Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 

Liste résumée       Liste détaillée       Numéro suivant       Numéro précédent       Format impression

PRESSE  RJLIBAN  N°72  du 6 octobre 2002 

 
A l'occasion de la tenue du sommet de la francophonie à Beyrouth, l'Express consacre un dossier spécial aux Libanais dans le monde, avec des reportages réalisés dans plusieurs pays d'Afrique, au Québec, au Brésil et à Paris : www.lexpress.fr  (numéro daté du 24 octobre).
  

TITRES 

  
Communauté - Bkerké accuse l’Etat de miner la démocratie
"Non" des évêques maronites à la circonscription électorale unique 
 
paru dans l'Orient-le Jour le 3 octobre 2002 
Prenant position dans la crise politique interne, l’Eglise maronite, par la voix du Conseil des évêques maronites, qui a tenu hier sa réunion mensuelle sous la présidence du patriarche Nasrallah Sfeir, a fermement condamné le harcèlement politique et judiciaire par l’Etat de la Rencontre de Kornet Chehwane, sans pour autant nommer cette dernière. Ce harcèlement a été assimilé à une incitation à la dissension civile et confessionnelle. Cette politique met en péril les fondements de la démocratie, constate encore le Conseil des évêques maronites, qui dénonce à l’avance tout projet de loi électorale qui transformerait le Liban en une circonscription unique. Voici le texte intégral du communiqué du Conseil des évêques maronites :
"Ce mercredi 2 octobre, réuni sous la présidence de S.B. le patriarche, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, le conseil des évêques maronites a examiné la situation interne et passé en revue des questions d’Eglise. A l’issue de sa réunion, il a fait paraître le communiqué suivant :
1- Le Conseil est indigné par la tension qui se manifeste sur le plan interne et dénonce énergiquement les mesures prises par l’Etat, au point que la moitié de la population semble prise pour cible. Des dossiers poussiéreux sont exhumés des caves du Palais de justice, des soupçons sont dirigés contre tous ceux qui ont participé à un congrès ou un rassemblement politique à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Par là, l’Etat encourage officiellement l’hostilité d’un groupe contre l’autre, que ce soit au niveau de partis scindés ou au niveau de rencontres politiques dressées l’une contre l’autre pour s’éliminer mutuellement. Des polémiques verbales opposent même ceux qui occupent des positions politiques élevées, des convocations judiciaires et des mandats d’amener sont établis au nom d’anciens hauts responsables, des banderoles incendiaires sont déployées au Nord au vu et au su des forces de l’ordre et des mesures sont prises pour étouffer toutes les voix libres qui tentent de se faire entendre, alors même que la Constitution garantit la liberté d’expression. Cette confusion sans précédent se manifeste alors même que se poursuivent les préparatifs pour la tenue du forum Paris II et du Sommet de la francophonie à Beyrouth. Est-ce donc le climat favorable à leur tenue et à leur succès ?
2- Les responsables ont-ils conscience du fait que les mesures qu’ils prennent aujourd’hui contre ceux qu’ils estiment être leurs adversaires pourraient un jour être prises contre eux par ceux qui, demain, les considéreraient à leur tour comme des adversaires ? Se croient-ils au-dessus de tout soupçon, alors même que ce témoignage est porté contre eux par l’un d’entre eux : le problème n’est pas dans l’absence de lois, mais dans la décision des responsables d’ignorer les lois. Est-ce ce climat chargé d’animosité et de haine qui sauvera le pays de ses épreuves ? Les a-t-on informés du fait que des Libanais se jettent, aux heures tardives ou avant la levée du jour, sur les poubelles d’ordures ménagères, à la recherche de leur nourriture ? 
3- Les responsables ont-ils conscience que s’ils étouffent les voix critiques des opposants et mettent hors-jeu ceux qu’ils estiment être leurs adversaires, c’est le régime démocratique distinctif du Liban dans la région, aussi imparfait qu’il soit, qu’ils auront étouffé ? Et que c’est donc leur propre personne que, tôt ou tard, ils auront éliminée ? De plus, est-ce avec une loi électorale faisant du Liban une circonscription unique, même avec un premier tour au niveau de la petite circonscription, qu’ils pensent assurer une représentation authentique des électeurs ? N’est-ce pas le meilleur moyen, comme on l’a dit avec humour, de faire prendre aux candidats le train, après leur avoir fait prendre, auparavant, l’autobus ? 
4- Les Libanais de tous horizons oublient-ils que des nuages menaçants s’amoncellent à l’horizon et augurent d’une guerre dont les initiateurs sauront quand elle commencera, mais ne savent pas quand et comment elle finira ? Et pour éviter certaines de ces retombées, ne vaudrait-il pas mieux nous solidariser et serrer nos rangs, plutôt que d’aller à son encontre avec nos divisions et nos morcellements ? Ne vaut-il pas mieux s’y préparer par des réconciliations plutôt que par des déclarations de guerre ? Nous nous contenterons de poser ces questions parmi de nombreuses autres que l’on pourrait poser. 
5- En ce mois marial consacré au Rosaire, nous nous tournons vers Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dont les reliques reçoivent au Liban un accueil des plus chaleureux, dans la foi qu’elle passera son Ciel à faire du bien sur la terre, et nous implorons le Très-Haut de nous rétablir, de nous purifier de nos haines, de nous accorder la grâce de nous unir pour notre bien et celui de notre pays, afin que l’Etat retrouve ses composantes perdues de dignité, d’indépendance, de souveraineté et de libre décision."    haut  
 

Corée et chicorée

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2002 

Dans le temps, on disait : "Les gens du pouvoir se partagent le gâteau." Aujourd’hui, nada le gâteau, mais ce sont les gens du pouvoir qui ont une tronche de cake. Comme y a plus rien à partager, ils se rabattent sur les rognures que veulent bien leur laisser les frérots d’à côté. Panmunjom, tu connais ? On devrait la poser celle-là pour faire gagner des millions à la télé. Tu sais, ce jeu qui, pendant les six premières questions, fait croire à un âne qu’il est savant. Bon, je t’abrège : Panmunjom, c’est ce trou perdu qui, pendant 50 ans, a joué les symétries bilatérales entre les deux Corées. Tout y était fifty-fifty : une bicoque coupée en deux, deux portes d’entrée, une seule table, mais rigoureusement à califourchon entre le Nord et le Sud. Les deux délégations y entraient, s’engueulaient, puis ressortaient en se tirant dessus.
Chez nous, c’est du kif. Y a la bande à Mimile et la bande à Bouboule. Les premiers sont nos Coréens du Nord à nous : complotite aiguë, sécuritite monomaniaque, grandes stratégies et petites mesquineries. Les seconds, en bons Coréens du Sud, vivent de fric et de troc. Avec en plus des hures compassées, puisqu’on leur a sans doute appris que les riches, ça doit toujours faire la gueule aux minables. A partir de là, tu prends les sujets au hasard : Papa Gemayel et ses Puma ? La MTV de Tonton ? Le Maronistan qui râle ? Bas les pattes ! Ce sont les Chicoréens du Nord qui s’en occupent. Là, Bouboule s’en lave les mains, sifflote en regardant ailleurs et réussit le tour de force d’être pesant sans jamais faire le poids. FMI, Banque mondiale, Paris II ? Dégage ! C’est la tambouille des Chicoréens du Sud. Sous les ricanements de leurs rivaux du Nord, qui leur savonnent la planche en priant pour qu’ils s’étalent. Ainsi va le pays, de crocs-en-jambe en coups de Jarnac. Les âneries se ramassent à la pelle… Les souvenirs et les regrets des Libanais aussi !    haut

 
L’Union européenne préoccupée par les atteintes à "la liberté d’expression des médias"
Affaire MTV - "Une décision inappropriée", affirme Gabrielidès au nom de l’UE
 
paru dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2002 

Après les Etats-Unis, c’était hier au tour de l’Union européenne de faire part aux autorités libanaises de sa préoccupation face à la fermeture de la MTV, affirmant qu’une mesure pareille risque de nuire à la réputation du Liban en tant que pays qui respecte la liberté d’expression. La prise de position de l’UE a été officiellement communiquée au palais Bustros par l’ambassadeur de Grèce, Georges Gabrielidès, dont le pays représente au Liban le Danemark qui assume la présidence tournante de l’UE et qui n’a pas d’ambassade à Beyrouth. M. Gabrielidès, qui a été reçu par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Mohammed Issa, était accompagné du premier secrétaire de la délégation de l’Union européenne au Liban, Acosta Soto. Au terme de l’entretien, le diplomate grec a précisé à la presse que c’est au nom de l’UE qu’il a entrepris cette démarche au sujet de la MTV. "Nous avons affirmé (devant M. Issa) le point de vue de l’Union européenne qui pense que la fermeture de la chaîne de télévision pourrait mettre en danger la très bonne réputation du Liban en tant que pays qui respecte la liberté d’expression des médias", a déclaré M. Gabrielidès.
"L’UE, a-t-il ajouté, regrette la fermeture de la MTV et exprime sa préoccupation parce que cette décision est inappropriée et qu’il y a eu un recours à la force pour la mettre en œuvre." Selon le diplomate, c’est "en sa qualité d’ami du Liban et de partenaire de Beyrouth dans le cadre de l’accord d’association que l’UE souligne qu’il est dans l’intérêt du Liban et de son image d’autoriser la liberté d’expression et notamment l’expression d’une multitude d’opinions". Prenant à son tour la parole, M. Issa a indiqué à la presse, dans ce qui semble être une réponse aux propos du diplomate, que "le Liban et les libertés vont de pair", affirmant que la MTV "n’a pas été fermée par décision du gouvernement libanais mais en vertu d’un jugement judiciaire et conformément à une loi qui autorise ses propriétaires à faire appel". Le secrétaire général du palais Bustros a nié "tout recours à la force contre les personnes qui se trouvaient au siège de la télévision" au moment où les forces de l’ordre ont voulu exécuter le verdict du tribunal des imprimés. "Il y a eu une bagarre parce qu’ils (les employés) ont refusé d’évacuer le bâtiment après la publication du jugement", a-t-il dit, en rappelant qu’un président du tribunal des imprimés a été nommé et que cette instance examinera le recours qui lui avait été présenté par les avocats de la MTV contre la décision de fermeture.
M. Issa a aussi affirmé avoir expliqué aux deux diplomates que le Liban "est attaché à la liberté d’opinion, d’expression et de croyance", et que "chaque personne a le droit de dire ce qu’elle souhaite". Il a indiqué que "d’autres télévisions diffusent des critiques contre l’Etat, plus sévères que celles de la MTV, et n’ont pas été fermées". Selon M. Issa, MM. Gabrielidès et Soto se sont dits "satisfaits" de ses explications. Le secrétaire général du palais Bustros a de nouveau indiqué que la MTV a été fermée parce que l’article 68 de la loi électorale interdisant aux médias la propagande électorale n’avait pas été respectée. Il a fait remarquer qu’un juge "ne peut pas rendre un jugement sans se référer à un texte de loi, sinon la personne lésée par son verdict peut demander qu’il soit relevé de ses fonctions". Au journaliste qui lui faisait remarquer que les puissances occidentales sont persuadées qu’il y a eu une décision politique et non judiciaire de fermer la MTV, M. Issa a répondu : "C’est peut-être parce qu’elles ignorent qu’il y a au Liban une vraie séparation des pouvoirs. C’est ce que j’ai expliqué à l’ambassadeur américain, Vincent Battle, lorsque je l’ai convoqué pour cette même affaire." Rappelons que les Etats-Unis avaient été les premiers à critiquer la fermeture de la télévision de M. Gabriel Murr, qu’ils avaient jugée "préoccupante".    haut

 
Ariel Sharon, un pouvoir sans partage
 
par GILLES PARIS, publié dans le Monde du 4 octobre 2002
Il aura donc fallu plus d'une semaine au premier ministre israélien, Ariel Sharon, pour prendre conscience de l'inopportunité du dernier siège en date du quartier général de Yasser Arafat à Ramallah, transformé en champ de ruines par les unités du génie israélien. Le desserrement relatif du confinement imposé au chef de l'Autorité palestinienne n'a été obtenu qu'à la suite de très fortes pressions américaines. Washington ne pouvait pas accepter que ce siège, qui avait tiré le dossier israélo-palestinien de la pile sous laquelle l'administration américaine l'avait oublié, puisse perturber sa croisade contre Saddam Hussein. La série d'erreurs d'analyse qui a abouti à un retrait piteux est pourtant exemplaire. Elle témoigne, dans ces excès, de l'omnipotence du premier ministre israélien, de la concentration sans précédent dans ses mains des pouvoirs de décision et d'influence qui en font sans aucun doute le plus puissant chef de l'exécutif israélien depuis bien longtemps.
Après l'attentat de Tel-Aviv du 19 septembre, nulle voix ne s'était élevée au sein du cabinet de sécurité contre la décision d'assiéger M. Arafat. Les poids lourds travaillistes, le ministre des affaires étrangères Shimon Pérès et celui de la défense Benyamin Ben Eliezer, qui se prévalent en permanence de leur pouvoir de modération, avaient voté comme les autres, à l'unanimité, une mesure qui a débouché sur un fiasco. Lorsque M. Sharon a fini par prendre conscience du danger, il a de même enclenché seul la marche arrière, dépêchant par exemple à Washington un proche conseiller sans même prendre la peine d'en avertir son ministre des affaires étrangères... Et la reculade a été adoptée une nouvelle fois à l'unanimité, sans protestation de l'extrême droite, qui réclame pourtant chaque matin ou presque la tête du chef de l'OLP.
Revirements brutaux
Le gouvernement d'union nationale mis en place depuis l'élection de M. Sharon s'est transformé au fil des crises en machine à neutraliser qui tourne pour le seul profit du premier ministre, lequel peut, pendant ce temps, nommer ses proches à des postes stratégiques, comme à la direction du Mossad ou à la tête de l'Office de radiodiffusion. Au nom de l'état d'urgence, les factions israéliennes sont contraintes à une solidarité quasi sans faille. Le rôle de l'opposition, incarnée aujourd'hui par le Meretz, une formation de gauche qui se contente d'un rôle de témoignage sans conséquence sur les événements, a été réduit à sa plus simple expression. On avait déjà pu mesurer cette omnipotence de M. Sharon lors du bras de fer perdu par les formations ultra-religieuses hostiles à des coupes budgétaires sévères pour cause de récession économique. C'est cette même logique qui entraîne la direction du Parti travailliste, au risque de se perdre, à apporter son soutien à un projet de budget aux antipodes de ses priorités sociales et économiques.
Au quasi-monopole de la décision s'ajoute celui de l'influence. En l'espace d'un an et demi, M. Sharon est parvenu à imposer à sa société sa vision du monde et du conflit israélo-palestinien : celle d'une lutte ancienne, interminable et existentielle, dans laquelle le moindre signe de faiblesse est fatal. Les violences de l'Intifada, les centaines de victimes civiles israéliennes fauchées par les engins de mort portés par les activistes palestiniens, ont évidemment pesé, au fil des mois, d'un poids énorme sur l'opinion israélienne, mais le premier ministre a également eu de la chance, conforté par une série d'événements extérieurs totalement imprévisibles qui ont tous joué exclusivement à son profit. Tout d'abord, l'arrivée sur le fil à Washington d'une administration peu désireuse de s'engager dans un conflit alors que le seuil de non-retour n'avait pas encore été franchi. Ensuite, les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington qui ont, par ricochet, retiré aux Palestiniens l'argument de la légitimité de "la lutte armée", y compris dans les territoires toujours occupés. Enfin, la décision de l'administration américaine de renverser Saddam Hussein, qui chasse une nouvelle fois le dossier israélo-palestinien de ses priorités.
Pourtant, jamais par le passé autant d'attentats n'avaient frappé le pays et jamais autant de civils n'étaient morts au cœur des villes israéliennes. Rarement l'économie s'était aussi mal portée, avec deux récessions consécutives et un nombre croissant de chômeurs et de pauvres. Rarement, enfin, un premier ministre s'était montré aussi incapable d'éclairer l'avenir de ses compatriotes en expliquant comment il compte parvenir à la paix promise lors de sa campagne électorale de 2001. Même si les revirements brutaux font partie depuis longtemps du jeu politique israélien, M. Sharon continue de conserver un capital de confiance impressionnant et ne semble ressentir nulle trace d'usure du pouvoir. "Nous sommes devenus une autocratie, grinçait le 20 septembre Yoël Marcus, un éditorialiste du quotidien de centre-gauche Haaretz, un régime qui n'offre pas la moindre alternative, pas même celle d'un putsch."    haut
 
Nous n'avons jamais été civilisés !
 
par JEAN-HERVE BRADOL, publié dans le Monde du 26 septembre 2002
L'auteur est président de Médecins sans frontières
Dans son récit de la Guerre des Gaules, César justifie le massacre de 40.000 personnes à Avaricum (Bourges) par les nécessités de la pacification, de l'extension du domaine du droit..., et de la lutte contre les sacrifices humains. Depuis, les sociétés occidentales n'ont cessé de présenter leurs expéditions militaires les plus brutales comme une entreprise de civilisation ; aux guerres des autres, le privilège de la barbarie. Rien de bien nouveau, donc, dans les discours qui enrobent, depuis un an, les nouvelles batailles. Mais, à l'heure où gouvernements américain et européens envisagent une offensive contre l'Irak, ces sinistres précédents invitent à s'interroger sur la manière dont la "défense de la paix et de la civilisation" est aujourd'hui menée en Afghanistan. La symétrie des rhétoriques guerrières "terroristes" et "antiterroristes" est frappante : dans un camp, l'Amérique tient le rôle du "grand Satan", dans l'autre "l'axe du Mal" menace d'engloutir la liberté. La nature maléfique de l'ennemi fonde le caractère exceptionnel de la menace et justifie l'emploi massif et préventif de la force. Au moindre doute, on bombarde un mariage ou on réduit une mutinerie de prisonniers à coups de frappes aériennes. En cas de malaise face à cet emploi disproportionné et indiscriminé de la force, la simple évocation du massacre de 2.823 personnes sur la côte est des Etats-Unis en septembre 2001 sert aujourd'hui d'argument capital. Tout scepticisme expose à la question : "Souhaitez-vous un nouveau 11 septembre 2001, voire pire ?"
Prophétie menaçante, diabolisation de l'adversaire et asymétrie des forces en présence... l'inquiétante combinaison de ces trois éléments évoque d'autres guerres : Tchétchénie et Palestine, bien sûr, mais aussi des conflits plus lointains, plus facilement qualifiés de "peu civilisés". Depuis 1994, année du génocide des Rwandais tutsis, une même structure argumentaire a servi de justification aux massacres de centaines de milliers de personnes au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo. Cette structure argumentaire agite la menace d'un potentiel "terrorisme génocidaire". Nous pensions pourtant que l'Afrique des Grands Lacs nous avait au moins enseigné cette leçon : laissons agir ces prophètes de malheur et la prophétie a toute chance de se réaliser. L'appel à la tuerie à titre préventif suscite chez l'adversaire le même réflexe d'anticipation : on massacre aujourd'hui pour éviter d'être massacré demain. Le retour de la prophétie apocalyptique au centre de l'argumentaire politique occidental manifeste une dangereuse régression du débat public, assez proche de celle observée aux temps les plus obscurs de l'histoire européenne.
Il n'est pas question de balayer d'un revers de main les dangers, bien réels, du monde actuel. Mais, plus qu'à la surenchère, ceux-ci invitent à un usage rigoureux de la raison, d'autant que cette dernière suggère parfois l'emploi de la force. A la différence du pacifisme, l'humanitaire ne frappe pas d'illégitimité tout recours à la violence mais dirige son attention sur les conditions de son utilisation. Il s'appuie notamment sur les principes élémentaires du droit international humanitaire qui soumettent l'usage de la violence aux conditions qu'elle soit proportionnelle à la menace visée et justifiée par une réelle nécessité militaire - ce qui exclut les attaques contre les non-combattants : populations civiles, blessés ou prisonniers de guerre. Comment ne pas s'arrêter sur ces informations diffusées par plusieurs sources crédibles (presse britannique et américaine, Physicians for Human Rights et Human Rights Watch) qui indiquent que plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers, de combattants de Kunduz ont été massacrés l'automne dernier peu après leur reddition ? S'il est absurde de ne pas se féliciter au nom de l'humanisme de la défaite des talibans, il serait tout aussi déplorable de fermer les yeux quand ils meurent en grand nombre, prisonniers aux mains des soldats de la coalition dirigée par la première puissance mondiale.
Du point de vue de l'action humanitaire, l'accumulation d'informations sérieuses au sujet d'actes de violence commis à l'encontre des civils et des prisonniers de guerre est suffisante pour justifier une enquête internationale indépendante. Encore faut-il souligner que demander une enquête n'est pas préjuger ses résultats, lui ôtant ainsi toute raison d'être. Les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge détiennent un mandat permettant une telle investigation. Ces institutions ont pour l'instant fait preuve d'un relatif silence. Leur apathie renforce le sentiment d'une certaine complaisance à l'égard des puissants qui s'affranchissent du droit de la guerre. Dangereuse démission, pour qui prend la peine de se souvenir que l'histoire occidentale a peu de leçons à donner au reste du monde en la matière : croisades, colonisation, génocides, totalitarismes... L'utilisation, aussi abusive que systématique, du label humanitaire par les gouvernements occidentaux au cours des dix dernières années ne saurait faire oublier ces événements. Il est plus que jamais de la responsabilité d'un mouvement humanitaire indépendant d'assumer son rôle et de poser publiquement ces questions, dans l'espoir de voir politiques et militaires traiter enfin les non-combattants avec humanité, dans le respect du droit.    haut
 
Bush, l'Irak et l'ONU
 
paru dans le Monde du 3 octobre 2002
L'administration Bush est empêtrée dans une bataille politique aux Nations unies sur l'Irak. Ce n'est pas une péripétie juridico-diplomatique. C'est une affaire dans laquelle et Washington et l'ONU jouent une part de leur crédibilité. On connaît les faits. L'ONU et Bagdad se sont entendus, mardi 1er octobre à Vienne, sur les modalités du retour des inspecteurs du désarmement en Irak. Mais Washington ne veut pas qu'ils partent sans une nouvelle résolution : celle-ci devrait définir le mandat des inspecteurs de manière encore plus exigeante que les précédentes résolutions ; elle devrait prévoir le recours à la force par l'un des membres du Conseil de sécurité s'il juge que l'Irak ne joue pas le jeu. La Grande-Bretagne colle à cette ligne. Les trois autres membres du Conseil - la Chine, la France et la Russie - ne sont pas d'accord. Paris suggère une formule qui paraît relever du bon sens : d'abord le départ des inspecteurs, qui permettra de tester les intentions de Saddam Hussein ; puis, en cas d'obstruction de la part des autorités irakiennes, retour devant le Conseil pour décider d'un éventuel recours à la force. Le débat est ouvert. Il va se poursuivre dans les jours qui viennent. Mais la position de Washington serait plus forte si George W. Bush n'avait usé dans cette affaire de propos qui fleurent bon l'hypocrisie. Le président, qu'on ne savait pas aussi préoccupé de l'avenir de l'ONU, a jugé qu'elle jouait là son va-tout. "Les Nations unies doivent agir, disait-il fin septembre ; le temps est venu pour l'organisation de décider si elle va être une force au service du bien et de la paix ou si elle a l'avenir d'un forum de discussions stériles." Le 12 septembre, s'adressant à l'Assemblée générale, il avait déjà prévenu : "Cette affaire -l'Irak- montrera si les Nations unies ont encore un sens."
"Cette affaire", et pas les autres... Autrement dit, le fait que les Etats-Unis n'aient jamais levé le petit doigt pour faire appliquer nombre de résolutions du Conseil, à ce jour restées lettre morte, serait sans importance. Seule compterait, pour juger l'ONU, l'application des résolutions sur l'Irak. Le représentant palestinien à l'ONU a eu beau jeu de rappeler que pour seize résolutions sur l'Irak non ou mal appliquées, on en trouve vingt-huit quotidiennement violées sur le conflit israélo-palestinien - de celles qui dénoncent l'occupation de territoires par la force à celles qui interdisent leur colonisation. George W. Bush n'a jamais eu un mot pour condamner l'extension en cours des implantations israéliennes en Cisjordanie. Le Proche-Orient n'est qu'un exemple. Il y en a d'autres. Ils fondent ce sentiment largement partagé en Afrique, en Asie et dans le monde arabe d'une politique onusienne du "deux poids, deux mesures" selon que l'intérêt national d'une grande puissance (il peut aussi s'agir de la Chine ou de la Russie) est en jeu ou non. Et il y a beau temps que cette politique, fréquemment pratiquée par les Etats-Unis, a porté atteinte à la crédibilité de l'ONU comme celle de Washington. M. Bush parle dans le vide quand il utilise de tels arguments.    haut
 
Le secrétaire d’Etat suisse évoque la position de son pays au P-O 
Toujours aussi "neutres", les Helvétiques n’en sont pas moins impliqués dans ce monde
 
par JEANINE JALKH, publié dans l'Orient-le Jour le 5 octobre 2002

Les relations entre la Confédération suisse et le Liban sont au beau fixe. Elles viennent de connaître un nouvel élan à la faveur de la visite du secrétaire d’Etat au département confédéral des Affaires étrangères, Franz von Däniken, trois ans après la venue de son ministre des Affaires étrangères, Joseph Deiss. Une visite qui a certes été placée sous le signe de la francophonie à quelques jours du sommet du 18 octobre, mais qui a également permis un tour d’horizon sur les problèmes de l’heure. Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Däniken, qui a rencontré les responsables du palais Bustros et le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a fait le point sur un certain nombre de questions notamment la position de la Confédération helvétique par rapport au problème du Proche-Orient, les implications de son adhésion à l’Onu et enfin la question de la neutralité qui a de tout temps été la caractéristique majeure de la politique étrangère ce pays. 
Pour commencer, le Liban, que M. Däniken considère comme "un interlocuteur de toute première qualité au P-O", du simple fait que ce pays fait partie de cette région qui est toujours dans l’attente d’une solution, dit-il. Bien que l’Irak constitue, à ses yeux, un sujet d’actualité brûlante, les discussions avec les responsables libanais "ont principalement porté sur le conflit israélo-arabe, pour lequel la Suisse porte un intérêt particulier", affirme le secrétaire d’Etat. "Notre position est claire sur ce plan, à savoir que toute action, quelle qu’elle soit, doit être intégrée dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité". C’est cette même position, à savoir le soutien à la légalité internationale, qu’affichent les responsables helvétiques par rapport au problème irakien, qu’ils espèrent voir résolu par le biais des Nations unies.
Est-ce à dire que la Suisse gardera sa neutralité légendaire en cas de conflit armé qui mettrait aux prises les Etats-Unis et l’Irak ? "Il est encore très trop pour spéculer sur le dénouement de cette crise. Nous verrons au moment voulu comment réagiront les Etats-Unis", affirme M. Franz von Däniken, évitant par là de se prononcer sur l’attitude de son pays en cas de guerre. "Pour l’instant, dit-il, nous préférons voir l’organisation internationale imposer les résolutions du Conseil de sécurité, notamment par le biais de l’envoi d’observateurs qui doivent effectuer leur mission en toute transparence." C’est d’ailleurs dans ce cadre que cherche à s’activer le gouvernement confédéral, qui a déjà proposé au Conseil de sécurité d’envoyer ses propres observateurs dûment formés en Suisse. Un pays qui a "une expérience inégalable dans ce domaine notamment dans le domaine biologique et chimique, non pas dans la production des armes, se dépêche-t-il de préciser sur un ton badin, mais au niveau des laboratoires d’analyse". 
Traditionnellement discrète au plan de ses relations internationales, la Suisse, qui vient récemment d’accéder à la tribune des Nations unies, ne semble pas avoir modifié de manière radicale sa position sur la scène internationale. "Il ne faut surtout pas en conclure que notre adhésion à l’organisation internationale affectera les grands paramètres de notre politique étrangère, encore moins le concept de neutralité adopté depuis longtemps par notre pays", affirme M. Däniken. Bien que considérée de tout temps comme "un membre de facto" des Nations unies, dont le siège européen se situe à Genève, la Suisse - qui se trouve également en 14e position sur le plan des contributions faites à cette organisation, "et cela, avant même avant d’y adhérer" - n’a pas rejoint cette dernière sans raison. Désormais, l’Onu permettra à ce pays de disposer d’une excellente plate-forme pour promouvoir ses idées, notamment en matière de droit international public, de droit humanitaire, et dans les questions relatives au développement et à la paix. "Donc les grands axes de notre politique ne changent pas", insiste le secrétaire d’Etat. 
Cela n’exclut pas l’adoption par ce pays de sanctions économiques, "toujours dans le cadre des résolutions prises par l’Onu", et ce, depuis pratiquement 1990. Selon M. Däniken, la politique de non-ingérence au sens traditionnel du terme reste sans aucun doute compatible avec la Charte des Nations unies. C’est en partie au nom de cette neutralité que la Suisse s’oppose à l’adhésion à l’Union européenne. Toutefois, ce sont surtout des raisons politiques et économiques qui motivent cette position, la Confédération helvétique ayant été historiquement hostile "aux grandes coalitions qui ont mené aux deux guerres mondiales". De surcroît, ajoute notre interlocuteur, l’Union européenne "a une finalité supranationale, ce qui est fondamentalement contraire aux convictions suisses". Les raisons économiques ensuite, puisque l’entrée dans l’Union "nous coûtera très cher surtout si les pays de l’Europe de l’Est viennent rejoindre cette Union". 
Reste la francophonie, un ensemble que la Suisse n’a jamais hésité à rejoindre. D’autant que les institutions francophones prônent un dialogue des cultures qui intéresse au plus haut point les Helvétiques, surtout après le 11 septembre. La représentation de ce pays au niveau présidentiel au prochain sommet confirme l’implication totale et la participation active d’une confédération qui regroupe des ensembles linguistiques et culturels multiples. Germanophone, le président suisse "cause parfaitement le français", souligne M. Däniken. Il s’agit d’un sommet important à plus d’un égard, sur le plan culturel aussi bien qu’économique, estime-t-il. Il sera notamment décisif pour ce qui est du choix du successeur éventuel du secrétaire général de la francophonie, Boutros Boutros-Ghali, "qui se fera très probablement sur l’ancien président sénégalais Abdo Diouf", affirme M. Däniken. Une tâche qui suppose qu’un consensus soit atteint.    haut

 
Pour le gouvernement fédéral canadien, un engagement sérieux et une caractéristique identitaire
Francophonie - A l’autre bout du monde, un immense pays où l’on parle français
 
par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Orient-le Jour le 1er octobre 2002

Qu’il s’agisse des Wallons et des Flamands en Belgique, des chrétiens et des musulmans au Liban, des différentes tribus dans les pays d’Afrique ou des anglophones et des francophones au Canada, les mêmes clivages sociaux se retrouvent partout, sous des appellations différentes, mais certains Etats les gèrent mieux que d’autres. Le Canada, pays multiethnique par excellence, assume apparemment bien ses différences. Et si l’appartenance à l’Organisation de la francophonie internationale ne constitue pas sa principale caractéristique, elle reste partie intégrante de son identité, une façon aussi de se distinguer de son encombrant voisin, les Etats-Unis. Un problème que de nombreux pays dotés de voisins puissants connaissent d’ailleurs trop bien.
Quand on dit Canada francophone, on pense aussitôt Québec et ses presque sept millions d’habitants, farouchement attachés au français, au point d’avoir songé à se séparer du reste du pays pour préserver leur culture. Pourtant, dans cette immense fédération, la francophonie a plusieurs visages, et, chacun à sa manière, constitue un témoignage de foi dans la diversité et dans le compromis, promu au rang de valeur canadienne. Cinq journalistes venus du Niger, du Burkina Faso, du Sénégal, de la Communauté française de Belgique et du Liban ont eu, une semaine durant, la possibilité de découvrir cette attachante contrée et ses différentes communautés, ainsi que la vitalité de la francophonie, qui, grâce aux efforts conjugués du gouvernement fédéral, des francophones du Québec et des minorités francophones dans le reste du pays, est en développement constant.
Une capitale loin de la frontière avec les Etats-Unis
La grande aventure commence, comme il se doit, à Ottawa, capitale fédérale et métropole verte aux allures de ville provinciale. A quelques kilomètres de l’aéroport, la ville s’étend paresseusement le long du canal Rideau, qui est pratiquement à l’origine de sa construction et qui, en hiver, devient la plus longue patinoire du pays. La rivière des Outaouais - qui paraît plus impressionnante que notre grandiose Litani - sépare les deux agglomérations, l’anglophone Ottawa où se trouvent la plupart des édifices fédéraux et la francophone Hull rebaptisée Gatineau. Mais la division n’est pas évidente pour un œil étranger, la circulation étant constamment dense le long du Pont Alexandra, le plus beau de ceux reliant les deux secteurs. Pourquoi la tranquille ville d’Ottawa a-t-elle été choisie comme capitale de la fédération ? C’est un jeune réserviste, devenu guide touristique chargé de faire visiter le magnifique siège du Parlement canadien, qui donne la réponse : la reine Victoria a choisi Ottawa parce que cette cité est quasiment au centre du pays et ensuite parce qu’elle est suffisamment éloignée de la frontière avec les Etats-Unis (contrairement à Montréal, Toronto, Winnipeg ou Vancouver) pour ne pas avoir à subir une invasion de ce côté-là.
Dès sa fondation, la fédération canadienne a dû faire face à l’existence de deux grands groupes ethniques, les anglophones et les francophones, auxquels se sont ajoutés les groupes autochtones, qu’on appelle ici les Premières nations, et le flot incessant d’immigrés, chacun apportant sa culture et ses traditions. S’il y a eu, dans le passé, des heurts et des tentatives d’assimilation, c’est surtout la loi sur les langues officielles, adoptée sur l’impulsion de l’ancien Premier ministre Pierre Trudeau, qui a véritablement consacré le bilinguisme officiel du Canada. Depuis, le gouvernement fédéral consacre une partie importante de son budget à promouvoir ce bilinguisme, et donc à protéger les minorités culturelles, francophones dans les provinces à majorité anglophone et anglophone dans la seule province à majorité francophone, le Québec.
Un vaste programme de sensibilisation
Si d’aucuns, comme le professeur Clinton Archibald au franc-parler ravageur, pensent que cette politique officielle a été un échec à 85%, le bilinguisme n’ayant pas fait de grands progrès, les officiels du gouvernement sont loin d’être de son avis. Selon eux, le gouvernement fédéral a consacré de grands budgets pour la protection des minorités linguistiques en encourageant les échanges entre les différentes provinces. C’est ainsi qu’a été créé le concept des écoles d’immersion, qui permettent à la communauté majoritaire d’apprendre la langue minoritaire pour mieux comprendre l’autre composante de la société canadienne. Cela n’a pas été sans mal puisque le système éducatif relève des gouvernements provinciaux et que certains d’entre eux ont vu dans cette initiative une atteinte à leur souveraineté.
Mais le plus important c’est qu’au fil des années, le bilinguisme est entré dans les mœurs et les mentalités ont évolué vers plus d’ouverture. Aujourd’hui, l’appartenance du Canada à l’Organisation internationale de la francophonie est considérée comme aussi naturelle que son appartenance au Commonwealth et à l’Association des Etats américains. Nul ne songerait donc à contester le budget annuel de 20 millions de dollars que le gouvernement fédéral consacre à cette organisation. Les officiels ont eu beau tenter d’en expliquer les différents rouages, ceux-ci paraissent très compliqués, l’organisation ayant commencé par se consacrer au développement culturel et économique des pays, membres de "la planète francophone", n’opérant un virage politique qu’à partir du sommet de Hanoi en 1997. Il est certes difficile pour l’Organisation internationale de la francophonie d’être très efficace sur le plan politique d’autant que, parmi ses 51 pays membres, certains ont des régimes encore peu démocratiques. Mais à travers la déclaration de Bamako en 2001, il a été possible de s’entendre sur une base de principes généraux favorisant la démocratisation des régimes et accentuant la tendance au respect des droits de la personne.
Dix-neuf milliards de dollars par an en échanges commerciaux
Le Canada, qui se veut l’un des pays les plus évolués en matière de droits de l’homme, s’investit d’ailleurs beaucoup dans ce domaine et les officiels ne sont pas peu fiers d’évoquer le rôle de l’organisation dans le règlement de la crise à Madagascar. Ils restent toutefois conscients du fait que cette organisation ne peut devenir une autre Onu. En tout cas, selon eux, elle ne cherche pas à l’être. "C’est un autre réseau et un forum de dialogue pour des pays ayant le français en partage, avec toutes les valeurs qu’il véhicule", disent-ils. Mais le gros des efforts est encore concentré sur la culture et les échanges économiques. Tout se fait à travers l’Agence internationale de la francophonie (AIF) qui gère les différents canaux d’action prévus par l’organisation. Le Canada participe ainsi au financement de plusieurs projets de développement dans les pays francophones. Au Liban, par exemple, le Canada aide l’association Arc-en-ciel, qui travaille à la réhabilitation physique, économique et sociale des handicapés. Il a aussi un programme des bourses de la francophonie qui permet à de nombreux étudiants de pays francophones de poursuivre des études au Canada. Le problème dans ce programme, c’est que plusieurs étudiants, notamment libanais, ont refusé de rentrer dans leur pays, une fois leurs études achevées. C’est pourquoi, ils doivent désormais signer un engagement à retourner chez eux au moment de remplir les fichiers d’inscription, assortis d’une garantie de leurs gouvernements respectifs. Résultat, cette année, aucun Libanais n’a bénéficié du programme.
Sur le plan économique, les échanges commerciaux entre le Canada et les pays membres de la francophonie se chiffrent à dix-neuf milliards de dollars canadiens par an. Et les Canadiens espèrent encore les améliorer, étant constamment à la recherche de nouveaux domaines à exploiter. Pour le gouvernement fédéral, l’appartenance à la francophonie est un engagement sérieux. Mais c’est au niveau des citoyens que cette organisation reste un peu lointaine, une sorte d’entité abstraite, dont ils ne voient pas vraiment les implications directes dans leur vie quotidienne. TV5 Canada, qui cherche à familiariser les Canadiens avec la francophonie, a encore beaucoup de pain sur la planche…    haut

 
Les familles des Casques bleus s’installent au Liban

 

paru dans l'Orient-le Jour le 5 octobre 2002 

Les forces de sécurité libanaises ont commencé, depuis le début d’octobre, à interdire aux officiers, soldats et employés de la Finul présents au Liban-Sud tout accès au territoire israélien à travers la frontière libanaise (la ligne bleue). Les autorités libanaises se basent à cet effet sur le droit international, qui interdit à tout membre d’une force internationale œuvrant sur le territoire d’un pays donné de traverser, en temps de guerre, les frontières pour se rendre dans un autre pays ennemi.
Le porte-parole officiel et le conseiller politique de la Finul, Timor Goksel, a confirmé hier que le passage des familles des officiers et des soldats de la Finul présents au Liban-Sud s’est effectivement "interrompu après qu’ils eurent rejoint le territoire libanais pour s’y établir". Ainsi, les familles de quelque 110 Casques bleus, qui résidaient en Israël pendant les 22 ans d’occupation israélienne au Liban-Sud, habitent à présent la ville de Tyr et ses environs. "Sauf que nous avons des missions officielles à remplir, en sus de celles que nous menons des deux côtés de la frontière. Ainsi, toute entrée au Liban par sa frontière avec Israël ne concernera dorénavant que les objets et ces missions officielles", a-t-il ajouté, signalant qu’il n’avait été averti d’aucune date butoir dans le cadre de la mesure prise depuis le début du mois par les autorités libanaises. Et précisant que des négociations étaient en cours avec ces dernières, pour régler la question de quelques membres de la Finul mariés à des Israéliennes.    haut

 
Jacques Chirac veut moderniser l'armée française
 

paru dans le Figaro le 30 septembre 2002

Le président Jacques Chirac a affirmé lundi sa volonté de moderniser en profondeur les armées françaises pour qu'elles puissent mieux répondre aux nouvelles menaces. Si les efforts internationaux de prévention échouent, "nous devons être prêts à assumer nos responsabilités", a dit M. Chirac en s'adressant aux militaires des trois armes sur la base aérienne 110 de Creil (Oise). "Cela peut être une question de vie ou de mort", a-t-il ajouté au moment où la France est engagée dans la coalition anti-terroriste en Afghanistan ou dirige l'évacuation de Français et d'étrangers en Côte d'Ivoire. Au titre des nouvelles missions, il a cité comme priorités la capacité de la France dès avant 2008 à "engager sans délai des forces spéciales bien équipées", à projeter au loin "une force interarmée moderne" et à "exercer des frappes dans la profondeur". Il a aussi insisté sur la nécessité d' "améliorer nos capacités de renseignement" en coopération avec les Européens. Avant de prononcer son discours, M. Chirac s'était fait présenter les moyens de la Direction du Renseignement militaire (DRM) et avait assisté à des démonstrations par des commandos du Commandement des Opérations spéciales (COS).
M. Chirac a justifié la forte hausse des crédits militaires pour les années 2003-2008 par la nécessité d' "améliorer la protection des Français et du territoire national" après "cinq années de retard accumulé", a-t-il dit en faisant allusion au gouvernement de Lionel Jospin. "L'indisponibilité de plus en plus fréquente" des avions, chars, hélicoptères ou bâtiments "était devenue insupportable", a-t-il déclaré. Le chef de l'Etat, qui est chef des Armées, s'exprimait pour la première fois sur la loi de programmation militaire, examinée le 11 septembre en Conseil des ministres, et qui prévoit 5,5 milliards d'euros supplémentaires pour les crédits d'équipements et la construction dès 2005 d'un second porte-avions. En matière de renseignement, M. Chirac a noté le développement entre Européens de satellites et d'une gamme élargie de drones (avions de reconnaissance sans pilote). Il a également affirmé que de nouveaux moyens de lutte seront mis en oeuvre contre les risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique et contre les attaques informatiques. Enfin, "un programme de défense anti-missiles de théâtre (NDLR : champ des opérations) sera lancé", a dit le chef de l'Etat. Pour M. Chirac, l'important effort financier pour la défense doit aussi permettre à la France de jouer un rôle leader en Europe, conformément à l'engagement pris au sommet d'Helsinki en 1999. "Nous devons être capables, dès 2006, de préparer, de planifier et de conduire une opération multinationale d'envergure décidée par l'Union", a-t-il dit.    haut 

 
Tout Cahors séduit par la Semaine libanaise
Visages francophones - Les Cadurciens découvrent les multiples facettes culturelles du pays du Cèdre
 
par ZENA ZALZAL, publié dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2002

Concerts, expositions, productions cinématographiques, spectacles, soirées poétiques, rencontres littéraires, mais aussi artisanat et gastronomie : autant de facettes culturelles du Liban que découvrent avec émerveillement les Cadurciens en ce début clément d’octobre (le climat s’étant lui aussi mis, semble-t-il, à l’heure libanaise !). Organisée dans le cadre du festival "Visages francophones", une semaine libanaise se déroule du 1er au 5 octobre, à Cahors, petite ville paisible de la région toulousaine. Les arts libanais ont investi les hauts lieux de cette cité médiévale. Du théâtre à l’auditorium, en passant par la cathédrale ou les restaurants de la ville, Cahors s’ouvre au Liban. Les habitants sont ravis. "On va à la rencontre d’un pays tout en étant chez soi. Les échanges avec les artistes libanais sont de qualité et apportent un dynamisme nouveau à la ville", affirment d’une même voix les personnes croisées au fil des diverses manifestations. 
Il est vrai que la programmation (réalisée par l’association Visages francophones en collaboration avec le ministère libanais de la Culture et l’Agenda culturel à Beyrouth) fait montre d’une grande exigence artistique. "Nous avons voulu montrer que le Liban est au-delà des clivages entre Orient et Occident et cela dans tous les domaines", indique José Sobrecases, le directeur du festival. Pour insister sur cette ouverture et cette multiplicité de "visages" du pays du Cèdre, le festival a invité non seulement des artistes francophones, mais aussi des talents représentatifs de la grande variété de la société libanaise. Ainsi que des journalistes de quatre organes de presse (avec le soutien de la Fondation européenne de la culture, dans le cadre du projet MMP médias).
Des soirées éclectiques
C’est Toufic Farroukh et sa formation, l’Absolut Orkestra, qui ont donné le coup d’envoi des festivités sur une note de jazz fusion oriental. Un concert aux sonorités mixées de nay, oud, saxophone, guitare électrique, piano et percussions qui a enthousiasmé le public. Suivi, au fil des soirées, de l’oratorio soufi de Nidaa Abou Mrad, L’annonce faite à Marie, une musique contemplative et mystique accompagnée de textes inspirés du Cantique des cantiques ainsi que de versets de l’Evangile et du Coran, chantés par Sylvie Haddad. Un concert certes très élitiste mais qui, présenté dans le cadre impressionnant de la cathédrale Saint-Etienne, à la seule lueur des bougies, a séduit ou dérangé, selon les affinités musicalo-spirituelles de chacun, mais n’a pas laissé indifférent. Dans le même registre éclectique, la soirée poético-musicale a fait découvrir un groupe de jeunes musiciens d’une vingtaine d’années, les Chehhadine Ya baladna, qui revisitent avec beaucoup de talent le répertoire de la chanson classique arabe. Côté poésie, malgré de très beaux vers d’Ounsi el-Hage, de Mohammad el-Abdallah et d’Amal Joumblatt, récités par des comédiens libanais, bien entendu, les récitations ont paru hermétiques au public, qui aurait préféré entendre mais aussi comprendre la poésie libanaise. Celle d’expression française qui n’a été illustrée que par trois courts poèmes de Nadia Tuéni et Iskandar Habache. Il n’en demeure pas moins que l’intérêt dont font preuve les Cadurciens envers les diverses formes de culture libanaise fait chaud au cœur.
Diurnes
Et si le Liban fait vibrer les nuits de Cahors, il occupe également ses journées. A la Chantrerie, on admire la peinture libanaise contemporaine. Une quinzaine de toiles que Nadine Begdache, propriétaire de la galerie Janine Rebeiz, a sélectionnées selon des critères de qualité et de diversité de styles. Cela va de Nada Akl à Mahmoud Zibawi en passant par Fadia Haddad, Charles Khoury, Bassam Geitani, Joseph Chahfé, Hannibal Srouji, Elias Dib, Joanna Rizk et Philippe Akl. Par ailleurs, le musée de la ville a ouvert ses portes à la très belle exposition de photos de Roger Moukarzel, "Le Voile", qui avait été présentée il y a quelques mois à Beyrouth (crypte de l’église Saint-Joseph). Cela sans compter les dégustations de mezzés, d’arak et de plats traditionnels préparés par deux chefs libanais, les promenades du côté du mini-souk des artisans installé au centre de la vieille ville, et les multiples autres activités festives qui émaillent le festival et introduisent à Cahors les saveurs et les parfums du Liban.    haut

 
L’égale dignité de toutes les cultures
 
par KOFI ANNAN, publié dans l'Orient-le Jour le 3 octobre 2002 

Les distances qui séparent les peuples et les nations deviennent chaque jour un peu plus courtes. La mondialisation des échanges et des communications, la propagation des maladies et les problèmes qui touchent la planète tout entière, tels que la dégradation de l’environnement, nous rapprochent comme jamais les uns des autres. S’il est une leçon que nous devons tirer des événements tragiques du 11 septembre 2001, c’est que ce qui se passe à un bout de la planète peut très bien avoir des répercussions profondes sur la vie de gens se trouvant à des milliers de kilomètres. L’inaction et l’indifférence peuvent avoir des effets désastreux dont on ne mesure l’ampleur que bien plus tard.
Nos sociétés sont trop interdépendantes pour que les relations entre les peuples aient d’autres fondements que la tolérance, le respect de la dignité de chacun et le dialogue de toutes les cultures. Et l’affrontement entre les civilisations - que d’aucuns prédisent - serait bien trop destructeur. C’est pourquoi je me réjouis que le IXe Sommet de la francophonie qui se tiendra à Beyrouth dans quelques semaines ait pour thème le dialogue des cultures. L’Organisation des Nations unies elle-même est fondée sur la conviction que le dialogue peut l’emporter sur la discorde, que la diversité est un atout et que les peuples du monde sont bien plus unis par leur destin que séparés par leurs identités. Sans un dialogue suivi entre toutes les nations - au sein des civilisations, des cultures et des groupes humains, comme entre eux -, la paix ne saurait être durable et la prospérité ne sera jamais définitivement acquise. De tout temps, les civilisations et les cultures se sont enrichies, renforcées au contact les unes des autres. Le monde arabo-islamique, pour ne citer que lui, a apporté une contribution inestimable au patrimoine scientifique, littéraire et artistique de l’humanité. A l’heure où tout se mondialise, ce besoin de contact, d’échange, d’interaction, de dialogue est devenu vital. 
Et ceux qui, devant les bouleversements du monde, sont aujourd’hui tentés par l’enfermement identitaire et croient trouver une réponse en se repliant frileusement sur leur communauté se trompent. Ce n’est ni en renonçant à l’ouverture des frontières, ni en érigeant de nouvelles barrières, identitaires, économiques, culturelles et autres, ni en fermant les yeux sur les injustices, les inégalités et les conditions de vie misérables dans lesquelles vit la plus grande partie de l’humanité qu’ils se protégeront. De telles attitudes ne font que renforcer les préjugés et alimenter les fanatismes de toute sorte. D’ailleurs, l’idée que la diversité est une menace porte en elle le germe même de la guerre. 
Notre seul espoir de construire ce monde plus harmonieux, plus juste et plus pacifique auquel nous aspirons tous passe, au contraire, par une volonté affirmée d’instaurer un véritable dialogue entre les civilisations dans toutes les régions et les aires culturelles du monde. Ce dialogue doit se fonder sur le respect de l’égale dignité de toutes les cultures. Il impose de reconnaître que la diversité culturelle est une richesse que l’humanité a en partage. Il implique que tous les acteurs de la société, y compris les femmes et les jeunes, fassent entendre leur voix. Il requiert générosité, humilité, ouverture d’esprit, imagination, et il commence par un regard critique sur soi-même et le respect des valeurs et des principes fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. 
Parce qu’elles sont naturellement des espaces de solidarité, les grandes aires culturelles et linguistiques, comme la francophonie, ont vocation à ouvrir de nouvelles voies à la tolérance et à promouvoir l’indispensable dialogue des cultures. De par sa longue tradition d’ouverture et d’échange, sa diversité culturelle et spirituelle unique, et au-delà des aléas de son histoire, le Liban est un modèle de rencontre fructueuse entre des communautés et des cultures. C’est dire s’il offre un environnement propice à un débat sur le dialogue des cultures. 
Comme le disait le grand poète libanais Amine Rihani, qui a consacré sa vie à rapprocher l’Orient et l’Occident : "Nous ne sommes ni des Orientaux ni des Occidentaux. Aucune barrière n’existe dans nos cœurs : nous sommes libres." Puisse l’esprit de dialogue, de tolérance et de paix qui soufflera sur le Liban au cours des prochaines semaines rejaillir sur le reste du monde, et en particulier sur la région du Moyen-Orient qui en a tant besoin.    haut

 
Laïcité en trompe l'œil
Orient-Occident, la fracture imaginaire, de GEORGES CORM. La Découverte
 
par AGNES DEVICTOR, publié dans le Monde du 4 octobre 2002
Avec, certes, un ton parfois vif, Georges Corm ambitionne de renverser des siècles de préjugés engendrés par le "discours narcissique de l'Occident" et amplifiés, depuis le 11 septembre, par le retour de la "médiocre" analyse du "choc des civilisations". Voguant au gré des époques sur de vastes zones géographiques et des espaces culturels variés - cap parfois déroutant pour le lecteur -, l'auteur du Proche-Orient éclaté développe une thèse complexe sur la puissance de l'Occident et de la modernité qui en fait sa force. Il démontre comment cette modernité qui aurait, prétendument, extrait l'Occident du monde magique pour se fonder sur le principe laïque de séparation du spirituel et du temporel, reste en fait inscrite dans un imaginaire biblique. "Jésus aurait sauvé l'Occident par sa célèbre petite phrase : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." Il aurait ainsi ouvert la voie à la séparation du temporel et du spirituel, à l'autonomie de l'individu."
Du fait de son origine, ancrée au cœur même des textes chrétiens, la laïcité occidentale, affirme Georges Corm, resterait en fait attachée à un univers mental religieux et ne serait donc qu' "un trompe-l'œil". La richesse de l'ouvrage tient à la manière dont il souligne comment, malgré les efforts des Lumières pour revenir à des racines gréco-latines et éviter la puissance de l'Eglise, les schémas bibliques ont continué de s'imposer. Ainsi, si le salut ne réside plus dans un dessein divin qui guide l'homme, mais dans la raison, il n'en demeure pas moins que l'idée biblique du salut demeure. Il faudrait, d'après l'auteur, "laïciser la laïcité pour qu'elle perde son statut de doctrine "spécifiquement" chrétienne et occidentale" et devienne ainsi universalisable. Comment sinon la laïcité peut-elle, par exemple, faire sens dans l'islam, puisque l'islam classique ne connaît pas d'institutions spirituelles indépendantes du pouvoir politique ?
Economiste de formation, Georges Corm, passé par l'épreuve de la politique en devenant ministre des finances du Liban entre 1998 et 2000, refuse de s'enfermer dans un pessimisme sans issue. Si face aux convulsions qui secouent la planète, l'Occident continue de se considérer comme non responsable, imputant cette violence à "l'incapacité des peuples non occidentaux à assumer la modernité", la crise risque de n'être que plus profonde. L'Occident doit proposer un discours critique, "un magistère moral universellement crédible", en se défaisant de son narcissisme. Selon Corm, ce n'est pas des autres régions du monde, prises dans l'étau de l'occidentalisation, que des alternatives peuvent demain voir le jour. Orient-Occident, la fracture imaginaire appelle à la mise en œuvre d'un ambitieux programme : opérer, en Occident, une mutation des concepts de laïcité et de modernité, en les "désoccidentalisant" et en se préservant de tout particularisme et communautarisme. "Il nous revient de transformer l'occidentalisation du monde et sa machine à désenchanter et déraciner, en un monde plus humain, même s'il doit être moins "moderne", tant cette notion à bannir est chargée de toutes les ambiguïtés narcissiques dont nous devons sortir."    haut
 
L'Opus Dei fête la canonisation de son fondateur
La béatification de l'Espagnol Josémaria Escriva avait déclenché la polémique en 1992. Jean-Paul II en fait, ce week-end à Rome, le 465e saint de son pontificat
 
par SOPHIE DE RAVINEL, publié dans le Figaro le 5 octobre 2002
Jean-Paul II s'apprête à donner un nouveau saint à l'Eglise, le 465e de son pontificat. Et il ne s'agit pas d'un inconnu, mais de l'Espagnol Josémaria Escriva (1902-1975) dont la canonisation provoque, ce week-end, le déferlement à Rome du peuple de l'Opus Dei. Il y a dix ans, en mai 1992, sa béatification, jugée trop rapide par certains, avait suscité des grincements de dents et déclenché de nombreuses polémiques. Aujourd'hui, le climat est nettement plus calme. Et les membres de l'Œuvre de Dieu, fondée en 1928 par le père Escriva, peuvent se réjouir en paix mais sans débordements. "El Padre", comme ils le surnomment, était déjà considéré comme un saint de son vivant. Ils devraient être 220.000 à l'acclamer en ce dimanche.
Dans les rues de Rome, depuis quelques jours, groupes de jeunes filles et groupes de garçons se croisent et devisent, pour beaucoup en espagnol, sur les beautés de Rome et la grandeur d'Escriva, fondateur de l'Opus Dei, désormais admis parmi les saints de l'Eglise. Aux terrasses des cafés, sous un soleil timide, on reconnaît aisément les pèlerins venus tout exprès parmi les touristes en baskets, l'appareil photo ou la caméra greffée au poignet. Les fidèles de l'Œuvre sont toujours extrêmement soignés, quel que soit leur niveau de vie. Et toujours prêts à vous parler de cet événement qui sera marqué d'une croix blanche dans leur vie. L'apostolat est chez eux une seconde nature. Devant l'église Saint-Eugène, dans un quartier résidentiel de Rome, proche de la Piazza del Popolo, quelques-uns des 2.000 jeunes volontaires animent une exposition retraçant la vie et les œuvres d'Escriva et accueillent les pèlerins ou le quidam en quête d'informations.
Une procession ininterrompue vient se recueillir en silence devant la châsse contenant les reliques du fondateur, exposée temporairement dans l'église. Parmi les volontaires, Rose Bargouht est une Arabe catholique de 20 ans, venue de Nazareth. Elle s'émerveille devant les beautés de la Ville éternelle et se réjouit de son premier voyage en Europe. "J'ai rencontré l'Opus Dei il y a quelques années. Ils proposaient des cours d'anglais pour les élèves motivés. Mon plus grand souhait est de faire connaître Escriva. Avec lui, j'ai découvert que, si on a la paix dans notre cœur, il y aura la paix dans ce monde devenu fou." Hier soir, elle a chanté en arabe devant des milliers de fidèles réunis pour une soirée de récolte de fonds destinés à des programmes d'éducation en Afrique.
Non loin de là, dans les bureaux du Conseil de l'Opus Dei, via Bruno Buozzi, le père Flavio Capucci, postulateur de la cause de canonisation (l'avocat), se réjouit. "Dès le 6 octobre, explique-t-il, nous considérerons qu'Escriva ne nous appartient plus. Il sera donné en exemple à l'Eglise universelle. C'est une grande différence entre la béatification, où le culte du bienheureux est restreint, et la canonisation. Mais cela n'oblige pas pour autant les chrétiens à le trouver sympathique, précise-t-il au passage. Entre les figures si différentes de mère Teresa, de Padre Pio ou d'Escriva, pour nous cantonner au XXe siècle, chacun peut trouver son compte." De l'autre côté du Tibre, près de Saint-Pierre, se trouve la salle de presse du Saint-Siège. Son directeur, Joaquin Navarro Valls, est peut-être une des personnalités les plus médiatiques de l'Opus Dei. Pour lui, Escriva "a libéré pour le chrétien laïc le sens de la vocation qui historiquement et injustement semblait liée à la démission de la vie professionnelle, familiale, ou des interactions sociales. Il avait commencé son enseignement en 1928 et, déjà en 1965, avait pu constater que son intuition avait été recueillie dans différents documents de Vatican II". Celui qui est aussi porte-parole du saint-Siège a bien connu le fondateur dans les années 50, époque où "les maîtres du soupçon étaient très populaires".
"Lui, au contraire, ne craignait pas la vie, il ne se méfiait pas de l'existence. Je voyais en lui, souligne-t-il, les traits d'un mystique, mais d'un mystique réaliste. Son attitude fondamentale était positive, optimiste et audacieuse. Il était joyeux, même s'il pouvait avoir tant de raisons de ne pas l'être. Il avait un excellent caractère, ne théorisait pas la sainteté, mais la vivait et enseignait comment la vivre." Concernant les polémiques, il souligne que ces dernières semblent constantes dans l'itinéraire des saints, "même si elles avaient la consistance d'un soufflé" et donne pour exemple Edith Stein, Padre Pio ou l'Indien Juan Diego dont l'existence historique a été remise en cause. "Cela confirme le fait que les saints n'appartiennent jamais aux catégories du politiquement correct."    haut 
 
Sites insolites - Les revenants ressuscitent un paradis endormi 
Miziara, Ejbeh, Bejdarfil : enflure, extravagance ou retour aux sources
 
par MAY MAKAREM, publié dans l'Orient-le Jour le 27 septembre 2002 

Tableau touristique. Miziara, au Nord. Un vert pays baigné de magie où les vents vous parlent de rosée, de poètes et de sortilèges. Là, les gens mènent une existence sans histoire mais ils font l’histoire... du village. Il y a très longtemps, ils ont quitté le pays pour aller faire fortune en Afrique. Ils ont eu du génie et un destin heureux. Pourtant ce ne sont pas des stars ; ils ne vivent pas dans un perpétuel été; ce qu’ils disent n’intéresse guère les radios, ni les télés à l’heure du prime time. Ils ne font pas la couverture des magazines. Mais ils rivalisent d’imagination pour donner un aperçu de leur "success stories". Leur village, exposé sur un flanc de colline, offre un spectacle insolite : une suite ininterrompue de villas cossues, construites à grands frais, qui se donnent des allures de pyramide, de panthéon, de Trianon ou de château d’Anne. Il y a même un avion grandeur nature, pour assouvir un vieux rêve : être pilote. Les notables émigrés sont les concepteurs et les réalisateurs de cette grosse bourgade qui a son pendant à Jouwaya, au Liban-Sud. On raconte même que l’un d’eux a déboulonné cinq fois sa demeure avant d’obtenir satisfaction. 
Miziara-village a reçu sa part du pactole. La famille Chaghoury a investi dans l’électricité, mais aussi dans les routes, largement tracées, goudronnées, éclairées et bordées de garde-fous en béton. Un hospice héberge gracieusement les personnes âgées. Et l’on trouve un parc immense, écrin choisi pour l’église Oum al-Marahem (Mère de Miséricorde). Cet espace-nature est orné de statuettes de rois mages, de chameaux et d’animaux en hommage à la Nativité.
Retraite blottie entre ciel et terre
A Miziara, c’est à qui fait plus grand, plus voyant, plus clinquant. Mais ce n’est pas une approche généralisée. L’architecture des pharaons ou celle de Palladio n’est pas du goût de tous. Ainsi, Bernard Khalil n’aspire pour sa part qu’à un juste retour aux sources. Il s’est replié sur une petite bâtisse d’inspiration traditionnelle, qu’il a construite au creux de la forêt de Ejbeh. Loin du bruit de la ville et de la fureur du monde sans enflure ni dorures. Une retraite bucolique d’un hectare et demi, blottie dans la forêt, entre terre et ciel. A perte de vue, garnissant monts et vallées, des arbres fruitiers, des chênes, des pins, des rosiers et de la lavande offrent une palette d’éden. Dans ce profond silence, où l’on entend seulement respirer les herbes et les buissons, la nature se trouve célébrée avec plénitude par une architecture traditionnelle. Emigré retourné du Nigeria, Khalil a fait bâtir ce qu’on appelle la maison paysanne rectangulaire, à voûtes de pierre sèche récupérée dans de vieilles demeures. Solidement construite à l’ancienne par un "mouallem maamar" ( maître d’œuvre) de la région, la maison se compose de trois pièces identiques, de 8 mètres de long, 3 mètres de large et 6 mètres de haut. Le sol est entièrement en pierre "furné". Comme autrefois, de larges et profondes alcôves encastrées servent pour les rangements : armoire, bibliothèque, etc. Le soleil qui filtre à travers des lucarnes haut placées entre à flots par de grandes portes de bois s’ouvrant largement sur la terre et le ciel.
On monte sur le toit, à l’aide d’une échelle de bois puis d’un escalier en terrasse interrompu, comme jadis, pour empêcher les enfants, les chèvres et les moutons d’y accéder. Parmi les nombreuses huttes (éerzels) aménagées dans les arbres, l’une abrite le coin bureau équipé d’une ligne téléphonique pour l’internet. Même ici, rien n’est laissé au hasard. Pas un clou n’a été utilisé. Côté ameublement, Bernard Khalil est adepte des matériaux recyclés. A titre d’exemple, des poutres provenant d’une vieille bâtisse de Beyrouth servent de sommier ; une porte ancienne fait office de table et ses pieds sont carrément des troncs d’arbres; un réfrigérateur datant des années 50; une cheminée en pierre, puis un poêle en fonte pour l’hiver. Deux studios construits dans la même tradition architecturale accueillent les amis. Pour un instant suspendu, un instant de grâce volés au tumulte et à l’agitation de la vie ordinaire.
L’homme de Las Vegas
Bejdarfil, région de Tannourine. C’est le village natal de Raymond Abi Rached, fils de médecin et homme d’affaires, qui a fait fortune à Las Vegas (Etats-Unis), comme fournisseur attitré des casinos. Pour les vacances qu’il passe au Liban, il a fait construire une vaste demeure de 13.000 mètres carrés. Où s’étalent tous les éléments constitutifs des palais extravagants : "majlis" de boiserie damascène, enfilades de bureaux, de salles de séjour, de salons (presque tous les styles européens y sont représentés) et appartements privés hollywoodiens. Le tout émaillé de sculptures, d’icônes et de peintures qui tapissent même les plafonds. Une salle de cinéma. Un parc automobile avec les incontournables Mercedes 300 et 600. Toutefois, le plus important, c’est que le village a touché, grâce à lui, le "jackpot". Jadis, les habitants allaient jusqu’à Batroun se procurer un médicament, dans les bourgades avoisinantes pour acheter la moindre pacotille, faisaient des kilomètres pour aller à l’école. Ils disposent désormais d’un supermarché de 5.600 m2 sur cinq étages où les produits sont vendus à prix réduits. D’une pharmacie, d’une papeterie, d’un café-restaurant; d’un centre de loisirs et de l’Internet. Mais aussi d’une école polytechnique, d’une garderie pour enfants, d’une école primaire, d’une polyclinique. En chantier, un hôpital, un lac et même un téléphérique. Abi Rached ne met aucun bémol à ses projets. 
"Mon but est de créer des emplois pour 5.000 familles et les empêcher de quitter leur village", dit Raymond Abi Rached. Il ajoute qu’avec "le système féodal très ancré au Liban, le village était une vraie misère. Bejdarfil n’a même pas une municipalité pour s’occuper des routes défectueuses et du ramassage des ordures ménagères. Comme les responsables ne répondent à aucune requête, j’ai décidé d’agir ou de réagir avec mon argent, pour permettre au village de mener une politique d’autosuffisance." Faisant fi de la "contestation d’un groupe mené par un politicien de la région", les bennes d’ordure ont été installées ; les routes goudronnées, éclairées et bordées de garde-fous. Lentement, mais sûrement, les dollars et la volonté d’un émigré sont en train de donner à la bourgade un nouveau visage.    haut

 
L'opposition se mobilise contre la circonscription unique
 
paru dans l'Orient-le Jour le 4 octobre 2002 

Au lendemain des critiques lancées par les évêques maronites contre le projet de circonscription unique, que concocte actuellement le pouvoir, l’opposition s’est mobilisée hier pour contrer cette initiative. Pour de nombreux opposants, notamment au sein de Kornet Chehwane, la circonscription unique signerait "la fin de la démocratie", voire celle de la vie politique, et ferait du Liban "la copie conforme des régimes voisins". A noter que le ministre d’Etat pour la Réforme administrative, Fouad es-Saad, membre du bloc de Walid Joumblatt, s’est associé à ces critiques, en estimant, de plus, que la création simultanée d’un sénat "ne ferait qu’aggraver le problème". La franche hostilité de M. Saad au projet de son collègue de l’Intérieur, Elias Murr, pourrait signifier que M. Joumblatt hésite encore à épouser intégralement les thèses du pouvoir. Quant à M. Murr, il s’est efforcé de retourner les accusations contre l’opposition, estimant que celle-ci cherchait à "éliminer toute vie démocratique" en coupant court, d’emblée, à l’idée de la circonscription unique. Il a aussi critiqué les évêques maronites pour avoir "condamné une pensée politique défendue par beaucoup".    haut

 

 

 
 
Copyright 2002 RJLiban