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Indépendance
: oui, mais où en est le Liban ?
par GABY CHAMI, publié dans l'Orient-le
Jour le 21 novembre 2002
L’indépendance
est, encore une fois, célébrée
au Liban. Mais où en est le Liban
à cet égard ? Interrogation
douloureuse qui s’impose, car le
Liban d’hier que nous
connaissions continue de
s’effriter. Toutes les nations,
dans n’importe quelle région du
monde, évoluent en vue de
s’adapter à des circonstances
en perpétuels changements.
Pourquoi faut-il qu’au Liban,
cette évolution s’effectue aux
dépens de la jeunesse libanaise ?
Cette jeunesse qui s’attarde des
heures durant, en files
interminables, devant les
ambassades, en quête d’un visa
d’émigration, sans espoir de
retour. Cette jeunesse qui ne
cesse de se demander où en est le
Liban 13 ans après l’adoption
de l’accord de Taëf, et après
la promulgation incroyable du décret
de naturalisation de plus de
300.000 étrangers d’un seul
trait de plume, alors que la
nationalité libanaise continue
d’être déniée à des milliers
de Libanais de vieille souche. Et
n’est-on pas en droit de
s’inquiéter de savoir où sont
les partis politiques censés
lutter pour l’indépendance
nationale ? En dépit de tous ces
points d’interrogation
douloureux, nos jeunes ne doivent
quand même pas renoncer à
regarder l’avenir en face, à
s’intégrer avec courage à leur
siècle, à renoncer aux slogans
vides de sens pour s’attacher à
une œuvre utile et de longue
haleine au service du Liban.
haut
Liban
: des bâillons sur l'opposition
La
Syrie resserre la vis contre ceux
qui contestent sa mainmise sur le
pays
par CHRISTOPHE AYAD, publié
dans Libération le 1er novembre
2002
La scène se passait le week-end
dernier dans un café du
centre-ville flambant neuf de
Beyrouth. Attablé en terrasse,
Samir Frangié voit s'approcher
une dame de la bonne bourgeoisie
chrétienne. "Ah !
monsieur, vraiment nous sommes de
tout coeur avec vous. Vous faites
honneur au pays. Et pour la
manifestation de jeudi, on vous
soutient. Mais on ne pourra pas
venir. Mon mari est colonel, vous
comprenez..." Le mari
reste en retrait, il salue gêné.
Quand on a une fonction
officielle, il ne fait pas bon être
vu en ce moment avec un leader de
l'opposition chrétienne qui réclame
le départ des troupes syriennes
et l'arrêt de la tutelle de Damas
sur le Liban. Officiellement, ce
n'était pas le sujet de la
manifestation (interdite au
dernier moment par le pouvoir)
censée protester contre la
confirmation par la justice de la
fermeture, le 21 octobre, de la
chaîne de télévision privée
MTV dont les 450 employés sont au
chômage forcé. Condamnée le 4
septembre pour infraction au code
électoral, fermée le jour même
manu militari et avec une célérité
inhabituelle, la chaîne est
devenue le symbole d'une
opposition "muselée".
De la querelle à la bataille
En juin, MTV avait joué un rôle
décisif dans la victoire de son
propriétaire, Gabriel Murr, dans
une législative partielle
l'opposant à sa nièce Myrna,
dont le frère Elias est ministre
de l'Intérieur, et le père
Michel l'éminence grise du
pouvoir libanais... et syrien au
Liban. De simple querelle de
famille, la partielle du Metn
(leur région d'origine) s'est
transformée en bataille politique
majeure et l'opposition chrétienne
a voulu voir dans la victoire de
son candidat, Gabriel Murr, le
signal du réveil antisyrien. En
fait, il est impossible de décrypter
les enjeux sans prendre en compte
les préoccupations syriennes. Or
depuis le 11 septembre, Damas est
sur la défensive, craignant de
faire les frais de la guerre américaine
contre le terrorisme et surtout de
perdre sa carte maîtresse dans la
région, le Hezbollah. La peur de
voir les rôles redistribués est
avivée. Pas question donc pour
Damas de laisser se développer au
Liban un débat sur la présence
de plus de 20.000 de ses soldats
alors qu'Israël s'est retiré du
sud du pays.
Au printemps 2001, l'opposition
chrétienne s'est pour la première
fois fédérée sous l'égide du
patriarche maronite, Nasrallah
Sfeir, et a adopté une
plate-forme politique commune
portant le nom du village où elle
a vu le jour Kornet Chehwane : des
représentants de toutes tendances
y réclament un retrait syrien
sans quitter pour autant le cadre
des accords de Taëf qui ont mis
fin à la guerre en 1990, ni
remettre en cause les relations
privilégiées avec Damas. "Pour
la première fois, les modérés
du camp chrétien ont imposé leur
ligne aux extrémistes, les
Phalangistes d'Amine Gemayel et
les Forces libanaises de Samir
Geagea", explique Samir
Kassir, fin analyste au quotidien al-Nahar.
L'appel de Kornet Chehwane a
d'autant plus d'écho que s'y
joint le leader druze Walid
Joumblatt. Le 7 août 2001, le
pouvoir réagit en ordonnant une
rafle massive dans les milieux chrétiens
antisyriens. Plus de 150 personnes
sont arrêtées. Deux jours plus
tard, une manifestation de
protestation est réprimée sans ménagement.
Les détenus seront relâchés
sauf un responsable des Forces
libanaises, Tewfiq al-Hindi, et
deux journalistes, Habib Younes et
Antoine Bassil, condamnés sans
preuves pour contact avec Israël.
Hindi doit être libéré dans les
prochains jours.
Face à la "menace chrétienne",
le pouvoir agite l'épouvantail
confessionnel en mobilisant les
différentes communautés et
partis musulmans, chiites comme
sunnites. Un jeu dangereux dans un
pays déchiré par quinze ans de
guerre civile et d'invasions. Face
aux pressions, Walid Joumblatt a
claqué la porte de Kornet
Chehwane qui prend de plus en plus
allure, pour ses détracteurs, de
camp de la "revanche
maronite". Les accusations du
pouvoir se font de plus en plus
graves : Kornet Chehwane serait "infiltré
par les sionistes" et
contribuerait à rallumer les
braises de la sédition
confessionnelle. "C'est
la première fois, s'exclame
Samir Frangié, qu'on me
reproche quoi que ce soit en
rapport avec Israël."
Une virulence à la mesure de la fébrilité
syrienne depuis que certains
congressistes américains,
fortement encouragés par le général
Aoun, ont proposé de sanctionner
Damas à travers un projet de loi,
le Syrian Accountability Act, si
des mesures antiterroristes n'étaient
pas prises. Parallèlement, la répression
a pris un tour de plus en plus
systématique. Les services de
renseignements - la Sûreté générale,
les renseignements militaires et même
la garde présidentielle -,
chapeautés depuis Damas, ont
carte blanche pour agir à leur
guise. Appliquant à la lettre les
ordres de Damas, le président
Lahoud en profite pour s'offrir un
véritable culte de la personnalité,
une forme de récompense et
surtout une nouveauté absolue au
Liban. L'armée, qu'il a longtemps
dirigée en tant que chef d'état-major,
lui obéit au doigt et à l'oeil,
réprimant l'opposition chrétienne
avec un entrain décuplé par son
inactivité forcée au sud du pays
où c'est le Hezbollah qui
"tient" la frontière
avec Israël.
Lèse-majesté
Début septembre, à l'occasion
d'une tournée du général-président
dans le Metn, sa région d'origine
et le lieu du camouflet infligé
par Gabriel Murr, l'itinéraire
avait été tapissé de portraits
et d'affiches avec un zèle que, même
à Damas, l'on a oublié depuis la
mort de Hafez el-Assad en juin
2000. Deux jeunes surpris en train
de décoller les affiches ont été
détenus une semaine. Ainsi qu'un
passant et une femme enceinte soupçonnés
de crime de lèse-majesté. Tout
le pays est verrouillé, sous
contrôle : la justice, la presse,
les universités. Le journaliste
Samir Kassir a le mauvais goût de
moquer le chef de la Sûreté générale,
Jamil al-Sayed ? Il est
ostensiblement filé pendant
quarante jours par des agents menaçants.
Les étudiants aounistes de
l'Université Saint-Joseph ont
l'outrecuidance de vouloir
organiser une marche de
protestation contre l'occupation
syrienne à l'avant-veille du
sommet de la Francophonie, à la
mi-octobre ? Ils sont matraqués
avec tant de zèle qu'une semaine
plus tard, Cynthia Zarazir, une
militante estudiantine de 21 ans,
portait encore une minerve et une
attelle. Pour le sommet de la
Francophonie, les hommes de la présidence
ont décidé de "passer au
crible" la liste des invités
à la cérémonie d'ouverture. Résultat
: un tiers des sièges étaient
vides le jour dit et il a fallu dépêcher
d'athlétiques moustachus pour
remplir les rangs du fond. Les
exemples de cet
"encasernement" de la
vie politique sont innombrables.
Rappel du proconsul
Mais autant la façade libanaise a
l'air solidement bétonnée,
autant les fondations reposent sur
du sable. Début octobre, on
apprenait ainsi le rappel à Damas
de Ghazi Kanaan, le
"proconsul" syrien au
Liban depuis deux décennies, pour
diriger la police politique. Et
jusqu'à présent, personne à
Beyrouth ne s'est risqué à
trouver une explication à ce
mouvement fondamental: signe de
force ou de faiblesse, bonne ou
mauvaise nouvelle? "C'est
ça la vraie victoire des Syriens,
ironise Samir Frangié. Avoir réussi
à nous rendre incapable de
"penser" le système
syrien alors qu'à Damas, ils
connaissent parfaitement le système
libanais."
haut
Quand
l'Université veut enrayer la fuite
des cerveaux
par SIBYLLE RIZK, publié dans
le Figaro le 21 novembre 2002
Le Liban produit peu. La
consommation des ménages est supérieure
au PIB et les importations plus de
huit fois supérieures aux
exportations. Le pays, qui n'a ni
pétrole ni matières premières,
en est donc réduit à exporter sa
principale richesse : ses
ressources humaines. Il n'y a pas
de chiffres officiels pour mesurer
l'ampleur de l'émigration qui est
pourtant un phénomène
indissociable de l'histoire du
Liban, depuis la fin du XIXe
siècle. Selon une récente enquête
de l'Université Saint-Joseph (USJ),
dans près de la moitié des ménages,
au moins un membre de la famille
s'est installé définitivement à
l'étranger pendant la période
1975-2001. Plus de la moitié des
émigrés de cette période sont
partis pendant la guerre
(1975-1990), mais 26 % d'entre eux
ont quitté le pays au cours des
cinq dernières années. La
recherche d'un emploi et d'une
meilleure situation économique
motive plus de la moitié des départs.
La même enquête révèle qu'un
peu plus du tiers des jeunes
actifs âgés de 18 à 35 ans déclarent
vouloir partir à l'étranger.
La "saignée" est dénoncée
dans tous les discours publics,
mais rien n'est fait concrètement
pour enrayer le problème en
s'attaquant à sa source, le chômage,
déplore l'économiste Nicolas
Chammas. Celui-ci est estimé à
11,5 % de la population active par
l'enquête de l'USJ. "La
croissance qui a accompagné les
premières années de la
reconstruction a été pauvre en
emplois", dit l'économiste.
Les grands projets étaient confiés
à des sociétés occidentales,
tandis qu'une main-d'oeuvre étrangère,
surtout syrienne, occupait les
emplois les moins qualifiés.
L'essoufflement rapide de cette
croissance, dès 1995, puis la récession
ont par la suite affaibli
davantage encore les espoirs
d'embauche. Le chiffre du chômage
ne donne pas une image complète
de la situation du Liban où le chômage
déguisé tient une place
importante, en particulier dans la
fonction publique, mais aussi dans
le privé. Le taux d'inactivité
est lui aussi élevé, puisqu'il
représente deux tiers de la
population, dont beaucoup de
femmes au foyer ou d'hommes
retraités avant l'heure, en plus
des jeunes scolarisés et des
personnes âgées.
En fin de compte, les actifs qui
ont un travail ne représentent
que 30 % de la population totale.
Le niveau des revenus étant assez
faible (le smic est à 200
dollars), beaucoup de ménages dépendent
de transferts de l'étranger.
Cette rente est le principal filet
de sécurité de la société
libanaise. D'où, semble-t-il,
l'absence de remise en question sérieuse
du système universitaire, malgré
l'inadaptation des formations
proposées par rapport au marché
local de l'emploi, car il assure
la perpétuation de cette source
de revenus par l'exportation de
jeunes gens qualifiés. Certaines
initiatives universitaires ou privées
tentent d'enrayer la fuite des
cerveaux. Dans le secteur de
l'informatique, par exemple, un
Libanais couronné de succès en
France a délocalisé à Beyrouth
sa production de logiciels pour
profiter de l'abondance de jeunes
ingénieurs de qualité qui font généralement
valoir leur diplôme à l'étranger.
Mais il s'agit d'efforts
ponctuels, faute de programme
national.
haut
par SHIMON PERES, publié dans
le Monde du 14 novembre 2002
L'auteur
est ancien premier ministre d'Israël,
a reçu le prix Nobel de la paix en
1994
Quand des gens en Israël ont
faim, les questions sociales
doivent figurer en tête de notre
programme. Mais il est impossible
de corriger la situation sociale
sans corriger l'économie. Tant
que les investissements en Israël
ne sont pas renouvelés et que les
touristes ne reviennent pas, tant
que la fuite des capitaux hors
d'Israël n'est pas jugulée et
que des budgets sont attribués à
des intérêts spécifiques, l'économie
ne se redressera pas. Et tant que
la sécurité reste instable, la
situation sociale et économique
continuera à se détériorer.
Plusieurs conditions sont nécessaires
pour corriger cette situation :
- Il doit y avoir une
collaboration palestinienne dans
la guerre contre le terrorisme.
Les Palestiniens n'offriront leur
collaboration que si nous leur
proposons un horizon politique
clair. Cet horizon est le point de
vue présenté par George W. Bush
et le Quatuor (Nations unies,
Etats-Unis, Russie et Union européenne) :
une solution permanente fondée
sur deux Etats vivant côte
à côte. Au cours de mes récentes
rencontres avec des Palestiniens,
j'ai bien fait comprendre qu'il
n'y a aucune chance pour qu'Israël
accepte la position palestinienne,
de même qu'il n'y a aucune chance
pour que les Palestiniens
acceptent la position israélienne.
La seule solution est que les deux peuples
acceptent le compromis
international soutenu pratiquement
par le monde entier et par la
majorité des gens des deux peuples. Sans
soutien international, les
Palestiniens ne réussiront pas à
créer un Etat et Israël aura
beaucoup de mal à parvenir à la
paix. Le premier ministre israélien,
Ariel Sharon, dit qu'il accepte le
point de vue de Bush, mais il
n'est pas prêt à présenter
cette position devant le
gouvernement pour obtenir son
approbation. Les balbutiements ne
font pas la politique.
- Tout accord avec les
Palestiniens peut - et doit - être
établi de sorte que les choses se
fassent simultanément :
guerre contre le terrorisme, négociations
pour une solution permanente et réformes
du gouvernement palestinien. Si on
fait en sorte que l'un des éléments
dépende d'un autre, tout restera
bloqué, comme c'est le cas depuis
deux ans.
- Il faut geler la construction
dans les implantations et nous
devons annoncer que nous sommes prêts
à inclure dans tout accord
permanent le retrait des
implantations, comme l'avait
proposé Bill Clinton à Camp
David. La société israélienne a
payé un fort tribut aux
implantations. Elles ont englouti
le budget et ont rendu difficile
le tracé d'une carte assurant la
paix et la sécurité pour Israël.
Il n'y a pas de temps à perdre.
D'ici trois ou quatre ans, il y
aura un nouveau Moyen-Orient ou un
Moyen-Orient nucléaire infesté
de terroristes. Ce sera soit un
Moyen-Orient en proie à la peur,
à l'hostilité et à la pauvreté,
soit un Moyen-Orient sans armement
moderne et sans économie, rétrograde.
Ce pourrait être un Moyen-Orient
qui coopère pour
l'infrastructure, la gestion économique
dans l'industrie et les services
en rapport avec les nouvelles
technologies - comme cela
s'est produit en Europe et se
produit actuellement en Chine, en
Asie du Sud-Est, en Inde et même
en Amérique latine. Israël peut
figurer parmi les chefs de file
d'une telle région si le pays réussit
à vaincre son cynisme et son
scepticisme. La droite a essayé -
nous avons essayé avec elle dans
le Parti travailliste - de
parvenir à la paix, à la sécurité
et à la croissance économique.
Cet effort a échoué pour cause
de balbutiements, d'hésitation,
d'indécision et d'horizons
perdus. Le mandat est de nouveau
entre les mains du peuple qui doit
décider s'il veut un nouveau
Moyen-Orient ou la pauvreté
sociale et l'échec politique.
Traduit de l'anglais par
Florence Levy-Paoloni - Los
Angeles Times
haut
Attentats
anti-israéliens au Kenya
paru dans le Monde du 29
novembre 2002
Jeudi matin, à Mombasa, un hôtel
d'une chaîne israélienne et un
avion de la compagnie Arkia ont été
attaqués. Un double attentat
anti-israélien a été perpétré,
jeudi matin 28 novembre, au
Kenya, dans la ville côtière de
Mombasa. A peu près simultanément,
une voiture piégée a été lancée
contre un hôtel fréquenté par
des touristes venus d'Israël,
cependant qu'un ou deux missiles
étaient tirés contre un avion de
ligne israélien qui assurait le
vol Mombasa-Tel-Aviv. Le tir de
missiles a manqué l'appareil, qui
venait de décoller avec 261 passagers
et 10 membres d'équipage à
bord, et a poursuivi sa route.
Selon des informations
provisoires, l'attentat contre l'hôtel
a fait au moins onze morts - parmi
lesquels trois Israéliens dont
deux enfants - et une
vingtaine de blessés. L'attentat
n'avait pas été revendiqué
jeudi matin. Il intervient après
que la chaîne de télévision
qatarie Al-Jazira a diffusé, le
12 novembre, un
enregistrement présenté comme émanant
d'Oussama Ben Laden. Le chef d'Al-Qaida
y réitérait ses menaces
d'attentat, sans viser spécifiquement
ni Israël ni l'Afrique. C'est au
Kenya, en 1998, qu'Al-Qaida avait
organisé une attaque à la bombe
contre l'ambassade des Etats-Unis
à Nairobi. Cette attaque avait
fait près de 200 morts. La côte
kényane est une destination appréciée
des Israéliens. Propriété d'une
compagnie israélienne, l'hôtel
Mombasa Paradise venait
d'accueillir un groupe de 140 Israéliens
quand le véhicule piégé s'est
écrasé sur la porte d'entrée.
L'avion visé appartient à la
société de charters israélienne
Arkia.
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Nations
Unies "made in New York"
Un
plan de réforme de l'ONU inquiète
de nombreux diplomates à Genève
par PIERRE HAZAN, publié dans
Libération le 7 novembre 2002
Alerte rouge aux Nations unies à
Genève ! Le document qui porte la
signature de Kofi Annan, patron de
l'ONU, a l'air totalement
inoffensif. Son titre - Renforcer
l'ONU : un programme pour aller
plus loin dans le changement -
est même une invitation à
s'assoupir. Qui pourrait être
hostile à des mesures de
rationalisation du
"Machin" ? Pourtant,
derrière le langage
technocratique, des diplomates et
des représentants d'ONG débusquent
des arrière-pensées très
politiques et pour le moins inquiétantes.
Ils y voient, sous la pression de
plusieurs Etats comme les
Etats-Unis ou la Grande-Bretagne,
la volonté de réduire la
diversité des points de vue et de
museler les quelques organes de
l'ONU qui égratignent les Etats
pour faire place à une
information made in New York, laquelle
serait imprégnée du seul prisme
culturel anglo-saxon.
Stratégie
Ainsi, l'article 72 du plan de réforme
prévoit de substituer aux 13
centres d'information de l'ONU en
Europe un centre régional, sans
doute à Bruxelles. "Et
dans les trois prochaines années,
précise le document, nous
devrions adopter une démarche
similaire dans d'autres régions
du monde." Toute la stratégie
de l'information serait ainsi
faite à New York et relayée dans
une poignée de lieux stratégiques.
Sous couvert d'anonymat, certains
diplomates européens
s'interrogent : "Toute la
question est de savoir ce qu'on va
mettre dans les tuyaux
d'information de l'ONU. Des
critiques qui ne s'adressent
qu'aux pays les plus pauvres ?
Va-t-on vers une CNN de l'ONU, qui
ne distillerait qu'une information
prémâchée convenant aux
Etats les plus puissants ou à
l'unique superpuissance ?", s'interroge
un diplomate. Un autre
interlocuteur souligne que si
cette réforme est acceptée, les
analyses des revues de presse
faites actuellement à Rome,
Madrid, Paris, Moscou, Lisbonne,
Genève... ne seraient plus
quotidiennes, livrant le secrétariat
de l'ONU à la seule influence des
grands médias américains.
Inexactitudes
Il est vrai que certains Etats
estiment que les organes basés à
Genève, actifs dans les droits de
l'homme, "en font
trop". Ils sont d'autant
plus furieux qu'avec Internet les
communiqués de l'ONU sont
disponibles avec seulement un
double clic de n'importe quel
endroit de la planète. Certaines
missions diplomatiques ont même
suggéré que les communiqués de
l'ONU soient revus par leurs soins
afin de corriger "les
inexactitudes". Il ne
s'agit plus seulement de pays
connus pour leur triste bilan en
matière de droits de l'homme,
mais du Canada et de l'Australie,
qui n'ont pas aimé être montrés
du doigt pour leur politique à l'égard
des populations autochtones ou des
réfugiés. La réforme vise aussi
à réduire la masse indigeste de
rapports. "Mais à quel
prix ?", s'interroge
Antoine Madelin, de la FIDH.
" Sous prétexte de
rationalisation, on veut alléger
les obligations des Etats, au
risque de passer à l'as les
objectifs de l'ONU de promouvoir
la défense des droits de
l'homme." L'assemblée générale
doit se prononcer sur cette réforme.
haut
A Londres, un
enfant sur deux sous le seuil de
pauvreté
par JEAN-PIERRE LANGELLIER,
publié dans le Monde du 21 novembre
2002
Charles Dickens, s'il vivait
aujourd'hui, aurait encore de quoi
nourrir sa veine littéraire. Il
trouverait matière à s'indigner
dans le plus inattendu des résultats
d'une enquête remise au maire de
Londres, mardi 19 novembre, à la
veille de la Journée
internationale des droits de
l'enfant : 53 % des
enfants de la capitale britannique
vivent sous le seuil de pauvreté.
Ainsi, la plus riche, la plus
opulente, la plus dispendieuse des
capitales européennes abrite en
son sein, à côté de ses
nombreux millionnaires - en
livres sterling -, plus de 300.000
enfants officiellement
"pauvres". Ils ne vivent
pas dans les lointaines banlieues
mais au centre de la ville, au cœur
du "Londres intérieur"
qui compte près de 3 millions
d'habitants et possède le plus
haut revenu d'Europe per capita.
Ils habitent les secteurs les plus
démunis des subdivisions
administratives (boroughs) de
Hackney, Lambeth, Southwark ou
Tower Hamlets, à quelques
stations de métro des quartiers
les plus prospères - Chelsea
ou Kensington -, là où les prix
de l'immobilier atteignent des
sommets.
Autre surprise : la pauvreté
affecte proportionnellement plus
d'enfants dans le centre de
Londres que dans toute autre région
du pays. En Grande-Bretagne est
"pauvre" toute personne
vivant dans une famille disposant
d'un revenu inférieur à 60 %
du revenu moyen. Et l'enquête
remise au maire repose sur les
chiffres officiels du ministère
du travail et des retraites. Par
souci d'équité, elle prend en
compte le revenu familial diminué
des impôts, des prélèvements
sociaux et des frais de logement,
très inégaux selon les régions.
La pauvreté infantile à Londres
est la plus forte (73 %)
parmi les minorités d'origine
pakistanaise et bangladeshie. Le
très faible taux de chômage
national - à peine plus de 3 % -
masque d'énormes disparités.
Chaque année, Londres accueille
quelque 150.000 nouveaux
arrivants. La grande majorité
d'entre eux occupent un emploi très
peu qualifié, ou n'en trouvent
aucun. En termes réels, les
revenus des travailleurs manuels
n'ont progressé à Londres que de
9 % en dix ans, ceux des
travailleuses de 12 %. Le
" Inner London"
souffre aujourd'hui du plus fort
taux de chômage, parmi toutes les
"sous-régions" du pays.
Les enfants pauvres appartiennent
aux familles où le chômage
frappe l'un des parents ou les
deux. Enfin, la tuberculose est
entre trois et huit fois plus répandue
à Londres que dans le reste du
royaume. Ce qui, décidément, ne
surprendrait pas Dickens.
haut
L'Arabie
saoudite et les Etats-Unis, quel
avenir pour une relation
"contre-nature" ?
Antoine Basbous livre dans
"L'Arabie saoudite en
question" les clés pour
comprendre le royaume wahhabite
par EMILIE SUEUR, publié dans l'Orient-le
Jour le 18 novembre 2002
Alliée de
longue date de Washington, mais également
l’un des berceaux du terrorisme
islamiste, l’Arabie saoudite se
trouve aujourd’hui dans une
position plutôt inconfortable
vis-à-vis des Etats-Unis de
l’après-11 septembre. Et vice
versa. D’où la question posée
par le politologue Antoine Basbous
: "Comment l’Amérique va
traiter un allié dont les ulémas
exaltent et financent la guerre
totale menée contre elle ?"
Dans son ouvrage "L’Arabie
saoudite en question", le
directeur de l’Observatoire des
pays arabes nous donne les clés
pour analyser cette relation
improbable soudée par les dollars
de l’or noir depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale en
revenant sur l’histoire du
royaume wahhabite, son idéologie
et l’articulation de ses intérêts
politiques avec un rigorisme
religieux. L’Arabie
saoudite est née d’un pacte
fondateur scellé en 1744 entre le
prince guerrier Mohammed ben Saoud
et le "réformateur"
religieux, créateur du
Wahhabisme, Mohammed ben
Abdelwahab. L’alliance de l’épée
et du livre, pour reprendre
l’expression d’Antoine Basbous.
De guerres
fratricides en conquêtes
audacieuses, la dyarchie parvient
à former un royaume. Un royaume
exposé à un seul danger, intérieur,
qui tient à "la nature même
d’un régime tiraillé entre
fanatisme religieux et réalisme
politique", précise Antoine
Basbous. Plusieurs fois, au cours
de son histoire, l’Arabie sera
secouée par des crises nées précisément
de ce tiraillement. Les ikhwanes
(une confrérie de Bédouins sédentarisés
au sein de colonies par le roi
Abdelaziz, des colons-soldats),
qui avaient osé défier "au
nom d’une exigence
religieuse" le pouvoir
temporel, sont les premiers à
faire les frais d’une reprise en
main sanglante par l’armée régulière
du roi lors de la bataille de
Sabilat à la fin des années
trente. Une seconde crise a lieu
neuf mois après la révolution
iranienne quand une centaine de
wahhabites extrémistes se révoltent
contre les "Saoud
corrompus" et investissent La
Mecque. L’occupation du lieu
saint ne prend fin que grâce à
l’intervention de l’étranger
et notamment du GIGN français.
Mais le mal est déjà fait :
"La sanglante alerte de La
Mecque avait fait mesurer au régime
l’ampleur du malaise entre les
deux partenaires du pacte
fondateur", explique Antoine
Basbous.
Rapidement, une
troisième crise frappe l’Arabie
saoudite avec l’attaque soviétique
contre l’Afghanistan. De prime
abord, le jihad afghan offre
"au régime l’occasion de
prouver qu’il reste fidèle aux
valeurs dont il se réclame".
Dans le même temps, sous couvert
de guerre sainte, Ryad "donne
satisfaction à la stratégie américaine
dans son désir de piéger l’Armée
rouge par alliés interposés".
Mais sur le terrain afghan, les
combattants saoudiens se
radicalisent. De retour en Arabie,
ils dénoncent la corruption de la
famille royale, des "ulémas
du trône" et deviennent une
source d’agitation intégriste.
Enfin, l’invasion du Koweït par
les troupes de Saddam Hussein en
1990 et l’arrivée en masse des
GI américains sur le sol sacré
provoque un "véritable
traumatisme culturel" :
"Pour les wahhabites, un Etat
islamique ne pouvait en aucun cas
s’allier à un Etat “mécréant”
contre un autre Etat
islamique", explique M.
Basbous. Les plaidoyers de ben Baz,
l’imam du royaume, ne
parviennent pas à freiner la montée
puis l’organisation de la
contestation des ulémas contre la
famille royale et les "ulémas
du trône". De cette
contestation naît "une autre
dissidence (qui fait) moins de
bruit, mais (qui va) ébranler le
monde, celle d’Oussama Ben Laden".
Le débarquement des GI a
"fait éclater la
contradiction d’un système dont
l’idéologie était à l’exact
opposé de la praxis", résume
Antoine Basbous.
Les trois piliers de la
stabilité saoudienne ébranlés
Si le pouvoir royal a toujours
affiché tous les signes extérieurs
de bonheur dans sa relation avec
les Etats-Unis, cette relation même
est donc une source de tensions
internes au sein du royaume. Après
le 11 septembre et ses 15
kamikazes (sur 19) de nationalité
saoudienne répondant aux ordres
d’un Saoudien déchu de sa
nationalité ; après les
tergiversations de l’Arabie
saoudite quant à sa participation
à une attaque américaine contre
l’Irak, quel est l’état des
relations américano-saoudiennes
et quelles évolutions peut-on
envisager ? La relation américano-saoudienne
repose sur un échange de bons
procédés. Washington assure la
protection du royaume contre
l’approvisionnement pétrolier
de l’Occident. Les pétrodollars
sont réinvestis dans des
commandes d’armes aux Etats-Unis
et l’achat d’usines clés en
main ou placés sur les continents
américain ou européen. Le
wahhabisme, bénéficiant de cette
manne de dollars, a longtemps fermé
les yeux sur cette
"compromission". Mais,
avec la chute de l’URSS, les
Etats-Unis n’ont plus porté la
même attention à leurs
"alliés stratégiques"
dans la région.
Durant les années 90, Washington
s’est obstiné à pratiquer la
politique de l’autruche, la CIA
n’étant même pas autorisée à
produire des notes d’évaluation
stratégiques sur le développement
de l’islamisme en Arabie. Parallèlement,
les bases américaines commençaient
à être attaquées. Après le 11
septembre, Ryad condamne
officiellement les attentats et
rompt avec le régime des
talibans. Il n’en demeure pas
moins la source idéologique et
financière de l’islamisme
mondial. Washington demande au
pouvoir de renier son idéologie
qu’il considère désormais
comme meurtrière, mais "le
prince ne peut rompre son pacte
avec le réformateur". Le
divorce américano-saoudien est-il
dès lors inéluctable ? Selon
l’auteur, une rupture poserait
deux problèmes. Le premier est
d’ordre psychologique : une
rupture consacrerait la victoire
de Ben Laden dont l’objectif
affiché est de chasser les impies
hors d’Arabie saoudite. Le
second est d’ordre économique
et évidemment lié au pétrole
dont un quart des réserves
mondiales se trouvent dans le
sous-sol saoudien.
Trois hypothèses sur les
relations bilatérales
A court terme, Washington est
donc contraint de maintenir cette
"relation
contre-nature", ce «mariage
d’argent qui n’a jamais reposé
sur la moindre valeur commune».
Sur le plus long terme, Antoine
Basbous développe quelques hypothèses
sur l’évolution des relations
bilatérales. Après l’embargo pétrolier
de 1973, Henry Kissinger aurait établi
un plan stratégique pour éviter
toute interruption de l’écoulement
de l’or noir. Pratiquement, ce
plan consiste à dissocier
"le pétrole de l’islam
combatif". Une hypothèse
"plus que jamais d’actualité",
souligne Basbous. Pour dissocier
ces deux entités, Washington
pourrait dénoncer la répression
opérée par Ryad envers les
chiites auprès du Conseil de sécurité
qui prendrait des mesures pour la
protection de cette minorité. En
résulterait une séparation géographique
des zones de peuplement chiite qui
précisément correspondent aux
zones pétrolifères. Une autre
option consisterait, pour les
Etats-Unis, à tarir les sources
de revenus de l’Arabie saoudite,
dont une partie finance
l’islamisme mondial, en allant
s’approvisionner à d’autres
puits (Russie, Nigeria...).
Washington pourrait également, à
condition d’installer à Bagdad
un régime relativement stable ou
soumis, mettre le grappin sur les
richesses pétrolières du
sous-sol irakien. Enfin, les
Etats-Unis pourraient être tentés
d’attiser les multiples soifs
d’autonomie de la région pour
contraindre Ryad à se concentrer
sur ses problèmes internes.
L’Arabie saoudite et les
Etats-Unis sont deux pays
complexes, aux intérêts tantôt
convergents tantôt divergents.
Deux pays symbolisant deux mondes,
deux cultures qui se comprennent
de moins en moins. Dans son
ouvrage, Antoine Basbsous donne au
lecteur quelques clés pour tenter
d’appréhender l’évolution
d’une relation qui s’annonce
conflictuelle et risque de dominer
l’actualité des temps à venir.
haut
Egypte -
Al-Azhar autorise les intérêts
bancaires à taux fixe
La plus haute
institution sunnite tranche une
longue polémique
paru dans l'Orient-le
Jour le 18 novembre 2002
Al-Azhar,
la plus haute instance de l’islam
sunnite, a tranché dans une longue
polémique en jugeant licite au
regard de la religion musulmane les
intérêts bancaires à taux fixe.
Cette décision, prise en Egypte,
pourrait faire école dans
d’autres pays musulmans. Elle a été
adoptée lors d’une réunion du
Comité de recherches théologiques
islamiques de l’institution d’al-Azhar,
le 31 octobre, a affirmé hier à
l’AFP le directeur général du
secrétariat du comité, cheikh
Saber Taalab. Celui-ci a souligné
que "la décision a été adoptée
par 21 des 22 membres du comité".
Le responsable a refusé de préciser
l’identité de l’opposant et les
raisons de son refus concernant
cette décision. Aucune publicité
n’avait été faite jusqu’à présent
autour de cette décision et la
presse gouvernementale a attendu
dimanche pour en faire sa une, en
plein mois de ramadan. L’imam d’al-Azhar,
cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui,
proche du régime du président
Hosni Moubarak, militait depuis
plusieurs années en faveur d’un
assouplissement du régime du loyer
de l’argent, tentant de mettre fin
à une longue polémique entre ulémas
conservateurs et réformateurs.
Les conservateurs jugent illicite de
percevoir des intérêts à taux
fixe sur les placements bancaires.
Les réformateurs estiment pour leur
part que cela revient à percevoir
les bénéfices d’une activité
commerciale effectuée par la banque
au nom de ses clients. Ils font le
parallèle entre taux d’intérêt
et bénéfice des caravanes
commerciales que conduisait Mahomet
il y a près de 1.400 ans : le Prophète
achetait alors des produits avec
l’argent des membres de sa tribu,
à qui il redistribuait les bénéfices
dégagés par la vente de ces mêmes
produits. A cet argument, les
conservateurs répliquent que le
commerce comporte des risques,
contrairement aux placements à taux
fixe. La plupart des banques égyptiennes
n’ont pas attendu l’avis d’al-Azhar
: environ 90 % d’entre elles
versent actuellement des intérêts
fixes à leur clientèle, même si
une partie de la population préfère
les banques islamiques qui
garantissent des pratiques
"halal". Il s’agit
notamment de la Banque de
financement égypto-saoudienne, de
la Banque islamique internationale
pour l’investissement et le développement
et de la Banque Fayçal islamique,
qui offrent des intérêts à taux
variables en fonction des bénéfices
de la banque.
Deux banques d’Etat, la Misr et la
Banque du Caire, ont par ailleurs créé
ces dernières années des secteurs
spécialisés dans "les
transactions islamiques". Les
conséquences immédiates de cette décision
d’al-Azhar sur l’activité
bancaire, secteur nationalisé à
plus de 70 % en Egypte, n’ont pas
été précisées. Dans un pays en
crise économique depuis plus de
trois ans, avec en particulier un
manque chronique de liquidités,
cette décision pourrait
"apporter un peu de
souplesse", fait valoir Omar
Qadi, professeur de droit à l’Université
d’al-Azhar. Al-Azhar estime que la
décision s’imposait, en dépit
des remous qu’elle risque de
provoquer en Egypte et dans le monde
islamique, et refuse de dire que
celle-ci ait été prise en
catimini. "La jurisprudence
religieuse signifie le changement et
il est illogique de rester figé
alors que le monde change autour de
nous", a affirmé cheikh Taalab.
"Cette approbation va susciter
la colère de certains durant la période
à venir, mais la majorité des
membres du comité a tranché",
a déclaré un des membres du comité
religieux, Raafat Osman, au journal
Akhbar al-Yom. "Tant que nous
ne contredisons pas l’écrit (le
Coran) ou la sunna (la tradition de
Mahomet), nous avons bonne
conscience", a également
souligné cheikh Taalab.
haut
paru dans le Monde du 15
novembre 2002
Charia : loi
islamique. Elle comprend
l'ensemble des prescriptions
juridico-religieuses qui régissent
de tout temps la communauté des
croyants (oumma). Face aux défis
de l'évolution politique et
sociale de la communauté, les
juristes ont fait appel à des
sources complémentaires afin d'éclairer
le contenu implicite de la Révélation.
Chiisme :
doctrine et mouvement se réclamant
de la famille de Mahomet à partir
d'Ali, gendre du Prophète. Cette
doctrine s'est forgée sous la
direction des imams, descendants
directs du Prophète. Le chiisme
s'estimait majoritairement
favorable à l'acceptation des
autorités établies. La
radicalisation du chiisme ne vient
que tardivement, dans les années
1960 et 1970, à la rencontre de
deux tendances différentes : la
cléricalisation (hiérarchie avec
au sommet les grands ayatollahs
puis les ayatollahs et les simples
mollahs) et la politisation
(depuis la fin du XIXe siècle
en Iran) des oulémas chiites
d'une part, et l'idéologisation
de la doctrine chiite (sous
l'influence d'Ali Chariati au XXe
siècle, qui synthétise le
chiisme et les idéologies
occidentales progressistes)
d'autre part. Le chiisme regroupe
de 10 à 15 % des musulmans,
surtout en Iran (le seul pays où
le chiisme est religion d'Etat),
en Irak, en Azerbaïdjan et à
Bahreïn. Des communautés
importantes se trouvent en
Afghanistan, au Pakistan, en
Arabie saoudite, en Inde et au
Liban.
Fondamentalisme :
volonté de revenir aux textes
fondateurs de la religion, en négligeant
tous les apports de l'histoire, de
la philosophie et des traditions
accumulées. Le fondamentalisme
n'est pas en soi politiquement
radical ou révolutionnaire. Par
exemple, en Arabie saoudite, il
favorise un conservatisme extrême
sans remettre en question la légitimité
du pouvoir politique.
Islamisme ou radicalisme
islamique : traduction en
termes politiques du message
fondamentaliste. Olivier Roy le définit
plus précisément comme une "idéologisation
du fondamentalisme". Il
peut ainsi conduire à un réexamen
critique du régime politique et
poser les bases d'une refondation
politique et sociale, comme dans
le cas de la révolution islamique
iranienne à ses débuts.
Oumma : la grande
communauté de tous les croyants
musulmans.
Salafisme :
doctrine des adeptes des
"pieux ancêtres" (salaf),
ou de l'islam des origines, caractérisée
par un rigorisme extrême.
Sunnisme :
doctrine de la majorité des
musulmans du monde (85 %) qui se réclament
de la communauté originelle des
croyants, modèle politique idéal.
A partir de la "perte"
originelle de cette communauté,
deux attitudes se sont développées.
Une vision pragmatique, d'une
part, majoritaire, visait à
accepter avec résignation les
pouvoirs en place, tout en
exigeant l'application de la
charia. Elle est à la base du
fondamentalisme traditionaliste
sunnite. D'autre part, s'est développée
une vision idéaliste et
minoritaire, qui cherche à
restaurer la communauté
originelle : elle est à l'origine
des islamismes sunnites
contemporains. Le fondamentalisme
traditionaliste sunnite repose sur
un compromis entre deux groupes :
les hommes du pouvoir et la
corporation des oulémas (docteurs
de la loi islamique). Le statut
social de ces derniers dépend de
la place de la charia dans le
droit national : dans un Etat
islamique comme l'Arabie saoudite,
ils détiennent le monopole des
postes de juge.
Wahhabisme :
doctrine rigoriste sunnite dont
l'influence prédomine dans
l'islam saoudien.
haut
Offensive
des pays arabes dans l'information
paru dans le Figaro le 5
novembre 2002
A mesure qu'il s'internationalise,
le monde arabe réveille les appétits
des groupes de médias. La chaîne
satellitaire al-Jezira, qui émet
en arabe depuis Doha, au Qatar, a
annoncé samedi qu'elle allait
lancer une chaîne en langue
anglaise à partir de fin 2003. En
attendant l'échéance, al-Jazira
offrira un service de traduction
simultanée sur sa chaîne arabe
et son site Internet. Par
ailleurs, le groupe saoudien
Almajd Satellite Broadcasting Ltd
avait fait savoir le 20 octobre
qu'une nouvelle chaîne islamique
anglophone, baptisée "Almajd
Channel 2", serait inaugurée
début novembre, pour le premier
jour du ramadan. "Il y a
plus de 100 millions de foyers équipés
d'antennes satellitaires dans le
monde islamique, et nous réalisons
que ce monde a besoin d'une chaîne
internationale capable d'informer
sur des sujets intéressant les
musulmans, a affirmé à l'AFP
Wajdi al-Ghazzawi, le directeur d'Almajd
Channel. Etant donné que la
majorité des musulmans dans le
monde ne sont pas des Arabes, nous
avons ressenti le besoin de lancer
une nouvelle chaîne en
anglais."
La nouvelle chaîne anglophone
diffusera dans un premier temps à
raison de huit heures par jour à
destination des pays du
Proche-Orient et d'Afrique avant
d'étendre ses heures de diffusion
et son rayon de couverture. Si
l'ambition d'Almajd Channel 2 est
de toucher un public de musulmans,
al-Jazira vise au contraire, au
travers de sa version anglophone,
à se rapprocher des téléspectateurs
occidentaux et à "rivaliser
avec CCN et BBC en traitant des
informations selon des
perspectives différentes de
celles de la chaîne arabe", selon
les termes de son directeur général,
Mohammad Jassem Ali. La chaîne
d'information, qui a acquis une célébrité
quasi planétaire grâce à sa
couverture exclusive de la
campagne américaine en
Afghanistan et à la diffusion des
cassettes vidéo d'Oussama Ben
Laden, se défend d'ailleurs d'être
comparée à qui ne lui ressemble
pas : "Nous n'avons rien
à voir avec cette chaîne
islamique, déclare Michel Kik,
directeur du bureau d'al-Jazira à
Paris. Malgré les accusations
que l'on a pu porter contre nous,
nous ne sommes pas la chaîne de
Ben Laden. Nous sommes une chaîne
d'information."
Pour défendre ce principe,
al-Jazira veut donner l'impression
de traiter de tous les sujets, même
les plus tabous. Ce qui suscite
l'hostilité de nombreux pays
occidentaux comme arabes. Surveillée
de près par le gouvernement américain,
interdite de diffusion en Jordanie
au mois d'août, la chaîne vient
de tomber sous le joug des autorités
koweïtiennes. Le ministère de
l'Information a ordonné dimanche
la fermeture des bureaux d'al-Jazira
dans le pays. Cette décision,
selon l'association Reporters sans
frontières qui a pris parti pour
al-Jazira, serait consécutive à
la diffusion d'un reportage, le 2
novembre, traitant de la fermeture
au public d'un quart du territoire
national en raison d'exercices
militaires américano-koweïtiens.
Cela n'empêchera pas la chaîne
d'être reçue au Koweït par
satellite ni à l'Arabie saoudite
de renoncer à son projet.
haut
La fragile
renaissance des chrétiens du
Kurdistan
par DELPHINE MINOUI, publié
dans le Figaro le 13 novembre 2002
Cette
communauté de 60.000 âmes a mis
à profit l'autonomie régionale
pour revivifier sa culture et sa
foi. Mais elle s'inquiète pour
l'avenir. Depuis
l'autonomie du Kurdistan irakien,
en 1991, l'heure est à l'espoir
pour la minorité chrétienne du
nord de l'Irak. Autorisés à
enseigner leur langue -
l'araméen - dans leurs
propres écoles et à disposer de
leurs propres partis politiques,
les chrétiens du Kurdistan sont
parvenus à faire revivre une
culture menacée dans le sud de
l'Irak par la politique
d'arabisation de Saddam Hussein. A
l'heure où le soleil commence à
disparaître derrière la vieille
citadelle d'Irbil, au rythme du
muezzin, la soirée ne fait que
commencer pour les quelque 20.000
habitants d'Ain Kawa. Dans cette
banlieue chrétienne de la
capitale administrative du
Kurdistan irakien, les filles
s'affichent sans foulard, exhibant
leurs yeux cernés de khôl et
leur gros chignon gonflé à la
laque. Au détour d'une ruelle,
des gamins s'amusent à s'asperger
avec l'eau de la fontaine, sous le
regard attendri de l'épicier du
coin. Dans sa vitrine, les
bouteilles de vodka voisinent avec
les canettes de bière et de
whisky. Un parfum de romance à
l'italienne plane sur Ain Kawa.
"Nous ne nous sommes
jamais sentis aussi heureux et
aussi libres", constate
l'écrivain Aziz Nabati, auteur
d'un livre de grammaire en araméen,
la langue pratiquée par le Christ
il y a plus de 2 000 ans, que les
chrétiens du Kurdistan
s'efforcent aujourd'hui de faire
revivre. "Depuis le soulèvement
populaire des Kurdes du nord de
l'Irak, en 1991, les chrétiens célèbrent
un nouvel âge d'or", ajoute
Nabati. Des années 60 jusqu'à la
fin des années 80, la politique
d'arabisation menée par Saddam
Hussein et les nombreuses
exactions contre les Kurdes n'ont
pas épargné la communauté chrétienne
du nord de l'Irak. Dans leur
politique d'épuration massive (on
parle de 4.500 villages kurdes détruits
dans les années 80), les
baasistes ont tous rasé sur leur
passage, y compris de vieilles églises
assyriennes et chaldéennes,
jetant sur la route de l'exil des
milliers de chrétiens. Certains
intellectuels chrétiens furent même
exécutés pour avoir distribué
des textes critiquant
l'arabisation à outrance.
Aujourd'hui, les deux églises
d'Ain Kawa attirent chaque jour de
nombreux fidèles, bien décidés
à faire renaître une culture qui
était en voie de disparition
malgré la politique de respect
des minorités religieuses,
notamment chrétienne, affichée
par Bagdad. Depuis 1991, l'actuel
gouvernement régional a favorisé
la cohabitation entre la majorité
sunnite et les minorités chiite,
chrétienne et zoroastrienne.
Les quelque 60.000 chrétiens qui
sont restés au Kurdistan se
partagent entre les chaldéens,
rattachés à l'Eglise catholique,
et les assyriens, tenant de la
doctrine de Nestorius, patriarche
de Constantinople, dont les thèses
furent rejetées au concile d'Ephèse
(431), et puis la petite communauté
arménienne. Contrairement à
leurs coreligionnaires de Bagdad,
ils possèdent tous leurs journaux
et leurs propres chaînes de télévision.
On retrouve aussi des chrétiens
aux postes de ministres, comme
ceux de l'économie et de
l'industrie. Cinq députés
assyriens siègent également au
Parlement kurde, qui s'est réuni
au complet le 4 octobre, en présence
des deux grands chefs de
l'opposition kurde, Massoud
Barzani, leader du PDK (Parti démocratique
du Kurdistan) et Jalal Talabani,
chef de l'UPK (Union patriotique
du Kurdistan). Interdite
d'enseigner sa langue, l'araméen,
par le régime de Saddam Hussein,
la minorité chrétienne dispose désormais
de 27 écoles à travers tout le
Kurdistan. A Dohouk, l'évêque
Rabban s'apprête même à
inaugurer un nouvel établissement,
grâce à une aide de la Mission
enfance, sur un terrain de 10.000
mètres carrés offert par le
gouvernement régional kurde.
Parfaitement francophone, champion
de volley-ball et blagueur dans l'âme,
on l'imaginerait bien prêcher la
bonne parole dans les banlieues
françaises. "Ma place est
ici, auprès de mes
concitoyens", explique
Mgr Rabban, qui célèbre la messe
trois fois par semaines, dans les
petites bourgades du Nord, aux
alentours de son village natal de
Komané. Il anime également,
chaque année, la grande fête du
15 mai, qui célèbre dans la région
d'Araden le martyre de Soltan Mahdâkhté,
un saint tué en Iran au IVe
siècle. "Une occasion de
se retrouver entre chrétiens, de
faire la fête, de danser et de célébrer
notre culture", explique
le Mgr Rabban.
"Au regard de l'histoire,
90 % des chrétiens d'Irak sont
originaires du Nord, c'est-à-dire
du Kurdistan. Pour nous, il est très
important de pouvoir aujourd'hui
redonner vie à ce berceau de
notre civilisation", ajoute
Aziz Nabati, qui se met un point
d'honneur à parler en langue araméenne
avec sa femme et ses deux enfants.
Assis derrière le bureau de son
diocèse d'Irbil, l'archevêque
Yacoub Cher se réjouit de cette
vitalité. "Ici, nous
sommes respectés en tant que chrétiens.
Nous avons beaucoup plus de libertés
que dans les pays voisins,
notamment l'Iran et surtout
l'Irak", dit-il. Mgr Cher
ne peut s'empêcher d'évoquer les
pressions indirectes sur les
quelque 800.000 chrétiens
irakiens (environ 3 % de la
population irakienne) dont il a régulièrement
des nouvelles : en particulier
l'interdiction de donner des noms
chrétiens aux nouveau-nés. Et
pourtant, Saddam Hussein a
toujours cherché à s'assurer
leur soutien, rappelant à
l'occasion que Tarek Aziz, son
vice-premier ministre, est
d'origine chaldéenne. Il y a
quelques semaines, la mort mystérieuse
d'un évêque kurde en territoire
irakien, alors qu'il rentrait
d'une visite à Bagdad, a pourtant
fait planer le doute sur le
traitement réservé aux chrétiens.
La parenthèse de prospérité,
dont profitent les chrétiens
kurdes du nord de l'Irak,
pourrait-elle se refermer ? Mgr
Yacoub Cher en a bien peur. "En
cas d'intervention américaine sur
Bagdad, Saddam Hussein serait bien
capable de se venger, une fois de
plus, sur la population kurde, ne
faisant aucune différence entres
les diverses communautés
religieuses", remarque le
petit homme à la barbe blanche.
Pour Yacoub Cher, il est également
temps de prendre en compte une
autre menace : celles des
islamistes, basés à la frontière
avec l'Iran, responsables entre
autres de l'assassinat, en février
dernier, de François Hariri,
l'ancien gouverneur d'Irbil,
d'origine assyrienne.
L'arrestation du mollah Kraka, le
chef d'Ansar al-Islam (un groupe
islamiste comprenant quelque 800
militants), il y a deux mois, à
l'aéroport de Téhéran, et sa
livraison aux Pays-Bas a permis de
démanteler cette nébuleuse, sans
pour autant faire avorter les
actes criminels individuels. "L'avenir
est sombre, s'inquiète Yacoub
Cher. J'aimerais tellement vous
en dire plus, mais dans le
contexte actuel, il vaut mieux ne
pas être trop bavard."
haut
La Chine
et l'Asean créent le plus grand
marché du monde
par ARNAUD RODIER, publié dans
le Figaro le 5 novembre 2002
La Chine et les dix pays membres
de l'Asean (Association des
nations de l'Asie du Sud-Est) (1)
ont posé hier à Phnom Penh, au
Cambodge, la première pierre du
plus grand marché du monde.
L'accord cadre de libre-échange
qu'ils ont signé, à l'horizon
2010 pour les plus riches, 2015
pour les moins développés,
touche 1,7 milliard de
consommateurs représentant un PIB
(produit intérieur brut) cumulé
de 2.000 milliards de dollars.
Trois semaines après les
attentats de Bali, l'Asean ressent
plus que jamais le besoin de coopérer
plus étroitement avec ses
voisins. Cette année les pays de
l'association devraient connaître
une croissance moyenne de 3,5 % à
4 %. En s'alliant avec la Chine,
ils veulent diminuer leur dépendance
vis-à-vis des Américains. Mais
ils se jettent aussi d'une
certaine manière dans la gueule
du loup. Une étude de la société
de consultants McKinsey montre en
effet que l'Asean est confrontée
à un sérieux recul de sa compétitivité.
Le coût des investissements dans
cette zone est "plus élevé
que nécessaire" et la région
n'a "pas réussi à faire
fructifier ses atouts", souligne
le document présenté au 8e
sommet de l'association qui s'achève
ce soir. Et d'ajouter : "Les
marchés de l'Asean, petits et
fragmentés, ne sont pas
attrayants pour les investisseurs
par rapport au grand marché
chinois."
La Chine a enregistré, pour les
neuf premiers mois de l'année,
une croissance de 7,9 %. Depuis
janvier, les investissements étrangers
y ont augmenté de 22,6 % par
rapport à la même période de
2001, à 39,6 milliards de
dollars. Depuis qu'elle a rejoint
l'OMC, elle est devenue "la
superpuissance mondiale de
l'industrie", avoue Siva
Yam, président de la Chambre de
commerce américano-chinoise. Résultat,
Pékin est sans aucun doute
davantage un concurrent redoutable
qu'un partenaire sur lequel l'Asie
du Sud-Est peut compter. Mais
celle-ci n'a pas le choix. C'est
la raison pour laquelle elle préfère
penser qu'une alliance va la
rendre plus forte. Le Cambodge,
pour qui le sommet de Phnom Penh
est l'occasion de montrer qu'un
petit pays peut se faire entendre,
est le premier à le croire. C'est
d'autant plus important qu'un
nouveau venu frappe à la porte,
l'Inde qui, pour la première
fois, est officiellement représentée
à Phnom Penh aux côtés du Japon
et de la Corée du Sud. Pour le
moment, le commerce entre les
Indiens et l'Asean représente
moins de 10 milliards de dollars
par an, mais il pourrait atteindre
25 voire 30 milliards dès 2007,
estime McKinsey. Et la
redistribution des cartes s'accélère.
Singapour a entériné avant hier
un accord de libre-échange avec
l'Australie. La ville-Etat
s'affiche comme le plus ardent défenseur
d'une intégration régionale
aussi large et rapide que
possible. Son premier ministre,
Goh Chok Tong, ne cesse d'affirmer
que l'Asie du Sud-Est doit suivre
l'exemple de l'Europe. Les
Etats-Unis ne s'y trompent pas.
Ils vont signer à la fin de l'année
un traité commercial privilégié
avec Singapour. Les Américains,
qui sentent le vent tourner et
l'Asie commencer à changer,
cherchent à occuper le terrain.
Ils veulent aussi prendre leurs
marques vis-à-vis du Japon. Si
l'Archipel, empêtré dans ses
problèmes économiques, n'a plus
sa puissance du passé, il
multiplie de son côté les
accords de libre-échange
commerciaux. Il en a signé avec
Singapour, les Philippines, la Corée
du Sud et la Thaïlande. Il
souhaiterait maintenant mettre sur
pied, comme la Chine, un traité
global avec l'Asean, quitte à y
associer la Corée du Sud pour
faire bon poids.
(1) Birmanie, Brunei,
Cambodge, Indonésie, Laos,
Malaisie, Philippines, Singapour,
Thaïlande, Vietnam.
haut
La pollution des mers par les
naufrages ne représente que 2,5
% de celle-ci
par CHRISTIAN BUCHET, publié
dans le Monde du 23 novembre 2002
L'auteur
est directeur du Centre franco-ibéro-américain
d'histoire maritime de l'Institut
catholique de Paris, chercheur
associé au CNRS, membre de l'Académie
de marine.
Chaque année, 110 à 120 navires
de plus de 300 tonneaux
naufragent sur les mers du globe :
un gros bâtiment tous les deux ou
trois jours. Comment s'en étonner ?
Sur les 40.000 grosses unités
sillonnant les mers, plus du tiers
sont en deçà des normes ;
5.000 sont des "navires
poubelles" (et l'on pourrait
ajouter : de véritables bâtiments
négriers, tant les conditions de
vie y sont souvent proprement
scandaleuses). Le transport
maritime provoque 25 fois plus de
morts en moyenne annuelle pour 100 millions
de passagers/kilomètre que le
transport aérien. Tout cela
montre à l'évidence la faillite
de l'Organisation maritime
internationale. L'incapacité de
cette organisation à faire
respecter la réglementation
internationale n'est pas sans
liens avec son mode de
fonctionnement, qui fait la part
belle aux Etats disposant d'une
flotte importante et dont, pour la
plupart, le pavillon est de
complaisance. L'OMI est loin
d'avoir tiré toutes les conséquences
des derniers naufrages en matière
de normes d'entretien et surtout
de transparence des informations.
Certes tout n'est pas noir. Depuis
le naufrage de l'Erika, un
certain nombre de mesures adoptées
par l'Union européenne vont dans
le bon sens. Mais il nous faut
aller beaucoup plus vite. L'Agence
de sécurité maritime européenne
prévue dans le "paquet"
Erika II n'est
toujours pas opérationnelle,
faute d'accords suffisants entre
les Etats membres de la Communauté...
Les Etats de l'UE doivent disposer
d'un pouvoir de contrôle sur les
sociétés de classification et
l'exercer. Encore faut-il définir
des critères et des objectifs précis
quant aux méthodes de contrôle
qui se doivent d'être appliquées.
Indépendamment du principe
pollueur-payeur et de la
responsabilité de l'armateur, de
l'affréteur, et des sociétés de
classification, ne faut-il pas
envisager la responsabilité de l'Etat
pavillon ? Les contrôles par
l'Etat du port doivent être améliorés
quantitativement, mais aussi
qualitativement. De ce point de
vue, les inspections effectuées
actuellement laissent à désirer.
Il convient d'utiliser les modélisations
informatiques et de définir des
critères plus stricts de contrôle
au plan national comme au plan
européen. Les conditions sociales
à bord devraient également être
obligatoirement comprises dans
toute inspection des navires.
L'intérêt général exige que
les informations techniques des
armateurs et des sociétés de
classification sur les navires
puissent être transmises aux
autorités pour être intégrées
dans la banque de données Equasis -
ce qui est loin d'être toujours
le cas - faute de quoi elle
ne sera pas en mesure d'être
vraiment opérante. La sécurité
maritime nécessite également des
navires plus sûrs, d'autant que
la vitesse de croisière pourrait
être amenée à croître, ce qui
est heureux (certains navires à
grande vitesse pourront bientôt
techniquement traverser les mers
à près de 40 nœuds). Les pétroliers
et autres navires à double coque
ne constituent pas une panacée,
loin s'en faut : les risques
d'explosion peuvent être majorés
et il existe une inconnue
technique sur le vieillissement de
ces navires. Il nous faut donc
anticiper cette menace et, dès
aujourd'hui, mener des études
portant sur les phénomènes de
corrosion et développer les procédés
permettant de détecter les
faiblesses relatives aux
structures de coque.
Dans le même esprit, il est
indispensable de veiller à mettre
en œuvre toute une série de
mesures : amélioration de
l'ergonomie des appareils de manœuvre
et de navigation, développement
des systèmes automatiques
d'identification des navires, amélioration
de la conception, de la
construction et de la maintenance
des navires, et envisager pour les
bâtiments transportant des matières
dangereuses un double poste de
commande et un double système de
propulsion. Quatre-vingts pour
cent des naufrages procèdent
d'erreurs humaines (de l'équipage
dans 21 % des cas, du pilote
pour 12 %, de la terre pour
21 %, de l'officier machine
pour 3 %, de l'officier de
quart pour 43 %). Au-delà du
seul état du matériel, sur
lequel nous nous polarisons
actuellement, c'est une véritable
culture de la sécurité qu'il
appartient aux pouvoirs publics de
promouvoir (formation et
conditions de travail des équipages).
L'utilisation croissante d'une
main-d'œuvre bon marché, pour
l'heure d'origine asiatique, non
ou mal formée fait encourir de
graves risques à la sécurité du
transport maritime. Ce paramètre,
joint à l'augmentation prévisible
du trafic maritime, au développement
probable des navires à grande
vitesse, rend opportune la tenue
d'une nouvelle conférence
internationale. Les propositions
que la France pourrait faire ne
manquent pas : définition de
critères internationaux pour les
visites médicales et
psychologiques des marins,
fixation de règles concernant la
consommation de l'alcool à bord,
pratique réelle d'une langue
commune... La ratification par les
pays membres de l'UE des
conventions du Bureau
international du travail, celles
qui concernent les normes
minimales, le rapatriement des
marins et le bien-être des équipages,
pourraient aussi constituer une
avancée importante.
Les moyens d'intervention
(remorqueurs, hélicoptères,
navires spécialisés dans la
lutte contre la pollution)
doivent, en vertu du principe de
précaution, être mieux adaptés
aux risques potentiels. Tout cela,
cependant, ne doit pas nous faire
oublier que la pollution des mers
par les naufrages ne représente
que 2,5 % de celle-ci
(150.000 tonnes annuelles en
point médian, soit dix fois moins
que les dégazages, estimés à
plus de 1,5 million de
tonnes), et que les 2/3 de cette
pollution émanent de la terre par
le biais de la pollution de
l'atmosphère, des rivières, des
fleuves et des estuaires...
La mer et les fonds marins seront
bientôt au cœur même des
principaux enjeux économiques et
scientifiques. Le développement
de la biotechnologie marine ne
fait que commencer. La découverte
de nouvelles formes de vie dans
les oasis des grandes profondeurs
que sont les sources
hydrothermales nous permet
d'entrevoir la grande alchimie des
origines de la vie. Nous percevons
chaque jour davantage le rôle
central que joue l'océan mondial
dans la régulation des climats
terrestres. Gâcher cet espace qui
abrite 80 % de la biodiversité
et qui est en passe de devenir un
nouvel eldorado est irresponsable,
tant d'un point de vue économique
qu'écologique. Il est urgent
qu'une politique de la mer dessine
les contours de ce qui pourrait
bien devenir une " nouvelle
frontière". Ce serait
l'honneur de la France, 2 e puissance
sous-marine au monde (11 millions
de km 2 sous
la mer correspondant à sa zone économique
exclusive) de proposer à ses
partenaires l'esquisse d'une
Europe de la mer.
haut
Deuxième
partie du "Rapport sur
l’environnement au Liban
2001"
L’eau, l’air, la
biodiversité et le sol : des
ressources naturelles sous pression
paru dans l'Orient-le Jour le 11
novembre 2002
L’état
des différentes ressources
naturelles, les études
disponibles à leur propos, les
pressions exercées sur elles par
les activités humaines… c’est
à ces questions épineuses que
s’attaque la seconde partie du
Rapport sur l’environnement au
Liban 2001. Ce document, préparé
par le bureau de consultants
Ecodit et l’Observatoire
libanais pour l’environnement et
le développement (Ledo),
travaillant au sein du ministère
de l’Environnement avec un
financement de l’Union européenne,
dresse un bilan des analyses et
des chiffres les plus récents
pour tout ce qui concerne le
secteur écologique. Nous avions
publié, la semaine dernière, un
aperçu de l’impact des secteurs
économiques sur l’environnement
tel que décrit dans le rapport.
Ce dossier fait le point sur l’état
des différents milieux naturels,
apportant notamment des révélations
cruciales sur l’eau, l’air, la
biodiversité et le sol. Ces
chapitres présentent un état des
lieux général avant de
s’attaquer à une description
des raisons et de l’impact économique
de la dégradation des ressources,
ainsi qu’aux mesures politiques
et administratives prises pour y
mettre un terme. Comme ce rapport
ne couvre que la période allant
jusqu’à l’année 2001, nous
signalerons les changements
survenus en 2002 quand c’est le
cas. Il faut rappeler que ce
document, rédigé dans une langue
claire (en arabe et en anglais) et
facile à consulter, est également
disponible en version CDRom. Il
est parcouru de tableaux, de schémas
et d’encadrés qui en augmentent
la lisibilité. Il faut déplorer,
cependant, qu’il ne soit pas mis
en vente, qu’il ait été édité
en nombre limité et qu’il ne
soit disponible qu’au ministère
de l’Environnement pour
consultation. Un tel document
serait un outil précieux pour des
personnes travaillant dans plus
d’un secteur.
L’eau, une ressource
majeure qui risque de faire défaut
d’ici 10 à 15 ans
L’eau,
qui est l’une des ressources les
plus précieuses du Liban, ne fait
pas l’objet d’un programme
national de préservation, malgré
les investissements significatifs
qui ont été faits dans le
domaine. Le rapport met l’accent
sur les pressions importantes
exercées sur les ressources
hydrauliques par les différentes
activités humaines, autant sur la
quantité que sur la qualité de
ces ressources. Plusieurs activités
ont un impact sur le cycle de
l’eau comme la déforestation,
l’irrigation excessive, les
canaux de drainage, l’érosion,
l’amenuisement des espaces
verts… Le rapport estime le taux
de précipitation annuel à 8.600
millions de mètres cubes, qui
donnent naissance à quarante
cours d’eau majeurs et plus de
2.000 sources. Quant à l’eau
souterraine, elle est estimée,
selon deux sources d’information
différentes, à 400 ou à 1.000
millions de mètres cubes par an,
principalement approvisionnée par
la fonte des neiges. Malgré cette
apparente abondance, le Liban
risque de manquer d’eau d’ici
10 à 15 ans si un plan de
rationalisation de son utilisation
n’est pas mis en application. De
cette quantité d’eau, il est généralement
estimé qu’environ 50% sont
perdus par évapotranspiration,
sans compter l’eau qui va se déverser
dans les territoires des pays
voisins, qu’elle soit
superficielle ou souterraine. Ce
qui laisse au Liban 2.600 millions
de mètres cubes disponibles, dont
2.000 seulement sont exploités.
C’est le secteur agricole qui
est le principal utilisateur de
l’eau, à raison de 60 à 70% de
la quantité totale, suivi par les
ménages (utilisation domestique)
et par l’industrie. Selon des
chiffres de l’Administration
centrale de la statistique (datant
de 1996-1997), le pourcentage
moyen de bâtiments reliés à des
structures hydrauliques au Liban
est de 79%. Le pourcentage le plus
élevé est à Beyrouth et au
Kesrouan (respectivement 93 et
94%), et le plus bas au Hermel et
au Akkar (41 et 49%). L’eau
assurée aux ménages provient des
cours d’eau superficiels et des
nappes phréatiques. Les 15
stations de traitement de l’eau
potable au Liban existaient dès
avant la guerre et ont été réhabilitées
et/ou agrandies ces dernières années.
Entre 1995 et 2001, la capacité
de traitement de l’eau potable a
été augmentée de 50%.
D’autres usages de l’eau,
comme les stations hydroélectriques
ou les activités de loisirs, ont
un impact direct sur la pollution
et l’amenuisement des
ressources. Plusieurs
facteurs affectent la qualité de
l’eau, et plus d’un secteur
peut être considéré comme
responsable de sa dégradation.
Les résidus de pesticides et
d’engrais chimiques provenant de
l’agriculture sont une cause
majeure de pollution. Les
industries rejettent un certain
nombre de polluants dans les différentes
sources. Mais aucun chiffre précis
sur la pollution des ressources
(cours d’eau et Méditerranée)
par secteur n’est disponible
actuellement. Il ne fait cependant
aucun doute que ces ressources
sont affectées par les déchets
liquides et solides émanant de
quatre millions de personnes et de
22.000 établissements
industriels. Le volume des eaux usées
d’origine domestique est estimé
dans ce rapport à 249 millions de
mètres cubes par an, alors que
les eaux usées industrielles
avaient été estimées dans de précédents
rapports à 22,3 millions de mètres
cubes.
Intrusion saline dans l’eau
potable
Des informations sur la qualité
de l’eau superficielle ont été
collectées auprès de différentes
sources, mais les rédacteurs du
rapport précisent que toutes ces
études ne tiennent compte que des
variations géographiques. Pour
mieux comprendre les variations
temporaires (selon les saisons par
exemple), il faudrait une
surveillance continue avec des équipements
spécialisés, ce qui n’existe
pas actuellement au Liban. Une étude
menée par le centre des
ressources hydrauliques de l’AUB
(American University of Beirut) a
porté sur neuf fleuves et a mis
en évidence la grande
concentration de polluants
organiques sur les sites. Ces taux
importants indiquent que des égouts
d’origine domestique se déversent
sans traitement dans ces cours
d’eau. Les taux importants de
nitrate détectés proviennent
probablement de sources de
pollution d’origine agricole
comme les résidus d’engrais
chimiques. Les dépotoirs
sauvages sont également une
source de pollution importante des
cours d’eau et des nappes phréatiques,
notamment par les liquides qui
s’en dégagent et qui
contaminent les ressources
hydrauliques. A titre
d’exemple, le Litani est pollué
par cinq dépotoirs, ceux de
Baalbek, de Sifri, de Bar Elias,
de Zahlé et de Jeb Jenine.
L’impact du dépotoir de Zahlé
sur le Berdawni, qui a été mesuré
par des spécialistes, s’est
traduit par de fortes
concentrations de métaux lourds
comme le zinc, le cuivre et le
nickel. L’étude a également
prouvé que le dépotoir dégageait
d’importantes quantités
d’hydrocarbures et de substances
organiques contenant de la
chlorite, qui attestent de la présence
de résidus de pesticides dans
l’eau.
Le sol calcaire fissuré du Liban
facilite l’infiltration de déchets
liquides dans les nappes phréatiques.
La pollution est principalement
causée par un déversement
d’eaux usées domestiques et
industrielles, mais elle peut être
accidentelle. D’autres sources
de pollution incluent les produits
agrochimiques et l’intrusion
d’eau de mer. Une étude sur la
pollution agrochimique menée par
le Centre de ressources
hydrauliques de l’AUB en 1999,
portant sur 31 échantillons de
nappes phréatiques dans 13 régions
différentes, a montré des
concentrations modérées de
nitrate et des taux acceptables de
phosphate. Quant à
l’intrusion d’eau de mer, elle
est provoquée par le pompage
excessif dans les puits. En 1997,
42.000 bâtiments résidentiels au
Liban (9% du total) et la plupart
des exploitations agricoles étaient
équipés de puits. En 1999, une
campagne menée par l’AUB sur
l’intrusion saline dans l’eau
potable a montré que les taux de
chlorite y étaient bien supérieurs
aux limites prescrites par l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) et par
les standards libanais, qui sont
respectivement de 250 et de 200
mg/l. Les concentrations de sodium
dépassent également de loin les
limites de l’OMS et des
standards libanais, de 200 et de
150 mg/l respectivement. Les taux
de sodium dépassaient les 5.000
mg/l dans certains puits !
Maladies liées à l’eau :
7,3 millions de dollars par an
L’eau de mer fait également
l’objet d’une pollution de
diverses sources terrestres : des
fleuves pollués et des égouts
non traités qui s’y déversent,
des fluides provenant des dépotoirs
côtiers, des hydrocarbures résultant
des fuites routinières ou
accidentelles des bateaux, etc. Il
existe actuellement 53 égouts déversant
leur contenu sans aucun traitement
tout au long de la côte. Les
complexes balnéaires et autres aménagements
côtiers, notamment les remblais,
augmentent la pression sur le
littoral. Une étude de l’AUB
en 2000, portant sur trente
localités côtières allant de
Tyr à Akkar, a montré la présence
de traces de différents
pesticides ainsi que de fortes
concentrations de nickel, de
cuivre, de chrome, de plomb et
d’arsenic en plusieurs endroits. La
pollution organique provient en
majeure partie des 950.000 mètres
cubes d’eaux usées produites
par jour par 2,3 millions
d’habitants des zones côtières.
Des dix régions côtières
surveillées par le Centre
national de sciences marines du
CNRS, seules les plages de Batroun
ont été déclarées saines pour
les baigneurs. Dans les autres
localités, les taux de polluants
organiques étaient bien trop élevés.
Autre question épineuse : la
qualité de l’eau potable. Au
Liban, les Offices de l’eau sont
chargés de procurer, de traiter
et de distribuer l’eau potable
aux ménages. L’eau est soit
chlorée à la source, soit traitée
dans des centres spécialisés.
Mais la qualité de l’eau
potable peut se détériorer en
route (interaction avec des
canalisations d’eaux usées par
exemple), ce qui cause des cas de
maladies infectieuses. Entre 1995
et 2000, le nombre de cas de
dysenterie, d’hépatite A, de
typhoïde et d’autres maux liés
à l’eau ont dramatiquement
augmenté, mais pas de façon égale
selon les régions : alors que
Nabatiyé et le Liban-Sud ont
connu une amélioration certaine,
les cas ont continué à se
multiplier au Liban-Nord. Le
coût des conséquences d’une dégradation
de la qualité de l’eau sur la
santé, tel que calculé par
Ecodit, a été estimé à 7,3
millions de dollars par an. Le coût
de l’achat de l’eau en
bouteille, qui découle du même
fait, serait de 7,5 millions de
dollars. Toutefois, les rédacteurs
du rapport avertissent que la méthodologie
qu’ils ont employée pour
parvenir à ces chiffres tient
compte de paramètres plutôt
conservateurs, et que le coût réel
serait encore supérieur si on
ajoutait de nouveaux éléments à
l’étude de ce phénomène
complexe. Enfin, le rapport
met l’accent sur les
perspectives de réorganisation
des Offices de l’eau et des dépenses
sur des projets hydrauliques (le
CDR a approuvé 129 contrats
d’une valeur de plus de 400
millions de dollars entre 1992 et
2000), ainsi que sur les obstacles
auxquels ferait face une éventuelle
privatisation du secteur.
La pollution de l’air :
une facture exorbitante pour la
société
Un
grand nombre de polluants générés
par les activités humaines est régulièrement
lâché dans l’air, provoquant,
en retour, de graves conséquences
sur la santé humaine. Ces
polluants toxiques sont tantôt
des gaz nuisibles pour la couche
d’ozone, tantôt des gaz à
effet de serre. Une dégradation
de la qualité de l’air
contribue à la multiplication des
maladies respiratoires et
cardiaques, et de cancers dans les
cas extrêmes. Préserver la
qualité de l’air devrait donc
être une priorité pour la santé
publique, mais les efforts du
gouvernement dans ce sens viennent
juste de commencer. Il faut évoquer
l’interdiction de plusieurs
types de véhicules roulant au
(mauvais) mazout qui est entrée
en vigueur en 2002, c’est-à-dire
après la publication du rapport
qui y fait allusion comme d’une
mesure à venir. Le rapport fait
état des quelques tentatives de
mesure de la pollution de l’air
qui, bien que significatives, sont
restées sporadiques et/ou
discontinues. Pour bien mesurer
l’ampleur du phénomène, il
faudrait instaurer un système de
mesure continue de tous les
polluants, bien répandu géographiquement.
Le laboratoire de qualité de
l’air de l’Observatoire de
l’environnement et du développement
de Tripoli mesure, dans cette
ville, les particules suspendues
depuis avril 2000, et le dioxyde
de soufre (SO2) depuis avril 2002.
Les proportions constatées sont
supérieures aux limites établies. A
Beyrouth, les particules
microscopiques ont été mesurées
à la rue Bliss de mars 1997 à
mai 1998, et leur taux s’est avéré
très supérieur aux normes
libanaises et aux standards de
l’OMS. Par ailleurs, une première
étude du coût économique de la
pollution de l’air a été
entreprise en 1999 (Djoundourian
et al.). Cette étude se place
dans un contexte d’augmentation
des particules de l’ordre de 10
microgrammes par mètre cube.
Prenant en compte les décès
supplémentaires par an, les
admissions à l’hôpital, les
visites aux urgences et les jours
d’absence, cette étude a estimé
le coût de santé dû à la
pollution à plus de 10 millions
de dollars par an (pour 10
microgrammes supplémentaires). En
conséquence, si les standards
internationaux étaient respectés
(réduction de 100 microgrammes
par mètre cube), le Grand
Beyrouth ferait l’économie de
plus de 106 millions de dollars
par an. Le rapport insiste
d’ailleurs sur les bénéfices
économiques d’une lutte contre
la pollution de l’air, notamment
ceux liés à une baisse de
mortalité due à des maladies
respiratoires ou autres.
Le rapport consacre d’ailleurs
une bonne partie de ce chapitre au
plomb trouvé dans l’essence et
à ses méfaits. Ainsi, une
interdiction de l’essence avec
plomb générerait, selon les
chiffres avancés, des économies
de l’ordre de 132,2 millions de
dollars par an pour le secteur de
santé publique. Il faut préciser
que l’essence avec plomb a été
récemment interdite au Liban. Parmi
les mesures prises par les autorités,
le rapport cite les standards mis
au point par le ministère de l’Environnement
et son programme Spasi, financé
par l’Union européenne, pour
limiter les émissions de
l’industrie. Ces standards
couvrent les pollutions externe et
interne, ainsi que les nuisances
sonores et la durée
d’exposition à la pollution.
Selon le rapport, le respect de
ces normes par les industries se
fait de plus en plus évident. Un
dialogue a été instauré avec
les industries de ciment,
responsables d’émissions
importantes de particules, afin de
les pousser à investir dans des
équipements qui limitent la
pollution, ce que les quatre
grandes usines ont commencé à
faire dès 1998-99. Elles ont également
été sommées d’envoyer des
rapports réguliers sur les émissions
de polluants au ministère de l’Environnement
dès 2000. En conclusion, le
rapport fait remarquer que, pour
instaurer un système de
surveillance continue du taux de
pollution dans le pays, il
faudrait mobiliser des ressources
techniques et humaines non négligeables.
Ce serait un rôle potentiel pour
le ministère de l’Environnement,
surtout que certaines initiatives
ont ouvert la voie. A ce
sujet, le rapport cite le
laboratoire de qualité de l’air
de l’Observatoire pour
l’environnement et le développement
de Tripoli, un projet financé par
la ville de Barcelone, en Espagne.
Pour sa part, la faculté de génie
et d’architecture de l’AUB
s’est dotée d’une station
mobile de mesure du taux de
pollution, avec l’aide de l’USAID.
De tels exemples pourraient être
suivis.
Biodiversité et héritage
naturel
C’est
la diversité de ses microclimats
et de sa géomorphologie qui forme
la richesse naturelle du Liban.
Une richesse naturelle qu’il
s’agit de préserver, alors
qu’elle se trouve déjà bien
malmenée par la dégradation écologique...
Après la signature de la
Convention mondiale sur la
biodiversité en 1992 et sa
ratification en 1994, le
gouvernement a préparé la première
étude sur "La diversité
biologique au Liban", exécutée
par le ministère de l’Agriculture
et le Programme des Nations unies
pour l’environnement (Pnue), et
publiée en 1996. Parmi les
chiffres avancés dans cette étude,
le rapport retient
l’identification de 9.119 espèces,
flore et faune confondues. On
estime cependant que ce nombre ne
représenterait que 20% des espèces
qui peuplent réellement le Liban.
Il reste donc encore beaucoup à
faire... L’étude citée plus
haut a été réalisée par un
groupe de 33 scientifiques, avec
des fonds disponibles dès 1994.
Il faut retenir toutefois que
plusieurs aspects de cette étude
continuent de faire l’objet
d’un débat entre les
scientifiques, et ces débats
persisteront, selon les rédacteurs
du rapport, tant que des
recherches sur le terrain
n’auront pas remplacé les
informations théoriques.
Le rapport a donc insisté sur la
richesse géomorphologique du
Liban, doublée des traces,
positives ou négatives, laissées
par les différentes civilisations
sur cette terre (forêts de cèdres
décimées, forêts de pins plantées…).
Le Liban peut être divisé en
cinq régions géomorphologiques
principales : la zone côtière,
le Mont-Liban, la plaine de la Békaa,
la chaîne de l’Anti-Liban et le
Liban-Sud. Environ les trois
quarts de la superficie totale du
Liban sont montagneux, ce qui confère
à ce territoire une diversité
topographique qui favorise les
microclimats (il y en a 22), et la
biodiversité. D’un autre côté,
les terrains en pente sont sujets
à l’érosion et à la dégradation
du sol s’ils sont mal
entretenus. La zone côtière,
elle, est particulièrement vulnérable
au développement urbain. Suite
à la ratification de la
Convention internationale sur la
biodiversité, le Liban a le
devoir de prendre plusieurs
mesures afin de protéger ses espèces
naturelles, et de publier des
rapports réguliers. En novembre
1998, le ministère de l’Environnement
a élaboré une stratégie
nationale pour la protection de la
biodiversité, en collaboration
avec le Programme des Nations
unies pour le développement (Pnud)
et le Fonds mondial pour
l’environnement (GEF). Cette
stratégie prévoit la protection
de la biodiversité terrestre,
marine, fluviale, agricole, la préservation
des écosystèmes, etc. Le rapport
ne donne pas de plus amples précisions
sur le travail accompli depuis
1998. Toutefois, la préservation
des écosystèmes est tributaire
de tant de facteurs qu’on
pourrait se demander si, dans le
contexte actuel de dégradation écologique,
un quelconque objectif que s’est
fixé le ministère dans cette
stratégie a été atteint... Par
ailleurs, le rapport consacre
plusieurs pages à l’étude plus
détaillée de la flore, de la
faune et de la couverture végétale.
Le sol et la terre, une
source naturelle négligée
La
terre accueille toutes sortes
d’activités économiques qui,
à leur tour, affectent le sol.
L’agriculture peut
potentiellement mener à une érosion
et à une dégradation du sol.
L’industrie utilise une
superficie moins importante, mais
doit être organisée en zones
bien précises. La construction a
grignoté beaucoup de terrain au
Liban et a causé des dégâts aux
paysages. Le transport exige un réseau
routier qui a souvent été
construit sans prendre en compte
les considérations écologiques.
Le développement des stations de
ski peut représenter un danger
pour les écosystèmes fragiles.
Le secteur de l’énergie a également
un impact sur les ressources par
sa transformation de paysages et
le stockage de fuel qu’il
implique.
La première carte MOS (mode
d’occupation du sol) date de
1962 et a été exécutée par
l’armée et l’Institut géographique
national de France. Elle reste une
source précieuse
d’informations, bien qu’elle
soit dépassée sans avoir été
remplacée par une autre carte
digne de ce nom. Le ministère de
l’Environnement, par le biais de
son programme Ledo, a récemment
publié une carte récente, avec
l’aide technique du CNRS et du
Cermoc. D’autre part, le Centre
national de télédétection du
CNRS a produit une nouvelle carte
de répartition des sols du Liban.
Par ailleurs, le rapport souligne
le fait que, malgré sa grande
valeur naturelle et socio-économique,
notamment dans un pays à
l’urbanisation galopante, le sol
n’a fait, au Liban, l’objet
d’aucune stratégie
significative de préservation. Le
sol est un important régulateur
biologique pouvant, s’il est
bien préservé, amortir les
effets de la pollution sur les écosystèmes.
La dégradation du sol peut être
causée par des facteurs naturels,
mais aussi socio-économiques
(densité populaire, développement
urbain, agriculture...). Plusieurs
risques majeurs de dégradation
sont retenus dans le document. Il
est estimé que 815.000 moutons et
chèvres dépendent partiellement
des terres sauvages pour le pâturage,
causant une réduction de la
couverture végétale. Les
agriculteurs utilisent environ
32.000 tonnes d’engrais et 2.500
tonnes de pesticides par an,
contaminant gravement le sol. La
construction de routes dans des
zones encore vierges ouvre la voie
à une expansion urbaine. Enfin,
ce chapitre met l’accent sur
deux zones particulièrement
sensibles (pour des raisons différentes)
: la zone côtière et le
Liban-Sud récemment libéré de
l’occupation israélienne. La
première s’étend sur environ
162.000 hectares et abrite quelque
deux millions et demi de personnes
qui contribuent à 73% du PIB. Le
document évoque les abus sur le
domaine public maritime, dont 23%
sont occupés par des complexes
balnéaires, des unités
commerciales et industrielles et
des ports. Quant au Liban-Sud, sa
libération a suscité un grand
intérêt dans le potentiel que
représente ce nouveau territoire
disponible. Le défi reste
d’assurer le développement
urbain de cette région tout en préservant
ses caractéristiques naturelles.
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paru dans le Monde du 8
novembre 2002
D'ici à la fin de la semaine, le
Conseil de sécurité de l'ONU
devrait voter une résolution sur
l'Irak. Elle marquera la fin d'une
formidable bataille
politico-diplomatique qui a eu
lieu ces dernières semaines à
New York. L'aspect d'obscure
querelle sémantique qu'elle a pu
revêtir ne doit pas cacher
l'essentiel. La bataille a porté
sur le respect de certains
principes élémentaires, mais
fondamentaux, pour la communauté
internationale. C'est une affaire
importante qui s'est jouée là,
et dans laquelle la France a eu
son rôle. A l'origine, il y a la
volonté du président George W. Bush,
passé sa campagne d'Afghanistan,
de s'en prendre à l'Irak.
L'Afghanistan, c'était simple :
on attaquait un régime, celui des
talibans, qui se confondait,
largement, avec Al-Qaida, l'auteur
des attentats du 11 septembre
2001. L'Irak, c'était plus
compliqué. Avant même
l'agression terroriste contre New
York, George W. Bush avait
clairement laissé entendre son désir
d' "en finir avec Saddam
Hussein". L'Irak est un peu
un test de virilité sur la scène
politique américaine, particulièrement
chez les républicains. Seulement
voilà, les Etats-Unis n'ont
jamais fourni la preuve de
l'implication de Bagdad dans les
attentats du 11 septembre,
pas plus qu'ils n'ont établi de
liens formels entre Saddam Hussein
et Al-Qaida.
Qu'à cela ne tienne, disait-on,
il y a quelques mois, à
Washington : l'Irak, en
violation des résolutions de
l'ONU, développe des armes de
destruction massive que, par
antiaméricanisme viscéral,
Saddam Hussein pourrait mettre à
la disposition de groupes
islamistes. Cette seule menace
virtuelle placerait les Etats-Unis
en situation de légitime défense,
assurait-on, à la Maison Blanche,
et les autoriserait à immédiatement
attaquer l'Irak. Au terme d'une
bataille au sein de
l'administration - remportée
par le secrétaire d'Etat Colin
Powell mais dans laquelle le
Britannique Tony Blair a aussi pesé
-, le président a changé de cap.
Il a compris que, sauf à heurter
de front la quasi-totalité de la
communauté internationale, il
devait en passer par l'ONU avant
de s'en prendre à l'Irak. Il a
alors trouvé sur son chemin la
France pour obtenir le respect de
certains principes-clés. Déclarant
Bagdad en violation du régime de
désarmement imposé à l'Irak, ce
dont tout le monde convient, M. Bush
voulait que le Conseil de sécurité
l'autorisât à user
automatiquement de la force. Paris
a dit non : pas de recours
automatique à la force. La résolution
donne à l'Irak "une dernière
occasion" de se conformer à
ses obligations : accepter le
retour des inspecteurs du désarmement
et leur laisser toute liberté.
Deuxième principe : en cas
de violation de ces dispositions,
le Conseil de sécurité devra se
réunir à nouveau et
"examiner la situation",
sous-entendu avant l'usage de la
force - la formule laisse
place à bien des interprétations.
L'évolution par rapport à la
position initiale des Etats-Unis
est importante. Ce n'est pas faire
preuve d'antiaméricanisme que de
s'en féliciter.
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