Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste résumée       Liste détaillée       Numéro suivant       Numéro précédent       Format impression

PRESSE  RJLIBAN  N°77  du 22 octobre 2002  

                                       

TITRES
  
Témoin, jusqu’au bout

 

par DOMINIQUE BAUDIS, publié dans l'Orient-le Jour le 11 octobre 2002

L'auteur est écrivain et président du Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA)

Le Liban illustre mieux que n’importe quel pays la "théorie des climats" formulée par Montesquieu, selon laquelle les particularités géographiques et physiques d’un pays déterminent les comportements des hommes et l’histoire des peuples. Les ports du littoral ouvrent le Liban sur le monde méditerranéen et par la plaine de la Békaa passent les grandes routes des capitales de l’orient. Tout au long des siècles, les flottes, les armées, les invasions ont pu pénétrer ce pays ouvert. Mais le Mont-Liban, grâce à son relief, est aussi un refuge, un asile offert aux persécutés qui montaient s’y réfugier. Les grandes invasions passaient, les malmenés de l’histoire demeuraient. Le Liban est ainsi devenu, souvent pour le meilleur et parfois pour son malheur, le lieu du monde qui illustre le mieux la diversité, les diversités, de croyance, de culture, de langue, d’opinion… Elles forment tantôt un modèle lorsqu’elles dialoguent, se conjuguent et s’enrichissent de leurs différences, tantôt un contre-modèle quand elles cherchent mutuellement à se détruire.
Le monde de demain sera-t-il monopolaire et uniformisé ou bien multiple et divers ? L’humanité peut-elle entendre un seul discours, formulé dans une seule langue, au service d’une seule vision ? Depuis la fin du siècle dernier et l’effondrement du système soviétique, la pente des événements semble nous y conduire comme vers une fatalité. Mieux que tout autre nation, le Liban peut témoigner de la valeur, de la diversité, du prix de son respect. "Je ne crois qu’aux témoins qui se font tuer", disait Pascal. Ce témoignage, que tant de Libanais ont payé de leur vie, mérite d’être entendu et retenu. La pluralité qui fait la singularité du Liban désignait ce pays pour l’accueil du Sommet de la francophonie placé sous le signe du dialogue des cultures.    haut
 
Liban -  La France à la une
 
par HODA SALIBY-YEHIA, publié dans Courrier International le 18 octobre 2002
Beyrouth accueille du 18 au 20 octobre 2002 le neuvième Sommet de la francophonie, le premier à se tenir en terre arabe. Pour la capitale libanaise, c'est l'occasion de redorer son blason et de renouer avec sa tradition de carrefour des civilisations. Le neuvième Sommet de la francophonie vient enfin de s’ouvrir à Beyrouth. Initialement prévue en octobre 2001, cette manifestation avait été reportée d’un an à la suite des attentats du 11 septembre. Si la thématique du sommet est “le dialogue des cultures”, le terrorisme figure en bonne place parmi les thèmes retenus. La situation en Côte-d’Ivoire, une résolution spéciale sur le Liban et le Moyen-Orient, ainsi que des questions internes à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) étant les autres thèmes principaux.
Parmi la cinquantaine de chefs de délégation, la vedette est indéniablement Jacques Chirac. Dans une interview exclusive accordée à “L’Orient-le Jour”, quotidien beyrouthin et fleuron de la francophonie au Liban, le président français a confirmé “la tradition d’amitié de la France avec le Liban”. Pour “L’Orient-le Jour”, Jacques Chirac “aime le Liban et les Libanais, qui, dans leur très grande majorité, le lui rendent bien.” Il s’inquiète du sort de la jeunesse libanaise. Un sujet sur lequel il revient dans une émission de la chaîne Future Télévision, pour inviter “les jeunes à garder confiance et à rester au pays”. Et pour revenir au Sommet de la francophonie, Jacques Chirac a souligné, dans son entretien avec “L’Orient-le Jour”, que “[son] objectif doit être, sans aucun doute, d’affirmer clairement que les francophones, au-delà de leur diversité, ont une vocation commune à être porteurs d’une vision politique du monde, qui est une vision de dialogue et non pas de confrontation.”
La francophonie, hommage à “la langue française”
“On se dirige tout droit vers une heureuse et salvatrice politisation de l’institution francophone”, se félicite “L’Orient-le Jour”. Non sans problèmes. Si, lors des huit derniers sommets, les déclarations finales étaient préparées dans les moindres détails, il n’en va pas de même pour la déclaration de Beyrouth. “Certains points ont provoqué d’âpres polémiques entre les participants. C’est le cas pour la définition de la diversité culturelle. Certaines délégations y ont vu un droit à l’ingérence culturelle. L’autre point concerne la déclaration de Bamako, où s’était tenu la dernière réunion, en 2000. Ce texte insistait sur le respect de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés publiques au sein des pays membres. Là encore, certains pays y ont vu un prétexte à de l’ingérence politique pure et simple dans les affaires internes d’un pays tiers.”
Pour “An Nahar”, “la francophonie, c’est important. Mais le plus important, c’est la France.” Le quotidien arabophone “invite les responsables libanais à accorder la plus grande attention à la France et à son président, qui a consacré au Liban une visite officielle en arrivant un jour avant l’ouverture du sommet.” La francophonie est certes un hommage à “la langue française, le dénominateur commun à tous les participants. Mais la francophonie est aussi l’expression de liens économiques et d’une vision politique”, poursuit le journal. Son confrère arabophone “As Safir” n’est pas en reste et consacre plusieurs pages au sommet. L’arrivée de Jacques Chirac à la veille de l’ouverture et ses déclarations étant au coeur de l’information. Le quotidien beyrouthin, proche de la Syrie, relève que le président français a déclaré : “Je n’ai pas l’intention de m’ingérer dans les relations entre le Liban et la Syrie. Cette question concerne essentiellement les deux pays.”
Un grand défi
Le quotidien anglophone “Daily Star”, pour sa part, s’arrête sur la réunion tenue par l’Association internationale des maires francophones (AIMF) et sur l’allocution de Jean-Paul L’Allier, qui a dirigé la session en l’absence de Bertrand Delanoë, président de l’AIMF. “L’Allier a rendu hommage au Liban, qui selon lui constitue, en tant que communauté multiethnique, multilingue et multiconfessionnelle, une référence en matière de diversité culturelle, au coeur même de notre philosophie politique”, relate le “Daily Star”.
Néanmoins, c’est dans “L’Orient-le Jour” que l’on trouvera la meilleure couverture du sommet. Pendant plus d’une semaine, le journal a publié dans ses pages des textes écrits par des personnalités comme Kofi Annan et Boutros Boutros-Ghali ou par des écrivains francophones comme Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf, ou encore par des plumes françaises comme Marc Lambron et Jean-Marie Rouart. Au quotidien, le journal rend compte du programme des réunions et des activités. Et, surtout, il donne des conseils aux Beyrouthins, qui doivent faire face à des “restrictions draconiennes sur le stationnement et la circulation, à la suspension du trafic aérien entre 9 heures et 21 heures le jeudi 17 et le dimanche 20 octobre et à la fermeture des écoles et des universités situées dans le Grand Beyrouth.” Mais qu’à cela ne tienne, le président de la République, le général Emile Lahoud, l’a bien dit : “Le Sommet de la francophonie de Beyrouth constitue un grand défi que l’ensemble des Libanais a décidé de relever.”    haut
 
Boutros-Ghali : "Un forum pour les problèmes du Sud"
Boutros Boutros-Ghali achève son mandat de cinq ans de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
 
publié dans le Figaro le 19 octobre 2002
* Il y a cinq ans, lorsque vous avez été élu secrétaire général de la Francophonie, vous aviez déclaré que vous vouliez dépoussiérer l'organisation et la rendre plus efficace. Pensez-vous avoir réussi ?
Je le pense. La francophonie était une organisation repliée sur elle-même et méconnue dans le monde. Mon premier souci a été de la faire admettre par les organisations internationales, par l'ONU et ses agences spécialisées, avec lesquelles une vingtaine d'accords ont été conclus. Nous avons développé un concept différent pour parler de l'exception culturelle, nous évoquons la"diversité". Ce faisant, nous obtenons l'appui de toutes les autres aires culturelles et, dans ce dossier, la francophonie a joué un rôle de précurseur. Nous avons tenu il y a deux ans à Paris une réunion qui constituait une première avec le président du Mozambique, qui représentait la lusophonie, et celui de l'Equateur pour l'hispanophonie. Nous avons établi depuis des relations avec ces deux espaces. Un deuxième sommet aura lieu prochainement au Mexique. Nous sommes donc sortis du repli. La francophonie est sortie de son monde pour s'inscrire dans le monde.
* Au-delà de la défense du patrimoine culturel, quel rôle peut jouer la francophonie ?
Dans le cadre de la mondialisation, la francophonie défend la démocratie nationale. Nous avons tenu une réunion à Bamako pour renforcer les démocraties, pour associer démocratie et droit de l'homme. Or cela ne sert à rien de prôner la démocratie si vous avez en haut de la pyramide un système qui n'est pas démocratique. Le plurilinguisme est un élément de démocratisation de la mondialisation. Le plurilinguisme est aussi important pour la démocratie mondiale que le pluralisme l'est pour la démocratie nationale. La francophonie, lorsqu'elle défend la diversité culturelle, défend une approche pour humaniser la mondialisation. Enfin nous défendons la culture de la paix dont un des fondements est de pouvoir engager un dialogue avec l'autre. Or on ne peut engager un dialogue avec l'autre que si la diversité culturelle existe.
* Sur quels instruments peuvent s'appuyer les Etats francophones pour faire jouer leur diversité ?
Il y a un sujet qui n'est jamais abordé, c'est le droit. Dans mon pays, l'Egypte, le droit civil, c'est le code Napoléon, la procédure est une procédure française. Le droit constitutionnel est français. Le Conseil d'Etat et la Cour des comptes fonctionnent sur le modèle français. Nous avons intérêt à protéger ce droit. Il fait partie du patrimoine. C'est le droit qui persiste en Amérique latine et en Afrique. En Europe, il est en danger face à la common law. On reproche à l'Organisation internationale de la francophonie son incapacité à faire respecter les généreux principes qu'elle édicte en matière de droits de l'homme ou de démocratie... C'est faux. Par exemple, lors du coup d'Etat au Niger, nous avons suspendu nos relations avec le nouveau gouvernement et nous avons négocié pour obtenir la promesse d'un retour à la démocratie. Lorsqu'il y a eu un coup d'Etat en 1999 à Abidjan, je suis intervenu pour faire revenir le Parlement dans la vie politique.
* Que faites-vous dans la crise actuelle en Côte d'Ivoire ?
Je suis en contact avec les dirigeants, avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Mais nous ne voulons et ne pouvons pas intervenir quand d'autres institutions sont déjà impliquées. Mon expérience des Nations unies me conduit à penser que, dans un conflit, il y a un double problème, celui avec les adversaires et celui entre les médiateurs. De toutes façons, il faut être discret et éviter d'humilier les Etats.
* Comment pensez-vous faire appliquer les principes contenus dans la Déclaration de Bamako ?
Nous avons organisé dans ce cadre trente assistances électorales. Nous intervenons pour sensibiliser les gens à la nécessité de voter. Nous sommes présents pour convaincre les partis politiques qui ont perdu de collaborer. Nous donnons une assistance à plus de cinquante journaux. Le sujet est délicat parce que nous avons affaire à des Etats souverains. Les Nations unies refusent aujourd'hui de participer ne serait-ce qu'à une assistance électorale. Justement, les Etats sont souverains mais inégaux dans leur développement.
* Quel peut être le dénominateur commun, hors la langue, entre les 55 pays de l'OIF dont seulement quatre sont industrialisés ?
La francophonie, c'est un forum pour mobiliser l'opinion publique sur les problèmes du Sud. Si le conflit Est-Ouest est terminé, celui entre le Nord et le Sud existe toujours. Au-delà des problèmes de pauvreté, il y a une asymétrie diplomatique extraordinaire. Les pays du Sud n'ont pas assez d'experts, de négociateurs. Nous sommes là pour leur fournir un appui technique comme nous l'avons fait à Johannesburg.    haut
 
Où commence le dialogue
 
par MOUNA BECHARA, publié dans Magazine le 18 octobre 2002
Depuis le cauchemar du 11 septembre 2001, le monde n'est plus le même. On l'a dit et répété sur tous les tons. Ce qui, pourtant, n'a pas changé c'est qu'il existe sur la planète des forts, victimes de leur force, et des faibles, victimes de leur désespoir. Tel est le cas en Palestine, pour ne citer que cet exemple. C'est peut-être là le véritable choc des civilisations. Le sommet de la francophonie de Beyrouth, placé sur le thème du dialogue des cultures, servira-t-il d'entrée en matière à une politique d'ouverture de longue haleine ? C'est sa vocation et c'est aussi la volonté des pays qui y participent. Les Américains, au lendemain de la tragédie des tours de New York, et alors que les émotions s'étaient émoussées, se sont posé des questions. Devant le drame qu'ils vivaient, le monde entier s'est senti américain, comme l'a écrit Jean-Marie Colombani dans le quotidien français Le Monde. Mais ce sentiment n'a pas fait long feu. Et les Américains restent atterrés par ce désamour dont ils sont l'objet dans nombre de pays. Les déclarations messianiques et belliqueuses de Washington, sa superpuissance et sa logique des pays voyous ont suscité une vive colère chez les peuples visés et poussé même certains de ses alliés à prendre leur distance. Mais ce dialogue des cultures, grand titre du sommet que reçoit Beyrouth, ne pourrait-il pas d'abord être appliqué au sein d'un même peuple, au cœur d'un même pays ?
Le pape Jean-Paul II, armé de son bâton de pèlerin et de son courage d'homme physiquement usé et plein d'une vitalité spirituelle, a fait pratiquement le tour de la planète pour aller au-devant des jeunes de tous les pays. Avec des mots simples et chaleureux, il a su les motiver et leur faire comprendre qu'ils étaient l'espoir d'un avenir meilleur sur cette terre. Ce message, il l'avait délivré à la jeunesse libanaise en mai 1997. Le président français, lui-même, lors d'une visite au Liban, avait réuni et écouté les questions et les doléances des étudiants. Mais depuis, que d'eau a coulé sous les ponts. Mis à l'écart de la vie politique, privés avant l'âge de 21 ans de toute participation aux décisions nationales, universitaires candidats au chômage et à l'exode, les jeunes Libanais tentent par tous les moyens, bons ou mauvais, de se faire entendre. Les déboires qu'ils ont essuyés auprès de leurs dirigeants les ont remplis d'amertume. Persuadés que leurs problèmes sont ignorés, que les libertés sont brimées, que la souveraineté de leur patrie est en danger, ils sont convaincus de n'avoir plus qu'un choix : faire connaître leur malaise et tenter ainsi de réveiller les consciences nationales. Il ne reste aux gens du pouvoir libanais qu'une alternative : la répression ou l'écoute. Ils ont jusqu'ici choisi la première voie. Ce n'est pas, de toute évidence, la meilleure et en tout cas pas la plus démocratique. Et ce n'est pas, de toute manière, le sens du dialogue des cultures qui commence par l'écoute.    haut
 
Parmi les points forts du happening, la présence du Hezbollah
 
par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans l'Orient-le Jour le 22 octobre 2002
L’heure est aux bilans. D’abord, le satisfecit, amplement mérité, pour la parfaite organisation du sommet. Cela n’a l’air de rien, mais ces détails de présentation comptent beaucoup. Beaucoup plus qu’on ne croit : quand on veut demander des sous, il vaut mieux avoir l’air grand prince que mendiant, ça fait nettement plus solvable. Ensuite, les propos, régionaux, mondiaux et locaux du président Chirac. Souvent mal entendus et mal compris. A cause, semble-t-il, d’une traduction en arabe assez approximative. Ainsi, à l’Ouest on a pensé que, comme Schröder, il s’oppose à tout recours à la force contre Saddam Hussein, ce qui n’est pas tout à fait précis. A l’Est on a cru que, comme Sfeir, il souhaite un Liban dégagé sous peu, ce qui n’est pas du tout exact. En fait, aux Irakiens, il dit : soyez raisonnables, c’est-à-dire ne faites pas les malins. Aux Américains : soyez légalistes, c’est-à-dire mettez-y les formes. Aux Libanais enfin : soyez patients, si la paix vient (aux prunes ?), on vous la laissera, c’est-à-dire vous serez indépendants.
Il n’y a là rien d’étonnant : même le Vatican avait joint ses efforts en 1996, puis en 2000, à ceux de Paris pour presser le camp chrétien de jouer le jeu des élections sur base des règles édictées par les décideurs. De leur côté, les Américains n’ont jamais remis en question, bien au contraire, la tutelle convenue à Taëf. Et quand Satterfield a vu les gens de Kornet Chehwane, il leur a confirmé non seulement que son gouvernement est contre le Syria Accountability Act, mais aussi que le Liban, dans toutes ses composantes, doit plus que jamais faire ami-ami avec Damas. Du moment que ce dernier coopère étroitement avec Washington dans sa guerre contre le terrorisme. Et surtout du moment que la Syrie, du moins les Américains le souhaitent, ne cherche pas à contrecarrer leurs plans concernant l’Irak. En sollicitant par exemple le zèle actif des résistants du Liban-Sud. En termes prosaïques de marché, si l’on voit bien ce que les stratèges occidentaux offrent à la Syrie, on peut se demander ce qu’ils nous proposent comme dédommagement. A ce sujet, Chirac, qui entretient des relations privilégiées avec Hariri, a été plutôt prometteur. Il a confirmé que Paris II aura bien lieu, et dans des confidences faites en privé à des pôles locaux, il a même précisé que la conférence se tiendrait entre le 15 et le 18 novembre prochain. En avouant toutefois, mezza voce, qu’il faut encore attendre le rapport du Fonds monétaire international. Car, on le sait, Paris II, c’est bien plus un moratoire de dette, accompagné de quelques nouveaux prêts, que des donations en perspective.
Il reste à souligner l’impact, considérable, de la participation de Hassan Nasrallah (dans la rangée des religieux) au Sommet de la francophonie. Un signal d’autant plus fort que le secrétaire général du Hezbollah n’avait pas assisté aux travaux du Sommet arabe, en mars. L’initiative d’ouverture sur l’Occident, parce qu’après tout le français n’est pas vraiment une langue orientale, est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit en point d’orgue de l’affaire du Wazzani. Où le pompage a démarré par une cérémonie en présence des présidents Lahoud et Berry. Tandis que le président Hariri brillait par son absence. Parce qu’à son avis, il eut mieux valu mettre de l’eau dans son vin, commencer le pompage en s’abstenant de toute manifestation publique, pour ne pas indisposer les Etats-Unis. Et pour ne pas paraître vouloir ostensiblement défier Israël, en l’encourageant à des frappes ultérieures. Ce n’est pas la première fois du reste que le président du Conseil n’est pas en phase, au sujet du Sud, avec les dirigeants. Et qu’il ne partage pas entièrement leurs vues sur le Hezbollah, même s’il a défendu ce parti quand il a été accusé de terrorisme par les Américains. C’est d’ailleurs, sans doute, le souci de montrer qu’il est internationalement admis et reconnu, qui a poussé le Hezb à se manifester durant le Sommet de la francophonie. Tout en confirmant sa ferme volonté de riposter à une agression israélienne provoquée par l’affaire du Wazzani. Cependant, chacun voit les choses sous son angle à lui : pour la plupart des pays participant au sommet, la présence du Hezbollah signifie qu’il admet implicitement la nécessité de ne pas laisser le front du Liban-Sud s’embraser.    haut
 
La présence syrienne au Liban au cœur de la rencontre Assad-Chirac
Les propos du président français "traduisent nos positions", affirme Damas
 
paru dans l'Orient-le Jour le 21 octobre 2002

Le président français Jacques Chirac s’est entretenu hier à Damas avec son homologue syrien Bachar el-Assad, poursuivant ainsi ses consultations avec les dirigeants du Moyen-Orient sur le conflit israélo-palestinien et la crise irakienne. Venant de Beyrouth où il avait participé au 9e Sommet de la francophonie, M. Chirac est arrivé dans l’après-midi d’hier, avec une heure de retard, à l’aéroport de Damas, où il a été accueilli par M. Assad. Les deux hommes se sont rendus au palais du Peuple, sur les hauteurs de Damas, pour un entretien en tête à tête dans le bureau présidentiel. Dans l’entourage de M. Chirac, on soulignait l’importance qu’il y avait à connaître le point de vue des dirigeants de la région dans un contexte international de tension. Concernant la crise irakienne, Paris se félicite que Damas soit "en phase" avec "la ligne sur laquelle se retrouve la majorité de la communauté internationale et des membres du Conseil de sécurité des Nations unies", a-t-on indiqué. La France et la Syrie se retrouvent pour souhaiter le désarmement de l’Irak dans une démarche en deux temps, dans le cadre de l’Onu, soulignait-on côté français. S’agissant du Proche-Orient, la visite de M. Chirac à Damas confirme l’attachement de la France à l’objectif d’une paix globale, juste et durable, au-delà de l’urgence de la situation israélo-palestinienne.
Jeudi, devant le Parlement libanais, le président français avait affirmé que "l’évolution vers cette paix tant souhaitée permettra au Liban et à la Syrie d’harmoniser leurs relations et de mener à terme le retrait complet des forces syriennes" du Liban, "conformément aux accords de Taëf" de 1989 ayant mis fin à la guerre au Liban (1975-1990). Il s’agit d’ "un bon accord" qui "doit se dérouler jusqu’à son terme, c’est-à-dire permettre au Liban de retrouver toute son indépendance et toute sa souveraineté", avait-il dit de Beyrouth, dans un entretien accordé à Radio France Internationale et à TV5. Dans une première réaction officielle à ce sujet, la directrice du département de l’information au ministère des Affaires étrangères, Boussaïna Chaabane, a indiqué à la presse que les propos de M. Chirac "traduisent la position syrienne". "L’ancien président syrien Hafez el-Assad avait répété à plusieurs reprises qu’une fois la paix réalisée, la présence syrienne au Liban ne serait plus nécessaire", a-t-elle expliqué. Elle a par ailleurs souligné que "M. Chirac était très sérieux dans sa tentative d’épargner une frappe à l’Irak et de trouver une solution politique" à la crise irakienne.
"Nous avons l’impression qu’un règlement politique est plausible", a-t-elle estimé à l’issue de l’entretien de MM. Assad et Chirac, qui a duré plus d’une heure trente. Selon elle, M. Assad a affirmé une nouvelle fois que tout règlement du conflit israélo-arabe "doit être fondé sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu et le principe de l’échange de la terre contre la paix". "La politique répressive d’Israël a entraîné l’arrêt du processus de paix, et la violence pratiquée par Israël ne conduira ni à la sécurité ni à la paix", a dit M. Assad, selon Mme Chaabane. La Syrie, a-t-elle d’autre part ajouté, est "satisfaite" des résultats du Sommet de la francophonie à Beyrouth qui a prôné "le dialogue des cultures". La France devrait également faire passer un message de "modération et de responsabilité" à la Syrie sur la question du Liban-Sud, où "les Syriens peuvent avoir une certaine influence", observait un diplomate français.
Jacques Chirac qui, à Beyrouth, a appelé les responsables politiques libanais à faire preuve de responsabilité politique en soutenant les réformes afin de bénéficier de l’aide de la communauté internationale, devrait aussi souligner que tout ce qui peut favoriser le développement et la stabilité du Liban est bénéfique pour la Syrie. Cette visite à Damas était la première de Jacques Chirac depuis l’accession au pouvoir de Bachar el-Assad en juillet 2000. Le président français avait assisté aux obsèques de son père, Hafez el-Assad, le mois précédent. Damas était la troisième étape du périple de M. Chirac au Proche-Orient, commencé mercredi à Alexandrie par un entretien avec le président égyptien Hosni Moubarak. Après Damas, le président français s’est rendu en Jordanie.    haut

 
Le français contre-attaque sur le terrain politique
 
par PASCAL JALABERT, publié dans la Dépêche du Midi le 17 octobre 2002
Si l'on en croit les organisateurs du sommet de la francophonie qui s'ouvre aujourd'hui à Beyrouth, il y aurait, en 2002, 181 millions de francophones et 82,5 millions de personnes dans le monde qui apprennent le français avec pour objectif de le parler couramment. Ces chiffres traduisent dans l'absolu une progression, essentiellement liée au dynamisme démographique de l'Afrique francophone. Pourtant dans la réalité, l'influence du français ne cesse de reculer. De l'Onu à la commission européenne, de la coupe du monde de football aux Journées mondiales de la jeunesse chrétiennes, notre langue disparaît des débats et compte-rendus de toutes les grandes institutions, de tous les rendez-vous planétaires. (Seul le comité international Olympique fait de la résistance). Sur la planéte mondialisée, soumise à la domination partagée de la société des affaires et de la société de l'information, le français ne résiste pas au rouleau compresseur de l'anglais. Il suffit de se rendre dans un pays ni francophone ni anglophone pour mesurer la différence : malheur à celui qui a oublié ou mal révisé son "basic english". La pratique du français régresse donc parce que l'anglais s'est imposé comme la langue des échanges. Celle qui permet de faire du "business", du tourisme, de "chatter" sur internet. Parmi les pays francophones, seuls le Maghreb et le Liban échappent à "l'anglicisation" de la planéte.
Exemplaire dans la coopération nord-sud
"La conséquence, c'est que les pays francophones perdent leur poids sur la scène internationale. On l'a vu lors des débats à l'organisation mondiale du commerce où la France a été en permanence prise en étau entre les anglo-saxons qu'ils soient riches ou pauvres", estiment les chercheurs de l'institut des relations internationales et stratégiques. La contre-attaque de la francophonie ne s'effectue donc plus sur le terrain de la langue, où la lutte est perdue d'avance, mais sur ceux de la diplomatie et de la mondialisation. A Beyrouth, les participants au sommet, parmi lesquels de nombreux chefs d'Etat dont l'Algérien Abdelaziz Bouteflika, préparent donc une résolution sur le Proche Orient. Ils vont renouveler une proposition globale de nouveau dialogue nord-sud et de coopération internationale entre pays riches et nations du tiers monde. La francophonie servirait donc d'exemple ou d'échantillon pour des pratiques qui pourraient s'étendre à échelle mondiale dans les domaines scientifiques, universitaires, alimentaires ou du multimédia.
Autre fait majeur, les ministres préparent un texte sur la diversité culturelle à destination de l'Organisation Mondiale du Commerce. Jacques Chirac invite les pays francophones à devenir les pionniers de grandes causes "comme le développement durable, la paix, la démocratie et la diversité culturelle" tout en ajouant : "l'ère de l'isolement est close et en même temps nul ne saurait charcher à imposer aux autres une loi exclusive". Ni une langue unique... A défaut de retrouver sa place et son rayonnement dans le monde, le français rêve de s'imposer comme la langue de la paix et du sauvetage de la planéte.
L'état des lieux en 2002
- Le français est la neuvième langue parlée dans le monde avec 2,5 % de la population. Première langue dans 42 pays.
- 75 % des francophones sont Africains.
- 18 % des échanges commerciaux sont réalisés et signés en français.
- 9 % du contenu d'internet est en français
- 55 pays participent au sommet.
- Le budget de la francophonie abondé à 80 % par la France est de 130 millions d'euros avec pour principales missions des programmes de coopération à destination des pays du sud dans les domaines de l'Université et des Hautes technologies.
- Moins de 10 % des chercheurs effectuent leurs travaux en français.
- Moins de 8 % des lycéens du monde étudient le français en première langue.
- Le pays le plus francophone d'Europe hors France, Suisse et Belgique est la Roumanie
Trop compliquée la langue de Molière ?
En Espagne et depuis peu au Portugal, le français a été nettement supplanté comme première langue en classe de sixième (80 % des jeunes Espagnols choisissent l'anglais). En Italie, la langue de Shakespeare revue et simplifiée par les pratiques américaines fait jeu égal avec le français et l'allemand. En Suisse, les lycéens de la partie germaniste privilégient aussi l'anglais. Aux Etats-Unis, l'espagnol devient non seulement la première langue étrangère "commerciale" et "scientifique" mais encore celle à la mode dans les milieux culturels et branchés, rôle jusque là dévolu au français. Si tout le monde souhaite maîtriser l'anglais pour des raisons professionnelles ou commerciales, le recul du français s'expliquerait aussi par... sa difficulté. Selon un rapport de l'université de Michigan, "en deux ans, un étudiant de très bon niveau apprend le français et l'espagnol. Pour un étudiant de niveau médian, l'apprentissage du français va demander quatre ans, pas l'espagnol. Or dans un cursus scolaire, le temps est compté".
Autre exemple cité au colloque de la francophonie par un enseignant espagnol : "Les pays anglophones ou hispanophones n'organisent pas de concours de dictée. A neuf ans, tous les écoliers espagnols ont 20 sur 20 en dictée". La richesse de la langue, âprement défendue par l'Académie et les grammairiens, qui refusent la moindre simplification et acceptent les anglicismes au compte-goutte, devient un élément de complexité. Surtout sur internet qui privilégie la concision et la lecture rapide.
Boutros Boutros-Ghali : "Une bataille sur le terrain géostratégique"
"Du Bellay, en 1549, s'insurgeait contre la domination du latin et du grec, tout comme d'autres aujourd'hui, s'alarment, et à juste titre, de la domination de l'anglais. La défense de la langue française sous la plume de du Bellay prenait une allure offensive et non d'une défense toute passive, teintée de protectionnisme, ou de revendications chauvines. Car l'illustration qu'il développe n'est autre qu'une invitation à imposer la langue française en la faisant évoluer pour l'adapter aux idées et aux réalités de son époque. Eh bien, cinq siècles plus tard, on peut dire que les défis qui se posent au français, et plus largement à la francophonie, restent les mêmes. Mais le problème ne se pose pas en termes d'affrontement avec l'anglais, plutôt de stratégie, et bien plus de géostratégie. Car le français ne recule pas. La langue française est, avec l'anglais, la seule langue enseignée dans tous les pays du monde. Nous devons soutenir et stimuler cette demande de français qui est en progression constante puisque, entre 1990 et 1998, le nombre de francophones réels a augmenté de 7,7 % et le nombre de francophones occasionnels de 11,8 %.
Mais il faut bien reconnaître qu'il y a autour du français tout un apitoiement esthétique. Refusons donc la vision décadente de ceux qui dissertent du déclin de la langue française comme on contemplerait Venise s'enlisant dans la lagune ! Mais cela a un prix. Car la présence du français ne se joue pas dans les pays où le français est langue maternelle, mais d'abord dans des pays où il n'est que la deuxième ou la troisième langue de communication. L'existence de la communauté francophone, sa reconnaissance et sa crédibilité sur la scène internationale dépendent, d'abord, de sa capacité à véhiculer un certain nombre de valeurs et d'idéaux, de sa capacité à développer une solidarité active et une coopération efficace, dans les domaines culturels et techniques, mais aussi dans le domaine politique et économique.
De même, le plurilinguisme dans les organisations internationales n'est pas un combat d'arrière garde. Nous savons tous que la plupart des fonctionnaires des Nations Unies, y compris la plupart des fonctionnaires francophones, travaillent en anglais. La majorité des documents sont élaborés en anglais, et ensuite traduits, souvent avec retard, sans compter que cette traduction est parfois impropre, voire inexistante. Il s'agit là d'un phénomène extrêmement grave dans la mesure où les organisations internationales sont les seuls forums où s'élaborent et se prennent les décisions qui engagent l'avenir des Etats et des peuples de la planète".     haut
 
Hervé Bourges lance l’idée de partenariats entre presses francophone et française
Médias - Le président de l’UIJPLF rend hommage à "L’Orient-Le Jour"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 20 octobre 2002

Le partenariat entre presse francophone et presse française, la prédominance des médias anglophones et les médias libanais francophones sont des thèmes qui ont été abordés par Hervé Bourges, président de l’Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF), lors d’une rencontre avec les journalistes au Centre de presse du Sommet de la francophonie. M. Bourges n’a pas oublié de mentionner la presse libanaise, notamment L’Orient-Le Jour qu’il a considéré comme "un journal remarquablement bien fait, lu par l’élite". Il a déploré l’étroitesse du marché libanais ainsi que les difficultés financières et économiques que traverse le Liban, et n’a pas caché que l’avenir le préoccupe. Que propose-t-il aujourd’hui afin de renforcer la presse francophone au Liban ? "Je suis plein d’admiration pour L’Orient-Le Jour, dit-il. Mais son influence est réduite. Il est lu par quelques décideurs, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait qu’il y ait d’autres titres, je ne sais pas si on va dans ce sens. Dans la politique de relancer la francophonie, une décision doit être prise dans ce domaine pour que, du côté français, on puisse aider au développement de la presse francophone, et peut-être L’Orient-Le Jour aussi." Il a ajouté qu’ "un partenariat pourrait également être envisagé entre les médias libanais ou la presse libanaise et les médias ou la presse de l’Hexagone". L’UIJPLF compte-t-elle faciliter des partenariats entre institutions francophones et françaises ? "L’idée de jouer un rôle dans la naissance de tels partenariats nous est récemment venue, a-t-il indiqué. Nous allons rassembler les gens qui parlent français et qui pratiquent cette langue dans la communication en essayant de déterminer quels sont les partenariats possibles afin que les plus forts aident les plus faibles."
M. Bourges a également évoqué l’affaire de la MTV, rappelant que l’UIJPLF a déjà publié un communiqué déplorant "la fermeture brutale" d’une chaîne pluraliste. "C’est un fait qui ne peut pas laisser indifférent", a répété hier M. Bourges. Interrogé sur la réaction de l’Union si la MTV était définitivement fermée, il a fait remarquer que "nous ne pouvons pas nous ingérer dans les affaires libanaises intérieures, mais nous publierions un communiqué dénonçant une telle décision". Par ailleurs, M. Bourges a parlé de la prédominance de la langue anglaise, que ce soit au niveau des médias ou de l’Internet. "C’est la constatation qu’on peut faire, a-t-il souligné, en réponse à une question. L’anglais n’est-il pas à 80 % la langue de l’Internet ? Il y a une crise, une domination réelle sur le secteur. Au cours de cette réunion, il faut en prendre conscience, dire aux francophones de tous bords : unissez-vous !" Qu’espère-t-il de ce sommet ? "Je ne peux pas savoir quelles vont être les décisions prises à l’issue de ce sommet, a-t-il dit. Mais ce qui se passe à Beyrouth montre bien que la francophonie doit être d’abord une langue qu’on partage, qu’on échange, une culture qu’on veut faire connaître à d’autres avec une défense des valeurs qui s’y rattachent." Sur la prédominance des médias anglophones, M. Bourges a déploré qu’ "au niveau francophone, il n’y ait pas une chaîne d’information internationale", rappelant que "le président français a annoncé la création prochaine d’une telle chaîne". 
RSF : Le journaliste franco-israélien a "pris des libertés avec la légalité"

Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, a reconnu hier que le journaliste franco-israélien Gédéon Kouts a pu recourir à un "subterfuge" pour couvrir le sommet de la francophonie à Beyrouth. Réagissant à l’incident provoqué par Kouts, correspondant à Paris de la télévision israélienne Israel Channel Two, Robert Ménard a affirmé que la déclaration de Munich de 1971 interdit aux journalistes "d’user de méthodes déloyales pour obtenir des informations". Mais il a ajouté que "dans certaines conditions, (...) des journalistes sont amenés à prendre des libertés avec la légalité, car dans certaines situations, il n’existe pas d’autre solution que d’utiliser des subterfuges et de contourner les règles de la profession". Kouts, rappelle-t-on, avait adressé jeudi une correspondance sur le Sommet de la francophonie à la télévision israélienne. Il a été insulté et bousculé, vendredi matin, par des journalistes libanais qui l’avaient appris. Son accréditation au sommet lui a été retirée par les organisateurs et il a été confiné à sa chambre d’hôtel jusqu’à l’heure de son départ, aujourd’hui matin. Tout en jugeant regrettable la brusquerie dont certains journalistes libanais ont pu faire preuve, une source libanaise a estimé bien plus condamnable le comportement du journaliste. "Ignorait-il que le Liban et Israël sont en guerre et que la loi en vigueur dans le pays interdit toute communication avec l’Etat hébreu ?" a souligné la source citée, qui a dénoncé la provocation de M. Kouts à l’heure où Israël multiplie les menaces à l’égard du Liban, pour avoir décidé d’user de son quota des eaux du Wazzani.    haut

 
Franco(caco)phonie
 
par JOSE JAMHOURI, publié dans l'Orient-le Jour le 21 octobre 2002

Un grand merci à nos chaînes de télévision locales ! Grâce à elles, du fabuleux Sommet de la francophonie, nous garderons en effet un souvenir... bien arabophone. Pas une station qui n’ait eu l’idée de transmettre les discours et les propos de nos hôtes dans la seule langue de Molière, sans voix off, arabe, gutturale et assommante à souhait. On peut certes comprendre que ces médias aient eu le souci de s’assurer une large audience. Mais de là à frustrer tout un auditoire francophone qui constitue plus de 15 % de la population libanaise, sans compter nos invités ! Chapeau ! Au lieu de se cantonner dans son rôle ingrat et inutile de censeur de la République, le président du Conseil national de l’audiovisuel aurait pu faire son métier, pour une fois, en suggérant aux patrons de l’audiovisuel qu’une chaîne au moins transmette l’événement exclusivement en français. Que dire alors du ministre de l’Information, trop occupé sans doute à pérorer sur la situation régionale à la lumière des menaces américaines contre l’Irak... Bref, nos amis francophones ont dû se contenter des quelques bribes d’informations diffusées en français au compte-gouttes par une ou deux chaînes, qui plus est, à des heures impossibles. Quelle idée ont-ils donc pu avoir de l’état de la francophonie au Liban ? A l’évidence, cacophonique.    haut

 
Francophonie : programme très arabe
A Beyrouth, le IXe sommet a tourné autour de l'Irak et du Proche-Orient
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 21 octobre 2002
La francophonie est-elle en train de devenir la nouvelle bannière ralliant tous ceux qui s'opposent à l'hégémonie et l'unilatéralisme américains ainsi qu'à une mondialisation à sens unique ? C'est l'impression qu'a pu laisser le IXe Sommet de la Francophonie, qui s'est achevé hier à Beyrouth malgré une déclaration finale aux termes très mesurés. La déclaration finale apporte un soutien implicite à la position française sur l'Irak en rappelant "la primauté du droit international et le rôle primordial de l'ONU". Concernant le conflit au Proche-Orient, le sommet appuie l'initiative arabe de paix, adoptée en mars à Beyrouth, "la considérant (...) comme le cadre le plus approprié pour arriver à une solution juste, durable et globale dans la région". Pour faire bonne mesure, le sommet condamne "tout recours au terrorisme". Malgré l'unanimité affichée, la "famille" francophone est loin d'être sur la même longueur d'ondes. Comment pourrait-il en être autrement tandis que le Liban, hôte du sommet, se considère en état de guerre et refuse toute normalisation avec Israël, reconnu par une large majorité des 55 pays membres et observateurs de l'organisation ? Le discours du président libanais, Emile Lahoud, défendant le droit à la "résistance arabe", condamnant "un Etat créé par la colonisation et la conquête", adepte du "terrorisme" et justifiant presque les attentats-suicides, aurait pu aisément être repris à son compte par son "parrain" syrien, le président Bachar al-Assad.
Eloge
Il a en tout cas dû remplir d'aise le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assis au premier rang des officiels libanais lors de la cérémonie d'ouverture. Le chef de la milice chiite, armée par Téhéran et protégée par Damas, avait été curieusement placé au côté des dignitaires religieux, chrétiens et musulmans, et non parmi les responsables politiques. Il est vrai que bien du chemin a été parcouru par le "parti de Dieu", qui s'était illustré dans les années 80 par ses enlèvements d'Occidentaux. Dans une interview accordée récemment au quotidien al-Nahar, Nasrallah faisait l'éloge de la francophonie, estimant, en substance, qu'elle avait un rôle à jouer pour l'édification d'un monde multipolaire opposé à l'hégémonie américaine.
Incident
La pétition d'une soixantaine de journalistes libanais demandant l'expulsion immédiate de Gédéon Kuts, un journaliste français du magazine l'Arche qui a effectué durant son séjour à Beyrouth une correspondance pour la deuxième chaîne israélienne, a achevé de jeter un froid. Après négociations entre les autorités françaises et libanaises, un modus vivendi a été trouvé : Kuts n'a pas été expulsé, mais il a terminé son séjour cloîtré à l'hôtel. Un incident qui a donné une mesure de l'échauffement des esprits qui règne dans la région. Côté français, on n'a pas souhaité commenter la présence du Hezbollah, ni le discours du président Lahoud. On préférait se féliciter au contraire du changement de ton très net observé à l'égard de la francophonie dans le monde arabe. On en veut pour preuve "la qualité exceptionnelle" du discours prononcé par le président algérien Bouteflika, hôte d'honneur du sommet. C'est la première fois qu'un dirigeant algérien assiste en effet à une telle réunion, même si l'adhésion formelle de l'Algérie, longtemps hostile à ce qu'elle considère être un symbole du colonialisme, n'est pas à l'ordre du jour.
Dernier "dossier chaud" du moment, la Côte-d'Ivoire : le sommet a apporté son soutien au gouvernement face aux rebelles. Sur un plan plus institutionnel, les chefs d'Etat et de gouvernement ont décidé d'accorder plus de moyens afin de mettre en oeuvre la Déclaration de Bamako, qui crée un mécanisme d'observation, de contrôle et de sanctions en matière d'élections et de droits de l'homme. Une convention internationale sur la diversité culturelle sera présentée par le bloc francophone en mai à l'Unesco. Le sommet a aussi élu un nouveau secrétaire général de la francophonie, l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, 67 ans, qui succède au diplomate égyptien Boutros Boutros-Ghali.    haut 
 
L'exclusion d'Israël de la Francophonie est une incongruité
Plus de un million d'Israéliens connaissent le français
 
par ELIAS LEVY, publié dans le Devoir le 16 octobre 2002
L'auteur est journaliste à l'hebdomadaire The Canadian Jewish News 

Figure mythique du mouvement révolutionnaire de Mai 68, ancien leader de la Gauche prolétarienne et ancien secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre, le philosophe franco-israélien Benny Lévy dirige aujourd'hui, à Jérusalem, l'Institut Emmanuel Lévinas (dans son remarquable essai, Le Siècle de Sartre, Editions Grasset, 2000, Bernard Henri-Lévy retrace l'itinéraire tumultueux et très singulier de ce maoïste invétéré aujourd'hui devenu un fervent talmudiste).

L'Institut Emmanuel Lévinas est un centre francophone d'étude et de recherche en philosophie. Cette institution académique de renommée internationale a été fondée par Benny Lévy et deux grandes figures de l'intelligentsia française, Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut. Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut sont les coprésidents d'honneur de l'institut. Ils animent un séminaire d'étude et participent tous les ans, avec Benny Lévy, à un grand débat public qui a lieu devant quelque 2.000 personnes dans un grand amphithéâtre de Jérusalem. L'institut Lévinas, qui n'a jamais reçu le moindre subside de la France ou d'organismes culturels affiliés à l'organisation de la Francophonie, fonctionne grâce à des dons privés. Ce centre d'étude francophone, dédié à l'étude de l'oeuvre de l'un des penseurs et humanistes juifs les plus importants du XXe siècle, est indéniablement le fleuron culturel de la francophonie israélienne.
Benny Lévy est plutôt cinglant lorsqu'il aborde la question de l'absence d'Israël à la Francophonie. Le club très "sélect" de la Francophonie, qui regroupe aujourd'hui une cinquantaine de pays ayant en partage la langue française, se soucie comme d'une guigne de la non-présence de l'Etat d'Israël dans ses instances. Pourtant, 20 % des Israéliens, soit environ un million de personnes, parlent la langue française. L'Institut Emmanuel Lévinas est une autre preuve patente du dynamisme de la francophonie israélienne. Cette francophonie en plein essor est toujours boudée par la Francophonie institutionnalisée parce qu'un de ses membres, le Liban, s'oppose farouchement à l'adhésion d'Israël, me confiait récemment Benny Lévy au cours d'un entretien. "Les dirigeants de la Francophonie n'ont pas trouvé mieux cette année que d'organiser leur sommet à Beyrouth, capitale d'un pays occupé militairement et entièrement sous la botte d'un régime totalitaire, la Syrie. Beyrouth, théâtre du Sommet de la Francophonie : n'importe quoi ! Tout cela n'est qu'une sinistre comédie, tonnait-il. Je propose aux organisateurs du Sommet de la Francophonie de jumeler Beyrouth avec Durban. Les choses seront ainsi plus claires ! Il ne reste plus qu'à espérer que les discussions à caractère politique qui auront lieu pendant ce sommet ne prendront pas encore une fois les allures d'un festival de la haine anti-israélienne !""
Israël francophone
L'absence d'Israël de la Francophonie est une grande incongruité. En effet, le fait francophone en Israël est une réalité socioculturelle bien vivace. D'après une étude réalisée par le truchement d'un sondage Gallup et commanditée en 1995 par l'association Francophonie et Judaïsme, une organisation créée à l'instigation de l'Assemblée nationale française, 22 % des Israéliens, soit plus de un million de personnes (sur une population d'environ 5,5 millions d'habitants), possèdent une connaissance étendue ou limitée du français. Parmi ce million de locuteurs, 28 % ont le français comme langue maternelle, 72 % l'ayant appris comme langue étrangère. Quelque 55.000 élèves étudient aujourd'hui le français dans les écoles secondaires israéliennes. 2.000 jeunes étudient le français dans les cinq universités du pays. 5.000 personnes de tous les âges assistent aux cours de français dispensés par les instituts francophones rattachés à l'ambassade de France (l'un à Tel-Aviv, avec 3.000 élèves par an, et les autres à Be'er Sheva, Haïfa et Nazareth), par l'Alliance française de Jérusalem (dotée d'une imposante bibliothèque comptant 20.000 livres, cette institution, en pleine expansion, accueille 1.000 élèves chaque année), par les instituts de langues privés et par les associations communautaires francophones sises dans plusieurs villes israéliennes.
Autres indices révélateurs de la vivacité francophone en Israël : le succès inopiné de la Peugeot 307; le grand engouement du public israélien pour les chansons de Patricia Kaas, de Khaled, de Renaud, pour les films de François Truffaut, de Mathieu Kassovitz, de Bertrand Tavernier, etc.; le nombre sans cesse grandissant de livres français traduits en hébreu, d'Amin Maalouf à Marguerite Duras, de Daniel Pennac à Pierre Bourdieu, de Tahar Ben Jelloun - invité en Israël à l'occasion de la parution en hébreu de son best-seller international, Le racisme expliqué à mes enfants -- à Amélie Nothomb, de Fernand Braudel à Albert Memmi... De grands écrivains israéliens et des figures montantes de la littérature hébraïque - la plupart d'entre eux parlent très bien le français - sont traduits en français et publiés dans les maisons d'édition francophones les plus prestigieuses. C'est le cas d'écrivains mondialement connus tels Abraham B. Yehoshua (publié chez Calmann-Lévy), Amos Oz (Gallimard), Yirmiyahu Yovel (Seuil), David Grossman (Seuil), Batya Gour (Gallimard), Orly Castel-Bloom (Actes Sud) - qui sera un des invités d'honneur du Salon du livre de Montréal de cette année - et de romancières très prometteuses comme Zeruya Shalev (Gallimard), Yaël Hedaya (Actes Sud), etc.
La francophonie est devenue un microcosme de la société israélienne, une passerelle entre les différentes perspectives culturelles. Pourtant, il suffit de consulter la liste des Etats actuellement membres pour comprendre que l'adhésion à l'organisation de la Francophonie a été accordée à des pays dont les "capacités francophones" sont proportionnellement très inférieures à celles de l'Etat d'Israël. Si, malgré son million de francophones, Israël ne fait pas partie de la Francophonie alors que l'Egypte - avec seulement 2 % de francophones - en est membre, c'est à cause d'obstacles politiques et du blocage psychologique de la France, qui table depuis plusieurs décennies sur une politique proche-orientale foncièrement proarabe. On ne peut que déplorer la règle absurde de l'unanimité, ou plus exactement du consensus, qui régit le processus décisionnel de la Francophonie. Cette règle permet à la Syrie (contrée qui n'est pas membre de cette organisation) d'interdire à Israël, par le truchement du Liban, d'en faire partie. La Francophonie pourrait favoriser un dialogue des cultures d'Orient et d'Occident, du Nord et du Sud, et contribuer au rapprochement judéo-arabe. Cette organisation, qui constitue désormais une nouvelle réalité internationale, ne devrait pas négliger et laisser de côté un pays comme Israël, où 20 % de la population s'exprime dans la langue de Molière.    haut
 
Crise ouverte entre Israël et le Liban
Tel Aviv se réserve "le droit de protéger" son eau après l'ouverture d'une nouvelle station de pompage par Beyrouth sur le Ouazzani principale réserve de l'Etat hébreu
 
paru dans le Nouvel Observateur le 17 octobre 2002
La rivière Ouazzani pourrait être la source d'un nouveau conflit entre le Liban et Israël. Beyrouth a en effet commencé mercredi le pompage du cours d'eau pour approvisionner une dizaine de villages le long de la frontière avec Israël, une initiative à laquelle l'Etat hébreu est fermement opposé. A moins d'un kilomètre et demi de la frontière, devant 10.000 villageois, le président Emile Lahoud, accompagné du président du Parlement Nabih Berri, a ouvert les vannes, s'est lavé les mains et a bu de l'eau lors d'une cérémonie au cours de laquelle des ballons rouges et blancs aux couleurs nationales ont été lâchés.
Le Ouazzani
Le Ouazzani naît au Liban, se mêle aux eaux du Hasbani et rejoint ensuite le Jourdain et le lac de Tibériade, principale réserve d'eau douce d'Israël. Alors que le président français Jacques Chirac se rend en fin de semaine au Liban et en Syrie, le ministre israélien de la Défense Benyamin Ben Eliezer lui a transmis lundi à Paris un message, demandant le soutien de Paris sur ce dossier. Mercredi, le chef de la diplomatie israélienne, Shimon Pérès, a déclaré devant la Knesset : "Nous ne pouvons, nous n'accepterons pas de telles actions unilatérales et nous nous réservons le droit de protéger notre eau, selon le droit, le droit international". Le mois dernier, M. Ben Eliezer a averti qu'Israël "ne pouvait tolérer" le projet de pompage libanais. De son côté, la milice chiite libanaise du Hezbollah a promis des représailles en cas d'attaque israélienne contre le système de pompage. Les Etats-Unis ont dépêché Richard Lawson, un expert du département d'Etat, pour tenter de trouver une solution. Les médias israéliens et libanais estiment qu'un compromis pourrait autoriser le Liban à pomper l'eau pour les maisons des villages frontaliers mais pas pour l'irrigation. "Le but est d'amener les deux parties à accepter une résolution pacifique du problème", souligne Paul Patin, porte-parole de l'ambassade américaine en Israël. L'envoyé de l'ONU au Proche-Orient, Terje Roed-Larsen, a rencontré lundi les dirigeants libanais avant de gagner Israël pour discuter du dossier.
L'accord de 1955
Selon le Liban, le projet permettra d'ajouter quatre millions de mètres cubes au volume d'eau déjà pompé dans le Hasbani, et portera le prélèvement libanais dans les deux rivières à environ dix millions de mètres cubes, soit très en deçà des 35 millions de mètres cubes autorisés en vertu d'un accord de 1955. Les ressources en eau sont très limitées en Israël, qui a décidé d'acheter des milliards de mètres cubes sur 20 ans à la Turquie. La source du Ouazzani se trouve à une centaine de mètres du plateau du Golan, qu'Israël à conquis en 1967. La rivière s'écoule dans le sud du Liban sur environ trois kilomètres avant de passer en Israël. Un grand réservoir peint aux couleurs du pays du cèdre a été construit dans le cadre du projet. La zone est un ancien champ de bataille du conflit israélo-libanais et des équipes de démineurs ont dû nettoyer le terrain autour de la station de pompage et des conduites. Le président libanais Emile Lahoud a appelé Washington à protéger les droits du Liban, affirmant qu'il voulait simplement étancher "la soif des habitants du sud (du pays)". De son côté, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a assuré que son gouvernement faisait tout son possible "pour protéger les sources d'eau d'Israël". Il devrait évoquer la question lors de sa visite à Washington mercredi. L'eau a déjà été la source de vives tensions dans la région. En 1964, Israël a pilonné une région de la Syrie à l'artillerie pour arrêter un projet de déviation de la rivière Banias, déclenchant une série d'accrochages qui avait conduit à la guerre des Six-Jours en 1967.    haut
 
Attentat contre un autobus au nord d'Israël
L'attaque à la voiture piégée a fait hier au moins quatorze morts et une cinquantaine de blessés
 
par PIERRE PRIER, publié dans le Figaro le 22 octobre 2002
Une voiture suicide a explosé hier en passant devant un autobus immobilisé à un arrêt sur la route entre les localités d'Afula et de Hadera, dans le nord d'Israël, faisant au moins quatorze morts, outre les deux auteurs de l'attentat, et plus de cinquante blessés. L'attaque a été revendiquée dans un communiqué depuis Beyrouth par le bras armé du Djihad islamique, les brigades Al-Qods, qui ont menacé Israël de nouveaux attentats. Les services de sécurité israéliens avaient averti : la menace d'attentat restait importante. En fin d'après-midi, une voiture a explosé à l'arrière d'un bus dans le nord d'Israël, près de la ville de Pardès Hanna. Le réservoir d'essence du bus semble avoir pris feu immédiatement. Des gardes de sécurité avaient été postés dans les bus pour contrer les attentats suicides. L'utilisation de "voitures suicides" n'est pas inédite, mais il pourrait s'agir d'une nouvelle tactique destinée à contourner la mise en place des gardes à bord. C'est le premier attentat depuis le 10 octobre. Près de Tel-Aviv, le chauffeur d'un bus avait empêché un kamikaze de monter dans son véhicule, évitant un carnage de grande ampleur. Le terroriste s'était fait sauter un peu plus loin, entraînant dans la mort une femme de 70 ans. Auparavant, un autre massacre avait été prévenu par le garde de sécurité d'un café de Tel-Aviv, qui avait détecté la ceinture explosive d'un homme tentant de pénétrer dans l'établissement. Le kamikaze avait été arrêté un peu plus loin. La police, l'armée et les services israéliens affirment avoir déjoué à temps de nombreuses autres tentatives.
Les islamistes avaient prévenu qu'ils chercheraient à venger les militants et les civils tués par l'armée israélienne ces dernières semaines en frappant des civils en Israël même. Une première revendication anonyme a été émise au nom du Djihad islamique. A Gaza, un dirigeant du Hamas, le principal mouvement islamique, s'est réjoui de l'attaque contre le bus : "Les Palestiniens dansent de joie, a déclaré le docteur Abdelaziz Rantissi. La mort de ceux qui ont été tués à Khan Younès et à Rafah est vengée. J'espère que c'est un membre de la branche militaire du Hamas qui a fait cela." Ces deux dernières semaines, sept enfants avaient été tués, et de nombreux autres blessés, par l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Quelle sera la réaction des autorités israéliennes ? L'attentat se produit après le retour de Washington du premier ministre, Ariel Sharon. Le président George W. Bush lui avait demandé d'observer une politique de retenue, afin de ne pas gêner les efforts en vue d'un consensus international contre l'Irak. Les Etats-Unis s'étaient alarmés face aux morts de civils dans les Territoires, et avaient demandé à Israël de faire plus attention dans ses ripostes.
Washington a également soumis aux Israéliens une "feuille de route" traçant le chemin vers un Etat palestinien. Le secrétaire d'Etat adjoint chargé du Proche-Orient, George Burns, doit rencontrer le gouvernement israélien demain et l'Autorité palestinienne, mais pas Yasser Arafat, jeudi. Cette fois, Israël n'aurait pas l'intention de riposter en s'attaquant à Arafat. Fin septembre, Sharon avait dû interrompre au bout de dix jours son dernier siège de la Moukata, les bureaux du président de l'Autorité, sur l'injonction de Washington. Un "très haut responsable du bureau du premier ministre" a affirmé hier soir à la radio militaire israélienne : "Nous n'allons pas nous en prendre à Arafat, après l'échec de la Moukata." Israël avait levé quelques couvre-feux dans les villes de Cisjordanie et annoncé hier un retrait de la zone palestinienne d'Hébron, tout en maintenant le blocus des villes palestiniennes. Le gouvernement évoquait ces derniers jours une invasion en règle de la bande de Gaza, une décision lourde à prendre. Dans une interview au Figaro, le ministre de la Défense, Benjamin Ben-Eliezer, avait prévenu : "Ce pourrait être l'enfer."     haut 
 
Irak et Corée du Nord
 
paru dans le Monde du 20 octobre 2002
La Corée du Nord a admis qu'elle poursuivait un programme, jusque-là tenu secret, d'armement atomique en violation d'un accord passé en 1994 avec les Etats-Unis. Cette révélation, faite par la Maison Blanche, a une explication interne aux Etats-Unis à quelques jours du vote de mi-mandat. Elle donne des arguments aux républicains dans leur critique de la politique Clinton-Gore qui visait à obtenir des concessions de Pyongyang en échange d'assistance et qui avait semblé pouvoir se conclure par un accord global sur les missiles à la veille du départ de Bill Clinton de la Maison Blanche. Mais l' "aveu" de Pyongyang a aussi embarrassé l'administration Bush. Car il s'agit d'un deuxième pays de "l'axe du Mal" qui se dote d'armes de destruction massive. Or la solution pour détruire la menace n'est ici pas militaire comme en Irak, a immédiatement fait savoir l'administration Bush. Face à la Corée du Nord, elle entend cette fois passer par la voie diplomatique.
Pour expliquer à l'opinion américaine et mondiale pourquoi il faut adopter deux stratégies différentes à l'égard de pays logés à la même enseigne, Washington souscrit à la thèse nord-coréenne d'un programme à caractère défensif et non pas offensif comme en Irak. Ce n'est pas faux : Pyongyang cherche avant tout à assurer la survie du régime, et la bombe atomique n'est pas tant faite pour menacer ses voisins que pour prévenir une attaque et, surtout, négocier une aide étrangère impérative à sa sortie du bourbier dans lequel l'a mis son isolationnisme depuis cinquante ans. Dans le cas coréen, les Etats-Unis n'ont en réalité d'autre choix que de négocier. La menace d'une action militaire "préventive" n'est guère envisageable. Il ne fait pas de doute que les Etats-Unis peuvent réduire Pyongyang en cendres, mais ils risquent une riposte sur la Corée du Sud et sur les forces américaines présentes dans la région, entraînant des pertes considérables militaires et civiles.
En matière de sanctions, les Etats-Unis ne peuvent guère faire beaucoup plus que chercher à bloquer l'aide humanitaire internationale. Une façon d'adopter finalement la même politique que l'équipe Clinton et qui consiste à "acheter" une nouvelle fois la neutralisation de la menace potentielle coréenne. Reste qu'un armement nucléaire dans les mains d'un régime aux abois fait peser sur toute la région une lourde menace. La communauté internationale s'est révélée impuissante à la prévenir. Et le risque majeur de ce nouvel exemple de prolifération nucléaire au côté des puissances déclarées (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France, Inde et Pakistan) est d'accroître encore les disséminations. Plus encore que l'apparition de nouvelles puissances nucléaires, ce sont les éventuels transferts de technologie de celles-ci à des organisations terroristes de type Al-Qaida qui constituent désormais le plus grand danger.    haut
 
L'Irlande dit oui, l'Europe fait ouf
63% de votes favorables au traité de Nice et donc à l'élargissement de l'Union
 
par CHRISTOPHE BOLTANSKI, publié dans Libération le 21 octobre 2002
Les Irlandais sont rentrés dans le rang européen. Par près de 63 % des suffrages contre 37 %, ils ont approuvé samedi le traité de Nice, qu'ils avaient rejeté (par 54 % contre 46 %) lors d'un premier référendum, seize mois plus tôt. De leur vote dépendaient la survie d'un texte laborieusement négocié à Nice, en décembre 2000, et l'élargissement de l'Union européenne de 15 à 25 pays au 1er janvier 2004. Bertie Ahern, le Premier ministre irlandais, a salué "la décision historique" de ses concitoyens. Le résultat, selon lui, témoigne d'un "oui franc et massif à l'élargissement et d'un message chaleureux de bienvenue" aux candidats à l'adhésion. Ceux-ci se félicitaient hier soir du résultat irlandais. "Nous sommes heureux : le calendrier de notre adhésion à l'UE n'est pas menacé et cette entrée se fera conformément aux règles déjà établies", commentait le porte-parole du président tchèque Vaclav Havel. "Je t'aime comme l'Irlande", a chanté à Varsovie, dans un club d'étudiants, le Premier ministre polonais Leszek Miller en levant une chope de Guinness. A Bruxelles, le président de la Commission européenne Romano Prodi s'est dit "heureux" : "Nous pouvons à présent achever les préparatifs de l'élargissement de l'Union européenne."
Le résultat irlandais a surtout été obtenu d'abord grâce à une forte augmentation de la participation, qui avoisine les 50 %. En juin 2001, seul un Irlandais sur trois s'était rendu aux urnes. Presque absents lors du premier référendum, les principaux partis politiques, les médias, l'Eglise, le monde économique ont, cette fois, fait activement campagne en faveur du traité. Face à une coalition hétéroclite de neutralistes et d'adversaires d'une Europe fédérale, ils ont su exploiter la peur d'un isolement économique en cas de victoire du non. Une corde d'autant plus sensible que la croissance du "Tigre celtique" s'est ralentie aux cours des derniers mois. "Quand nous étions riches, nous pouvions faire ce qui nous plaisait, plus maintenant", résume Michael Marsh, professeur de sciences politiques au Trinity College.    haut
 
Belgique - La fureur des livres
 
par MONIQUE BAUS, publié dans la Libre Belgique le 18 octobre 2002
Derrière les multiples activités organisées ces jours-ci dans les bibliothèques à l'occasion de La Fureur de Lire se cache l'inquiétude d'un secteur qui ne survit que grâce aux bonnes volontés. En Communauté française de Belgique, 150 réseaux de bibliothèques cohabitent aujourd'hui. 150 réseaux signifient 150 bibliothèques locales, comprenant chacune - dans une même commune - un pivot (c'est le point d'accueil principal, en volume et en heures d'ouverture, l'organisateur du réseau en quelque sorte), ainsi qu'une ou plusieurs filiale (s) et un ou plusieurs dépôt (s). Autant de points d'accueil pour les lecteurs voraces. Les bibliothèques disposent de quatre grandes sources de financement. La première, propre. Ce sont les recettes réalisées grâce aux inscriptions annuelles et aux emprunts. A noter que les moins de dix-huit ans bénéficient le plus souvent d'une inscription gratuite; et les étudiants, de réductions jusqu'à cinquante pour cent du prix maximum (soit une facture de 2 euros au lieu des 4 euros généralement pratiqués). En outre, de nombreuses bibliothèques pratiquent la gratuité du prêt et celles qui demandent une participation la réduisent souvent à 12 ou 18 centimes maximum par ouvrage. Conclusion : même dans les communes où le livre a vraiment la cote, cette première manne n'est en aucun cas suffisante pour faire tourner un réseau.
Second financement possible : la Communauté Wallonie-Bruxelles, première source de subvention. Celle-ci intervient dans les traitements du personnel. Sa participation s'élève à l'équivalent de 655.000 FB par personne et par an, avec un supplément de 50.000 FB `pour frais de fonctionnement´ (alors que le `subventionnement´ des salaires versés dans le secteur de l'éducation permanente, autre poste du budget culturel, sont elles, passées à 850.000 FB). Même avec le supplément, un calcul tout simple permet de constater à quel point la somme est insuffisante pour permettre un traitement acceptable, d'autant que les candidats à l'emploi en bibliothèques doivent remplir des exigences de formation assez poussées (licence et/ou graduat en bibliothéconomie). Il est donc fréquent que les responsables de bibliothèques complètent leur staff avec des employés ACS pour lesquels, moyennant certaines conditions (la philosophie étant de mettre des chômeurs de longue durée au travail), ils ne paient pas de cotisations patronales. Le Conseil supérieur du livre estime à 2.755.000 euros la cagnotte nécessaire pour que l'enveloppe `personnel´ soit acceptable...
Rien n'est laissé au hasard non plus, en ce qui concerne le nombre de permanents par réseau. Il est fixé par un savant calcul tenant compte du nombre d'habitants installés dans la commune du réseau en question. `La proportion est d'environ un permanent par tranche de 10.000 habitants, avec un maximum de douze ou treize´, précise Jean-Michel Defawe, gestionnaire de douze bibliothèques à Liège, vice-président du Conseil supérieur de la lecture publique et vice-président du Conseil du livre. Le lien entre Communauté française et bibliothèques a longtemps été régi par un décret voté en 1978 (lui-même remplaçant une loi de... 1921, obsolète comme on peut aisément le comprendre). `Le texte exprimait un véritable désir d'investir dans la lecture publique. Il prévoyait la prise en charge totale des salaires´, insiste le même. Avant de constater: `Il a fallu attendre 1987 pour jouir des premiers arrêtés d'application, encore assez généreux aussi. Mais eux non plus n'ont jamais été appliqués. Puis, en 1995, un autre arrêté a fixé par écrit ce qui était déjà pris en charge dans la réalité.´
Actuellement, de (très) nombreux bénévoles prêtent main forte au cadre subventionné et personnel ACS. `Ce sont des retraités, des étudiants,... En tout cas des gens très motivés sans lesquels nous ne serions plus là´, témoigne Viviane De Decker, responsable du pivot St-Henri à Woluwé-St-Lambert. Et le vice-président de l'association du Conseil supérieur de la lecture publique de confirmer : `La machine s'est grippée.´ Le nombre de bibliothèques ouvertes au public ne doit rien au hasard, non plus. Chaque `établissement´ doit faire l'objet d'une reconnaissance officielle; et, pour la décrocher, rentrer un dossier complet détaillant notamment un projet sur cinq années prévoyant entre autres le taux de réussite sur le terrain. Le ministre de tutelle tranche chaque année au mois d'octobre. `Aucune bibliothèque n'a été reconnue en 2001. Et seule une partie des candidates d'alors ont eu cette chance en juin 2002.´ Mais rien n'est acquis une fois pour toutes. Un dossier annuel doit être rentré (fréquentation, animations, taux d'ouvrages de tel ou tel type,...) qui, doublé de l'avis de l'inspecteur qui circule sur le terrain, devra forcément faire l'objet d'un rapport positif. Dans le cas contraire, une procédure de désagréation se met en route.
A l'heure actuelle, environ 60 pc du territoire de la Communauté française est couvert. Les provinces interviennent, elles aussi, mais dans les frais de fonctionnement. `En 1978, le décret prévoyait le remboursement de 60 pc de ces frais - papeterie, chauffage, réseaux informatiques, formation du personnel. Mais les Provinces n'ont pas apprécié que la Communauté leur donne des ordres. Il a parfois fallu des procès pour qu'elles contribuent. Finalement, ces soixante pour cent ont été payés pendant un ou deux ans, jusqu'au texte de 1995 qui a, là aussi, rabaissé l'intervention.´ Elle se limite actuellement à 60.000 FB maximum par agent. `Chez moi à Liège, les frais de fonctionnement s'élèvent à 1.600.000 FB. Comme je n'ai droit qu'à six agents, on me rembourse maximum 360.000 FB. Perte: 1.240.000 FB!´ Quatrième type d'intervention possible: les communes participent, de leur côté, à l'achat des ouvrages. Dans la mission qu'elle doit remplir pour conserver son agréation, chaque bibliothèque doit effectivement augmenter sa collection de `x´ ouvrages supplémentaires chaque année. La législation établit un prix moyen par livre, selon sa catégorie (livre d'art, roman, BD,...) Elle fixe donc le montant de l'aide en multipliant `x´ par le prix déterminé. Un montant dont certaines communes moins riches ont parfois de la peine à s'acquitter...
Les récentes déclarations publiées à l'occasion de La Fureur de Lire et/ou de la fixation du budget 2003, permettent-elles réellement d'espérer un avenir plus rose pour ces endroits appréciés mais trop peu connus du public ? Une mise en perspective de l'évolution du budget accordé à la lecture publique semble, au contraire, suggérer qu'on n'est pas vraiment sur cette voie. Le budget culture 2002 de la Communauté Wallonie-Bruxelles révèle en effet quelques évolutions intéressantes par rapport à l'année précédente (+114,1 millions de FB pour la RTBF, +98,2 millions pour la musique, +73, 2 pour le théâtre et +39, entre autres, pour l'éducation permanente qui caracole nettement en tête depuis longtemps) mais aussi trois diminutions inquiétantes dont les 9,4 spectaculaires millions enlevés à la lecture publique, clairement parent pauvre de la culture, depuis quarante ans. Est-ce réellement un choix ? La différence avec la Région flamande fait réfléchir. Le budget de la lecture publique francophone (423 millions de FB en 2002, pour 432,4 en 2001) est en effet... cinq fois inférieur à celui qu'on lui accorde au nord du pays !
Deux nouveaux points avaient pourtant été intégrés, en 2000, dans la liste des aides possibles de la Communauté Wallonie-Bruxelles. `Politique d'accueil des élèves et animation des bibliothèques publiques´ et `dépenses quelconques liées à la lecture publique, au livre et à la langue française´ avaient fait naître un espoir... Qui retombe comme un soufflé lorsqu'on découvre la liste des projets financièrement soutenus, qui n'ont parfois rien à voir avec l'intitulé des postes (exemple : deux millions ont été destinés à soutenir JDM - le journal du mardi - quelques semaines avant sa faillite). Concernant, enfin, l'équipement informatique des salles, une autre éclaircie avait également vu le jour avec la promesse de la Communauté, en 1999, d'attribuer à ce dossier une enveloppe de 180 millions de FB. `Elle a fondu à 20 millions en 2001, puis à 10 millions... Que nous attendons´, conclut Jean-Michel Defawe. La revalorisation du financement des bibliothèques restera-t-elle, malgré les (nombreuses) belles paroles, pleines de bonnes intentions, de la science-fiction ?    haut
 
Du maquis historique au maquis végétal
Arts - L'exposition présentée à Paris oscille entre peintures à l'eau éblouissantes et vidéos insoutenables
 
par HERVE GAUVILLE, publié dans Libération le 21 octobre 2002
Maquis, Exposition au Plateau, angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci, 75019 Paris
Tél.: 01.53.19.84.10. Catalogue 56 p. Jusqu'au 24 novembre
Un titre peut en cacher un autre. L'exposition présentée au Plateau s'intitule Maquis. Il est supposé évoquer une résistance armée à un occupant, comme semblent le confirmer les photographies projetées par Michel Lasserre et Paola Yacoub. Elles montrent des paysages du sud Liban et y associent quelques questions ou commentaires à propos de la guerre. Ce travail, qui relève du documentaire et non d'un imaginaire artistique, vise à provoquer une réaction, morale ou politique, au spectacle de ces images.
Infinitésimale
Le terme maquis se voit ainsi illustré dans son acception historique. En revanche, avec les quatre autres exposants, il retrouve sa signification de formation végétale provenant d'une dégradation de la forêt : Julije Knifer et Yvan Salomone débroussaillent les sentiers de la création picturale, et Fiorenza Menini et Gary Hill se cachent derrière l'écran de la forêt vidéo. Ce dernier n'a plus rien à prouver. Il a su porter comme nul autre ­ à l'exception sans doute de Bill Viola ­ l'art vidéo à son degré d'excellence. Aussi l'oeuvre qu'il propose ici n'ajoute-t-elle rien à sa notoriété. Réalisée l'an dernier, elle est constituée de cinq écrans, dressés dans une salle noire, sur lesquels sont projetés des portraits d'habitants de Belsunce, quartier populaire de Marseille. La durée de projection est infinitésimale, de sorte que l'oeil a juste le temps de capter quelques éléments visuels avant d'être renvoyé à l'obscurité. L'accoutumance aidant, la perception s'affine. Reste que l'exercice ne suscite pas grand-chose d'autre qu'une irritante frustration et, ce faisant, est loin d'atteindre l'atmosphère troublante et envoûtante dans laquelle était plongé le public de ses précédentes expositions, notamment celle qui réunissait à Montréal les travaux d'une douzaine d'années ("Libération" du 14 février 1998). En regard, Belsunce Recordings est une oeuvre mineure.
Prétentieux
Préférera-t-on alors l'oeuvre mineure d'un grand artiste ou la tentative ambitieuse d'une débutante ? Fiorenza Menini fait de la vidéo comme on ouvre un robinet. Elle filme une performance -­ ici, quatre personnes assises dans une salle d'attente -­ en continu. La durée de la projection n'est pas indiquée et aucun siège n'est prévu pour les spectateurs éventuellement intéressés. L'opération dure deux heures... Si ce type de vidéo veut un jour prétendre rivaliser avec le cinéma, il faudrait apprendre à se soucier un tant soit peu du public. Il est vrai qu'il y a un banc devant un autre écran sur lequel Menini projette une montagne en fondu enchaîné pendant une heure. Or personne ne réussit à rester assis là plus de quelques minutes. C'est probablement la raison pour laquelle son hagiographe parle, dans le catalogue, de "l'insoutenable éclat du présent", sans se rendre compte à quel point l'adjectif "insoutenable" l'est lui-même devenu. Les vidéos de Menini sont finalement plus prétentieuses qu'ambitieuses.
A l'inverse, les peintures du Croate Julije Knifer sont dénuées de la moindre présomption. Ce sont de grands tableaux où le noir et le blanc se côtoient en bandes larges, formant une sorte d'alphabet abstrait, théorie calligraphique pour une langue inconnue. C'est écrit noir sur blanc ou blanc sur noir. Par le seul recours à cette opposition binaire et par les variations qu'il en tire, le peintre réussit à placer recto et verso sur un même plan. Comme une bande de Moebius en deux dimensions. Rarement une mise à plat du monde aura révélé, avec une telle économie de moyens, le caractère nécessairement labyrinthique de tout parcours, fût-il le trajet le plus court entre deux hypothèses.
Délavé
Yvan Salomone s'y prend autrement. Ses images de friches industrielles, de docks, de darses, de baraques et de hangars sont fabriquées à l'eau. Or, comme dit la ritournelle, la peinture à l'huile c'est bien difficile, mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau. L'aquarelliste aurait-il donc choisi la voie de la facilité en exécutant ses panneaux au rythme approximatif d'un par semaine ? Peut-être, mais ses peintures à l'eau sont certainement aussi belles, sinon davantage, que bon nombre de peintures à l'huile. Le mélange délavé de tons contrastés ainsi que l'hésitation entre la netteté du modèle photographique et le flou de la toile humide contribuent à parer la désolation du motif d'une délicatesse ruinée. Lieux désertés et territoires abandonnés disent assez la nostalgie d'une époque où le peintre pouvait se jeter à l'eau sans éclabousser la beauté.    haut
 
Liban-Arabie - Riyad promet d'assurer le succès de Paris II
Le royaume wahhabite serait prêt à aider financièrement Beyrouth

paru dans l'Orient-le Jour le 22 octobre 2002

Le Premier ministre, Rafic Hariri, qui devait regagner Beyrouth tard dans la soirée d’hier en provenance de Ryad, où il s'était rendu dimanche aussitôt après la clôture du Sommet francophone, a obtenu des dirigeants saoudiens un engagement de principe sur leur disposition à assurer le succès de la conférence de Paris II et aider financièrement le Liban, à en croire des sources proches du chef du gouvernement. Aucune précision n’a pour l’instant été fournie ni sur le montant de cette aide ni sur ses modalités. M. Hariri avait eu des entretiens notamment avec le roi Fahd et le prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz. (Photo AFP)    haut

 

 

 
 
Copyright 2002 RJLiban