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Week-end
de protestation contre la
perspective d'une guerre en
Irak
publié
par l'AFP le 19 janvier 2003
De
nombreuses manifestations
contre une éventuelle
intervention militaire américaine
en Irak ont eu lieu ce
week-end dans le cadre d'un
mouvement mondial de
protestation, notamment aux
Etats-Unis, en Europe et au
Proche-Orient.
Samedi à Washington,
au moins 50.000 manifestants
selon l'AFP, 200.000 selon
les organisateurs, ont bravé
le froid pour protester
devant le Capitole, siège
du Congrès américain. En
Europe, la mobilisation a été
faible au cours du week-end,
sauf en France où plusieurs
dizaines de milliers de
personnes - près de
200.000, selon les
organisateurs - ont manifesté
samedi à Paris et dans les
principales villes du pays.
Les orateurs, dont le
dirigeant noir Jesse Jackson
et l'actrice Jessica Lange,
ont dénoncé le
"militarisme" de
l'administration américaine
et sa volonté supposée de
contrôler le pétrole
irakien. Le président
George W. Bush menace l'Irak
de guerre si son président
Saddam Hussein ne désarme
pas. "Il faut recourir
à notre intelligence, pas
à la force brutale, pour résoudre
un conflit, pour arrêter le
terrorisme et non pas le répandre",
a lancé le révérend
Jackson sous les
applaudissements.
A San
Francisco (Californie)
environ 50.000 personnes ont
défilé dans le centre la
ville. Des hippies, des
adolescents, des écologistes,
des hommes politiques, des
artistes comme l'acteur
Martin Sheen ou la chanteuse
Joan Baez, ont condamné la
politique américaine au
Moyen-Orient, immorale,
selon Martin Sheen, qui a
appelé "à une résistance
non violente à la violence
à tout prix".
Dimanche, près de la Maison
Blanche à Washington,
plusieurs centaines de
personnes ont critiqué la
politique américaine et
seize personnes ont été
arrêtées pour avoir
franchi les barrières établies
par les policiers près du
siège de la présidence américaine.
Des manifestations
pacifistes réunissant de
quelques centaines à
plusieurs milliers de
personnes se sont déroulées
samedi dans une trentaine de
villes canadiennes dont
Toronto, Vancouver, Ottawa,
Québec et Montréal, où
les organisateurs estimaient
à 25.000 le nombre de
participants qui ont
notamment scandé :
"Arrêtons la Bush-erie
en Irak".
En
France, au cours des
rassemblements de samedi,
les manifestants scandaient
"non à la guerre
contre l'Irak, justice, paix
et démocratie au
Proche-Orient et dans le
monde", slogan inscrit
sur les banderoles ouvrant
les cortèges. En Allemagne,
plusieurs milliers de
personnes ont manifesté à
Rostock (nord-est) et
Tuebingen (sud-ouest), et un
colloque sur l'Irak avait
lieu à Goettingen (nord) ce
week-end. En Suède, entre
5.000 et 6.000 personnes ont
manifesté à Goeteborg
(sud-ouest). Dimanche, 400
manifestants se sont
rassemblés aux abords du
quartier général des
forces armées britanniques
à Northwood (nord-ouest de
Londres), sept d'entre eux
se sont enchaînés les uns
aux autres devant l'entrée
principale, avant d'être écartés
par la police qui a procédé
à une cinquantaine
d'interpellations. Quelque
6.000 manifestants selon la
police, 20.000 selon les
organisateurs, ont participé
à une marche d'une dizaine
de kilomètres de Madrid à
la base militaire de
Torrejon, susceptible d'être
utilisée en cas de conflit.
A Bruxelles, près de 6.000
personnes ont défilé et
après la dispersion de la
manifestation, une brève échauffourée
a éclaté entre un groupe
d'une dizaine manifestants
et les forces de l'ordre.
Dix personnes ont été arrêtées.
En Turquie, seul pays
musulman membre de l'Otan et
où l'armée américaine
dispose d'une base
militaire, des
manifestations ont eu lieu
dimanche à Ankara et à
Istanbul pour dénoncer
"les visées impérialistes"
des Etats-Unis.
Au
Proche-Orient, la
mobilisation a été timide.
Mais plus de 15.000
personnes, dont des
Palestiniens, ont proclamé
à Damas leur opposition à
une attaque américaine
contre l'Irak et leur
soutien au peuple
palestinien. Cette
manifestation était organisée
par le Comité populaire
syrien de soutien à
l'Intifada palestinienne, un
organisme gouvernemental. A
Beyrouth, environ 8.000
Libanais et Palestiniens,
selon des estimations des
correspondants de presse,
ont participé à un défilé
jusqu'au bureau des Nations
unies en brandissant des
drapeaux irakiens, libanais
et palestiniens ou des
portraits de Saddam Hussein,
de Yasser Arafat et de
l'ancien président égyptien
Gamal Abdel Nasser, chef de
file du nationalisme arabe.
La participation au
mouvement mondial de
protestation a été faible
en Egypte, en Jordanie et au
Maroc. Aucune manifestation
n'a eu lieu dans le Golfe,
mais près de 3.000
personnes avaient défilé
vendredi à Bahreïn, siège
de la Ve flotte américaine.
Au Japon, de 4.000 à 5.000
personnes se sont réunies
dans le centre de Tokyo. Le
prochain mouvement mondial
de protestation contre la
guerre est prévu le 15 février.
haut
"Des
scénarios qui font froid dans
le dos"
propos
recueillis par BRUNO RIPOCHE,
publiés dans Ouest-France le
18 janvier 2003
Riches
en pétrole, bien pourvus en
eau, l'Irak et ses 23 millions
d'habitants avaient tout pour
réussir. La guerre contre
l'Iran, l'invasion du Koweït
et douze ans d'embargo
international laissent ce pays
en ruine. Responsable du désastre ?
Saddam Hussein, sans doute,
mais surtout le système
politique légué par les
Britanniques, affirme
PIERRE-JEAN LUIZARD, chercheur
au CNRS.
* Depuis sa création,
en 1920, l'Etat irakien n'a
connu que coups d'Etat, répressions
sanglantes des Kurdes et des
chiites et aventures guerrières...
Est-ce dû à son caractère
artificiel ?
Il faut bien distinguer la
société et le système
politique. L'Irak a une très
forte identité culturelle :
elle correspond à ce que
les géographes appelaient
l'Irak arabe, qui s'étend
depuis le Golfe jusqu'au
nord de Bagdad. En revanche,
l'Etat irakien moderne est
une création coloniale
britannique. Il a été édifié
à la suite d'une défaite
majeure de la société
irakienne, la révolution de
1920 : une révolte des
chiites (55 % de la
population) contre le mandat
de la SDN, synonyme de
domination occidentale. Ce
système politique conçu
pour pérenniser la
domination britannique,
s'est traduit par la
mainmise sur l'Etat des
sunnites, qui sont
minoritaires. Autrement dit,
l'Irak est un Etat
artificiel plaqué sur un
pays qui, lui, ne l'est pas.
Lorsqu'en 1925, les Kurdes
(20 % à 25 % de
la population) sont rattachés
à l'Irak, parce que les
Britanniques pressentent la
richesse en pétrole de la
province de Mossoul, l'Etat
ne remet pas en cause
l'arabisme, qui lui tient
lieu d'idéologie. Tout cela
fait qu'il y a eu en Irak
des contradictions qui
n'existaient pas ailleurs.
* C'est encore
le schéma qui prévaut ?
On assiste aujourd'hui au
retour à l'envoyeur. La
communauté internationale
se voit exploser au visage
ce système politique imposé
en 1920. Le régime de
Saddam Hussein en est le
dernier avatar. Après la révolution
antimonarchique de 1958, les
élites arabes sunnites ont
cru qu'elles pouvaient à la
fois continuer à diriger l'Etat,
tout en étant minoritaires
dans le pays, et s'émanciper
de la tutelle britannique.
Mais elles ont vu très
rapidement que c'était la
tutelle britannique, précisément,
qui avait permis la mainmise
de leurs pères et de leurs
grands-pères sur l'Etat.
L'armée est devenue le
pivot de l'Etat, jusqu'à être
"privatisée" par
le clan de Saddam Hussein,
qui est un peu l'ultime
stade.
* Un stade qui
perdure depuis plus de 30
ans... Comment Saddam
Hussein, si minoritaire,
a-t-il pu durer ?
Il a été grandement aidé
par la nationalisation du pétrole
et le second boum pétrolier
dans les années 70. Cette
manne a été une révolution
dans le niveau de vie des
Irakiens. Elle a permis au régime
de construire son arsenal
militaire contre sa propre
société. Il a aussi bénéficié
du soutien des Occidentaux,
qui ont utilisé l'Irak pour
faire la guerre à l'Iran
islamique de façon
indirecte. Après la guerre
du Golfe, les Américains
ont privilégié le maintien
en place de ce régime :
il servait d'épouvantail et
justifiait leur présence
militaire dans la région.
Surtout, une remise à plat
du système politique
irakien aurait obligé les
Occidentaux à prendre en
compte des familles
politiques qui les ont
toujours combattus : le
Parti communiste irakien et
le parti islamique chiite
Da'wa - le plus ancien
d'Irak - qui refusent,
aujourd'hui encore, la
guerre américaine et
mettent en avant l'indépendance
du peuple irakien.
* Cette fois,
les Américains paraissent résolus
à se débarrasser de
Saddam. Mais qui peut
prendre relève ?
La répression féroce du
soulèvement de 1991, que
les Américains ont laissé
faire, a condamné à l'exil
l'ensemble des forces
politiques, à part les
Kurdes. Ces forces ont été
captées par des intérêts
non irakiens, ceux des pays
voisins : l'Iran, la
Syrie, la Turquie, puis les
Etats-Unis et les pays
occidentaux. D'où, dans la
partie arabe de l'Irak, un
apolitisme militant, une
forme de dégoût. A
l'intérieur, à part
quelques combattants dans la
région du Tigre, il ne
reste plus d'opposition :
autrefois, le clergé chiite
et ses dizaines de milliers
d'étudiants pouvaient
encadrer une insurrection.
Aujourd'hui, le principal
religieux chiite encore présent
à Najaf, l'ayatollah
Sistani, n'a qu'une centaine
d'étudiants... dont 90
agents du régime.
* Autrement dit,
il n'y a pas de plan de
rechange !
Les Américains ne savent
pas du tout ce qu'ils
veulent faire. On le voit au
nombre de scénarios qu'ils
sortent de leur chapeau.
Cela va de l'occupation avec
un gouverneur militaire américain,
à l'image de ce qui fut
fait au Japon, à un
partenariat avec l'Iran et
l'association d'une partie
de l'opposition islamique
chiite dans un gouvernement
d'union nationale. Un
gouvernement civil irakien
dont on a vu la préfiguration
à la conférence de
Londres, le mois dernier :
chacun y était représenté
en fonction de son
appartenance confessionnelle
et ethnique. Autrement dit,
une sorte de libanisation.
Entre les deux, il y a des
scénarios intermédiaires,
dont le retour à Bagdad de
la monarchie hachémite.
Elle a les faveurs du lobby
pro-israélien à Washington
et de la droite israélienne :
ils rêvent de mettre à
profit cette guerre pour
redessiner la carte de la région.
Un grand royaume arabe,
pro-occidental et aidé par
un plan Marchal, réaliserait
le rêve panarabe. En
contrepartie, tous les
Palestiniens, seraient
transférés au-delà du
Jourdain. Cela fait froid
dans le dos. C'est dire où
on en est !
* L'Irak
risque-t-il d'éclater ?
Les Kurdes ne feront pas sécession.
L'environnement régional
est verrouillé. L'explosion
peut venir d'ailleurs. Après
la défaite de 1991, l'armée
a été totalement
marginalisée par le régime
et on a vu émerger des
gardes prétoriennes, suréquipées,
à recrutement tribal très
prononcé : la Garde républicaine,
les fedayins de Saddam, etc.
Elles ont des comptes à régler.
Il est tout à fait possible
qu'au lieu de se battre
contre les Américains, ces
forces se battent entre
elles.
haut
Flambée
de violence en Israël et
Palestine
Onze
morts hier, malgré les
appels au calme lancés par
Yasser Arafat
par JEAN-LUC ALLOUCHE,
publié dans Libération le
13 janvier 2003
Onze personnes ont été
tuées, dont sept
Palestiniens et deux Israéliens,
hier dans les territoires
autonomes et en Israël,
à seize jours des élections
législatives israéliennes.
Cette nouvelle flambée de
violence intervient
quarante-huit heures après
que l'Autorité
palestinienne eut enjoint
à toutes les
organisations de
s'abstenir d'actions armées
jusqu'aux élections israéliennes
du 28 janvier. "Les
actions contre des
citoyens israéliens ont
causé un grand dommage à
la cause palestinienne
dans l'opinion mondiale et
dans le camp de la paix
israélien",
a-t-elle souligné. Cet
appel à la retenue avait
deux raisons essentielles
: d'une part, la chute
dans les sondages du
Premier ministre,
"divine
surprise" pour les
officiels palestiniens,
qui verraient sans déplaisir
une victoire du
travailliste Amram Mitzna.
D'autre part, et surtout,
ils redoutent des actions
spectaculaires d'Israël
en cette période de fièvre
électorale (tel le
bombardement, en 1981, de
la centrale nucléaire
irakienne).
L'appel au calme n'aura
donc pas été suivi
d'effet. Dans les
territoires autonomes,
cinq Palestiniens ont été
tués par des tirs israéliens,
dont deux par des tirs de
missiles. Un hélicoptère
d'assaut a tiré un
missile sur une voiture
dans la ville de Khan Younès,
tuant deux occupants et
blessant un troisième.
Selon des résidents, l'hélicoptère
visait en fait un taxi
voisin dont les occupants
ont pu s'enfuir à temps.
Deux des trois occupants
de la voiture étaient des
membres des Brigades
Ezzedine al-Qassam,
responsables de la plupart
des attentats-suicide en
Israël, toujours selon
ces sources. Ces Brigades
ont revendiqué le tir de
trois roquettes sur Sdérot
sans faire de blessés. En
soirée, deux Palestiniens
ont été tués par les
forces de sécurité israéliennes
après avoir mené une
attaque à Gadish, dans le
nord d'Israël, tuant un
Israélien. L'attaque a été
revendiquée par le Jihad
islamique. A la frontière
israélo-égyptienne,
l'armée israélienne a
intercepté un commando
qui s'était infiltré,
tuant deux de ses membres,
non identifiés hier soir.
Un Israélien a également
été tué à Nitzana.
Auparavant, trois
Palestiniens ont été tués
par des tirs israéliens,
lors de deux incursions
avant l'aube dans la bande
de Gaza, et un troisième
près de Hébron en
Cisjordanie.
haut
paru
dans Magazine le 6 décembre
2002
L'attentat
contre un pétrolier français
mouillant dans un port yéménite,
en octobre dernier, serait
le fait du Mossad israélien,
susurrent de nouveau des
sources diplomatiques
occidentales à Beyrouth.
Ces sources avancent comme
preuve le fait que les enquêteurs
n'ont pas trouvé de débris
de la petite embarcation
chargée d'explosifs qui est
censée avoir percuté la
coque du pétrolier,
ajoutant qu'ils tiennent
ainsi la preuve que
l'explosion de la charge a
été télécommandée.
Reprenant ces hypothèses à
leur compte, des sources
diplomatiques arabes
affirment qu'Israël a
cherché à
"punir" la France
pour son appui diplomatique
et financier au Liban et son
attitude à l'égard de
l'Irak. Ces sources considèrent
que la récente incursion
d'extrémistes juifs dans
l'enceinte de l'ambassade de
France à Tel-Aviv confirme
leurs assertions.
haut
Le
grand retour de l'Etat hébreu
en Afrique
Le président ougandais,
Yoweri Museveni, en visite à
Tel-Aviv
par PIERRE PRIER, publié
dans le Figaro le 17 janvier
2003
Un haut
responsable des Nations
unies a affirmé hier qu'il
y avait "un clair
consensus de la communauté
internationale" en
faveur des efforts visant à
parvenir à une solution du
conflit au Proche-Orient,
sur la base de "deux
Etats souverains vivant côte
à côte en paix et en sécurité".
Kieran Prendergast, secrétaire
général adjoint chargé
des affaires politiques, a
également déclaré au
Conseil de sécurité réuni
en séance publique qu'il "n'y
avait pas d'amélioration
notable de la situation
humanitaire dans le
territoire palestinien occupé".
"Israël n'a pas
rempli l'engagement en ce
sens qu'il avait pris en août
dernier", a-t-il
affirmé, citant notamment
le maintien des couvre-feux
ainsi que les restrictions
des déplacements des
Palestiniens.
Le président
ougandais est venu en Israël
avec sa liste de courses. En
une semaine, Yoweri Museveni
aura passé trois jours sur
des bases aériennes, des
bateaux ou dans des usines
d'armement. Le président
s'intéresserait surtout à
des vedettes pour ses grands
lacs, aux avions sans
pilote, aux mortiers et aux
radars. Egalement au
programme, la poursuite du
contrat signé il y a
quelques années avec
l'industrie militaire israélienne
pour moderniser les MIG 21
de l'aviation ougandaise.
Yoweri Museveni a de bonnes
raisons de vouloir renforcer
ses capacités militaires.
Le président ougandais
n'arrive pas à venir à
bout de la rébellion de l'
"Armée de résistance
du seigneur" une guérilla
chrétienne aux méthodes
souvent cruelles qui règne
depuis des années sur le
nord du pays. Museveni a décidé
de prendre les choses en
mains, et installé son QG
sur le terrain. Pour le matériel,
comme beaucoup de chefs d'Etat
africains, Museveni s'est
tourné vers un pays où il
se sent à l'aise. Le président,
fervent chrétien, a étonné
Ariel Sharon en citant par
coeur des passages de la
Bible. Passionné de vaches,
en digne fils de nomades, le
président ougandais a aussi
parlé bétail avec le
gentleman-éleveur Sharon.
Les
relations israélo-ougandaises
ont connu des hauts et des
bas, atteignant leur nadir
en 1976, l'année du célèbre
raid d'Entebbe. Des
commandos israéliens
avaient atterri sur l'aéroport
pour sauver les otages d'un
vol Paris-Tel-Aviv détourné
par les Palestiniens du FPLP,
avec la complicité du président
Idi Amin Dada. Les Israéliens
étaient en terrain de
connaissance. Ils avaient
construit l'aéroport, et
entraîné Idi Amin dans
leurs troupes parachutistes.
Israël est officiellement
revenu en Ouganda en 1994.
Aujourd'hui, il n'y vend pas
seulement des armes. Deux
compagnies privées y
construisent des routes,
d'autres investissent dans
les télécommunications et
l'agriculture. Un symbole du
grand retour de l'Etat hébreu
en Afrique, où il
entretient aujourd'hui onze
ambassadeurs, la plupart
couvrant plusieurs pays. En
1973, après la guerre du
Kippour, tous les Etats
africains, sauf l'Afrique du
Sud, avaient rompu leurs
liens diplomatiques avec
Israël sur pression de la
Ligue arabe. Ce fut le point
tournant d'une riche
histoire. Israël avait
connu son âge d'or en
Afrique dans les années 60.
C'était l'époque où les
techniciens agricoles israéliens
aidaient avec enthousiasme
au développement des
nouveaux Etats indépendants.
L'Afrique était aussi le
champ de bataille de la
lutte d'influence entre Israël
et les pays arabes, surtout
l'Egypte, qui lui disputait
le rôle de parrain du
continent.
En 1966,
une dizaine de pays
recevaient une aide
militaire israélienne.
Surtout ceux considérés
comme stratégiques, au
premier rang desquels l'Ethiopie,
seul Etat non-musulman sur
la mer Rouge. En décembre
1960, Ben Gourion donna
d'ailleurs un sérieux coup
de main à l'empereur Haïlé
Sélassié, qui se trouvait
au Brésil au moment où éclatait
chez lui un coup d'Etat.
Israël envoya un avion le
chercher, lui permettant de
rentrer à temps. Haïlé Sélassié
dut lui aussi rompre avec
Israël en 1973, mais les
relations reprirent bientôt
discrètement avec son
successeur, le régime
marxiste de Mengistu. Israël
lui fournit des conseillers
militaires pour lutter
contre la révolte érythréenne,
ce qui lui permettait de
garder un oeil sur les
mouvements palestiniens
installés au Yémen.
Aujourd'hui, l'Erythrée est
indépendante, et elle a
emporté avec elle l'ex-façade
maritime éthiopienne. Israël
a un ambassadeur à Asmara
et garde ses oreilles
ouvertes sur la mer Rouge.
Et sur le Soudan voisin,
avec qui l'Ouganda a aussi
une frontière.
Ces succès
stratégiques ne se
traduisent pas pour
l'instant en victoires
diplomatiques majeures. L'Union
africaine suit toujours une
ligne de "solidarité
afro-arabe". A
quelques remarques près,
comme celle de Yoweri
Museveni, qui s'est récemment
élevé, dans l'enceinte
africaine, contre les
attentats suicides... Mais
Israël étend malgré tout
son influence sur le
continent noir. Ses hommes
d'affaire y sont appréciés,
ses services secrets souvent
bien accueillis, ainsi que
sociétés privées de
conseil militaire dirigées
par des généraux à la
retraite. Israël exerce en
outre un attrait en tant
qu'intercesseur avec les
Etats-Unis. Ce rôle n'a pas
échappé, en particulier,
à plusieurs Etats d'Afrique
francophones, soucieux de
contrebalancer l'influence
française, qui se sont
rapprochés de l'Etat hébreu
depuis les années 80.
haut
La
presse canadienne publie une
lettre d’excuses de
l’ambassadeur du Liban
Beyrouth-Ottawa
- Baaklini convoqué par
le ministre canadien des AE
pour "propos
inacceptables"
paru
dans l'Orient-le Jour le 18
janvier 2003
L’ambassadeur
du Liban au Canada, Raymond
Baaklini, a été convoqué
avant-hier au ministère des
Affaires étrangères à
Ottawa pour s’expliquer sur
les "propos
inacceptables" qu’il a
tenus récemment après que le
Hezbollah eut été inscrit
sur la liste noire canadienne
des organisations terroristes.
Après l’annonce de cette décision
le mois dernier,
l’ambassadeur avait déclaré
à un petit journal en langue
arabe de Montréal qu’elle
était attribuable aux
pressions d’ "un
groupe sioniste au
Canada". "Comme
vous le savez, ce groupe contrôle
90 % des médias canadiens, et
il reçoit des instructions et
de l’assistance de sociétés
sionistes, du Canada et de
l’étranger",
avait-t-il affirmé au journal
Sada al-Machrek. Le ministre
canadien des Affaires étrangères,
Bill Graham, avait alors
qualifié d’inacceptables
ces déclarations, mais sans réussir
pour autant à convaincre
l’ambassadeur. Qui a répété
ses propos cette semaine à
l’antenne de Radio-Canada
International, mais en
ramenant à "40 %"
le pourcentage des médias
canadiens contrôlés par ce
groupe. Raymond Baaklini avait
accusé nommément la famille
Asper, propriétaire de
CanWest Global Communications,
le plus grand groupe de presse
canadien qui possède
notamment une douzaine de
grands quotidiens dont le
National Post, lui reprochant
ses éditoriaux
inconditionnellement
favorables, selon lui, à l’Etat
d’Israël.
C’en était trop pour le
chef de la diplomatie
canadienne, qui a convoqué le
diplomate à son bureau.
"L’ambassadeur et moi
avons eu une discussion
approfondie", a déclaré
Bill Graham, cité dans un
communiqué. "Je lui ai
expliqué que certains des
propos qu’il avait tenus étaient
inacceptables au Canada. Il a
dit regretter avoir choqué
certaines personnes et avoir
semé la controverse par ses
commentaires, et m’a écrit
une lettre à cet effet",
a-t-il affirmé, ajoutant
qu’il considère maintenant
"cette affaire (...)
classée". Les journaux
canadiens ont publié hier la
lettre d’excuses de Raymond
Baaklini - lesquelles
excuses ont été faites,
murmure-t-on dans les milieux
diplomatiques à Ottawa, avec
l’accord du palais Bustros.
C’était cela, dit-on, ou
les sanctions diplomatiques. Sauf
que si son litige avec le
gouvernement canadien semble
être clos, c’est avec la
diaspora libanaise au Canada
que l’ambassadeur Baaklini a
commencé à se brouiller.
Plusieurs institutions et bon
nombre de personnalités
libanaises installées au
Canada ont annoncé, selon
l’Agence nationale
d’information, leur décision
de boycotter le diplomate
libanais. Jusqu’à ce
qu’il présente ses excuses
à la diaspora. Et pendant ce
temps, la famille Baaklini
s’étonnait de la campagne
interne et externe menée
contre Raymond Baaklini.
haut
Le
Conseil des ministres crée la
surprise en imposant une
taxe de 5 % sur les intérêts
Une
mesure qui devrait rapporter
100 milliards de livres
de recettes supplémentaires
par
SIBYLLE RIZK, publié dans l'Orient-le
Jour le 17 janvier
2003
Le
Conseil des ministres a créé
la surprise hier soir en annonçant
son intention d’imposer une
taxe de 5 % sur les intérêts,
entre autres mesures, pour
compenser l’effet des
amendements apportés au
projet de budget par la
commission des Finances. Le
but affiché par le Conseil
est en effet de maintenir
inchangé l’objectif de défcit
budgétaire pour l’année
2003, à moins de 25 % des dépenses,
car cet objectif fait partie
des engagements pris par le
Liban à la conférence de
Paris II en échange de
l’aide apportée par les
bailleurs de fonds. Les
nouveaux chiffres du budget
sont donc 8.600 milliards de
livres de dépenses et 6.475
milliards de livres de
recettes, soit un déficit de
24,7 % des dépenses. Les
amendements adoptés ces deux
derniers jours par la
commission des Finances ont été
avalisés par le Conseil des
ministres. Ils portent
notamment sur la suppression
de la taxe sur les indemnités
de fin de service,
l’annulation de la surtaxe
sur la pension de retraite, et
l’augmentation de la
participation financière de
l’Etat à la Caisse
nationale de la Sécurité.
Ces amendements ont pour résultat
d’augmenter de 104 milliards
de livres les dépenses prévues
et de diminuer de 75 milliards
de livres les recettes prévues,
ce qui aurait accru le déficit
de 189 milliards de livres.
Cette somme représente 8 à 9
% du déficit total
initialement prévu. Fouad
Siniora a donc proposé
plusieurs mesures au Conseil
des ministres pour trouver des
recettes supplémentaires et
celui-ci les a acceptées.
La première porte sur la création
d’une taxe sur les intérêt
qui devrait rapporter 100
milliards de livres environ en
2003. Le texte de la mesure précise
que cette taxe de 5 %
s’applique à tous les intérêts
versés sur des dépôts, des
comptes d’épargne, des
certificats de dépôt, des
obligations ou des bons du Trésor,
libellés en livres ou en
devises et détenus par des résidents
ou des non résidents. Les
seuls revenus d’intérêt
qui sont exemptés de cette
nouvelle taxe sont ceux qui
sont relatifs aux dépôts
auprès de la Banque centrale,
les comptes de l’Etat, des
municipalités, des
institutions publiques et des
missions diplomatiques et
consulaires étrangères.
L’article 4 de la clause
ajoutée au projet de budget
prévoit aussi que la taxe ne
s’appliquera pas aux bons du
Trésor libanais émis avant
la publication de la loi.
Stupéfaction des banques
Outre cette décision qui a créé
un véritable choc dans les
milieux bancaires où elle
n’était pas du tout
attendue, le Conseil des
ministres a décidé de
retrancher 18 milliards de
livres du budget de la présidence
du Conseil en diminuant les dépenses
allouées au Conseil du développement
et de la reconstruction et de
réduire de six milliards de
livres le budget du ministère
des Travaux publics. L’impact
de ces mesures est une hausse
des recettes de 25 milliards
de livres (100-75 milliards)
et une hausse des dépenses de
80 milliards de livres
(104-18-6 milliards), ce qui
représente finalement un déficit
supplémentaire de 55
milliards de livres. En
ramenant le déficit pas loin
de ce qui était initialement
prévu, le Conseil des
ministres lance un signal
positif adressé tant aux
milieux financiers qu’aux
bailleurs de fonds. Plusieurs
économistes réclamaient
depuis longtemps une telle
mesure pour rendre le système
fiscal libanais plus équitable.
Plus d’un tiers du revenu
national échappe en effet
pour l’instant à toute
imposition.
En revanche, la surprise est
totale dans les milieux
bancaires d’autant que les
autorités ont souvent répété
publiquement leur opposition
à toute taxation des revenus
du capital au motif qu’un
tel impôt ferait fuir les
capitaux. "C’est une
vraie surprise", a déclaré
hier le secrétaire général
de l’Association des
banques, Makram Sader, qui a
refusé de commenter la décision
et dit attendre de voir si
elle s’insère dans
"une politique fiscale
cohérente". La réaction
du président de la Banque
Libano-Française, Farid Raphaël,
a été peu favorable, car
l’ancien président de l’Association
des banques s’est inquiété
de l’impact de la nouvelle
taxe sur les résultats du
secteur. "Cette taxe va
diminuer la marge de rémunération
dont bénéficient les déposants
au Liban par rapport à
d’autres placements",
a-t-il déclaré, soulignant
que la nouvelle mesure
intervient alors que les
banques viennent de consentir
un effort important en
acceptant de souscrire à des
bons du Trésor à taux zéro
pour un montant total de
quatre milliards de dollars.
Souci d’équité
Invité hier soir de la LBC,
le ministre des Finances Fouad
Siniora a rétorqué que
l’idée d’imposer les
revenus des capitaux n’était
pas nouvelle puisque le
gouvernement s’apprêtait à
le faire en 2004 à
l’occasion de l’adoption
de l’impôt unifié sur le
revenu. "La taxe n’est
pas nouvelle dans le principe,
mais dans le calendrier",
a-t-il dit. Outre la nécessité
de compenser l’effet
financier des amendements
adoptés par la commission des
Finances, le ministre a
justifié la nouvelle taxe par
un souci "d’équité". "Il
n’est pas acceptable qu’un
déposant qui ne prend aucun
risque échappe à tout impôt
sur les revenus de ses
capitaux, alors que celui qui
prend des risques en créant
une entreprise est taxé sur
les revenus qu’il tire de
son activité." Le
ministre a ajouté que le
secret bancaire est préservé
par la nouvelle taxe, car
l’impôt sera prélevé à
la source par les banques sur
l’ensemble de leurs comptes
débiteurs et transféré au
Trésor sans révéler
l’identité des déposants.
haut
L'Europe
de Taizé prie à Paris
"pour que se lève la
confiance sur la terre"
par XAVIER TERNISIEN, publié
dans le Monde du 29 décembre
2002
De toute l'Europe, en
particulier des anciens
"pays de l'Est",
ils convergent, samedi 28 décembre,
vers Paris. Quelque 80.000
jeunes pour un "pèlerinage
de confiance sur la terre"
organisé par la communauté
œcuménique de Taizé dans
un contexte où l'actualité
internationale multiplie les
motifs d'inquiétude. "Aujourd'hui,
c'est cette menace de guerre
en Irak qui se profile à
l'horizon, juge le Frère
Emile, porte-parole de la
communauté fondée pendant
la deuxième guerre mondiale
en Bourgogne par Frère
Roger. Dans notre monde
inquiet, peu de responsables
osent proposer un message
d'espérance. C'est ce que
fait la communauté de Taizé."
De Paris, en 1978, à
Budapest l'an dernier, en
passant par Prague au
lendemain de la chute du Mur
et Vienne en 1992 où des
Polonais avaient découvert
l'Ouest, cela fait un quart
de siècle que les jeunes
d'un continent qu'on dit
vieux effeuillent ainsi les
événements de l'éphéméride
international. Cette
année, dans son message aux
jeunes, Frère Roger les
invite à créer autour
d'eux les conditions de la
paix : "Pour
que se lève la confiance
sur la terre, c'est en soi-même
qu'il importe de commencer :
cheminer avec un cœur réconcilié,
vivre en paix avec ceux qui
nous entourent."
Les pèlerins réunis à
Paris devaient être
accueillis, dimanche 29 décembre
au soir, par le cardinal
Jean-Marie Lustiger.
Plusieurs responsables
civils et religieux leur ont
adressé des lettres
d'encouragement. "Votre
rencontre offre un message
fort de tolérance et de
solidarité", écrit
ainsi Kofi Annan, secrétaire
général des Nations unies.
"Ce rassemblement
est un signe d'espérance
pour notre monde",
affirme le pape Jean Paul II.
Jean-Arnold de Clermont, président
de la Fédération
protestante de France, se réjouit
que soient mis en valeur "l'ouverture
aux autres, le partage, la
recherche de la réconciliation
avec Dieu et avec soi-même".
Pendant cinq jours, les
jeunes, accueillis et logés
par les paroisses
catholiques et protestantes
d'Ile-de-France, vont se réunir
tous les soirs au Parc des
expositions de la porte de
Versailles pour prier. Dans
un décor de tissus et de
lumières rouges et orangés,
ils vont répéter
inlassablement de petits
refrains lancinants, composés
dans toutes les langues
européennes. L'après-midi,
des débats leur sont proposés sur
des thèmes comme la
violence, la vie intérieure,
les responsabilités
humaines ou la beauté. "La
barrière des langues reste
un gros obstacle aux échanges,
constate Frère Emile. Mais
l'essentiel est de faire
prendre conscience aux
jeunes qu'à leur niveau, même
modeste, ils peuvent agir
pour changer l'ordre des
choses." C'est bien
là le leitmotiv de Taizé :
ne pas capter pour soi-même
l'enthousiasme des jeunes,
mais renvoyer chacun,
davantage motivé, vers son
pays, son milieu, sa
paroisse, ses responsabilités.
haut
Mgr
Jean-Pierre Ricard : "Ne
pas oublier les chrétiens de
Terre sainte"
Une
délégation de l'épiscopat
français en Israël et dans
les Territoires palestiniens
propos
recueillis par ELIE
MARECHAL, publiés dans le
Figaro du 26 décembre 2002
Du
27 décembre au 2 janvier,
une délégation de l'épiscopat
français, composée de dix
personnes, se rendra en Israël
et dans les Territoires
palestiniens, où elle
compte rencontrer, notamment
à Jérusalem, les
responsables d'Eglises chrétiennes.
Sont aussi prévus des échanges
avec des représentants israéliens
ou palestiniens, des
personnalités juives ou
musulmanes. Archevêque de
Bordeaux et président de la
conférence des évêques de
France, Mgr Jean-Pierre
Ricard conduira cette délégation.
Il explique les buts de
cette visite, beaucoup de
points du programme restant
incertains à la veille du départ,
en particulier la possibilité
d'accès à Bethléem.
* Vous vous apprêtez
à partir en Terre sainte.
Pourquoi ce voyage ?
Les chrétiens
de cette région peuvent, à
bon droit, se sentir
abandonnés dans un chaos de
haine et de violence. Livrés
aux fêtes de fin d'année,
le monde, la France, l'Eglise
catholique en France, les
auraient-ils oubliés ?
Notre voyage sans protocole
particulier, notre "visitation",
veut les assurer que non
et nous irons à leurs côtés
pour prier, pour partager,
pour croire avec eux à une
réconciliation possible,
pour examiner quelles aides
concrètes sont nécessaires.
Les artisans de paix ont,
ici comme là-bas, besoin de
soutien, d'encouragement.
* Comment
comptez-vous manifester un
tel soutien ?
Des visites cordiales, des
aides financières, des
jumelages entre paroisses ou
écoles, seront à réaliser
entre la France et la Terre
sainte. Aux évêques de
stimuler une solidarité non
seulement affective, mais
aussi effective. Nous
n'allons pas voir des
vestiges, mais des "pierres
vivantes" qui
crient dans l'épreuve.
Notre attention fraternelle
nous conduit vers cette
Terre où résident les
descendants de celles et
ceux qui furent les témoins
des débuts du
christianisme. Il serait
paradoxal que le pays de Jésus
devienne, par l'exode, vide
de chrétiens. Il serait
incohérent que, célébrant
la venue du Sauveur, nous
renoncions à l'espérance
et à la paix.
* Pourquoi avoir
choisi cette période de Noël,
alors que tout le
Proche-Orient vit un
calvaire ?
En cette période, les
chrétiens de Terre sainte
vivent avec une foi plus
intense leur épreuve, et
davantage encore s'ils ne
peuvent librement accéder
à la basilique de la
Nativité à Bethléem.
Comme ils viennent de nous
l'écrire, "à la
veille de Noël, (ils)
vivent dans l'angoisse et
l'humiliation (...). C'est
en ces jours difficiles que
la présence des pèlerins
est nécessaire. Venez donc
comme témoins de paix auprès
de tous les habitants de la
Terre sainte. Aidez-nous à
avoir la joie de Noël."
* Seuls des évêques
catholiques font ce pèlerinage
avec vous. Pourquoi pas une
délégation oecuménique du
conseil d'Eglises chrétiennes
en France, qui regroupe
orthodoxes, protestants,
anglicans et catholiques ?
Ce projet a déjà été
réalisé, il y a deux ans,
avec Mgr Jérémie, président
de l'assemblée des évêques
orthodoxes en France, le
pasteur Jean-Arnold de
Clermont, président de la Fédération
protestante de France, et
Mgr Guy Thomazeau qui était
évêque de Beauvais avant
d'être récemment transféré
au siège épiscopal de
Montpellier. Une visite
d'une délégation de Terre
sainte chez nous était prévue
en retour. Elle n'a pu avoir
lieu, mais l'invitation
tient toujours. En
attendant, nous sentions,
ici comme là-bas, monter un
appel pressant auprès des
évêques de France, leur
demandant de manifester,
plus nettement, leur
sollicitude envers les chrétiens
de Terre sainte. Nous ne
pouvions paraître sourds à
une telle requête.
* Ce qui
importe, est-ce aussi de
relancer les pèlerinages
français en Terre sainte ?
Ce serait bien si notre
voyage avait ce résultat.
La vie de bien des familles
en Terre sainte - et
souvent des plus modestes -
est tributaire des pèlerinages.
Déjà les licenciements
sont nombreux dans le
commerce ou l'hôtellerie en
Israël, à Jérusalem, ou
dans les Territoires
palestiniens. Sans argent,
sans travail, il ne reste
plus que l'exode.
haut
CNN
et al-Jezira se préparent à
un duel
En cas de guerre en Irak, le
statut de référence
internationale de CNN pourrait
être menacé
par KEREN LENTSCHNER,
publié dans le Figaro le 24 décembre
2002
Au fur
et à mesure que la
perspective d'un conflit
avec l'Irak se précise, les
télévisions d'information
internationale fourbissent
leurs armes. CNN multiplie
les opérations d'autopromotion
et les directs réalisés
depuis Bagdad, Doha ou Riad.
Mais la chaîne d'Atlanta,
qui occupait une position de
monopole en 1991, devra
faire face à une
concurrente avec laquelle
elle a collaboré dans le
passé, al-Jezira. Et
celle-ci s'apprête à émettre
en anglais. Même HBO,
peu réputée pour son
engagement politique, donne
un aperçu de la déferlante
médiatique. Film phare ces
jours-ci sur la chaîne d'AOL
Time Warner : une production
hollywoodienne sur
l'aventure irakienne de...
CNN. "Live from Baghdad",
annoncé à grands renforts
publicitaires, tandis que
l'Administration Bush jure
d'en découdre avec Saddam
Hussein, raconte l'épopée
de la jeune chaîne de Ted
Turner pendant la guerre du
Golfe. Seule télévision
occidentale présente en
Irak et capable d'émettre
non-stop pendant 36 heures dès
le déclenchement des
hostilités, CNN, diffusée
dans moins de 10 millions de
foyers à l'époque, contre
172 millions aujourd'hui,
devient alors un acteur
incontournable sur la scène
internationale.
Onze ans plus tard, alors
qu'une deuxième guerre
contre l'Irak semble
imminente, le fleuron du numéro
un mondial des médias
fourbit ses armes. L'autopromotion
est de rigueur ("CNN,
numéro un. La chaîne en
qui l'on croit"). Les
directs et émissions spéciales
depuis Bagdad, Doha (Qatar)
ou Riad (Arabie saoudite)
s'enchaînent. "Iraq
: Showdown" ("Irak
: l'épreuve de force")
figure en permanence sur l'écran.
A Bagdad, l'équipe sur
place, qui a déjà reçu
des renforts dont la star
montante Nic Robertson,
compte huit personnes. Soit,
au total, une soixantaine de
journalistes au Moyen-Orient
répartis dans les différents
bureaux de CNN. Jusqu'à 200
en temps de guerre, dont une
importante équipe au Koweït,
confie au Figaro Eason
Jordan, directeur de
l'information. Le budget
minimum de CNN pour un tel
conflit : 20 millions de
dollars, selon Jordan. Plus
encore qu'en 1991, l'accès
à l'information risque d'être
problématique pour CNN
comme pour les autres médias
étrangers. Depuis l'arrivée
des inspecteurs de l'ONU, déplore
Nic Robertson, les
journalistes étrangers
doivent renouveler tous les
quinze jours leur permis de
séjour auprès du ministère
irakien de l'Information.
Au-delà de ces contraintes
ordinaires en temps de
guerre et des nouveaux paramètres
technologiques, CNN est
confrontée à l'un des plus
sérieux défis de son
histoire. Face à une
concurrence médiatique sans
précédent, pourra-t-elle
conserver son statut de référence
comme au temps de la guerre
du Golfe ?
Aux Etats-Unis, si Fox News,
la jeune pousse de Rupert
Murdoch, lui a ravi la première
place depuis bientôt un an,
CNN a maintenu un score
record dans les premiers
mois qui ont suivi le 11
septembre. "En temps
de crise, explique Royce
Ammon, professeur de
relations internationales et
auteur d'un livre sur les
liens entre CNN et
diplomatie, ceux qui
regardent d'habitude Fox
News ou MSNBC (NDLR :
filiale de Microsoft et de
NBC) se tournent vers
CNN." Au niveau
mondial, celle qui était la
seule chaîne d'information
en continu en 1991 doit désormais
compter avec ses
concurrentes locales, qui
fournissent des news sur
mesure, en adéquation avec
leurs opinions publiques.
Parmi les chaînes
internationales, Euronews,
si elle obtient un score
honorable (23,4% d'audience
parmi les décideurs), reste
néanmoins à la traîne
face à CNN International
(42,8%), dont l'Europe représente
le marché le plus
important. L'influente BBC
World peine toujours face à
CNN International, notamment
sur le Vieux Continent
(22,5%).
Née en 1996, révélée au
monde entier par les événements
du 11 septembre, al-Jezira
pourrait entamer l'influence
de son aînée. Du moins
auprès de la "rue
arabe". En proposant,
comme elle le fait notamment
depuis le début de la deuxième
intifada, à une population
lasse du "parti pris
proaméricain", un
ton et un contenu différents.
"Il s'agit, confie
Ibrahim Hellal, rédacteur
en chef d'al-Jezira, de
donner à notre public la
vision des deux côtés,
celle de l'opinion américaine,
mais aussi celle du peuple
irakien sur ce qui se passe
dans son pays. C'est là
notre différence par
rapport au traitement médiatique
américain ou européen."
Quelle différence pour
al-Jezira par rapport à sa
couverture de la guerre en
Afghanistan ? "Assez
faible, poursuit Hellal,
qui n'en dira pas davantage
sur ses projets en cas de
guerre en Irak. Là
aussi, il s'agit d'un pays
très faible comparé à la
puissance américaine."
Comme CNN, seule chaîne
occidentale à avoir conservé
un bureau à Bagdad depuis
la guerre du Golfe,
al-Jezira se targue d'avoir
des reporters - trois
actuellement - dans la
capitale irakienne depuis
1998, date d'ouverture de
son bureau. Et d'avoir
quadrillé la région du
Soudan au Yémen en passant
par l'Iran, même si la chaîne
qatarie a été bannie du
Koweït, de Jordanie, de
Syrie et de Bahrein, car ses
reportages déplaisaient aux
autorités.
Face au nouveau défi que
représente al-Jezira, CNN
veut sauver les apparences.
Jordan rappelle les liens étroits
noués entre les deux chaînes,
avant même le 11 septembre,
et assure qu'elles ont des
publics "réellement
différents". Ce
qui n'empêcherait pas, prédit
Royce Ammon, en cas de
guerre, une partie de la
jeunesse arabophone de
zapper vers CNN pour le
reportage et les "breaking
news", et de revenir à
al-Jezira pour le
commentaire. Malgré tout,
les deux chaînes
d'information en continu ne
jouent pas sur le même
tableau. "Parce
c'est un jeune média,
al-Jezira n'a tout
simplement pas les
ressources nécessaires, en
termes de staff notamment,
pour couvrir tous les enjeux
d'une guerre comme
celle-ci", poursuit
l'universitaire. Les
concurrentes nationales et
internationales de CNN
devraient également avoir
du mal à rivaliser avec son
expérience logistique. Sans
parler, insiste Nic
Robertson, des contacts noués
depuis plus de dix ans sur
le terrain. "Nous
avons pu observer au fil du
temps comment les politiques
internationales avaient
affecté l'Irak, comment les
autorités les avaient gérées,
et quels effets elles
avaient eu sur la
population." Par
ailleurs, en tant que seule
chaîne d'information
internationale américaine,
CNN devrait avoir un accès
privilégié aux principaux
acteurs du conflit, et donc
conserver un statut
particulier.
Ce qui risque toutefois de déterminer
son influence, c'est son
positionnement éditorial. "CNN
sera plus prudente, plus
raisonnée, prédit
Ammon, tentera de présenter
un regard plus équilibré,
en incluant des points de
vue divergents et des
interviews d'adversaires des
Etats-Unis. Ce qui n'était
pas le cas en 1991." Une
exigence qu'auront à
l'esprit tous ceux qui, de
Paris à Mexico, émettent
toujours des réserves sur
le bien-fondé du conflit,
et n'auront pas
d'obligation, cette fois, de
rester branchés sur CNN.
haut
Le
correspondant d’ "al-Hayat"
à Damas arrêté pour
"atteinte à la sécurité
de l’Etat"
paru dans l'Orient-le
Jour le 28 décembre
2002
Le
correspondant à Damas du
quotidien arabe al-Hayat,
Ibrahim Hmaydi, a été arrêté
hier et est interrogé par la
police pour avoir publié de
"fausses
informations", selon
l’agence officielle Sana. M.
Hmaydi "est interrogé
après avoir publié de
fausses informations en
violation de la loi sur les
publications (...) il sera déféré
à la justice", a précisé
Sana, qui cite une source de
la presse. M. Hmaydi, 33 ans,
originaire d’un village du
nord de la Syrie, près de la
ville d’Idleb (330 km au
nord de Damas), est
correspondant d’al-Hayat
dans ce pays depuis 1994.
Selon le bureau d’al-Hayat
à Damas, M. Hmaydi avait
publié le 20 décembre un
article citant des sources
bien informées dans lequel il
indiquait que la Syrie prend
"des mesures logistiques
pour accueillir un million de
réfugiés irakiens", en
cas d’attaque militaire américaine
contre le régime de Saddam
Hussein.
Le 24 décembre, al-Hayat a
publié un démenti du bureau
de presse du Premier ministre
syrien Mohammed Moustapha Miro
"niant que les autorités
syriennes ou le
Croissant-Rouge aient pris des
mesures pour installer des hôpitaux
ou des camps à la frontière
irakienne". "Une réunion
du Haut comité de la défense
civile présidée par M. Miro
a eu lieu pour examiner les
mesures à prendre en prévision
de catastrophes naturelles
(comme les tremblements de
terre et les
inondations)", a ajouté
le texte de la présidence du
Conseil. Dans un communiqué,
l’Association des droits de
l’homme en Syrie (ADHS) a
annoncé également
l’arrestation de M. Hmaydi.
Celui-ci a été convoqué
"par l’un des services
de sécurité et a été arrêté.
Le lieu de sa détention
n’est pas connu", précise
le communiqué. L’ADHS
souligne que M. Hmaydi, en
publiant l’article sur les
"mesures logistiques
(...) est accusé d’avoir
porté atteinte à la sécurité
nationale". "La
liberté de la presse est
garantie par la Constitution
syrienne", poursuit le
communiqué qui demande aux
autorités de
"s’expliquer sur le
sort du journaliste et de le
libérer immédiatement".
L’ADHS rappelle en outre
l’arrestation récente de
deux dirigeants du parti kurde
Yakiti (interdit) Marouan
Osmane et Hassan Saleh qui
avaient organisé le 10 décembre
un sit-in devant le Parlement
syrien.
haut
Unité
dans la diversité et la
solidarité
paru dans Ouest-France le
31 décembre 2002
Un certain 13 décembre
1981, nous apprenions, stupéfaits
et indignés, la déclaration
de l'état de guerre en
Pologne. Il s'agissait de
juguler le mouvement
Solidarité. Il s'agissait,
une fois encore, pour le
système communiste d'empêcher
des hommes libres dans leur
coeur de se dresser pour
faire reconnaître leurs
droits, les droits de tout
homme, les droits de
l'homme. Aujourd'hui, vingt
et un ans plus tard, un 13 décembre,
la Pologne et les autres
pays européens, dont
certains, comme les pays
Baltes, furent même annexés
à l'URSS, vont entrer dans
l'Union européenne. C'est
la fin du calvaire commencé
en 1945. C'est la fin de
Yalta qui séparait les
"deux poumons de
l'Europe" (1). C'est
la fin d'une forme
d'abandon, disons-le, de lâcheté
tolérée par l'Occident.
C'est aussi l'aboutissement
d'une longue marche,
entreprise sous la perestroïka
de Gorbatchev, puis après
la chute du mur de Berlin.
Rappelons-nous, le 23 août
1989, date du 50e
anniversaire du pacte
accordant les deux
totalitarismes, l'hitlérien
et le stalinien : une
immense chaîne humaine de
protestation se déroulait
à travers les pays Baltes,
de Tallinn à Vilnius, en
passant par Riga. Ce fut
ensuite un difficile et dur
effort, indispensable pour
que ces pays sortis de la
glaciation soviétique
s'adaptent à une nouvelle
façon de vivre, à une
nouvelle économie, qu'ils
n'auraient jamais dû être
empêchés de pratiquer.
C'est chose faite puisque,
à Copenhague, on reconnaît
aujourd'hui que les critères
d'entrée imposés par
l'Union européenne à ses
adhérents sont respectés
par les dix entrants.
D'autres, comme la Roumanie,
la Bulgarie, par exemple,
attendront encore, mais ils
sont, eux aussi, sur le
chemin.
Savourons notre joie
Aujourd'hui, vont commencer
à se poser de nouveaux
problèmes à l'Union européenne.
Ils seront évidemment
difficiles à résoudre,
mais savourons, un instant,
notre joie d'avoir enfin réussi
ensemble cette adhésion qui
vient couronner l'immense
espérance dont étaient
habités ces pays frères
qui étaient et n'avaient
jamais cessé d'être aussi
l'Europe. S'agit-il d'un élargissement ?
Oui, en ce qui concerne les
structures de l'Union. Non,
en ce qui concerne l'Europe,
car elle se manifeste ainsi
dans son authentique réalité
qui n'avait jamais cessé d'être,
de la Baltique à la Méditerranée.
L'Union pratiquait onze
langues : désormais,
elle en parlera dix-neuf.
Elle comptait 317 millions
d'habitants : désormais,
elle en aura 453. Son
administration s'inspirait
largement du modèle français :
elle recourra davantage aux
méthodes anglo-saxonnes et
scandinaves. Sur un fond
culturel commun, se
grefferont des différences
importantes : elles
enrichiront les uns et les
autres et habitueront chacun
à pratiquer le pluralisme.
Il importe, en effet,
qu'aucun pays parmi les
vingt-cinq ne rêve de bâtir
l'Union européenne à sa
propre image. L'unité oui,
mais dans la diversité,
comme le rappelle la devise
choisie par les écoliers
européens, consultés en
2000 et présentée au
Parlement européen.
L'Union européenne est un
ensemble nouveau, une idée
puissante, riche, féconde,
jamais encore mise en
pratique à une telle échelle
dans l'Histoire. Elle se développera
à certaines conditions
primordiales :
"D'abord que le bien
commun européen soit
toujours, par tous, placé
au-dessus de l'intérêt
national" (2).
Ensuite, que la nouvelle
Union européenne, tout en développant
sa sécurité, "ne se
transforme pas en une Europe
forteresse et qu'elle soit
attentive et apporte son
aide au développement, non
seulement de ses membres,
mais aussi des régions les
plus pauvres du globe et
qu'elle pratique commerce
juste et solidarité" (1).
C'est seulement dans ces
conditions que seront crédibles
et vivifiées les valeurs
dont l'Union européenne se
réclame et que sera réalisée
cette authentique communauté
dont nous rêvons.
(1) Déclaration de la
Commission des épiscopats
de la Communauté européenne
(2) Pierre de Charetenay,
Comece, 42, rue Stevinstradt,
B1000 Bruxelles.
haut
Louise
Beaudouin : "La
francophonie n’a pas
toujours les moyens de ses
ambitions"
La priorité de la ministre québécoise
des Affaires extérieures : le
combat pour la diversité
culturelle
par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le
Jour le 16 décembre
2002
Tout le monde le sait désormais
: la pétulante et
intransigeante ministre québécoise
des Relations extérieures,
Louise Beaudouin (Jacques
Chirac l’appelle "Louise",
et la félicite pour son
combat quotidien en faveur
de la francophonie) n’a
pas la langue dans sa poche.
"Le fait qu’Abdou
Diouf (le nouveau secrétaire
général de l’Organisation
internationale de la
francophonie) ne soit pas présent,
c’est totalement surréel.
Surtout que cette conférence
est consacrée au suivi du
Sommet de Beyrouth. Et là,
on aurait fait une belle fête
d’adieu à Boutros
Boutros-Ghali, il n’y
avait rien qui pressait.
Mais les Suisses ont insisté.
Ils voulaient rendre un
dernier hommage à
Boutros-Ghali", a déclaré
Louise Beaudouin, interrogée
par L’Orient-Le Jour en
marge de la 18e session de
la Conférence ministérielle
de la francophonie. Dont
elle a été, comme
d’habitude, l’une des
stars malgré quelques
petits soucis liés à la
politique interne au Québec.
Les enjeux de cette ministérielle
? "Il y a des décisions
importantes qui doivent être
prises. Sur la constitution
et la présidence de deux
groupes de travail ; l’un
sur la diversité
culturelle, l’autre sur la
réforme des instances. Sans
oublier la Côte d’Ivoire.
Il est impératif que la
francophonie fasse plus que
des déclarations. Il faut
faire." Louise
Beaudouin n’est pas du
genre à abonder dans les
autosatisfactions. Mais en
ce qui concerne les deux
commissions, elle estime
qu’il faut reporter le
vote, surtout en ce qui
concerne la présidence,
souligne que la décision ne
peut pas se faire sans le
nouveau SG. "Est-on en
mesure d’imposer au futur
secrétaire général la présidence
de chacun de ces groupes de
travail ?", se
demande-t-elle. Et nous
avec. On parle du Vietnam
pour présider le groupe
consacré à la diversité
culturelle. Louise Beaudoin
dit qu’elle n’est pas
contre, mais rappelle qu’Hanoï
avait mis, au cours du
Sommet de Beyrouth, un bémol
assez clair en ce qui
concerne les sanctions éventuelles
qu’aurait infligées la
famille francophone à celui
ou ceux de ses membres qui
auraient violé, dans
l’esprit ou dans la
lettre, la déclaration de
Bamako.
C’est justement par
rapport à cette question de
la diversité culturelle que
la ministre québécoise est
sacrement remontée. Contre
les pays francophones qui
auraient fait des offres de
libération à l’OMC,
alors qu’ils ont ratifié
à Beyrouth une convention
les en empêchant. Remontée
contre ce qui décrédibiliserait
la francophonie. "A
Bruxelles, Michel Rocard
m’apprend qu’il y a deux
pays fortement attirés par
l’Europe et par l’Otan,
et qui auraient succombé
aux chants de sirènes américains."
Lesquels américains
auraient mis comme condition
la promotion par ces deux
pays de la libéralisation
de la culture. Un des deux
pays, confirme Louise
Beaudouin, serait la
Roumanie. Qui aurait accepté,
avant de signer la
convention de Beyrouth. Par
contre, là où elle
"reste de glace",
c’est lorsqu’il s’agit
du développement des
relations entre la
francophonie et les
organisations
internationales. "Il ne
faut pas trop s’éparpiller.
Par contre, c’est avec les
grandes aires linguistiques
que nous nous devons de développer
de fortes relations. Avec
les hispanophones, les
arabophones, les
lusophones… Il faut que la
francophonie se concentre le
mieux possible." Ce qui
la rend heureuse ? Soutenir,
marteler, comme en écho aux
mots de son ami Ghassan
Salamé, que la francophonie
est cet "espace où la
notion marchande et la
notion militaire n’ont pas
la prépondérance
qu’elles ont
ailleurs". Et elle est
"très à
l’aise" avec la
confirmation, jour après
jour, d’une plus grande
politisation de la
francophonie. "Dans
tous les cas, il y a une très
grande complémentarité
entre la coopération et la
dimension politique".
Ses combats, ses priorités,
aujourd’hui, c’est-à-dire
quelque deux mois après le
Sommet de Beyrouth ?
"La diversité
culturelle, et le combat que
nous allons mener à l’Unesco
au printemps. Et puis
l’instauration de cet
espace politique, désimprégné
de commerce et de
militarisation, et qui
favoriserait l’émergence
d’un autre type de
relations internationales.
Qui serait, notamment,
exemplaire au niveau des
rapports Nord-Sud. Pour que
ces relations soient vécues
autrement qu’un rapport de
force, qu’elles soient
plus égalitaires."
C’est une utopie. "Un
peu oui. Mais il n’y a que
les rêveurs qui réussissent
à réaliser leurs rêves."
Une meilleure politique de
coopération Sud-Sud est
indispensable, non ?
"Oui. Ce n’est pas
suffisamment présent. L’Agence
de coopération essaie de
redynamiser tout cela. Dans
le domaine de
l’audiovisuel ou celui des
nouvelles techniques de
l’information. Mais la
francophonie n’a pas
toujours les moyens de ses
ambitions. Nous-mêmes, au
Québec, qui sommes le
troisième contributeur,
nous sommes aussi coupables.
La francophonie ne peut pas
tout faire toute seule, il
faut diviser les tâches. Il
y a la Banque mondiale, la
Banque africaine pour le développement,
la Banque européenne, etc.
Qui pourraient se concerter
pour que toutes les langues,
toutes les cultures, soient
présentes sur le Net. Nous,
nous nous occuperons de
l’accessibilité et du
contenu. Ce programme
existe." Et Louise
Beaudoin sourit. Assume ses
mots.
haut
La
société libanaise est-elle
amnésique ?
"Mémoire pour
l'avenir", acte du
colloque de mars 2001
par FADI NOUN, publié dans l'Orient-le
Jour le 19 décembre
2002
Que le Liban ait un problème
de mémoire ne fait plus de
doute. D’immenses efforts
sont déployés pour la
retrouver. Reportages
historiques, chroniques,
essais, romans tentent de
saisir cette mémoire
fuyante, aussi bien celle de
la guerre que celle du Liban
naissant, comme par une espèce
de retour aux sources qui
nous donnera la clé de ce
que nous sommes. C’est
normal. Notre avenir
comme société libre et
comme État souverain dépend
de cette quête. Sans
histoire, nous n’avons pas
d’avenir. Si les Libanais
ne sont pas d’accord sur
l’identité du Liban, sur
les événements qui le
fondent, quel avenir commun
pourraient-ils avoir ? Il
faut donc saluer comme elle
le mérite la récente
publication des actes d’un
colloque international qui
s’est tenu en mars 2001,
à la Maison des Nations
unies (Escwa) sous le titre
"Mémoire pour
l’avenir" (*).
L’ouvrage porte sur la mémoire
de la guerre. Voilà en
quels termes Amal Makarem,
qui a coordonné le colloque
et la publication, en présente,
dans son introduction, les
objectifs : "C’est
dans l’espoir de pouvoir réaliser
un jour une réconciliation
nationale véritable, fondée
sur la justice, que le
colloque “Mémoire pour
l’avenir” a été
organisé. Le travail de mémoire
serait sans avenir, et vidé
de son sens, sans cette
finalité. Depuis la fin des
combats, l’urgence d’une
telle réconciliation nous
interpelle avec insistance.
L’échec des tentatives de
dialogue national nous
confirme qu’après une
guerre fratricide,
l’entente ne saurait être
réalisée à huis clos
entre les complices du passé,
ni avec des dirigeants qui
puisent la légitimité de
leur pouvoir dans la
dynamique de l’oubli,
comme dans l’appui que
leur apporte la Syrie dont
la présence au Liban
catalyse les divisions entre
Libanais. Toutes les crises
qui nous secouent depuis
douze ans nous signalent
plutôt que la réconciliation
des Libanais passe par un débat
national autour du passé."
Piéges et impasses
Contribution significative
à ce débat dont on ignore
malheureusement qui
l’engagera vraiment au
niveau national, l’ouvrage
est précieux en ce qu’il
déblaie le terrain pour ce
travail de mémoire, en
mettant en garde aussi bien
contre ses pièges et ses
impasses ("trop de mémoire
tue l’histoire"), que
contre les obstacles qui lui
seraient opposés (les
dangers du refoulement et de
la sélectivité). Makarem
cerne parfaitement, dans son
introduction, la problématique
de ces crises qui nous
secouent. Elles
"attestent, dit-elle,
que le passé reste présent,
activé par une situation
schizophrénique : on impose
aux Libanais d’oublier la
guerre en même temps
qu’on leur impose les
symboles de la guerre. Ces
derniers, qu’ils soient
placés au pouvoir par le
protectorat syrien, ou bien
tolérés dans
l’opposition conformément
à la règle du jeu établie
par ce même protectorat, où
qu’ils soient en prison ou
en exil en tant
qu’opposants radicaux à
ce protectorat, demeurent
tous dans notre paysage,
obstruant l’avenir par
leur redoutable pouvoir
d’action". Et perpétuant
le passé, donc le pathos de
la guerre.
Dénonçant l’absence
d’une "politique de
la juste mémoire",
ainsi qu’une loi qui a
amnistié les crimes commis
contre l’ensemble de la
population, mais en a exclu
en revanche ceux perpétrés
contre les chefs politiques
et religieux, Makarem établit,
dans son introduction, les
constats du colloque, comme
suit : Ampleur de l’oubli,
résistances à la remémoration,
encouragées par la classe
politique, ampleur des
blessures, gravité des
violences refoulées et
enfermement individuel ou
communautaire, acuité des
divisions autour du passé,
indifférence et
irresponsabilité face à la
guerre, besoins des victimes
d’être écoutées et
reconnues, danger de
l’impunité qui banalise
le crime. Se basant sur ces
constats, Makarem propose la
création d’un véritable
"Centre de la mémoire",
un centre d’information et
de documentation et un cadre
de travail qui réunirait
les principales composantes
de la société civile, et
dont la tâche serait une réconciliation
des mémoires fondées sur
la justice, préambule à
une réconciliation
nationale, la reconnaissance
publique des faits, le
besoin de transmettre la mémoire
du passé, la nécessité
d’écrire l’histoire de
la guerre à partir de ses
versions contradictoires, la
poursuite du débat sur la
manière d’aborder le passé.
Le texte introductif d’Amal
Makarem offre une grille de
lecture pour aborder les
différentes interventions
au colloque. Les références
effectuées par des
intervenants étrangers,
dont le plus célèbre est
sans doute Pierre
Vidal-Naquet, aux drames de
la guerre d’Algérie, du génocide
au Rwanda, de l’apartheid
en Afrique du Sud, de la
guerre civile en Argentine
ou des guerres en
ex-Yougoslavie, constituent
de précieuses références
qui laissent penser que la réconciliation
au Liban n’est pas
impossible, si la volonté
politique existe.
Soulignons, au passage,
combien les intervenants étrangers
ont été surpris par la
profondeur des déchirements
sociaux au Liban. Des
interventions de
l’historien Kamal Salibi,
du politologue Samir Frangié,
du juriste Nizar Saghiyé ou
du journaliste Samir Kassir
étoffent la partie
libanaise du colloque, qui a
été financé par
l’ambassade de Suisse.
Notons pour finir que
l’ouvrage a, sur le plan
formel, le grand avantage
d’offrir des résumés de
toutes les conférences,
qu’elles soient faites en
français ou en arabe, dans
deux autres langues, soit le
français et l’anglais,
soit l’arabe et
l’anglais. Les débats y
sont retranscrits, pour
l’essentiel, en français.
(*) Mémoire pour
l’avenir, actes du
colloque qui s’est tenu à
Beyrouth les 30 et 31 mars
2001. Editions an-Nahar
haut
Jordanie
- Désert de pierre précieuse
Dans
le désert de Wadi Rum, sous
les tentes bédouines, la nuit
devient mystérieuse. De jour,
on peut le découvrir à
cheval, en escalade, en 4 x
4...
par PASCALE NIVELLE, publié
dans Libération le 13 décembre
2002
Pour cette première nuit,
le désert est doux. Des
nuages accrochent les rayons
de la lune descendante, loin
au-dessus de crêtes déchiquetées
qui nous maintiennent pour
l'instant dans l'ombre
noire, blottis auprès des
braises d'un feu de tamaris.
Le vent s'engouffre dans le
Barah Canyon, vallée
sablonneuse du massif de
Wadi Rum. Lorsque la lune
frappe la paroi d'en face, révélant
des croupes argentées et de
sombres crevasses, nous
partons rendre visite au
bivouac d'un groupe voisin.
Une lumière diffuse monte
du sable, les lampes restent
dans les poches. Une lueur
rougeâtre dansant sur
l'auvent d'une grotte donne
le cap. Les pieds cherchent
le sable croûteux, durci
par la dernière pluie,
l'oeil renonce à saisir
autre chose qu'un paysage
fantomatique. Cette montagne
est un rocher tout proche,
l'horizon semble à vingt
pas, il n'y a plus d'échelle.
C'est une nuit mystérieuse,
une nuit sans repères qui
fascina Lawrence d'Arabie. "Les
falaises invisibles se
laissaient deviner comme des
présences", écrivait-il.
Wadi Rum fut le théâtre
des aventures de sir
Lawrence, ces nuits, "paysages
de l'esprit",
scandent "les Sept
Piliers de la sagesse".
"Chaos de
blocs"
Sabbah Eid nous a conduits
ici à la nuit tombante, au
volant d'un 4x4 Isuzu bien
suspendu qu'il préfère à
son Toyota, puissant mais
tape-cul. Sabbah pilote en
souplesse ("bedouin
way !"), quittant
une trace pour une autre,
serpentant entre les
arbustes. Il connaît le nom
de chaque arête, de chaque
dune, il reconnaît le
moindre buisson de son désert
- "ce chaos de
blocs au pied de la falaise,
c'est là que se trouvait la
tente de mes parents, c'est
la "maternité" où
je suis né". Il
conduit en parlant, raconte
sa vie en descendant une
rampe de rocher raide comme
un escalier de métro au
flanc d'une gorge. Le trajet
qu'il emprunte ce soir, c'était
une journée de chameau, ou
des heures à pied pour
aller à l'école, il y a
encore vingt ans. Tout va
plus vite aujourd'hui.
Sabbah ne regrette rien, n'a
rien d'autre à opposer au
monde qui change que sa
curiosité. Il a un fax et
un téléphone portable,
bientôt un ordinateur et un
site Internet. Il se demande
- mais c'est parce qu'on
le titille sur le sujet -
si le bonheur n'est pas dans
l'ignorance du monde...
Sabbah ne s'arrête de
parler que le temps de dégonfler
ses pneus, avant d'attaquer
un passage de sable mou.
Lorsqu'il croise le véhicule
d'un frère, d'un cousin ou
d'un voisin, il s'arrête,
une tête passe par la
vitre, quelques mots échangés,
trois blagues, un sourire
sous un keffieh rouge et
blanc.
Sabbah Eid a 36 ans. Guide,
il vit confortablement,
comme une centaine de
familles de Wadi Rum,
faisant partager leur amour
du désert à des trekkeurs
et des grimpeurs éberlués.
Né nomade, il s'est fait
construire une maison par
des ouvriers égyptiens.
C'est une tente en dur,
quelques pièces éclairées
au néon, glaciales l'hiver,
étouffantes l'été, et
vides de meubles, où ne traînent
que les jouets de ses deux
enfants, un cageot de
nourriture, un tas de linge
et une télévision reliée
au satellite. La porte reste
toujours ouverte. Les
maisons de Wadi Rum, une
centaine tout au plus, sont
habitées par les courants
d'air. Derrière des murs de
parpaings, les Bédouins s'y
essayent à reculons à la
vie sédentaire. Elles ont
poussé depuis l'arrivée
des premiers touristes, il y
a vingt ans, autour d'un
fort militaire, d'une mosquée
et d'une école. Les tentes
qu'elles ont remplacées
sont restées plantées dans
chaque minuscule jardin, à
côté de dromadaires entravés,
qui attendent d'improbables
méharées qui les
sauveraient de la casserole.
C'est là, sous la tente,
qu'on vit. Des tapis et des
matelas sont posés à même
le sable, autour du foyer.
Une théière noircie de
suie pour le thé à la
sauge, une cafetière au
long bec pour le ghawa (café)
à la cardamome. On s'y
invite à la nuit, quand on
n'est pas dans le désert.
Ce deuxième soir, Sabbah
nous y conduit, pour un dîner
chez ceux de sa famille restés
nomades. Le quart d'heure de
piste est avalé à fond de
train, alors que le soleil
enflamme le haut des
falaises. Une vingtaine de
pick-up Toyota beiges sont
garés sur le flanc d'une
dune pourpre autour d'une
tente bédouine à cinq mâts.
Sabbah disparaît aussitôt
du côté des hommes. Les
plus jeunes garçons
finissent de préparer le
mensaf, plat traditionnel.
Les femmes sont de l'autre côté,
voilées, sous la tente.
Bientôt, on fait passer les
verres de thé et les dates
figées dans du beurre
rance. Pour l'énorme plat
de chèvre et de riz, les
femmes doivent attendre que
les hommes aient fini.
Traces infimes
Bernard Domenech fréquente
le désert de Wadi Rum
depuis près de vingt ans.
Alpiniste et géographe, il
a découvert le massif au
milieu des années 80. Après
la guerre du Golfe, il a vu
les 4x4 arriver en nombre et
les hommes retourner vers la
mosquée. Chaque automne, il
revient au pied des
fabuleuses tours de grès
repérées au détour d'un
plan de Lawrence d'Arabie.
Il aime ouvrir des voies
d'escalade, modernes et
audacieuses, en recueillir
les descriptions pour le
guide d'escalade qu'il
s'apprête à publier avec
son compère Wilfried
Colonna. Il aime aussi
retrouver les traces infimes
laissées sur la roche et
dans les mémoires par le
passage des hommes. Car,
depuis la nuit des temps,
les Bédouins grimpent sur
les djebels, pieds nus et
sans cordes, cherchant de
l'eau, des plantes médicinales.
Aujourd'hui encore, ils y
chassent l'ibex (le
bouquetin local) au M16 ou
à la Kalachnikov.
Philippe Brass, guide
grenoblois, explore ces
voies bédouines depuis une
dizaine d'années. Il nous
emmène dans le versant est
du djebel Khazali (la
Gazelle). Son oeil exercé
lui permet de repérer le départ
de la voie, que marque un
tas de cailloux discret. La
paroi tout entière est
sculptée d'extraordinaires
draperies qui lui donnent
des airs du palais des
Bandar Log dans le Livre
de la jungle. On louvoie
sous des tours, des
clochetons, des alcôves...
Combien de temps a-t-il
fallu pour que le vent et
les orages sculptent ces
reliefs ? Pour s'élever
dans les défauts de la
muraille, il faut flairer le
moindre signe de la piste,
les traînées pâles qu'ont
laissé dans le grès rouge
les passages répétés,
quelques pierres empilées
qui permettent de franchir
un mauvais pas, une marche
taillée dans la roche
tendre. On s'égare sur une
trace qui conduit à une
vasque d'eau fraîche lovée
au plus profond d'un canyon
sombre. On retrouve la
piste, fil ténu qui sinue
jusqu'à des dômes blancs,
aveuglants. L'architecture
s'épure, l'arrondi domine désormais,
parfois des écailles
tendent vers le ciel des
doigts fragiles, qu'une
simple pression briserait.
On entre dans un pays perdu,
perché loin au-dessus du désert.
De minuscules clairières de
sable où blanchissent des
buissons de genêts, entre
des échines aux formes de méduses.
Il est midi, le grès se
gorge de chaleur. Au sud,
vers le golfe d'Aqabah et le
désert saoudien,
apparaissent des chaînes de
montagnes plus sombres. Sur
le sable, les empreintes des
4x4 ressemblent à des
traces de skis. Le désert
de Wadi Rum, la "vallée
des Romains", est à
nos pieds.
Horloge géante. Une
centaine de kilomètres au
nord, les Nabatéens ont
sculpté dans la même
couche de grès rose et ocre
la fabuleuse cité de Pétra.
Il y a vingt siècles, ils
ont évidé la montagne, façonnant
des tombeaux aux
architectures mêlées,
malmenés depuis par les
intempéries. Dans le théâtre
romain comme sur les
falaises de Wadi Rum, le
vent et l'eau, architectes
aléatoires, ont modelé les
gradins selon la couleur et
la dureté des couches de
roche. Des ravines, des
nervures brisent la géométrie
autrefois parfaite de l'hémisphère.
La construction, presque
aussi ancienne que la mémoire
écrite de l'humanité,
porte déjà l'empreinte de
la pulsation géologique.
Sur cette horloge géante,
vingt-cinq siècles de
civilisation ne forment
qu'une minuscule encoche,
que le vent du désert aura
bientôt effacée.
haut
Patrimoine
- Construction illégale dans
la zone de protection de Tyr
Quand le béton envahit un
site archéologique
paru dans l'Orient-le
Jour le 11 janvier
2003
A Tyr,
même les sites archéologiques,
classés par l’Unesco sur la
liste du patrimoine mondial de
l’humanité, ne sont pas à
l’abri des constructions illégales.
Un immeuble de quatre étages,
devant servir d’école
religieuse chiite, est en
cours de construction dans la
zone de protection, mettant
ainsi en péril des vestiges
romains et défigurant la
promenade piétonne de la
ville. De plus, cette
construction, complètement
illégale, empiète en grande
partie sur le domaine
maritime. Mais comme
d’habitude, les lois ont été
bafouées, car ce projet bénéficie
du financement et de la
"couverture
politique" de notabilités
locales.
haut
publié dans le Monde du
17 janvier 2003
Le ministre de
la culture, Jean-Jacques
Aillagon, avait été bien
inspiré de s'inquiéter, dès
son arrivée, du poids des
"grands travaux"
engagés sous les deux
septennats de François
Mitterrand. Lancés indépendamment
les uns des autres, sans véritable
projet d'ensemble à long
terme et sans souci,
surtout, du considérable
poids financier de leur
fonctionnement, ils ont
fini, en période de vaches
maigres, par représenter
une charge excessive pour le
budget serré de la culture.
Après examen, le ministre a
compris que les frais engagés
n'autorisaient
malheureusement aucune révision.
Pourtant il a choisi de
poursuivre d'autres projets
qu'il avait d'abord remis en
question, comme la cité de
l'architecture et du
patrimoine. Mais il lui a
fallu chercher des
financements complémentaires :
c'est ainsi qu'il a su faire
prévaloir l'idée que la
construction inévitable
d'une grande salle de
concert pour le public
parisien implique
l'engagement financier de la
Ville et de la région
Ile-de-France.
Depuis Malraux, la dimension
politique est devenue une
composante de la culture et
la culture un reflet des
ambitions et des choix de l'Etat.
Jacques Chirac l'a compris
en lançant, à son tour,
des projets symboliquement
forts dont l'horizon dépasse
le pré carré français :
les salles africaines et océaniennes
du Louvre, le musée du quai
Branly (les "Arts
premiers") et le Musée
Guimet des arts asiatiques.
Restaient le monde islamique
et les arts de l'islam, dont
l'oubli pouvait passer pour
un moindre attachement à ce
qui est devenu une des
composantes majeures de la
population française et
pour un reflet inopportun
des tensions actuelles entre
le monde occidental et le
monde musulman. Jacques
Chirac a voulu réagir avec
une idée simple qu'il faut
défendre : donner une véritable
place aux collections d'art
islamique du Louvre qui,
enrichies de celles, oubliées,
du Musée des arts décoratifs,
constituent l'un des plus
importants ensembles au
monde et peuvent devenir le
moteur d'un projet
magnifique.
Le projet, non mutilant pour
le Louvre, implique un déplacement
des Arts décoratifs, logés
dans l'aile Marsan. Ce musée
est de toute façon à l'étroit,
il est empêtré depuis des
années dans des projets et
des contre-projets confus,
il est partiellement fermé
depuis des années et dépourvu
de toute visibilité près
de son grand voisin. Mais
les caisses de l'Etat sont
pour l'heure fermées à cet
ambitieux projet. C'est ce
qu'aura pu comprendre
Jean-Jacques Aillagon lors
de son entretien avec le président,
mercredi 15 janvier en fin
de journée. Pour préserver
l'avenir, il faut donc
bloquer le redémarrage des
travaux à Marsan,
abandonnant ainsi définitivement
toute idée de véritable
ambition pour les Arts décoratifs
et interdisant de fait l'achèvement
du Louvre et une véritable
mise en valeur des
collections islamiques. Le
gouvernement doit faire
preuve de vision à long
terme sur le devenir des aménagements
de ses musées, de cohérence
et de patience financière.
haut
Vatican
: le petit Elie Daou parmi les
bébés baptisés par le pape
paru dans l'Orient-le
Jour le 13 janvier
2003
Le pape
Jean-Paul II a baptisé hier
vingt-deux nouveau-nés, au
cours d’une cérémonie
dans la chapelle Sixtine.
Vingt étaient Italiens,
dont des triplés, fils
d’un journaliste sicilien.
Les deux autres étaient un
petit Libanais, Elie Daou,
et une Polonaise, Maria
Faustyna Kordyasz. Le pape
est apparu en bonne forme au
cours de cette cérémonie célébrée
à l’occasion de l’Epiphanie.
Après avoir demandé aux
parents, aux parrains et aux
marraines de renoncer à
Satan et au péché au nom
des nouveau-nés, il a
aspergé les fronts des bébés
d’eau bénie, alors que
dans la chapelle Sixtine,
les pleurs l’emportaient
progressivement sur les
chants du chœur. Le pape a
demandé aux parents
d’accompagner jour après
jour leurs enfants "sur
le chemin de la sainteté",
en soulignant que pour être
saints "il faut un
christianisme marqué par
l’art de la prière".
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