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Tribune - Libérez
la justice !
par ALEXANDRE NAJJAR,
publié dans l'Orient-le Jour
le 8 octobre 2002
L'auteur
est avocat à la cour, écrivain
Le
spectacle auquel nous
assistons aujourd’hui au
Liban est affligeant : nos
dirigeants semblent avoir
oublié que la justice,
quand elle est sélective,
n’est plus la justice ;
que la justice, quand elle
devient instrument de
vengeance, est la négation
même de la justice. Alors,
ils embastillent, ils
musellent une chaîne de télévision
qui employait des centaines
de personnes et constituait
l’un des fleurons de notre
paysage audiovisuel, ils
exhument des dossiers poussiéreux,
fabriqués de toutes pièces,
comme à l’ère du
stalinisme où, pour noyer
un opposant, on l’accusait
de la rage... A quoi
riment ces mesures ? Elles
ne conduiront qu’à
affaiblir davantage la cohésion
interne, à aggraver le
sentiment de frustration
chez une grande partie de la
population, à hâter
l’exode de ces jeunes
qu’on tabasse parce
qu’ils ont
l’outrecuidance de
s’exprimer, à rendre
impopulaire le régime lui-même,
dont les promesses ne
concordent pas avec la
triste réalité que nous
vivons, à ternir l’image
du Liban à l’heure où
nous accueillons une
cinquantaine de chefs d’Etat
francophones (la
francophonie est d’abord
communauté de valeurs !),
à l’heure aussi où nous
espérons une alliance avec
l’Union européenne -
qui ne badine pas avec les
libertés publiques et qui a
récemment exigé (et obtenu
!) l’abolition de la peine
de mort en Turquie. Certains
jettent la pierre aux
magistrats. Mais il ne faut
pas se tromper de cible.
Comme l’affirmait le
pamphlétaire Zo d’Axa, à
la fin du XIXe siècle : "Les
commissaires et les
substituts n’ont, il faut
le reconnaître, qu’une
responsabilité relative.
Tous les abus de pouvoir
leur sont indiqués par le
faux-noble préposé aux
vengeances du
gouvernement..."
Il est temps, il est grand
temps, de mettre fin à ce
cycle de Terreur et de
honte. De ne plus prendre la
justice en otage, de ne plus
l’embarquer dans des
querelles politiques
mesquines qui ne la
concernent pas, au risque de
la discréditer aux yeux de
l’opinion publique qui, à
en croire un sondage récemment
publié par le quotidien
an-Nahar, ne lui accorde
plus sa confiance... Nous
avons encore, Dieu merci,
d’excellents magistrats,
des juges à la probité
exemplaire, qui souffrent de
voir la justice malmenée et
accusée de la sorte. Pour
eux, pour que le Liban
devienne enfin un véritable
Etat de droit, une seule
exigence : libérer la
justice ! haut
Washington ne veut pas
d’eau trouble du côté du
Wazzani
Les petits ruisseaux font les
grandes rivières
par PHILIPPE ABI-AKL,
publié dans l'Orient-le Jour
le 8 octobre 2002
Le Potomac est plus grand
que le Wazzani. Et plus
important que son déversoir,
le Jourdain, quand il
s’agit de viser l’Euphrate
(et le Tigre) de Saddam.
Cette affaire de casus belli
évoquée par Sharon a
souverainement déplu aux Américains.
Et ils l’ont proprement
convoqué, comme un vulgaire
sous-fifre, pour le sommer
de cesser ses gesticulations
aquatiques. Alors qu’ils
n’avaient pas été aussi
loin dans l’humiliation de
leur cher allié, même
durant la crise du siège de
la Moukataa qui les avait également
irrités. Pourquoi cette
différence de comportement
? Tout simplement parce que
le conflit israélo-palestinien,
endémique, n’interfère
pas directement avec les visées
belliqueuses des States
concernant l’Irak. Tandis
que l’embrasement éventuel
d’un nouveau front au
Liban-Sud, impliquant
potentiellement la Syrie et
sans doute l’Iran,
rendrait leur guerre contre
Saddam plus difficile à déclencher
dans les délais rapprochés
qu’ils semblent s’être
fixés. Il faudrait alors
traiter d’urgence la
nouvelle guerre israélo-syrienne.
En sachant que la neutralité,
plus ou moins voilée,
qu’ils essayent
d’arracher aux Arabes
concernant leurs plans
irakiens, serait définitivement
compromise.
A Beyrouth, cependant,
on ne semble pas trop réaliser
que l’interdiction de
faire des vagues (c’est le
mot) concerne aussi la
partie libanaise. Ainsi les
dirigeants locaux répètent
qu’ils sont déterminés
à pomper les eaux du
Wazzani, une fois les
travaux terminés, pour
alimenter une vingtaine de
villages. Ajoutant qu’en
ce faisant, le Liban reste
en deçà des quotas de prélèvement
que le droit international
lui reconnaît. A ce
propos (technique), il
convient de rappeler que le
rapport Johnston établi
dans les années cinquante
fixe à 35 % du débit
annuel la part du Liban.
C’est donc dans une petite
semaine, le 16, que
l’inauguration va avoir
lieu en grande pompe
(c’est également le mot),
puisque le chef de l’Etat
compte parrainer l’événement
en s’y faisant représenter
par le premier des représentants
du peuple, Nabih Berry. Une
date choisie avec soin,
puisqu’elle intervient à
la veille du Sommet de la
francophonie. Dont les délégations
sont du reste invitées à
la cérémonie. Ce qui doit
un peu les effrayer. Car les
loyalistes du cru ne cachent
pas que cette présence
internationale est prévue
pour servir de couverture et
rendre improbable un raid
israélien sur l’heure. On
ne sait cependant pas si ce
rôle de bouclier physique
qu’on veut leur faire
assumer plaît beaucoup aux
étrangers invités. Et il
faudra voir combien
d’entre eux vont trouver
moyen de se défiler.
D’ailleurs, à supposer
que le premier jour se passe
bien, rien ne dit que les
installations fluviales ne
seront pas détruites par la
suite, comme ce fut le cas
en 1965. En fait, la
meilleure protection réside
dans les interdits américains.
Mais, répétons-le, ces
semonces ne s’adressent
pas qu’aux Israéliens. Et
il faudra voir, aussi,
comment le gouvernement
libanais, qui devrait se
faire sous peu rappeler à
l’ordre à son tour par
Washington, va lui aussi
trouver moyen de se défiler,
de contourner
l’interdiction. Ou de se dédire.
Puis d’inventer des
explications à l’adresse
des Sudistes concernés,
comme de l’ensemble des
Libanais, frappés
d’admiration jusque-là
devant la fermeté, la détermination
patriotiques du pouvoir.
L’enjeu est important,
mais les chiffres le
relativisent : cette phase
du 16 octobre ne coûte que
100.000 dollars et
l’ensemble des projets
d’exploitation agricoles
ultérieurs ne dépasse pas
un devis de 7 millions de
dollars. Pour le moment, les
Américains
"conseillent" aux
Libanais de patienter. Au
moins, disent-ils, jusqu’à
ce que l’Onu ait pu étudier
le rapport justificatif
circonstancié que Hariri
lui prépare, avec le
concours d’une commission
de juristes et
d’hydrologues. Une procédure
de communication et
d’examen qui peut prendre
plusieurs mois. En tout cas,
des sources diplomatiques
informées indiquent que
l’Administration Bush a
prié David Satterfield de
traiter personnellement le
dossier comme étant une
sous-priorité urgente. Le
secrétaire d’Etat
adjoint, ancien ambassadeur
ici et qui a récemment
visité la contrée (pour
contrer notamment le Syria
Accountability Act et
montrer patte blanche à
Damas), sait mieux que
personne combien la
situation est explosive au
Sud. Des frappes israéliennes
contre les installations sur
le Wazzani, disent ces
diplomates, libéreraient en
quelque sorte le Hezbollah
qui n’attend qu’une
occasion pour sortir de la réserve
où le tiennent les
sollicitations combinées de
l’Iran et de la Syrie. Le
parti fondamentaliste
pourrait pilonner des
installations en Galilée et
ce serait un cycle de guerre
irrépressible, menaçant
d’impliquer la Syrie. Le péril
est d’autant plus grand
que, jusqu’à plus ample
informé, Sharon passe outre
aux injonctions US et redit
qu’il ne permettra en
aucune manière le pompage
libanais des eaux du
Wazzani. haut
par AMIN MAALOUF, publié
dans l'Orient-le Jour le 7
octobre 2002
L'auteur
est écrivain libano-français,
a reçu le prix Goncourt en
1993 pour "Le Rocher de
Tanios"
Je
suis né, comme beaucoup de
Libanais, avec trois langues
dans la bouche : l’arabe,
le français, l’anglais.
Dans ma jeunesse, la chose
paraissait si naturelle
qu’il me fallut du temps,
et de nombreux voyages, pour
comprendre à quel point
elle était rare. Non pas le
multilinguisme en soi, que
l’on retrouve dans divers
pays, sous toutes les
latitudes, et qui est
d’ailleurs presque
toujours un facteur
d’enrichissement humain,
ainsi qu’une école de
civilité. Je fais plus précisément
allusion à
"l’exception
levantine" en vertu de
laquelle la langue emblématique
du monde arabo-musulman
cohabite, dans le même
esprit, avec des langues
occidentales librement
choisies, et apprises avec
soif.
Car il s’agit, faut-il le
rappeler, de deux mondes qui
ne s’écoutent pas. Ils se
côtoient depuis des siècles,
et ne se comprennent pas. Il
m’arrive même de penser
qu’il est illusoire et présomptueux
de chercher à les
rapprocher, et qu’il vaut
mieux consacrer sa vie à
une tâche moins ingrate.
Mais il se fait que nous,
Libanais, avons reçu en héritage,
avec ladite "exception
levantine", ce
sentiment d’avoir pour
mission de promouvoir la
conciliation, de dissiper
les malentendus, de
"construire des
ponts" entre ces deux
mondes. Bien entendu,
personne ne nous a confié
une telle mission, qui est
au-dessus de nos moyens, et
qui est sans doute
inatteignable - pour
notre génération, à tout
le moins. Notre maigre
consolation est qu’il
existe encore, de part et
d’autre de cette faille
profonde, une minorité qui
croit en autre chose que
l’affrontement ; en
Occident, une minorité qui
refuse d’adhérer aux préjugés
désormais solidement
installés dans les esprits
concernant l’islam ; et,
en Orient, une minorité qui
ose penser que les malheurs
du monde arabe ne viennent
pas seulement de ses
ennemis, mais de lui-même,
de son incapacité à se
moderniser, de son incapacité
à libérer les forces vives
qui sont en lui.
La tentation est grande de céder
au découragement. A
vrai dire, il faut chaque
jour s’armer de patience
et déployer des trésors
d’autopersuasion, pour
garder espoir. Fort
heureusement, mes pères
m’ont légué une sorte
d’étrange sérénité,
qui s’apparente plus à la
naïveté qu’à la
sagesse, et qui, aux pires
moments, instille dans mon
sang retourné un antidote
salutaire. S’agissant de
"mes" trois
langues, cet héritage de sérénité
m’a conduit, depuis
l’enfance, à considérer
chacune d’elles comme une
arme précieuse dans le rude
combat de la vie. Je ne les
regardais donc pas comme
antagonistes, même s’il y
avait, entre l’une et
l’autre, une indéniable
compétition : entre le français
et l’arabe, les échos
d’une rivalité qui
remontait à l’époque du
Mandat, et qui se
manifestait, chez certains
de mes camarades d’école,
par le fait que, dans leur
milieu, on parlait mal
l’arabe, chose qui me
paraissait forcément
incongrue, moi qui vient
d’une famille où l’on
s’est toujours vanté de
ses lointaines origines
sud-arabiques ; et entre le
français et l’anglais,
les échos d’une autre
rivalité, planétaire
celle-là, puisqu’il
s’agissait de déterminer
laquelle des deux allait
pouvoir s’imposer comme la
langue internationale prédominante.
Aujourd’hui, avec le
passage des ans, on connaît
les résultats des deux compétitions.
Au plan libanais, il est
clair que le français n’a
pas pu se maintenir en tant
que seconde langue
officielle, ou
semi-officielle, aux côtés
de l’arabe ; et au plan
global, il est tout aussi
clair que c’est
l’anglais qui est devenu
la langue des échanges
internationaux. Ce qui a
amené certains à considérer,
parfois avec tristesse et
parfois avec un sourire en
coin, que la langue française
n’était plus qu’une étoile
ternie, une mode passée,
dont la connaissance
pouvait, certes, rehausser
le prestige d’une personne
cultivée, mais dont il ne
faudrait vraiment pas
attendre davantage, ni pour
soi-même ni pour son pays.
Pour ma part, je suis tenté
de penser très exactement
le contraire. Je suis
persuadé que les attaches
du Liban et du monde arabe
avec le monde francophone
sont, aujourd’hui,
infiniment plus importantes
qu’hier, et que demain
elles le seront encore plus.
Non pas "en dépit"
des revers subis par la
langue française, mais,
paradoxalement, "en
raison" de ces revers.
Il est vrai que je ne peux
apparaître ici comme un
observateur impartial,
puisque j’ai choisi de
vivre en France et de
m’exprimer dans sa langue.
Cependant, je suis de ceux
qui vénèrent au plus haut
point la rigueur
intellectuelle, la liberté
d’esprit, ainsi que le bon
sens, ce qui me guidera, je
l’espère, sur les chemins
ardus de l’objectivité.
Pour moi, donc, ce double
revers de la langue française
a eu le mérite de la
recentrer sur son rôle véritable,
son rôle d’avenir, en
l’éloignant de certaines
tentations héritées du
passé. Ainsi, il est établi
à présent que le français
n’a nullement pour
vocation de se substituer
aux langues nationales. La
chose peut se justifier
lorsqu’il existe, dans un
pays, une grande diversité
de langues locales et que le
français se trouve être
l’unique dénominateur
commun, comme au Gabon ou en
Côte d’ivoire. Mais il
suffit de contempler l’Algérie
pour se rendre compte des
effets désastreux d’une
politique de viol
linguistique et culturel.
Imposer une langue à un
peuple aux dépens de sa
langue propre est toujours
une agression aux conséquences
tragiques. Au Liban, nous
n’avons pas eu à souffrir
d’une telle dérive, ce
qui nous a permis de garder,
sur cette question, une
attitude moins passionnelle.
La place du français en
tant que langue de culture
est, d’ailleurs, bien
mieux acceptée, dans tous
les milieux et dans toutes
les communautés, dès lors
qu’il n’y a plus aucun
soupçon de rivalité avec
la langue nationale.
D’autre part, et à un
autre niveau, il est désormais
acquis que le français ne
deviendra pas la langue
mondiale prédominante. La
chose n’est toujours pas
facile à admettre pour ceux
qui ont rêvé pour lui
d’un destin impérial.
Mais la nostalgie est
mauvaise conseillère. Je
suis persuadé que
l’avenir du français
apparaîtra bien plus
resplendissant à partir du
moment où cette autre
tentation sera définitivement
écartée.
Car le grand combat qu’il
convient de mener
aujourd’hui n’est pas
pour la prééminence, mais
pour la diversité.
L’ambition noble du français
ne peut pas être de
remplacer l’anglais dans
le rôle de bulldozer
linguistique universel. La véritable
attitude civilisatrice, la véritable
contribution à une gestion
pacifique du monde inquiétant
où nous vivons, c’est de
consolider et d’organiser
harmonieusement la diversité
culturelle et linguistique
des hommes, pour que nul ne
se sente bafoué, marginalisé,
exclu, incompris, méprisé,
et que nul ne soit tenté
par le langage de la
violence. Cela suppose que
l’on s’emploie à
conforter la place de toutes
les expressions culturelles
et à faire en sorte que
chaque personne puisse accéder
à la modernité dans sa
propre langue. Entre les
locuteurs de l’arabe, du
français, de l’espagnol,
du portugais, la poursuite
des mesquines rivalités
d’antan ne mène nulle
part. Leur combat commun est
contre la marginalisation,
contre l’uniformisation réductrice,
et pour la diversité, qui
est le sel de l’humanité.
Ce combat n’est pas non
plus contre la langue
anglaise. Cela, les Libanais
le savent, spontanément,
avec le cœur et avec la tête,
mieux que d’autres.
Beyrouth, en tant que métropole
régionale et
internationale, s’est
d’abord bâti autour de
l’Université américaine -
un peu comme Paris s’est bâti
autour de la Sorbonne -, et
c’est là un atout précieux
qu’il serait absurde de
gaspiller, sous n’importe
quel prétexte. Le Liban a
vocation à être simultanément
le foyer le plus dynamique
de la culture arabe, le
principal pôle de la
culture latine en Orient et
aussi un vecteur irremplaçable
du savoir véhiculé par la
langue anglaise. Toutes ces
dimensions sont
significatives, aucune ne
doit être négligée,
aucune ne doit être minimisée.
Ici encore, je ne parle pas
du passé, mais, résolument,
de l’avenir. Je n’énonce
pas de vénérables
convictions pluralistes,
j’essaie d’imaginer à
quoi pourrait ressembler le
monde vers lequel nous
allons et quelle pourrait y
être la place du Liban.
Dans cette perspective
d’avenir, la première
exigence, c’est que le
monde arabe puisse se
moderniser dans sa propre
langue, comme le Japon a su
le faire, hier, et comme la
Chine le fait aujourd’hui.
C’est ainsi, et seulement
ainsi, qu’il fera prospérer
sa culture et qu’il la
fera respecter. Or, pour
"piloter" cette
nouvelle renaissance, cette
véritable révolution, sans
doute l’une des plus
essentielles pour l’avenir
de la planète, nul n’est
mieux placé que le Liban,
en raison à la fois de son
enracinement dans la culture
arabe et en raison de son
lien organique avec les
cultures de l’Occident.
Une autre exigence, c’est
que les divers pays du
monde, dont le Liban, ne
soient pas enfermés,
demain, dans un tête-à-tête
extrêmement déséquilibré
avec une puissance planétaire
arrogante et méprisante. Et
qu’ils ne soient pas, non
plus, les otages d’une réalité
régionale étouffante, débilitante
et stérile. Si l’on garde
quelque espoir en
l’avenir, on a
l’obligation d’imaginer
un monde qui fonctionnerait
autrement. Un monde où se
tisseraient, chaque jour un
peu plus, des "amitiés
transversales" -
j’entends par là des
relations privilégiées qui
s’établiraient entre des
pays riches ou pauvres,
appartenant à tous les
continents et à diverses
traditions religieuses ; des
regroupements qui ne
seraient régis ni par les
pesanteurs géographiques ni
par les rapports de force
nus, et au sein desquels un
participant habile pourrait
obtenir d’innombrables
avantages politiques, économiques
et autres.
C’est dans cette voie que
devrait aller le monde dans
les années et les décennies
à venir, s’il ne sombre
pas dans la folie du
tribalisme planétaire. Or
les meilleures "amitiés
transversales" vont se
tisser, justement, au sein
de ces "clubs
linguistiques" qui
commencent à fleurir -
telle la francophonie. De
mon point de vue,
l’appartenance à un tel
regroupement a d’abord
cette utilité-là. Le
"club" francophone
ne joue pas, comme l’Union
européenne, le rôle d’un
"ascenseur
automatique" vers la
prospérité. Il n’est
pas, non plus, un facteur décisif
de démocratie et de liberté,
comme on le dit parfois ; il
suffit de regarder les
participants pour constater
qu’ils ne constituent pas
l’assemblée la plus démocratique
sur terre ; il me semble même
que le Commonwealth fait
preuve, dans ce domaine,
d’une plus grande rigueur.
Mais ce sont ces amitiés
transversales qui peuvent
donner à un petit pays une
dimension planétaire -
ce qui est, depuis toujours,
la vocation du Liban, son
espoir, son génie, sa
chance de survie et une
puissante raison d’être.
haut
Abdou Diouf, pour une
francophonie à la voix plus
forte
par KIBILI TOURE, publié
dans l'Orient-le Jour le 9
octobre 2002
L'auteur
est coprésident du Comité
international des jeunes
francophones (Cijf), diplômé
de l’Institut supérieur
européen de gestion de Paris,
diplômé de la faculté des
sciences sociales et économiques
de Lille II
En octobre, à Beyrouth,
capitale d’un Liban
longtemps meurtri par la
guerre, la grande famille
francophone se choisira un
nouveau secrétaire général
de l’Organisation
internationale de la
francophonie (OIF). Celui-ci
succédera à Boutros
Boutros-Ghali, prédécesseur
de Kofi Annan à la tête
des Nations unies. Conformément
au profil type développé
à Hanoi, "le secrétaire
général de l’OIF doit être
d’envergure".
L’envergure exigée du
secrétaire général de la
Francophonie suppose au
propre comme au figuré dans
l’esprit des institutions
comme dans la vision
populaire une personnalité
dotée d’une expérience
institutionnelle et
internationale solide. Une
personnalité qui soit
fortement imprégnée, à
travers son parcours et ses
actes passés, par
l’ensemble des valeurs
constitutives du projet
communautaire francophone.
Boutros Boutros-Ghali,
professionnel de la
diplomatie, qui participa
aux accords de Camp David
aux côtés de Anouar
Sadate, fut un secrétaire général
d’envergure.
Indiscutablement, le
successeur de Boutros-Ghali
ne saurait manquer de cette
indispensable envergure
qu’il faut au porte-parole
de l’Organisation
internationale de la
francophonie. Voilà
pourquoi, nombreux sont
parmi les citoyens
francophones à plébisciter
sa candidature au secrétariat
général de la
Francophonie.
Abdou Diouf a l’ambition
de poursuivre l’œuvre
entamée par Boutros-Ghali
à la tête de l’OIF.
D’autres candidatures
pourraient en toute légitimité
revendiquer les mêmes
ambitions. Reste à savoir
avec quel degré de légitimité
et de crédibilité. Le
choix du successeur de
Boutros-Ghali ne saurait être
dissocié du débat portant
sur les ambitions de la
francophonie. Si Beyrouth
2002 doit confirmer les
ambitions politiques et
internationalistes de la
francophonie, Abdou Diouf
ancien président du Sénégal,
est le bon candidat. Si
Beyrouth 2002 doit marquer
une révision des ambitions
politiques et
internationalistes
francophones, l’on
pourrait retenir une autre
candidature moins exigeante.
Reste à expliquer en quoi
tient l’envergure de Abdou
Diouf. Les ambitions
politiques de la
francophonie sont claires :
la pacification et la démocratisation
de l’ère francophone, la
défense de la diversité
linguistique et par là même
le rejet de toutes les
formes d’hégémonie
culturelle et politique, la
promotion d’une
mondialisation éprise de démocratie,
de solidarité, et de
diversité, l’action en
faveur d’un développement
économique et social équilibré
de notre planète. Cela qui
sous-entend une division
internationale du travail.
Ces ambitions sont
internationalistes,
universelles, parce
qu’elles plaident en
faveur de tous les peuples
et de toutes les nations.
Partant, l’on recherche
les moyens d’action
propices à la réalisation
de nos ambitions
francophones. La profession
de foi politique se nourrit
de l’action de coopération.
L’action de coopération
s’inspire du discours
politique. L’interdépendance
entre les deux devient évidente,
et la cohérence qui en découle
met tout le monde
d’accord. Boutros-Ghali a
défendu cette vision de la
francophonie.
C’est avec raison que le
IXe Sommet de Beyrouth
devrait confirmer l’axe
d’une francophonie à la
voix plus forte sur la scène
mondiale, promotrice d’une
mondialisation plus équilibrée.
Une francophonie clairement
engagée sur le front de la
paix, de la démocratie et
des droits de l’homme. Une
francophonie œuvrant à
l’amplification des échanges
économiques entre ses
membres, qui sont représentatifs
de 10 % de la richesse
mondiale avec 3.200
milliards de dollars US de
PNB. Une francophonie plus
ouverte sur sa citoyenneté,
avec des programmes articulés
autour des attentes de
ceux-ci. Une francophonie
actrice d’une meilleure hiérarchisation
des institutions
internationales,
fondamentalement engagée
dans une division
internationale du travail,
et dans la préservation de
l’identité de toutes les
cultures. En gros, une
francophonie qui soit partie
prenante au concept de développement
durable et paisible de notre
planète en partage. Reste
alors à trouver à la
francophonie un secrétaire
général adapté à ses
ambitions. Dire que Diouf a
l’envergure du futur secrétaire
général de l’Organisation
internationale de la
francophonie (OIF) ne
dispense pas d’une
argumentation objective et méthodique.
L’aptitude de Abdou Diouf
à diriger l’OIF repose
sur sa forte expérience
institutionnelle et
internationale, sur ses
actes équilibrés de chef
d’Etat durant son mandat
à la tête du Sénégal,
notamment ses convictions en
matière de démocratie et
de défense des droits de
l’homme, enfin sur sa
capacité à orchestrer les
nécessaires synergies
institutionnelles entre
action politique et action
de coopération, en parfaite
intelligence avec tous les
Etats membres de la
francophonie.
Francophone convaincu et
humaniste clairvoyant, Abdou
Diouf n’a cessé, sous sa
présidence, d’ouvrir les
portes de son pays aux
nombreuses cultures du monde
ainsi qu’à tous les
peuples en souffrance. Son
pays, le Sénégal, est
aussi celui du regretté poéte-président
Léopold Sédar Senghor,
artisan de la construction
francophone aux côtés de
Habib Bourguiba et de Hamani
Diori. Senghor l’initia
patiemment à l’art de
l’Etat et du gouvernement,
avant de faciliter son
accession à la présidence
de la République. Digne
successeur du chantre de la
négritude à la tête
d’une nation métisse et
francophone, Abdou Diouf,
aujourd’hui âgé de 67
ans, a quitté la
magistrature suprême du Sénégal
en 2000. Il aura poursuivi
le parcours démocratique de
la jeune nation sénégalaise,
après Senghor. Usant de méthodologie,
de lucidité et de patience,
jusqu’à ce qu’advienne
l’alternance démocratique
du 19 mars 2000. Son
successeur, Abdoulaye Wade,
est à l’origine de sa
candidature à l’OIF. L’échec
de celle-ci sera aussi celui
du président Wade et de la
diplomatie sénégalaise résolument
mobilisée pour cette élection.
C’est dire que la
candidature de Abdou Diouf
est une aubaine politique
pour la communauté
francophone, engagée sur la
voie de la diversité, de la
quête démocratique et de
la promotion des droits de
l’homme. L’ancien président
sénégalais est allé au
bout du jeu démocratique.
Son travail a été
remarquable, en matière
d’approfondissement de la
démocratie, de
consolidation de l’Etat de
droit et des libertés
fondamentales au Sénégal.
haut
14 Palestiniens tués
lors d'une incursion israélienne
à Khan Younès
publié par l'AFP le 7
octobre 2002
14 Palestiniens ont été tués
et une centaine blessés
lundi lors d'une incursion
de l'armée israélienne
dans le camp de réfugiés
de Khan Younès, dans le sud
de la bande de Gaza, une des
plus meurtrières depuis le
début de l'Intifada. L'armée
israélienne a affirmé que
cette opération menée dans
le quartier d'Amal, avait
pour but de "détruire
des infrastructures
terroristes" du Hamas.
Le mouvement islamiste
palestinien a, lui, appelé
à intensifier les attentats
suicide en Israël, en représailles
à ce "massacre".
Cette nouvelle flambée de
violence survient alors que
le chef de la diplomatie
européenne Javier Solana
effectue une visite au
Proche-Orient. Des chars
israéliens, appuyés par
des hélicoptères d'assaut,
sont entrés dans la nuit
dans le camp de réfugiés,
avant de regagner à l'aube
leur base dans la colonie de
Gané Tal. Selon des sources
hospitalières
palestiniennes, huit des
Palestiniens morts ont été
tués par une roquette tirée
par un hélicoptère de
combat. Une centaine de
Palestiniens ont été blessés
lors de l'incursion, dont
huit par des tirs de l'armée
israélienne contre un hôpital
du camp, a-t-on appris de
source médicale. Ces morts
portent à 2.561 le nombre
de personnes tuées depuis
le début de l'Intifada fin
septembre 2000, dont 1.895 côté
palestinien et 615 côté
israélien.
Des milliers de Palestiniens
participaient à la mi-journée
dans le camp de Khan Younés
aux funérailles de victimes
de l'incursion israélienne.
Entre-temps, à Gaza, le
chef de la police
palestinienne anti-émeutes
Rajed Abou Lehya, 55 ans, a
été abattu dans la matinée
par balles par des inconnus
masqués, alors qu'il
circulait dans sa voiture,
ont rapporté des sources
policières et des témoins.
La police palestinienne a
accusé le Hamas de l'avoir
tué. A propos de son
incursion à Khan Younés,
l'armée israélienne a
indiqué que le quartier d'Amal
était "connu comme
place forte du Hamas".
"Durant les
perquisitions, l'armée a découvert
un sac contenant des
mortiers et des engins piégés
qu'elle a fait exploser. Un
Palestinien recherché pour
ses activités terroristes a
en outre été arrêté
alors qu'il cachait un engin
explosif artisanal sous son
manteau", a affirmé
l'armée dans un communiqué.
Interrogé à la radio
publique israélienne, le général
Israël Ziv, commandant du
secteur de Gaza, a déclaré
: "Nous avons pris en
compte qu'il pourrait y
avoir des victimes civiles,
mais la plupart des tués étaient
des hommes armés qui ont
attaqué nos soldats à
l'arme automatique et à la
grenade avant d'être
abattus". "Ces
derniers mois, il y a eu de
très nombreux tirs d'obus
de mortier et de missiles à
partir du quartier de Amal
contre les implantations
(juives) de Gouch Katif"
(sud de la bande de Gaza),
a-t-il indiqué.
De son côté, le Hamas a
appelé toutes les
organisations armées
palestiniennes à frapper
Israël. "Nous
demandons à tous les
groupes armés palestiniens
(...) d'intensifier leurs opérations
et de frapper partout en
Israël", a affirmé à
l'AFP Abdel Aziz Rantissi,
un haut responsable du Hamas.
L'un des principaux négociateurs
palestiniens Saëb Erakat a
"rejeté sur Israël
l'entière responsabilité
de ce massacre odieux",
et affirmé qu'il s'agissait
"d'un prélude à une réoccupation
israélienne de la bande de
Gaza". Un des
principaux conseillers du président
de l'Autorité palestinienne
Yasser Arafat, Nabil Abou
Roudeina, a appelé l'ONU à
envoyer une force de
protection internationale
dans les territoires
palestiniens. "Nous
demandons également aux
dirigeants arabes de se réunir
de manière urgente pour évaluer
la situation et en
particulier les massacres
sans fin commis par le
gouvernement israélien
contre le peuple
palestinien", a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie
européenne Javier Solana
doit s'entretenir en fin de
journée avec le Premier
ministre israélien Ariel
Sharon, et doit également
rencontrer M. Arafat à
Ramallah. haut
Un pétrolier français
explose au Yémen
paru dans Ouest-France le
7 octobre 2002
Deux ans après une attaque
contre une frégate américaine,
au mouillage devant le port
yéménite d'Aden, une
explosion a détruit un pétrolier
français qui s'apprêtait
à pénétrer dans le
terminal offshore d'Al-Dhaba,
sur la côte sud-est du Yémen.
Un des 25 membres d'équipage
est porté disparu. Depuis
dimanche matin, un immense
panache de fumée noire
masque l'épave du pétrolier
français Limburg.
Hier, vers 8 h (heure
française), une explosion a
secoué les 300.000 t
du Limburg qui a pris
feu à trois milles du
terminal pétrolier d'Al-Dhaba,
sur la côte sud-est du Yémen.
Dans un premier temps, les
autorités yéménites ont
privilégié la thèse de
l'accident, mais des sources
consulaires françaises ont
rapidement suggéré qu'un
attentat aurait pu viser le
bateau. "Il semble
qu'il s'agit d'un attentat
dans le style de l'USS
Cole", a expliqué
Marcel Goncalves, le
vice-consul de France à
Sanaa. Le pétrolier a été
percuté par une petite
barge remplie
d'explosifs." Cette
hypothèse est soutenue par
des responsables de la société
Euronav. Cette société basée
à Saint-Herblain, près de
Nantes, est propriétaire du
navire. "Pour nous,
c'est un acte volontaire,
estimait Jacques Moizan, le
directeur d'Euronav. Car,
pour transpercer la première
coque de ce pétrolier
double coque, en très bon
état et âgé seulement de
deux ans, il faut une énergie
très, très forte." Le
commandant du Limburg,
que les responsables d'Euronav
ont pu joindre par téléphone,
a confirmé qu'une barge s'était
approchée du pétrolier.
Peu après, une explosion éventrait
le flanc du bateau que son
équipage a évacué trois
heures après le drame.
A Paris, le gouvernement,
qui a décidé, hier soir,
d'envoyer des enquêteurs
sur place, se refuse à
parler d'attentat.
"Tout commentaire sur
la cause de cet incendie
serait prématuré", a
précisé un porte-parole
des Affaires étrangères.
Gilles de Robien, le
ministre des Transports, a
toutefois déclaré que,
s'il s'agissait d'un
attentat, "ce serait
gravissime". Si 24 des
25 membres d'équipage ont
pu être recueillis par les
sauveteurs, un ressortissant
bulgare est porté disparu.
Douze marins ont également
été blessés ; ils
pourraient être évacués
vers une base française de
Djibouti. Par ailleurs, les
autorités locales craignent
une importante pollution.
Les cuves du bateau, qui dérive
vers la ville de
Al-Moukallah, contenaient
397.000 barils de brut
(56..000 t). Une
cellule de crise a donc été
mise en place et un navire
de lutte contre la pollution
a quitté Aden.
Deux ans après l'USS
Cole
Alain Ferré, le directeur
administratif d'Euronav,
estime que " a
priori, ni les intérêts
français, ni les intérêts
américains, ne sont visés
par cet hypothétique
attentat (...) On veut sans
doute plutôt dissuader les
pétroliers d'aller charger
dans le golfe
Persique". Cette
attaque fait suite à une récente
mise en garde des Etats-Unis.
Le 10 septembre dernier, la
marine américaine a averti
que des informations non
confirmées indiquaient que
des hommes du réseau
terroriste Al-Qaida
projetteraient d'attaquer
des pétroliers circulant
dans le golfe Persique et
autour de la Corne de
l'Afrique. Les américains
estimaient que cette menace
devait être prise au sérieux.
L'attentat à la barge piégée
contre le pétrolier français
intervient presque deux ans,
jour pour jour, après une
attaque lancée contre une
frégate américaine au
mouillage devant le port yéménite.
Cet attentat avait fait 17
morts parmi les marins et
les deux kamikazes avaient
également péri.
haut
Le couple
franco-britannique existe
aussi !
Jack Straw inaugure
aujourd'hui l'exposition
Constable à Paris
par JOHN HOLMES, publié
dans le Figaro le 7 octobre
2002
L'auteur
est ambassadeur de
Grande-Bretagne en France
John Constable est à
l'honneur au Grand Palais à
partir d'aujourd'hui.
L'admirable paysagiste
britannique n'a jamais mis
les pieds en France, et
pourtant cette exposition
est pour lui une façon de
boucler la boucle : deux de
ses tableaux les plus connus -
La Meule à foin et Vue
sur la Stour - ont
été présentés pour la
première fois à Paris, au
Salon de 1824, à une époque
où, paradoxalement, il était
plus apprécié en France
que dans sa Grande-Bretagne
natale. Peut-être a-t-il été
un peu négligé ici depuis,
mais là-bas sa renommée
est grande. Cette nouvelle rétrospective
est l'occasion de retrouver
la puissance et la modernité
de son art -
extraordinaire pour ceux qui
n'en connaissent que des
reproductions médiocres -
auxquelles le public français
ne peut qu'être sensible.
Cette manifestation
culturelle amène aussi à
s'interroger sur la qualité
et sur l'intensité des
rapports entre la France et
la Grande-Bretagne. On porte
à juste titre beaucoup
d'attention à la réconciliation
franco-allemande, sur
laquelle s'est bâtie
l'Europe. On devrait à mon
sens réfléchir davantage
à la manière dont la
France et la Grande-Bretagne -ces
deux pays voisins qui ont
une histoire commune, les mêmes
aspirations et qui partagent
une même vocation mondiale
- ont su dépasser leurs
rivalités du passé pour
nouer des rapports forts et
dynamiques dans pratiquement
tous les domaines et à tous
les niveaux. Vous me direz
que c'est de la langue de
bois diplomatique, et que
les ambassadeurs sont payés
pour ça. Rien n'est
pourtant plus essentiel à
l'intégration de l'Europe -
et à la montée en
puissance d'une Europe qui
sache parler haut et fort
sur la scène mondiale -
que le couple
franco-britannique.
Les observateurs extérieurs
mesurent mal, par exemple,
l'envergure de notre coopération
en matière de politique étrangère
et sur le front de la défense.
La presse, de part et
d'autre de la Manche, est
bien plus prompte à
s'emparer des petits différends
tactiques qui peuvent surgir
entre nous ici ou là. Les
journalistes forcent le
trait jusqu'à la caricature
plutôt que d'ouvrir les
yeux sur la réalité du
dialogue que nous
entretenons dans les faits,
sur l'ampleur de nos échanges
et sur la profondeur des
valeurs dont nos deux pays
sont porteurs. En Afrique,
nous faisons de plus en plus
cause commune en prodiguant
une aide constante à ces
pays, et en y faisant un
effort croissant pour
favoriser la bonne
gouvernance et promouvoir la
croissance. Dans les
Balkans, c'est à la coopération
entre la France et la
Grande-Bretagne que l'on
doit les progrès politiques
stupéfiants de ces dernières
années. Au Moyen-Orient,
nous donnons expression à
la vive inquiétude que nous
inspire l'impasse du
processus de paix, et à la
volonté qui nous anime de
voir l'Europe prendre
davantage fait et cause pour
sortir les protagonistes de
l'enlisement, en menant
notre action diplomatique au
coude-à-coude. A propos de
l'Irak, nos deux pays
cherchent l'un comme l'autre
à priver Saddam Hussein de
ses armes de destruction
massive et, si possible, à
y parvenir via l'action des
Nations unies.
C'est de tous ces dossiers
que s'entretiendront
aujourd'hui le ministre
britannique des Affaires étrangères,
Jack Straw, et son homologue
français, Dominique de
Villepin, à l'issue de
l'inauguration de
l'exposition Constable au
Grand Palais. Le caractère
intemporel de l'art se marie
là parfaitement avec les
problèmes au jour le jour
de la diplomatie, qui présentent
une réelle gravité, pour
éphémères qu'ils soient.
Cette rencontre intervient
à un moment où les deux
problèmes épineux qui
empoisonnaient les relations
franco-britanniques sont en
bonne voie de se résoudre :
le gouvernement français
vient de lever l'embargo sur
le boeuf britannique, et les
efforts conjoints menés
pour tarir les flux de
clandestins qui essaient de
gagner l'Angleterre depuis
Calais sont en passe de
porter leurs fruits. Nous
pouvons tant faire ensemble
pour ramener un peu d'ordre
et de stabilité dans notre
monde actuel, qui en a bien
besoin ! Or, nous n'y
parviendrons qu'en tournant
le dos aux stéréotypes éculés
que les observateurs se
plaisent à ressasser. A
savoir :
– qu'à choisir la
Grande-Bretagne préférera
toujours les Etats-Unis à
l'Europe, alors qu'elle est
européenne de tout coeur et
qu'elle ne voit d'ailleurs
pas la nécessité de faire
un choix ;
– que la Grande-Bretagne
est le pays de la précarité
du travail - voire de
l'esclavage - et de
l'exploitation d'une
main-d'oeuvre qui se trouve
en outre en butte à la
paralysie des transports en
commun - même si nous
reconnaissons qu'il était
grand temps d'investir dans
les services publics ;
– ou encore, ce qui est
encore plus hasardeux et
fallacieux, qu'elle s'est
montrée complaisante vis-à-vis
du terrorisme islamique pour
avoir la paix sur son
territoire. Depuis quand, en
effet, les gouvernements
britanniques ont-ils transigé
avec les terroristes de tout
poil ? En Grande-Bretagne,
les caricatures sur la
France ne manquent également
pas. La réalité est tout
autre : c'est par centaines
de milliers que les
Britanniques viennent s'établir
en France et que les jeunes
Français élisent domicile
à Londres. L'inter dé
pendance économique et
commerciale entre nos deux
pays est un fait patent : la
France est aujourd'hui le
premier investisseur
outre-Manche. La kyrielle de
liens qui nous unissent est,
au contraire, faite de
l'estime réciproque que
nous nous portons -
comme du malin plaisir que
nous prenons à constater
nos différences de vues et
à alimenter nos rivalités,
à l'occasion. C'est d'un même
oeil que nos deux pays -
qui se placent au premier
rang de l'effort de défense
sur le Vieux Continent -
voient l'avenir de l'Europe,
et le poids qu'elle pourra
un jour exercer sur la scène
mondiale. Jack Straw aura décidément
beaucoup à dire à
Dominique de Villepin à sa
sortie du Grand Palais.
haut
Europe,
Etats-Unis, deux planètes
par PATRICK ARTUS, publié
dans Libération le 7 octobre
2002
L'auteur
est directeur des études à
la Caisse des dépôts et
consignations
A première vue, il existe
beaucoup de similitudes
entre les évolutions économiques
en Europe (continentale) et
aux Etats-Unis :
ralentissement de la
croissance, chute des
Bourses, pertes d'emplois,
report des épargnants vers
des actifs financiers moins
risqués, recul de
l'investissement des
entreprises. Cependant, un
examen attentif montre de
considérables écarts qui révèlent
les différences
structurelles entre les deux
régions. Ces écarts
concernent l'attitude des
consommateurs, les réactions
des politiques économiques,
le comportement des
entreprises. Ce qui concerne
les consommateurs est connu
: les ménages américains
ont un appétit de dépense
et un optimisme étonnants.
Même si les reculs des
indices de confiance sont
similaires, on n'a pas vu
aux Etats-Unis de remontée
de l'épargne, de freinage
de l'endettement ; la baisse
des taux d'intérêt sert à
financer des achats de
voitures, à acquérir des
maisons plus grandes sans
accroître le service de la
dette. En Europe au
contraire, surtout en
Allemagne et en Italie,
l'effondrement de la demande
des ménages est
impressionnant.
Le débat de politique économique
est très important.
Faut-il, comme aux
Etats-Unis, une réaction
violente, à la fois des
politiques budgétaire et
monétaire, pour éviter à
tout prix une récession, ou
vaut-il mieux maintenir,
comme dans la zone euro, une
politique économique plus
prudente ? De 2000 à 2002,
l'administration américaine
a transformé un excédent
budgétaire de 2 points de
PIB en un déficit de plus
de 1 point ; les pays de la
zone euro ont accru le déficit
de 1 point sur la même période,
soit 4 fois moins. Le taux
d'intérêt réel à court
terme aux Etats-Unis en 2002
(proche de 0) est bien inférieur
au taux de croissance (2 %)
; dans la zone euro, il est
supérieur : 1 % contre
moins de 1 %. La politique
menée aux Etats-Unis porte
ses fruits, en soutenant la
demande, le crédit, la
solvabilité ; celle menée
en Europe est à peu près
neutre. Le débat porte
essentiellement sur le degré
de préférence pour le présent
: l'administration américaine
veut éviter une récession.
Les Européens (BCE,
gouvernements) prennent le
risque de laisser se développer
une situation de
rationnement du crédit, un
processus cumulatif de
freinage de l'activité.
La réaction des entreprises
au choc est encore plus asymétrique.
Aux Etats-Unis, dès le
milieu de l'année 2001, on
voit une nette remontée des
gains de productivité, une
compression impressionnante
des stocks, un fort recul
des investissements
productifs. Les coûts
salariaux freinent
rapidement et la
profitabilité s'améliore.
Dans la zone euro, au
contraire, on n'a pas encore
vu de réduction
significative de l'emploi,
les gains de productivité
sont pratiquement nuls, le
recul de l'investissement
reste faible, et les profits
continuent à décliner.
C'est probablement d'une
part le fonctionnement du
marché du travail (avec des
coûts de licenciement élevés
en Europe), d'autre part la
pression des marchés
financiers qui expliquent
ces différences. Comme dans
le cas des politiques économiques,
il n'y a pas de bon ou de
mauvais modèle. La réaction
des entreprises américaines
soutient la rentabilité,
permet de réduire la dette
et rapproche le moment où
l'investissement pourra
repartir ; celle des
entreprises européennes évite,
pour l'instant, une dégradation
forte du marché du travail.
Si l'activité reste faible,
elles auront alors à se
restructurer avec plus d'un
an de retard sur les
entreprises américaines. Le
"pari" des
entreprises américaines est
inverse : le coût en
capital humain d'une
restructuration accélérée
est insensé si la crise est
courte. haut
Astronomie
- Un télescope grand
comme la Terre
par GUILLAUME DUVEAU,
publié dans le Figaro le 7
octobre 2002
L'union
fait la force : des
astronomes de plusieurs
continents viennent d'en
faire la démonstration en
mettant en réseau leurs télescopes
à ondes radio. Résultat :
sur l'image obtenue en
combinant les différents
faisceaux des radiotélescopes
on peut distinguer des
objets 3.000 fois plus
petits que ceux observables
depuis l'espace par Hubble.
Après avoir scruté des
galaxies très éloignées,
le "télescope
virtuel" devrait être
pointé sur le centre de la
Voie lactée afin d'en
percer ses mystères. "La
résolution atteinte par ce
télescope est équivalente
au fait de pouvoir observer
de New York les creux et les
bosses d'une balle de golf
à Los Angeles", explique
l'astronome Sheperd Doeleman,
de l'Observatoire Haystack
du MIT aux Etats-Unis.
Performance record obtenue
en combinant les faisceaux
de radiotélescopes situés
dans l'Arizona (Etats-Unis),
au Chili, en Espagne et en
Finlande, avec la
collaboration française de
l'Institut de
radioastronomie millimétrique
(Iram).
Le
principe ? Les ondes radio
qui viennent d'une source
dans l'espace n'atteignent
pas les observatoires
terrestres exactement au même
moment car la distance à
parcourir varie. Leurs temps
d'arrivée sont mesurés très
précisément (au moyen
d'horloges atomiques). Le déphasage
résultant entre les différents
signaux permet de construire
une image de la région
observée. La précision
atteinte est la même que si
on avait un télescope
monolithique dont le diamètre
serait celui qui sépare les
deux télescopes réels.
Voilà quelques années que
les scientifiques utilisent
cette technique, à des
longueurs d'onde de l'ordre
du millimètre (dix fois
plus courtes que celles des
téléphones portables). En
1994, l'Iram avait réussi
pour la première fois à
relier le télescope du
plateau de Bure, dans les
Hautes-Alpes, à la station
située au Pico Veleta en
Espagne, à 1.150 km de là.
Aujourd'hui, la distance a
été multipliée par dix.
Ce dernier a été mis en réseau
avec des installations situées
de l'autre côté de
l'Atlantique. Grâce à ce télescope
"virtuel" d'une
taille voisine du diamètre
de la Terre, les objets célestes
les plus denses de l'Univers
vont peut-être livrer leurs
secrets.
Déjà
les astronomes ont capturé
des images de galaxies éloignées
de trois milliards d'années-lumière
(1 al = 9.461 milliards de
km) de la Terre. Leur but
est d'élucider un des mystères
de la recherche astronomique
actuelle : certaines
galaxies - appelées actives -
émettent plus d'énergie
que l'ensemble de leurs étoiles.
L'excès d'énergie provient
de courants extrêmement
rapides de particules qui
sont éjectées à des
distances de l'ordre de
300.000 années-lumière,
soit dix fois le rayon de
notre galaxie. Ce nouveau télescope
devrait permettre d'observer
le point d'origine de ces
jets, ce qui "représente
la quête du Graal dans
notre discipline", selon
M. Doeleman. La prochaine étape
va consister à regarder
dans notre galaxie la Voie
lactée, où de telles
sources d'énergie ont été
détectées. Notamment en
son centre, à 28.000 années-lumière
de la Terre vers la
constellation du Sagittaire,
où "il devrait y
avoir un énorme trou noir,
d'une masse équivalente à
deux millions de fois celle
du Soleil", explique
Albert Greve, de l'Iram, à
Grenoble. Ces jets de très
haute énergie seraient la
dernière trace de la matière
avant d'être dévorée par
le trou noir. Pour
l'astronome Françoise
Combes, de l'Observatoire de
Paris, "il
pourrait s'agir de la
transformation de l'énergie
gravitationnelle directement
en énergie de rayonnement
autour d'un trou noir".
haut
Ecrire l'histoire de
l'Europe
par GAETANE DE LANSALUT,
publié dans le Monde du 8
octobre 2002
Si l'Europe a une mémoire,
il n'est pas simple de la
restituer. Alors qu'un
rapport sur l'élargissement
de l'Union doit être publié,
mercredi 9 octobre, par la
Commission, des questions
sur la définition du
concept d'Europe, son passé
et son enseignement
demeurent. La toute jeune
Académie d'histoire européenne,
créée en Italie en 2001,
au sein de l'Institut
universitaire européen (IUE),
s'est fixée pour objectif
de les explorer. Comment
utiliser le terme d'Europe
dans les lycées ou à
l'Université ? Comment
l'Europe doit-elle être présentée
par les médias ? Quels sont
les lieux de mémoire européens
? Pour sa première
université d'été à
Florence, du 28 juin au 6
juillet, sur le thème des
"Images de l'Europe, de
l'Antiquité à
aujourd'hui",
journalistes et historiens
avaient été invités à débattre.
Pour les fondateurs de
l'Académie, historiens à
l'IUE, le Grec Anthony Molho,
le Portugais Diogo Ramada
Curto et le Suédois Bo Stråth,
l'enjeu est clair : résoudre
la tension entre l'érudition
historiographique sur
l'Europe et la transmission
de ce savoir. Journalistes
et historiens ont tenté de
croiser leurs approches. Sur
les questions d'immigration
et d'intégration, par
exemple. Pour les
journalistes, il existe une
impuissance à resituer dans
son large contexte européen
l'immigration, trop souvent
pensée en termes nationaux.
Pour Inge Eriksson,
historien suédois, une
meilleure connaissance de
l'histoire européenne doit
permettre aux médias européens
d'être plus vigilants sur
l'utilisation du mot
"immigrant".
Autre sujet, l'Empire romain
: peut-il être perçu comme
le terreau d'une identité
européenne ? Pour le
professeur Aldo Schiavone,
de l'université de
Florence, "l'Empire
romain a intégré
vainqueurs et vaincus, et
assimilé toutes les couches
sociales en assignant à
chacun la place qu'il lui
fallait, en faisant de
chacun un citoyen
universel". Mais
"l'empire n'était-il
pas totalisant ?",
se sont demandés les
historiens. "Qu'enseigner
à nos élèves de cette période
? Faut-il insister sur les mécanismes
d'inclusion de l'empire ou
sur les formes d'opposition
à celui-ci ?" Et
in fine : "Peut-on
comparer les stratégies
romaines d'intégration à
celle de l'Europe
d'aujourd'hui ?"
Difficile de trancher pour
les historiens, car
travailler sur l'histoire de
l'Europe, c'est prendre le
risque d'un usage idéologique
et politique de son passé.
Une certitude, toutefois :
aujourd'hui, c'est bien les
Etats-Unis qui peuvent être
comparés à la civilisation
romaine, avec leur capacité
d'intégration et de mobilité,
et l'Europe comparée à la
Grèce. La tâche de façonner
un passé européen de
l'Europe se révèle
difficile pour les
historiens : ils doivent
tenir compte de l'influence
croissance de la Communauté
européenne et de l'histoire
des différents
Etats-nations. Mais il
semble nécessaire, d'un
point de vue
historiographique, de
construire les outils d'une
vision de l'Europe. "Je
suis né avant la deuxième
guerre mondiale. Le risque
de ne pas penser aujourd'hui
à l'Europe est là,
estime le professeur Molho, qui
caresse l'idée d'une Europe
unie. Je me demande
d'ailleurs quelle est
l'alternative européenne
aujourd'hui aux propositions
américaines…" Du
regard sur le passé dépend
toujours celui sur
l'avenir. haut
Unesco - Création
d'un réseau international de
journalistes
Reconnaissance du rôle des médias
dans la sauvegarde du
patrimoine
par NICOLE PONS, publié
dans le Devoir (Québec) le 5
octobre 2002
Dans le cadre du colloque
international Médias et
patrimoine, Sonia Ramzi,
assistante du sous-directeur
général à la culture de
l'Unesco, présentera son
projet d'un réseau de
journalistes
sensibilisateurs et défenseurs
du patrimoine. Actuellement,
et peut-être plus que
jamais, la communauté
internationale est soucieuse
de la protection et de la
mise en valeur du patrimoine
tangible et intangible -
monuments et sites d'une
part; culture, langue,
musique, danse, folklore,
savoir-faire d'autre part.
Ainsi, en réponse à la
destruction en mars 2001 des
bouddhas de Bamiyan en
Afghanistan par les
talibans, l'année 2002 a été
proclamée Année des
Nations unies pour le
patrimoine culturel. Et
l'Unesco étudie
l'avant-projet de sa 5e
convention qui concernera le
patrimoine intangible.
Réseau
Dans ce contexte, et avec la
conscience que les médias
sont des partenaires très
puissants permettant de véhiculer
les informations à travers
le monde entier, Sonia Ramzi,
assistante du sous-directeur
général à la culture de
l'Unesco, viendra proposer
au colloque Médias et
patrimoine un projet
qui lui tient fort à coeur.
"L'idée de créer un réseau
de journalistes vigilants
envers les problèmes du
patrimoine remonte au séminaire
international du Forum
Unesco-Universités et
patrimoine de Byblos
(Liban), en 2000. Chaque
fois que se tient un congrès,
un colloque, on parle des médias. A
Byblos, nous avons fait un
panel de sept journalistes
de la presse nationale
libanaise intéressés par
le patrimoine. Ils ont parlé
de leur expérience et
soulevé un tas de problèmes",
explique-t-elle.
Il n'est pas toujours évident
de véhiculer l'information
le plus honnêtement
possible. Des pressions
peuvent s'exercer sur la
presse quand elle dénonce
des irrégularités en matière
de patrimoine. Parfois
certains experts ne sont pas
d'accord entre eux à propos
d'un site. Lors de la
reconstruction de Beyrouth
après la guerre, il y a eu
un bras de fer entre des
promoteurs qui, faisant fi
de découvertes archéologiques,
voulaient poursuivre leurs
travaux au détriment de la
partie historique de la
ville, et les défenseurs du
patrimoine. Les émissions
de télévision, les
articles écrits à ce
moment-là auraient eu un
autre retentissement
"si les journalistes du
Liban avaient eu un relais
avec la presse
internationale",
souligne Mme Ramzi. Le réseau
international de
journalistes sera un soutien
pour les journalistes qui défendent
le patrimoine de leur pays.
"Il n'est pas question
de faire un réseau à
n'importe quel prix. Il
devra être objectif,
efficace, intègre. Nous
voulons qu'il soit ouvert,
dans un premier temps, à
des journalistes confirmés
dans le domaine du
patrimoine. Notre priorité
va à la qualité, pas à la
quantité. Nous allons
chercher un noyau fondateur
qui sera le moteur. L'Unesco
va sélectionner un certain
nombre de journalistes spécialisés
pour leur proposer le
projet."
Collaboration avec
les universités
Ce réseau
fonctionnera en étroite
synergie avec le Forum
Unesco-Universités et
patrimoine, un ensemble de réseaux
interuniversitaires mondial
informel, créé en 1996 à
l'initiative de Mme Ramzi,
dans un but d'échanges et
d'entraide entre les
universités (architecture,
archéologie, histoire de
l'art, beaux-arts,
informatique, urbanisme) et
qui en compte aujourd'hui
environ 300, dont
l'Université Laval,
cofondatrice. "Il ne
faut pas oublier que
l'université dans certains
pays, c'est ce qu'il y a de
plus stable." Les
journalistes qui feront
partie du réseau pourront
puiser et vérifier des
informations sûres auprès
des universités de ce
Forum, utiliser leurs
ressources humaines,
techniques et scientifiques.
Inversement, ils pourront
ouvrir leurs rubriques à
des articles d'enseignants
ou de spécialistes du
patrimoine.
Comme le Forum
Unesco-Universités et
patrimoine, le réseau
devrait fonctionner avec une
structure horizontale dans
laquelle tous les
participants ont les mêmes
droits et obligations, et
aussi s'autofinancer.
"L'Unesco n'est pas une
agence de financement et n'a
pas de gros moyens. Nous
voulons mobiliser les différents
acteurs capables
d'intervenir dans le domaine
du patrimoine. Pour le Forum
Universités, l'Unesco n'a
jamais attribué un dollar
et pourtant ça fonctionne
depuis 1996. En plus des réunions,
des séminaires, il y a une
cinquantaine de projets opérationnels.
L'engagement des recteurs a
été déterminant. Elaboré
il y a trois ans, le Pacte
des recteurs a permis de
donner des moyens aux
professeurs de ces universités
pour se déplacer,
travailler, organiser un événement.
Là, ça pourrait être des
patrons de presse ou les
journaliste eux-mêmes",
poursuit Mme Ramzi. Les
questions concernant le
fonctionnement, l'éventualité
d'un statut ou d'un
protocole d'accord, seront
soulevées au colloque Médias
et patrimoine. Il pourrait y
avoir des "points
focaux" comme pour le
Forum Universités, avec
notamment deux universités
très actives dans ce forum :
Laval et Valencia (en
Espagne), ou "une
locomotive". Pourquoi
pas aussi des ateliers ou la
participation d'universités
en journalisme ? Tout
ça sera étudié de très
près.
Créer une autorité
morale
Le but de l'Unesco
est d'obtenir le soutien de
certains journalistes en
tant que défenseurs du
patrimoine, qu'ils soient
attentifs, qu'ils aient un rôle
de sensibilisation, sans
perdre de vue les deux
objectifs majeurs de
l'Unesco : renforcer le
rôle du patrimoine créateur
d'une dynamique de développement
économique par le tourisme
culturel, la revalorisation
des arts et des techniques
traditionnelles ; renforcer
le rôle fédérateur du
patrimoine, celui de ciment
entre les différents pays
et les différentes
communautés, "car le
patrimoine, ça appartient
à tout le monde".
"Mais attention, nous
ne sommes pas en train de créer
des journalistes sur mesure
qui travaillent pour le
compte de l'organisation.
Nous disons : nous
avons besoin de vous. Est-ce
que vous pouvez nous aider
dans notre tâche ? En
étant vigilants pour le
patrimoine, en devenant une
autorité morale et
objective vis-à-vis de ces
chefs d'oeuvre de l'humanité ?",
précise Mme Ramzi. Il y
aura toujours un lien avec
l'Unesco, comme pour le
Forum Universités où les
projets sont mis en oeuvre
en étroite collaboration.
Et l'Unesco alimentera le réseau
de toutes les informations
en sa possession sur le
patrimoine. Sonia Ramzi, qui
coopère régulièrement
avec le Canada depuis 1982
dans le cadre de ses activités
à l'Unesco, notamment avec
l'Université Laval en tant
que chaire Unesco au sein de
l'Institut sur le patrimoine
culturel, est confiante :
"J'ai bon espoir que le
Canada, comme il nous a
toujours habitués, sera
porteur de ce projet." A
suivre de près, donc.
haut
Au Manitoba, une
communauté francophone qui a
enfin le droit d’exister
par SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour le 2
octobre 2002
Pour des étrangers,
le Manitoba serait un héros
de bande dessinée, une sorte
de gentil robot, mais pour les
Canadiens, c’est le nom de
la province la plus centrale
du pays, celle qui abrite
aussi cent mille lacs. Avec un
territoire vaste comme la
France, elle a une population
d’un million trois cent
mille habitants, dont près de
5% sont francophones. Que
viennent faire des
francophones au cœur de l’Ouest
canadien si marqué par la
proximité géographique, économique
et culturelle des Etats-Unis?
C’est là toute l’histoire
du Canada et surtout
l’expression d’une
confiance inébranlable dans
la culture francophone. Vingt
neuf degrés à Winnipeg, fin
septembre, c’est presque un
miracle. Dans les larges
avenues bordées de
constructions basses à la
manière des villes nord-américaines,
les habitants ne cachent pas
leur joie. Ils se promènent
en shorts et débardeurs, et
l’on se croirait dans une
petite ville côtière de
vacances. Pourtant, la ville
est bien loin de la mer. Comme
à Ottawa, un fleuve, "la
rivière rouge" (mais pas
de sang, tient à préciser
notre guide Albert), sépare
le quartier français,
Saint-Boniface, de l’immense
quartier anglais. A
Saint-Boniface, les pancartes
sont bilingues et l’on
pourrait presque y vivre
totalement en français, si ce
n’étaient les exigences économiques
qui font que l’anglais reste
la langue la plus utile.
Comme tous les francophones,
les habitants de
Saint-Boniface sont bien plus
exubérants que les canadiens
anglophones. Ils sont
intarissables sur leurs
conditions de vie et sur
l’histoire de leur lutte,
qui les a finalement menés
aux acquis dont ils bénéficient
aujourd’hui. Car tout n’a
pas toujours été rose pour
eux. Les francophones du
Manitoba évoquent volontiers
les "années
noires", lorsque, à
partir de 1890 - c’est-à-dire
près de 20 ans après l’adhésion
du Manitoba à la fédération
canadienne - l’anglais
est devenu la seule langue
officielle de la province.
L’enseignement du français
a alors été interdit et la
communauté a vaillamment résisté,
entrant quasiment dans la
clandestinité.
Une situation pas toujours
enviable
En 1969, avec l’adoption de
la loi fédérale sur les
langues officielles, la
communauté a voulu obtenir le
droit à l’enseignement du
français mais cela a provoqué
une grave crise dans la
province. Jusqu’en 1983, la
situation des francophones
n’était nullement enviable.
Mais, petit à petit et grâce
à un effort réel de la part
des gouvernements fédéral et
provincial, ainsi que grâce
surtout au dynamisme de la
communauté, les francophones
ont réussi à obtenir le
droit d’enseigner le français
dans leurs écoles et
d’avoir accès aux services
médicaux en français.
Curieusement, la grave crise
des années soixante-dix n’a
pas poussé les
franco-manitobains à
l’exode, vers le Québec par
exemple. Au contraire, ils se
sont accrochés à leur terre
et à leur culture, et,
aujourd’hui, ils ont le
sentiment d’avoir gagné une
grande partie de la bataille.
Leur existence est désormais
reconnue et acceptée, et de
plus en plus d’anglophones
se rendent compte que la présence
d’une communauté
francophone au Manitoba peut
constituer un atout pour
attirer de nouveaux touristes
du Québec et d’ailleurs, à
la recherche "d’un brin
d’exotisme" ou d’un
circuit différent en plein cœur
de l’Amérique du Nord.
Les franco-manitobains (au
total 50.000 personnes) sont
d’autant plus fiers de leurs
acquis que les Québecois ont
souvent dédaigné leur lutte,
considérant qu’il s’agit
d’une cause perdue et
qu’il vaudrait mieux par
conséquent regrouper les
francophones dans une seule
province puissante et
solidaire, au lieu de les voir
dispersés et faibles, dans un
environnement majoritairement
anglophone. Les
franco-manitobains ont donc
lutté quasiment seuls, dopés
par leur grande confiance dans
la justesse de leur cause. Et,
finalement, ils ont obtenu une
reconnaissance quasi
officielle, qui n’est
toutefois pas encore consacrée
dans les textes, mais les
franco-manitobains ne veulent
pas brusquer les choses.
De plus en plus de jeunes
attirés par le bilinguisme
Aujourd’hui, leurs relations
avec les anglophones se sont
nettement améliorées. Sûrs
de leur nombre, ceux-ci ne
craignent plus un renversement
de la situation et acceptent
l’existence de cette
communauté. Mieux, de plus en
plus d’anglophones
souhaitent apprendre le français,
conscients que dans un pays
officiellement bilingue, cela
leur ouvre plus de possibilités
dans la fonction publique.
C’est pourquoi 20.000
Manitobains ont appris le français
dans les écoles
d’immersion, lancées par le
gouvernement. Et, avec les
5.000 diplômés des écoles
françaises du Manitoba, cela
fait chaque année 25.000
jeunes francophones, ou
bilingues, bénéficiant des
avantages des deux cultures.
Lorsqu’on demande aux
franco-manitobains ce que
serait leur présence sans
l’aide massive du
gouvernement (qui distille ses
subventions aux écoles, aux
centres médicaux, dont l’hôpital
Saint-Boniface, au quotidien
La Liberté et au Cercle Molière,
la troupe de théâtre du
couple Mahé, qui lutte bon
an, mal an pour préserver la
tradition théâtrale française
au Manitoba), ils s’énervent
un peu. Pour eux, le
gouvernement a fait le choix
du bilinguisme en adoptant la
loi sur les langues
officielles. Il doit assumer
ses responsabilités. Mais si
la communauté
franco-manitobaine n’était
pas aussi dynamique et déterminée,
le gouvernement ne se serait
pas senti aussi motivé pour
aider la minorité
francophone.
Des moyens pour exister
dans la durée
L’idéal, pour les
franco-manitobains, ce serait
d’encourager un tourisme
francophone vers la province,
qui, dans tout l’ouest
nord-américain, représente
le seul îlot important
parlant français. Car,
contrairement à ceux du
Manitoba, les francophones de
Sasketchaouan et de la
Colombie-Britannique sont très
dispersés et bien peu
nombreux. En fait, après
avoir obtenu une
reconnaissance de la légitimité
de leur existence et tous les
acquis qui vont avec, les
franco-manitobains cherchent désormais
à se doter de moyens de
subsistance qui leur
permettraient de travailler
aussi en français, pour que
cette langue ne soit pas
seulement celle qu’on
utilise chez soi ou entre
amis. C’est là
qu’intervient le Cedem, une
fédération de seize
municipalités francophones,
qui cherche à monter des
entreprises dans l’espace
francophone, pour permettre
aux habitants de travailler en
français. En six ans
d’existence, le Cedem a
multiplié les activités,
pour trouver de nouvelles idées
touristiques, aider à trouver
des projets viables, dans le
cadre du développement rural
spécifique.
C’est ainsi qu’au village
de La broquerie, situé dans
une région où on ne consomme
pas d’alcool, un hôtel doté
d’un bar bien achalandé a
été construit et attire
toute la clientèle de la région,
désireuse de boire un verre.
Selon le Cedem, l’essentiel
est de trouver le bon créneau,
pour bâtir une entreprise
rentable. Le Cedem attache
ainsi beaucoup d’importance
au jumelage entre le Manitoba
et la région du Bas-Rhin en
France, qui permettrait de
nouveaux échanges commerciaux
et peut-être un tourisme
francophone. Les
franco-manitobains sont aussi
assez heureux de voir leurs
représentants faire partie de
la délégation officielle
canadienne au sommet de
Beyrouth. C’est, pour eux,
la reconnaissance officielle
de leur existence en tant que
communauté francophone
dynamique et exemplaire. Ils
espèrent beaucoup profiter de
cette grande réunion
francophone pour trouver de
nouveaux contacts et faire
connaître leur culture, leur
identité, forgée non sans
mal, au fil des crises. Et,
lorsqu’on leur demande si
une langue vaut bien un tel
combat et s’il ne serait pas
plus facile pour eux de
s’intégrer au monde
anglophone, ils en restent
bouche bée. "Ce n’est
pas simplement une langue,
c’est une culture et une
identité. Abandonner le français,
c’est trahir nos ancêtres…",
disent-ils fermement, avec un
rien de compassion pour leurs
compatriotes anglophones qui
cherchent désespérément à
se démarquer des voisins américains.
Au moins, pour eux, les différences
sont claires et elles ne
demandent qu’à s’affirmer
pour concrétiser la diversité
multiculturelle, ferment de
l’unité canadienne.
haut
L'Hexagone, l'islam,
l'Afrique...
La représentation des
musulmans de France en
question
par
EL-HADJI MOUSSA TOURE, AHMED
BABA MISKE et ASANI
FASSASSI, publié dans le
Figaro le 7 octobre 2002
Les
auteurs sont président de la
Fédération française des
associations islamiques
d'Afrique, des Comores et des
Antilles (Ffaiaca) et délégués
de la Ffaiaca à la
Consultation
Africains ou Français ?
Islam d'Afrique ou islam de
France ? Islam modéré,
islam violent ? A ces
questions, à toutes les
questions nous répondons
clairement. Nous n'avons
rien à cacher. La vérité
est la première valeur en
islam et la transparence la
première vertu. Africains
ou Français ? Les deux,
sans hésitation. Nous
sommes africains d'origine,
de fierté, de tradition
culturelle fondamentale.
Nous sommes français de
nationalité, de résidence
et, dans tous les cas, de
coeur et de raison. Nous ne
ressentons aucune
incompatibilité, aucun déchirement,
aucune nécessité de choix.
La France et l'Afrique ont
été unies par l'Histoire,
unies par le destin (nous,
nous disons par Dieu) et il
est trop tard pour les séparer.
Il est trop tard aussi pour
une autre raison : nos
enfants sont français.
N'est-ce pas l'essentiel ?
Notre avenir est donc français.
Islam français, africain ?
Les deux, bien sûr, là
aussi. Pourquoi voudrait-on
nous obliger à disséquer
notre âme, les éléments
les plus profonds de notre
être spirituel, moral,
affectif, intellectuel ?
D'autant plus que l'islam
est une religion
universelle, une religion de
l'universel... spirituel qui
ignore toute discrimination
entre les hommes basée sur
les différences d'ethnies,
de nations, de couleurs, de
cultures...
Mais justement, de ce fait,
l'islam s'adapte partout,
accepte la culture de chaque
peuple, ses coutumes, tout
en gardant l'essentiel de sa
substance spirituelle. C'est
pourquoi cela ne nous gêne
pas que l'on parle d' "islam
de France" ou même
d' "islam français".
La délégation de la
Ffaiaca à la Consultation
("Istichara")
initiée en 1998 par M. Chevènement
n'a-t-elle pas été la
première à proposer qu'on
adopte le titre de "Conseil
français de culte
musulman" ? D'ailleurs
notre propre organisation,
fondée en 1989, s'appelait
déjà Fédération française
des associations islamiques
d'Afrique, des Comores et
des Antilles. Quant à la
propagande qui veut faire de
l'islam une religion de la
violence, c'est... de la
propagande. Sur ce sujet si
sensible, disons d'abord,
pour lever toute ambiguïté,
que nous condamnons toutes
les formes de terrorisme et
toute violence utilisée
sans nécessité absolue de
caractère défensif. Cela
étant dit, l'islam est une
religion de paix, d'amour,
de fraternité, de générosité.
Certains commentateurs mal
intentionnés aboutissent à
des conclusions inverses en
utilisant abusivement
certains versets hors de
leur contexte, et en
oubliant la grande majorité
des textes sacrés. Certains
fanatiques utilisent des
procédés comparables pour
justifier l'injustifiable,
faisant autant de mal à
l'islam que ses pires
ennemis.
Toutes les grandes religions
se rejoignent sur les
grandes valeurs morales et
éthiques. Mais laquelle
d'entre elles n'a pas connu
dans son histoire des périodes
obscures, parfois très
longues, où ces valeurs ont
été gravement violées ?
Les musulmans ne prétendent
pas faire exception à la règle.
Deux remarques cependant :
1°) C'est dans le monde
musulman - à l'époque
où celui-ci abritait la
civilisation phare de
l'humanité, avant de passer
le relais à l'Occident chrétien -
que fut réellement pratiqué
un humanisme de la tolérance,
du pluralisme spi rituel,
intellectuel, du dialogue
interreligieux. Dialogue fécond
entre intelligentsias mu
sulmane, juive et chrétienne
à Bagdad dès le IXe
siècle, puis plus tard en
Andalousie notamment. Avec
plusieurs siècles d'avance
sur l'Occident.
2°) Les tragédies les plus
terribles de l'histoire de
l'humanité n'ont pas été
le fait de musulmans. Pour
ne parler que de l'histoire
récente : des génocides
des peuples amérindiens et
des peuples noirs victimes
de la traite négrière
transatlantique jusqu'à
celui des juifs en plein XXe
siècle, jusqu'au martyre
des Tutsis rwandais, des
Bosniaques et des Kosovars,
des Tchétchènes et des
Palestiniens, les musulmans
ne sont pas en cause si ce
n'est, très souvent, du côté
des victimes (notamment
durant la longue nuit
coloniale). Certes, l'islam
aussi a ses déviants, ses
criminels, ses extrémistes
exaltés parfois sincères,
parfois manipulés. Quelles
que soient leurs
motivations, leurs actes
sont contraires à l'esprit
de l'islam et à son vécu
tel que le vivent et le conçoivent
les musulmans dans leur
immense majorité. C'est
pourquoi les "théories"
et les amalgames utilisés
par des contempteurs de
l'islam pour le mettre en
accusation à propos de la
violence sont plus que
malhonnêtes : criminels et
dangereux. En quoi, en
effet, cela sert-il la cause
de la paix et de la coopération
entre les hommes, entre les
nations, de créer les
conditions d'un "choc
des civilisations"
totalement étranger à la réalité
du monde d'aujourd'hui, et
bien éloigné, en tout cas,
des besoins et des
aspirations des peuples,
notamment musulmans ?
Pour leur part, les
musulmans de France
n'aspirent qu'à vivre en
paix et en harmonie avec
tous les habitants de ce
pays, dans la diversité de
leurs origines et de leurs
choix spirituels et
philosophiques. Ils ont placé
beaucoup d'espoir dans la
Consultation organisée pour
doter le culte musulman
d'une instance représentative.
Les membres de la Ffaiaca
furent parmi les plus
enthousiastes et les plus déterminés
à promouvoir des solutions
équilibrées, sans surenchère,
sans exigences
particularistes. Rôle tout
à la fois dynamique et modérateur
rendu crédible par
l'absence de tout soupçon
d'hégémonisme. Après
avoir ainsi coopéré
loyalement avec l'initiateur
de la Consultation,
Jean-Pierre Chevènement,
puis avec son successeur
Daniel Vaillant dans la même
veine, nous avons été très
agréablement surpris de
voir le nouveau ministre de
l'Intérieur démentir très
vite les mauvais augures qui
prédisaient avec assurance
l'abandon de l'Istichara par
la droite. Nicolas Sarkozy a
montré que dans ce domaine,
aussi, la continuité de l'Etat
républicain n'est pas un
vain mot. Nous sommes tout
à fait en accord avec la
manière dont il a posé le
problème, à partir de
principes très simples : on
reprend la Consultation en
gardant tout ce qui faisait
l'objet d'un consensus, et
qui n'est pas sérieusement
remis en question par les
participants. Et le ministre
joue son rôle de
facilitateur et témoin de
bonne foi, en aidant à la
recherche de solutions équilibrées
pour les points objets de
divergence de fond.
Le culte musulman n'est ni
de droite ni de gauche. Les
musulmans, à titre
individuel, s'inscrivent
librement là où ils
veulent. En tant que
communauté spirituelle, en
tant que composante de la
nation, ils ne peuvent qu'être
sensibles à la manière
dont les dirigeants
politiques traitent leurs
problèmes spécifiques et
les affaires qui leur
tiennent à coeur. C'est
pourquoi il nous paraît légitime
de dire à quel point nous
avons été sensibles à
l'attention que le président
Chirac accorde au monde de
l'islam sur des questions chères
au coeur de tous les
musulmans. En France même,
ces derniers mois ont été
l'occasion de plusieurs
gestes forts, de la visite
historique - la première
depuis 1926 - du chef
d'Etat à la "communauté
musulmane" dans son
lieu le plus symbolique, la
Mosquée de Paris, jusqu'à
la reprise de la
Consultation, en passant par
la nomination de deux
membres du gouvernement
issus de cette "communauté".
Notre souhait le plus cher
est que tous ces efforts
soient productifs, que la réussite
de la Consultation, celle
surtout de l'intégration (économique,
sociale, culturelle,
politique), aboutisse bientôt
à une normalisation, pour
ne pas dire une
"banalisation" de
tout ce qui concerne les
musulmans ; au point que,
par exemple, l'apparition
d'un nom à consonance "islamique"
aux plus hautes fonctions
publiques ou privées cesse
d'attirer l'attention et d'être
un sujet d'étonnement ou d'émerveillement.
haut
Eglise
- Le temps des laïcs
par FADY NOUN, publié
dans l'Orient-le Jour le 8
octobre 2002
La
canonisation, dimanche, de
Jose Maria Escriva de Balaguer
(1902-1975), fondateur de l’Opus
Dei (Œuvre de Dieu), un
mouvement chrétien devenu "diocèse
sans territoire" est, à
sa manière, la confirmation
d’une des grandes vérités
ecclésiales du XXe siècle :
dans la vie de l’Eglise,
c’est "le temps des laïcs".
C’était l’intuition première
de cet ardent missionnaire.
Faire vivre la sainteté "hic
et nunc", ici et
maintenant, à des hommes et
des femmes plongés dans le
quotidien touffu, incapables
de se dégager de leur milieu
professionnel et social pour
prendre le chemin classique de
la perfection. Pas besoin de
le faire, le défi lancé par
le monde moderne au
commandement du Christ
demandant aux fidèles d’être
"saints comme leur Père
est saint", peut être
relevé d’une autre façon,
avait compris Jose Maria
Escriva. Le fondateur de l’Opus
Dei allait devenir, dès 1928,
le pionnier d’une nouvelle
voie vers la sainteté très
proche de celle que, dans une
intuition géniale, Thérèse
de Lisieux avait pressentie à
la fin du XIXe siècle. Une
"petite voie"
accessible à tout venant, non
moins héroïque que la première,
mais pour laquelle on
prendrait désormais les
"petits moyens".
Cette forme de sainteté aller
s’annoncer prophétique, et
le Concile Vatican II, l’événement
ecclésial majeur du XXe siècle,
selon Jean-Paul II, confirmera
la vérité de ces intuitions,
en bouleversant les points de
vue et mettant l’accent sur
la nature de l’Eglise,
peuple de Dieu. C’est-à-dire
en associant les laïcs au
gouvernement de l’Eglise,
non pour se substituer à la
hiérarchie religieuse, mais
pour être son partenaire à
part entière, dans la complémentarité
des charismes et des
institutions. La
floraison extraordinaire des
mouvements d’apostolat laïcs
dans la période
postconciliaire, préfigurés
après la Seconde Guerre
mondiale par des mouvements
comme le Cursillo, les
Focolari, l’Arche de Jean
Vanier et le mouvement Foi et
lumière, et suivis dès la
fin des années 60 par le
Renouveau charismatique, le
mouvement Néo-cathécuménal,
la communauté Sant’Egidio
et en général tous les
mouvements d’apostolat de laïcs
"communautés
nouvelles" et allait
confirmer cette orientation.
Cette floraison deviendra le
ferment de ce que Jean-Paul II
appellera la "nouvelle évangélisation",
c’est-à-dire l’évangélisation
des baptisés, l’évangélisation
d’un peuple nominalement chrétien,
corrodé plus ou moins profondément
par le relativisme éthique si
caractéristique de notre
temps.
Cette floraison, ou disons ce
bourgeonnement avant-coureur
de ce que Jean-Paul II espère
être un nouveau printemps de
l’Eglise, le pape y verra
une des "surprises de
l’Esprit". Dans sa
lettre apostolique A
l’Aube du nouveau millénaire,
le pape affirmera que l’Eglise
est à la recherche de
"nouveaux modèles de
sainteté", ceux
d’adolescents, de mères de
famille, de responsables
politiques qui ont vécu leurs
vertus héroïques dans la vie
de tous les jours. Voilà de
quoi comprendre et situer l’Opus
Dei, un mouvement qui compte
aujourd’hui des milliers de
laïcs et de prêtres à la
fois plongés dans la vie
quotidienne et fervents chrétiens.
L’exigence chrétienne est
la même, l’engagement tout
aussi radical, mais le décor
est différent. C’est aux laïcs
aujourd’hui d’évangéliser
le monde. Le concept de
"mission" au sens
traditionnel du terme est désormais
double et concerne, d’une
part, l’annonce de l’Evangile
à ceux qui ne l’ont encore
jamais entendu, d’autre part
aux millions de chrétiens
"baptisés mais non évangélisés",
qui vivent dans un monde
souvent pétri de valeurs chrétiennes,
mais coupé de ses racines et
de toute référence
personnelle au Christ.
haut
Liban-UE :
A propos de l'existence
d'Israël
paru dans l'Orient-le Jour
le 8 octobre 2002
M. François Harfouche,
chercheur en histoire
universelle, a adressé une
lettre à M. Patrick
Renauld, chef de délégation
de la Commission européenne
au Liban, en réponse à
"une demande par l’Union
européenne à l’Iran de
reconnaître l’existence
d’Israël aux côtés
d’un futur Etat
palestinien". Dans sa
lettre, M. Harfouche a
affirmé qu’ "Israël,
en tant qu’entité
autonome sur un territoire
quelconque, n’a jamais
existé". Pour lui,
"Israël est un terme
flottant" qui, dans la
Bible, désigne "tantôt
un personnage religieux,
tantôt un lieu ou une
tribu". "Insister
sur l’existence d’Israël
et, à partir de là,
l’imposer aux pays qui ne
l’ont pas jusqu’ici
reconnu en tant qu’Etat de
droit, équivaudrait à un
terrorisme intellectuel, énormément
plus grave que tout autre
forme de terrorisme",
a-t-il conclu.
haut
Evasion - Al-Jord : Un
bout de paradis sur les
hauteurs du Hermel et du Akkar
Vivre en nomade le temps d'un
week-end
par SUZANNE BAAKLINI,
publié dans l'Orient-le Jour
le 5 octobre 2002
Un
projet d’écotourisme
couvrant une superficie de
400.000 mètres carrés et
baptisé al-Jord (en référence
au jurd, en d’autres
termes la haute montagne)
s’est niché sur les
hauteurs des trois cazas du
Hermel, du Akkar et de
Denniyé, offrant depuis peu
la possibilité aux amoureux
de la nature de vivre un
week-end en nomades, loin de
tout. Des nuitées dans des
tentes bien équipées, des
randonnées, des repas
traditionnels... mais,
surtout, un dépaysement
total. L’intérêt d’al-Jord
ne se limite pas aux
services qu’il offre aux
écotouristes à la
recherche d’un contact
avec la nature. Le projet a
été conçu pour être écologique
sous divers aspects,
montrant un exemple de développement
touristique respectueux de
la nature, ou, si l’on préfère,
un exemple de développement
durable susceptible de préserver
les ressources naturelles :
système thermique solaire,
compostage et recyclage de déchets,
épuration et réutilisation
des eaux usées, etc. Le
tout en partenariat avec la
population locale.
Peut-on
encore envisager un vrai dépaysement
au Liban ? Des étendues
montagneuses sans aucune
habitation en vue, un bol
d’air frais à plus de
2.000 mètres d’altitude,
des soirées amicales au feu
de bois, des nuitées passées
dans des tentes aussi
rustiques que confortables,
des repas traditionnels
faits maison... Vous pensez
qu’un tel bout de paradis
se trouve loin de chez vous
? Vous n’avez pas tout à
fait tort. Il faut faire
quelque trois heures et
demie de route à partir de
Beyrouth (avec une
demi-heure hors-piste) pour
atteindre le projet écotouristique
al-Jord, sur les hauteurs du
Hermel, du Akkar et de
Denniyé. Mais le moins
qu’on puisse dire, c’est
que le jeu en vaut la
chandelle ! Pour atteindre
ce projet hors du commun, il
faut dépasser le Hermel et
abandonner sa voiture
individuelle ou son taxi au
niveau d’une localité
appelée Marchahine. C’est
là que les écotouristes en
puissance ont rendez-vous
avec les véhicules de la
société al-Jord, chargés
de les conduire jusqu’au
camp (les autres voitures
sont interdites dans les
limites du projet pour préserver
au maximum la propreté de
l’environnement). A
partir de là, c’est
destination dépaysement. Un
signe ne trompe pas : le
signal du téléphone
cellulaire disparaît, comme
pour mieux consommer la
rupture avec les
contingences de la vie
quotidienne. Une demi-heure
plus tard apparaissent les
tentes en peau de chèvre et
en coton, éparpillées sur
une colline à 2.100 mètres
d’altitude.
Savamment conçu, le projet,
situé sur un site de
400.000 mètres carrés,
donne l’impression d’un
camp simplement rustique,
sans aucun lien avec la
modernité, un aspect qui
renforce le sentiment de dépaysement
auprès de citadins assoiffés
de nature. Ce n’est
pourtant pas tout à fait
exact : les concepteurs du
projet ont prévu plusieurs
éléments de confort, comme
les douches d’eau chaude,
les sanitaires, les lavabos,
etc. Toutefois, non
seulement ces éléments de
confort ne tranchent pas
dans le paysage, mais ils
sont également conformes à
des règles et à des méthodes
écologiques strictes, puisées
autant dans la technologie
moderne que dans la
tradition la plus pure.
Ainsi, la température de
l’eau est réglée grâce
à un système thermique
solaire, mais les tentes,
elles, sont chauffées à
l’aide de poêles à
charbon. Nadim Zakhia,
l’un des membres du
conseil d’administration
de la société al-Jord, décrit
les facteurs qui font de ce
camp un projet écotouristique
complet. "Les
constructions - peu
d’entre elles sont en dur -
ont été entièrement réalisées
avec des matériaux de la région,
raconte-t-il. Nous avons eu
recours à un maximum de
produits existants, comme,
par exemple, des pierres
appartenant à des maisons
en ruines. Le bois provient
aussi souvent que possible
de poutres d’anciennes
habitations détruites, ce
qui nous a permis d’éviter
l’utilisation de bois résultant
de l’abattage d’arbres.
Même les produits
alimentaires sont entièrement
achetés auprès
d’agriculteurs et de
commerçants locaux."
Et ce n’est pas tout : les
propriétaires ont opté
pour certaines techniques
modernes pour s’assurer
que l’activité humaine,
à cet endroit préservé et
privilégié par la nature,
soit aussi respectueuse que
possible envers
l’environnement. Une fosse
septique a été construite
avec possibilité de
recycler les eaux usées en
vue d’une réutilisation
dans l’agriculture. Le
système thermique solaire a
été installé avec
l’aide de l’Ademe
(Association française de
promotion de l’énergie
renouvelable), alors qu’un
système de production d’électricité
(également basé sur l’énergie
solaire) est en cours de préparation.
La gestion des déchets
n’a pas été négligée:
compostage pour les ordures
organiques et recyclage pour
un maximum de déchets
d’une autre nature. Au-delà
de cet aménagement
innovateur dans le contexte
libanais actuel, toute une série
de comportements écologiques
sont mis en valeur.
"Nous avons beaucoup
travaillé à la
sensibilisation des
travailleurs, afin de les
encourager à ne pas jeter
d’ordures par terre, par
exemple", explique M.
Zakhia. La sensibilisation
touche aussi, inévitablement,
les clients du projet qui se
retrouvent en contact avec
une matérialisation de
divers concepts écologiques. Afin
de parfaire le caractère
"vert" du projet,
il était indispensable de
mettre un terme à la chasse
sans contrôle dans
l’enceinte du territoire
du camp. Comme l’indique
M. Zakhia, cela n’a pas été
facile. Il a fallu
convaincre les familles de
la région du bien-fondé de
la décision, et leur
laisser le soin de veiller
à ce qu’elle soit appliquée.
Sur une superficie de 25
kilomètres carrés, les
oiseaux vivent dorénavant
dans une paix relative, berçant
les touristes de leurs
chants mélodieux au réveil.
200 km2 pour les
randonneurs
Toutes ces installations
laissent très peu de traces
visibles. Rien ne se place
entre l’oeil et les beautés
qui s’offrent à lui, la
nature sauvage du jurd avec
ses arbres centenaires, et
le spectacle de la chaîne
de montagnes qui, au Nord,
se prolonge jusqu’à
Kornet el-Saouda, le plus
haut sommet du Liban. Les écotouristes
qui ont choisi de vivre une
vie de nomade pour un jour
ou deux ont le choix entre
plusieurs activités. Les
randonnées peuvent s’étaler
sur plusieurs heures (le
domaine qui leur est réservé
est de 200 kilomètres carrés)
avec des itinéraires très
différents et toujours intéressants.
La diversité des paysages
est garantie dans ce coin
magnifique, doté de cours
d’eau, ainsi que d’une
forêt de chênes et de cèdres
à environ une heure et
demie du camp. Les visiteurs
ont également la possibilité
de faire de la bicyclette,
des promenades à dos d’âne,
des parties de
cerfs-volants... Ils peuvent
aussi se reposer tout
simplement en profitant du
grand air et des soirées
agréables près du poêle
ou d’un feu de camp.
D’autres activités
devront être instaurées
dans l’avenir, comme
l’observation des oiseaux,
par exemple. Les
amoureux de la bonne chère
peuvent compter sur la
cuisine qui est excellente,
traditionnelle et variée.
Il va de soi que les trois
repas sont servis dans le
cadre du projet, plus
exactement dans la grande
tente qui sert de cafétéria,
pour un prix de 18 dollars
par jour et par personne.
Les prix du séjour sont par
ailleurs raisonnables. La
nuitée varie entre 12 et 14
dollars, selon les tentes
(certaines, en peau de chèvre,
contiennent des lits hauts
avec leur literie et sont
dotées de murs en pierre
sur les côtés, d’autres,
en peau de chèvre ou en
coton, ont des matelas à même
le sol, sans literie).
Le projet n’est opérationnel
que depuis quelques
semaines, et déjà
l’affluence est
importante. Les visiteurs
rencontrés sur le site sont
invariablement enchantés de
se retrouver dans une
atmopshère si exotique et
si authentique à la fois,
des caractéristiques qui se
perdent souvent ailleurs,
selon eux. Ils se promettent
généralement de revenir,
essayant le plus possible de
ne pas penser au retour en
ville, avec les bruits et le
trafic, et de jouir du calme
souverain de la montagne,
rompu de temps en temps par
le chant d’un oiseau ou le
bêlement lointain d’une
chèvre. Le projet peut
accueillir une cinquantaine
de visiteurs à la fois.
C’est un week-end idéal
pour des groupes d’amis,
des couples ou des familles,
à condition de ne pas
oublier les vêtements
chauds et les chaussures de
marche. Il faut préciser
que la saison 2002 est
presque terminée, puisque
le camp fermera ses portes
fin octobre ou début
novembre en raison des
conditions climatiques. Les
amateurs n’ont donc plus
que quelques semaines pour
jouir de ce paradis niché
dans le jurd, sinon ils
devront attendre mai
prochain. Pour plus
d’informations, il
faudrait se référer au
site de la société - www.aljord.com
, ou appeler l’un des numéros
suivants: 03/648963, ou
03/235303, préférablement
en cours de semaine.
Rentabilité
économique grâce à la préservation
des ressources naturelles
L’importance
du projet écotouristique
al-Jord, qui occupe une
parcelle de terrain de
400.000 mètres carrés dans
les hauteurs des trois cazas
du Hermel, du Akkar et de
Denniyé, c’est qu’il
prouve de façon vivante la
rentabilité économique de
la préservation écologique.
Dans un pays où la
destruction paraît plus
rentable à court terme que
l’option d’un développement
durable, une telle expérience
doit donner à réfléchir
aux responsables des
domaines du tourisme et de
l’environnement ainsi
qu’aux investisseurs,
notamment en raison du
partenariat qui rapproche désormais
les jeunes promoteurs de la
population locale,
aujourd’hui consciente de
l’intérêt de la préservation
de sa région. Le
lancement d’un tel projet
a été, dès le début, une
aventure. L’idée, folle
à l’époque, est née un
jour de septembre 1999,
quand un groupe de jeunes
personnes, qui avaient décidé
de vivre l’expérience de
l’éclipse partielle du
soleil parmi les nomades du
jurd, sont tombés amoureux
d’une terre et se sont jurés
de préserver sa beauté
sauvage. Quelque temps plus
tard, Nadim Zakhia,
Jean-Pierre Zahar et Hiba
Hajj se sont associés à
Ali et Hussein Mounjed Allaw,
propriétaires du terrain.
Auparavant, ils s’étaient
intégrés à la population
locale, pour bien en saisir
la complexe structure
sociale, tribale et
familiale. C’est ainsi
qu’ils ont réussi à
amener les habitants à
accepter l’idée d’un
projet de développement écotouristique
dans la région, à
laquelle, il faut dire, ils
étaient seuls à y croire
jusqu’au jour où, il y a
quelques semaines, les
touristes sont arrivés.
Pour concrétiser les
efforts de préservation, il
fallait donner naissance à
un cycle économique qui
assure la durabilité du
mouvement. "L’écotourisme
était l’option la plus évidente,
raconte M. Zakhia. Or pour
lancer un tel projet, il
fallait fonder une société
qui se chargerait de veiller
à une amélioration de la
situation économique de la
région. Notre choix était
d’adopter un système de
financement privé, ce qui,
à l’époque, nous a évité
de frapper aux portes pour
mieux nous consacrer au
travail sur le
terrain." Parallèlement
à la fondation de la société
al-Jord, une ONG écologique
baptisée Mada a été créée,
avec pour objectif, à long
terme, de surveiller
l’activité de la première
et de veiller à ce que le
caractère strictement écologique
des activités touristiques
soit conservé. Durant une
première étape, les
membres de al-Jord et de
Mada étaient pratiquement
les mêmes. Comment, dans
ces conditions, la seconde
pourra-t-elle effectuer une
surveillance efficace de la
première? «L’association
sera totalement indépendante
de la société avec le
temps, du point de vue des
membres comme d’un point
de vue financier, explique
M. Zakhia. Financièrement,
Mada possède 15% des
actions de al-Jord, ce qui
lui assurera sa durabilité
et lui permettra de garder
l’œil sur la société,
quels que soient les membres
du conseil
d’administration de cette
dernière. Mada devra
d’ailleurs recruter de
nouveaux membres bientôt,
alors qu’une partie des
actions de al-Jord sera mise
en vente pour encourager les
Libanais à faire des
investissements dans l’écotourisme."
L’une des premières
activités de Mada a été
d’organiser des camps d’été
pour les enfants du jurd.
Quant au projet de al-Jord,
il a introduit dans la
collectivité la conscience
de l’environnement comme
source d’activité économique.
"Le changement
d’attitude au sein de la
population locale est
impressionnant, souligne M.
Zakhia. Au début, les
habitants nous observaient
de loin, quelque peu méfiants.
Depuis le lancement du
projet et l’arrivée des
touristes, ils croient en la
possibilité de nouvelles
activités économiques et
viennent nous proposer des
projets. Un groupe
d’hommes nous a rendu
visite dernièrement pour
nous demander de l’aider
à instaurer un élevage de
truites. Comme il y en a déjà
un dans la région, nous lui
avons suggéré de penser
ensemble à une autre
solution." Le groupe de
jeunes gérants du projet
est fier du fait que la présence
du camp contribue à
inverser l’exode rural :
une dizaine de familles sont
revenues passer l’été au
jurd depuis que la
possibilité d’y
travailler existe, alors
qu’elles avaient cessé de
le faire il y a longtemps.
En tout, une trentaine de
familles profitent
actuellement de l’activité
économique générée par
le camp (guides, pourvoyeurs
de produits
alimentaires...). "L’élément
innovateur de notre projet
consiste dans le fait de
prouver le bien-fondé de la
préservation écologique,
explique M. Zakhia. Nous
sommes partis de deux
constatations. D’une part,
la protection de
l’environnement par des décrets
et des lois a
indubitablement échoué au
Liban. D’autre part,
c’est la pauvreté qui
constitue la menace la plus
grave sur les ressources
naturelles."
Nombreux
projets et financements passés
et futurs
Le projet al-Jord devra
connaître une expansion
future, avec de nombreux
projets en perspective et de
financements espérés ou déjà
obtenus :
– le Comité catholique
contre la faim et pour le développement
(CCFD, une ONG française)
finance actuellement un
projet de réhabilitation de
plusieurs points d’eau
dans la région exécuté en
collaboration avec Mada ;
– l’ambassade de France
finance un programme
agricole et un centre de
fabrication d’aliments à
caractère traditionnel
("mouné"), le
Food Production Unit, qui
sera réalisé l’année
prochaine ;
– le ministère de l’Environnement
a apporté son soutien au
niveau de la formation
technique, alors que le
ministère du Tourisme a
contribué à la promotion
du projet et de la région ;
– l’Ademe a aidé au
financement
d’installations à base
d’énergie solaire et a
apporté un soutien
technique ;
– un plan de développement
étalé sur trois ans et
portant sur sept secteurs
(notamment l’agriculture,
la santé, la préservation
des forêts, la création de
possibilités économiques,
la formation...) est
actuellement envisagé. Les
promoteurs attendent
l’approbation d’un
cofinancement du Programme
des Nations unies pour le développement
(Pnud) et du ministère français
des Affaires étrangères ;
– un programme éducatif
à l’intention des enfants
de la région a été financé
par l’ONG allemande
Heinrich Böll ;
– le Mouvement social a
apporté une aide logistique
au groupe. haut
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