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PRESSE  RJLIBAN  N°84 - sélection de novembre 2002 (1)  

                                       

  
Trois questions à...  Ghassan Salamé

 

Propos recueillis par LUCIEN GEORGE, publiés dans le Monde du 22 octobre 2002

1 Vous avez été, en tant que ministre de la culture, l'organisateur du 9e Sommet de la francophonie. En quoi son succès réside-t-il à vos yeux ?
Tout le monde l'a souligné : la dimension politique prise par la francophonie constitue l'élément primordial de cette conférence. La politisation de l'Organisation de la francophonie allait de soi, elle était dans l'air du temps et répond au besoin croissant des pays petits et moyens de trouver des passerelles transversales pour exister dans le monde de l'après-11 septembre 2001. La francophonie en est une, idéale. On a beaucoup parlé de la venue du président - algérien Abdelaziz - Bouteflika et de sa courageuse initiative de tourner la page de la décolonisation. Je crois que l'une des raisons du succès du sommet est qu'il se soit tenu à Beyrouth, en terre arabe, dans un pays où le français se pratique avec une aisance réelle, toutes communautés confondues, sans reniement de l'arabité. En tant qu'organisation, la francophonie conserve son pouvoir d'attraction, en particulier sur les pays d'Europe de l'Est, qui ont présenté sept demandes d'adhésion. Pour continuer de faire avancer le navire, il fallait aller carrément à la dimension politique, comme l'a fait, depuis longtemps, le Commonwealth ; mais aujourd'hui c'est la francophonie qui attire. Je suis heureux que cela soit intervenu à Beyrouth. En francophonie, il y aura désormais un avant et un après Beyrouth.
2 En quoi, pratiquement, la francophonie sera-t-elle demain plus politique qu'hier ?
Elle l'est déjà aujourd'hui, comme l'a montré le débat organisé à huis clos entre les dirigeants où il a été beaucoup question de la Côte d'Ivoire et des Grands Lacs. Il ne faut pas se faire d'illusions : s'agissant des grandes crises internationales, les résolutions de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) ne sauraient être que déclaratoires. Mais dans les affaires entre pays membres l'OIF pourrait prendre des décisions opérationnelles ; elle a reçu un mandat clair pour être plus active dans le rétablissement de la paix dans et entre les pays membres. L'idée de créer un comité restreint pour réagir sur-le-champ à des situations de crise est à l'examen.
3 Concernant les deux problèmes majeurs actuels du Moyen-Orient, l'Irak et le conflit israélo-palestinien, le sommet a-t-il été à la hauteur de vos attentes en tant qu'Arabe ?
Oui. D'abord parce que les voix arabes ont été entendues, ensuite parce que la résolution du sommet arabe - qui a eu lieu fin mars à Beyrouth - sur le conflit israélo-palestinien est devenue une résolution du Sommet de la francophonie ; enfin parce que sur l'Irak le sommet s'est accordé sur la nécessité du retour des inspecteurs et sur le rôle des Nations unies. La position de la France à l'ONU s'en trouve renforcée.    haut
 

Milliards en confettis

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 29 novembre 2002

Quatre milliards et des poussières… De quoi rêver ! Y a que Rafic pour taper si bien les riches. Faut dire qu’en matière d’atouts, Bouboule avait une check-list imparable : une  fortune personnelle sur laquelle le soleil ne se couche jamais, un complice à l’Elysée pour lui vendre sa sauce, et la tétine communicante avec le biberon saoudien. Etre et avoir tété, telle est la clé de son succès. Petite explication à l’intention des niaiseux : non, y aura pas des B-52 estampillés FMI, larguant des confettis de billets verts dans la tire-lire cabossée de Fouad Si-Signore. Le  pince-fesses de Paris II et les petits fours qui vont suivre n’auront pas non plus pour objet de gaver les margoulins des ministères, s’acheter encore des 4x4 couleur corbillard et graisser les mitraillettes pour des opérettes militaires à Chebaa.
Donc, on se calme. Qu’on nous lâche un peu avec la Palestine, l’Irak, Kornet Chehwane et les iftars de Vincent Bataille. Que ministres, députés et autres rigolos arrêtent de se balancer entre les mocassins les bananes d’une république dont il ne reste plus que la peau. Qu’on en finisse avec cette parano de la sécurité qui fait que, dans ce pays, le jour a des yeux et la nuit des oreilles. Encore faut-il que, parallèlement, Gros Rafic arrive à fourguer ses officines poubelle. Sans rire, il en réclame 5 milliards. Cinq milliards pour des télécommunications facturées plus cher que les réserves de la Banque d’Angleterre, une eau plus polluée que l’huile de vidange, une électricité plus prostatique qu’un asile gorgé de vieillards. Et encore, Bibendum n’a pas sorti le meilleur : la mauvaise graisse. Cette truellée de fonctionnaires feignasses, affublés pour tout diplôme d’un logo communautaire et qu’il va falloir encore indemniser avec le pognon du contribuable. Mais, faut pas le dire aux investisseurs. Ils croient vraiment qu’ils vont toucher le jackpot. Le linge sale se lave en famille car, finalement, seule la chaussure sait si la chaussette a des trous.    haut
 
"Le Liban est comme un mini-Etat pétrolier"
Charbel Nahhas, économiste, explique la crise que connaît son pays
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 25 novembre 2002
Proche de la cessation de paiement, le Liban a obtenu des bailleurs de fonds internationaux une rallonge conséquente de 4,3 milliards de dollars à l'occasion de la conférence de Paris II, qui s'est tenue samedi à l'Elysée. Charbel Nahhas, économiste libanais, explique les raisons de cette crise financière.
* Comment une économie peut-elle tourner avec 30 milliards de dollars de dette publique, soit 180 % du PIB ?
Les 30 milliards, on les a déjà dépassés. Vers la fin de l'année, on ne sera pas loin de 190 à 200 % du PIB. Mais ce ratio n'a de sens que si on n'arrivait plus à trouver de nouveaux prêteurs. Au lendemain de la guerre en 1990, les Libanais ont fait différents scénarios pour connaître le montant d'investissements dont ils auraient besoin pour la reconstruction. Les espoirs les plus optimistes tablaient sur une vingtaine de milliards de dollars en dix ans. En réalité, le pays a attiré 40, voire 50, milliards de dollars. Mais ces fonds, au lieu d'aller dans des investissements qui auraient pu augmenter la production, ont alimenté la consommation. C'est donc un excès de financement, au lieu d'un besoin de financement, qui est à l'origine de nos problèmes actuels.
* Y a-t-il un atavisme libanais ? Comme si ce pays n'était pas capable de produire, mais seulement d'échanger et de fournir des services ?
On ne peut pas dire ça. La reconstruction est une réalité. Il y a même un excès d'équipements dans pas mal de secteurs, l'immobilier, mais aussi l'éducation, la santé, etc. En revanche, il y a bien un problème sur les biens échangeables. Le Liban n'exporte presque rien. Parce que les coûts de production au Liban sont très élevés. En outre, la disponibilité de ressources financières rend le comportement de l'économie libanaise identique à celui d'une économie pétrolière : la demande en biens de consommation, de voitures, de téléphones cellulaires étant très forte, importer est la solution naturelle. Je ne pense pas qu'il y ait un atavisme : jusqu'en 1975, nos échanges de biens et de services avec l'extérieur étaient équilibrés. Aujourd'hui, notre déficit est de 5 milliards de dollars pour une production de l'ordre de 15 milliards. C'est durant la décennie 90 que notre économie s'est fondamentalement transformée.
* On parle souvent pour le Liban d'un scénario à l'Argentine. Cela vous paraît-il crédible ?
L'accumulation des arriérés, le recours massif durant les deux dernières années au financement par la banque centrale des déficits de l'Etat sont des indicateurs qui ne trompent pas. Mais il y a une différence fondamentale avec l'Argentine. Les Argentins riches ont, pour des raisons historiques, toujours eu tendance à envoyer leurs capitaux à l'étranger. Alors qu'au Liban, la tendance est inverse. L'Argentine a été privée d'une grande partie de son accumulation de capital alors que nous avons été submergés par un afflux de capitaux en provenance de l'étranger. Le tout est que cette pompe à capitaux de l'extérieur continue de fonctionner. Son entretien coûte cher. Résultat, on a un type de société très inégalitaire, où il y a, en même temps, une forte consommation ostentatoire mais aussi du chômage, un coût de la vie très élevé, des immigrés qui viennent en grand nombre, attirés par le niveau relativement élevé des salaires.
* L'économie du Liban se situe entre le tiers monde et la City. Comment décririez-vous ce modèle ?
C'est un pays qui est un peu entre deux chaises. Notre économie fonctionne comme celle d'un mini-Etat pétrolier. Le problème est que le pays est trop grand et complexe : on ne peut pas gérer le Liban comme une principauté du Golfe avec des travailleurs immigrés qui remplissent toutes les tâches. En outre, le pays est trop petit par rapport à ce flux de capitaux excédentaires. Les perturbations sont suffisamment profondes pour qu'on fasse attention à leur gestion politique. Ainsi, le gros des prélèvements fiscaux passe par les prix, ce qui frappe les couches les moins riches alors que les revenus des détenteurs de capitaux financiers placés au Liban (près du tiers du PIB) sont totalement exonérés d'impôts. Nous sommes en train de découvrir, avec cette réunion de Paris II, que le Liban jouit d'un crédit significatif à l'étranger. J'aurais aimé qu'il soit utilisé pour assurer une transition sans casse plutôt que perpétuer ce modèle rentier.    haut
 
La présence libanaise au Canada remonte à plus d’un siècle
Emigration - Crainte d’une quatrième vague en raison de la crise économique (extraits)
 
par RANIA MASSOUD, publié dans l'Orient-le Jour le 28 octobre 2002
L’émigration libanaise au Canada n’est pas très récente. La relation qu’ont les Libanais avec cet important pays d’émigration remonte à plus de cent ans et se maintient encore aujourd’hui. Parmi toutes les communautés libanaises vivant à l’étranger, celle du Canada est l’une des plus importantes. Présents dans tous les domaines, les Libanais du Canada forment un véritable "lobby". Selon M. Khalil Habre, consul général du Liban au Québec et à Montréal, l’émigration libanaise au Canada s’est effectuée en trois phases distinctes. La première date de 1860. Elle a duré jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. La raison principale qui avait poussé les Libanais à émigrer à cette époque était les événements de 1860 et les massacres de chrétiens qui s’étaient ensuivis. En outre, la pauvreté régnait dans le pays, ce qui incita de nombreux Libanais à partir afin d’améliorer leur niveau de vie. "Ils se sont embarqués dans des bateaux tout en ne connaissant pas leur destination finale, souligne M. Habre. Certains sont arrivés en Afrique, d’autres en Amérique latine et plusieurs au Canada. Près de 90 % de ces Libanais étaient originaires de Rachaya." Aujourd’hui, les Libanais issus de cette première vague d’émigration sont de grands industriels et d’importants hommes d’affaires établis à Montréal. La société canadienne les a accueillis et leur a permis de s’intégrer, au point que leurs noms ont subi une certaine déformation et n’ont plus leur consonance arabe (comme le nom Rossy, par exemple, qui est en réalité Rassi ou la famille De Bané qui est en fait Debbané). Le consul général souligne que les générations nées de cette première vague d’émigration ne savent plus parler la langue mère qui est l’arabe et sont complètement déconnectées de leur partie d’origine.
La deuxième phase s’est effectuée entre 1930 et 1960. Ce sont surtout des Libanais qui étaient venus au Canada à la recherche d’un travail auprès de leurs familles déjà installées là-bas. La plupart de ces émigrés sont donc aussi originaires de Rachaya, mais cette vague d’émigration a également touché Chebaa et d’autres régions libanaises. "La vie de ces Libanais était très dure au début car ils se sentaient comme des réfugiés et non pas comme des émigrés, mais le gouvernement canadien les a aidés à s’intégrer", indique M. Habre. Aujourd’hui, les Libanais issus de la deuxième vague d’émigration sont aisés et jouissent d’une qualité de vie assez élevée. Quant à la troisième phase, elle s’est effectuée en deux temps : l’une s’étend de 1970 jusqu’à 1980 et l’autre de 1989 à 1991.
Etudiants, puis résidents
Durant les années 70, le Liban a connu un fort exode de cerveaux. Les jeunes quittaient le pays pour suivre des études supérieures au Canada, mais décidaient, par la suite, de s’y installer. "Les autorités canadiennes ont encouragé à cette époque ces étudiants à s’intégrer, précise le consul général. La majorité de ces étudiants suivait des études de médecine. Certains hôpitaux canadiens ont demandé au gouvernement de leur faciliter l’obtention de papiers d’immigration." Parallèlement à cette attitude adoptée par les autorités canadiennes, le déclenchement de la guerre libanaise a contraint de nombreux Libanais à quitter le pays. Cette vague d’émigration s’est accentuée, à l’évidence, entre 1989 et 1991. Durant les années de guerre, le Canada a annoncé qu’il ouvrait ses portes aux Libanais et avait même installé un bureau à Chypre, parallèlement à celui de Damas, pour faciliter l’octroi de visas d’émigration aux familles. Selon les statistiques du Bureau de l’emploi et de l’immigration du Canada, on comptait 3.143 résidants permanents d’origine libanaise en 1988. Ce chiffre a atteint 6.179 en 1989, puis 12.464 en 1990, ce qui place le Liban au troisième rang des dix premiers pays dont les ressortissants ont choisi le Canada comme source de résidence permanente, juste après Hong Kong et la Pologne. Après le Liban viennent les pays suivants : les Philippines, l’Inde, le Vietnam, la Grande-Bretagne, la Chine, le Portugal et enfin les États-Unis.
"La majorité des Libanais qui avaient choisi d’émigrer au Canada au cours de cette période était des chrétiens de toutes les classes sociales voulant fuir la guerre", explique M. Habre. Actuellement, ces familles sont très actives à Montréal, dans tous les domaines et secteurs de la société canadienne, de sorte qu’ils pourraient facilement former un "lobby". Selon les estimations du consulat général du Liban au Québec, près de 250.000 Libanais résident à Montréal. Près de 45.000 d’entre eux sont rentrés au Liban entre 1993 et 1998, juste après l’obtention de la nationalité, mais 25.000 d’entre ceux-là sont repartis vivre définitivement au Canada en raison de la situation économique qui sévit chez eux. M. Habre explique, par ailleurs, que ceux qui sont rentrés au Liban peuvent être divisés en quatre catégories : les pères de famille qui avaient fermé leurs entreprises à Beyrouth durant la guerre et qui ont décidé de les rouvrir ; les professionnels qui n’ont pas pu exercer leurs métiers au Canada car leurs diplômes n’ont pas été reconnus ; les étudiants qui faisaient simplement leurs études de maîtrise à l’étranger et qui souhaitaient rentrer chez eux ; enfin, ceux qui attendaient la fin de la guerre pour pouvoir retourner.
Mais l’une des principales raisons qui a poussé de nombreux émigrés à regagner le Liban est l’éducation des enfants. Ne voulant pas que leurs fils et filles grandissent dans un environnement qui n’est pas à proprement le leur, sur le plan humain ou spirituel, certains parents ont préféré revenir au Liban et élever leurs enfants dans un milieu où la cellule familiale et les valeurs traditionnelles restent, malgré tout, en vigueur. Mais depuis quelques années, le Liban est le théâtre d’une relance de l’émigration, surtout en direction du Canada et des Etats-Unis. Peut-on parler ainsi d’une quatrième vague d’émigration ? Force est de constater sur ce plan que la crise économique pousse plusieurs jeunes à quitter de nouveau le pays, à la recherche d’un meilleur niveau de vie, et la plupart d’entre eux décident de rester dans les pays d’émigration et ne rentrent au Liban que pour quelques semaines de vacances. "Je crois qu’il est encore trop tôt de dire qu’il existe une quatrième vague, souligne sur ce plan M. Habre. J’ai entendu dire que des autorités religieuses libanaises exercent des pressions pour ne pas ouvrir les portes à une nouvelle vague d’émigration car celle-ci aurait des conséquences négatives sur la démographie et la situation sociale du pays", précise-t-il. Il reste que le principal et, peut-être, le seul facteur qui serait susceptible d’endiguer une éventuelle nouvelle vague d’émigration est incontestablement la relance économique, accompagnée d’une stabilité et d’un équilibre politiques internes.    haut
 
Capa : naissance d'Israël 

par FRANCOISE DARGENT, publié dans le Figaro le 28 novembre 2002
On a, profondément ancrées, à l'esprit ses photos de la guerre d'Espagne, celles d'Indochine ou du Débarquement. On connaît moins le travail qu'a réalisé Robert Capa à la naissance d'Israël, à la fin des années quarante. Le Musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris répare cette lacune en présentant une soixantaine de clichés issus du fonds de l'agence Magnum et conservés à New York. Par trois fois, entre 1948 et 1950, le photographe se rend dans le jeune pays pour assister à la naissance difficile de l'Etat, pays subitement envahi par des milliers d'immigrants en quête d'une nouvelle vie. Impression d'un contraste d'abord entre le film réalisé par Capa à la demande de l'United Jewish Appeal, un document qui montre une jeunesse vigoureuse et enthousiaste à l'idée de bâtir une nation, une succession de plans où l'on se retrousse les manches en chantant, et les photos réalisées sur le terrain par un homme qui déclare qu'Israël est "l'endroit le plus brut et le plus rude où l'on puisse vivre aujourd'hui". Usant de cette proximité avec son sujet qui le caractérise, Capa imprime sur ses négatifs les cohortes d'immigrants qui débarquent à Haïfa, les familles chargées de valises et d'enfants, les écoliers dans des classes en plein air, les plantations de vignes et d'oliviers dans le désert. Certaines photographies, comme celle montrant une fillette pleurant dans un camp de tentes, ont fait le tour du monde. Elle a fait dire à un Steinbeck admiratif : "Capa pouvait montrer la crainte de tout un peuple sur le visage d'une enfant. Son appareil attrapait et retenait l'émotion."
La compassion de Capa pour ces immigrants se lit à travers les portraits qu'il a choisi de faire. Hormis le siège de Jérusalem, il s'est sciemment détourné des scènes de la guerre qui ont marqué l'avènement d'Israël pour se concentrer sur le quotidien des immigrants. L'exposition est découpée en trois parties : "La nation juive avant l'Etat", "De l'indépendance à la religion de la patrie" et "Construire l'Etat". Des commentaires de l'historien Georges Bensoussan, auteur d' Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, 1860-1940 (Fayard), replace les photos dans une perspective historique. Le travail de Capa est lumineux. Il réussit à capter la diversité des immigrants, photographiant des femmes yéménites enturbannées et leurs enfants, des rescapés de la Shoah venus d'Europe, mais aussi les nombreux réfugiés juifs fuyant la Libye ou l'Irak, n'éludant pas la réalité d'un jeune Etat où plusieurs mondes, parfois antagonistes, cohabitent. Les photos de foule comme l'arrivée des réfugiés dans le port de Haïfa, image d'union et de joie, contrastent avec les visages graves de gens qui luttent individuellement pour leur survie quotidienne. Au-delà de leur intérêt historique, certaines de ces photos sont d'abord à voir pour leur exceptionnelle qualité. C'est la raison première de cette exposition.
Jusqu'au 23 février au musée d'art et d'histoire du judaïsme. TLJ sauf samedi. Renseignements au 01.53.01.86.60 et sur Internet: www.mahj.org    haut 
 
Tué par deux balles israéliennes, Iain John Hook reconstruisait Jénine
 
par GILLES PARIS, publié dans le Monde du 26 novembre 2002
Il était venu pour reconstruire. Arrivé il y a un mois à Jénine, en Cisjordanie, Iain John Hook, un responsable britannique de l'agence de l'ONU chargée des réfugiés palestiniens (UNWRA), avait pour mission de rebâtir la partie du camp rasée par les bulldozers géants D9 de l'armée israélienne en avril, au cours d'une opération controversée. Agé de 54 ans, Iain John Hook coordonnait un projet de 27 millions de dollars dont la mise en œuvre avait été ralentie par les réticences de Palestiniens, désireux de conserver en l'état la partie du camp comme un témoignage des méthodes israéliennes, puis par les incessantes opérations militaires lancées contre ce fief du Djihad islamique.
Vendredi matin 22 novembre, l'armée israélienne s'est lancée à la recherche d'un responsable présumé de l'aile militaire du Djihad, Abdullah Ouahach, non loin des baraquements de l'ONU dans lesquels s'étaient réfugiés Iain John Hook et son équipe. Après des échanges de tirs entre soldats et activistes, le responsable de l'UNWRA a essayé de coordonner leur évacuation avec l'armée israélienne. Peu après midi, en sortant de ces baraquements, un téléphone portable à la main, le Britannique a été atteint de deux balles de fusil M16. Selon la version donnée par l'armée israélienne, qui a reconnu sa responsabilité, samedi 23 novembre, le ou les soldats à l'origine des tirs auraient confondu le téléphone portable avec une arme de poing. L'armée a précisé que les baraquements avaient été "utilisés par des terroristes pour tirer sur les forces israéliennes", ce que nie catégoriquement l'UNWRA. Présente au moment des faits, une militante propalestinienne de nationalité irlandaise, Annie Higgins, également blessée au cours de la même journée, a assuré qu'à cet instant, les tirs palestiniens avaient cessé depuis "deux bonnes heures".
Gravement blessé à l'abdomen, Iain John Hook n'a pas pu être évacué immédiatement vers l'hôpital le plus proche, situé pourtant à l'entrée du camp. La porte-parole de l'armée israélienne a assuré qu'il avait été transporté "aussi vite que possible". L'ONU a fait état de son côté d'un "délai", tout en précisant qu'il était difficile d'en établir avec certitude les conséquences. Selon les témoignages, le responsable de l'UNWRA, qui s'est vidé de son sang, est décédé pendant le trajet ou en arrivant à l'hôpital. L'agence onusienne, dont les relations avec les autorités israéliennes sont ordinairement exécrables, a dépêché sur place une équipe chargée d'établir les faits. Samedi, les réfugiés de Jénine ont organisé des funérailles symboliques à la mémoire du responsable, gratifié du titre de "martyr" par l'Autorité palestinienne, autour d'un cercueil vide recouvert du drapeau bleu des Nations unies.    haut
 
La France dément détenir le virus de la variole
 
publié dans le Monde du 8 novembre 2002
Le Quai d'Orsay a démenti mercredi 6 novembre les informations du quotidien américain "Washington Post" selon lesquelles la France posséderait des stocks non déclarés du virus de la variole. Le ministère français des affaires étrangères a démenti mercredi 7 novembre les informations du quotidien américain Washington Post selon lesquelles la France posséderait des stocks non déclarés du virus de la variole. "Nous démentons donc avec la plus grande fermeté les allégations formulées par le Washington Post dans son édition du 5 novembre 2002", a déclaré le porte-parole adjoint du ministère, Bernard Valéro. "Au regard de la gravité des accusations proférées à l'encontre de la France, nous avons demandé un droit de réponse auprès de la direction de ce journal", a-t-il ajouté. "Les seules recherches conduites en France sur la variole visent à la mise au point d'un vaccin de nouvelle génération. Elles sont menées sur des souches animales autorisées, qui ne sont pas dangereuses pour l'homme. (...) La France respecte scrupuleusement ses engagements internationaux. Par conséquent, elle ne possède plus aucune souche de variole humaine dans ses laboratoires, qu'ils soient civils ou militaires", a ajouté le porte-parole.
Selon le Washington Post, qui cite une enquête des services de renseignement américains, outre les Etats-Unis, quatre pays - France, Irak, Corée du Nord, Russie - posséderaient des stocks non déclarés du virus. Le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher, a refusé de nommer spécifiquement les pays, tout en confirmant que Washington avait des préoccupations face à la possession par plusieurs Etats de souches de la variole. Le programme français a une nature défensive, tandis que la Russie a le stock le plus important de virus, selon les services de renseignement américains. Un responsable de l'entreprise russe Biopreparat a déclaré au quotidien qu'il avait supervisé la production du virus sous forme de solution, pouvant être placée à bord de missiles intercontinentaux. Quant à la possession de stocks par l'Irak, les preuves se trouvent dans un rapport non publié des inspecteurs en désarmement de l'ONU qui ont découvert entre 1995 et 1997 un appareil marqué "variole", des documents décrivant des vaccins pour les soldats irakiens, dont celui de la variole, et un témoignage de décès dans l'armée dû à cette maladie en 1985 ou 1986.
Selon un autre rapport, du bureau sur la non-prolifération des armes dépendant de l'Agence centrale de renseignement (CIA), Moscou a "transféré (à l'Irak) de la technologie (pour développer des stocks du virus de la variole) au début des années 1990". La Corée du Nord a "de longue date un programme actif de production d'armes biologiques", selon la CIA, qui reconnaît que ses informations sont de "moyenne" qualité. "Nous estimons qu'ils en ont", a déclaré un responsable. Selon le porte-parole français, "sur le plan national, la France a pris des dispositions réglementaires pour suivre sur son territoire tout mouvement d'agent responsable de maladies infectieuses. Au titre de cette réglementation, tous les laboratoires français sont soumis à déclaration de détention de mouvement de souches". "L'Organisation mondiale pour la santé interdit depuis 1980 la détention de souches de variole humaine par tout laboratoire, à l'exception du CDC d'Atlanta (Etats-Unis) et du centre Vektor (Russie)", a-t-il dit.    haut
 
CNN espère bientôt commenter l'info en français
La chaîne veut conquérir le monde par les langues nationales
 
par FABRICE ROUSSELOT, publié dans Libération le 26 novembre 2002
Bientôt un CNN en français ? A Atlanta, siège de la chaîne fondée en 1980 par Ted Turner, on continue d'y réfléchir sérieusement même si le projet d'une fusion avec i-télé, la chaîne infos du groupe Canal + (Vivendi Universal), a capoté en début d'année. Le chantier était pourtant bien avancé : un logo avait même été dessiné pour cette chaîne qui aurait porté le nom de i-CNN. Mais, au dernier moment, les dirigeants de Vivendi Universal et ceux d'AOL Time Warner (maison mère de CNN) ont jugé qu'un mariage entre les deux géants mondiaux de la communication était contre nature. Chris Cramer, président de CNN International, continue cependant de vouloir s'implanter dans l'Hexagone. "Nous explorons plusieurs possibilités en France, qu'on espère voir aboutir", déclare-t-il à Libération. Car, non content de diffuser ses émissions en anglais à travers le monde, CNN a désormais pour ambition de s'imposer sur les marchés télévisuels nationaux, dans la langue du pays concerné. D'ores et déjà, la chaîne est disponible en espagnol en Espagne et en Amérique latine, en allemand en Allemagne ou encore en turc en Turquie. "C'est bien sûr à travers un CNN multilingue que l'on peut vraiment faire la différence, estime Chris Cramer, parce que c'est là que l'on sera à même de récolter un maximum de revenus publicitaires et de fidéliser un public plus vaste".
Les dollars étrangers
A tous les étages de l'imposant CNN Center d'Atlanta, le message résonne à l'unisson : la chaîne de Ted Turner veut plus que jamais s'imposer comme la "télévision du monde". Chez AOL, qui a pris le contrôle de CNN-Time Warner en l'an 2000, on n'a de cesse de le répéter : avec sa diffusion dans plus de 200 pays et son audience globale estimée à un milliard de personnes, CNN International doit être le "nouveau joyau" de l'empire CNN. Pas question évidemment d'abandonner CNN-USA, la chaîne diffusée aux Etats-Unis, qui restent, pour l'instant, la principale source de revenus du groupe. Mais, comme le dit Chris Cramer, "nous savons bien que les dollars se trouvent à l'étranger, avec un marché qui ne demande qu'à se développer". La réaffirmation de l'ambition internationale de CNN ne tient pas du hasard. Depuis plusieurs mois maintenant, la chaîne souffre sur le territoire américain, confrontée à une concurrence véhémente. En janvier dernier, CNN-USA a ainsi dû céder son titre de première chaîne câblée d'information continue à Fox News, le network de Rupert Murdoch aux accents fortement républicains. Depuis, Fox n'a cessé de s'imposer dans pratiquement chaque grille horaire. Le mois dernier, Larry King, l'intervieweur vedette de CNN, s'est fait battre pour la première fois en vingt ans au petit jeu de l'audience par un show concurrent avec deux animateurs antagonistes, Hannity and Colnes. Peu auparavant, CNN et ABC News ont confirmé avoir engagé des négociations pour une éventuelle fusion, clairement destinée à contrer le réseau de Murdoch.
Concurrence
Assis sur son bureau, Jim Lemay assure que "Fox ne lui fait pas peur". Cependant, sur les cinq écrans qui le cernent, trois sont branchés sur Fox. La cinquantaine énergique, Lemay a un travail des plus stressants : c'est lui qui décide tous les jours ce qui sera diffusé ou non par la chaîne d'Atlanta. "Il faut arrêter de plaisanter : Fox ne sera jamais CNN. Qui connaît Fox à l'étranger ? Nous, nous sommes dans 180 millions de foyers et nous continuons notre expansion." Ce qui est sûr, c'est que CNN s'est donné les moyens de ses ambitions internationales. Le groupe s'est offert un studio flambant neuf à Atlanta, afin de lancer fin octobre une série de nouveaux programmes à destination de l'Europe et de l'Asie. Parmi les nouveautés, une émission d'information, Your World Today, qui s'étend sur deux heures et permet de traiter de n'importe quel sujet en profondeur à travers débats et interviews.
Adaptabilité
La chaîne a notamment fait appel à un duo de présentateurs qu'elle qualifie d' "exceptionnel" : d'un côté, un ancien de CNN, Jim Clancy, reporter chevronné. De l'autre, une journaliste kenyane que tout le monde pressent comme la prochaine star, Zain Verjee. "Je pense que nous sommes complémentaires, dit Clancy, mais, surtout, nous essayons de faire un travail sérieux et compétent. Où c'est l'information qui prime, et rien d'autre." Afin d'étendre son influence internationale, CNN se targue en outre d'avoir su "customiser" ses programmes à l'aune de ses différentes audiences. Les émissions destinées à l'étranger n'ont pas le même format que celles que l'on peut voir aux Etats-Unis. "En Amérique, le téléspectateur veut toujours un angle américain. Il est également habitué à une présentation plus sensationnelle, avec beaucoup d'effets d'annonce, commente Eric Ludgood, vice-président de CNN International. A l'étranger, nous choisissons au contraire de mettre les choses en perspective, d'expliquer plus ce qui se passe. Un Européen, par exemple, peut écouter un sujet de six minutes sur l'Irak; pour un Américain, c'est trop long. Il faut savoir comprendre les intérêts des uns et des autres afin de mieux les satisfaire."    haut
 
Le lion, la chèvre et le dragon
 
par CLAUDE IMBERT, publié dans le Point du 15 novembre 2002 
La Turquie dans l'Union européenne ? Cette fantasmagorique suggestion brave la géographie, l'histoire et cet ensemble de savoirs, coutumes et croyances communs à un groupe de sociétés, en l'occurrence les nôtres. Une telle extravagance a du moins le mérite de dévoiler quelle Europe elle profile : celle d'une simple zone de libre-échange. Celle où l'organisation économique se satisferait de ses succès et refuserait l'ambition politique et stratégique d'une Europe-puissance. Valéry Giscard d'Estaing, président d'une Convention chargée de donner à l'ectoplasme européen une "architecture" constitutionnelle, a fort bien vu que cette hypothèse insultait l'avenir. Au moment idoine - entre les récentes élections turques et le prochain sommet européen de décembre -, il a donc rappelé cette évidence : l'entrée de la Turquie sonnerait le glas d'une certaine idée de l'Europe. Comment expliquer que de bons esprits politiques ou intellectuels l'envisagent de gaieté de coeur ? Soit ils ont déjà fait leur deuil de l'Europe-puissance. Soit ils imaginent - avec l'angélisme oecuménique à la mode - que le rayonnement de notre Europe pourrait s'étendre jusqu'à l'Euphrate. Et englober un pays de 70 millions d'habitants si dépareillé des nôtres par sa démographie, son statut économique (1), et par son appartenance culturelle. Cette appartenance-là est un composé à la fois puissant et subtil, fait de mémoire collective et de rêves partagés. C'est, dans chaque nation, un principe spirituel pour lequel la légende et les mythes, la langue et l'héritage religieux, les lieux de mémoire et les héros nationaux, le décor et le folklore, tout un patrimoine physique et immatériel, ont au fil des siècles concouru.
Il ne sera déjà pas si simple de faire dire "mon pays, l'Europe" aux 500 millions d'hommes de notre continent. Comment y songer si l'on trouble ce sentiment encore dans les limbes et qui se forme lentement dans le foyer continental ? Le dédain de nos élites pour le patrimoine culturel des peuples est gros de catastrophes. Ce fut, en son temps, l'ignorance pathétique de l'Algérie française pour la réalité musulmane algérienne. De même, dans les années 70-80, lorsque ici l'on criait casse-cou devant l'anarchie d'une immigration maghrébine incontrôlée, les mêmes rêvasseurs nous assuraient que le creuset français intégrerait des Marocains ou des Maliens aussi bien que les Espagnols ou les Italiens des années 30... On voit ce qu'il en est ! L'Europe de ces songes creux a, comme la Chimère antique, une tête de lion (les six), un ventre de chèvre (les vingt-cinq) et une queue de dragon (la Turquie). Une chimère, quoi ! La Turquie, on le sait bien, est le pays du Levant que les principes d'Occident ont le mieux pénétré : laïcité, démocratie garanties par la meilleure armée de la région. Que ce pilier pro-occidental soit caressé par l'Amérique, aidé et ménagé par l'Europe, cela va de soi. Qu'il nous devienne associé par tous les partenariats possibles, très bien ! Mais rien ne justifie d'en faire, pour autant, le membre le plus lourd du "Club européen". Et Bruxelles se déconsidère à lui présenter hypocritement un cahier des charges en espérant sous cape qu'il n'y satisfera pas.
Questionnez, là-dessus, les peuples européens et leur refus assuré serait dommageable à tous ! Non que nos opinions gardent rancune de la séculaire adversité de la Croix et du Croissant. Encore - par exemple - que, pour dire "aïe, aïe, les ennuis arrivent ...", l'idiome italien conserve cette expression populaire : "Mamma, li Turchi..." ("Maman, v'là les Turcs...") (2). Mais on a oublié les batailles de Lépante ou de Navarin et la libération de la Grèce qui enflammait nos romantiques. Cela dit, il reste cette évidence que, dans notre patrimoine, c'est Charlemagne que l'on rencontre et non Soliman le Magnifique. Chez nous, un logiciel chrétien court sur vingt siècles et se retrouve jusque dans les valeurs laïques. Là un logiciel musulman s'ouvre difficilement, depuis Atatürk, à une laïcité sous protection militaire. Quant aux islamistes, aussi "modérés" soient-ils, qui viennent de prendre le pouvoir à Ankara, il est clair qu'à l'aune de nos convictions leur retour en fanfare altère la révolution laïque et le dévoilement des femmes que Mustafa Kemal imposait dans les années 20. Au demeurant, ce n'est pas le fond de l'affaire ! Nous ne demandons qu'à respecter chez eux une appartenance qui n'est pas la nôtre. Ainsi pratiquons-nous, depuis des lustres, avec maints pays amis d'Afrique ou d'Asie. Alors, trinquer avec les Turcs ? Bien volontiers ! Mais chacun avec son propre verre !
1. Le produit national brut turc par habitant est de 3.370 dollars. Celui du plus faible des Quinze, le Portugal, est de 10.090 dollars.
2. "Mamma, li Turchi", plaisant roman de Gabriel Matzneff (La Table ronde).    haut
 
Guantanamo et le droit
 
publié dans le Monde du 9 novembre 2002
Nous sommes sous la menace de nouveaux attentats terroristes, préviennent quotidiennement les autorités américaines, britanniques ou françaises. Aucun pays n'est à l'abri. Sans doute ont-elles malheureusement raison. La folie de ceux qui ont choisi la terreur la plus aveugle et la plus meurtrière comme moyen d'action n'a pas reculé, comme l'a montré l'attentat de Bali. Les combattre reste la priorité. Mais il est impératif de mener ce combat dans la transparence et le respect du droit. L'enquête de notre confrère Joseph Lelyveld, ancien directeur de la rédaction du New York Times, dans le camp de rétention de Guantanamo et le témoignage d'un ancien prisonnier pakistanais qui y a passé dix mois avant d'être libéré, recueilli par notre correspondante sur place, montrent que tel n'est pas le cas. Le gouvernement américain dénonce la dictature "menaçante" de Saddam Hussein parce qu'il viole les résolutions des Nations Unies, mais il refuse d'appliquer lui-même les conventions de Genève et maintient 598 personnes hors de tout droit sur sa base navale à Cuba. Les photos de ces hommes à leur arrivée sur la base en janvier, vêtus de combinaisons rouges, menottés, aveuglés par des bandeaux, obligés de rester à genoux, avaient soulevé de légitimes protestations. Des témoignages sur d'autres mauvais traitements ont été livrés, notamment sur l'impossibilité de prier. Mais grosso modo l'armée américaine semble avoir depuis amélioré leurs conditions d'hébergement. Il faut la féliciter aussi d'avoir accepté la présence permanente d'un comité de la Croix-Rouge qui permet, notamment, la transmission de courrier - censuré - avec les familles.
Mais il reste que ces prisonniers sont détenus dans une obsession du secret. La presse, tenue à l'écart ou encadrée, n'est parvenue à connaître le nom que de quarante des détenus. Ceux-ci n'ont pas de statut puisque George Bush a refusé d'appliquer les lois de la guerre aux "terroristes". Des interrogatoires ont été menés par les inspecteurs mais aucune inculpation n'a été prononcée, aucun avocat n'a été nommé. Les prisonniers sont dans l'ignorance de ce qui leur est précisément reproché. Or une grande partie d'entre eux ne doivent leur présence dans cette prison qu'au hasard d'avoir été pris au mauvais moment à un mauvais endroit en Afghanistan, ou d'avoir été livré en échange d'argent. Même Donald Rumsfeld, le ministre de la défense, a reconnu que des personnes pouvaient être là "par erreur". Les Etats-Unis libèrent au compte-gouttes les personnes reconnues "innocentes". Le gouvernement redoute plus que tout de laisser partir un vrai terroriste qui irait ensuite poser une bombe. En conséquence, il maintient ses prisonniers sans jugement jusqu'au jour imprévisible où la guerre contre le terrorisme sera déclarée gagnée. Dans ce combat mené au nom du droit, les Etats-Unis devraient au contraire se montrer exemplaires.    haut
 
Qui a commis les attentats de 1999 en Russie ?
 
par SOPHIE SHIHAB, publié dans le Monde du 17 novembre 2002
A la fin de l'été 1999, la Russie est secouée par une série de bombes meurtrières. Moscou désigne les coupables  : les Tchétchènes.  L'enquête du "Monde" révèle des accusations et des indices accablants pour le Kremlin. En août 1999, un millier de combattants tchétchènes et daghestanais, menés par le chef de guerre Chamil Bassaev et son associé saoudien Khattab, envahissent le Daghestan, petite république du Caucase voisine de la Tchétchénie et, comme elle, membre de la Fédération de Russie. Bassaev affirme vouloir venir en aide à des islamistes locaux prêts à l'insurrection. L'armée russe repousse les envahisseurs et quelques villages sont, au passage, réduits en poussière. Mais, surtout, la Russie se déclare "attaquée par le terrorisme international" - un danger dont le Kremlin n'a cessé d'agiter la menace ces dernières années, sans jamais réussir à en convaincre l'Occident. A Moscou, un Boris Eltsine aux abois en profite pour changer de premier ministre, pour la deuxième fois en deux mois. Au falot Viktor Stépachine succède un inconnu, Vladimir Poutine, officiellement présenté le 9 août 1999 comme le dauphin du président. "Cet homme, c'est la solution finale du problème tchétchène", annonce Boris Eltsine en le présentant à la télévision. Formule de mauvais augure à laquelle, hormis les Tchétchènes, personne ne prête attention.
Ce moment constitue pourtant un tournant dans l'histoire russe récente, et la situation va prendre un tour nettement plus dramatique. Lorsque, le 24 septembre, Vladimir Poutine jure de "buter [les terroristes] jusque dans les chiottes" et renvoie les bombardiers en Tchétchénie, une série d'attentats vient d'ébranler la Russie. En moins de trois semaines, du 31 août au 17 septembre, de terribles explosions ont secoué successivement un centre commercial proche du Kremlin, une petite ville du Daghestan et, surtout, deux immeubles densément habités dans des quartiers populaires de Moscou, puis un autre immeuble dans une ville du Sud, Volgodonsk. Plus de 300 morts, des milliers de blessés. Le pays est plongé dans l'horreur, traumatisé. Les autorités russes montrent aussitôt les coupables du doigt : les Tchétchènes. Que s'est-il passé pendant l'été 1999 ? Cet épisode fondateur du nouveau régime russe et point de départ de la deuxième guerre de Tchétchénie recèle tant de mystères et de contradictions que la question n'en finit pas de se poser : et si cette série d'attentats n'était qu'une machination ?
La rumeur, à l'époque, ne tarde pas à désigner le suspect numéro un : Boris Abramovitch Berezovski, "BAB", éminence grise du Kremlin, un des pionniers du "capitalisme" post-soviétique qui apparaît de plus en plus à l'époque comme l'un des grands maîtres du chaos russe. Ses liens avec les Tchétchènes les plus radicaux, et notamment avec Chamil Bassaev, sont connus. On le soupçonne d'avoir provoqué la plupart des enlèvements d'étrangers dans le nord du Caucase dont il se posait ensuite en libérateur, devant les écrans de ses chaînes de télévision. En septembre 1999, l'un de ses proches, jeune affairiste français, contacte Le Monde en Russie. Au téléphone, il a perdu sa belle assurance et lâche son ami : "Boris annonce d'autres attentats. Il est devenu fou. C'est fini, je n'ai plus rien à faire avec lui. Il doit penser que c'est en déchaînant le chaos qu'il pourra installer son homme fort au pouvoir. Et saisir au passage de nouveaux morceaux du gâteau russe, y compris la Caspienne. C'est pour ça qu'il a organisé l'invasion du Daghestan par les Tchétchènes. Bassaev a reçu 30 millions de dollars pour ça, et des armes."
Dans la presse russe, des articles renforcent cette thèse. Les projets d'invasion du chef de guerre Chamil Bassaev, qui se voyait déjà en "émir" d'un Etat islamique de Tchétchénie et du Daghestan libérés du joug russe, étaient connus dans toute la région. Pourtant, les unités militaires russes ont été retirées de la frontière du Daghestan juste avant que les boeviki (combattants) y entrent, puis les ont laissés sortir. Le quotidien d'opposition proche du maire de Moscou, Iouri Loujkov, Moskovski Komsomolets, publie, après les attentats, une série d'extraits d'écoutes téléphoniques de Boris Berezovski conversant avec ses amis tchétchènes, proches de Bassaev. Ces derniers s'y plaignent de ne pas avoir reçu tout l'argent promis, ou de l'apparition d'avions qui bombardent les boeviki au Daghestan, "ce qui n'était pas prévu dans les accords". Pour tout démenti, Berezovski se borne à qualifier ces enregistrements de "compilations malhonnêtes d'écoutes faites à des moments différents". Mais selon le directeur du journal, l'agent du FSB (héritier du KGB) qui les a livrés a ensuite été assassiné.
Plus étonnant, le 12 octobre 1999, c'est au tour d'un quotidien appartenant à BAB lui-même, Nezavissimaïa Gazeta, d'écrire, sous la plume de son rédacteur en chef Vitali Tretiakov, un homme très informé et proche de Berezovski : "Il est absolument évident que les Tchétchènes ont été incités à entrer au Daghestan pour obtenir un prétexte légal au début de la phase active de la lutte contre les terroristes réunis en Tchétchénie. Il est clair que c'était une opération des services secrets (à ne pas confondre avec la destruction des immeubles) sanctionnée politiquement au plus haut niveau." Les lecteurs avertis de Vitali Tretiakov voient là un double message : d'accord, les preuves existent que BAB a joué un jeu trouble avec les terroristes, mais c'était pour le plus grand bien de l'oligarchie menacée et avec la bénédiction du "sommet" (le sommet, à ce moment-là, c'est la cellule de crise de l'opération "Héritier", qui agit au nom du président Eltsine reclus à l'hôpital ; elle est composée de BAB, du chef de l'administration présidentielle, Alexandre Volochine, de la fille du président, Tatiana, et de son futur mari, Valentin Ioumachev). Deuxième partie du message : n'allez surtout pas croire que ceux-là laisseront percer un jour leur implication dans l'organisation des attentats.
La précision, donnée entre parenthèses, est devenue indispensable. Car, entre-temps, il y a eu l'affaire de Ryazan. Celle qui a popularisé, plus encore que tout le reste, la thèse de la culpabilité du Kremlin et de ses services secrets. Le 22 septembre au soir, un habitant de cette ville du cœur de la Russie aperçoit trois personnes transportant des sacs d'une voiture dans une cave. Il donne l'alerte, les agents du FSB local et la police arrivent, constatent que les sacs ressemblent à de l'explosif et sont reliés à un détonateur. L'immeuble est évacué dans la panique et le contenu des sacs analysé sur place : il se révèle être de l'hexogène, l'explosif utilisé dans les attentats précédents contre les immeubles. Le FSB local ouvre une enquête pour terrorisme, tout le monde se félicite de la vigilance du public et des autorités, à commencer par M. Poutine. Le surlendemain, coup de théâtre : le chef du FSB russe, Nikolaï Patrouchev, annonce que toute l'affaire n'était qu'un "exercice" de ses services pour tester l'état de préparation du pays, que les sacs contenaient du sucre et que le détonateur était un leurre.
Personne n'y croit. Car le revirement a suivi l'annonce de l'arrestation d'un couple d'agents du FSB - ceux qui ont posé l'explosif. Des journalistes recueillent des témoignages de responsables locaux, qui s'en tiennent à leur première version : il s'agissait bien d'explosifs, et ni les chefs locaux du FSB et de la police ni même le gouverneur de la région n'avaient été informés d'un quelconque "exercice". Un soldat d'une base militaire voisine affirme qu'il a eu à garder, dans un local interdit d'accès, des "sacs de sucre" dont le contenu, des granulés jaunâtres, ne sucrait rien du tout. Mais Ryazan passe presque aussitôt au second plan. Le 24 septembre, les dirigeants russes, M. Poutine en tête, tiennent un discours extrêmement belliqueux sur la Tchétchénie. Ils annoncent que les auteurs des attentats de septembre sont connus, mais qu'ils ont malheureusement réussi à s'enfuir vers la Tchétchénie. Une dizaine de noms sont publiés, dont aucun n'est tchétchène, même si cinq sont des Karatchaïs, originaires d'une autre république du nord du Caucase. Curieusement, notre homme d'affaires français proche de Berezovski avait évoqué une alternative envisagée au cas où l'invasion du Daghestan se révélerait impossible : celle d'envoyer les Tchétchènes "libérer" la république de Karatchaevo-Tcherkessie, où des wahhabis étaient très actifs et où BAB se fera, à l'automne, élire député à la Douma. Les "sacs de sucre" étaient d'ailleurs marqués comme provenant de cette république, où, pourtant, aucune sucrerie n'existe.
Parallèlement, les détails connus de l'enquête sur les attentats de Moscou révèlent des pressions pour en masquer les résultats. Par exemple, la maîtresse du principal suspect, le Karatchaï Atchimez Gotchiyaev, celui qui aurait loué les locaux où ont été entreposés les explosifs, a été arrêtée puis libérée la nuit même, "sans raisons connues", note le quotidien Kommersant. Bien connu des autorités, Gotchiyaev a été condamné par deux fois à des peines de prison et deux fois relâché prématurément. La version officielle sur les attentats varie sur un point important : le FSB annonce d'abord que l'explosif utilisé dans tous les cas est de l'hexogène. Le nom devient si commun que le premier écrivain russe à consacrer un livre à ce sujet l'intitule Monsieur Hexogène. Or, très vite, l'explosif devient officiellement du "salpêtre ammoniacal mêlé à de la poudre d'aluminium". Explication : l'hexogène n'est produit, à grand coût, qu'à usage militaire et par les militaires. De source diplomatique, on apprend aussi que les dirigeants russes ont décliné toutes les offres de coopération des experts étrangers arrivés en toute hâte à Moscou, notamment des Américains et des Français. A cela s'ajoute la célérité tout à fait inhabituelle en Russie avec laquelle sont déblayés les débris des immeubles, alors que les Américains, l'année précédente, ont mis deux mois à examiner morceau par morceau les gravats de leurs ambassades au Kenya et en Tanzanie, trouvant ainsi de précieux indices.
Quatre mois plus tard, le 31 décembre 1999, Boris Eltsine démissionne. En mars 2000, Vladimir Poutine est élu président haut la main. L'opération "Héritier" a réussi. On n'a plus jamais reparlé des "sacs de sucre", ni des personnes qui les avaient posés à Ryazan. L'enquête du FSB local a été illégalement fermée. Les députés de la Douma n'ont jamais pu réunir les voix nécessaires pour ouvrir une simple enquête parlementaire, ni en janvier 2000, ni au printemps 2002. Les Tchétchènes n'ont jamais cessé de nier leur culpabilité dans les attentats de 1999. Si ce n'est eux, qui donc, parmi les Russes, pourrait être derrière ? Boris Eltsine, semi-grabataire ? Vladimir Poutine, qui a toujours couvert les malversations de ses chefs ? Un chef suprême et inconnu, collectif ou non, de la mafia russe ? Ou bien Berezovski qui, dès 1997, assurait que l'élection présidentielle "se jouerait autour de la question tchétchène" ? Le président tchétchène Aslan Maskhadov a très vite affirmé au Monde que les attentats ont été organisés par le Kremlin pour déclencher une guerre électorale. Venant de lui, l'accusation n'a guère de portée. Mais le maire de Moscou, Iouri Loujkov, le présentateur vedette de NTV, Evgueni Kisselev, ou le financier américain George Soros accusent Berezovski, en termes plus voilés. Et, plus explicitement, Vladimir Jirinovski, certains communistes ou l'ex-candidat à la présidence Alexandre Lebed accusent "le Kremlin".
FIN novembre 1999, l'ami français de BAB fournit une nouvelle interprétation : "Boris [Berezovski] n'y est pour rien. C'est le FSB qui a tout organisé. Pas un groupe isolé au sein du FSB, mais le FSB comme organisation. Il y a des preuves." Autrement dit, Berezovski aurait, dès ce moment-là, décidé d'accuser le chef du FSB qui, à l'époque où les attentats étaient en préparation, était Vladimir Poutine ou son successeur, Patrouchev, agissant sous son autorité. En décembre, BAB se déclare en faveur de négociations avec les Tchétchènes les plus radicaux et accuse Poutine de "manquer de vision stratégique". Clairement, l'initiative lui a échappé. D'autres sources moscovites confient au Monde que le scénario de BAB a été détourné par les généraux partisans de la guerre jusqu'au bout et de jeunes oligarques qui se sont émancipés de lui. En conflit ouvert avec le président depuis l'été 2000, Berezovski, qui a choisi l'exil en France, puis en Grande-Bretagne, n'a toujours pas produit la moindre des preuves dont il menace Poutine. Sa conférence de presse à Londres, en mars 2002, convoquée à grand bruit, n'apporte rien de nouveau. Trois ans après, les zones d'ombre des attentats de 1999 restent entières, et les interrogations sur la prise d'otages de Moscou n'ont fait qu'accroître le doute.    haut
 
Ruée de voitures françaises en Chine
Après Nissan, Peugeot se lance sur un marché en pleine expansion
 
par PIERRE HASKI, publié dans Libération le 28 octobre 2002
Dans le manuel du parfait investisseur dans l'empire du Milieu, il est une règle d'or que toutes les entreprises connaissent : on ne quitte pas la Chine aux moments difficiles. Pour l'avoir ignoré et déserté le marché chinois après une première implantation calamiteuse, Peugeot rame aujourd'hui derrière ses concurrents pour organiser son retour. En privé, un haut responsable chinois confie à un visiteur : "Peugeot devra faire ses preuves..." A l'opposé, quand Carlos Ghosn, PDG de Nissan, débarque à Pékin, la presse locale se précipite sur lui avec avidité, et le même haut responsable chinois évoque avec admiration la personnalité de ce Français (d'origine libano-brésilienne) atypique qui a appris la modernité aux Japonais. Et c'est avec le tapis rouge que Ghosn assure l'entrée en force de Nissan en Chine dans des conditions jamais consenties jusqu'ici à un autre constructeur étranger.
Eldorado
Peugeot et Nissan ne sont pas seuls à lorgner vers ce dernier eldorado en ces temps de saturation occidentale et de marasme ailleurs. Le marché automobile chinois explose : + 40 % de croissance des ventes cette année, avec environ un million de voitures neuves achetées par un public qui commence à en avoir les moyens. Ces ventes devraient être dopées par l'autorisation qui vient d'être donnée aux constructeurs de mettre en place leurs réseaux de crédit automobile, impossible jusqu'ici. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que, vendredi à Pékin, Jean-Martin Folz (PDG de PSA) ait décrit la Chine comme étant "au coeur de la stratégie de son groupe". Carlos Ghosn, quant à lui, parle de la Chine comme de la "nouvelle frontière de Nissan"... L'objectif de PSA est ambitieux : passer des 80.000 Citroën vendues cette année à 150.000 Peugeot et Citroën écoulées en 2004, avec six modèles contre quatre actuellement, et 300.000 à "moyen terme". Soit une part de marché de 15 % environ. Pour y parvenir, PSA a signé vendredi un nouvel accord avec le partenaire de Citroën, la société d'Etat Dongfeng Motors, pour la création d'une nouvelle entité élargie cette fois à Peugeot, et dans laquelle les deux partenaires sont à parité (32 % chacun). L'investissement additionnel de PSA - 77 millions d'euros - est modeste, mais s'ajoute à une infrastructure déjà existante à Wuhan, dans le centre, et largement sous-employée, le succès de Citroën en Chine étant resté mitigé.
Il reste donc à Peugeot à faire oublier sa "trahison" passée grâce à l'introduction de modèles à l'image dynamique comme la 307. Jean-Martin Folz s'est bien rendu compte que les Chinois ont la mémoire longue : il n'est pas une seule conférence de presse où le patron de PSA n'ait été interrogé sur l'échec cuisant de Peugeot à Canton, dans les années 80. Miao Wei, le subtil PDG de Dongfeng Motors, est venu à sa rescousse vendredi en citant ce proverbe chinois : "D'une défaite peut sortir une victoire..." Ghosn n'a pas ce handicap : il reçoit à Pékin l'accueil réservé à une star, et Nissan joue à fond de cet atout, au risque d'exagérer le culte de la personnalité comme au bon vieux temps maoïste... Le mois dernier, le patron de Nissan a signé son entrée avec un investissement massif - 1 milliard d'euros - qui lui donne 50 % et surtout le contrôle opérationnel d'une société commune avec... Dongfeng Motors, le même partenaire que PSA ! Une marge de manoeuvre bien plus forte que celle de tout autre joint-venture entre constructeurs étrangers et leur partenaire chinois, que Nissan a visiblement obtenu grâce à la bonne image de son PDG. Nissan devient en quelque sorte le laboratoire, en Chine, d'une gestion moderne et performante, à l'image de ce que Ghosn a fait au Japon. Nissan a mis la barre haut dans ses ambitions : passer de 34.000 voitures particulières vendues l'an dernier, à 500.000 véhicules (300.000 utilitaires et 200.000 voitures particulières) écoulés en 2006. Et à 900.000 véhicules en 2010. Dans un deuxième temps, de surcroît, Renault pourrait profiter de l'implantation de Nissan pour faire, à son tour, son entrée sur ce marché convoité.
Toyota, GM, BMW...
Peugeot et Nissan ne sont que les derniers arrivants d'une ruée vers le marché chinois qui concerne la quasi-totalité des grands constructeurs automobiles du monde. Toyota vient d'annoncer la sortie de ses premières voitures made in China, visant 400.000 ventes par an, General Motors vient de conclure son troisième joint-venture en Chine et a triplé ses ventes en Chine cette année... Quant à BMW, il s'est choisi un partenaire chinois, le groupe Brillance, pour découvrir quelques semaines plus tard que son PDG était en fuite, poursuivi par un mandat d'arrêt... Volkswagen, arrivé le premier en Chine, défend bec et ongles sa position dominante au côté de son partenaire shanghaïen, FAW. Dans cette course à la part de marché, il y aura nécessairement de la casse, d'autant que les constructeurs étrangers, qui avaient jusqu'ici le terrain libre, doivent désormais compter avec des petits producteurs indépendants chinois, comme Geely, qui proposent des petites voitures bon marché avec un argument imparable : "100 % chinois".    haut
 
Chefs-d'oeuvre en péril
 
par VINCENT NOCE, publié dans Libération le 12 novembre 2002
Urbanisation anarchique, pression touristique non maîtrisée, catastrophes naturelles ou guerre civile, pillage archéologique ou surexploitation des espèces : le faisceau des périls sur les sites du Patrimoine mondial est alarmant. Un document confidentiel de l'Unesco recense 126 sites mis en difficulté à un degré ou un autre, en pointant du doigt l'inaction voire la complicité des pouvoirs locaux. Parmi les plus dégradés, figurent les parcs nationaux du Kivu, au Congo, où vivent les derniers gorilles des montagnes. Ces magnifiques réserves naturelles n'ont connu que des calamités : "Eruption volcanique ; conflit armé, braconnage, occupations illégales de terres et menaces contre l'encadrement des parcs..." Le lac Baïkal, en Russie, est victime d'une pollution intense. La Chine est plusieurs fois visée, favorisant une "urbanisation" et un "développement touristique incontrôlés" autour de ses sites. Le cas de Katmandou est encore plus grave, la mission d'experts recommandant expressément d'inscrire la vallée dans la liste du patrimoine en péril. La Casbah d'Alger est en état "de dégradation progressive", la vieille ville islamique du Caire est victime de restaurations désastreuses et le site archéologique de Byblos "détérioré par le développement urbain incontrôlé" qui sévit au Liban. Au Pérou, le sanctuaire du Machu Picchu est également menacé. Les pays riches ne sont pas à l'abri des critiques : mentionnée à plusieurs reprises, l'Australie met en péril le parc national du Kakadu par l'extraction d'uranium. Aux Etats-Unis, le parc de Yellowstone est considéré comme très abîmé par l'invasion d'espèces animales étrangères, dont les touristes. Aucun emblème ne résiste : le comité s'inquiète d'un projet de construction à proximité de l'Acropole, à Athènes ; et une bretelle d'autoroute a même failli surgir près des pyramides.    haut
 
Dangers sur les sites du Moyen-Orient
Réunis samedi à Venise, sous l'égide de l'Unesco, cent trente pays se penchent sur le patrimoine mondial de l'humanité
 
par HERVE DE SAINT HILAIRE, publié dans le Figaro le 15 novembre 2002
Après avoir donné un aperçu des nombreux sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial (nos éditions du 14 novembre) et qui méritent d'être conservés, entretenus, choyés en raison de leur "valeur universelle exceptionnelle", Le Figaro poursuit son enquête sur l'état des lieux patrimoniaux. Ce que feront également 170 pays réunis, samedi, à Venise, sous l'égide de l'Unesco. Au programme de cette réunion au sommet : l'évaluation du patrimoine culturel et naturel et le financement des opérations pour sauvegarder les sites en danger.
Giovanni Boccardi est responsable au Centre du patrimoine mondial de l'Unesco des pays du Proche et du Moyen-Orient. La totalité du monde arabe - soit dix-huit pays - est signataire de la convention de 1972 sur le patrimoine : cela va de la Mauritanie jusqu'aux pays du Golfe en passant par le Maghreb, l'Egypte, la Syrie ou l'Irak. On imagine les soucis de M. Boccardi dont la mission est de préserver les trésors de ces régions périlleuses. Beaucoup à faire... Voici, par exemple, la ville de Zabid, au Yémen, une splendeur d'à peine 15.000 âmes, serrée dans ses murailles. Inscrite en 1988 sur la liste, elle a été classée "patrimoine en péril" sept ans plus tard. Au mépris des règles d'urbanisme, les habitants avaient ajouté des surélévations de béton à leurs maisons et laissé partir le souk dans les faubourgs modernes. Aujourd'hui, Zabid est engagée dans la voie du salut architectural et culturel grâce à l'action de l'Unesco. "Nous avons discuté avec les autorités du pays et de la ville, incité à ramener le souk à son emplacement d'origine, à détruire les verrues. Libres à eux de développer un quartier moderne, mais hors les murs."
"Je ne suis ni un agent d'assurance ni un pompier, dit Giovanni Boccardi. Encore moins un financier. Je cherche, comme tous mes confrères, à sensibiliser les autorités sur la valeur de leur patrimoine. A les conseiller, à trouver des bailleurs de fonds (la Banque mondiale, par exemple). Ce n'est pas toujours simple. L'Arabie saoudite est un pays membre, mais n'a inscrit aucun site sur la liste. On ignore pourquoi." Ce genre de mission est parfois gratifiante, parfois ingrate. Car les dangers, surtout dans cette région du monde, sont nombreux. Le péril n'est pas seulement dans les demeures, mais dans une organisation et une conception de l'urbanisme souvent anarchiques. Au Caire, capitale tentaculaire, par exemple, où la démographie est incontrôlable, avec 16 millions d'habitants "officiellement" recensés. "Cette forte croissance démographique a bouleversé tous les équilibres urbanistiques et écologiques de la vieille ville (inscrite au Patrimoine), ne serait-ce que par la consommation d'eau et l'accumulation de déchets ingérables."
Et les menaces sont légion dans ces pays où "opèrent des forces religieuses et culturelles qui ne vont pas forcément dans le sens d'une conservation du patrimoine". Patrimoine sans frontières, une ONG indépendante, le dit en d'autres termes, et dénonce "les pétrodollars des Saoudiens wahhabites qui proposent de construire de grandes mosquées toutes neuves plutôt que de restaurer les anciennes". Sans parler des sirènes de la modernité qui attirent les classes les plus aisées, aux goûts parfois un tantinet kitsch. Timidement, la tendance s'inverse. Ainsi, à Fès, au Maroc, certains propriétaires de somptueux palais de la médina, fiers de leurs villas cosy dans la ville moderne, ont-ils tendance à reconsidérer leurs demeures séculaires et, partant, leur mémoire. Peut-être un effet des efforts de sensibilisation auxquels tient tant M. Boccardi. Les dangers et les menaces, donc, M. Boccardi se refuse à les hiérarchiser. Il cite, pêle-mêle, "les administrations vieillottes, peu adaptées au monde moderne, la corruption, des responsables culturels trop peu gestionnaires".
Et puis, il y a évidemment le spectre des guerres, chaque jour plus présent, et celui, apparemment plus souriant, du tourisme. En Algérie, la surfréquentation à Tipasa ; en Jordanie, les 70 hôtels surgis à Wadi Moussa, le village voisin de Petra la silencieuse, ou l'ex-silencieuse devrait-on dire, parce qu'il n'est pas sûr qu'elle invite encore à méditer sur le mystère du temps et de son éternité inscrite dans ces pierres. Selon M. Boccardi, cette inflation touristique nuit à l'authenticité de lieux prestigieux. On songe à Venise qui, certains week-ends du mois d'août, accueille plus de 600.000 visiteurs qui se contentent d'errer sur la place Saint Marc (alors que la périphérie mérite tant les promenades), laissant des détritus, abîmant sans le savoir des statues qui finissent par être épuisées par tant de mains trop caressantes. Autre spectre : les transports. L'Egypte a failli en faire les frais. Après un fameux bras de fer avec Hosni Moubarak, l'Unesco a été efficace en l'obligeant à dévier le tracé du périphérique du Caire qui aurait coupé en deux le plateau de Ghizeh, au sud des pyramides. Il était moins une que la dernière des sept "merveilles du monde" encore existante soit rayée de la liste du Patrimoine - menace qui à ce jour ne s'est encore jamais concrétisée.
Cela dit, l'Unesco n'oublie pas les nécessités économiques. "Nous ne voulons pas congeler un site et condamner ses habitants à mourir de faim. Notre rôle, commente Giovanni Boccardi, consiste à coopérer avec les autorités nationales afin qu'on ne construise pas n'importe où, n'importe comment. Et à jongler avec des compromis." "On ne peut empêcher le tourisme ni le commerce. Et ce n'est pas notre désir. Nous ne voulons pas davantage faire du monde une sorte de musée. Les valeurs patrimoniales sont non seulement modernes, c'est-à-dire compatibles avec les exigences d'aujourd'hui, mais font aussi partie de la vie de demain. Pour une raison toute simple et essentielle : elles incitent à la reconnaissance des uns par les autres." Belles vocations par les temps qui courent, plutôt menaçants dans ces régions.    haut
 
Campagne de reboisement au Liban-Sud : "Un arbre à la place d’une mine"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 20 novembre 2002
Une campagne de reboisement de l’ex-zone occupée par Israël au Liban-Sud, baptisée "Un arbre à la place d’une mine", a été lancée hier sous l’égide de l’Onu avec un financement suédois, italien et norvégien. Lors d’une conférence de presse tenue à la maison de l’Onu, Nada al-Nashif, représentante résidente adjointe du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), a annoncé qu’une campagne de reboisement du Liban-Sud sera entamée le 10 décembre prochain dans trois localités de cette région : Hasbaya, Beit Yahoun et Alma al-Chaab. "Le coût de la plantation de 25.000 arbres (pins parasol, sapins et caroubiers) lors de la première étape s’élèvera à 165.000 dollars, versés principalement par la Suède et dans une moindre mesure par l’Italie et la Norvège", a-t-elle précisé en présence de l’ambassadrice de Suède au Liban, Viola Furubjelke. Le projet de reboisement accompagnera de près celui de déminage lancé en mai, financé par les Emirats arabes unis, parrainé par un groupe international sous l’égide de l’Onu et qui vise à désamorcer plus de 300.000 mines plantées par Israël et réparties dans près de 300 champs. Mme al-Nashif a précisé que les plantations et le suivi seront effectués avec les municipalités qui offriront des terrains domaniaux et en coopération avec le ministre libanais de l’Environnement, Michel Moussa. M. Moussa a indiqué, à son tour, que le projet a pour objectif "de transformer en espaces verts les champs piégés laissés par Israël", qui s’est retiré du Liban-Sud en mai 2000, après 22 ans d’occupation. "Le Liban est le seul pays au monde qui arbore un arbre, un cèdre, sur son drapeau national, et ceci doit nous inciter à assurer le succès du projet étalé sur cinq ans", a dit le représentant du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, au Liban-Sud, Staffan de Mistura, qui a lancé l’idée de boisement.    haut
 
L'espoir de la Toussaint
 
par le PERE J.-R. ARMOGATHE, publié dans le Figaro le 1er novembre 2002
Le monde païen de Halloween n'inspire guère confiance. C'est un grouillement de sorcières et de vampires, et les morts reviennent pour effrayer les vivants. Halloween nous rend présent un monde sans espoir, un autre monde pire que celui-ci. La fête de Toussaint revêt un autre aspect. Aux deux premiers jours de novembre, l'Eglise fête les saints et prie pour les défunts. Tous les saints et tous les morts sont réunis en ces deux jours dans la prière des fidèles. Les saints sont des modèles pour les vivants. Ils sont aussi un espoir pour les morts. Les saints nous apprennent que les exigences de l'Evangile ne sont pas hors de notre portée. Des hommes et des femmes de toute origine sont parvenus à les vivre. Ce n'a pas toujours été facile. Ils ont souvent rencontré de bien grandes difficultés, ils ont lutté pour persévérer. Ils ont payé de leur vie le prix de leur bonheur, parfois dans le martyre, toujours dans la dure fidélité quotidienne. Ils sont un exemple, une aide et un encouragement. Il est bon que l'Eglise ait pu les discerner et nous les proposer.
Les autres morts aussi ont chèrement lutté. Car il n'est pas facile de vivre. Tous ne sont pas des saints pour autant. Notre jugement humain peut même être sévère pour certains d'entre eux. Mais nous ne connaissons personne comme Dieu seul peut connaître. Notre justice est mesurée à l'aune de nos propres fautes et de nos injustices. Dieu juge à hauteur de son expérience de l'humanité. Sa mesure est celle de sa miséricorde infinie. Il est tout ensemble juste et miséricordieux, et son pardon ne fait de tort à personne. Comme le patron de la vigne dans la parabole de Jésus, il dispose de son bien à sa guise. Aux ouvriers embauchés à la dernière heure, il donne le même salaire qu'à ceux qui ont travaillé depuis l'aube.
Une telle pensée peut nous réconforter. Elle n'excuse pas nos propres négligences ni nos faiblesses personnelles. Mais elle nous rassure pour ceux qui nous sont chers et qui ont disparu. Ce n'étaient pas des saints. Mais notre myopie ne permet pas une mise au point équitable. Dieu seul peut les voir comme ils étaient vraiment. C'est ainsi qu'ils sont sous Son regard. Les morts et les saints ont également part au salut que Dieu a porté dans l'humanité. Les saints en furent des acteurs privilégiés, qui témoignent encore pour nous de ce que Dieu peut faire chez ceux qui écoutent sa parole et la mettent en pratique. Mais les autres morts, ceux de notre mémoire et de nos cimetières, y ont pris part tout autant, bien que différemment. A défaut d'être des témoins, ils furent au moins des figurants. A leur manière, ils nous apprennent eux aussi que Dieu est patient, attentif et aimant. La fête de Halloween nous agite et nous inquiète, avec son cortège de monstres. La Toussaint chrétienne vient pour nous rassurer. C'est une manière pour chacun de nous de pouvoir espérer vivre l'éternité en bonne compagnie.    haut
 

Education - Clôture de la session annuelle des prélats catholiques
L’intérêt individuel, partisan et confessionnel prévaut sur la politique éducative, affirme l’APECL

paru dans l'Orient-le Jour le 19 novembre 2002

La 36e session annuelle de l’Assemblée des patriarches et des évêques catholiques a clôturé samedi ses travaux entamés lundi dernier, à Bkerké, et consacrés surtout au domaine de l’éducation. C’est ainsi que le communiqué final publié par les prélats réunis autour du cardinal maronite Nasrallah Sfeir a porté essentiellement sur la crise que traversent les écoles et les universités dans le pays et les moyens d’y remédier. L’assemblée a commencé par diagnostiquer le mal dont souffre l’ensemble de la société libanaise et qui se répercute forcément sur les écoles catholiques : "La détérioration de la situation politique, économique et sociale incite les gens à maudire le pays. L’émigration, qui s’amplifie, naît ainsi du désespoir des Libanais", indique le communiqué, avant de poursuivre : "Les relations des écoles catholiques et privées avec les institutions de l’Etat sont problématiques à cause, justement, de la situation politique et économique qui influe sur l’éducation. En effet, c’est l’intérêt individuel, partisan, régional et confessionnel qui prévaut désormais sur la politique éducative. Ce problème est étroitement lié à la multitude de lois, de décrets et de circulaires ministériels qui ne sont pas toujours appliqués", précise l’Assemblée des dignitaires, tout en invitant le secrétariat général des écoles catholiques à "améliorer la relation avec les institutions de l’Etat". Dans ce cadre, les patriarches et les évêques demandent aux "autorités concernées" d’allouer aux écoles gratuites les crédits qui leur reviennent de droit, de manière "à donner aux parents la liberté de choisir l’établissement qui répond à leurs convictions". D’autre part, l’assemblée recommande "la création d’un conseil consultatif national pour l’enseignement pré-universitaire, dans lequel seraient représentés les secteurs public et privé".
Les universités et l’enseignement supérieur
La situation de l’Université catholique dans le pays n’est guère plus enviable, à en croire le communiqué final des prélats réunis Bkerké. Là encore, la crise économique est à l’origine de la baisse du niveau de l’enseignement. "De fait, le budget alloué aux recherches a dû être réduit, et les professeurs ne consacrent plus tout leur temps à l’université. Par ailleurs, nombre d’étudiants ont perdu la liberté de choisir l’université qui leur convient pour des raisons économiques", précise le communiqué, qui déplore d’autre part la prolifération des établissements universitaires dans le pays, "pendant et après la guerre". On compte ainsi aujourd’hui 42 universités "qui se caractérisent, dans leur majorité, par leur confessionnalisme". "Quant à l’Université libanaise, elle est l’otage des courants partisans, politiques et confessionnels", souligne le communiqué, tout en déplorant "le fait que les autorités politiques aient accordé des licences à tort et à travers pour la fondation de nouvelles universités". Revenant à la situation de l’UL, les dignitaires catholiques ont insisté sur sa présence "dans toutes les régions du pays, conformément au principe de la décentralisation et du développement équilibré (...). Ce n’est pas en rassemblant dans un même lieu toutes les facultés de cette université qu’on parviendra à réaliser l’unité nationale. L’essentiel dans ce cadre est de renforcer chez les jeunes le sentiment d’appartenance nationale". Les ingérences politiques dans les affaires de l’UL - notamment sur le plan académique - sont un autre sujet d’inquiétude pour les patriarches et les évêques catholiques qui réclament une meilleure gestion à ce niveau.
L’assemblée s’est penchée par la suite sur le problème de l’enseignement public qui, selon elle, ne s’est toujours pas amélioré malgré l’adoption des nouveaux programmes pédagogiques. A l’origine de cette situation : l’état de délabrement dans lequel se trouvent la plupart des établissements publics, l’incapacité d’un certain nombre d’instituteurs à appliquer les nouveaux programmes "du fait de leur âge avancé et de l’absence de sanctions", sans compter l’incompétence de certains directeurs d’écoles, ainsi que "la multitude d’ingérences politiques, partisanes et confessionnelles dans l’école publique". Concernant la situation de l’enseignement technique et professionnel, le communiqué déplore notamment "l’absence d’une orientation efficace des jeunes et la perception négative qu’ont ces derniers de ce genre de métiers". L’Assemblée des patriarches et des évêques catholiques conclut son communiqué par des vœux adressés aux Libanais et au président de la République, le général Emile Lahoud, à l’occasion de la fête de l’indépendance. Elle souhaite notamment que "l’Indépendance et la souveraineté nationales soient complètement rétablies dans le pays, de même que la liberté de décision fondée sur le dialogue et l’entente".    haut

 
Bush indique à Hariri le chemin du FMI
Burns représentera les USA à la réunion de Paris II
 
paru dans l'Orient-le Jour le 19 novembre 2002

C’est, en quelque sorte, le renvoi de l’agneau devant le loup. A Rafic Hariri, venu lui demander d’user de son influence pour amadouer le FMI à l’occasion de Paris II, le président George W. Bush, qui a reçu hier le Premier ministre à la Maison-Blanche, l’a invité à "travailler avec le Fonds à l’établissement d’un programme durable". En clair, cela signifie qu’au-delà du ballon d’oxygène que constituerait Paris II, le Liban devra, pour en finir avec sa crise économique, tester les recettes si souvent prodiguées par le FMI à ses élèves de par le monde, avec des résultats plutôt mitigés (cf. l’Argentine). A savoir la dévaluation monétaire et le dégraissage administratif : deux mesures dont on peut, par avance, évaluer les dégâts probables. Mais M. Bush a aussi fait savoir à M. Hariri que le Liban ne pourrait bénéficier pleinement de la manne américaine que s’il se conformait aux demandes "politiques" de Washington, notamment au sujet du Hezbollah. Même si ces demandes ne sont pas, stricto sensu, liées à Paris II, il n’en demeure pas moins que le choix du secrétaire d’Etat adjoint William Burns pour y représenter Washington illustre la tendance des Etats-Unis à ne jamais séparer les volets politique et économique dès lors qu’il s’agit du Proche-Orient.    haut

 
 
 
 
 
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