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PRESSE  RJLIBAN  N°82  du 19 janvier 2003  

                                       

TITRES
  
Week-end de protestation contre la perspective d'une guerre en Irak
 
publié par l'AFP le 19 janvier 2003
De nombreuses manifestations contre une éventuelle intervention militaire américaine en Irak ont eu lieu ce week-end dans le cadre d'un mouvement mondial de protestation, notamment aux Etats-Unis, en Europe et au Proche-Orient. Samedi à Washington, au moins 50.000 manifestants selon l'AFP, 200.000 selon les organisateurs, ont bravé le froid pour protester devant le Capitole, siège du Congrès américain. En Europe, la mobilisation a été faible au cours du week-end, sauf en France où plusieurs dizaines de milliers de personnes - près de 200.000, selon les organisateurs - ont manifesté samedi à Paris et dans les principales villes du pays. Les orateurs, dont le dirigeant noir Jesse Jackson et l'actrice Jessica Lange, ont dénoncé le "militarisme" de l'administration américaine et sa volonté supposée de contrôler le pétrole irakien. Le président George W. Bush menace l'Irak de guerre si son président Saddam Hussein ne désarme pas. "Il faut recourir à notre intelligence, pas à la force brutale, pour résoudre un conflit, pour arrêter le terrorisme et non pas le répandre", a lancé le révérend Jackson sous les applaudissements.
A San Francisco (Californie) environ 50.000 personnes ont défilé dans le centre la ville. Des hippies, des adolescents, des écologistes, des hommes politiques, des artistes comme l'acteur Martin Sheen ou la chanteuse Joan Baez, ont condamné la politique américaine au Moyen-Orient, immorale, selon Martin Sheen, qui a appelé "à une résistance non violente à la violence à tout prix". Dimanche, près de la Maison Blanche à Washington, plusieurs centaines de personnes ont critiqué la politique américaine et seize personnes ont été arrêtées pour avoir franchi les barrières établies par les policiers près du siège de la présidence américaine. Des manifestations pacifistes réunissant de quelques centaines à plusieurs milliers de personnes se sont déroulées samedi dans une trentaine de villes canadiennes dont Toronto, Vancouver, Ottawa, Québec et Montréal, où les organisateurs estimaient à 25.000 le nombre de participants qui ont notamment scandé : "Arrêtons la Bush-erie en Irak".
En France, au cours des rassemblements de samedi, les manifestants scandaient "non à la guerre contre l'Irak, justice, paix et démocratie au Proche-Orient et dans le monde", slogan inscrit sur les banderoles ouvrant les cortèges. En Allemagne, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Rostock (nord-est) et Tuebingen (sud-ouest), et un colloque sur l'Irak avait lieu à Goettingen (nord) ce week-end. En Suède, entre 5.000 et 6.000 personnes ont manifesté à Goeteborg (sud-ouest). Dimanche, 400 manifestants se sont rassemblés aux abords du quartier général des forces armées britanniques à Northwood (nord-ouest de Londres), sept d'entre eux se sont enchaînés les uns aux autres devant l'entrée principale, avant d'être écartés par la police qui a procédé à une cinquantaine d'interpellations. Quelque 6.000 manifestants selon la police, 20.000 selon les organisateurs, ont participé à une marche d'une dizaine de kilomètres de Madrid à la base militaire de Torrejon, susceptible d'être utilisée en cas de conflit. A Bruxelles, près de 6.000 personnes ont défilé et après la dispersion de la manifestation, une brève échauffourée a éclaté entre un groupe d'une dizaine manifestants et les forces de l'ordre. Dix personnes ont été arrêtées. En Turquie, seul pays musulman membre de l'Otan et où l'armée américaine dispose d'une base militaire, des manifestations ont eu lieu dimanche à Ankara et à Istanbul pour dénoncer "les visées impérialistes" des Etats-Unis.
Au Proche-Orient, la mobilisation a été timide. Mais plus de 15.000 personnes, dont des Palestiniens, ont proclamé à Damas leur opposition à une attaque américaine contre l'Irak et leur soutien au peuple palestinien. Cette manifestation était organisée par le Comité populaire syrien de soutien à l'Intifada palestinienne, un organisme gouvernemental.  A Beyrouth, environ 8.000 Libanais et Palestiniens, selon des estimations des correspondants de presse, ont participé à un défilé jusqu'au bureau des Nations unies en brandissant des drapeaux irakiens, libanais et palestiniens ou des portraits de Saddam Hussein, de Yasser Arafat et de l'ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser, chef de file du nationalisme arabe. La participation au mouvement mondial de protestation a été faible en Egypte, en Jordanie et au Maroc. Aucune manifestation n'a eu lieu dans le Golfe, mais près de 3.000 personnes avaient défilé vendredi à Bahreïn, siège de la Ve flotte américaine. Au Japon, de 4.000 à 5.000 personnes se sont réunies dans le centre de Tokyo. Le prochain mouvement mondial de protestation contre la guerre est prévu le 15 février.    haut
 
"Des scénarios qui font froid dans le dos"
 
propos recueillis par BRUNO RIPOCHE, publiés dans Ouest-France le 18 janvier 2003

Riches en pétrole, bien pourvus en eau, l'Irak et ses 23 millions d'habitants avaient tout pour réussir. La guerre contre l'Iran, l'invasion du Koweït et douze ans d'embargo international laissent ce pays en ruine. Responsable du désastre ? Saddam Hussein, sans doute, mais surtout le système politique légué par les Britanniques, affirme PIERRE-JEAN LUIZARD, chercheur au CNRS.

* Depuis sa création, en 1920, l'Etat irakien n'a connu que coups d'Etat, répressions sanglantes des Kurdes et des chiites et aventures guerrières... Est-ce dû à son caractère artificiel ?
Il faut bien distinguer la société et le système politique. L'Irak a une très forte identité culturelle : elle correspond à ce que les géographes appelaient l'Irak arabe, qui s'étend depuis le Golfe jusqu'au nord de Bagdad. En revanche, l'Etat irakien moderne est une création coloniale britannique. Il a été édifié à la suite d'une défaite majeure de la société irakienne, la révolution de 1920 : une révolte des chiites (55 % de la population) contre le mandat de la SDN, synonyme de domination occidentale. Ce système politique conçu pour pérenniser la domination britannique, s'est traduit par la mainmise sur l'Etat des sunnites, qui sont minoritaires. Autrement dit, l'Irak est un Etat artificiel plaqué sur un pays qui, lui, ne l'est pas. Lorsqu'en 1925, les Kurdes (20 % à 25 % de la population) sont rattachés à l'Irak, parce que les Britanniques pressentent la richesse en pétrole de la province de Mossoul, l'Etat ne remet pas en cause l'arabisme, qui lui tient lieu d'idéologie. Tout cela fait qu'il y a eu en Irak des contradictions qui n'existaient pas ailleurs.
* C'est encore le schéma qui prévaut ?
On assiste aujourd'hui au retour à l'envoyeur. La communauté internationale se voit exploser au visage ce système politique imposé en 1920. Le régime de Saddam Hussein en est le dernier avatar. Après la révolution antimonarchique de 1958, les élites arabes sunnites ont cru qu'elles pouvaient à la fois continuer à diriger l'Etat, tout en étant minoritaires dans le pays, et s'émanciper de la tutelle britannique. Mais elles ont vu très rapidement que c'était la tutelle britannique, précisément, qui avait permis la mainmise de leurs pères et de leurs grands-pères sur l'Etat. L'armée est devenue le pivot de l'Etat, jusqu'à être "privatisée" par le clan de Saddam Hussein, qui est un peu l'ultime stade.
* Un stade qui perdure depuis plus de 30 ans... Comment Saddam Hussein, si minoritaire, a-t-il pu durer ?
Il a été grandement aidé par la nationalisation du pétrole et le second boum pétrolier dans les années 70. Cette manne a été une révolution dans le niveau de vie des Irakiens. Elle a permis au régime de construire son arsenal militaire contre sa propre société. Il a aussi bénéficié du soutien des Occidentaux, qui ont utilisé l'Irak pour faire la guerre à l'Iran islamique de façon indirecte. Après la guerre du Golfe, les Américains ont privilégié le maintien en place de ce régime : il servait d'épouvantail et justifiait leur présence militaire dans la région. Surtout, une remise à plat du système politique irakien aurait obligé les Occidentaux à prendre en compte des familles politiques qui les ont toujours combattus : le Parti communiste irakien et le parti islamique chiite Da'wa -­ le plus ancien d'Irak -­ qui refusent, aujourd'hui encore, la guerre américaine et mettent en avant l'indépendance du peuple irakien.
* Cette fois, les Américains paraissent résolus à se débarrasser de Saddam. Mais qui peut prendre relève ?
La répression féroce du soulèvement de 1991, que les Américains ont laissé faire, a condamné à l'exil l'ensemble des forces politiques, à part les Kurdes. Ces forces ont été captées par des intérêts non irakiens, ceux des pays voisins : l'Iran, la Syrie, la Turquie, puis les Etats-Unis et les pays occidentaux. D'où, dans la partie arabe de l'Irak, un apolitisme militant, une forme de dégoût. A l'intérieur, à part quelques combattants dans la région du Tigre, il ne reste plus d'opposition : autrefois, le clergé chiite et ses dizaines de milliers d'étudiants pouvaient encadrer une insurrection. Aujourd'hui, le principal religieux chiite encore présent à Najaf, l'ayatollah Sistani, n'a qu'une centaine d'étudiants... dont 90 agents du régime.
* Autrement dit, il n'y a pas de plan de rechange !
Les Américains ne savent pas du tout ce qu'ils veulent faire. On le voit au nombre de scénarios qu'ils sortent de leur chapeau. Cela va de l'occupation avec un gouverneur militaire américain, à l'image de ce qui fut fait au Japon, à un partenariat avec l'Iran et l'association d'une partie de l'opposition islamique chiite dans un gouvernement d'union nationale. Un gouvernement civil irakien dont on a vu la préfiguration à la conférence de Londres, le mois dernier : chacun y était représenté en fonction de son appartenance confessionnelle et ethnique. Autrement dit, une sorte de libanisation. Entre les deux, il y a des scénarios intermédiaires, dont le retour à Bagdad de la monarchie hachémite. Elle a les faveurs du lobby pro-israélien à Washington et de la droite israélienne : ils rêvent de mettre à profit cette guerre pour redessiner la carte de la région. Un grand royaume arabe, pro-occidental et aidé par un plan Marchal, réaliserait le rêve panarabe. En contrepartie, tous les Palestiniens, seraient transférés au-delà du Jourdain. Cela fait froid dans le dos. C'est dire où on en est !
* L'Irak risque-t-il d'éclater ?
Les Kurdes ne feront pas sécession. L'environnement régional est verrouillé. L'explosion peut venir d'ailleurs. Après la défaite de 1991, l'armée a été totalement marginalisée par le régime et on a vu émerger des gardes prétoriennes, suréquipées, à recrutement tribal très prononcé : la Garde républicaine, les fedayins de Saddam, etc. Elles ont des comptes à régler. Il est tout à fait possible qu'au lieu de se battre contre les Américains, ces forces se battent entre elles.    haut
 
Flambée de violence en Israël et Palestine
Onze morts hier, malgré les appels au calme lancés par Yasser Arafat
 
par JEAN-LUC ALLOUCHE, publié dans Libération le 13 janvier 2003
Onze personnes ont été tuées, dont sept Palestiniens et deux Israéliens, hier dans les territoires autonomes et en Israël, à seize jours des élections législatives israéliennes. Cette nouvelle flambée de violence intervient quarante-huit heures après que l'Autorité palestinienne eut enjoint à toutes les organisations de s'abstenir d'actions armées jusqu'aux élections israéliennes du 28 janvier. "Les actions contre des citoyens israéliens ont causé un grand dommage à la cause palestinienne dans l'opinion mondiale et dans le camp de la paix israélien", a-t-elle souligné. Cet appel à la retenue avait deux raisons essentielles : d'une part, la chute dans les sondages du Premier ministre, "divine surprise" pour les officiels palestiniens, qui verraient sans déplaisir une victoire du travailliste Amram Mitzna. D'autre part, et surtout, ils redoutent des actions spectaculaires d'Israël en cette période de fièvre électorale (tel le bombardement, en 1981, de la centrale nucléaire irakienne).
L'appel au calme n'aura donc pas été suivi d'effet. Dans les territoires autonomes, cinq Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, dont deux par des tirs de missiles. Un hélicoptère d'assaut a tiré un missile sur une voiture dans la ville de Khan Younès, tuant deux occupants et blessant un troisième. Selon des résidents, l'hélicoptère visait en fait un taxi voisin dont les occupants ont pu s'enfuir à temps. Deux des trois occupants de la voiture étaient des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, responsables de la plupart des attentats-suicide en Israël, toujours selon ces sources. Ces Brigades ont revendiqué le tir de trois roquettes sur Sdérot sans faire de blessés. En soirée, deux Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes après avoir mené une attaque à Gadish, dans le nord d'Israël, tuant un Israélien. L'attaque a été revendiquée par le Jihad islamique. A la frontière israélo-égyptienne, l'armée israélienne a intercepté un commando qui s'était infiltré, tuant deux de ses membres, non identifiés hier soir. Un Israélien a également été tué à Nitzana. Auparavant, trois Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, lors de deux incursions avant l'aube dans la bande de Gaza, et un troisième près de Hébron en Cisjordanie.    haut
 
Chantage israélien
 
paru dans Magazine le 6 décembre 2002
L'attentat contre un pétrolier français mouillant dans un port yéménite, en octobre dernier, serait le fait du Mossad israélien, susurrent de nouveau des sources diplomatiques occidentales à Beyrouth. Ces sources avancent comme preuve le fait que les enquêteurs n'ont pas trouvé de débris de la petite embarcation chargée d'explosifs qui est censée avoir percuté la coque du pétrolier, ajoutant qu'ils tiennent ainsi la preuve que l'explosion de la charge a été télécommandée. Reprenant ces hypothèses à leur compte, des sources diplomatiques arabes affirment qu'Israël a cherché à "punir" la France pour son appui diplomatique et financier au Liban et son attitude à l'égard de l'Irak. Ces sources considèrent que la récente incursion d'extrémistes juifs dans l'enceinte de l'ambassade de France à Tel-Aviv confirme leurs assertions.    haut
 
Le grand retour de l'Etat hébreu en Afrique
Le président ougandais, Yoweri Museveni, en visite à Tel-Aviv
 
par PIERRE PRIER, publié dans le Figaro le 17 janvier 2003
Un haut responsable des Nations unies a affirmé hier qu'il y avait "un clair consensus de la communauté internationale" en faveur des efforts visant à parvenir à une solution du conflit au Proche-Orient, sur la base de "deux Etats souverains vivant côte à côte en paix et en sécurité". Kieran Prendergast, secrétaire général adjoint chargé des affaires politiques, a également déclaré au Conseil de sécurité réuni en séance publique qu'il "n'y avait pas d'amélioration notable de la situation humanitaire dans le territoire palestinien occupé". "Israël n'a pas rempli l'engagement en ce sens qu'il avait pris en août dernier", a-t-il affirmé, citant notamment le maintien des couvre-feux ainsi que les restrictions des déplacements des Palestiniens.
Le président ougandais est venu en Israël avec sa liste de courses. En une semaine, Yoweri Museveni aura passé trois jours sur des bases aériennes, des bateaux ou dans des usines d'armement. Le président s'intéresserait surtout à des vedettes pour ses grands lacs, aux avions sans pilote, aux mortiers et aux radars. Egalement au programme, la poursuite du contrat signé il y a quelques années avec l'industrie militaire israélienne pour moderniser les MIG 21 de l'aviation ougandaise. Yoweri Museveni a de bonnes raisons de vouloir renforcer ses capacités militaires. Le président ougandais n'arrive pas à venir à bout de la rébellion de l' "Armée de résistance du seigneur" une guérilla chrétienne aux méthodes souvent cruelles qui règne depuis des années sur le nord du pays. Museveni a décidé de prendre les choses en mains, et installé son QG sur le terrain. Pour le matériel, comme beaucoup de chefs d'Etat africains, Museveni s'est tourné vers un pays où il se sent à l'aise. Le président, fervent chrétien, a étonné Ariel Sharon en citant par coeur des passages de la Bible. Passionné de vaches, en digne fils de nomades, le président ougandais a aussi parlé bétail avec le gentleman-éleveur Sharon.
Les relations israélo-ougandaises ont connu des hauts et des bas, atteignant leur nadir en 1976, l'année du célèbre raid d'Entebbe. Des commandos israéliens avaient atterri sur l'aéroport pour sauver les otages d'un vol Paris-Tel-Aviv détourné par les Palestiniens du FPLP, avec la complicité du président Idi Amin Dada. Les Israéliens étaient en terrain de connaissance. Ils avaient construit l'aéroport, et entraîné Idi Amin dans leurs troupes parachutistes. Israël est officiellement revenu en Ouganda en 1994. Aujourd'hui, il n'y vend pas seulement des armes. Deux compagnies privées y construisent des routes, d'autres investissent dans les télécommunications et l'agriculture. Un symbole du grand retour de l'Etat hébreu en Afrique, où il entretient aujourd'hui onze ambassadeurs, la plupart couvrant plusieurs pays. En 1973, après la guerre du Kippour, tous les Etats africains, sauf l'Afrique du Sud, avaient rompu leurs liens diplomatiques avec Israël sur pression de la Ligue arabe. Ce fut le point tournant d'une riche histoire. Israël avait connu son âge d'or en Afrique dans les années 60. C'était l'époque où les techniciens agricoles israéliens aidaient avec enthousiasme au développement des nouveaux Etats indépendants. L'Afrique était aussi le champ de bataille de la lutte d'influence entre Israël et les pays arabes, surtout l'Egypte, qui lui disputait le rôle de parrain du continent.
En 1966, une dizaine de pays recevaient une aide militaire israélienne. Surtout ceux considérés comme stratégiques, au premier rang desquels l'Ethiopie, seul Etat non-musulman sur la mer Rouge. En décembre 1960, Ben Gourion donna d'ailleurs un sérieux coup de main à l'empereur Haïlé Sélassié, qui se trouvait au Brésil au moment où éclatait chez lui un coup d'Etat. Israël envoya un avion le chercher, lui permettant de rentrer à temps. Haïlé Sélassié dut lui aussi rompre avec Israël en 1973, mais les relations reprirent bientôt discrètement avec son successeur, le régime marxiste de Mengistu. Israël lui fournit des conseillers militaires pour lutter contre la révolte érythréenne, ce qui lui permettait de garder un oeil sur les mouvements palestiniens installés au Yémen. Aujourd'hui, l'Erythrée est indépendante, et elle a emporté avec elle l'ex-façade maritime éthiopienne. Israël a un ambassadeur à Asmara et garde ses oreilles ouvertes sur la mer Rouge. Et sur le Soudan voisin, avec qui l'Ouganda a aussi une frontière.
Ces succès stratégiques ne se traduisent pas pour l'instant en victoires diplomatiques majeures. L'Union africaine suit toujours une ligne de "solidarité afro-arabe". A quelques remarques près, comme celle de Yoweri Museveni, qui s'est récemment élevé, dans l'enceinte africaine, contre les attentats suicides... Mais Israël étend malgré tout son influence sur le continent noir. Ses hommes d'affaire y sont appréciés, ses services secrets souvent bien accueillis, ainsi que sociétés privées de conseil militaire dirigées par des généraux à la retraite. Israël exerce en outre un attrait en tant qu'intercesseur avec les Etats-Unis. Ce rôle n'a pas échappé, en particulier, à plusieurs Etats d'Afrique francophones, soucieux de contrebalancer l'influence française, qui se sont rapprochés de l'Etat hébreu depuis les années 80.    haut  
 
La presse canadienne publie une lettre d’excuses de l’ambassadeur du Liban
Beyrouth-Ottawa - Baaklini convoqué par le ministre canadien des AE pour "propos inacceptables"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 18 janvier 2003

L’ambassadeur du Liban au Canada, Raymond Baaklini, a été convoqué avant-hier au ministère des Affaires étrangères à Ottawa pour s’expliquer sur les "propos inacceptables" qu’il a tenus récemment après que le Hezbollah eut été inscrit sur la liste noire canadienne des organisations terroristes. Après l’annonce de cette décision le mois dernier, l’ambassadeur avait déclaré à un petit journal en langue arabe de Montréal qu’elle était attribuable aux pressions d’ "un groupe sioniste au Canada". "Comme vous le savez, ce groupe contrôle 90 % des médias canadiens, et il reçoit des instructions et de l’assistance de sociétés sionistes, du Canada et de l’étranger", avait-t-il affirmé au journal Sada al-Machrek. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, avait alors qualifié d’inacceptables ces déclarations, mais sans réussir pour autant à convaincre l’ambassadeur. Qui a répété ses propos cette semaine à l’antenne de Radio-Canada International, mais en ramenant à "40 %" le pourcentage des médias canadiens contrôlés par ce groupe. Raymond Baaklini avait accusé nommément la famille Asper, propriétaire de CanWest Global Communications, le plus grand groupe de presse canadien qui possède notamment une douzaine de grands quotidiens dont le National Post, lui reprochant ses éditoriaux inconditionnellement favorables, selon lui, à l’Etat d’Israël.
C’en était trop pour le chef de la diplomatie canadienne, qui a convoqué le diplomate à son bureau. "L’ambassadeur et moi avons eu une discussion approfondie", a déclaré Bill Graham, cité dans un communiqué. "Je lui ai expliqué que certains des propos qu’il avait tenus étaient inacceptables au Canada. Il a dit regretter avoir choqué certaines personnes et avoir semé la controverse par ses commentaires, et m’a écrit une lettre à cet effet", a-t-il affirmé, ajoutant qu’il considère maintenant "cette affaire (...) classée". Les journaux canadiens ont publié hier la lettre d’excuses de Raymond Baaklini - lesquelles excuses ont été faites, murmure-t-on dans les milieux diplomatiques à Ottawa, avec l’accord du palais Bustros. C’était cela, dit-on, ou les sanctions diplomatiques. Sauf que si son litige avec le gouvernement canadien semble être clos, c’est avec la diaspora libanaise au Canada que l’ambassadeur Baaklini a commencé à se brouiller. Plusieurs institutions et bon nombre de personnalités libanaises installées au Canada ont annoncé, selon l’Agence nationale d’information, leur décision de boycotter le diplomate libanais. Jusqu’à ce qu’il présente ses excuses à la diaspora. Et pendant ce temps, la famille Baaklini s’étonnait de la campagne interne et externe menée contre Raymond Baaklini.    haut


Le Conseil des ministres crée la surprise en imposant une taxe de 5 % sur les intérêts
Une mesure qui devrait rapporter 100 milliards de livres de recettes supplémentaires
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans l'Orient-le Jour le 17 janvier 2003

Le Conseil des ministres a créé la surprise hier soir en annonçant son intention d’imposer une taxe de 5 % sur les intérêts, entre autres mesures, pour compenser l’effet des amendements apportés au projet de budget par la commission des Finances. Le but affiché par le Conseil est en effet de maintenir inchangé l’objectif de défcit budgétaire pour l’année 2003, à moins de 25 % des dépenses, car cet objectif fait partie des engagements pris par le Liban à la conférence de Paris II en échange de l’aide apportée par les bailleurs de fonds. Les nouveaux chiffres du budget sont donc 8.600 milliards de livres de dépenses et 6.475 milliards de livres de recettes, soit un déficit de 24,7 % des dépenses. Les amendements adoptés ces deux derniers jours par la commission des Finances ont été avalisés par le Conseil des ministres. Ils portent notamment sur la suppression de la taxe sur les indemnités de fin de service, l’annulation de la surtaxe sur la pension de retraite, et l’augmentation de la participation financière de l’Etat à la Caisse nationale de la Sécurité. Ces amendements ont pour résultat d’augmenter de 104 milliards de livres les dépenses prévues et de diminuer de 75 milliards de livres les recettes prévues, ce qui aurait accru le déficit de 189 milliards de livres. Cette somme représente 8 à 9 % du déficit total initialement prévu. Fouad Siniora a donc proposé plusieurs mesures au Conseil des ministres pour trouver des recettes supplémentaires et celui-ci les a acceptées.
La première porte sur la création d’une taxe sur les intérêt qui devrait rapporter 100 milliards de livres environ en 2003. Le texte de la mesure précise que cette taxe de 5 % s’applique à tous les intérêts versés sur des dépôts, des comptes d’épargne, des certificats de dépôt, des obligations ou des bons du Trésor, libellés en livres ou en devises et détenus par des résidents ou des non résidents. Les seuls revenus d’intérêt qui sont exemptés de cette nouvelle taxe sont ceux qui sont relatifs aux dépôts auprès de la Banque centrale, les comptes de l’Etat, des municipalités, des institutions publiques et des missions diplomatiques et consulaires étrangères. L’article 4 de la clause ajoutée au projet de budget prévoit aussi que la taxe ne s’appliquera pas aux bons du Trésor libanais émis avant la publication de la loi.
Stupéfaction des banques

Outre cette décision qui a créé un véritable choc dans les milieux bancaires où elle n’était pas du tout attendue, le Conseil des ministres a décidé de retrancher 18 milliards de livres du budget de la présidence du Conseil en diminuant les dépenses allouées au Conseil du développement et de la reconstruction et de réduire de six milliards de livres le budget du ministère des Travaux publics. L’impact de ces mesures est une hausse des recettes de 25 milliards de livres (100-75 milliards) et une hausse des dépenses de 80 milliards de livres (104-18-6 milliards), ce qui représente finalement un déficit supplémentaire de 55 milliards de livres. En ramenant le déficit pas loin de ce qui était initialement prévu, le Conseil des ministres lance un signal positif adressé tant aux milieux financiers qu’aux bailleurs de fonds. Plusieurs économistes réclamaient depuis longtemps une telle mesure pour rendre le système fiscal libanais plus équitable. Plus d’un tiers du revenu national échappe en effet pour l’instant à toute imposition. 
En revanche, la surprise est totale dans les milieux bancaires d’autant que les autorités ont souvent répété publiquement leur opposition à toute taxation des revenus du capital au motif qu’un tel impôt ferait fuir les capitaux. "C’est une vraie surprise", a déclaré hier le secrétaire général de l’Association des banques, Makram Sader, qui a refusé de commenter la décision et dit attendre de voir si elle s’insère dans "une politique fiscale cohérente". La réaction du président de la Banque Libano-Française, Farid Raphaël, a été peu favorable, car l’ancien président de l’Association des banques s’est inquiété de l’impact de la nouvelle taxe sur les résultats du secteur. "Cette taxe va diminuer la marge de rémunération dont bénéficient les déposants au Liban par rapport à d’autres placements", a-t-il déclaré, soulignant que la nouvelle mesure intervient alors que les banques viennent de consentir un effort important en acceptant de souscrire à des bons du Trésor à taux zéro pour un montant total de quatre milliards de dollars.
Souci d’équité

Invité hier soir de la LBC, le ministre des Finances Fouad Siniora a rétorqué que l’idée d’imposer les revenus des capitaux n’était pas nouvelle puisque le gouvernement s’apprêtait à le faire en 2004 à l’occasion de l’adoption de l’impôt unifié sur le revenu. "La taxe n’est pas nouvelle dans le principe, mais dans le calendrier", a-t-il dit. Outre la nécessité de compenser l’effet financier des amendements adoptés par la commission des Finances, le ministre a justifié la nouvelle taxe par un souci "d’équité". "Il n’est pas acceptable qu’un déposant qui ne prend aucun risque échappe à tout impôt sur les revenus de ses capitaux, alors que celui qui prend des risques en créant une entreprise est taxé sur les revenus qu’il tire de son activité." Le ministre a ajouté que le secret bancaire est préservé par la nouvelle taxe, car l’impôt sera prélevé à la source par les banques sur l’ensemble de leurs comptes débiteurs et transféré au Trésor sans révéler l’identité des déposants.    haut

 
L'Europe de Taizé prie à Paris "pour que se lève la confiance sur la terre"
 
par XAVIER TERNISIEN, publié dans le Monde du 29 décembre 2002
De toute l'Europe, en particulier des anciens "pays de l'Est", ils convergent, samedi 28 décembre, vers Paris. Quelque 80.000 jeunes pour un "pèlerinage de confiance sur la terre" organisé par la communauté œcuménique de Taizé dans un contexte où l'actualité internationale multiplie les motifs d'inquiétude. "Aujourd'hui, c'est cette menace de guerre en Irak qui se profile à l'horizon, juge le Frère Emile, porte-parole de la communauté fondée pendant la deuxième guerre mondiale en Bourgogne par Frère Roger. Dans notre monde inquiet, peu de responsables osent proposer un message d'espérance. C'est ce que fait la communauté de Taizé." De Paris, en 1978, à Budapest l'an dernier, en passant par Prague au lendemain de la chute du Mur et Vienne en 1992 où des Polonais avaient découvert l'Ouest, cela fait un quart de siècle que les jeunes d'un continent qu'on dit vieux effeuillent ainsi les événements de l'éphéméride international. Cette année, dans son message aux jeunes, Frère Roger les invite à créer autour d'eux les conditions de la paix : "Pour que se lève la confiance sur la terre, c'est en soi-même qu'il importe de commencer : cheminer avec un cœur réconcilié, vivre en paix avec ceux qui nous entourent."
Les pèlerins réunis à Paris devaient être accueillis, dimanche 29 décembre au soir, par le cardinal Jean-Marie Lustiger. Plusieurs responsables civils et religieux leur ont adressé des lettres d'encouragement. "Votre rencontre offre un message fort de tolérance et de solidarité", écrit ainsi Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. "Ce rassemblement est un signe d'espérance pour notre monde", affirme le pape Jean Paul II. Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, se réjouit que soient mis en valeur "l'ouverture aux autres, le partage, la recherche de la réconciliation avec Dieu et avec soi-même". Pendant cinq jours, les jeunes, accueillis et logés par les paroisses catholiques et protestantes d'Ile-de-France, vont se réunir tous les soirs au Parc des expositions de la porte de Versailles pour prier. Dans un décor de tissus et de lumières rouges et orangés, ils vont répéter inlassablement de petits refrains lancinants, composés dans toutes les langues européennes. L'après-midi, des débats leur sont proposés sur des thèmes comme la violence, la vie intérieure, les responsabilités humaines ou la beauté. "La barrière des langues reste un gros obstacle aux échanges, constate Frère Emile. Mais l'essentiel est de faire prendre conscience aux jeunes qu'à leur niveau, même modeste, ils peuvent agir pour changer l'ordre des choses." C'est bien là le leitmotiv de Taizé : ne pas capter pour soi-même l'enthousiasme des jeunes, mais renvoyer chacun, davantage motivé, vers son pays, son milieu, sa paroisse, ses responsabilités.    haut
 
Mgr Jean-Pierre Ricard : "Ne pas oublier les chrétiens de Terre sainte"
Une délégation de l'épiscopat français en Israël et dans les Territoires palestiniens
 
propos recueillis par ELIE MARECHAL, publiés dans le Figaro du 26 décembre 2002
Du 27 décembre au 2 janvier, une délégation de l'épiscopat français, composée de dix personnes, se rendra en Israël et dans les Territoires palestiniens, où elle compte rencontrer, notamment à Jérusalem, les responsables d'Eglises chrétiennes. Sont aussi prévus des échanges avec des représentants israéliens ou palestiniens, des personnalités juives ou musulmanes. Archevêque de Bordeaux et président de la conférence des évêques de France, Mgr Jean-Pierre Ricard conduira cette délégation. Il explique les buts de cette visite, beaucoup de points du programme restant incertains à la veille du départ, en particulier la possibilité d'accès à Bethléem.
 
* Vous vous apprêtez à partir en Terre sainte. Pourquoi ce voyage ?
Les chrétiens de cette région peuvent, à bon droit, se sentir abandonnés dans un chaos de haine et de violence. Livrés aux fêtes de fin d'année, le monde, la France, l'Eglise catholique en France, les auraient-ils oubliés ? Notre voyage sans protocole particulier, notre "visitation", veut les assurer que non et nous irons à leurs côtés pour prier, pour partager, pour croire avec eux à une réconciliation possible, pour examiner quelles aides concrètes sont nécessaires. Les artisans de paix ont, ici comme là-bas, besoin de soutien, d'encouragement.
* Comment comptez-vous manifester un tel soutien ?
Des visites cordiales, des aides financières, des jumelages entre paroisses ou écoles, seront à réaliser entre la France et la Terre sainte. Aux évêques de stimuler une solidarité non seulement affective, mais aussi effective. Nous n'allons pas voir des vestiges, mais des "pierres vivantes" qui crient dans l'épreuve. Notre attention fraternelle nous conduit vers cette Terre où résident les descendants de celles et ceux qui furent les témoins des débuts du christianisme. Il serait paradoxal que le pays de Jésus devienne, par l'exode, vide de chrétiens. Il serait incohérent que, célébrant la venue du Sauveur, nous renoncions à l'espérance et à la paix.
* Pourquoi avoir choisi cette période de Noël, alors que tout le Proche-Orient vit un calvaire ?
En cette période, les chrétiens de Terre sainte vivent avec une foi plus intense leur épreuve, et davantage encore s'ils ne peuvent librement accéder à la basilique de la Nativité à Bethléem. Comme ils viennent de nous l'écrire, "à la veille de Noël, (ils) vivent dans l'angoisse et l'humiliation (...). C'est en ces jours difficiles que la présence des pèlerins est nécessaire. Venez donc comme témoins de paix auprès de tous les habitants de la Terre sainte. Aidez-nous à avoir la joie de Noël."
* Seuls des évêques catholiques font ce pèlerinage avec vous. Pourquoi pas une délégation oecuménique du conseil d'Eglises chrétiennes en France, qui regroupe orthodoxes, protestants, anglicans et catholiques ?
Ce projet a déjà été réalisé, il y a deux ans, avec Mgr Jérémie, président de l'assemblée des évêques orthodoxes en France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, et Mgr Guy Thomazeau qui était évêque de Beauvais avant d'être récemment transféré au siège épiscopal de Montpellier. Une visite d'une délégation de Terre sainte chez nous était prévue en retour. Elle n'a pu avoir lieu, mais l'invitation tient toujours. En attendant, nous sentions, ici comme là-bas, monter un appel pressant auprès des évêques de France, leur demandant de manifester, plus nettement, leur sollicitude envers les chrétiens de Terre sainte. Nous ne pouvions paraître sourds à une telle requête.
* Ce qui importe, est-ce aussi de relancer les pèlerinages français en Terre sainte ?
Ce serait bien si notre voyage avait ce résultat. La vie de bien des familles en Terre sainte - et souvent des plus modestes - est tributaire des pèlerinages. Déjà les licenciements sont nombreux dans le commerce ou l'hôtellerie en Israël, à Jérusalem, ou dans les Territoires palestiniens. Sans argent, sans travail, il ne reste plus que l'exode.    haut 
 
CNN et al-Jezira se préparent à un duel
En cas de guerre en Irak, le statut de référence internationale de CNN pourrait être menacé
 
par KEREN LENTSCHNER, publié dans le Figaro le 24 décembre 2002
Au fur et à mesure que la perspective d'un conflit avec l'Irak se précise, les télévisions d'information internationale fourbissent leurs armes. CNN multiplie les opérations d'autopromotion et les directs réalisés depuis Bagdad, Doha ou Riad. Mais la chaîne d'Atlanta, qui occupait une position de monopole en 1991, devra faire face à une concurrente avec laquelle elle a collaboré dans le passé, al-Jezira. Et celle-ci s'apprête à émettre en anglais. Même HBO, peu réputée pour son engagement politique, donne un aperçu de la déferlante médiatique. Film phare ces jours-ci sur la chaîne d'AOL Time Warner : une production hollywoodienne sur l'aventure irakienne de... CNN. "Live from Baghdad", annoncé à grands renforts publicitaires, tandis que l'Administration Bush jure d'en découdre avec Saddam Hussein, raconte l'épopée de la jeune chaîne de Ted Turner pendant la guerre du Golfe. Seule télévision occidentale présente en Irak et capable d'émettre non-stop pendant 36 heures dès le déclenchement des hostilités, CNN, diffusée dans moins de 10 millions de foyers à l'époque, contre 172 millions aujourd'hui, devient alors un acteur incontournable sur la scène internationale.
Onze ans plus tard, alors qu'une deuxième guerre contre l'Irak semble imminente, le fleuron du numéro un mondial des médias fourbit ses armes. L'autopromotion est de rigueur ("CNN, numéro un. La chaîne en qui l'on croit"). Les directs et émissions spéciales depuis Bagdad, Doha (Qatar) ou Riad (Arabie saoudite) s'enchaînent. "Iraq : Showdown" ("Irak : l'épreuve de force") figure en permanence sur l'écran. A Bagdad, l'équipe sur place, qui a déjà reçu des renforts dont la star montante Nic Robertson, compte huit personnes. Soit, au total, une soixantaine de journalistes au Moyen-Orient répartis dans les différents bureaux de CNN. Jusqu'à 200 en temps de guerre, dont une importante équipe au Koweït, confie au Figaro Eason Jordan, directeur de l'information. Le budget minimum de CNN pour un tel conflit : 20 millions de dollars, selon Jordan. Plus encore qu'en 1991, l'accès à l'information risque d'être problématique pour CNN comme pour les autres médias étrangers. Depuis l'arrivée des inspecteurs de l'ONU, déplore Nic Robertson, les journalistes étrangers doivent renouveler tous les quinze jours leur permis de séjour auprès du ministère irakien de l'Information. Au-delà de ces contraintes ordinaires en temps de guerre et des nouveaux paramètres technologiques, CNN est confrontée à l'un des plus sérieux défis de son histoire. Face à une concurrence médiatique sans précédent, pourra-t-elle conserver son statut de référence comme au temps de la guerre du Golfe ?
Aux Etats-Unis, si Fox News, la jeune pousse de Rupert Murdoch, lui a ravi la première place depuis bientôt un an, CNN a maintenu un score record dans les premiers mois qui ont suivi le 11 septembre. "En temps de crise, explique Royce Ammon, professeur de relations internationales et auteur d'un livre sur les liens entre CNN et diplomatie, ceux qui regardent d'habitude Fox News ou MSNBC (NDLR : filiale de Microsoft et de NBC) se tournent vers CNN." Au niveau mondial, celle qui était la seule chaîne d'information en continu en 1991 doit désormais compter avec ses concurrentes locales, qui fournissent des news sur mesure, en adéquation avec leurs opinions publiques. Parmi les chaînes internationales, Euronews, si elle obtient un score honorable (23,4% d'audience parmi les décideurs), reste néanmoins à la traîne face à CNN International (42,8%), dont l'Europe représente le marché le plus important. L'influente BBC World peine toujours face à CNN International, notamment sur le Vieux Continent (22,5%).
Née en 1996, révélée au monde entier par les événements du 11 septembre, al-Jezira pourrait entamer l'influence de son aînée. Du moins auprès de la "rue arabe". En proposant, comme elle le fait notamment depuis le début de la deuxième intifada, à une population lasse du "parti pris proaméricain", un ton et un contenu différents. "Il s'agit, confie Ibrahim Hellal, rédacteur en chef d'al-Jezira, de donner à notre public la vision des deux côtés, celle de l'opinion américaine, mais aussi celle du peuple irakien sur ce qui se passe dans son pays. C'est là notre différence par rapport au traitement médiatique américain ou européen." Quelle différence pour al-Jezira par rapport à sa couverture de la guerre en Afghanistan ? "Assez faible, poursuit Hellal, qui n'en dira pas davantage sur ses projets en cas de guerre en Irak. Là aussi, il s'agit d'un pays très faible comparé à la puissance américaine." Comme CNN, seule chaîne occidentale à avoir conservé un bureau à Bagdad depuis la guerre du Golfe, al-Jezira se targue d'avoir des reporters - trois actuellement - dans la capitale irakienne depuis 1998, date d'ouverture de son bureau. Et d'avoir quadrillé la région du Soudan au Yémen en passant par l'Iran, même si la chaîne qatarie a été bannie du Koweït, de Jordanie, de Syrie et de Bahrein, car ses reportages déplaisaient aux autorités.
Face au nouveau défi que représente al-Jezira, CNN veut sauver les apparences. Jordan rappelle les liens étroits noués entre les deux chaînes, avant même le 11 septembre, et assure qu'elles ont des publics "réellement différents". Ce qui n'empêcherait pas, prédit Royce Ammon, en cas de guerre, une partie de la jeunesse arabophone de zapper vers CNN pour le reportage et les "breaking news", et de revenir à al-Jezira pour le commentaire. Malgré tout, les deux chaînes d'information en continu ne jouent pas sur le même tableau. "Parce c'est un jeune média, al-Jezira n'a tout simplement pas les ressources nécessaires, en termes de staff notamment, pour couvrir tous les enjeux d'une guerre comme celle-ci", poursuit l'universitaire. Les concurrentes nationales et internationales de CNN devraient également avoir du mal à rivaliser avec son expérience logistique. Sans parler, insiste Nic Robertson, des contacts noués depuis plus de dix ans sur le terrain. "Nous avons pu observer au fil du temps comment les politiques internationales avaient affecté l'Irak, comment les autorités les avaient gérées, et quels effets elles avaient eu sur la population." Par ailleurs, en tant que seule chaîne d'information internationale américaine, CNN devrait avoir un accès privilégié aux principaux acteurs du conflit, et donc conserver un statut particulier.
Ce qui risque toutefois de déterminer son influence, c'est son positionnement éditorial. "CNN sera plus prudente, plus raisonnée, prédit Ammon, tentera de présenter un regard plus équilibré, en incluant des points de vue divergents et des interviews d'adversaires des Etats-Unis. Ce qui n'était pas le cas en 1991." Une exigence qu'auront à l'esprit tous ceux qui, de Paris à Mexico, émettent toujours des réserves sur le bien-fondé du conflit, et n'auront pas d'obligation, cette fois, de rester branchés sur CNN.    haut
 
Le correspondant d’ "al-Hayat" à Damas arrêté pour "atteinte à la sécurité de l’Etat"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 28 décembre 2002

Le correspondant à Damas du quotidien arabe al-Hayat, Ibrahim Hmaydi, a été arrêté hier et est interrogé par la police pour avoir publié de "fausses informations", selon l’agence officielle Sana. M. Hmaydi "est interrogé après avoir publié de fausses informations en violation de la loi sur les publications (...) il sera déféré à la justice", a précisé Sana, qui cite une source de la presse. M. Hmaydi, 33 ans, originaire d’un village du nord de la Syrie, près de la ville d’Idleb (330 km au nord de Damas), est correspondant d’al-Hayat dans ce pays depuis 1994. Selon le bureau d’al-Hayat à Damas, M. Hmaydi avait publié le 20 décembre un article citant des sources bien informées dans lequel il indiquait que la Syrie prend "des mesures logistiques pour accueillir un million de réfugiés irakiens", en cas d’attaque militaire américaine contre le régime de Saddam Hussein.
Le 24 décembre, al-Hayat a publié un démenti du bureau de presse du Premier ministre syrien Mohammed Moustapha Miro "niant que les autorités syriennes ou le Croissant-Rouge aient pris des mesures pour installer des hôpitaux ou des camps à la frontière irakienne". "Une réunion du Haut comité de la défense civile présidée par M. Miro a eu lieu pour examiner les mesures à prendre en prévision de catastrophes naturelles (comme les tremblements de terre et les inondations)", a ajouté le texte de la présidence du Conseil. Dans un communiqué, l’Association des droits de l’homme en Syrie (ADHS) a annoncé également l’arrestation de M. Hmaydi. Celui-ci a été convoqué "par l’un des services de sécurité et a été arrêté. Le lieu de sa détention n’est pas connu", précise le communiqué. L’ADHS souligne que M. Hmaydi, en publiant l’article sur les "mesures logistiques (...) est accusé d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale". "La liberté de la presse est garantie par la Constitution syrienne", poursuit le communiqué qui demande aux autorités de "s’expliquer sur le sort du journaliste et de le libérer immédiatement". L’ADHS rappelle en outre l’arrestation récente de deux dirigeants du parti kurde Yakiti (interdit) Marouan Osmane et Hassan Saleh qui avaient organisé le 10 décembre un sit-in devant le Parlement syrien.    haut

 
Unité dans la diversité et la solidarité
 
paru dans Ouest-France le 31 décembre 2002
Un certain 13 décembre 1981, nous apprenions, stupéfaits et indignés, la déclaration de l'état de guerre en Pologne. Il s'agissait de juguler le mouvement Solidarité. Il s'agissait, une fois encore, pour le système communiste d'empêcher des hommes libres dans leur coeur de se dresser pour faire reconnaître leurs droits, les droits de tout homme, les droits de l'homme. Aujourd'hui, vingt et un ans plus tard, un 13 décembre, la Pologne et les autres pays européens, dont certains, comme les pays Baltes, furent même annexés à l'URSS, vont entrer dans l'Union européenne. C'est la fin du calvaire commencé en 1945. C'est la fin de Yalta qui séparait les "deux poumons de l'Europe" (1). C'est la fin d'une forme d'abandon, disons-le, de lâcheté tolérée par l'Occident.
C'est aussi l'aboutissement d'une longue marche, entreprise sous la perestroïka de Gorbatchev, puis après la chute du mur de Berlin. Rappelons-nous, le 23 août 1989, date du 50e anniversaire du pacte accordant les deux totalitarismes, l'hitlérien et le stalinien : une immense chaîne humaine de protestation se déroulait à travers les pays Baltes, de Tallinn à Vilnius, en passant par Riga. Ce fut ensuite un difficile et dur effort, indispensable pour que ces pays sortis de la glaciation soviétique s'adaptent à une nouvelle façon de vivre, à une nouvelle économie, qu'ils n'auraient jamais dû être empêchés de pratiquer. C'est chose faite puisque, à Copenhague, on reconnaît aujourd'hui que les critères d'entrée imposés par l'Union européenne à ses adhérents sont respectés par les dix entrants. D'autres, comme la Roumanie, la Bulgarie, par exemple, attendront encore, mais ils sont, eux aussi, sur le chemin.
Savourons notre joie
Aujourd'hui, vont commencer à se poser de nouveaux problèmes à l'Union européenne. Ils seront évidemment difficiles à résoudre, mais savourons, un instant, notre joie d'avoir enfin réussi ensemble cette adhésion qui vient couronner l'immense espérance dont étaient habités ces pays frères qui étaient et n'avaient jamais cessé d'être aussi l'Europe. S'agit-il d'un élargissement ? Oui, en ce qui concerne les structures de l'Union. Non, en ce qui concerne l'Europe, car elle se manifeste ainsi dans son authentique réalité qui n'avait jamais cessé d'être, de la Baltique à la Méditerranée. L'Union pratiquait onze langues : désormais, elle en parlera dix-neuf. Elle comptait 317 millions d'habitants : désormais, elle en aura 453. Son administration s'inspirait largement du modèle français : elle recourra davantage aux méthodes anglo-saxonnes et scandinaves. Sur un fond culturel commun, se grefferont des différences importantes : elles enrichiront les uns et les autres et habitueront chacun à pratiquer le pluralisme. Il importe, en effet, qu'aucun pays parmi les vingt-cinq ne rêve de bâtir l'Union européenne à sa propre image. L'unité oui, mais dans la diversité, comme le rappelle la devise choisie par les écoliers européens, consultés en 2000 et présentée au Parlement européen.
L'Union européenne est un ensemble nouveau, une idée puissante, riche, féconde, jamais encore mise en pratique à une telle échelle dans l'Histoire. Elle se développera à certaines conditions primordiales : "D'abord que le bien commun européen soit toujours, par tous, placé au-dessus de l'intérêt national" (2). Ensuite, que la nouvelle Union européenne, tout en développant sa sécurité, "ne se transforme pas en une Europe forteresse et qu'elle soit attentive et apporte son aide au développement, non seulement de ses membres, mais aussi des régions les plus pauvres du globe et qu'elle pratique commerce juste et solidarité" (1). C'est seulement dans ces conditions que seront crédibles et vivifiées les valeurs dont l'Union européenne se réclame et que sera réalisée cette authentique communauté dont nous rêvons.
(1) Déclaration de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne
(2) Pierre de Charetenay, Comece, 42, rue Stevinstradt, B1000 Bruxelles.    haut
 
Louise Beaudouin : "La francophonie n’a pas toujours les moyens de ses ambitions"
La priorité de la ministre québécoise des Affaires extérieures : le combat pour la diversité culturelle
 
par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 16 décembre 2002
Tout le monde le sait désormais : la pétulante et intransigeante ministre québécoise des Relations extérieures, Louise Beaudouin (Jacques Chirac l’appelle "Louise", et la félicite pour son combat quotidien en faveur de la francophonie) n’a pas la langue dans sa poche. "Le fait qu’Abdou Diouf (le nouveau secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie) ne soit pas présent, c’est totalement surréel. Surtout que cette conférence est consacrée au suivi du Sommet de Beyrouth. Et là, on aurait fait une belle fête d’adieu à Boutros Boutros-Ghali, il n’y avait rien qui pressait. Mais les Suisses ont insisté. Ils voulaient rendre un dernier hommage à Boutros-Ghali", a déclaré Louise Beaudouin, interrogée par L’Orient-Le Jour en marge de la 18e session de la Conférence ministérielle de la francophonie. Dont elle a été, comme d’habitude, l’une des stars malgré quelques petits soucis liés à la politique interne au Québec.
Les enjeux de cette ministérielle ? "Il y a des décisions importantes qui doivent être prises. Sur la constitution et la présidence de deux groupes de travail ; l’un sur la diversité culturelle, l’autre sur la réforme des instances. Sans oublier la Côte d’Ivoire. Il est impératif que la francophonie fasse plus que des déclarations. Il faut faire." Louise Beaudouin n’est pas du genre à abonder dans les autosatisfactions. Mais en ce qui concerne les deux commissions, elle estime qu’il faut reporter le vote, surtout en ce qui concerne la présidence, souligne que la décision ne peut pas se faire sans le nouveau SG. "Est-on en mesure d’imposer au futur secrétaire général la présidence de chacun de ces groupes de travail ?", se demande-t-elle. Et nous avec. On parle du Vietnam pour présider le groupe consacré à la diversité culturelle. Louise Beaudoin dit qu’elle n’est pas contre, mais rappelle qu’Hanoï avait mis, au cours du Sommet de Beyrouth, un bémol assez clair en ce qui concerne les sanctions éventuelles qu’aurait infligées la famille francophone à celui ou ceux de ses membres qui auraient violé, dans l’esprit ou dans la lettre, la déclaration de Bamako.
C’est justement par rapport à cette question de la diversité culturelle que la ministre québécoise est sacrement remontée. Contre les pays francophones qui auraient fait des offres de libération à l’OMC, alors qu’ils ont ratifié à Beyrouth une convention les en empêchant. Remontée contre ce qui décrédibiliserait la francophonie. "A Bruxelles, Michel Rocard m’apprend qu’il y a deux pays fortement attirés par l’Europe et par l’Otan, et qui auraient succombé aux chants de sirènes américains." Lesquels américains auraient mis comme condition la promotion par ces deux pays de la libéralisation de la culture. Un des deux pays, confirme Louise Beaudouin, serait la Roumanie. Qui aurait accepté, avant de signer la convention de Beyrouth. Par contre, là où elle "reste de glace", c’est lorsqu’il s’agit du développement des relations entre la francophonie et les organisations internationales. "Il ne faut pas trop s’éparpiller. Par contre, c’est avec les grandes aires linguistiques que nous nous devons de développer de fortes relations. Avec les hispanophones, les arabophones, les lusophones… Il faut que la francophonie se concentre le mieux possible." Ce qui la rend heureuse ? Soutenir, marteler, comme en écho aux mots de son ami Ghassan Salamé, que la francophonie est cet "espace où la notion marchande et la notion militaire n’ont pas la prépondérance qu’elles ont ailleurs". Et elle est "très à l’aise" avec la confirmation, jour après jour, d’une plus grande politisation de la francophonie. "Dans tous les cas, il y a une très grande complémentarité entre la coopération et la dimension politique".
Ses combats, ses priorités, aujourd’hui, c’est-à-dire quelque deux mois après le Sommet de Beyrouth ? "La diversité culturelle, et le combat que nous allons mener à l’Unesco au printemps. Et puis l’instauration de cet espace politique, désimprégné de commerce et de militarisation, et qui favoriserait l’émergence d’un autre type de relations internationales. Qui serait, notamment, exemplaire au niveau des rapports Nord-Sud. Pour que ces relations soient vécues autrement qu’un rapport de force, qu’elles soient plus égalitaires." C’est une utopie. "Un peu oui. Mais il n’y a que les rêveurs qui réussissent à réaliser leurs rêves." Une meilleure politique de coopération Sud-Sud est indispensable, non ? "Oui. Ce n’est pas suffisamment présent. L’Agence de coopération essaie de redynamiser tout cela. Dans le domaine de l’audiovisuel ou celui des nouvelles techniques de l’information. Mais la francophonie n’a pas toujours les moyens de ses ambitions. Nous-mêmes, au Québec, qui sommes le troisième contributeur, nous sommes aussi coupables. La francophonie ne peut pas tout faire toute seule, il faut diviser les tâches. Il y a la Banque mondiale, la Banque africaine pour le développement, la Banque européenne, etc. Qui pourraient se concerter pour que toutes les langues, toutes les cultures, soient présentes sur le Net. Nous, nous nous occuperons de l’accessibilité et du contenu. Ce programme existe." Et Louise Beaudoin sourit. Assume ses mots.    haut
 
La société libanaise est-elle amnésique ?
"Mémoire pour l'avenir", acte du colloque de mars 2001
 
par FADI NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 19 décembre 2002
Que le Liban ait un problème de mémoire ne fait plus de doute. D’immenses efforts sont déployés pour la retrouver. Reportages historiques, chroniques, essais, romans tentent de saisir cette mémoire fuyante, aussi bien celle de la guerre que celle du Liban naissant, comme par une espèce de retour aux sources qui nous donnera la clé de ce que nous sommes. C’est normal. Notre avenir comme société libre et comme État souverain dépend de cette quête. Sans histoire, nous n’avons pas d’avenir. Si les Libanais ne sont pas d’accord sur l’identité du Liban, sur les événements qui le fondent, quel avenir commun pourraient-ils avoir ? Il faut donc saluer comme elle le mérite la récente publication des actes d’un colloque international qui s’est tenu en mars 2001, à la Maison des Nations unies (Escwa) sous le titre "Mémoire pour l’avenir" (*).
L’ouvrage porte sur la mémoire de la guerre. Voilà en quels termes Amal Makarem, qui a coordonné le colloque et la publication, en présente, dans son introduction, les objectifs : "C’est dans l’espoir de pouvoir réaliser un jour une réconciliation nationale véritable, fondée sur la justice, que le colloque “Mémoire pour l’avenir” a été organisé. Le travail de mémoire serait sans avenir, et vidé de son sens, sans cette finalité. Depuis la fin des combats, l’urgence d’une telle réconciliation nous interpelle avec insistance. L’échec des tentatives de dialogue national nous confirme qu’après une guerre fratricide, l’entente ne saurait être réalisée à huis clos entre les complices du passé, ni avec des dirigeants qui puisent la légitimité de leur pouvoir dans la dynamique de l’oubli, comme dans l’appui que leur apporte la Syrie dont la présence au Liban catalyse les divisions entre Libanais. Toutes les crises qui nous secouent depuis douze ans nous signalent plutôt que la réconciliation des Libanais passe par un débat national autour du passé."
Piéges et impasses
Contribution significative à ce débat dont on ignore malheureusement qui l’engagera vraiment au niveau national, l’ouvrage est précieux en ce qu’il déblaie le terrain pour ce travail de mémoire, en mettant en garde aussi bien contre ses pièges et ses impasses ("trop de mémoire tue l’histoire"), que contre les obstacles qui lui seraient opposés (les dangers du refoulement et de la sélectivité). Makarem cerne parfaitement, dans son introduction, la problématique de ces crises qui nous secouent. Elles "attestent, dit-elle, que le passé reste présent, activé par une situation schizophrénique : on impose aux Libanais d’oublier la guerre en même temps qu’on leur impose les symboles de la guerre. Ces derniers, qu’ils soient placés au pouvoir par le protectorat syrien, ou bien tolérés dans l’opposition conformément à la règle du jeu établie par ce même protectorat, où qu’ils soient en prison ou en exil en tant qu’opposants radicaux à ce protectorat, demeurent tous dans notre paysage, obstruant l’avenir par leur redoutable pouvoir d’action". Et perpétuant le passé, donc le pathos de la guerre. 
Dénonçant l’absence d’une "politique de la juste mémoire", ainsi qu’une loi qui a amnistié les crimes commis contre l’ensemble de la population, mais en a exclu en revanche ceux perpétrés contre les chefs politiques et religieux, Makarem établit, dans son introduction, les constats du colloque, comme suit : Ampleur de l’oubli, résistances à la remémoration, encouragées par la classe politique, ampleur des blessures, gravité des violences refoulées et enfermement individuel ou communautaire, acuité des divisions autour du passé, indifférence et irresponsabilité face à la guerre, besoins des victimes d’être écoutées et reconnues, danger de l’impunité qui banalise le crime. Se basant sur ces constats, Makarem propose la création d’un véritable "Centre de la mémoire", un centre d’information et de documentation et un cadre de travail qui réunirait les principales composantes de la société civile, et dont la tâche serait une réconciliation des mémoires fondées sur la justice, préambule à une réconciliation nationale, la reconnaissance publique des faits, le besoin de transmettre la mémoire du passé, la nécessité d’écrire l’histoire de la guerre à partir de ses versions contradictoires, la poursuite du débat sur la manière d’aborder le passé.
Le texte introductif d’Amal Makarem offre une grille de lecture pour aborder les différentes interventions au colloque. Les références effectuées par des intervenants étrangers, dont le plus célèbre est sans doute Pierre Vidal-Naquet, aux drames de la guerre d’Algérie, du génocide au Rwanda, de l’apartheid en Afrique du Sud, de la guerre civile en Argentine ou des guerres en ex-Yougoslavie, constituent de précieuses références qui laissent penser que la réconciliation au Liban n’est pas impossible, si la volonté politique existe. Soulignons, au passage, combien les intervenants étrangers ont été surpris par la profondeur des déchirements sociaux au Liban. Des interventions de l’historien Kamal Salibi, du politologue Samir Frangié, du juriste Nizar Saghiyé ou du journaliste Samir Kassir étoffent la partie libanaise du colloque, qui a été financé par l’ambassade de Suisse. Notons pour finir que l’ouvrage a, sur le plan formel, le grand avantage d’offrir des résumés de toutes les conférences, qu’elles soient faites en français ou en arabe, dans deux autres langues, soit le français et l’anglais, soit l’arabe et l’anglais. Les débats y sont retranscrits, pour l’essentiel, en français.
(*) Mémoire pour l’avenir, actes du colloque qui s’est tenu à Beyrouth les 30 et 31 mars 2001. Editions an-Nahar    haut
 
Jordanie - Désert de pierre précieuse
Dans le désert de Wadi Rum, sous les tentes bédouines, la nuit devient mystérieuse. De jour, on peut le découvrir à cheval, en escalade, en 4 x 4...
 
par PASCALE NIVELLE, publié dans Libération le 13 décembre 2002
Pour cette première nuit, le désert est doux. Des nuages accrochent les rayons de la lune descendante, loin au-dessus de crêtes déchiquetées qui nous maintiennent pour l'instant dans l'ombre noire, blottis auprès des braises d'un feu de tamaris. Le vent s'engouffre dans le Barah Canyon, vallée sablonneuse du massif de Wadi Rum. Lorsque la lune frappe la paroi d'en face, révélant des croupes argentées et de sombres crevasses, nous partons rendre visite au bivouac d'un groupe voisin. Une lumière diffuse monte du sable, les lampes restent dans les poches. Une lueur rougeâtre dansant sur l'auvent d'une grotte donne le cap. Les pieds cherchent le sable croûteux, durci par la dernière pluie, l'oeil renonce à saisir autre chose qu'un paysage fantomatique. Cette montagne est un rocher tout proche, l'horizon semble à vingt pas, il n'y a plus d'échelle. C'est une nuit mystérieuse, une nuit sans repères qui fascina Lawrence d'Arabie. "Les falaises invisibles se laissaient deviner comme des présences", écrivait-il. Wadi Rum fut le théâtre des aventures de sir Lawrence, ces nuits, "paysages de l'esprit", scandent "les Sept Piliers de la sagesse".
"Chaos de blocs"
Sabbah Eid nous a conduits ici à la nuit tombante, au volant d'un 4x4 Isuzu bien suspendu qu'il préfère à son Toyota, puissant mais tape-cul. Sabbah pilote en souplesse ("bedouin way !"), quittant une trace pour une autre, serpentant entre les arbustes. Il connaît le nom de chaque arête, de chaque dune, il reconnaît le moindre buisson de son désert ­- "ce chaos de blocs au pied de la falaise, c'est là que se trouvait la tente de mes parents, c'est la "maternité" où je suis né". Il conduit en parlant, raconte sa vie en descendant une rampe de rocher raide comme un escalier de métro au flanc d'une gorge. Le trajet qu'il emprunte ce soir, c'était une journée de chameau, ou des heures à pied pour aller à l'école, il y a encore vingt ans. Tout va plus vite aujourd'hui. Sabbah ne regrette rien, n'a rien d'autre à opposer au monde qui change que sa curiosité. Il a un fax et un téléphone portable, bientôt un ordinateur et un site Internet. Il se demande ­- mais c'est parce qu'on le titille sur le sujet -­ si le bonheur n'est pas dans l'ignorance du monde... Sabbah ne s'arrête de parler que le temps de dégonfler ses pneus, avant d'attaquer un passage de sable mou. Lorsqu'il croise le véhicule d'un frère, d'un cousin ou d'un voisin, il s'arrête, une tête passe par la vitre, quelques mots échangés, trois blagues, un sourire sous un keffieh rouge et blanc.
Sabbah Eid a 36 ans. Guide, il vit confortablement, comme une centaine de familles de Wadi Rum, faisant partager leur amour du désert à des trekkeurs et des grimpeurs éberlués. Né nomade, il s'est fait construire une maison par des ouvriers égyptiens. C'est une tente en dur, quelques pièces éclairées au néon, glaciales l'hiver, étouffantes l'été, et vides de meubles, où ne traînent que les jouets de ses deux enfants, un cageot de nourriture, un tas de linge et une télévision reliée au satellite. La porte reste toujours ouverte. Les maisons de Wadi Rum, une centaine tout au plus, sont habitées par les courants d'air. Derrière des murs de parpaings, les Bédouins s'y essayent à reculons à la vie sédentaire. Elles ont poussé depuis l'arrivée des premiers touristes, il y a vingt ans, autour d'un fort militaire, d'une mosquée et d'une école. Les tentes qu'elles ont remplacées sont restées plantées dans chaque minuscule jardin, à côté de dromadaires entravés, qui attendent d'improbables méharées qui les sauveraient de la casserole. C'est là, sous la tente, qu'on vit. Des tapis et des matelas sont posés à même le sable, autour du foyer. Une théière noircie de suie pour le thé à la sauge, une cafetière au long bec pour le ghawa (café) à la cardamome. On s'y invite à la nuit, quand on n'est pas dans le désert.
Ce deuxième soir, Sabbah nous y conduit, pour un dîner chez ceux de sa famille restés nomades. Le quart d'heure de piste est avalé à fond de train, alors que le soleil enflamme le haut des falaises. Une vingtaine de pick-up Toyota beiges sont garés sur le flanc d'une dune pourpre autour d'une tente bédouine à cinq mâts. Sabbah disparaît aussitôt du côté des hommes. Les plus jeunes garçons finissent de préparer le mensaf, plat traditionnel. Les femmes sont de l'autre côté, voilées, sous la tente. Bientôt, on fait passer les verres de thé et les dates figées dans du beurre rance. Pour l'énorme plat de chèvre et de riz, les femmes doivent attendre que les hommes aient fini.
Traces infimes
Bernard Domenech fréquente le désert de Wadi Rum depuis près de vingt ans. Alpiniste et géographe, il a découvert le massif au milieu des années 80. Après la guerre du Golfe, il a vu les 4x4 arriver en nombre et les hommes retourner vers la mosquée. Chaque automne, il revient au pied des fabuleuses tours de grès repérées au détour d'un plan de Lawrence d'Arabie. Il aime ouvrir des voies d'escalade, modernes et audacieuses, en recueillir les descriptions pour le guide d'escalade qu'il s'apprête à publier avec son compère Wilfried Colonna. Il aime aussi retrouver les traces infimes laissées sur la roche et dans les mémoires par le passage des hommes. Car, depuis la nuit des temps, les Bédouins grimpent sur les djebels, pieds nus et sans cordes, cherchant de l'eau, des plantes médicinales. Aujourd'hui encore, ils y chassent l'ibex (le bouquetin local) au M16 ou à la Kalachnikov.
Philippe Brass, guide grenoblois, explore ces voies bédouines depuis une dizaine d'années. Il nous emmène dans le versant est du djebel Khazali (la Gazelle). Son oeil exercé lui permet de repérer le départ de la voie, que marque un tas de cailloux discret. La paroi tout entière est sculptée d'extraordinaires draperies qui lui donnent des airs du palais des Bandar Log dans le Livre de la jungle. On louvoie sous des tours, des clochetons, des alcôves... Combien de temps a-t-il fallu pour que le vent et les orages sculptent ces reliefs ? Pour s'élever dans les défauts de la muraille, il faut flairer le moindre signe de la piste, les traînées pâles qu'ont laissé dans le grès rouge les passages répétés, quelques pierres empilées qui permettent de franchir un mauvais pas, une marche taillée dans la roche tendre. On s'égare sur une trace qui conduit à une vasque d'eau fraîche lovée au plus profond d'un canyon sombre. On retrouve la piste, fil ténu qui sinue jusqu'à des dômes blancs, aveuglants. L'architecture s'épure, l'arrondi domine désormais, parfois des écailles tendent vers le ciel des doigts fragiles, qu'une simple pression briserait. On entre dans un pays perdu, perché loin au-dessus du désert. De minuscules clairières de sable où blanchissent des buissons de genêts, entre des échines aux formes de méduses. Il est midi, le grès se gorge de chaleur. Au sud, vers le golfe d'Aqabah et le désert saoudien, apparaissent des chaînes de montagnes plus sombres. Sur le sable, les empreintes des 4x4 ressemblent à des traces de skis. Le désert de Wadi Rum, la "vallée des Romains", est à nos pieds.
Horloge géante. Une centaine de kilomètres au nord, les Nabatéens ont sculpté dans la même couche de grès rose et ocre la fabuleuse cité de Pétra. Il y a vingt siècles, ils ont évidé la montagne, façonnant des tombeaux aux architectures mêlées, malmenés depuis par les intempéries. Dans le théâtre romain comme sur les falaises de Wadi Rum, le vent et l'eau, architectes aléatoires, ont modelé les gradins selon la couleur et la dureté des couches de roche. Des ravines, des nervures brisent la géométrie autrefois parfaite de l'hémisphère. La construction, presque aussi ancienne que la mémoire écrite de l'humanité, porte déjà l'empreinte de la pulsation géologique. Sur cette horloge géante, vingt-cinq siècles de civilisation ne forment qu'une minuscule encoche, que le vent du désert aura bientôt effacée.    haut
 
Patrimoine - Construction illégale dans la zone de protection de Tyr
Quand le béton envahit un site archéologique
 
paru dans l'Orient-le Jour le 11 janvier 2003    

A Tyr, même les sites archéologiques, classés par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, ne sont pas à l’abri des constructions illégales. Un immeuble de quatre étages, devant servir d’école religieuse chiite, est en cours de construction dans la zone de protection, mettant ainsi en péril des vestiges romains et défigurant la promenade piétonne de la ville. De plus, cette construction, complètement illégale, empiète en grande partie sur le domaine maritime. Mais comme d’habitude, les lois ont été bafouées, car ce projet bénéficie du financement et de la "couverture politique" de notabilités locales.    haut

 
L'islam au Louvre
 
publié dans le Monde du 17 janvier 2003
Le ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, avait été bien inspiré de s'inquiéter, dès son arrivée, du poids des "grands travaux" engagés sous les deux septennats de François Mitterrand. Lancés indépendamment les uns des autres, sans véritable projet d'ensemble à long terme et sans souci, surtout, du considérable poids financier de leur fonctionnement, ils ont fini, en période de vaches maigres, par représenter une charge excessive pour le budget serré de la culture. Après examen, le ministre a compris que les frais engagés n'autorisaient malheureusement aucune révision. Pourtant il a choisi de poursuivre d'autres projets qu'il avait d'abord remis en question, comme la cité de l'architecture et du patrimoine. Mais il lui a fallu chercher des financements complémentaires : c'est ainsi qu'il a su faire prévaloir l'idée que la construction inévitable d'une grande salle de concert pour le public parisien implique l'engagement financier de la Ville et de la région Ile-de-France.
Depuis Malraux, la dimension politique est devenue une composante de la culture et la culture un reflet des ambitions et des choix de l'Etat. Jacques Chirac l'a compris en lançant, à son tour, des projets symboliquement forts dont l'horizon dépasse le pré carré français : les salles africaines et océaniennes du Louvre, le musée du quai Branly (les "Arts premiers") et le Musée Guimet des arts asiatiques. Restaient le monde islamique et les arts de l'islam, dont l'oubli pouvait passer pour un moindre attachement à ce qui est devenu une des composantes majeures de la population française et pour un reflet inopportun des tensions actuelles entre le monde occidental et le monde musulman. Jacques Chirac a voulu réagir avec une idée simple qu'il faut défendre : donner une véritable place aux collections d'art islamique du Louvre qui, enrichies de celles, oubliées, du Musée des arts décoratifs, constituent l'un des plus importants ensembles au monde et peuvent devenir le moteur d'un projet magnifique.
Le projet, non mutilant pour le Louvre, implique un déplacement des Arts décoratifs, logés dans l'aile Marsan. Ce musée est de toute façon à l'étroit, il est empêtré depuis des années dans des projets et des contre-projets confus, il est partiellement fermé depuis des années et dépourvu de toute visibilité près de son grand voisin. Mais les caisses de l'Etat sont pour l'heure fermées à cet ambitieux projet. C'est ce qu'aura pu comprendre Jean-Jacques Aillagon lors de son entretien avec le président, mercredi 15 janvier en fin de journée. Pour préserver l'avenir, il faut donc bloquer le redémarrage des travaux à Marsan, abandonnant ainsi définitivement toute idée de véritable ambition pour les Arts décoratifs et interdisant de fait l'achèvement du Louvre et une véritable mise en valeur des collections islamiques. Le gouvernement doit faire preuve de vision à long terme sur le devenir des aménagements de ses musées, de cohérence et de patience financière.    haut
 
Vatican : le petit Elie Daou parmi les bébés baptisés par le pape
 
paru dans l'Orient-le Jour le 13 janvier 2003    

Le pape Jean-Paul II a baptisé hier vingt-deux nouveau-nés, au cours d’une cérémonie dans la chapelle Sixtine. Vingt étaient Italiens, dont des triplés, fils d’un journaliste sicilien. Les deux autres étaient un petit Libanais, Elie Daou, et une Polonaise, Maria Faustyna Kordyasz. Le pape est apparu en bonne forme au cours de cette cérémonie célébrée à l’occasion de l’Epiphanie. Après avoir demandé aux parents, aux parrains et aux marraines de renoncer à Satan et au péché au nom des nouveau-nés, il a aspergé les fronts des bébés d’eau bénie, alors que dans la chapelle Sixtine, les pleurs l’emportaient progressivement sur les chants du chœur. Le pape a demandé aux parents d’accompagner jour après jour leurs enfants "sur le chemin de la sainteté", en soulignant que pour être saints "il faut un christianisme marqué par l’art de la prière".    haut

 
 
 
 
 
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