|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
La diversité culturelle célébrée
à Beyrouth
Le IXe Sommet de la
francophonie veut définir les
moyens d'une action politique plus
affirmée
par JEAN-LOUIS VALIDIRE, publié
dans le Figaro le 19 octobre 2002
La francophonie
est-elle le rassemblement de pays
parlant la même langue ou l'union
de ceux qui partagent les mêmes
valeurs ? Le sommet de Beyrouth
penche nettement pour la deuxième
branche de l'alternative. La
plupart des intervenants de la cérémonie
d'ouverture ont plaidé vendredi
pour une action et une
organisation plus politique de
l'Organisation internationale de
la francophonie (OIF), qui
regroupe aujourd'hui 55 pays
représentant 600 millions de
personnes dont un petit tiers
manie réellement le français. La
francophonie, ce serait, à écouter
vendredi Ion Ilescu, le président
roumain, la volonté de renforcer
les "grands axes
prioritaires, ceux des 5 D
majuscules, à savoir Démocratie,
Droits de l'Homme, Développement
durable, Désarmement, Diversité
culturelle". Un très beau et
vaste programme qui était déjà
celui défendu avec plus ou moins
de bonheur par le mouvement des
"non-alignés".
Ce nouveau souffle puise sa
vigueur dans l'effondrement du
bloc communiste et le rouleau
compresseur de la mondialisation
ressentie par la quasi-totalité
des pays francophones, du moins
les plus pauvres d'entre eux,
comme un instrument de paupérisation
et de domination de la grande
puissance anglo-saxonne, les
Etats-Unis d'Amérique. Une première
fois reporté en raison des événements
du 11 septembre, ce sommet
est l'occasion pour le
gouvernement français d'apparaître
comme le point d'équilibre et le
dirigeant naturel d'un groupe de
pression. Vendredi, le président
libanais, Emile Lahoud, lors de la
cérémonie d'ouverture, a prononcé
un discours très offensif en évoquant
les problèmes de la région.
"A l'aube du XXIe siècle
où les nations civilisées
tentent légitimement d'éradiquer
le terrorisme, s'est-il exclamé,
l'occupation israélienne le perpétue
sous sa forme la plus perverse :
celle du terrorisme d'Etat."
Dans une péroraison que n'aurait
pas reniée le puisant voisin
syrien, il a poursuivi : "Ce
terrorisme est pervers parce que
pour justifier un expansionnisme
et une colonisation qu'on croyait
d'un autre âge, il se travestit
en ce qui est précisément son
contraire."
Elargissant son propos au problème
irakien, Emile Lahoud a précisé
que son pays se conformait à
"la décision unanime du
sommet arabe de Beyrouth en mars
dernier qui condamne dans son
principe toute action militaire étrangère
contre un pays arabe, notamment
l'Irak". Une douche que le
premier ministre canadien, Jean
Chrétien, a subie sans sourciller
pour défendre, son tour venu, une
conception du rôle
"politique" de la
francophonie quelque peu différente
puisqu'il n'a abordé ni la
question irakienne ni celle du
Proche Orient. Pour le Canada, la
"vocation politique" de
la francophonie doit plutôt se
renforcer, dans le droit-fil du
code de conduite adopté à Bamako
dans une action plus décidée
"l'autorisant à réagir aux
situations de crise de la démocratie
ou de violations graves des droits
de la personne". Ce qui a le
don d'irriter de nombreux pays
francophones, car, comme l'a fait
remarquer hier la Fédération
internationale des droits de
l'homme, "deux ans après
l'adoption de la déclaration de
Bamako, force est de constater
qu'en francophonie il y a loin de
la parole à l'acte".
Entre les deux positons extrêmes,
Jacques Chirac est apparu comme le
rassembleur du troupeau. Dans un
discours très équilibré il a
plaidé pour la diversité
culturelle en demandant aux
francophones de "rassembler
les Etats conscients de cette
exigence pour soutenir à l'Unesco
une convention sur la diversité
culturelle". Mais, a-t-il
ajouté, il est temps de mettre en
œuvre la déclaration de Bamako :
"Nous irons plus vite si nous
allons ensemble et nul ne peut prétendre
appartenir à notre famille s'il récuse
ce fondement de notre héritage
commun." Sur un plan plus général,
le président de la République
française a rappelé la position
de Paris qui fédère le sommet :
"A Beyrouth, réaffirmons ce
credo fondamental: dans le monde
moderne, le recours à la force ne
saurait être qu'un ultime
recours. Il ne saurait être admis
qu'en cas de légitime défense ou
de décision des instances
internationales compétentes."
Une position opportune dans le
contexte actuel. Le tout est de
savoir si elle peut servir d'une
façon plus durable de base
politique au groupe francophone.
haut
Le
sommet de la francophonie réaffirme
à Beyrouth le principe d'
"exception culturelle"
par CLAIRE
TREAN, publié dans le Monde du 19
octobre 2002
Précédant d'une journée
l'ouverture du sommet de la
francophonie à Beyrouth, Jacques
Chirac a été reçu, jeudi 17 octobre,
en visite d'Etat dans la capitale
libanaise, quasiment en état de
siège. Les autorités n'ont pas lésiné
sur la sécurité, à la veille
d'accueillir quelques centaines de
chefs d'Etat et de gouvernement,
ministres et autres personnalités.
Jacques Chirac a insisté jeudi
sur la symbolique du choix de
Beyrouth comme théâtre d'un
sommet consacré au "dialogue
entre les cultures". "La
ville carrefour redevient la ville
du dialogue",a-t-il déclaré
dans un discours au Parlement. Le
compliment est légèrement outré
et M. Chirac en est un peu
convenu, en appelant les Libanais
à mettre de l'ordre dans leurs
querelles internes et à se garder
envers Israël de "provocations"
qui pourraient remettre le feu aux
poudres. Le fait que, pour la
première fois, le sommet des pays
"ayant le français en
partage" - formule
officielle - se tienne en terre
arabe, dans la région la plus
affectée par les crises
internationales du moment, est
propice à l'affirmation de la
dimension politique de la
francophonie. C'est pour faire en
sorte que ce groupe de pays
disparates pèse dans certaines
affaires internationales que
l'Organisation internationale de
la francophonie (OIF) avait été
dotée, il y a cinq ans, à
l'initiative de Paris, d'un poste
de secrétaire général confié
à l'Egyptien Boutros
Boutros-Ghali.
Le bilan est mitigé, alors que M. Boutros-Ghali
arrive à la fin de son mandat,
mais les conditions semblent réunies
pour une relance à Beyrouth. Une
grande partie de la journée de
samedi sera réservée à un débat
à huis clos entre les chefs d'Etat
et de gouvernement sur les
questions internationales du
moment, singulièrement le conflit
israélo-palestinien et la menace
d'intervention américaine en
Irak. Cet échange ne donnera lieu
à aucune communication publique,
mais on peut imaginer que, sur
l'Irak au moins, le consensus se
fera sur la position que défend
la France au Conseil de sécurité
de l'ONU, la francophonie
s'affirmant ainsi comme un forum
critique contre la pensée unique
américaine. Le thème officiel du
sommet, "le dialogue des
cultures et la diversité
culturelle", prêtera
aussi à l'expression de ce
consensus critique. C'est le
principal cheval de bataille de
l'Organisation depuis le sommet de
l'île Maurice, en 1993, qui avait
vigoureusement plaidé en faveur
de ce qu'on appelait alors "l'exception
culturelle". A Beyrouth,
Jacques Chirac demandera que les
pays francophones appuient à
l'Unesco l'élaboration d'une
convention internationale qui définirait
la notion de diversité
culturelle, affirmerait le droit
des Etats à mener des politiques
culturelles et éviterait que les
échanges culturels soient
totalement livrés aux règles du
marché et à celles de
l'Organisation mondiale du
commerce. Un groupe de pays (pas
tous francophones) réfléchit à
ce projet dans le cadre de
l'Unesco. L'OIF est invitée à se
constituer en groupe de pression
à l'Unesco.
Dans le domaine de la coopération,
l'OIF, dotée d'un budget très
modeste (200 millions d'euros
au total, financés aux deux tiers
par la France et un peu moins d'un
tiers par le Canada), dont 20 %
environ sont affectés au développement
économique, ne peut pas être une
agence de développement. Elle
s'efforce en revanche d'aider les
pays membres à constituer leurs
dossiers pour les bailleurs de
fonds et les invite à s'unir pour
essayer de peser plus lourd auprès
des grandes institutions financières.
L'un des objectifs de la France
est de recentrer l'OIF sur
l'Afrique, qui, au fil des élargissements
de l'Organisation, notamment vers
les pays de l'Est, "se
sent un peu oubliée".
C'est la raison pour laquelle
Paris souhaite que le choix du
successeur de M. Boutros-Ghali
se porte sur "une
candidature africaine de
consensus", dit-on à l'Elysée.
L'ancien président sénégalais
Abdou Diouf et l'ancien premier
ministre congolais Henri Lopez
seront candidats. Les préférences
de Paris vont au premier.
Il est deux domaines où M. Boutros-Ghali
n'a pas convaincu. Il voulait
faire de l'OIF une instance de médiation
dans le règlement des conflits.
Les démarches qu'il a menées
dans ce sens n'ont guère remporté
de succès, sinon dans le conflit
des Comores. Paris récuse
aujourd'hui cette ligne d'action :
"L'action de la
francophonie ne doit pas
concurrencer celle des
organisations régionales",
indiquait la porte-parole de l'Elysée,
Catherine Colonna. L'autre domaine
où la francophonie est sommée,
par les ONG cette fois, de faire
mieux est celui des droits de
l'homme. A Bamako, en novembre 2000,
les pays membres avaient décidé
de doter l'Organisation d'un mécanisme
de surveillance prévoyant des
mesures en cas de violations
graves des droits de l'homme ou de
rupture de la démocratie. Ce mécanisme
n'a jamais été mis en œuvre. Le
secrétariat général a pourtant
été saisi de plaintes, notamment
de la part de la Fédération
internationale des droits de
l'homme, contre la Tunisie, la Côte
d'Ivoire, la République démocratique
du Congo, Haïti, le Vietnam,
auxquelles il n'a jamais été
donné suite. La FIDH se dit préoccupée,
pour ce qui est du Liban, par "les
discriminations dont continuent d'être
victimes les réfugiés
palestiniens, le sort tragique réservé
aux demandeurs d'asile non
palestiniens, le dossier des
disparus qui reste au point
mort". Comme de
nombreuses autres ONG
internationales et libanaises,
elle s'élève contre la fermeture
autoritaire de la principale chaîne
de télévision francophone
locale, MTV.
Abdelaziz Bouteflika participe
à la rencontre
Pour la première fois, un président
algérien participera au sommet de
la francophonie qui se tient du 18
au 20 octobre à Beyrouth. Le
statut de la langue française
restant une question éminemment
sensible et toujours pas réglée
dans le débat intérieur algérien,
Abdelaziz Bouteflika n'annoncera
pas l'adhésion de son pays - le
plus grand pays francophone hors
la France - à l'OIF. Mais sa
venue à Beyrouth, en réponse à
l'invitation du président
libanais est malgré tout le signe
que la francophonie n'est pas
exclusivement perçue au sein du
pouvoir algérien comme l'un des
oripeaux du colonialisme, ni comme
l'un des habits de l'Occident
ennemi. Le changement de
comportement du Hezbollah libanais
témoigne d'une évolution
analogue. Si M. Bouteflika
participe au sommet, c'est
cependant essentiellement parce
que ce dernier sera l'occasion
d'un échange sur les questions
internationales du moment, obsédantes
dans la région méditerranéenne.
haut
par GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 18
octobre 2002
Cette
manie de transformer la capitale
en caserne à chaque fois que
nous recevons du monde ! Routes
coupées, la fine fleur de nos hôtels
transformée en camps retranchés,
et des patibulaires armés
jusqu’aux gencives s’agitant
entre nos pattes. Chaque chef
d’Etat étranger aura ainsi la
douce et timide impression
d’avoir un viseur collé sur
la nuque. Nous voilà parés
pour le "dialogue des
cultures"... Déjà que
durant les jours précédents,
il a fallu se taper toutes les
singeries de nos Bruce Willis
maison, maquillés en ramoneurs
et sautillant d’un toit à
l’autre en poussant des cris
gutturaux. Encore heureux
qu’ils n’aient pas cultivé
l’hospitalité jusqu’à les
glapir en français. Mais, faut
les comprendre. Traquant le Ben
Laden jusque dans les latrines
du Phoenicia, les spadassins de
la République sont remontés à
bloc. Une fois les chefs d’Etat
et leurs larbins sécurisés,
sur qui crois-tu qu’ils vont
jeter leur dévolu ? Bingo ! Sur
toi et ta smalla, vieux débris,
si des fois l’idée vous
titillait d’aller rôder
autour du "saint des
saints" pour vérifier si
nos trois présidents parlent
vraiment français.
D’ailleurs, parlons-en : épaulé
par le Salami de la Culture,
Emile Ier pourra se tirer
d’affaire ; Bouboule un peu
moins sans doute ; mais le
troisième, faudra vite le
cacher avant que Double-Boutros
ne le repère. Il serait tenté
de lui faire réciter le
Discours de la Méthode. Un qui
ne s’est pas foulé la rate,
en tout cas, c’est le ministre
des Travaux publics. En octobre
de l’année dernière, il
avait passé des jours entiers,
à quatre pattes sur le macadam,
à peindre au pinceau des lignes
blanches pour le vernissage du
Sommet de la francophonie.
Manque de pot, le Sommet avait
avorté. Nagib-la-Mikette a
aussitôt voulu amortir ses
chefs-d’œuvre linéaires pour
le Sommet arabe de mars. Peine
perdue, les invités regardaient
ailleurs. Alors du coup, il
s’est vexé, n’a plus rien
fichu et nos routes sont restées
glabres. Dommage, il dessinait
bien pourtant. Même si c’était
en anglais...
haut
Chronologie
et liste des membres de la
francophonie
paru dans le
Monde du 19 octobre 2002
1880 : Le géographe français Onésime
Reclus invente le terme de
"francophonie"
1960 : Des personnalités, (L. S.
Senghor, H. Bourguiba et H.
Diori...) proposent de regrouper
les pays nouvellement indépendants
désireux de garder un lien avec
la France.
1970 : Naissance du premier organe
multilatéral de la francophonie,
l'Agence de coopération
culturelle et technique (ACCT).
1986 : Premier Sommet de la
francophonie à Paris, avec 42
membres.
1987 : Sommet de Québec. La
cadence bisannuelle est adoptée.
1989 : Sommet de Dakar (Sénégal).
1991 : Sommet de Chaillot (Paris).
Création du Conseil permanent de
la francophonie.
1993 : Sommet de Maurice. Une résolution
commune sur l'exception culturelle
est approuvée.
1995 : Sommet de Cotonou (Bénin).
1996 : Adoption de la Charte de la
francophonie.
1997 : Sommet de Hanoi (Vietnam).
Naissance de l'Organisation
internationale de la francophonie
(OIF). Election de Boutros
Boutros-Ghali au poste de secrétaire
général.
1998 : L'Assemblée générale des
Nations Unies donne à l'OIF le
statut d'observateur.
1999 : Sommet de Moncton (Canada).
2002 : Neuvième Sommet
francophone à Beyrouth (Liban).
51 Etats et gouvernements
membres à part entière
: Albanie, Belgique, Bénin,
Bulgarie, Burkina Faso, Burundi,
Cambodge, Cameroun, Canada,
Nouveau Brunswick, Québec,
Cap-Vert, Centrafrique, Communauté
française de Belgique, Comores,
Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire,
Djibouti, Dominique, Egypte,
France, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau,
Guinée-Equatoriale, Haïti, Laos,
Liban, Luxembourg, Macédoine,
Madagascar, Mali, Maroc, Maurice,
Mauritanie, Moldavie, Monaco,
Niger, République démocratique
du Congo, Roumanie, Rwanda,
Sainte-Lucie, Sao Tomé et
Principe, Sénégal, Seychelles,
Suisse, Tchad, Togo, Tunisie,
Vanuatu, Vietnam.
Quatre pays au statut
d'observateur : Lituanie,
Pologne, République tchèque et
Slovénie. La Slovaquie postule
pour un statut d'observateur au
Sommet de Beyrouth.
haut
Opinion - La
francophonie politiquement correcte
par Dr ELIE ABOUAOUN, publié
dans l'Orient-le Jour le 19
octobre 2002
L'auteur est membre du comité
directeur (Paris) de Nouveaux droits
de l’homme-International, chargé
de mission au Liban
Alors que se
tient le Sommet officiel de la
francophonie, et en plein
programme culturel "Franco
bis 2002", il serait
courageux de se poser la question
suivante : quelle est la portée
des valeurs francophones ? Force
est de constater que la grande
majorité des pays francophones
souffre encore de problèmes
structurels en termes de pratiques
démocratiques et de respect des
droits de l’homme. Par conséquent,
les sociétés civiles de ces pays
fonctionnent dans des cadres limités
et font état continuellement de
leurs capacités restreintes et de
contraintes politiques, financières,
judiciaires. etc. A la lumière
de ces deux données, comment évaluer
le contenu et la portée des
valeurs francophones ?
A cet effet, il ne suffit pas
d’identifier les valeurs véhiculées
par la seule utilisation de la
langue française, mais de savoir
quelles sont, de ces valeurs,
celles qui sont retenues et vécues
par les sociétés des pays
francophones. Est-ce que ces
valeurs ne relèvent pas, par
hasard, d’une "illusion
intellectuelle" établie
intentionnellement pour servir les
intérêts politiques et économiques
d’un groupe de pays peu démocratiques,
à quelques exceptions près ?
Sinon, comment expliquer le
silence du monde francophone et
des Etats francophones
politiquement développés, face
aux violations massives et graves
dans les autres pays francophones
moins développés politiquement,
dont le Liban, hôte du IXe Sommet
de la francophonie ?
haut
par MARC
LAMBRON, publié dans l'Orient-le
Jour le 10 octobre 2002
L'auteur
est écrivain, lauréat du prix Fémina,
chroniqueur littéraire au
"Point" et conseiller d’Etat
On pourrait
commencer avec une petite utopie
historique. Dans la langue
savante, cela s’appelle une
uchronie. Imaginons que Louis XIV
ou Louis XV, qui régnaient sur la
France quand l’Europe parlait
français, aient eu
l’inspiration de jeter toutes
leurs forces dans la conquête de
l’Amérique du Nord. Dès 1720,
les futurs USA auraient été un
vaste Québec, une grande
Louisiane. Autour de 1792,
profitant des troubles révolutionnaires
en France, la colonie américaine
aurait pris son indépendance, rédigé
sa Constitution en français et
commencé sa marche vers la
puissance. Les chariots de la
conquête de l’Ouest
n’auraient pas été peuplés
d’Irlandais, mais de
Bourguignons. Il n’y aurait pas
eu des cow-boys, mais des garçons
vachers. Ils n’auraient pas
chanté My Darling Clementine,
mais Clémentine ma mie. Edgar Poe
n’aurait pas eu besoin de
Baudelaire pour être traduit en
français, puisqu’il aurait écrit
directement dans notre langue.
Pendant la guerre de Sécession,
les pires insultes auraient volé
de tranchée à tranchée dans un
ton digne du boulevard des
Batignolles. Au XXe siècle,
Franklin D. Roosevelt aurait déclaré
la guerre au Japon en français,
John Wayne aurait tourné ses
westerns dans la langue de
Voltaire, Elvis Presley aurait
chanté Aime-moi tendrement plutôt
que Love Me Tender. En 2002, on
n’achèterait pas des systèmes
Microsoft mais des logiciels
Microdoux, Sharon Stone
s’appellerait Sharon Pierre, le
président des Etats-Unis Georges
Buisson le Jeune (George Bush Jr)
converserait avec Jacques Chirac
sans traducteur. La puissance américaine
étant ce qu’elle est, toute la
planète communiquerait en français.
On sait que les choses ont tourné
autrement. Vous ne lirez jamais
dans la presse anglo-saxonne des
lamentos angoissés sur le devenir
de l’ "anglophonie",
et pour cause : l’anglais étant
devenu la langue véhiculaire
mondiale, tout individu ayant accès
à la modernité parle au moins
deux langues, la sienne et
l’anglais. On pourrait objecter
qu’au IIIe siècle de notre ère,
toute la Méditerranée comprenait
le latin, qui est aujourd’hui
une langue morte. Il n’en reste
pas moins que le francophone
ombrageux se rembrunit. Une
posture répandue consiste à
entonner l’air du déclin, à se
barricader dans la citadelle
gauloise, à vitupérer la
mondialisation. Une autre
attitude est pourtant possible.
Pour ma part, je suis mondialisé
au quotidien depuis une trentaine
d’années : je mange des sushis,
je peux lire Cervantès ou Borges
dans le texte, j’achète des
disques des Rolling Stones,
j’aime les films de Fellini ou
de Wim Wenders. Je suis donc à
l’occasion japonais, espagnol,
anglais, italien, allemand, etc.
Cela ne m’a jamais empêché de
lire Chateaubriand, de voir des
films de Jean-Luc Godard ou d’écouter
Pelléas et Mélisande. Tenir avec
un Américain une conversation en
anglais ne m’a jamais paru être
une abdication, mais plutôt une
autre façon de traverser l’expérience
de la langue, qui ne m’empêche
pas d’aimer la mienne. Pour tout
avouer, je prends plus de plaisir
à lire Norman Mailer ou Philip
Roth que tel obscur poète
morvandiau. A la corde unique
de l’arc, on peut préférer les
cordes multiples de la lyre.
Puisque le XXIe siècle sera inéluctablement
pluriel, il faut encourager ce
pluriel chez les autres : ce sera
l’occasion de leur inoculer un
peu de civilisation française.
Plus l’éventail sera ouvert,
plus la francophonie y aura sa
place.
La domination anglo-saxonne
n’empêche pas Milan Kundera ou
Umberto Eco d’être traduits à
New York. Rien n’interdit à des
écrivains francophones de faire
de même. A une France qui
deviendrait une sorte de Cuba
linguistique, une Corée du Nord
de la grammaire, il faut opposer
la séduction de la langue et l’énergie
du lendemain. Après tout, c’est
un Français, Tocqueville, qui a
le premier expliqué l’Amérique
aux Américains. Après tout, Luc
Besson est considéré à
Hollywood, Carlos Ghosn est adulé
au Japon, Manu Chao triomphe à
Londres, les tailleurs de
Christian Lacroix sont portés à
Dallas. L’omnium américain est
plus perméable qu’on ne le
croit : tout empire à son apogée
devient vulnérable aux charmes de
sa périphérie. "Il
faut inscrire l’Hexagone dans la
sphère", disait déjà Paul
Morand. Puisque ces lignes sont écrites
pour un grand journal libanais,
qu’il me soit permis de dire
qu’un bref séjour au Liban, il
y a bientôt dix ans, m’a laissé
le souvenir d’un laboratoire de
cette francophonie d’un nouveau
type. Le cosmopolitisme vécu, les
familles circulant entre la France
et le Canada, l’Afrique et le
Proche-Orient, les disques de
Fairouz côtoyant ceux de Billy
Joel, l’estime profonde pour les
poètes, la beauté de notre
langue natale lorsqu’elle éveille
un sourire sur le visage d’une
femme, le plaisir d’être à
Byblos et le plaisir d’être à
Paris, les films de Tom Cruise et
ceux de Jean Reno, la virtuosité
polyglotte qui n’abdique rien
des mots de l’enfance, tout cela
m’avait paru périmer le
discours des bigots de la
francophonie fondamentaliste. "Etre
français, écrivait Gombrowicz,
c’est précisément prendre en
considération autre chose que la
France." On pourrait le
paraphraser en disant qu’être
francophone, c’est précisément
prendre en considération autre
chose que la francophonie. Ne
soyons pas sourds si nous voulons
être entendus. Ouvrons les fenêtres
pour que d’autres aient envie de
pousser la porte. On peut gager
que la beauté de la langue française
saura faire le reste.
haut
Eaux
lourdes entre le Liban et Israël
Les
Israéliens menacent de bombarder
une nouvelle station de pompage
libanaise
par
CHRISTOPHE AYAD et JOELLE TOUMA,
publié dans Libération le 17
octobre 2002
Le Wazzani est
une petite rivière qui prend sa
source au Liban, coule ensuite sur
3 kilomètres avant de se jeter
dans le Hasbani, de franchir la
frontière israélienne puis de
rejoindre le Jourdain qui alimente
le lac de Tibériade, dans le
Golan. Un explosif mouchoir de
poche : côté libanais, le
Wazzani coule en effet dans une
enclave contrôlée par le
Hezbollah et surplombée par trois
positions militaires israéliennes.
Menace
Hier, c'est
devant 7.000 personnes et en présence
du chef de l'Etat libanais, Emile
Lahoud, que le président du
Parlement, Nabih Berri, a inauguré
la station de pompage destinée à
alimenter vingt villages du sud du
Liban. Un casus belli,
selon le mot du Premier ministre
israélien, Ariel Sharon, qui a
menacé de bombarder ce projet
portant atteinte à la sécurité
hydraulique d'Israël. Une menace
réitérée par le chef de la
diplomatie, Shimon Pérès, qui a
déclaré hier : "Nous ne
tolérons pas et ne tolérerons
pas de mesures unilatérales et
Israël se réserve le droit de défendre
ses ressources en eau, conformément
au droit international." Au
Liban, le Wazzani est devenu une
cause sacrée, l'un des rares
sujets sur lesquels le pays déchiré
retrouve son unité. Même le
Hezbollah et Amal - dirigé par
Nabih Berri, promoteur du projet -,
les deux partis chiites rivaux,
ont fait taire leurs récurrentes
divergences. Pendant les travaux,
entamés le 22 août, des cheikhs
sunnites et chiites sont venus
prier sur le site. "La
semaine dernière, il y avait
aussi des chrétiens et des
Druzes", assure Ali Wehbé,
entrepreneur chargé du projet.
Aucun incident
majeur n'est venu troubler les
travaux de construction, mais la
tension était palpable. Les
nouvelles pompes libanaises sont
situées à quelques mètres d'une
vieille pompe israélienne,
installée durant l'occupation du
sud de 1982 à 2000, qui alimente
le village syrien de Ghajar, occupé
par Israël. "Nous n'avons
pas touché à la pompe israélienne,
parce qu'ils attendent le moindre
prétexte pour démolir les nôtres",
explique Ali Wehbé en désignant
deux Jeep de Tsahal postées à
200 mètres, derrière les barbelés
de la frontière. "Des
mines antipersonnel [laissées
par l'armée israélienne après
son retrait] ont explosé alors
que les ouvriers travaillaient près
du village israélien de Metula.
Sans parler des hélicoptères
Apache qui survolaient constamment
le chantier", raconte Ali
Wehbé. Une partie des dix kilomètres
de tuyaux installés passe près
de la porte de Fatima, un poste
israélien sur la frontière, à
trois mètres de la ligne bleue
tracée par l'ONU pour délimiter
la frontière entre le Liban et
Israël. Ali Wehbé a donc fait
travailler 18 bulldozers pour
finir en trois jours afin d'éviter
les accrochages. Mais des deux côtés
de la ligne bleue, on ne s'est pas
privé de se narguer : "Les
soldats israéliens ont braqué
leurs fusils sur moi et m'ont dit
: 'Sharon va détruire le Liban
encore une fois.' Je leur ai répondu
: 'Qu'il détruise, on
reconstruira.' "
Risques
Les équipes
ont dû accélérer les travaux
pour inaugurer les pompes deux
jours avant l'ouverture du Sommet
de la francophonie et l'arrivée
de Jacques Chirac à Beyrouth. La
mise en service de la station de
pompage a en effet été opportunément
programmée par le gouvernement
libanais pour l'avant-veille du
sommet. Le risque de dérapage est
d'autant plus important que le
Hezbollah a assuré qu'il
riposterait à toute attaque israélienne
par des tirs sur le nord d'Israël.
Les diplomates français, qui ont
moyennement apprécié que le
sommet soit utilisé comme un
bouclier par Beyrouth, n'ont pas ménagé
leurs efforts, en coordination
avec les Etats-Unis, la Russie et
l'Union européenne, pour éviter
toute escalade. Jacques Chirac a
reçu, la semaine dernière à
Paris, Shimon Pérès et Nabih
Berri. Les experts se sont succédé,
à la recherche d'une solution
satisfaisante pour tout le monde,
mais Beyrouth a décidé de ne pas
attendre pour lancer le pompage. "Les
Américains nous ont demandé de
reporter le projet pour négocier,
mais nous refusons de négocier
directement avec Israël. Nous
appliquerons les décisions de
l'ONU", affirme Nabih
Berri. Les Nations unies, qui se
sont saisies du contentieux, ont
organisé la visite d'experts américains
et européens en hydrologie et
d'un diplomate russe. De son côté,
Israël se dit prêt à respecter
le droit international. Le problème
c'est que le dossier est d'une
complexité rare, selon une source
diplomatique française.
Répartition
En août 1955,
le plan Johnston de répartition
des eaux entre Israël, le Liban,
la Syrie et la Jordanie, élaboré
par un émissaire américain,
allouait au Liban 35 millions de mètres
cubes d'eau par an. Jusqu'à ce
jour, le Liban n'en pompait que 7,
et, malgré ces nouvelles pompes,
il va rester en dessous du volume
accordé par le plan Johnston. "Même
si les pompes travaillent jour et
nuit, elles ne peuvent capter que
4 millions de mètres cubes par
an", explique Ali Wehbé.
Soucieux de ne pas entériner ce
qu'ils estiment être une action
unilatérale de la part du Liban,
l'ambassade américaine n'a pas
envoyé de représentant à la cérémonie
d'inauguration d'hier et l'Union
européenne a annoncé lundi un
plan global de développement du
sud du Liban, censé contribuer à
apaiser la tension et prévoir des
solutions pour l'avenir. "La
Commission européenne a pensé
qu'il fallait travailler sur le
long terme. En effet, même si
Israël devait finalement accepter
que le Liban, comme il l'a annoncé,
porte à quelque 11 millions de m3
son prélèvement dans le Wazzani,
il faut bien voir que le problème
risque de resurgir plus tard",
souligne Patrick Renauld, le représentant
des Quinze à Beyrouth.
haut
L'Asie
dans la spirale du terrorisme
par
JOSEPH LIMAGNE, publié dans
Ouest-France le 18 octobre 2002
Quatre jours après l'attentat
de Bali (186 morts), deux bombes
ont explosé dans un centre
commercial de Zamboanga
(Philippines), tuant six
personnes et en blessant 150. A
ces attentats à répétition,
s'est ajoutée, hier, la
reconnaissance d'un programme
nucléaire militaire poursuivi
par la Corée du Nord, alors que
l'Onu poursuit son débat sur la
question irakienne. D'Aden à
Pyongyang, l'Asie tout entière
semble emportée dans la spirale
de la terreur. Les attentats
contre des soldats américains
au Koweït, puis contre le pétrolier
Limburg, au large du Yémen,
l'effroyable massacre de Bali,
les explosions meurtrières au
sud des Philippines se sont succédé
en quelques jours. Cette série
noire frappe d'autant plus
l'imagination qu'elle s'est
produite dans la foulée de la
commémoration du 11 septembre
2001. Elle a été ponctuée de
menaces et de revendications
attribuées à Al-Qaida, voire
à Oussama ben Laden lui-même.
Comme si cela ne suffisait pas,
voilà que la Corée du Nord
admet benoîtement chercher à
se procurer la bombe atomique,
en violation de l'accord signé,
en 1994, avec les Etats-Unis.
Alors que George W. Bush vient
de se faire donner, par le Congrès,
le pouvoir d'attaquer l'Irak, y
compris sans feu vert de l'Onu,
c'est à l'autre extrémité de "l'Axe
du mal" que s'affirme un
danger aussi grave.
Pour le président des
Etats-Unis, lutte contre le
cancer terroriste et lutte
contre la prolifération des
armes de destruction massive
font partie du même et unique
combat. Mais les maux et les
problèmes posés sont si divers
qu'il ne peut y avoir de
solution ni simple ni préfabriquée.
La question du risque nucléaire,
qui implique des Etats, passe,
à l'évidence, par des
pressions internationales. De ce
point de vue, on comprend mal
pourquoi les Etats-Unis penchent
pour la solution de force à l'égard
de Bagdad et privilégient le
dialogue vis-à-vis de
Pyongyang. Quant au terrorisme,
il n'est pas nouveau en Asie du
Sud-Est. Depuis de nombreuses
années, le groupe Abou Sayyaf
procède à des enlèvements,
parfois meurtriers, à Mindanao
et dans l'archipel de Sulu. De même,
des groupes paramilitaires
islamiques indonésiens ont-ils
semé la mort dans la province
d'Aceh ou dans l'archipel des
Moluques.
On savait déjà que certains de
ces militants étaient des vétérans
d'Afghanistan. On dit que le
commandant opérationnel de la
Jamaah Islamiyah indonésienne,
soupçonnée d'avoir commis
l'attentat de Bali, appartient
aussi à Al-Qaida. Cette
convergence des terrorismes
inquiète les gouvernements
asiatiques. A commencer par
celui de la présidente indonésienne,
Megawati Sukarnoputri. Ces
pouvoirs asiatiques sont pris en
tenaille entre la nécessité
impérative de lutter contre
un terrorisme international qui
les déstabilise et le risque de
nourrir le radicalisme en
s'alignant sur Washington. Le
Premier ministre malaisien,
Mahathir Mohamed, n'est pas le
seul à prédire qu'une attaque
contre l'Irak creuserait
davantage le fossé entre
l'Occident et le monde musulman.
Pour contenir le terrorisme en
Asie, l'aide policière et sécuritaire
des pays développés est
indispensable. Elle n'est pas
suffisante. haut
Alexandrie
retrouve sa bibliothèque
1.600
ans après la destruction de son aïeule,
elle ouvre ses portes
par CLAUDE GUIBAL, publié
dans Libération le 17 octobre
2002
La cité de Cléopâtre s'est
sentie frissonner : ce n'est pas
tous les jours qu'on assiste à
la (re)naissance d'une légende.
Dans le rôle des bonnes fées,
un aréopage de grands de ce
monde, du raïs égyptien Hosni
Moubarak à Jacques Chirac, en
passant par les reines d'Espagne
et de Jordanie, ou les Nobel de
littérature Naguib Mahfouz et
Wole Soyinka. Dans le rôle de
la légende, un monumental
disque de granit et de verre,
posé en bord de mer : la
Bibliotheca Alexandrina, deuxième
du nom. Mille six cents ans après
la disparition dans les flammes
de son illustre ancêtre, la
nouvelle bibliothèque
d'Alexandrie a ouvert ses portes
hier. Non sans mal. Quinze années
de retards, annulations, budgets
explosés et polémiques ont
rythmé la construction de ce
complexe culturel ambitieux, doté
d'une bibliothèque, mais aussi
d'un planétarium, de trois musées,
de laboratoires de recherches,
de galeries d'art et d'un centre
de conférences.
Controverses
L'Egypte veut que l'Alexandrina
soit "une fenêtre sur
le monde", un lieu d'échange
et de débat. Sur ce dernier
point, la bibliothèque n'a pour
l'instant pas déçu, tant sa
genèse a généré de
controverses. L'emplacement même
du bâtiment a suscité la
fureur des archéologues qui
pensent que se dressait là un
palais des Ptolémées. Six mois
de fouilles in extremis
ont permis de sauver des
tracto-pelles de splendides mosaïques,
conservées depuis au musée gréco-romain
de la ville. Et tant pis pour le
reste. "Pas le choix :
ici, dès qu'on creuse, on
trouve", commente,
fataliste, un Alexandrin.
Aujourd'hui se dresse donc au
bord de l'eau cette étrange
ellipse grise et brillante. Conçu
par le cabinet d'architecture
norvégien Snohetta, le complexe
ouvre une parenthèse futuriste
sur la corniche d'Alexandrie. On
peut tout de même regretter que
la mer ne soit jamais visible de
l'intérieur du bâtiment.
L'immense salle de lecture
(38.000 m2), étagée en bois
blond et béton, paraît un peu
démesurée en regard du nombre
encore modeste d'ouvrages
disponibles : 240.000, un
chiffre "honorable",
souligne Jean-Marie Compte,
conseiller délégué par la
France auprès de la bibliothèque.
"Il reste beaucoup à
faire, mais on s'est assuré que
les lecteurs aient accès dans
chaque domaine à tous les
ouvrages de base et à des
monographies complètes."
Il y a peu, le visiteur pouvait
s'interroger sur la politique
d'acquisition des livres, en
tombant sur des manuels de
bricolage ou des cartes routières
du Yucatan dans ce lieu présenté
comme un centre d'excellence sur
les savoirs méditerranéens. La
bibliothèque s'est depuis attelée
au problème.
Web
Avec des centaines d'ordinateurs
à la disposition du public,
l'Alexandrina a également pour
vocation d'être à la pointe du
numérique. L'impressionnant
système Internet Archive permet
de se replonger dans la mémoire
du Web en compilant plus de dix
milliards de pages créées
depuis 1996. Autre innovation :
Touch and Turn, un logiciel qui
permettra à tous d'accéder à
l'ensemble des manuscrits
anciens de la Bibliotheca.
D'ordinaire réservés, par
souci de préservation, à
quelques érudits, les 6.700
manuscrits de la bibliothèque
seront numérisés. Les
utilisateurs n'auront qu'à
effleurer l'écran de leur
ordinateur d'un doigt pour en
tourner les pages. Un clic
suffit pour convertir une page
de calligraphie, illisible pour
le profane, en arabe simplifié,
ou pour avoir instantanément sa
traduction en français ou en
anglais. Un beau cadeau offert
par la Suède à Alexandrie. Au
total, une trentaine d'Etats ont
apporté leur écot à ce temple
de la culture. Principalement
sous forme de dons en livres ou
matériel, mais aussi de chèques.
A commencer par l'Irak dont les
21 millions de dollars sont
opportunément arrivés une
semaine avant l'invasion du Koweït.
De son côté, la France a
offert un musée d'histoire des
sciences, prêté le système
d'information, formé du
personnel. Le directeur de la
bibliothèque, Ismaïl
Serageldine, l'expliquait à Libération
(23 avril 2002) : "On
retrouve l'enthousiasme de
toutes les nationalités autour
de ce grand projet culturel.
L'esprit de la bibliothèque
mythique s'incarne dans cet
effort commun."
Statut spécial. Les critiques
peuvent pleuvoir sur
l'opportunité d'un tel
investissement (220 millions de
dollars, dont 120 pris en charge
par l'Egypte), son directeur réplique
: "La bibliothèque
d'Alexandrie a représenté le
summum de la liberté, de la
rationalité, de la tolérance.
On en a bien besoin aujourd'hui
dans ce monde épris de guerre
et de haine." Et face
à ceux qui s'interrogent sur sa
raison d'être dans un pays qui
censure les livres à tout-va,
Ismaïl Serageldine rappelle que
l'Alexandrina bénéficie d'un
statut spécial voté par le
Parlement égyptien. "Cela
fera partie de sa fonction de
ranimer un débat national
autour des idées, de l'esprit
d'ouverture vers l'autre."
Les étagères de l'Alexandrina
hébergeront donc des versions
non expurgées des Mille et
Une Nuits et autres livres
interdits ailleurs dans le pays.
Quant aux débats, ils ne
devraient pas manquer lors du
prochain colloque prévu sur la
bioéthique. L'Alexandrina veut
marcher sur les pas de son aïeule.
Et même s'il peine encore à
convaincre, le pari ne manque
pas de panache.
Tout
le savoir du monde
Fondée au début du IIIe siècle
av. J.-C. par Ptolémée Ier Sôter,
roi d'Egypte, la bibliothèque
d'Alexandrie fut pendant plus de
six cents ans le symbole du
rayonnement d'Alexandrie. Son âge
d'or est étroitement lié au règne
de la dynastie macédonienne
ptolémaïque, qui s'étend de
la mort d'Alexandre le Grand
(323 av. J.-C.) à celle de Cléopâtre
(30 av. J.-C.), date à laquelle
l'Egypte devint province
romaine. On estime qu'elle
abritait sous Ptolémée II
500.000 parchemins,
quasi-totalité des oeuvres écrites
de l'Antiquité. L'ambition de
la bibliothèque était de
recueillir le savoir du monde.
La légende raconte que les
Alexandrins arraisonnaient tous
les bateaux pour s'emparer du
moindre parchemin. Mais la
bibliothèque avait aussi une
vocation humaniste. Elle
accueillit les plus grands
hommes de lettres, philosophes,
géographes, astronomes, mathématiciens
et médecins de l'époque,
grecs, byzantins ou romains.
Endommagée par des incendies,
notamment pendant la guerre
civile entre Jules César et
Pompée en 48 av. J.-C., la
bibliothèque aurait disparu
dans les flammes au IVe siècle.
Mais la date de la destruction
n'a jamais été établie, ni sa
localisation.
Au
Caire, un fonds pour les érudits
du monde arabe
Fondée en 1950, la bibliothèque
des dominicains du Caire (Ideo)
fait autorité dans le monde de
la recherche sur l'islam. Sa réouverture
samedi prochain, après
d'importants travaux de
modernisation et d'aménagement,
est certes éclipsée par le
monumental battage alexandrin.
Son intérêt n'en est pas moins
grand. Revues d'islamologie
japonaises ou éditions complètes
de textes arabes anciens, "ce
qui compte ici, c'est la cohérence
du fonds", contrairement
à l'Alexandrina, explique le
dominicain Jean Druel. On peut
s'étonner de trouver des
religieux catholiques à
l'origine de cette bibliothèque
de référence. "Notre
principe de base est que l'islam
soit connu et apprécié dans
l'Eglise en tant que religion,
qu'il ne soit pas étudié que
sous l'angle d'un phénomène
socioculturel", précise-t-il.
Les 1.800 abonnés de l'Ideo
sont des chercheurs ou étudiants
en théologie musulmane, souvent
venus de la voisine et respectée
université religieuse Al-Azhar.
Sa propre bibliothèque reste en
effet quasi impossible d'accès
pour celui qui ne sait où
chercher des renseignements sur
des thèmes tels que le
sacrifice dans le Coran et la
Bible. Pour trouver sa voie
parmi ses 600 revues sur l'islam
et le monde arabe ou les 90.000
livres (dont la moitié en
arabe) dont elle dispose, l'Ideo
a développé son propre
logiciel. Une nécessité pour résoudre
les problèmes liés à la
transcription des noms arabes.
Jusqu'à 28 champs sont
disponibles pour retrouver un
auteur par nom, origine ou
surnom. haut
Les
territoires de la spiritualité
paru dans le Figaro le 7
octobre 2002
Comment cartographier la
spiritualité ? Suivant quels
critères et en se fondant sur
quelles sources ? Ce défi,
Brigitte Dumortier, géographe
à Paris-IV et au CNRS vient de
le relever en publiant le
premier Atlas des religions (1),
un petit volume très attrayant
d'une soixantaine de pages à
peine, mais qui condense
l'essentiel des représentations
cartographiques, définitions et
notices historiques nécessaires
à la compréhension des
territoires de la croyance. La
difficulté majeure,
explique-t-elle, a été la
diversité des critères. Qui
doit-on prendre en compte pour
le catholicisme : les baptisés
ou les pratiquants, réguliers
ou occasionnels ? Pour les
juifs, faut-il considérer les
croyants ou ceux qui ne se définissent
qu'en tant que peuple ? Brigitte
Dumortier a finalement choisi,
comme un moindre mal, de se
fonder sur les chiffres
officiels des cultes. Ce qui a
été "très facile pour
la religion catholique
administrative et centralisée",
mais moins pour l'Islam "où
la religion se confond avec la
nationalité, même dans les
Emirats ou au Koweït, dont la
majorité de la population est
composée d'immigrés philippins
(catholiques) ou indiens (hindouistes)".
Avec le protestantisme, elle
s'est heurtée à un autre écueil,
celui de la définition même de
la religion. "Aux
Etats-Unis, les adventistes
reconnaissent les mormons et les
Témoins de Jéhovah comme
leurs. En France, ils
conviennent qu'il s'agit de
sectes, mais avec réticence,
comme si la mémoire de leurs
persécutions les culpabilisait
d'exclure qui que ce soit."
Dans l'éventail des méthodes
de cartographie, la plus
spectaculaire est l'anamorphose.
Elle révèle notamment l'écrasante
majorité de deux religions des
plus discrètes, l'hindouisme et
le shintoïsme, et rappelle que
le plus "grand" pays
musulman est aussi celui qui
passe le plus inaperçu sur les
cartes : l'Indonésie. Enfin,
des dossiers, thématiques sur
l'Irlande, le Liban, les pèlerinages,
Jérusalem ou l'impact différencié
de l'agnosticisme en Europe achèvent
de faire de ce plus petit des
atlas un grand ouvrage de référence.
( 1)
Atlas des religions, de Brigitte
Dumortier. Editions Autrement-La
Vie haut
Le retour à
Dieu de Régis Debray et Max Gallo
par ARIANE CHEMIN, publié
dans le Monde du 20 octobre 2002
C'est une parabole à clés.
Comme une partie de cette génération
qui, ayant vibré avec les années
1960, le communisme ou le
tiers-monde, peine encore à
raconter son histoire, Max Gallo
a maquillé les noms des
protagonistes du texte qui ouvre
Les Chrétiens, sa saga
en trois tomes qui vient de paraître
chez Fayard. Derrière les "Gisèle"
et autres "Sami"
qui peuplent le récit intime
des retrouvailles de l'écrivain
avec Dieu, des observateurs,
pourtant, ont su reconnaître
quelques figures de
l'intelligentsia parisienne de
gauche devenues proches de
Jean-Pierre Chevènement. Et
surtout, sous le surnom de "Rémi",
la figure de Régis Debray.
Le 20 octobre 2001, en
milieu d'après-midi, Max Gallo
se rend à l'église
Saint-Sulpice, dans le 6e arrondissement
de Paris, pour assister au baptême
du fils d'un ami. Avant
d'officier, le Père V.
prend l'écrivain à succès par
le bras. Il l'enjoint de
raconter dans un roman saint
Martin de Tours, Clovis et
Bernard de Clairvaux. Deux
heures plus tard, le dominicain
a parlé si juste que Max Gallo
pleure, s'agenouille et, dans
une geste quasi claudélienne,
se met à prier. Le Figaro et
l'hebdomadaire catholique La
Vie ont confessé le
biographe de Robespierre et de
Rosa Luxemburg sur cette
soudaine conversion. Mais seuls
les amis militants ont reconnu,
parmi les invités de la cérémonie
religieuse, l'avocate féministe
"Gisèle"
Halimi ou le député européen
du Pôle républicain "Sami"
Naïr. Seuls les
soixante-huitards initiés ont
compris que, derrière l'absence
de "Nikos", "Pierre"
et "Louis", Max
Gallo pleurait Poulantzas,
Goldman ou Althusser. Seuls
enfin les happy few du
baptême savent que le père du
bébé, "Rémi",
n'est autre que l'ancien
partisan de Che Guevara et de
Fidel Castro, Régis Debray.
Lequel s'apprêtait alors à
publier Dieu, un itinéraire (Odile
Jacob) et à se voir confier par
Jack Lang un rapport sur "l'enseignement
du fait religieux".
"Au fond, Régis et Max
n'acceptent pas de vivre sans un
dieu", décrypte un des
témoins de la cérémonie,
immortalisée par l'animateur de
la campagne présidentielle chevènementiste.
Pour Max Gallo comme pour le Père V.,
le baptême du petit Antoine
Debray revêt "une
signification particulière":
"Vous connaissez comme moi
l'itinéraire de Rémi. Qu'il
ait décidé de cet acte, cela
va compter pour notre pays, assure
l'ecclésiastique. Antoine
est un prénom qui évoque la
soif d'absolu, celle qui animait
l'un des tout premiers moines,
retiré au désert pour nouer un
rapport mystique avec Dieu.
C'est peut-être l'indication
que nous sommes à la veille
d'une nouvelle envolée de la
foi."
haut
Comment
fonctionne la machine Soleil qui
nous fait vivre ?
par PIERRE BARTHELEMY, publié
dans le Monde du 15 octobre 2002
De centre de l'Univers et de
divinité, le Soleil est devenu,
grâce aux avancées de la
connaissance astronomique, une
simple, une banale étoile parmi
les centaines de milliards
qu'abrite la Voie lactée.
S'agit-il pour autant d'une déchéance ?
Si la découverte progressive
par les chercheurs des mécanismes
intimes de l'astre du jour lui a
fait perdre progressivement tout
mystère aux yeux des hommes,
ceux-ci n'ont pour autant pas
perdu de vue que sans Soleil la
vie fragile s'éteindrait comme
une chandelle que l'on mouche.
Cependant, qui maîtrise ces mécanismes,
qui sait répondre à la
question que le physicien Alain
Bouquet pose en titre de son récent
ouvrage, Pourquoi le Soleil
brille-t-il ? (éditions
Le Pommier, collection "Les
petites pommes du savoir"). Etoile
d'un type commun, le Soleil
constitue un astre énorme à l'échelle
de la Terre : un rayon de
696.000 kilomètres pour
une masse de 2 milliards de
milliards de milliards de
tonnes, soit 333.000 fois
plus que notre petite planète.
A lui tout seul, Phoebus représente
99,8 % de la masse du système
solaire... Et c'est précisément
grâce à cela que le Soleil a
pu allumer en son sein le feu
nucléaire. Sous l'effet de sa
propre masse, l'étoile se
contracte et la température en
son cœur monte. Si le Soleil
avait été dix fois moins gros,
cette température n'aurait
jamais pu atteindre les quelques
millions de degrés
indispensables pour que démarre
la réaction de fusion. Il
serait demeuré une naine brune,
un avorton d'étoile destiné à
ne jamais briller. Lorsque feu
thermonucléaire il y a, la
contraction s'arrête : la
pression interne des protons,
animés d'une grande vitesse, va
contrebalancer l'effondrement
gravitationnel de l'astre qui
finira par trouver un équilibre.
L'équation E = mc2
Mais que se passe-t-il donc dans
les entrailles du Soleil ?
Quel est le combustible du foyer ?
Alain Bouquet résume très
simplement le mécanisme en écrivant
que "le Soleil brille
parce qu'il est chaud, il est
chaud parce qu'il convertit une
fraction de sa masse en énergie,
et il effectue cette conversion
grâce à la fusion en hélium
de l'hydrogène dont il est
constitué". La fameuse
équation d'Albert Einstein E =
mc2 prend toute sa lumière, qui
ne fait que traduire en termes
mathématiques l'équivalence
entre énergie et masse. La
fusion s'effectue en plusieurs
étapes impliquant des protons,
qui ne sont ni plus ni moins que
les noyaux des atomes d'hydrogène.
Au cours de ces fusions
successives, on passe de
l'hydrogène au deutérium, du
deutérium au noyau d'hélium 3
(constitué de deux protons et
d'un neutron) et enfin de l'hélium 3
à l'hélium 4, dont le
noyau compte deux protons et
deux neutrons. Or, fait
remarquer Alain Bouquet, "le
noyau résultant est plus léger
que la somme des masses de ses
constituants : il lui
manque l'énergie libérée dans
la fusion. C'est ainsi que la
fusion de l'hydrogène en hélium
libère une énergie égale à
0,7 % de la masse initiale.
Cela semble peu, mais cela
signifie quand même que chaque
transformation de 1 kilogramme
d'hydrogène en hélium libère
l'équivalent en énergie de 7 grammes
de matière, soit 180 millions
de kilowattheures, cinq jours de
production d'une centrale nucléaire.
Le Soleil convertit en hélium
600 millions de tonnes
d'hydrogène par seconde, et 4 millions
de ces tonnes disparaissent
ainsi en lumière." Le
chiffre paraît gigantesque. On
pourrait s'affoler et croire qu'à
ce rythme fou, notre étoile va
se consumer rapidement.
Pourtant, étant donné la masse
prodigieuse du Soleil, un rapide
calcul montre que, depuis sa
formation il y a environ 4,6 milliards
d'années, il n'a perdu que
quelques centièmes de pour cent
de sa masse initiale...
Une fois émise, l'énergie ne
sort pas instantanément du
Soleil, contrairement à
l'ampoule qui s'allume dès que
l'on presse l'interrupteur.
Ainsi que l'explique Alain
Bouquet, le plasma de gaz ionisés
présent dans le four solaire "est
opaque au rayonnement :
celui-ci est absorbé en
quelques fractions de millimètre.
Les photons, les particules qui
composent le rayonnement, sont
absorbés sitôt émis au cœur
du Soleil, puis réémis, réabsorbés,
réémis des milliards de
milliards de fois, et leur forte
énergie initiale finit par être
peu à peu transférée à des
millions de photons de plus
basse énergie (...). Et
ce processus prend des centaines
de milliers d'années !"
Le photon produit au cœur
du Soleil a ainsi été comparé
à un ivrogne qui, effectuant
cent trajets d'un mètre, se
retrouverait au final, épuisé,
à une dizaine de mètres
seulement de son point de départ...
L'énergie dégagée lors de la
fusion suit ce laborieux mode de
transport, dit radiatif, jusqu'à
environ 500.000 kilomètres
du centre de notre étoile. Là,
des mouvements de convection
prennent le relais et montent le
gaz chaud vers la surface, dont
la température n'est plus que
de 5.500° C. La lumière qui
sort alors de notre étoile est
essentiellement émise dans le
spectre visible. Les jolis
rayons que représentent tous
les enfants sur leurs dessins du
Soleil mettent ensuite 8 minutes
à nous arriver, mais il faut
garder présent à l'esprit que
l'énergie qu'ils transportent a
été fabriquée bien avant
l'apparition d' Homo sapiens
sapiens sur la Terre...
haut
Le Sommet
francophone vu par la presse
libanaise
Au-delà de la langue, c'est d'une
vision politique du monde que la
France se veut porteuse
paru dans le Monde du 19
octobre 2002
Parmi la cinquantaine de chefs
de délégation, Jacques Chirac
est indéniablement la vedette
du 9e Sommet de la
francophonie, qui vient de
s'ouvrir à Beyrouth. Dans un
entretien exclusif accordé à L'Orient-Le
Jour, le président français
a confirmé "la
tradition d'amitié de la France
avec le Liban". Pour
le quotidien beyrouthin, Jacques
Chirac "aime le Liban et
les Libanais, qui, dans leur très
grande majorité, le lui rendent
bien". Dans cet
entretien, le président français
souligne que son
"objectif doit être, sans
aucun doute, d'affirmer
clairement que les francophones,
au-delà de leur diversité, ont
une vocation commune à être
porteurs d'une vision politique
du monde, qui est une vision de
dialogue et non pas de
confrontation". "On
se dirige tout droit vers une
heureuse et salvatrice
politisation de l'institution
francophone", se
félicite L'Orient-Le Jour.
Non sans problèmes. Si, lors
des huit derniers sommets, les déclarations
finales étaient préparées
dans les moindres détails, il
n'en va pas de même pour la déclaration
de Beyrouth. "Certains
points ont provoqué d'âpres
polémiques entre les
participants. C'est le cas pour
la définition de la diversité
culturelle. Certaines délégations
y ont vu un droit à l'ingérence
culturelle. L'autre point
concerne la déclaration de
Bamako, où s'était tenu la
dernière réunion, en 2000. Ce
texte insistait sur le respect
de la démocratie, des droits de
l'homme et des libertés
publiques au sein des pays
membres. Là encore, certains
pays y ont vu un prétexte à de
l'ingérence politique pure et
simple dans les affaires
internes d'un pays tiers."
Pour An Nahar, "la
francophonie, c'est important.
Mais le plus important, c'est la
France". Le quotidien
arabophone "invite les
responsables libanais à
accorder la plus grande
attention à la France et à son
président, qui a consacré au
Liban une visite officielle en
arrivant un jour avant
l'ouverture du sommet".
Au-delà de la langue, la
francophonie est "aussi
l'expression de liens économiques
et d'une vision politique",
poursuit le journal. Son confrère
arabophone As Safir n'est
pas en reste et consacre
plusieurs pages au sommet. Ce
quotidien beyrouthin, proche de
la Syrie, relève que le président
français a déclaré : "Je
n'ai pas l'intention de m'ingérer
dans les relations entre le
Liban et la Syrie. Cette
question concerne
essentiellement les deux
pays." Le Daily
Star, anglophone, s'arrête
sur la réunion tenue par
l'Association internationale des
maires francophones (AIMF) et
sur l'allocution de Jean-Paul
L'Allier, qui a dirigé la
session en l'absence de Bertrand
Delanoë, président de l'AIMF :
"L'Allier a rendu
hommage au Liban, qui selon lui
constitue, en tant que communauté
multiethnique, multilingue et
multiconfessionnelle, une référence
en matière de diversité
culturelle, au cœur même de
notre philosophie
politique." Néanmoins,
c'est dans L'Orient-Le Jour
que l'on trouvera la meilleure
couverture du sommet. Pendant
plus d'une semaine, le journal a
publié des textes écrits par
des personnalités comme Kofi
Annan et Boutros Boutros-Ghali,
ou par des écrivains
francophones comme Tahar Ben
Jelloun, Amin Maalouf, ou encore
par des plumes françaises comme
Marc Lambron et Jean-Marie
Rouart. Au quotidien, le journal
rend compte du programme des réunions
et des activités. Le président
de la République, le général
Emile Lahoud, l'a bien dit :
"Le sommet de la
francophonie de Beyrouth
constitue un grand défi que
l'ensemble des Libanais a décidé
de relever."
haut
"L’armorial
de la francophonie" de
Maurice Saliba : 16.000 notices
bibliographiques sur le Liban
Un ouvrage unique en son genre,
destiné au sommet de Beyrouth
paru dans l'Orient-le Jour le 8
octobre 2002
"Dès
l’annonce, en 1997 au Vietnam,
de la décision d’organiser le
IXe Sommet de la francophonie à
Beyrouth, j’ai résolu, en
tant que citoyen libanais vivant
en France, de contribuer à
faire connaître la francophonie
du Liban", déclare
d’emblée Maurice Saliba. Il
se lance alors dans l’élaboration
de cet armorial de la
francophonie dans lequel il a réuni
plus de 16.000 notices
bibliographiques ayant trait
directement ou indirectement au
pays du cèdre. D’une part,
cela concerne les publications
des Libanais en langue française
toutes disciplines confondues.
Et, d’autre part, les écrits
en français sur le Liban depuis
1515 jusqu’à fin 2001.
L’auteur ne prétend pas que
son travail soit exhaustif.
"En effet, certains
ouvrages publiés à compte
d’auteur, à tirage réduit,
ne figurent pas toujours dans
les catalogues des bibliothèques
ou centres de documentation.
Autre raison: un bon nombre de
thèses ou de mémoires n’ont
pu être identifiés."
Maurice Saliba est spécialiste
en sociologie de l’éducation
et du développement, consultant
libre auprès des organisations
des Nations unies. Il enseigne
actuellement en France. A
son actif, notamment, l’Index
Libanicus I, œuvre
bibliographique répertoriant
quelque 5.000 publications
parues en langues européennes
touchant directement ou
indirectement le Liban
(histoire, géographie, archéologie,
politique, économie, droit,
sciences, arts, etc.) et L’Index
Libanicus II, un inventaire
de touts les thèses et mémoires
soutenus dans les universités
du Liban de 1900 à 1980. Il
a traduit de nombreux ouvrages
dont la fameuse étude du
professeur Théodore Hamf, Liban,
coexistence en temps de guerre (en
arabe, aux éditions Dar
an-Nahar).
L’armorial de la
francophonie est un
dictionnaire dont les notices
bibliographiques sont classées
par ordre alphabétique selon
les noms des auteurs et dans
l’ordre chronologique de leur
parution. L’auteur donne
des informations sur chaque type
de document (ouvrage, article
dans une revue littéraire ou
scientifique, thèse, ou littérature
grise, etc.). L’ouvrage est
complété par deux index : le
premier est thématique et géographique,
le second est onomastique (pour
signaler les coauteurs, les
traducteurs, les préfaciers et
les illustrateurs). Pour
parvenir à son objectif,
l’auteur a lancé des
initiatives de recherche avec
des proches, des amis,
d’anciens collègues
universitaires, des bibliothécaires
et des pigistes. Près de 40
personnes dans sept pays
(France, Canada, Belgique,
Suisse, Italie, Espagne et
Liban) y ont contribué. Chose
étonnante: des centaines de
Libanais ont soutenu leurs thèses
en français dans des pays non
francophones, comme l’Espagne,
l’Italie, l’Allemagne, la
Russie ou la Pologne. Homme
de chiffres, Saliba affirme que
plus de "50 ouvrages et
collections de références ont
été dépouillés; 48
catalogues consultés; 43
bibliothèques, instituts de
recherche et centres de
documentation visités ; 192
revues compulsées et plus de 40
sites Internet interrogés."
La somme de cette recherche
constitue un répertoire de
16027 notices bibliographiques.
A qui s’adresse cet ouvrage?
L’auteur souhaite qu’il soit
distribué à tous les délégués
qui participeront au sommet
ainsi qu’à toutes les
bibliothèques francophones dans
le monde pour que la vraie
participation libanaise à la
francophonie soit identifiée et
bien connue. Maurice Saliba espère
que "les Libanais connaîtront
mieux leur patrimoine culturel
francophone, qui est un vrai
facteur d’enrichissement et
d’ouverture. Ce patrimoine
leur permet de cultiver les échanges
de tout genre avec le monde
entier mais aussi de promouvoir
sainement le dialogue des
cultures et des civilisations,
affinités constantes de leur
histoire et de leur
destin." Comme le souhaite
Camille Aboussouan dans
l’avant-propos : "Peut-être
que l’analyse détaillée de
cet ouvrage et de ses thèmes
permettra de dire que
l’observation attentive de
l’histoire, de l’écriture
et du langage devait un jour
mener aux rigueurs d’une
exceptionnelle et harmonieuse
exigence." Le sociologue dédie
cet ouvrage à la mémoire de
quatre Libanais : "Le président
Charles Hélou, père de la
francophonie, Boutros Dib, le père
Étienne Sakr et l’éminent
homme de sciences Rammal
Rammal." Maurice Saliba
conclut sur cette réflexion :
"Aurons-nous un jour la
chance d’avoir une bibliothèque
nationale qui réunirait toutes
les publications des Libanais
dans toutes les langues?"
Reste à souligner que cet
ouvrage est disponible en
librairie. Les Messageries du
Moyen-Orient assurent sa
distribution au Liban et la
librairie orientaliste Geuthner
en France. haut
Tribune - Le
miracle de la langue française
par PASCAL MONIN, publié dans
l'Orient-le Jour le 16
octobre 2002
L'auteur
est professeur à l’Université
Saint-Joseph à Beyrouth, membre
du Comité scientifique de
l’Observatoire du français et
des langues nationales dans le
monde
"Ma
patrie, c’est la langue française",
disait Semprun. C’est donc en
langue française que de nombreux
écrivains, poètes, penseurs ou
artistes ont pu concevoir leur rôle
de créateur et de médiateur.
C’est "le fruité" de
cette langue qui la distingue des
autres. "Un fruité profond
et simple, un diamant brillant de
toutes ses facettes... c’est le
miracle de la langue française",
selon Salah Stétié. Et c’est
grâce à cette langue que nous
avons vu naître, se développer
et s’épanouir la communauté
francophone, autour de valeurs
universelles de fraternité, de
solidarité, de partage, de
pluralité, de démocratie et de
paix.
Le Liban représente ainsi à lui
seul cette admirable synthèse
culturelle, cette terre de
brassage et d’interaction. Toute
l’histoire de ce pays au
confluent des civilisations est
placée sous le signe du dialogue
des cultures. Propagateur de
l’alphabet phénicien et centre
de l’édition du monde arabe, le
pays du Cèdre a porté à
l’Occident la sensibilité et la
spiritualité orientales et a
transmis à l’Orient arabe les
hautes valeurs de la civilisation
occidentale. Ce rôle de médiateur,
le Liban l’assume toujours grâce
à son pluriculturalisme, son
ouverture aux autres
civilisations, son multilinguisme,
son économie libérale et sa
liberté d’expression, malgré
les tentatives d’y porter
atteinte. Quel formidable exemple
de tolérance et d’ouverture
face aux idéologies qui
s’estompent, aux intégrismes
qui guettent et à la vision
simpliste d’un monde unilatéral.
La francophonie dans ce pays
n’est pas née à la faveur
d’une quelconque période
coloniale ou du Mandat. Elle est
le fruit d’une longue tradition
d’échanges entre les deux bords
de la Méditerranée.
La langue française s’appuie
sur un vaste réseau
d’enseignement francophone dont
l’implantation remonte loin dans
l’histoire. Aujourd’hui, le
français demeure la première
langue étrangère en usage au
Liban, malgré de nombreuses
difficultés. Selon une récente
enquête que j’ai menée avec
l’institut Ipsos, 45 % de la
population libanaise est
francophone. Les anglophones représentent
près de 30 % de la population. On
assiste à un début de rééquilibrage
entre les principales communautés
libanaises en ce qui concerne
l’apprentissage du français. Le
Liban regroupe l’un des plus
vastes réseaux d’institutions
d’enseignement francophone au
monde. Cependant, le gouvernement
libanais devra de toute urgence
mettre un terme à la prolifération
quasi anarchique des institutions
universitaires. Quant à la presse
en langues étrangères, elle
constitue une donnée permanente
qui atteste de sa diversité
culturelle. La presse francophone
a su garder au Liban un grand
nombre de lecteurs fidèles et son
audience enregistre une
progression constante : de 19,5 %
en 1996 à 26,5 % en 2000. Mais
le français est sérieusement
affaibli au niveau de la télévision,
radio et cinéma, médias de masse
par excellence, et au niveau de la
communication publicitaire. La
langue française, selon mes
recherches, n’est ainsi présente
que dans 8 % du temps d’antenne. Pourtant,
il semble qu’une grande partie
des Libanais soit demandeur de
programmes en langue française.
Une étude récente que j’ai menée
a montré que dans 75 % des cas,
la chaîne Euronews est proposée
par les centres de distributions
collectifs en langue française.
Ainsi, le véritable danger que
rencontre le français au Liban,
comme partout dans le monde, réside
dans le peu de place qui lui est
laissé dans le cadre de la
globalisation des nouvelles
technologies de la communication.
Dans ces conditions, quelles
pourraient être les perspectives
possibles pour la francophonie
libanaise ? En soutien à la
francophonie classique, d’autres
vecteurs se sont développés,
d’autres chemins sont empruntés
pour favoriser l’essor de la
culture française au Liban. En
voici quelques-uns :
– La médecine, son enseignement
et sa pratique par la mixité qui
les nourrit, dans l’espace et le
temps, fournit le terreau d’un
échange pragmatique et productif.
– La reconstruction des
infrastructures, axes routiers, téléphones,
distribution d’eau et d’électricité,
la création de réseaux
d’assainissement, l’amélioration
des communications sont aussi des
domaines où le génie français
peut exercer son talent et par là
démontrer la validité de la
culture qui alimente sa technique.
– Paris et Beyrouth apparaissent
comme deux foyers d’une diaspora
qui se matérialise principalement
depuis un siècle, voire plus en
Afrique francophone, et depuis
peu, dans des pays anglo-saxons :
Etats-Unis, Australie et Canada,
et où la culture française des
émigrés libanais leur confère
un avantage professionnel et leur
permet d’acquérir une position
enviée d’intermédiaire et de médiateur
enrichis par leur dextérité à
agir dans un contexte de brassage
culturel.
A côté de ses capacités
descriptives, la langue française
est aussi une langue d’action,
de construction et d’aspiration
au progrès humain. C’est la
langue de la création, de
l’esprit, du dialogue, de la
paix et de la tolérance. La
culture francophone est un rempart
contre les excès de la
mondialisation, cette nouvelle
forme d’hégémonie. Elle est la
garantie de la rendre plus humaine
et accessible. Chaque francophone
libanais est, peu ou prou, la
pointe d’un triangle dont les
sommets de la base sont la France
et le Liban, où qu’il soit. Cette
appartenance culturelle, cette
francophonie muette n’est pas
rampante, elle est l’armature
invisible la plus solide sur
laquelle se déploient les autres
aspects de la présence culturelle
française. Je ne pense pas que la
meilleure voie pour la
francophonie libanaise soit de se
contempler à l’ombre des critères
français, voire parisiens, mais
bien au contraire, ancrée dans sa
robuste réalité et la
nourrissant plus de ses actes que
de sa nostalgie, de créer un
nouveau foyer de diffusion en
faisant proliférer la langue et
la culture française au
Moyen-Orient, voire au-delà. Pour
Nadia Tuéni : "A l’égal
de l’arabe, le français nous
est langue “naturelle” ;
l’adopter librement ne veut
nullement dire rejeter notre
identité libanaise,
moyen-orientale et arabe, mais
bien au contraire, la consacrer,
la magnifier, la rendre plus
agissante, en lui offrant vers
d’autres mondes, vers tous ceux
que lie l’amour des mêmes mots,
le moyen de se faire connaître,
de prendre et de donner, but
profond de toute culture...".
Ainsi, au Liban, la langue française
est acceptée et respectée car
elle met en valeur la langue arabe
dans une sorte d’équilibre et
de coexistence qui prennent le pas
sur le phénomène de concurrence.
Cette imbrication de la
francophonie et de l’arabophonie
telle qu’elle est vécue au
Liban, au niveau de la pratique
linguistique et de la créativité
culturelle, cette
"arabofrancophonie", ce
"miracle de la langue française",
devraient conférer à ce pays un
rôle de promoteur de cette synthèse
culturelle. Le Liban pourrait
alors redevenir le pivot de ce
dialogue des cultures et essaimer
à Damas, Amman, Le Caire ou
ailleurs, et refaire de ce pays
une terre de rayonnement
francophone par excellence.
haut
Irak,
Proche-Orient, Côte d'Ivoire :
les francophones s'engagent
Francophonie - La séance à huis
clos accaparée par les querelles
africaines
publié
par l'AFP le 20 octobre 2002
Les dirigeants francophones se
sont prononcés dimanche à
Beyrouth contre l'automaticité
d'une attaque contre l'Irak et
ont appelé à une solution négociée
en Côte d'Ivoire et au
Proche-Orient, lors du 9e Sommet
de la Francophonie, qualifié de
"tournant historique"
par le Liban. La rencontre de
Beyrouth a été en rupture avec
les sommets précédents par la
participation record de chefs
d'Etat et de gouvernement et le
caractère non institutionnel de
leurs débats sur les crises
internationales actuelles. Les
responsables de 55 pays et
provinces des cinq continents -
seule manquait à l'appel la
petite île antillaise de la
Dominique - adhérents à l'OIF
ont inclus dans leur déclaration
finale un passage sur l'Irak qui
défend "la primauté du
droit international et le rôle
primordial de l'ONU" et
appelle Bagdad "à
respecter pleinement toutes ses
obligations". "Nous
relevons avec satisfaction que
l'Irak a accepté officiellement
la reprise des visites des
inspecteurs des Nations
unies", peut-on aussi lire
dans ce texte. Ils ont ainsi
apporté leur soutien à la
position défendue par des
acteurs majeurs de la
Francophonie comme la France et
le Canada.
Les pays francophones ont
condamné "énergiquement"
le terrorisme, tout en insistant
sur la nécessité de lutter
contre ce "fléau"
dans le respect des droits de
l'Homme. Ils ont donné également
leur appui au dernier plan arabe
de paix, qui constitue, selon
eux, "le cadre le plus
approprié pour arriver à une
solution juste, durable et
globale dans la région" du
Proche-Orient. Le sommet arabe,
qui s'est tenu en mars à
Beyrouth, avait adopté un plan
de paix présenté par le prince
héritier saoudien Abdallah Ben
Abdel Aziz, proposant une
normalisation des relations avec
Israël en échange d'un retrait
total israélien des territoires
arabes occupés depuis 1967 et
d'un règlement de la question
palestinienne. Par ailleurs les
responsables francophones ont
rejeté "la tentative de
prise de pouvoir par la force et
la remise en cause de l'ordre
constitutionnel en Côte
d'Ivoire", qui a contraint
le président Laurent Gbagbo à
annuler sa participation au
sommet. Appelant les Ivoirien à
"faire preuve de
retenue", les participants
ont fixé la tenue du prochain
sommet francophone à l'automne
2004 à Ouagadougou et exprimé
leur soutien aux efforts engagés
par les pays d'Afrique de
l'ouest (CEDEAO) "pour
favoriser le dialogue, seule
voie de réconciliation
durable".
Le sommet a aussi été marqué
par un net rapprochement de
l'Algérie avec la famille
francophone mondiale, quarante
ans après son indépendance
gagnée contre l'occupant français.
La présence du président algérien
Abdelaziz Bouteflika et ses déclarations
sans ambiguïté sur la
francophonie, "atout"
de son pays pour l'ouverture sur
le monde, ont d'ores et déjà
suscité des critiques des
milieux islamo-conservateurs de
son pays. Le président libanais
Emile Lahoud s'est félicité de
ce que la francophonie ait
accueilli "pour la première
fois l'Algérie" lors de ce
premier sommet en terre arabe.
L'ancien président sénégalais
Abdou Diouf a été élu
dimanche secrétaire général
de l'Organisation internationale
de la Francophonie (OIF). M.
Lahoud a constaté que la
participation à ce neuvième
sommet avait été la plus
grande jamais enregistrée.
Quarante et un chefs d'Etat et
de gouvernement, deux princes et
douze ministres et secrétaires
d'état ont fait le déplacement
de Beyrouth, sans compter M.
Bouteflika.
haut
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2002 RJLiban
|
|