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A
l'occasion de la tenue du
sommet de la francophonie à
Beyrouth, l'Express consacre
un dossier spécial aux
Libanais dans le monde, avec
des reportages réalisés dans
plusieurs pays d'Afrique, au
Québec, au Brésil et à
Paris : www.lexpress.fr
(numéro daté du 24 octobre).
Communauté - Bkerké accuse
l’Etat de miner la démocratie
"Non" des évêques
maronites à la circonscription
électorale unique
paru dans l'Orient-le Jour
le 3 octobre 2002
Prenant position dans la crise
politique interne, l’Eglise
maronite, par la voix du
Conseil des évêques
maronites, qui a tenu hier sa
réunion mensuelle sous la présidence
du patriarche Nasrallah Sfeir,
a fermement condamné le harcèlement
politique et judiciaire par
l’Etat de la Rencontre de
Kornet Chehwane, sans pour
autant nommer cette dernière.
Ce harcèlement a été
assimilé à une incitation à
la dissension civile et
confessionnelle. Cette
politique met en péril les
fondements de la démocratie,
constate encore le Conseil des
évêques maronites, qui dénonce
à l’avance tout projet de
loi électorale qui
transformerait le Liban en une
circonscription unique. Voici
le texte intégral du
communiqué du Conseil des évêques
maronites :
"Ce mercredi 2 octobre, réuni
sous la présidence de S.B. le
patriarche, le cardinal
Nasrallah Boutros Sfeir, le
conseil des évêques
maronites a examiné la
situation interne et passé en
revue des questions d’Eglise. A
l’issue de sa réunion, il a
fait paraître le communiqué
suivant :
1- Le Conseil est indigné par
la tension qui se manifeste
sur le plan interne et dénonce
énergiquement les mesures
prises par l’Etat, au point
que la moitié de la
population semble prise pour
cible. Des dossiers poussiéreux
sont exhumés des caves du
Palais de justice, des soupçons
sont dirigés contre tous ceux
qui ont participé à un congrès
ou un rassemblement politique
à l’intérieur ou à
l’extérieur du pays. Par là,
l’Etat encourage
officiellement l’hostilité
d’un groupe contre
l’autre, que ce soit au
niveau de partis scindés ou
au niveau de rencontres
politiques dressées l’une
contre l’autre pour s’éliminer
mutuellement. Des polémiques
verbales opposent même ceux
qui occupent des positions
politiques élevées, des
convocations judiciaires et
des mandats d’amener sont établis
au nom d’anciens hauts
responsables, des banderoles
incendiaires sont déployées
au Nord au vu et au su des
forces de l’ordre et des
mesures sont prises pour étouffer
toutes les voix libres qui
tentent de se faire entendre,
alors même que la
Constitution garantit la
liberté d’expression. Cette
confusion sans précédent se
manifeste alors même que se
poursuivent les préparatifs
pour la tenue du forum Paris
II et du Sommet de la
francophonie à Beyrouth.
Est-ce donc le climat
favorable à leur tenue et à
leur succès ?
2- Les responsables ont-ils
conscience du fait que les
mesures qu’ils prennent
aujourd’hui contre ceux
qu’ils estiment être leurs
adversaires pourraient un jour
être prises contre eux par
ceux qui, demain, les considéreraient
à leur tour comme des
adversaires ? Se croient-ils
au-dessus de tout soupçon,
alors même que ce témoignage
est porté contre eux par
l’un d’entre eux : le
problème n’est pas dans
l’absence de lois, mais dans
la décision des responsables
d’ignorer les lois. Est-ce
ce climat chargé d’animosité
et de haine qui sauvera le
pays de ses épreuves ? Les
a-t-on informés du fait que
des Libanais se jettent, aux
heures tardives ou avant la
levée du jour, sur les
poubelles d’ordures ménagères,
à la recherche de leur
nourriture ?
3- Les responsables ont-ils
conscience que s’ils étouffent
les voix critiques des
opposants et mettent hors-jeu
ceux qu’ils estiment être
leurs adversaires, c’est le
régime démocratique
distinctif du Liban dans la région,
aussi imparfait qu’il soit,
qu’ils auront étouffé ? Et
que c’est donc leur propre
personne que, tôt ou tard,
ils auront éliminée ? De
plus, est-ce avec une loi électorale
faisant du Liban une
circonscription unique, même
avec un premier tour au niveau
de la petite circonscription,
qu’ils pensent assurer une
représentation authentique
des électeurs ? N’est-ce
pas le meilleur moyen, comme
on l’a dit avec humour, de
faire prendre aux candidats le
train, après leur avoir fait
prendre, auparavant,
l’autobus ?
4- Les Libanais de tous
horizons oublient-ils que des
nuages menaçants
s’amoncellent à l’horizon
et augurent d’une guerre
dont les initiateurs sauront
quand elle commencera, mais ne
savent pas quand et comment
elle finira ? Et pour éviter
certaines de ces retombées,
ne vaudrait-il pas mieux nous
solidariser et serrer nos
rangs, plutôt que d’aller
à son encontre avec nos
divisions et nos morcellements
? Ne vaut-il pas mieux s’y
préparer par des réconciliations
plutôt que par des déclarations
de guerre ? Nous nous
contenterons de poser ces
questions parmi de nombreuses
autres que l’on pourrait
poser.
5- En ce mois marial consacré
au Rosaire, nous nous tournons
vers Dieu, par
l’intercession de la Vierge
Marie, Mère de Dieu, et de
sainte Thérèse de l’Enfant
Jésus dont les reliques reçoivent
au Liban un accueil des plus
chaleureux, dans la foi
qu’elle passera son Ciel à
faire du bien sur la terre, et
nous implorons le Très-Haut
de nous rétablir, de nous
purifier de nos haines, de
nous accorder la grâce de
nous unir pour notre bien et
celui de notre pays, afin que
l’Etat retrouve ses
composantes perdues de dignité,
d’indépendance, de
souveraineté et de libre décision."
haut
par GABY
NASR, publié dans l'Orient-le
Jour le 4 octobre 2002
Dans le
temps, on disait : "Les
gens du pouvoir se partagent le
gâteau." Aujourd’hui,
nada le gâteau, mais ce sont
les gens du pouvoir qui ont une
tronche de cake. Comme y a plus
rien à partager, ils se
rabattent sur les rognures que
veulent bien leur laisser les frérots
d’à côté. Panmunjom, tu
connais ? On devrait la poser
celle-là pour faire gagner des
millions à la télé. Tu sais,
ce jeu qui, pendant les six
premières questions, fait
croire à un âne qu’il est
savant. Bon, je t’abrège :
Panmunjom, c’est ce trou perdu
qui, pendant 50 ans, a joué les
symétries bilatérales entre
les deux Corées. Tout y était
fifty-fifty : une bicoque coupée
en deux, deux portes d’entrée,
une seule table, mais
rigoureusement à califourchon
entre le Nord et le Sud. Les
deux délégations y entraient,
s’engueulaient, puis
ressortaient en se tirant
dessus.
Chez nous, c’est du kif. Y a
la bande à Mimile et la bande
à Bouboule. Les premiers sont
nos Coréens du Nord à nous :
complotite aiguë, sécuritite
monomaniaque, grandes stratégies
et petites mesquineries. Les
seconds, en bons Coréens du
Sud, vivent de fric et de troc.
Avec en plus des hures compassées,
puisqu’on leur a sans doute
appris que les riches, ça doit
toujours faire la gueule aux
minables. A partir de là,
tu prends les sujets au hasard :
Papa Gemayel et ses Puma ? La
MTV de Tonton ? Le Maronistan
qui râle ? Bas les pattes ! Ce
sont les Chicoréens du Nord qui
s’en occupent. Là, Bouboule
s’en lave les mains, sifflote
en regardant ailleurs et réussit
le tour de force d’être
pesant sans jamais faire le
poids. FMI, Banque mondiale,
Paris II ? Dégage ! C’est la
tambouille des Chicoréens du
Sud. Sous les ricanements de
leurs rivaux du Nord, qui leur
savonnent la planche en priant
pour qu’ils s’étalent.
Ainsi va le pays, de
crocs-en-jambe en coups de
Jarnac. Les âneries se
ramassent à la pelle… Les
souvenirs et les regrets des
Libanais aussi !
haut
L’Union
européenne préoccupée par les
atteintes à "la liberté
d’expression des médias"
Affaire MTV - "Une décision
inappropriée", affirme
Gabrielidès au nom de l’UE
paru dans l'Orient-le Jour
le 4 octobre 2002
Après les
Etats-Unis, c’était hier au
tour de l’Union européenne de
faire part aux autorités
libanaises de sa préoccupation
face à la fermeture de la MTV,
affirmant qu’une mesure
pareille risque de nuire à la réputation
du Liban en tant que pays qui
respecte la liberté
d’expression. La prise de
position de l’UE a été
officiellement communiquée au
palais Bustros par
l’ambassadeur de Grèce,
Georges Gabrielidès, dont le
pays représente au Liban le
Danemark qui assume la présidence
tournante de l’UE et qui n’a
pas d’ambassade à Beyrouth.
M. Gabrielidès, qui a été reçu
par le secrétaire général du
ministère des Affaires étrangères,
Mohammed Issa, était accompagné
du premier secrétaire de la délégation
de l’Union européenne au
Liban, Acosta Soto. Au
terme de l’entretien, le
diplomate grec a précisé à la
presse que c’est au nom de
l’UE qu’il a entrepris cette
démarche au sujet de la MTV.
"Nous avons affirmé
(devant M. Issa) le point de vue
de l’Union européenne qui
pense que la fermeture de la chaîne
de télévision pourrait mettre
en danger la très bonne réputation
du Liban en tant que pays qui
respecte la liberté
d’expression des médias",
a déclaré M. Gabrielidès.
"L’UE, a-t-il ajouté,
regrette la fermeture de la MTV
et exprime sa préoccupation
parce que cette décision est
inappropriée et qu’il y a eu
un recours à la force pour la
mettre en œuvre." Selon le
diplomate, c’est "en sa
qualité d’ami du Liban et de
partenaire de Beyrouth dans le
cadre de l’accord
d’association que l’UE
souligne qu’il est dans
l’intérêt du Liban et de son
image d’autoriser la liberté
d’expression et notamment
l’expression d’une multitude
d’opinions". Prenant à
son tour la parole, M. Issa a
indiqué à la presse, dans ce
qui semble être une réponse
aux propos du diplomate, que
"le Liban et les libertés
vont de pair", affirmant
que la MTV "n’a pas été
fermée par décision du
gouvernement libanais mais en
vertu d’un jugement judiciaire
et conformément à une loi qui
autorise ses propriétaires à
faire appel". Le secrétaire
général du palais Bustros a nié
"tout recours à la force
contre les personnes qui se
trouvaient au siège de la télévision"
au moment où les forces de
l’ordre ont voulu exécuter le
verdict du tribunal des imprimés.
"Il y a eu une bagarre
parce qu’ils (les employés)
ont refusé d’évacuer le bâtiment
après la publication du
jugement", a-t-il dit, en
rappelant qu’un président du
tribunal des imprimés a été
nommé et que cette instance
examinera le recours qui lui
avait été présenté par les
avocats de la MTV contre la décision
de fermeture.
M. Issa a aussi affirmé avoir
expliqué aux deux diplomates
que le Liban "est attaché
à la liberté d’opinion,
d’expression et de
croyance", et que
"chaque personne a le droit
de dire ce qu’elle
souhaite". Il a indiqué
que "d’autres télévisions
diffusent des critiques contre
l’Etat, plus sévères que
celles de la MTV, et n’ont pas
été fermées". Selon
M. Issa, MM. Gabrielidès et
Soto se sont dits "satisfaits"
de ses explications. Le secrétaire
général du palais Bustros a de
nouveau indiqué que la MTV a été
fermée parce que l’article 68
de la loi électorale
interdisant aux médias la
propagande électorale n’avait
pas été respectée. Il a fait
remarquer qu’un juge "ne
peut pas rendre un jugement sans
se référer à un texte de loi,
sinon la personne lésée par
son verdict peut demander
qu’il soit relevé de ses
fonctions". Au journaliste
qui lui faisait remarquer que
les puissances occidentales sont
persuadées qu’il y a eu une décision
politique et non judiciaire de
fermer la MTV, M. Issa a répondu
: "C’est peut-être parce
qu’elles ignorent qu’il y a
au Liban une vraie séparation
des pouvoirs. C’est ce que
j’ai expliqué à
l’ambassadeur américain,
Vincent Battle, lorsque je
l’ai convoqué pour cette même
affaire." Rappelons que les
Etats-Unis avaient été les
premiers à critiquer la
fermeture de la télévision de
M. Gabriel Murr, qu’ils
avaient jugée "préoccupante".
haut
Ariel
Sharon, un pouvoir sans partage
par GILLES PARIS, publié
dans le Monde du 4 octobre 2002
Il aura donc fallu plus d'une
semaine au premier ministre
israélien, Ariel Sharon, pour
prendre conscience de
l'inopportunité du dernier siège
en date du quartier général
de Yasser Arafat à Ramallah,
transformé en champ de ruines
par les unités du génie israélien.
Le desserrement relatif du
confinement imposé au chef de
l'Autorité palestinienne n'a
été obtenu qu'à la suite de
très fortes pressions américaines.
Washington ne pouvait pas
accepter que ce siège, qui
avait tiré le dossier israélo-palestinien
de la pile sous laquelle
l'administration américaine
l'avait oublié, puisse
perturber sa croisade contre
Saddam Hussein. La série
d'erreurs d'analyse qui a
abouti à un retrait piteux
est pourtant exemplaire. Elle
témoigne, dans ces excès, de
l'omnipotence du premier
ministre israélien, de la
concentration sans précédent
dans ses mains des pouvoirs de
décision et d'influence qui
en font sans aucun doute le
plus puissant chef de l'exécutif
israélien depuis bien
longtemps.
Après l'attentat de Tel-Aviv
du 19 septembre, nulle
voix ne s'était élevée au
sein du cabinet de sécurité
contre la décision d'assiéger
M. Arafat. Les poids
lourds travaillistes, le
ministre des affaires étrangères
Shimon Pérès et celui de la
défense Benyamin Ben Eliezer,
qui se prévalent en
permanence de leur pouvoir de
modération, avaient voté
comme les autres, à
l'unanimité, une mesure qui a
débouché sur un fiasco.
Lorsque M. Sharon a fini
par prendre conscience du
danger, il a de même enclenché
seul la marche arrière, dépêchant
par exemple à Washington un
proche conseiller sans même
prendre la peine d'en avertir
son ministre des affaires étrangères...
Et la reculade a été adoptée
une nouvelle fois à
l'unanimité, sans
protestation de l'extrême
droite, qui réclame pourtant
chaque matin ou presque la tête
du chef de l'OLP.
Revirements brutaux
Le gouvernement d'union
nationale mis en place depuis
l'élection de M. Sharon
s'est transformé au fil des
crises en machine à
neutraliser qui tourne pour le
seul profit du premier
ministre, lequel peut, pendant
ce temps, nommer ses proches
à des postes stratégiques,
comme à la direction du
Mossad ou à la tête de
l'Office de radiodiffusion. Au
nom de l'état d'urgence, les
factions israéliennes sont
contraintes à une solidarité
quasi sans faille. Le rôle de
l'opposition, incarnée
aujourd'hui par le Meretz, une
formation de gauche qui se
contente d'un rôle de témoignage
sans conséquence sur les événements,
a été réduit à sa plus
simple expression. On avait déjà
pu mesurer cette omnipotence
de M. Sharon lors du bras
de fer perdu par les
formations ultra-religieuses
hostiles à des coupes budgétaires
sévères pour cause de récession
économique. C'est cette même
logique qui entraîne la
direction du Parti
travailliste, au risque de se
perdre, à apporter son
soutien à un projet de budget
aux antipodes de ses priorités
sociales et économiques.
Au quasi-monopole de la décision
s'ajoute celui de l'influence.
En l'espace d'un an et demi,
M. Sharon est parvenu à
imposer à sa société sa
vision du monde et du conflit
israélo-palestinien :
celle d'une lutte ancienne,
interminable et existentielle,
dans laquelle le moindre signe
de faiblesse est fatal. Les
violences de l'Intifada, les
centaines de victimes civiles
israéliennes fauchées par
les engins de mort portés par
les activistes palestiniens,
ont évidemment pesé, au fil
des mois, d'un poids énorme
sur l'opinion israélienne,
mais le premier ministre a également
eu de la chance, conforté par
une série d'événements extérieurs
totalement imprévisibles qui
ont tous joué exclusivement
à son profit. Tout d'abord,
l'arrivée sur le fil à
Washington d'une
administration peu désireuse
de s'engager dans un conflit
alors que le seuil de
non-retour n'avait pas encore
été franchi. Ensuite, les
attentats du 11 septembre
2001 à New York et à
Washington qui ont, par
ricochet, retiré aux
Palestiniens l'argument de la
légitimité de "la lutte
armée", y compris dans
les territoires toujours occupés.
Enfin, la décision de
l'administration américaine
de renverser Saddam Hussein,
qui chasse une nouvelle fois
le dossier israélo-palestinien
de ses priorités.
Pourtant, jamais par le passé
autant d'attentats n'avaient
frappé le pays et jamais
autant de civils n'étaient
morts au cœur des villes israéliennes.
Rarement l'économie s'était
aussi mal portée, avec deux récessions
consécutives et un nombre
croissant de chômeurs et de
pauvres. Rarement, enfin, un
premier ministre s'était
montré aussi incapable d'éclairer
l'avenir de ses compatriotes
en expliquant comment il
compte parvenir à la paix
promise lors de sa campagne électorale
de 2001. Même si les
revirements brutaux font
partie depuis longtemps du jeu
politique israélien, M. Sharon
continue de conserver un
capital de confiance
impressionnant et ne semble
ressentir nulle trace d'usure
du pouvoir. "Nous
sommes devenus une autocratie,
grinçait le 20 septembre
Yoël Marcus, un éditorialiste
du quotidien de centre-gauche Haaretz,
un régime qui n'offre pas la
moindre alternative, pas même
celle d'un putsch."
haut
Nous n'avons
jamais été civilisés !
par JEAN-HERVE BRADOL, publié
dans le Monde du 26 septembre
2002
L'auteur
est président de Médecins sans
frontières
Dans son récit de la Guerre
des Gaules, César justifie le
massacre de 40.000 personnes
à Avaricum (Bourges) par les
nécessités de la
pacification, de l'extension
du domaine du droit..., et de
la lutte contre les sacrifices
humains. Depuis, les sociétés
occidentales n'ont cessé de
présenter leurs expéditions
militaires les plus brutales
comme une entreprise de
civilisation ; aux
guerres des autres, le privilège
de la barbarie. Rien de bien
nouveau, donc, dans les
discours qui enrobent, depuis
un an, les nouvelles
batailles. Mais, à l'heure où
gouvernements américain et
européens envisagent une
offensive contre l'Irak, ces
sinistres précédents
invitent à s'interroger sur
la manière dont la "défense
de la paix et de la
civilisation" est
aujourd'hui menée en
Afghanistan. La symétrie des
rhétoriques guerrières
"terroristes" et
"antiterroristes"
est frappante : dans un
camp, l'Amérique tient le rôle
du "grand Satan",
dans l'autre "l'axe du
Mal" menace
d'engloutir la liberté. La
nature maléfique de l'ennemi
fonde le caractère
exceptionnel de la menace et
justifie l'emploi massif et préventif
de la force. Au moindre doute,
on bombarde un mariage ou on réduit
une mutinerie de prisonniers
à coups de frappes aériennes.
En cas de malaise face à cet
emploi disproportionné et
indiscriminé de la force, la
simple évocation du massacre
de 2.823 personnes sur la côte
est des Etats-Unis en
septembre 2001 sert
aujourd'hui d'argument
capital. Tout scepticisme
expose à la question : "Souhaitez-vous
un nouveau 11 septembre
2001, voire pire ?"
Prophétie menaçante,
diabolisation de l'adversaire
et asymétrie des forces en présence...
l'inquiétante combinaison de
ces trois éléments évoque
d'autres guerres : Tchétchénie
et Palestine, bien sûr, mais
aussi des conflits plus
lointains, plus facilement
qualifiés de "peu
civilisés". Depuis
1994, année du génocide des
Rwandais tutsis, une même
structure argumentaire a servi
de justification aux massacres
de centaines de milliers de
personnes au Rwanda, au
Burundi et en République démocratique
du Congo. Cette structure
argumentaire agite la menace
d'un potentiel "terrorisme
génocidaire". Nous
pensions pourtant que
l'Afrique des Grands Lacs nous
avait au moins enseigné cette
leçon : laissons agir
ces prophètes de malheur et
la prophétie a toute chance
de se réaliser. L'appel à la
tuerie à titre préventif
suscite chez l'adversaire le même
réflexe d'anticipation :
on massacre aujourd'hui pour
éviter d'être massacré
demain. Le retour de la prophétie
apocalyptique au centre de
l'argumentaire politique
occidental manifeste une
dangereuse régression du débat
public, assez proche de celle
observée aux temps les plus
obscurs de l'histoire européenne.
Il n'est pas question de
balayer d'un revers de main
les dangers, bien réels, du
monde actuel. Mais, plus qu'à
la surenchère, ceux-ci
invitent à un usage rigoureux
de la raison, d'autant que
cette dernière suggère
parfois l'emploi de la force.
A la différence du pacifisme,
l'humanitaire ne frappe pas
d'illégitimité tout recours
à la violence mais dirige son
attention sur les conditions
de son utilisation. Il
s'appuie notamment sur les
principes élémentaires du
droit international
humanitaire qui soumettent
l'usage de la violence aux
conditions qu'elle soit
proportionnelle à la menace
visée et justifiée par une réelle
nécessité militaire -
ce qui exclut les attaques
contre les non-combattants :
populations civiles, blessés
ou prisonniers de guerre.
Comment ne pas s'arrêter sur
ces informations diffusées
par plusieurs sources crédibles
(presse britannique et américaine,
Physicians for Human Rights et
Human Rights Watch) qui
indiquent que plusieurs
centaines, peut-être
plusieurs milliers, de
combattants de Kunduz ont été
massacrés l'automne dernier
peu après leur reddition ?
S'il est absurde de ne pas se
féliciter au nom de
l'humanisme de la défaite des
talibans, il serait tout aussi
déplorable de fermer les yeux
quand ils meurent en grand
nombre, prisonniers aux mains
des soldats de la coalition
dirigée par la première
puissance mondiale.
Du point de vue de l'action
humanitaire, l'accumulation
d'informations sérieuses au
sujet d'actes de violence
commis à l'encontre des
civils et des prisonniers de
guerre est suffisante pour
justifier une enquête
internationale indépendante.
Encore faut-il souligner que
demander une enquête n'est
pas préjuger ses résultats,
lui ôtant ainsi toute raison
d'être. Les Nations unies et
le Comité international de la
Croix-Rouge détiennent un
mandat permettant une telle
investigation. Ces
institutions ont pour
l'instant fait preuve d'un
relatif silence. Leur apathie
renforce le sentiment d'une
certaine complaisance à l'égard
des puissants qui
s'affranchissent du droit de
la guerre. Dangereuse démission,
pour qui prend la peine de se
souvenir que l'histoire
occidentale a peu de leçons
à donner au reste du monde en
la matière : croisades,
colonisation, génocides,
totalitarismes...
L'utilisation, aussi abusive
que systématique, du label
humanitaire par les
gouvernements occidentaux au
cours des dix dernières années
ne saurait faire oublier ces
événements. Il est plus que
jamais de la responsabilité
d'un mouvement humanitaire indépendant
d'assumer son rôle et de
poser publiquement ces
questions, dans l'espoir de
voir politiques et militaires
traiter enfin les
non-combattants avec humanité,
dans le respect du droit.
haut
paru dans le Monde du 3
octobre 2002
L'administration Bush
est empêtrée dans une
bataille politique aux Nations
unies sur l'Irak. Ce n'est pas
une péripétie
juridico-diplomatique. C'est
une affaire dans laquelle et
Washington et l'ONU jouent
une part de leur crédibilité.
On connaît les faits. L'ONU
et Bagdad se sont entendus,
mardi 1er octobre à
Vienne, sur les modalités du
retour des inspecteurs du désarmement
en Irak. Mais Washington ne
veut pas qu'ils partent sans
une nouvelle résolution :
celle-ci devrait définir le
mandat des inspecteurs de manière
encore plus exigeante que les
précédentes résolutions ;
elle devrait prévoir le
recours à la force par l'un
des membres du Conseil de sécurité
s'il juge que l'Irak ne joue
pas le jeu. La Grande-Bretagne
colle à cette ligne. Les
trois autres membres du
Conseil - la Chine, la
France et la Russie - ne
sont pas d'accord. Paris suggère
une formule qui paraît
relever du bon sens :
d'abord le départ des
inspecteurs, qui permettra de
tester les intentions de
Saddam Hussein ; puis, en
cas d'obstruction de la part
des autorités irakiennes,
retour devant le Conseil pour
décider d'un éventuel
recours à la force. Le débat
est ouvert. Il va se
poursuivre dans les jours qui
viennent. Mais la position de
Washington serait plus forte
si George W. Bush n'avait
usé dans cette affaire de
propos qui fleurent bon
l'hypocrisie. Le président,
qu'on ne savait pas aussi préoccupé
de l'avenir de l'ONU, a jugé
qu'elle jouait là son
va-tout. "Les Nations
unies doivent agir, disait-il
fin septembre ; le temps
est venu pour l'organisation
de décider si elle va être
une force au service du bien
et de la paix ou si elle a
l'avenir d'un forum de
discussions stériles."
Le 12 septembre,
s'adressant à l'Assemblée générale,
il avait déjà prévenu :
"Cette affaire -l'Irak-
montrera si les Nations
unies ont encore un
sens."
"Cette affaire", et
pas les autres... Autrement
dit, le fait que les
Etats-Unis n'aient jamais levé
le petit doigt pour faire
appliquer nombre de résolutions
du Conseil, à ce jour restées
lettre morte, serait sans
importance. Seule compterait,
pour juger l'ONU,
l'application des résolutions
sur l'Irak. Le représentant
palestinien à l'ONU a eu beau
jeu de rappeler que pour seize
résolutions sur l'Irak non ou
mal appliquées, on en trouve
vingt-huit quotidiennement
violées sur le conflit israélo-palestinien -
de celles qui dénoncent
l'occupation de territoires
par la force à celles qui
interdisent leur colonisation.
George W. Bush n'a jamais
eu un mot pour condamner
l'extension en cours des
implantations israéliennes en
Cisjordanie. Le Proche-Orient
n'est qu'un exemple. Il y en a
d'autres. Ils fondent ce
sentiment largement partagé
en Afrique, en Asie et dans le
monde arabe d'une politique
onusienne du "deux poids,
deux mesures" selon que
l'intérêt national d'une
grande puissance (il peut
aussi s'agir de la Chine
ou de la Russie) est en
jeu ou non. Et il y a beau
temps que cette politique, fréquemment
pratiquée par les Etats-Unis,
a porté atteinte à la crédibilité
de l'ONU comme celle de
Washington. M. Bush parle
dans le vide quand il utilise
de tels arguments.
haut
Le secrétaire
d’Etat suisse évoque la
position de son pays au P-O
Toujours aussi
"neutres", les Helvétiques
n’en sont pas moins
impliqués dans ce monde
par JEANINE JALKH, publié
dans l'Orient-le Jour le 5
octobre 2002
Les relations
entre la Confédération suisse
et le Liban sont au beau fixe.
Elles viennent de connaître un
nouvel élan à la faveur de la
visite du secrétaire d’Etat
au département confédéral des
Affaires étrangères, Franz von
Däniken, trois ans après la
venue de son ministre des
Affaires étrangères, Joseph
Deiss. Une visite qui a certes
été placée sous le signe de
la francophonie à quelques
jours du sommet du 18 octobre,
mais qui a également permis un
tour d’horizon sur les problèmes
de l’heure. Interrogé par
L’Orient-Le Jour, M. Däniken,
qui a rencontré les
responsables du palais Bustros
et le ministre de la Culture,
Ghassan Salamé, a fait le point
sur un certain nombre de
questions notamment la position
de la Confédération helvétique
par rapport au problème du
Proche-Orient, les implications
de son adhésion à l’Onu et
enfin la question de la
neutralité qui a de tout temps
été la caractéristique
majeure de la politique étrangère
ce pays.
Pour commencer, le Liban, que M.
Däniken considère comme "un
interlocuteur de toute première
qualité au P-O", du simple
fait que ce pays fait partie de
cette région qui est toujours
dans l’attente d’une
solution, dit-il. Bien que l’Irak
constitue, à ses yeux, un sujet
d’actualité brûlante, les
discussions avec les
responsables libanais "ont
principalement porté sur le
conflit israélo-arabe, pour
lequel la Suisse porte un intérêt
particulier", affirme le
secrétaire d’Etat.
"Notre position est claire
sur ce plan, à savoir que toute
action, quelle qu’elle soit,
doit être intégrée dans le
cadre des résolutions du
Conseil de sécurité". C’est
cette même position, à savoir
le soutien à la légalité
internationale, qu’affichent
les responsables helvétiques
par rapport au problème
irakien, qu’ils espèrent voir
résolu par le biais des Nations
unies.
Est-ce à dire que la Suisse
gardera sa neutralité légendaire
en cas de conflit armé qui
mettrait aux prises les
Etats-Unis et l’Irak ? "Il
est encore très trop pour spéculer
sur le dénouement de cette
crise. Nous verrons au moment
voulu comment réagiront les
Etats-Unis", affirme M.
Franz von Däniken, évitant par
là de se prononcer sur
l’attitude de son pays en cas
de guerre. "Pour
l’instant, dit-il, nous préférons
voir l’organisation
internationale imposer les résolutions
du Conseil de sécurité,
notamment par le biais de
l’envoi d’observateurs qui
doivent effectuer leur mission
en toute transparence."
C’est d’ailleurs dans ce
cadre que cherche à s’activer
le gouvernement confédéral,
qui a déjà proposé au Conseil
de sécurité d’envoyer ses
propres observateurs dûment
formés en Suisse. Un pays qui a
"une expérience inégalable
dans ce domaine notamment dans
le domaine biologique et
chimique, non pas dans la
production des armes, se dépêche-t-il
de préciser sur un ton badin,
mais au niveau des laboratoires
d’analyse".
Traditionnellement discrète au
plan de ses relations
internationales, la Suisse, qui
vient récemment d’accéder à
la tribune des Nations unies, ne
semble pas avoir modifié de
manière radicale sa position
sur la scène internationale. "Il
ne faut surtout pas en conclure
que notre adhésion à
l’organisation internationale
affectera les grands paramètres
de notre politique étrangère,
encore moins le concept de
neutralité adopté depuis
longtemps par notre pays",
affirme M. Däniken. Bien
que considérée de tout temps
comme "un membre de
facto" des Nations unies,
dont le siège européen se
situe à Genève, la Suisse -
qui se trouve également en 14e
position sur le plan des
contributions faites à cette
organisation, "et
cela, avant même avant d’y
adhérer" - n’a pas
rejoint cette dernière sans
raison. Désormais, l’Onu
permettra à ce pays de disposer
d’une excellente plate-forme
pour promouvoir ses idées,
notamment en matière de droit
international public, de droit
humanitaire, et dans les
questions relatives au développement
et à la paix. "Donc les
grands axes de notre politique
ne changent pas", insiste
le secrétaire d’Etat.
Cela n’exclut pas l’adoption
par ce pays de sanctions économiques,
"toujours dans le cadre des
résolutions prises par l’Onu",
et ce, depuis pratiquement 1990.
Selon M. Däniken, la politique
de non-ingérence au sens
traditionnel du terme reste sans
aucun doute compatible avec la
Charte des Nations unies. C’est
en partie au nom de cette
neutralité que la Suisse
s’oppose à l’adhésion à
l’Union européenne.
Toutefois, ce sont surtout des
raisons politiques et économiques
qui motivent cette position, la
Confédération helvétique
ayant été historiquement
hostile "aux grandes
coalitions qui ont mené aux
deux guerres mondiales". De
surcroît, ajoute notre
interlocuteur, l’Union européenne
"a une finalité
supranationale, ce qui est
fondamentalement contraire aux
convictions suisses". Les
raisons économiques ensuite,
puisque l’entrée dans l’Union
"nous coûtera très cher
surtout si les pays de l’Europe
de l’Est viennent rejoindre
cette Union".
Reste la francophonie, un
ensemble que la Suisse n’a
jamais hésité à rejoindre.
D’autant que les institutions
francophones prônent un
dialogue des cultures qui intéresse
au plus haut point les Helvétiques,
surtout après le 11 septembre.
La représentation de ce pays au
niveau présidentiel au prochain
sommet confirme l’implication
totale et la participation
active d’une confédération
qui regroupe des ensembles
linguistiques et culturels
multiples. Germanophone, le président
suisse "cause parfaitement
le français", souligne M.
Däniken. Il s’agit d’un
sommet important à plus d’un
égard, sur le plan culturel
aussi bien qu’économique,
estime-t-il. Il sera notamment décisif
pour ce qui est du choix du
successeur éventuel du secrétaire
général de la francophonie,
Boutros Boutros-Ghali, "qui
se fera très probablement sur
l’ancien président sénégalais
Abdo Diouf", affirme M. Däniken.
Une tâche qui suppose qu’un
consensus soit atteint.
haut
Pour le
gouvernement fédéral canadien,
un engagement sérieux et une
caractéristique identitaire
Francophonie - A l’autre
bout du monde, un immense pays où
l’on parle français
par SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour le 1er
octobre 2002
Qu’il
s’agisse des Wallons et des
Flamands en Belgique, des chrétiens
et des musulmans au Liban, des
différentes tribus dans les
pays d’Afrique ou des
anglophones et des francophones
au Canada, les mêmes clivages
sociaux se retrouvent partout,
sous des appellations différentes,
mais certains Etats les gèrent
mieux que d’autres. Le Canada,
pays multiethnique par
excellence, assume apparemment
bien ses différences. Et si
l’appartenance à l’Organisation
de la francophonie
internationale ne constitue pas
sa principale caractéristique,
elle reste partie intégrante de
son identité, une façon aussi
de se distinguer de son
encombrant voisin, les
Etats-Unis. Un problème que de
nombreux pays dotés de voisins
puissants connaissent
d’ailleurs trop bien.
Quand on dit Canada francophone,
on pense aussitôt Québec et
ses presque sept millions
d’habitants, farouchement
attachés au français, au point
d’avoir songé à se séparer
du reste du pays pour préserver
leur culture. Pourtant, dans
cette immense fédération, la
francophonie a plusieurs
visages, et, chacun à sa manière,
constitue un témoignage de foi
dans la diversité et dans le
compromis, promu au rang de
valeur canadienne. Cinq
journalistes venus du Niger, du
Burkina Faso, du Sénégal, de
la Communauté française de
Belgique et du Liban ont eu, une
semaine durant, la possibilité
de découvrir cette attachante
contrée et ses différentes
communautés, ainsi que la
vitalité de la francophonie,
qui, grâce aux efforts conjugués
du gouvernement fédéral, des
francophones du Québec et des
minorités francophones dans le
reste du pays, est en développement
constant.
Une capitale loin de la
frontière avec les Etats-Unis
La grande aventure commence,
comme il se doit, à Ottawa,
capitale fédérale et métropole
verte aux allures de ville
provinciale. A quelques
kilomètres de l’aéroport, la
ville s’étend paresseusement
le long du canal Rideau, qui est
pratiquement à l’origine de
sa construction et qui, en
hiver, devient la plus longue
patinoire du pays. La rivière
des Outaouais - qui paraît
plus impressionnante que notre
grandiose Litani - sépare
les deux agglomérations,
l’anglophone Ottawa où se
trouvent la plupart des édifices
fédéraux et la francophone
Hull rebaptisée Gatineau. Mais
la division n’est pas évidente
pour un œil étranger, la
circulation étant constamment
dense le long du Pont Alexandra,
le plus beau de ceux reliant les
deux secteurs. Pourquoi la
tranquille ville d’Ottawa
a-t-elle été choisie comme
capitale de la fédération ?
C’est un jeune réserviste,
devenu guide touristique chargé
de faire visiter le magnifique
siège du Parlement canadien,
qui donne la réponse : la reine
Victoria a choisi Ottawa parce
que cette cité est quasiment au
centre du pays et ensuite parce
qu’elle est suffisamment éloignée
de la frontière avec les
Etats-Unis (contrairement à
Montréal, Toronto, Winnipeg ou
Vancouver) pour ne pas avoir à
subir une invasion de ce côté-là.
Dès sa fondation, la fédération
canadienne a dû faire face à
l’existence de deux grands
groupes ethniques, les
anglophones et les francophones,
auxquels se sont ajoutés les
groupes autochtones, qu’on
appelle ici les Premières
nations, et le flot incessant
d’immigrés, chacun apportant
sa culture et ses traditions.
S’il y a eu, dans le passé,
des heurts et des tentatives
d’assimilation, c’est
surtout la loi sur les langues
officielles, adoptée sur
l’impulsion de l’ancien
Premier ministre Pierre Trudeau,
qui a véritablement consacré
le bilinguisme officiel du
Canada. Depuis, le gouvernement
fédéral consacre une partie
importante de son budget à
promouvoir ce bilinguisme, et
donc à protéger les minorités
culturelles, francophones dans
les provinces à majorité
anglophone et anglophone dans la
seule province à majorité
francophone, le Québec.
Un vaste programme de
sensibilisation
Si d’aucuns, comme le
professeur Clinton Archibald au
franc-parler ravageur, pensent
que cette politique officielle a
été un échec à 85%, le
bilinguisme n’ayant pas fait
de grands progrès, les
officiels du gouvernement sont
loin d’être de son avis.
Selon eux, le gouvernement fédéral
a consacré de grands budgets
pour la protection des minorités
linguistiques en encourageant
les échanges entre les différentes
provinces. C’est ainsi qu’a
été créé le concept des écoles
d’immersion, qui permettent à
la communauté majoritaire
d’apprendre la langue
minoritaire pour mieux
comprendre l’autre composante
de la société canadienne. Cela
n’a pas été sans mal puisque
le système éducatif relève
des gouvernements provinciaux et
que certains d’entre eux ont
vu dans cette initiative une
atteinte à leur souveraineté.
Mais le plus important c’est
qu’au fil des années, le
bilinguisme est entré dans les
mœurs et les mentalités ont évolué
vers plus d’ouverture.
Aujourd’hui, l’appartenance
du Canada à l’Organisation
internationale de la
francophonie est considérée
comme aussi naturelle que son
appartenance au Commonwealth et
à l’Association des Etats américains.
Nul ne songerait donc à
contester le budget annuel de 20
millions de dollars que le
gouvernement fédéral consacre
à cette organisation. Les
officiels ont eu beau tenter
d’en expliquer les différents
rouages, ceux-ci paraissent très
compliqués, l’organisation
ayant commencé par se consacrer
au développement culturel et économique
des pays, membres de "la
planète francophone",
n’opérant un virage politique
qu’à partir du sommet de
Hanoi en 1997. Il est certes
difficile pour l’Organisation
internationale de la
francophonie d’être très
efficace sur le plan politique
d’autant que, parmi ses 51
pays membres, certains ont des régimes
encore peu démocratiques. Mais
à travers la déclaration de
Bamako en 2001, il a été
possible de s’entendre sur une
base de principes généraux
favorisant la démocratisation
des régimes et accentuant la
tendance au respect des droits
de la personne.
Dix-neuf milliards de dollars
par an en échanges commerciaux
Le Canada, qui se veut l’un
des pays les plus évolués en
matière de droits de l’homme,
s’investit d’ailleurs
beaucoup dans ce domaine et les
officiels ne sont pas peu fiers
d’évoquer le rôle de
l’organisation dans le règlement
de la crise à Madagascar. Ils
restent toutefois conscients du
fait que cette organisation ne
peut devenir une autre Onu. En
tout cas, selon eux, elle ne
cherche pas à l’être.
"C’est un autre réseau
et un forum de dialogue pour des
pays ayant le français en
partage, avec toutes les valeurs
qu’il véhicule",
disent-ils. Mais le gros des
efforts est encore concentré
sur la culture et les échanges
économiques. Tout se fait à
travers l’Agence
internationale de la
francophonie (AIF) qui gère les
différents canaux d’action prévus
par l’organisation. Le Canada
participe ainsi au financement
de plusieurs projets de développement
dans les pays francophones. Au
Liban, par exemple, le Canada
aide l’association
Arc-en-ciel, qui travaille à la
réhabilitation physique, économique
et sociale des handicapés. Il a
aussi un programme des bourses
de la francophonie qui permet à
de nombreux étudiants de pays
francophones de poursuivre des
études au Canada. Le problème
dans ce programme, c’est que
plusieurs étudiants, notamment
libanais, ont refusé de rentrer
dans leur pays, une fois leurs
études achevées. C’est
pourquoi, ils doivent désormais
signer un engagement à
retourner chez eux au moment de
remplir les fichiers
d’inscription, assortis
d’une garantie de leurs
gouvernements respectifs. Résultat,
cette année, aucun Libanais
n’a bénéficié du programme.
Sur le plan économique, les échanges
commerciaux entre le Canada et
les pays membres de la
francophonie se chiffrent à
dix-neuf milliards de dollars
canadiens par an. Et les
Canadiens espèrent encore les
améliorer, étant constamment
à la recherche de nouveaux
domaines à exploiter. Pour le
gouvernement fédéral,
l’appartenance à la
francophonie est un engagement sérieux.
Mais c’est au niveau des
citoyens que cette organisation
reste un peu lointaine, une
sorte d’entité abstraite,
dont ils ne voient pas vraiment
les implications directes dans
leur vie quotidienne. TV5
Canada, qui cherche à
familiariser les Canadiens avec
la francophonie, a encore
beaucoup de pain sur la
planche…
haut
Les familles
des Casques bleus s’installent
au Liban
paru
dans l'Orient-le Jour le 5
octobre 2002
Les forces de
sécurité libanaises ont
commencé, depuis le début
d’octobre, à interdire aux
officiers, soldats et employés
de la Finul présents au
Liban-Sud tout accès au
territoire israélien à travers
la frontière libanaise (la
ligne bleue). Les autorités
libanaises se basent à cet
effet sur le droit
international, qui interdit à
tout membre d’une force
internationale œuvrant sur le
territoire d’un pays donné de
traverser, en temps de guerre,
les frontières pour se rendre
dans un autre pays ennemi.
Le porte-parole officiel et le
conseiller politique de la Finul,
Timor Goksel, a confirmé hier
que le passage des familles des
officiers et des soldats de la
Finul présents au Liban-Sud
s’est effectivement "interrompu
après qu’ils eurent rejoint
le territoire libanais pour
s’y établir". Ainsi, les
familles de quelque 110 Casques
bleus, qui résidaient en Israël
pendant les 22 ans
d’occupation israélienne au
Liban-Sud, habitent à présent
la ville de Tyr et ses environs.
"Sauf que nous avons des
missions officielles à remplir,
en sus de celles que nous menons
des deux côtés de la frontière.
Ainsi, toute entrée au Liban
par sa frontière avec Israël
ne concernera dorénavant que
les objets et ces missions
officielles", a-t-il ajouté,
signalant qu’il n’avait été
averti d’aucune date butoir
dans le cadre de la mesure prise
depuis le début du mois par les
autorités libanaises. Et précisant
que des négociations étaient
en cours avec ces dernières,
pour régler la question de
quelques membres de la Finul
mariés à des Israéliennes.
haut
Jacques
Chirac veut moderniser l'armée
française
paru dans
le Figaro le 30 septembre 2002
Le
président Jacques Chirac a
affirmé lundi sa volonté de
moderniser en profondeur les armées
françaises pour qu'elles
puissent mieux répondre aux
nouvelles menaces. Si les
efforts internationaux de prévention
échouent, "nous devons être
prêts à assumer nos
responsabilités", a dit M.
Chirac en s'adressant aux
militaires des trois armes sur
la base aérienne 110 de Creil
(Oise). "Cela peut
être une question de vie ou de
mort", a-t-il ajouté au
moment où la France est engagée
dans la coalition
anti-terroriste en Afghanistan
ou dirige l'évacuation de Français
et d'étrangers en Côte
d'Ivoire. Au titre des nouvelles
missions, il a cité comme
priorités la capacité de la
France dès avant 2008 à
"engager sans délai des
forces spéciales bien équipées",
à projeter au loin "une
force interarmée moderne"
et à "exercer des frappes
dans la profondeur". Il a
aussi insisté sur la nécessité
d' "améliorer nos capacités
de renseignement" en coopération
avec les Européens. Avant de
prononcer son discours, M.
Chirac s'était fait présenter
les moyens de la Direction du
Renseignement militaire (DRM) et
avait assisté à des démonstrations
par des commandos du
Commandement des Opérations spéciales
(COS).
M. Chirac a justifié la forte
hausse des crédits militaires
pour les années 2003-2008 par
la nécessité d' "améliorer
la protection des Français et
du territoire national" après
"cinq années de retard
accumulé", a-t-il dit en
faisant allusion au gouvernement
de Lionel Jospin.
"L'indisponibilité de plus
en plus fréquente" des
avions, chars, hélicoptères ou
bâtiments "était devenue
insupportable", a-t-il déclaré.
Le chef de l'Etat, qui est chef
des Armées, s'exprimait pour la
première fois sur la loi de
programmation militaire, examinée
le 11 septembre en Conseil des
ministres, et qui prévoit 5,5
milliards d'euros supplémentaires
pour les crédits d'équipements
et la construction dès 2005
d'un second porte-avions. En
matière de renseignement, M.
Chirac a noté le développement
entre Européens de satellites
et d'une gamme élargie de
drones (avions de reconnaissance
sans pilote). Il a également
affirmé que de nouveaux moyens
de lutte seront mis en oeuvre
contre les risques nucléaire,
radiologique, biologique et
chimique et contre les attaques
informatiques. Enfin, "un
programme de défense
anti-missiles de théâtre (NDLR
: champ des opérations) sera
lancé", a dit le chef de
l'Etat. Pour M. Chirac,
l'important effort financier
pour la défense doit aussi
permettre à la France de jouer
un rôle leader en Europe,
conformément à l'engagement
pris au sommet d'Helsinki en
1999. "Nous devons être
capables, dès 2006, de préparer,
de planifier et de conduire une
opération multinationale
d'envergure décidée par
l'Union", a-t-il dit.
haut
Tout Cahors
séduit par la Semaine libanaise
Visages francophones - Les
Cadurciens découvrent les
multiples facettes culturelles
du pays du Cèdre
par ZENA ZALZAL, publié
dans l'Orient-le Jour le 4
octobre 2002
Concerts,
expositions, productions cinématographiques,
spectacles, soirées poétiques,
rencontres littéraires, mais
aussi artisanat et gastronomie :
autant de facettes culturelles
du Liban que découvrent avec émerveillement
les Cadurciens en ce début clément
d’octobre (le climat s’étant
lui aussi mis, semble-t-il, à
l’heure libanaise !). Organisée
dans le cadre du festival
"Visages
francophones", une semaine
libanaise se déroule du 1er au
5 octobre, à Cahors, petite
ville paisible de la région
toulousaine. Les arts libanais
ont investi les hauts lieux de
cette cité médiévale. Du théâtre
à l’auditorium, en passant
par la cathédrale ou les
restaurants de la ville, Cahors
s’ouvre au Liban. Les
habitants sont ravis. "On
va à la rencontre d’un pays
tout en étant chez soi. Les échanges
avec les artistes libanais sont
de qualité et apportent un
dynamisme nouveau à la
ville", affirment d’une même
voix les personnes croisées au
fil des diverses manifestations.
Il est vrai que la programmation
(réalisée par l’association
Visages francophones en
collaboration avec le ministère
libanais de la Culture et l’Agenda
culturel à Beyrouth) fait
montre d’une grande exigence
artistique. "Nous avons
voulu montrer que le Liban est
au-delà des clivages entre
Orient et Occident et cela dans
tous les domaines", indique
José Sobrecases, le directeur
du festival. Pour insister sur
cette ouverture et cette
multiplicité de
"visages" du pays du Cèdre,
le festival a invité non
seulement des artistes
francophones, mais aussi des
talents représentatifs de la
grande variété de la société
libanaise. Ainsi que des
journalistes de quatre organes
de presse (avec le soutien de la
Fondation européenne de la
culture, dans le cadre du projet
MMP médias).
Des soirées éclectiques
C’est Toufic Farroukh et sa
formation, l’Absolut Orkestra,
qui ont donné le coup d’envoi
des festivités sur une note de
jazz fusion oriental. Un concert
aux sonorités mixées de nay,
oud, saxophone, guitare électrique,
piano et percussions qui a
enthousiasmé le public. Suivi,
au fil des soirées, de
l’oratorio soufi de Nidaa Abou
Mrad, L’annonce faite à
Marie, une musique
contemplative et mystique
accompagnée de textes inspirés
du Cantique des cantiques ainsi
que de versets de l’Evangile
et du Coran, chantés par Sylvie
Haddad. Un concert certes très
élitiste mais qui, présenté
dans le cadre impressionnant de
la cathédrale Saint-Etienne, à
la seule lueur des bougies, a séduit
ou dérangé, selon les affinités
musicalo-spirituelles de chacun,
mais n’a pas laissé indifférent. Dans
le même registre éclectique,
la soirée poético-musicale a
fait découvrir un groupe de
jeunes musiciens d’une
vingtaine d’années, les
Chehhadine Ya baladna, qui
revisitent avec beaucoup de
talent le répertoire de la
chanson classique arabe. Côté
poésie, malgré de très beaux
vers d’Ounsi el-Hage, de
Mohammad el-Abdallah et d’Amal
Joumblatt, récités par des comédiens
libanais, bien entendu, les récitations
ont paru hermétiques au public,
qui aurait préféré entendre
mais aussi comprendre la poésie
libanaise. Celle d’expression
française qui n’a été
illustrée que par trois courts
poèmes de Nadia Tuéni et
Iskandar Habache. Il n’en
demeure pas moins que l’intérêt
dont font preuve les Cadurciens
envers les diverses formes de
culture libanaise fait chaud au
cœur.
Diurnes
Et si le Liban fait vibrer les
nuits de Cahors, il occupe également
ses journées. A la
Chantrerie, on admire la
peinture libanaise
contemporaine. Une quinzaine de
toiles que Nadine Begdache,
propriétaire de la galerie
Janine Rebeiz, a sélectionnées
selon des critères de qualité
et de diversité de styles. Cela
va de Nada Akl à Mahmoud Zibawi
en passant par Fadia Haddad,
Charles Khoury, Bassam Geitani,
Joseph Chahfé, Hannibal Srouji,
Elias Dib, Joanna Rizk et
Philippe Akl. Par ailleurs, le
musée de la ville a ouvert ses
portes à la très belle
exposition de photos de Roger
Moukarzel, "Le Voile",
qui avait été présentée il y
a quelques mois à Beyrouth
(crypte de l’église
Saint-Joseph). Cela sans
compter les dégustations de
mezzés, d’arak et de plats
traditionnels préparés par
deux chefs libanais, les
promenades du côté du
mini-souk des artisans installé
au centre de la vieille ville,
et les multiples autres activités
festives qui émaillent le
festival et introduisent à
Cahors les saveurs et les
parfums du Liban.
haut
L’égale
dignité de toutes les cultures
par KOFI ANNAN, publié dans
l'Orient-le Jour le 3
octobre 2002
Les distances
qui séparent les peuples et les
nations deviennent chaque jour
un peu plus courtes. La
mondialisation des échanges et
des communications, la
propagation des maladies et les
problèmes qui touchent la planète
tout entière, tels que la dégradation
de l’environnement, nous
rapprochent comme jamais les uns
des autres. S’il est une leçon
que nous devons tirer des événements
tragiques du 11 septembre 2001,
c’est que ce qui se passe à
un bout de la planète peut très
bien avoir des répercussions
profondes sur la vie de gens se
trouvant à des milliers de
kilomètres. L’inaction et
l’indifférence peuvent avoir
des effets désastreux dont on
ne mesure l’ampleur que bien
plus tard.
Nos sociétés sont trop interdépendantes
pour que les relations entre les
peuples aient d’autres
fondements que la tolérance, le
respect de la dignité de chacun
et le dialogue de toutes les
cultures. Et l’affrontement
entre les civilisations -
que d’aucuns prédisent -
serait bien trop destructeur.
C’est pourquoi je me réjouis
que le IXe Sommet de la
francophonie qui se tiendra à
Beyrouth dans quelques semaines
ait pour thème le dialogue des
cultures. L’Organisation des
Nations unies elle-même est
fondée sur la conviction que le
dialogue peut l’emporter sur
la discorde, que la diversité
est un atout et que les peuples
du monde sont bien plus unis par
leur destin que séparés par
leurs identités. Sans un
dialogue suivi entre toutes les
nations - au sein des
civilisations, des cultures et
des groupes humains, comme entre
eux -, la paix ne saurait être
durable et la prospérité ne
sera jamais définitivement
acquise. De tout temps, les
civilisations et les cultures se
sont enrichies, renforcées au
contact les unes des autres. Le
monde arabo-islamique, pour ne
citer que lui, a apporté une
contribution inestimable au
patrimoine scientifique, littéraire
et artistique de l’humanité. A
l’heure où tout se
mondialise, ce besoin de
contact, d’échange,
d’interaction, de dialogue est
devenu vital.
Et ceux qui, devant les
bouleversements du monde, sont
aujourd’hui tentés par
l’enfermement identitaire et
croient trouver une réponse en
se repliant frileusement sur
leur communauté se trompent. Ce
n’est ni en renonçant à
l’ouverture des frontières,
ni en érigeant de nouvelles
barrières, identitaires, économiques,
culturelles et autres, ni en
fermant les yeux sur les
injustices, les inégalités et
les conditions de vie misérables
dans lesquelles vit la plus
grande partie de l’humanité
qu’ils se protégeront. De
telles attitudes ne font que
renforcer les préjugés et
alimenter les fanatismes de
toute sorte. D’ailleurs,
l’idée que la diversité est
une menace porte en elle le
germe même de la guerre.
Notre seul espoir de construire
ce monde plus harmonieux, plus
juste et plus pacifique auquel
nous aspirons tous passe, au
contraire, par une volonté
affirmée d’instaurer un véritable
dialogue entre les civilisations
dans toutes les régions et les
aires culturelles du monde. Ce
dialogue doit se fonder sur le
respect de l’égale dignité
de toutes les cultures. Il
impose de reconnaître que la
diversité culturelle est une
richesse que l’humanité a en
partage. Il implique que tous
les acteurs de la société, y
compris les femmes et les
jeunes, fassent entendre leur
voix. Il requiert générosité,
humilité, ouverture d’esprit,
imagination, et il commence par
un regard critique sur soi-même
et le respect des valeurs et des
principes fondamentaux inscrits
dans la Déclaration universelle
des droits de l’homme.
Parce qu’elles sont
naturellement des espaces de
solidarité, les grandes aires
culturelles et linguistiques,
comme la francophonie, ont
vocation à ouvrir de nouvelles
voies à la tolérance et à
promouvoir l’indispensable
dialogue des cultures. De par sa
longue tradition d’ouverture
et d’échange, sa diversité
culturelle et spirituelle
unique, et au-delà des aléas
de son histoire, le Liban est un
modèle de rencontre fructueuse
entre des communautés et des
cultures. C’est dire s’il
offre un environnement propice
à un débat sur le dialogue des
cultures.
Comme le disait le grand poète
libanais Amine Rihani, qui a
consacré sa vie à rapprocher
l’Orient et l’Occident :
"Nous ne sommes ni des
Orientaux ni des Occidentaux.
Aucune barrière n’existe dans
nos cœurs : nous sommes
libres." Puisse l’esprit
de dialogue, de tolérance et de
paix qui soufflera sur le Liban
au cours des prochaines semaines
rejaillir sur le reste du monde,
et en particulier sur la région
du Moyen-Orient qui en a tant
besoin.
haut
Orient-Occident, la fracture
imaginaire, de
GEORGES
CORM. La
Découverte
par AGNES DEVICTOR, publié
dans le Monde du 4 octobre 2002
Avec, certes, un ton
parfois vif, Georges Corm
ambitionne de renverser des siècles
de préjugés engendrés par
le "discours
narcissique de
l'Occident" et
amplifiés, depuis le 11 septembre,
par le retour de la "médiocre"
analyse du "choc des
civilisations".
Voguant au gré des époques
sur de vastes zones géographiques
et des espaces culturels variés - cap
parfois déroutant pour le
lecteur -, l'auteur du Proche-Orient
éclaté développe une thèse
complexe sur la puissance de
l'Occident et de la modernité
qui en fait sa force. Il démontre
comment cette modernité qui
aurait, prétendument, extrait
l'Occident du monde magique
pour se fonder sur le principe
laïque de séparation du
spirituel et du temporel,
reste en fait inscrite dans un
imaginaire biblique. "Jésus
aurait sauvé l'Occident par
sa célèbre petite phrase :
"Rendez à César ce
qui est à César et à Dieu
ce qui est à Dieu." Il
aurait ainsi ouvert la voie à
la séparation du temporel et
du spirituel, à l'autonomie
de l'individu."
Du fait de son origine, ancrée
au cœur même des textes chrétiens,
la laïcité occidentale,
affirme Georges Corm,
resterait en fait attachée à
un univers mental religieux et
ne serait donc qu' "un
trompe-l'œil". La
richesse de l'ouvrage tient à
la manière dont il souligne
comment, malgré les efforts
des Lumières pour revenir à
des racines gréco-latines et
éviter la puissance de l'Eglise,
les schémas bibliques ont
continué de s'imposer. Ainsi,
si le salut ne réside plus
dans un dessein divin qui
guide l'homme, mais dans la
raison, il n'en demeure pas
moins que l'idée biblique du
salut demeure. Il faudrait,
d'après l'auteur, "laïciser
la laïcité pour qu'elle
perde son statut de doctrine
"spécifiquement"
chrétienne et
occidentale" et
devienne ainsi universalisable.
Comment sinon la laïcité
peut-elle, par exemple, faire
sens dans l'islam, puisque
l'islam classique ne connaît
pas d'institutions
spirituelles indépendantes du
pouvoir politique ?
Economiste de formation,
Georges Corm, passé par l'épreuve
de la politique en devenant
ministre des finances du Liban
entre 1998 et 2000, refuse de
s'enfermer dans un pessimisme
sans issue. Si face aux
convulsions qui secouent la
planète, l'Occident continue
de se considérer comme non
responsable, imputant cette
violence à "l'incapacité
des peuples non occidentaux à
assumer la modernité",
la crise risque de n'être que
plus profonde. L'Occident doit
proposer un discours critique,
"un magistère moral
universellement crédible",
en se défaisant de son
narcissisme. Selon Corm, ce
n'est pas des autres régions
du monde, prises dans l'étau
de l'occidentalisation, que
des alternatives peuvent
demain voir le jour. Orient-Occident,
la fracture imaginaire appelle
à la mise en œuvre d'un
ambitieux programme : opérer,
en Occident, une mutation des
concepts de laïcité et de
modernité, en les "désoccidentalisant"
et en se préservant de tout
particularisme et
communautarisme. "Il
nous revient de transformer
l'occidentalisation du monde
et sa machine à désenchanter
et déraciner, en un monde
plus humain, même s'il doit
être moins
"moderne", tant
cette notion à bannir est
chargée de toutes les ambiguïtés
narcissiques dont nous devons
sortir."
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L'Opus
Dei fête la canonisation de son
fondateur
La béatification de l'Espagnol
Josémaria Escriva avait déclenché
la polémique en 1992. Jean-Paul
II en fait, ce week-end à Rome,
le 465e saint de son pontificat
par SOPHIE DE RAVINEL, publié
dans le Figaro le 5 octobre 2002
Jean-Paul
II s'apprête à donner un
nouveau saint à l'Eglise, le
465e de son pontificat. Et il
ne s'agit pas d'un inconnu,
mais de l'Espagnol Josémaria
Escriva (1902-1975) dont la
canonisation provoque, ce
week-end, le déferlement à
Rome du peuple de l'Opus Dei.
Il y a dix ans, en mai 1992,
sa béatification, jugée trop
rapide par certains, avait
suscité des grincements de
dents et déclenché de
nombreuses polémiques.
Aujourd'hui, le climat est
nettement plus calme. Et les
membres de l'Œuvre de Dieu,
fondée en 1928 par le père
Escriva, peuvent se réjouir
en paix mais sans débordements.
"El Padre", comme
ils le surnomment, était déjà
considéré comme un saint de
son vivant. Ils devraient être
220.000 à l'acclamer en ce
dimanche.
Dans les rues de Rome, depuis
quelques jours, groupes de
jeunes filles et groupes de
garçons se croisent et
devisent, pour beaucoup en
espagnol, sur les beautés de
Rome et la grandeur d'Escriva,
fondateur de l'Opus Dei, désormais
admis parmi les saints de l'Eglise.
Aux terrasses des cafés, sous
un soleil timide, on reconnaît
aisément les pèlerins venus
tout exprès parmi les
touristes en baskets,
l'appareil photo ou la caméra
greffée au poignet. Les fidèles
de l'Œuvre sont toujours extrêmement
soignés, quel que soit leur
niveau de vie. Et toujours prêts
à vous parler de cet événement
qui sera marqué d'une croix
blanche dans leur vie.
L'apostolat est chez eux une
seconde nature. Devant l'église
Saint-Eugène, dans un
quartier résidentiel de Rome,
proche de la Piazza del Popolo,
quelques-uns des 2.000 jeunes
volontaires animent une
exposition retraçant la vie
et les œuvres d'Escriva et
accueillent les pèlerins ou
le quidam en quête
d'informations.
Une procession ininterrompue
vient se recueillir en silence
devant la châsse contenant
les reliques du fondateur,
exposée temporairement dans
l'église. Parmi les
volontaires, Rose Bargouht est
une Arabe catholique de 20 ans,
venue de Nazareth. Elle s'émerveille
devant les beautés de la
Ville éternelle et se réjouit
de son premier voyage en
Europe. "J'ai rencontré
l'Opus Dei il y a quelques années.
Ils proposaient des cours
d'anglais pour les élèves
motivés. Mon plus grand
souhait est de faire connaître
Escriva. Avec lui, j'ai découvert
que, si on a la paix dans
notre cœur, il y aura la paix
dans ce monde devenu
fou." Hier soir, elle a
chanté en arabe devant des
milliers de fidèles réunis
pour une soirée de récolte
de fonds destinés à des
programmes d'éducation en
Afrique.
Non loin de là, dans les
bureaux du Conseil de l'Opus
Dei, via Bruno Buozzi, le père
Flavio Capucci, postulateur de
la cause de canonisation
(l'avocat), se réjouit.
"Dès le 6 octobre,
explique-t-il, nous considérerons
qu'Escriva ne nous appartient
plus. Il sera donné en
exemple à l'Eglise
universelle. C'est une grande
différence entre la béatification,
où le culte du bienheureux
est restreint, et la
canonisation. Mais cela
n'oblige pas pour autant les
chrétiens à le trouver
sympathique, précise-t-il au
passage. Entre les figures si
différentes de mère Teresa,
de Padre Pio ou d'Escriva,
pour nous cantonner au XXe siècle,
chacun peut trouver son
compte." De l'autre côté
du Tibre, près de
Saint-Pierre, se trouve la
salle de presse du Saint-Siège.
Son directeur, Joaquin Navarro
Valls, est peut-être une des
personnalités les plus médiatiques
de l'Opus Dei. Pour lui,
Escriva "a libéré pour
le chrétien laïc le sens de
la vocation qui historiquement
et injustement semblait liée
à la démission de la vie
professionnelle, familiale, ou
des interactions sociales. Il
avait commencé son
enseignement en 1928 et, déjà
en 1965, avait pu constater
que son intuition avait été
recueillie dans différents
documents de Vatican II".
Celui qui est aussi
porte-parole du saint-Siège a
bien connu le fondateur dans
les années 50, époque où
"les maîtres du soupçon
étaient très
populaires".
"Lui, au contraire, ne
craignait pas la vie, il ne se
méfiait pas de l'existence.
Je voyais en lui,
souligne-t-il, les traits d'un
mystique, mais d'un mystique réaliste.
Son attitude fondamentale était
positive, optimiste et
audacieuse. Il était joyeux,
même s'il pouvait avoir tant
de raisons de ne pas l'être.
Il avait un excellent caractère,
ne théorisait pas la sainteté,
mais la vivait et enseignait
comment la vivre."
Concernant les polémiques, il
souligne que ces dernières
semblent constantes dans
l'itinéraire des saints,
"même si elles avaient
la consistance d'un soufflé"
et donne pour exemple Edith
Stein, Padre Pio ou l'Indien
Juan Diego dont l'existence
historique a été remise en
cause. "Cela confirme le
fait que les saints
n'appartiennent jamais aux catégories
du politiquement
correct."
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Sites
insolites - Les revenants
ressuscitent un paradis endormi
Miziara, Ejbeh,
Bejdarfil : enflure,
extravagance ou retour aux
sources
par MAY MAKAREM, publié
dans l'Orient-le Jour le 27
septembre 2002
Tableau
touristique. Miziara, au Nord.
Un vert pays baigné de magie où
les vents vous parlent de rosée,
de poètes et de sortilèges. Là,
les gens mènent une existence
sans histoire mais ils font
l’histoire... du village. Il y
a très longtemps, ils ont quitté
le pays pour aller faire fortune
en Afrique. Ils ont eu du génie
et un destin heureux. Pourtant
ce ne sont pas des stars ; ils
ne vivent pas dans un perpétuel
été; ce qu’ils disent
n’intéresse guère les
radios, ni les télés à
l’heure du prime time. Ils ne
font pas la couverture des
magazines. Mais ils rivalisent
d’imagination pour donner un
aperçu de leur "success
stories". Leur village,
exposé sur un flanc de colline,
offre un spectacle insolite :
une suite ininterrompue de
villas cossues, construites à
grands frais, qui se donnent des
allures de pyramide, de panthéon,
de Trianon ou de château
d’Anne. Il y a même un avion
grandeur nature, pour assouvir
un vieux rêve : être pilote.
Les notables émigrés sont les
concepteurs et les réalisateurs
de cette grosse bourgade qui a
son pendant à Jouwaya, au
Liban-Sud. On raconte même que
l’un d’eux a déboulonné
cinq fois sa demeure avant
d’obtenir satisfaction.
Miziara-village a reçu sa part
du pactole. La famille Chaghoury
a investi dans l’électricité,
mais aussi dans les routes,
largement tracées, goudronnées,
éclairées et bordées de
garde-fous en béton. Un hospice
héberge gracieusement les
personnes âgées. Et l’on
trouve un parc immense, écrin
choisi pour l’église Oum
al-Marahem (Mère de Miséricorde).
Cet espace-nature est orné de
statuettes de rois mages, de
chameaux et d’animaux en
hommage à la Nativité.
Retraite blottie entre ciel
et terre
A Miziara, c’est à qui
fait plus grand, plus voyant,
plus clinquant. Mais ce n’est
pas une approche généralisée.
L’architecture des pharaons ou
celle de Palladio n’est pas du
goût de tous. Ainsi, Bernard
Khalil n’aspire pour sa part
qu’à un juste retour aux
sources. Il s’est replié sur
une petite bâtisse
d’inspiration traditionnelle,
qu’il a construite au creux de
la forêt de Ejbeh. Loin du
bruit de la ville et de la
fureur du monde sans enflure ni
dorures. Une retraite bucolique
d’un hectare et demi, blottie
dans la forêt, entre terre et
ciel. A perte de vue,
garnissant monts et vallées,
des arbres fruitiers, des chênes,
des pins, des rosiers et de la
lavande offrent une palette d’éden.
Dans ce profond silence, où
l’on entend seulement respirer
les herbes et les buissons, la
nature se trouve célébrée
avec plénitude par une
architecture traditionnelle. Emigré
retourné du Nigeria, Khalil a
fait bâtir ce qu’on appelle
la maison paysanne
rectangulaire, à voûtes de
pierre sèche récupérée dans
de vieilles demeures. Solidement
construite à l’ancienne par
un "mouallem maamar" (
maître d’œuvre) de la région,
la maison se compose de trois pièces
identiques, de 8 mètres de
long, 3 mètres de large et 6 mètres
de haut. Le sol est entièrement
en pierre "furné".
Comme autrefois, de larges et
profondes alcôves encastrées
servent pour les rangements :
armoire, bibliothèque, etc. Le
soleil qui filtre à travers des
lucarnes haut placées entre à
flots par de grandes portes de
bois s’ouvrant largement sur
la terre et le ciel.
On monte sur le toit, à
l’aide d’une échelle de
bois puis d’un escalier en
terrasse interrompu, comme
jadis, pour empêcher les
enfants, les chèvres et les
moutons d’y accéder. Parmi
les nombreuses huttes (éerzels)
aménagées dans les arbres,
l’une abrite le coin bureau équipé
d’une ligne téléphonique
pour l’internet. Même ici,
rien n’est laissé au hasard.
Pas un clou n’a été utilisé. Côté
ameublement, Bernard Khalil est
adepte des matériaux recyclés. A
titre d’exemple, des poutres
provenant d’une vieille bâtisse
de Beyrouth servent de sommier ;
une porte ancienne fait office
de table et ses pieds sont carrément
des troncs d’arbres; un réfrigérateur
datant des années 50; une
cheminée en pierre, puis un poêle
en fonte pour l’hiver. Deux
studios construits dans la même
tradition architecturale
accueillent les amis. Pour un
instant suspendu, un instant de
grâce volés au tumulte et à
l’agitation de la vie
ordinaire.
L’homme de Las Vegas
Bejdarfil, région de Tannourine.
C’est le village natal de
Raymond Abi Rached, fils de médecin
et homme d’affaires, qui a
fait fortune à Las Vegas (Etats-Unis),
comme fournisseur attitré des
casinos. Pour les vacances
qu’il passe au Liban, il a
fait construire une vaste
demeure de 13.000 mètres carrés.
Où s’étalent tous les éléments
constitutifs des palais
extravagants : "majlis"
de boiserie damascène,
enfilades de bureaux, de salles
de séjour, de salons (presque
tous les styles européens y
sont représentés) et
appartements privés
hollywoodiens. Le tout émaillé
de sculptures, d’icônes et de
peintures qui tapissent même
les plafonds. Une salle de
cinéma. Un parc automobile avec
les incontournables Mercedes 300
et 600. Toutefois, le plus
important, c’est que le
village a touché, grâce à
lui, le "jackpot".
Jadis, les habitants allaient
jusqu’à Batroun se procurer
un médicament, dans les
bourgades avoisinantes pour
acheter la moindre pacotille,
faisaient des kilomètres pour
aller à l’école. Ils
disposent désormais d’un
supermarché de 5.600 m2 sur
cinq étages où les produits
sont vendus à prix réduits.
D’une pharmacie, d’une
papeterie, d’un café-restaurant;
d’un centre de loisirs et de
l’Internet. Mais aussi d’une
école polytechnique, d’une
garderie pour enfants, d’une
école primaire, d’une
polyclinique. En chantier, un hôpital,
un lac et même un téléphérique.
Abi Rached ne met aucun bémol
à ses projets.
"Mon but est de créer des
emplois pour 5.000 familles et
les empêcher de quitter leur
village", dit Raymond Abi
Rached. Il ajoute qu’avec
"le système féodal très
ancré au Liban, le village était
une vraie misère. Bejdarfil
n’a même pas une municipalité
pour s’occuper des routes défectueuses
et du ramassage des ordures ménagères.
Comme les responsables ne répondent
à aucune requête, j’ai décidé
d’agir ou de réagir avec mon
argent, pour permettre au
village de mener une politique
d’autosuffisance." Faisant
fi de la "contestation
d’un groupe mené par un
politicien de la région",
les bennes d’ordure ont été
installées ; les routes
goudronnées, éclairées et
bordées de garde-fous.
Lentement, mais sûrement, les
dollars et la volonté d’un émigré
sont en train de donner à la
bourgade un nouveau visage.
haut
L'opposition
se mobilise contre la
circonscription unique
paru dans l'Orient-le Jour
le 4 octobre 2002
Au
lendemain des critiques lancées
par les évêques maronites
contre le projet de
circonscription unique, que
concocte actuellement le
pouvoir, l’opposition
s’est mobilisée hier pour
contrer cette initiative. Pour
de nombreux opposants,
notamment au sein de Kornet
Chehwane, la circonscription
unique signerait "la
fin de la démocratie",
voire celle de la vie
politique, et ferait du Liban "la
copie conforme des régimes
voisins". A noter
que le ministre d’Etat pour
la Réforme administrative,
Fouad es-Saad, membre du bloc
de Walid Joumblatt, s’est
associé à ces critiques, en
estimant, de plus, que la création
simultanée d’un sénat
"ne ferait qu’aggraver
le problème". La franche
hostilité de M. Saad au
projet de son collègue de
l’Intérieur, Elias Murr,
pourrait signifier que M.
Joumblatt hésite encore à épouser
intégralement les thèses du
pouvoir. Quant à M. Murr, il
s’est efforcé de retourner
les accusations contre
l’opposition, estimant que
celle-ci cherchait à "éliminer
toute vie démocratique"
en coupant court, d’emblée,
à l’idée de la
circonscription unique. Il a
aussi critiqué les évêques
maronites pour avoir
"condamné une pensée
politique défendue par
beaucoup".
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