|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Trois questions à... Ghassan
Salamé
Propos recueillis par
LUCIEN GEORGE, publiés dans le
Monde du 22 octobre 2002
1 Vous avez
été, en tant que ministre
de la culture,
l'organisateur du 9e Sommet
de la francophonie. En quoi
son succès réside-t-il à
vos yeux ?
Tout le monde l'a souligné :
la dimension politique prise
par la francophonie
constitue l'élément
primordial de cette conférence.
La politisation de
l'Organisation de la
francophonie allait de soi,
elle était dans l'air du
temps et répond au besoin
croissant des pays petits et
moyens de trouver des
passerelles transversales
pour exister dans le monde
de l'après-11 septembre
2001. La francophonie en est
une, idéale. On a beaucoup
parlé de la venue du président
- algérien Abdelaziz -
Bouteflika et de sa
courageuse initiative de
tourner la page de la décolonisation.
Je crois que l'une des
raisons du succès du sommet
est qu'il se soit tenu à
Beyrouth, en terre arabe,
dans un pays où le français
se pratique avec une aisance
réelle, toutes communautés
confondues, sans reniement
de l'arabité. En tant
qu'organisation, la
francophonie conserve son
pouvoir d'attraction, en
particulier sur les pays
d'Europe de l'Est, qui ont
présenté sept demandes
d'adhésion. Pour continuer
de faire avancer le navire,
il fallait aller carrément
à la dimension politique,
comme l'a fait, depuis
longtemps, le Commonwealth ;
mais aujourd'hui c'est la
francophonie qui attire. Je
suis heureux que cela soit
intervenu à Beyrouth. En
francophonie, il y aura désormais
un avant et un après
Beyrouth.
2 En quoi,
pratiquement, la
francophonie sera-t-elle
demain plus politique
qu'hier ?
Elle l'est déjà
aujourd'hui, comme l'a montré
le débat organisé à huis
clos entre les dirigeants où
il a été beaucoup question
de la Côte d'Ivoire et des
Grands Lacs. Il ne faut pas
se faire d'illusions :
s'agissant des grandes
crises internationales, les
résolutions de
l'Organisation
internationale de la
francophonie (OIF) ne
sauraient être que déclaratoires.
Mais dans les affaires entre
pays membres l'OIF pourrait
prendre des décisions opérationnelles ;
elle a reçu un mandat clair
pour être plus active dans
le rétablissement de la
paix dans et entre les pays
membres. L'idée de créer
un comité restreint pour réagir
sur-le-champ à des
situations de crise est à
l'examen.
3 Concernant les
deux problèmes majeurs
actuels du Moyen-Orient,
l'Irak et le conflit israélo-palestinien,
le sommet a-t-il été à la
hauteur de vos attentes en
tant qu'Arabe ?
Oui. D'abord parce que les
voix arabes ont été
entendues, ensuite parce que
la résolution du sommet
arabe - qui a eu lieu fin
mars à Beyrouth - sur
le conflit israélo-palestinien
est devenue une résolution
du Sommet de la francophonie ;
enfin parce que sur l'Irak
le sommet s'est accordé sur
la nécessité du retour des
inspecteurs et sur le rôle
des Nations unies. La
position de la France à
l'ONU s'en trouve renforcée.
haut
Milliards
en confettis
par
GABY NASR, publié dans l'Orient-le
Jour le 29 novembre
2002
Quatre milliards et des
poussières… De quoi rêver
! Y a que Rafic pour taper
si bien les riches. Faut
dire qu’en matière
d’atouts, Bouboule avait
une check-list imparable :
une fortune
personnelle sur laquelle le
soleil ne se couche jamais,
un complice à l’Elysée
pour lui vendre sa sauce, et
la tétine communicante avec
le biberon saoudien. Etre et
avoir tété, telle est la
clé de son succès. Petite
explication à l’intention
des niaiseux : non, y aura
pas des B-52 estampillés
FMI, larguant des confettis
de billets verts dans la
tire-lire cabossée de Fouad
Si-Signore. Le
pince-fesses de Paris II et
les petits fours qui vont
suivre n’auront pas non
plus pour objet de gaver les
margoulins des ministères,
s’acheter encore des 4x4
couleur corbillard et graisser
les mitraillettes pour des
opérettes militaires à
Chebaa.
Donc, on se calme. Qu’on
nous lâche un peu avec la
Palestine, l’Irak, Kornet
Chehwane et les iftars de
Vincent Bataille. Que
ministres, députés et
autres rigolos arrêtent de
se balancer entre les
mocassins les bananes
d’une république dont il
ne reste plus que la peau.
Qu’on en finisse avec
cette parano de la sécurité
qui fait que, dans ce pays,
le jour a des yeux et la
nuit des oreilles. Encore
faut-il que, parallèlement,
Gros Rafic arrive à
fourguer ses officines
poubelle. Sans rire, il en réclame
5 milliards. Cinq milliards
pour des télécommunications
facturées plus cher que les
réserves de la Banque d’Angleterre,
une eau plus polluée que
l’huile de vidange, une électricité
plus prostatique qu’un
asile gorgé de vieillards.
Et encore, Bibendum n’a
pas sorti le meilleur : la
mauvaise graisse. Cette
truellée de fonctionnaires
feignasses, affublés pour
tout diplôme d’un logo
communautaire et qu’il va
falloir encore indemniser
avec le pognon du
contribuable. Mais, faut pas
le dire aux investisseurs.
Ils croient vraiment
qu’ils vont toucher le
jackpot. Le linge sale se
lave en famille car,
finalement, seule la
chaussure sait si la
chaussette a des trous.
haut
"Le
Liban est comme un mini-Etat pétrolier"
Charbel
Nahhas, économiste, explique
la crise que connaît son pays
par
CHRISTOPHE AYAD, publié dans
Libération le 25 novembre
2002
Proche de la cessation de
paiement, le Liban a obtenu
des bailleurs de fonds
internationaux une rallonge
conséquente de 4,3
milliards de dollars à
l'occasion de la conférence
de Paris II, qui s'est tenue
samedi à l'Elysée. Charbel
Nahhas, économiste
libanais, explique les
raisons de cette crise
financière.
* Comment une économie
peut-elle tourner avec 30
milliards de dollars de
dette publique, soit 180 %
du PIB ?
Les 30 milliards, on les a déjà
dépassés. Vers la fin de
l'année, on ne sera pas
loin de 190 à 200 % du PIB.
Mais ce ratio n'a de sens
que si on n'arrivait plus à
trouver de nouveaux prêteurs.
Au lendemain de la guerre en
1990, les Libanais ont fait
différents scénarios pour
connaître le montant
d'investissements dont ils
auraient besoin pour la
reconstruction. Les espoirs
les plus optimistes
tablaient sur une vingtaine
de milliards de dollars en
dix ans. En réalité, le
pays a attiré 40, voire 50,
milliards de dollars. Mais
ces fonds, au lieu d'aller
dans des investissements qui
auraient pu augmenter la
production, ont alimenté la
consommation. C'est donc un
excès de financement, au
lieu d'un besoin de
financement, qui est à
l'origine de nos problèmes
actuels.
* Y a-t-il un
atavisme libanais ? Comme si
ce pays n'était pas capable
de produire, mais seulement
d'échanger et de fournir
des services ?
On ne peut pas dire ça. La
reconstruction est une réalité.
Il y a même un excès d'équipements
dans pas mal de secteurs,
l'immobilier, mais aussi l'éducation,
la santé, etc. En revanche,
il y a bien un problème sur
les biens échangeables. Le
Liban n'exporte presque
rien. Parce que les coûts
de production au Liban sont
très élevés. En outre, la
disponibilité de ressources
financières rend le
comportement de l'économie
libanaise identique à celui
d'une économie pétrolière
: la demande en biens de
consommation, de voitures,
de téléphones cellulaires
étant très forte, importer
est la solution naturelle.
Je ne pense pas qu'il y ait
un atavisme : jusqu'en 1975,
nos échanges de biens et de
services avec l'extérieur
étaient équilibrés.
Aujourd'hui, notre déficit
est de 5 milliards de
dollars pour une production
de l'ordre de 15 milliards.
C'est durant la décennie 90
que notre économie s'est
fondamentalement transformée.
* On parle souvent
pour le Liban d'un scénario
à l'Argentine. Cela vous
paraît-il crédible ?
L'accumulation des arriérés,
le recours massif durant les
deux dernières années au
financement par la banque
centrale des déficits de l'Etat
sont des indicateurs qui ne
trompent pas. Mais il y a
une différence fondamentale
avec l'Argentine. Les
Argentins riches ont, pour
des raisons historiques,
toujours eu tendance à
envoyer leurs capitaux à l'étranger.
Alors qu'au Liban, la
tendance est inverse.
L'Argentine a été privée
d'une grande partie de son
accumulation de capital
alors que nous avons été
submergés par un afflux de
capitaux en provenance de l'étranger.
Le tout est que cette pompe
à capitaux de l'extérieur
continue de fonctionner. Son
entretien coûte cher. Résultat,
on a un type de société très
inégalitaire, où il y a,
en même temps, une forte
consommation ostentatoire
mais aussi du chômage, un
coût de la vie très élevé,
des immigrés qui viennent
en grand nombre, attirés
par le niveau relativement
élevé des salaires.
* L'économie du
Liban se situe entre le
tiers monde et la City.
Comment décririez-vous ce
modèle ?
C'est un pays qui est un peu
entre deux chaises. Notre économie
fonctionne comme celle d'un
mini-Etat pétrolier. Le
problème est que le pays
est trop grand et complexe :
on ne peut pas gérer le
Liban comme une principauté
du Golfe avec des
travailleurs immigrés qui
remplissent toutes les tâches.
En outre, le pays est trop
petit par rapport à ce flux
de capitaux excédentaires.
Les perturbations sont
suffisamment profondes pour
qu'on fasse attention à
leur gestion politique.
Ainsi, le gros des prélèvements
fiscaux passe par les prix,
ce qui frappe les couches
les moins riches alors que
les revenus des détenteurs
de capitaux financiers placés
au Liban (près du tiers du
PIB) sont totalement exonérés
d'impôts. Nous sommes en
train de découvrir, avec
cette réunion de Paris II,
que le Liban jouit d'un crédit
significatif à l'étranger.
J'aurais aimé qu'il soit
utilisé pour assurer une
transition sans casse plutôt
que perpétuer ce modèle
rentier.
haut
La présence
libanaise au Canada remonte à
plus d’un siècle
Emigration - Crainte d’une
quatrième vague en raison de
la crise économique
(extraits)
par RANIA MASSOUD, publié
dans l'Orient-le Jour le 28
octobre 2002
L’émigration libanaise au
Canada n’est pas très récente.
La relation qu’ont les
Libanais avec cet important
pays d’émigration remonte
à plus de cent ans et se
maintient encore
aujourd’hui. Parmi toutes
les communautés libanaises
vivant à l’étranger,
celle du Canada est l’une
des plus importantes. Présents
dans tous les domaines, les
Libanais du Canada forment
un véritable
"lobby". Selon M.
Khalil Habre, consul général
du Liban au Québec et à
Montréal, l’émigration
libanaise au Canada s’est
effectuée en trois phases
distinctes. La première
date de 1860. Elle a duré
jusqu’à la fin de la
Première Guerre mondiale.
La raison principale qui
avait poussé les Libanais
à émigrer à cette époque
était les événements de
1860 et les massacres de chrétiens
qui s’étaient ensuivis.
En outre, la pauvreté régnait
dans le pays, ce qui incita
de nombreux Libanais à
partir afin d’améliorer
leur niveau de vie. "Ils
se sont embarqués dans des
bateaux tout en ne
connaissant pas leur
destination finale, souligne
M. Habre. Certains sont
arrivés en Afrique,
d’autres en Amérique
latine et plusieurs au
Canada. Près de 90 % de ces
Libanais étaient
originaires de Rachaya."
Aujourd’hui, les Libanais
issus de cette première
vague d’émigration sont
de grands industriels et
d’importants hommes
d’affaires établis à
Montréal. La société
canadienne les a accueillis
et leur a permis de s’intégrer,
au point que leurs noms ont
subi une certaine déformation
et n’ont plus leur
consonance arabe (comme le
nom Rossy, par exemple, qui
est en réalité Rassi ou la
famille De Bané qui est en
fait Debbané). Le consul général
souligne que les générations
nées de cette première
vague d’émigration ne
savent plus parler la langue
mère qui est l’arabe et
sont complètement déconnectées
de leur partie d’origine.
La deuxième phase s’est
effectuée entre 1930 et
1960. Ce sont surtout des
Libanais qui étaient venus
au Canada à la recherche
d’un travail auprès de
leurs familles déjà
installées là-bas. La
plupart de ces émigrés
sont donc aussi originaires
de Rachaya, mais cette vague
d’émigration a également
touché Chebaa et d’autres
régions libanaises.
"La vie de ces Libanais
était très dure au début
car ils se sentaient comme
des réfugiés et non pas
comme des émigrés, mais le
gouvernement canadien les a
aidés à s’intégrer",
indique M. Habre.
Aujourd’hui, les Libanais
issus de la deuxième vague
d’émigration sont aisés
et jouissent d’une qualité
de vie assez élevée. Quant
à la troisième phase, elle
s’est effectuée en deux
temps : l’une s’étend
de 1970 jusqu’à 1980 et
l’autre de 1989 à 1991.
Etudiants, puis résidents
Durant les années 70, le
Liban a connu un fort exode
de cerveaux. Les jeunes
quittaient le pays pour
suivre des études supérieures
au Canada, mais décidaient,
par la suite, de s’y
installer. "Les autorités
canadiennes ont encouragé
à cette époque ces étudiants
à s’intégrer, précise
le consul général. La
majorité de ces étudiants
suivait des études de médecine.
Certains hôpitaux canadiens
ont demandé au gouvernement
de leur faciliter
l’obtention de papiers
d’immigration."
Parallèlement à cette
attitude adoptée par les
autorités canadiennes, le déclenchement
de la guerre libanaise a
contraint de nombreux
Libanais à quitter le pays.
Cette vague d’émigration
s’est accentuée, à l’évidence,
entre 1989 et 1991. Durant
les années de guerre, le
Canada a annoncé qu’il
ouvrait ses portes aux
Libanais et avait même
installé un bureau à
Chypre, parallèlement à
celui de Damas, pour
faciliter l’octroi de
visas d’émigration aux
familles. Selon les
statistiques du Bureau de
l’emploi et de
l’immigration du Canada,
on comptait 3.143 résidants
permanents d’origine
libanaise en 1988. Ce
chiffre a atteint 6.179 en
1989, puis 12.464 en 1990,
ce qui place le Liban au
troisième rang des dix
premiers pays dont les
ressortissants ont choisi le
Canada comme source de résidence
permanente, juste après
Hong Kong et la Pologne. Après
le Liban viennent les pays
suivants : les Philippines,
l’Inde, le Vietnam, la
Grande-Bretagne, la Chine,
le Portugal et enfin les États-Unis.
"La majorité des
Libanais qui avaient choisi
d’émigrer au Canada au
cours de cette période était
des chrétiens de toutes les
classes sociales voulant
fuir la guerre",
explique M. Habre.
Actuellement, ces familles
sont très actives à Montréal,
dans tous les domaines et
secteurs de la société
canadienne, de sorte
qu’ils pourraient
facilement former un
"lobby". Selon les
estimations du consulat général
du Liban au Québec, près
de 250.000 Libanais résident
à Montréal. Près de
45.000 d’entre eux sont
rentrés au Liban entre 1993
et 1998, juste après
l’obtention de la
nationalité, mais 25.000
d’entre ceux-là sont
repartis vivre définitivement
au Canada en raison de la
situation économique qui sévit
chez eux. M. Habre explique,
par ailleurs, que ceux qui
sont rentrés au Liban
peuvent être divisés en
quatre catégories : les pères
de famille qui avaient fermé
leurs entreprises à
Beyrouth durant la guerre et
qui ont décidé de les
rouvrir ; les professionnels
qui n’ont pas pu exercer
leurs métiers au Canada car
leurs diplômes n’ont pas
été reconnus ; les étudiants
qui faisaient simplement
leurs études de maîtrise
à l’étranger et qui
souhaitaient rentrer chez
eux ; enfin, ceux qui
attendaient la fin de la
guerre pour pouvoir
retourner.
Mais l’une des principales
raisons qui a poussé de
nombreux émigrés à
regagner le Liban est l’éducation
des enfants. Ne voulant pas
que leurs fils et filles
grandissent dans un
environnement qui n’est
pas à proprement le leur,
sur le plan humain ou
spirituel, certains parents
ont préféré revenir au
Liban et élever leurs
enfants dans un milieu où
la cellule familiale et les
valeurs traditionnelles
restent, malgré tout, en
vigueur. Mais depuis
quelques années, le Liban
est le théâtre d’une
relance de l’émigration,
surtout en direction du
Canada et des Etats-Unis.
Peut-on parler ainsi d’une
quatrième vague d’émigration
? Force est de constater sur
ce plan que la crise économique
pousse plusieurs jeunes à
quitter de nouveau le pays,
à la recherche d’un
meilleur niveau de vie, et
la plupart d’entre eux décident
de rester dans les pays d’émigration
et ne rentrent au Liban que
pour quelques semaines de
vacances. "Je crois
qu’il est encore trop tôt
de dire qu’il existe une
quatrième vague, souligne
sur ce plan M. Habre. J’ai
entendu dire que des autorités
religieuses libanaises
exercent des pressions pour
ne pas ouvrir les portes à
une nouvelle vague d’émigration
car celle-ci aurait des conséquences
négatives sur la démographie
et la situation sociale du
pays", précise-t-il.
Il reste que le principal
et, peut-être, le seul
facteur qui serait
susceptible d’endiguer une
éventuelle nouvelle vague
d’émigration est
incontestablement la relance
économique, accompagnée
d’une stabilité et d’un
équilibre politiques
internes.
haut
Capa
: naissance d'Israël
par FRANCOISE
DARGENT, publié dans le
Figaro le 28 novembre 2002
On a, profondément ancrées,
à l'esprit ses photos de la
guerre d'Espagne, celles
d'Indochine ou du Débarquement.
On connaît moins le travail
qu'a réalisé Robert Capa
à la naissance d'Israël,
à la fin des années
quarante. Le Musée d'art et
d'histoire du judaïsme à
Paris répare cette lacune
en présentant une
soixantaine de clichés
issus du fonds de l'agence
Magnum et conservés à New
York. Par trois fois, entre 1948
et 1950, le photographe
se rend dans le jeune pays
pour assister à la
naissance difficile de l'Etat,
pays subitement envahi par
des milliers d'immigrants en
quête d'une nouvelle vie.
Impression d'un contraste
d'abord entre le film réalisé
par Capa à la demande de l'United
Jewish Appeal, un document
qui montre une jeunesse
vigoureuse et enthousiaste
à l'idée de bâtir une
nation, une succession de
plans où l'on se retrousse
les manches en chantant, et
les photos réalisées sur
le terrain par un homme qui
déclare qu'Israël est
"l'endroit le plus brut
et le plus rude où l'on
puisse vivre
aujourd'hui". Usant de
cette proximité avec son
sujet qui le caractérise,
Capa imprime sur ses négatifs
les cohortes d'immigrants
qui débarquent à Haïfa,
les familles chargées de
valises et d'enfants, les écoliers
dans des classes en plein
air, les plantations de
vignes et d'oliviers dans le
désert. Certaines
photographies, comme celle
montrant une fillette
pleurant dans un camp de
tentes, ont fait le tour du
monde. Elle a fait dire à
un Steinbeck admiratif :
"Capa pouvait montrer
la crainte de tout un peuple
sur le visage d'une enfant.
Son appareil attrapait et
retenait l'émotion."
La compassion de Capa pour
ces immigrants se lit à
travers les portraits qu'il
a choisi de faire. Hormis le
siège de Jérusalem, il
s'est sciemment détourné
des scènes de la guerre qui
ont marqué l'avènement
d'Israël pour se concentrer
sur le quotidien des
immigrants. L'exposition est
découpée en trois parties
: "La nation juive
avant l'Etat", "De
l'indépendance à la
religion de la patrie"
et "Construire l'Etat".
Des commentaires de
l'historien Georges
Bensoussan, auteur d' Une
histoire intellectuelle et
politique du sionisme,
1860-1940 (Fayard),
replace les photos dans une
perspective historique. Le
travail de Capa est
lumineux. Il réussit à
capter la diversité des
immigrants, photographiant
des femmes yéménites
enturbannées et leurs
enfants, des rescapés de la
Shoah venus d'Europe, mais
aussi les nombreux réfugiés
juifs fuyant la Libye ou
l'Irak, n'éludant pas la réalité
d'un jeune Etat où
plusieurs mondes, parfois
antagonistes, cohabitent.
Les photos de foule comme
l'arrivée des réfugiés
dans le port de Haïfa,
image d'union et de joie,
contrastent avec les visages
graves de gens qui luttent
individuellement pour leur
survie quotidienne. Au-delà
de leur intérêt
historique, certaines de ces
photos sont d'abord à voir
pour leur exceptionnelle
qualité. C'est la raison
première de cette
exposition.
Jusqu'au 23 février
au musée d'art et
d'histoire du judaïsme. TLJ
sauf samedi. Renseignements
au 01.53.01.86.60 et sur
Internet: www.mahj.org
haut
Tué par
deux balles israéliennes,
Iain John Hook reconstruisait
Jénine
par GILLES PARIS, publié
dans le Monde du 26 novembre
2002
Il était venu pour
reconstruire. Arrivé il y a
un mois à Jénine, en
Cisjordanie, Iain John Hook,
un responsable britannique
de l'agence de l'ONU chargée
des réfugiés palestiniens
(UNWRA), avait pour mission
de rebâtir la partie du
camp rasée par les
bulldozers géants D9 de
l'armée israélienne en
avril, au cours d'une opération
controversée. Agé de 54 ans,
Iain John Hook coordonnait
un projet de 27 millions
de dollars dont la mise en
œuvre avait été ralentie
par les réticences de
Palestiniens, désireux de
conserver en l'état la
partie du camp comme un témoignage
des méthodes israéliennes,
puis par les incessantes opérations
militaires lancées contre
ce fief du Djihad islamique.
Vendredi matin 22 novembre,
l'armée israélienne s'est
lancée à la recherche d'un
responsable présumé de
l'aile militaire du Djihad,
Abdullah Ouahach, non loin
des baraquements de l'ONU
dans lesquels s'étaient réfugiés
Iain John Hook et son équipe.
Après des échanges de tirs
entre soldats et activistes,
le responsable de l'UNWRA a
essayé de coordonner leur
évacuation avec l'armée
israélienne. Peu après
midi, en sortant de ces
baraquements, un téléphone
portable à la main, le
Britannique a été atteint
de deux balles de fusil M16.
Selon la version donnée par
l'armée israélienne, qui a
reconnu sa responsabilité,
samedi 23 novembre, le
ou les soldats à l'origine
des tirs auraient confondu
le téléphone portable avec
une arme de poing. L'armée
a précisé que les
baraquements avaient été "utilisés
par des terroristes pour
tirer sur les forces israéliennes",
ce que nie catégoriquement
l'UNWRA. Présente au moment
des faits, une militante
propalestinienne de
nationalité irlandaise,
Annie Higgins, également
blessée au cours de la même
journée, a assuré qu'à
cet instant, les tirs
palestiniens avaient cessé
depuis "deux bonnes
heures".
Gravement blessé à
l'abdomen, Iain John Hook
n'a pas pu être évacué
immédiatement vers l'hôpital
le plus proche, situé
pourtant à l'entrée du
camp. La porte-parole de
l'armée israélienne a
assuré qu'il avait été
transporté "aussi
vite que possible".
L'ONU a fait état de son côté
d'un "délai",
tout en précisant qu'il était
difficile d'en établir avec
certitude les conséquences.
Selon les témoignages, le
responsable de l'UNWRA, qui
s'est vidé de son sang, est
décédé pendant le trajet
ou en arrivant à l'hôpital.
L'agence onusienne, dont les
relations avec les autorités
israéliennes sont
ordinairement exécrables, a
dépêché sur place une équipe
chargée d'établir les
faits. Samedi, les réfugiés
de Jénine ont organisé des
funérailles symboliques à
la mémoire du responsable,
gratifié du titre de "martyr"
par l'Autorité
palestinienne, autour d'un
cercueil vide recouvert du
drapeau bleu des Nations
unies.
haut
La France
dément détenir le virus de
la variole
publié dans le Monde du 8
novembre 2002
Le Quai d'Orsay a démenti
mercredi 6 novembre les
informations du quotidien américain
"Washington Post"
selon lesquelles la France
posséderait des stocks non
déclarés du virus de la
variole. Le ministère français
des affaires étrangères a
démenti mercredi 7 novembre les
informations du quotidien américain
Washington Post
selon lesquelles la France
posséderait des stocks non
déclarés du virus de la
variole. "Nous démentons
donc avec la plus grande
fermeté les allégations
formulées par le
Washington Post dans son
édition du 5 novembre
2002", a déclaré
le porte-parole adjoint du
ministère, Bernard Valéro.
"Au regard de la
gravité des accusations
proférées à l'encontre de
la France, nous avons demandé
un droit de réponse auprès
de la direction de ce
journal", a-t-il
ajouté. "Les
seules recherches conduites
en France sur la variole
visent à la mise au point
d'un vaccin de nouvelle génération.
Elles sont menées sur des
souches animales autorisées,
qui ne sont pas dangereuses
pour l'homme. (...) La
France respecte
scrupuleusement ses
engagements internationaux.
Par conséquent, elle ne
possède plus aucune souche
de variole humaine dans ses
laboratoires, qu'ils soient
civils ou militaires",
a ajouté le porte-parole.
Selon le Washington Post,
qui cite une enquête des
services de renseignement américains,
outre les Etats-Unis, quatre
pays - France, Irak,
Corée du Nord, Russie -
posséderaient des stocks
non déclarés du virus. Le
porte-parole du département
d'Etat, Richard Boucher, a
refusé de nommer spécifiquement
les pays, tout en confirmant
que Washington avait des préoccupations
face à la possession par
plusieurs Etats de souches
de la variole. Le programme
français a une nature défensive,
tandis que la Russie a le
stock le plus important de
virus, selon les services de
renseignement américains.
Un responsable de
l'entreprise russe
Biopreparat a déclaré au
quotidien qu'il avait
supervisé la production du
virus sous forme de
solution, pouvant être placée
à bord de missiles
intercontinentaux. Quant à
la possession de stocks par
l'Irak, les preuves se
trouvent dans un rapport non
publié des inspecteurs en désarmement
de l'ONU qui ont découvert
entre 1995 et 1997 un
appareil marqué
"variole", des
documents décrivant des
vaccins pour les soldats
irakiens, dont celui de la
variole, et un témoignage
de décès dans l'armée dû
à cette maladie en 1985 ou
1986.
Selon un autre rapport, du
bureau sur la non-prolifération
des armes dépendant de
l'Agence centrale de
renseignement (CIA), Moscou
a "transféré
(à l'Irak) de la
technologie (pour développer
des stocks du virus de la
variole) au début des
années 1990". La
Corée du Nord a "de
longue date un programme
actif de production d'armes
biologiques",
selon la CIA, qui reconnaît
que ses informations sont de
"moyenne"
qualité . "Nous
estimons qu'ils en
ont", a déclaré
un responsable. Selon le
porte-parole français, "sur
le plan national, la France
a pris des dispositions réglementaires
pour suivre sur son
territoire tout mouvement
d'agent responsable de
maladies infectieuses. Au
titre de cette réglementation,
tous les laboratoires français
sont soumis à déclaration
de détention de mouvement
de souches". "L'Organisation
mondiale pour la santé
interdit depuis 1980 la détention
de souches de variole
humaine par tout
laboratoire, à l'exception
du CDC d'Atlanta (Etats-Unis)
et du centre Vektor
(Russie)", a-t-il dit.
haut
CNN
espère bientôt commenter
l'info en français
La
chaîne veut conquérir le
monde par les langues
nationales
par FABRICE ROUSSELOT,
publié dans Libération le 26
novembre 2002
Bientôt un CNN en français
? A Atlanta, siège de la
chaîne fondée en 1980 par
Ted Turner, on continue d'y
réfléchir sérieusement même
si le projet d'une fusion
avec i-télé, la chaîne
infos du groupe Canal +
(Vivendi Universal), a capoté
en début d'année. Le
chantier était pourtant
bien avancé : un logo avait
même été dessiné pour
cette chaîne qui aurait
porté le nom de i-CNN.
Mais, au dernier moment, les
dirigeants de Vivendi
Universal et ceux d'AOL Time
Warner (maison mère de CNN)
ont jugé qu'un mariage
entre les deux géants
mondiaux de la communication
était contre nature. Chris
Cramer, président de CNN
International, continue
cependant de vouloir
s'implanter dans l'Hexagone.
"Nous explorons
plusieurs possibilités en
France, qu'on espère voir
aboutir", déclare-t-il
à Libération. Car,
non content de diffuser ses
émissions en anglais à
travers le monde, CNN a désormais
pour ambition de s'imposer
sur les marchés télévisuels
nationaux, dans la langue du
pays concerné. D'ores et déjà,
la chaîne est disponible en
espagnol en Espagne et en Amérique
latine, en allemand en
Allemagne ou encore en turc
en Turquie. "C'est
bien sûr à travers un CNN
multilingue que l'on peut
vraiment faire la différence,
estime Chris Cramer, parce
que c'est là que l'on sera
à même de récolter un
maximum de revenus
publicitaires et de fidéliser
un public plus vaste".
Les dollars étrangers
A tous les étages de
l'imposant CNN Center
d'Atlanta, le message résonne
à l'unisson : la chaîne de
Ted Turner veut plus que
jamais s'imposer comme la
"télévision du
monde". Chez AOL, qui a
pris le contrôle de
CNN-Time Warner en l'an
2000, on n'a de cesse de le
répéter : avec sa
diffusion dans plus de 200
pays et son audience globale
estimée à un milliard de
personnes, CNN International
doit être le "nouveau
joyau" de l'empire
CNN. Pas question évidemment
d'abandonner CNN-USA, la chaîne
diffusée aux Etats-Unis,
qui restent, pour l'instant,
la principale source de
revenus du groupe. Mais,
comme le dit Chris Cramer, "nous
savons bien que les dollars
se trouvent à l'étranger,
avec un marché qui ne
demande qu'à se développer".
La réaffirmation de
l'ambition internationale de
CNN ne tient pas du hasard.
Depuis plusieurs mois
maintenant, la chaîne
souffre sur le territoire américain,
confrontée à une
concurrence véhémente. En
janvier dernier, CNN-USA a
ainsi dû céder son titre
de première chaîne câblée
d'information continue à
Fox News, le network de
Rupert Murdoch aux accents
fortement républicains.
Depuis, Fox n'a cessé de
s'imposer dans pratiquement
chaque grille horaire. Le
mois dernier, Larry King,
l'intervieweur vedette de
CNN, s'est fait battre pour
la première fois en vingt
ans au petit jeu de
l'audience par un show
concurrent avec deux
animateurs antagonistes, Hannity
and Colnes. Peu
auparavant, CNN et ABC News
ont confirmé avoir engagé
des négociations pour une
éventuelle fusion,
clairement destinée à
contrer le réseau de
Murdoch.
Concurrence
Assis sur son bureau, Jim
Lemay assure que "Fox
ne lui fait pas peur".
Cependant, sur les cinq écrans
qui le cernent, trois sont
branchés sur Fox. La
cinquantaine énergique,
Lemay a un travail des plus
stressants : c'est lui qui décide
tous les jours ce qui sera
diffusé ou non par la chaîne
d'Atlanta. "Il faut
arrêter de plaisanter : Fox
ne sera jamais CNN. Qui
connaît Fox à l'étranger
? Nous, nous sommes
dans 180 millions de foyers
et nous continuons notre
expansion." Ce qui
est sûr, c'est que CNN
s'est donné les moyens de
ses ambitions
internationales. Le groupe
s'est offert un studio
flambant neuf à Atlanta,
afin de lancer fin octobre
une série de nouveaux
programmes à destination de
l'Europe et de l'Asie. Parmi
les nouveautés, une émission
d'information, Your World
Today, qui s'étend sur
deux heures et permet de
traiter de n'importe quel
sujet en profondeur à
travers débats et
interviews.
Adaptabilité
La chaîne a notamment fait
appel à un duo de présentateurs
qu'elle qualifie d' "exceptionnel"
: d'un côté, un ancien
de CNN, Jim Clancy, reporter
chevronné. De l'autre, une
journaliste kenyane que tout
le monde pressent comme la
prochaine star, Zain Verjee.
"Je pense que nous
sommes complémentaires,
dit Clancy, mais,
surtout, nous essayons de
faire un travail sérieux et
compétent. Où c'est
l'information qui prime, et
rien d'autre." Afin
d'étendre son influence
internationale, CNN se
targue en outre d'avoir su "customiser"
ses programmes à l'aune de
ses différentes audiences.
Les émissions destinées à
l'étranger n'ont pas le même
format que celles que l'on
peut voir aux Etats-Unis. "En
Amérique, le téléspectateur
veut toujours un angle américain.
Il est également habitué
à une présentation plus
sensationnelle, avec
beaucoup d'effets d'annonce,
commente Eric Ludgood,
vice-président de CNN
International. A l'étranger,
nous choisissons au
contraire de mettre les
choses en perspective,
d'expliquer plus ce qui se
passe. Un Européen, par
exemple, peut écouter un
sujet de six minutes sur
l'Irak; pour un Américain,
c'est trop long. Il faut
savoir comprendre les intérêts
des uns et des autres afin
de mieux les satisfaire."
haut
Le
lion, la chèvre et le dragon
par CLAUDE IMBERT, publié
dans le Point du 15 novembre
2002
La Turquie dans l'Union
européenne ? Cette
fantasmagorique suggestion
brave la géographie,
l'histoire et cet ensemble
de savoirs, coutumes et
croyances communs à un
groupe de sociétés, en
l'occurrence les nôtres.
Une telle extravagance a
du moins le mérite de dévoiler
quelle Europe elle profile
: celle d'une simple zone
de libre-échange. Celle où
l'organisation économique
se satisferait de ses succès
et refuserait l'ambition
politique et stratégique
d'une Europe-puissance.
Valéry Giscard d'Estaing,
président d'une
Convention chargée de
donner à l'ectoplasme
européen une
"architecture"
constitutionnelle, a fort
bien vu que cette hypothèse
insultait l'avenir. Au
moment idoine - entre les
récentes élections
turques et le prochain
sommet européen de décembre
-, il a donc rappelé
cette évidence : l'entrée
de la Turquie sonnerait le
glas d'une certaine idée
de l'Europe. Comment
expliquer que de bons
esprits politiques ou
intellectuels l'envisagent
de gaieté de coeur ? Soit
ils ont déjà fait leur
deuil de l'Europe-puissance.
Soit ils imaginent - avec
l'angélisme oecuménique
à la mode - que le
rayonnement de notre
Europe pourrait s'étendre
jusqu'à l'Euphrate. Et
englober un pays de 70
millions d'habitants si dépareillé
des nôtres par sa démographie,
son statut économique
(1), et par son
appartenance culturelle.
Cette appartenance-là est
un composé à la fois
puissant et subtil, fait
de mémoire collective et
de rêves partagés.
C'est, dans chaque nation,
un principe spirituel pour
lequel la légende et les
mythes, la langue et l'héritage
religieux, les lieux de mémoire
et les héros nationaux,
le décor et le folklore,
tout un patrimoine
physique et immatériel,
ont au fil des siècles
concouru.
Il ne sera déjà pas si
simple de faire dire
"mon pays,
l'Europe" aux 500
millions d'hommes de notre
continent. Comment y
songer si l'on trouble ce
sentiment encore dans les
limbes et qui se forme
lentement dans le foyer
continental ? Le dédain
de nos élites pour le
patrimoine culturel des
peuples est gros de
catastrophes. Ce fut, en
son temps, l'ignorance
pathétique de l'Algérie
française pour la réalité
musulmane algérienne. De
même, dans les années
70-80, lorsque ici l'on
criait casse-cou devant
l'anarchie d'une
immigration maghrébine
incontrôlée, les mêmes
rêvasseurs nous
assuraient que le creuset
français intégrerait des
Marocains ou des Maliens
aussi bien que les
Espagnols ou les Italiens
des années 30... On voit
ce qu'il en est ! L'Europe
de ces songes creux a,
comme la Chimère antique,
une tête de lion (les
six), un ventre de chèvre
(les vingt-cinq) et une
queue de dragon (la
Turquie). Une chimère,
quoi ! La Turquie, on le
sait bien, est le pays du
Levant que les principes
d'Occident ont le mieux pénétré
: laïcité, démocratie
garanties par la meilleure
armée de la région. Que
ce pilier pro-occidental
soit caressé par l'Amérique,
aidé et ménagé par
l'Europe, cela va de soi.
Qu'il nous devienne associé
par tous les partenariats
possibles, très bien !
Mais rien ne justifie d'en
faire, pour autant, le
membre le plus lourd du
"Club européen".
Et Bruxelles se déconsidère
à lui présenter
hypocritement un cahier
des charges en espérant
sous cape qu'il n'y
satisfera pas.
Questionnez, là-dessus,
les peuples européens et
leur refus assuré serait
dommageable à tous ! Non
que nos opinions gardent
rancune de la séculaire
adversité de la Croix et
du Croissant. Encore - par
exemple - que, pour dire
"aïe, aïe, les
ennuis arrivent ...",
l'idiome italien conserve
cette expression populaire
: "Mamma, li Turchi..."
("Maman, v'là les
Turcs...") (2). Mais
on a oublié les batailles
de Lépante ou de Navarin
et la libération de la Grèce
qui enflammait nos
romantiques. Cela dit, il
reste cette évidence que,
dans notre patrimoine,
c'est Charlemagne que l'on
rencontre et non Soliman
le Magnifique. Chez nous,
un logiciel chrétien
court sur vingt siècles
et se retrouve jusque dans
les valeurs laïques. Là
un logiciel musulman
s'ouvre difficilement,
depuis Atatürk, à une laïcité
sous protection militaire.
Quant aux islamistes,
aussi "modérés"
soient-ils, qui viennent
de prendre le pouvoir à
Ankara, il est clair qu'à
l'aune de nos convictions
leur retour en fanfare altère
la révolution laïque et
le dévoilement des femmes
que Mustafa Kemal imposait
dans les années 20. Au
demeurant, ce n'est pas le
fond de l'affaire ! Nous
ne demandons qu'à
respecter chez eux une
appartenance qui n'est pas
la nôtre. Ainsi
pratiquons-nous, depuis
des lustres, avec maints
pays amis d'Afrique ou
d'Asie. Alors, trinquer
avec les Turcs ? Bien
volontiers ! Mais chacun
avec son propre verre !
1. Le produit national
brut turc par habitant est
de 3.370 dollars. Celui du
plus faible des Quinze, le
Portugal, est de 10.090
dollars.
2. "Mamma,
li Turchi", plaisant
roman de Gabriel Matzneff
(La Table ronde).
haut
publié dans le Monde du
9 novembre 2002
Nous sommes sous la menace
de nouveaux attentats
terroristes, préviennent
quotidiennement les
autorités américaines,
britanniques ou françaises.
Aucun pays n'est à
l'abri. Sans doute
ont-elles malheureusement
raison. La folie de ceux
qui ont choisi la terreur
la plus aveugle et la plus
meurtrière comme moyen
d'action n'a pas reculé,
comme l'a montré
l'attentat de Bali. Les
combattre reste la priorité.
Mais il est impératif de
mener ce combat dans la
transparence et le respect
du droit. L'enquête de
notre confrère Joseph
Lelyveld, ancien directeur
de la rédaction du New
York Times, dans le camp
de rétention de
Guantanamo et le témoignage
d'un ancien prisonnier
pakistanais qui y a passé
dix mois avant d'être libéré,
recueilli par notre
correspondante sur place,
montrent que tel n'est pas
le cas. Le gouvernement américain
dénonce la dictature
"menaçante" de
Saddam Hussein parce qu'il
viole les résolutions des
Nations Unies, mais il
refuse d'appliquer lui-même
les conventions de Genève
et maintient 598 personnes
hors de tout droit sur sa
base navale à Cuba. Les
photos de ces hommes à
leur arrivée sur la base
en janvier, vêtus de
combinaisons rouges,
menottés, aveuglés par
des bandeaux, obligés de
rester à genoux, avaient
soulevé de légitimes
protestations. Des témoignages
sur d'autres mauvais
traitements ont été livrés,
notamment sur
l'impossibilité de prier.
Mais grosso modo
l'armée américaine
semble avoir depuis amélioré
leurs conditions d'hébergement.
Il faut la féliciter
aussi d'avoir accepté la
présence permanente d'un
comité de la Croix-Rouge
qui permet, notamment, la
transmission de courrier -
censuré - avec les
familles.
Mais il reste que ces
prisonniers sont détenus
dans une obsession du
secret. La presse, tenue
à l'écart ou encadrée,
n'est parvenue à connaître
le nom que de quarante des
détenus. Ceux-ci n'ont
pas de statut puisque
George Bush a refusé
d'appliquer les lois de la
guerre aux
"terroristes".
Des interrogatoires ont été
menés par les inspecteurs
mais aucune inculpation
n'a été prononcée,
aucun avocat n'a été
nommé. Les prisonniers
sont dans l'ignorance de
ce qui leur est précisément
reproché. Or une grande
partie d'entre eux ne
doivent leur présence
dans cette prison qu'au
hasard d'avoir été pris
au mauvais moment à un
mauvais endroit en
Afghanistan, ou d'avoir été
livré en échange
d'argent. Même Donald
Rumsfeld, le ministre de
la défense, a reconnu que
des personnes pouvaient être
là "par
erreur". Les
Etats-Unis libèrent au
compte-gouttes les
personnes reconnues
"innocentes". Le
gouvernement redoute plus
que tout de laisser partir
un vrai terroriste qui
irait ensuite poser une
bombe. En conséquence, il
maintient ses prisonniers
sans jugement jusqu'au
jour imprévisible où la
guerre contre le
terrorisme sera déclarée
gagnée. Dans ce combat
mené au nom du droit, les
Etats-Unis devraient au
contraire se montrer
exemplaires.
haut
Qui a
commis les attentats de 1999
en Russie ?
par SOPHIE SHIHAB, publié
dans le Monde du 17 novembre
2002
A la fin de l'été 1999, la
Russie est secouée par une
série de bombes meurtrières.
Moscou désigne les
coupables : les Tchétchènes.
L'enquête du
"Monde" révèle
des accusations et des
indices accablants pour le
Kremlin. En août 1999,
un millier de combattants
tchétchènes et
daghestanais, menés par le
chef de guerre Chamil
Bassaev et son associé
saoudien Khattab,
envahissent le Daghestan,
petite république du
Caucase voisine de la Tchétchénie
et, comme elle, membre de la
Fédération de Russie.
Bassaev affirme vouloir
venir en aide à des
islamistes locaux prêts à
l'insurrection. L'armée
russe repousse les
envahisseurs et quelques
villages sont, au passage, réduits
en poussière. Mais,
surtout, la Russie se déclare
"attaquée par le
terrorisme
international" -
un danger dont le Kremlin
n'a cessé d'agiter la
menace ces dernières années,
sans jamais réussir à en
convaincre l'Occident. A
Moscou, un Boris Eltsine aux
abois en profite pour
changer de premier ministre,
pour la deuxième fois en
deux mois. Au falot Viktor
Stépachine succède un
inconnu, Vladimir Poutine,
officiellement présenté le
9 août 1999 comme le
dauphin du président. "Cet
homme, c'est la solution
finale du problème tchétchène",
annonce Boris Eltsine en le
présentant à la télévision.
Formule de mauvais augure à
laquelle, hormis les Tchétchènes,
personne ne prête
attention.
Ce moment constitue pourtant
un tournant dans l'histoire
russe récente, et la
situation va prendre un tour
nettement plus dramatique.
Lorsque, le 24 septembre,
Vladimir Poutine jure de "buter
[les terroristes] jusque
dans les chiottes" et
renvoie les bombardiers en
Tchétchénie, une série
d'attentats vient d'ébranler
la Russie. En moins de trois
semaines, du 31 août
au 17 septembre, de
terribles explosions ont
secoué successivement un
centre commercial proche du
Kremlin, une petite ville du
Daghestan et, surtout, deux
immeubles densément habités
dans des quartiers
populaires de Moscou, puis
un autre immeuble dans une
ville du Sud, Volgodonsk.
Plus de 300 morts, des
milliers de blessés. Le
pays est plongé dans
l'horreur, traumatisé. Les
autorités russes montrent
aussitôt les coupables du
doigt : les Tchétchènes.
Que s'est-il passé pendant
l'été 1999 ? Cet épisode
fondateur du nouveau régime
russe et point de départ de
la deuxième guerre de Tchétchénie
recèle tant de mystères et
de contradictions que la
question n'en finit pas de
se poser : et si cette
série d'attentats n'était
qu'une machination ?
La rumeur, à l'époque, ne
tarde pas à désigner le
suspect numéro un :
Boris Abramovitch Berezovski,
"BAB", éminence
grise du Kremlin, un des
pionniers du
"capitalisme"
post-soviétique qui apparaît
de plus en plus à l'époque
comme l'un des grands maîtres
du chaos russe. Ses liens
avec les Tchétchènes les
plus radicaux, et notamment
avec Chamil Bassaev, sont
connus. On le soupçonne
d'avoir provoqué la plupart
des enlèvements d'étrangers
dans le nord du Caucase dont
il se posait ensuite en libérateur,
devant les écrans de ses
chaînes de télévision. En
septembre 1999, l'un de
ses proches, jeune
affairiste français,
contacte Le Monde en
Russie. Au téléphone, il a
perdu sa belle assurance et
lâche son ami : "Boris
annonce d'autres attentats.
Il est devenu fou. C'est
fini, je n'ai plus rien à
faire avec lui. Il doit
penser que c'est en déchaînant
le chaos qu'il pourra
installer son homme fort au
pouvoir. Et saisir au
passage de nouveaux morceaux
du gâteau russe, y compris
la Caspienne. C'est pour ça
qu'il a organisé l'invasion
du Daghestan par les Tchétchènes.
Bassaev a reçu 30 millions
de dollars pour ça, et des
armes."
Dans la presse russe, des
articles renforcent cette thèse.
Les projets d'invasion du
chef de guerre Chamil
Bassaev, qui se voyait déjà
en "émir" d'un
Etat islamique de Tchétchénie
et du Daghestan libérés du
joug russe, étaient connus
dans toute la région. Pourtant,
les unités militaires
russes ont été retirées
de la frontière du
Daghestan juste avant que
les boeviki
(combattants) y entrent,
puis les ont laissés
sortir. Le quotidien
d'opposition proche du maire
de Moscou, Iouri Loujkov, Moskovski
Komsomolets, publie, après
les attentats, une série
d'extraits d'écoutes téléphoniques
de Boris Berezovski
conversant avec ses amis tchétchènes,
proches de Bassaev. Ces
derniers s'y plaignent de ne
pas avoir reçu tout
l'argent promis, ou de
l'apparition d'avions qui
bombardent les boeviki au
Daghestan, "ce qui
n'était pas prévu dans les
accords". Pour tout
démenti, Berezovski se
borne à qualifier ces
enregistrements de "compilations
malhonnêtes d'écoutes
faites à des moments différents".
Mais selon le directeur du
journal, l'agent du FSB (héritier
du KGB) qui les a livrés a
ensuite été assassiné.
Plus étonnant, le 12 octobre
1999, c'est au tour d'un
quotidien appartenant à BAB
lui-même, Nezavissimaïa
Gazeta, d'écrire, sous
la plume de son rédacteur
en chef Vitali Tretiakov, un
homme très informé et
proche de Berezovski : "Il
est absolument évident que
les Tchétchènes ont été
incités à entrer au
Daghestan pour obtenir un prétexte
légal au début de la phase
active de la lutte contre
les terroristes réunis en
Tchétchénie. Il est clair
que c'était une opération
des services secrets (à ne
pas confondre avec la
destruction des immeubles)
sanctionnée politiquement
au plus haut niveau." Les
lecteurs avertis de Vitali
Tretiakov voient là un
double message :
d'accord, les preuves
existent que BAB a joué un
jeu trouble avec les
terroristes, mais c'était
pour le plus grand bien de
l'oligarchie menacée et
avec la bénédiction du "sommet"
(le sommet, à ce moment-là,
c'est la cellule de crise de
l'opération "Héritier",
qui agit au nom du président
Eltsine reclus à l'hôpital ;
elle est composée de BAB,
du chef de l'administration
présidentielle, Alexandre
Volochine, de la fille du président,
Tatiana, et de son futur
mari, Valentin Ioumachev).
Deuxième partie du message :
n'allez surtout pas croire
que ceux-là laisseront
percer un jour leur
implication dans
l'organisation des
attentats.
La précision, donnée entre
parenthèses, est devenue
indispensable. Car,
entre-temps, il y a eu
l'affaire de Ryazan. Celle
qui a popularisé, plus
encore que tout le reste, la
thèse de la culpabilité du
Kremlin et de ses services
secrets. Le 22 septembre
au soir, un habitant de
cette ville du cœur de la
Russie aperçoit trois
personnes transportant des
sacs d'une voiture dans une
cave. Il donne l'alerte, les
agents du FSB local et la
police arrivent, constatent
que les sacs ressemblent à
de l'explosif et sont reliés
à un détonateur.
L'immeuble est évacué dans
la panique et le contenu des
sacs analysé sur place :
il se révèle être de
l'hexogène, l'explosif
utilisé dans les attentats
précédents contre les
immeubles. Le FSB local
ouvre une enquête pour
terrorisme, tout le monde se
félicite de la vigilance du
public et des autorités, à
commencer par M. Poutine.
Le surlendemain, coup de théâtre :
le chef du FSB russe, Nikolaï
Patrouchev, annonce que
toute l'affaire n'était
qu'un "exercice"
de ses services pour tester
l'état de préparation du
pays, que les sacs
contenaient du sucre et que
le détonateur était un
leurre.
Personne n'y croit. Car le
revirement a suivi l'annonce
de l'arrestation d'un couple
d'agents du FSB - ceux
qui ont posé l'explosif.
Des journalistes recueillent
des témoignages de
responsables locaux, qui
s'en tiennent à leur première
version : il s'agissait
bien d'explosifs, et ni les
chefs locaux du FSB et de la
police ni même le
gouverneur de la région
n'avaient été informés
d'un quelconque "exercice".
Un soldat d'une base
militaire voisine affirme
qu'il a eu à garder, dans
un local interdit d'accès,
des "sacs de
sucre" dont le
contenu, des granulés jaunâtres,
ne sucrait rien du tout.
Mais Ryazan passe presque
aussitôt au second plan. Le
24 septembre, les
dirigeants russes, M. Poutine
en tête, tiennent un
discours extrêmement
belliqueux sur la Tchétchénie.
Ils annoncent que les
auteurs des attentats de
septembre sont connus, mais
qu'ils ont malheureusement réussi
à s'enfuir vers la Tchétchénie.
Une dizaine de noms sont
publiés, dont aucun n'est
tchétchène, même si cinq
sont des Karatchaïs,
originaires d'une autre république
du nord du Caucase.
Curieusement, notre homme
d'affaires français proche
de Berezovski avait évoqué
une alternative envisagée
au cas où l'invasion du
Daghestan se révélerait
impossible : celle
d'envoyer les Tchétchènes "libérer"
la république de
Karatchaevo-Tcherkessie, où
des wahhabis étaient
très actifs et où BAB se
fera, à l'automne, élire député
à la Douma. Les "sacs
de sucre" étaient
d'ailleurs marqués comme
provenant de cette république,
où, pourtant, aucune
sucrerie n'existe.
Parallèlement, les détails
connus de l'enquête sur les
attentats de Moscou révèlent
des pressions pour en
masquer les résultats. Par
exemple, la maîtresse du
principal suspect, le
Karatchaï Atchimez
Gotchiyaev, celui qui aurait
loué les locaux où ont été
entreposés les explosifs, a
été arrêtée puis libérée
la nuit même, "sans
raisons connues",
note le quotidien Kommersant.
Bien connu des autorités,
Gotchiyaev a été condamné
par deux fois à des peines
de prison et deux fois relâché
prématurément. La version
officielle sur les attentats
varie sur un point important :
le FSB annonce d'abord que
l'explosif utilisé dans
tous les cas est de l'hexogène.
Le nom devient si commun que
le premier écrivain russe
à consacrer un livre à ce
sujet l'intitule Monsieur
Hexogène. Or, très
vite, l'explosif devient
officiellement du "salpêtre
ammoniacal mêlé à de la
poudre d'aluminium".
Explication : l'hexogène
n'est produit, à grand coût,
qu'à usage militaire et par
les militaires. De source
diplomatique, on apprend
aussi que les dirigeants
russes ont décliné toutes
les offres de coopération
des experts étrangers arrivés
en toute hâte à Moscou,
notamment des Américains et
des Français. A cela
s'ajoute la célérité tout
à fait inhabituelle en
Russie avec laquelle sont déblayés
les débris des immeubles,
alors que les Américains,
l'année précédente, ont
mis deux mois à examiner
morceau par morceau les
gravats de leurs ambassades
au Kenya et en Tanzanie,
trouvant ainsi de précieux
indices.
Quatre mois plus tard, le 31 décembre
1999, Boris Eltsine démissionne.
En mars 2000, Vladimir
Poutine est élu président
haut la main. L'opération
"Héritier" a réussi.
On n'a plus jamais reparlé
des "sacs de
sucre", ni des
personnes qui les avaient
posés à Ryazan. L'enquête
du FSB local a été illégalement
fermée. Les députés de la
Douma n'ont jamais pu réunir
les voix nécessaires pour
ouvrir une simple enquête
parlementaire, ni en janvier 2000,
ni au printemps 2002. Les
Tchétchènes n'ont jamais
cessé de nier leur
culpabilité dans les
attentats de 1999. Si ce
n'est eux, qui donc, parmi
les Russes, pourrait être
derrière ? Boris
Eltsine, semi-grabataire ?
Vladimir Poutine, qui a
toujours couvert les
malversations de ses chefs ?
Un chef suprême et inconnu,
collectif ou non, de la
mafia russe ? Ou bien
Berezovski qui, dès 1997,
assurait que l'élection présidentielle
"se jouerait autour
de la question tchétchène" ?
Le président tchétchène
Aslan Maskhadov a très vite
affirmé au Monde que
les attentats ont été
organisés par le Kremlin
pour déclencher une guerre
électorale. Venant de lui,
l'accusation n'a guère de
portée. Mais le maire de
Moscou, Iouri Loujkov, le présentateur
vedette de NTV, Evgueni
Kisselev, ou le financier américain
George Soros accusent
Berezovski, en termes plus
voilés. Et, plus
explicitement, Vladimir
Jirinovski, certains
communistes ou l'ex-candidat
à la présidence Alexandre
Lebed accusent "le
Kremlin".
FIN novembre 1999,
l'ami français de BAB
fournit une nouvelle interprétation :
"Boris [Berezovski]
n'y est pour rien. C'est
le FSB qui a tout organisé.
Pas un groupe isolé au sein
du FSB, mais le FSB comme
organisation. Il y a des
preuves." Autrement
dit, Berezovski aurait, dès
ce moment-là, décidé
d'accuser le chef du FSB
qui, à l'époque où les
attentats étaient en préparation,
était Vladimir Poutine ou
son successeur, Patrouchev,
agissant sous son autorité.
En décembre, BAB se déclare
en faveur de négociations
avec les Tchétchènes les
plus radicaux et accuse
Poutine de "manquer
de vision stratégique".
Clairement, l'initiative lui
a échappé. D'autres
sources moscovites confient
au Monde que le scénario
de BAB a été détourné
par les généraux partisans
de la guerre jusqu'au bout
et de jeunes oligarques qui
se sont émancipés de lui.
En conflit ouvert avec le président
depuis l'été 2000,
Berezovski, qui a choisi
l'exil en France, puis en
Grande-Bretagne, n'a
toujours pas produit la
moindre des preuves dont il
menace Poutine. Sa conférence
de presse à Londres, en
mars 2002, convoquée
à grand bruit, n'apporte
rien de nouveau. Trois ans
après, les zones d'ombre
des attentats de 1999
restent entières, et les
interrogations sur la prise
d'otages de Moscou n'ont
fait qu'accroître le doute.
haut
Ruée
de voitures françaises en
Chine
Après
Nissan, Peugeot se lance sur
un marché en pleine expansion
par PIERRE HASKI, publié
dans Libération le 28 octobre
2002
Dans le manuel du parfait
investisseur dans l'empire
du Milieu, il est une règle
d'or que toutes les
entreprises connaissent : on
ne quitte pas la Chine aux
moments difficiles. Pour
l'avoir ignoré et déserté
le marché chinois après
une première implantation
calamiteuse, Peugeot rame
aujourd'hui derrière ses
concurrents pour organiser
son retour. En privé, un
haut responsable chinois
confie à un visiteur : "Peugeot
devra faire ses
preuves..." A
l'opposé, quand Carlos
Ghosn, PDG de Nissan, débarque
à Pékin, la presse locale
se précipite sur lui avec
avidité, et le même haut
responsable chinois évoque
avec admiration la
personnalité de ce Français
(d'origine libano-brésilienne)
atypique qui a appris la
modernité aux Japonais. Et
c'est avec le tapis rouge
que Ghosn assure l'entrée
en force de Nissan en Chine
dans des conditions jamais
consenties jusqu'ici à un
autre constructeur étranger.
Eldorado
Peugeot et Nissan ne sont
pas seuls à lorgner vers ce
dernier eldorado en ces
temps de saturation
occidentale et de marasme
ailleurs. Le marché
automobile chinois explose :
+ 40 % de croissance des
ventes cette année, avec
environ un million de
voitures neuves achetées
par un public qui commence
à en avoir les moyens. Ces
ventes devraient être dopées
par l'autorisation qui vient
d'être donnée aux
constructeurs de mettre en
place leurs réseaux de crédit
automobile, impossible
jusqu'ici. Rien d'étonnant,
dès lors, à ce que,
vendredi à Pékin,
Jean-Martin Folz (PDG de PSA)
ait décrit la Chine comme
étant "au coeur de
la stratégie de son
groupe". Carlos
Ghosn, quant à lui, parle
de la Chine comme de la "nouvelle
frontière de
Nissan"... L'objectif
de PSA est ambitieux :
passer des 80.000 Citroën
vendues cette année à
150.000 Peugeot et Citroën
écoulées en 2004, avec six
modèles contre quatre
actuellement, et 300.000 à
"moyen terme".
Soit une part de marché de
15 % environ. Pour y
parvenir, PSA a signé
vendredi un nouvel accord
avec le partenaire de Citroën,
la société d'Etat Dongfeng
Motors, pour la création
d'une nouvelle entité élargie
cette fois à Peugeot, et
dans laquelle les deux
partenaires sont à parité
(32 % chacun).
L'investissement additionnel
de PSA - 77 millions d'euros
- est modeste, mais s'ajoute
à une infrastructure déjà
existante à Wuhan, dans le
centre, et largement
sous-employée, le succès
de Citroën en Chine étant
resté mitigé.
Il reste donc à Peugeot à
faire oublier sa
"trahison" passée
grâce à l'introduction de
modèles à l'image
dynamique comme la 307.
Jean-Martin Folz s'est bien
rendu compte que les Chinois
ont la mémoire longue : il
n'est pas une seule conférence
de presse où le patron de
PSA n'ait été interrogé
sur l'échec cuisant de
Peugeot à Canton, dans les
années 80. Miao Wei, le
subtil PDG de Dongfeng
Motors, est venu à sa
rescousse vendredi en citant
ce proverbe chinois : "D'une
défaite peut sortir une
victoire..." Ghosn
n'a pas ce handicap : il reçoit
à Pékin l'accueil réservé
à une star, et Nissan joue
à fond de cet atout, au
risque d'exagérer le culte
de la personnalité comme au
bon vieux temps maoïste...
Le mois dernier, le patron
de Nissan a signé son entrée
avec un investissement
massif - 1 milliard d'euros
- qui lui donne 50 % et
surtout le contrôle opérationnel
d'une société commune
avec... Dongfeng Motors, le
même partenaire que PSA !
Une marge de manoeuvre bien
plus forte que celle de tout
autre joint-venture
entre constructeurs étrangers
et leur partenaire chinois,
que Nissan a visiblement
obtenu grâce à la bonne
image de son PDG. Nissan
devient en quelque sorte le
laboratoire, en Chine, d'une
gestion moderne et
performante, à l'image de
ce que Ghosn a fait au
Japon. Nissan a mis la barre
haut dans ses ambitions :
passer de 34.000 voitures
particulières vendues l'an
dernier, à 500.000 véhicules
(300.000 utilitaires et
200.000 voitures particulières)
écoulés en 2006. Et à
900.000 véhicules en 2010.
Dans un deuxième temps, de
surcroît, Renault pourrait
profiter de l'implantation
de Nissan pour faire, à son
tour, son entrée sur ce
marché convoité.
Toyota, GM, BMW...
Peugeot et Nissan ne sont
que les derniers arrivants
d'une ruée vers le marché
chinois qui concerne la
quasi-totalité des grands
constructeurs automobiles du
monde. Toyota vient
d'annoncer la sortie de ses
premières voitures made
in China, visant 400.000
ventes par an, General
Motors vient de conclure son
troisième joint-venture
en Chine et a triplé ses
ventes en Chine cette année...
Quant à BMW, il s'est
choisi un partenaire
chinois, le groupe
Brillance, pour découvrir
quelques semaines plus tard
que son PDG était en fuite,
poursuivi par un mandat
d'arrêt... Volkswagen,
arrivé le premier en Chine,
défend bec et ongles sa
position dominante au côté
de son partenaire shanghaïen,
FAW. Dans cette course à la
part de marché, il y aura nécessairement
de la casse, d'autant
que les constructeurs étrangers,
qui avaient jusqu'ici le
terrain libre, doivent désormais
compter avec des petits
producteurs indépendants
chinois, comme Geely, qui
proposent des petites
voitures bon marché avec un
argument imparable : "100
% chinois".
haut
par VINCENT NOCE, publié
dans Libération le 12
novembre 2002
Urbanisation anarchique,
pression touristique non maîtrisée,
catastrophes naturelles ou
guerre civile, pillage archéologique
ou surexploitation des espèces
: le faisceau des périls
sur les sites du Patrimoine
mondial est alarmant. Un
document confidentiel de
l'Unesco recense 126 sites
mis en difficulté à un
degré ou un autre, en
pointant du doigt l'inaction
voire la complicité des
pouvoirs locaux. Parmi les
plus dégradés, figurent
les parcs nationaux du Kivu,
au Congo, où vivent les
derniers gorilles des
montagnes. Ces magnifiques réserves
naturelles n'ont connu que
des calamités : " Eruption
volcanique ; conflit armé,
braconnage, occupations illégales
de terres et menaces contre
l'encadrement des
parcs..." Le lac
Baïkal, en Russie, est
victime d'une pollution
intense. La Chine est
plusieurs fois visée,
favorisant une "urbanisation"
et un "développement
touristique incontrôlés"
autour de ses sites. Le cas
de Katmandou est encore plus
grave, la mission d'experts
recommandant expressément
d'inscrire la vallée dans
la liste du patrimoine en péril.
La Casbah d'Alger est en état
"de dégradation
progressive", la
vieille ville islamique du
Caire est victime de
restaurations désastreuses
et le site archéologique de
Byblos " détérioré
par le développement urbain
incontrôlé" qui
sévit au Liban. Au Pérou,
le sanctuaire du Machu
Picchu est également menacé.
Les pays riches ne sont pas
à l'abri des critiques :
mentionnée à plusieurs
reprises, l'Australie met en
péril le parc national du
Kakadu par l'extraction
d'uranium. Aux Etats-Unis,
le parc de Yellowstone est
considéré comme très abîmé
par l'invasion d'espèces
animales étrangères, dont
les touristes. Aucun emblème
ne résiste : le comité
s'inquiète d'un projet de
construction à proximité
de l'Acropole, à Athènes ;
et une bretelle d'autoroute
a même failli surgir près
des pyramides.
haut
Dangers
sur les sites du Moyen-Orient
Réunis samedi à Venise, sous
l'égide de l'Unesco, cent
trente pays se penchent sur le
patrimoine mondial de
l'humanité
par HERVE DE SAINT
HILAIRE, publié dans le
Figaro le 15 novembre 2002
Après
avoir donné un aperçu des
nombreux sites inscrits sur
la liste du patrimoine
mondial (nos éditions du
14 novembre) et qui méritent
d'être conservés,
entretenus, choyés en
raison de leur "valeur
universelle
exceptionnelle", Le
Figaro poursuit son enquête
sur l'état des lieux
patrimoniaux. Ce que feront
également 170 pays réunis,
samedi, à Venise, sous l'égide
de l'Unesco. Au programme de
cette réunion au sommet :
l'évaluation du patrimoine
culturel et naturel et le
financement des opérations
pour sauvegarder les sites
en danger.
Giovanni Boccardi est
responsable au Centre du
patrimoine mondial de
l'Unesco des pays du Proche
et du Moyen-Orient. La
totalité du monde arabe -
soit dix-huit pays -
est signataire de la
convention de 1972 sur le
patrimoine : cela va de la
Mauritanie jusqu'aux pays du
Golfe en passant par le
Maghreb, l'Egypte, la Syrie
ou l'Irak. On imagine les
soucis de M. Boccardi dont
la mission est de préserver
les trésors de ces régions
périlleuses. Beaucoup à
faire... Voici, par exemple,
la ville de Zabid, au Yémen,
une splendeur d'à peine
15.000 âmes, serrée dans
ses murailles. Inscrite en
1988 sur la liste, elle a été
classée "patrimoine en
péril" sept ans plus
tard. Au mépris des règles
d'urbanisme, les habitants
avaient ajouté des surélévations
de béton à leurs maisons
et laissé partir le souk
dans les faubourgs modernes.
Aujourd'hui, Zabid est engagée
dans la voie du salut
architectural et culturel grâce
à l'action de l'Unesco. "Nous
avons discuté avec les
autorités du pays et de la
ville, incité à ramener le
souk à son emplacement
d'origine, à détruire les
verrues. Libres à eux de développer
un quartier moderne, mais
hors les murs."
"Je ne suis ni un
agent d'assurance ni un
pompier, dit Giovanni
Boccardi. Encore moins un
financier. Je cherche, comme
tous mes confrères, à
sensibiliser les autorités
sur la valeur de leur
patrimoine. A les
conseiller, à trouver des
bailleurs de fonds (la
Banque mondiale, par
exemple). Ce n'est pas
toujours simple. L'Arabie
saoudite est un pays membre,
mais n'a inscrit aucun site
sur la liste. On ignore
pourquoi." Ce genre
de mission est parfois
gratifiante, parfois
ingrate. Car les dangers,
surtout dans cette région
du monde, sont nombreux. Le
péril n'est pas seulement
dans les demeures, mais dans
une organisation et une
conception de l'urbanisme
souvent anarchiques. Au
Caire, capitale
tentaculaire, par exemple, où
la démographie est incontrôlable,
avec 16 millions d'habitants
"officiellement"
recensés. "Cette
forte croissance démographique
a bouleversé tous les équilibres
urbanistiques et écologiques
de la vieille ville
(inscrite au Patrimoine), ne
serait-ce que par la
consommation d'eau et
l'accumulation de déchets
ingérables."
Et les menaces sont légion
dans ces pays où "opèrent
des forces religieuses et
culturelles qui ne vont pas
forcément dans le sens
d'une conservation du
patrimoine". Patrimoine
sans frontières, une ONG
indépendante, le dit en
d'autres termes, et dénonce
"les pétrodollars
des Saoudiens wahhabites qui
proposent de construire de
grandes mosquées toutes
neuves plutôt que de
restaurer les
anciennes". Sans
parler des sirènes de la
modernité qui attirent les
classes les plus aisées,
aux goûts parfois un
tantinet kitsch. Timidement,
la tendance s'inverse.
Ainsi, à Fès, au Maroc,
certains propriétaires de
somptueux palais de la médina,
fiers de leurs villas cosy
dans la ville moderne,
ont-ils tendance à reconsidérer
leurs demeures séculaires
et, partant, leur mémoire.
Peut-être un effet des
efforts de sensibilisation
auxquels tient tant M.
Boccardi. Les dangers et les
menaces, donc, M. Boccardi
se refuse à les hiérarchiser.
Il cite, pêle-mêle, "les
administrations vieillottes,
peu adaptées au monde
moderne, la corruption, des
responsables culturels trop
peu gestionnaires".
Et puis, il y a évidemment
le spectre des guerres,
chaque jour plus présent,
et celui, apparemment plus
souriant, du tourisme. En
Algérie, la surfréquentation
à Tipasa ; en Jordanie, les
70 hôtels surgis à Wadi
Moussa, le village voisin de
Petra la silencieuse, ou
l'ex-silencieuse devrait-on
dire, parce qu'il n'est pas
sûr qu'elle invite encore
à méditer sur le mystère
du temps et de son éternité
inscrite dans ces pierres.
Selon M. Boccardi, cette
inflation touristique nuit
à l'authenticité de lieux
prestigieux. On songe à
Venise qui, certains
week-ends du mois d'août,
accueille plus de 600.000
visiteurs qui se contentent
d'errer sur la place Saint
Marc (alors que la périphérie
mérite tant les
promenades), laissant des détritus,
abîmant sans le savoir des
statues qui finissent par être
épuisées par tant de mains
trop caressantes. Autre
spectre : les transports. L'Egypte
a failli en faire les frais.
Après un fameux bras de fer
avec Hosni Moubarak,
l'Unesco a été efficace en
l'obligeant à dévier le
tracé du périphérique du
Caire qui aurait coupé en
deux le plateau de Ghizeh,
au sud des pyramides. Il était
moins une que la dernière
des sept "merveilles du
monde" encore existante
soit rayée de la liste du
Patrimoine - menace qui
à ce jour ne s'est encore
jamais concrétisée.
Cela dit, l'Unesco n'oublie
pas les nécessités économiques.
"Nous ne voulons pas
congeler un site et
condamner ses habitants à
mourir de faim. Notre rôle,
commente Giovanni
Boccardi, consiste à
coopérer avec les autorités
nationales afin qu'on ne
construise pas n'importe où,
n'importe comment. Et à
jongler avec des
compromis." " On
ne peut empêcher le
tourisme ni le commerce. Et
ce n'est pas notre désir.
Nous ne voulons pas
davantage faire du monde une
sorte de musée. Les valeurs
patrimoniales sont non
seulement modernes, c'est-à-dire
compatibles avec les
exigences d'aujourd'hui,
mais font aussi partie de la
vie de demain. Pour une
raison toute simple et
essentielle : elles incitent
à la reconnaissance des uns
par les autres."
Belles vocations par les
temps qui courent, plutôt
menaçants dans ces régions.
haut
Campagne
de reboisement au Liban-Sud :
"Un arbre à la place
d’une mine"
paru dans l'Orient-le
Jour le 20 novembre 2002
Une campagne de reboisement
de l’ex-zone occupée par
Israël au Liban-Sud, baptisée
"Un arbre à la place
d’une mine", a été
lancée hier sous l’égide
de l’Onu avec un
financement suédois,
italien et norvégien. Lors
d’une conférence de
presse tenue à la maison de
l’Onu, Nada al-Nashif,
représentante résidente
adjointe du Programme des
Nations unies pour le développement
(Pnud), a annoncé qu’une
campagne de reboisement du
Liban-Sud sera entamée le
10 décembre prochain dans
trois localités de cette région
: Hasbaya, Beit Yahoun et
Alma al-Chaab. "Le coût
de la plantation de 25.000
arbres (pins parasol, sapins
et caroubiers) lors de la
première étape s’élèvera
à 165.000 dollars, versés
principalement par la Suède
et dans une moindre mesure
par l’Italie et la Norvège",
a-t-elle précisé en présence
de l’ambassadrice de Suède
au Liban, Viola Furubjelke.
Le projet de reboisement
accompagnera de près celui
de déminage lancé en mai,
financé par les Emirats
arabes unis, parrainé par
un groupe international sous
l’égide de l’Onu et qui
vise à désamorcer plus de
300.000 mines plantées par
Israël et réparties dans
près de 300 champs. Mme
al-Nashif a précisé que
les plantations et le suivi
seront effectués avec les
municipalités qui offriront
des terrains domaniaux et en
coopération avec le
ministre libanais de l’Environnement,
Michel Moussa. M. Moussa a
indiqué, à son tour, que
le projet a pour objectif
"de transformer en
espaces verts les champs piégés
laissés par Israël",
qui s’est retiré du
Liban-Sud en mai 2000, après
22 ans d’occupation.
"Le Liban est le seul
pays au monde qui arbore un
arbre, un cèdre, sur son
drapeau national, et ceci
doit nous inciter à assurer
le succès du projet étalé
sur cinq ans", a dit le
représentant du secrétaire
général de l’Onu, Kofi
Annan, au Liban-Sud, Staffan
de Mistura, qui a lancé
l’idée de boisement.
haut
par le
PERE J.-R. ARMOGATHE,
publié dans le Figaro le 1er
novembre 2002
Le monde païen de Halloween
n'inspire guère confiance.
C'est un grouillement de
sorcières et de vampires,
et les morts reviennent pour
effrayer les vivants.
Halloween nous rend présent
un monde sans espoir, un
autre monde pire que
celui-ci. La fête de
Toussaint revêt un autre
aspect. Aux deux premiers
jours de novembre, l'Eglise
fête les saints et prie
pour les défunts. Tous les
saints et tous les morts
sont réunis en ces deux
jours dans la prière des
fidèles. Les saints sont
des modèles pour les
vivants. Ils sont aussi un
espoir pour les morts. Les
saints nous apprennent que
les exigences de l'Evangile
ne sont pas hors de notre
portée. Des hommes et des
femmes de toute origine sont
parvenus à les vivre. Ce
n'a pas toujours été
facile. Ils ont souvent
rencontré de bien grandes
difficultés, ils ont lutté
pour persévérer. Ils ont
payé de leur vie le prix de
leur bonheur, parfois dans
le martyre, toujours dans la
dure fidélité quotidienne.
Ils sont un exemple, une
aide et un encouragement. Il
est bon que l'Eglise ait pu
les discerner et nous les
proposer.
Les autres morts aussi ont
chèrement lutté. Car il
n'est pas facile de vivre.
Tous ne sont pas des saints
pour autant. Notre jugement
humain peut même être sévère
pour certains d'entre eux.
Mais nous ne connaissons
personne comme Dieu seul
peut connaître. Notre
justice est mesurée à
l'aune de nos propres fautes
et de nos injustices. Dieu
juge à hauteur de son expérience
de l'humanité. Sa mesure
est celle de sa miséricorde
infinie. Il est tout
ensemble juste et miséricordieux,
et son pardon ne fait de
tort à personne. Comme le
patron de la vigne dans la
parabole de Jésus, il
dispose de son bien à sa
guise. Aux ouvriers embauchés
à la dernière heure, il
donne le même salaire qu'à
ceux qui ont travaillé
depuis l'aube.
Une telle pensée peut nous
réconforter. Elle n'excuse
pas nos propres négligences
ni nos faiblesses
personnelles. Mais elle nous
rassure pour ceux qui nous
sont chers et qui ont
disparu. Ce n'étaient pas
des saints. Mais notre
myopie ne permet pas une
mise au point équitable.
Dieu seul peut les voir
comme ils étaient vraiment.
C'est ainsi qu'ils sont sous
Son regard. Les morts et les
saints ont également part
au salut que Dieu a porté
dans l'humanité. Les saints
en furent des acteurs privilégiés,
qui témoignent encore pour
nous de ce que Dieu peut
faire chez ceux qui écoutent
sa parole et la mettent en
pratique. Mais les autres
morts, ceux de notre mémoire
et de nos cimetières, y ont
pris part tout autant, bien
que différemment. A défaut
d'être des témoins, ils
furent au moins des
figurants. A leur manière,
ils nous apprennent eux
aussi que Dieu est patient,
attentif et aimant. La fête
de Halloween nous agite et
nous inquiète, avec son
cortège de monstres. La
Toussaint chrétienne vient
pour nous rassurer. C'est
une manière pour chacun de
nous de pouvoir espérer
vivre l'éternité en bonne
compagnie.
haut
Education
- Clôture de la session
annuelle des prélats
catholiques
L’intérêt
individuel, partisan et
confessionnel prévaut sur
la politique éducative, affirme
l’APECL
paru
dans l'Orient-le Jour le 19
novembre 2002
La
36e session annuelle de l’Assemblée
des patriarches et des évêques
catholiques a clôturé samedi
ses travaux entamés lundi
dernier, à Bkerké, et
consacrés surtout au domaine
de l’éducation. C’est
ainsi que le communiqué final
publié par les prélats réunis
autour du cardinal maronite
Nasrallah Sfeir a porté
essentiellement sur la crise
que traversent les écoles et
les universités dans le pays
et les moyens d’y remédier.
L’assemblée a commencé par
diagnostiquer le mal dont
souffre l’ensemble de la
société libanaise et qui se
répercute forcément sur les
écoles catholiques : "La
détérioration de la
situation politique, économique
et sociale incite les gens à
maudire le pays. L’émigration,
qui s’amplifie, naît ainsi
du désespoir des
Libanais", indique le
communiqué, avant de
poursuivre : "Les
relations des écoles
catholiques et privées avec
les institutions de l’Etat
sont problématiques à cause,
justement, de la situation
politique et économique qui
influe sur l’éducation. En
effet, c’est l’intérêt
individuel, partisan, régional
et confessionnel qui prévaut
désormais sur la politique éducative.
Ce problème est étroitement
lié à la multitude de lois,
de décrets et de circulaires
ministériels qui ne sont pas
toujours appliqués", précise
l’Assemblée des
dignitaires, tout en invitant
le secrétariat général des
écoles catholiques à
"améliorer la relation
avec les institutions de l’Etat".
Dans ce cadre, les patriarches
et les évêques demandent aux
"autorités concernées"
d’allouer aux écoles
gratuites les crédits qui
leur reviennent de droit, de
manière "à donner aux
parents la liberté de choisir
l’établissement qui répond
à leurs convictions".
D’autre part, l’assemblée
recommande "la création
d’un conseil consultatif
national pour l’enseignement
pré-universitaire, dans
lequel seraient représentés
les secteurs public et privé".
Les universités et
l’enseignement supérieur
La situation de l’Université
catholique dans le pays
n’est guère plus enviable,
à en croire le communiqué
final des prélats réunis
Bkerké. Là encore, la crise
économique est à l’origine
de la baisse du niveau de
l’enseignement. "De
fait, le budget alloué aux
recherches a dû être réduit,
et les professeurs ne
consacrent plus tout leur
temps à l’université. Par
ailleurs, nombre d’étudiants
ont perdu la liberté de
choisir l’université qui
leur convient pour des raisons
économiques", précise
le communiqué, qui déplore
d’autre part la prolifération
des établissements
universitaires dans le pays,
"pendant et après la
guerre". On compte ainsi
aujourd’hui 42 universités
"qui se caractérisent,
dans leur majorité, par leur
confessionnalisme". "Quant
à l’Université libanaise,
elle est l’otage des
courants partisans, politiques
et confessionnels",
souligne le communiqué, tout
en déplorant "le
fait que les autorités
politiques aient accordé des
licences à tort et à travers
pour la fondation de nouvelles
universités". Revenant
à la situation de l’UL, les
dignitaires catholiques ont
insisté sur sa présence
"dans toutes les régions
du pays, conformément au
principe de la décentralisation
et du développement équilibré
(...). Ce n’est pas en
rassemblant dans un même lieu
toutes les facultés de cette
université qu’on parviendra
à réaliser l’unité
nationale. L’essentiel dans
ce cadre est de renforcer chez
les jeunes le sentiment
d’appartenance
nationale". Les ingérences
politiques dans les affaires
de l’UL - notamment sur
le plan académique -
sont un autre sujet d’inquiétude
pour les patriarches et les évêques
catholiques qui réclament une
meilleure gestion à ce
niveau.
L’assemblée s’est penchée
par la suite sur le problème
de l’enseignement public
qui, selon elle, ne s’est
toujours pas amélioré malgré
l’adoption des nouveaux
programmes pédagogiques. A
l’origine de cette situation
: l’état de délabrement
dans lequel se trouvent la
plupart des établissements
publics, l’incapacité
d’un certain nombre
d’instituteurs à appliquer
les nouveaux programmes "du
fait de leur âge avancé et
de l’absence de
sanctions", sans compter
l’incompétence de certains
directeurs d’écoles, ainsi
que "la multitude d’ingérences
politiques, partisanes et
confessionnelles dans l’école
publique". Concernant la
situation de l’enseignement
technique et professionnel, le
communiqué déplore notamment
"l’absence d’une
orientation efficace des
jeunes et la perception négative
qu’ont ces derniers de ce
genre de métiers". L’Assemblée
des patriarches et des évêques
catholiques conclut son
communiqué par des vœux
adressés aux Libanais et au
président de la République,
le général Emile Lahoud, à
l’occasion de la fête de
l’indépendance. Elle
souhaite notamment que "l’Indépendance
et la souveraineté nationales
soient complètement rétablies
dans le pays, de même que la
liberté de décision fondée
sur le dialogue et
l’entente".
haut
Bush
indique à Hariri le chemin du
FMI
Burns représentera les USA à
la réunion de Paris II
paru dans l'Orient-le
Jour le 19 novembre 2002
C’est,
en quelque sorte, le renvoi
de l’agneau devant le
loup. A Rafic Hariri,
venu lui demander d’user
de son influence pour
amadouer le FMI à
l’occasion de Paris II, le
président George W. Bush,
qui a reçu hier le Premier
ministre à la
Maison-Blanche, l’a invité
à "travailler avec le
Fonds à l’établissement
d’un programme
durable". En clair,
cela signifie qu’au-delà
du ballon d’oxygène que
constituerait Paris II, le
Liban devra, pour en finir
avec sa crise économique,
tester les recettes si
souvent prodiguées par le
FMI à ses élèves de par
le monde, avec des résultats
plutôt mitigés (cf. l’Argentine). A
savoir la dévaluation monétaire
et le dégraissage
administratif : deux mesures
dont on peut, par avance, évaluer
les dégâts probables. Mais
M. Bush a aussi fait savoir
à M. Hariri que le Liban ne
pourrait bénéficier
pleinement de la manne américaine
que s’il se conformait aux
demandes
"politiques" de
Washington, notamment au
sujet du Hezbollah. Même si
ces demandes ne sont pas,
stricto sensu, liées à
Paris II, il n’en demeure
pas moins que le choix du
secrétaire d’Etat adjoint
William Burns pour y représenter
Washington illustre la
tendance des Etats-Unis à
ne jamais séparer les
volets politique et économique
dès lors qu’il s’agit
du Proche-Orient.
haut
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2002 RJLiban
|
|