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Dans
le cadre du sommet de la
francophonie qui vient de
se tenir avec succès à
Beyrouth, une série
d'éditoriaux réalisés
par plusieurs personnalités
internationales ont été
publiés dans le quotidien
libanais l'Orient-le Jour
: www.lorientlejour.com
.
TITRES
Harb : "C’est à
la démocratie que l’on donne
le coup de grâce"
Sfeir a longuement reçu une délégation
de Kornet Chehwane et a dénoncé
une justice
"capricieuse"
paru dans l'Orient-le Jour
le 30 septembre 2002
Le
patriarche maronite, le
cardinal Nasrallah Sfeir, est
sorti de sa réserve hier, au
sujet de l’affaire des hélicoptères
Puma, pour critiquer
l’ouverture
"capricieuse" de
dossiers judiciaires, estimant
que l’on est là "très
loin de toute notion de
justice". Prononçant
l’homélie d’une messe célébrée
en présence des membres de la
Rencontre de Kornet Chehwane,
le chef de l’Eglise
maronite, qui est le parrain
de cette rencontre politique,
a déploré "l’ouverture
et la fermeture capricieuse
des dossiers judiciaires, que
l’on transforme en autant
d’épées de Damoclès
au-dessus des têtes de ceux
qui ne marchent pas en rang,
très loin de toute notion de
justice". Le patriarche
maronite a également dénoncé
"la tentative
d’accabler de soupçons ceux
qui sortent de la ligne
politique tracée, de réduire
leur possibilité de
s’exprimer". "Tout
cela, a-t-il conclu, crée un
climat détestable qui
n’aide en rien le Liban à
se relever, à l’heure où
nous avons besoin de la plus
grande solidarité pour faire
face aux dangers qui guettent
notre région". On
rappelle que le procureur près
la Cour de cassation a décidé
la réouverture du dossier des
hélicoptères français Puma,
datant des années 80. Les
appareils avaient été achetés
à la France, sous le mandat
du président Amine Gemayel,
sur base d’un prix de
revient déterminé, mais il
était apapru qu’ils avaient
été fabriqués sous licence
en Roumanie, où les coûts étaient
bien inférieurs.
Un "foul"
politique
Pour sa part, se faisant le
porte-parole des membres de la
Rencontre de Kornet Chehwane,
le député Boutros Harb a
affirmé, après un long
entretien à huis clos entre
les membres de ce
rassemblement et le chef de
l’Eglise maronite, que le régime
a décidé de "donner le
coup de grâce" à
l’opposition. M. Harb a
toutefois admis la nécessité
de mettre une sourdine aux
attaques contre la Syrie,
compte tenu de la phase délicate
que traverse la région, tout
en estimant intangible le
principe d’un repli, puis
d’un retrait de l’armée
syrienne, conformément à
l’accord de Taëf. Le député
a commencé par affirmer que
Kornet Chehwane a jugé
"indispensable" de
rencontrer le patriarche
maronite, pour examiner ce
qu’il convient de faire pour
faire échec à cette volonté
d’élimination de
l’opposition par tous les
moyens dont dispose le régime
"y compris par les moyens
judiciaires".
M. Harb a estimé que le jeu
auquel se livrent les
responsables est "un foul
politique" dans la mesure
où ces derniers "sapent
le régime même sur lequel
repose leur autorité, à
savoir la démocratie
parlementaire". "Nous
considérons donc que le coup
n’est pas porté à
l’opposition autant qu’au
régime et aux libertés"
dans leur ensemble, a souligné
le député. Selon M. Harb,
"la férocité de
l’attaque des autorités
contre les symboles de
l’opposition, la réactivation
des dossiers judiciaires morts
et enterrés, n’effraieront
pas l’opposition, mais la
pousseront à s’attacher
encore plus fortement aux
principes en lesquels elle
croit". Enfin, le député
a invité les autorités à
"prendre conscience de la
gravité de leurs pratiques et
y mettent fin, en ménageant
une opposition sans laquelle
il n’y a pas de démocratie".
"Un 13 octobre
politique"
Le député Nassib Lahoud, qui
se trouve à l’étranger et
n’a pas assisté hier à
l’entrevue avec le
patriarche Sfeir, avait déclaré
de son côté, samedi, que
"ce que les autorités
font porte préjudice à la crédibilité
de la justice" et notant
que les dossiers judiciaires
ne sont ouverts que s’ils
mettent en cause des membres
de l’opposition. Par
ailleurs, M. Lahoud a estimé
que les idées qui circulent
au sujet de la transformation
du Liban en une
circonscription unique
conduiront droit à un "Etat
policier" et "à la
fin de la démocratie".
M. Lahoud a considéré que
les autorités commettent en
ce moment "une grave
erreur".
Pour sa part, le député
Farid el-Khazen a comparé la
réouverture du dossier des
Puma et la mise en cause de
l’ancien chef de l’Etat
Amine Gemayel à un "13
octobre 1990" politique,
et à "l’arrestation du
chef des Forces libanaises en
1994". "Cette
bataille, a dit M. Khazen, a
commencé avec la fermeture de
la MTV, et ne s’arrêtera
pas à la réouverture du
dossier des Puma. Je redoute
qu’elle se termine par une véritable
catastrophe nationale".
Selon le député, le caractère
"discrétionnaire"
et politique de la décision
de rouvrir le dossier des Puma
est évidente. Il a ajouté
que le processus étant engagé,
il fallait maintenant attendre
le verdict de la justice. Pour
M. Farid el-Khazen, le pari
que certains opposants ont
placé sur le Syria
Accountability Act est
"une erreur stratégique".Enfin,
le député a estimé qu’il
ne faut pas écarter la
possibilité de voir les
autorités aller au bout de
leurs attaques et adopter un
projet de loi électoral
faisant du Liban une
circonscription unique. Ce
projet, a-t-il estimé, est
agité aujourd’hui pour
intimider les chrétiens, mais
s’il vient à être adopté,
il sapera ce qui reste de
notre régime démocratique.
haut
Bilan positif des
visites de Lahoud à Sanaa et à
Salalah
Coopération - Concordance de
vues avec Ali Abdallah Saleh et
le sultan Qabous
paru dans l'Orient-le Jour
le 1er octobre 2002
Le
chef de l’Etat, le général
Emile Lahoud, est satisfait des
résultats des deux visites
qu’il a effectuées au Yémen
et au sultanat d’Oman. Il
considère que ses entretiens
avec le président yéménite,
Ali Abdallah Saleh, puis avec le
sultan Qabous ben Saïd ont été
fructueux, en raison d’une
convergence de vues avec ses
interlocuteurs au sujet des
questions liées à l’actualité
régionale et d’une volonté
commune pour un développement
des relations bilatérales sur
le double plan économique et
politique. Cette volonté
s’est d’ailleurs traduite
par la signature d’une série
d’accords de coopération
aussi bien à Sanaa qu’à
Salalah, la ville omanaise où
le général Lahoud a été reçu
par le sultan Qabous. Le président
a regagné Beyrouth hier en fin
d’après-midi, après avoir eu
un dernier entretien d’une
heure avec le sultan, qui l’a
ensuite accompagné à l’aéroport
où des adieux officiels lui ont
été réservés.
Selon une source de la délégation
libanaise, les dirigeants yéménite
et omanais ont tous deux affirmé
le droit du Liban à exploiter
sa part entière des eaux du
Wazzani pour faire parvenir
l’eau potable aux villages qui
en manquent au Liban-Sud. Ils
ont également souligné leur détermination
à œuvrer pour renforcer les
relations bilatérales sur tous
les plans. Le président Ali
Abdallah Saleh devait donner ses
instructions aux ministres yéménites
concernés pour créer une zone
de libre-échange entre Beyrouth
et Sanaa, pour prendre les
mesures qui s’imposent afin de
faciliter la circulation des
hommes d’affaires entre les
deux pays et pour examiner la
possibilité de mettre en place
des industries communes.
haut
Beyrouth craint un
nouvel afflux de réfugiés
palestiniens
Sharon profiterait de la frappe
US en Irak
par PHILIPPE ABI-AKL, publié
dans l'Orient-le Jour le 2
octobre 2002
Apparemment,
rien n’y fait. Ni les réticences
des autres Grands, Blair
excepté, ni les protestations
arabes ou islamiques, ni le
retour des inspecteurs
onusiens, ni sa propre
opposition intérieure : Bush
va frapper l’Irak. La conférence
de presse de Rumsfeld, lundi,
l’a confirmé. Et à
Beyrouth même, un diplomate
occidental neutre indique que
son gouvernement est
maintenant convaincu que Bush
veut faire sauter Saddam
Hussein, à tout prix et de
n’importe quelle façon,
dans le courant de l’année
2003. Ce diplomate souligne
qu’après le 11 septembre,
offense suprême, les Américains
ont estimé, à tort ou à
raison, que le coup reçu leur
donnait à eux-mêmes carte
blanche pour agir à leur
guise partout où ils le
souhaiteraient. Sous
n’importe quel prétexte, et
sans avoir besoin d’une
autorisation du Conseil de sécurité.
Ou de former, comme lors de la
guerre du Golfe, une coalition
élargie pour couvrir leur
action. Dans le même sens,
Washington ne voudra pas cette
fois s’arrêter, comme en
1991, avant d’avoir dégommé
Saddam. Car, bien que les USA
affirment que l’embargo économique
frappant Bagdad a porté ses
fruits (si l’on peut dire),
ils sont désormais persuadés
que le seul moyen de se débarrasser
de leur ennemi est de lui
faire la guerre. Pour le
remplacer par un régime qui
serait leur allié ou leur féal.
Donc, selon ce diplomate, les
Etats-Unis n’ont nul besoin
de leurs partenaires habituels
ou de l’Onu. Et s’ils
acceptent de se prêter au jeu
des concertations ou des
tractations diplomatiques,
c’est simplement par
courtoisie. Et aussi pour que
le monde ne pousse pas trop
les hauts cris à cause de
leur unilatéralisme. Car ce
serait quand même mauvais
pour leurs petites affaires.
En tout cas, selon ce
diplomate, il est difficile
qu’une frappe américaine
contre l’Irak n’entraîne
pas des conséquences dans la
région tout entière.
Cependant, à l’en croire,
et contrairement aux prévisions
courantes, les retombées ne
seraient pas nécessairement fâcheuses
pour tout le monde. Et
d’expliquer qu’en fait la
guerre pourrait faire redémarrer
et accélérer à la vitesse
grand V le processus de règlement,
dans le conflit israélo-arabe.
Avec, peut-être, une
modification si profonde des
équations qu’il ne serait
plus question de la devise la
terre moyennant la paix. Le
diplomate cité spécule à ce
propos sur les chances d’Ariel
Sharon, ébranlé par le
cuisant échec du siège de la
Moukataa, de se remettre en
selle. Et d’appliquer son
programme d’épuration
ethnique, en vidant la
Cisjordanie de sa population
palestinienne. Pour la pousser
dehors, direction l’Irak libéré
de Saddam, la Jordanie. Et le
Liban, qui recevrait un
nouveau contingent de réfugiés
et où l’implantation des
anciens deviendrait définitive.
Pour la première partie du
plan, rien n’est évidemment
joué à ce stade. Mais pour
ce qui est de
l’implantation, elle est
presque déjà un fait
accompli. Car Sharon, pas plus
que Barak d’ailleurs,
n’admet d’envisager le
retour de la diaspora
palestinienne. De son côté,
Arafat ne saurait où parquer
les revenants, la densité démographique
à Gaza comme en Cisjordanie
étant déjà l’une des plus
fortes du monde.
Quoi qu’il en soit, les
responsables libanais se
mettent en campagne
(diplomatique) sans attendre,
pour parer à toute éventualité.
Ils vont multiplier les
contacts préventifs avec les
grandes capitales. Et le président
Lahoud mettrait à profit le
sommet de la francophonie pour
s’entretenir avec Chirac,
Moubarak et Assad des dangers
qui se profilent à
l’horizon régional et
libanais. Le chef de l’Etat,
qui préside jusqu’à la
prochaine édition le sommet
arabe, demanderait la réactivation
du comité de suivi arabe,
pour des contacts avec le
"quartette" (USA,
Russie, Europe, Onu) qui
s’occupe du dossier
proche-oriental. Durant son
voyage au Yémen et à Oman,
le président Lahoud a reçu
l’assurance du soutien de
ces deux pays à la cause et
aux positions libanaises.
Notamment au sujet du Wazzani,
ou du rejet de
l’implantation
palestinienne. On sait, à ce
propos, et pour conclure que
le Liban a proclamé son refus
de signer tout accord de paix
régional avant que le problème
des réfugiés palestiniens ne
soit réglé, en base de la résolution
194 qui consacre leur droit au
retour.
haut
Le Congrès US suspend
10 millions de dollars dans
l’aide prévue pour le Liban
Pressions américaines pour
l’envoi de l’armée au Sud
paru dans l'Orient-le Jour
le 2 octobre 2002
Le Congrès
américain a suspendu 10
millions de dollars d’aide au
Liban jusqu’à ce que l’armée
libanaise contrôle la frontière
avec Israël. Cette clause est
contenue dans le 2003 Foreign
Relations Authorization Act voté
par le Congrès et signé lundi
par le président américain
George W. Bush. Lors de la
signature, M. Bush a précisé
qu’il se réservait le droit
d’ignorer les clauses de ce
projet de loi, si elles empiétaient
sur sa politique étrangère.
Selon cet accord, les 10
millions de dollars, pour
l’année fiscale 2003, ne
peuvent être versés au Liban
que si les forces armées
libanaises sont déployées sur
la frontière reconnue par la
communauté internationale entre
le Liban et Israël et que le
gouvernement libanais contrôle
cette région. Pour dissiper une
certaine confusion au sujet de
ces chiffres due à la
publication d’informations
contradictoires, voire fausses,
l’ambassade des Etats-Unis au
Liban a affirmé, dans une mise
au point, qu’en "date du
29 septembre 2002, Washington a
approuvé des aides financières
pour un montant de 32 millions
de dollars, dans le cadre du
programme d’aide de l’année
financière 2002".
Cela signifie, selon le
communiqué, que l’agence
Usaid et l’Administration US
disposent de deux années, soit
d’octobre 2001 à octobre
2003, pour affecter ces
montants. Le communiqué de
l’ambassade ajoute que
"le Congrès examine en ce
moment le budget pour l’année
financière 2003, y compris les
aides destinées au Liban. Ces
montants, une fois approuvés,
seront affectés durant la période
2003-2004". Il y a
lieu de signaler, souligne le
communiqué de l’ambassade,
que "les montants de ces
allocations ne sont pas
garantis". Selon une
source informée, le Congrès a
approuvé lundi une première
tranche d’aide de 25 millions
de dollars pour l’année 2003,
sur un total de 35 millions dont
les 10 millions restants
resteront subordonnés aux
conditions politiques posées
par le Congrès. Les projets de
l’Usaid exécutés en ce
moment sont financés avec les
aides votées pour l’année
2001, a précisé la source. Le
communiqué souligne pour sa
part que l’ambassade
"travaille en étroite coopération
avec le Congrès pour
s’assurer que les programmes
d’aide américains dans le
monde correspondent pleinement
aux objectifs de la politique étrangère
des Etats-Unis".
Les aides américaines ont pour
objectif "la création
d’opportunités économiques,
l’appui aux municipalités,
une gestion plus efficace des
ressources en eau et le
renforcement de la démocratie",
ajoute le communiqué de
l’ambassade US, qui conclut : "L’ambassade
proclamera bientôt la nature
des objectifs stratégiques précis
que l’Usaid cherche à réaliser
au Liban, durant l’année qui
vient." L’Usaid
finance quelque 200 projets au
Liban, en ce moment, précise-t-on.
Selon un observateur
s’exprimant sous le couvert de
l’anonymat "les 25
millions de dollars approuvés
par le Congrès n’ont pas été
faciles à obtenir, car le Congrès
US et l’Administration ne sont
pas sur la même longueur
d’onde, le premier essayant,
sous l’influence des lobbies,
d’exercer des pressions sur
l’Administration, tandis que
cette dernière, plus proche des
réalités, défend les
orientations générales de la
politique extérieure américaine.
Ceci explique la retenue de 10
millions de dollars décidée
par le Congrès américain sur
l’aide de 2003". "Le
Liban jouit d’un grand atout,
en ce moment, au sein de l’Administration
US, et doit savoir en profiter,
poursuit l’observateur.
C’est la présence de
l’ancien ambassadeur des
Etats-Unis au Liban, David
Satterfield, nommé secrétaire
d’Etat adjoint pour les
affaires du Proche-Orient. M.
Satterfield sait exactement ce
qui se passe, sur le terrain, et
cherche à aider le Liban économiquement."
haut
Ramallah :
le fiasco de Sharon
Presse, armée
et travaillistes dénoncent
l'erreur du siège de la
Mouqataa
par JEAN-PIERRE PERRIN,
publié dans Libération le 1er
octobre 2002
Une presse unanime qui parle
de "déconfiture",
des ministres travaillistes
furieux et des militaires sévères
: la levée du siège,
dimanche, de la Mouqataa a
provoqué des critiques en chaîne
en Israël, y compris dans le
propre camp d'Ariel Sharon.
L'ex-Premier ministre
Netanyahou, qui lui dispute la
tête du Likoud, a accusé son
rival d'être inefficace.
Shimon Pérès, son ministre
des Affaires étrangères, a
été plus virulent : "Depuis
dix mois, la sécurité se détériore.
Il n'y a plus ni gouvernement
ni but à atteindre. Nous ne
savons pas où l'on nous
conduit." Malgré
leur colère, les ministres
travaillistes ont fait savoir
qu'ils voteraient le budget
2003, ce qui semble exclure
tout départ de leur part du
gouvernement. Du côté de
l'armée, on prend soin de
laisser aux politiques la
responsabilité de la crise. "Le
siège de la Mouqataa a été
une erreur. Nous avons perdu
cette bataille et Arafat en
est le vainqueur. Il était
presque oublié et nous
l'avons fait nous-mêmes
revenir à la une des
journaux", ont
commenté des sources
militaires haut placées, citées
par le Yediot Aharonot.
"Exceptionnelle
victoire"
Précisément, les journaux
israéliens se sont beaucoup
inquiétés du retour d'Arafat
sur le devant de la scène et
des dommages causés au couple
israélo-américain.
L'influent quotidien Ha'aretz
reconnaissait hier au raïs "une
exceptionnelle victoire",
estimant dans son éditorial
que "l'establishment
politique et militaire israélien
a totalement échoué dans [son]
interprétation des intérêts
et des positions des
Etats-Unis". "Les
principaux dégâts causés à
Sharon par cette crise furent
la mise au grand jour des différences
avec la Maison Blanche. Or,
une coordination étroite avec
l'administration Bush est la
pierre angulaire de la
politique de Sharon. N'importe
quel accroc dans cette
coordination affaiblit Israël
qui a perdu tous ses alliés,
excepté les Etats-Unis. Dans
l'affaire de la Mouqataa, il
apparaît que le soutien américain
au Premier ministre est
conditionné à ce qu'il ne dérange
pas les intérêts américains
(...). Le jour où Bush va décider
de traiter sérieusement avec
les Palestiniens, il n'hésitera
pas à entrer en conflit avec
lui", ajoute le
journal.
Même tonalité dans l'éditorial
du quotidien populaire Yediot
Aharonot : "La leçon
à tirer pour l'avenir est que
la clef de tout accord
au Proche-Orient est entre
les mains du Président Bush
et de lui seul." Du côté
palestinien, pour expliquer
les raisons qui ont conduit
Israël à lever le siège
sans avoir obtenu aucun des
"terroristes"
retranchés dans la Mouqataa,
on a moins retenu les
pressions américaines que la
mobilisation populaire - qui
semble avoir été moins
spontanée que ce qu'elle
paraissait. "De
nombreux Palestiniens ont le
sentiment que beaucoup peut être
obtenu par des manifestations
non violentes et la désobéissance
civile", soulignait
dimanche le ministre (démissionnaire)
du Travail, Ghassan al-Khatib.
Il faisait cependant remarquer
que de tels mouvements n'ont
jamais empêché les Israéliens
de tirer sur les manifestants.
C'est sans doute dans ce sens
qu'il faut interpréter les déclarations
de Arafat, dimanche, qui se
disait prêt à un
cessez-le-feu total si Israël
s'engageait dans un
cessez-le-feu équivalent.
Violences
En Cisjordanie, toujours
soumise à des mesures de
blocus et de cessez-le-feu
ordonnées par Tsahal, les
violences se sont poursuivies.
Un adolescent palestinien a été
tué par un char israélien à
Naplouse et une Palestinienne
mortellement blessée dans la
bande de Gaza par des éclats
d'obus, selon des médecins
palestiniens.
haut
A Londres, mobilisation
massive contre la guerre
par JACQUES
DUPLOUICH, publié dans le
Figaro le 30 septembre 2002
"Saddam Hussein et le
régime irakien ont le choix :
ou bien ils consentent à se défaire
de leurs armes de destruction
massive ou bien ils devront
faire face à une action
militaire." Tony
Blair n'en démord pas. "Saddam
est une menace" pour
le monde entier et "il
doit être désarmé". Le
premier ministre "espère"
encore que le président
irakien peut être "contraint
par la pression
internationale" à
neutraliser son terrifiant
arsenal. Si tel n'était pas
le cas, "nous devons
être prêts, en tant que
communauté internationale, à
l'y forcer", martelait,
hier, le chef du gouvernement
britannique à Blackpool, où
le Labour tient son assemblée
générale annuelle. C'est
l'ONU qui doit résoudre la
crise, souligne Tony Blair.
Mais, faute d'action appropriée
de sa part, il n'écarte pas
l'idée d'associer le
Royaume-Uni à une coalition
armée menée par les
Etats-Unis.
Pourtant, la fermeté guerrière
du premier ministre
britannique, dans la foulée
de George W. Bush, est de plus
en plus contestée en
Grande-Bretagne. Tous les
sondages d'opinion concordent
: la majorité des
Britanniques est hostile à
une intervention militaire
sans l'aval des Nations unies.
Selon une enquête de
l'Institut NOP pour la chaîne
de télévision Channel 4, 75
% des personnes interrogées
la semaine dernière sont
ainsi opposées à une action
américano-britannique ; 18 %
seulement l'approuvent. C'est
dire que le
"dossier" publié
mardi dernier par le
gouvernement britannique pour
illustrer le péril irakien
n'a pas convaincu. La rue à
son tour se manifeste. Samedi,
défilé monstre des rives de
la Tamise à Hyde Park.
150.000 personnes, selon
Scotland Yard, 350.000 selon
les organisateurs Stop the War
Coalition et Muslim
Association of Britain ont
marché pour exprimer leur
opposition à tout acte de
guerre contre l'Irak.
Pourtant, les protestataires
n'avaient pas le moindre doute
sur la personnalité de Saddam
Hussein - un tyran -
et la dictature qu'il impose
à son pays. Mais les
opposants à la politique de
la canonnière dénonçaient
l' " hypocrisie"
des Etats-Unis et du
Royaume-Uni. "Il faut
savoir que la vraie question,
ce n'est pas Saddam et son
arsenal mais les besoins en pétrole
de l'Amérique", expliquait
Tony Benn, ancien ministre
travailliste, représentant de
la gauche radicale du parti. "Nous
marchons comme des somnambules
vers le désastre", renchérissait
Tam Dalyell, élu écossais du
Labour et doyen des députés
à la Chambre des communes. "Parce
qu'on peut être sûr d'une
chose : si Saddam Hussein possède
bien les armes de destruction
massive que Tony Blair lui prête,
il les utilisera dès
l'instant qu'il sera attaqué."
"Notre gouvernement se
comporte de manière amorale.
Il faut qu'il change", expliquait
Anas Al-Tikriti, l'un des
responsables de l'Association
des musulmans de
Grande-Bretagne. "Il
n'est pas possible d'associer
notre pays à une guerre
simplement pour garantir les
intérêts américains au
Moyen-Orient et leur
domination sur la région, au
prix, peut-être de 100.000
morts irakiens", ajoutait
le cinéaste Ken Loach. Mais
Tony Blair persiste et signe.
C'est à Saddam de se
conformer aux exigences de la
communauté internationale.
Pas l'inverse.
haut
La Maison Blanche évoque
ouvertement un assassinat de
Saddam Hussein
publié dans le Figaro le
1er octobre 2002
La Maison Blanche a franchi
une nouvelle étape mardi dans
son offensive tous azimuts
contre Saddam Hussein en évoquant
ouvertement la possibilité de
son assassinat par les
Irakiens. Le porte-parole de
la présidence américaine Ari
Fleischer s'est montré très
direct lors de sa conférence
de presse quotidienne en
affirmant que "tout
changement de régime (en
Irak) est le bienvenu, quelle
qu'en soit la forme".
Jusqu'à présent, un exil du
dirigeant irakien ou une opération
militaire contre son pays étaient
les principaux moyens envisagés.
Tout est parti d'une banale
question sur le coût d'une éventuelle
guerre contre Bagdad, qui
pourrait aller, selon l'office
du budget du Congrès américain,
jusqu'à neuf milliards de
dollars par mois. "Le coût
d'un billet simple est
beaucoup moins élevé que
cela, le coût d'une balle que
les Irakiens utiliseraient
eux-mêmes est moins élevé
que cela. Il y a beaucoup
d'options que le président
espère que le peuple irakien
utilisera lui-même pour se débarrasser
de cette menace", a répondu
Ai Fleischer. Interrogé sur
la signification exacte de ses
propos, le porte-parole a
ajouté : "Saddam Hussein
s'est fait beaucoup d'ennemis
en Irak et il est impossible
pour un dictateur brutal de se
maintenir infiniment quand il
tue et torture ses propres
citoyens et fait violer les
femmes en public devant les
membres de leur famille".
Poussé dans ses
retranchements par une ultime
question, Ari Fleischer a
finalement lâché :
"Tout changement de régime
(en Irak) est le bienvenu,
quelle qu'en soit la
forme". Il a toutefois
immédiatement souligné que
la disposition de la loi américaine
interdisant à tout représentant
du gouvernement ou des forces
armées des Etats-Unis de
participer à l'élimination
physique d'un dirigeant étranger
en temps de paix restait en
vigueur.
Cette loi promulguée en 1976
par le président Gerald Ford,
ne s'applique "qu'aux
Etats-Unis et à ses représentants",
ont expliqué mardi des
responsables de
l'administration présidentielle
venus apporter, sitôt la conférence
de presse d'Ari Fleischer
terminée, des précisions sur
ses propos. "Lors d'une
guerre, les centres de
commandement et de contrôle
sont des objectifs légitimes.
C'était le cas en 1991 (lors
de la guerre du Golfe) et en
1944", a souligné l'un
de ces responsables.
"Mais les Etats-Unis
n'entraînent pas l'opposition
irakienne en vue d'un éventuel
assassinat de Saddam Hussein
et personne ne le suggère",
a affirmé ce responsable sous
le couvert de l'anonymat. Les
déclarations d'Ari Fleischer
surviennent quelques jours après
celles de George W. Bush lui-même
qui avait souligné, en
parlant du dirigeant irakien :
"Après tout, c'est un
gars qui a essayé autrefois
de tuer mon père".
L'actuel président ne s'était
auparavant jamais montré
aussi personnel dans son
ressentiment vis à vis de
Saddam Hussein, se bornant à
évoquer lors d'un discours
devant l'Assemblée générale
des Nations Unies le 12
septembre dernier, l'existence
d'un complot organisé en 1993
par le dirigeant irakien pour
assassiner un ancien président
américain. Il n'avait
toutefois pas identifié
celui-ci comme étant son père.
Ces offensives verbales contre
le dirigeant irakien
interviennent alors que
l'administration Bush
s'efforce de convaincre le
Congrès américain et le
Conseil de sécurité des
Nations Unies d'autoriser un
recours à la force contre
l'Irak si ce pays refuse d'éliminer
les armes de destruction
massive qu'il possèderait.
haut
Cour pénale
internationale : l'Europe cède
à Washington
Diplomates
et soldats américains auront un
statut d'exception, leur évitant
d'être justiciables
par JEAN QUATREMER, publié
dans Libération le 1er octobre
2002
L'Union européenne a cédé
aux Etats-Unis : les ministres
des Affaires étrangères des
Quinze, réunis hier à
Bruxelles, se sont dits prêts
à accorder aux diplomates et
aux soldats américains un
statut d'exception qui leur évitera
d'être justiciables de la
nouvelle Cour pénale
internationale (CPI), compétente
pour juger les crimes contre
l'humanité et de guerre ainsi
que les génocides.
Unité
En donnant satisfaction à
Washington, qui a retiré en
mai sa signature du traité de
Rome fondant la CPI, les
Quinze, très divisés, ont
surtout cherché à "préserver
leur unité", a
reconnu le chef de la
diplomatie française.
Dominique de Villepin a le mérite
de la franchise : "L'enjeu
pour l'Union était d'éviter
que les différents pays européens
se présentent en ordre
dispersé face aux
sollicitations et aux
pressions américaines."
De fait, il y avait le feu à
la maison : la
Grande-Bretagne, mais aussi
l'Italie ou l'Espagne
jugeaient "légitime"
le souci de
l'administration Bush d'éviter
aux ressortissants américains
les foudres d'une justice
internationale soupçonnée
par avance d'être partisane
face à la seule
superpuissance mondiale. En
revanche, l'Allemagne se
montrait intransigeante,
refusant que les Etats-Unis bénéficient
d'un statut particulier. Au
milieu, la France cherchait à
éviter un affrontement avec
les Américains sur ce
terrain. A la fois parce que
Paris comprend leur problème
(elle a obtenu une dérogation
de sept ans pour ses propres
"soldats de la
paix") mais aussi pour éviter
que Washington ne sabote la
CPI.
Déjà, Washington a menacé
de ne plus participer aux opérations
de maintien de la paix de
l'ONU, une menace qui, si elle
se concrétisait, risquerait
de rendre beaucoup plus
dangereuses la plupart de ces
missions... En juillet, les
Etats-Unis ont donc déjà
obtenu une immunité d'une année
en faveur de leurs soldats
engagés dans ce type d'opérations.
Très hostile à la CPI, la
Maison Blanche continue néanmoins
d'exiger de "tous les
pays" un accord bilatéral
exemptant les Américains de
cette juridiction. Outre Israël,
le Timor oriental et le
Tadjikistan, la Roumanie -
candidate à l'UE - a été le
premier pays européen à céder
à cette demande. Prenant acte
de leur division, les Quinze
ont donc décidé hier
d'encadrer les accords que les
Etats membres seront libres de
conclure, ou non, avec les Américains.
Immunité limitée
Ils ont cependant eu un -
dernier - petit sursaut de résistance
en refusant d'étendre
l'immunité à tous les
ressortissants américains,
comme le réclame Washington :
elle sera limitée aux soldats
de la paix et aux personnes
jouissant d'une immunité
diplomatique (diplomates,
membres du gouvernement,
etc.). Ensuite, ces accords
devront exclure la réciprocité
: autrement dit, ils ne
pourront dispenser des
Britanniques, par exemple, de
répondre de leurs crimes
devant la CPI. Enfin, les Américains
accusés de crimes relevant de
la CPI devront être jugés
aux Etats-Unis : "Aucune
impunité ne sera acceptée",
a martelé Villepin. Mais le
ministre se refuse à
envisager ce que pourrait
faire l'Europe au cas où les
Américains renonceraient aux
poursuites : " Il est
trop tôt".
haut
Le FMI et la Banque
mondiale dressent un tableau réaliste
de l'économie mondiale
publié par l'AFP le 26
septembre 2002
Les dirigeants des deux
grandes institutions financières
internationales, Horst Koehler
(FMI) et James Wolfensohn
(Banque mondiale) ont tenté
jeudi de dresser un tableau réaliste
de l'économie mondiale, sans
verser dans l'alarmisme quand
à la solidité de la reprise.
Depuis le printemps, "les
perspectives de l'économie
mondiale se sont clairement
affaiblies dans un contexte de
volatilité considérable des
marchés financiers", a
relevé Horst Koehler, lors
d'une conférence de presse,
avant le début des réunions
annuelles du Fonds monétaire
international (FMI) et de la
Banque mondiale samedi et
dimanche à Washington.
"Mais il ne serait pas
productif, selon nous, de
verser dans un pessimisme sans
fondement", a-t-il dit,
ajoutant que "l'horizon
n'est pas aussi sombre que ce
que les prédictions les plus
noires semblent parfois le présager".
Pour rassurer les plus
pessimistes, M. Koehler a
souligné que depuis deux ans,
"l'économie mondiale a
fait preuve d'une résistance
remarquable face aux multiples
chocs" et que cette
tendance devrait se poursuivre
au cours des deux ans à
venir. L'Asie a retrouvé une
certaine "vigueur",
les économies d'Europe de
l'Est "se
stabilisent", selon le
FMI, mais l'Europe et le Japon
sont appelés à accélérer
le rythme des réformes pour
soutenir la croissance. Cela
aidera, selon M. Koehler, à réduire
le déficit des comptes
courants américains,
principale source de déséquilibre
de l'économie américaine et
menace non négligeable sur la
reprise globale.
Conscient des difficultés
rencontrées par les trois
grands pays de la zone euro
(Allemagne, France et Italie),
liées à la maîtrise de
leurs dépenses publiques et
à la faiblesse de leur
croissance, le directeur général
du Fonds a approuvé la
proposition européenne de
reporter de 2004 à 2006
l'objectif de retour à l'équilibre
des finances publiques.
"C'est une bonne décision
de réaliser cet objectif en
2006 et de ne pas essayer d'y
parvenir en 2004", a-t-il
déclaré, tout en réitérant
la nécessité d'appliquer
strictement le pacte de
stabilité et de croissance
qui lie les douze pays de la
zone euro. Le message sur la
situation en Amérique latine
se veut aussi assez rassurant.
Le Brésil, qui a obtenu
recemment un prêt de 30
milliards de dollars du FMI,
devrait connaître une
transition "en
douceur" après les élections
présidentielles d'octobre,
selon M. Koehler. En revanche
l'Argentine demeure un problème
majeur. La conclusion d'un
nouvel accord intérimaire
pour remettre l'économie de
ce pays sur les rails se fait
dangereusement attendre. La
directrice adjointe du FMI,
Anne Krueger, a averti qu'en
cas de défaut de paiement de
ses dettes auprès des
institutions multilatérales,
un certain nombre d'aides, en
particulier dans le domaine
social, devraient être gelées.
A la veille de l'arrivée
massive de manifestants
antimondialisation dans la
capitale fédérale, M.
Koehler a tenu à rappeler que
le FMI et la Banque mondiale
"partageaient un grand
nombre de leurs inquiétudes,
notamment que les bénéfices
de la mondialisation ne sont
pas équitablement répartis".
Et pour répondre aux inquiétudes
sur le manque d'argent pour
soutenir les programmes de réduction
de la dette des pays pauvres
très endettés (PPTE), M.
Wolfensohn a affirmé que des
financements supplémentaires
devraient être trouvés
"dans un futur
proche". Les ministres
des Finances du G7 doivent en
discuter vendredi. James
Wolfensohn a une nouvelle fois
plaidé pour une accélération
des efforts en faveur du développement.
"Si nous ne passons pas
à l'étape supérieure, nous
ne pourrons pas respecter les
objectifs du Millénaire",
qui prévoient essentiellement
une réduction de moitié de
la pauvreté et l'accès à l'école
primaire pour 125 millions
d'enfants dans le monde d'ici
2015, a-t-il dit.
haut
La solution idéale, utopique
et réaliste à la fois :
"Le conflit dans la
confiance"
Colloque - Les trois défis réussis
du séminaire international de
Faraya, qui s’est clos samedi
par ZIYAD
MAKHOUL, publié dans
l'Orient-le Jour le 23
septembre 2002
Les trois jours au cours
desquels plus d’une
soixantaine d’intellectuels,
de penseurs, de chercheurs, de
ministres ou de leaders
religieux venus de plus de
vingt pays, se sont enfermés
à Faraya pour débattre de
cultures, de religions et de
conflits se sont terminés
avant-hier samedi. Avec le
bilan du maître de cérémonie
de ce remue-méninge événement,
Ghassan Salamé. Pour lequel
le défi (réussi) était, à
la base, triple. Un défi qui
consistait d’abord en la
capacité à juxtaposer prise
de décision et formation
d’opinions communes à de
grands intellectuels. Un défi,
ensuite, parce qu’il fallait
que ces derniers représentent
le maximum de pays et de
cultures. Un défi, enfin :
faire en sorte que le débat
se fasse d’une façon
scientifique, profonde,
"Voilà pourquoi nous
avons choisi cet endroit (Faraya),
pour être loin des bruits et
des fureurs de la ville",
a dit le ministre de la
Culture. Des fils rouges pour
une dizaine de tables rondes
ont rythmé ces trois jours de
travail : mondialisation et
culture ; religions et
cultures ; affirmations
identitaires et mobilisations
politiques ; identification
nationale, ethnicité et
religion ; religions et
conflits ; violence et référence
religieuse ; terrorisme :
causes et effets ; dialogue
des religions et des cultures
; particularités culturelles
et universalisme démocratique
; démocratie et développement
; relations euro-méditerranéennes.
Et des interventions, des éclairages
à la pelle.
La ministre québécoise des
Relations internationales,
Louise Beaudoin, après avoir
rappelé que le Québec peut
servir de laboratoire à ce
colloque (par sa protection
archétypale de la diversité
culturelle "dynamique et
mouvante face à l’hégémonie
culturelle américaine"),
a réaffirmé la nécessité
de mettre sur pied un
instrument "normatif et
contraignant" pour
accorder aux biens culturels
une protection adéquate et spécifique
"indépendante de l’OMC".
Le Grec George Prevelakis,
professeur à la Sorbonne, a
estimé pour sa part que la
circulation accrue à l’ère
de l’hypermondialisation est
un "facteur majeur de déstabilisation".
Prônant la recherche d’une
synthèse entre "le tout
déracinement" et
"le tout attaché à son
environnement
d’origine" - synthèse
qui favoriserait l’éclosion
d’un changement intrasociétal
qui pourrait s’avérer bénéfique. L’écrivain-polémiste
français, Régis Debray, a
asséné quant à lui ses
quatre vérités : "La démocratie
n’est pas un régime de
paix" ; "Les mathématiques
seulement, et peut-être la
musique, sont les seuls lieux
de partage sans frontières"
; "Ce que nous cherchons,
fondamentalement, c’est une
morale de la frontière"
; "La religion ne se négocie
pas : elle est un marqueur
d’identité grave". Le
grand mufti de Bosnie, cheikh
Mustafa Ceric, a dénoncé
l’idée selon laquelle
"seules les religions
seraient vecteurs de
violence", ainsi que le
comportement de certains médias,
par trop négatif envers les
musulmans et l’islam.
Affirmant par ailleurs que
c’est parfois le
trop-vouloir-ressembler-à-l’autre
qui génère plus de conflits
encore que les différences.
Et le ministre syrien du
Tourisme, Saadallah Agha
el-Kalaa, a conclu son
intervention en insistant sur
ce qui devrait être un souci
planétaire commun : que le
monde "soit une œuvre
d’art multichrome, que ses
différentes couleurs soient
harmonieusement équilibrées,
variables avec le temps. Des
variations que gèrerait un génie
humain sans cesse renouvelé,
et que n’arrêteraient ni
les explosions terroristes, ni
les tirs de missiles, ni les rêves
mégalomanes de potentat
d’une couleur unique".
Une phrase (utopique et réaliste
à la fois et que l’on doit
au Français Guy Hermet)
pourrait résumer ce à quoi
devrait tendre le monde, eu égard
à cette démocratie (qui
"a besoin du conflit en même
temps qu’elle en est le remède"),
que certains États
recherchent désespérément,
que d’autres essaient de préserver
ou que des troisièmes
usurpent : "L’idéal
est le conflit dans la
confiance."
haut
"Môme
Tequila" bien frappée
Le cabaret
satirique de la Mexicaine Astrid
Hadad à Lyon
par MARIE-CHRISTINE VERNAY,
publié dans Libération le 28
septembre 2002
"Pour être chanteuse
ici, il faut être belle,
stupide et sexy" :
c'est une chanteuse mexicaine
qui le dit. Astrid Hadad,
alias "la Môme
Tequila" selon le titre
d'un film qui lui est consacré,
n'est pas une poupée Barbie.
Elle préfère accrocher des
symboles de l'idéal féminin
sur ses robes qui feraient pâlir
de jalousie tous les arbres de
Noël. Sorte de discrète Nana
Mouskouri hors de la scène,
elle n'est pas non plus sexy -
ce qui d'ailleurs ne lui ôte
aucun de ses charmes de brune
révoltée. Ni stupide, à en
juger par les textes acérés
qui font la virulence de ses
spectacles.
"Tarzan"
Dans le petit théâtre du bar
restaurant Bodega à Mexico, où
elle se produit régulièrement
avec ses "Tarzan" de
musiciens, Astrid Hadad ravit
le public avec son cabaret
satirique et politique. Elle
met un soin particulier à élaborer
des costumes qui sont à eux
seuls des décors. Couronnée,
à l'instar d'une marque de bière,
elle incarne la ville de
Mexico, se fait aussi vierge,
cactus, Frida Kahlo, diva
coiffée d'ananas, monument
national dédié aux femmes
battues... Son inspiration
n'est jamais à cours et elle
n'a pas écouté les conseils
de sa mère, "grenouille
de bénitier", qui
lui recommanda de ne jamais
toucher à la religion. Astrid
Hadad a même écrit une
chanson, Corazon sangrante,
où elle se débarrasse des
cauchemars de son enfance
peuplés de Christ sanglants
présentant leur coeur dans la
paume. Si elle s'en prend à
la vénérée Vierge de
Guadalupe, elle est aussi
scandaleuse en s'emparant de
la sacro-sainte musique
ranchera. La "Môme
Tequila" se saoule de dépit
amoureux et en profite pour
rendre hommage à Lucha Reyes,
première femme "à
chanter comme un homme" et
qui fut interdite dans les
salons des années 40. Car
Astrid Hadad est une mémoire
vivante de la culture
mexicaine. Elle fait des
recherches, remet au goût du
jour des chansons oubliées, réactive
des films des années 40, se
coulant dans la peau de Ninon
Sevilla, danseuse de charme.
Et comme cela ne suffit pas à
son bonheur, elle ajoute des
chants grégoriens à un
bongo, transforme un boléro
en samba. Intenable, déchaînée,
elle n'est pourtant jamais
agressive puisqu'en réalité,
elle adore ces icônes, ces
images de pacotille. C'est
sans doute pour cela qu'elle a
aujourd'hui un public et fait
des émules auprès des
travestis qui la considèrent
comme un modèle d'élégance
antimachiste. Ce ne fut pas
toujours le cas. "Pendant
dix-sept ans, j'ai été rejetée.
Je n'étais prise au sérieux
ni par les intellectuels, ni
par le peuple. J'étais dans
l'underground de
l'underground, aucune émission
de télé ne voulait de moi.
Sauf une fois, mais ils
avaient coupé la robe de la
Vierge que je portais,
craignant sans doute que les
gens se mettent à
penser." Et ce
qu'elle aime, Astrid, c'est
justement activer cette pensée,
en décomposant le répertoire,
en laissant la machinerie
apparente pour en finir avec
l'illusion, en mettant en
relation des événements
contemporains avec l'Histoire,
en comparant la mise en scène
de la visite papale à Mexico
avec l'arrivée de Cortès.
Humour
Prochainement, elle va s'intéresser
aux déesses aztèques et aux
sacrifices humains, aux formes
de domination et de terreur.
Le tout avec un humour
ravageur, accompagné de
tequila - uniquement El
Capricho, pure licor de
Agave, Verde - et de
robes faramineuses en papier
crépon confectionnées pour
moins de 50 euros. Née de
parents libanais en terre
maya, à Chetumal, la rockeuse
ranchera, passée par
Sciences-Po et le théâtre,
n'a pas fini de faire trembler
les vierges et les politiques
qu'elle épingle tout aussi
copieusement dans ses shows à
bout de souffle. Assez habile,
de plus, pour bien chanter et
pour se moquer d'elle-même.
haut
Au Musée de l’émigré
de Sao Paulo, une
exposition sur les premiers
arrivants libanais au Brésil
paru dans l'Orient-le Jour
le 24 septembre 2002
Le
17 septembre, le Musée de
l’émigré de Sao Paulo (Brésil)
a inauguré l’exposition
"Mahjar, saga libanaise
au Brésil", qui
rassemble une partie de la
collection de Roberto Khatlab,
composée de photos, de
documents, d’archives,
d’objets du quotidien, de
livres et de vêtements, et
qui se poursuivra jusqu’au
17 novembre. Tous témoignent
de l’intégration brésilienne
des premiers Libanais, dans
une thématique de six modules
qui retracent le parcours des
émigrés orientaux à travers
le territoire brésilien.
Outre les objets
minutieusement accumulés par
Roberto Khatlab,
l’exposition est complétée
par des clichés de Jacques
Menassa et plusieurs films et
documentaires, dont La présence
libanaise dans le monde, époque
phénicienne d’Antoine
Harb Khoury. A
l’occasion de
l’exposition, le livre de
Roberto Khatlab, Mahjar,
saga libanaise au Brésil,
édité en arabe et en
portugais, a été publié. Il
rassemble plus de 200 photos
de Libanais, dont
l’implantation dans les
Etats brésiliens a commencé
dès 1880 et s’est
poursuivie jusqu’en 1960. Le
Musée de l’émigré est
installé dans une imposante bâtisse
construite en 1886, celle-là
même qui accueillait les
nouveaux arrivants au port de
Santos. Le même espace abrite
le Centre de recherche et de
documentation des traductions.
Le musée est accessible via
son site Internet : www.memorialdoimigrante.sp.gov.br
.
haut
Gastronomie -
Inauguration de la branche du
Liban de l’académie italienne
La bonne chère,
c’est toute une culture,
l’important est de préserver
la tradition
par NADA MERHI, publié dans
l'Orient-le Jour le 26
septembre 2002
Pizza, risotto et pasta…
quelques plats italiens dont
raffolent la majorité des
Libanais. Mais sommes-nous sûrs
de l’authenticité de la
cuisine italienne servie dans
nos restos ? Car, tout ce qui
se termine par "o"
ou par "a" ne
constitue pas forcément un
bon plat italien ! Désormais,
les amateurs de cette cuisine
pourront être sûrs de la
bonne qualité des plats qui
leur sont servis. Car, pour
s’assurer que la "cucina
italiana" leur est
transmise comme il se doit,
l’Académie italienne de la
gastronomie a décidé
d’avoir sa branche à
Beyrouth. Après les
Etats-Unis, le Canada, le
Japon, l’Afrique du Sud, le
Brésil, Singapour et
plusieurs autres pays, l’Académie
italienne de la gastronomie a
inauguré, il y a quelques
jours, une branche au Liban,
la première au Moyen-Orient.
Lors d’une visite effectuée
dans ce but à Beyrouth, le président
de l’Académie, Giuseppe
dell’Osso, également président
de l’Académie
internationale de la
gastronomie, a tenu une conférence
de presse à l’hôtel
Albergo, à Achrafieh, en présence
notamment de M. Maurizio
Ragnini, président de la délégation
commerciale d’Italie au
Liban, et de M. Mario Haddad,
délégué de la branche du
Liban de l’Académie
italienne de la gastronomie.
"Je suis très heureux
d’inaugurer cette 58e
branche de l’Académie
italienne de la gastronomie,
qui constitue en fait un événement
culturel important puisqu’il
s’agit d’une nouvelle
occasion pour transmettre un
message à tous les amateurs
du goût et de la culture, déclare
M. dell’Osso. En tant
qu’académiciens, nous
portons tous un intérêt spécial
pour la vitalisation de notre
cuisine à l’étranger.
C’est une obligation que
chacun d’entre nous a envers
son pays. Et en tant que président
de l’Académie
internationale de la
gastronomie, j’œuvrerai
toujours pour l’évolution
de la gastronomie des autres
pays." Il poursuit :
"J’ai eu la bonne
chance de connaître votre
cuisine, il y a cinq ans, lors
d’une visite à Beyrouth
dans le cadre d’une mission
pour l’Académie
internationale de la
gastronomie. Aujourd’hui,
j’ai retrouvé les mêmes goûts
et saveurs que j’avais
conservés dans ma mémoire,
toutes ces années durant. Et
croyez-moi, je serais ravi de
retrouver à Rome, à Paris,
à Londres ou au Mexique la même
qualité de la cuisine
libanaise. L’avenir des
futures générations dépend
de nous. Si nous ne leur
transmettons pas ces valeurs,
elles perdront l’un des plus
importants apports de la
civilisation. Car je suis
totalement convaincu que le
grand problème dont nous
souffrons actuellement est
celui de la globalisation du
goût."
"Méfiez-vous des
technologies culinaires
!"
Très attaché aux notions
culturelles de la cuisine, M.
dell’Osso déplore la révolution
culinaire imposée par les
techniques du temps moderne.
"Mis à part les pommes
de terre et les tomates qui
ont été introduites dans la
cuisine après la découverte
de l’Amérique, les produits
utilisés aujourd’hui dans
la préparation des plats sont
les mêmes que ceux employés
par nos ancêtres, il y a
vingt siècles, et qui
figurent dans les anciens
livres grecs, souligne le président
de l’Académie italienne de
la gastronomie. Ces aliments
ont été transformés au fil
des ans, témoignant ainsi de
l’évolution de millions
d’êtres humains. Nous
constituons aujourd’hui le
terminal de cette chaîne. Et
nous devons, pour transmettre
les bonnes valeurs aux générations
futures, nous baser sur la
cuisine traditionnelle pour
faire évoluer la nouvelle
forme de cuisine."
Car, selon l’académicien,
la cuisine créative doit
partir d’une base sûre et sérieuse.
Cette base n’est autre que
la cuisine traditionnelle qui
aide à améliorer certains
aspects de la cuisine imposés
par la technologie. "Je
fais allusion dans ce cadre à
la révolution survenue dans
l’histoire de
l’alimentation, comme
l’importation des matières
premières de l’Europe ou de
l’Asie ou l’utilisation du
réfrigérateur, note M.
dell’Osso. Dans le temps,
nous ne pouvions pas conserver
les aliments des mois durant
comme c’est le cas
aujourd’hui. Nous ne
refusons pas cette forme de la
technologie. Par contre, le
micro-ondes constitue, à mon
avis, la plus dangereuse forme
de la technologie, puisqu’il
pousse à l’utilisation des
plats pré-préparés et à la
cuisine rapide."
"Quel rôle joue donc
notre âme dans la préparation
d’un plat ? Et les soins que
nous devons porter à ce plat
?", se demande-t-il. Et
de mettre en garde : "Il
faut agir vite pour que les générations
futures ne perdent pas le goût,
ce dernier étant enseigné dès
l’enfance."
En effet, il existe en Italie
des écoles expérimentales
auxquelles l’enfant peut adhérer
dès l’âge de 4 ans. Là,
il est initié au goût. Il
apprend, dès le bas âge, à
faire la différence entre le
chaud et le froid, le sucré
et le salé, le doux et
l’amer… "Chaque académie
doit aider et inciter les
familles à réfléchir sur la
valeur de la gastronomie,
insiste M. dell’Osso. En
tant qu’Académie italienne
de la gastronomie, nous allons
organiser au Liban des
expositions, des conférences
et des tables rondes
auxquelles participeront des
connaisseurs italiens. Et mon
expérience au sein de l’Académie
internationale de la
gastronomie m’a permis de
comprendre que la présence de
l’académie italienne en
dehors de nos frontières a
permis que la gastronomie de
mon pays soit mise en
relief." Et de conclure : "Nous,
les pays de la Méditerranée,
avons la cuisine la plus saine
et la plus savoureuse.
Unissons nos efforts pour
sauver cette civilisation
!" Dorénavant, avant
d’entamer un plat italien,
ou autre, prenez le temps de méditer,
l’espace de quelques
secondes, sur la valeur
gastronomique du mets. Songez
au souffle mêlé aux
condiments de la cuisson.
Prenez le temps de le déguster.
Vous lui trouverez
certainement un goût
meilleur. Buon appetito !
Le rôle de la délégation
commerciale d’Italie
C’est grâce au
soutien de la délégation
commerciale d’Italie que
l’Académie italienne de la
gastronomie - branche du
Liban a vu le jour. Dans un
communiqué, le chef de la délégation,
Maurizio Ragnini, explique que
cela rentre dans le but
institutionnel du ministère
italien pour le Commerce extérieur,
afin de promouvoir les
produits italiens sur le marché
libanais, notamment la culture
culinaire et gastronomique.
Cette initiative représente
également l’une des activités
promotionnelles qui visent à
faire connaître l’Italie,
son industrie et son important
rôle sur la scène
commerciale internationale.
L’Académie italienne de
la gastronomie a vu le
jour à Milan en 1953
C’est le 29 juillet 1953
que l’Académie italienne de
la gastronomie a vu le jour à
Milan. Répondant au cri de
douleur lancé dans les années
cinquante par le journaliste
Orio Vergani : "La
cucina italiana muore !"
(la cuisine italienne se meurt
!), un groupe d’hommes
sensibles aux différentes
formes de la culture a décidé
de fonder l’académie. Ils
étaient conscients que la tâche
de sauver un important
patrimoine culinaire leur
incombait, d’autant qu’ils
représentaient
l’intelligentsia italienne
de l’époque. Ils se sont
engagés à sauver la
gastronomie de leur pays qui
renferme l’histoire, les
traditions, les nouvelles
tendances et l’identité
d’un peuple. Aujourd’hui,
l’Académie italienne de la
gastronomie constitue la plus
grande académie gastronomique
au monde avec 58 branches situées
aux quatre coins de la planète
et plus de 6.000 membres. Une
revue mensuelle est publiée
par l’académie. Le président
actuel de l’académie,
Giuseppe dell’Osso, est
originaire de la Calabre (sud
de l’Italie). Il est
professeur à la faculté de médecine
de l’Université catholique
de Rome et donne des cours de
dermatologie. Il est également
fabricant de produits
pharmaceutiques. Son
acharnement à défendre la
culture et la tradition de son
pays lors de tables rondes télévisées
et son insistance sur la
civilité de la table comme
une forme importante des
valeurs humaines lui ont valu
sa nomination, depuis trois
ans, à la tête de l’Académie
internationale de la
gastronomie.
Mario Haddad :
"Nous voulons transmettre
aux Libanais le plaisir de la
table et de la convivialité"
Inaugurée il y a juste
quelques jours à Beyrouth,
l’Académie italienne de la
gastronomie, branche du Liban,
pense déjà à créer des
filiales dans les pays arabes,
en Egypte et à Dubaï dans un
premier temps. M. Mario Haddad,
délégué de la branche du
Liban, s’engage, avec
l’aide des autres membres de
l’Académie, à veiller à
ce que la vraie cuisine
italienne soit transmise comme
il se doit aux Libanais et à
ce qu’elle soit plus connue
et appréciée. "Nous
voulons apprendre aux Libanais
à cuisiner et à manger à
l’italienne, insiste M.
Haddad. Je ne parle pas du
fast-food qui existe également
en Italie, mais de la cuisine
que nos maîtres en Italie
considèrent comme étant
l’authentique cuisine de
leur pays. Nous voulons donc
transmettre aux Libanais la
possibilité de préparer les
plats aussi bien qu’en
Italie en assurant les
meilleurs ingrédients et les
plus authentiques possibles.
Vous savez, la cuisine
italienne, on en tombe
amoureux. Et les passionnés
de cette cuisine sont par
milliers au Liban. Toutefois,
nous allons procéder
lentement dans notre
initiation car, bien qu’ils
ne soient pas éloignés, les
goûts libanais et italiens
diffèrent."
Un immense travail a déjà été
fait auprès des restaurants
italiens au Liban. "Nous
allons les mettre en compétition
pour les pousser à s’améliorer,
note M. Haddad. Mais nous
allons travailler également
auprès des familles, des
jeunes et du grand
public." A cet
effet, l’Académie italienne
de la gastronomie, branche du
Liban, pense organiser des
cours de cuisine, qui seront
donnés à l’Institut
culturel italien. "Nous
avons des instructions générales,
mais nous avons aussi nos
propres initiatives",
constate M. Haddad. Allez-vous
coopérer avec l’Académie
libanaise de la gastronomie
(ALG) ? "Certainement,
assure-t-il. Nous ne sommes
pas en contradiction avec
elle, au contraire, nous
sommes complémentaires. Nous
n’avons ni l’envie ni les
possibilités de la
concurrencer. D’ailleurs, je
suis moi-même membre de l’ALG.
Et personnellement je suis très
attaché et très fidèle à
mes origines libanaises. Mais,
que voulez-vous, j’aime la
cuisine italienne ! J’œuvrerai
pour qu’elle soit le plus
connue."
Il poursuit : "Nous
n’avons pas vraiment besoin
de pousser les Libanais à
manger la cuisine du pays. Ils
le font naturellement. Notre
idée de lancer et de préserver
la cuisine italienne au Liban
émane de notre envie d’éviter
que les présumées cuisines
italiennes ne se répandent
encore plus au Liban. Nous ne
sommes pas des policiers, nous
ne pouvons pas tout contrôler.
Mais nous allons initier les
gens à la bonne cuisine pour
qu’ils soient capables de
faire la différence entre le
vrai italien et le
pseudo-italien." Car,
selon M. Haddad, il existe des
problèmes dans la cuisine
italienne qui sont inhérents
au Liban, telle que
l’utilisation de la poudre
de parmesan qui ne ressemble
en aucune façon au vrai goût
de ce fromage. "Je suis
avant tout un bon “gustai”
(connaisseur), déclare-t-il. A
l’académie, nous voulons
lutter contre tous ceux qui ne
savent pas manger. Nous
voulons transmettre aux autres
le plaisir de la table et de
la convivialité."
La branche libanaise : dix
membres fondateurs
Le Conseil de la délégation
italienne de la gastronomie au
Liban est composé des dix
membres fondateurs suivants :
Mario Haddad, délégué ;
Rima el-Husseini, secrétaire
; Jean-Marie Megarbané, trésorier
; Négib Asseily, Saad Chéhab,
Joseph Chémali, Joumana
Debbané, André Hadji-Thomas,
Marie Kharrat et Maurizio
Ragnini, conseillers.
haut
Promouvoir l’écotourisme
pour développer les régions périphériques
au Liban-Sud
Développement - Tournée
conjointe de l’Onu et des
ministères de l’Environnement
et du Tourisme
par PATRICIA KHODER, publié
dans l'Orient-le Jour le 28
septembre 2002
Pour
promouvoir l’écotourisme, le
centre d’information des
Nations unies (UNIC), et les
ministères du Tourisme et de
l’Environnement ont décidé
de convier diplomates et
journalistes au Liban-Sud. Hier
matin, deux grands bus stationnés
devant la Maison des Nations
unies ont transporté un groupe
d’une cinquantaine de
personnes vers la zone méridionale
du pays. Le but : mettre la lumière
sur les zones périphériques
qui ont besoin de développement
durable et tenter ainsi de
promouvoir ces régions par le
biais de l’écotourisme. Une
tournée avait déjà été
organisée au Hermel. Hier,
c’est le Liban-sud qui a reçu
les officiels. Plusieurs
personnalités ont pris part à
l’événement, notamment les
ministres de l’Environnement
et du Tourisme, respectivement
Michel Moussa et Karam Karam, le
représentant personnel du secrétaire
général des Nations unies pour
le Liban-Sud, Staffan de Mistura,
le représentant permanent du
Pnud au Liban, Yves de San, le
responsable du centre
d’information des Nations
unies, Négib Frigi, ainsi que
des officiels de la Finul et des
délégués de douze
chancelleries présentes à
Beyrouth. Plusieurs
responsables de projets de développement
au Liban-Sud, relevant de divers
programmes soutenus par le Pnud
et les Nations unies, figuraient
parmi le groupe de touristes
d’un jour. En effet, la tournée
d’hier a vite pris l’allure
d’une excursion scolaire ; le
ministre de l’Environnement a
dansé la dabké sur les rives
du Litani avec un groupe de
jeunes et plusieurs diplomates
ont posé devant divers sites
touristiques, notamment le château
de Beaufort.
Tyr était la première station
de la journée. La municipalité
de la ville a reçu la délégation
venue de Beyrouth sur la plage
de sable blond, un espace répertorié
parmi les sept réserves
naturelles du pays. Le groupe a
pris son petit-déjeuner au bord
de la mer en écoutant les
informations dispensées sur la
réserve de Tyr qui est divisée
en trois parties. La première -
ouverte au public - reçoit
baigneurs, badauds et estivants,
la deuxième est une zone protégée
accessible uniquement aux
chercheurs et domaine des
tortues marines, la troisième
est consacrée à
l’agriculture et contient les
bassins de Ras el-Aïn,
fontaines d’eau douce situées
sur la plage, utilisées depuis
l’époque phénicienne, et
jusqu’à nos jours, pour
l’irrigation et l’eau
potable. Soulignons cependant
que le camp palestinien de
Rachidiyé, bâti sur le sable
blond de Tyr, divise la réserve
naturelle en deux parties. Après
un trajet de plus de deux
heures, le bus, qui a traversé
plusieurs localités du
Liban-Sud, notamment Naqoura,
Rmeich, Bint Jbeil et Kfarkila,
a fait sa deuxième halte non
loin d’un bras du Litani,
connu par les habitants des
villages voisins sous
l’appellation d’al-Khardali.
Ici la nature est luxuriante et
les propriétaires de la
"Promenade de Saint-Elie",
où le groupe venu de Beyrouth a
pris son déjeuner, ont
construit un mini-barrage
hydraulique pour alimenter leur
restaurant en électricité. Une
invention qui a vu le jour grâce
aux roues d’un tracteur et à
l’imagination des propriétaires
originaires de Klaya. Sur
les rives du Litani, plusieurs
coopératives de la bande
frontalière ont présenté
leurs produits : du miel, des céréales,
des produits laitiers, des œufs
et du cuir d’autruche, des
kiwis, et des champignons de
Paris. Ces coopératives bénéficient
du soutien du Pnud. Plus
d’une trentaine de jeunes -
chrétiens, musulmans et druzes -
venus de six villages voisins et
participant à un programme de développement
des zones périphériques du même
organisme onusien ont dansé
ensemble avant le départ de la
délégation pour le château de
Beaufort. Ce sont les
drapeaux du mouvement Amal et du
Hezbollah qui flottent sur les
tours du château fort.
L’ancien site stratégique,
utilisé par plusieurs armées
ayant occupé le Liban à
travers les siècles, bénéficie
d’un projet taillé à sa
mesure. Le programme demeure
cependant à sa première étape
: une étude topographique est
actuellement en cours. Libéré
depuis plus de deux ans, le
Liban-Sud attend toujours que
des projets privilégiant l’écotourisme
ou d’autres secteurs voient le
jour. C’est peut-être à ce
moment que ses fils, qui l’ont
quitté depuis bien longtemps,
retourneront dans leurs villages
natals.
haut
Les forêts gardent la mémoire
de leur passé agricole
Ecologie
- Quand la botanique rejoint
l'archéologie
par
YVES MISEREY, publié dans le
Figaro le 26 septembre 2002
Il y a des découvertes
scientifiques qui ouvrent des
perspectives passionnantes.
C'est le cas des recherches
menées depuis plusieurs années
par une équipe de l'Institut
national de la recherche
agronomique (Inra), basée à
Nancy. Etienne Dambrine, pédologue,
et Jean-Luc Dupouey, botaniste
et directeur du laboratoire de
phytoécologie forestière,
sont tout simplement en train
de révolutionner la vision
que nous avons des forêts en
France. Ils font entrer
l'histoire dans un monde où
elle n'avait jusqu'alors qu'un
tout petit strapontin. Les
scientifiques appellent forêts
anciennes celles qui
figuraient déjà sur les
premiers documents cadastraux
(début du XIXe siècle).
A l'intérieur de cette catégorie,
certaines d'entre elles
jouissent d'un prestige
particulier. On pense qu'elles
existent depuis la nuit des
temps. A tort, car les travaux
des deux chercheurs de Nancy
et de leur équipe montrent
que la plupart de ces forêts
immémoriales poussent en réalité
sur d'anciennes parcelles
agricoles. Et ce passé est
encore visible sur le terrain,
quatre siècles voire même
deux millénaires plus tard.
Les plantes que l'on retrouve
sous le couvert forestier sont
les indicateurs de ce passé.
C'est ainsi par exemple que si
à un endroit de la forêt on
voit de l'ortie, du géranium
herbe à Robert, du
groseillier à maquereau ou de
la pervenche il y a de grandes
chances pour que cette zone
corresponde à un ancien
jardin ou à un champ jadis
bien amendé (toutes ces
plantes sont gourmandes en
azote). A l'inverse, si on
trouve du muguet, des anémones,
des jacinthes ou des primevères,
on peut penser qu'on se trouve
dans une parcelle n'ayant pas
été cultivée, ces plantes
ayant un faible pouvoir de
dispersion et de colonisation.
"L'agriculture a un
impact sur la forêt beaucoup
plus important qu'on le
pensait jusqu'alors", explique
Etienne Dambrine. On pensait
que la forêt était presque
exclusivement façonnée par
la sylviculture et conditionnée
par le sol. Mais les activités
agricoles anciennes les
conditionnent aussi largement.
C'est ainsi qu'on peut trouver
côte à côte des parcelles où
la végétation est luxuriante
et d'autres, au contraire, où
elle est chétive et malingre.
L'examen du cadastre ancien révélera
bien souvent que la première
parcelle se trouvait jadis
dans une zone cultivée tandis
que l'autre était une pâture
et qu'elle a été appauvrie
par cette exploitation.
L'influence du passé ne
touche pas seulement la
diversité végétale mais
aussi la fertilité et même
les micro-organismes présents
dans le sol. Le meilleur
exemple en la matière est
fourni par la forêt d'Aubure,
dans les Vosges où les
contrastes entre parcelles
sont saisissants. Or, cette
forêt a été cultivée au
XVIIIe siècle par
des anabaptistes venus de
Suisse. Ces ancêtres des
amish étaient pour l'époque
des agriculteurs hors pair. Il
n'est donc pas surprenant de
constater que les arbres
poussant dans les anciens
jardins y atteignent des
hauteurs records.
Plusieurs études conduites en
forêt de Haye
(Meurthe-et-Moselle), à Tronçais
(Allier) ou à Compiègne
(Oise) - des forêts
"immémoriales" par
excellence - ont montré
que ce décryptage de
l'histoire forestière est
confirmé par les fouilles
archéologiques. C'est ainsi
que des vestiges
d'habitations, des murs,
d'anciennes routes peuvent
dormir sous un épais tapis de
feuilles depuis près de 2.000
ans sans que personne ne le
sache. C'est ainsi que l'archéologue
Laure Laüt a répertorié et
daté une centaine de sites
gallo-romains en forêt de
Tronçais : des villas, des
ateliers métallurgiques et
des tuileries dont la présence
était encore insoupçonnée
il y a une trentaine d'années.
Elle a pu vérifier à cette
occasion que les observations
des chercheurs de l'Inra
s'appliquent aussi à cette
forêt. Les archéologues sont
actuellement plus habitués à
faire des fouilles de
sauvetage que des recherches
programmées et peu d'entre
eux s'intéressent au milieu
forestier. "C'est
dommage, regrette Laure Laüt,
car les vestiges y sont
souvent très bien conservés".
Une base de données archéologiques
sur l'ensemble des forêts
françaises devrait être créée
en 2003 sous l'égide de
l'Inra en étroite
collaboration avec des archéologues
et l'équipe de Dambrine et
Dupouey. Ces travaux
combleront un vide assurément.
Ils permettront sans doute de
mieux comprendre comment
vivaient nos ancêtres dans
les campagnes. "L'écologie
historique est une discipline
qui est en train de voir le
jour. Actuellement, les idées
foisonnent", témoigne
Jean-Luc Dupouey. Voilà une
bonne nouvelle pour tous les
amoureux des forêts.
haut
Coexistence - Carlos Ghosn et
Ghassan Salamé au colloque de
l’USJ
par MICHEL HAJJI GEORGIOU,
publié dans l'Orient-le Jour le 1er
octobre 2002
"L’école comme facteur
de coexistence", la
"coexistence dans les
textes officiels" et la
"coexistence comme
projet", tels sont les thèmes
abordés samedi dans le cadre
de la deuxième journée du
colloque "Coexistence des
langues et des cultures dans
l’espace euro-méditerranéen,
entre utopie et réalités",
organisé par l’Université
Saint-Joseph (USJ) au campus
des sciences médicales -
rue de Damas. L’occasion
pour certains juristes et
politologues d’apporter leur
pierre à l’analyse et à la
réflexion. Avec, au final,
deux invités de marque, qui
ont tenu l’auditoire en
haleine : le ministre de la
Culture, Ghassan Salamé, et
le PDG de Nissan, Carlos Ghosn. Fadia
Kiwan, vice-doyenne de la
faculté de droit et de
sciences politiques à l’USJ
et directrice de l’Institut
de sciences politiques,
s’est intéressée à l’école
en tant que lieu de
socialisation politique. Le
droit véhicule de dialogue et
de coexistence : telle est la
perspective abordée d’entrée
par le professeur Pierre
Gannagé, constitutionnaliste
libanais et ancien professeur
à la faculté de droit de
l’USJ. D’autant plus,
indique M. Gannagé, qu’au
Liban, la "coexistence
s’inscrit dans les faits
avant d’exister dans le
droit". En d’autres
termes, elle est expérience
avant d’être codification.
Or, souligne-t-il, le droit de
la coexistence est "très
étendu", aussi bien dans
le droit privé que dans le
droit des institutions
politiques puisqu’il
comporte des éléments du
droit arabo-musulman et de
l’époque ottomane, et une
influence occidentale, plus précisément
française, certaine.
Selon M. Gannagé, le droit de
la coexistence est une caractéristique
des pays pluralistes, une manière
comme une autre de créer une
identité politique commune
dans le respect des identités
et des spécificités de
chacun, en échappant à la
culture totalitaire et à
l’uniformité. Le but étant
l’absence de toute
discrimination. Dans le
domaine du droit privé, le
droit de la coexistence est
toujours présent dans les
textes libanais. Preuve en est
le statut personnel, respecté
par l’Etat et garanti par la
Constitution. L’évolution
juridique au Liban tend
justement, a-t-il remarqué,
à octroyer davantage de
garanties aux communautés. De
plus, les textes libanais font
coexister le droit civil
d’inspiration occidentale et
le droit religieux. Mais, en définitive,
même si le Liban est formé
de dix-huit communautés, il
est un Etat laïque
puisqu’au niveau du droit,
il n’est pas rattaché à
une seule communauté, à une
religion d’Etat, comme dans
la majorité des pays voisins.
Là encore, le principe de
reconnaissance, fondement de
la coexistence, l’emporte. Quant
au droit de la coexistence et
son application dans le
domaine des institutions
politiques, il suscite des
"débats passionnés",
a poursuivi le professeur
Gannagé. Mettant en
exergue "le souci
des auteurs des textes de
favoriser l’entente entre
les communautés dans les décisions
mettant en cause l’avenir de
la nation", il a enfin
rejeté le terme de
"confessionnalisme
politique", qui possède
selon lui un "caractère
péjoratif visant à condamner
toute formule de coexistence
communautaire".
Les barrages à la
coexistence
La coexistence est-elle viable
en tant que projet politique ?
"Cela paraît
compromis", répond
Joseph Maïla, doyen de la
faculté des sciences sociales
et économiques de l’Institut
catholique de Paris, en se
penchant sur le cas des pays
sud-méditerranéens. Maïla
distingue trois niveaux
d’analyses pour étudier la
coexistence : au plan infra étatique,
au sein des Etats-nations, la
coexistence est
immanquablement rattachée à
la question de la
reconnaissance des minorités,
grand facteur de guerres
civiles. Au niveau interétatique,
la coexistence se porte mal,
également, du Maroc à la
Turquie. L’interminable
conflit israélo-arabe en témoigne,
de même que les conflits
irako-iranien, koweito-irakien…
Enfin, pour ce qui est de la
coexistence entre les Etats du
Nord et le sud de la Méditerranée,
la fêlure existe aussi. Joseph
Maïla a ensuite énuméré
les trois principes qui
constituent les fondements de
la coexistence : la culture de
la reconnaissance d’abord,
qui existe dans la région
depuis le système des millets
instauré par l’Empire
ottoman pour préserver les
communautés, et le pluralisme
qui l’accompagne nécessairement.
Or cette culture de la
reconnaissance est mise en péril
par l’émergence du
monolithisme dans les sociétés
et la formation des Etats
unitaires très centralisés.
Et M. Maïla d’ajouter que
le pluralisme peut constituer
aussi un outil de manipulation
au sein d’une société,
dans le cas de figure où les
communautés sont montées les
unes contre les autres. Les résultats
vont à l’encontre même du
principe de la reconnaissance.
Deuxième principe préalable
à la coexistence : la démocratie.
Celle-ci aussi est sujette à
des blocages dans le Sud méditerranéen,
parmi lesquels le
patriarcalisme, le
patrimonialisme et la culture
du parti unique. Enfin,
les relations
occidentalo-orientales, jadis
excellentes du point de vue
culturel, ont débouché sur
une fracture. "Le
pourvoyeur de culture qu’était
l’Occident est devenu un prédateur
de civilisation", a
indiqué M. Maïla, en évoquant
la conscience du colonialisme
chez les peuples colonisés. Le
présent de la coexistence
n’est guère plus jovial.
"La coexistence
aujourd’hui est
difficile", a-t-il estimé.
D’autant plus que la
coexistence est confrontée à
plusieurs types de cultures
qui lui sont hostiles et qui
cherchent à la réduire : la
"culture hégémonique ou
culture politique de
mobilisation", dans le
cadre de laquelle sont faites
certaines hypostases de
concepts auxquels l’on a
voulu donner une réalité,
tels que "refaire la
nation arabe", par
exemple.
M. Maïla n’est pourtant pas
pessimiste. Il veut distinguer
certaines lueurs d’espoir
pour l’avenir. La culture
des droits de l’homme et le
mouvement, en marche, vers
l’universalité sont des éléments
qui laissent présager, selon
lui, des lendemains meilleurs.
Surtout quand les
organisations des droits de
l’homme deviennent, dans des
pays paralysés, "des
substituts à des partis
politiques impossibles à
mettre en œuvre". Autre
élément positif, la prise de
conscience par les minorités,
comme la femme, de leur statut
dans ces sociétés du Sud méditerranéen.
Mais cela reste insuffisant,
puisque cette prise de
conscience du statut ne suffit
pas. Il faut qu’elle sorte
de sa passivité, entre dans
un dynamisme qui la fera
passer "du statut au
sujet". Troisième
et dernière source
d’optimisme, selon Joseph Maïla
: la société civile.
"La coexistence de demain
n’est pas interétatique,
mais intersociétés
civiles", a-t-il ajouté,
en mettant en exergue "la
vivacité des sociétés
civiles des pays du Sud méditerranéen". Et
de conclure sur le rôle du
Liban, par une phrase de
Michel Chiha : "Le Liban
est un lieu où les
civilisations se visitent et
s’invitent."
Le local et le global
Le thème de la dialectique
entre "le global" et
"le local" a été
ensuite abordé par MM. Pierre
Catala, professeur de l’Université
Panthéon-Assas, et Ghassan
Salamé. Si M. Catala a
évoqué "les bonheurs du
local" et "les
douleurs du global", M.
Salamé a innové, créant le
concept du "glocal",
pour signifier
"l’universalisation, à
travers la mondialisation,
d’un élément local du
patrimoine culturel". Debout
à la tribune devant un
auditoire passionné, le
ministre de la Culture a posé
la problématique de
"l’exclusion et de
l’inclusion".
"L’exclusion est fondée
sur le principe de la pureté,
valeur douteuse qui a gagné
ses lettres de noblesse avec
la chute des idéologies et
qui conduit à la
purification", a estimé
M. Salamé. En a résulté,
selon lui, le nettoyage
ethnique et racial.
"Autrefois, on se battait
pour ce que les gens
pensaient. Maintenant, cet
aspect est dévalué au profit
de ce que les gens sont",
a-t-il poursuivi. Plus
dangereux sont aujourd’hui
"les phénomènes
d’inclusion, sorte
d’assimilation en
douce", des "phénomènes
hégémoniques opérés par
les plus forts, et qui sont
dissimulés dans les textes
juridiques, comme certains
amendements constitutionnels
ou certains projets de loi au
détriment des minorités".
"Le marché est un
facteur tout aussi dangereux
d’inclusion", a-t-il
souligné. "Ces deux
modèles laissent froides les
communautés de l’espace méditerranéen",
a ajouté M. Salamé, en
mettant en garde contre les
processus d’exclusion et
d’inclusion véhiculés par
la mondialisation. La réponse
se trouvant, a-t-il conclu,
dans le droit à la diversité
culturelle et des textes
juridiques garantissant la
protection de celle-ci.
Enfin, le PDG de Nissan,
Carlos Ghosn, a fait un
vibrant plaidoyer en faveur du
managment multiculturel,
devant un amphithéâtre
comble. M. Ghosn a
expliqué comment, dans le
milieu de la construction
automobile, l’ouverture, la
reconnaissance de l’autre et
de sa culture, ainsi que la
transparence et le respect de
ses partenaires, avait permis
d’opérer un miracle et de
sortir Nissan d’une crise
jugée fatale par les spécialistes. Dans
un discours improvisé et avec
une éloquence remarquable,
Carlos Ghosn abolit toutes les
barrières culturelles et géographiques,
passant de la francophonie en
tant que véhicule de valeurs
comme la coexistence et
l’ouverture à la culture
japonaise du respect, l’éthique
du samouraï. Le tout sur fond
d’entreprenariat et de
construction automobile. Une
incarnation de la coexistence
des langues et des cultures en
clôture du colloque, bien au
delà de l’espace euro-méditérranéen.
Et une constatation : la
coexistence est, par dessus
tout, un modus vivendi.
haut
Progrès automobile
par SERGUEI, publié dans le
Monde du 1er octobre 2002
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