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L'avenir
de l'Europe est en Méditerranée
!
Le
processus de Barcelone,
entamé en 1995, peut-il
trouver un second souffle
?
par
HERVE DE CHARETTE, publié
dans le Figaro le 12 décembre
2004
L'auteur
est ancien ministre des
affaires étrangères
Oui ! Dans
un contexte international
marqué par l'incertitude et
la crispation des identités,
il est essentiel pour l'Europe
de se tourner vers ses voisins
de la Méditerranée.
L'actualité ne cesse de le
montrer, le destin de l'Europe
est désormais inséparable de
celui de ses voisins du Sud.
La coopération euroméditerranéenne
est pour l'Europe un projet
porteur d'une vision politique
à long terme, faisant primer
la solidarité sur le repli,
la méfiance ou la
confrontation. Dans ce
domaine, nous ne partons pas
de zéro. Le Partenariat euroméditerranéen,
signé à Barcelone en 1995,
par 25 ministres des Affaires
étrangères de la région,
Israël compris, fixe un cadre
toujours valable pour la coopération
en Méditerranée. Il définit
une politique ambitieuse mais
fondamentalement cohérente,
s'appuyant sur l'intensité
des liens économiques,
politiques, historiques et
culturels, afin de faire
avancer un projet commun de développement
et de coopération.
En 1995, au lendemain des
accords d'Oslo, l'heure était
à l'optimisme. L'ensemble de
la Méditerranée semblait
alors s'orienter durablement
vers la paix et la coopération.
Mais depuis dix ans le
contexte méditerranéen a
bien changé. Le processus de
paix au Proche-Orient a fait
long feu. Le 11 septembre a
fait apparaître avec une
acuité tragique combien la
menace hyperterroriste
transcende désormais les
frontières du Nord et du Sud.
Par ailleurs, l'initiative
militaire des Américains en
Irak est venue compliquer
encore un peu la donne. Enfin,
l'élargissement de l'Union
européenne est souvent perçu
par les pays arabes comme une
marque de désintérêt de
l'Europe envers la Méditerranée.
Malgré ces difficultés
indéniables, le Partenariat
euroméditerranéen n'a pas
succombé. C'est dire sa
valeur et son intérêt. Au
contraire, des avancées
notables ont été faites. Les
outils de coopération se sont
multipliés : Fondation Anna
Lindh pour le dialogue des
cultures, Assemblée
parlementaire euroméditerranéenne,
Facilité euroméditerranéenne
d'investissement et de
partenariat, Politique de
nouveau voisinage... Les fonds
d'aides de l'Union européenne
(Meda) n'ont cessé de croître.
De nouveaux sujets se sont
imposés à la discussion :
immigration, éducation et
formation, lutte contre le
terrorisme, coopération
militaire... Enfin, et c'est
essentiel, le processus de
Barcelone s'est élargi à la
société civile, sur les thèmes
les plus divers : économie,
eau, environnement, culture,
droit des femmes...
Du coup, un vent de libéralisation
et de réforme commence à
souffler au Sud de la Méditerranée,
dans des domaines aussi divers
que l'audiovisuel, le statut
des femmes, les droits de
l'homme. Cette évolution est
encouragée par l'Union européenne
dans le cadre des Accords
d'association qu'elle a signés
avec la plupart des pays du
Sud. La coopération régionale
entre les pays du Sud eux-mêmes
s'intensifie, comme en témoigne
la signature des accords de
libre-échange d'Agadir entre
le Maroc, la Tunisie, l'Egypte
et la Jordanie.
Tout cela est très
encourageant et montre combien
les pays du Sud sont en
demande d'Europe. Il est
essentiel de ne pas les décevoir
: il nous faut donc passer la
vitesse supérieure ! Le
partenariat doit servir de
catalyseur aux réformes.
C'est pourquoi il mérite
mieux que des déclarations de
principes suivies d'une
gestion bureaucratique ! En un
mot, il convient de consacrer
à la réussite de la coopération
euroméditerranéenne autant
d'énergie que celle déployée
lors de l'élargissement de
l'Union à l'Est.
Je saisis donc le 10e
anniversaire de la conférence
de Barcelone pour relancer le
Partenariat euroméditerranéen
et proposer cinq pistes de
travail :
1. Les partenaires de l'euroméditérranée
doivent se donner pour
objectifs d'en finir avec les
conflits qui empoisonnent les
relations dans la région : en
Palestine, comme à Chypre et
au Sahara occidental, sans
oublier l'Irak. C'est le
moment d'agir, et, pour l'UE,
de s'imposer comme un médiateur
déterminé. Au passage, cela
signifie aussi qu'il faut en
finir avec les aigreurs
franco-américaines. Je vois
bien les difficultés, mais si
l'Europe veut s'imposer au
Sud, il lui faut se fixer des
objectifs politiques clairs.
2. Je propose la négociation
d'un traité de coopération
euroméditerranéenne qui
aurait pour objet la création
d'institutions chargées de
relancer la coopération économique,
sociale et culturelle. Un
Conseil des ministres euroméditerranéen
serait institué. Les décisions
pourraient y être prises à
la majorité qualifiée. Un
secrétariat général du
Partenariat aurait la charge
de les mettre en oeuvre.
3. Il faut relever le défi
de la croissance démographique,
laquelle porte en germe, si
rien n'est fait, la déstabilisation
du Sud et la montée de très
graves périls. Dans cette
perspective, l'Europe devrait
marquer son attachement à
deux priorités évidentes :
la formation des élites méditerranéennes
et la modernisation du statut
de la femme (accès à l'éducation,
droits politiques, droits
civils...).
4. Favoriser l'intégration
de la zone par de grands
projets régionaux, dans des
domaines aussi divers que
l'eau, les transports, les télécommunications...
C'est le meilleur moyen de
favoriser le développement et
d'échanger des compétences.
La création de la zone de
libre-échange à l'horizon
2010 doit rester un projet
majeur, afin de garantir un
environnement stable aux échanges
et à l'investissement. A ce
titre, l'Europe devra faire
preuve de compromis dans
certains domaines, comme
l'agriculture... Telle est en
effet la voie de la
croissance, pour l'Europe
comme pour ses partenaires !
5. Renouer le dialogue
stratégique avec les Américains
au sujet de nos actions
respectives en Méditerranée.
Le Forum de l'avenir, organisé
à Rabat le 11 décembre à
l'initiative du Maroc et des
Etats-Unis peut en fournir
l'occasion. Le sujet est trop
crucial pour ne pas s'entendre
!
Telles sont les pistes de réflexion
que nous nous sommes données
dans le cadre de l'Institut
euroméditerranéen que je préside,
à l'occasion du symposium
international d'aujourd'hui et
demain, intitulé «Pour un
nouveau partenariat euroméditerranéen».
Réunissant de hautes
personnalités du monde méditerranéen,
cette manifestation souhaite
nourrir la réflexion
collective sur l'avenir de la
région, médiatiser les
enjeux de la coopération
euroméditerranéenne, et
avancer des propositions concrètes.
Car il est temps d'agir !
haut
Cinquantenaire
de la mort de Michel Chiha, père
de la Constitution libanaise
Ghassan Tuéni, Joseph
Maïla, Wagih Kawtharani et
Nabil Khalifé mettent
l’accent sur la
"grammaire perdue" de
notre système politique
paru
dans l'Orient-le Jour le 29
octobre 2004
C’est
plus qu’un hommage rendu à
Michel Chiha, l’homme qui a
milité en faveur de la démocratie,
de la coexistence
intercommunautaire et du pacte
national. En évoquant le
souvenir du théoricien de la
formule libanaise et l’un
des principaux auteurs de
cette Constitution qui nous régit
jusqu’à ce jour dans ses
dispositions essentielles, MM.
Joseph Maïla, Wagih
Kawtharani, Nabil Khalifé et
Ghassan Tuéni, qui a présidé
la table ronde au Salon du
livre francophone à Beyrouth,
ont tous mis l’accent sur le
visionnaire du problème
palestinien, le chantre d’un
Liban pluriel, le
"penseur" et le
politologue qui a traité en
profondeur une multitude de
registres pour définir la
voie dans laquelle il
souhaitait voir le pays
s’engager, compte tenu de sa
position géographique, de ses
composantes humaines et
culturelles, de son évolution
historique et de sa
personnalité. Le critique et
l’éditorialiste, fondateur
du quotidien Le Jour, qui a dénoncé
sans complaisance les
errements et les abus des
dirigeants qui
institutionnalisent la dépendance,
l’arbitraire, l’iniquité
et qui "ne s’inspirent
que des platitudes, des peurs
et des lâchetés".
Percutants et prémonitoires,
ses écrits n’ont rien perdu
de leur acuité, comme pour
dire qu’il nous faut des
hommes "pas des esclaves
et des pachas", assénant
que "le Liban se détruira
dans la mesure où il
attentera à ses libertés".
Que dans le corps du monde
arabe "nous jouons le rôle
des poumons et ce n’est
l’intérêt de personne de
nous voir asphyxiés et
asservis".
Ghassan Tuéni,
qui a dirigé la table ronde,
a tout d’abord mis
l’accent sur la sacro-sainte
question de la Constitution
dont "Michel Chiha était
le père et qu’il nous
faudrait sauver dans son
esprit et ses textes pour préserver
l’indépendance". Il a
rappelé la croisade politique
et morale menée, en 1948, par
ce grand homme contre
l’amendement de la
Constitution. Désapprouvant
l’idée d’une révision
constitutionnelle afin de
rendre possible le
renouvellement du mandat de
cheikh Béchara el-Khoury,
malgré la parenté et la
solide amitié qui reliait les
deux hommes, Chiha avait écrit
: "Ce qui peut
s’imposer à son heure en
faveur d’un homme que ses mérites
recommandent peut devenir
redoutable pour un
autre."
Prenant
à son tour la parole, Joseph
Maïla, recteur de
l’Institut catholique de
Paris, a esquissé le portrait
de ce grand homme, déclarant
que Michel Chiha n’a été
ni un intellectuel semblable
à ceux de son époque, ni un
idéologue, ni un homme de la
démesure. Chiha était
"le penseur de la
diversité, dans le respect de
l’équilibre et de la tolérance".
C’était également un
juriste qui préconisait "l’équilibre
entre des forces contraires et
la mise en avant de principes
régulateurs (la régulation
par les institutions). Michel
Chiha pensait qu’on devait
faire passer l’esprit des
institutions avant les accords
historiques qui pouvaient
venir en modifier le contenu.
On sait que l’expérience de
Taëf a peut-être un peu
inversé la problématique de
cette approche, puisqu’elle
a considéré que les
compromis pouvaient modifier
l’esprit des institutions et
changer l’esprit de la
Constitution", a dit
l’intervenant. Par ailleurs,
Michel Chiha a su combiner la
passion de la politique (comme
passion du bien commun) et la
passion de l’absolu.
"Michel Chiha a été
croyant et cette expérience
croyante est présente dans
tous ses écrits. Il savait
que l’absolu pouvait
s’adorer autrement que sous
la forme des idoles. C’est
ce qui lui a permis de faire
la critique et de se mettre à
distance de l’événement",
a ajouté Joseph Maïla, avant
de poser la question suivante
: "Pourquoi aurait-on
besoin aujourd’hui de Michel
Chiha ? Pour trois
raisons", a-t-il dit.
Tout
d’abord, "parce
qu’il était un intellectuel
et comme tout intellectuel, il
savait que la pensée avait
une fonction. Que la fonction
de la pensée était de se
mettre à distance de l’événement
et donc d’introduire, entre
l’événement et la représentation,
une distance critique. Or
cette distance critique, nous
l’avons perdue. Pour des
raisons multiples, elle est
aujourd’hui difficilement
exercée". Ensuite,
"parce Michel Chiha a
pensé le Liban des familles
spirituelles, des communautés
qui devaient concourir à
l’esprit de la nation et au
bien commun. Or, c’est cette
notion que nous devons
retrouver", a souligné
le recteur de l’Institut
catholique de Paris, ajoutant
que pour Michel Chiha, le sens
de l’engagement était
toujours "un sens de
pilote, de vigile", et
que la fonction de
l’intellectuel était de
manifester une alerte.
"L’on sait combien la
pensée de Michel Chiha fut prémonitoire
quand il s’est agi de
mesurer la turbulence
qu’allait générer la création
de l’Etat d’Israël. Il
pensait essentiellement que
c’était la coexistence des
familles spirituelles du Liban
qui était en danger (...) Il
pensait qu’il n’y avait
pas d’équilibre interne si
on ne pouvait pas, soit se
mettre à distance par
consensus de l’équilibre ou
du déséquilibre externe,
soit pouvoir s’adapter en
prenant garde à ne pas perdre
notre âme dans un
environnement qui change.
Michel Chiha avait vu de manière
prémonitoire que le Liban démocratique
ne pouvait vivre sans un
environnement démocratique.
Il avait mis en garde les
Libanais contre les passions
du suivisme et de
l’opportunisme."
Et
M. Maïla de conclure que
Michel Chiha n’est pas un idéologue
mais un
"grammairien". "Un
homme qui a compris la
grammaire du système
politique libanais. Comprendre
Michel Chiha c’est
comprendre le fonctionnement
d’une institution
harmonieuse qui doit réguler
des passions diverses ; qui
doit recycler les ambitions
diverses et qui ne doit céder
à aucune passion et à aucun
projet en particulier. Donc le
redécouvrir pour nous
aujourd’hui, c’est
retrouver le principe de
fonctionnement de nos
institutions que nous avons
perdu parce que, pour les uns
comme pour les autres, nous
avons pensé que nous pouvions
substituer au Liban qu’il
nous avait laissé un Liban
plaqué sur des idéaux datant
d’avant la création du
Liban et qui ne tiennent pas
compte de la géographie et de
l’histoire de notre pays tel
qu’il fut mis en place en
1920. Continuer à caresser
des projets d’histoire
parallèle ou des trajectoires
qui sortent du consensus
libanais, c’est s’exposer
à l’aventure, à aller vers
une configuration de
l’impossible. A disparaître
soit comme communautés, soit
comme nation. Le pari de Chiha
était que le Liban était une
nation possible parce que tous
les autres projets devenaient
impossibles."
Prenant
à son tour la parole, Wagih
Kawtharani, historien,
professeur à l’UL, devait
dire que Michel Chiha est
essentiellement un penseur qui
a posé le jalon de la formule
libanaise et de celle de la
coexistence. Il considérait
le Liban comme le pays des
"communautés associées"
et visait à améliorer le
niveau de la représentation
parlementaire dont il disait
qu’elle était "la
pierre angulaire de l’édifice
constitutionnel et de
l’action du
gouvernement". Pour
sa part, Nabil Khalifé a
planché sur la question
suivante : Que reste-t-il de
la pensée de Michel Chiha ?
"Ses écrits les plus
percutants, les plus prémonitoires,
gardent intact leur caractère
d’actualité. Sur quoi
n’a-t-il pas réfléchi, sur
quoi n’a-t-il pas parlé. De
la liberté, de la politique
intérieure, des relations extérieures,
de l’économie, de la
question sociale, de la
Palestine dont il a été un
des premiers à alerter
l’opinion libanaise, arabe
et internationale sur la
gravité du danger sioniste en
territoire occupé et sur les
inévitables explosions
qu’il entraînerait. Michel
Chiha qui a traité en
profondeur des sujets
essentiels est le fondateur du
Liban moderne. Il résume en
lui-même l’histoire d’un
peuple et d’une patrie et
reste jusqu’à nos jours la
référence de la République
libanaise dans ses dimensions
démographiques et géographiques
telle qu’il l’a voulue et
souhaitée : un Etat fondé
sur la dialectique de la pensée
et de la réalité",
a-t-il conclu.
haut
Irritée
par la France,
la Syrie
a-t-elle décidé
de jouer un jeu
trouble ?
par
MICHEL
BOLE-RICHARD,
publié dans le
Monde du 5
octobre 2004
La
Syrie a-t-elle
tenté de
court-circuiter
la diplomatie
française en
favorisant
l'initiative
privée du député
Didier Julia ?
Quel a été
le jeu véritable
de Damas dans
ce qui s'est révélé
être une
mascarade ?
Telles sont
les questions
qui se posent
après l'entrée
en scène de
Damas dans les
tractations
pour libérer
les
journalistes
français
enlevés en
Irak. Il
apparaît en
tout cas que
le régime de
Bachar
Al-Assad a tiré
les ficelles
de cette
rocambolesque
affaire.
S'agissait-il
de démontrer
à la France -
avec laquelle
les relations
se sont dégradées
depuis
l'adoption, le
2 septembre,
de la résolution
1559 des
Nations unies
- que Damas
reste un
acteur
important sur
la scène
proche-orientale
? Cette résolution,
votée à
l'initiative
de Paris et de
Washington,
exige le
respect de la
souveraineté
et de la
Constitution
libanaises, la
non-ingérence
dans les
affaires intérieures
de ce pays et
le départ des
troupes étrangères
de son
territoire,
sans
mentionner
expressément
la Syrie. Mais
la
condamnation
est implicite
puisqu'il
reste toujours
15.000 soldats
syriens au
pays du Cèdre
après l'achèvement
du retrait, le
29 septembre,
de 3.000
hommes. Il
s'agissait du
cinquième redéploiement
qui a réduit
le contingent
syrien de
35.000-40.000
hommes à la
fin de la
guerre à son
niveau actuel.
En
recevant le
premier
ministre
libanais,
Rafic Hariri,
le 30
septembre,
Jacques Chirac
a redit "la
volonté de la
France de voir
appliquer la résolution
1559 et son
attachement à
l'indépendance,
à l'intégrité
territoriale
et à la
souveraineté
du Liban".
Le chef de l'Etat
n'a guère
apprécié la
modification
de la
Constitution
qui va
permettre au
président
Emile Lahoud,
allié de
Damas, de
prolonger son
mandat de
trois ans
alors que cet
ancien chef de
l'armée n'était
pas rééligible.
Pour corser le
tout, le secrétaire
général des
Nations unies,
Kofi Annan a,
le 1er
octobre,
rappelé Damas
à l'ordre,
dans un
rapport où il
est précisé
: "Il
est temps pour
les parties
concernées,
quatorze ans
après la fin
des hostilités
et quatre ans
après le
retrait d'Israël
du Liban, de
se débarrasser
des derniers
vestiges du
passé. Le
retrait des
forces étrangères,
le démantèlement
et le désarmement
des milices
mettraient fin
à ce triste
chapitre de
l'histoire du
Liban".
M. Annan fait
remarquer que
les seules
forces présentes
au Liban au 30
septembre
2004, à part
celle de la
Finul (Force
intérimaire
des Nations
unies au
Liban), sont "syriennes".
Pour le
moment, Damas
n'a fourni
aucun plan de
retrait de ses
troupes, ni
manifesté
l'intention de
réduire plus
avant son
contingent.
L'argument est
toujours le même
: les forces
syriennes sont
au Liban "à
l'invitation
du
gouvernement
libanais".
"Le
gouvernement
m'a informé
qu'il ne
pouvait
fournir ni de
calendrier, ni
de
chiffres",
note M.
Annan.
Vive
protestation
Le
jour même de
la publication
de ce rapport,
Marouan Hamadé,
ancien
ministre de l'économie
et député
druze, échappe
de peu à un
attentat. Son
garde du corps
est tué et
son chauffeur
blessé par
l'explosion
d'une voiture
piégée à
proximité de
son domicile
alors qu'il
venait de
monter dans sa
propre
voiture.
Proche de
Walid
Joumblatt,
chef du Parti
socialiste
progressiste (PSP),
M. Hamadé, 65
ans, est l'un
des trois
ministres du
bloc
parlementaire
de M.
Joumblatt qui
avaient démissionné
du
gouvernement,
le 6
septembre,
pour protester
contre
l'amendement
constitutionnel
qui, sous la
pression de
Damas, va
permettre à
M. Lahoud de
prolonger son
mandat présidentiel.
Cet attentat
contre M.
Hamadé, une
personnalité
modérée et
respectée, a
provoqué une
forte émotion
dans les
milieux
diplomatiques
occidentaux à
Beyrouth. La
France a élevé
une vive
protestation.
Le vice-président
syrien, Abdel
Halim Khaddam,
qui a rendu
visite à
l'ancien
ministre, légèrement
blessé, à été
conspué à
son arrivée
à l'hôpital.
Pour les
Libanais, le
message des
auteurs de
l'attentat est
clair : si la
Syrie s'en va,
ce sera le
chaos.
La
pression sur
Damas, maître
du jeu au
Liban, s'accroît.
Et le régime
de Bachar
Al-Assad, déjà
soumis à des
sanctions américaines
en raison de
son soutien au
Hezbollah et
aux
organisations
radicales
palestiniennes,
n'a guère
apprécié que
Paris se
joigne à
Washington
pour accroître
cette
pression. Ce
n'est un
secret pour
personne que
Paris a été
"déçu"
par Bachar
Al-Assad, dans
lequel
beaucoup
d'espoirs
avaient été
placés
lorsqu'il a
succédé à
son père, en
juin 2000. Il
avait été
chaleureusement
reçu à Paris
en juin 2001.
Depuis, le président
Chirac estime
que le
changement
tant attendu
ne s'est pas
produit. Même
si Damas
manifeste
aujourd'hui
quelques
signes de
bonne volonté,
notamment en
acceptant de
renforcer les
contrôles à
la frontière
irakienne,
comme l'a
annoncé le département
d'Etat américain
le 29
septembre,
Washington ne
ménage pas
ses critiques
à l'encontre
du régime
baasiste de
Damas. Le fait
d'avoir trouvé
un allié en
la personne de
la France n'a
guère été
du goût des
autorités
syriennes. De
là à dire
que ce pays a
joué un rôle
moteur dans
cette
pantalonnade,
rien ne le
prouve. Mais
ce qui est sûr,
désormais,
c'est que
Damas est
devenu un
acteur central
dans ce
dossier au détriment
d'Amman.
haut
Le
"négationnisme"
d'Ariel Sharon
par
FREDDY RAPHAEL, publié
dans le Monde
du 27
septembre 2004
L'auteur
est sociologue
La trêve
de l'été a
quelque peu
estompé les
réactions
des juifs de
France à
l'invitation
pressante
d'Ariel
Sharon leur
intimant de
quitter "immédiatement"
ce pays
qu'ils
avaient
considéré
indûment
comme le
leur, afin
d'échapper
à un "antisémitisme
déchaîné".
Ces propos,
qui n'hésitaient
pas à
mettre en
cause, dans
sa globalité,
la
composante
musulmane de
la nation
française,
suscitèrent
dans
l'ensemble
une forte réprobation,
mais aussi
une
condamnation
embarrassée,
hésitante,
de certaines
institutions
dirigeantes
juives. Il
nous semble
nécessaire
de reprendre
l'analyse
des
implications
de cet appel
à déserter.
Par sa
condamnation
sans appel
de la
France, qui
enferme
celle-ci
dans une
essence
antisémite,
le jour même
de la célébration
du 70e anniversaire
du Vél'
d'Hiv, Ariel
Sharon s'est
employé délibérément
à nier
l'aventure
spécifique
du
franco-judaïsme
et le destin
singulier
des juifs de
ce pays
durant la
seconde
guerre
mondiale.
Il n'est
pas possible
de résumer
en quelques
lignes les
grands
traits
significatifs
de l'évolution
des rapports
des juifs de
France à la
nation et à
la Terre
sainte. Pour
la communauté
alsacienne
et lorraine,
qui en fut
longtemps la
composante
majoritaire,
Jérusalem,
qu'elle évoquait
plusieurs
fois dans
ses prières
quotidiennes,
était avant
tout la Cité
que Dieu
habite, le
lieu
mystique
d'une
nostalgie
jamais
assouvie.
Mais, en même
temps, elle
vouait un
culte à la
France qui,
la première
au monde,
avait
restitué
aux juifs
leur dignité
et fait
d'eux des
acteurs à
part entière
dans
l'histoire.
Ceux-ci
virent dans
les valeurs
de la République
l'accomplissement
des impératifs
prophétiques
de la Bible.
Cependant,
l'affaire
Dreyfus,
l'antisémitisme
de Drumont
et celui des
années
1930, et
surtout
l'expérience
de la déréliction
extrême de
la seconde
guerre
mondiale ont
partiellement
remis en
question la
construction,
toujours
fragile, du
franco-judaïsme.
L'indifférence,
la passivité,
l'abandon
d'une partie
de la
nation,
ainsi que la
collaboration
active du
gouvernement
de Vichy qui
livra les
juifs aux
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