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Chirac
à "L’Orient-Le Jour" :
Les réformes et le budget Hariri,
indispensables pour le succès de
Paris II
propos
recueillis par ISSA GORAIEB,
publiés dans l'Orient-le Jour le 16
octobre 2002
* Ce IXe Sommet
s’ouvre sous le signe du
dialogue des cultures. Mais
Beyrouth peut-il être une étape
vers une francophonie politique,
c’est-à-dire un regroupement
international, sinon un bloc,
capable de se prononcer sur des
problèmes internationaux ?
D’abord, ce Sommet
est une étape supplémentaire
dans la reprise par Beyrouth de sa
place historique de grande cité
internationale. Il y a
aujourd’hui le Sommet de la
francophonie, le premier Sommet de
la francophonie en terre arabe. Et
je crois que Beyrouth est un lieu
privilégié, par son histoire,
pour permettre le dialogue des
cultures, le dialogue des
civilisations. Beyrouth est chargé
d’une très vieille histoire,
d’une longue et prestigieuse
histoire marquée par le dialogue
des cultures. Donc, je me réjouis
de ce sommet, que j’avais
beaucoup souhaité et qui avait été
obtenu à l’initiative, à l’époque,
de M. Hariri quand il était le président
du Conseil des ministres.
Alors, l’objectif de ce Sommet
doit être, sans aucun doute,
d’affirmer clairement que les
francophones, au-delà de leur
diversité, ont une vocation
commune à être porteurs d’une
vision politique du monde, qui est
une vision de dialogue et non pas
de confrontation. De dialogue
politique, de dialogue de culture.
Et, à ce titre, la francophonie
a, c’est vrai, une vocation à
apporter une réflexion dans les
crises, permanentes ou
circonstancielles, que connaît
notre planète, qu’il s’agisse
des grands problèmes liés au développement
durable, liés à la lutte contre
la pauvreté, liés à la nécessité
d’imposer le respect de
l’autre, et d’avoir une
certaine idée des droits de
l’homme et de la défense de ces
droits. Nous aurons à Beyrouth
l’occasion de développer notre
vision, qui a déjà été exprimée
dans la Déclaration de Bamako. Et
puis, la francophonie a une
vocation à intervenir comme médiateur
dans certaines crises, pas
partout, mais là où elle peut être
désirée ou souhaitée, qu’il
s’agisse notamment des crises du
Moyen-Orient ou en Afrique. Elle
doit pouvoir apporter, si on lui
demande ou de sa propre
initiative, en quelque sorte, la
voix de la raison, la voix du
dialogue. De ce point de vue, le
Sommet de Beyrouth sera très
important.
* Plus égoïstement, les
Libanais sont-ils en droit, selon
vous, d’attendre beaucoup de ce
sommet, notamment pour ce qui est
d’un retour aux traditions démocratiques
du Liban, malmenées ces derniers
temps avec des rafles, des
arrestations, des tabassages de
jeunes manifestants et la
fermeture d’une station de télévision
?
Je le souhaite vivement. De
ce point de vue, je souhaite que
le Liban, qui, par ailleurs, a
souscrit à la Déclaration de
Bamako, en tire, bien entendu,
toutes les conséquences. C’est-à-dire
affirme, bien clairement, qu’il
n’y a pas de dignité sans le
respect de l’autre et qu’il
n’y a pas de paix et de sécurité
sans un dialogue tranquille entre
les différents groupes, les différents
intérêts, les différentes
traditions. Le Liban, très
longtemps, a trouvé sa force dans
le respect de ces valeurs. Sa
force nationale, sa force
internationale. Il est certain
qu’à la suite des drames que le
Liban a connus, de la guerre, des
affrontements, ces valeurs ont été,
je dirais, hélas, et
naturellement, maltraitées. Je
souhaite beaucoup que tous les
Libanais, à quelque communauté
qu’ils appartiennent, réalisent
qu’il n’y a pas de paix
possible, qu’il n’y a pas de développement
possible, qu’il n’y a pas de
grandeur possible pour le Liban,
sans que chacun respecte l’autre
avec ses droits, avec ses
traditions, avec sa personnalité.
Et c’est cette voie qu’il faut
emprunter. Il n’en existe pas
d’autre. Je crois comprendre que
cette vérité est de plus en plus
comprise par un certain nombre de
responsables au Liban et, je
dirais, exigée par les jeunes du
Liban. Si le Liban veut garder sa
jeunesse, ce qui est essentiel, il
faut que celle-ci soit sûre que
les querelles du passé et les excès
qui ont pu être commis sont tout
à fait dépassés.
* Le courant passe-t-il bien désormais
avec le président Lahoud ? On a
dit qu’au Sommet de Moncton,
votre premier contact était un
peu froid.
Je ne sais pas pourquoi on a dit
cela. Au Sommet de Moncton, j’ai
eu un entretien très agréable
avec le président Lahoud. Les
contacts et les relations que
j’ai pu avoir avec lui,
jusqu’ici, ont toujours été
marqués par la sérénité et la
compréhension. Le président
Lahoud assume les fonctions qui
sont les siennes et il a
conscience qu’il doit les
assumer dans le seul intérêt du
Liban et des Libanais.
* Partagez-vous l’optimisme
du Premier ministre Hariri quant
à la Conférence de Paris II ?
Plus qu’un optimisme, c’est
une nécessité. Le Premier
ministre Rafic Hariri est un homme
moderne et conscient des exigences
d’une économie moderne, et
conscient aussi des exigences que
nous évoquions tout à l’heure
et qui sont celles du respect de
l’autre et de la solidarité. Il
est certain que le Liban, qui
porte un passé lourd de drames et
de difficultés, connaît
aujourd’hui une situation économique
difficile. Et il est légitime que
la communauté internationale
l’aide à sortir de cette
situation. C’est la raison pour
laquelle, en accord avec le président
Hariri, et d’ailleurs en accord
avec l’approbation des représentants
des grandes institutions
internationales et des grands pays
concernés, j’ai demandé à M.
Michel Camdessus, gouverneur
honoraire de la Banque de France
et ancien directeur général du
Fonds monétaire international,
d’organiser à Paris la réunion
dite "Paris II"
pour permettre de prendre les décisions
nécessaires pour soutenir
l’action du gouvernement
libanais, l’action de
redressement menée par le
gouvernement libanais. Une action
qui sera porteuse de fruits, à
condition qu’elle soit encouragée.
Mais cela suppose, naturellement,
que chacun fasse sa part
d’efforts. La France qui, au nom
de sa tradition d’amitié avec
le Liban, doit, en quelque sorte,
donner l’exemple et doit
rassembler les bonnes volontés
pour aider le Liban. Cela suppose
aussi que le Liban fasse sa part
d’efforts à lui. Et cette part
d’efforts suppose une politique
de réformes, réformes qui sont
aujourd’hui nécessaires.
C’est très exactement cette
politique qui est traduite par le
projet de budget qui vient d’être
présenté par le gouvernement au
Parlement libanais. Comme tous les
budgets de réforme, il est forcément
critiquable ou critiqué. Mais
j’appelle tous les Libanais à
se rendre compte que, si cette
politique de réformes, si ce
budget ne sont pas adoptés et
soutenus par l’ensemble des
responsables libanais, alors il ne
peut pas y avoir accord des
institutions financières
internationales. Et, par conséquent,
l’aide internationale sera tout
à fait insuffisante ou limitée.
Il y a donc un double effort à
faire : prise de conscience de la
part de toutes les autorités
libanaises que l’on doit sortir
de la polémique politique pour
entrer dans un effort cohérent et
national de réformes et de
redressement, et prise de
conscience par les institutions
financières internationales et
par les grands pays amis du Liban -
qu’il s’agisse de l’Union
européenne, qu’il s’agisse
des pays arabes, qu’il
s’agisse des Etats-Unis ou du
Japon, où le président Hariri
vient de faire un voyage extrêmement
positif d’après les échos que
j’en ai eus de la part du
Premier ministre japonais -
des efforts faits pour permettre
le redressement de la situation du
Liban. Je suis optimiste.
* Monsieur le Président,
peut-on parler de l’Etat des
libertés au Liban sans penser
aussitôt au problème de la présence
syrienne au Liban ? Et êtes-vous
toujours confiant qu’il est
possible avec le régime de Bachar
el-Assad, que vous allez
d’ailleurs rencontrer bientôt,
d’aller vers une libéralisation
graduelle en Syrie ?
D’abord, je dirais que je le
souhaite, naturellement. Vous
savez, la relation entre le Liban
et la Syrie relève, d’abord, et
je dirai uniquement, d’un
rapport entre les deux pays et je
n’ai pas l’intention de faire
de l’ingérence dans ce domaine.
Mais ce rapport doit être organisé
à partir de l’accord de Taëf.
Et cet accord de Taëf doit être
respecté et poursuivi jusqu’à
son terme. En tous les cas, je ne
vois pas de solution conforme aux
intérêts du Liban et de la
Syrie, aux intérêts à la fois
politiques et économiques du
Liban et de la Syrie, sans un
respect intégral et sans aller
jusqu’au terme de
l’application de l’accord de
Taëf.
* Parmi les efforts exigés de
Beyrouth, faut-il mentionner
l’extension de l’autorité de
l’Etat au Liban-Sud ? Le fait
que le Hezbollah continue de faire
la loi au Liban-Sud, et puis cette
cérémonie pour le pompage pour
les eaux du Wazzani survenant à
la veille du sommet peuvent-ils être
des obstacles pour Paris II ?
Je répète que je n’ai pas
l’intention de faire de l’ingérence
dans les affaires intérieures
libanaises. Et dès le retrait des
forces israéliennes du Liban-Sud,
la communauté internationale, et
notamment la France, a exprimé très
fortement son souhait de voir
l’armée libanaise et l’Administration
libanaise exercer leurs fonctions
sur l’ensemble du territoire
libanais. Je crois que c’était
une nécessité internationalement
reconnue, et qui est toujours
aussi vraie aujourd’hui.
* Vous avez reçu tour
à tour MM. Shimon Peres et Nabih
Berry et vous avez évoqué avec
eux l’affaire du Wazzani.
Avez-vous quelque chose à dire à
ce propos, notamment sur une
possibilité de médiation de la
France dans ce litige ?
La France est toujours disposée
à faire entendre la voix de la
raison. Je pense qu’il y a dans
le domaine du partage de l’eau
des règles internationales. Nous
en avons parlé avec nos amis américains.
Des experts européens et français
vont se rendre sur place, à la
demande des autorités libanaises.
Je crois que, dans une affaire de
ce genre, il faut chercher, là
encore, la solution dans le
dialogue et dans le respect des règles
internationales et se garder en
tous les cas, de part et
d’autre, de tout geste qui
serait de nature à envenimer les
choses.
* Souhaitez-vous adresser un
message aux Libanais et plus
particulièrement aux lecteurs de
L’Orient-Le Jour, aux
francophones du Liban ?
Je voudrais d’abord adresser un
message aux lecteurs de L’Orient-Le
Jour qui sera, vous le comprenez,
un message d’amitié d’autant
plus sincère que, par définition,
ils sont francophones, et donc
plus proches encore que les autres
du cœur des Français et du mien.
Donc, un message d’estime et
d’amitié à tous vos lecteurs.
Et un message également à tous
les Libanais pour leur dire que je
crois, depuis toujours, à la
vocation du Liban d’être une
grande nation, forte de son
histoire et de sa culture au
service de la paix, au service de
la sérénité dans le monde. Je
crois à sa capacité d’être un
lien essentiel entre l’Orient et
l’Occident. Tout cela supposant,
naturellement, que chacun au Liban
ait conscience qu’il doit
respecter l’autre. Et enfin, je
dirai simplement un mot, et
c’est peut-être plus important
encore, aux jeunes libanais.
J’ai beaucoup de relations avec
des jeunes libanais, et suis
toujours frappé à la fois par
leur qualité mais aussi parfois
par un certain manque de confiance
dans l’avenir du Liban. Et la
première responsabilité de tous
les Libanais, et notamment des
responsables politiques ou économiques
libanais, est de redonner
confiance aux jeunes. Ils ont la
chance d’avoir des jeunes qui
sont extraordinaires, qui sont prêts
à se mobiliser pour le service de
leur pays, qui se détachent de
plus en plus de vieilles
querelles, qui sont attachés à
l’exigence de la démocratie
moderne et qui sont l’avenir et
le futur du Liban et qui doivent
être encouragés à rester chez
eux et à mettre leurs forces et
leur intelligence, leur cœur au
service du Liban et non pas se
laisser tenter, parce qu’ils
auraient été découragés, à
s’expatrier.
* Merci beaucoup, Monsieur le
Président. Je suis sûr que les
Libanais seront très sensibles à
ce message d’amitié.
Je le leur dis avec le cœur
autant qu’avec la tête.
* Croyez-vous que Yasser
Arafat, comme le pensent notamment
les Américains, a raté une
chance historique lors du sommet
de Camp David ?
Permettez-moi en premier lieu, sur
ce sujet, de dire ma consternation
face à l’évolution de la
situation. La perpétuation des
violences et de l’occupation, la
poursuite du terrorisme,
l’aggravation inacceptable des
conditions de vie des
Palestiniens, nous ne devons pas
nous résigner face à cela. Nous
avons un véritable devoir
d’action envers les populations,
qui souffrent de part et
d’autre. J’ajoute que la
question irakienne constitue à
mes yeux une raison supplémentaire
d’avancer résolument vers une
solution au conflit du
Proche-Orient. Cette solution ne
peut être que politique, fondée
sur le dialogue et la négociation
entre les parties, assistées par
la communauté internationale.
S’agissant du sommet de Camp
David, il n’a malheureusement
pas conduit à l’accord de paix
que le monde entier souhaitait. La
responsabilité ne peut évidemment
pas en être imputée à une seule
personne. Peut-être a-t-on voulu
obtenir trop, trop vite ! J’en
retiens pour ma part les progrès
que cette négociation et celle de
Taba ont permis d’accomplir vers
la définition des paramètres
d’une solution acceptable par
les deux parties, fondée sur la
coexistence de deux Etats. Ces
paramètres font aujourd’hui
l’objet d’un consensus
international reflété dans les résolutions
du Conseil de sécurité et les déclarations
de l’Union européenne, des
autorités américaines et du
quartette. Cet héritage essentiel
ne doit pas être perdu.
* Et que fait de concret la
France pour contrer la ligne extrémiste
d’Ariel Sharon ?
Le problème ne se pose pas en ces
termes. Le terrorisme, que la
France condamne, qui est toujours
inacceptable, fait peser sur la
population israélienne une
angoisse intolérable. Nul ne peut
contester le droit d’Israël à
se défendre contre le terrorisme.
Ce qu’on peut contester en
revanche, c’est la méthode
utilisée par Israël pour
combattre ce fléau : la France
l’a fait lorsqu’elle le
jugeait nécessaire, tout dernièrement
encore par son action au Conseil
de sécurité, qui a permis
l’adoption de la résolution
1435. Mais le terrorisme doit
cesser. Les Palestiniens ne concrétiseront
pas leur légitime projet national
par la violence, pas plus qu’Israël
n’assurera sa sécurité par la
seule force armée. Une solution
politique doit prévaloir, sur la
base des paramètres que je viens
d’évoquer. Pour cela, le
dialogue doit reprendre. Le
quartette a tracé la voie à
suivre dans sa déclaration du 17
septembre.
* Les accords d’Oslo
sont-ils vraiment morts et enterrés,
et l’Europe a-t-elle des idées
susceptibles de mettre fin à
l’impasse actuelle ?
Oslo reste, pour la communauté
internationale dans son ensemble,
une référence incontestable.
C’est un processus qui a conduit
à des accords internationaux,
pour certains sous les auspices du
président des Etats-Unis. Leur
validité est incontestable. Ces
accords n’ont certes pas abouti
au résultat espéré, mais ils
ont permis des avancées décisives
en terme de reconnaissance
mutuelle des parties et de définition
des paramètres du règlement définitif.
Au moment où les négociations
politiques reprendront, les acquis
d’Oslo, tout autant que ceux de
Madrid ("la terre contre la
paix"), et les avancées des
négociations, de Camp David à
Taba, contribueront à la définition
d’une solution politique.
S’agissant du rôle de l’Union
européenne dans une sortie de
l’impasse actuelle, il est
important et doit s’intensifier
encore. Les Etats membres de l’Union
siégeant au Conseil de sécurité
ont joué un rôle décisif dans
l’adoption de la résolution
1435, qui a permis, grâce au
soutien américain que nous avons
obtenu, de sortir de la nouvelle
crise créée par le siège des
locaux de M. Arafat. L’Union
européenne a aussi largement
contribué à l’élaboration de
la feuille de route esquissée par
le quartette le 17 septembre
dernier, sur la base de
propositions de la présidence
danoise. M. Peres m’a fait part
tout récemment de l’acceptation
par Israël de cette feuille de
route. Il faut maintenant avancer
vers sa mise en œuvre, ce que le
quartette devrait faire en se réunissant
à nouveau à Paris demain. Enfin,
l’Union européenne apporte une
contribution décisive aux réformes
palestiniennes, dans le respect
absolu du droit des Palestiniens
à choisir leurs dirigeants et
leurs institutions. N’oubliez
pas non plus l’effort d’aide
de l’Europe à l’égard des
Palestiniens, qui est considérable.
* Quelle est votre conception
de l’Etat palestinien et quelle
solution pratique verriez-vous éventuellement
pour Jérusalem et la question des
réfugiés ?
La paix, pour être durable, nécessite
la création, à côté d’Israël,
d’un Etat palestinien viable, démocratique
et pacifique, sur la base des
frontières de 1967. C’est une
idée en faveur de laquelle la
France œuvre depuis des décennies
et qui est désormais partagée
par le monde entier ! Le Conseil
européen de Séville, en juin
dernier, a énoncé solennellement
les paramètres de cet Etat. Le président
Bush en a fait de même dans ses
discours. Ce n’est pas le
moindre paradoxe de la situation
actuelle de voir un si large
consensus international sur les
données de la solution, alors que
les conditions sur le terrain
n’ont jamais été aussi graves.
Faire coïncider cette vision
partagée avec la réalité du
terrain, c’est là notre devoir,
celui des parties, c’est le but
que se fixe l’action de la
France dans la région.
* D’aucuns ont reproché
dans le passé à la France de ménager
Saddam Hussein pour des considérations
commerciales. Croyez-vous à votre
tour que la nouvelle guerre du
Golfe pourrait être largement
motivée par des intérêts pétroliers
?
Nul n’ignore que le Moyen-Orient
constitue une zone majeure de réserves
et de production
d’hydrocarbures. Il représente
aujourd’hui 65 % des réserves
mondiales, et cette proportion est
en hausse du fait du tarissement
prévisible des réserves hors
Golfe. L’Irak, pour sa part, détient
aujourd’hui environ 10 % des réserves
mondiales. Pour autant, le problème
aujourd’hui posé par l’Irak
à la communauté internationale
n’est pas celui de ses capacités
pétrolières. Il s’agit en
effet de répondre à la menace
potentielle que représente l’Irak,
avec le risque de prolifération
des armes de destruction massive.
Le régime de Bagdad a utilisé de
telles armes par le passé.
Aujourd’hui un certain nombre
d’indices peuvent laisser penser
que, depuis près de quatre ans,
en l’absence des inspecteurs
internationaux, ce pays a
poursuivi des programmes
d’armement. La prolifération
des armes de destruction massive
constitue une menace pour
l’ensemble de la planète. Notre
sécurité dépend de notre
capacité à traiter
collectivement ce risque majeur.
Sur ce dossier, pas plus que sur
les autres, notre politique
n’est pas de ménager l’Irak :
nous avons toujours demandé la
stricte application des résolutions
des Nations unies.
Je tiens à souligner que de
nombreux pays commercent avec l’Irak,
y compris d’ailleurs les
Etats-Unis. Le commerce
franco-irakien se déroule dans le
cadre strict des résolutions du
Conseil de sécurité, et nous
sommes particulièrement vigilants
quant au respect de ce dispositif
juridique. L’Irak n’occupe au
demeurant qu’une place modeste
dans notre commerce extérieur. En
2001, l’Irak n’a été que le
53e client et le 39e fournisseur
de la France, représentant 0,2 %
de nos exportations et 0,3 % de
nos importations.
* Que suggéreriez-vous pour
renforcer l’efficacité et donc
la crédibilité des inspections
onusiennes en Irak ?
L’accès immédiat des
inspecteurs à l’ensemble des
sites, sans condition et sans
restriction, constitue la garantie
indispensable de l’efficacité
et de la crédibilité des
inspections de l’Onu. Cette
exigence figure d’ailleurs dans
toutes les résolutions
existantes. L’Irak a dit
accepter tous les droits des
inspecteurs sans condition, et les
arrangements pratiques de la
reprise des inspections ont été
clarifiés à Vienne. Si MM. Blix
et el-Baradei estiment toutefois
qu’un certain nombre de
questions doivent être encore précisées,
que des garanties supplémentaires
doivent être obtenues sur
certains points, nous sommes tout
à fait disposés à examiner
leurs demandes et à prendre en
compte leur avis, dans le cadre du
Conseil de sécurité, qui est le
seul cadre légitime pour traiter
du problème irakien.
* Quelles répercussions
aurait une guerre internationale
contre l’Irak ?
Notre responsabilité est de
veiller à la stabilité au
Moyen-Orient. Avec la crise
irakienne, c’est la région tout
entière qui est menacée. Le
Moyen-Orient est au cœur de
l’arc de crise qui s’étend de
la Méditerranée orientale à
l’Asie du Sud-Ouest : zone dans
laquelle les fractures politiques,
économiques et sociales sont
multiples. Nous avons tous en mémoire
les multiples conflits, internes
et internationaux, qui ont ébranlé
cette région depuis plus de
cinquante ans. Au moment où
l’impasse du conflit israélo-palestinien
alimente les sentiments de
frustration et d’injustice parmi
les peuples de la région, et où
nous sommes engagés dans une
lutte de longue haleine contre le
terrorisme, nous devons être
vigilants et mettre tout en œuvre
pour que soit gagné le pari de la
sécurité dans la paix.
* Existe-t-il, selon vous, un
lien direct entre l’affaire
irakienne et le dossier du
terrorisme, c’est-à-dire la
filière Ben Laden ?
À ma connaissance, aucune preuve
n’a été trouvée, ou en tous
les cas rendue officielle, d’un
lien entre l’Irak et el-Qaëda.
Même si certains terroristes ont
pu trouver refuge en Irak, il ne
faut pas mélanger les sujets.
L’objectif prioritaire de
l’action de la communauté
internationale, s’agissant de
l’Irak, doit être le désarmement.
En revanche, on ne peut exclure
que des groupes terroristes
n’utilisent l’affaire
irakienne comme prétexte à de
nouvelles actions et comme
argument de propagande.
haut
Jacques
Chirac à Alexandrie, 1ère étape
de sa tournée au Proche-Orient
publié
par Reuters le 16 octobre 2002
Jacques Chirac est arrivé
mercredi dans la ville égyptienne
d'Alexandrie, première étape
d'une tournée de cinq jours au
Proche-Orient qui le mènera également
au Liban, en Syrie et en Jordanie.
Le président français, qui est
accompagné de son épouse et
d'une importante délégation,
devait s'entretenir avec Hosni
Moubarak au palais de Montaza
avant de participer aux côtés du
raïs à l'inauguration de la
nouvelle bibliothèque
d'Alexandrie, la "Biblioteca
Alexandrina". Cet édifice
futuriste au coût pharaonique
(212 millions de dollars)
ressuscite la bibilothèque
construite entre 295 et 290 avant
l'ère chrétienne sous la
dynastie des Ptolémées pour
"rassembler les livres de
tous les peuples de la
Terre". Projet né à la fin
des années 70 à l'université
d'Alexandrie, la "Biblioteca
Alexandrina" dispose d'une
salle de lecture de 38.000 m2, la
plus grande au monde, et compte
abriter à terme cinq millions
d'ouvrages. La première pierre en
fut posée en juin 1988 par Hosni
Moubarak. Sa construction, parrainée
par l'Unesco, a duré de 1995 à
2001. Son inauguration, prévue
initialement en avril dernier,
avait été reportée par le président
égyptien en raison des tensions
au Proche-Orient. Avec la "Biblioteca
Alexandrina", les autorités
égyptiennes espèrent raviver le
phare intellectuel de la Méditerranée
que fut Alexandrie, cité fondée
en -332 par Alexandre le Grand et
aujourd'hui premier port d'Egypte
avec cinq millions d'habitants.
haut
Aram Ier demande
la reconnaissance du génocide arménien par
tous les pays francophones
paru
dans l'Orient-le Jour le 14
octobre 2002
Sous le titre
"La francophonie, un engagement
pour les droits de l’homme",
le catholicos Aram Ier publie une déclaration
saluant le Sommet de la francophonie
et invitant ses membres à reconnaître,
comme la France l’a fait, la réalité
du génocide arménien. Affirmant
que, pour lui, la francophonie
n’est pas simplement "une
structure de nature politique ou économique",
mais "une mission (...) une
vocation (...) et un engagement pour
la justice, la paix,la réconciliation
entre les peuples, les nations et
les Etats", Aram Ier souligne
justement que "le génocide
n’est pas une question d’ordre
politique, mais une question humaine
et morale".
De ce fait, le catholicos demande la
reconnaissance, par l’ensemble des
pays francophones, de la réalité
du génocide arménien, affirmant : "L’indifférence
et le silence encouragent la
continuation de ces crimes contre
l’humanité. L’immunité des génocides
pave la voie à de nouvelles atrocités,
à de nouveaux génocides. La
condamnation, ou la reconnaissance,
des génocides n’est pas un acte
politique, mais un acte
essentiellement humain basé sur les
principes de morale et de droit
international. La vie est un don de
Dieu ; nul ne peut attenter à la
vie de son semblable ; nulle nation
ne peut ignorer la vie et la dignité
d’une autre nation. Dans ce monde
mondialisé, la sécurité, la
justice, la paix au sein d’une
nation ou même d’une région
appartiennent à tout le monde ; par
conséquent, elles sont la
responsabilité de la communauté
internationale. Oui, la francophonie
est aussi un engagement pour les
droits de l’homme. La France en a
donné l’exemple, comme l’ont
fait le Liban et bien d’autres
pays. Il faut espérer que les
autres membres de la francophonie
feront de même."
haut
La
richesse des différences
par CARLOS GHOSN, publié dans
l'Orient-le Jour le 9 octobre
2002
L'auteur
est président-directeur général
de Nissan Motor Co Limited
Le XXIe siècle sera le siècle
des brassages : brassage des
cultures et des idées, brassage
des expériences, des
technologies et des systèmes
pour davantage de création de
valeur. C’est un siècle marqué
par la globalisation, la
multiplication des échanges,
l’explosion des moyens et des
capacités de communication, la
constitution de nouveaux groupes
d’intérêts, la disparition
de frontières, mais toujours le
rattachement des hommes à
travers leur langue comme
support d’identification. Ces
brassages sont déjà une réalité
pour nombre d’entre nous, et
ici au Liban tout particulièrement.
Ils conduisent à la coexistence
des langues et des approches,
entre des femmes et des hommes
issus de cultures, d’histoires
ou de sensibilités différentes.
C’est une richesse qui se
construit ainsi, et pourtant il
n’est pas toujours aisé de
trouver le moyen de vivre et de
travailler ensemble, ou encore
d’entreprendre dans des
contextes mixtes, métissés et
donc complexes. Il est plus
facile de vivre avec des gens
qui sont pareils que vous que de
côtoyer des personnes différentes.
Dans les entreprises, nous
observons que celles et ceux qui
sont amenés à travailler dans
un de ces ensembles qu’on
appelle fusion, alliance ou qui
participent à des
collaborations ponctuelles,
acquièrent un savoir-faire très
précieux dans le management et
l’organisation et sur le plan
culturel. Ces compétences
particulières seront de plus en
plus sollicitées, dans
l’avenir. Nous allons vers un
monde professionnel où les gens
prêts à travailler dans un
milieu métissé, et capables de
s’adapter et d’exploiter les
différences, seront plus à même
de faire face à la complexité
des situations auxquelles ils
seront confrontés. Dans ce
contexte, la culture française,
portée par la langue française
qui est parlée dans plus de 55
pays francophones, a une place
à part. Sa particularité est
d’être à la fois une culture
très forte, structurée, riche
d’une longue histoire, et en même
temps c’est une culture qui
est ouverte et perméable aux
influences extérieures et qui
s’en nourrit. La confrontation
à l’étrange ou l’étranger
est toujours une expérience qui
conduit à des remises en cause.
C’est en cela qu’elle peut
être vécue comme un danger,
mais qu’elle est aussi source
de développement et
d’apprentissage.
La grande richesse de la France
et, au-delà, de la francophonie
est de réussir à préserver un
équilibre délicat entre une
identité affirmée et singulière,
défendue comme un atout par
ceux qui s’en réclament,
d’une part, et d’autre part,
une adaptabilité et une grande
capacité à intégrer dans ses
pratiques et ses réflexions des
apports étrangers. Certaines
cultures se diluent dans le
contact avec l’extérieur,
voire même disparaissent ;
d’autres se défendent des
influences extérieures et
s’en protègent avec plus ou
moins de succès. La culture
française, quant à elle, a la
capacité d’absorber les différences
et de les intégrer à sa
culture. Elle a la modestie
d’apprendre de l’extérieur,
sans perdre pour autant son
identité. La France sait
conserver une culture que le
monde lui envie, tout en
continuant à la renforcer par
son ouverture aux apports
d’autres cultures. C’est
ce que nous avons eu la chance
d’expérimenter dans le cadre
de l’alliance Renault-Nissan.
C’est probablement un des
facteurs qui expliquent les bons
résultats de cette alliance
dans un monde industriel où les
rapprochements de ce type sont
nombreux, mais pas toujours
couronnés de succès. Dans
notre alliance avec Renault,
nous sommes deux constructeurs
automobiles partenaires avec des
identités de marques bien définies
et très différentes, l’une
française et l’autre
japonaise.
Nous n’avons jamais eu
l’intention de modifier ces
identités, mais au contraire de
tirer parti du meilleur de
chacune, tout en nous efforçant
d’y ajouter une culture de
l’alliance. Nous voulons éviter
à tout prix les identités
floues. Bien au contraire, nous
insistons pour qu’elles soient
respectées et que dans chacune
des deux entreprises, tous nos
collaborateurs se sentent réellement
chez eux. Ainsi l’identité de
chaque marque est volontairement
mise en avant, car elle est un
des actifs majeurs de chaque
entreprise. Elle est aussi à la
base du sentiment
d’appartenance à une
entreprise. Elle est à la
source de la motivation. En même
temps, il est clair depuis le début,
en 1999, que nous travaillons
ensemble, pour créer des
synergies et mettre en commun
certaines activités non
visibles par le client, avec un
seul et même but : renforcer la
performance. Jouer sur les
identités différentes et en même
temps parier sur la
collaboration sont un facteur
d’enrichissement supérieur à
tout autre. C’est un défi. Le
relever, sera probablement
l’une des meilleures
contributions que l’alliance
entre ces deux constructeurs
automobiles apportera à l’économie.
Certes, la coexistence est plus
délicate à appréhender et
plus subtile à manager, mais
lorsque ça marche, ça marche
très bien ! Le métissage,
lorsqu’il fonctionne, représente
un potentiel d’enrichissement
culturel et économique extrêmement
important à condition qu’il
continue à être innovant. Une
des conditions pour que ce métissage
fonctionne c’est de ne pas
penser et agir en termes de
rapport de force. L’expérience
a prouvé qu’il est beaucoup
plus efficace de parler de
partenariat, de synergie, de
respect des identités.
Cependant, il faut reconnaître
que dans l’entreprise, la
conception des relations repose
presque exclusivement sur la
notion de rapports de force. Et
pourtant toute l’histoire nous
enseigne qu’on crée de la
richesse dans le respect des
hommes, de leurs langues et de
leurs cultures, que ce soit les
cultures des pays ou les
cultures des entreprises, et non
en écrasant ou en dominant, en
éliminant les identités des
gens. En ramenant année
après année de meilleures
performances, nous démontrerons
au sein de l’alliance qu’un
système qui respecte les
identités, les langues et vise
au développement des synergies
est vraiment l’un des seuls
systèmes qui soit compatible
avec le monde tel qu’il
s’engage aujourd’hui : un
monde de globalisation dans le
respect des identités.
haut
Médias
- La TV du Hezbollah lance un
bulletin d’informations en français
paru
dans l'Orient-le Jour le 14
octobre 2002
La
chaîne de télévision
satellitaire du Hezbollah,
al-Manar TV, a lancé au cours du
week-end son premier bulletin
d’informations en français,
saluant à sa façon la tenue
prochaine à Beyrouth du Sommet de
la francophonie. Le bulletin
quotidien est diffusé à 0h30,
une heure choisie pour toucher, grâce
au décalage horaire, la nombreuse
communauté libanaise de l’Afrique
francophone, en majorité de
confession chiite. "Nous
avons saisi l’occasion du sommet
pour lancer ce bulletin. C’est
une tentative de communiquer avec
des gens qui n’ont pas accès à
notre point de vue en arabe",
a déclaré à l’AFP le
directeur de l’information d’al-Manar,
M. Hassan Fadlallah. "Outre
ses émissions en arabe, al-Manar
diffusait déjà des bulletins en
anglais et projette des programmes
en hébreu", a-t-il expliqué,
soulignant que "les langues
ne sont qu’un vecteur de
communication et ne sont pas liées
aux relations avec les Etats".
Toutefois, a poursuivi M.
Fadlallah, "nous avons
toujours souhaité que la
francophonie et la France jouent
un rôle qui contrebalancent la
politique américaine".
Le rédacteur en chef de ce
bulletin francophone, Mohammed
Nasser Fadel, lui-même né à
Abidjan, souligne que "les
Libanais de la diaspora ont un
problème d’identité".
"L’espoir, c’est que la
perception par le public de notre
information en langue française
sera correcte", a-t-il
poursuivi. Selon M. Fadlallah, le
bulletin est conçu de manière à
toucher aussi les publics
francophones de France et d’Afrique
du Nord, sans entrer dans des
considérations de politique intérieure
des pays concernés. Sur les
grandes questions politiques dans
le monde arabe, al-Manar rivalise
en termes d’audience avec la chaîne
privée qatarienne al-Jazira,
a-t-il estimé. "En ce qui
concerne notre relation à la
langue française, elle n’est
pas considérée comme un héritage
du passé colonial" de la
France au Liban, a indiqué M.
Fadlallah, soulignant que sa chaîne
allait couvrir en direct le Sommet
de la francophonie du 18 au 20
octobre. haut
Avantage
au Liban dans ses conflits avec
Israël, selon un officiel local
par EMILE KHOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 15
octobre 2002
En marge, et
en complément, de l’affaire
du Wazzani, un officiel avance
qu’Israël s’est toujours
trompé dans ses calculs par
rapport au Liban. Qui, par
contre, aurait selon lui
toujours fait les choix qu’il
faut. Suit un rappel du refus
opposé pendant de longues années
par l’occupant israélien à
l’application de la 425. Résolution
qu’il conseillait aux délégués
libanais, pendant les sessions
de négociations, d’oublier.
En liant le retrait à une période
probatoire durant laquelle les
autorités libanaises devaient démontrer
leurs capacités à maintenir
l’ordre et le calme le long de
la frontière. Le Liban rejetait
évidemment de telles conditions
et s’accrochait à la 425.
Quand la résistance active a
pris corps, portant des coups sévères
à l’occupant, ce dernier a réagi
durement, pendant des années.
Le Sud, la Békaa-Ouest ont
beaucoup souffert et consenti
d’énormes sacrifices pour la
cause de la libération. Mais
finalement, les Israéliens
n’ont plus pu supporter les
pertes, en vies humaines ou en
matériel, et ils ont envisagé
de se retirer.
En se mettant
toutefois en quête d’un scénario
qui garantirait la sécurité de
la Galilée. Il y a eu des
divisions au sein d’Israël, où
certains continuaient à
affirmer qu’il ne fallait pas
paraître se soumettre à la
pression de la Résistance
libanaise. Par crainte que cela
ne constituât un précédent
pour d’autres territoires
arabes occupés et n’encourageât
les Palestiniens à se soulever.
Mais finalement, la nécessité
d’un retrait s’est imposée.
Israël a tenté de sauver la
face en faisant soudain mine de
se conformer à la légalité
internationale en appliquant la
425. Et en rajoutant que le
Liban était tenu de faire de même,
c’est-à-dire de contrôler sa
bordure frontalière, en faisant
cesser les activités d’un
mouvement de résistance qui
n’avait plus lieu d’être.
Mais le Liban a refusé de déployer
son armée sur la ligne bleue et
de neutraliser la Résistance
tant qu’une portion de son
territoire, à savoir Chebaa,
restait sous occupation. Le
Liban a encore été plus loin
en proclamant que le calme
frontalier ne serait garanti de
son côté qu’après la
conclusion d’une paix régionale
globale équitable. Israël
s’est donc retiré sans avoir
obtenu les assurances de sécurité
qu’il voulait. La Résistance
libanaise a poursuivi ses opérations,
à des degrés d’intensité
variant suivant les
circonstances.
Cet officiel affirme ensuite que
le timing choisi par le pouvoir
pour s’intéresser au Wazzani
est tout à fait opportun. Car,
estime-t-il, Israël a les pieds
et les poings liés actuellement
par les Américains. Qui lui
interdisent toute réaction
pouvant mener à la guerre tant
qu’eux-mêmes n’en ont pas
fini avec Saddam Hussein.
C’est ainsi, ajoute ce
responsable local, que
Washington a obligé les Israéliens
a lever le siège de la Moukataa
de Arafat. De même, les
Etats-Unis ne veulent pas que
les Israéliens frappent les
installations de pompage
libanaises sur le Wazzani parce
que la Résistance libanaise
riposterait, sans doute en
frappant en profondeur à
l’intérieur du territoire
israélien. Et l’on entrerait
dans un cycle d’escalade
explosif.
Il reste que la retenue est également
requise du Liban. Cette source
le reconnaît, en soutenant que
Washington a pu, grâce à ses
experts, s’assurer du
bien-fondé de la position
libanaise, mais n’en a pas
moins prié Beyrouth de se
contenter des travaux déjà
effectués et de suspendre le
reste du programme. Cependant,
selon cet officiel, le Liban est
résolu à ne pas transiger sur
ses droits. Car il sait que les
Américains ne permettront pas
à Israël de bombarder les
installations comme en 1965.
Cependant, puisque l’on parle
de calculs et de timings justes
ou faux, il faut savoir si Israël
n’attendra pas que les Américains
en aient fini avec l’Irak pour
frapper le Wazzani. Et pour rééditer
la fable du loup et de
l’agneau qui, justement, se
passait au bord d’une rivière.
haut
Nouvelle
spirale
par MICHEL SCHIFRES,
publié dans le Figaro le 14
octobre 2002
Pour qui a accepté l'idée
d'une guerre sans fin et sans
scrupule menée par le
terrorisme, le carnage de Bali
n'est pas une surprise. Tout au
plus peut-on noter qu'un nouveau
symbole s'ajoute à la longue
liste des assassins : l'Occident
est désormais frappé partout,
y compris en un endroit qu'il
considérait comme un paradis et
qu'il tenait pour une
destination privilégiée de
vacances. De la même manière,
on ne peut qu'enregistrer l'entrée
par le sang de l'Asie dans ce
conflit. Cette région du monde,
zone d'expansion de l'islam,
comme l'Afrique, mêlant plus
qu'ailleurs la modernité et
l'archaïsme, est maintenant un
lieu d'affrontement
international comme un autre.
Que Bali soit à majorité
hindoue dans une Indonésie, qui
est le premier pays musulman de
la planète, ne change rien au
constat : nulle part il n'y a de
sanctuaire pour se protéger du
terrorisme. Ces considérations
nourriront, comme les fois précédentes,
le procès-verbal dressé après
chaque attentat. Elles témoignent
surtout du sentiment
d'impuissance face à la volonté
d'agir par le crime émanant
d'individus, de groupes ou d'une
internationale terroriste.
Après tout, si la guerre
d'Afghanistan a mis fin à un régime
détestable, elle n'a pas décapité
le réseau Al Qaida. Que les Américains
aient prévenu de la longueur de
l'épreuve n'atténue pas
l'impression d'un demi-échec.
De même, finalement, il importe
peu de savoir si les assassins
de Bali appartiennent
directement à Al Qaida, sont
inspirés par Ben Laden ou
fascinés par les méthodes et
l' "efficacité"
de ce nouveau terrorisme. Le
fait est là : l'incertitude et
la dangerosité du monde
s'accroissent chaque jour. Ce
n'est évidemment pas une raison
pour baisser les bras. Au
contraire. Après la boucherie
de Bali, ceux qui combattent le
terrorisme doivent affirmer,
plus que jamais, leur détermination.
Le problème est que les
questions touchant au terrorisme
sont volontairement emmêlées
par les principaux acteurs afin
de renforcer leur démonstration.
Ainsi le terrorisme a-t-il tout
intérêt à sataniser
l'Occident pour trouver de
nouveaux adeptes. Et, aussi détestable
que soit le parallèle,
l'Administration Bush va puiser
dans la tuerie indonésienne de
nouveaux arguments pour
justifier sa croisade et tenter
d'obtenir la pleine adhésion de
ses alliés dans son combat
contre le terrorisme, et donc,
suivant sa logique, contre
l'Irak. Il y a là une spirale où
les règles et les principes des
relations internationales
risquent d'être emportés. Et où
les réserves de certains, comme
la France, seront plus délicates
à exprimer. Elles paraissent
pourtant d'autant plus
pertinentes lorsqu'on apprend
certaines hypothèses inquiétantes
de l'équipe Bush. Ainsi, en cas
de renversement de Saddam
Hussein, les Etats-Unis
envisageraient de demeurer
plusieurs années en Irak et
d'administrer directement le
pays. C'est-à-dire, pour être
clair, de se conduire en armée
d'occupation et de réinventer
la colonie. Peut-être ne
s'agit-il là que d'un ballon
d'essai destiné à tester un
tel plan sur l'opinion américaine
et internationale. En tout cas,
on espère que Washington s'en
tiendra là.
haut
paru dans le Monde du 13
octobre 2002
La leçon s'adresse, peut-être
involontairement, aux anti-Américains.
Elle vise ceux d'entre eux qui
"démonisent" en réduisant,
en simplifiant, en gommant la
pluralité et la diversité d'un
pays comme les Etats-Unis. Car,
en distinguant Jimmy Carter,
vendredi 11 octobre, ce
sont bien les Etats-Unis que le
comité Nobel a décidé
d'honorer. L'homme que le jury
d'Oslo a choisi pour le Nobel de
la paix 2002 incarne autant l'Amérique
que George W. Bush. Il
symbolise à merveille l'une des
facettes de l'Amérique :
l'engagement militant, la générosité,
l'optimisme humaniste,
l'ouverture à l'Autre - le
contraire d'un hyper-patriotisme
un tantinet paranoïaque, dont
certains des tenants disent leur
fierté de ne pas posséder de
passeport et ignorent
superbement une scène
internationale à laquelle,
jurent-ils, les Etats-Unis
n'auraient pas à rendre de
comptes. Le jugement que
l'Histoire portera sur le mandat
de Jimmy Carter à la Maison
Blanche (1976-1980) peut être
divers. Pour certains, il est
l'homme dont les hésitations
ont conduit à l'humiliation de
l'Amérique en Iran ; celui
dont la préoccupation pour les
droits de l'homme a laissé le
champ libre à l'expansionnisme
soviétique ; le président
qui a donné du pays une image
de faiblesse, qu'il reviendra au
flamboyant Ronald Reagan de
corriger. Pour d'autres, il
restera le bâtisseur de la paix
israélo-égyptienne - qui
a changé la face du
Proche-Orient ; celui qui,
réglant l'épineuse question du
canal de Panama, a contribué à
des relations plus confiantes
avec le sud du continent. Ce
n'est pas rien ; c'est même
beaucoup.
Mais son action politique ne
s'est pas arrêtée à sa sortie
de la Maison Blanche. L'homme ne
sera pas l'un de ses ex-présidents
courant le cachet sur les
circuits des conférences (façon
George Bush père et Bill
Clinton). Il va se battre pour
la paix et le développement ;
il va montrer l'importance que
peut prendre une ONG dans la vie
publique ; il va tenter de
promouvoir une éthique du règlement
des conflits par la négociation.
Exaspérant d'angélisme et de
bonne conscience ? Peut-être.
Mais l'Amérique est bien là,
aussi, dans cette part de rêve
d'un monde moins cruel, dans la
conviction que les problèmes
ont des solutions, dans l'utopie
entretenue que le meilleur de
l'homme peut, parfois, prendre
le dessus. Jimmy Carter ou le
progressisme version baptiste.
Il n'est pas indifférent que
l'attribution du Nobel attire
l'attention sur son opposition
à la politique irakienne de
George W. Bush. Mais elle
manifeste aussi la pluralité
d'une Amérique trop souvent
caricaturée en Europe, et
particulièrement en France.
Parce que Jimmy Carter est très
"américain", ce Nobel
brouille l'image d'une Amérique
en proie à une crise aiguë d'unilatéralisme
belliqueux. Les Etats-Unis sont
un lieu de pouvoirs - et de
contre-pouvoirs ; un pays
qui cultive institutionnellement
la contradiction ; une
nation qui hésite, débat et
doute, irréductible à une
administration ou à une
politique. Jimmy Carter incarne
une autre Amérique que
l'officielle. Et cette Amérique-là
méritait le Nobel de la paix.
haut
Etats-Unis
: le péril vient de l'intérieur
Plutôt
que d'attaquer l'Irak, Bush
devrait prendre en compte le
danger du terrorisme autochtone
par MICHAEL LIND, publié dans
Libération le 15 octobre 2002
L'auteur
est essayiste américain,
chroniqueur de l'agence
d'informations en ligne "The
Globalist" [Traduit de
l'anglais par Bérangère Erouart]
Selon l'administration Bush, le
fait que des Etats-voyous tels
que l'Irak, l'Iran et la Corée
du Nord possèdent peut-être
l'arme nucléaire, chimique et
biologique, est le plus grand
danger auquel l'humanité ait à
faire face. Malheureusement, la
réalité est tout autre. Ce
sont en effet les guerres
conventionnelles (qu'il s'agisse
de guerres civiles ou de
conflits internationaux) qui pèsent
toujours le plus lourdement sur
la scène politique mondiale. Ce
n'est pas grâce aux armes de
destruction massive que les
Etats - y compris tyranniques
ou expansionnistes -
atteignent leurs objectifs
militaires ou diplomatiques. Le
vrai danger vient d'individus ou
de petits groupes enflammés par
une idéologie ou une religion :
ceux-là, plus que n'importe
quel dictateur, sont véritablement
susceptibles d'utiliser des
armes nucléaires ou bactériologiques
à l'encontre d'un grand nombre
de civils innocents. Plutôt que
de se focaliser sur Saddam
Hussein, dont le principal souci
est de conserver le pouvoir, il
serait plus censé de parer à
l'éventuelle explosion d'une
bombe atomique dans le métro
new-yorkais, ou à la diffusion
meurtrière d'un quelconque
agent pathogène. Des individus
comme Ted Kaczynski - surnommé
Unabomber - et Timothy McVeigh
(1),
ou encore le tueur qui, à
l'automne 2001, envoyait des
lettres piégées à l'anthrax
aux Etats-Unis (lequel n'a
toujours pas été identifié),
constituent une menace autrement
plus redoutable.
Pour l'Amérique, le péril
vient de l'intérieur, et non de
l'étranger. En dehors
d'Al-Qaeda, les Etats-unis
doivent surtout se prémunir
contre ces petits groupes
autochtones comparables à la
secte japonaise Aum Shinrikyo -
celle-là même qui avait propagé
du gaz sarin dans le métro de
Tokyo. Les terroristes intérieurs,
tel Kaczynski, sont tous des
individus très éduqués. A
l'instar de McVeigh et (comme on
peut le supposer) du tueur à
l'anthrax, ils ont généralement
servi dans l'armée, ou dans le
complexe militaro-industriel. En
effet, les soldats, les
scientifiques et les
bureaucrates qui travaillent
pour le compte des Etats-Unis,
de la Russie ou de tout autre
pays possédant des armes de
destruction massive, ont
nettement plus de chance d'avoir
accès à cet arsenal que des
terroristes issus de pays
pauvres. Pour preuve,
souvenez-vous simplement de l'échec
essuyé par l'organisation
d'Al-Qaeda cherchant à se
procurer l'arme nucléaire, et
de sa sinistre expérimentation
artisanale sur un chien,
empoisonné au gaz.
Jusqu'à présent, Al-Qaeda est
la seule organisation terroriste
internationale qui s'apparente
en surface aux
"petits" groupes
terroristes locaux. Mais, en vérité,
ainsi que l'ont souligné des
analystes comme Peter Bergen,
Al-Qaeda n'a rien d'une
organisation terroriste
classique. La majorité des
mouvements militants qui font
aujourd'hui du terrorisme leur
arme de guerre, sont en effet
des nationalistes qui
revendiquent leurs propres Etats
indépendants. Il se trouve que
beaucoup d'entre eux
(Palestiniens, Tchétchènes,
Cashemiris, Ouïghours de Chine,
et Moros des Philippines) sont
musulmans. Pourtant, une chose
est sûre : ces terroristes
musulmans ne sont nullement
comparables à ceux d'Al-Qaeda.
Dans la plupart des cas, ce sont
d'ailleurs les sécessionnistes
ethniques - des mouvements
nationalistes non musulmans
(tels que les militants
irlandais, basques, ou encore
les Tamouls du Sri Lanka) -
qui possèdent des factions
terroristes. Il faut savoir
distinguer les militants.
Pourquoi cette distinction
est-elle si importante ? Les
mouvements indépendantistes
nationaux cherchent en quelque
sorte à effrayer ou à démoraliser
les nations qui tiennent sous le
joug tout ou partie de leur
population. C'est vrai pour Israël,
la Russie, l'Inde, la Chine, les
Philippines, mais aussi pour la
Grande-Bretagne et l'Espagne.
Dans le même temps, la plupart
de ces mouvements souhaitent que
la communauté internationale
accède à leur désir d'indépendance,
et réclament une reconnaissance
de l'ONU.
Certes, les terroristes qui opèrent
à la lisière de ces mouvements
nationalistes commettent parfois
des crimes de masse. Mais il y a
peu de chance pour que le
leadership basque répande un
jour une épidémie de variole
mortelle en Espagne. Comme l'on
voit mal les dirigeants de l'IRA
encourager le lancement d'une
bombe atomique sur Londres. La
communauté internationale, dont
ils quêtent la reconnaissance
avec tant de ferveur, se
retournerait alors contre eux.
Par contraste, Al-Qaeda, n'a
rien d'un mouvement nationaliste
indépendant. C'est une alliance
terroriste entre différentes
nations musulmanes à laquelle
adhèrent des musulmans de
souche ou convertis, issus de
pays tels que les Etats-Unis ou
l'Angleterre. Ses objectifs dépassent
largement la reconnaissance par
l'ONU de tel ou tel Etat-nation.
Al-Qaeda est engagée dans une
guerre sainte. Et c'est parce
qu'elle s'estime investie d'une
mission divine qu'elle se montre
aussi indifférente au sort des
martyres kamikazes issus de ses
propres rangs qu'à la mort de
ceux qu'elle considère comme
des infidèles.
Suite aux attaques du 11
septembre 2001 perpétrées par
Al-Qaeda aux Etats-Unis,
l'administration Bush a décidé
de qualifier la menace
terroriste acte de guerre.
Ainsi, c'est en toute légitimité
que le gouvernement américain a
pu renverser le régime taliban
en Afghanistan, qui servait de
base stable à Al-Qaeda. Mais
requalifier la guerre contre
l'Irak ou d'autres Etats, de guerre
contre le terrorisme, comme
le font d'une façon si déterminée
les stratèges de
l'administration Bush, est une
grave erreur. Si jamais l'Irak,
la Syrie ou l'Iran devaient détenir
des armes de destruction
massive, ils ne seraient pas
plus disposés à les vendre,
que ne le sont par exemple la
Chine, l'Inde ou le Pakistan. Et
ne seraient pas davantage
enclins à diriger cette force
de frappe - ouvertement ou en
sous-main - contre l'Amérique
et ses alliés. Le fait
d'envahir et d'occuper l'Irak,
l'Iran, la Syrie ou tout
"Etat- voyou", ne
servirait donc pas à arrêter
de futurs McVeigh, Kaczynski ou
autres tueurs à l'anthrax. Pour
se préserver de la menace
terroriste qui guette le peuple
américain, il ne suffit pas
d'envoyer des bombes B2 sur tel
ou tel pays lointain. Après
tout, les réserves d'armes nucléaires,
chimiques, ou d'agents pathogènes
le plus à la portée d'un
maniaque isolé ou d'une secte
terroriste ne se trouvent pas à
l'étranger.
Le fait que l'administration
Bush n'accepte de débattre des
menaces que sous le seul angle
militaire, nous ramène au vieil
adage selon lequel "quand
on n'a qu'un marteau, tout
ressemble à un clou". Le marteau
du géant américain, ce
sont ses usines d'armement, ses
instituts de recherche
scientifique, civils et
militaires. C'est aussi
l'influence considérable du
milieu privé des affaires sur
les industries spécialisées
dans l'énergie nucléaire et la
biotechnologie. Or, la vraie
priorité n'est pas d'aller
larguer des bombes sur tel ou
tel pays du Moyen-Orient, mais
de surveiller au plus près ces
secteurs de pointe (et quiconque
se trouve de près ou de loin en
rapport avec eux), tant aux
Etats-Unis qu'en Europe, en
Russie, au Japon, en Chine, en
Inde, ou dans toute autre nation
disposant d'une technologie
similaire. Généralement,
l'hystérie de la guerre conduit
les chefs d'Etat et les
politiciens à exagérer les
menaces émanant de leurs
propres territoires. Aux
Etats-Unis, le "combat
contre la terreur" produit
exactement l'effet inverse.
D'une part, les dirigeants américains
amplifient la menace extérieure
; d'autre part, ils continuent
à ignorer les risques posés
par le terrorisme national.
Renverser Saddam Hussein
pourrait ou pourrait ne pas être
une bonne idée. Mais ce n'est
en aucun cas une solution pour déjouer
la prochaine attaque terroriste
sur le sol américain.
(1)
Theodore Kaczynski envoyait des
colis piégés. En dix-huit ans,
il a fait 3 morts et 18 blessés
avant d'être dénoncé par son
propre frère en 1996. Timothy
Mc Veigh est l'auteur de
l'attentat d'Oklahoma City, qui
avait fait 168 morts en 1995.
haut
Le
"non" des Eglises à la
guerre en Irak
par HENRI TINCQ, publié dans
le Monde du 15 octobre 2002
Avant et pendant la guerre du
Golfe, les Eglises avaient déjà
exprimé leur répugnance pour
ce conflit armé, en multipliant
les déclarations, les veillées
de prière, les jours de jeûne,
les messages à George Bush père
et à Saddam Hussein. Du premier
jour de l'invasion irakienne du
Koweït, en août 1990,
jusqu'aux attaques de missiles
sur Bagdad, en janvier 1991, le
pape s'était prononcé à une
cinquantaine de reprises contre
l'usage de la force militaire. A
la surprise des dirigeants américains
et européens, il s'était désolidarisé
de la coalition occidentale
contre Bagdad. Les Eglises
protestantes des Etats-Unis
avaient fait pression sur leur
administration pour qu'elle use
de tous les moyens disponibles - sanctions
économiques, pressions
diplomatiques - afin de
faire céder l'Irak et d'éviter
le recours aux armes.
Onze ans après, presque toutes
les Eglises des Etats-Unis, de
Grande-Bretagne, d'Europe et du
Proche-Orient, toutes
confessions confondues, font à
nouveau bloc contre la politique
de Washington. Elles multiplient
les avertissements quant aux
conséquences matérielles et
humaines, par avance jugées
catastrophiques, d'une
intervention militaire en Irak.
Si elles n'ont jamais eu le
moindre élan de sympathie pour
le régime de Saddam Hussein (à
l'exception de minorités chrétiennes
contrôlées et manipulées au
Proche-Orient), elles ont lutté
avec constance contre l'embargo
qui isole et martyrise des
populations civiles.
Aujourd'hui, elles estiment que
les critères de la "guerre
juste" ne sont pas réunis,
que le concept de guerre préventive
développé par George W. Bush
est un coup porté au droit
international et que les pertes
qui suivraient une intervention
américaine préluderaient à
une déflagration, aux conséquences
imprévisibles, entre le monde
occidental, à large majorité
chrétienne, et toute l'aire
arabo-musulmane.
Depuis le XIIIe siècle,
notamment depuis Thomas d'Aquin,
qui l'a formalisé, le concept
de "guerre juste" est
défendu par toute la tradition
chrétienne. Le recours aux
armes n'est légitime que s'il
est une réponse à une
agression, un moyen de rétablir
un ordre international violé,
et s'il y a "proportionnalité"
entre les forces engagées, les
dommages prévisibles et les
injustices à réparer. La
guerre en Afghanistan, suivant
les attentats du 11 septembre
sur le sol américain, avait
soulevé des oppositions, mais,
pour le Vatican comme pour la
grande majorité des Eglises
protestantes, anglicane et
orthodoxes à travers le monde,
elle répondait largement aux
critères de la "guerre
juste".
L'actuelle menace de guerre en
Irak n'obéit pas du tout aux mêmes
critères. La guerre contre l'
"axe du mal" est loin
d'avoir convaincu des Eglises
qui fondent la sécurité
internationale d'abord sur le
respect des procédures, de la
justice économique, des droits
des populations, de la dignité
humaine. Le Conseil national des
Eglises aux Etats-Unis - qui
réunit une cinquantaine de dénominations,
méthodiste, presbytérienne,
luthérienne, baptiste, etc. -
a écrit à plusieurs reprises
à M. Bush pour dire que
"l'usage préventif et
unilatéral de la force
militaire n'a aucune légitimité
morale". Et qu'une
intervention militaire en Irak,
même sous le couvert de l'ONU,
offrirait au monde "un
modèle d'agression susceptible
d'encourager d'autres nations à
attaquer des voisins qui les
menacent".
Un antécédent périlleux
Le Conseil œcuménique des
Eglises (Genève), la Communion
anglicane (Londres), le Vatican
déclinent les mêmes arguments.
Pasquale Borgomeo, l'une des
voix les plus autorisées dans
l'entourage du pape, a déclaré
le 1er octobre que "la
doctrine de l'attaque préventive"
est "non seulement
une blessure portée au droit
international, un coup donné à
la crédibilité des Etats-Unis,
mais aussi, si elle est mise en
application, un antécédent périlleux
pour de futurs imitateurs".
Autrement dit, renchérissent
les dirigeants religieux américains,
des relations pacifiques entre
les peuples ne peuvent se
construire que par des prises de
décision "multilatérales",
jamais par "les actions
unilatérales d'une seule
nation". Si les Eglises
campent sur cette position,
c'est aussi parce que, un an après
le 11 septembre, la crainte
d'un affrontement planétaire
entre l'Occident et les pays
d'islam ne leur est jamais
apparue aussi manifeste. Une
intervention en Irak
provoquerait, selon elles, la "déstabilisation"
de toute une région soumise
depuis longtemps aux pires
convulsions. Il s'ensuivrait,
vient de déclarer le Conseil
national des Eglises américaines,
une aggravation du sentiment
antiaméricain et antioccidental
dans tout le Proche-Orient et le
golfe Arabo-Persique.
Le désarroi des minorités chrétiennes
dans les pays d'islam n'a jamais
été aussi grand, au Pakistan,
où des ONG d'obédience chrétienne
sont prises pour cibles par des
groupes terroristes, aussi bien
que dans les territoires occupés
de Palestine. Le cycle des
attentats suicides et des représailles
n'a fait qu'aggraver la montée
des fondamentalismes et des
fanatismes religieux dans toute
la région. Dans les minorités
chrétiennes les plus exposées
comme dans les Eglises
occidentales, monte la
conviction que la guerre n'est
pas la réponse la mieux adaptée
au terrorisme. Il ne s'agit pas
de transformer les Eglises en
une "agence d'éthique
internationale qui délivrerait
des brevets à tel ou tel
gouvernement", disait
pendant la guerre en Afghanistan
le cardinal Carlo-Maria Martini,
alors archevêque de Milan. La
mission de l'Eglise est de se
placer sur un plan plus élevé,
d' "aller aux sources
des misères et des injustices
internationales, qui constituent
toujours les racines de la
violence terroriste".
haut
"Oussama
ben Laden est vivant et
actif"
par JOSEPH LIMAGNE, publié
dans Ouest-France le 15 octobre
2002
Antoine
Basbous dirige, à Paris,
l'Observatoire des pays arabes. Ce
spécialiste du monde méditerranéen
et du golfe Persique, qui vient de
publier un livre sur l'Arabie
saoudite (1),
est persuadé que ben Laden est
vivant et continue d'animer la
mouvance d'Al-Qaida.
* Oussama ben Laden,
qui se serait félicité des
attentats commis au Yémen et au
Koweït, est-il toujours en vie ?
J'en ai l'intime conviction.
Lorsqu'il s'est exprimé à la télévision
qatarie Al-Jazira, le 6 octobre,
j'ai reconnu son souffle, son
intonation, son discours. Jusqu'à
preuve du contraire, il est non
seulement vivant mais actif. Il
inflige des pertes à ses
adversaires.
* Pourquoi ne se
montre-t-il pas ?
D'une part, il attend l'occasion
de revendiquer une opération
majeure. D'autre part, il ne
tient pas à prendre le risque
de l'image. S'il est blessé, un
peu handicapé, comme on l'a
dit, peut-être préfère-t-il
être définitivement guéri
avant de se montrer. Je n'ai pas
d'information sur sa cachette.
Mais cet homme connaît si bien
les montagnes afghanes que c'est
là qu'il se sent le plus en sécurité.
Malgré les 25 millions de
dollars qui ont été placés
sur sa tête par les Américains,
ses amis pachtounes de la frontière
afghano-pakistanaise ne l'ont
jamais trahi. Dans une ville, il
serait facilement repérable et
pourrait être dénoncé.
* Peut-on attribuer
les divers attentats récents à
la seule Al-Qaida ?
Ce n'est pas une organisation
pyramidale et structurée,
surtout depuis la destruction de
son sanctuaire afghan. Il faut y
voir des filiales, qui se
rattachent doctrinalement à
Al-Qaida, qui peuvent s'inspirer
d'une apparition ou d'un
communiqué de ben Laden pour
passer à l'acte. C'est ainsi
que l'attentat du Koweït est
intervenu quelques jours après
l'intervention télévisée de
ben Laden et de l'Egyptien Ayman
Al-Zawahri.
* La Jemaah Islamiah
indonésienne est-elle une de
ces filiales ?
Elle fait partie de la même
mouvance, qui s'inspire de la
matrice wahhabite (Islam
saoudien), qui déteste
l'Occident, qui est passée par
l'Afghanistan et les camps de
ben Laden, qui reçoit ou a
reçu un financement public
ou privé saoudien. Pour ces
groupes, les touristes, qui sont
une cible facile, mènent une
vie dissolue. Ils écoutent de
la musique, dansent, consomment
de l'alcool, se dévêtent sur
la plage, dans la mixité, tout
cela étant contraire aux
enseignements du wahhabisme.
* Faut-il s'attendre
à une généralisation du
risque terroriste n'importe où
dans le monde ?
La globalisation de la menace
est déjà une réalité. Il est
aujourd'hui plus difficile de
toucher les territoires américain
et européen à cause du
renforcement des mesures de sécurité.
C'est pourquoi sont privilégiées
des cibles plus faciles à
atteindre, comme un pétrolier
ou des touristes à Bali. Les
cibles futures seront déterminées
par ce même critère de facilité.
* Quel est le but de
ces attentats ?
Ben Laden a une vision binaire :
le bien et le mal, l'Occident et
l'Islam. Il veut devenir le chef
des musulmans, le calife, pour
mobiliser tout le potentiel
islamique contre l'Occident
impie, mené par les Etats-Unis.
Les gouvernements des pays
musulmans qui n'appliquent pas
la loi islamique sont considérés
comme des hérétiques, des
agents de l'Occident. La semaine
dernière, ben Laden a appelé
les Pakistanais à éliminer le
président Pervez Musharraf et
à soutenir les mouvements
islamistes.
* La volonté américaine
d'en finir avec l'Irak est-elle
compatible avec l'efficacité de
la lutte antiterroriste ?
Washington a compris que le mal
vient de l'Arabie saoudite. Elle
s'est servie de sa richesse pétrolière
pour exporter le wahhabisme.
Mais avant d'engager le divorce,
il faut s'assurer d'autres
sources d'approvisionnement en
énergie. L'Amérique donc
saisit l'occasion du 11 septembre
pour tenter de chasser Saddam
Hussein, d'installer un
gouvernement ami à Bagdad et
d'exploiter le potentiel pétrolier
irakien. Ensuite seulement,
Washington se retournera contre
l'Arabie saoudite, qui est la
matrice de l'islamisme
international. Dans la logique
américaine, cela s'inscrit dans
une continuité.
(1)
L'Arabie saoudite en
question, Editions Perrin
haut
Liban-Syrie
- Changement dans la continuité,
du côté des officiers traitants
Spéculations fébriles sur la
portée de la décision syrienne
par PHILIPPE ABI-AKL, publié
dans l'Orient-le Jour le 15
octobre 2002
Titulaire
d’un doctorat, le colonel
Rustom Ghazalé a pris samedi en
charge ses fonctions de chef des
services de renseignements
syriens au Liban. Un label
synonyme d’officier traitant,
sur place même, du dossier
libanais, notamment dans son
volet politique. Le colonel
remplace, comme on sait, le général
Ghazi Kanaan. Qui, au bout de
vingt ans à ce poste de haute
confiance, a été promu chef du
département de la sûreté
politique syrienne. Cette
instance, qui est l’un des
quatre piliers de la sécurité
syrienne entendue à son sens
large, s’occupe d’affaires
sensibles. Comme les relations
avec la Turquie. La sûreté
politique (dont Kanaan était du
reste l’un des consultants),
avait réussi à désamorcer il
y a quatre ans la crise articulée
autour des reproches d’Ankara
sur un présumé soutien syrien
à Öçalan, le rebelle kurde,
et à son PKK. Aujourd’hui, au
Liban, un question fleurit sur
toutes les lèvres : faut-il
voir, dans l’initiative
syrienne, un changement de
ligne, ou une simple mesure de
double promotion personnelle méritée
? Des sources informées répondent
en privilégiant la deuxième
hypothèse. D’autant,
font-elles valoir, que la Syrie
est depuis quelque temps déjà
le théâtre d’un vaste
mouvement de nominations ou de
permutations, notamment au
niveau des postes-clés. Ce qui
s’explique largement par le
fait que l’ancienne garde, qui
a servi pratiquement depuis
l’avènement du Baas dans les
années soixante, ou au moins
depuis l’arrivée au pouvoir
de Hafez el-Assad au début des
années soixante-dix, aspire à
faire valoir ses droits à la
retraite. Parallèlement, il
faut bien activer le tableau
d’avancement et récompenser
par une promotion les cadres
qui, comme Kanaan, ont
loyalement servi à un même
poste pendant vingt ans ou plus.
Mais ces mêmes sources avouent,
implicitement, qu’à Damas, on
avait à l’origine sa petite
idée derrière la tête.
C’est-à-dire qu’au départ
on avait songé, et on
l’aurait même nommée sur une
ordonnance, à une personnalité
militaire de haut rang, venant
de la capitale syrienne, sans
liens antérieurs avec le
dossier libanais. Les événements
s’étant précipités dans la
région comme localement, on se
serait ravisé, pour garder ce
dossier en mains sûres, dûment
expérimentées. Le choix ne
pouvait donc tomber que sur le
colonel Ghazalé, qui était
jusqu’alors le premier
assistant, en tant que chef du
team d’observateurs syriens,
du général Kanaan. Il reste
que, selon des professionnels du
cru, le plus intéressant dans
cet épisode c’est peut-être
son timing. Ces sources veulent
y voir en effet un signe en
rapport avec l’évolution du
climat intérieur. Considéré
bien évidemment sous l’angle
crucial d’une situation régionalo-mondiale,
marquée par les menaces de
frappe US en Irak, par la
recrudescence de l’activisme
islamiste dit terroriste dans le
Golfe ou à Bali, et par les développements
de la guerre israélo-palestinienne.
Mais ces mêmes politiciens se hâtent
de rappeler que cela fait
plusieurs mois qu’on évoque
le départ du général Kanaan.
On s’en était même lassé.
Au point qu’un ministre,
interrogé il y a à peine deux
semaines à ce propos par un député,
lui avait soufflé : "Ce
sont des bruits anciens, que
l’opposition fait courir, pour
continuer à se bercer de rêves
et d’illusions. J’ai la
certitude que le général
Kanaan reste jusqu’à la fin
de l’année, et peut-être même
jusqu’à la fin du mandat du
président Lahoud." Cet
extralucide n’a pas eu la
chance des astrologues de fin décembre,
qui ont un peu de temps devant
eux avant que les faits ne les démentent
après les fêtes. Presque au
moment où il rendait son
brillant verdict, l’on
apprenait le changement à la tête
des SR syriens au Liban. Un
remplacement opéré dans une
parfaite discrétion technique :
pas plus que les autorités
locales, le malheureux ministre
cité, qui se pousse volontiers
du col dans les salons en raison
des ses excellentes relations
syriennes, n’en avait été prévenu.
Cependant, ce ministre semble
avoir raison sur un point précis
: l’opposition ne peut pas
trop rêver. En effet, quand un
premier adjoint succède à un
titulaire, il y a fort à parier
que la même ligne continuera à
être suivie. De plus, un
politicien du cru affirme à qui
veut l’entendre que le général
Kanaan lui a confié qu’à
Damas il continuera à s’intéresser
au dossier libanais, auquel
d’ailleurs son nouveau poste
ne peut pas être totalement étranger.
Selon ce politicien, ce serait
d’ailleurs là le vœu du président
Bachar el-Assad. Et d’ajouter
que la Syrie continue à estimer
que c’est l’Est qui lui
porte de l’hostilité et non
l’inverse. Donc qu’elle
n’est pas disposée à
modifier ses positions, ou ses
options de base au Liban. Du
moins pour le moment, dans la
phase d’attentisme qui précède
une éventuelle frappe US en
Irak. Cela étant, le même
professionnel pense que la
Syrie, trop occupée ailleurs,
va moins se soucier des détails
de la scène libanaise, et va réduire
ses quotas d’arbitrage dans
les conflits intérieurs. D’où
sans doute une mise en relief
accentuée du rôle
d’orientation générale qui
semble de nouveau dévolu au
vice-président syrien, M. Abdel
Halim Khaddam. Cependant,
certains loyalistes du
Rassemblement parlementaire de
concertation estiment que les
tensions vont s’apaiser. A
leur avis, la Syrie a voulu
faire un geste symbolique de
changement vers l’ouverture et
le dialogue avec tous, à la
veille du Sommet de la
francophonie que le Liban
accueille.
haut
Le
Liban a la présidence du G24
Institutions
- Beyrouth souhaite renforcer le rôle
du groupe
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
l'Orient-le Jour le 4 octobre
2002
Le
Liban a pris la semaine dernière
la présidence du G24, à
l’occasion de la réunion
biannuelle du groupe qui s’est
tenue à Washington, en marge
des réunions du Fonds monétaire
international et de la Banque
mondiale. Le G24, une
organisation qui regroupe 24
pays en voie de développement,
est une émanation du G77,
rassemblement des pays non alignés
à l’époque de la guerre
froide. Son objectif est de
contrebalancer les positions du
G7 qui réunit les sept pays les
plus industrialisés de la planète
et de présenter des
propositions au nom des pays du
Sud. Le G24 représente huit
pays de chacun des trois
continents suivants : Afrique,
Asie, Amérique latine. Il
s’agit des Philippines, de
l’Inde, du Pakistan, du Sri
Lanka, de la Syrie, du Liban, de
l’Arabie saoudite, de
l’Iran, de l’Egypte, de la Côte
d’Ivoire, du Gabon, de
l’Afrique du Sud, du Congo, du
Nigeria, de l’Algérie, du
Maroc, de Trinidad et Tobago, du
Venezuela, du Brésil, de
l’Argentine, de la Colombie,
du Mexique, du Pérou et du
Chili.
Les membres du G24 se réunissent
au niveau ministériel deux fois
par an juste avant les sessions
semestrielles de la Banque
mondiale et du Fonds monétaire
international. Le Liban a pris
la présidence du groupe pour un
an. Il succède au Nigeria. La
passation des pouvoirs a eu lieu
en présence du ministre des
Finances, Fouad Siniora, et du
directeur général du ministère,
Alain Bifani. A cette
occasion, Fouad Siniora a déclaré
qu’il souhaitait mettre à
profit la présidence libanaise
pour développer le rôle du
G24. La voix de cette
instance est rarement entendue
sur la scène internationale et
elle fait en tout cas rarement
le poids face au G7 qui regroupe
les pays les plus industrialisés.
Cela s’explique par la
disparité des pays représentés
et la variété des
revendications de ses membres.
Certains ont surtout des problèmes
urgents de santé publique comme
le sida, d’autres souffrent de
la famine, tandis que les troisièmes
réclament un allègement de
leur dette publique.
Le communiqué final
Le communiqué final qui a clôturé
les travaux du G24 sur les
affaires monétaires
internationales et le développement
reflète la variété des
revendications des pays en voie
de développement. Mais il
montre aussi clairement comment
la position du G24 diffère de
celle des grandes institutions
dominées par les pays
industrialisés et correspond
davantage aux préoccupations
des pays du Sud. Les ministres y
déclarent par exemple leur
inquiétude concernant la détérioration
de l’économie mondiale et les
risques encourus en matière de
disponibilité des crédits. Ils
se disent particulièrement préoccupés
par "le raidissement des
conditions de financement pour
les marchés émergents qui ont
contribué à détériorer la
situation économique, en
particulier dans plusieurs pays
d’Amérique latine". Le
communiqué final de la réunion
ministérielle du G24 souligne
que les difficultés des pays en
développement sont accentuées
par la "persistance de
pratiques protectionnistes dans
les pays industrialisés dans
des secteurs tels que le
textile, l’acier,
l’agriculture (y compris les
subventions à l’élevage) et
le recours intensif aux mesures
antidumping face à des
concurrents plus compétitifs".
Autre exemple, en matière de
commerce, le G24 réaffirme son
engagement en faveur de la libéralisation
des échanges, mais il ajoute
une condition : que ce processus
soit graduel et qu’il s’intègre
dans un programme plus global de
développement. Malgré les
difficultés, le G24 pourrait
faire entendre sa voix
davantage. C’est en tout cas
ce que pense la partie
libanaise, qui espère œuvrer
dans cette direction pendant
l’année au cours de laquelle
elle assure la présidence du
groupe. "Il est important
de se rendre compte que notre
groupe peut jouer un rôle plus
important", a notamment déclaré
Alain Bifani lors des réunions
de Washington. Le G24 est en
effet le seul forum regroupant
des pays en voie de développement
qui a un contact avec le FMI et
la Banque mondiale. "Ces
deux institutions ne demandent
pas mieux que de renforcer leurs
relations avec nous", précise-t-il. Une
première piste de travail
proposée consiste à nouer des
liens avec les directeurs exécutifs
représentants les Etats membres
du FMI. Ces derniers peuvent
servir de relais aux pays en développement
au sein du Fonds monétaire
international.
Une deuxième piste de travail,
proposée par le Liban, porte
sur une meilleur utilisation du
programme de recherches dont
dispose le G24. Les travaux de
ce programme ont été présentés
à Beyrouth en mars dernier, à
l’occasion d’une conférence
du groupe technique du G24.
L’objectif est d’optimiser
les études réalisées en
choisissant des sujets qui intéressent
les pays en développement et en
utilisant leurs conclusions
afin, par exemple, qu’elles
servent de fondements aux
propositions formulées par le
G24 sur la scène
internationale. En tant que président
en exercice du G24, le Liban
sera chargé d’organiser les
deux prochaines réunions
semestrielles du groupe. Elles
se tiendront probablement à
Washington, en marge de celles
du FMI et de la Banque mondiale.
Mais si l’idée de ces deux
institutions de se réunir à
Dubaï en avril prochain se
concrétise, le G24 pourrait être
accueilli à Beyrouth.
haut
Forum - A
la Maison de l’Onu, rencontre
entre Boutros-Ghali et des jeunes
Le dialogue francophone
se transforme en débat sur la
situation des libertés au Liban
par
PATRICIA KHODER, publié dans
l'Orient-le Jour le 14 octobre
2002
La liberté et la démocratie se
portent mal au Liban. Et les
jeunes des écoles des Saints-Cœurs
l’ont crié haut et fort hier
devant le secrétaire général
de l’Organisation
internationale de la
francophonie (OIF), Boutros
Boutros-Ghali. C’est sur le thème
"Les jeunes ont la
parole", initiative prise
par l’association des anciens
des Saints-Cœurs et soutenue
par l’Agence
intergouvernementale de la
francophonie (AIF), qu’un débat
a rassemblé à la Maison des
Nations unies, place Riad
el-Solh, des jeunes âgés de 15
à 19 ans et des responsables
francophones libanais et étrangers.
Officiellement, les jeunes étaient
au nombre de 128, le même
chiffre que celui de nos
parlementaires siégeant place
de l’Etoile, mais
officieusement ils étaient
beaucoup plus nombreux, venus
avec leurs professeurs et leurs
supérieurs des 17 collèges des
Saints-Cœurs présents sur tout
le territoire libanais. Et ils
s’étaient bien préparés
pour poser dix questions
relatives à la francophonie et
donner sept propositions aux
francophones qui les écoutaient.
Des questions et des
propositions basées sur une
enquête effectuée auprès des
jeunes élèves des collèges
des Saints-Cœurs. Une enquête
qui montre que 24,6 % des jeunes
interrogés attendent de la
francophonie "un appui
politique pour la liberté et
l’indépendance". Cette
requête occupe la première
place d’une liste de dix-sept
propositions. C’est dire que
le ton avait déjà été donné.
Hormis les jeunes, en majorité
des filles coiffées, maquillées
et habillées pour l’occasion,
qui se sont relayés pour poser
des questions et présenter des
propositions, on comptait, à la
tribune, M. Boutros-Ghali, les
ministres Marwan Hamadé et
Ghassan Salamé, représentant
respectivement le président de
la République et le chef du
gouvernement, M. Roger Dehaybe,
administrateur général de
l’Agence intergouvernementale
de la francophonie (AIF), M.
Denis Gervais, délégué général
du Québec en France, M. Eric
Pinon, du ministère français
des Affaires étrangères, et M.
Paul Ismaël Ouedraogo, ancien
ministre burkinabé et secrétaire
général de la Commission de la
francophonie pour la préparation
du prochain sommet qui se
tiendra à Ouagadougou.
Mme Mervat Tallawy, secrétaire
générale adjointe des Nations
unies et secrétaire exécutive
de l’Escwa, le sociologue Abdo
Kahi, l’économiste Kamal
Hamdane et le PDG d’an-Nahar,
Gebrane Tuéni, étaient également
présents à la tribune. La
psychanalyste et ethnologue
Viviane Germanos Ghazali, qui
avait préparé, décrypté et
commenté l’enquête effectuée
auprès des adolescents, a
merveilleusement rempli son rôle
de modérateur. Prenant la
parole, Mme Tallawy a souhaité
la bienvenue à M.
Boutros-Ghali, "l’homme
qui était un jour maître des
lieux (des Nations unies) et
qui, pour essayer d’établir
une paix dans toutes les
perspectives politiques, économiques
et sociales, a lancé deux
visions clefs dans l’histoire
moderne des nations : l’Agenda
pour la paix (1992) et
l’Agenda pour le développement
(1994)". Elle a souhaité
que "le Sommet de la
francophonie puisse pousser le
monde vers la promotion de la
paix, qui est devenue un besoin
urgent pour tous les pays du
monde et particulièrement pour
les peuples de notre région".
S’adressant aux jeunes, M.
Boutros-Ghali a relevé que
"toutes les conférences,
tous les programmes, tous les
slogans resteront vains si la
francophonie n’a pas
l’assurance qu’elle est,
d’ores et déjà, portée par
les jeunes générations ;
c’est vous qui incarnez
l’avenir de la
francophonie". "La
francophonie n’est pas
seulement l’affaire des
gouvernements, des diplomates et
des experts, elle est aussi et
surtout l’affaire de ceux qui
la vivent au quotidien, sur le
terrain, l’affaire des
citoyens que vous vous apprêtez
à devenir", a-t-il dit. Et
le secrétaire général de
l’OIF de poursuivre : "La
francophonie incarne une volonté
: celle de ne jamais abdiquer,
ne jamais abdiquer devant
l’accroissement de la misère
et des inégalités dans le
monde et devant le long et
difficile chemin qui conduit à
la démocratie, à l’Etat de
droit, aux droits de l’homme,
au nom de la liberté." Dix
élèves du collège des
Saints-Cœurs se sont ensuite
relayés à la tribune pour
poser leurs questions. Que fait
la francophonie pour contrer la
mondialisation, pour sauvegarder
le patrimoine et l’identité
francophone, pour faire face à
la progression de la langue
anglaise ?
Quel est le rôle de l’OIF
dans le règlement des conflits
mondiaux, dans la promotion de
la femme, dans l’échange
entre jeunes de la planète
francophone ? Ce sont les hôtes
du Liban qui ont expliqué aux
élèves venus des 17 collèges
des Sacrés-Cœurs le rôle joué
par la planète francophone dans
ces divers domaines. Soulignant
que l’OIF intervient
politiquement depuis le sommet
de Hanoi (1997) dans plusieurs
zones du monde, M. Boutros-Ghali
a relevé que l’organisation a
déjà surveillé le bon déroulement
des élections dans divers pays
de la planète francophone. Les
jeunes ont également demandé
quel rôle le Liban devrait
jouer dans l’OIF, comment sa
société pluraliste peut
contribuer au dialogue des
cultures. M. Salamé a pris la
parole pour indiquer que bien
avant le 11 septembre, le Liban
avait été critiqué pour le
choix du thème du sommet. Il a
évoqué les événements du
Liban, notant que le pays avait
payé un lourd tribut quand le
dialogue avait été rompu. Une
rupture qui a coûté 130.000
vies.
"Vivre dans un pays privé
d’autonomie"
Et puis, les jeunes se sont
penchés sur les valeurs
francophones, celles qui portent
en elles la justice, l’Etat de
droit, la démocratie, les
droits de l’homme. Il a été
question des rapports
d’Amnesty international et de
Human Rights Watch sur le Liban,
la rafle du 7 août 2001 et
d’autres exactions encore. Et
ce sont les Libanais à la
tribune, certes plus versés
dans le sujet relatif aux
atteintes aux libertés et à la
démocratie, plutôt que MM.
Boutros-Ghali, Dehaybe, Gervais
et Pinon, qui ont pris la
parole. M. Tuéni a souligné la
nuance entre indépendance et
souveraineté, M. Hamadé, représentant
le président la République, a
relevé que malgré tout, le
Liban reste plus libre et plus démocratique
que les autres pays de la région.
Ensuite sept propositions pour
le Liban ont été présentées
à la tribune. Elles sont
relatives notamment à un
partenariat entre les écoles
francophones, aux aides que la
planète francophone devrait
accorder aux étudiants, à la
sauvegarde du patrimoine, au développement
des régions ainsi qu’à la
subvention et à la création
d’une chaîne de télévision
francophone.
Avant de présenter l’une des
propositions, une jeune fille
s’est adressée à
l’assistance pour rappeler
l’histoire récente du Liban
"quand les francophones ont
été traités
d’isolationnistes et mis au
ban de la société alors que la
France les a délaissés au
profit d’autres priorités.
Actuellement, ce sont ces mêmes
francophones qui voient leurs
pouvoirs politique, économique
et social réduits",
a-t-elle dit, confondant
probablement les francophones
avec la communauté chrétienne
qui parle français grâce aux
écoles missionnaires depuis
plus de 150 ans, bien avant le
Mandat français (1920-1943).
C’est devant l’insistance
des élèves présents hier
qu’un débat a été institué,
les questions-réponses et les
propositions ayant pris plus de
temps que prévu. Grâce au
concours de M. Boutros-Ghali,
dix minutes supplémentaires ont
été accordées aux jeunes, qui
ont tout simplement voulu présenter
aux délégués francophones les
problèmes internes du Liban,
"un pays, selon eux, privé
d’autonomie".
Des jeunes aux horizons bouchés,
qui ont peur d’être
"confrontés dans quelques
années au chômage" et qui
veulent quitter le Liban,
"non seulement pour
chercher un emploi, mais pour
trouver un pays où leurs droits
seront respectés et où ils
vivront librement". Agés
de 15 à 19 ans, ils "ne
sentent plus que le pays leur
appartient" et ils le
crient haut et fort. Ils
contestent les propos des
officiels libanais présents.
"Ce n’est pas la rupture
du dialogue entre Libanais qui
nous a coûté 130.000 vies car
le Liban n’a pas connu de
guerre civile, c’était la
guerre des autres sur notre
territoire", lance par
exemple une jeune fille répondant
à l’intervention de M. Salamé.
Tentant de nouer le dialogue
avec un jeune qui affirmait
avoir baissé les bras, M. Tuéni
brandit le thème du sommet
(dialogue des cultures) et
s’exprime en langue arabe pour
lui demander : "Le pays
t’appartient ou non ?" La
réponse vient toute simple :
"Non !"
En aînés, le représentant du
président de la République et
le PDG d’an-Nahar décident
alors de s’adresser aux
jeunes. Ils parlent de leur
propre fougue, il y a des
d’années, disent qu’ils
comprennent les jeunes, les
accusent de ne pas connaître
l’histoire ou encore les us et
coutumes du pays. Ils citent en
exemple les manifestations des
années soixante ou encore la
tradition de l’émigration
chez les Libanais qui cherchent
depuis toujours d’autres
horizons pour faire leur vie.
Dans la foulée, M. Hamadé
indique qu’il est pour le vote
des émigrés et relève encore
que, de tout temps, au Liban, il
y a eu "des excès, des
poussées de fièvre des
services de sécurité et de
renseignements". C’est en
chercheur que l’économiste
Hamdane s’adresse à
l’assistance. Il donne les résultats
d’une étude récente : "85
% des jeunes diplômés au Liban
sont confrontés au chômage."
"Uniquement 600
000.Libanais ont quitté définitivement
le pays entre 1975 et
2000", indique-t-il encore
sans pour autant préciser, aux
étrangers présents, que le
Liban compte seulement trois
millions et demi d’habitants.
Faut-il en vouloir aux jeunes
d’avoir transformé un débat
sur la francophonie en
discussion sur les problèmes
internes du Liban ? Faut-il leur
en vouloir parce qu’ils
appellent à la liberté
d’expression et au respect des
droits de l’homme dans un pays
qui perd, de jour en jour, un
peu plus de ce qui faisait sa
particularité au Moyen-Orient ?
Faut-il les blâmer s’ils ont
remis sur le tapis la rafle du 7
août 2001 quand plus de 250
militants de l’opposition
avaient été emprisonnés,
s’ils sont passés à tabac à
chaque manifestation
estudiantine revendiquant le
retrait syrien, la libération
des prisonniers politiques, ou
encore la réouverture d’une
chaîne de télévision ? Le
Liban, multiculturel et
pluriconfessionnel, reçoit le
IXe Sommet de la francophonie
sur le thème "dialogue des
cultures". Oui, le Liban
avec ses chrétiens et ses
musulmans, ses francophones, ses
anglophones et ses arabophones,
ses Beyrouthins et ses
provinciaux peut donner
l’exemple. Dommage, avant de
recevoir les délégations étrangères,
le pouvoir a peut-être
sous-estimé l’impact de
certains de ses actes. Et il est
de ces erreurs impardonnables...
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Terreur
à Bali, craintes en Europe
paru dans le Monde du 15
octobre 2002
Au lendemain de l'attentat
de Bali, le plus meurtrier
depuis les attaques du 11
septembre 2001 aux Etats-Unis,
nombre de gouvernements
disaient voir leurs craintes
confirmées d'un regain
d'activisme islamiste dans
cette partie de l'Asie. Si le
gouvernement indonésien ne
pouvait encore, lundi 14
octobre, mettre une signature
sur le carnage perpétré,
samedi soir, dans l'île de
Bali, l'hypothèse islamiste
paraissait la plus probable.
Plusieurs gouvernements
voisins - à Singapour,
aux Philippines, en Malaise,
en Australie - pointaient
dès dimanche une organisation
islamiste locale, la Jemaah
Islamiyah. Celle-ci aurait des
liens avec la mouvance
Al-Qaida du dissident saoudien
Oussama Ben Laden. C'est aussi
dans cette direction que se
tournaient les Etats-Unis.
Depuis plusieurs mois déjà,
ils considèrent l'Indonésie
et les Philippines comme le
champ d'affrontement le plus
probable avec Al-Qaida.
L'explosion de la voiture piégée,
samedi 12 octobre, vers 23
heures, près d'une boîte de
nuit très fréquentée, dans
la localité de Kuta, sur l'île
de Bali, a fait, selon un
bilan encore provisoire, 190
morts, quelque 300 blessés et
des dizaines de disparus. Nombre
des victimes sont des
touristes, notamment
australiens. L'attentat n'a
pas été revendiqué. Venant
après l'attaque contre un pétrolier
français au large du Yémen
et la mort d' un soldat américain
au Koweït, il confirme la réalité
de la menace terroriste. Les
services antiterroristes européens
sont sur leurs gardes. Ils
redoutent notamment des
attentats en France, en
Belgique et en Allemagne.
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