lisbonne, Genève... ne seraient plus quotidiennes, livrant le secrétariat de l'ONU à la seule influence des grands médias américains.
Inexactitudes
Il est vrai que certains Etats estiment que les organes basés à Genève, actifs dans les droits de l'homme, "en font trop". Ils sont d'autant plus furieux qu'avec Internet les communiqués de l'ONU sont disponibles avec seulement un double clic de n'importe quel endroit de la planète. Certaines missions diplomatiques ont même suggéré que les communiqués de l'ONU soient revus par leurs soins afin de corriger "les inexactitudes". Il ne s'agit plus seulement de pays connus pour leur triste bilan en matière de droits de l'homme, mais du Canada et de l'Australie, qui n'ont pas aimé être montrés du doigt pour leur politique à l'égard des populations autochtones ou des réfugiés. La réforme vise aussi à réduire la masse indigeste de rapports. "Mais à quel prix ?", s'interroge Antoine Madelin, de la FIDH. "Sous prétexte de rationalisation, on veut alléger les obligations des Etats, au risque de passer à l'as les objectifs de l'ONU de promouvoir la défense des droits de l'homme." L'assemblée générale doit se prononcer sur cette réforme.    haut
 
A Londres, un enfant sur deux sous le seuil de pauvreté
 
par JEAN-PIERRE LANGELLIER, publié dans le Monde du 21 novembre 2002
Charles Dickens, s'il vivait aujourd'hui, aurait encore de quoi nourrir sa veine littéraire. Il trouverait matière à s'indigner dans le plus inattendu des résultats d'une enquête remise au maire de Londres, mardi 19 novembre, à la veille de la Journée internationale des droits de l'enfant : 53 % des enfants de la capitale britannique vivent sous le seuil de pauvreté. Ainsi, la plus riche, la plus opulente, la plus dispendieuse des capitales européennes abrite en son sein, à côté de ses nombreux millionnaires - en livres sterling -, plus de 300.000 enfants officiellement "pauvres". Ils ne vivent pas dans les lointaines banlieues mais au centre de la ville, au cœur du "Londres intérieur" qui compte près de 3 millions d'habitants et possède le plus haut revenu d'Europe per capita. Ils habitent les secteurs les plus démunis des subdivisions administratives (boroughs) de Hackney, Lambeth, Southwark ou Tower Hamlets, à quelques stations de métro des quartiers les plus prospères - Chelsea ou Kensington -, là où les prix de l'immobilier atteignent des sommets.
Autre surprise : la pauvreté affecte proportionnellement plus d'enfants dans le centre de Londres que dans toute autre région du pays. En Grande-Bretagne est "pauvre" toute personne vivant dans une famille disposant d'un revenu inférieur à 60 % du revenu moyen. Et l'enquête remise au maire repose sur les chiffres officiels du ministère du travail et des retraites. Par souci d'équité, elle prend en compte le revenu familial diminué des impôts, des prélèvements sociaux et des frais de logement, très inégaux selon les régions. La pauvreté infantile à Londres est la plus forte (73 %) parmi les minorités d'origine pakistanaise et bangladeshie. Le très faible taux de chômage national - à peine plus de 3 % - masque d'énormes disparités. Chaque année, Londres accueille quelque 150.000 nouveaux arrivants. La grande majorité d'entre eux occupent un emploi très peu qualifié, ou n'en trouvent aucun. En termes réels, les revenus des travailleurs manuels n'ont progressé à Londres que de 9 % en dix ans, ceux des travailleuses de 12 %. Le " Inner London" souffre aujourd'hui du plus fort taux de chômage, parmi toutes les "sous-régions" du pays. Les enfants pauvres appartiennent aux familles où le chômage frappe l'un des parents ou les deux. Enfin, la tuberculose est entre trois et huit fois plus répandue à Londres que dans le reste du royaume. Ce qui, décidément, ne surprendrait pas Dickens.    haut
 
L'Arabie saoudite et les Etats-Unis, quel avenir pour une relation "contre-nature" ?
Antoine Basbous livre dans "L'Arabie saoudite en question" les clés pour comprendre le royaume wahhabite
 
par EMILIE SUEUR, publié dans l'Orient-le Jour le 18 novembre 2002
Alliée de longue date de Washington, mais également l’un des berceaux du terrorisme islamiste, l’Arabie saoudite se trouve aujourd’hui dans une position plutôt inconfortable vis-à-vis des Etats-Unis de l’après-11 septembre. Et vice versa. D’où la question posée par le politologue Antoine Basbous : "Comment l’Amérique va traiter un allié dont les ulémas exaltent et financent la guerre totale menée contre elle ?" Dans son ouvrage "L’Arabie saoudite en question", le directeur de l’Observatoire des pays arabes nous donne les clés pour analyser cette relation improbable soudée par les dollars de l’or noir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en revenant sur l’histoire du royaume wahhabite, son idéologie et l’articulation de ses intérêts politiques avec un rigorisme religieux. L’Arabie saoudite est née d’un pacte fondateur scellé en 1744 entre le prince guerrier Mohammed ben Saoud et le "réformateur" religieux, créateur du Wahhabisme, Mohammed ben Abdelwahab. L’alliance de l’épée et du livre, pour reprendre l’expression d’Antoine Basbous.
De guerres fratricides en conquêtes audacieuses, la dyarchie parvient à former un royaume. Un royaume exposé à un seul danger, intérieur, qui tient à "la nature même d’un régime tiraillé entre fanatisme religieux et réalisme politique", précise Antoine Basbous. Plusieurs fois, au cours de son histoire, l’Arabie sera secouée par des crises nées précisément de ce tiraillement. Les ikhwanes (une confrérie de Bédouins sédentarisés au sein de colonies par le roi Abdelaziz, des colons-soldats), qui avaient osé défier "au nom d’une exigence religieuse" le pouvoir temporel, sont les premiers à faire les frais d’une reprise en main sanglante par l’armée régulière du roi lors de la bataille de Sabilat à la fin des années trente. Une seconde crise a lieu neuf mois après la révolution iranienne quand une centaine de wahhabites extrémistes se révoltent contre les "Saoud corrompus" et investissent La Mecque. L’occupation du lieu saint ne prend fin que grâce à l’intervention de l’étranger et notamment du GIGN français. Mais le mal est déjà fait : "La sanglante alerte de La Mecque avait fait mesurer au régime l’ampleur du malaise entre les deux partenaires du pacte fondateur", explique Antoine Basbous.
Rapidement, une troisième crise frappe l’Arabie saoudite avec l’attaque soviétique contre l’Afghanistan. De prime abord, le jihad afghan offre "au régime l’occasion de prouver qu’il reste fidèle aux valeurs dont il se réclame". Dans le même temps, sous couvert de guerre sainte, Ryad "donne satisfaction à la stratégie américaine dans son désir de piéger l’Armée rouge par alliés interposés". Mais sur le terrain afghan, les combattants saoudiens se radicalisent. De retour en Arabie, ils dénoncent la corruption de la famille royale, des "ulémas du trône" et deviennent une source d’agitation intégriste. Enfin, l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein en 1990 et l’arrivée en masse des GI américains sur le sol sacré provoque un "véritable traumatisme culturel" : "Pour les wahhabites, un Etat islamique ne pouvait en aucun cas s’allier à un Etat “mécréant” contre un autre Etat islamique", explique M. Basbous. Les plaidoyers de ben Baz, l’imam du royaume, ne parviennent pas à freiner la montée puis l’organisation de la contestation des ulémas contre la famille royale et les "ulémas du trône". De cette contestation naît "une autre dissidence (qui fait) moins de bruit, mais (qui va) ébranler le monde, celle d’Oussama Ben Laden". Le débarquement des GI a "fait éclater la contradiction d’un système dont l’idéologie était à l’exact opposé de la praxis", résume Antoine Basbous.
Les trois piliers de la stabilité saoudienne ébranlés
Si le pouvoir royal a toujours affiché tous les signes extérieurs de bonheur dans sa relation avec les Etats-Unis, cette relation même est donc une source de tensions internes au sein du royaume. Après le 11 septembre et ses 15 kamikazes (sur 19) de nationalité saoudienne répondant aux ordres d’un Saoudien déchu de sa nationalité ; après les tergiversations de l’Arabie saoudite quant à sa participation à une attaque américaine contre l’Irak, quel est l’état des relations américano-saoudiennes et quelles évolutions peut-on envisager ? La relation américano-saoudienne repose sur un échange de bons procédés. Washington assure la protection du royaume contre l’approvisionnement pétrolier de l’Occident. Les pétrodollars sont réinvestis dans des commandes d’armes aux Etats-Unis et l’achat d’usines clés en main ou placés sur les continents américain ou européen. Le wahhabisme, bénéficiant de cette manne de dollars, a longtemps fermé les yeux sur cette "compromission". Mais, avec la chute de l’URSS, les Etats-Unis n’ont plus porté la même attention à leurs "alliés stratégiques" dans la région. 
Durant les années 90, Washington s’est obstiné à pratiquer la politique de l’autruche, la CIA n’étant même pas autorisée à produire des notes d’évaluation stratégiques sur le développement de l’islamisme en Arabie. Parallèlement, les bases américaines commençaient à être attaquées. Après le 11 septembre, Ryad condamne officiellement les attentats et rompt avec le régime des talibans. Il n’en demeure pas moins la source idéologique et financière de l’islamisme mondial. Washington demande au pouvoir de renier son idéologie qu’il considère désormais comme meurtrière, mais "le prince ne peut rompre son pacte avec le réformateur". Le divorce américano-saoudien est-il dès lors inéluctable ? Selon l’auteur, une rupture poserait deux problèmes. Le premier est d’ordre psychologique : une rupture consacrerait la victoire de Ben Laden dont l’objectif affiché est de chasser les impies hors d’Arabie saoudite. Le second est d’ordre économique et évidemment lié au pétrole dont un quart des réserves mondiales se trouvent dans le sous-sol saoudien.
Trois hypothèses sur les relations bilatérales
A court terme, Washington est donc contraint de maintenir cette "relation contre-nature", ce «mariage d’argent qui n’a jamais reposé sur la moindre valeur commune». Sur le plus long terme, Antoine Basbous développe quelques hypothèses sur l’évolution des relations bilatérales. Après l’embargo pétrolier de 1973, Henry Kissinger aurait établi un plan stratégique pour éviter toute interruption de l’écoulement de l’or noir. Pratiquement, ce plan consiste à dissocier "le pétrole de l’islam combatif". Une hypothèse "plus que jamais d’actualité", souligne Basbous. Pour dissocier ces deux entités, Washington pourrait dénoncer la répression opérée par Ryad envers les chiites auprès du Conseil de sécurité qui prendrait des mesures pour la protection de cette minorité. En résulterait une séparation géographique des zones de peuplement chiite qui précisément correspondent aux zones pétrolifères. Une autre option consisterait, pour les Etats-Unis, à tarir les sources de revenus de l’Arabie saoudite, dont une partie finance l’islamisme mondial, en allant s’approvisionner à d’autres puits (Russie, Nigeria...).
Washington pourrait également, à condition d’installer à Bagdad un régime relativement stable ou soumis, mettre le grappin sur les richesses pétrolières du sous-sol irakien. Enfin, les Etats-Unis pourraient être tentés d’attiser les multiples soifs d’autonomie de la région pour contraindre Ryad à se concentrer sur ses problèmes internes. L’Arabie saoudite et les Etats-Unis sont deux pays complexes, aux intérêts tantôt convergents tantôt divergents. Deux pays symbolisant deux mondes, deux cultures qui se comprennent de moins en moins. Dans son ouvrage, Antoine Basbsous donne au lecteur quelques clés pour tenter d’appréhender l’évolution d’une relation qui s’annonce conflictuelle et risque de dominer l’actualité des temps à venir.    haut
 
Egypte - Al-Azhar autorise les intérêts bancaires à taux fixe
La plus haute institution sunnite tranche une longue polémique

paru dans l'Orient-le Jour le 18 novembre 2002

Al-Azhar, la plus haute instance de l’islam sunnite, a tranché dans une longue polémique en jugeant licite au regard de la religion musulmane les intérêts bancaires à taux fixe. Cette décision, prise en Egypte, pourrait faire école dans d’autres pays musulmans. Elle a été adoptée lors d’une réunion du Comité de recherches théologiques islamiques de l’institution d’al-Azhar, le 31 octobre, a affirmé hier à l’AFP le directeur général du secrétariat du comité, cheikh Saber Taalab. Celui-ci a souligné que "la décision a été adoptée par 21 des 22 membres du comité". Le responsable a refusé de préciser l’identité de l’opposant et les raisons de son refus concernant cette décision. Aucune publicité n’avait été faite jusqu’à présent autour de cette décision et la presse gouvernementale a attendu dimanche pour en faire sa une, en plein mois de ramadan. L’imam d’al-Azhar, cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, proche du régime du président Hosni Moubarak, militait depuis plusieurs années en faveur d’un assouplissement du régime du loyer de l’argent, tentant de mettre fin à une longue polémique entre ulémas conservateurs et réformateurs.
Les conservateurs jugent illicite de percevoir des intérêts à taux fixe sur les placements bancaires. Les réformateurs estiment pour leur part que cela revient à percevoir les bénéfices d’une activité commerciale effectuée par la banque au nom de ses clients. Ils font le parallèle entre taux d’intérêt et bénéfice des caravanes commerciales que conduisait Mahomet il y a près de 1.400 ans : le Prophète achetait alors des produits avec l’argent des membres de sa tribu, à qui il redistribuait les bénéfices dégagés par la vente de ces mêmes produits. A cet argument, les conservateurs répliquent que le commerce comporte des risques, contrairement aux placements à taux fixe. La plupart des banques égyptiennes n’ont pas attendu l’avis d’al-Azhar : environ 90 % d’entre elles versent actuellement des intérêts fixes à leur clientèle, même si une partie de la population préfère les banques islamiques qui garantissent des pratiques "halal". Il s’agit notamment de la Banque de financement égypto-saoudienne, de la Banque islamique internationale pour l’investissement et le développement et de la Banque Fayçal islamique, qui offrent des intérêts à taux variables en fonction des bénéfices de la banque.
Deux banques d’Etat, la Misr et la Banque du Caire, ont par ailleurs créé ces dernières années des secteurs spécialisés dans "les transactions islamiques". Les conséquences immédiates de cette décision d’al-Azhar sur l’activité bancaire, secteur nationalisé à plus de 70 % en Egypte, n’ont pas été précisées. Dans un pays en crise économique depuis plus de trois ans, avec en particulier un manque chronique de liquidités, cette décision pourrait "apporter un peu de souplesse", fait valoir Omar Qadi, professeur de droit à l’Université d’al-Azhar. Al-Azhar estime que la décision s’imposait, en dépit des remous qu’elle risque de provoquer en Egypte et dans le monde islamique, et refuse de dire que celle-ci ait été prise en catimini. "La jurisprudence religieuse signifie le changement et il est illogique de rester figé alors que le monde change autour de nous", a affirmé cheikh Taalab. "Cette approbation va susciter la colère de certains durant la période à venir, mais la majorité des membres du comité a tranché", a déclaré un des membres du comité religieux, Raafat Osman, au journal Akhbar al-Yom. "Tant que nous ne contredisons pas l’écrit (le Coran) ou la sunna (la tradition de Mahomet), nous avons bonne conscience", a également souligné cheikh Taalab.    haut

 
Islam - Glossaire
 
paru dans le Monde du 15 novembre 2002
Charia : loi islamique. Elle comprend l'ensemble des prescriptions juridico-religieuses qui régissent de tout temps la communauté des croyants (oumma). Face aux défis de l'évolution politique et sociale de la communauté, les juristes ont fait appel à des sources complémentaires afin d'éclairer le contenu implicite de la Révélation.
Chiisme : doctrine et mouvement se réclamant de la famille de Mahomet à partir d'Ali, gendre du Prophète. Cette doctrine s'est forgée sous la direction des imams, descendants directs du Prophète. Le chiisme s'estimait majoritairement favorable à l'acceptation des autorités établies. La radicalisation du chiisme ne vient que tardivement, dans les années 1960 et 1970, à la rencontre de deux tendances différentes : la cléricalisation (hiérarchie avec au sommet les grands ayatollahs puis les ayatollahs et les simples mollahs) et la politisation (depuis la fin du XIXe siècle en Iran) des oulémas chiites d'une part, et l'idéologisation de la doctrine chiite (sous l'influence d'Ali Chariati au XXe siècle, qui synthétise le chiisme et les idéologies occidentales progressistes) d'autre part. Le chiisme regroupe de 10 à 15 % des musulmans, surtout en Iran (le seul pays où le chiisme est religion d'Etat), en Irak, en Azerbaïdjan et à Bahreïn. Des communautés importantes se trouvent en Afghanistan, au Pakistan, en Arabie saoudite, en Inde et au Liban.
Fondamentalisme : volonté de revenir aux textes fondateurs de la religion, en négligeant tous les apports de l'histoire, de la philosophie et des traditions accumulées. Le fondamentalisme n'est pas en soi politiquement radical ou révolutionnaire. Par exemple, en Arabie saoudite, il favorise un conservatisme extrême sans remettre en question la légitimité du pouvoir politique.
Islamisme ou radicalisme islamique : traduction en termes politiques du message fondamentaliste. Olivier Roy le définit plus précisément comme une "idéologisation du fondamentalisme". Il peut ainsi conduire à un réexamen critique du régime politique et poser les bases d'une refondation politique et sociale, comme dans le cas de la révolution islamique iranienne à ses débuts.
Oumma : la grande communauté de tous les croyants musulmans.
Salafisme : doctrine des adeptes des "pieux ancêtres" (salaf), ou de l'islam des origines, caractérisée par un rigorisme extrême.
Sunnisme : doctrine de la majorité des musulmans du monde (85 %) qui se réclament de la communauté originelle des croyants, modèle politique idéal. A partir de la "perte" originelle de cette communauté, deux attitudes se sont développées. Une vision pragmatique, d'une part, majoritaire, visait à accepter avec résignation les pouvoirs en place, tout en exigeant l'application de la charia. Elle est à la base du fondamentalisme traditionaliste sunnite. D'autre part, s'est développée une vision idéaliste et minoritaire, qui cherche à restaurer la communauté originelle : elle est à l'origine des islamismes sunnites contemporains. Le fondamentalisme traditionaliste sunnite repose sur un compromis entre deux groupes : les hommes du pouvoir et la corporation des oulémas (docteurs de la loi islamique). Le statut social de ces derniers dépend de la place de la charia dans le droit national : dans un Etat islamique comme l'Arabie saoudite, ils détiennent le monopole des postes de juge.
Wahhabisme : doctrine rigoriste sunnite dont l'influence prédomine dans l'islam saoudien.    haut
 
Offensive des pays arabes dans l'information
 
paru dans le Figaro le 5 novembre 2002
A mesure qu'il s'internationalise, le monde arabe réveille les appétits des groupes de médias. La chaîne satellitaire al-Jezira, qui émet en arabe depuis Doha, au Qatar, a annoncé samedi qu'elle allait lancer une chaîne en langue anglaise à partir de fin 2003. En attendant l'échéance, al-Jazira offrira un service de traduction simultanée sur sa chaîne arabe et son site Internet. Par ailleurs, le groupe saoudien Almajd Satellite Broadcasting Ltd avait fait savoir le 20 octobre qu'une nouvelle chaîne islamique anglophone, baptisée "Almajd Channel 2", serait inaugurée début novembre, pour le premier jour du ramadan. "Il y a plus de 100 millions de foyers équipés d'antennes satellitaires dans le monde islamique, et nous réalisons que ce monde a besoin d'une chaîne internationale capable d'informer sur des sujets intéressant les musulmans, a affirmé à l'AFP Wajdi al-Ghazzawi, le directeur d'Almajd Channel. Etant donné que la majorité des musulmans dans le monde ne sont pas des Arabes, nous avons ressenti le besoin de lancer une nouvelle chaîne en anglais."
La nouvelle chaîne anglophone diffusera dans un premier temps à raison de huit heures par jour à destination des pays du Proche-Orient et d'Afrique avant d'étendre ses heures de diffusion et son rayon de couverture. Si l'ambition d'Almajd Channel 2 est de toucher un public de musulmans, al-Jazira vise au contraire, au travers de sa version anglophone, à se rapprocher des téléspectateurs occidentaux et à "rivaliser avec CCN et BBC en traitant des informations selon des perspectives différentes de celles de la chaîne arabe", selon les termes de son directeur général, Mohammad Jassem Ali. La chaîne d'information, qui a acquis une célébrité quasi planétaire grâce à sa couverture exclusive de la campagne américaine en Afghanistan et à la diffusion des cassettes vidéo d'Oussama Ben Laden, se défend d'ailleurs d'être comparée à qui ne lui ressemble pas : "Nous n'avons rien à voir avec cette chaîne islamique, déclare Michel Kik, directeur du bureau d'al-Jazira à Paris. Malgré les accusations que l'on a pu porter contre nous, nous ne sommes pas la chaîne de Ben Laden. Nous sommes une chaîne d'information."
Pour défendre ce principe, al-Jazira veut donner l'impression de traiter de tous les sujets, même les plus tabous. Ce qui suscite l'hostilité de nombreux pays occidentaux comme arabes. Surveillée de près par le gouvernement américain, interdite de diffusion en Jordanie au mois d'août, la chaîne vient de tomber sous le joug des autorités koweïtiennes. Le ministère de l'Information a ordonné dimanche la fermeture des bureaux d'al-Jazira dans le pays. Cette décision, selon l'association Reporters sans frontières qui a pris parti pour al-Jazira, serait consécutive à la diffusion d'un reportage, le 2 novembre, traitant de la fermeture au public d'un quart du territoire national en raison d'exercices militaires américano-koweïtiens. Cela n'empêchera pas la chaîne d'être reçue au Koweït par satellite ni à l'Arabie saoudite de renoncer à son projet.    haut
 
La fragile renaissance des chrétiens du Kurdistan
 
par DELPHINE MINOUI, publié dans le Figaro le 13 novembre 2002
Cette communauté de 60.000 âmes a mis à profit l'autonomie régionale pour revivifier sa culture et sa foi. Mais elle s'inquiète pour l'avenir. Depuis l'autonomie du Kurdistan irakien, en 1991, l'heure est à l'espoir pour la minorité chrétienne du nord de l'Irak. Autorisés à enseigner leur langue - l'araméen - dans leurs propres écoles et à disposer de leurs propres partis politiques, les chrétiens du Kurdistan sont parvenus à faire revivre une culture menacée dans le sud de l'Irak par la politique d'arabisation de Saddam Hussein. A l'heure où le soleil commence à disparaître derrière la vieille citadelle d'Irbil, au rythme du muezzin, la soirée ne fait que commencer pour les quelque 20.000 habitants d'Ain Kawa. Dans cette banlieue chrétienne de la capitale administrative du Kurdistan irakien, les filles s'affichent sans foulard, exhibant leurs yeux cernés de khôl et leur gros chignon gonflé à la laque. Au détour d'une ruelle, des gamins s'amusent à s'asperger avec l'eau de la fontaine, sous le regard attendri de l'épicier du coin. Dans sa vitrine, les bouteilles de vodka voisinent avec les canettes de bière et de whisky. Un parfum de romance à l'italienne plane sur Ain Kawa.
"Nous ne nous sommes jamais sentis aussi heureux et aussi libres", constate l'écrivain Aziz Nabati, auteur d'un livre de grammaire en araméen, la langue pratiquée par le Christ il y a plus de 2 000 ans, que les chrétiens du Kurdistan s'efforcent aujourd'hui de faire revivre. "Depuis le soulèvement populaire des Kurdes du nord de l'Irak, en 1991, les chrétiens célèbrent un nouvel âge d'or", ajoute Nabati. Des années 60 jusqu'à la fin des années 80, la politique d'arabisation menée par Saddam Hussein et les nombreuses exactions contre les Kurdes n'ont pas épargné la communauté chrétienne du nord de l'Irak. Dans leur politique d'épuration massive (on parle de 4.500 villages kurdes détruits dans les années 80), les baasistes ont tous rasé sur leur passage, y compris de vieilles églises assyriennes et chaldéennes, jetant sur la route de l'exil des milliers de chrétiens. Certains intellectuels chrétiens furent même exécutés pour avoir distribué des textes critiquant l'arabisation à outrance. Aujourd'hui, les deux églises d'Ain Kawa attirent chaque jour de nombreux fidèles, bien décidés à faire renaître une culture qui était en voie de disparition malgré la politique de respect des minorités religieuses, notamment chrétienne, affichée par Bagdad. Depuis 1991, l'actuel gouvernement régional a favorisé la cohabitation entre la majorité sunnite et les minorités chiite, chrétienne et zoroastrienne.
Les quelque 60.000 chrétiens qui sont restés au Kurdistan se partagent entre les chaldéens, rattachés à l'Eglise catholique, et les assyriens, tenant de la doctrine de Nestorius, patriarche de Constantinople, dont les thèses furent rejetées au concile d'Ephèse (431), et puis la petite communauté arménienne. Contrairement à leurs coreligionnaires de Bagdad, ils possèdent tous leurs journaux et leurs propres chaînes de télévision. On retrouve aussi des chrétiens aux postes de ministres, comme ceux de l'économie et de l'industrie. Cinq députés assyriens siègent également au Parlement kurde, qui s'est réuni au complet le 4 octobre, en présence des deux grands chefs de l'opposition kurde, Massoud Barzani, leader du PDK (Parti démocratique du Kurdistan) et Jalal Talabani, chef de l'UPK (Union patriotique du Kurdistan). Interdite d'enseigner sa langue, l'araméen, par le régime de Saddam Hussein, la minorité chrétienne dispose désormais de 27 écoles à travers tout le Kurdistan. A Dohouk, l'évêque Rabban s'apprête même à inaugurer un nouvel établissement, grâce à une aide de la Mission enfance, sur un terrain de 10.000 mètres carrés offert par le gouvernement régional kurde. Parfaitement francophone, champion de volley-ball et blagueur dans l'âme, on l'imaginerait bien prêcher la bonne parole dans les banlieues françaises. "Ma place est ici, auprès de mes concitoyens", explique Mgr Rabban, qui célèbre la messe trois fois par semaines, dans les petites bourgades du Nord, aux alentours de son village natal de Komané. Il anime également, chaque année, la grande fête du 15 mai, qui célèbre dans la région d'Araden le martyre de Soltan Mahdâkhté, un saint tué en Iran au IVe siècle. "Une occasion de se retrouver entre chrétiens, de faire la fête, de danser et de célébrer notre culture", explique le Mgr Rabban.
"Au regard de l'histoire, 90 % des chrétiens d'Irak sont originaires du Nord, c'est-à-dire du Kurdistan. Pour nous, il est très important de pouvoir aujourd'hui redonner vie à ce berceau de notre civilisation", ajoute Aziz Nabati, qui se met un point d'honneur à parler en langue araméenne avec sa femme et ses deux enfants. Assis derrière le bureau de son diocèse d'Irbil, l'archevêque Yacoub Cher se réjouit de cette vitalité. "Ici, nous sommes respectés en tant que chrétiens. Nous avons beaucoup plus de libertés que dans les pays voisins, notamment l'Iran et surtout l'Irak", dit-il. Mgr Cher ne peut s'empêcher d'évoquer les pressions indirectes sur les quelque 800.000 chrétiens irakiens (environ 3 % de la population irakienne) dont il a régulièrement des nouvelles : en particulier l'interdiction de donner des noms chrétiens aux nouveau-nés. Et pourtant, Saddam Hussein a toujours cherché à s'assurer leur soutien, rappelant à l'occasion que Tarek Aziz, son vice-premier ministre, est d'origine chaldéenne. Il y a quelques semaines, la mort mystérieuse d'un évêque kurde en territoire irakien, alors qu'il rentrait d'une visite à Bagdad, a pourtant fait planer le doute sur le traitement réservé aux chrétiens.
La parenthèse de prospérité, dont profitent les chrétiens kurdes du nord de l'Irak, pourrait-elle se refermer ? Mgr Yacoub Cher en a bien peur. "En cas d'intervention américaine sur Bagdad, Saddam Hussein serait bien capable de se venger, une fois de plus, sur la population kurde, ne faisant aucune différence entres les diverses communautés religieuses", remarque le petit homme à la barbe blanche. Pour Yacoub Cher, il est également temps de prendre en compte une autre menace : celles des islamistes, basés à la frontière avec l'Iran, responsables entre autres de l'assassinat, en février dernier, de François Hariri, l'ancien gouverneur d'Irbil, d'origine assyrienne. L'arrestation du mollah Kraka, le chef d'Ansar al-Islam (un groupe islamiste comprenant quelque 800 militants), il y a deux mois, à l'aéroport de Téhéran, et sa livraison aux Pays-Bas a permis de démanteler cette nébuleuse, sans pour autant faire avorter les actes criminels individuels. "L'avenir est sombre, s'inquiète Yacoub Cher. J'aimerais tellement vous en dire plus, mais dans le contexte actuel, il vaut mieux ne pas être trop bavard."    haut
 
La Chine et l'Asean créent le plus grand marché du monde
 
par ARNAUD RODIER, publié dans le Figaro le 5 novembre 2002
La Chine et les dix pays membres de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) (1) ont posé hier à Phnom Penh, au Cambodge, la première pierre du plus grand marché du monde. L'accord cadre de libre-échange qu'ils ont signé, à l'horizon 2010 pour les plus riches, 2015 pour les moins développés, touche 1,7 milliard de consommateurs représentant un PIB (produit intérieur brut) cumulé de 2.000 milliards de dollars. Trois semaines après les attentats de Bali, l'Asean ressent plus que jamais le besoin de coopérer plus étroitement avec ses voisins. Cette année les pays de l'association devraient connaître une croissance moyenne de 3,5 % à 4 %. En s'alliant avec la Chine, ils veulent diminuer leur dépendance vis-à-vis des Américains. Mais ils se jettent aussi d'une certaine manière dans la gueule du loup. Une étude de la société de consultants McKinsey montre en effet que l'Asean est confrontée à un sérieux recul de sa compétitivité. Le coût des investissements dans cette zone est "plus élevé que nécessaire" et la région n'a "pas réussi à faire fructifier ses atouts", souligne le document présenté au 8e sommet de l'association qui s'achève ce soir. Et d'ajouter : "Les marchés de l'Asean, petits et fragmentés, ne sont pas attrayants pour les investisseurs par rapport au grand marché chinois."
La Chine a enregistré, pour les neuf premiers mois de l'année, une croissance de 7,9 %. Depuis janvier, les investissements étrangers y ont augmenté de 22,6 % par rapport à la même période de 2001, à 39,6 milliards de dollars. Depuis qu'elle a rejoint l'OMC, elle est devenue "la superpuissance mondiale de l'industrie", avoue Siva Yam, président de la Chambre de commerce américano-chinoise. Résultat, Pékin est sans aucun doute davantage un concurrent redoutable qu'un partenaire sur lequel l'Asie du Sud-Est peut compter. Mais celle-ci n'a pas le choix. C'est la raison pour laquelle elle préfère penser qu'une alliance va la rendre plus forte. Le Cambodge, pour qui le sommet de Phnom Penh est l'occasion de montrer qu'un petit pays peut se faire entendre, est le premier à le croire. C'est d'autant plus important qu'un nouveau venu frappe à la porte, l'Inde qui, pour la première fois, est officiellement représentée à Phnom Penh aux côtés du Japon et de la Corée du Sud. Pour le moment, le commerce entre les Indiens et l'Asean représente moins de 10 milliards de dollars par an, mais il pourrait atteindre 25 voire 30 milliards dès 2007, estime McKinsey. Et la redistribution des cartes s'accélère.
Singapour a entériné avant hier un accord de libre-échange avec l'Australie. La ville-Etat s'affiche comme le plus ardent défenseur d'une intégration régionale aussi large et rapide que possible. Son premier ministre, Goh Chok Tong, ne cesse d'affirmer que l'Asie du Sud-Est doit suivre l'exemple de l'Europe. Les Etats-Unis ne s'y trompent pas. Ils vont signer à la fin de l'année un traité commercial privilégié avec Singapour. Les Américains, qui sentent le vent tourner et l'Asie commencer à changer, cherchent à occuper le terrain. Ils veulent aussi prendre leurs marques vis-à-vis du Japon. Si l'Archipel, empêtré dans ses problèmes économiques, n'a plus sa puissance du passé, il multiplie de son côté les accords de libre-échange commerciaux. Il en a signé avec Singapour, les Philippines, la Corée du Sud et la Thaïlande. Il souhaiterait maintenant mettre sur pied, comme la Chine, un traité global avec l'Asean, quitte à y associer la Corée du Sud pour faire bon poids.
(1) Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam.    haut
 
Un cri pour les mers
La pollution des mers par les naufrages ne représente que 2,5  % de celle-ci
 
par CHRISTIAN BUCHET, publié dans le Monde du 23 novembre 2002
L'auteur est directeur du Centre franco-ibéro-américain d'histoire maritime de l'Institut catholique de Paris, chercheur associé au CNRS, membre de l'Académie de marine.
Chaque année, 110 à 120 navires de plus de 300 tonneaux naufragent sur les mers du globe : un gros bâtiment tous les deux ou trois jours. Comment s'en étonner ? Sur les 40.000 grosses unités sillonnant les mers, plus du tiers sont en deçà des normes ; 5.000 sont des "navires poubelles" (et l'on pourrait ajouter : de véritables bâtiments négriers, tant les conditions de vie y sont souvent proprement scandaleuses). Le transport maritime provoque 25 fois plus de morts en moyenne annuelle pour 100 millions de passagers/kilomètre que le transport aérien. Tout cela montre à l'évidence la faillite de l'Organisation maritime internationale. L'incapacité de cette organisation à faire respecter la réglementation internationale n'est pas sans liens avec son mode de fonctionnement, qui fait la part belle aux Etats disposant d'une flotte importante et dont, pour la plupart, le pavillon est de complaisance. L'OMI est loin d'avoir tiré toutes les conséquences des derniers naufrages en matière de normes d'entretien et surtout de transparence des informations.
Certes tout n'est pas noir. Depuis le naufrage de l'Erika, un certain nombre de mesures adoptées par l'Union européenne vont dans le bon sens. Mais il nous faut aller beaucoup plus vite. L'Agence de sécurité maritime européenne prévue dans le "paquet" Erika II n'est toujours pas opérationnelle, faute d'accords suffisants entre les Etats membres de la Communauté... Les Etats de l'UE doivent disposer d'un pouvoir de contrôle sur les sociétés de classification et l'exercer. Encore faut-il définir des critères et des objectifs précis quant aux méthodes de contrôle qui se doivent d'être appliquées. Indépendamment du principe pollueur-payeur et de la responsabilité de l'armateur, de l'affréteur, et des sociétés de classification, ne faut-il pas envisager la responsabilité de l'Etat pavillon ? Les contrôles par l'Etat du port doivent être améliorés quantitativement, mais aussi qualitativement. De ce point de vue, les inspections effectuées actuellement laissent à désirer. Il convient d'utiliser les modélisations informatiques et de définir des critères plus stricts de contrôle au plan national comme au plan européen. Les conditions sociales à bord devraient également être obligatoirement comprises dans toute inspection des navires.
L'intérêt général exige que les informations techniques des armateurs et des sociétés de classification sur les navires puissent être transmises aux autorités pour être intégrées dans la banque de données Equasis - ce qui est loin d'être toujours le cas - faute de quoi elle ne sera pas en mesure d'être vraiment opérante. La sécurité maritime nécessite également des navires plus sûrs, d'autant que la vitesse de croisière pourrait être amenée à croître, ce qui est heureux (certains navires à grande vitesse pourront bientôt techniquement traverser les mers à près de 40 nœuds). Les pétroliers et autres navires à double coque ne constituent pas une panacée, loin s'en faut : les risques d'explosion peuvent être majorés et il existe une inconnue technique sur le vieillissement de ces navires. Il nous faut donc anticiper cette menace et, dès aujourd'hui, mener des études portant sur les phénomènes de corrosion et développer les procédés permettant de détecter les faiblesses relatives aux structures de coque.
Dans le même esprit, il est indispensable de veiller à mettre en œuvre toute une série de mesures : amélioration de l'ergonomie des appareils de manœuvre et de navigation, développement des systèmes automatiques d'identification des navires, amélioration de la conception, de la construction et de la maintenance des navires, et envisager pour les bâtiments transportant des matières dangereuses un double poste de commande et un double système de propulsion. Quatre-vingts pour cent des naufrages procèdent d'erreurs humaines (de l'équipage dans 21 % des cas, du pilote pour 12 %, de la terre pour 21 %, de l'officier machine pour 3 %, de l'officier de quart pour 43 %). Au-delà du seul état du matériel, sur lequel nous nous polarisons actuellement, c'est une véritable culture de la sécurité qu'il appartient aux pouvoirs publics de promouvoir (formation et conditions de travail des équipages).
L'utilisation croissante d'une main-d'œuvre bon marché, pour l'heure d'origine asiatique, non ou mal formée fait encourir de graves risques à la sécurité du transport maritime. Ce paramètre, joint à l'augmentation prévisible du trafic maritime, au développement probable des navires à grande vitesse, rend opportune la tenue d'une nouvelle conférence internationale. Les propositions que la France pourrait faire ne manquent pas : définition de critères internationaux pour les visites médicales et psychologiques des marins, fixation de règles concernant la consommation de l'alcool à bord, pratique réelle d'une langue commune... La ratification par les pays membres de l'UE des conventions du Bureau international du travail, celles qui concernent les normes minimales, le rapatriement des marins et le bien-être des équipages, pourraient aussi constituer une avancée importante.
Les moyens d'intervention (remorqueurs, hélicoptères, navires spécialisés dans la lutte contre la pollution) doivent, en vertu du principe de précaution, être mieux adaptés aux risques potentiels. Tout cela, cependant, ne doit pas nous faire oublier que la pollution des mers par les naufrages ne représente que 2,5 % de celle-ci (150.000 tonnes annuelles en point médian, soit dix fois moins que les dégazages, estimés à plus de 1,5 million de tonnes), et que les 2/3 de cette pollution émanent de la terre par le biais de la pollution de l'atmosphère, des rivières, des fleuves et des estuaires...
La mer et les fonds marins seront bientôt au cœur même des principaux enjeux économiques et scientifiques. Le développement de la biotechnologie marine ne fait que commencer. La découverte de nouvelles formes de vie dans les oasis des grandes profondeurs que sont les sources hydrothermales nous permet d'entrevoir la grande alchimie des origines de la vie. Nous percevons chaque jour davantage le rôle central que joue l'océan mondial dans la régulation des climats terrestres. Gâcher cet espace qui abrite 80 % de la biodiversité et qui est en passe de devenir un nouvel eldorado est irresponsable, tant d'un point de vue économique qu'écologique. Il est urgent qu'une politique de la mer dessine les contours de ce qui pourrait bien devenir une "nouvelle frontière". Ce serait l'honneur de la France, 2e puissance sous-marine au monde (11 millions de km2 sous la mer correspondant à sa zone économique exclusive) de proposer à ses partenaires l'esquisse d'une Europe de la mer.    haut
 
Deuxième partie du "Rapport sur l’environnement au Liban 2001"
L’eau, l’air, la biodiversité et le sol : des ressources naturelles sous pression
 
paru dans l'Orient-le Jour le 11 novembre 2002
L’état des différentes ressources naturelles, les études disponibles à leur propos, les pressions exercées sur elles par les activités humaines… c’est à ces questions épineuses que s’attaque la seconde partie du Rapport sur l’environnement au Liban 2001. Ce document, préparé par le bureau de consultants Ecodit et l’Observatoire libanais pour l’environnement et le développement (Ledo), travaillant au sein du ministère de l’Environnement avec un financement de l’Union européenne, dresse un bilan des analyses et des chiffres les plus récents pour tout ce qui concerne le secteur écologique. Nous avions publié, la semaine dernière, un aperçu de l’impact des secteurs économiques sur l’environnement tel que décrit dans le rapport. Ce dossier fait le point sur l’état des différents milieux naturels, apportant notamment des révélations cruciales sur l’eau, l’air, la biodiversité et le sol. Ces chapitres présentent un état des lieux général avant de s’attaquer à une description des raisons et de l’impact économique de la dégradation des ressources, ainsi qu’aux mesures politiques et administratives prises pour y mettre un terme. Comme ce rapport ne couvre que la période allant jusqu’à l’année 2001, nous signalerons les changements survenus en 2002 quand c’est le cas. Il faut rappeler que ce document, rédigé dans une langue claire (en arabe et en anglais) et facile à consulter, est également disponible en version CDRom. Il est parcouru de tableaux, de schémas et d’encadrés qui en augmentent la lisibilité. Il faut déplorer, cependant, qu’il ne soit pas mis en vente, qu’il ait été édité en nombre limité et qu’il ne soit disponible qu’au ministère de l’Environnement pour consultation. Un tel document serait un outil précieux pour des personnes travaillant dans plus d’un secteur. 
L’eau, une ressource majeure qui risque de faire défaut d’ici 10 à 15 ans
L’eau, qui est l’une des ressources les plus précieuses du Liban, ne fait pas l’objet d’un programme national de préservation, malgré les investissements significatifs qui ont été faits dans le domaine. Le rapport met l’accent sur les pressions importantes exercées sur les ressources hydrauliques par les différentes activités humaines, autant sur la quantité que sur la qualité de ces ressources. Plusieurs activités ont un impact sur le cycle de l’eau comme la déforestation, l’irrigation excessive, les canaux de drainage, l’érosion, l’amenuisement des espaces verts… Le rapport estime le taux de précipitation annuel à 8.600 millions de mètres cubes, qui donnent naissance à quarante cours d’eau majeurs et plus de 2.000 sources. Quant à l’eau souterraine, elle est estimée, selon deux sources d’information différentes, à 400 ou à 1.000 millions de mètres cubes par an, principalement approvisionnée par la fonte des neiges. Malgré cette apparente abondance, le Liban risque de manquer d’eau d’ici 10 à 15 ans si un plan de rationalisation de son utilisation n’est pas mis en application. De cette quantité d’eau, il est généralement estimé qu’environ 50% sont perdus par évapotranspiration, sans compter l’eau qui va se déverser dans les territoires des pays voisins, qu’elle soit superficielle ou souterraine. Ce qui laisse au Liban 2.600 millions de mètres cubes disponibles, dont 2.000 seulement sont exploités. C’est le secteur agricole qui est le principal utilisateur de l’eau, à raison de 60 à 70% de la quantité totale, suivi par les ménages (utilisation domestique) et par l’industrie. Selon des chiffres de l’Administration centrale de la statistique (datant de 1996-1997), le pourcentage moyen de bâtiments reliés à des structures hydrauliques au Liban est de 79%. Le pourcentage le plus élevé est à Beyrouth et au Kesrouan (respectivement 93 et 94%), et le plus bas au Hermel et au Akkar (41 et 49%). L’eau assurée aux ménages provient des cours d’eau superficiels et des nappes phréatiques. Les 15 stations de traitement de l’eau potable au Liban existaient dès avant la guerre et ont été réhabilitées et/ou agrandies ces dernières années. Entre 1995 et 2001, la capacité de traitement de l’eau potable a été augmentée de 50%. 
D’autres usages de l’eau, comme les stations hydroélectriques ou les activités de loisirs, ont un impact direct sur la pollution et l’amenuisement des ressources. Plusieurs facteurs affectent la qualité de l’eau, et plus d’un secteur peut être considéré comme responsable de sa dégradation. Les résidus de pesticides et d’engrais chimiques provenant de l’agriculture sont une cause majeure de pollution. Les industries rejettent un certain nombre de polluants dans les différentes sources. Mais aucun chiffre précis sur la pollution des ressources (cours d’eau et Méditerranée) par secteur n’est disponible actuellement. Il ne fait cependant aucun doute que ces ressources sont affectées par les déchets liquides et solides émanant de quatre millions de personnes et de 22.000 établissements industriels. Le volume des eaux usées d’origine domestique est estimé dans ce rapport à 249 millions de mètres cubes par an, alors que les eaux usées industrielles avaient été estimées dans de précédents rapports à 22,3 millions de mètres cubes. 
Intrusion saline dans l’eau potable
Des informations sur la qualité de l’eau superficielle ont été collectées auprès de différentes sources, mais les rédacteurs du rapport précisent que toutes ces études ne tiennent compte que des variations géographiques. Pour mieux comprendre les variations temporaires (selon les saisons par exemple), il faudrait une surveillance continue avec des équipements spécialisés, ce qui n’existe pas actuellement au Liban. Une étude menée par le centre des ressources hydrauliques de l’AUB (American University of Beirut) a porté sur neuf fleuves et a mis en évidence la grande concentration de polluants organiques sur les sites. Ces taux importants indiquent que des égouts d’origine domestique se déversent sans traitement dans ces cours d’eau. Les taux importants de nitrate détectés proviennent probablement de sources de pollution d’origine agricole comme les résidus d’engrais chimiques. Les dépotoirs sauvages sont également une source de pollution importante des cours d’eau et des nappes phréatiques, notamment par les liquides qui s’en dégagent et qui contaminent les ressources hydrauliques. A titre d’exemple, le Litani est pollué par cinq dépotoirs, ceux de Baalbek, de Sifri, de Bar Elias, de Zahlé et de Jeb Jenine. L’impact du dépotoir de Zahlé sur le Berdawni, qui a été mesuré par des spécialistes, s’est traduit par de fortes concentrations de métaux lourds comme le zinc, le cuivre et le nickel. L’étude a également prouvé que le dépotoir dégageait d’importantes quantités d’hydrocarbures et de substances organiques contenant de la chlorite, qui attestent de la présence de résidus de pesticides dans l’eau. 
Le sol calcaire fissuré du Liban facilite l’infiltration de déchets liquides dans les nappes phréatiques. La pollution est principalement causée par un déversement d’eaux usées domestiques et industrielles, mais elle peut être accidentelle. D’autres sources de pollution incluent les produits agrochimiques et l’intrusion d’eau de mer. Une étude sur la pollution agrochimique menée par le Centre de ressources hydrauliques de l’AUB en 1999, portant sur 31 échantillons de nappes phréatiques dans 13 régions différentes, a montré des concentrations modérées de nitrate et des taux acceptables de phosphate. Quant à l’intrusion d’eau de mer, elle est provoquée par le pompage excessif dans les puits. En 1997, 42.000 bâtiments résidentiels au Liban (9% du total) et la plupart des exploitations agricoles étaient équipés de puits. En 1999, une campagne menée par l’AUB sur l’intrusion saline dans l’eau potable a montré que les taux de chlorite y étaient bien supérieurs aux limites prescrites par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et par les standards libanais, qui sont respectivement de 250 et de 200 mg/l. Les concentrations de sodium dépassent également de loin les limites de l’OMS et des standards libanais, de 200 et de 150 mg/l respectivement. Les taux de sodium dépassaient les 5.000 mg/l dans certains puits !
Maladies liées à l’eau : 7,3 millions de dollars par an 
L’eau de mer fait également l’objet d’une pollution de diverses sources terrestres : des fleuves pollués et des égouts non traités qui s’y déversent, des fluides provenant des dépotoirs côtiers, des hydrocarbures résultant des fuites routinières ou accidentelles des bateaux, etc. Il existe actuellement 53 égouts déversant leur contenu sans aucun traitement tout au long de la côte. Les complexes balnéaires et autres aménagements côtiers, notamment les remblais, augmentent la pression sur le littoral. Une étude de l’AUB en 2000, portant sur trente localités côtières allant de Tyr à Akkar, a montré la présence de traces de différents pesticides ainsi que de fortes concentrations de nickel, de cuivre, de chrome, de plomb et d’arsenic en plusieurs endroits. La pollution organique provient en majeure partie des 950.000 mètres cubes d’eaux usées produites par jour par 2,3 millions d’habitants des zones côtières. Des dix régions côtières surveillées par le Centre national de sciences marines du CNRS, seules les plages de Batroun ont été déclarées saines pour les baigneurs. Dans les autres localités, les taux de polluants organiques étaient bien trop élevés. 
Autre question épineuse : la qualité de l’eau potable. Au Liban, les Offices de l’eau sont chargés de procurer, de traiter et de distribuer l’eau potable aux ménages. L’eau est soit chlorée à la source, soit traitée dans des centres spécialisés. Mais la qualité de l’eau potable peut se détériorer en route (interaction avec des canalisations d’eaux usées par exemple), ce qui cause des cas de maladies infectieuses. Entre 1995 et 2000, le nombre de cas de dysenterie, d’hépatite A, de typhoïde et d’autres maux liés à l’eau ont dramatiquement augmenté, mais pas de façon égale selon les régions : alors que Nabatiyé et le Liban-Sud ont connu une amélioration certaine, les cas ont continué à se multiplier au Liban-Nord. Le coût des conséquences d’une dégradation de la qualité de l’eau sur la santé, tel que calculé par Ecodit, a été estimé à 7,3 millions de dollars par an. Le coût de l’achat de l’eau en bouteille, qui découle du même fait, serait de 7,5 millions de dollars. Toutefois, les rédacteurs du rapport avertissent que la méthodologie qu’ils ont employée pour parvenir à ces chiffres tient compte de paramètres plutôt conservateurs, et que le coût réel serait encore supérieur si on ajoutait de nouveaux éléments à l’étude de ce phénomène complexe. Enfin, le rapport met l’accent sur les perspectives de réorganisation des Offices de l’eau et des dépenses sur des projets hydrauliques (le CDR a approuvé 129 contrats d’une valeur de plus de 400 millions de dollars entre 1992 et 2000), ainsi que sur les obstacles auxquels ferait face une éventuelle privatisation du secteur.
La pollution de l’air : une facture exorbitante pour la société
Un grand nombre de polluants générés par les activités humaines est régulièrement lâché dans l’air, provoquant, en retour, de graves conséquences sur la santé humaine. Ces polluants toxiques sont tantôt des gaz nuisibles pour la couche d’ozone, tantôt des gaz à effet de serre. Une dégradation de la qualité de l’air contribue à la multiplication des maladies respiratoires et cardiaques, et de cancers dans les cas extrêmes. Préserver la qualité de l’air devrait donc être une priorité pour la santé publique, mais les efforts du gouvernement dans ce sens viennent juste de commencer. Il faut évoquer l’interdiction de plusieurs types de véhicules roulant au (mauvais) mazout qui est entrée en vigueur en 2002, c’est-à-dire après la publication du rapport qui y fait allusion comme d’une mesure à venir. Le rapport fait état des quelques tentatives de mesure de la pollution de l’air qui, bien que significatives, sont restées sporadiques et/ou discontinues. Pour bien mesurer l’ampleur du phénomène, il faudrait instaurer un système de mesure continue de tous les polluants, bien répandu géographiquement. Le laboratoire de qualité de l’air de l’Observatoire de l’environnement et du développement de Tripoli mesure, dans cette ville, les particules suspendues depuis avril 2000, et le dioxyde de soufre (SO2) depuis avril 2002. Les proportions constatées sont supérieures aux limites établies. A Beyrouth, les particules microscopiques ont été mesurées à la rue Bliss de mars 1997 à mai 1998, et leur taux s’est avéré très supérieur aux normes libanaises et aux standards de l’OMS. Par ailleurs, une première étude du coût économique de la pollution de l’air a été entreprise en 1999 (Djoundourian et al.). Cette étude se place dans un contexte d’augmentation des particules de l’ordre de 10 microgrammes par mètre cube. Prenant en compte les décès supplémentaires par an, les admissions à l’hôpital, les visites aux urgences et les jours d’absence, cette étude a estimé le coût de santé dû à la pollution à plus de 10 millions de dollars par an (pour 10 microgrammes supplémentaires). En conséquence, si les standards internationaux étaient respectés (réduction de 100 microgrammes par mètre cube), le Grand Beyrouth ferait l’économie de plus de 106 millions de dollars par an. Le rapport insiste d’ailleurs sur les bénéfices économiques d’une lutte contre la pollution de l’air, notamment ceux liés à une baisse de mortalité due à des maladies respiratoires ou autres. 
Le rapport consacre d’ailleurs une bonne partie de ce chapitre au plomb trouvé dans l’essence et à ses méfaits. Ainsi, une interdiction de l’essence avec plomb générerait, selon les chiffres avancés, des économies de l’ordre de 132,2 millions de dollars par an pour le secteur de santé publique. Il faut préciser que l’essence avec plomb a été récemment interdite au Liban. Parmi les mesures prises par les autorités, le rapport cite les standards mis au point par le ministère de l’Environnement et son programme Spasi, financé par l’Union européenne, pour limiter les émissions de l’industrie. Ces standards couvrent les pollutions externe et interne, ainsi que les nuisances sonores et la durée d’exposition à la pollution. Selon le rapport, le respect de ces normes par les industries se fait de plus en plus évident. Un dialogue a été instauré avec les industries de ciment, responsables d’émissions importantes de particules, afin de les pousser à investir dans des équipements qui limitent la pollution, ce que les quatre grandes usines ont commencé à faire dès 1998-99. Elles ont également été sommées d’envoyer des rapports réguliers sur les émissions de polluants au ministère de l’Environnement dès 2000. En conclusion, le rapport fait remarquer que, pour instaurer un système de surveillance continue du taux de pollution dans le pays, il faudrait mobiliser des ressources techniques et humaines non négligeables. Ce serait un rôle potentiel pour le ministère de l’Environnement, surtout que certaines initiatives ont ouvert la voie. A ce sujet, le rapport cite le laboratoire de qualité de l’air de l’Observatoire pour l’environnement et le développement de Tripoli, un projet financé par la ville de Barcelone, en Espagne. Pour sa part, la faculté de génie et d’architecture de l’AUB s’est dotée d’une station mobile de mesure du taux de pollution, avec l’aide de l’USAID. De tels exemples pourraient être suivis. 
Biodiversité et héritage naturel
C’est la diversité de ses microclimats et de sa géomorphologie qui forme la richesse naturelle du Liban. Une richesse naturelle qu’il s’agit de préserver, alors qu’elle se trouve déjà bien malmenée par la dégradation écologique... Après la signature de la Convention mondiale sur la biodiversité en 1992 et sa ratification en 1994, le gouvernement a préparé la première étude sur "La diversité biologique au Liban", exécutée par le ministère de l’Agriculture et le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), et publiée en 1996. Parmi les chiffres avancés dans cette étude, le rapport retient l’identification de 9.119 espèces, flore et faune confondues. On estime cependant que ce nombre ne représenterait que 20% des espèces qui peuplent réellement le Liban. Il reste donc encore beaucoup à faire... L’étude citée plus haut a été réalisée par un groupe de 33 scientifiques, avec des fonds disponibles dès 1994. Il faut retenir toutefois que plusieurs aspects de cette étude continuent de faire l’objet d’un débat entre les scientifiques, et ces débats persisteront, selon les rédacteurs du rapport, tant que des recherches sur le terrain n’auront pas remplacé les informations théoriques. 
Le rapport a donc insisté sur la richesse géomorphologique du Liban, doublée des traces, positives ou négatives, laissées par les différentes civilisations sur cette terre (forêts de cèdres décimées, forêts de pins plantées…). Le Liban peut être divisé en cinq régions géomorphologiques principales : la zone côtière, le Mont-Liban, la plaine de la Békaa, la chaîne de l’Anti-Liban et le Liban-Sud. Environ les trois quarts de la superficie totale du Liban sont montagneux, ce qui confère à ce territoire une diversité topographique qui favorise les microclimats (il y en a 22), et la biodiversité. D’un autre côté, les terrains en pente sont sujets à l’érosion et à la dégradation du sol s’ils sont mal entretenus. La zone côtière, elle, est particulièrement vulnérable au développement urbain. Suite à la ratification de la Convention internationale sur la biodiversité, le Liban a le devoir de prendre plusieurs mesures afin de protéger ses espèces naturelles, et de publier des rapports réguliers. En novembre 1998, le ministère de l’Environnement a élaboré une stratégie nationale pour la protection de la biodiversité, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et le Fonds mondial pour l’environnement (GEF). Cette stratégie prévoit la protection de la biodiversité terrestre, marine, fluviale, agricole, la préservation des écosystèmes, etc. Le rapport ne donne pas de plus amples précisions sur le travail accompli depuis 1998. Toutefois, la préservation des écosystèmes est tributaire de tant de facteurs qu’on pourrait se demander si, dans le contexte actuel de dégradation écologique, un quelconque objectif que s’est fixé le ministère dans cette stratégie a été atteint... Par ailleurs, le rapport consacre plusieurs pages à l’étude plus détaillée de la flore, de la faune et de la couverture végétale. 
Le sol et la terre, une source naturelle négligée
La terre accueille toutes sortes d’activités économiques qui, à leur tour, affectent le sol. L’agriculture peut potentiellement mener à une érosion et à une dégradation du sol. L’industrie utilise une superficie moins importante, mais doit être organisée en zones bien précises. La construction a grignoté beaucoup de terrain au Liban et a causé des dégâts aux paysages. Le transport exige un réseau routier qui a souvent été construit sans prendre en compte les considérations écologiques. Le développement des stations de ski peut représenter un danger pour les écosystèmes fragiles. Le secteur de l’énergie a également un impact sur les ressources par sa transformation de paysages et le stockage de fuel qu’il implique. 
La première carte MOS (mode d’occupation du sol) date de 1962 et a été exécutée par l’armée et l’Institut géographique national de France. Elle reste une source précieuse d’informations, bien qu’elle soit dépassée sans avoir été remplacée par une autre carte digne de ce nom. Le ministère de l’Environnement, par le biais de son programme Ledo, a récemment publié une carte récente, avec l’aide technique du CNRS et du Cermoc. D’autre part, le Centre national de télédétection du CNRS a produit une nouvelle carte de répartition des sols du Liban. Par ailleurs, le rapport souligne le fait que, malgré sa grande valeur naturelle et socio-économique, notamment dans un pays à l’urbanisation galopante, le sol n’a fait, au Liban, l’objet d’aucune stratégie significative de préservation. Le sol est un important régulateur biologique pouvant, s’il est bien préservé, amortir les effets de la pollution sur les écosystèmes. La dégradation du sol peut être causée par des facteurs naturels, mais aussi socio-économiques (densité populaire, développement urbain, agriculture...). Plusieurs risques majeurs de dégradation sont retenus dans le document. Il est estimé que 815.000 moutons et chèvres dépendent partiellement des terres sauvages pour le pâturage, causant une réduction de la couverture végétale. Les agriculteurs utilisent environ 32.000 tonnes d’engrais et 2.500 tonnes de pesticides par an, contaminant gravement le sol. La construction de routes dans des zones encore vierges ouvre la voie à une expansion urbaine. Enfin, ce chapitre met l’accent sur deux zones particulièrement sensibles (pour des raisons différentes) : la zone côtière et le Liban-Sud récemment libéré de l’occupation israélienne. La première s’étend sur environ 162.000 hectares et abrite quelque deux millions et demi de personnes qui contribuent à 73% du PIB. Le document évoque les abus sur le domaine public maritime, dont 23% sont occupés par des complexes balnéaires, des unités commerciales et industrielles et des ports. Quant au Liban-Sud, sa libération a suscité un grand intérêt dans le potentiel que représente ce nouveau territoire disponible. Le défi reste d’assurer le développement urbain de cette région tout en préservant ses caractéristiques naturelles.    haut
 
ONU - Résolution
 
paru dans le Monde du 8 novembre 2002
D'ici à la fin de la semaine, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait voter une résolution sur l'Irak. Elle marquera la fin d'une formidable bataille politico-diplomatique qui a eu lieu ces dernières semaines à New York. L'aspect d'obscure querelle sémantique qu'elle a pu revêtir ne doit pas cacher l'essentiel. La bataille a porté sur le respect de certains principes élémentaires, mais fondamentaux, pour la communauté internationale. C'est une affaire importante qui s'est jouée là, et dans laquelle la France a eu son rôle. A l'origine, il y a la volonté du président George W. Bush, passé sa campagne d'Afghanistan, de s'en prendre à l'Irak. L'Afghanistan, c'était simple : on attaquait un régime, celui des talibans, qui se confondait, largement, avec Al-Qaida, l'auteur des attentats du 11 septembre 2001. L'Irak, c'était plus compliqué. Avant même l'agression terroriste contre New York, George W. Bush avait clairement laissé entendre son désir d' "en finir avec Saddam Hussein". L'Irak est un peu un test de virilité sur la scène politique américaine, particulièrement chez les républicains. Seulement voilà, les Etats-Unis n'ont jamais fourni la preuve de l'implication de Bagdad dans les attentats du 11 septembre, pas plus qu'ils n'ont établi de liens formels entre Saddam Hussein et Al-Qaida.
Qu'à cela ne tienne, disait-on, il y a quelques mois, à Washington : l'Irak, en violation des résolutions de l'ONU, développe des armes de destruction massive que, par antiaméricanisme viscéral, Saddam Hussein pourrait mettre à la disposition de groupes islamistes. Cette seule menace virtuelle placerait les Etats-Unis en situation de légitime défense, assurait-on, à la Maison Blanche, et les autoriserait à immédiatement attaquer l'Irak. Au terme d'une bataille au sein de l'administration - remportée par le secrétaire d'Etat Colin Powell mais dans laquelle le Britannique Tony Blair a aussi pesé -, le président a changé de cap. Il a compris que, sauf à heurter de front la quasi-totalité de la communauté internationale, il devait en passer par l'ONU avant de s'en prendre à l'Irak. Il a alors trouvé sur son chemin la France pour obtenir le respect de certains principes-clés. Déclarant Bagdad en violation du régime de désarmement imposé à l'Irak, ce dont tout le monde convient, M. Bush voulait que le Conseil de sécurité l'autorisât à user automatiquement de la force. Paris a dit non : pas de recours automatique à la force. La résolution donne à l'Irak "une dernière occasion" de se conformer à ses obligations : accepter le retour des inspecteurs du désarmement et leur laisser toute liberté. Deuxième principe : en cas de violation de ces dispositions, le Conseil de sécurité devra se réunir à nouveau et "examiner la situation", sous-entendu avant l'usage de la force - la formule laisse place à bien des interprétations. L'évolution par rapport à la position initiale des Etats-Unis est importante. Ce n'est pas faire preuve d'antiaméricanisme que de s'en féliciter.    haut

 

 
 
 
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