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Témoin,
jusqu’au bout
par DOMINIQUE BAUDIS, publié
dans l'Orient-le Jour le 11
octobre 2002
L'auteur
est écrivain et président du
Conseil supérieur de
l’audiovisuel français (CSA)
Le Liban illustre mieux que
n’importe quel pays la
"théorie des
climats" formulée par
Montesquieu, selon laquelle
les particularités géographiques
et physiques d’un pays déterminent
les comportements des hommes
et l’histoire des peuples.
Les ports du littoral
ouvrent le Liban sur le
monde méditerranéen et par
la plaine de la Békaa
passent les grandes routes
des capitales de l’orient.
Tout au long des siècles,
les flottes, les armées,
les invasions ont pu pénétrer
ce pays ouvert. Mais le
Mont-Liban, grâce à son
relief, est aussi un refuge,
un asile offert aux persécutés
qui montaient s’y réfugier.
Les grandes invasions
passaient, les malmenés de
l’histoire demeuraient. Le
Liban est ainsi devenu,
souvent pour le meilleur et
parfois pour son malheur, le
lieu du monde qui illustre
le mieux la diversité, les
diversités, de croyance, de
culture, de langue,
d’opinion… Elles forment
tantôt un modèle
lorsqu’elles dialoguent,
se conjuguent et
s’enrichissent de leurs
différences, tantôt un
contre-modèle quand elles
cherchent mutuellement à se
détruire.
Le monde de demain sera-t-il
monopolaire et uniformisé
ou bien multiple et divers ?
L’humanité peut-elle
entendre un seul discours,
formulé dans une seule
langue, au service d’une
seule vision ? Depuis la fin
du siècle dernier et
l’effondrement du système
soviétique, la pente des événements
semble nous y conduire comme
vers une fatalité. Mieux
que tout autre nation, le
Liban peut témoigner de la
valeur, de la diversité, du
prix de son respect.
"Je ne crois qu’aux témoins
qui se font tuer",
disait Pascal. Ce témoignage,
que tant de Libanais ont payé
de leur vie, mérite d’être
entendu et retenu. La
pluralité qui fait la
singularité du Liban désignait
ce pays pour l’accueil du
Sommet de la francophonie
placé sous le signe du
dialogue des cultures.
haut
Liban -
La France à la une
par
HODA SALIBY-YEHIA, publié dans
Courrier International le 18
octobre 2002
Beyrouth accueille du 18 au 20 octobre
2002 le neuvième Sommet de la
francophonie, le premier à se
tenir en terre arabe. Pour la
capitale libanaise, c'est
l'occasion de redorer son blason
et de renouer avec sa tradition
de carrefour des civilisations. Le
neuvième Sommet de la
francophonie vient enfin de
s’ouvrir à Beyrouth.
Initialement prévue en octobre 2001,
cette manifestation avait été
reportée d’un an à la suite
des attentats du 11 septembre.
Si la thématique du sommet est
“le dialogue des cultures”,
le terrorisme figure en bonne
place parmi les thèmes retenus.
La situation en Côte-d’Ivoire,
une résolution spéciale sur le
Liban et le Moyen-Orient, ainsi
que des questions internes à
l’Organisation internationale
de la francophonie (OIF) étant
les autres thèmes principaux.
Parmi
la cinquantaine de chefs de délégation,
la vedette est indéniablement
Jacques Chirac. Dans une
interview exclusive accordée à
“L’Orient-le Jour”,
quotidien beyrouthin et fleuron
de la francophonie au Liban, le
président français a confirmé
“la tradition d’amitié de
la France avec le Liban”. Pour
“L’Orient-le Jour”,
Jacques Chirac “aime le Liban
et les Libanais, qui, dans leur
très grande majorité, le lui
rendent bien.” Il s’inquiète
du sort de la jeunesse
libanaise. Un sujet sur lequel
il revient dans une émission de
la chaîne Future Télévision,
pour inviter “les jeunes à
garder confiance et à rester au
pays”. Et pour revenir au
Sommet de la francophonie,
Jacques Chirac a souligné, dans
son entretien avec
“L’Orient-le Jour”, que
“[son] objectif doit être,
sans aucun doute, d’affirmer
clairement que les francophones,
au-delà de leur diversité, ont
une vocation commune à être
porteurs d’une vision
politique du monde, qui est une
vision de dialogue et non pas de
confrontation.”
La
francophonie, hommage à “la
langue française”
“On
se dirige tout droit vers une
heureuse et salvatrice
politisation de l’institution
francophone”, se félicite
“L’Orient-le Jour”. Non
sans problèmes. Si, lors des
huit derniers sommets, les déclarations
finales étaient préparées
dans les moindres détails, il
n’en va pas de même pour la déclaration
de Beyrouth. “Certains points
ont provoqué d’âpres polémiques
entre les participants. C’est
le cas pour la définition de la
diversité culturelle. Certaines
délégations y ont vu un droit
à l’ingérence culturelle.
L’autre point concerne la déclaration
de Bamako, où s’était tenu
la dernière réunion, en 2000.
Ce texte insistait sur le
respect de la démocratie, des
droits de l’homme et des
libertés publiques au sein des
pays membres. Là encore,
certains pays y ont vu un prétexte
à de l’ingérence politique
pure et simple dans les affaires
internes d’un pays tiers.”
Pour
“An Nahar”, “la
francophonie, c’est important.
Mais le plus important, c’est
la France.” Le quotidien
arabophone “invite les
responsables libanais à
accorder la plus grande
attention à la France et à son
président, qui a consacré au
Liban une visite officielle en
arrivant un jour avant
l’ouverture du sommet.” La
francophonie est certes un
hommage à “la langue française,
le dénominateur commun à tous
les participants. Mais la
francophonie est aussi
l’expression de liens économiques
et d’une vision politique”,
poursuit le journal. Son confrère
arabophone “As Safir”
n’est pas en reste et consacre
plusieurs pages au sommet.
L’arrivée de Jacques Chirac
à la veille de l’ouverture et
ses déclarations étant au
coeur de l’information. Le
quotidien beyrouthin, proche de
la Syrie, relève que le président
français a déclaré :
“Je n’ai pas l’intention
de m’ingérer dans les
relations entre le Liban et la
Syrie. Cette question concerne
essentiellement les deux
pays.”
Un
grand défi
Le
quotidien anglophone “Daily
Star”, pour sa part, s’arrête
sur la réunion tenue par l’Association
internationale des maires
francophones (AIMF) et sur
l’allocution de Jean-Paul L’Allier,
qui a dirigé la session en
l’absence de Bertrand Delanoë,
président de l’AIMF.
“L’Allier a rendu hommage au
Liban, qui selon lui constitue,
en tant que communauté
multiethnique, multilingue et
multiconfessionnelle, une référence
en matière de diversité
culturelle, au coeur même de
notre philosophie politique”,
relate le “Daily Star”.
Néanmoins,
c’est dans “L’Orient-le
Jour” que l’on trouvera la
meilleure couverture du sommet.
Pendant plus d’une semaine, le
journal a publié dans ses pages
des textes écrits par des
personnalités comme Kofi Annan
et Boutros Boutros-Ghali ou par
des écrivains francophones
comme Tahar Ben Jelloun, Amin
Maalouf, ou encore par des
plumes françaises comme Marc
Lambron et Jean-Marie Rouart. Au
quotidien, le journal rend
compte du programme des réunions
et des activités. Et, surtout,
il donne des conseils aux
Beyrouthins, qui doivent faire
face à des “restrictions
draconiennes sur le
stationnement et la circulation,
à la suspension du trafic aérien
entre 9 heures et 21 heures
le jeudi 17 et le dimanche
20 octobre et à la
fermeture des écoles et des
universités situées dans le
Grand Beyrouth.” Mais qu’à
cela ne tienne, le président de
la République, le général
Emile Lahoud, l’a bien dit :
“Le Sommet de la francophonie
de Beyrouth constitue un grand défi
que l’ensemble des Libanais a
décidé de relever.”
haut
Boutros-Ghali
: "Un forum pour les problèmes
du Sud"
Boutros
Boutros-Ghali achève son mandat
de cinq ans de secrétaire général
de l'Organisation internationale
de la Francophonie (OIF)
publié
dans le Figaro le 19 octobre 2002
* Il y a cinq ans,
lorsque vous avez été élu
secrétaire général de la
Francophonie, vous aviez déclaré
que vous vouliez dépoussiérer
l'organisation et la rendre plus
efficace. Pensez-vous avoir réussi
?
Je le pense. La
francophonie était une
organisation repliée sur elle-même
et méconnue dans le monde. Mon
premier souci a été de la
faire admettre par les
organisations internationales,
par l'ONU et ses agences spécialisées,
avec lesquelles une vingtaine
d'accords ont été conclus.
Nous avons développé un
concept différent pour parler
de l'exception culturelle, nous
évoquons la"diversité".
Ce faisant, nous obtenons
l'appui de toutes les autres
aires culturelles et, dans ce
dossier, la francophonie a joué
un rôle de précurseur. Nous
avons tenu il y a deux ans à
Paris une réunion qui
constituait une première avec
le président du Mozambique, qui
représentait la lusophonie, et
celui de l'Equateur pour l'hispanophonie.
Nous avons établi depuis des
relations avec ces deux espaces.
Un deuxième sommet aura lieu
prochainement au Mexique. Nous
sommes donc sortis du repli. La
francophonie est sortie de son
monde pour s'inscrire dans le
monde.
* Au-delà de la défense
du patrimoine culturel, quel rôle
peut jouer la francophonie ?
Dans le cadre de la
mondialisation, la francophonie
défend la démocratie
nationale. Nous avons tenu une réunion
à Bamako pour renforcer les démocraties,
pour associer démocratie et
droit de l'homme. Or cela ne
sert à rien de prôner la démocratie
si vous avez en haut de la
pyramide un système qui n'est
pas démocratique. Le
plurilinguisme est un élément
de démocratisation de la
mondialisation. Le
plurilinguisme est aussi
important pour la démocratie
mondiale que le pluralisme l'est
pour la démocratie nationale.
La francophonie, lorsqu'elle défend
la diversité culturelle, défend
une approche pour humaniser la
mondialisation. Enfin nous défendons
la culture de la paix dont un
des fondements est de pouvoir
engager un dialogue avec
l'autre. Or on ne peut engager
un dialogue avec l'autre que si
la diversité culturelle existe.
* Sur quels instruments
peuvent s'appuyer les Etats
francophones pour faire jouer
leur diversité ?
Il y a un sujet qui n'est jamais
abordé, c'est le droit. Dans
mon pays, l'Egypte, le droit
civil, c'est le code Napoléon,
la procédure est une procédure
française. Le droit
constitutionnel est français.
Le Conseil d'Etat et la Cour des
comptes fonctionnent sur le modèle
français. Nous avons intérêt
à protéger ce droit. Il fait
partie du patrimoine. C'est le
droit qui persiste en Amérique
latine et en Afrique. En Europe,
il est en danger face à la
common law. On reproche à
l'Organisation internationale de
la francophonie son incapacité
à faire respecter les généreux
principes qu'elle édicte en
matière de droits de l'homme ou
de démocratie... C'est faux.
Par exemple, lors du coup d'Etat
au Niger, nous avons suspendu
nos relations avec le nouveau
gouvernement et nous avons négocié
pour obtenir la promesse d'un
retour à la démocratie.
Lorsqu'il y a eu un coup d'Etat
en 1999 à Abidjan, je suis
intervenu pour faire revenir le
Parlement dans la vie politique.
* Que faites-vous dans la
crise actuelle en Côte d'Ivoire
?
Je suis en contact avec les
dirigeants, avec la Communauté
économique des Etats d'Afrique
de l'Ouest (Cedeao). Mais nous
ne voulons et ne pouvons pas
intervenir quand d'autres
institutions sont déjà impliquées.
Mon expérience des Nations
unies me conduit à penser que,
dans un conflit, il y a un
double problème, celui avec les
adversaires et celui entre les médiateurs.
De toutes façons, il faut être
discret et éviter d'humilier
les Etats.
* Comment pensez-vous
faire appliquer les principes
contenus dans la Déclaration de
Bamako ?
Nous avons organisé dans
ce cadre trente assistances électorales.
Nous intervenons pour
sensibiliser les gens à la nécessité
de voter. Nous sommes présents
pour convaincre les partis
politiques qui ont perdu de
collaborer. Nous donnons une
assistance à plus de cinquante
journaux. Le sujet est délicat
parce que nous avons affaire à
des Etats souverains. Les
Nations unies refusent
aujourd'hui de participer ne
serait-ce qu'à une assistance
électorale. Justement, les
Etats sont souverains mais inégaux
dans leur développement.
* Quel peut être le dénominateur
commun, hors la langue, entre
les 55 pays de l'OIF dont
seulement quatre sont
industrialisés ?
La francophonie, c'est un
forum pour mobiliser l'opinion
publique sur les problèmes du
Sud. Si le conflit Est-Ouest est
terminé, celui entre le Nord et
le Sud existe toujours. Au-delà
des problèmes de pauvreté, il
y a une asymétrie diplomatique
extraordinaire. Les pays du Sud
n'ont pas assez d'experts, de négociateurs.
Nous sommes là pour leur
fournir un appui technique comme
nous l'avons fait à
Johannesburg.
haut
par MOUNA BECHARA, publié
dans Magazine le 18 octobre 2002
Depuis le
cauchemar du 11 septembre 2001,
le monde n'est plus le même. On
l'a dit et répété sur tous
les tons. Ce qui, pourtant, n'a
pas changé c'est qu'il existe
sur la planète des forts,
victimes de leur force, et des
faibles, victimes de leur désespoir.
Tel est le cas en Palestine,
pour ne citer que cet exemple.
C'est peut-être là le véritable
choc des civilisations. Le
sommet de la francophonie de
Beyrouth, placé sur le thème
du dialogue des cultures,
servira-t-il d'entrée en matière
à une politique d'ouverture de
longue haleine ? C'est sa
vocation et c'est aussi la
volonté des pays qui y
participent. Les Américains, au
lendemain de la tragédie des
tours de New York, et alors que
les émotions s'étaient émoussées,
se sont posé des questions.
Devant le drame qu'ils vivaient,
le monde entier s'est senti américain,
comme l'a écrit Jean-Marie
Colombani dans le quotidien français
Le Monde. Mais ce
sentiment n'a pas fait long feu.
Et les Américains restent
atterrés par ce désamour dont
ils sont l'objet dans nombre de
pays. Les déclarations
messianiques et belliqueuses de
Washington, sa superpuissance et
sa logique des pays voyous ont
suscité une vive colère chez
les peuples visés et poussé même
certains de ses alliés à
prendre leur distance. Mais ce
dialogue des cultures, grand
titre du sommet que reçoit
Beyrouth, ne pourrait-il pas
d'abord être appliqué au sein
d'un même peuple, au cœur d'un
même pays ?
Le pape Jean-Paul II, armé de
son bâton de pèlerin et de son
courage d'homme physiquement usé
et plein d'une vitalité
spirituelle, a fait pratiquement
le tour de la planète pour
aller au-devant des jeunes de
tous les pays. Avec des mots
simples et chaleureux, il a su
les motiver et leur faire
comprendre qu'ils étaient
l'espoir d'un avenir meilleur
sur cette terre. Ce message, il
l'avait délivré à la jeunesse
libanaise en mai 1997. Le président
français, lui-même, lors d'une
visite au Liban, avait réuni et
écouté les questions et les
doléances des étudiants. Mais
depuis, que d'eau a coulé sous
les ponts. Mis à l'écart de la
vie politique, privés avant l'âge
de 21 ans de toute participation
aux décisions nationales,
universitaires candidats au chômage
et à l'exode, les jeunes
Libanais tentent par tous les
moyens, bons ou mauvais, de se
faire entendre. Les déboires
qu'ils ont essuyés auprès de
leurs dirigeants les ont remplis
d'amertume. Persuadés que leurs
problèmes sont ignorés, que
les libertés sont brimées, que
la souveraineté de leur patrie
est en danger, ils sont
convaincus de n'avoir plus qu'un
choix : faire connaître leur
malaise et tenter ainsi de réveiller
les consciences nationales. Il
ne reste aux gens du pouvoir
libanais qu'une alternative : la
répression ou l'écoute. Ils
ont jusqu'ici choisi la première
voie. Ce n'est pas, de toute évidence,
la meilleure et en tout cas pas
la plus démocratique. Et ce
n'est pas, de toute manière, le
sens du dialogue des cultures
qui commence par l'écoute.
haut
Parmi
les points forts du happening, la
présence du Hezbollah
par PHILIPPE ABI-AKL, publié
dans l'Orient-le Jour le 22
octobre 2002
L’heure est
aux bilans. D’abord, le
satisfecit, amplement mérité,
pour la parfaite organisation du
sommet. Cela n’a l’air de
rien, mais ces détails de présentation
comptent beaucoup. Beaucoup plus
qu’on ne croit : quand on veut
demander des sous, il vaut mieux
avoir l’air grand prince que
mendiant, ça fait nettement
plus solvable. Ensuite, les
propos, régionaux, mondiaux et
locaux du président Chirac.
Souvent mal entendus et mal
compris. A cause,
semble-t-il, d’une traduction
en arabe assez approximative.
Ainsi, à l’Ouest on a pensé
que, comme Schröder, il
s’oppose à tout recours à la
force contre Saddam Hussein, ce
qui n’est pas tout à fait précis. A
l’Est on a cru que, comme
Sfeir, il souhaite un Liban dégagé
sous peu, ce qui n’est pas du
tout exact. En fait, aux
Irakiens, il dit : soyez
raisonnables, c’est-à-dire ne
faites pas les malins. Aux Américains
: soyez légalistes, c’est-à-dire
mettez-y les formes. Aux
Libanais enfin : soyez patients,
si la paix vient (aux prunes ?),
on vous la laissera, c’est-à-dire
vous serez indépendants.
Il n’y a là rien d’étonnant
: même le Vatican avait joint
ses efforts en 1996, puis en
2000, à ceux de Paris pour
presser le camp chrétien de
jouer le jeu des élections sur
base des règles édictées par
les décideurs. De leur côté,
les Américains n’ont jamais
remis en question, bien au
contraire, la tutelle convenue
à Taëf. Et quand Satterfield a
vu les gens de Kornet Chehwane,
il leur a confirmé non
seulement que son gouvernement
est contre le Syria
Accountability Act, mais aussi
que le Liban, dans toutes ses
composantes, doit plus que
jamais faire ami-ami avec Damas.
Du moment que ce dernier coopère
étroitement avec Washington
dans sa guerre contre le
terrorisme. Et surtout du moment
que la Syrie, du moins les Américains
le souhaitent, ne cherche pas à
contrecarrer leurs plans
concernant l’Irak. En
sollicitant par exemple le zèle
actif des résistants du
Liban-Sud. En termes prosaïques
de marché, si l’on voit bien
ce que les stratèges
occidentaux offrent à la Syrie,
on peut se demander ce qu’ils
nous proposent comme dédommagement. A
ce sujet, Chirac, qui entretient
des relations privilégiées
avec Hariri, a été plutôt
prometteur. Il a confirmé que
Paris II aura bien lieu, et dans
des confidences faites en privé
à des pôles locaux, il a même
précisé que la conférence se
tiendrait entre le 15 et le 18
novembre prochain. En avouant
toutefois, mezza voce, qu’il
faut encore attendre le rapport
du Fonds monétaire
international. Car, on le sait,
Paris II, c’est bien plus un
moratoire de dette, accompagné
de quelques nouveaux prêts, que
des donations en perspective.
Il reste à souligner
l’impact, considérable, de la
participation de Hassan
Nasrallah (dans la rangée des
religieux) au Sommet de la
francophonie. Un signal
d’autant plus fort que le secrétaire
général du Hezbollah n’avait
pas assisté aux travaux du
Sommet arabe, en mars.
L’initiative d’ouverture sur
l’Occident, parce qu’après
tout le français n’est pas
vraiment une langue orientale,
est d’autant plus remarquable
qu’elle s’inscrit en point
d’orgue de l’affaire du
Wazzani. Où le pompage a démarré
par une cérémonie en présence
des présidents Lahoud et Berry.
Tandis que le président Hariri
brillait par son absence. Parce
qu’à son avis, il eut mieux
valu mettre de l’eau dans son
vin, commencer le pompage en
s’abstenant de toute
manifestation publique, pour ne
pas indisposer les Etats-Unis.
Et pour ne pas paraître vouloir
ostensiblement défier Israël,
en l’encourageant à des
frappes ultérieures. Ce n’est
pas la première fois du reste
que le président du Conseil
n’est pas en phase, au sujet
du Sud, avec les dirigeants. Et
qu’il ne partage pas entièrement
leurs vues sur le Hezbollah, même
s’il a défendu ce parti quand
il a été accusé de terrorisme
par les Américains. C’est
d’ailleurs, sans doute, le
souci de montrer qu’il est
internationalement admis et
reconnu, qui a poussé le Hezb
à se manifester durant le
Sommet de la francophonie. Tout
en confirmant sa ferme volonté
de riposter à une agression
israélienne provoquée par
l’affaire du Wazzani.
Cependant, chacun voit les
choses sous son angle à lui :
pour la plupart des pays
participant au sommet, la présence
du Hezbollah signifie qu’il
admet implicitement la nécessité
de ne pas laisser le front du
Liban-Sud
s’embraser. haut
La
présence syrienne au Liban au cœur
de la rencontre Assad-Chirac
Les
propos du président français "traduisent
nos positions", affirme Damas
paru dans l'Orient-le Jour le 21
octobre 2002
Le
président français Jacques
Chirac s’est entretenu hier à
Damas avec son homologue syrien
Bachar el-Assad, poursuivant ainsi
ses consultations avec les
dirigeants du Moyen-Orient sur le
conflit israélo-palestinien et la
crise irakienne. Venant de
Beyrouth où il avait participé
au 9e Sommet de la francophonie,
M. Chirac est arrivé dans l’après-midi
d’hier, avec une heure de
retard, à l’aéroport de Damas,
où il a été accueilli par M.
Assad. Les deux hommes se sont
rendus au palais du Peuple, sur
les hauteurs de Damas, pour un
entretien en tête à tête dans
le bureau présidentiel. Dans
l’entourage de M. Chirac, on
soulignait l’importance qu’il
y avait à connaître le point de
vue des dirigeants de la région
dans un contexte international de
tension. Concernant la crise
irakienne, Paris se félicite que
Damas soit "en phase"
avec "la ligne sur laquelle
se retrouve la majorité de la
communauté internationale et des
membres du Conseil de sécurité
des Nations unies", a-t-on
indiqué. La France et la Syrie se
retrouvent pour souhaiter le désarmement
de l’Irak dans une démarche en
deux temps, dans le cadre de l’Onu,
soulignait-on côté français.
S’agissant du Proche-Orient, la
visite de M. Chirac à Damas
confirme l’attachement de la
France à l’objectif d’une
paix globale, juste et durable,
au-delà de l’urgence de la
situation israélo-palestinienne.
Jeudi, devant le Parlement
libanais, le président français
avait affirmé que "l’évolution
vers cette paix tant souhaitée
permettra au Liban et à la Syrie
d’harmoniser leurs relations et
de mener à terme le retrait
complet des forces syriennes"
du Liban, "conformément aux
accords de Taëf" de 1989
ayant mis fin à la guerre au
Liban (1975-1990). Il s’agit
d’ "un bon
accord" qui "doit se dérouler
jusqu’à son terme, c’est-à-dire
permettre au Liban de retrouver
toute son indépendance et toute
sa souveraineté", avait-il
dit de Beyrouth, dans un entretien
accordé à Radio France
Internationale et à TV5. Dans une
première réaction officielle à
ce sujet, la directrice du département
de l’information au ministère
des Affaires étrangères, Boussaïna
Chaabane, a indiqué à la presse
que les propos de M. Chirac
"traduisent la position
syrienne". "L’ancien
président syrien Hafez el-Assad
avait répété à plusieurs
reprises qu’une fois la paix réalisée,
la présence syrienne au Liban ne
serait plus nécessaire",
a-t-elle expliqué. Elle a par
ailleurs souligné que "M.
Chirac était très sérieux dans
sa tentative d’épargner une
frappe à l’Irak et de trouver
une solution politique" à la
crise irakienne.
"Nous avons l’impression
qu’un règlement politique est
plausible", a-t-elle estimé
à l’issue de l’entretien de
MM. Assad et Chirac, qui a duré
plus d’une heure trente. Selon
elle, M. Assad a affirmé une
nouvelle fois que tout règlement
du conflit israélo-arabe
"doit être fondé sur les résolutions
du Conseil de sécurité de l’Onu
et le principe de l’échange de
la terre contre la paix".
"La politique répressive
d’Israël a entraîné l’arrêt
du processus de paix, et la
violence pratiquée par Israël ne
conduira ni à la sécurité ni à
la paix", a dit M. Assad,
selon Mme Chaabane. La Syrie,
a-t-elle d’autre part ajouté,
est "satisfaite" des résultats
du Sommet de la francophonie à
Beyrouth qui a prôné "le
dialogue des cultures". La
France devrait également faire
passer un message de "modération
et de responsabilité" à la
Syrie sur la question du Liban-Sud,
où "les Syriens peuvent
avoir une certaine
influence", observait un
diplomate français.
Jacques Chirac qui, à Beyrouth, a
appelé les responsables
politiques libanais à faire
preuve de responsabilité
politique en soutenant les réformes
afin de bénéficier de l’aide
de la communauté internationale,
devrait aussi souligner que tout
ce qui peut favoriser le développement
et la stabilité du Liban est bénéfique
pour la Syrie. Cette visite à
Damas était la première de
Jacques Chirac depuis
l’accession au pouvoir de Bachar
el-Assad en juillet 2000. Le président
français avait assisté aux obsèques
de son père, Hafez el-Assad, le
mois précédent. Damas était la
troisième étape du périple de
M. Chirac au Proche-Orient,
commencé mercredi à Alexandrie
par un entretien avec le président
égyptien Hosni Moubarak. Après
Damas, le président français
s’est rendu en Jordanie.
haut
Le français
contre-attaque sur le terrain
politique
par PASCAL JALABERT, publié
dans la Dépêche du Midi le 17
octobre 2002
Si l'on en croit les
organisateurs du sommet de la
francophonie qui s'ouvre
aujourd'hui à Beyrouth, il y
aurait, en 2002, 181 millions de
francophones et 82,5 millions de
personnes dans le monde qui
apprennent le français avec
pour objectif de le parler
couramment. Ces chiffres
traduisent dans l'absolu une
progression, essentiellement liée
au dynamisme démographique de
l'Afrique francophone. Pourtant
dans la réalité, l'influence
du français ne cesse de
reculer. De l'Onu à la
commission européenne, de la
coupe du monde de football aux
Journées mondiales de la
jeunesse chrétiennes, notre
langue disparaît des débats et
compte-rendus de toutes les
grandes institutions, de tous
les rendez-vous planétaires.
(Seul le comité international
Olympique fait de la résistance).
Sur la planéte mondialisée,
soumise à la domination partagée
de la société des affaires et
de la société de
l'information, le français ne résiste
pas au rouleau compresseur de
l'anglais. Il suffit de se
rendre dans un pays ni
francophone ni anglophone pour
mesurer la différence : malheur
à celui qui a oublié ou mal révisé
son "basic english".
La pratique du français régresse
donc parce que l'anglais s'est
imposé comme la langue des échanges.
Celle qui permet de faire du
"business", du
tourisme, de "chatter"
sur internet. Parmi les pays
francophones, seuls le Maghreb
et le Liban échappent à
"l'anglicisation" de
la planéte.
Exemplaire dans la coopération
nord-sud
"La conséquence, c'est que
les pays francophones perdent
leur poids sur la scène
internationale. On l'a vu lors
des débats à l'organisation
mondiale du commerce où la
France a été en permanence
prise en étau entre les
anglo-saxons qu'ils soient
riches ou pauvres",
estiment les chercheurs de
l'institut des relations
internationales et stratégiques.
La contre-attaque de la
francophonie ne s'effectue donc
plus sur le terrain de la
langue, où la lutte est perdue
d'avance, mais sur ceux de la
diplomatie et de la
mondialisation. A Beyrouth, les
participants au sommet, parmi
lesquels de nombreux chefs d'Etat
dont l'Algérien Abdelaziz
Bouteflika, préparent donc une
résolution sur le Proche
Orient. Ils vont renouveler une
proposition globale de nouveau
dialogue nord-sud et de coopération
internationale entre pays riches
et nations du tiers monde. La
francophonie servirait donc
d'exemple ou d'échantillon pour
des pratiques qui pourraient s'étendre
à échelle mondiale dans les
domaines scientifiques,
universitaires, alimentaires ou
du multimédia.
Autre fait majeur, les ministres
préparent un texte sur la
diversité culturelle à
destination de l'Organisation
Mondiale du Commerce. Jacques
Chirac invite les pays
francophones à devenir les
pionniers de grandes causes
"comme le développement
durable, la paix, la démocratie
et la diversité
culturelle" tout en ajouant
: "l'ère de l'isolement
est close et en même temps nul
ne saurait charcher à imposer
aux autres une loi
exclusive". Ni une langue
unique... A défaut de retrouver
sa place et son rayonnement dans
le monde, le français rêve de
s'imposer comme la langue de la
paix et du sauvetage de la planéte.
L'état
des lieux en 2002
- Le français est la neuvième
langue parlée dans le monde
avec 2,5 % de la population.
Première langue dans 42 pays.
- 75 % des francophones sont
Africains.
- 18 % des échanges commerciaux
sont réalisés et signés en
français.
- 9 % du contenu d'internet est
en français
- 55 pays participent au sommet.
- Le budget de la francophonie
abondé à 80 % par la France
est de 130 millions d'euros avec
pour principales missions des
programmes de coopération à
destination des pays du sud dans
les domaines de l'Université et
des Hautes technologies.
- Moins de 10 % des chercheurs
effectuent leurs travaux en français.
- Moins de 8 % des lycéens du
monde étudient le français en
première langue.
- Le pays le plus francophone
d'Europe hors France, Suisse et
Belgique est la Roumanie
Trop
compliquée la langue de Molière
?
En Espagne et depuis peu au
Portugal, le français a été
nettement supplanté comme première
langue en classe de sixième (80
% des jeunes Espagnols
choisissent l'anglais). En
Italie, la langue de Shakespeare
revue et simplifiée par les
pratiques américaines fait jeu
égal avec le français et
l'allemand. En Suisse, les lycéens
de la partie germaniste privilégient
aussi l'anglais. Aux Etats-Unis,
l'espagnol devient non seulement
la première langue étrangère
"commerciale" et "scientifique"
mais encore celle à la mode
dans les milieux culturels et
branchés, rôle jusque là dévolu
au français. Si tout le monde
souhaite maîtriser l'anglais
pour des raisons
professionnelles ou
commerciales, le recul du français
s'expliquerait aussi par... sa
difficulté. Selon un rapport de
l'université de Michigan,
"en deux ans, un étudiant
de très bon niveau apprend le
français et l'espagnol. Pour un
étudiant de niveau médian,
l'apprentissage du français va
demander quatre ans, pas
l'espagnol. Or dans un cursus
scolaire, le temps est compté".
Autre exemple cité au colloque
de la francophonie par un
enseignant espagnol : "Les
pays anglophones ou
hispanophones n'organisent pas
de concours de dictée. A neuf
ans, tous les écoliers
espagnols ont 20 sur 20 en dictée".
La richesse de la langue, âprement
défendue par l'Académie et les
grammairiens, qui refusent la
moindre simplification et
acceptent les anglicismes au
compte-goutte, devient un élément
de complexité. Surtout sur
internet qui privilégie la
concision et la lecture rapide.
Boutros
Boutros-Ghali : "Une
bataille sur le terrain géostratégique"
"Du Bellay, en 1549,
s'insurgeait contre la
domination du latin et du grec,
tout comme d'autres aujourd'hui,
s'alarment, et à juste titre,
de la domination de l'anglais.
La défense de la langue française
sous la plume de du Bellay
prenait une allure offensive et
non d'une défense toute
passive, teintée de
protectionnisme, ou de
revendications chauvines. Car
l'illustration qu'il développe
n'est autre qu'une invitation à
imposer la langue française en
la faisant évoluer pour
l'adapter aux idées et aux réalités
de son époque. Eh bien, cinq siècles
plus tard, on peut dire que les
défis qui se posent au français,
et plus largement à la
francophonie, restent les mêmes.
Mais le problème ne se pose pas
en termes d'affrontement avec
l'anglais, plutôt de stratégie,
et bien plus de géostratégie.
Car le français ne recule pas.
La langue française est, avec
l'anglais, la seule langue
enseignée dans tous les pays du
monde. Nous devons soutenir et
stimuler cette demande de français
qui est en progression constante
puisque, entre 1990 et 1998, le
nombre de francophones réels a
augmenté de 7,7 % et le nombre
de francophones occasionnels de
11,8 %.
Mais il faut bien reconnaître
qu'il y a autour du français
tout un apitoiement esthétique.
Refusons donc la vision décadente
de ceux qui dissertent du déclin
de la langue française comme on
contemplerait Venise s'enlisant
dans la lagune ! Mais cela a un
prix. Car la présence du français
ne se joue pas dans les pays où
le français est langue
maternelle, mais d'abord dans
des pays où il n'est que la
deuxième ou la troisième
langue de communication.
L'existence de la communauté
francophone, sa reconnaissance
et sa crédibilité sur la scène
internationale dépendent,
d'abord, de sa capacité à véhiculer
un certain nombre de valeurs et
d'idéaux, de sa capacité à développer
une solidarité active et une
coopération efficace, dans les
domaines culturels et
techniques, mais aussi dans le
domaine politique et économique.
De même, le plurilinguisme dans
les organisations
internationales n'est pas un
combat d'arrière garde. Nous
savons tous que la plupart des
fonctionnaires des Nations
Unies, y compris la plupart des
fonctionnaires francophones,
travaillent en anglais. La
majorité des documents sont élaborés
en anglais, et ensuite traduits,
souvent avec retard, sans
compter que cette traduction est
parfois impropre, voire
inexistante. Il s'agit là d'un
phénomène extrêmement grave
dans la mesure où les
organisations internationales
sont les seuls forums où s'élaborent
et se prennent les décisions
qui engagent l'avenir des Etats
et des peuples de la planète".
haut
Hervé
Bourges lance l’idée de
partenariats entre presses
francophone et française
Médias - Le président de l’UIJPLF
rend hommage à "L’Orient-Le
Jour"
paru dans l'Orient-le Jour le 20
octobre 2002
Le
partenariat entre presse
francophone et presse française,
la prédominance des médias
anglophones et les médias
libanais francophones sont des thèmes
qui ont été abordés par Hervé
Bourges, président de l’Union
internationale des journalistes et
de la presse de langue française
(UIJPLF), lors d’une rencontre
avec les journalistes au Centre de
presse du Sommet de la
francophonie. M. Bourges n’a pas
oublié de mentionner la presse
libanaise, notamment L’Orient-Le
Jour qu’il a considéré comme
"un journal remarquablement
bien fait, lu par l’élite".
Il a déploré l’étroitesse du
marché libanais ainsi que les
difficultés financières et économiques
que traverse le Liban, et n’a
pas caché que l’avenir le préoccupe.
Que propose-t-il aujourd’hui
afin de renforcer la presse
francophone au Liban ? "Je
suis plein d’admiration pour
L’Orient-Le Jour, dit-il. Mais
son influence est réduite. Il est
lu par quelques décideurs, ce
n’est pas rien, mais ce n’est
pas suffisant. Il faudrait qu’il
y ait d’autres titres, je ne
sais pas si on va dans ce sens.
Dans la politique de relancer la
francophonie, une décision doit
être prise dans ce domaine pour
que, du côté français, on
puisse aider au développement de
la presse francophone, et peut-être
L’Orient-Le Jour aussi." Il
a ajouté qu’ "un
partenariat pourrait également être
envisagé entre les médias
libanais ou la presse libanaise et
les médias ou la presse de l’Hexagone".
L’UIJPLF compte-t-elle faciliter
des partenariats entre
institutions francophones et françaises
? "L’idée de jouer un rôle
dans la naissance de tels
partenariats nous est récemment
venue, a-t-il indiqué. Nous
allons rassembler les gens qui
parlent français et qui
pratiquent cette langue dans la
communication en essayant de déterminer
quels sont les partenariats
possibles afin que les plus forts
aident les plus faibles."
M. Bourges a également évoqué
l’affaire de la MTV, rappelant
que l’UIJPLF a déjà publié un
communiqué déplorant "la
fermeture brutale" d’une
chaîne pluraliste. "C’est
un fait qui ne peut pas laisser
indifférent", a répété
hier M. Bourges. Interrogé sur la
réaction de l’Union si la MTV
était définitivement fermée, il
a fait remarquer que "nous ne
pouvons pas nous ingérer dans les
affaires libanaises intérieures,
mais nous publierions un communiqué
dénonçant une telle décision". Par
ailleurs, M. Bourges a parlé de
la prédominance de la langue
anglaise, que ce soit au niveau
des médias ou de l’Internet.
"C’est la constatation
qu’on peut faire, a-t-il souligné,
en réponse à une question.
L’anglais n’est-il pas à 80 %
la langue de l’Internet ? Il y a
une crise, une domination réelle
sur le secteur. Au cours de cette
réunion, il faut en prendre
conscience, dire aux francophones
de tous bords : unissez-vous
!" Qu’espère-t-il de ce
sommet ? "Je ne peux pas
savoir quelles vont être les décisions
prises à l’issue de ce sommet,
a-t-il dit. Mais ce qui se passe
à Beyrouth montre bien que la
francophonie doit être d’abord
une langue qu’on partage,
qu’on échange, une culture
qu’on veut faire connaître à
d’autres avec une défense des
valeurs qui s’y
rattachent." Sur la prédominance
des médias anglophones, M.
Bourges a déploré qu’ "au
niveau francophone, il n’y ait
pas une chaîne d’information
internationale", rappelant
que "le président français
a annoncé la création prochaine
d’une telle chaîne".
RSF : Le journaliste franco-israélien
a "pris des libertés avec la
légalité"
Le secrétaire général de
Reporters sans frontières (RSF),
Robert Ménard, a reconnu hier que
le journaliste franco-israélien Gédéon
Kouts a pu recourir à un
"subterfuge" pour
couvrir le sommet de la
francophonie à Beyrouth. Réagissant
à l’incident provoqué par
Kouts, correspondant à Paris de
la télévision israélienne
Israel Channel Two, Robert Ménard
a affirmé que la déclaration de
Munich de 1971 interdit aux
journalistes "d’user de méthodes
déloyales pour obtenir des
informations". Mais il a
ajouté que "dans certaines
conditions, (...) des journalistes
sont amenés à prendre des libertés
avec la légalité, car dans
certaines situations, il
n’existe pas d’autre solution
que d’utiliser des subterfuges
et de contourner les règles de la
profession". Kouts,
rappelle-t-on, avait adressé
jeudi une correspondance sur le
Sommet de la francophonie à la télévision
israélienne. Il a été insulté
et bousculé, vendredi matin, par
des journalistes libanais qui
l’avaient appris. Son accréditation
au sommet lui a été retirée par
les organisateurs et il a été
confiné à sa chambre d’hôtel
jusqu’à l’heure de son départ,
aujourd’hui matin. Tout en
jugeant regrettable la brusquerie
dont certains journalistes
libanais ont pu faire preuve, une
source libanaise a estimé bien
plus condamnable le comportement
du journaliste. "Ignorait-il
que le Liban et Israël sont en
guerre et que la loi en vigueur
dans le pays interdit toute
communication avec l’Etat hébreu
?" a souligné la source citée,
qui a dénoncé la provocation de
M. Kouts à l’heure où Israël
multiplie les menaces à l’égard
du Liban, pour avoir décidé
d’user de son quota des eaux du
Wazzani.
haut
par JOSE JAMHOURI, publié
dans l'Orient-le Jour le 21
octobre 2002
Un
grand merci à nos chaînes de télévision
locales ! Grâce à elles, du
fabuleux Sommet de la
francophonie, nous garderons en
effet un souvenir... bien
arabophone. Pas une station
qui n’ait eu l’idée de
transmettre les discours et les
propos de nos hôtes dans la seule
langue de Molière, sans voix off,
arabe, gutturale et assommante à
souhait. On peut certes comprendre
que ces médias aient eu le souci
de s’assurer une large audience.
Mais de là à frustrer tout un
auditoire francophone qui
constitue plus de 15 % de la
population libanaise, sans compter
nos invités ! Chapeau ! Au
lieu de se cantonner dans son rôle
ingrat et inutile de censeur de la
République, le président du
Conseil national de
l’audiovisuel aurait pu faire
son métier, pour une fois, en
suggérant aux patrons de
l’audiovisuel qu’une chaîne
au moins transmette l’événement
exclusivement en français. Que
dire alors du ministre de l’Information,
trop occupé sans doute à pérorer
sur la situation régionale à la
lumière des menaces américaines
contre l’Irak... Bref, nos amis
francophones ont dû se contenter
des quelques bribes
d’informations diffusées en
français au compte-gouttes par
une ou deux chaînes, qui plus
est, à des heures impossibles.
Quelle idée ont-ils donc pu avoir
de l’état de la francophonie au
Liban ? A l’évidence,
cacophonique. haut
Francophonie
: programme très arabe
A
Beyrouth, le IXe sommet a tourné
autour de l'Irak et du
Proche-Orient
par CHRISTOPHE AYAD, publié
dans Libération le 21 octobre
2002
La francophonie est-elle en
train de devenir la nouvelle
bannière ralliant tous ceux qui
s'opposent à l'hégémonie et
l'unilatéralisme américains
ainsi qu'à une mondialisation
à sens unique ? C'est
l'impression qu'a pu laisser le
IXe Sommet de la Francophonie,
qui s'est achevé hier à
Beyrouth malgré une déclaration
finale aux termes très mesurés.
La déclaration finale apporte
un soutien implicite à la
position française sur l'Irak
en rappelant "la primauté
du droit international et le rôle
primordial de l'ONU".
Concernant le conflit au
Proche-Orient, le sommet appuie
l'initiative arabe de paix,
adoptée en mars à Beyrouth, "la
considérant (...) comme le
cadre le plus approprié pour
arriver à une solution juste,
durable et globale dans la région".
Pour faire bonne mesure, le
sommet condamne "tout
recours au terrorisme". Malgré
l'unanimité affichée, la
"famille" francophone
est loin d'être sur la même
longueur d'ondes. Comment
pourrait-il en être autrement
tandis que le Liban, hôte du
sommet, se considère en état
de guerre et refuse toute
normalisation avec Israël,
reconnu par une large majorité
des 55 pays membres et
observateurs de l'organisation ?
Le discours du président
libanais, Emile Lahoud, défendant
le droit à la "résistance
arabe", condamnant "un
Etat créé par la colonisation
et la conquête",
adepte du "terrorisme"
et justifiant presque les
attentats-suicides, aurait pu
aisément être repris à son
compte par son
"parrain" syrien, le
président Bachar al-Assad.
Eloge
Il a en tout cas dû remplir
d'aise le secrétaire général
du Hezbollah, Hassan Nasrallah,
assis au premier rang des
officiels libanais lors de la cérémonie
d'ouverture. Le chef de la
milice chiite, armée par Téhéran
et protégée par Damas, avait
été curieusement placé au côté
des dignitaires religieux, chrétiens
et musulmans, et non parmi les
responsables politiques. Il est
vrai que bien du chemin a été
parcouru par le "parti de
Dieu", qui s'était illustré
dans les années 80 par ses enlèvements
d'Occidentaux. Dans une
interview accordée récemment
au quotidien al-Nahar,
Nasrallah faisait l'éloge de la
francophonie, estimant, en
substance, qu'elle avait un rôle
à jouer pour l'édification
d'un monde multipolaire opposé
à l'hégémonie américaine.
Incident
La pétition d'une soixantaine
de journalistes libanais
demandant l'expulsion immédiate
de Gédéon Kuts, un journaliste
français du magazine l'Arche
qui a effectué durant son séjour
à Beyrouth une correspondance
pour la deuxième chaîne israélienne,
a achevé de jeter un froid. Après
négociations entre les autorités
françaises et libanaises, un modus
vivendi a été trouvé :
Kuts n'a pas été expulsé,
mais il a terminé son séjour
cloîtré à l'hôtel. Un
incident qui a donné une mesure
de l'échauffement des esprits
qui règne dans la région. Côté
français, on n'a pas souhaité
commenter la présence du
Hezbollah, ni le discours du président
Lahoud. On préférait se féliciter
au contraire du changement de
ton très net observé à l'égard
de la francophonie dans le monde
arabe. On en veut pour preuve "la
qualité exceptionnelle"
du discours prononcé par le président
algérien Bouteflika, hôte
d'honneur du sommet. C'est la
première fois qu'un dirigeant
algérien assiste en effet à
une telle réunion, même si
l'adhésion formelle de l'Algérie,
longtemps hostile à ce qu'elle
considère être un symbole du
colonialisme, n'est pas à
l'ordre du jour.
Dernier "dossier
chaud" du moment, la Côte-d'Ivoire
: le sommet a apporté son
soutien au gouvernement face aux
rebelles. Sur un plan plus
institutionnel, les chefs d'Etat
et de gouvernement ont décidé
d'accorder plus de moyens afin
de mettre en oeuvre la Déclaration
de Bamako, qui crée un mécanisme
d'observation, de contrôle et
de sanctions en matière d'élections
et de droits de l'homme. Une
convention internationale sur la
diversité culturelle sera présentée
par le bloc francophone en mai
à l'Unesco. Le sommet a aussi
élu un nouveau secrétaire général
de la francophonie, l'ancien président
sénégalais Abdou Diouf, 67
ans, qui succède au diplomate
égyptien Boutros Boutros-Ghali.
haut
L'exclusion
d'Israël de la Francophonie est
une incongruité
Plus de un million d'Israéliens
connaissent le français
par ELIAS LEVY, publié
dans le Devoir le 16 octobre 2002
L'auteur
est journaliste à l'hebdomadaire
The Canadian Jewish News
Figure
mythique du mouvement révolutionnaire
de Mai 68, ancien leader de la
Gauche prolétarienne et ancien
secrétaire particulier de
Jean-Paul Sartre, le philosophe
franco-israélien Benny Lévy
dirige aujourd'hui, à Jérusalem,
l'Institut Emmanuel Lévinas (dans
son remarquable essai, Le Siècle
de Sartre, Editions Grasset, 2000,
Bernard Henri-Lévy retrace l'itinéraire
tumultueux et très singulier de
ce maoïste invétéré
aujourd'hui devenu un fervent
talmudiste).
L'Institut Emmanuel Lévinas est
un centre francophone d'étude
et de recherche en philosophie.
Cette institution académique de
renommée internationale a été
fondée par Benny Lévy et deux
grandes figures de
l'intelligentsia française,
Bernard-Henri Lévy et Alain
Finkielkraut. Bernard-Henri Lévy
et Alain Finkielkraut sont les
coprésidents d'honneur de
l'institut. Ils animent un séminaire
d'étude et participent tous les
ans, avec Benny Lévy, à un
grand débat public qui a lieu
devant quelque 2.000 personnes
dans un grand amphithéâtre de
Jérusalem. L'institut Lévinas,
qui n'a jamais reçu le moindre
subside de la France ou
d'organismes culturels affiliés
à l'organisation de la
Francophonie, fonctionne grâce
à des dons privés. Ce centre
d'étude francophone, dédié à
l'étude de l'oeuvre de l'un des
penseurs et humanistes juifs les
plus importants du XXe siècle,
est indéniablement le fleuron
culturel de la francophonie israélienne.
Benny Lévy est plutôt cinglant
lorsqu'il aborde la question de
l'absence d'Israël à la
Francophonie. Le club très
"sélect" de la
Francophonie, qui regroupe
aujourd'hui une cinquantaine de
pays ayant en partage la langue
française, se soucie comme
d'une guigne de la non-présence
de l'Etat d'Israël dans ses
instances. Pourtant, 20 %
des Israéliens, soit environ un
million de personnes, parlent la
langue française. L'Institut
Emmanuel Lévinas est une autre
preuve patente du dynamisme de
la francophonie israélienne.
Cette francophonie en plein
essor est toujours boudée par
la Francophonie institutionnalisée
parce qu'un de ses membres, le
Liban, s'oppose farouchement à
l'adhésion d'Israël, me
confiait récemment Benny Lévy
au cours d'un entretien.
"Les dirigeants de la
Francophonie n'ont pas trouvé
mieux cette année que
d'organiser leur sommet à
Beyrouth, capitale d'un pays
occupé militairement et entièrement
sous la botte d'un régime
totalitaire, la Syrie. Beyrouth,
théâtre du Sommet de la
Francophonie : n'importe
quoi ! Tout cela n'est
qu'une sinistre comédie,
tonnait-il. Je propose aux
organisateurs du Sommet de la
Francophonie de jumeler Beyrouth
avec Durban. Les choses seront
ainsi plus claires ! Il ne
reste plus qu'à espérer que
les discussions à caractère
politique qui auront lieu
pendant ce sommet ne prendront
pas encore une fois les allures
d'un festival de la haine
anti-israélienne !""
Israël francophone
L'absence d'Israël de
la Francophonie est une grande
incongruité. En effet, le fait
francophone en Israël est une réalité
socioculturelle bien vivace.
D'après une étude réalisée
par le truchement d'un sondage
Gallup et commanditée en 1995
par l'association Francophonie
et Judaïsme, une organisation
créée à l'instigation de
l'Assemblée nationale française,
22 % des Israéliens, soit
plus de un million de personnes
(sur une population d'environ
5,5 millions d'habitants), possèdent
une connaissance étendue ou
limitée du français. Parmi ce
million de locuteurs, 28 %
ont le français comme langue
maternelle, 72 % l'ayant
appris comme langue étrangère.
Quelque 55.000 élèves étudient
aujourd'hui le français dans
les écoles secondaires israéliennes.
2.000 jeunes étudient le français
dans les cinq universités du
pays. 5.000 personnes de tous
les âges assistent aux cours de
français dispensés par les
instituts francophones rattachés
à l'ambassade de France (l'un
à Tel-Aviv, avec 3.000 élèves
par an, et les autres à Be'er
Sheva, Haïfa et Nazareth), par
l'Alliance française de Jérusalem
(dotée d'une imposante bibliothèque
comptant 20.000 livres, cette
institution, en pleine
expansion, accueille 1.000 élèves
chaque année), par les
instituts de langues privés et
par les associations
communautaires francophones
sises dans plusieurs villes israéliennes.
Autres indices révélateurs de
la vivacité francophone en Israël :
le succès inopiné de la
Peugeot 307; le grand engouement
du public israélien pour les
chansons de Patricia Kaas, de
Khaled, de Renaud, pour les
films de François Truffaut, de
Mathieu Kassovitz, de Bertrand
Tavernier, etc.; le nombre sans
cesse grandissant de livres français
traduits en hébreu, d'Amin
Maalouf à Marguerite Duras, de
Daniel Pennac à Pierre
Bourdieu, de Tahar Ben Jelloun -
invité en Israël à l'occasion
de la parution en hébreu de son
best-seller international, Le
racisme expliqué à mes enfants
-- à Amélie Nothomb, de
Fernand Braudel à Albert
Memmi... De grands écrivains
israéliens et des figures
montantes de la littérature hébraïque
- la plupart d'entre eux parlent
très bien le français - sont
traduits en français et publiés
dans les maisons d'édition
francophones les plus
prestigieuses. C'est le cas d'écrivains
mondialement connus tels Abraham
B. Yehoshua (publié chez
Calmann-Lévy), Amos Oz
(Gallimard), Yirmiyahu Yovel
(Seuil), David Grossman (Seuil),
Batya Gour (Gallimard), Orly
Castel-Bloom (Actes Sud) - qui
sera un des invités d'honneur
du Salon du livre de Montréal
de cette année - et de romancières
très prometteuses comme Zeruya
Shalev (Gallimard), Yaël Hedaya
(Actes Sud), etc.
La francophonie est devenue un
microcosme de la société israélienne,
une passerelle entre les différentes
perspectives culturelles.
Pourtant, il suffit de consulter
la liste des Etats actuellement
membres pour comprendre que
l'adhésion à l'organisation de
la Francophonie a été accordée
à des pays dont les
"capacités
francophones" sont
proportionnellement très inférieures
à celles de l'Etat d'Israël.
Si, malgré son million de
francophones, Israël ne fait
pas partie de la Francophonie
alors que l'Egypte - avec
seulement 2 % de
francophones - en est membre,
c'est à cause d'obstacles
politiques et du blocage
psychologique de la France, qui
table depuis plusieurs décennies
sur une politique
proche-orientale foncièrement
proarabe. On ne peut que déplorer
la règle absurde de l'unanimité,
ou plus exactement du consensus,
qui régit le processus décisionnel
de la Francophonie. Cette règle
permet à la Syrie (contrée qui
n'est pas membre de cette
organisation) d'interdire à
Israël, par le truchement du
Liban, d'en faire partie. La
Francophonie pourrait favoriser
un dialogue des cultures
d'Orient et d'Occident, du Nord
et du Sud, et contribuer au
rapprochement judéo-arabe.
Cette organisation, qui
constitue désormais une
nouvelle réalité
internationale, ne devrait pas négliger
et laisser de côté un pays
comme Israël, où 20 % de
la population s'exprime dans la
langue de Molière.
haut
Crise
ouverte entre Israël et le Liban
Tel
Aviv se réserve "le droit de
protéger" son eau après
l'ouverture d'une nouvelle station
de pompage par Beyrouth sur le
Ouazzani principale réserve de l'Etat
hébreu
paru
dans le Nouvel Observateur le 17
octobre 2002
La rivière Ouazzani pourrait être
la source d'un nouveau conflit
entre le Liban et Israël.
Beyrouth a en effet commencé
mercredi le pompage du cours
d'eau pour approvisionner une
dizaine de villages le long de
la frontière avec Israël, une
initiative à laquelle l'Etat hébreu
est fermement opposé. A moins
d'un kilomètre et demi de la
frontière, devant 10.000
villageois, le président Emile
Lahoud, accompagné du président
du Parlement Nabih Berri, a
ouvert les vannes, s'est lavé
les mains et a bu de l'eau lors
d'une cérémonie au cours de
laquelle des ballons rouges et
blancs aux couleurs nationales
ont été lâchés.
Le Ouazzani
Le Ouazzani naît au Liban, se mêle
aux eaux du Hasbani et rejoint
ensuite le Jourdain et le lac de
Tibériade, principale réserve
d'eau douce d'Israël. Alors que
le président français Jacques
Chirac se rend en fin de semaine
au Liban et en Syrie, le
ministre israélien de la Défense
Benyamin Ben Eliezer lui a
transmis lundi à Paris un
message, demandant le soutien de
Paris sur ce dossier. Mercredi,
le chef de la diplomatie israélienne,
Shimon Pérès, a déclaré
devant la Knesset : "Nous
ne pouvons, nous n'accepterons
pas de telles actions unilatérales
et nous nous réservons le droit
de protéger notre eau, selon le
droit, le droit
international". Le mois
dernier, M. Ben Eliezer a averti
qu'Israël "ne pouvait tolérer"
le projet de pompage libanais.
De son côté, la milice chiite
libanaise du Hezbollah a promis
des représailles en cas
d'attaque israélienne contre le
système de pompage. Les
Etats-Unis ont dépêché
Richard Lawson, un expert du département
d'Etat, pour tenter de trouver
une solution. Les médias israéliens
et libanais estiment qu'un
compromis pourrait autoriser le
Liban à pomper l'eau pour les
maisons des villages frontaliers
mais pas pour l'irrigation.
"Le but est d'amener les
deux parties à accepter une résolution
pacifique du problème",
souligne Paul Patin,
porte-parole de l'ambassade américaine
en Israël. L'envoyé de l'ONU
au Proche-Orient, Terje
Roed-Larsen, a rencontré lundi
les dirigeants libanais avant de
gagner Israël pour discuter du
dossier.
L'accord de 1955
Selon le Liban, le projet
permettra d'ajouter quatre
millions de mètres cubes au
volume d'eau déjà pompé dans
le Hasbani, et portera le prélèvement
libanais dans les deux rivières
à environ dix millions de mètres
cubes, soit très en deçà des
35 millions de mètres cubes
autorisés en vertu d'un accord
de 1955. Les ressources en eau
sont très limitées en Israël,
qui a décidé d'acheter des
milliards de mètres cubes sur
20 ans à la Turquie. La source
du Ouazzani se trouve à une
centaine de mètres du plateau
du Golan, qu'Israël à conquis
en 1967. La rivière s'écoule
dans le sud du Liban sur environ
trois kilomètres avant de
passer en Israël. Un grand réservoir
peint aux couleurs du pays du cèdre
a été construit dans le cadre
du projet. La zone est un ancien
champ de bataille du conflit
israélo-libanais et des équipes
de démineurs ont dû nettoyer
le terrain autour de la station
de pompage et des conduites. Le
président libanais Emile Lahoud
a appelé Washington à protéger
les droits du Liban, affirmant
qu'il voulait simplement étancher
"la soif des habitants du
sud (du pays)". De son côté,
le Premier ministre israélien,
Ariel Sharon, a assuré que son
gouvernement faisait tout son
possible "pour protéger
les sources d'eau d'Israël".
Il devrait évoquer la question
lors de sa visite à Washington
mercredi. L'eau a déjà été
la source de vives tensions dans
la région. En 1964, Israël a
pilonné une région de la Syrie
à l'artillerie pour arrêter un
projet de déviation de la rivière
Banias, déclenchant une série
d'accrochages qui avait conduit
à la guerre des Six-Jours en
1967.
haut
Attentat
contre un autobus au nord d'Israël
L'attaque à la voiture piégée a
fait hier au moins quatorze morts
et une cinquantaine de blessés
par PIERRE PRIER, publié dans
le Figaro le 22 octobre 2002
Une voiture
suicide a explosé hier en
passant devant un autobus
immobilisé à un arrêt sur la
route entre les localités d'Afula
et de Hadera, dans le nord
d'Israël, faisant au moins
quatorze morts, outre les deux
auteurs de l'attentat, et plus
de cinquante blessés. L'attaque
a été revendiquée dans un
communiqué depuis Beyrouth par
le bras armé du Djihad
islamique, les brigades Al-Qods,
qui ont menacé Israël de
nouveaux attentats. Les
services de sécurité israéliens
avaient averti : la menace
d'attentat restait importante.
En fin d'après-midi, une
voiture a explosé à l'arrière
d'un bus dans le nord d'Israël,
près de la ville de Pardès
Hanna. Le réservoir d'essence
du bus semble avoir pris feu immédiatement.
Des gardes de sécurité avaient
été postés dans les bus pour
contrer les attentats suicides.
L'utilisation de "voitures
suicides" n'est pas inédite,
mais il pourrait s'agir d'une
nouvelle tactique destinée à
contourner la mise en place des
gardes à bord. C'est le premier
attentat depuis le 10 octobre.
Près de Tel-Aviv, le chauffeur
d'un bus avait empêché un
kamikaze de monter dans son véhicule,
évitant un carnage de grande
ampleur. Le terroriste s'était
fait sauter un peu plus loin,
entraînant dans la mort une
femme de 70 ans. Auparavant, un
autre massacre avait été prévenu
par le garde de sécurité d'un
café de Tel-Aviv, qui avait détecté
la ceinture explosive d'un homme
tentant de pénétrer dans l'établissement.
Le kamikaze avait été arrêté
un peu plus loin. La police,
l'armée et les services israéliens
affirment avoir déjoué à
temps de nombreuses autres
tentatives.
Les islamistes avaient prévenu
qu'ils chercheraient à venger
les militants et les civils tués
par l'armée israélienne ces
dernières semaines en frappant
des civils en Israël même. Une
première revendication anonyme
a été émise au nom du Djihad
islamique. A Gaza, un dirigeant
du Hamas, le principal mouvement
islamique, s'est réjoui de
l'attaque contre le bus : "Les
Palestiniens dansent de joie, a
déclaré le docteur Abdelaziz
Rantissi. La mort de ceux qui
ont été tués à Khan Younès
et à Rafah est vengée. J'espère
que c'est un membre de la
branche militaire du Hamas qui a
fait cela." Ces deux
dernières semaines, sept
enfants avaient été tués, et
de nombreux autres blessés, par
l'armée israélienne dans la
bande de Gaza. Quelle sera la réaction
des autorités israéliennes ?
L'attentat se produit après le
retour de Washington du premier
ministre, Ariel Sharon. Le président
George W. Bush lui avait demandé
d'observer une politique de
retenue, afin de ne pas gêner
les efforts en vue d'un
consensus international contre
l'Irak. Les Etats-Unis s'étaient
alarmés face aux morts de
civils dans les Territoires, et
avaient demandé à Israël de
faire plus attention dans ses
ripostes.
Washington a également soumis
aux Israéliens une
"feuille de route" traçant
le chemin vers un Etat
palestinien. Le secrétaire d'Etat
adjoint chargé du
Proche-Orient, George Burns,
doit rencontrer le gouvernement
israélien demain et l'Autorité
palestinienne, mais pas Yasser
Arafat, jeudi. Cette fois, Israël
n'aurait pas l'intention de
riposter en s'attaquant à
Arafat. Fin septembre, Sharon
avait dû interrompre au bout de
dix jours son dernier siège de
la Moukata, les bureaux du président
de l'Autorité, sur l'injonction
de Washington. Un "très
haut responsable du bureau du
premier ministre" a
affirmé hier soir à la radio
militaire israélienne : "Nous
n'allons pas nous en prendre à
Arafat, après l'échec de la
Moukata." Israël avait
levé quelques couvre-feux dans
les villes de Cisjordanie et
annoncé hier un retrait de la
zone palestinienne d'Hébron,
tout en maintenant le blocus des
villes palestiniennes. Le
gouvernement évoquait ces
derniers jours une invasion en règle
de la bande de Gaza, une décision
lourde à prendre. Dans une
interview au Figaro, le
ministre de la Défense,
Benjamin Ben-Eliezer, avait prévenu
: "Ce pourrait être
l'enfer."
haut
paru dans le Monde du 20
octobre 2002
La Corée du Nord a admis
qu'elle poursuivait un
programme, jusque-là tenu
secret, d'armement atomique en
violation d'un accord passé en
1994 avec les Etats-Unis. Cette
révélation, faite par la
Maison Blanche, a une
explication interne aux
Etats-Unis à quelques jours du
vote de mi-mandat. Elle donne
des arguments aux républicains
dans leur critique de la
politique Clinton-Gore qui
visait à obtenir des
concessions de Pyongyang en échange
d'assistance et qui avait semblé
pouvoir se conclure par un
accord global sur les missiles
à la veille du départ de Bill
Clinton de la Maison Blanche.
Mais l' "aveu" de
Pyongyang a aussi embarrassé
l'administration Bush. Car il
s'agit d'un deuxième pays de "l'axe
du Mal" qui se dote
d'armes de destruction massive.
Or la solution pour détruire la
menace n'est ici pas militaire
comme en Irak, a immédiatement
fait savoir l'administration
Bush. Face à la Corée du Nord,
elle entend cette fois passer
par la voie diplomatique.
Pour expliquer à l'opinion américaine
et mondiale pourquoi il faut
adopter deux stratégies différentes
à l'égard de pays logés à la
même enseigne, Washington
souscrit à la thèse nord-coréenne
d'un programme à caractère défensif
et non pas offensif comme en
Irak. Ce n'est pas faux :
Pyongyang cherche avant tout à
assurer la survie du régime, et
la bombe atomique n'est pas tant
faite pour menacer ses voisins
que pour prévenir une attaque
et, surtout, négocier une aide
étrangère impérative à sa
sortie du bourbier dans lequel
l'a mis son isolationnisme
depuis cinquante ans. Dans le
cas coréen, les Etats-Unis
n'ont en réalité d'autre choix
que de négocier. La menace
d'une action militaire "préventive"
n'est guère envisageable. Il ne
fait pas de doute que les
Etats-Unis peuvent réduire
Pyongyang en cendres, mais ils
risquent une riposte sur la Corée
du Sud et sur les forces américaines
présentes dans la région,
entraînant des pertes considérables
militaires et civiles.
En matière de sanctions, les
Etats-Unis ne peuvent guère
faire beaucoup plus que chercher
à bloquer l'aide humanitaire
internationale. Une façon
d'adopter finalement la même
politique que l'équipe Clinton
et qui consiste à
"acheter" une nouvelle
fois la neutralisation de la
menace potentielle coréenne.
Reste qu'un armement nucléaire
dans les mains d'un régime aux
abois fait peser sur toute la région
une lourde menace. La communauté
internationale s'est révélée
impuissante à la prévenir. Et
le risque majeur de ce nouvel
exemple de prolifération nucléaire
au côté des puissances déclarées
(Etats-Unis, Chine, Russie,
Grande-Bretagne, France, Inde et
Pakistan) est d'accroître
encore les disséminations. Plus
encore que l'apparition de
nouvelles puissances nucléaires,
ce sont les éventuels
transferts de technologie de
celles-ci à des organisations
terroristes de type Al-Qaida qui
constituent désormais le plus
grand danger.
haut
L'Irlande
dit oui, l'Europe fait ouf
63%
de votes favorables au traité de
Nice et donc à l'élargissement
de l'Union
par CHRISTOPHE BOLTANSKI,
publié dans Libération le 21
octobre 2002
Les Irlandais sont rentrés dans
le rang européen. Par près de
63 % des suffrages contre 37 %,
ils ont approuvé samedi le
traité de Nice, qu'ils avaient
rejeté (par 54 % contre 46 %)
lors d'un premier référendum,
seize mois plus tôt. De leur
vote dépendaient la survie d'un
texte laborieusement négocié
à Nice, en décembre 2000, et
l'élargissement de l'Union
européenne de 15 à 25 pays au
1er janvier 2004. Bertie Ahern,
le Premier ministre irlandais, a
salué "la décision
historique" de ses
concitoyens. Le résultat, selon
lui, témoigne d'un "oui
franc et massif à l'élargissement
et d'un message chaleureux de
bienvenue" aux
candidats à l'adhésion.
Ceux-ci se félicitaient hier
soir du résultat irlandais. "Nous
sommes heureux : le calendrier
de notre adhésion à l'UE n'est
pas menacé et cette entrée se
fera conformément aux règles déjà
établies", commentait
le porte-parole du président
tchèque Vaclav Havel. "Je
t'aime comme l'Irlande", a
chanté à Varsovie, dans un
club d'étudiants, le Premier
ministre polonais Leszek Miller
en levant une chope de Guinness.
A Bruxelles, le président de la
Commission européenne Romano
Prodi s'est dit "heureux"
: "Nous pouvons à présent
achever les préparatifs de l'élargissement
de l'Union européenne."
Le résultat irlandais a surtout
été obtenu d'abord grâce à
une forte augmentation de la
participation, qui avoisine les
50 %. En juin 2001, seul un
Irlandais sur trois s'était
rendu aux urnes. Presque absents
lors du premier référendum,
les principaux partis
politiques, les médias, l'Eglise,
le monde économique ont, cette
fois, fait activement campagne
en faveur du traité. Face à
une coalition hétéroclite de
neutralistes et d'adversaires
d'une Europe fédérale, ils ont
su exploiter la peur d'un
isolement économique en cas de
victoire du non. Une corde
d'autant plus sensible que la
croissance du "Tigre
celtique" s'est ralentie
aux cours des derniers mois. "Quand
nous étions riches, nous
pouvions faire ce qui nous
plaisait, plus maintenant",
résume Michael Marsh,
professeur de sciences
politiques au Trinity College.
haut
Belgique
- La fureur des livres
par
MONIQUE BAUS, publié dans la
Libre Belgique le 18 octobre 2002
Derrière
les multiples activités organisées
ces jours-ci dans les bibliothèques
à l'occasion de La Fureur de
Lire se cache l'inquiétude d'un
secteur qui ne survit que grâce
aux bonnes volontés. En
Communauté française de
Belgique, 150 réseaux de
bibliothèques cohabitent
aujourd'hui. 150 réseaux
signifient 150 bibliothèques
locales, comprenant chacune -
dans une même commune - un
pivot (c'est le point d'accueil
principal, en volume et en
heures d'ouverture,
l'organisateur du réseau en
quelque sorte), ainsi qu'une ou
plusieurs filiale (s) et un ou
plusieurs dépôt (s). Autant de
points d'accueil pour les
lecteurs voraces. Les bibliothèques
disposent de quatre grandes
sources de financement. La première,
propre. Ce sont les recettes réalisées
grâce aux inscriptions
annuelles et aux emprunts. A
noter que les moins de dix-huit
ans bénéficient le plus
souvent d'une inscription
gratuite; et les étudiants, de
réductions jusqu'à cinquante
pour cent du prix maximum (soit
une facture de 2 euros au
lieu des 4 euros généralement
pratiqués). En outre, de
nombreuses bibliothèques
pratiquent la gratuité du prêt
et celles qui demandent une
participation la réduisent
souvent à 12 ou 18 centimes
maximum par ouvrage. Conclusion
: même dans les communes où le
livre a vraiment la cote, cette
première manne n'est en aucun
cas suffisante pour faire
tourner un réseau.
Second financement possible : la
Communauté Wallonie-Bruxelles,
première source de subvention.
Celle-ci intervient dans les
traitements du personnel. Sa
participation s'élève à l'équivalent
de 655.000 FB par personne et
par an, avec un supplément de
50.000 FB `pour frais de
fonctionnement´ (alors que le `subventionnement´
des salaires versés dans le
secteur de l'éducation
permanente, autre poste du
budget culturel, sont elles,
passées à 850.000 FB). Même
avec le supplément, un calcul
tout simple permet de constater
à quel point la somme est
insuffisante pour permettre un
traitement acceptable, d'autant
que les candidats à l'emploi en
bibliothèques doivent remplir
des exigences de formation assez
poussées (licence et/ou graduat
en bibliothéconomie). Il est
donc fréquent que les
responsables de bibliothèques
complètent leur staff avec des
employés ACS pour lesquels,
moyennant certaines conditions
(la philosophie étant de mettre
des chômeurs de longue durée
au travail), ils ne paient pas
de cotisations patronales. Le
Conseil supérieur du livre
estime à 2.755.000 euros
la cagnotte nécessaire pour que
l'enveloppe `personnel´ soit
acceptable...
Rien n'est laissé au hasard non
plus, en ce qui concerne le
nombre de permanents par réseau.
Il est fixé par un savant
calcul tenant compte du nombre
d'habitants installés dans la
commune du réseau en question. `La
proportion est d'environ un
permanent par tranche de 10.000
habitants, avec un maximum de
douze ou treize´, précise
Jean-Michel Defawe, gestionnaire
de douze bibliothèques à Liège,
vice-président du Conseil supérieur
de la lecture publique et
vice-président du Conseil du
livre. Le lien entre Communauté
française et bibliothèques a
longtemps été régi par un décret
voté en 1978 (lui-même remplaçant
une loi de... 1921, obsolète
comme on peut aisément le
comprendre). `Le texte
exprimait un véritable désir
d'investir dans la lecture
publique. Il prévoyait la prise
en charge totale des salaires´,
insiste le même. Avant de
constater: `Il a fallu
attendre 1987 pour jouir des
premiers arrêtés
d'application, encore assez généreux
aussi. Mais eux non plus n'ont
jamais été appliqués. Puis,
en 1995, un autre arrêté a fixé
par écrit ce qui était déjà
pris en charge dans la réalité.´
Actuellement, de (très)
nombreux bénévoles prêtent
main forte au cadre subventionné
et personnel ACS. `Ce sont
des retraités, des étudiants,...
En tout cas des gens très motivés
sans lesquels nous ne serions
plus là´, témoigne
Viviane De Decker, responsable
du pivot St-Henri à Woluwé-St-Lambert.
Et le vice-président de
l'association du Conseil supérieur
de la lecture publique de
confirmer : `La machine s'est
grippée.´ Le nombre de
bibliothèques ouvertes au
public ne doit rien au hasard,
non plus. Chaque `établissement´
doit faire l'objet d'une
reconnaissance officielle; et,
pour la décrocher, rentrer un
dossier complet détaillant
notamment un projet sur cinq années
prévoyant entre autres le taux
de réussite sur le terrain. Le
ministre de tutelle tranche
chaque année au mois d'octobre.
`Aucune bibliothèque n'a été
reconnue en 2001. Et seule une
partie des candidates d'alors
ont eu cette chance en juin
2002.´ Mais rien n'est
acquis une fois pour toutes. Un
dossier annuel doit être rentré
(fréquentation, animations,
taux d'ouvrages de tel ou tel
type,...) qui, doublé de l'avis
de l'inspecteur qui circule sur
le terrain, devra forcément
faire l'objet d'un rapport
positif. Dans le cas contraire,
une procédure de désagréation
se met en route.
A l'heure actuelle, environ 60
pc du territoire de la Communauté
française est couvert. Les
provinces interviennent, elles
aussi, mais dans les frais de
fonctionnement. `En 1978, le
décret prévoyait le
remboursement de 60 pc de ces
frais - papeterie, chauffage, réseaux
informatiques, formation du
personnel. Mais les Provinces
n'ont pas apprécié que la
Communauté leur donne des
ordres. Il a parfois fallu des
procès pour qu'elles
contribuent. Finalement, ces
soixante pour cent ont été payés
pendant un ou deux ans, jusqu'au
texte de 1995 qui a, là aussi,
rabaissé l'intervention.´
Elle se limite actuellement à
60.000 FB maximum par agent. `Chez
moi à Liège, les frais de
fonctionnement s'élèvent à
1.600.000 FB. Comme je n'ai
droit qu'à six agents, on me
rembourse maximum 360.000 FB.
Perte: 1.240.000 FB!´ Quatrième
type d'intervention possible:
les communes participent, de
leur côté, à l'achat des
ouvrages. Dans la mission
qu'elle doit remplir pour
conserver son agréation, chaque
bibliothèque doit effectivement
augmenter sa collection de `x´
ouvrages supplémentaires chaque
année. La législation établit
un prix moyen par livre, selon
sa catégorie (livre d'art,
roman, BD,...) Elle fixe donc le
montant de l'aide en multipliant
`x´ par le prix déterminé. Un
montant dont certaines communes
moins riches ont parfois de la
peine à s'acquitter...
Les récentes déclarations
publiées à l'occasion de La
Fureur de Lire et/ou de la
fixation du budget 2003,
permettent-elles réellement
d'espérer un avenir plus rose
pour ces endroits appréciés
mais trop peu connus du public ?
Une mise en perspective de l'évolution
du budget accordé à la lecture
publique semble, au contraire,
suggérer qu'on n'est pas
vraiment sur cette voie. Le
budget culture 2002 de la
Communauté Wallonie-Bruxelles révèle
en effet quelques évolutions
intéressantes par rapport à
l'année précédente (+114,1
millions de FB pour la RTBF,
+98,2 millions pour la musique,
+73, 2 pour le théâtre et +39,
entre autres, pour l'éducation
permanente qui caracole
nettement en tête depuis
longtemps) mais aussi trois
diminutions inquiétantes dont
les 9,4 spectaculaires millions
enlevés à la lecture publique,
clairement parent pauvre de la
culture, depuis quarante ans.
Est-ce réellement un choix ? La
différence avec la Région
flamande fait réfléchir. Le
budget de la lecture publique
francophone (423 millions de FB
en 2002, pour 432,4 en 2001) est
en effet... cinq fois inférieur
à celui qu'on lui accorde au
nord du pays !
Deux nouveaux points avaient
pourtant été intégrés, en
2000, dans la liste des aides
possibles de la Communauté
Wallonie-Bruxelles. `Politique
d'accueil des élèves et
animation des bibliothèques
publiques´ et `dépenses
quelconques liées à la lecture
publique, au livre et à la
langue française´ avaient
fait naître un espoir... Qui
retombe comme un soufflé
lorsqu'on découvre la liste des
projets financièrement
soutenus, qui n'ont parfois rien
à voir avec l'intitulé des
postes (exemple : deux millions
ont été destinés à soutenir
JDM - le journal du mardi -
quelques semaines avant sa
faillite). Concernant, enfin, l'équipement
informatique des salles, une
autre éclaircie avait également
vu le jour avec la promesse de
la Communauté, en 1999,
d'attribuer à ce dossier une
enveloppe de 180 millions de FB.
`Elle a fondu à 20 millions
en 2001, puis à 10 millions...
Que nous attendons´,
conclut Jean-Michel Defawe. La
revalorisation du financement
des bibliothèques
restera-t-elle, malgré les
(nombreuses) belles paroles,
pleines de bonnes intentions, de
la science-fiction ?
haut
Du
maquis historique au maquis végétal
Arts
- L'exposition présentée à
Paris oscille entre peintures à
l'eau éblouissantes et vidéos
insoutenables
par HERVE GAUVILLE, publié
dans Libération le 21 octobre
2002
Maquis,
Exposition au Plateau, angle de la
rue des Alouettes et de la rue
Carducci, 75019 Paris
Tél.: 01.53.19.84.10. Catalogue
56 p. Jusqu'au 24 novembre
Un titre peut en cacher un
autre. L'exposition présentée
au Plateau s'intitule Maquis.
Il est supposé évoquer une résistance
armée à un occupant, comme
semblent le confirmer les
photographies projetées par
Michel Lasserre et Paola Yacoub.
Elles montrent des paysages du
sud Liban et y associent
quelques questions ou
commentaires à propos de la
guerre. Ce travail, qui relève
du documentaire et non d'un
imaginaire artistique, vise à
provoquer une réaction, morale
ou politique, au spectacle de
ces images.
Infinitésimale
Le terme maquis se voit ainsi
illustré dans son acception
historique. En revanche, avec
les quatre autres exposants, il
retrouve sa signification de
formation végétale provenant
d'une dégradation de la forêt
: Julije Knifer et Yvan Salomone
débroussaillent les sentiers de
la création picturale, et
Fiorenza Menini et Gary Hill se
cachent derrière l'écran de la
forêt vidéo. Ce dernier n'a
plus rien à prouver. Il a su
porter comme nul autre à
l'exception sans doute de Bill
Viola l'art vidéo à son
degré d'excellence. Aussi
l'oeuvre qu'il propose ici
n'ajoute-t-elle rien à sa
notoriété. Réalisée l'an
dernier, elle est constituée de
cinq écrans, dressés dans une
salle noire, sur lesquels sont
projetés des portraits
d'habitants de Belsunce,
quartier populaire de Marseille.
La durée de projection est
infinitésimale, de sorte que
l'oeil a juste le temps de
capter quelques éléments
visuels avant d'être renvoyé
à l'obscurité. L'accoutumance
aidant, la perception s'affine.
Reste que l'exercice ne suscite
pas grand-chose d'autre qu'une
irritante frustration et, ce
faisant, est loin d'atteindre
l'atmosphère troublante et envoûtante
dans laquelle était plongé le
public de ses précédentes
expositions, notamment celle qui
réunissait à Montréal les
travaux d'une douzaine d'années
("Libération"
du 14 février 1998). En
regard, Belsunce Recordings
est une oeuvre mineure.
Prétentieux
Préférera-t-on alors l'oeuvre
mineure d'un grand artiste ou la
tentative ambitieuse d'une débutante
? Fiorenza Menini fait de la vidéo
comme on ouvre un robinet. Elle
filme une performance - ici,
quatre personnes assises dans
une salle d'attente - en
continu. La durée de la
projection n'est pas indiquée
et aucun siège n'est prévu
pour les spectateurs éventuellement
intéressés. L'opération dure
deux heures... Si ce type de vidéo
veut un jour prétendre
rivaliser avec le cinéma, il
faudrait apprendre à se soucier
un tant soit peu du public. Il
est vrai qu'il y a un banc
devant un autre écran sur
lequel Menini projette une
montagne en fondu enchaîné
pendant une heure. Or personne
ne réussit à rester assis là
plus de quelques minutes. C'est
probablement la raison pour
laquelle son hagiographe parle,
dans le catalogue, de "l'insoutenable
éclat du présent",
sans se rendre compte à quel
point l'adjectif "insoutenable"
l'est lui-même devenu. Les vidéos
de Menini sont finalement plus
prétentieuses qu'ambitieuses.
A l'inverse, les peintures du
Croate Julije Knifer sont dénuées
de la moindre présomption. Ce
sont de grands tableaux où le
noir et le blanc se côtoient en
bandes larges, formant une sorte
d'alphabet abstrait, théorie
calligraphique pour une langue
inconnue. C'est écrit noir sur
blanc ou blanc sur noir. Par le
seul recours à cette opposition
binaire et par les variations
qu'il en tire, le peintre réussit
à placer recto et verso sur un
même plan. Comme une bande de
Moebius en deux dimensions.
Rarement une mise à plat du
monde aura révélé, avec une
telle économie de moyens, le
caractère nécessairement
labyrinthique de tout parcours,
fût-il le trajet le plus court
entre deux hypothèses.
Délavé
Yvan Salomone s'y prend
autrement. Ses images de friches
industrielles, de docks, de
darses, de baraques et de
hangars sont fabriquées à
l'eau. Or, comme dit la
ritournelle, la peinture à
l'huile c'est bien difficile,
mais c'est bien plus beau que la
peinture à l'eau.
L'aquarelliste aurait-il donc
choisi la voie de la facilité
en exécutant ses panneaux au
rythme approximatif d'un par
semaine ? Peut-être, mais ses
peintures à l'eau sont
certainement aussi belles, sinon
davantage, que bon nombre de
peintures à l'huile. Le mélange
délavé de tons contrastés
ainsi que l'hésitation entre la
netteté du modèle
photographique et le flou de la
toile humide contribuent à
parer la désolation du motif
d'une délicatesse ruinée.
Lieux désertés et territoires
abandonnés disent assez la
nostalgie d'une époque où le
peintre pouvait se jeter à
l'eau sans éclabousser la beauté.
haut
Liban-Arabie -
Riyad promet d'assurer le succès
de Paris II
Le royaume wahhabite serait prêt
à aider financièrement Beyrouth
paru
dans l'Orient-le Jour le 22
octobre 2002
Le
Premier ministre, Rafic Hariri,
qui devait regagner Beyrouth
tard dans la soirée d’hier en
provenance de Ryad, où il s'était
rendu dimanche aussitôt après
la clôture du Sommet
francophone, a obtenu des
dirigeants saoudiens un
engagement de principe sur leur
disposition à assurer le succès
de la conférence de Paris II et
aider financièrement le Liban,
à en croire des sources proches
du chef du gouvernement. Aucune
précision n’a pour
l’instant été fournie ni sur
le montant de cette aide ni sur
ses modalités. M. Hariri avait
eu des entretiens notamment avec
le roi Fahd et le prince héritier
Abdallah ben Abdel Aziz. (Photo
AFP)
haut
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