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Que d’eau, que d’eau
par GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 11
octobre 2002
Depuis que George Dobbleyou
a décidé de faire sa fête
au moustachu de Bagdad, le
baril d’Ariel d’à côté
n’arrête pas de lui
chercher des poux dans sa
bannière étiolée. Tantôt
c’est le bavardage de ses
larbins sur la curée éclair
que projettent les Rambo au
paradis des dattes ; tantôt
c’est Arafat qu’il met
à la diète dans son cagibi
de Ramallah ; ou encore les
razzias en hélico qu’il mène
contre les fœtus et les
nourrissons. La vérité est
que l’agité de la kippa
est jaloux. Il se serait
bien vu juché sur son char
blanc, à la tête d’une
formidable coalition
internationale chargée de
raser gratis tout ce que le
Proche-Orient compte comme
barbus. Seulement, le
Doublevé de la
Maison-Blanche, qui lui réserve
un chien de sa chienne,
n’arrête pas de lui faire
comprendre qu’il devrait
en écraser.
Mais tiens, fume voir si
c’est du belge ! Tu lui
colmates un orifice, il dégorge
de l’autre, le Sharongnard.
Sa nouvelle marotte, c’est
le Wazzani. Trois misérables
millions de mètres cubes et
c’est le "casus
belli". Tu lui filerais
en prime le Hasbani, le
Litani, voire le Awali, il
trouverait moyen, au nom de
la sécurité d’Israël,
d’aller piper jusqu’à
la dernière goutte de ta
chasse d’eau. Dracula, qui
lâche l’hémoglobine et
se convertit à la flotte,
faut le faire ! En fait,
depuis le début de cette
histoire, le Liban patine
sur du velours. Si la
Montgolfière hébraïque
voulait faire son cinéma
guerrier, les deux pompes et
le réservoir du coin
auraient été transformés
depuis lurette en tourniquet
à gazon. Alors du moment
que le droit international
est de notre côté, présidents,
ministres, fonctionnaires
hydrauliques et barbus
locaux pourraient bien nous
épargner leurs numéros
d’héroïsme en cessant de
promettre aux Hébreux à
longueur d’antenne des
bains de sang virtuels.
Lundi prochain, la victoire
sera incontestablement
diplomatique. Et c’est
dans le limon du Wazzani que
Sharon l’Ariel trouvera
son point de chute. Au
propre comme au figuré.
haut
Le
chef du Législatif rencontre
à Paris les présidents
de l’Assemblée nationale et
du Sénat
Berry n’est pas
opposé à une médiation US
"dans le cadre de l’Onu"
paru
dans l'Orient-le Jour le 10
octobre 2002
Le chef du Législatif,
Nabih Berry, poursuit sa
visite à Paris où il a
signé hier un accord de
coopération entre le
Parlement libanais et le Sénat
français. L’accord -
qui a été signé par M.
Berry et par le président
du Sénat français,
Christian Poncelet - prévoit
l’organisation de stages
de formation à
l’intention des
fonctionnaires de l’Assemblée
nationale. Ces stages
porteront sur les cinq
domaines suivants : le
processus législatif ; le
vote et la supervision de la
mise en application du
budget ; les études, les
recherches et la
documentation ; les
relations parlementaires
internationales ;
l’organisation de
l’administration
parlementaire. Une
commission mixte a été
formée afin de suivre
l’exécution de cet
accord. Le Sénat français
financera le séjour à
Paris des fonctionnaires du
Parlement qui suivront ces
stages. La partie libanaise
s’est engagée, de son côté,
à financer les autres frais
de la mise en application de
l’accord. M. Berry a,
d’autre part, rencontré
dans la journée d’hier le
président de l’Assemblée
nationale française,
Jean-Louis Debré. La réunion
a eu lieu en présence de
l’ambassadeur du Liban à
Paris, Elysé Alam. Cette
rencontre, qui a duré près
d’une heure, a été
suivie d’un déjeuner
offert par M. Debré en
l’honneur de la délégation
libanaise.
Dans une allocution de
circonstance prononcée au
cours de la réception, M.
Debré a réaffirmé que "la
France est favorable au rétablissement
de l’autorité du pouvoir
libanais sur l’ensemble du
territoire national".
Il a souligné, en outre,
que son pays "souhaite,
plus que jamais, que la modération
puisse prévaloir afin d’éviter
de nouvelles épreuves au
peuple libanais". Précisant
que Paris œuvre sans relâche
en vue d’aboutir à la
convocation d’une conférence
internationale sur le
Proche-Orient, M. Debré a déclaré
que la France, "en
collaboration avec ses
partenaires de l’Union
européenne, veille à ce
que les intérêts de votre
pays soient pris en considération"
(dans le cadre de tout
processus de paix dans la région). Evoquant
le dossier de l’Irak, M.
Debré a rappelé que le
Conseil de sécurité a posé
une condition "très
claire" à l’Irak, à
savoir : abolir et détruire
toutes les armes de
destruction massive.
"Si l’Irak ne
respecte pas ses
engagements, nous prendrons
les mesures qui s’imposent
et, dans ce cadre, aucune
option ne sera écartée",
a déclaré M. Debré.
Le projet méditerranéen
Prenant à son tour la
parole, M. Berry a d’abord
mis l’accent sur
"l’amitié privilégiée
et constante" qui lie
le Liban et la France.
"La mer Méditerranée
constitue un dénominateur
commun et représente un
trait d’union aussi bien
historique qu’humain, qui
favorise la rencontre entre
nos peuples et les échanges
culturels et
commerciaux", a déclaré
M. Berry. "Les
Parlements des pays
riverains de la Méditerranée
devraient, par conséquent,
promouvoir et approfondir
l’idée de
l’appartenance méditerranéenne
en tant que projet unissant
les peuples de l’Orient
arabe, du Nord de l’Afrique
et d’Europe. Ces peuples
ont été les premiers à
avoir découvert
l’alphabet et avoir
compris l’importance de
l’édification de l’Etat.
Ces peuples ont été les
premiers à œuvrer pour la
démocratie, la liberté et
la justice."
Et M. Berry d’ajouter :
"La francophonie
constitue, en outre, non
seulement un trait d’union
au niveau de la langue, mais
également un cadre de
discussion portant sur les
grands problèmes
internationaux qui préoccupent
nos peuples
respectifs." Evoquant
la conjoncture
internationale, M. Berry a
mis l’accent sur "les
appréhensions des peuples
de la région du fait de la
politique suivie dans le
monde sous le prétexte de
la lutte contre le
terrorisme". "Les
parlementaires libanais et
arabes refusent que le monde
soit divisé en forces du
mal et du bien," a déclaré
M. Berry. "Nous
refusons que le monde soit
dirigé sur base du principe
selon lequel celui qui
n’est pas avec moi est
contre moi. Nous considérons
qu’une telle logique est
une insulte à la démocratie."
En conclusion, M. Berry a
invité la France à "continuer
à aider le Liban à
surmonter sa crise socio-économique
en soutenant l’accord de
partenariat euro-méditerranéen
ainsi que la conférence de
Paris II".
L’affaire du Wazzani
Signalons, sur un autre
plan, que M. Berry a accordé
à Radio Monte-Carlo une
interview dans laquelle il a
évoqué l’affaire du
Wazzani, soulignant
notamment qu’il n’était
pas opposé à une médiation
américaine entre le Liban
et Israël ou à toute autre
médiation, à condition
qu’elle se fasse dans le
cadre de l’Onu. La
position de M. Berry à ce
propos se distingue
sensiblement de celle du
Hezbollah du fait que le
parti intégriste a rejeté
toute forme de médiation américaine.
L’attitude du Hezbollah
rejoint d’ailleurs celle
du régime qui,
officiellement, rejette le
principe d’une médiation
américaine et s’en tient
au seul rôle de l’Onu.
"Puisqu’Israël a
ouvert le dossier du Wazzani,
nous désirons maintenant
recouvrer entièrement nos
droits (pour
l’exploitation des
eaux)," a déclaré le
président de la Chambre.
"Nous demandons aux
Nations unies de tracer une
ligne bleue aquatique. La
part à laquelle nous avons
droit au niveau de
l’exploitation de l’eau
est de loin supérieure à
celle que nous avons exploitée
au niveau du Wazzani. Nous
acceptons toute médiation,
qu’elle soit américaine
ou autre, à condition
qu’elle se fasse dans le
cadre de l’Onu." Interrogé
sur l’attitude de l’Etat
hébreu qui menace de
bombarder les équipements
installés par le Liban en
cas de pompage des eaux du
Wazzani, M. Berry a affirmé
qu’il est déterminé à
inaugurer en personne le
projet de pompage de
l’eau. haut
Aziz
: "L'Irak ne menace ni
l'Amérique ni aucun
autre pays"
Le président Lahoud a reçu
le vice-Premier ministre
irakien
paru dans l'Orient-le
Jour le 12 octobre 2002
L’Irak est "prêt
à riposter dans
l’heure" à une
frappe américaine, a déclaré
hier le vice-Premier
ministre Tarek Aziz,
premier officiel irakien
à réagir au vote du
Congrès américain
donnant à George W. Bush
le pouvoir de recourir à
la force contre Bagdad.
"Je ne suis pas
surpris par ce vote et
nous allons faire face aux
plans d’agression"
des Etats-Unis, a indiqué
M. Aziz aux journalistes
après une rencontre avec
le président Emile Lahoud
auquel il a transmis un
"message verbal"
du président Saddam
Hussein. Interrogé sur la
date d’une éventuelle
attaque américaine, M.
Aziz a affirmé :
"Nous ne sommes pas
ceux qui la décident mais
nous sommes prêts à y
riposter dans
l’heure." M. Aziz a
toutefois nié que l’Irak
"soit une menace pour
quiconque, ni pour les
pays de la région ni pour
l’Amérique elle-même,
mais le président Bush
veut dominer totalement la
région, en accaparer le pétrole
et exercer une suprématie
politique et militaire
totale." "Si
les Etats-Unis atteignent
leurs objectifs, mais ils
ne les atteindront pas,
les résultats seront
catastrophiques pour tous,
a souligné M. Aziz, même
pour ceux qui mettent
leurs moyens à leur
disposition. Mais les
Etats-Unis et tous leurs
alliés ont combattu l’Irak
en 1991, et me voilà
devant vous, comme membre
du commandement irakien.
Nous avons l’expérience
de la guerre avec les
Etats-Unis (...) notre
pays est aguerri."
Une position arabe
unifiée
M. Lahoud a de son côté
souligné devant M. Aziz
la nécessité
"d’une position
arabe unifiée pour
affronter les menaces américaines,
qui soit conforme aux résolutions
du sommet arabe de
Beyrouth, considérant que
toute agression contre un
pays arabe est une
agression contre
l’ensemble des pays
arabes". Pour M.
Lahoud, cité par une
source officielle,
l’acceptation par l’Irak
d’un retour des experts
en désarmement de l’Onu
"atteste qu’il se
conforme aux décisions
internationales. Le fait
que cette acceptation
n’ait pas eu un écho
positif suscite des points
d’interrogation sur ce
qui se trame contre la région".
Selon le chef de l’Etat,
"la stabilité du
monde sera ébranlée",
en cas de frappe contre
l’Irak. M. Lahoud a
invité l’Union européenne,
la Fédération de Russie
et la Chine à "empêcher
une atteinte au rôle de
l’Onu".
Le Congrès a donné aux
premières heures de
vendredi son feu vert au
président Bush pour un
recours unilatéral éventuel
à la force contre l’Irak
afin d’éliminer selon
lui les armes de
destruction massive
irakiennes. Le Sénat,
contrôlé par les démocrates,
a adopté par 77 voix
contre 23 une résolution
permettant au président
d’utiliser la force armée
"comme il le juge nécessaire
et approprié pour défendre
la sécurité nationale
contre la menace
continuelle posée par
l’Irak" et
"faire appliquer
toutes les résolutions du
Conseil de sécurité de
l’Onu" concernant
ce pays. La Chambre des
représentants, dominée
par les républicains,
avait adopté le même
texte jeudi, par 296 voix
contre 133. "Le Congrès
a exprimé clairement à
la communauté
internationale et au
Conseil de sécurité que
(le président irakien)
Saddam Hussein et son régime
hors la loi représentent
une sérieuse menace pour
la région, le monde et
les Etats-Unis", a
dit M. Bush après le
vote, ajoutant que
"l’inaction n’est
pas une option". M.
Aziz a accusé le président
américain de
"vouloir imposer son
hégémonie à la région"
et réaffirmé que son
pays "ne menaçait
personne, ni les pays de
la région ni les
Etats-Unis". Bagdad mène
actuellement une campagne
diplomatique "auprès
des frères et des amis
pour dévoiler les faux
arguments auxquels (les
Etats-Unis) ont recours
pour justifier une
agression contre l’Irak",
a-t-il ajouté. "Si
cette agression a lieu,
les conséquences seraient
désastreuses pour tout le
monde, même pour ceux qui
fourniraient des facilités
et des services aux
agresseurs américains",
a estimé M. Aziz, qui
doit regagner son pays
aujourd’hui.
haut
Terrorisme
- Poursuites contre 22
membres présumés d’el-Qaëda
paru dans l'Orient-le
Jour le 11 octobre 2002
Le
commissaire du gouvernement
près le tribunal militaire,
le juge Maroun Zakhour, a
engagé des poursuites
contre 22 personnes (de
nationalités libanaise,
saoudienne, yéménite,
turque et palestinienne)
accusées d’avoir cherché
à établir une cellule d’el-Qaëda
au Liban pour aider des
membres du réseau
terroriste en fuite dans le
monde. Trois de ces 22
suspects ont été arrêtés
au début du mois et ont été
interrogés par les services
de renseignements de l’armée
libanaise. Il s’agit
de Mohammed Ramez Sultan
(Libanais, âgé de 41 ans),
Khaled Omar Minawi
(Libanais, 18 ans), Ihab
Hussein Dafaa (de nationalité
saoudienne, 29 ans). Les
trois détenus ont avoué
avoir tenté d’établir
une cellule d’el-Qaëda à
Beyrouth. Leur objectif était
d’aider des membres du réseau
d’Oussama Ben Laden en
fuite à la frontière entre
l’Iran et l’Afghanistan
et des fondamentalistes
libanais qui se cacheraient
dans le camp de Aïn el-Héloué. Les
détenus avaient aussi
l’intention de recruter
des Philippins spécialistes
en explosifs pour former des
membres d’el-Qaëda au
Liban.
Les 19 autres suspects dans
cette affaire sont :
Abdallah el-Mohtadi, alias
Abou Mehdi (Libanais), Walid
al-Chami, Abdallah alias
Obeida, (de nationalité
turque), Mohammed Kaaki,
Abou Yahya (Libanais),
Mokhtar el-Tounissi, Ibrahim
(de nationalité turque),
Selmane Ahmed Selmane, alias
Abou Haress (de nationalité
saoudienne), Salah el-Ahmadi
(de nationalité yéménite),
Salem Ahmed Selmane
(nationalité saoudienne),
Fahd Ali Hatem, alias Abou
Bakr Akida, Aboul Haress
(nationalité saoudienne),
Abou Youssef el-Turki, Abou
Haress el-Turki, Hassan Ali,
Koueiss (nationalité
saoudienne), Abou Bakr Ahmed
Mikati, Mouïne Hussein
Abdel Rahman (Palestinien). Les
22 suspects sont accusés
d’avoir tenté de former
une organisation terroriste
en vue de s’en prendre à
la population civile et de
porter atteinte à
l’autorité de l’Etat.
Ils sont également accusés
d’avoir falsifié des
passeports. Les accusés
risquent une peine de
travaux forcés à perpétuité,
en application des articles
335, 463 et 454/463 du code
pénal, et des articles 5 et
6 de la loi du 11 janvier
1958. haut
Carnage
contre les étrangers à
Bali : au moins 182 morts
dans un attentat
paru
dans le Monde du 13 octobre
2002
Au moins 182 personnes,
dont de très nombreux étrangers,
ont péri déchiquetées
ou carbonisées et 132
autres ont été blessées
par l'explosion d'une
voiture piégée qui a
ravagé un night-club et
un bar restaurant samedi
soir dans l'île indonésienne
de Bali. Cet attentat, le
plus terrible depuis ceux
du 11 septembre aux
Etats-Unis, a visé un
quartier fréquenté par
les étrangers dans ce
"paradis pour
touristes" venus
notamment d'Australie, des
Etats-Unis et d'Europe. La
majorité des victimes de
l'attentat, le pire de
l'histoire de l'Indonésie,
seraient des touristes
australiens. Il était
23h00 locales samedi
(15h00 GMT) et l'activité
battait son plein dans le
quartier de Kuta, près de
la plage, quand une
violente explosion a ravagé
un night-club, le Sari
Club et un bar-restaurant,
fréquentés notamment par
des touristes étrangers,
près de Denpasar, la
capitale provinciale. Elle
a été suivie par un
gigantesque incendie qui a
détruit les deux établissements,
des immeubles voisins, des
commerces et a fait rage
pendant plusieurs heures.
Les survivants ont décrit
des scènes d'horreur :
corps carbonisés, déchiquetés
dans la rue, touristes
tentent d'échapper à
l'enfer de feu et de fumée
dans le nightclub. A l'extérieur,
des touristes, hommes,
femmes, couraient, vêtement
en feu, ou à moitié nus,
couverts de sang. Une
autre bombe a explosé peu
après près d'un bâtiment
consulaire américain de
Bali, sans faire de
victimes, selon la police.
L'attentat, qui n'a pas été
revendiqué, intervient
alors que des diplomates
américains avaient exprimé
leur inquiétude quant à
de possibles menaces
terroristes liées au réseau
d'Oussama Ben Laden en
Indonésie. Le mois
dernier, l'ambassade des
Etats-Unis à Jakarta
avait été fermée
pendant six jours en
raison de risques
d'attentats liés au réseau
Al-Qaïda. L'attentat a
placé Bali, "l'île
des Dieux", sous le
choc. Il a été condamné
notamment par les
Etats-Unis et l'Australie,
où des responsables
mentionnaient la piste
d'un réseau lié à Al-Qaïda,
le Jemaah Islamiyah. "La
guerre contre le
terrorisme doit continuer
avec une vigueur sans
relache et une détermination
totale", a déclaré
le Premier ministre
australien John Howard.
La police a annoncé que
l'attentat était dû à
l'explosion d'une voiture
piégée. L'explosion a
creusé un cratère d'un mètre
cinquante de profondeur.
Dimanche à la mi-journée,
la présidente Megawati
Sukarnoputri a donné un
bilan, encore provisoire,
de 182 morts et 132 blessés,
et un nombre indéterminé
de disparus. "Il
y a un grand nombre d'étrangers
qui sont morts ou ont été
blessés",
a-t-elle ajouté. Mme
Sukarnoputri devait se
rendre à Bali. Les
ambassades étrangères
tentaient de déterminer
combien de leurs
ressortissants ont été
touchés. L'identification
des cadavres est très
difficile. A Londres le
Foerign Office a confirmé
la mort d'un Britannique.
Selon une secouriste, les
victimes sont originaires
notamment de Suisse,
d'Allemagne, de Suède,
des Etats-Unis, de Grande
Bretagne et d'Italie. Mais
la grande majorité des
victimes seraient des
Australiens, qui viennent
nombreux en vacances à
Bali, à qelques heures de
vol de leur pays.
L'explosion s'est produite
à une heure de forte
affluence, un samedi soir,
témoignant de la volonté
de ses auteurs de faire un
maximum de victimes. Après
avoir démenti durant des
mois l'existence d'un réseau
d'Al-Qaïda en Indonésie,
les autorités indonésiennes
ont récemment indiqué
que l'organisation d'Oussama
Ben Laden pourrait
disposer d'un réseau
limité dans l'archipel.
Les Etats-Unis ont promis
50 millions de dollars à
l'Indonésie pour l'aider
à lutter contre le
terrorisme. Bali, surnommée
l'île des Dieux, est la
principale destination
touristique d'Indonésie.
Plus de 1,4 million de
touristes ont visité Bali
en 2001. L'île est à
forte majorité
hindouiste. L'Indonésie
est le premier pays
musulman au monde de par
sa population. Bali avait
la réputation d'être un
lieu sûr et n'avait pas
été secouée par les
attentats à la bombe, qui
ont frappé l'Indonésie
depuis deux ans.
haut
Attentat
près de Helsinki : six
morts
paru dans le Monde du 13
octobre 2002
Six personnes, dont un
enfant, ont trouvé la
mort et 61 autres ont été
blessées dans une
explosion d'origine
criminelle survenue
vendredi après-midi dans
un centre commercial de
Vantaa, au nord de
Helsinki, a annoncé la
police finlandaise. Cet
attentat est "sans
précédent en Finlande
depuis la fin de la
seconde guerre
mondiale", a déclaré
l'inspecteur en chef de la
police Mikko Maunuksela
qui a été chargé de
l'enquête sur les lieux
de l'attentat. "L'explosion
a été causée par des
explosifs, nous pouvons
exclure toute autre
origine telle que le gaz
ou l'essence",
a-t-il précisé. M.
Maunuksela a refusé de préciser
si l'auteur de l'attentat
se trouvait parmi les
victimes, indiquant que la
police ne les avait pas
encore identifiées ni
n'avait pu encore
s'assurer d'éventuels
liens entre elles. Plus tôt
dans la soirée, un
responsable de la police
avait déclaré qu'il "n'existait
pas d'éléments typiques
d'un attentat, mais que
nous laissions ouvertes
toutes les hypothèses".
Les enregistrements vidéo
de surveillance ont été
saisis pour la suite de
l'enquête, avait précisé
ce responsable.
L'explosion s'est produite
à 19h36 locales précises
à l'entrée principale,
située au rez-de-chaussée,
d'un centre commercial de
Muurmaeki, dans la commune
de Vantaa, à 12 kilomètres
au nord d'Helsinki.
Selon un porte-parole du
centre commercial, Jyrki
Karjalainen, au moment de
l'explosion, un ou deux
milliers de personnes étaient
à l'intérieur du magasin
qui est l'un des plus
vastes du pays nordique
avec 32.000 mètres carrés
pour 130 enseignes réparties
sur trois niveaux. Au
total, 61 personnes ont été
blessées, dont neuf
enfants. Selon un
chirurgien de l'hôpital
d'Helsinki, cinq blessés
se trouvaient toujours en "condition
très critique"
samedi matin. "Les
dégâts que nous avons
vus sont typiques d'une
explosion à l'explosif,
avec des fractures, des dégâts
dans les tissus mous et
d'importantes pertes de
sang", a indiqué
Markku Torkki, chirurgien
en chef à l'hôpital
universitaire d'Helsinki. "Quelques
blessés avaient des brûlures,
mais la plupart des
blessures ont été causées
par des éclats"
dus à l'explosion, a-t-il
précisé. Le chirurgien a
cependant refusé de dire
s'il croyait que les
blessures avaient été
causées par une grenade
à main ou par un tuyau
bourré d'explosif, déclarant
que les éclats étaient "non
identifiables". Selon
la police, beaucoup de
personnes ont été blessées
par les éclats de la
verrière qui s'est écrasée
sur eux. Les services de
secours ont commencé à
enlever tôt samedi les
corps des personnes décédées,
tandis que des artificiers
et des chiens renifleurs
dressés à la détection
d'explosifs étaient dépêchés
sur place. Aucune autre
trace d'explosif n'a
cependant été retrouvée,
a dit la police.
Les causes de l'explosion
pourraient ne pas être
connues avant plusieurs
jours. Le ministre de
l'Intérieur Ville Itaelae
a promis une enquête
exhaustive. Des témoins
ont raconté qu'ils
avaient entendu une forte
explosion avant que les
lumières s'éteignent et
que la verrière s'écroule
sur leurs têtes. "Soudain,
nous avons entendu une
explosion, nous pensions
que c'était une bombe, et
nous avons plongé immédiatement
sur le sol", a déclaré
une femme présente sur
les lieux, Antonia
Kohl-Makkonen. A l'intérieur
du centre, des éclats de
métal ont été projetés
dans un périmètre de 300
à 400 mètres carrés. Un
hélicoptère médicalisé
et une vingtaine
d'ambulances participaient
aux opérations après
l'alerte générale déclenchée
dans tous les grands
centres hospitaliers de la
région de Helsinki.
Vantaa est la quatrième
ville de Finlande avec près
de 160.000 habitants. Elle
abrite notamment l'aéroport
international de la
capitale. La présidente
finlandaise Tarja Halonen
s'est déclarée "choquée"
par l'incident. Dans un
communiqué, elle a fait
part de "sa
profonde compassion"
aux proches des victimes
et des blessés.
haut
L'Union
passera de 15 à 25 le 1er
janvier 2004
par NATHALIE STEIWER,
publié dans Ouest-France le
10 octobre 2002
Le 1er
janvier 2004, l'Union
européenne devrait passer
de quinze à vingt-cinq
Etats membres. S'ils
suivent, en décembre
prochain, l'avis de la
Commission, rendu hier,
les chefs d'État et de
gouvernement des Quinze élargiront
l'Union à huit anciens
pays communistes et à
deux îles, Malte et
Chypre. Ce n'est pas une
surprise, mais c'est un
pari. L'Union
européenne s'apprête à
faire le grand saut. En
donnant un feu presque
vert à l'accueil de dix
nouveaux pays dans
l'Union, la Commission de
Bruxelles a engagé, hier,
une nouvelle période
historique pour l'Europe,
moins d'un demi-siècle
après le Traité de Rome
(1957). En revanche, elle
a, pour l'instant, écarté
la Turquie qui "ne
remplit pas pleinement les
critères
politiques".
L'élargissement assurera
la stabilité en Europe et
la croissance économique
au sein du plus large
marché du monde, mais " il
s'agit surtout d'un
processus éthique et
politique", a plaidé
le président de la
Commission européenne,
Romano Prodi, en présentant,
hier, son rapport sur l'élargissement
aux députés européens.
"Nous entrons dans l'étape
finale d'un processus
commencé il y a treize
ans avec la chute du mur
de Berlin", a renchéri
le président du Parlement
européen, le libéral
irlandais, Pat Cox. Des
incertitudes planent
toutefois encore sur la préparation
des pays candidats et des
Quinze à élargissement.
Après quatre ans de négociations
pour certains d'entre eux,
deux ans pour les autres,
les pays candidats ont
repris dans leur droit
national près de 90 %
des législations européennes
actuelles. Il reste
toutefois des progrès
considérables à faire
d'ici à 2004, pour
adapter leurs systèmes
judiciaire et
administratif aux règles
européennes. Romano Prodi
a relevé une série de
domaines où la préparation
des candidats est encore
insuffisante : les
systèmes douaniers qui
devront gérer les
nouvelles frontières de
l'UE, la fiscalité ou
encore les contrôles vétérinaires
et sanitaires qui inquiètent
notamment la France. "Il
y a aussi un problème de
taille : la
corruption qui, à
quelques exceptions près,
concerne tous les pays
candidats", a noté
Romano Prodi.
Des conséquences
sociales et économiques
Afin d'apaiser les
craintes, la Commission a
prévu des garde-fous.
Elle présentera, six mois
avant l'élargissement, un
ultime rapport sur l'état
de préparation des pays
candidats. Elle propose
aussi d'inclure dans les
futurs traités d'adhésion
une clause de sauvegarde.
Plus de 200 périodes de
transition ont, en outre,
été définies durant les
négociations, pour donner
davantage de temps aux
futurs membres dans le
domaine de
l'environnement, des règles
sanitaires ou de la libre
circulation des personnes.
Malgré l'optimisme affiché
par la Commission européenne,
les conséquences sociales
et économiques réelles
de l'élargissement sont
encore mal connues.
Tentant de rassurer
l'Allemagne ou l'Autriche
sur l'immigration, la
Commission assure que les
mouvements de populations
ne devraient concerner que
350.000 personnes.
Toutefois, "chacun
sait que l'application de
l'acquis communautaire créera
dans ces pays des crises
sociales vives", a
estimé le communiste français,
Francis Wurtz, en appelant
à lever les tabous de l'élargissement.
"Ce n'est pas en
cassant le thermomètre
que l'on fait tomber la fièvre",
a-t-il lancé. La
restructuration des
secteurs agricoles ou de
la sidérurgie notamment
sera un défi à la fois
pour les pays candidats et
les membres actuels de l'UE.
Les Quinze ont pris de
leur côté du retard sur
trois dossiers particulièrement
sensibles :
l'adoption d'une position
pour les négociations sur
l'agriculture et les aides
régionales, ainsi que sur
le financement de l'élargissement.
Une décision est attendue
lors du sommet européen
de Bruxelles les 24 et 25
octobre. A cela
s'ajoute la grande
incertitude : si les
Irlandais rejettent, lors
du référendum du 19
octobre, le Traité de
Nice qui organise l'élargissement,
"celui-ci pourrait être
reporté", a reconnu,
mercredi, le commissaire
à l'Elargissement, Günter
Verheugen.
haut
Al-Hachemi
: "La position de la
France pourrait être
meilleure"
Un
entretien avec Abdelrazak
al-Hachemi, conseiller de la
présidence d'Irak
par ISABELLE LASSERRE et
CLAUDE LORIEUX, publié dans
le Figaro le 10 octobre 2002
Ancien
ambassadeur d'Irak en
France, ancien ministre de
l'Enseignement supérieur
et de la Recherche
scientifique, aujourd'hui
conseiller à la présidence
de la république d'Irak,
Abdelrazak al-Hachemi
vient d'effectuer une
visite de deux jours à
Paris pour tenter
d'influencer la politique
française en Irak. Mais
il n'a été reçu ni à
l'Elysée ni au quai
d'Orsay.
* Que
pensez-vous de la position
française sur la crise
irakienne ?
La position
du gouvernement français
pourrait être meilleure.
Ce qui m'ennuie, dans le
point de vue de Paris,
c'est l'idée d'une résolution
en deux étapes. Si la
première partie de la résolution
reprend les conditions américaines,
la guerre sera déclenchée
au second stade de la résolution.
Car il est impossible pour
l'Irak de se conformer aux
exigences américaines.
Dans ce cas de figure, la
position française ne
serait finalement pas si
différente de la vision
américaine.
* Bagdad est-il prêt
à accepter une nouvelle résolution
du Conseil de sécurité,
si elle est votée ?
L'Irak a dit et répété
qu'il ne discuterait
jamais aucune nouvelle résolution.
Celle-ci ne ferait
qu'ajouter d'autres
conditions. Les textes
existants suffisent.
Laissons les inspecteurs
revenir et travailler. Et
en cas de problème, ce
sera au Conseil de sécurité
de décider.
* Le directeur
de la CIA, George Tenet, a
affirmé mardi que Saddam
Hussein pourrait recourir
au terrorisme contre les
Etats-Unis s'il estimait
ne plus pouvoir éviter
une attaque américaine
contre son pays...
La politique
irakienne des Etats-Unis
n'est basée que sur des
"peut-être".
Peut-être que l'Irak possède
des armes de destruction
massive, peut-être qu'il
fournira ces armes à une
organisation terroriste,
peut-être que cette
organisation les utilisera
contre les Etats-Unis...
Mais ces trois "peut-être"
peuvent s'appliquer à la
plupart des pays du monde.
On ne peut pas prendre des
décisions sur l'avenir de
toute une région avec des
"peut-être".
* Comment
jugez-vous le discours de
Bush sur l'Irak ?
Le président américain
est à la fois juge et
jury, et il n'autorise
aucun témoin. Il n'y a
rien de neuf dans son
discours, qui n'est fait
que de vieilles allégations
et de menaces. Bush
demande à l'Irak de se
conformer à des exigences
irréalisables : tout détruire
en moins d'un mois, alors
que nous répétons que
nous n'avons plus d'armes
de destruction massive...
Les Etats-Unis tentent de
tout faire pour éviter le
retour des inspecteurs. Ce
qu'ils cherchent, c'est un
prétexte pour attaquer
l'Irak.
* Le président américain
semble pourtant avoir
baissé d'un ton vis-à-vis
de l'Irak...
C'est normal, Bush a
deux problèmes. Il ne
trouve pas de pays prêts
à financer cette guerre,
comme en 1991. Et il ne
trouve pas de soldats étrangers
prêts à mourir à la
place des soldats américains.
Les Etats-Unis savent
aussi que les avions et
les roquettes ne suffisent
pas pour changer un régime.
C'est pour cela qu'ils se
voient obligés d'envoyer
leurs soldats en Irak.
Mais ça, c'est une autre
histoire. Nous considérons
que la menace des Américains
n'est pas seulement dirigée
contre le régime, mais
aussi contre le pays lui même.
L'enjeu est donc clair :
c'est le maintien de l'intégrité
irakienne. Les soldats
irakiens se battront aussi
longtemps que nécessaire
contre les soldats américains,
pour défendre le régime
et le pays.
* Le président américain
demande aux généraux
irakiens de ne pas obéir
à des ordres "cruels
et désespérés"
pour contrer une action
militaire américaine,
faute de quoi ils seraient
jugés pour crimes de
guerre...
Cette menace est à
la fois drôle et stupide.
Il s'agit des mêmes généraux
qui ont combattu contre
Bush père en 1991. Ils
feront la même chose avec
le fils. Tout simplement
parce qu'ils veulent défendre
leur pays. Depuis quand
les militaires qui défendent
leur pays contre une
agression extérieure
sont-ils des criminels de
guerre ?
haut
La
chute de la maison Amérique
Livre - Prenant le
contrepied du sentiment général
sur les Etats-Unis, Emmanuel
Todd tente de démontrer que
c'est un empire qui
s'effondre
[Après
l'Empire, par Emmanuel
Todd, Gallimard]
par PASCAL RICHE, publié
dans Libération le 10
octobre 2002
On ne s'ennuie jamais à
lire Emmanuel Todd. Les
pages de son dernier
livre, Après l'Empire,
consacré à la place des
Etats-Unis dans le monde,
sont tour à tour
lumineuses, outrées,
habiles, caricaturales,
percutantes, simplistes,
érudites, arrogantes,
incandescentes,
horripilantes. Symétriquement,
le lecteur pousse, en son
for intérieur, tantôt
des grognements agacés,
tantôt des sifflements
d'aspiration. Une bonne
partie des réponses
d'Emmanuel Todd sont
discutables et certaines
fleurent parfois,
quoiqu'il s'en défende,
l'antiaméricanisme ; mais
les questions qu'ils
posent sont, elles,
passionnantes, ce qui
conduit à tourner les
pages jusqu'à la dernière.
Emmanuel Todd prend le
contre-pied du sentiment général
actuel sur les Etats-Unis,
un point de départ rafraîchissant.
Il se propose de démontrer
que, loin d'être une
"hyperpuissance"
de plus en plus solide et
menaçante, les Etats-Unis
sont un empire qui
s'effondre.
On doit le prendre au sérieux
: après tout, le démographe
a déjà accroché une
puissance impériale à
son tableau de chasse.
Dans son premier essai, la
Chute finale, écrit
en 1976, il avait prédit
avec clairvoyance - et déjà
à rebours de la plupart
des analyses - la chute
de l'URSS. Cette fois,
Todd présente la profonde
faiblesse de l'Amérique,
devenue, dit-il, "politiquement
inutile" (avec la
fin du communisme) et "économiquement
dépendante"
(avec la globalisation).
Pour cacher cette misère,
les Etats-Unis s'épuisent
à démontrer qu'ils
restent "la
puissance
indispensable",
pour reprendre la définition
de Madeleine Albright. En
quelque sorte, ils "simulent"
l'empire. Ils s'inventent
des ennemis, faisant
passer un groupe
terroriste essentiellement
saoudien (Al-Qaeda) pour
un réseau global, ou
pilonnant des pays
"insignifiants",
comme l'Irak, afin de démontrer
théâtralement leur
puissance militaire, et
entretenir un désordre
international.Tout cela
n'empêchera pas la "décomposition
du système américain",
prédit pourtant Todd : le
monde, loin d'être
unipolaire, est en passe
de trouver un nouvel équilibre,
complexe, dans lequel
Japon, Russie et surtout
Europe joueront un rôle
important. La thèse est
hardie et brillante ; sa démonstration
est inégale. Lorsqu'il
parle de démographie, son
domaine, Todd est généralement
convaincant. Comme
toujours, il fait preuve
d'un vrai talent pour
tirer des leçons
politiques à partir des
schémas familiaux d'un
pays, ou pour explorer le
lien entre démographie,
alphabétisation et démocratie.
Dès qu'il glisse sur l'économie
ou la politique, en
revanche, ses
raisonnements deviennent
plus friables. L'un des
arguments centraux de la
thèse de Todd porte sur
le déficit commercial des
Américains, qui a explosé
pendant la dernière décennie
: "Le monde, de
plus en plus, produit ce
que les Etats-Unis
consomment",
constate Todd. A le lire,
les Américains
deviendraient des espèces
de pachas peu productifs
vivant aux crochets des
autres peuples. Pour
financer leur train de
vie, ils émettent du
papier que les élites
bourgeoises des autres
pays, bernées par la
fausse puissance américaine,
s'arrachent. Ce "prélèvement
impérial»" que
Todd tente de démontrer
est une sorte de variante
moderne du (fantasmatique)
"privilège
exorbitant" que dénonçait
déjà le général de
Gaulle en 1965, en parlant
du dollar. Selon Todd,
pour assurer la pérennité
de ce "système prédateur",
les Américains gonflent
non seulement leurs
muscles, mais aussi leurs
statistiques économiques.
Il constate que le chiffre
d'affaires d'Enron, ce
gros nuage de fumée, était
évalué à 100 milliards
de dollars, jette un doute
sur la sincérité du PNB
américain. Mais s'il pose
là une bonne question, il
n'apporte pas de réponse
très fouillée. Il se
contente de chantonner la
vieille ritournelle
marxiste selon laquelle
seule la production de
biens industriels aurait
une "vraie"
valeur. "Qu'est-ce
que cette économie dans
laquelle les services
financiers, l'assurance et
l'immobilier ont progressé
deux fois plus vite que
l'industrie entre 1994 et
2000 ?"
s'exclame-t-il ainsi.
Le raisonnement économique
est un peu bringuebalant,
mais Todd a le mérite
d'explorer une énigme
loin d'être résolue par
les économistes :
pourquoi les Etats-Unis
attirent-ils tant les
capitaux ? La réponse de
Todd un simple
"mirage" est
insuffisante. C'est à
tort que Todd postule
contre toute évidence
que l'économie américaine
et donc sa société ne
sont pas dynamiques. Les
Etats-Unis n'attirent
d'ailleurs pas seulement
l'argent : ils attirent
aussi l'immigration, les
cerveaux, l'art...
D'autres passages prêtent
également à discussion,
comme la prétendue
"dégénérescence de
la démocratie" que
Todd croit déceler aux
Etats-Unis, ou encore le
tableau d'une Russie idéalisée...
Ils ne détruisent pas
cependant l'intérêt d'un
livre dont les fulgurances
sont nombreuses. Emmanuel
Todd, après tout, a les défauts
de ses qualités. A la
différence d'autres
essayistes touche-à-tout,
il refuse de rester dans
les limites de la bienséance
idéologique. Il prend
donc des risques et, ce
faisant, il dit quelques bêtises.
Au moins, le liquide qui
sort de sa plume n'est pas
de l'eau tiède ; elle brûle
parfois même, et c'est
agréable.
haut
Hariri
appelle les Arabes du Golfe
à investir au Liban
Conférence - La Société
de financement du Golfe
s’est réunie à Beyrouth
paru dans l'Orient-le
Jour le 10 octobre 2002
Le
Premier ministre, Rafic
Hariri, a inauguré hier la
conférence sur les
investissements organisée
par la Société de
financement du Golfe. Il a déclaré
à cette occasion que le
Liban était le pays de la région
où les investissements sont
les moins risqués. Le
Premier ministre a comparé
le pays à "un
diamant qui est passé par
toutes les épreuves et est
désormais prêt pour orner
les parures des princesses
arabes". Il a
notamment souligné la
solidité du système
bancaire libanais. Selon
M. Hariri,
l’investissement au Liban
peut offrir une alternative
aux placements dans les pays
occidentaux, dont l’accès
même est devenu difficile
pour les ressortissants
arabes depuis les attentats
terroristes du 11 septembre
2001 aux Etats-Unis. Il a
souligné les facilités
accordées, selon lui, par
le Liban aux ressortissants
des pays arabes du Golfe en
ce qui concerne "les
octrois de visas d’entrée,
de séjour et les
incitations à
investir".
Le ministre des Finances,
Fouad Siniora, participait
aussi à la séance
inaugurale qui a réuni près
de 250 personnes représentant
les actionnaires de la Société
de financement du Golfe,
ainsi que certains des
investisseurs qui ont
participé à plusieurs
projets depuis la création
de la société, il y a
trois ans. L’organisateur
de l’événement, Raouf
Abou Zaki, du groupe
al-Iktissad wal Aamal, a émis
le souhait que les
investisseurs du Golfe qui,
répondant à l’invitation
de Rafic Hariri, ont organisé
leur conférence à
Beyrouth, ne s’en
tiendront pas à une réunion,
mais investiront aussi au
Liban. Le président du
conseil d’administration
de la Société de
financement du Golfe, Fouad
al-Omar, a, de son côté,
insisté sur la qualité des
projets choisis par son
groupe qui a permis
d’augmenter les profits à
un rythme de 55 % par an.
haut
Le
Liban s’apprête à
participer à la foire
internationale de Bagdad
Commerce
- Un signe d’appui moral
à l’Irak, menacé d’une
intervention militaire américaine
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
l'Orient-le Jour le 11
octobre 2002
Industriels
et commerçants libanais
s’apprêtent à participer
à la 35e foire
internationale de Bagdad, du
1er au 10 novembre, malgré
les nuages qui
s’accumulent dans le ciel
irakien. Une conférence de
presse était organisée
hier dans le nouveau centre
des exportations de l’Association
des industriels, près du
Port de Beyrouth, pour
annoncer l’événement. Le
nouveau directeur général
du ministère de l’Economie
et du Commerce, Fadi Makki,
a parrainé l’événement
pour signifier
l’importance que revêt le
marché irakien pour l’économie
libanaise. Celui-ci représentait
le tiers des exportations
libanaises avant la guerre
et les producteurs tentent
de retrouver petit à petit
cette place, malgré les
difficultés liées à
l’embargo imposé depuis
1990 à l’Irak et les
pressions politiques qui
menacent de se transformer
en nouvelle guerre. Conscients
des opportunités que ce
marché représente pour
eux, les Libanais ont été
les premiers à envoyer une
délégation d’hommes
d’affaires en Irak, dès
1997, peu de temps après
l’entrée en vigueur de
l’accord pétrole contre
nourriture. Cinq ans plus
tard, Beyrouth et Bagdad ont
signé un accord de libre-échange
qui permet aux produits
libanais d’entrer sur le
marché irakien sans payer
de droits de douanes, et
inversement. Les deux pays
ont échangé des bureaux de
représentation commerciale. Mais
le Liban n’a toujours pas
signé de protocole pétrolier
prévoyant l’échange de
marchandises contre du pétrole
irakien subventionné, comme
le lui propose Bagdad.
Beaucoup d’autres pays
arabes ont conclu de tels
accords, dont la Syrie, mais
Beyrouth est à la traîne
pour des raisons politiques.
Malgré ces obstacles, les
Libanais augmentent jour après
jour leur pénétration du
marché irakien qui a absorbé
pour 400 millions de dollars
d’exportations depuis le début
de l’année, selon les
chiffres d’Ahmad Kabbara,
président du comité de
promotion des exportations,
au sein de l’Association
des industriels. Depuis
1997, le montant total de
ces exportations est de 1,25
milliard de dollars. C’est
ce qui explique le niveau élevé
de la participation à la
prochaine foire, selon les
termes de l’organisateur
de l’aile libanaise, Farès
Saad. Environ 75 entreprises
ont déjà annoncé leur
participation, malgré les
circonstances, a-t-il dit,
et la délégation libanaise
devrait comporter 130
personnes. La chaîne de télévision
LBC prévoit par ailleurs
une couverture spéciale
pour l’événement, avec
une émission quotidienne réalisée
en direct à partir de
Bagdad. L’aile
libanaise de la foire s’étend
sur une surface de 3.300 mètres
carrés. Elle va accueillir
pour la onzième fois une
exposition de produits
libanais. Le Liban est le
premier pays à avoir obtenu
l’autorisation irakienne
de construire en dur
l’aile qui lui est réservée
dans l’enceinte de la
foire internationale de
Bagdad, a souligné Farès
Saad. Ceci témoigne de
l’amitié des Irakiens
pour les Libanais,
estime-t-il. En retour,
la participation d’une délégation
libanaise à la foire
internationale de Bagdad est
une façon de manifester
l’appui moral du Liban
pour l’Irak qui traverse
des moments difficiles, ont
déclaré les organisateurs.
haut
Limoges,
capitale des langues françaises
Dix-neuvième édition
de la fête des théâtres
francophones
par
HERVE DE SAINT HILAIRE, publié
dans le Figaro le 3 octobre
2002
Parmi les
nombreux spectacles présentés
à Limoges dans le cadre du
19e Festival
international des théâtres
francophones, il y en a un
particulièrement
remarquable : Le Collier
d'Hélène, que l'on
pourra voir bientôt dans
différentes villes de
province, et à Paris, au Théâtre
du Rond-Point, en mai
prochain. C'est l'histoire
d'une jeune femme qui a
perdu un bijou dans un
Beyrouth en pleine (et
parfois calamiteuse)
reconstruction, et qui, au
fil du récit, parle avec
des Libanais qui connurent
et continuent à les connaître
des soucis moins frivoles.
Le spectacle, on l'a dit,
est remarquable. Mais il est
aussi emblématique de ce
passionnant festival et résume
bien l'esprit de cette
singulière manifestation.
L'auteur, Carole Fréchette,
dont le texte est drôle
sans pitreries et
bouleversant sans pathos,
est québécoise. L'actrice,
la magnifique Anne Benoît,
est française. Les quatre
acteurs sont libanais,
syrien, palestinien et
libanais. Le metteur en scène,
Nabil el-Azan, est lui aussi
d'origine libanaise. Il a eu
d'ailleurs l'heureuse idée,
dans cette pièce de langue
française (créée en français
à Damas et à Beyrouth !),
de faire parler parfois les
acteurs en arabe. "La
francophonie, c'est aussi la
rencontre avec d'autres
langues", dit-il. La
francophonie, le mot est lâché.
Un mot qui a parfois de fâcheuses
connotations, avec son cortège
frileux de puristes et de
cassandres. "Eh ! oui,
commente Parick Le Mauff,
le très actif directeur de
ce festival, c'est un mot
qui pour beaucoup est
synonyme de ringardise.
Quelle erreur !"
En effet. Parlons d'un autre
spectacle, remarquable lui
aussi : Carré Blanc,
de Criss et Dieudonné
Niangouna. Ils viennent du
Congo-Brazzaville. Deux comédiens
(dont l'auteur, Dieudonné)
d'une extravagante énergie
corporelle. Et verbale. Ils
évoquent, dans un texte
quasi dadaïste, et non sans
un certain cynisme qui est
la marque évidente de
l'amour et du chagrin, les
horreurs de la guerre. C'est
frénétique, drôle,
parfois incompréhensible.
C'est dit en français.
"C'est aussi notre
langue",
commentent-ils. On pourrait
multiplier les exemples
d'auteurs et d'acteurs venus
d'Afrique, du Canada ou du
Mahgreb, qui s'enchantent d'écrire
dans la langue de Voltaire,
qu'ils se sont joyeusement
appropriée. Même Rony
Brauman, un des fondateurs
de MSF, invité au festival,
qui confesse n'être pas très
préoccupé par la
francophonie, avoue que cela
lui fait plaisir d'entendre
parler français au Japon.
L'ambiance ici, à Limoges,
est particulièrement
chaleureuse. Peut-être
est-ce dû à cette
communauté amoureuse pour
une langue, au-delà des
frontières. Jean-Marie
Borzeix, président du
festival, est ravi. Même
s'il déplore que la presse
française ne s'en fasse pas
suffisamment l'écho :
"Alors que l'on n'arrête
pas de tous côtés de nous
alerter sur la francophonie
en danger ! Regardez ici. Il
y a des journalistes. De
l'Irlande à la Corée du
Sud ! Je crois que nous,
Français, sommes les moins
francophiles de ceux qui
parlent notre langue. On
dirait qu'on a honte. Tandis
que les autres francophones
sont fiers de l'être."
Vigoureux propos relayés
par Henri de Coignac,
ambassadeur en retraite (qui
fut, entre autres, en poste
en Inde, au Maroc et en
Espagne), aujourd'hui chargé
de mission aux Affaires étrangères,
ministère partenaire du
festival, qui participe à
hauteur de 12% de son
budget. Pourquoi ce
partenariat? "Parce
que, répond le diplomate,
le Quai d'Orsay veut
soutenir la francophonie.
C'est une communauté de
plus de 160 millions de
locuteurs. Il y a bien sûr
au ministère un souci de
relations financières et économiques.
Mais la culture est aussi
une dimension de la
politique extérieure. Cela
favorise les échanges. On
leur donne une fenêtre, par
exemple dans ce festival,
mais eux nous ouvrent également
diverses fenêtres. Ils
aident la France, vous
savez. Quand ils rentrent
chez eux, ils deviennent nos
ambassadeurs. En France,
nous avons parfois du mal à
être les prosélytes de
notre culture et de notre
langue. La peur ou la
culpabilité, peut-être de
passer pour d'affreux néo-colonialistes.
Il semblerait que cela ne
pose pas de problèmes
particuliers à des
ressortissants d'autres pays
francophones, en Afrique
notamment. Ils disent même
qu'ils sont heureux de faire
partie d'une communauté de
langue et parfois de pensée.
Sans jamais pour autant
renier leur identité. C'est
pour cette raison que je déplore
que l'engagement de la
France pour ce combat de la
francophonie soit si
insuffisant."
Gustave Akakto, jeune auteur
togolais, n'est pas tout à
fait d'accord. On le
comprend. Car il est
boursier. Il a un mot pour définir
la francophonie, un joli mot
: "Un lien. Un lien
entre d'innombrables ethnies
d'Afrique. Je peux ainsi
partager certaines choses
avec eux par le biais de la
langue française (NDLR: il
est vrai qu'au Cameroun, par
exemple, on parle quelque
208 langues !) ; un
lien également entre la
civilisation française et
le reste du monde."
Gustave est boursier, donc.
A Limoges, où existe une
sorte de Villa Médicis pour
les jeunes auteurs
francophones étrangers.
Durant trois mois, après présentation
d'un projet (qu'ils devront
avoir écrit un an après),
ils travaillent à ce que
l'on appelle la Maison des
auteurs. Certains de ces
textes finissent par être
montés. Cette aide
bienvenue est apportée par
le Festival avec la
participation de
l'association Beaumarchais
et le Centre national du
livre. Ajoutez à cela que
le Festival a suscité et créé
une nouvelle et très intéressante
collection qui édite des
textes de théâtre
contemporain de langue française,
et vous ne pourrez que vous
réjouir que la francophonie
n'est pas un vain mot
fossilisé et qu'elle fait
plutôt bonne route.
haut
A Montréal,
le défi du
multiculturalisme
par SCARLETT HADDAD,
publié dans l'Orient-le
Jour le 3 octobre 2002
A près
d’une demi-heure de la
frontière américaine,
Montréal cultive ses différences,
une capitale de la
francophonie dans un
continent anglophone. Même
s’il ne connaît pas ses
particularités, le voyageur
sent tout de suite qu’il
s’agit d’une ville à
part, beaucoup française,
un peu américaine,
multiethnique et
foisonnante, avec cette exubérance
propre aux francophones.
Depuis les années 90, quand
la ville se battait pour
exister, tiraillée entre
les séparatistes québécois
et les unionistes, partisans
du maintien du Québec au
sein de la fédération
canadienne, la violence
verbale s’est calmée,
mais les tentations
demeurent, canalisées vers
plus de productivité et de
tolérance. Aujourd’hui,
la question semble dépassée,
même si de nombreux Québécois
continuent à rêver d’un
Québec indépendant. Mais
le plus important est désormais
de s’affirmer dans la
francophonie, sans être
assimilés aux Français.
Bien qu’au minuscule aéroport
de Dorval, la francophonie
soit pratiquement
inexistante des kiosques,
elle est tout de même une réalité
évidente dans toute la
ville de Montréal. Même
les touristes, nombreux en
cet été indien, font
l’effort d’essayer de
s’exprimer en français.
Le spectacle n’en est que
plus étonnant, dans les
"malls" à l’américaine,
les fast-foods à l’américaine
et au son d’une musique très
américaine, tout le monde
cherche à parler français,
un français aux syllabes
différentes et aux
expressions qui semblent
ressurgir d’un passé
lointain, mais un français
quand même. Dans cette
province immense et plutôt
cossue, la situation est
différente de tout le reste
du Canada. Ce n’est
d’ailleurs pas un hasard
si le Québec est la seule
des dix provinces
canadiennes à avoir refusé
de signer la Charte des
droits et des libertés de
1982, qui garantit en
quelque sorte les droits des
minorités linguistiques et
complète la loi de 1969 qui
consacre le français et
l’anglais comme langues
officielles du pays.
L’épanouissement de
l’immigrant
C’est qu’au Québec, près
de 90% de la population est
francophone, et 30%
appartiennent aux communautés
ethnoculturelles. L’enjeu
de la lutte, ici, est d’éviter
que naissent des différences
entre le Québécois natif
et celui qui acquiert la
nationalité, grâce à
l’immigration. Il s’agit
donc de favoriser l’épanouissement
des immigrants, qui représentent
pratiquement 43% de la
population totale du Canada.
Au Québec, les efforts du
gouvernement fédéral, du
gouvernement provincial et
des autorités municipales
se concentrent sur cet
objectif. Ce n’est pas
toujours évident, vu la
diversité de la population.
C’est ainsi que la visite
de l’ancien Premier
ministre israélien Benjamin
Netanyahu à Montréal a
failli provoquer une émeute.
Invité à donner une conférence
à l’université Concordia,
il a été accueilli par les
manifestants d’origine
arabe, refusant de le
laisser parler. Pro-israéliens
et propalestiniens ont échangé
insultes et quelques coups,
et M. Netanyahu est rentré
à son hôtel sans avoir pu
prononcer son discours.
C’est dire qu’entre les
différentes communautés,
la tension est souvent extrême
et les autorités ont
beaucoup à faire pour
chercher les points d’unité
entre les nombreuses ethnies
qui forment la population.
Mais à part quelques
incidents qui demeurent
rares, le système québécois
fonctionne plutôt bien et
il est rare de voir des
immigrants désespérés au
point de vouloir rentrer
chez eux.
Une semaine de lutte
contre le racisme
De nombreuses ONG
s’activent d’ailleurs
sur le terrain, au sein des
différentes communautés,
pour traquer toute forme de
racisme. C’est ainsi
qu’avec un financement fédéral,
une semaine de lutte contre
le racisme a été instaurée
il y a trois ans, visant à
sensibiliser les citoyens
contre toute forme de
discrimination. Pour que le
message de cette initiative
soit bien clair, c’est un
Noir et un juif qui
l’expliquent aux
journalistes. Alix André et
Maurice Chalom s’étendent
longuement sur les slogans
un tantinet provocateurs,
visant à titiller les
passants à travers des
affiches collées dans les
stations de métro. Outre
les campagnes
d’information,
l’association qui prépare
la semaine de lutte contre
le racisme lance des débats
et des conférences qui,
comme c’est toujours le
cas dans ce genre
d’activités,
s’adressent généralement
aux élites. C’est donc à
celles-ci que revient la
responsabilité d’aller
sur le terrain,
d’accueillir les personnes
victimes de discriminations
diverses. L’effort est
louable, mais le chemin est
encore long, d’autant que
le Québec accueille chaque
année un flot considérable
d’immigrés qui, vu
l’absence d’équivalence
des diplômes entre les
universités du Québec et
celles des pays d’origine
des immigrés, vont souvent
grossir le taux de chômage.
Lorsque le beurre de
karité s’allie aux
produits de beauté
Malgré des chiffres parfois
peu encourageants, le Québec
reste un pays où tout peut
se produire, celui où la
chance peut atteindre
l’immigré alors qu’il
s’y attend le moins.
C’est ainsi que le Mondial
de l’entreprenariat, qui
existe depuis 1996, offre
chaque année un forum aux
chefs des petites et
moyennes entreprises, afin
qu’ils trouvent de
nouveaux partenaires et de
nouveaux marchés. Ce
Mondial de l’entreprenariat
a désormais un réseau de
7.000 entreprises, dispersées
dans le monde francophone.
C’est ainsi, par exemple,
qu’un fabricant de
produits de beauté québécois
a pu se mettre en contact
avec la représentante
d’une coopérative qui
produit du beurre de karité,
au Burkina Faso, et se complétant,
les deux entreprises font
d’excellentes affaires
ensemble. Grâce à cette
initiative, la francophonie
se recentre sur les échanges
économiques et culturels,
comme elle a commencé, mais
cela ne diminue en rien son
rôle politique, lancé
officiellement lors du
sommet de Hanoi. C’est
d’ailleurs à cette date
qu’a été formée l’Assemblée
des parlementaires
francophones, dont le Liban
est d’ailleurs membre. M.
Bernard Patry, qui en est le
président au Canada,
explique qu’elle a permis
une grande coopération
interparlementaire,
d’autant plus utile que
les parlementaires dans la
plupart des pays ont une
plus grande liberté
d’action et de parole que
les membres de l’Exécutif.
"Il faut avoir la
foi"
Bernard Patry est tout à
fait conscient des difficultés
qui entravent l’action de
l’Assemblée des
parlementaires francophones,
souvent bloquée par la
complexité des régimes
auxquels appartiennent ses
membres et aussi par le fait
que l’Organisation de la
francophonie est encore
jeune et peu rodée à gérer
les conflits internationaux.
M. Patry demeure toutefois
optimiste, convaincu qu’il
y a une place à prendre
dans ce domaine, surtout si
l’Organisation
internationale de la
francophonie continue à
mettre l’accent sur
l’importance de la culture
au lieu de devenir une
simple organisation d’échanges
économiques. Selon le député
canadien, avec la culture,
on véhicule des valeurs et
c’est ce qui finira par
distinguer les membres de
l’organisation francophone
de ceux qui font partie
d’autres groupes régionaux,
économiques ou géographiques.
L’association a ainsi
envoyé des délégués dans
plusieurs pays à problèmes
afin de mener une enquête
sur place et de donner
quelques conseils sur la
bonne gouvernance et le
respect des droits de la
personne à leurs collègues
parlementaires. A ce
sujet, la déclaration de
Bamako, adoptée en 2001,
reflète bien l’esprit de
l’Organisation francophone
et les parlementaires de
l’association se font un
devoir de tenter de diffuser
les principes qu’elle
contient. L’objectif peut
paraître très ambitieux,
surtout que l’organisation
de la francophonie a encore
beaucoup de chemin à faire
avant de devenir un
regroupement cohérent et
efficace, mais M. Patry
estime qu’il ne faut pas
baisser les bras. Si
aujourd’hui, la
francophonie paraît assimilée
à la France, le Canada fait
de son mieux pour s’y
forger une place de moteur.
Il possède d’ailleurs de
nombreux atouts, dont sa
diversité culturelle et
l’absence de contentieux
entre lui et les autres pays
membres. Le Canada et la
francophonie, cela pourrait
bien devenir une longue
histoire d’amour.
haut
Francophonie
- "Quotidiens
d’ailleurs" à la
municipalité de Beyrouth
Découvrez douze
pays francophones à travers
les reportages de trois
grands photographes
paru dans l'Orient-le
Jour le 10 octobre 2002
"Quotidiens
d’ailleurs" est une
exposition issue d’une série
de reportages commandés
par l’Agence
intergouvernementale de la
francophonie sur ses
actions de terrain. Réalisés
en 2001 et 2002 par des
photographes et des
journalistes, ces
reportages sont
progressivement intégrés
dans la base "Images
de la francophonie"
mise en ligne le 20 mars
2002. Une exposition présentée
en version bilingue français-arabe
du 12 octobre au 10
novembre 2002 à la
municipalité de Beyrouth,
dans le cadre de l’année
Franco-Bis, à
l’occasion du IXe Sommet
de la francophonie. Une
seconde version de
l’exposition, réalisée
avec la collaboration du
Centre Wallonie-Bruxelles,
est présentée jusqu’au
24 novembre au Centre
Wallonie-Bruxelles, à
Paris, dans le cadre du
XIe Festival de
francophonie métissée.
Boubacar Touré Mandémory,
Roger Moukarzel, Cécilia
Olsson, trois photographes
aux parcours confirmés,
ont promené leur objectif
dans douze pays (Bénin,
Bulgarie, Burkina Faso,
Cambodge, Centrafrique,
Liban, Madagascar,
Mauritanie, Niger,
Roumanie, Sénégal,
Vietnam) choisis selon un
critère commun: leur
choix de la langue française
et leur appartenance à la
communauté francophone.
Comment la francophonie
peut-elle être utile aux
populations dans leur
lutte contre les multiples
difficultés auxquelles
elles doivent faire face?
Pauvreté extrême pour
certains pays africains
classés parmi les moins
avancés du monde ; défi
considérable pour les
pays d’Europe centrale
et orientale, jeunes démocraties
hésitantes;
reconstruction pour des
pays ayant connu les
ravages de la guerre…
Ces images de femmes et
d’hommes saisis dans la
réalité d’un vécu
souvent pénible, mais
aussi joyeux, coloré, créatif…
sont autant de témoignages
de leur détermination à
se prendre en charge, à
assurer un avenir meilleur
pour les générations
montantes, à contribuer
à la construction d’une
société plus libre, plus
ouverte sur les autres… Ce
sont aussi autant
d’exemples des actions
menées sur le terrain par
l’Agence de la
francophonie : des sites
d’expérimentation qui
accompagnent les
populations dans leurs
luttes quotidiennes et
dont les résultats
apportent un éclairage
particulier sur la manière
de faciliter l’accès au
savoir, à la
connaissance, à la
culture et aident les États
et les gouvernements à opérer
leurs choix dans les réponses
aux besoins de développement.
Boubacar Touré Mandémory
Né en 1956, au Sénégal,
Boubacar Touré Mandémory
se classe comme "photodidacte".
Sa première exposition a
lieu en 1986 à Gorée sur
le thème des "Fous
de Dakar".
Essentiellement reporter
de la rue, il se lance en
1992 dans le grand
reportage en effectuant
des voyages auprès des
groupes ethniques du Sénégal
(bassaris, bedik, diolas),
puis sur les Timinis de
Sierra Leone. Il expose à
Dakar, Saint-Louis, Bamako
et dans divers lieux
parisiens, et collabore à
plusieurs journaux, dont
Libération et Télérama. Le
style de Boubacar Touré
Mandémory est fait
d’angles de prises de
vues inhabituels dégageant
des plans aux perspectives
contradictoires. Il en résulte
une image dynamique qui
donne le meilleur de
l’information dans son
aspect anecdotique ou
essentiel.
Cécilia Olsson
Née en 1965, en Suède.
Photographe indépendante,
Cécilia Olsson forme,
avec le journaliste
francophone belge René Sépul,
un tandem inséparable sur
le terrain comme dans la
vie, liés par leur
humanisme et l’amour de
la terre. Lauréate de
nombreux concours et
distinctions dont le
concours international du
Haut-Commissariat pour les
réfugiés des Nations
unies pour Mémoires en
exil (1992) et le concours
de l’Unesco, Des villes
après la guerre (2001), Cécilia
Olsson a présenté de
nombreuses expositions
individuelles à Liège,
Stokholm, Vientiane,
Bangkok ou encore
Bruxelles. Elle collabore
régulièrement à de
nombreux titres de la
presse belge et
occasionnellement à des
publications
internationales. Elle est
l’auteur de deux
ouvrages parus aux éditions
Antoine Degive, Liège
(Communauté française de
Belgique) : Gens du
Laos. Lao People,
1996 et Luang Prabang,
collection Cités, 1998.
Roger Moukarzel
Né en 1962, au Liban.
Depuis son premier
reportage réalisé pour
la presse libanaise à
l’âge de quinze ans,
Roger Moukarzel a
longtemps pratiqué le
photo-journalisme avant de
consacrer l’essentiel de
sa production à la création.
Reporter de guerre pour
Syfia et Reuters durant
une douzaine d’années,
il a sillonné le
Proche-Orient, du Liban à
l’Irak, de l’Iran à
la Syrie. Ses reportages
ont été publiés dans la
presse internationale
durant toute cette période.
Paris Match retiendra
l’une de ses photos pour
la couverture de son édition
spéciale à l’occasion
de son 40e anniversaire. Roger
Moukarzel se détache par
la suite de cet univers,
pour se consacrer à
l’art. Présentés sous
le titre Trait portrait,
ses photos sur les
communautés druze et
maronite du Liban sont
exposées en 1998 à la
municipalité de Beyrouth
dans le cadre du Mois de
la photo et lui valent le
Prix du ministère français
de la Culture. Il en tire
un ouvrage édité à
compte d’auteur à
Beyrouth en 1999.
Yasmina Traboulsi, prix
du jeune écrivain
Le prix du jeune écrivain
francophone pour l’an
2002 a été attribué à
la Libanaise Yasmina Samir
Traboulsi (27 ans), qui
vit au Brésil, pour sa
nouvelle Maria Aparecida.
L’équipe technique
Direction : Anissa
Barrak.
Scénographie : Joanna
Lasserre.
Textes : Faouzia Zouari.
Graphisme : Andraini
Bachrain.
Et la collaboration de
Anna Kapitaniac.
Réalisation technique au
Centre Wallonie-Bruxelles
: Alain Moors, Rodolphe
Rosillette, Mouinou-Paul
Ally, Christian Cornano.
Laboratoires Picto -
France.
Réalisation à Beyrouth
avec l’équipe technique
de la municipalité de
Beyrouth. Laboratoires
Print Works.
Le Liban à l’honneur
à Poitiers
Alors que le mois
d’octobre est placé
sous le signe de la
Francophonie au Liban
Poitiers, capitale régionale
de Poitou-Charentes, met
à l’honneur la littérature
et la culture libanaises.
Organisées dans le cadre
de la manifestation
nationale Lire en fête,
les activités proposées
sont le fruit de la
collaboration entre la Médiathèque
François Mitterrand de la
ville et l’Association
franco-libanaise Pictacèdres.
Le programme, ouvert à
tous, présente les
richesses artistiques et
culturelles du Liban :
ateliers pour enfants,
rencontres littéraires,
expositions, concerts et
une présentation de la
cuisine libanaise. Autant
de moments privilégiés
à partager entre le Liban
et la France pour un
dialogue des cultures
fructueux.
haut
De
Vatican II à Vatican III ?
par HENRI TINCQ, publié
dans le Monde du 12
septembre 2002
"Il n'y a rien
à faire de décisif
tant que l'Eglise romaine
ne sera pas sortie
totalement de ses prétentions
seigneuriales et
temporelles. Il faudra que
tout cela soit détruit.
Et cela le sera." Ce
cri de révolte d'Yves
Congar, l'un des plus
grands théologiens du XXe
siècle, remonte au 14 octobre
1962. Trois jours plus tôt,
avec faste, s'ouvrait à
Rome le concile Vatican II,
sous la présidence prophétique
du pape Jean XXIII.
Le Père Congar, qui sous
Pie XII avait commencé
dans la dissidence, finit
cardinal sous Jean Paul II.
Son volumineux Journal
du Concile -
qu'il avait donné l'ordre
de ne publier qu'après sa
mort et l'an 2000 -
vient de sortir aux éditions
du Cerf. Quarante ans après,
son cri résonne encore. Détruites
les prétentions "seigneuriales
et temporelles" de
l'Eglise ? L'un des
principaux acquis de
Vatican II
(1962-1965) est sans doute
le consentement à une
plus grande modestie, la
renonciation à la pompe
liturgique que
symbolisaient le latin et
la soutane, la
responsabilité confiée
au laïcat, le dialogue
fraternel avec les autres
expressions d'Eglise et
les confessions non chrétiennes
(judaïsme, islam,
bouddhisme, etc.),
autrefois ignorées et
maltraitées. A ces
mutations, le pape Jean
Paul II a ajouté sa
touche particulière. Si
la volonté de peser sur
les mœurs s'est renforcée,
toute revendication de
puissance temporelle a
disparu. Les anathèmes
doctrinaux sont devenus
l'exception. L'heure est
à la repentance pour les
fautes commises contre les
juifs ou les hérétiques.
L'aggiornamento,
promis le 11 octobre
1962 par Jean XXIII,
est si bien entré dans
les mœurs qu'il est cité
en exemple dans l'ordre
civil ou religieux. A
destination de la
puissante orthodoxie russe
dont l'intuition
conciliaire de 1917 a été
brisée par la révolution
bolchevique et ne s'en est
jamais remise. A
destination d'un islam
dont les soubresauts, non
maîtrisés par des magistères
centraux, inquiètent le
monde. Avec peine, et au
prix d'un schisme (celui
des traditionalistes de
Mgr Lefebvre), l'Eglise
a su rompre avec une
conception fixiste de sa
tradition, renouer avec
ses racines scripturaires
(ce que les protestants
avaient fait quatre siècles
plus tôt), restaurer la
notion de "peuple
de Dieu" occultée
par un pouvoir pyramidal,
ultraclérical,
dogmatique, discerner les "signes
du temps" lui
permettant d'épouser la
société moderne. Un
historien catholique,
parfois contestataire,
comme Jean Delumeau
affirme que Vatican II
est allé si loin qu'aucun
revirement n'est plus désormais
possible. On en veut pour
preuves la part prise hier
par les Eglises dans la
chute des régimes
communistes et des
dictatures d'Amérique
latine, la dénonciation
de tout "enseignement
du mépris" des
autres religions, les
paroles de "repentance"
du pape à Rome et à
Jérusalem, ses visites
aux mosquées de
Casablanca et de Damas,
les rencontres d'Assise
pour faire reculer l'intégrisme.
Au plan intérieur, jamais
les laïcs n'avaient été
autant associés, malgré
des grincements, à la
marche des communautés,
invités à approfondir
leur foi, rencontrer celle
des autres, dialoguer avec
l'intelligence
contemporaine et les
cultures lointaines.
Pourtant, quarante ans après
Vatican II, jamais on
n'avait parlé autant
de... Vatican III.
Sans le ton imprécateur
et prophétique d'un
Congar, des voix s'élèvent
pour estimer que l'Eglise
de Rome n'est pas allée
au bout de son aggiornamento,
que des scléroses n'ont
pas été guéries et que
d'autres sont réapparues,
que la prétention au
monopole catholique de la
Vérité revient à grands
pas, que l'autorité qui
devait être "collégiale",
c'est-à-dire partagée
entre la papauté et les
Eglises locales, tourne à
l'omnipotence des
structures vaticanes. En
1999, le cardinal Martini,
alors encore à la tête
du diocèse de Milan,
avait exprimé le souhait
d'une nouvelle assemblée
de type conciliaire en vue
de dénouer les crises
dues à l'insuffisance du
nombre de prêtres ou à
des disciplines aussi
archaïques que
l'interdiction de la
pratique sacramentelle
imposée aux divorcés
remariés. D'autres évêques
et théologiens des
Etats-Unis, des Pays-Bas,
de Suisse, de France rêvent
aussi d'un concile
largement œcuménique, à
Jérusalem, berceau des
monothéismes, ou en Amérique
latine où vivent quatre
catholiques sur dix. Les
nostalgiques chagrins de
l'Eglise "préconciliaire"
sont désormais moins
nombreux que les partisans
d'une nouvelle ère de réformes.
Les crispations portent
sur le dialogue œcuménique
qui paraît bloqué, sur
l'accès de laïcs à des
ministères ordonnés
(diacres, prêtres), sur
le décalage entre l'évolution
accélérée des mœurs et
un discours de l'Eglise
jugé immobile, sur l'épuisement
des procédures de
concertation (comme les
synodes épiscopaux) et
l'extrême centralisation
des décisions. Les anathèmes
contre les protestants,
anglicans et orthodoxes
ont disparu, mais un
document comme Dominus
Jesus, publié il y a
deux ans, réaffirmant la
supériorité absolue de
la foi catholique, est
apparu comme une régression.
Le vieux rêve de Jean
Paul II de réconcilier
les deux
"poumons" -
oriental et occidental -
du christianisme bute
aussi sur le raidissement
de la principale Eglise
orthodoxe, celle de
Russie, exsangue et isolée
après soixante-dix ans de
persécution communiste.
Le rapprochement entre
catholicisme et
anglicanisme est également
au point mort depuis la décision
de Canterbury d'ordonner
des femmes prêtres (et
bientôt évêques).
Le souhait des fidèles
La crise du sacerdoce est
plus grave en Europe et en
Amérique du Nord que dans
les pays de l'hémisphère
Sud. Mais, en aucun lieu,
la promotion du laïcat
voulu par Vatican II n'a
compensé les impasses de
la pastorale liées à
l'effondrement du nombre
des prêtres, en
particulier dans les pays
de vieille chrétienté
comme la France,
l'Allemagne, le Benelux et
même l'Italie et
l'Espagne, où des prêtres
polonais ou africains sont
appelés à la rescousse.
Le diaconat (dignité
proche de la prêtrise)
restauré par le concile
et ouvert à des hommes
mariés reste interdit aux
femmes. Liée au caractère
entier et sacré du
sacerdoce, l'obligation du
célibat du prêtre
demeure l'une des raisons
de la raréfaction des
vocations qui pénalise
des communautés entières
dans les zones de
banlieues ou de campagnes.
Obéissance à l'autorité
ou autonomie de la
conscience ?
Centralisation ou
diversification des
disciplines, des discours,
des formes rituelles ?
Des questions ne cessent
d'être soulevées devant
la distance prise par les
fidèles dans
l'orientation de leur vie
morale ou sexuelle, devant
le mode romain de
gouvernement d'une Eglise
dont la majorité n'est
plus blanche, ni européenne,
devant l'obstacle que représentent
les pouvoirs de la papauté
pour les autres Eglises
largement décentralisées,
au risque d'être démangées,
comme les Eglises
orthodoxes, par le
nationalisme. Dans une
enquête publiée en juin 2000
par l'hebdomadaire La
Vie, neuf catholiques
pratiquants sur dix en
France exprimaient le
souhait d'un nouveau
concile, portant sur le célibat
des prêtres, la place des
laïcs et des femmes ou le
dialogue interreligieux.
Mais Vatican III,
s'il advient, devra avoir
plus d'ambition. L'enjeu
ne serait rien alors
d'autre que l'avenir d'une
Eglise défiée par la
progression des sectes en
Amérique latine, contestée,
voire désertée, dans ses
fiefs européens et
nord-américains,
marginale dans l'océan
des sagesses et religions
asiatiques, enfin menacée
en Orient où elle est née
par l'instabilité
politique et l'intégrisme
musulman.
haut
Colloque
- Clôture du quatrième
forum méditerranéen à
Amman
Le développement
politique, une priorité
dans le monde arabe
par
MICHEL HAJJI-GEORGIOU, publié dans
l'Orient-le Jour le 11
octobre 2002
La région
Moyen-Orient-Afrique du
Nord (Mena), et notamment
le monde arabe, souffre de
plusieurs maux: absence de
participation de la femme
à la vie publique, manque
d’emplois, analphabétisme,
mauvaise gestion des
ressources naturelles et
humaines ou problèmes
d’éducation. Mais
s’il est un fléau qui
constitue un obstacle
principal au développement
de ces pays, il est bien
de nature culturelle et
politique. Il s’agit de
l’absence de démocratie
et de libertés, privés
ou publiques, et, tout
aussi grave, du manque de
diffusion de la culture
des droits de l’homme,
voire même de leur remise
en question dans certaines
idéologies à l’échelle
nationale ou partisane, à
l’heure où le monde
entier est en train
d’adopter ces principes
universels comme normes
supérieures. La société
civile qui se réclame de
ces valeurs pour tenter de
faire bouger les choses
est d’ailleurs systématiquement
laminée dans ces pays.
Tel est le constat
principal du quatrième
forum méditerranéen pour
le développement, qui a
clôturé ses travaux
mercredi soir, à l’hôtel
Inter-Continental à
Amman. Constat amer,
d’autant plus qu’il a
été fait un peu a
contrario, les sujets
fondamentalement
politiques ayant été peu
évoqués et débattus,
comme s’il s’agissait
d’une fatalité à
laquelle il faut soit se résigner,
soit contourner en œuvrant
à d’autres niveaux,
social ou économique par
exemple, dans l’espoir
d’initier un changement
de l’intérieur à très
long terme. Pourtant,
comme le souligne Ahmad
Galal, chercheur égyptien
en économie, au cours de
la séance de clôture,
une bonne économie ne
sert à rien si le terrain
politique n’est pas
favorable.
Une presse muselée
L’une des rencontres les
plus révélatrices au
niveau du constat sur les
libertés limitées dans
la région Mena et le
monde arabe a été le
"Panorama médiatique
régional", qui a
regroupé des journalistes
de différents pays. Une
véritable thérapie de
groupe, au cours de
laquelle chacun a fait un
bilan de la répression
subie par la presse dans
son pays. Certains ont
fait part de leur expérience
personnelle, des
poursuites engagées
contre eux pour telle ou
telle opinion exprimée.
Plusieurs d’entre eux
ont même fait de la
prison pour leurs idées. Quant
aux solutions recommandées
par certains des
participants, elles
n’augurent rien de
meilleur pour l’avenir :
davantage de vigilance,
encore plus
d’autocensure. Difficile
de parler de développement
dans ce domaine. Et
le problème, une fois de
plus, provient de la sphère
politique, de pouvoirs
autoritaires peu portés
sur la culture des libertés
publiques et des droits de
l’homme. Les
participants ont toutefois
discuté de l’éventualité
de tenir prochainement
plusieurs tables rondes à
l’échelle régionale
sur les étapes à suivre
pour essayer d’améliorer
les conditions de la
presse.
La décentralisation au
Liban
L’atelier de travail
organisé par le Centre
libanais d’études des
politiques publiques
(LCPS) sur le renforcement
des capacités des
gouvernements locaux dans
la région Mena, et plus
précisément sur la décentralisation,
a également débouché
sur une conclusion
similaire, concernant
l’inévitable lien entre
décision politique et développement.
L’un des intervenants à
la dernière séance de
l’atelier de travail du
LCPS, M. Ziyad Baroud,
chargé du programme du
Pnud pour la décentralisation
et professeur à l’USJ,
a particulièrement insisté
sur ce point : "Les
accords de Taëf
consacrent des
dispositions spécifiques
en vue de l’organisation
administrative et de la décentralisation
(...) Depuis 1989, ces
recommandations sont restées
lettre morte. Les
tentatives de réforme ont
buté sur deux obstacles
principaux : l’absence
d’une volonté politique
claire, irrévocable,
convaincue et
convaincante, qui puisse
mener ce projet de réforme
à son terme, et
l’absence, jusqu’en
1998, des acteurs de la démocratie
locale, les municipalités,
et la timidité de la
revendication au niveau
local et dans la société
civile." Et de
rappeler, toujours au plan
politique, que le sort de
la décentralisation dépend
aussi de la dialectique
entre démocratie
consensuelle et démocratie
numérique, puisqu’il
est tributaire de la loi
électorale mise en place
pour l’élection des
représentants locaux. Même
constat du côté du
directeur du LCPS, Sélim
Nasr, qui a ajouté, entre
autres, dans une synthèse
des travaux de l’atelier
de recherche que la décentralisation
nécessite un pouvoir
central fort, mais dans le
sens de l’efficacité et
non de la brutalité.
Changer
l’infrastructure ?
Beaucoup parmi les
composantes de l’élite
intellectuelle présente
à Amman ont déploré
l’absence de mesures
pratiques, sur le terrain,
en faveur du développement.
La critique est revenue
comme un leitmotiv,
surtout durant la cérémonie
de clôture. Le rôle que
le forum s’était fixé
était de mettre en
relation plusieurs
chercheurs pour aboutir à
des plans d’action
communs en matière de développement.
Les échanges théoriques
se sont avérés des plus
fructueux, mais la
dimension pratique était
nettement moins évidente,
du moins jusqu’à présent.
Dans un forum plein de
non-dits - on est en
Jordanie, en plein cœur
du monde arabe - la
question des libertés et
de la démocratie a hanté
les participants, surtout
dans les dicussions en
marge des sessions plénières
et des ateliers de
travail. La question est
à débattre : est-il
possible de changer
l’infrastructure, si les
structures étatiques et
les pouvoirs en place y
font le plus souvent
obstacle ? La question est
brûlante dans le contexte
régional et international
actuel, à l’heure où
le dialogue Nord/Sud se
porte mal. Et alors que
les événements du 11
septembre ont frappé des
pays de la région Mena du
sceau de l’infamie.
haut
Wazzani
- Israël baisse enfin le
ton
Les pompes testées avec
succès - La médiation US
se poursuit
paru dans l'Orient-le
Jour le 10 octobre 2002
Israël,
par la bouche de son
ministre des Affaires étrangères,
Shimon Peres, a enfin
baissé le ton hier au
sujet du litige sur le
Wazzani. Reçu à Paris
par le président Jacques
Chirac, M. Peres s’est
dit favorable à une
solution "fondée
sur le droit
international" et a
affirmé que son pays était "à
la recherche d’eau, pas
de feu". M. Chirac,
qui s’est lui aussi
prononcé en faveur du
respect du droit, a
ensuite évoqué la
question avec le président
de la Chambre, Nabih
Berry, en visite à Paris.
Au Liban, où les pompes
installées sur la source
du Wazzani ont été testées
avec succès, on se préparait
à adresser à l’Onu le
rapport technique, à présent
achevé, pendant que
l’hydrologue américain
Charles Lawson était reçu
par le Premier ministre,
Rafic Hariri.
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