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L'avenir
de l'Europe est en Méditerranée
!
Le
processus de Barcelone,
entamé en 1995, peut-il
trouver un second souffle
?
par
HERVE DE CHARETTE, publié
dans le Figaro le 12 décembre
2004
L'auteur
est ancien ministre des
affaires étrangères
Oui ! Dans
un contexte international
marqué par l'incertitude et
la crispation des identités,
il est essentiel pour l'Europe
de se tourner vers ses voisins
de la Méditerranée.
L'actualité ne cesse de le
montrer, le destin de l'Europe
est désormais inséparable de
celui de ses voisins du Sud.
La coopération euroméditerranéenne
est pour l'Europe un projet
porteur d'une vision politique
à long terme, faisant primer
la solidarité sur le repli,
la méfiance ou la
confrontation. Dans ce
domaine, nous ne partons pas
de zéro. Le Partenariat euroméditerranéen,
signé à Barcelone en 1995,
par 25 ministres des Affaires
étrangères de la région,
Israël compris, fixe un cadre
toujours valable pour la coopération
en Méditerranée. Il définit
une politique ambitieuse mais
fondamentalement cohérente,
s'appuyant sur l'intensité
des liens économiques,
politiques, historiques et
culturels, afin de faire
avancer un projet commun de développement
et de coopération.
En 1995, au lendemain des
accords d'Oslo, l'heure était
à l'optimisme. L'ensemble de
la Méditerranée semblait
alors s'orienter durablement
vers la paix et la coopération.
Mais depuis dix ans le
contexte méditerranéen a
bien changé. Le processus de
paix au Proche-Orient a fait
long feu. Le 11 septembre a
fait apparaître avec une
acuité tragique combien la
menace hyperterroriste
transcende désormais les
frontières du Nord et du Sud.
Par ailleurs, l'initiative
militaire des Américains en
Irak est venue compliquer
encore un peu la donne. Enfin,
l'élargissement de l'Union
européenne est souvent perçu
par les pays arabes comme une
marque de désintérêt de
l'Europe envers la Méditerranée.
Malgré ces difficultés
indéniables, le Partenariat
euroméditerranéen n'a pas
succombé. C'est dire sa
valeur et son intérêt. Au
contraire, des avancées
notables ont été faites. Les
outils de coopération se sont
multipliés : Fondation Anna
Lindh pour le dialogue des
cultures, Assemblée
parlementaire euroméditerranéenne,
Facilité euroméditerranéenne
d'investissement et de
partenariat, Politique de
nouveau voisinage... Les fonds
d'aides de l'Union européenne
(Meda) n'ont cessé de croître.
De nouveaux sujets se sont
imposés à la discussion :
immigration, éducation et
formation, lutte contre le
terrorisme, coopération
militaire... Enfin, et c'est
essentiel, le processus de
Barcelone s'est élargi à la
société civile, sur les thèmes
les plus divers : économie,
eau, environnement, culture,
droit des femmes...
Du coup, un vent de libéralisation
et de réforme commence à
souffler au Sud de la Méditerranée,
dans des domaines aussi divers
que l'audiovisuel, le statut
des femmes, les droits de
l'homme. Cette évolution est
encouragée par l'Union européenne
dans le cadre des Accords
d'association qu'elle a signés
avec la plupart des pays du
Sud. La coopération régionale
entre les pays du Sud eux-mêmes
s'intensifie, comme en témoigne
la signature des accords de
libre-échange d'Agadir entre
le Maroc, la Tunisie, l'Egypte
et la Jordanie.
Tout cela est très
encourageant et montre combien
les pays du Sud sont en
demande d'Europe. Il est
essentiel de ne pas les décevoir
: il nous faut donc passer la
vitesse supérieure ! Le
partenariat doit servir de
catalyseur aux réformes.
C'est pourquoi il mérite
mieux que des déclarations de
principes suivies d'une
gestion bureaucratique ! En un
mot, il convient de consacrer
à la réussite de la coopération
euroméditerranéenne autant
d'énergie que celle déployée
lors de l'élargissement de
l'Union à l'Est.
Je saisis donc le 10e
anniversaire de la conférence
de Barcelone pour relancer le
Partenariat euroméditerranéen
et proposer cinq pistes de
travail :
1. Les partenaires de l'euroméditérranée
doivent se donner pour
objectifs d'en finir avec les
conflits qui empoisonnent les
relations dans la région : en
Palestine, comme à Chypre et
au Sahara occidental, sans
oublier l'Irak. C'est le
moment d'agir, et, pour l'UE,
de s'imposer comme un médiateur
déterminé. Au passage, cela
signifie aussi qu'il faut en
finir avec les aigreurs
franco-américaines. Je vois
bien les difficultés, mais si
l'Europe veut s'imposer au
Sud, il lui faut se fixer des
objectifs politiques clairs.
2. Je propose la négociation
d'un traité de coopération
euroméditerranéenne qui
aurait pour objet la création
d'institutions chargées de
relancer la coopération économique,
sociale et culturelle. Un
Conseil des ministres euroméditerranéen
serait institué. Les décisions
pourraient y être prises à
la majorité qualifiée. Un
secrétariat général du
Partenariat aurait la charge
de les mettre en oeuvre.
3. Il faut relever le défi
de la croissance démographique,
laquelle porte en germe, si
rien n'est fait, la déstabilisation
du Sud et la montée de très
graves périls. Dans cette
perspective, l'Europe devrait
marquer son attachement à
deux priorités évidentes :
la formation des élites méditerranéennes
et la modernisation du statut
de la femme (accès à l'éducation,
droits politiques, droits
civils...).
4. Favoriser l'intégration
de la zone par de grands
projets régionaux, dans des
domaines aussi divers que
l'eau, les transports, les télécommunications...
C'est le meilleur moyen de
favoriser le développement et
d'échanger des compétences.
La création de la zone de
libre-échange à l'horizon
2010 doit rester un projet
majeur, afin de garantir un
environnement stable aux échanges
et à l'investissement. A ce
titre, l'Europe devra faire
preuve de compromis dans
certains domaines, comme
l'agriculture... Telle est en
effet la voie de la
croissance, pour l'Europe
comme pour ses partenaires !
5. Renouer le dialogue
stratégique avec les Américains
au sujet de nos actions
respectives en Méditerranée.
Le Forum de l'avenir, organisé
à Rabat le 11 décembre à
l'initiative du Maroc et des
Etats-Unis peut en fournir
l'occasion. Le sujet est trop
crucial pour ne pas s'entendre
!
Telles sont les pistes de réflexion
que nous nous sommes données
dans le cadre de l'Institut
euroméditerranéen que je préside,
à l'occasion du symposium
international d'aujourd'hui et
demain, intitulé «Pour un
nouveau partenariat euroméditerranéen».
Réunissant de hautes
personnalités du monde méditerranéen,
cette manifestation souhaite
nourrir la réflexion
collective sur l'avenir de la
région, médiatiser les
enjeux de la coopération
euroméditerranéenne, et
avancer des propositions concrètes.
Car il est temps d'agir !
haut
Cinquantenaire
de la mort de Michel Chiha, père
de la Constitution libanaise
Ghassan Tuéni, Joseph
Maïla, Wagih Kawtharani et
Nabil Khalifé mettent
l’accent sur la
"grammaire perdue" de
notre système politique
paru
dans l'Orient-le Jour le 29
octobre 2004
C’est
plus qu’un hommage rendu à
Michel Chiha, l’homme qui a
milité en faveur de la démocratie,
de la coexistence
intercommunautaire et du pacte
national. En évoquant le
souvenir du théoricien de la
formule libanaise et l’un
des principaux auteurs de
cette Constitution qui nous régit
jusqu’à ce jour dans ses
dispositions essentielles, MM.
Joseph Maïla, Wagih
Kawtharani, Nabil Khalifé et
Ghassan Tuéni, qui a présidé
la table ronde au Salon du
livre francophone à Beyrouth,
ont tous mis l’accent sur le
visionnaire du problème
palestinien, le chantre d’un
Liban pluriel, le
"penseur" et le
politologue qui a traité en
profondeur une multitude de
registres pour définir la
voie dans laquelle il
souhaitait voir le pays
s’engager, compte tenu de sa
position géographique, de ses
composantes humaines et
culturelles, de son évolution
historique et de sa
personnalité. Le critique et
l’éditorialiste, fondateur
du quotidien Le Jour, qui a dénoncé
sans complaisance les
errements et les abus des
dirigeants qui
institutionnalisent la dépendance,
l’arbitraire, l’iniquité
et qui "ne s’inspirent
que des platitudes, des peurs
et des lâchetés".
Percutants et prémonitoires,
ses écrits n’ont rien perdu
de leur acuité, comme pour
dire qu’il nous faut des
hommes "pas des esclaves
et des pachas", assénant
que "le Liban se détruira
dans la mesure où il
attentera à ses libertés".
Que dans le corps du monde
arabe "nous jouons le rôle
des poumons et ce n’est
l’intérêt de personne de
nous voir asphyxiés et
asservis".
Ghassan Tuéni,
qui a dirigé la table ronde,
a tout d’abord mis
l’accent sur la sacro-sainte
question de la Constitution
dont "Michel Chiha était
le père et qu’il nous
faudrait sauver dans son
esprit et ses textes pour préserver
l’indépendance". Il a
rappelé la croisade politique
et morale menée, en 1948, par
ce grand homme contre
l’amendement de la
Constitution. Désapprouvant
l’idée d’une révision
constitutionnelle afin de
rendre possible le
renouvellement du mandat de
cheikh Béchara el-Khoury,
malgré la parenté et la
solide amitié qui reliait les
deux hommes, Chiha avait écrit
: "Ce qui peut
s’imposer à son heure en
faveur d’un homme que ses mérites
recommandent peut devenir
redoutable pour un
autre."
Prenant
à son tour la parole, Joseph
Maïla, recteur de
l’Institut catholique de
Paris, a esquissé le portrait
de ce grand homme, déclarant
que Michel Chiha n’a été
ni un intellectuel semblable
à ceux de son époque, ni un
idéologue, ni un homme de la
démesure. Chiha était
"le penseur de la
diversité, dans le respect de
l’équilibre et de la tolérance".
C’était également un
juriste qui préconisait "l’équilibre
entre des forces contraires et
la mise en avant de principes
régulateurs (la régulation
par les institutions). Michel
Chiha pensait qu’on devait
faire passer l’esprit des
institutions avant les accords
historiques qui pouvaient
venir en modifier le contenu.
On sait que l’expérience de
Taëf a peut-être un peu
inversé la problématique de
cette approche, puisqu’elle
a considéré que les
compromis pouvaient modifier
l’esprit des institutions et
changer l’esprit de la
Constitution", a dit
l’intervenant. Par ailleurs,
Michel Chiha a su combiner la
passion de la politique (comme
passion du bien commun) et la
passion de l’absolu.
"Michel Chiha a été
croyant et cette expérience
croyante est présente dans
tous ses écrits. Il savait
que l’absolu pouvait
s’adorer autrement que sous
la forme des idoles. C’est
ce qui lui a permis de faire
la critique et de se mettre à
distance de l’événement",
a ajouté Joseph Maïla, avant
de poser la question suivante
: "Pourquoi aurait-on
besoin aujourd’hui de Michel
Chiha ? Pour trois
raisons", a-t-il dit.
Tout
d’abord, "parce
qu’il était un intellectuel
et comme tout intellectuel, il
savait que la pensée avait
une fonction. Que la fonction
de la pensée était de se
mettre à distance de l’événement
et donc d’introduire, entre
l’événement et la représentation,
une distance critique. Or
cette distance critique, nous
l’avons perdue. Pour des
raisons multiples, elle est
aujourd’hui difficilement
exercée". Ensuite,
"parce Michel Chiha a
pensé le Liban des familles
spirituelles, des communautés
qui devaient concourir à
l’esprit de la nation et au
bien commun. Or, c’est cette
notion que nous devons
retrouver", a souligné
le recteur de l’Institut
catholique de Paris, ajoutant
que pour Michel Chiha, le sens
de l’engagement était
toujours "un sens de
pilote, de vigile", et
que la fonction de
l’intellectuel était de
manifester une alerte.
"L’on sait combien la
pensée de Michel Chiha fut prémonitoire
quand il s’est agi de
mesurer la turbulence
qu’allait générer la création
de l’Etat d’Israël. Il
pensait essentiellement que
c’était la coexistence des
familles spirituelles du Liban
qui était en danger (...) Il
pensait qu’il n’y avait
pas d’équilibre interne si
on ne pouvait pas, soit se
mettre à distance par
consensus de l’équilibre ou
du déséquilibre externe,
soit pouvoir s’adapter en
prenant garde à ne pas perdre
notre âme dans un
environnement qui change.
Michel Chiha avait vu de manière
prémonitoire que le Liban démocratique
ne pouvait vivre sans un
environnement démocratique.
Il avait mis en garde les
Libanais contre les passions
du suivisme et de
l’opportunisme."
Et
M. Maïla de conclure que
Michel Chiha n’est pas un idéologue
mais un
"grammairien". "Un
homme qui a compris la
grammaire du système
politique libanais. Comprendre
Michel Chiha c’est
comprendre le fonctionnement
d’une institution
harmonieuse qui doit réguler
des passions diverses ; qui
doit recycler les ambitions
diverses et qui ne doit céder
à aucune passion et à aucun
projet en particulier. Donc le
redécouvrir pour nous
aujourd’hui, c’est
retrouver le principe de
fonctionnement de nos
institutions que nous avons
perdu parce que, pour les uns
comme pour les autres, nous
avons pensé que nous pouvions
substituer au Liban qu’il
nous avait laissé un Liban
plaqué sur des idéaux datant
d’avant la création du
Liban et qui ne tiennent pas
compte de la géographie et de
l’histoire de notre pays tel
qu’il fut mis en place en
1920. Continuer à caresser
des projets d’histoire
parallèle ou des trajectoires
qui sortent du consensus
libanais, c’est s’exposer
à l’aventure, à aller vers
une configuration de
l’impossible. A disparaître
soit comme communautés, soit
comme nation. Le pari de Chiha
était que le Liban était une
nation possible parce que tous
les autres projets devenaient
impossibles."
Prenant
à son tour la parole, Wagih
Kawtharani, historien,
professeur à l’UL, devait
dire que Michel Chiha est
essentiellement un penseur qui
a posé le jalon de la formule
libanaise et de celle de la
coexistence. Il considérait
le Liban comme le pays des
"communautés associées"
et visait à améliorer le
niveau de la représentation
parlementaire dont il disait
qu’elle était "la
pierre angulaire de l’édifice
constitutionnel et de
l’action du
gouvernement". Pour
sa part, Nabil Khalifé a
planché sur la question
suivante : Que reste-t-il de
la pensée de Michel Chiha ?
"Ses écrits les plus
percutants, les plus prémonitoires,
gardent intact leur caractère
d’actualité. Sur quoi
n’a-t-il pas réfléchi, sur
quoi n’a-t-il pas parlé. De
la liberté, de la politique
intérieure, des relations extérieures,
de l’économie, de la
question sociale, de la
Palestine dont il a été un
des premiers à alerter
l’opinion libanaise, arabe
et internationale sur la
gravité du danger sioniste en
territoire occupé et sur les
inévitables explosions
qu’il entraînerait. Michel
Chiha qui a traité en
profondeur des sujets
essentiels est le fondateur du
Liban moderne. Il résume en
lui-même l’histoire d’un
peuple et d’une patrie et
reste jusqu’à nos jours la
référence de la République
libanaise dans ses dimensions
démographiques et géographiques
telle qu’il l’a voulue et
souhaitée : un Etat fondé
sur la dialectique de la pensée
et de la réalité",
a-t-il conclu.
haut
Irritée
par la France,
la Syrie
a-t-elle décidé
de jouer un jeu
trouble ?
par
MICHEL
BOLE-RICHARD,
publié dans le
Monde du 5
octobre 2004
La
Syrie a-t-elle
tenté de
court-circuiter
la diplomatie
française en
favorisant
l'initiative
privée du député
Didier Julia ?
Quel a été
le jeu véritable
de Damas dans
ce qui s'est révélé
être une
mascarade ?
Telles sont
les questions
qui se posent
après l'entrée
en scène de
Damas dans les
tractations
pour libérer
les
journalistes
français
enlevés en
Irak. Il
apparaît en
tout cas que
le régime de
Bachar
Al-Assad a tiré
les ficelles
de cette
rocambolesque
affaire.
S'agissait-il
de démontrer
à la France -
avec laquelle
les relations
se sont dégradées
depuis
l'adoption, le
2 septembre,
de la résolution
1559 des
Nations unies
- que Damas
reste un
acteur
important sur
la scène
proche-orientale
? Cette résolution,
votée à
l'initiative
de Paris et de
Washington,
exige le
respect de la
souveraineté
et de la
Constitution
libanaises, la
non-ingérence
dans les
affaires intérieures
de ce pays et
le départ des
troupes étrangères
de son
territoire,
sans
mentionner
expressément
la Syrie. Mais
la
condamnation
est implicite
puisqu'il
reste toujours
15.000 soldats
syriens au
pays du Cèdre
après l'achèvement
du retrait, le
29 septembre,
de 3.000
hommes. Il
s'agissait du
cinquième redéploiement
qui a réduit
le contingent
syrien de
35.000-40.000
hommes à la
fin de la
guerre à son
niveau actuel.
En
recevant le
premier
ministre
libanais,
Rafic Hariri,
le 30
septembre,
Jacques Chirac
a redit "la
volonté de la
France de voir
appliquer la résolution
1559 et son
attachement à
l'indépendance,
à l'intégrité
territoriale
et à la
souveraineté
du Liban".
Le chef de l'Etat
n'a guère
apprécié la
modification
de la
Constitution
qui va
permettre au
président
Emile Lahoud,
allié de
Damas, de
prolonger son
mandat de
trois ans
alors que cet
ancien chef de
l'armée n'était
pas rééligible.
Pour corser le
tout, le secrétaire
général des
Nations unies,
Kofi Annan a,
le 1er
octobre,
rappelé Damas
à l'ordre,
dans un
rapport où il
est précisé
: "Il
est temps pour
les parties
concernées,
quatorze ans
après la fin
des hostilités
et quatre ans
après le
retrait d'Israël
du Liban, de
se débarrasser
des derniers
vestiges du
passé. Le
retrait des
forces étrangères,
le démantèlement
et le désarmement
des milices
mettraient fin
à ce triste
chapitre de
l'histoire du
Liban".
M. Annan fait
remarquer que
les seules
forces présentes
au Liban au 30
septembre
2004, à part
celle de la
Finul (Force
intérimaire
des Nations
unies au
Liban), sont "syriennes".
Pour le
moment, Damas
n'a fourni
aucun plan de
retrait de ses
troupes, ni
manifesté
l'intention de
réduire plus
avant son
contingent.
L'argument est
toujours le même
: les forces
syriennes sont
au Liban "à
l'invitation
du
gouvernement
libanais".
"Le
gouvernement
m'a informé
qu'il ne
pouvait
fournir ni de
calendrier, ni
de
chiffres",
note M.
Annan.
Vive
protestation
Le
jour même de
la publication
de ce rapport,
Marouan Hamadé,
ancien
ministre de l'économie
et député
druze, échappe
de peu à un
attentat. Son
garde du corps
est tué et
son chauffeur
blessé par
l'explosion
d'une voiture
piégée à
proximité de
son domicile
alors qu'il
venait de
monter dans sa
propre
voiture.
Proche de
Walid
Joumblatt,
chef du Parti
socialiste
progressiste (PSP),
M. Hamadé, 65
ans, est l'un
des trois
ministres du
bloc
parlementaire
de M.
Joumblatt qui
avaient démissionné
du
gouvernement,
le 6
septembre,
pour protester
contre
l'amendement
constitutionnel
qui, sous la
pression de
Damas, va
permettre à
M. Lahoud de
prolonger son
mandat présidentiel.
Cet attentat
contre M.
Hamadé, une
personnalité
modérée et
respectée, a
provoqué une
forte émotion
dans les
milieux
diplomatiques
occidentaux à
Beyrouth. La
France a élevé
une vive
protestation.
Le vice-président
syrien, Abdel
Halim Khaddam,
qui a rendu
visite à
l'ancien
ministre, légèrement
blessé, à été
conspué à
son arrivée
à l'hôpital.
Pour les
Libanais, le
message des
auteurs de
l'attentat est
clair : si la
Syrie s'en va,
ce sera le
chaos.
La
pression sur
Damas, maître
du jeu au
Liban, s'accroît.
Et le régime
de Bachar
Al-Assad, déjà
soumis à des
sanctions américaines
en raison de
son soutien au
Hezbollah et
aux
organisations
radicales
palestiniennes,
n'a guère
apprécié que
Paris se
joigne à
Washington
pour accroître
cette
pression. Ce
n'est un
secret pour
personne que
Paris a été
"déçu"
par Bachar
Al-Assad, dans
lequel
beaucoup
d'espoirs
avaient été
placés
lorsqu'il a
succédé à
son père, en
juin 2000. Il
avait été
chaleureusement
reçu à Paris
en juin 2001.
Depuis, le président
Chirac estime
que le
changement
tant attendu
ne s'est pas
produit. Même
si Damas
manifeste
aujourd'hui
quelques
signes de
bonne volonté,
notamment en
acceptant de
renforcer les
contrôles à
la frontière
irakienne,
comme l'a
annoncé le département
d'Etat américain
le 29
septembre,
Washington ne
ménage pas
ses critiques
à l'encontre
du régime
baasiste de
Damas. Le fait
d'avoir trouvé
un allié en
la personne de
la France n'a
guère été
du goût des
autorités
syriennes. De
là à dire
que ce pays a
joué un rôle
moteur dans
cette
pantalonnade,
rien ne le
prouve. Mais
ce qui est sûr,
désormais,
c'est que
Damas est
devenu un
acteur central
dans ce
dossier au détriment
d'Amman.
haut
Le
"négationnisme"
d'Ariel Sharon
par
FREDDY RAPHAEL, publié
dans le Monde
du 27
septembre 2004
L'auteur
est sociologue
La trêve
de l'été a
quelque peu
estompé les
réactions
des juifs de
France à
l'invitation
pressante
d'Ariel
Sharon leur
intimant de
quitter "immédiatement"
ce pays
qu'ils
avaient
considéré
indûment
comme le
leur, afin
d'échapper
à un "antisémitisme
déchaîné".
Ces propos,
qui n'hésitaient
pas à
mettre en
cause, dans
sa globalité,
la
composante
musulmane de
la nation
française,
suscitèrent
dans
l'ensemble
une forte réprobation,
mais aussi
une
condamnation
embarrassée,
hésitante,
de certaines
institutions
dirigeantes
juives. Il
nous semble
nécessaire
de reprendre
l'analyse
des
implications
de cet appel
à déserter.
Par sa
condamnation
sans appel
de la
France, qui
enferme
celle-ci
dans une
essence
antisémite,
le jour même
de la célébration
du 70e anniversaire
du Vél'
d'Hiv, Ariel
Sharon s'est
employé délibérément
à nier
l'aventure
spécifique
du
franco-judaïsme
et le destin
singulier
des juifs de
ce pays
durant la
seconde
guerre
mondiale.
Il n'est
pas possible
de résumer
en quelques
lignes les
grands
traits
significatifs
de l'évolution
des rapports
des juifs de
France à la
nation et à
la Terre
sainte. Pour
la communauté
alsacienne
et lorraine,
qui en fut
longtemps la
composante
majoritaire,
Jérusalem,
qu'elle évoquait
plusieurs
fois dans
ses prières
quotidiennes,
était avant
tout la Cité
que Dieu
habite, le
lieu
mystique
d'une
nostalgie
jamais
assouvie.
Mais, en même
temps, elle
vouait un
culte à la
France qui,
la première
au monde,
avait
restitué
aux juifs
leur dignité
et fait
d'eux des
acteurs à
part entière
dans
l'histoire.
Ceux-ci
virent dans
les valeurs
de la République
l'accomplissement
des impératifs
prophétiques
de la Bible.
Cependant,
l'affaire
Dreyfus,
l'antisémitisme
de Drumont
et celui des
années
1930, et
surtout
l'expérience
de la déréliction
extrême de
la seconde
guerre
mondiale ont
partiellement
remis en
question la
construction,
toujours
fragile, du
franco-judaïsme.
L'indifférence,
la passivité,
l'abandon
d'une partie
de la
nation,
ainsi que la
collaboration
active du
gouvernement
de Vichy qui
livra les
juifs aux
nazis, ont
laissé chez
les
survivants
des
cicatrices
toujours
vives. Mais,
en même
temps, des
milliers
d'hommes et
de femmes
ont pris de
grands
risques et
ont mis leur
vie en jeu
pour
arracher des
juifs à une
mort atroce.
C'est
cette mémoire
qu'Ariel
Sharon
cherche à
travestir et
à éradiquer
lorsqu'il
reprend à
son compte
les
accusations
formulées dès
janvier 2002
par Michael
Melchior,
son
vice-ministre
des affaires
étrangères,
faisant de
la France "le
pire des
pays en matière
d'antisémitisme".
Quelques
jours à
peine avant
cette
condamnation
radicale,
Jacques
Chirac avait
tenu à
s'exprimer
depuis les
communes de
Haute-Loire
et d'Ardèche
où des
centaines de
juifs traqués
furent
accueillis
et cachés.
Il en
appelait au
sursaut de
chaque
citoyen face
à la
recrudescence
de l'antisémitisme
et dénonçait
tous ceux
qui prennent
leur parti
de la
violence
raciste.
Le 18
juillet,
Ariel Sharon
poursuivait
son
entreprise négationniste
en
s'employant
à recouvrir
la voix du
ministre
français délégué
aux anciens
combattants,
Hamlaoui
Mekachera.
Ce dernier
avait évoqué
la rafle des
16 et 17
juillet
1942, où
4.500
fonctionnaires
de police
français
arrêtèrent
12.884 juifs
et parquèrent
plus de
8.000
d'entre eux
dans le
Vel'd'Hiv,
six jours
durant, dans
les pires
conditions.
Le ministre
avait rappelé
le discours
tenu le 16
juillet 1995
par le président
Chirac,
reconnaissant
la
responsabilité
de l'Etat
français
dans la déportation
de milliers
de juifs. Le
ministre
mentionna
ces "visages
qui nous
hantent",
ces "yeux
qui nous
interrogent",
et demanda
à ses
concitoyens
de tout
faire pour
que "d'autres
innocents ne
se
retrouvent
pas seuls,
abandonnés
à la lâcheté,
à la folie
et à la
haine".
L'appel
pressant
d'Ariel
Sharon récuse,
de fait, le
modèle de
la nation
moderne fondé
sur le
principe de
la
citoyenneté.
Dans son étude
consacrée
à "La
communauté
des
citoyens",
Dominique
Schnapper a
élaboré l'idéal-type
d'une société
politique
qui entend dépasser
les
enracinements
concrets et
les fidélités
particulières
de ses
membres. "Les
individus,
quelles que
soient leurs
origines
historiques
ou
ethnico-religieuses,
quelles que
soient leurs
diversités
et leurs inégalités,
sont également
des
citoyens."
Au cœur
de la nation
démocratique
s'échafaude,
difficilement
certes et
malgré des
revers, une
communauté
formée
d'individus
civilement,
juridiquement,
politiquement
libres et égaux.
Il en résulte
pour les
groupes
confessionnels
l'obligation
de se
conformer au
principe de
la séparation
du politique
et du
religieux,
afin que le
dépassement
des
engagements
singuliers
permette de
construire
une nation où
vivent
ensemble, en
respect
mutuel, des
populations
qui ne
partagent ni
les mêmes
convictions
ni les mêmes
pratiques.
C'est ce
principe qui
fonde la légitimité
politique de
la France en
tant que
nation démocratique
moderne
qu'Ariel
Sharon remet
en question.
Il enferme
les juifs
dans une
identité
ethnico-religieuse
séparée de
l'utopie créatrice
qui
constitue la
société
des
citoyens.
Leur émancipation
en 1791, qui
les réintroduisit
dans
l'histoire
en tant
qu'acteurs
à part entière,
les amena à
choisir deux
options,
dont
Dominique
Schnapper
accuse
volontairement
les
divergences.
D'une part,
une "réinterprétation
métaphysique"
de la
tradition
religieuse,
s'affirmant
dorénavant
dans le privé,
ou encore "la
volonté de
s'inscrire
dans le
destin
collectif"
du pays
d'accueil,
tout en
revendiquant,
face à
l'antisémitisme
et aussi par
solidarité,
une identité
singulière.
D'autre
part, une "réinterprétation
historique"
qui privilégie
l'appartenance
à un peuple
juif, à un
destin spécifique
et à une
relation
forte à l'Etat
d'Israël.
La première
orientation
valorise la
citoyenneté
que la société
française,
malgré des
revers
significatifs,
s'efforce de
construire ;
la seconde
tend à
accentuer la
rupture
entre la fidélité
à la
tradition
historique
et
culturelle
des juifs et
la
citoyenneté
française.
C'est ce
fossé
qu'Ariel
Sharon
s'emploie à
élargir et
qu'il rend
infranchissable.
La
condamnation
sans appel
de la France
qu'il a
formulée
enferme
celle-ci
dans une
essence
antisémite,
en même
temps
qu'elle
attribue à
la communauté
musulmane
tout entière
un racisme
qui lui
serait
consubstantiel.
Ce réquisitoire
implacable,
lesté d'une
forte charge
symbolique,
oblige
chaque juif
de France à
redéfinir
son rapport
au sionisme.
Il s'agit là
d'une démarche
qui
comporte, nécessairement
liées, une
dimension
individuelle
et une
dimension
collective.
Il nous
semble que,
au-delà des
réticences
antérieures
face à la
création
d'une entité
étatique,
un large
consensus s'était
progressivement
affirmé
avec la
prise de
conscience
de la tragédie
sans nom que
représente
la Shoah.
Il
fallait pour
la "lie
de la
terre",
pour ces "personnes
déplacées"
qui étaient
les
survivants
un lieu où
revivre.
Pour ces témoins
gênants de
l'effondrement
de la
civilisation,
qui étaient
de trop,
Israël a été
plus qu'un
havre
d'accueil :
la terre de
la dignité
et de
l'humanité
recouvrées.
D'autant
plus que la
charte de la
nation,
l'utopie
sioniste,
exprimait
une
aspiration
à
construire
une société
plus juste,
plus
fraternelle,
qui refuse
la hiérarchie
entre
l'activité
manuelle et
l'activité
intellectuelle.
C'était un
défi insensé,
qui prenait
le message
biblique
assez au sérieux
pour faire
coucher la métaphysique
dans le lit
du
politique.
Cet impératif
catégorique
a sous-tendu
le travail
acharné des
premières générations
de bâtisseurs,
parmi
lesquels les
juifs
originaires
de France
ont assumé
une tâche
significative.
Le pays a su
accueillir
des juifs
exilés,
fuyant la
haine,
l'expropriation,
voire
l'assassinat.
Mais ce
projet a été
partiellement
trahi par
ceux qui,
sourds aux
injonctions
des Prophètes,
ont affirmé
que la fin
justifiait
les moyens.
Aujourd'hui,
face à la
violence
aveugle de
groupes
terroristes
arabes que
rien ne
saurait
justifier,
il importe
que soient
encore plus
nombreux
ceux qui
refusent
d'admettre
qu'on ne
peut
construire
la Maison
d'Israël
sur la
non-reconnaissance
de l'Autre,
la violation
de ses
droits et le
refus
d'admettre
son égale
dignité.
Une grande
partie des
juifs de
France
entendent
rester des
habitants de
la "double
demeure".
Ils témoignent
d'une fidélité
sans faille
envers
l'aventure
créatrice
d'une France
républicaine,
engagée
dans un
combat
toujours
recommencé
pour que les
principes
des droits
de l'homme
s'inscrivent
véritablement
dans l'ordre
social et
politique.
En même
temps, ils
sont
solidaires
de la lutte
de ceux qui,
en Israël,
assumant la
tension du
politique et
les
exigences du
prophétisme,
s'efforcent
de
construire
une société
plus juste,
plus
fraternelle,
qui reconnaît
les droits
imprescriptibles
de l'autre.
haut
Bush
de canon
par
GABY NASR,
publié dans
l'Orient-le
Jour le 12
novembre 2004
Requinqué
par un
mandat tout
neuf aux
vapeurs
d’encens
et d’eau bénite,
le Dobelyou
texan a
retrouvé
cette
semaine son
dada favori
: apprendre
le B.A.-Boum
de la démocratie
aux gueux de
Falloujah en
leur
injectant
des doses
massives de
vitamine
B-52. Parallèlement,
et sans trop
d’états
d’âme,
les
spadassins
du Middle
West
rafalent
tout ce qui
bouge et
raflent ce
qui reste.
L’équation
est
d’ailleurs
simplissime
: de la même
manière
qu’il
n’y a pas
de fumée
sans feu, il
n’y a pas
de barbe
sans
islamiste.
Et à
Falloujah,
des barbes,
y a qu’à
se baisser
pour en
ramasser.
Sauf que
quand le bon
George rase
gratis à
Falloujah,
les poils
repoussent
à Ramadi, où,
à peine
ressortis de
leur boîte
de pandore,
les agités
du turban
lui
promettent
un chien de
leur
chienne.
Faut dire
que les
Irakiens ne
sont pas
ingrats. Les
Américains
les ont débarrassés
de Saddam,
il est
normal
qu’ils
veuillent
les débarrasser
de Bush.
Pauvre
Saddam !
Fallait voir
sa gueule
quand il a
appris
qu’il
n’avait
pas
d’armes de
destruction
massive. En
fait, la CIA
s’était
seulement
trompée sur
l’existence
d’ADM…
mais pas sur
le pétrole
! Pourtant,
Doublevé a
un job à
finir en
Irak : il rêve
d’une Mésopotamie
pacifiée,
reconstruite
et affublée
d’une tour
de Babel où
l’on ne
parlerait
qu’anglais.
Il y aurait
du boulot
pour tout le
monde, sauf
évidemment
pour les
sosies chômeurs
de Saddam
Hussein,
dont le job
n’est pas
recyclable.
Et puis,
datte sur
les
baklavas, on
remplacerait
les déclarations
sans images
d’Oussama
Ben Laden
par des
discours
avec
chewing-gum
de Donald
Rumsfeld. Ce
qui est
quand même
plus
enrichissant
que de
palabrer
avec un
vague uléma
dont le
contact perd
régulièrement
le contact
avec le
contact des
encagoulés
décapiteurs
d’otages. Lesquels
soit dit en
passant, le
jour venu
face à la
justice,
vont sans
doute jurer
qu’au
moment de
leur geste
funeste,
c’étaient
eux qui
avaient
perdu la tête…
haut
Ralph
Nader, la bête
noire des démocrates
par
ISABELLE DURIEZ,
publié dans
Ouest-France le
2 novembre 2004
Ce candidat
indépendant
(dont la
famille est
originaire
du
Mont-Liban, voir
notre Reportage
N°5
du
19 novembre
2000 )
avait déjà
joué les
perturbateurs
dans la précédente
élection présidentielle.
Voulant éviter
le même scénario,
la gauche américaine
a tenté de
l'exclure du
scrutin.
Mais Ralph
Nader est
candidat
dans 34
Etats, grâce
notamment à
un coup de
pouce républicain.
Ralph Nader
accuse le
coup. Il ne
pourra pas
se présenter
mardi
prochain,
jour de l'élection
présidentielle,
dans l'Ohio
et la
Pennsylvanie.
Les Cours
suprêmes de
ces deux États
clés ont
rejeté sa
candidature
pour fraude.
Après des
mois
d'efforts
pour
l'exclure du
scrutin, les
démocrates
viennent de
gagner leurs
deux dernières
batailles
judiciaires
contre lui.
En quatre élections
présidentielles,
le candidat
indépendant
n'a pourtant
jamais
recueilli
plus de 2,7
% des voix.
Mais, cette
année, il
est devenu
la bête
noire de la
gauche américaine.
Le défenseur
infatigable
des
consommateurs
et
pourfendeur
du pouvoir
des grandes
entreprises
est en effet
accusé
d'avoir
"volé"
la victoire
d'Al Gore,
il y a
quatre ans.
Sous l'étiquette
des Verts,
il avait
remporté
2,8 millions
de votes sur
105
millions.
C'est peu
mais quand même
assez pour
rendre l'élection
présidentielle
encore plus
serrée, en
particulier
dans le New
Hampshire et
en Floride.
Ce qui lui
vaut
aujourd'hui
le surnom de "spoiler",
gâcheur d'élection.
Malgré les
appels à se
retirer
venant des
écologistes
ou d'anciens
supporters
comme le réalisateur
Michael
Moore, Ralph
Nader
persiste. "Nul
n'est propriétaire
des
votes",
répète-t-il.
Et il a
finalement réussi
à se faire
inscrire sur
les
bulletins
dans 34
Etats.
Notamment grâce
à un coup
de main des
républicains
qui ont tout
à gagner à
diviser le
vote de
gauche. Avec
ses
promesses
d'assurance
santé
universelle,
de taxes sur
les grandes
entreprises
et de
retrait immédiat
des troupes
d'Irak,
Ralph Nader
marche en
effet sur
les
plates-bandes
de John
Kerry.
Un
coup de main
des républicains
"Les
électeurs
ne devraient
pas avoir à
choisir le
moins pire
des
candidats",
lance
l'homme de
la troisième
voix qui dénonce,
depuis 1992,
le système
américain
des deux
partis
"soumis
aux intérêts
financiers".
Le
"harcèlement"
dont il a
fait l'objet
de la part
des démocrates
montre,
selon lui,
que John
Kerry et
George Bush
"bâillonnent
les voix du
peuple".
Face aux
publicités
de groupes démocrates
implorant "Ralph,
ne nous
refait pas
ce coup là",
une partie
des électeurs
qui
penchaient
vers lui cet
été ont
cependant décidé
de voter
utile en se
tournant
vers John
Kerry. Selon
certains
sondages,
les 1,5 % au
niveau
national qui
prévoient
encore de l'élire
sont des fidèles,
des
opposants à
la guerre en
Irak qui ne
sont prêts
à voter ni
pour le sénateur
ni pour le
Président.
"Nader
est moins
une menace
pour nous
aujourd'hui
qu'en 2000,
que l'été
dernier et même
qu'il y a
quelques
semaines",
se félicite
Leslie Dach,
conseillère
au Parti démocrate.
Reste que
dans des
Etats clés
comme la
Floride, le
Wisconsin ou
l'Iowa, si
le scrutin
se joue à
quelques
centaines de
votes, le
"facteur
Nader"
pourrait
avoir un
impact
considérable.
"Ses électeurs
auront une
nouvelle
fois l'élection
de George
Bush sur la
conscience."
haut
Le
monde arabe face
à ses défis
A Marrakech,
plus de deux cents
intellectuels ont
réfléchi à la
façon de sortir
le monde arabe de
l'impasse
par
JEAN-CHRISTOPHE
PLOQUIN, publié
dans le Figaro le
11 novembre 2004
Un
nouveau
document émanant
de l’ONU
devrait créer,
dans les
prochaines
semaines, un
électrochoc
dans le monde
arabe. Etabli
par le
Programme des
Nations unies
pour le développement
(Pnud), il
devrait en
effet dresser
un bilan sans
complaisance
de l’état
des libertés
dans cette
aire géographique
et culturelle.
Elections
fictives, républiques
héréditaires,
procès inéquitables,
inexistence de
l’Etat de
droit… Une
version
provisoire du
rapport
circule déjà
sous le
manteau.
Depuis
deux ans, le
Pnud a déjà
publié deux
autres
rapports qui
reflètent
"une
image très
moche" du
monde arabe,
selon
l’universitaire
jordanien
Chaker Al
Naboulsi. Le
premier, paru
en 2002,
dressait un état
général des
sociétés
arabes, plaçant
le monde arabe
parmi les régions
les plus
sous-développées
du monde. Le
second, publié
un an plus
tard, mettait
en exergue la
faillite des
systèmes
d’enseignement
et d’éducation.
Entre
constat amer
et
interrogation
Les
documents ont
provoqué un
profond
abattement, et
parfois des réactions
de rejet, dans
le monde
arabe. Et ils
étaient dans
tous les
esprits lors
d’une conférence
sur "Les
Arabes, entre
la culture du
changement et
le changement
de
culture",
qui s’est
tenue la
semaine dernière
à Marrakech,
à
l’instigation
de la
Fondation de
la pensée
arabe, créée
et présidée
par le prince
Khaled el Faiçal,
un des frères
du roi Fahd
d’Arabie
saoudite.
Pendant quatre
jours, plus de
deux cents
intellectuels
et chercheurs
du monde arabe
ont navigué
entre constat
amer et
interrogation
sur
l’ampleur du
changement à
accomplir.
"Nous
avons perdu le
nord dans le
monde
arabe", a
constaté
l’un des
participants.
"Nous
nous sentons
moindres, inférieurs"
au reste du
monde, a avoué
un autre. Le débat,
parfois stérile
ou répétitif,
a fait apparaître
une opposition
entre
conservateurs
et libéraux,
les premiers
affirmant que
la culture
musulmane et
arabe recelait
les qualités
nécessaires
pour
s’adapter,
les autres
jugeant
l’isolationnisme
suicidaire et
appelant à
ouvrir grand
les portes
dans un monde
marqué par la
mondialisation.
La question du
rôle de l’étranger
dans le
changement
affleurait en
permanence.
Pour les uns,
le monde arabe
fait face à
une attaque de
l’Occident
ou des
Etats-Unis, et
il serait
impossible,
dans un
contexte marqué
par la guerre
en Irak et le
conflit israélo-arabe,
de se faire le
relais d’une
culture
dominatrice et
impérialiste.
Pour les
autres, le désir
de réformes
au sein du
monde arabe
n’a pas
attendu les
attentats du
11 septembre
2001 aux
Etats-Unis, et
encore moins
le projet de démocratisation
du
Moyen-Orient
concocté
cette année
par
l’administration
Bush.
"Le
temps
presse"
"La
culture de
l’Occident
est devenue
universelle,
elle est au cœur
de la culture
mondiale",
a affirmé
Massoud Daher,
professeur
d’histoire
moderne à
l’université
libanaise.
Figurant parmi
les très
rares
intervenants
occidentaux,
l’ambassadeur
de
Grande-Bretagne
en Arabie
saoudite,
Sherard
Cowper-Coles,
a résumé le
défi :
"Les
Arabes ne
doivent pas
adopter de modèles
stéréotypés,
mais le temps
presse."
Dans leur
grande majorité,
les réformateurs,
parmi lesquels
de nombreux
Marocains, ont
pointé quatre
grands
chantiers : le
développement
économique et
social, les
libertés
politiques,
l’éducation
et les droits
des femmes -
"le Maroc
croit en l’égalité
des
sexes", a
par exemple déclaré
le premier
ministre de ce
pays, Driss
Jettou.
Ancien
ambassadeur
des Etats-Unis
en Egypte et
secrétaire
d’Etat
adjoint au
temps de Bill
Clinton,
Robert
Pelletreau a
égrené une
longue liste
d’obstacles
à surmonter :
l’absence de
dirigeants élus,
l’occupation
des
Territoires
palestiniens
par Israël,
un système
d’enseignement
fondé sur la
mémorisation,
la mise à
l’écart des
femmes dans la
vie économique
et politique,
le lien étroit
entre l’Etat
et la
religion, la
mauvaise
qualité de
l’enseignement
religieux, la
difficulté de
la langue
arabe à se
moderniser, la
priorité donnée
à la
communauté
sur
l’individu,
l’attachement
trop grand à
un passé
glorieux…
"L'autocritique,
arme la plus
efficace
contre
l'autodestruction"
«Toutes
les sociétés
aujourd’hui
essaient de gérer
les
changements
massifs et
extrêmement
rapides
provoqués par
la
mondialisation,
mais c’est
peut-être
plus dur pour
le monde
arabe.
Pourquoi
?",
a-t-il
questionné.
Ancien représentant
de la Ligue
arabe auprès
des Nations
unies, Clovis
Maksoud, de
son côté, ne
se laisse pas
abattre.
Membre du
groupe,
largement
constitué de
hauts
fonctionnaires
arabes, qui a
été à
l’origine
des rapports
du Pnud, il
explique que
"l’autocritique
est l’arme
la plus
efficace
contre
l’autodestruction".
La petite
avant-garde
dont il fait
partie croit
en "une
renaissance
arabe" maîtrisée.
Mais elle nécessitera,
selon lui, une
transformation
de très
grande
ampleur, fondée
sur une percée
réformatrice,
une approche
globale
("holistique")
du développement
et la création
d’un marché
commun arabe.
Une
telle
dynamique ne
peut être créée
que si les
dirigeants
politiques
arabes
assument leurs
responsabilités,
ce qui ne paraît
pas gagné.
"Tout le
monde veut le
changement,
mais le problème
est politique.
Ce sont les
dirigeants
qu’il faut
convaincre",
résumait en
aparté un des
organisateurs
de la conférence
de Marrakech.
Le
monde arabe
redoute son
repli ou son
"américanisation"
En
creux, les débats
ont par
ailleurs été
marqués par
une grande
absence, celle
de l’islam.
La controverse
sur le
changement
s’est faite
au nom de la
culture arabe,
dans laquelle
la religion
musulmane est,
certes, étroitement
imbriquée,
mais jamais
celle-ci n’a
été présentée
comme
conditionnant
les réformes
envisagées.
Les très
rares
intervenants
qui ont cité
des versets du
Coran étaient
les
modernisateurs. A
la lumière de
la conférence
de Marrakech,
dont les débats
ont été
largement
relayés par
la presse de
la péninsule
arabique, le
monde arabe
semble sur la
défensive,
redoutant son
repli ou son
"américanisation",
mais espérant
encore un
"partenariat"
ou une
"interaction"
avec
l’Occident.
L’Arabie
saoudite ne
veut pas
perdre son
influence sur
ses petits
voisins
L’Arabie
saoudite a
critiqué dimanche
5 décembre ses
voisins du
Conseil de
coopération
du Golfe (CCG)
pour avoir
conclu des
accords de
coopération sécuritaire
et économique
avec des pays
étrangers,
les accusant
d’affaiblir
la solidarité
régionale.
"Il est
préoccupant
de voir que
certains
membres du CCG
ont préféré
conclure séparément
des accords
bilatéraux
avec des
puissances
internationales
dans les
domaines économique
et sécuritaire,
au lieu
d’agir de
manière
collective
dans le cadre
du Conseil de
coopération
du Golfe, a déclaré
le ministre
des affaires
étrangères,
Saoud Al Fayçal.
Ces
arrangements
[…] réduisent
la puissance
de marchandage
collective et
affaiblissent,
à long et
moyen terme,
non seulement
la solidarité
au sein du CCG
en tant que
groupement,
mais aussi
chacun de ses
membres."
Le CCG, qui
regroupe
l’Arabie
saoudite, le
Koweït, Bahreïn,
le Qatar, Oman
et les Emirats
arabes unis, a
lancé un
projet
d’union
douanière en
2003 et doit
tenir un
sommet à
Manama
(capitale de
Bahreïn)
avant la fin
de cette année.
L’Arabie
saoudite,
poids lourd de
cette instance
régionale, en
est aussi le
seul pays à
ne pas être
membre de
l’Organisation
mondiale du
commerce (OMC).
Par ailleurs,
en septembre,
Bahreïn a
signé un
accord de
libre-échange
avec les
Etats-Unis.
haut
Maxime
Rodinson, l'islam
en religion
Documentaire.
Portrait d'un des
plus fins
connaisseurs de
l'islam, du judaïsme
et du
christianisme,
mort le 23
mai 2004 à
Marseille à l'âge
de 89 ans
par
NIDAM ABDI, publié
dans Libération
le 29 septembre
2004
TV5,
18 h 30.
"Maxime
Rodinson,
l'athée des
dieux",
de Safaa Fathy
Les
enfants de
l'islam des
banlieues ne
connaissent
pas Maxime
Rodinson. Et
pour cause.
Alors qu'eux
passent leur
vie à courir
les librairies
islamiques de
la rive droite
et de la périphérie
parisienne,
celui qu'on présente
comme "un
des plus
grands
orientalistes
du XXe siècle",
spécialiste
de la religion
musulmane et
du monde
arabe, a
toujours fréquenté
uniquement les
librairies de
la rive
gauche. Le
film de l'Egyptienne
Safaa Fathy
est un témoignage
exceptionnel.
A l'instant
des
interrogations
sur la présence
de l'islam en
terre
voltairienne,
son
documentaire
sauve de
justesse la mémoire,
en images,
d'un des
intellectuels
français les
plus
originaux,
mort en mai
dernier à
Marseille.
Ancienne étudiante
à la
Sorbonne, la réalisatrice
a laissé
longuement la
parole à
l'ex-professeur
et bibliothécaire
au Liban et en
Syrie. En
humaniste
modeste mais
aussi parfois
moqueur sur
lui-même,
Maxime
Rodinson sait
se raconter.
On
comprend alors
le parcours de
ce fils de
juifs ayant
fui les
pogroms de la
Russie des
tsars vers
Paris puis déportés
à Auschwitz,
et qui allait
devenir un des
plus fins
connaisseurs
de l'islam, du
judaïsme et
du
christianisme,
sans verser
dans aucune
ferveur
religieuse. Et
aussi comment
l'autodidacte
vendeur du
journal l'Humanité
et fils
d'un
communiste
confectionneur
dans le XIXe
arrondissement
d'avant-guerre,
allait
apprendre une
trentaine de
langues et
offrir au
monde musulman
la plus célèbre
des
biographies du
Prophète (Mahomet,
au Seuil).
haut
Europe :
L'émergence d'un
"club antichrétien"
?
Après l'éviction
de Rocco
Buttiglione de la
Commission de
Bruxelles
par
PAUL-MARIE
COUTEAUX, publié
dans le Figaro le
9 novembre 2004
L'auteur
est eurodéputé ;
directeur de
"L'Indépendance"
Dénouée
au soir du 4
novembre par
l'éviction
de Rocco
Buttiglione,
ainsi que
celle de Mme
Udre, la
crise
ouverte par
la première
composition
de la
commission
Barroso est
riche
d'enseignements.
1) Elle a
d'abord un
aspect
institutionnel
puisqu'elle
montre que
les Etats
sont en
train de
perdre la
dernière prérogative
dont ils
jouissaient
vis-à-vis
de la
Commission,
celle de désigner
ses membres.
Une étape
de plus sur
la voie
d'une
supranationalité
déjà fort
avancée.
Rien de
nouveau.
2) L'éviction
de Mme
Udre,
laquelle
avait eu le
malheur de
se montrer
critique sur
certains
aspects de
la
"construction
européenne",
confirme
aussi ce que
nous
savions, à
savoir que
seuls les
inconditionnels
du fédéralisme
sont admis
dans le cénacle -
on pourrait
en dire
autant de la
mise à l'écart
de M.
Tremonti qui
avait osé
critiquer le
pacte de
stabilité.
3) Le
fait
important,
capital, est
l'éviction
de M.
Buttiglione
auquel il
est reproché
en somme d'être
un
catholique déclaré,
et même, horribile
visu, un
proche du
Vatican.
Comment les
choses se
sont-elles
passées, en
effet ? De
son audition
par le
Parlement
européen,
la presse et
donc le bon
peuple n'ont
retenu
qu'une chose
: que le
pauvre homme
s'était
laissé à
dire que
l'homosexualité
était un péché,
que le
mariage est
fait pour
qu'un homme
protège une
femme, et
autres préceptes
bibliques
assez peu au
goût du
jour. Nul
n'a écrit
que cette
audition était
un piège.
Connaissant
l'engagement
catholique
de M.
Buttiglione,
une poignée
de députés,
verts pour
la plupart,
l'attendait
au tournant.
Après que
le brave
homme a développé
son
programme,
les
questions
fusent immédiatement
:
–
"Vous
êtes
catholique
?"
–
"Oui",
répond benoîtement
M.
Buttiglione.
–
"Vous
êtes donc
d'accord
avec ce qui
est écrit
dans la
Bible
?"
–
"Oui",
poursuit
l'autre qui
n'a pas
l'air de
flairer le
piège.
–
"Vous
estimez donc
que
l'homosexualité
est un péché
?"
–
"Oui",
lâche-t-il,
découvrant
tout à coup
qu'il est
fait comme
un rat.
Et tout
à
l'avenant.
Sans doute
M.
Buttiglione
n'aurait-il
pas dû
accepter
d'entrer
dans des
considérations
plus ou
moins
doctrinales,
ce qui n'était
pas le lieu
; sans doute
aurait-il dû
rappeler que
le terme de
"péché"
n'avait
aucune conséquence
politique,
la réglementation
des
interdits
sexuels
n'entrant
pas (encore)
dans les
attributions
de l'Union ;
ou encore
que ses
convictions
intimes, pas
davantage
que ses goûts
culinaires
par exemple,
ne sauraient
entrer en
ligne de
compte. Mais
ce sont ses
accusateurs
qui, au mépris
du principe
de laïcité
sans cesse
affiché,
ont choisi
ce terrain
transformant
l'audition
en une sorte
"d'inquisition
laïque"
selon
les mots
bien sentis
d'un
communiqué
outré mais
impuissant
du Vatican.
Exit M.
Buttiglione.
4) Cette
affaire
montre la
puissance de
cette
inquisition
laïque, ou
pour dire
les choses
telles
qu'elles
sont,
anticatholique,
qui a envahi
la machine
européenne.
A la
rigueur, les
europiomanes
auraient
accepté
pour se
montrer tolérants
un citoyen
catholique
mais à la
condition
qu'il mette
en cause la
Bible, qu'à
tout le
moins il la
juge dépassée
et, ce
serait
encore
mieux, qu'il
veuille bien
discuter
l'existence
de Dieu. Si
M.
Buttiglione
avait remis
en cause les
Ecritures
tout en se
disant chrétien,
on l'eut
sans doute
adulé.
Peut-être
un jour le
Parlement
européen
voudra-t-il
réformer la
doctrine de
la foi et se
charger d'élire
lui-même le
Pape ? Les
cardinaux
les plus
critiques
envers l'Eglise,
nombreux
dans le
conclave,
auraient
alors toute
leur chance.
5) L'éviction
de M.
Buttiglione
montre aussi
à quel
point le thème
de l'unité
de l'Europe
(mot apparu
au VIIIe
siècle pour
désigner le
monde chrétien
en butte aux
sarrasins)
et qui fut
longtemps
invoquée
par Rome
contre les
Etats
nations, au
point qu'il
apparut
naturel que
les Pères
de l'Europe
fussent des
chrétiens
convaincus
et que le
drapeau
européen se
veuille la
représentation
de l'Immaculée
Conception,
s'est éloignée
en deux générations
de ses
principes
d'origine au
point de les
nier. Quel
renversement
! Après le
refus
d'inscrire
toute référence
aux valeurs
chrétiennes
dans la
Constitution
européenne,
et
l'empressement
à ouvrir
les portes
à la
Turquie,
l'exclusion
d'un
catholique déclaré
montre
comment
"l'Europe
vaticane"
de jadis est
devenue une
sorte de «club
antichrétien»
obsédé par
l'idée de
jeter
par-dessus
bord tous
ses héritages
sous le
couvert,
d'ailleurs
controuvé,
de laïcité.
6) Quelle
faiblesse
accuse ainsi
l'Eglise
catholique !
Elle accepte
sans presque
broncher d'être
évincée
d'une
entreprise
qu'elle a
soutenue
assez
sottement de
bout en
bout.
Souvenons-nous
avec quelle
énergie les
évêques de
France
avaient défendu
le traité
de
Maastricht !
Mais leur lâcheté
est telle
qu'ils
pourraient
bien l'an
prochain
faire
campagne en
faveur d'une
Constitution
et d'une
entreprise
devenue peu
à peu
l'ennemie de
l'Europe chrétienne.
L'Eglise
acceptera-t-elle
longtemps
encore d'être
le dindon de
la farce
européenne
?
7) L'épisode
montre
encore dans
quelle
frivolité
versent les
fiers bâtisseurs
de
"l'Europe
Nouvelle".
Notre
continent
est en butte
à une désindustrialisation
rapide, à
l'extension
lente de la
pauvreté,
à la désertification,
à de
multiples défis
démographiques,
culturels,
environnementaux,
et l'on en
passe. Ils
sont autant
de figures
d'une anémie
qui prend
notre
continent en
tenaille
entre un impérialisme
américain
redoublé et
l'obscure
menace d'un
sud qui
prend tantôt
le visage de
l'immigration
incontrôlée,
tantôt
celui du
terrorisme.
Face à
cela, à
quoi se
consacrent
les élus
européens ?
A
d'amusantes
gloses sur
l'homophobie
supposée
d'un des
membres de
la
Commission !
Sommes-nous
à Rome ou
à Byzance
dont les élites
se perdaient
dans les
frivolités
tandis
qu'approchait
l'envahisseur
?
8) La
mort fait
partie des
anagrammes
de Rome, et l'amor
de Roma.
Dans l'étrange
atmosphère
qui, j'en témoigne,
nous
enveloppait
le 29
octobre au
pied du
Capitole,
tandis que
les
notabilités
signaient la
Constitution
européenne
en tournant
le dos au
Vatican
tristement
replié sur
l'autre rive
du Tibre, et
contemplaient
vers l'est
le Forum et
le Colisée
dans lequel
ils s'apprêtaient
à jeter aux
lions le
dernier chrétien,
Buttiglione,
il semblait
que l'Europe
officielle
avait choisi
: en cette
veille de
Toussaint,
elle a
choisi la
mort, le Bas
Empire et la
décadence.
Elle
s'interdit
de faire
l'histoire,
cette
histoire qui
sera
toujours réservée
aux hommes
de foi, et
se condamne
à la subir.
Entre un
fanatisme à
relent plus
ou moins
protestant
dans lequel
la réélection
de M. Bush
montre que
l'Amérique
s'abandonne
et un intégrisme
musulman qui
zèbre de
part en part
presque tout
le reste de
la planète,
quelle force
peut encore
opposer
l'humanisme
européen
privé des
racines de
ses
civilisations
et du socle
de ses
nations ?
Sombres
perspectives.
A moins que
la France...
haut
Quand
Ibrahim
el-Hakelani
collaborait avec
Richelieu et
Mazarin
Youssef Torbay
prépare un
hommage pour le
400e anniversaire
de l’érudit
libanais
par ELIE
MASBOUNJI, publié
dans l'Orient-le
Jour le 6 novembre
2004
Sept
ans de
travail, des
centaines de
pages de
documents et
autant de démarches,
de formalités
administratives
pour un
hommage bien mérité
à un érudit
libanais dont
on célèbre
cette année
le 400e
anniversaire.
Ce quadruple
centenaire est
celui
d’Abraham
Ecchellensis,
de son nom
libanais
Ibrahim
el-Hakelani, né
le 18 février
1605 dans le
village de
Hakel, près
de Byblos. Cet
érudit qui
parlait sept
langues, connu
pour son
humanisme et
son éclectisme,
s’était
rendu également
célèbre à
l’époque
pour sa large
contribution
aux échanges
culturels
entre
l’Orient et
l’Occident.
L’organisateur
du quadruple
centenaire est
un ingénieur
libanais
installé en
France depuis
de longues années
: Youssef
Torbay, lui
aussi
originaire de
la région de
Jbeil et qui,
après avoir
entrepris des
recherches sur
el-Hakelani, a
estimé que la
communauté
libanaise en
France et
l’ensemble
des Libanais
devraient
s’unir
aujourd’hui
dans le
souvenir
d’un homme
qui a tant
fait pour son
pays au
Vatican, en
Italie et en
France.
Parti
pour Rome en
1620, Ibrahim
el-Hakelani,
qui était
alors diacre,
œuvre en
priorité pour
l’amélioration
des conditions
de travail et
de vie des étudiants
libanais à
Rome. Il
s’oppose au
directeur du
Collège
maronite qui
s’apprêtait
à publier un
livre
insultant à
l’égard de
la communauté
maronite,
intervention
qui aboutit à
l’annulation
de l’édition
du livre. A
Rome,
el-Hakelani a
enseigné les
langues arabe
et syriaque,
et traduit
d’importantes
œuvres écrites
dans ces deux
langues. Il
sert
d’intermédiaire
entre l’émir
Fakhreddine
d’une part,
et le grand
duc de Cosme
de Médicis et
la duchesse de
Toscane
d’autre
part. Il
rencontre dans
le cadre de
ses activités
littéraires
et culturelles
Richelieu,
Mazarin, le
cardinal de Médicis
et entre au
Collège de
France comme
professeur de
langues sémitiques
entre 1645 et
1664.
Il
devient
docteur en
philosophie et
en théologie
et écrit une
cinquantaine
de livres,
dont certains
comprennent
700 pages, et
participe à
l’édition
de la Bible en
sept langues,
révisant au
passage la
traduction
commencée par
Sionite et
Hesronite.
Abraham
Ecchellensis a
ainsi contribué
à la
diffusion de
la pensée
arabe
orientale et
syriaque en
Occident, à
travers ses
traductions,
qu’il avait
réalisées de
ces langues
vers le latin
et le français.
Sa pensée
tant
philosophique
que théologique,
ses analyses
sur la stratégie
militaire,
l’économie
et sa
contribution
au rayonnement
du Liban de
l’époque et
notamment les
relations
libano-toscanes
méritent
aujourd’hui
d’être
connues et
reconnues par
l’opinion
libanaise et
internationale.
C’est
justement dans
ce but que
Youssef Torbay
a établi un
plan de
travail et un
calendrier de
manifestations
prévoyant de
:
– consacrer
le mois de
juillet au
souvenir et à
des festivités
en hommage à
l’érudit
libanais, dans
son village de
Hakel ;
– recenser
les
manuscrits,
imprimés,
ouvrages
d’Abraham
Ecchellensis
actuellement
conservés au
Vatican et à
la Bibliothèque
nationale de
France ;
– analyser
ces œuvres et
les traduire
dans des
langues
vivantes
actuelles, en
partie ou dans
leur intégralité,
selon l’intérêt
qu’elles
représentent
actuellement ;
– éditer un
livre résumant
la pensée
d’el-Hakelani
dans le
courant de
2005.
Ce
plan ambitieux
sera réalisé
par Youssef
Torbay avec
l’aide de bénévoles,
dans le cadre
d’une
association créée
en France. En
février
prochain, un séminaire
sur
el-Hakelani
sera organisé
à la NDU de
Louaizé, avec
la
participation
d’une
dizaine de spécialistes
libanais, français
et italiens
qui traiteront
de l’homme
et son œuvre.
Un autre séminaire
à Paris est
en cours de préparation
avec des
responsables
du Collège de
France. Enfin,
toujours à
Hakel, une
Semaine
culturelle
avec des
manifestations
artistiques
folkloriques
est prévue du
7 au 13 août.
Cette semaine
sera suivie
d’autres
manifestations
dans le
Kesrouan, dans
le Metn et au
Liban-Nord.
Pour mener à
bien ce
projet, un
budget du
100.000
dollars est prévu
et un dîner
sera organisé
prochainement
à Paris pour
lancer la
souscription.
haut
La
planète veut
faire baisser sa
température
La
dixième conférence
de l'ONU sur le
climat s'est
ouverte hier à
Buenos Aires.
Objectif: réduire
de moitié les
émissions de
carbone d'ici à
2050
par
DENIS DELBECQ,
publié dans Libération
le 7 décembre
2004
Des
milliers
d'experts, de
politiques et
de lobbyistes
sont réunis
depuis hier à
Buenos Aires
(Argentine),
pour discuter
du climat de
la planète.
Un
rendez-vous,
le dixième du
genre, fixé
par la
Convention des
Nations unies
sur le climat
de 1992. Elle
s'achèvera
par un round
de discussions
à l'échelon
ministériel
du 15 au 17 décembre.
Objectif
officieux : préparer
les difficiles
discussions
pour une stratégie
à long terme
de réduction
de moitié des
émissions de
CO2 d'ici à
2050 . C'est
la condition
minimale pour
contenir la
hausse des
températures
à 2 °C
maximum.
Objectif à
comparer aux
dernières prévisions
de l'Agence
internationale
de l'énergie,
qui prévoit
une hausse de
la demande
mondiale d'énergie
de 60 % en
vingt-cinq
ans.
Optimisme
En
dépit de ces
sombres prévisions,
et de la réélection
de Bush à la
présidence
des Etats-Unis,
hostiles à
toute démarche
multilatérale
et au
protocole
conclu à
Kyoto en 1997,
la conférence
de Buenos
Aires s'ouvre
sur une note
plus optimiste
que prévue.
La Russie a,
en effet, fini
par ratifier
le protocole
le 18
novembre. Avec
la Russie, les
55 pays
signataires pèse
désormais
plus de 55 %
du total des
rejets de gaz
à effet de
serre des pays
riches en
1990. Le texte
aura donc
force de loi dès
le 16 février
2005. Ils
acceptent de réduire
de 5,2 % leurs
émissions de
gaz à effet
de serre (gaz
carbonique, méthane
etc.) d'ici à
2012, sur la
base des émissions
en 1990.
Mise
en bouche
Mais
l'impact de
Kyoto sera
faible sur le
réchauffement
: au mieux
quelques centièmes
de degré en
moins sur un
coup de chaud
qui, selon les
climatologues,
pourrait
atteindre 5 °C
voire 6 °C
d'ici à 2100.
Kyoto n'était
en fait qu'un
moyen pour les
pays
industrialisés
et riches de
reconnaître
leur
culpabilité
dans le réchauffement
constaté
depuis la révolution
industrielle.
L'Australie
et, surtout,
les Etats-Unis
refusent cette
culpabilité,
exigeant que
les pays en développement
soient eux
aussi impliqués.
La Maison
Blanche n'hésite
pas à nier
certains
aspects du réchauffement,
et à taire
les rapports
officiels qui
disent le
contraire.
Obstacle
Ce
refus américain
reste le
principal
obstacle aux
discussions.
Il s'agit désormais
d'asseoir
autour de la
table les pays
émetteurs de
gaz à effet
de serre, et
d'élaborer
une stratégie
pour l'après-2012.
Y compris
l'Inde et la
Chine, dont
l'essor économique
entraîne une
consommation
exponentielle
d'énergies
fossiles,
surtout de
charbon,
combustible le
plus générateur
de gaz
carbonique. Le
Sud pourrait
prendre prétexte
du refus américain
pour rejeter
tout accord
contraignant,
en arguant que
cela
constituerait
un frein à
leur développement.
Mais ces pays
émettront
plus de
carbone dans
l'atmosphère
que les pays
riches de
l'OCDE dans
une vingtaine
d'années. A
New Delhi
(Inde) en
2002, les
premières
discussions
sur l'avenir
des négociations
avaient déjà
tourné à un
affrontement
Nord-Sud. La
présidence
argentine de
la conférence
de Buenos
Aires aura
fort à faire
pour éviter
un remake
désastreux.
haut
Saint
François, SDF de Dieu
par
PHILIPPE SIMONNOT, publié dans
le Figaro Littéraire le 5
novembre 2004
Le
croirait-on aujourd'hui ?
Aucun de ses contemporains ne
fut aussi porteur de ces
forces capables de désagréger
l'Eglise que François
d'Assise. Ce diagnostic, porté
naguère par Ernst Kantorowicz
dans son magistral Frédéric
II, est, d'une certaine
manière, confirmé par la
biographie consacrée au saint
par le regretté Raoul
Manselli, mort en 1997. Cet
ouvrage monumental, attendu
depuis vingt ans, complète et
amplifie la version provisoire
publiée en 1980. Le grand
historien italien pose la
seule question qui vaille,
elle taraudait déjà les
contemporains du saint :
pourquoi donc tous le
suivaient, lui, qui n'était
ni beau, ni savant, ni noble ?
Pour y répondre, non en
hagiographe, mais en savant laïc,
il a fallu à Manselli près
de 600 pages que l'on pourrait
résumer par cette formule :
François d'Assise a subverti
tous les ordres, y compris le
sien. "Personne ne me
disait ce que je devais faire,
confie-t-il dans son
"Testament". Mais
le Très-Haut me révéla que
je devais vivre selon le modèle
du Saint Evangile." Le
problème, en effet, n'est pas
de savoir si François
d'Assise a vraiment eu cette révélation,
mais pourquoi ses
contemporains ont cru qu'il
l'avait eue.
Le
personnage avait fasciné
Ernest Renan, comme en témoigne
son célèbre article
"François
d'Assise", repris en 1884
dans les Nouvelles études
d'histoire religieuse. L'auteur
de La Vie de Jésus, déjà
avancé en âge, passa le
flambeau à l'un de ses
auditeurs au Collège de
France, le protestant Paul
Sabatier, qui y consacra le
reste de son existence. Le
saint d'Assise avait été
considéré par la Réforme
luthérienne comme un pur
produit du "paganisme
papiste" pour avoir osé
se prétendre comme un alter
Christus, un autre Christ.
Les philosophes du XVIIIe
en avaient rajouté,
qualifiant François d' "obscurantiste",
stupide et ignorant. Touché
par la grâce d'Assise,
Sabatier a donc cherché à réhabiliter
le Poverello, fût-ce
au détriment de l'Eglise :
François d'Assise voulait
revenir au Christ sans intermédiaire,
mais il aurait été en
conflit ouvert avec la vilaine
Curie romaine, qui aurait réussi
à altérer l'idéal
franciscain, abusant de la
simplicité et de la supposée
inexpérience du saint.
Manselli
brouille les cartes, quand il
nous dit que Renan eut la main
"particulièrement
heureuse" en confiant
l'étude du franciscanisme
originel à son disciple. En
fait, le premier soin de
l'historien est de démolir,
pièce après pièce, l'oeuvre
de Sabatier qui a débondé
des fleuves d'encre chez les
spécialistes de ladite
"question
franciscaine". Que François
d'Assise ait pu se laisser
manipuler par qui que ce soit,
paraît absolument
inconcevable à Manselli, qui
note, d'autre part, que le
saint n'a jamais manqué de
respecter l'Eglise, de reconnaître
l'autorité des prêtres, du
simple curé jusqu'au Pape.
Pour comprendre le drame qui
va se terminer pour François
par une agonie martyrisante,
il faut, bien sûr, le
replacer dans son contexte
historique. En ce tout début
du XIIIe siècle,
l'économie de marché, qui déjà
se moque des frontières, est
en plein essor. La population
des villes autonomes ne cesse
d'augmenter, faisant bouger
les lignes entre les trois
ordres issus de la féodalité
: le clergé, la noblesse et
la masse de ceux qui vivent de
leur travail.
Sur ce
terreau mouvant prolifèrent
les hérésies des Vaudois,
Cathares et autres Humiliés
dont la papauté se servit
parfois dans sa lutte contre
l'Empereur. Les marchands,
lors même que leur pratique
est encore considérée comme
peccamineuse par l'Eglise,
inventent leur propre manière
d'être courtois afin, tout à
la fois, d'imiter et de se démarquer
des nobles. Pierre Bernadone
est un représentant typique
de cette nouvelle caste à
Assise. Ce très riche
marchand en étoffes précieuses
se rend souvent en France pour
ses affaires. Le français
qu'utilise François dans ses
chants, c'est de son père
qu'il l'a appris. François
est donc un fils de la haute
bourgeoisie. On a voulu faire
du jeune homme un débauché
corrompu et corrupteur, pour
mieux faire ressortir la piété
exemplaire du converti. Le
portrait que nous en offre
Manselli est subtil. Le jeune
marchand est plus libéral que
son père, dont il s'apprête
à prendre la succession dans
les affaires. Dépensier au
point de gaspiller sa fortune
en plaisirs, il ose vouloir être
courtois et chevalier. Si l'on
ne craignait l'anachronisme du
terme, on dirait de lui qu'il
est un dandy.
Vêtu
d'habits beaucoup plus luxueux
qu'il ne convenait à sa
condition, il manifeste une
nette propension à se
singulariser, faisant coudre,
par exemple, un tissu de grand
prix avec un autre de peu de
valeur, bizarrerie qui en
annonce d'autres beaucoup plus
radicales. Comme le résume
bien Manselli, le jeune François
vivait comme si le Christ
n'avait jamais vraiment existé.
C'est-à-dire qu'il vivait à
peu près comme tout le monde,
l'élégance mise à part !
Une rencontre fortuite avec l'échelon
le plus bas de l'humanité, décide
de son destin. Les lépreux
lui font horreur comme à tout
le monde. Mais, cette fois, il
descend de son cheval pour
embrasser l'un de ces
malheureux, qui étaient, à
l'époque, rigoureusement mis
au ban de la société. Dans
son Testament, François a
raconté lui-même ce que fut
à l’âge de 20 ans son
chemin de Damas : "Au
temps où j’étais encore
dans les péchés, la vue des
lépreux m’était
insupportable. Mais le
Seigneur lui-même me
conduisit parmi eux ; je les
soignai de tout mon coeur ;
et, au retour, ce qui
m’avait semblé si amer s’était
changé pour moi en douceur
pour l’esprit et pour le
coeur. Ensuite, j’attendis
peu et je dis adieu au
monde." Le péché comme
lèpre de l’âme lui
semblait tout à coup
infiniment plus redoutable que
la décrépitude physique des
damnés de la terre.
Manselli se garde bien
d’expliquer l’inexplicable
: cette conversion
foudroyante. Il se contente,
à juste titre nous
semble-t-il, de la caractériser
comme un renversement de
toutes les valeurs. François
est désormais un exclu parmi
les exclus, rejeté parmi les
rejetés. L’acceptation de
sa propre insertion dans une
marginalité définitive fait
de la pauvreté non pas le
facteur de son changement de
condition, mais une conséquence
d’autant plus impérative
qu’elle est inéluctable.
Aussi bien ne sera-t-il jamais
ordonné prêtre ; cela ne
l’aurait-il pas obligé à
appartenir à un ordre, celui
du clergé ? Renonçant à
tout privilège, dans une société
fondée sur une multitude
traversée de passe-droits, il
abandonne ainsi celui de la
libertas ecclesiae, qu’avait
réussi à restaurer la papauté
et qui équivalait notamment
à échapper à la juridiction
laïque pour ne relever que de
l’autorité ecclésiastique.
Mais en quoi cela pouvait être
utile à quelqu’un qui n’était
propriétaire de rien ? On ne
pouvait même pas lui arracher
sa tunique grisâtre de laine
crue, ceinturée par une
corde, sauf à le mettre nu.
Et encore cette nudité eût-elle
été acceptée par celui qui,
justement, voulait suivre nu
le Christ nu selon la
tradition antique du nudus
nudum Christum sequi. La plus
modeste cure, l’ermitage le
plus rustique, le dortoir le
plus froid eussent été
encore des abris trop
douillets en comparaison de
l’insécurité des
sans-abri. Même dans leurs
refuges, lui et ses disciples
devront connaître
l’incertitude du lendemain,
la possibilité d’être
expulsés. Car pour les
pauvres volontaires qu’ils
étaient, il n’y avait pas
d’humiliation aussi intense
et profonde que celle de qui
est né misérable et rejeté.
Cette
revendication de pauvreté
absolue est fondée par
l’ancien marchand sur un
raisonnement impeccable. Le
fait de posséder quelque
chose, même légalement,
oblige ensuite à le défendre
; et pour ce faire, il
faudrait alors sortir de la
marginalité essentielle au
projet du Franciscus parvulus.
L’Eglise, à cette époque,
possédait encore un cinquième
des terres. Comme en
d’autres temps plus proches
de nous, elle était forcément
embarrassée par ce refus
exemplaire de la propriété,
redoublé d’une répugnance
totale de l’argent. La
transgression sociale opérée
de ce fait par François,
bientôt suivi de milliers de
fidèles, ne pouvait
qu’aggraver le malaise.
Celui qui avait renoncé avait
acquis, de ce fait, un pouvoir
qui le mettait sur le même
rang que l’empereur ou le
Pape. "Il n’y
aurait, dit-il à ses
compagnons, aucun supérieur
au monde aussi craint de ceux
qui lui seraient soumis et de
ses Frères que je ne le
serais de mes Frères, grâce
au Seigneur, si je le
voulais." Oui, mais
l’alter Christus ne l’a
pas voulu. Parce qu’il
aurait pu lancer l’hérésie
la plus destructrice du siècle,
il a très vite, après sa
conversion, fait acte de
soumission au "seigneur-pape".
Et il ne pouvait plus s’écarter
de son propos fondamental d’être
du côté des exclus en
devenant le chef du groupe qui
autour de lui s’était formé,
même s’il ne pouvait
toujours refuser tout
commandement.
Certes, à cette communauté
de plus en plus nombreuse de
Frères et de Soeurs, il
fallait bien fournir des
normes de conduite. D’où
toute une discussion assez
confuse sur la forme et le
contenu de la Règle, que le
saint aurait conçue. Manselli
montre bien la contradiction
à la lettre crucifiante dans
laquelle s’est débattu François
au cours des dernières années
de sa vie, obsédé qu’il était
par la vision qu’il avait de
la chute de l’ordre dans un
état d’obéissance formelle
à une règle formelle à
laquelle aurait manqué, de
facto, l’esprit de vie. La "passion"
christique de François, ce
n’est pas son combat avec la
Curie romaine, imaginé par
tant d’historiens, mais
celui qu’il a mené à
l’intérieur de sa propre
communauté pour freiner le
processus de décadence qui
mine toutes choses en ce bas
monde. A ce désarroi moral,
s’ajoutaient les violentes
souffrances que lui causaient
des accès de malaria et cette
conjonctivite trachomateuse
qui finit par le rendre quasi
aveugle. Il avait
l’impression que ses yeux étaient
posés sur une couche d’épines.
Pour ne rien dire des
stigmates qu’il fut le
premier à porter dans
l’histoire du christianisme
et sur lesquels, observons-le,
il garda et imposa un silence
total. A l’approche de la
mort, il voyait bien que le
moindre objet, la moindre étoffe
qu’il avait touchés, son
corps lui-même, se
transformaient en reliques
que, déjà, l’on se
disputait. Celui qui avait
renoncé à toute propriété
devenait lui-même objet de
possession..
A lire aussi, pour en
savoir plus sur l’ordre
franciscain :
-
Histoire du
franciscanisme, de
Lazaro Iriarte, qui
vient de paraître chez
le même éditeur,
traduit sous la
direction de Marcel
Durrer, 670 p.
-
Saint François
d’Assise, de Raoul
Manselli, traduit de
l’italien par Henri
Louette et Jacques
Mignon, Les Editions du
Cerf & Les Editions
franciscaines, 598 p.
haut
Toute
la lumière sur les
travailleurs du savoir
Consultants,
designers, formateurs : ils
traitent de l'information,
manipulent des idées. Un
corps de métiers aux
multiples variantes
par JEAN-PIERRE
BOUCHEZ, publié dans Libération
le 11 novembre 2004
L'auteur
est directeur des études
d'Interface
Depuis
quelques années, on observe
l'émergence d'un nouveau
terme, comme en est souvent
friande la littérature managériale,
celui de travailleur du savoir
ou Knowledge Worker.
Mais ce concept demeure
largement flou, protéiforme
et polysémique et, pour le
dire plus simplement, un peu
fourre-tout. On définira de
manière provisoire les
travailleurs du savoir comme
ceux - si l'on se limite à
l'univers marchand - dont
l'activité est principalement
centrée sur la prestation et
la vente de prestations à
caractère intellectuel auprès
de clients. Pour tenter de
clarifier ce concept et de le
rendre plus opératoire, il
nous paraît pertinent de
s'orienter vers la nature de
l'activité dominante. Nous
proposons ainsi d'opérer une
segmentation entre les
travailleurs du savoir, qui
traitent de l'information, et
les professionnels du savoir,
qui manipulent des concepts et
des idées.
Les
travailleurs du savoir
"prestent" des
services intellectuels
relativement banalisés, voire
routiniers. Ils appliquent
ainsi du savoir. Ils se
situent généralement dans le
cadre d'un modèle dominant de
la référence et exercent
souvent (mais pas toujours)
leur activité dans des
organisations importantes. Au
sein de la population de
travailleurs du savoir, nous
distinguons ceux qui privilégient
la réalisation d'activités
associées à la copie et à
la reproduction, et ceux dont
les activités consistent à
opérer des adaptations et des
modifications. Les premiers
(copie et reproduction)
s'inscrivent dans une logique
visant à fournir des réponses
et proposer des solutions
souvent largement prédéterminées
qui reposent sur des consignes
ou des processus. Un bon
exemple illustratif peut être
fourni par le modèle de
centre d'appels. Les autres
(adaptation ou modification)
visent le plus souvent, par
leur action, à se rapprocher
d'un référencement exigé ou
rendu nécessaire. Deux
illustrations peuvent être
suggérées. D'abord, celle du
formateur interentreprises,
chargé d'animer des séances
de formation collectives ayant
pour objectif de conduire une
population à atteindre un
niveau de compétences
formalisées. Ensuite, celle
du consultant chargé
"d'implanter des
solutions" ou d'auditer
des comptes relativement
simples. Par extension, de
nombreuses activités peuvent
prendre place dans ce cadre.
Les
professionnels du savoir, pour
leur part, mobilisent des compétences
expertes ou spécifiques qui
les conduisent à manipuler
plus largement des concepts et
des idées pour résoudre des
problèmes complexes ou pour
concevoir des projets
innovants. On se situe délibérément
dans un nouveau champ, qui
traduit la réalité d'un saut
conceptuel et qualitatif conséquent
(tout en admettant qu'en
pratique, les frontières ne
sont jamais totalement étanches
avec les travailleurs du
savoir). Les professionnels du
savoir travaillent plutôt,
mais pas nécessairement, dans
des structures de petite
taille du type agences ou
boutiques. Leur proximité
avec le client est le plus
souvent très poussée, car
ils pratiquent largement la
coproduction sur la base d'une
prestation personnalisée. Au
sein de cette population, deux
variantes, souvent complémentaires,
peuvent être repérées : les
activités de transformation
et les activités
d'innovation. S'agissant de la
première variante
(transformation), les activités
associées se situent en
particulier dans le champ de
l'ingénierie. On pense par
exemple au montage d'opérations
juridico-financières
sensibles et délicates, ou,
dans un autre domaine, à la
conduite de changements
organisationnels particulièrement
difficiles. Les banquiers
d'affaires, les avocats
d'affaires, les consultants
pointus et expérimentés,
mais aussi les experts dans
les grands groupes en
constituent de bonnes
illustrations. La seconde
variante (innovation) recouvre
des activités qui visent à découvrir
et proposer des prestations
inventives, susceptibles de répondre
à des besoins ou d'en
susciter, et de déboucher sur
le marché. Le modèle du
designer en constitue
l'illustration typique et est
lui-même représentatif d'un
certain nombre d'activités
professionnelles : designer
industriel, créateur de mode,
créatif dans une agence de
publicité, architecte...
Notons qu'il existe
naturellement des combinaisons
entre ces deux variantes, un
transformateur proposera par
exemple souvent des solutions
innovantes pour résoudre un
problème complexe.
Au-delà de
cette ligne de partage et des
variantes associées, une
double dérive potentielle qui
mérite attention : la dérive
numérique et la fabrique
d'illusion. Dans le premier
cas, on se réfère au risque
- notamment pour les
consultants - de rester rivé
à l'écran d'ordinateur et de
ne rencontrer
qu'exceptionnellement les
clients. La seconde dérive -
en particulier pour ceux qui
prétendent se positionner
dans le champ des
professionnels du savoir -
est de fabriquer et vendre des
rêves et des illusions. La réputation
s'inscrit nécessairement dans
la durée. Le temps des
gourous semble révolu.
haut
Audiovisuel
- Un spot publicitaire tourné
au Liban pour Danone
The Talkies : 80 % de
chiffre d’affaires à l’étranger
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
l'Orient-le Jour le 24 novembre
2004
Avec 80 %
de son chiffre d’affaires réalisé
à l’exportation, The
Talkies est un exemple de succès
dans le secteur des services
dont le potentiel est encore
largement inexploité au
Liban. Pourtant, à en croire
l’expérience de cette société
de production née en 1988, le
pays a tous les atouts pour réussir
dans un domaine où la valeur
ajoutée tient surtout à la
qualité des ressources
humaines. The Talkies, qui
emploie 20 personnes, vient de
tourner un spot publicitaire
pour un client français : le
groupe Danone. La société a
aussi un client en Espagne et
un autre en Russie.
"Notre développement sur
le marché européen
s’annonce prometteur",
estime Gabriel Chamoun, le PDG
de Talkies qui est déjà
largement présent dans les
pays du Golfe et au Maroc.
Malgré des campagnes de
mailing et plusieurs
participations à des salons,
les premiers contrats signés
en France et en Espagne
n’ont pas été le fruit de
ces efforts marketing,
explique le producteur, car
"le Liban pâtit encore
d’une image négative, inquiétante.
Ce sont des directeurs
d’agences de publicité, un
Français et un Allemand, en
poste dans le Golfe avec qui
nous avons travaillé, qui, de
retour en Europe, ont eu
recours à nos services".
The
Talkies, qui réalise une
cinquantaine de projets par an
et affiche un chiffre
d’affaires de quatre
millions de dollars, espère
convaincre de plus en plus
d’agences de publicité
européennes - qui
tournent dans l’hémisphère
Sud à partir du mois de
novembre - de confier
leurs films au Liban. Le pays
a un avantage précieux à
faire valoir pour les
tournages en extérieur : son
climat, ensoleillé 300 jours
sur 365, auquel s’ajoute une
grande variété de paysages
dans un espace géographique réduit.
Le renchérissement récent de
l’euro est également un
argument porteur pour
convaincre la clientèle européenne
de traiter avec le Liban.
"Nous sommes très bien
situés géographiquement,
mais aussi culturellement pour
jouer un rôle régional et
international de premier
plan", déclare Gabriel
Chamoun. Si, contrairement aux
agences de publicité qui se
sont massivement délocalisées
à Dubaï, les sociétés de
production restent au Liban,
c’est qu’on y trouve
toutes les compétences nécessaires.
"Pour créer un concept
ou une idée, il suffit d’un
bureau, alors que pour tourner
un film il faut toute une
infrastructure", explique
le producteur. En la matière,
le Liban a beaucoup amélioré
son offre au cours des dernières
années.
The Talkies
a, à lui seul, un fichier de
12.000 comédiens et comédiennes
potentiels dont le casting a
majoritairement été réalisé
dans les studios de la société,
à Sin el-Fil. A cette pléthore
d’acteurs, s’ajoutent
toute une série de compétences
dans tous les segments de la
chaîne de production, du
tournage au montage, en
passant par le son, l’éclairage,
les décors, etc. Beaucoup
d’investissements ont été
réalisés au cours des dernières
années pour faire de
l’audiovisuel l’un des
rares secteurs complets,
fonctionnant avec une véritable
chaîne de valeurs ajoutées.
Des sociétés ont investi
dans le matériel de tournage,
d’autres dans la
postproduction, etc. Deux
principaux chaînons manquants
ont été créés récemment :
un laboratoire de développement
et une société de téléciné.
"On trouve aussi pour les
tournages désormais des
caravanes et des sociétés de
restauration spécialisées",
précise Gabriel Chamoun,
selon qui une véritable économie
est en train de naître autour
de ce secteur. "Les
exportations sont de l’ordre
de 25 millions de dollars pour
le secteur, ce qui n’est pas
mal du tout à l’échelle
des exportations
libanaises", souligne le
PDG de Talkies. D’autant que
ces services sont à très
forte valeur ajoutée.
"Notre client, l’agence
de publicité, nous fournit
une idée, et nous en faisons
un film de 30 à 60 secondes,
vendu entre 50.000 et 150.000
dollars."
haut
Les
Européens
impuissants à
stopper la
hausse de leur
monnaie
paru
dans le Devoir
le 24 décembre
2004
Faute
de soutien
des
Etats-Unis
et de la
Chine, la
zone euro,
la Banque
centrale
européenne
(BCE) en tête,
apparaît désarmée
face à la
hausse de sa
monnaie, qui
a dépassé
hier le
seuil record
de 1,35
dollar,
longtemps
considéré
comme la
cote
d'alerte
pour sa
croissance
encore
fragile. Le
ministre des
Finances
Hervé
Gaymard a
bien averti
le même
jour que la
chute du
dollar
pouvait
devenir
"catastrophique
sur le plan
mondial"
et exhorté
les
Etats-Unis
à
"absolument"
comprendre
lors du G7
finances de
février la
nécessité
d'une
gestion
internationale
"coordonnée".
Cela risque
toutefois de
rester un
voeu pieux.
Washington
continue à
s'accommoder
parfaitement
de la dépréciation
de sa
monnaie, qui
aide à
doper les
exportations
du pays,
donc à réduire
son déficit
courant
abyssal
ainsi qu'à
limiter les
délocalisation
d'emplois.
Au début du
mois, le très
sérieux
quotidien
financier
allemand
Boersen-Zeitung
citait un
haut
responsable
du Trésor
américain,
sous couvert
d'anonymat,
selon lequel
les
Etats-Unis
ne
commenceront
à songer à
une
intervention
pour stopper
le mouvement
qu'à partir
du moment où
l'euro
"aura dépassé
les 1,45
dollar".
Il y a
encore
quelques
semaines,
nombre d'économistes
pensaient
que le seuil
de 1,35
dollar
constituerait
la limite du
tolérable
pour la
Banque
centrale
européenne,
à partir de
laquelle
elle se résoudrait
à
intervenir
sur le marché
des changes.
L'euro fort
pèse en
effet sur
les
exportations
du continent
et donc sur
sa
croissance.
"La BCE
devrait
recommencer
à acheter
ouvertement
des dollars
à partir
d'environ
1,35
dollar",
disait ainsi
fin
novembre,
Joachim Fels,
économiste
de la banque
Morgan
Stanley. De
surcroît,
la dernière
fois que la
Bundesbank
allemande était
intervenue
face à une
progression
jugée
excessive du
dollar, le
15 août
1995, elle
l'avait fait
à un cours
recalculé
de l'euro équivalent
à 1,35
dollar.
Mais,
les semaines
passant, les
incantations
récurrentes
des
dirigeants
de la BCE
contre les
"mouvements
de change
malvenus"
sonnent de
plus en plus
creux. Sur
le fond, ils
paraissent
pas prêts
à se jeter
à l'eau
seuls.
"L'expérience
des trente
années passées
a montré
que les
banques
centrales
devaient
s'orienter
vers la
stabilité
des prix, et
non vers un
niveau donné
de taux de
change",
a prévenu
mardi
dernier l'un
d'eux, le président
de la
Bundesbank
Axel Weber.
"Les
hommes
politiques
ne devraient
pas en
demander
plus à une
banque
centrale",
a-t-il ajouté.
Une semaine
auparavant,
son collègue
portugais
Vitor
Constancio
avait tenu
des propos
similaires,
affirmant
que la BCE
ne
"suit
pas
d'objectif
de
change".
En clair :
qu'elle peut
donc
s'accommoder
d'une
progression
de l'euro si
celle-ci est
jugée inévitable
et si elle
se fait de
manière
progressive.
Comme
dans le même
temps,
l'institut
monétaire a
fermé la
porte au début
du mois à
l'autre
outil dont
elle dispose
pour freiner
la baisse du
dollar, à
savoir une
baisse de
ses taux
d'intérêt
pour réduire
l'attractivité
des
placements
en Europe,
il ne reste
plus pour la
zone euro
qu'à
attendre que
les
Etats-Unis
acceptent de
faire un
geste,
estiment les
analystes.
"Même
à 1,35 ou
davantage,
je ne pense
pas que la
BCE
interviendra
dans les
conditions
actuelles",
où les
chances
d'agir de
concert avec
la Fed américaine
sont quasi
nulles,
estime
Holger
Fahrinkrug,
de la banque
UBS.
"Elle
ne veut pas
utiliser sa
poudre sans
perspective
de succès,
ce qui lui
ferait
perdre toute
crédibilité.
Or, la
tendance à
la baisse du
dollar est
aujourd'hui
solidement
ancrée sur
les marchés",
ajoute-t-il.
haut

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