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Quatre
ans d'Intifada : ce qui a changé
dans le conflit israélo-palestinien
par
GILLES PARIS, publié dans le
Monde du 29 septembre 2004
Alors qu'aucune perspective
de paix n'est perceptible,
les deux sociétés se sont
radicalisées et leur séparation
est désormais matérialisée
par "la clôture de sécurité".
Israël n'envisage plus
qu'une solution unilatérale
: l'évacuation des colonies
de la bande de Gaza.
Personne ne proclamera la
fin de la deuxième Intifada
avant longtemps. Pas plus
qu'on n'a jamais
officiellement annoncé la
fin du premier soulèvement
palestinien. Le conflit armé
qui oppose Israéliens et
Palestiniens depuis le 29
septembre 2000 s'est
pourtant transformé. Depuis
la répression meurtrière,
par l'armée israélienne,
d'émeutes sur l'esplanade
des Mosquées - le mont du
Temple pour les juifs - au
lendemain d'une visite
effectuée par Ariel Sharon,
alors responsable du Likoud,
la violence n'a pas baissé,
comme en témoignent les
morts recensés presque
quotidiennement. Mais, pour
la première fois depuis
quatre ans, un processus
politique semble véritablement
engagé : le retrait unilatéral
de Gaza par Israël, l'évacuation
des colonies implantées
depuis trois décennies et
des forces armées chargées
de les protéger. Une date
butoir crédible - la fin de
l'année 2005 - est également
avancée. Le fait que ce
projet soit unilatéral
explique pour l'essentiel le
crédit qu'on peut lui
porter à cet instant.
Ce
processus - si son promoteur,
M. Sharon, parvient à le
mener jusqu'à son terme -
couronnera une série d'évolutions
que les quatre années écoulées
de la deuxième Intifada ont déjà
consacrées. La première, la
plus criante, réside dans l'éloignement
durable de deux sociétés
entremêlées sur un
territoire exigu. En vérité,
cet éloignement est antérieur
à la deuxième Intifada
puisque ses fondements peuvent
être trouvés dans les
politiques de bouclage inaugurées
par les Israéliens, pour
raisons de sécurité, dès
les débuts du processus de
paix lancé par les accords
d'Oslo, signés en septembre
1993. Il en va de même avec
l'idée de séparation défendue
par les travaillistes avant même
l'explosion de septembre 2000.
Retrait
américain
La
séparation est matérialisée
aujourd'hui par la "clôture
de sécurité" tracée en
territoire palestinien le long
de la partie occidentale de la
Cisjordanie. Cette clôture,
lorsqu'elle sera achevée,
modifiera en profondeur les
liens économiques entre ce
territoire et Israël. Si les
biens de consommation israéliens
continueront d'arriver vers un
marché captif de plus de 2
millions d'habitants, la
main-d'œuvre arabe sera
durablement privée de l'accès
au marché du travail israélien,
qui avait été à la base du
décollage de l'économie
palestinienne. A l'avenir, La
socialisation risque donc de
se limiter au périmètre des
prisons, puisque la
construction de la "clôture"
ne signifiera pas la fin des
opérations militaires en
territoire palestinien. La
deuxième évolution
significative couronnée par
le désengagement israélien
de Gaza réside dans le
retrait progressif des acteurs
extérieurs, à commencer par
les Etats-Unis. Ce retrait
avait été amorcé dès l'élection
de George Bush, que les vains
efforts de son prédécesseur,
Bill Clinton, pour parvenir à
la paix avaient pu échauder.
Après le court intermède, en
juin et juillet 2003, de la
"feuille de route",
un plan de paix international
qui devait conduire à la création
d'un Etat palestinien en 2005,
l'administration américaine
s'est bornée à cogérer, de
loin, la crise avec son allié
israélien, limitant pour
l'essentiel ses interventions
au rappel de quelques
"lignes rouges",
dont l'intégrité physique du
chef de l'Autorité
palestinienne, Yasser Arafat,
pourtant totalement discrédité
pour les Américains.
En
dépit de son échec, la
"feuille de route"
reste le credo de la
diplomatie internationale, même
si M. Sharon a très
clairement signifié qu'elle
était hors-jeu faute de
perspectives réalistes. Sa
compatibilité avec le retrait
de Gaza est pourtant
illusoire, puisqu'au
contraire, dans les propos de
M. Sharon, ce désengagement
n'aura aucune répercussion en
Cisjordanie (à l'exception de
quatre colonies isolées). Ce
qui conduit à la troisième
évolution à laquelle ont
abouti les quatre années de
violences israéliennes et
palestiniennes :
l'impossibilité de parvenir,
du moins à une échéance prévisible,
à un règlement du conflit
qui justifie, pour M. Sharon,
l'adoption d'un plan unilatéral.
Or, cet objectif de règlement
définitif avait été assigné
au processus d'Oslo. La
"politique des petits
pas" devait installer une
confiance permettant, en
dernier ressort, l'examen des
points les plus douloureux du
conflit israélo-palestinien :
les frontières de l'Etat
palestinien, le sort des
colonies, celui de Jérusalem
et des réfugiés
palestiniens.
Ratés
et méfiance
Mais
cette politique n'a produit
que des ratés et de la méfiance.
Avec la perspective du retrait
de Gaza, l'espoir encore présent
dans la "feuille de
route" de la fin d'une
parenthèse sanglante, d'un
retour à la situation qui prévalait
sur le terrain le 28 septembre
2000, est définitivement
abandonnée. Les accords négociés
et la paix ne sont plus à
l'ordre du jour. Dans l'esprit
de M. Sharon, au mieux, la
perspective d'un accord définitif
est pour l'instant remplacée
par celle d'accords intérimaires
de longue durée. La
radicalisation parallèle des
deux sociétés -
l'omnipotence de la droite
israélienne et la montée en
puissance du Mouvement de la résistance
islamique (Hamas) palestinien
- conforte actuellement une
lecture pessimiste du conflit.
Erreurs
d'analyse
Après
quatre années de violences
sans précédent dans leur
histoire commune, et alors que
le rapport de forces reste
nettement en faveur des Israéliens,
les uns et les autres ne
peuvent que constater leurs
erreurs d'analyse : les Israéliens
n'ont pas été brisés par la
violence, comme le
pronostiquaient les
Palestiniens à la lumière du
retrait militaire du sud du
Liban, en mai 2000, sous les
coups du Hezbollah ; de même,
la résilience palestinienne,
le "soumoud",
n'a pas non plus été cassée
par une armée israélienne
qui s'était pourtant
minutieusement préparée à
l'affrontement après les émeutes
palestiniennes de septembre
1996. Cette situation, aussi désolante
que paradoxale, se trouve
ramassée, sous forme de
constat, dans le titre d'un
ouvrage en hébreu que
viennent de publier deux
journalistes israéliens, Avi
Issacharoff et Amos Harel : La
Septième Guerre : comment
nous l'avons gagnée, pourquoi
nous l'avons perdue.
haut
Le
Liban, une cité sur la colline
A propos
du livre "Cri d’un chrétien
d’Orient, face à l’Amérique,
Israël et l’Intégrisme"
(Editions Sigest, Paris, juin
2004)
par
ROGER AKL, publié dans
l'Orient-le Jour le 21 septembre
2004
L’auteur
a écrit sous un pseudonyme,
Jérémie Jonas. Il le dit
dans sa préface. Il doit être
libanais, chrétien et stratège.
Cela se voit car son ouvrage
est une sorte de Livre des
Rois moderne. Il raconte les
grands problèmes politiques
actuels (relations entre
supergrands, grands et
petits Etats, guerre contre
le terrorisme, crise du
Moyen-Orient…) vus par un
croyant, chrétien
d’Orient. Cette œuvre est
une mosaïque, un écrin sur
lequel le chapitre du Liban
brille de tous ses feux.
Cela est dû au fait que les
guerres actuelles ne sont
plus seulement militaires, même
pas seulement idéologiques,
mais surtout théologiques.
Ce ne sont pas non plus des
guerres entre religions mais
des guerres à l’intérieur
des religions. Ce sont des
guerres entre les intégristes
de tous bords et les modérés
des trois religions monothéistes,
des va-t-en-guerre de tous
pays contre les raisonnables
pacifiques.
C’est ainsi que
l’auteur, "prêtre,
prophète et roi", réfléchit
autour du drame du 11
septembre. Il l’explique
par l’alliance des
Etats-Unis avec les intégristes
islamiques, pour détruire
l’Union soviétique athée
et ses alliés nationalistes
arabes. En même temps, Israël
aidait à l’émergence de
groupes intégristes
palestiniens, pour affaiblir
son ennemi de
l’Organisation de libération
de Palestine (OLP). Or,
cette alliance était vue
par les musulmans et les
Arabes comme ne servant que
les intérêts du supergrand
américain et de son protégé
israélien. Elle n’a pas
aidé les Arabes et les
musulmans à ramener ce
qu’ils pensent être leurs
droits en Palestine. Le
djinn intégriste que les Américains
avaient "libéré"
pour faire avancer leurs intérêts
dans le monde se retourna
contre eux. Le monde a changé
; l’horreur du 11
septembre a montré que de
petits groupuscules peuvent
traverser les océans pour
attaquer la superpuissance
américaine. Elle a montré
que les Etats-Unis n’étaient
plus invulnérables et ne
pouvaient plus assurer leur
sécurité en faisant
pression sur les
gouvernements. Car des
petits groupes désespérés
et suicidaires peuvent posséder
des armes de destruction
massive (ADM). Ils sont
contrés par des
gouvernements dirigés par
des extrémistes
nationalistes, athées, chrétiens
ou juifs. La violence déchaîne
la violence dans un
crescendo impitoyable et
risque d’enflammer la planète,
dans des guerres théologiques.
C’est ce qui a poussé
l’auteur à lancer son
cri. Ces guerres religieuses
sont, qu’on le veuille ou
non, des guerres entre des "croyants"
qualifiés d’islamiques et
des Etats non musulmans
qualifiés de "croisés"
ou de "juifs".
Le problème est rendu plus
ardu, car l’islam est une
religion à la fois
politique, militaire,
sociale, à vocation
universelle et régissant la
vie entière des musulmans
et des non-musulmans. De
plus, l’interprétation du
Livre Saint, le Coran, a été
arrêtée par les califes au
Moyen-Âge. L’auteur a
donc consacré un chapitre
à la religion islamique vue
de l’extérieur. Les
craintes qu’elle inspire
sont-elles justifiées ? Si
elles l’étaient, les
non-musulmans pourraient-ils
vivre en communauté avec
des musulmans sans craindre
pour leurs libertés et
leurs droits ? Cette
question se pose partout
dans le monde, en Europe où
beaucoup d’Européens
craignent l’entrée de la
Turquie, en Israël où les
gouvernements israéliens
recherchent une immigration
intensive et ont bâti un
mur, faisant vivre les
Palestiniens dans des
ghettos ou des bantoustans.
Cette question se pose, car
la planète est devenue un
village où la mixité entre
les religions, les races et
les cultures est devenue la
règle. Pour y répondre,
Jonas a choisi l’expérience
d’un tout petit pays, le
Liban, dont les populations
de différentes religions,
origines et cultures ont
cherché à vivre ensemble
en créant un Etat et une
nation. Il trouve que cette
expérience n’a pas encore
réussi, pour des raisons
internes, régionales et
internationales. Il
conseille de la protéger et
de la libérer de ses
contraintes externes pour
lui permettre de trouver une
solution nécessaire au
monde. C’est là qu’est,
à son avis, le message du
Liban.
L’ouvrage continue en
proposant des solutions aux
problèmes du Proche-Orient
et du terrorisme. Il
faudrait d’abord
confronter les problèmes
posés par la définition du
terrorisme et de ses causes
profondes. Ensuite,
l’auteur conseille un
dialogue ouvert entre Nord
et Sud, entre pauvres et
riches, entre religions et
à l’intérieur de chaque
religion. Il faudrait que
les religions, toutes les
religions, renoncent aux
ambitions terrestres,
surtout à la recherche du
pouvoir. C’est en
cela que doit consister la
nouvelle stratégie américaine.
Au lieu d’une stratégie
du tout sécuritaire, les
Etats-Unis, seule
superpuissance mondiale,
devraient adopter une stratégie
de justice, de dialogue et
de compréhension entre les
peuples et entre les
religions. Le but affirmé
par l’auteur n’est pas
d’offrir une Vérité et
une solution, mais
d’ouvrir un dialogue,
alors que nous assistons
aujourd’hui à une série
de monologues, dans lesquels
chacun se prend pour une
victime et, de ce fait, se
croit autorisé à exercer
vengeance. En cela, le Liban
est nécessaire comme un
brillant sur un écrin ou
une "cité sur la
colline".
haut
Pour
un nouvel euroréalisme,
par Hubert Védrine
publié
dans le Monde du
10 septembre
2004
L'auteur
est ancien
ministre des
affaires étrangères,
fondateur et gérant
d'Hubert Védrine
Conseil
Le débat
sur la
"constitution"
masque, sans y
remédier, le
problème
aujourd'hui le
plus
pernicieux
pour l'Europe
: le décrochage
de 57 % des électeurs,
taux
d'abstention
aux dernières
élections
européennes.
Ce débat est
exagéré car
il ne s'agit
pas d'une
vraie
constitution,
mais d'un
traité
constitutionnel
qui, à ce
titre, comme
les précédents
traités,
devra être
ratifié par
tous les Etats
membres. Ce
texte
n'introduit
pas
brusquement
l'idéologie
libérale et
de libre
concurrence
qui était déjà
inscrite dans
le Traité de
Rome et a
inspiré
depuis lors
l'action de la
Commission et
la
jurisprudence
européenne.
Sur quelques
points même,
il l'amende.
Il ne garantit
pas une Europe
"sociale",
mais ni plus
ni moins
qu'aucun autre
traité, ni même
qu'aucune
vraie
constitution
car ce n'est
pas leur
fonction. Il
ne peut avoir
réponse à
tout. Il ne
marque pas la
fin du combat
politique
entre la
gauche et la
droite au sein
de l'Union.
Ceux qui le
stigmatisent
aujourd'hui
sont ceux qui
en attendaient
trop hier ou
qui seraient
contre tout
traité. Il
est le règlement
intérieur nécessaire
de l'Union élargie.
Certains,
en France, qui
avaient placé
toutes leurs
attentes dans
la Convention,
rêvent
maintenant à
une
Constituante.
Mais pourquoi
et comment
celle-ci
parviendrait-elle
à un résultat
très différent
de celui
qu'ont donné
quinze années
de négociations
presque
ininterrompues
entre 12, 15,
puis 25
gouvernements,
de gauche
comme de
droite : de
Maastricht au
traité
constitutionnel,
en passant par
Amsterdam et
Nice ? Le fait
est que,
quelles que
soient les méthodes
de négociations
suivies, la répartition
des pouvoirs
Union/Etats
membres, et
entre
institutions
européennes,
a été modifiée
mais pas
bouleversée.
Je ne pense
pas que le
choc produit
par un éventuel
échec de la
ratification
changerait ce
rapport de
force. Si le
traité
constitutionnel
n'est pas
ratifié, nous
n'aurons pas
à la place un
traité idéal,
mais le traité
de Nice. De
plus, mise à
part la zone
euro -
essentielle -,
il est
probable que
nous
n'arriverons
pas à concrétiser
un noyau dur
plus intégré
car nous ne
parviendrons
à en fixer ni
les
participants,
ni les compétences,
ni les
relations avec
les autres
Européens, ni
à faire
ratifier ce
nouvel
arrangement.
D'ailleurs,
les vagues
invites françaises
dans ce sens
n'obtiennent
pas de réponse
du côté
allemand :
l'Allemagne
n'a plus de
raison de
s'aventurer
dans un groupe
restreint au détriment
de sa nouvelle
position,
centrale et prédominante.
Vérité de
la Palice :
L'Europe se négocie
avec les
autres Européens.
La France ne
peut pas
imposer ses
vues. Je ne
dis pas cela
en réaction
à
l'orientation
de la
commission
Baroso,
traduction
directe de la
victoire de la
droite au
Parlement, ce
qui ne devrait
pas choquer
ceux qui
militaient
hier pour une
politisation
des
institutions
européennes.
Mais en raison
d'évolutions
plus
structurelles
et de
concessions
importantes.
L'élargissement
à 15, puis à
25 en
attendant 30
ou plus, a mécaniquement
relativisé
notre
influence
politique et
linguistique
depuis la
lointaine
Europe des 6.
Le triomphe
mondial de l'ultra-libéralisme
n'a pas
augmenté non
plus notre
influence.
Tout cela nous
oblige à des
efforts
accrus. Or - réalisme,
idéalisme
europhile ou
inconséquence
- notre pays
s'est privé
ces dernières
années de
plusieurs de
ses leviers
d'influence.
Il a accepté,
au nom de
l'intérêt général,
de renoncer à
son second
commissaire,
ce qui nous en
laisse un sur
vingt cinq. De
ne plus avoir
que 87
parlementaires
européens,
puis 72 à
partir de
2004, quand
l'Allemagne en
conserve 99.
Et bientôt,
de ne peser
que 13 % des
droits de vote
au conseil
dans le cadre
démographique
de la "double
majorité"
quand
l'Allemagne
comptera pour
18 %. Cela ne
peut pas être
sans conséquences.
Malgré
cela, des
responsables
politiques et
des
commentateurs
français
appellent de
leurs vœux,
comme un
indispensable
progrès, une
extension du
vote à la
majorité.
Dans l'état
actuel des
choses, cela
minorerait
encore plus sûrement
les positions
françaises,
et de la
gauche française
en
particulier.
Mystères du
microcosme !
Certes, notre
influence
n'est pas
qu'arithmétique,
et,
savoir-faire
aidant, nous réussirons
souvent à
constituer des
minorités de
blocage ou des
majorités
d'idées. Mais
ne croyons pas
que nous
pourrons
imposer aux
autres Européens,
à la place de
celui qui nous
est proposé,
un traité
parfait,
conforme à
nos vues. Une
fois celui-là
ratifié par
raison,
faisons avec.
N'affaiblissons
plus nos
positions.
Agissons dans
le cadre européen
avec plus de réalisme,
de cohérence,
et d'habileté.
Même dans
l'hypothèse
d'une
ratification,
la principale
hypothèque
qui pèse sur
le projet
européen est
le gouffre
creusé au fil
des décennies
entre la
volonté intégrationniste
des élites économiques
et d'une
partie des élites
juridiques et
politiques et,
d'autre part,
les
populations,
les fameux 57
%. Celles-ci
ne sont pas
devenues
"anti"
européennes.
Elles
approuvent
tout ce qui,
dans le
processus
européen,
leur garantit
la paix, la
prospérité,
la sécurité,
les libertés.
Mais elles ne
semblent pas
souhaiter que
le processus
d'intégration
aille au-delà
des limites déjà
atteintes.
Qu'il s'agisse
de l'intégration
économique
qui paraît
malheureusement
se confondre
avec la mise
en concurrence
avec le monde
entier, les
migrations,
les délocalisations.
Ou d'une intégration
politique
accrue qui
menace de désintégrer
les Etats
nations, seuls
cadres crédibles
et repères
visibles et
compréhensibles
à ce stade,
de la démocratie
politique et
de la cohésion
sociale, ne
serait-ce que
pour des
raisons de
proximité et
de langue.
D'où ces
électorats
circonspects,
attachés à
leurs identités
malmenées et
qui, face à
une fuite en
avant proclamée
obligatoire et
qui leur est
de plus en
plus extérieure,
n'opposent
plus que la défiance
d'une
abstention
massive et
fataliste. Le
qualificatif
amalgame "euro
sceptique"
rend mal
compte de ces
sentiments mêlés.
Les réactions
condescendantes
des élites à
ce phénomène
n'aident en
rien : qu'il
s'agisse de la
réprobation
sentencieuse
anti-souverainiste
- alors que ce
n'est pas le
sujet ; du
paternalisme pédagogique
: "il
faut mieux
expliquer
l'Europe"
- comme si,
depuis le
temps, les
gens ne s'étaient
pas fait leur
propre opinion
; ou de la démonstration
utilitaire :
qu'importe que
l'Europe
subventionne
ou réglemente
ceci ou cela
si c'est précisément
cet
interventionnisme
sans limites
qui fait problème.
Quant à la
surenchère - "ce
n'est qu'une
étape, nous
irons plus
loin la
prochaine
fois, nous
allons mettre
en chantier un
meilleur traité,
etc."
-, elle ne
fait
qu'aggraver le
malaise.
Comment, en
effet, pour
les citoyens
des différents
pays,
s'approprier
cette
"chose"
européenne
dont l'identité
elle-même est
si peu
consensuelle
qu'elle ne
peut être
traitée que
par euphémisme
? Dont les
limites
ultimes
paraissent
impossibles à
déterminer ?
Dont les
institutions
sont toujours
présentées
comme
transitoires,
ce qui fait
l'effet d'une
sorte de danse
de saint-Guy ?
Dont le
discours mou
et édifiant
paraît
impropre à défendre
les intérêts
européens
comme à
promouvoir ses
conceptions
dans le dur
monde réel ?
Perception
injuste ?
Peut-être,
mais forte, et
anxiogène. On
ne ramènera
vers la
construction
européenne
ces "euro
déboussolés"
qu'en
clarifiant et
en stabilisant
les limites,
les
institutions,
et le projet
européens.
Les limites ?
Reconnaissons
que l'Europe
n'est pas
qu'un projet
politique,
sinon cela
deviendra
l'ONU, mais
d'abord géographique.
Les
institutions ?
Osons admettre
que l'Union,
à 25, 30 ou
plus, est en
train
d'atteindre
avec le traité
constitutionnel
(ou avec
Nice...), ses
formes
durables
d'organisation
globale.
Qu'elle
restera une
originale fédération
d'Etats-nations
- chaque mot
compte - au
sein de
laquelle il y
aura encore
dans cinquante
ans des Français,
des Allemands,
des
Britanniques,
etc. Qu'elle
ne deviendra
pas les "Etats-Unis"
d'Europe. Cela
ne nous empêchera
en rien de
continuer à
lutter en son
sein pour défendre
nos
conceptions
sociales,
renforcer la démocratie,
réguler la
globalisation.
Nous
utiliserons le
potentiel des
institutions
communautaires,
ou agirons par
groupes plus
restreints,
non pas dans
un improbable
noyau dur
unique, mais
à
quelques-uns,
autour de
projets
mobilisateurs
concrets, à
renforcer en
priorité le
gouvernement
économique
dans la zone
euro, bâtir
des politiques
communes
d'avenir,
refonder la
cohésion
sociale,
construire une
capacité
militaire
européenne.
Rendons
l'Europe
rassurante et
appropriable
car si le fossé
élites/populations
n'est pas
comblé, le
malaise
s'aggravera et
c'est toute la
construction
qui se délitera.
Quant à
l'Europe
puissance, si
nécessaire au
monde, si désirée
des Français,
si peu des
autres, elle
ne naîtra par
miracle ni
d'un traité,
ni d'un
ministre européen
des affaires
étrangères,
encore moins
du vote à la
majorité, si
elle n'a pas
fait au préalable
l'objet d'un véritable
accord
politique.
C'est à nous
Français, mal
compris des
autres sur
cette question
cruciale de la
puissance, de
trouver de
meilleurs
arguments pour
convaincre que
si l'Europe ne
devient pas
une vraie
puissance dans
le monde
difficile qui
s'annonce,
elle
restera...
impuissante et
dépendante.
Qu'une Europe
puissance, perçue
comme
tranquille et
multilatéraliste,
pourrait être
exemplaire et
utile. Qu'elle
chercherait
avec les
Etats-Unis, et
avec les
puissances émergentes,
le partenariat
plutôt que la
confrontation.
Cette
explication
franche avec
nos
partenaires
est
indispensable
si nous
voulons lever
les réticences
profondes
qu'ils
nourrissent
envers toute
idée de
puissance, par
pacifisme, angélisme,
atlantisme ou
hédonisme.
L'Europe
devrait se
concentrer sur
ce grand enjeu
extérieur et
laisser plus,
à l'intérieur,
les peuples
respirer.
haut
Architecture
et héritage du
Moyen-Orient
Congrès
- A la
recherche d’un
développement
enraciné dans
les origines
locales
par
MAY MAKAREM,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 13 septembre
2004
"Ethique
et
conscience"
sont-ils les
fondements de
la formation
de
l’architecte
? Il
suffit d’un
plongeon dans
"La République
du béton"
de Philippe
Skaff pour
comprendre
qu’aucune
limite n’a
été fixée
au Liban pour
répondre aux
besoins
d’une société
en expansion.
D’Est en
Ouest, du Sud
au Nord, la
grammaire
complexe
d’un pays rétif,
rebelle à la
rationalité,
nous entraîne
ingénieusement
à nous défaire
de notre passé
et à se
construire un
avenir d’une
laideur désespérante.
Villes et
bourgades, érigées
à coups de
pelles et de
dollars,
arborent le
fanion d’une
civilisation
de chaos,
consument le
paysage,
envahissent
les sites
historiques et
phagocytent
les forêts.
Pillage,
gaspillage. En
creux, c’est
bien un art de
vivre qui se dégage
; c’est bien
l’ambiguïté
de la période
que nous
traversons, la
perte de repères,
l’opacité
croissante
d’une société
réduite à
l’apathie
face aux
drames écologiques
;
l’effroyable
incurie de la
classe
politique qui
permet de créer
des inepties.
Un
problème
d’actualité
qui concerne
un bon nombre
de pays
tiers-mondiste,
doit-on dire.
Aussi,
l’Ordre des
ingénieurs et
architectes,
et l’Union
internationale
des
architectes
(UIA) se sont
mobilisés
durant deux
jours pour
discuter des
"valeurs"
du patrimoine,
du "développement
harmonieux de
l’être
humain dans
une société
en
mutation",
et resituer le
rôle de la
profession
dans la défense
et la préservation
de l’héritage
historique.
Parmi les
participants,
un nombre
d’architectes
libanais, égyptiens,
grecs,
jordaniens,
marocains,
omanais,
russes,
roumains,
syriens et
turcs ont
partagé leurs
expériences
dans le
domaine.
Etaient également
présents,
Jean-Claude
Riguet, président
de l’UIA,
qui regroupe
plus d’un
million deux
cent mille
architectes répartis
sur une
centaine de
pays, Patrice
Genet, président
de l’Union méditerranéenne
des
architectes (Umar),
Frédéric
Husseini,
directeur général
des Antiquités
(DGA), et Véronique
Dauge, représentante
de l’Unesco.
"L’éducation
culturelle et
architecturale
d’un décideur
est un facteur
déterminant
de la qualité
d’un projet
de
construction",
a fait
observer M.
Jean-Claude
Riguet.
Mettant
l’accent sur
les normes
internationales
du
professionnalisme,
établies en
collaboration
avec
l’Unesco, il
a souligné
qu’ il est
du devoir de
la communauté
architecturale
"de faire
face à un
monde de
contradictions,
de contrastes
entre
mondialisation
et
localisation,
internationalisme
et
nationalisme,
universalité
et
particularisme,
flexibilité
et stabilité.
Tout spécialiste
doit composer
avec ces
contradictions,
et trancher
entre la
liberté et
les règles,
l’art et la
science, la
tradition et
la modernité,
le patrimoine
et
l’innovation,
la technologie
et le lieu,
l’assimilation
et la diversité.
La théorie générale
de
l’architecture
est le
processus
dialectique de
ces
contradictions".
Citant, par
ailleurs,
Alvar Aalto,
l’intervenant
a dit que "la
préservation
des différences
devrait être
renforcée. Le
développement
de
l’architecture
devrait être
enraciné dans
les origines régionales
et prendre les
conditions
locales comme
point de départ
de la
recherche de
solutions".
En ce qui
concerne la
technologie,
le président
de l’UIA relève
que le partage
d’expérience
entre les différents
pays et régions
géographiques
"ne doit
jamais être
abordé comme
un simple
transfert de
solutions
toutes faites,
mais comme des
moyens propres
à stimuler
les
imaginations
locales". Le
patrimoine
doit
s’inscrire
dans une
politique de développement
durable. Les
acteurs de la
construction,
de
l’urbanisme,
de
l’environnement
devront
plancher sur
la question de
la réutilisation
et du
transfert de
l’usage des
bâtiments. "Il
faut systématiquement
qu’il y ait
une projection
sur
l’avenir,
c’est-à-dire
s’interroger
sur le devenir
du bâtiment",
a indiqué
pour sa part
M. Patrice
Genet. Citant,
à titre
d’exemple,
les travaux de
"réaffectation"
entrepris à
Saïda, le président
de l’Umar
souligne que
grâce à un
transfert
d’usage, une
nouvelle
valeur a été
donnée à
Khan el-Frange.
De même, la réhabilitation
et la mise en
valeur du Musée
du savon ont
été un
exemple de réussite
en matière de
conservation
du patrimoine.
Tourisme
culturel et
report de
densité
Sur
un autre plan,
le patrimoine
coûte, mais
il rapporte.
De plus, il crée
des emplois.
De même, si
le patrimoine
attire le
tourisme,
l’afflux
trop important
de touristes détruit
le patrimoine.
L’intervention
architecturale
dans un site
recherché
pour la qualité
de son paysage
constitue
souvent un défi
pour le
professionnel
qui se trouve
confronté à
cette tâche.
Alexis
Moukarzel,
doyen de la
faculté des
beaux-arts et
des arts
appliqués à
l’Université
Saint-Esprit
de Kaslik (Usek),
préfère
tabler sur un
tourisme
culturel qui,
contrairement
au tourisme de
masse, n’est
pas
envahissant.
Il est même
"sélectif
et
valorisant".
Cependant, le
spécialiste
ne minimise
pas les
dangers de cet
apport
touristique
puisque
"toute
induction à
un milieu qui
était renfermé
dans une
autarcie
risquerait de
bousculer ses
structures et
donc de
modifier ses
caractéristiques",
a-t-il souligné.
Il ajoute que
"(…)
ces sociétés
retrouveront
leur
participation
à la modernité,
mais
resteront-elles
les mêmes, ou
faut-il
qu’il en
soit ainsi ?
L’approche
thématique de
la
compatibilité
et de la
contradiction,
qui définit
le rapport du
tourisme
culturel au
patrimoine
habité, est
articulée en
deux volets
ayant des
rapports
complexes. Un
milieu
patrimonial
habité est un
reliquat du
passé, mais
il est appelé
à se perpétuer
naturellement,
selon les lois
organiques qui
le régissent
et qui ont
assuré sa pérennité",
conclut Alexis
Moukarzel.
Le patrimoine
est donc une
"force
positive".
Il est
compatible
avec le développement
économique.
Prenant à
titre
d’exemple le
domaine
Cochrane,
quartier
Sursock, Ziad
Akl, doyen de
la faculté
d’urbanisme
de l’Alba,
met l’accent
sur la valeur
élevée des
terrains dans
les espaces
valorisés qui
peut atteindre
"dix fois
la valeur
d’un mètre
carré de
standing équivalent,
mais situé
dans un
environnement
moins
exceptionnel".
Aussi,
"dans un
pays où la
propriété
privée
semble,
d’une part,
intouchable
et, d’autre
part, génératrice
essentielle de
revenus (dans
une
conjoncture
pour le moins
florissante),
le stratagème
consiste à
permettre aux
propriétaires
restant dans
leurs
parcelles des
biens-fonds
classés de céder
leur
“droit” de
construire, à
des promoteurs
qui en
auraient
besoin pour
des projets éventuels",
a dit le conférencier.
Il ajoute que,
"afin
d’éviter
l’anarchie
que ce droit
risque de générer
dans une ville
déjà densifiée
à outrance,
ce report de
densité consécutif
devra avoir
lieu de manière
nuancée. Il
sera réparti
dans des zones
répondant à
des critères
précis
(…)".
Les
résolutions
Sont
également
intervenus
durant ce séminaire,
Kheireddine
Rifaï,
responsable de
la réhabilitation
de la ville
d’Alep,
Tatiana
Kamenava (qui
a parlé de la
restauration
des remparts
de Smolensk et
du souci des
Soviets de se
conformer aux
valeurs
culturelles),
Sedef Altun
(qui a donné
un exposé sur
Antalya, port
riche en
vestiges
romains, croisés
et ottomans,
mais menacé
en raison du
tourisme de
masse de
devenir le
nouveau Las
Vegas turc),
Alexandru
Beldiman (qui
a évoqué la
forte pression
des
investisseurs
laquelle
risque de
transformer
d’une manière
dramatique
l’image de
la vieille
capitale
roumaine).
Parmi les
intervenants,
citons également
Fadi Chiniara,
conseiller près
la municipalité
de Deir
el-Qamar pour
l’architecture,
l’urbanisme
et la
sauvegarde du
patrimoine,
Yasmine
Makaroun Bou
Assaf (qui a
présenté les
diverses
facettes du
patrimoine bâti
au Liban),
Maged Fattal
(Conseil du développement
et de la
reconstruction,
et
coordinateur
du projet CHUD
pour le développement
des principaux
sites
touristiques
du Liban),
Nabil Itani
(CDR,
responsable du
secteur
urbain), Jean
Yasmine (DGA).
Mais la liste
est longue.
Disons,
toutefois,
qu’ils sont
tous
conscients
qu’il ne
faut pas
bouleverser
l’environnement
avec trop de légèreté.
Tous sont
convaincus que
le patrimoine,
qui constitue
un maillon
important de
l’histoire
sociale, a une
valeur esthétique.
Qu’il a une
valeur éducative,
puisque
l’homme est
fondamentalement
un être de mémoire,
une valeur économique,
car
l’industrie
du tourisme
est la première
des industries
de notre époque.
Il y a donc
une action
forte à
entreprendre
par les
gouvernements,
les
municipalités
et la
population
pour protéger
cet héritage.
Les
résolutions
prises à la
fin du congrès
ont particulièrement
mis l’accent
sur des
facteurs comme
la
planification,
la conception
architecturale,
la préservation
du patrimoine
historique, le
recyclage des
bâtiments
anciens et la
réhabilitation
urbaine.
Autant de
facteurs qui
devraient être
intégrés à
un système de
circulation
dynamique, une
relation
espace-temps
moderne. Les résolutions
lorgnent également
du côté
d’un
dispositif législatif
relatif au bâtiment
et prônent la
mise en place
d’un règlement
d’urbanisme
approprié aux
quartiers
historiques et
à leurs zones
limitrophes.
En bref, il
s’agit de définir
des mesures
juridiques
permettant aux
décideurs
d’exercer
une autorité
réelle pour
stopper l’érosion
du patrimoine
ou toute sorte
de dégradation
de
l’environnement.
Une
coordination
entre les différents
secteurs
nationaux et
les organismes
internationaux,
comme l’UIA
(Union
internationale
des
architectes)
et l’Icomos
(Conseil
international
des monuments
et des sites),
est également
souhaitée.
Se
positionner
comme
responsables
Forte
de ses 17 pays
membres,
l’Union méditerranéenne
des
architectes (Umar)
a fêté son
dixième
anniversaire. "L’une
de ses
implications
essentielles
consiste à
protéger nos
acquis
culturels et
à être un
acteur
incontournable
dans la défense
de l’identité
méditerranéenne,
en respectant
toujours
l’autre par
l’écoute et
le dialogue,
explique
Patrice Genet,
président de
l’union.
Nous devons être
sur tous les
fronts pour résister
aux poussées
mondialistes
uniquement
agitées par
des intérêts
économiques.
Nous devrons
poursuivre
notre capacité
à nous
positionner
comme des
interlocuteurs
responsables",
souligne-t-il
avant
d’ajouter
qu’ "il
nous faut plus
que jamais
renforcer les
liens qui nous
unissent pour
conserver
l’indépendance
et la liberté
dans
l’exercice
de notre
profession,
sans
lesquelles la
fonction
sociale de
l’architecte
serait vide de
sens".
Mission
de l’UIA
L’Union
internationale
des
architectes
(UIA), qui
compte plus de
cent pays
membres et un
million deux
cent mille
architectes,
est une
organisation
non
gouvernementale
qui a pour
mission de
représenter
l’ensemble
des
architectes et
de promouvoir
leurs activités
auprès des
organisations
professionnelles
d’architectes
dans le monde
entier. Elle a
aussi pour but
de développer
des contacts
interdisciplinaires
avec :
– le CIO :
Comité
international
olympique ;
– l’ICOMOS
: Conseil
international
des monuments
et des sites ;
– l’ICSID
: Conseil
international
des sociétés
de design
industriel ;
– l’ICOGRADA
: Conseil
international
des
graphistes.
– l’IFI :
Fédération
internationale
des
architectes
d’intérieur
;
– l’IFLA :
Fédération
internationale
des
architectes
paysagistes ;
– l’AIU :
Association
internationale
des urbanistes
;
– l’AIVN :
Association
internationale
du développement
urbain ;
L’UIA est,
dans son
domaine, la
seule
association
officiellement
reconnue par
les
institutions
intergouvernementales
comme
l’organisation
des Nations
unies pour la
science et la
culture
(Unesco), le
Centre des
Nations unies
pour les établissements
humains (CNUEH),
le Conseil économique
et social des
Nations unies
(Ecosoc),
l’Organisation
des Nations
unies pour le
développement
industriel (Onudi),
l’Organisation
mondiale de la
santé (OMS)
et
l’Organisation
mondiale du
commerce (OMC).
haut
Une
nouvelle chaîne
jeunesse pour le
monde arabe
Lagardère
Networks
international
pilote à Qatar
un projet qui
devrait être prêt
début 2005
paru
dans le Figaro
le 19 juillet
2004
Ils ont
monté les
murs, ne
connaissent
pas encore la
couleur de la
moquette mais
savent déjà
ce que doivent
être les
contenus de
leur future
chaîne. "Ni
école, ni
mosquée",
ainsi se
résume le
slogan ou la
ligne éditoriale
de la chaîne
jeunesse en
cours de préparation
au Qatar sous
l'égide du
groupe Lagardère.
Le but du
gouvernement
qui s'apprête
à accorder au
projet un
financement
annuel de 38
millions
d'euros par
an, est de
proposer au
monde arabe -
y compris aux
enfants de l'émigration -
une chaîne
jeunesse qui
échappe à
l'hégémonie
des grandes
majors américaines
et qui renoue
avec un genre
depuis
longtemps
abandonné,
celui des chaînes
ludo-éducatives.
En ligne de
mire, un
projet fondé
sur la
connaissance,
qu'il s'agisse
de son propre
univers ou de
ce qui se
passe ailleurs
dans le monde.
"Nous
voulons qu'il
y ait une
prise directe
sur le réel",
explique
le nouveau
directeur général,
le Tunisien
Mamoud Bounheb
qui entend
embaucher 155
personnes.
"Cette
chaîne doit
permettre aux
enfants de
mieux
comprendre le
monde qui les
entoure et de
répondre à
leurs propres
questions",
poursuit-il.
"C'est
pourquoi dès
le départ
nous misons
sur une
production
propre qui
représentera
50% de la
grille. Nous
voulons mettre
l'accent sur
l'interactivité,
c'est pourquoi
nous allons
notamment
accorder une
large place
aux magazines
et aux
documentaires."
C'est
l'exemple de
Canal J en
France, chaîne
privée de
Lagardère bénéficiant
d'une bonne
notoriété,
qui a été étudié
de près par
les pouvoirs
publics. Si
pour des
raisons
techniques le
projet est
abrité par
al-Jazera,
c'est avant
tout la
fondation du
Qatar qui
pilote le
projet. Cette
dernière,
dont la création
s'inscrit dans
la démocratisation
politique et
donc
culturelle du
pays,
accueille dans
un même lieu
ultramoderne
les plus
grandes
institutions
universitaires,
à commencer
par les
universités
américaines,
comme The
Virginia
Commonwealth
University of
the Arts, le
Weill Cornell
Medical
College, la
Texas A &M
University ou
encore la
Carnegie
Mellon
University.
C'est parce
que cette
dernière prévoit
aussi des
programmes
d'enseignement
pour les
tout-petits
que la
fondation a
une
implication
directe dans
la future télévision
pour la
jeunesse au
point de la
financer sur
son propre
budget. C'est
aussi ce qui
explique
l'engagement
direct et
l'attention
particulière
du ministre
des Affaires
sociales et présidente
de la
Fondation du
Qatar, Sheikha
Mozah Bint
Nasser Al
Missned.
haut
Au
Groënland,
123.000 ans
d'archives
climatiques
par
STEPHANE FOUCART,
publié dans le
Monde du 12
septembre 2004
Comment
est survenu le
dernier âge
glaciaire,
voilà environ
120.000 ans ?
La question
intéresse au
plus haut
point les
climatologues
: y répondre
permettrait
d'obtenir des
indices sur la
survenue du
prochain âge
de glace qui,
tôt ou tard,
mettra un
terme à la période
"chaude"
que nous
connaissons
depuis 10.000
ans environ.
Le projet
international
NGRIP (North
Groënland Ice
Core Project)
vient de
donner des résultats
d'une précision
"fantastique",
selon
l'expression
de Valérie
Masson-Delmotte,
chercheuse au
Laboratoire
des sciences
du climat et
de
l'environnement
(CEA-CNRS).
Ils donnent
une image des
derniers
123.000 ans de
l'histoire
climatique de
l'hémisphère
Nord. Une
carotte de
3.085 m de
longueur a
ainsi été
extraite de la
calotte
glaciaire dans
le nord du Groënland
et étudiée
par plusieurs
laboratoires
européens et
américains.
Leurs travaux,
publiés le 9
septembre dans
la revue Nature,
montrent que
la précédente
période
chaude, antérieure
à 120.000
ans,
connaissait
une température
légèrement
plus élevée
que la nôtre
(environ 5 °C
de plus). Mais
le Groënland
a conservé
alors une
calotte
glaciaire
comparable à
celle
d'aujourd'hui.
Ensuite, les
chercheurs ont
établi que la
transition
vers la période
glacière
s'est produite
de manière
relativement
lente en s'étalant
sur une durée
d'environ
5.000 ans.
Deux
précédents
carottages,
GISP 2 et
GRIP, réalisés
dans les années
1990,
n'avaient pu
fournir
d'informations
fiables que
jusqu'à une période
remontant à
105.000 ans
environ.
Au-delà, les
données des
deux carottes,
forées à
quelques kilomètres
l'une de
l'autre,
divergeaient
et n'étaient
plus considérées
comme fiables.
Si le dernier
âge glaciaire
est arrivé
progressivement,
il n'en a pas
moins été
marqué par
des événements
climatiques
brutaux. Comme
le dit Mme
Masson-Delmotte,
"ce
carottage
confirme ce
que les GRIP
et GISP 2
avaient suggéré
: à savoir
que des
changements de
température
très rapides,
de l'ordre de
10 à 15 °C,
peuvent
survenir en
quelques décennies",
explique la
climatologue.
L'enchaînement
de ces
violents
"coups de
froid" à
l'intérieur
d'une même période
climatique
font l'objet
de nombreux
travaux. Et d'œuvres
de fiction...
Le scénario
d'un récent
film, The
Day After
Tomorrow,
n'hésitait
pas à considérer
que de tels
refroidissements
peuvent se
produire à
tout moment,
à l'horizon
de la semaine
ou du mois, à
la suite d'un
arrêt brutal
du Gulf Stream.
"En
fait, un tel
scénario
n'est discuté
qu'à
l'horizon des
siècles
prochains",
dit Mme
Masson-Delmotte.
Comme
par accident,
les
glaciologues
danois qui ont
pratiqué le
forage ont pu
extraire de la
carotte des trésors
qui intéressent
les
biologistes au
plus haut
point. Sous
les 3 km de la
calotte
glaciaire du
Groënland,
des écoulements
d'eau liquide
ont en effet
pu être captés.
Ces échantillons,
qui recèlent
de la matière
organique -
peut-être des
pollens -,
pourraient
fournir des
informations
sur l'écosystème
qui prévalait
au Groënland
avant même
que la calotte
glaciaire ne
se forme, il y
a plusieurs
centaines de
milliers d'années.
Les travaux,
sur ce point
précis, sont
toujours en
cours. En
attendant des
résultats qui
promettent d'être
spectaculaires,
la grande précision
des données
fournies par
la carotte du
NGRIP
permettra
d'affiner les
modèles
climatiques -
ceux-là mêmes
qui permettent
aux
scientifiques
de prévoir
l'ampleur du réchauffement
à venir.
haut
Marie
dans le coeur
des Français
par
CLAIRE LESEGRETAIN,
publié dans la
Croix le 12 août
2004
La
figure de
Marie connaît
depuis
quelques temps
un véritable
regain de
confiance.
Cette vitalité
est confirmée
par notre
sondage
exclusif
"La
Croix"/CSA,
où Marie
apparaît
comme une
consolatrice
pour beaucoup
de Français. Dans
un monde
brutal, Marie
reste
"la"
figure
maternelle qui
écoute et
console. Six
millions de pèlerins
et visiteurs
annuels à
Lourdes, près
de deux
millions à la
chapelle de la
rue du Bac -
troisième
lieu
touristique
parisien ! -,
plus d’un
million à
Rocamadour
(Lot), 500.000
au
Puy-en-Velay
(Haute-Loire)
et à La
Salette (Isère),
400.000 à
Pontmain
(Mayenne), des
dizaines de
milliers à
Pellevoisin
(Indre),
Lavasina
(Haute-Corse)
ou Marienthal
(Bas-Rhin),
sans oublier
ces milliers
de fidèles
entrant dans
une multitude
de chapelles dédiées
à Notre-Dame
à travers la
France… La
fréquentation
des
sanctuaires
marials,
petits et
grands, ne
cesse
d’augmenter
depuis
plusieurs années.
Avec des pèlerins
très divers,
souvent jeunes
et pour qui,
bien souvent,
la confiance
en Marie
permet une
libre entrée
vers l’Eglise.
Cette vitalité
est constatée
aussi dans
certains
mouvements de
spiritualité
mariale.
Les Equipes du
Rosaire, liées
aux
dominicains,
accueillent
davantage de
jeunes
adultes. Les
"Retraites
de consécration
à la Sainte
Trinité par
Marie"
(1), en
trente-trois
jours, lancées
par la
communauté
des Béatitudes
à partir de
la prière de
saint
Louis-Marie
Grignion de
Montfort,
ainsi que les
"Neuvaines
à Marie qui défait
les nœuds"
(sic), diffusées
par Denis et
Suzel
Bourgerie (2),
connaissent un
succès
surprenant
depuis
quelques années.
Laissée un
peu de côté
après Vatican
II, la Vierge
semble
aujourd’hui
retrouver une
place de choix
dans le cœur
des
catholiques et
des Français,
comme le
prouve notre
sondage. La dévotion
personnelle de
Jean-Paul II
et
l’empreinte
mariale
qu’il a donnée
à son
pontificat y
ont sans aucun
doute contribué.
L’Année
mariale
qu’il avait
décidée en
1988, pour
"remettre
à
l’intercession
de la Vierge
la fin du
deuxième millénaire
et la
perspective du
troisième",
ainsi que
l’Année du
Rosaire
(octobre
2002-octobre
2003), ont
encouragé les
fidèles à
redécouvrir,
seuls ou en
groupe, une
saine dévotion
mariale. Mais
d’autres
explications
peuvent encore
être avancées.
Dans un monde
complexe, dur,
brutal, Marie
reste
"la"
figure
maternelle qui
écoute et
console. Celle
vers qui
l’on se
tourne pour
endiguer la
perte des
racines et le
déclin du
christianisme.
"Si Marie
revient,
c’est à la
mesure des
blessures et
des désarrois
de notre époque",
résume Sylvie
Barnay,
historienne,
maître de
conférences
à
l’université
de Metz (3).
Dans le passé,
les grandes périodes
de dévotion
mariale ont
d’ailleurs
souvent coïncidé
avec des temps
difficiles.
Ainsi, le 15
août
"national"
remonte à la
fin de la
guerre de Cent
Ans, en 1450,
période clé
pour la
monarchie et
l’édification
de la
"nation"
France. Et en
1638, lorsque
Louis XIII
consacre la
France à la
Vierge,
c’est certes
par action de
grâces pour
la grossesse
de son épouse
Anne
d’Autriche,
restée stérile
depuis leur
mariage en
1615. Mais
c’est aussi
pour remercier
Marie de son
aide face aux
périls extérieurs
(troupes
espagnoles) et
intérieurs
(divisions
religieuses).
Cette
augmentation
de la fréquentation
des
sanctuaires
marials ne
doit toutefois
pas masquer,
comme une
vitrine
flatteuse, la
réalité de
la vie ecclésiale
dans les diocèses
et congrégations.
Et puis, cet
actuel regain
des dévotions
mariales
s’accompagne
d’une évolution
des représentations
de Marie.
"Aujourd’hui,
ce n’est
plus tant la
Vierge toute
droite,
presque rigide
et distante,
qui est
recherchée,
mais davantage
la Mère présentant
son Fils et
l’offrant au
monde",
estime le P.
Pierre Jacolin,
mariste, qui a
travaillé sur
les représentations
de Marie à
travers les siècles.
Comme si, dans
le droit fil
du Concile, on
revenait à
une théologie
mariale plus
proche de
celle des
premiers siècles.
"Quand la
piété tend
à faire
passer Marie
d’un statut
de créature
à celui
d’une
divinité, il
y a risque de
dérives, aime
à rappeler de
son côté le
P. André
Cabes, théologien
à
l’Institut
catholique de
Toulouse. La
vraie piété
mariale est
une
disponibilité,
une ouverture
du cœur à ce
que Dieu désire.
Aujourd’hui,
elle revient
sous une forme
plus
authentique,
peut-être
plus évangélique,
car davantage
attachée à
la dimension
concrète et
charnelle de
la foi."
Une dévotion
mariale
davantage
centrée sur
le Christ.
Marie,
au cœur des
autres religions
par
MARTINE DE SAUTO,
publié dans la
Croix le 30
juillet 2004
Marie
pour les chrétiens
(catholiques
et orthodoxes,
mais aussi
protestants),
Myriam pour
les juifs et
les musulmans
: la mère de
Dieu peut se révéler
un trait
d’union
entre les
croyants. Nous
sommes en
1520. Depuis
cinq mois,
Martin Luther
est menacé
d’excommunication.
Pourchassé,
tourmenté,
mis au ban de
l’Empire, il
trouve
pourtant le
temps d’écrire
pour le duc
Jean Frédéric
de Saxe un
commentaire du
Magnificat
dans lequel il
ne cache rien
de son émerveillement
pour la
"douce mère
de Dieu".
"Elle
est, écrit-il,
une personne
unique dans
tout le genre
humain, une
personne élevée
au-dessus de
tous, dont nul
n’est égal.
Elle a, avec
le Père céleste,
un enfant, et
un tel enfant
! C’est
pourquoi on a
résumé tout
son honneur en
un seul mot,
quand on
l’appelle mère
de Dieu. En
parlant
d’elle ou en
s’adressant
à elle,
personne ne
peut rien dire
de plus grand,
même s’il
possédait
autant de
langues
qu’il y a de
feuilles et
d’herbe,
d’étoiles
au ciel et de
sable dans la
mer…".
Comment,
après de tels
mots, Marie
a-t-elle pu
devenir pierre
d’achoppement
entre
catholiques et
protestants ?
En réalité,
les critiques
des Réformateurs
ne
s’adressaient
pas tant à
Marie qu’aux
excès du
culte qui
risquaient,
selon eux, de
porter
atteinte à la
place unique
du Christ.
Luther fait
ainsi dire à
Marie :
"Je suis
l’atelier
dans lequel il
œuvre, mais
je n’ai rien
à ajouter à
l’ouvrage ;
c’est
pourquoi
personne ne
doit honorer
ou louer en
moi la mère
de Dieu, mais
louer en moi
Dieu et son œuvre".
La Contre-Réforme
catholique,
puis la
proclamation
des dogmes de
l’Immaculée
Conception et
de
l’Assomption
ne feront que
durcir les
positions.
Evoquant le
culte marial
et la doctrine
qui le
sous-tend, le
grand théologien
Karl Barth ira
même jusqu’à
parler d’
"hérésie",
d’
"excroissance
maligne".
Aujourd’hui
encore, la
tradition
protestante
refuse un
culte qui
n’a pas de
fondement
explicite dans
l’Ecriture.
Michel Leplay,
pasteur de
l’Eglise réformée,
auteur du
livre Le
Protestantisme
et Marie (Editions
Labor et Fides)
ne cache pas
son "étonnement"
devant le développement
de la
mariologie
dans la piété
et la
liturgie, la
théologie et
la
dogmatisation.
"Il n’y
a pas d’Evangile
selon Sainte
Marie !",
aime-t-il à
dire.
Faut-il
en conclure
que
catholiques et
protestants ne
peuvent que se
déchirer, en
leurs Eglises
et en leurs cœurs,
au sujet de
Marie ? Non !
Le concile
Vatican II, en
effet, a
ouvert la voie
à une reprise
plus sereine
du dialogue œcuménique.
Celui-ci
s’est avéré
particulièrement
fructueux au
sein du Groupe
des Dombes.
Alors qu’un
regain de piété
mariale mal
fondée
exacerbait à
nouveau les
tensions, ce
groupe, composé
à part égale
de catholiques
et de
protestants,
s’est en
effet engagé
en 1991 dans
une démarche
de réflexion
et de
conversion
mutuelle. Les
travaux ont
duré sept années.
Aucune
question n’a
été laissée
de côté. En
présentant sa
réponse (1),
le Groupe des
Dombes pouvait
affirmer avoir
redonné à
Marie
"toute sa
place",
mais
"rien que
sa
place".
Des
divergences
bien sûr
demeurent.
Ainsi, pour
les
protestants,
Marie n’est
pas
d’immaculée
conception.
"L’œuvre
de Dieu en
elle, le
Christ né
d’un corps
de femme,
n’en est que
plus
incroyable
lorsqu’elle
concerne un être
humain pêcheur",
commente
Elizabeth
Parmentier, théologienne
luthérienne.
De même,
Marie n’a
pas été
emportée au
ciel, car elle
partage notre
condition
humaine,
"jusque
dans ses tréfonds,
ainsi que
l’espérance
de la résurrection".
Marie
trait
d’union
entre les
croyants ?
S’ils
ont en commun
avec les
catholiques la
vénération
de Marie, les
orthodoxes
affirment eux
aussi leur
différence.
Elizabeth
Behr-Sigel, théologienne
orthodoxe,
parle à ce
propos d’
"accent"
particulier,
d’approche
plus mystique
que
rationnelle.
D’un point
de vue
dogmatique,
l’Eglise
orthodoxe
s’en tient
à Marie Mère
de Dieu (Théotokos),
reprenant en
cela la
formule du
concile d’Ephèse
qui proclama
(en l’an
431) la double
nature du
Christ, vrai
homme et vrai
Dieu. Bien des
orthodoxes
manifestent
donc
logiquement de
sérieuses réserves
à l’égard
des dogmes
catholiques de
l’Immaculée
Conception et
de
l’Assomption
: ils parlent
le plus
souvent de
Dormition,
pour insister
sur le caractère
humain de la
mort de Marie,
mort douce et
paisible,
entourée des
apôtres -
tandis qu’un
ange, voire le
Christ
ressuscité,
recueille son
âme pour l’élever
à la gloire.
Leur vénération
de Marie
s’exprime en
particulier
dans
l’iconographie
qui fait une
très large
place à la Mère
de Dieu présentant
son enfant au
monde. Elle se
déploie aussi
largement dans
la liturgie
qui contient
cet hymne
magnifique à
la Vierge :
"Plus vénérable
que les chérubins
et
incomparablement
plus glorieuse
que les séraphins,
Toi qui sans
tache enfantas
Dieu le Verbe,
Toi qui es
vraiment Mère
de Dieu, nous
te
glorifions."
Marie
existe-t-elle
hors des
frontières du
christianisme
? La réponse
est oui.
Certes, il
serait abusif
et erroné de
prétendre que
Marie occupe
une place dans
la foi juive.
Celle-ci, en
effet, ne
reconnaît pas
l’identité
messianique et
divine de Jésus.
En revanche,
des voies
juives se sont
élevées pour
inscrire Marie
dans la longue
lignée des
femmes
d’Israël
partenaires de
Dieu, en son
plan d’élection.
C’est le cas
de Colette
Kessler (2)
qui n’exclut
pas que Marie,
fille d’Israël,
"ait pu
être investie
d’une grâce
particulière,
qu’à elle
aussi ait pu
être appliquée
la prophétie
d’Isaïe
parce
qu’elle
porta en son
sein Celui
qui, pour
beaucoup,
devint une
lumière pour
éclairer les
nations".
Plus direct,
Philippe
Haddad ,
rabbin à Nîmes,
reconnaît que
Marie est
"exemplaire
pour les
juifs, en tant
que mère, et
en cela
seulement".
L’islam, en
revanche,
accorde une
place spécifique
à Marie. Le
Coran évoque
à 34 reprises
Myriam. La
sourate XIX
lui est entièrement
consacrée.
Choisie par
Dieu qui l’a
fécondée en
lui insufflant
son souffle,
Marie est
celle qui a
cru aux
paroles de son
Seigneur, la
Siddîqa, la
très
croyante. Elle
est un signe
(aya) et un
modèle (mathal)
pour
l’humanité.
"Pour les
musulmans,
explique le
cheikh Khaled
Bentounès,
Marie est l’être
le plus saint,
le plus pur et
le plus soumis
à la volonté
de Dieu. Par
Marie, Dieu a
régénéré
l’esprit de
prophétie,
prisonnier de
la lettre, et
Jésus, conçu
sans père
humain, est un
signe pour
tous."
Reste que,
selon le
Coran, les chrétiens
sont dans
l’erreur
quand ils
disent que
"Dieu
c’est le
Messie, le
fils de
Marie"
(sourate V
verset 17). La
dévotion de
nombreux
musulmans
(surtout des
femmes) à
"Notre
Dame
Marie"
n’en est que
plus étonnante.
Elle
s’affiche
pourtant au
grand jour à
Notre-Dame
d’Afrique (à
Alger), à
Notre-Dame du
Liban (près
de Beyrouth),
à la maison
de Marie (à
Izmir en
Turquie), en
Egypte et à
Damas, ou
encore à
Notre-Dame de
la Garde (à
Marseille).
Alors, Marie
trait
d’union
entre les
croyants ? Le
cardinal
Francis Arinze
en est
convaincu.
Invité en
juin 2001 à
conclure un
colloque sur
"Marie et
les relations
œcuméniques
et
interreligieuses",
il affirmait :
"Marie a
brillé par
les grandes
qualités que
l’on désirerait
voir chez un
partenaire du
dialogue,
attention à
Dieu, obéissance
à Sa Parole,
aptitude au
silence, à
l’écoute et
à la réflexion,
prière de
louange et
d’action de
grâce adressée
à Dieu, préoccupation
pleine
d’amour pour
le prochain,
pratique du
don de Dieu
avec les
autres."
(1) Marie
dans le
dessein de
Dieu et la
Communion des
Saints,
Editions
Bayard, 195 p.
(2) L’éclair
de la
rencontre,
Parole et
Silence, 284
p.
haut
Entre
Tyr et la Méditerranée,
une merveilleuse
histoire
d’amour
De Naqoura à
Cana, en passant
par la ville côtière
du sud, rien que
du bonheur
par SCARLETT
HADDAD, publié
dans l'Orient-le
Jour le 2
septembre 2004
D’abord,
il y a la mer,
d’un bleu si
intense
qu’il emplit
les yeux et le
cœur. Au
point de faire
oublier
l’urbanisme
sauvage et le
béton si
triste et si
envahissant
qu’il semble
dévorer la
ville. Malgré
ses faubourgs
sans grâce et
son centre désordonné,
Tyr reste un
joyau qu’il
faut aimer et
préserver,
une
destination
obligatoire
pour ceux qui
veulent
vraiment se
replonger dans
le Liban des
Phéniciens et
des marins, ce
Liban si
proche de la
mer qu’il
est en lui-même
une invitation
au voyage.
Longtemps
classée parmi
les zones à
risques du
Liban, Tyr, la
ville du bord
de mer, a pâti
de cette
mauvaise réputation.
Au point que
les dépliants
touristiques
du Liban
d’aujourd’hui
oublient
d’en parler,
se contentant
de concentrer
les atouts du
pays du Cèdre
dans le
centre-ville
reconstruit de
Beyrouth, dans
la montagne où
on peut faire
du ski, à
Baalbeck et
Byblos. Alors
que dans le
Sud profond,
la presqu’île
que forme Tyr
mérite le détour.
Pour les
citadins que
nous sommes,
le trajet peut
paraître
long, mais
qu’est-ce
que une heure
trente, dont
une heure
d’autoroute,
lorsqu’au
bout, il y a
douze kilomètres
de sable
lumineux, léché
par des vagues
chaudes comme
des caresses ?
Mais
avant
d’arriver à
la plage, il
faut passer
par la ville
proprement
dite. L’entrée
peut paraître
rébarbative,
et les bâtiments
publics assez
quelconques,
notamment le
siège de la
municipalité
dans un
immeuble on ne
peut plus
anonyme et
sans caractère.
Heureusement,
l’amabilité
et le
dynamisme de
l’attachée
de presse de
la municipalité,
Nisrine Khadra,
rendent les
lieux moins
tristes.
D’ailleurs,
le seul bâtiment
public un peu
gai est
curieusement
le sérail où
se trouve la
prison, proche
de la mer,
avec ses
grandes fenêtres
et ses volets
gris et
marron. Le
vieux port est
par contre une
véritable
merveille,
avec ses
bateaux aux
noms évocateurs
et ses pêcheurs
au teint buriné
et à la
plaisanterie
facile. Ici,
tout le monde
se connaît et
s’apostrophe
à tue-tête.
Quant à l’étranger,
il est
toujours bien
accueilli,
sans curiosité
ostentatoire,
mais avec un
intérêt
bienveillant.
Le visiteur
est immédiatement
invité à
prendre un
petit bateau
pour se rendre
dans les deux
petites îles
au large de
Tyr, devenues
la destination
touristique préférée
des amateurs
de dépaysement
façon
Robinson Crusoé,
le danger en
moins.
"La hara",
un quartier au
charme envoûtant
Jouxtant
le port,
c’est le
quartier chrétien,
"la hara",
comme on
l’appelle
ici, qui équivaut
pratiquement
au vieux Tyr.
Des maisons
coquettes aux
fenêtres
fleuries
longeant des
ruelles étroites
où il fait
bon flâner,
l’air étant
sans cesse
rafraîchi par
la brise
marine.
Construit de
façon désordonnée
dans un dédale
incroyable de
rues, le
quartier se
termine par
Notre-Dame de
la Mer, une
vieille église
en pierre -
dont la voûte
a été
toutefois
refaite -
qui reste un
lieu de sérénité
et de paix,
dans un
environnement
parfois
violent. Dans
ce quartier
ramassé sur
lui-même, la
vie semble
s’écouler
au rythme lent
des vagues. On
dirait que
rien ne se
passe et que
rien ne
change. Les échoppes
ont l’air de
sortir
d’images
d’il y a
deux siècles
et le
quotidien paraît
doux et sans
surprises.
Pourtant, il
n’en a pas
toujours été
ainsi. Les chrétiens
de Tyr sont
partis en
grand nombre,
d’abord à
cause des
Palestiniens,
puis à cause
de la suite
des événements.
Et pour la
poignée qui
sont restés,
la situation
n’a pas été
toujours rose.
Dans plusieurs
cas, c’est
le mouvement
"Amal"
qui les a protégés,
eux qui ont
longtemps
constitué la
majorité des
habitants de
cette ville.
Mais c’était
à une autre
époque.
Aujourd’hui,
ils sont
heureux d’être
encore chez
eux et ne
semblent pas
avoir de
crainte
particulière
pour leur
avenir. Leur
quartier est
l’un des
plus prospères,
avec ses
petits
restaurants où
tous les
habitants se
précipitent
pour un
petit-déjeuner
de "foul"
(fèves), la
spécialité
de la ville. A
treize heures,
l’heure du "foul"
étant passée,
les
restaurants
ferment leurs
portes et les
propriétaires
paressent au
soleil le
reste de la
journée.
D’autres,
bien sûr,
sont des
restaurants
traditionnels,
qui servent
plusieurs
repas et ont
des cartes à
base de
poisson (comme
l'auberge-restaurant
Al-Fanar ).
D’ailleurs,
comment faire
autrement à
Tyr, où la
mer et ses
bienfaits
semblent être
la raison
d’exister de
cette ville au
charme si
prenant ?
Certes,
il y a aussi
les vestiges,
l’hippodrome
romain où se
tient désormais
en été le
Festival de
Tyr, mais
aussi la route
maritime, un
lieu
incroyable où
les vieilles
colonnes
semblent
descendre
jusqu’à la
mer. C’est
un paradis
pour ceux qui
veulent méditer
sur l’avenir
des
civilisations
et la marche
du monde. Un
endroit où on
se sent si
petit mais
tellement en
harmonie avec
l’univers.
Aux amateurs
d’émotions
fortes, Tyr réserve
plus d’un
bonheur, mais
la félicité
absolue reste
la marche au
bord de la mer
sur les neuf
kilomètres de
plage de sable
blanc. Depuis
que ce cadeau
du ciel a été
décrété réserve
naturelle,
l’exploitation
de la plage
est
strictement réglementée.
Les 59
paillotes
ouvertes sur
les lieux, grâce
à des
autorisations
accordées par
la municipalité,
ne peuvent pas
avancer sur le
bord de mer,
afin de
laisser un
vaste espace
aux baigneurs
et aux
promeneurs.
Car la plage
est en grande
partie
publique. Et
c’est sans
doute la seule
au Liban, où
l’on ne
vient pas pour
s’exhiber.
Ni maillots
dernier cri,
ni plastiques
parfaites.
Ici, on vient
pour profiter
de la mer,
tout
simplement.
Assourdissant,
le bruit des
vagues est là
pour faire
oublier les
soucis, ainsi
que la
sonnerie des téléphones
portables, et
le sable chaud
est aussi
rassurant
qu’une présence
humaine. Tyr,
c’est la
plage de
Deauville
qu’on voit
dans les
films, la
chaleur en
plus, la mode
en moins. Une
eau limpide,
un sable
propre, peu de
badauds et
quelques
femmes en
maillots. La
simplicité et
l’authenticité
restent maîtresses
des lieux. Un
endroit réellement
béni qu’on
quitte avec un
pincement au cœur.
Naqoura
traîne son
spleen de
mal-aimée
Mais
il y a encore
d’autres
lieux à découvrir
dans le coin.
Naqoura la
mal-aimée,
par exemple,
qui traîne
son spleen
depuis que la
Finul a réduit
le nombre de
ses Casques
bleus qui
viennent désormais
de pays du
tiers-monde,
et ne peuvent
donc pas faire
de grosses dépenses
au Liban. Pourtant,
à part le
village qui
s’étend
vers la
montagne, la
rue principale
de Naqoura a
été entièrement
conçue en
fonction des
Casques bleus.
Des petites
buvettes aux
noms imaginés
selon les
nationalités
des soldats de
la Finul, des
magasins qui
vendent de
tout, de
l’appareil
photo aux
serviettes et
sous-vêtements,
ainsi que les
articles de
sport et les
bijoux. Un véritable
commerce
s’est ainsi
développé.
Mais depuis la
libération du
Sud en mai
2000, les
Casques bleus
sont devenus
moins nombreux
et les mieux
payés
d’entre eux
peuvent désormais
se rendre à
Tyr et même
à Saïda et
à Beyrouth,
boudant ainsi
les échoppes
et les
restaurants de
Naqoura. Les
habitants se
plaignent
d’ailleurs
d’être les
oubliés de la
libération, même
si le petit
port de pêche
est en train
d’être réaménagé.
Curieusement,
la mer si
bleue et si
limpide dans
ce coin est
ignorée par
les baigneurs
et aucun
promoteur
immobilier ne
s’est encore
intéressé à
cette région,
qui mérite
pourtant le détour
tant la vie y
est encore
simple et
l’espace préservé.
Reste
encore Cana,
village devenu
tristement célèbre
à cause du
massacre de
civils qui
s’y est déroulé
en avril 1996,
à la suite
d’un
bombardement
israélien.
Mais Cana,
c’est aussi
le village du
premier
miracle du
Christ, le
site ayant été
aménagé par
le ministère
du Tourisme.
Peut-être en
raison de la
rareté des
visiteurs ou
parce qu’il
est situé au
cœur du Sud,
dans une région
aux courbes si
douces, avec
ses vallées
et ses
collines sur
lesquelles se
dressent des
oliviers
bibliques, le
lieu est
merveilleux.
Au point même
qu’avant
d’atteindre
la grotte où
Jésus s’est
retrouvé avec
ses disciples,
on est déjà
imprégné de
la sérénité
du cadre. On
croirait
presque voir
ces
personnages
sculptés dans
la pierre et
dont la mémoire
est ainsi préservée.
Il y a, sur ce
site, un
climat de
spiritualité
qui touche le
cœur de l’être
le plus indifférent.
Dans ce
silence
uniquement
troublé par
le
bourdonnement
des abeilles,
on se sent
presque touché
par la grâce. Mais
l’impression
s’évanouit
rapidement
lorsqu’on
reprend le
chemin de la
capitale avec
la
circulation,
les bruits et
les agressions
constantes.
Toutefois, après
Tyr, Cana et
Naqoura,
c’est un peu
comme si on
avait fait le
plein d’oxygène.
Une bouffée
d’air frais,
dans un
quotidien
pollué.
Tyr
(Sour), fiche
technique
Le
nom vient
d’un mot
araméen qui
signifie un
roc, et cela
ressemble bien
à Tyr, ville
côtière, véritable
presqu’île
à l’extrême
sud du pays.
Située à 80
km de la
capitale, Tyr
abrite entre
80.000 et
120.000 âmes,
selon les
saisons. Mais
elle comporte
de nombreux
vestiges,
romains et phéniciens
essentiellement,
notamment l’amphithéatre
et le vieux
port. Il y a
aussi des
vestiges moins
célèbres
mais tout
aussi intéressants,
car à Tyr,
l’histoire
et la mémoire
sont à chaque
coin de rue.
Ville de tolérance,
ses habitants
sont
multiconfessionnels,
chiites,
sunnites,
maronites,
grecs-catholiques
et
grecs-orthodoxes
notamment. Et
la ville n’a
jamais connu
de luttes
religieuses,
les communautés
y vivant en
harmonie, même
si de nombreux
chrétiens
sont partis
pendant la
guerre. La
municipalité
actuelle, qui
est une
formule amendée
de la précédente
et qui
regroupe 21
membres, est
sous la
houlette du
mouvement Amal.
Avec un budget
de 7 milliards
de LL, elle a
de nombreux
projets pour
la ville,
multipliant
les activités
artistiques et
culturelles,
pour
promouvoir la
ville et y
attirer les
visiteurs.
D’ailleurs,
à Tyr,
l’alcool
peut être
consommé dans
tous les
restaurants et
lieux publics
et les femmes
s’habillent
comme elles le
souhaitent,
les foulards
islamiques côtoyant
les jupes
courtes. L’économie
de Tyr, qui
aurait dû
reposer sur le
tourisme, est
actuellement
basée sur
l’agriculture,
la pêche et
les travaux
d’artisanat.
Mais les
habitants
croient ferme
à un retour
rapide des
touristes.
haut
Alexandre,
maître de la Méditerranée
par
ANNE-MARIE GRUE
et SEBASTIEN
LAPAQUE, publié
dans le Figaro
Magazine le 20
août 2004
Les Perses ont
la maîtrise
des mers, se désole
le roi de Macédoine
au lendemain
de sa deuxième
victoire sur
Darius à
Issos. Il lui
faudra moins
d'un an pour
s'assurer le
contrôle des
rivages méditerranéens.
A l'automne
332, Alexandre
est chez lui
du Bosphore à
Gaza.
Ecrasé par
les armées
d'Alexandre à
Issos, Darius
III a fui à
Babylone,
l'antique cité
des rois de
Babel, sur la
rive droite de
l'Euphrate. De
la capitale de
Nabuchodonosor
devenue le
chef-lieu
d'une satrapie
au lendemain
de la conquête
de Cyrus, le
Grand Roi écrit
à son rival
pour lui
proposer la
paix.
Conscient de
son infériorité
militaire,
Darius
rappelle à
Alexandre les
liens d'amitié
entre Philippe
et Artaxerxès
et pose en
agressé.
Soumis aux décrets
des dieux, il
accepte sa défaite,
mais demande
au roi de Macédoine
de libérer sa
femme, sa mère,
ses enfants.
Mieux encore,
le Perse
propose à
Alexandre de
reconnaître
sa victoire et
ses droits sur
tous les
territoires
asiatiques à
l'ouest de l'Halys
et de devenir
son ami.
Offre étonnante,
qui semble
avoir excédé
le conquérant
en quête de
triomphe
militaire. Il
répond au
Grand Roi,
mais ne daigne
pas discuter
ses
propositions.
Il est
essentiel pour
Alexandre de
refuser de
traiter d'égal
à égal avec
Darius et de
lui rappeler
sans cesse
qu'il est grec
et non
barbare. Sa
campagne obéit
à des motifs
légitimes.
"Vos ancêtres,
ayant envahi
la Macédoine
et le reste de
la Grèce,
nous ont fait
du mal sans
avoir subi antérieurement
de mauvais
traitements.
Nommé général
en chef des
Grecs, et
voulant tirer
vengeance des
Perses, je
suis passé en
Asie ; mais
c'est vous qui
avez commencé
: car vous
avez secouru
Perinthos,
coupable
envers mon père,
et Ochos a
envoyé une
armée dans la
Thrace, qui était
sous notre hégémonie.
Mon père a été
assassiné par
des
conspirateurs
dont vous avez
organisé le
complot, comme
vous vous en
êtes vanté
vous-même
dans des
lettres envoyées
partout..."
Pour
Alexandre,
l'Asie est un
don des dieux.
Il refuse les
ouvertures de
paix du Perse,
qui
donneraient
aux Grecs
l'Asie Mineure
jusqu'à
l'Anatolie. Au
lendemain de
sa deuxième
grande
victoire en
ligne, le
conquérant
est sûr de sa
valeur. Son
ambition n'a
pas changé.
Il veut couper
la flotte
perse de ses
bases en réalisant
par la terre
une conquête
maritime
rendue
impossible par
l'infériorité
de sa flotte.
Autant
Alexandre a été
magnanime avec
les
prisonniers et
pieux avec les
morts perses
qu'il a fait
enterrer,
autant il est
intraitable
avec son
contradicteur.
Darius n'a
qu'une
alternative :
reconnaître
son maître.
"Dorénavant,
quand tu auras
à t'adresser
à moi,
fais-le comme
au roi de
l'Asie ; ne m'écris
pas d'égal à
égal, mais si
tu veux
quelque chose,
fais-le moi
savoir comme
à celui qui
est le maître
de tout ce que
tu as."
Pour
Alexandre, le
passage de
l'Hellespont
par 40.000
soldats macédoniens
et grecs au
printemps 334
a marqué
l'ouverture de
la chasse. Le
jeune guerrier
chéri du
destin regarde
la guerre
comme une
battue royale,
un privilège
accordé aux héros
par Artémis
dans les
vastes forêts
de la vie. Il
ne lâchera
pas sa proie
et le lui fait
savoir.
"Si
d'ailleurs tu
n'es pas
d'accord au
sujet de la
royauté,
bats-toi
encore pour
elle, en
m'attendant de
pied ferme ;
mais ne
t'enfuis pas,
car je te
rejoindrais où
que tu
sois."
Darius ne lui
répond pas.
Trop occupé
à évaluer
ses chances.
L'Euphrate en
l'an 333 est
un fragile
point d'appui.
Déjà ses
troupes fuient
vers l'est et
le Grand Roi
éprouve sa
solitude face
au Macédonien
que rien n'arrête.
Les côtes de
Syrie, de Phénicie
et de
Palestine sont
prises. Tyr et
Gaza tiennent
encore.
Le roi
de Macédoine
craint une
alliance de
revers
Alexandre
n'est pas
disposé à
s'enfoncer
vers l'Orient
en laissant
derrière lui
des places
insoumises et
soi-disant
neutres. Aux
officiers de
son armée, il
demande de ne
pas être
dupes.
"Amis et
alliés, je
vois que nous
ne pouvons pas
passer en
Egypte sans
danger puisque
les Perses ont
la maîtrise
des mers, ni
poursuivre
Darius en
laissant derrière
nous cette cité
de Tyr, dont
l'attitude est
ambiguë, ni
l'Egypte, ni
Chypre, qui
sont aux mains
des Perses ;
et ce n'est
pas sans
danger,
surtout pour
la situation
en Grèce ;
car il est à
craindre que,
si nous nous
portons contre
Babylone et
Darius avec
toutes nos
forces, les
Perses, s'étant
rendus maîtres
à nouveau des
places du
littoral,
n'aillent, de
leur côté,
en montant une
expédition
plus forte,
porter la
guerre en Grèce."
Le roi de Macédoine
craint une
trahison des
Lacédémoniens,
qui pourraient
proposer à
Darius une
alliance de
revers. A
Sparte, l'or
perse coule à
flots. Les
espions
d'Alexandre
lui ont
rapporté que
le roi
spartiate Agis
III avait
rencontré les
amiraux de la
flotte perse
dans les
Cyclades au
moment où il
s'enfonçait
en Anatolie. A
Athènes, ses
émissaires
constatent que
le parti
antimacédonien
attend son
heure, malgré
les gestes
d'Alexandre
pour se présenter
comme le
champion du
monde hellénique.
Au lendemain
de la victoire
du Granique,
il a ainsi
pris soin de
libérer tous
les
prisonniers
athéniens. Ce
qui n'a pas
suffi. Démosthène
et ses amis se
sont félicités
de voir
Alexandre piétiner
en Cilicie, à
la veille de
la bataille
d'Issos. La déroute
de Darius III
les a
contraints à
davantage de réserve.
Car, à
l'inverse des
Spartiates,
les Athéniens
ont mesuré
tout le danger
d'une révolte.
Alexandre a
laissé derrière
lui Antipater
à la tête de
contingents
macédoniens
très
importants. Ce
fidèle général
peut également
compter sur
des alliés
loyaux qui haïssent
à la fois
Sparte et Athènes.
En août 332,
la prise de
Tyr par les
armées
d'Alexandre
après sept
longs mois de
siège
justifie les
préventions
de Démosthène,
qui a
recommandé à
ses
compatriotes
d'être
prudents.
L'hypothèse
d'un soulèvement
grec contre la
Macédoine
appuyé par la
flotte phénicienne
aux ordres du
Grand Roi
appartient au
passé. Les
habitants de
Tyr ont
pourtant essayé
de résister
au conquérant
qui prétendait
sacrifier leur
place à
Melqart, un
dieu local
assimilé à Héraklès.
Les rois-prêtres
de la ville phénicienne
ont appelé
leurs fidèles
au combat.
Protégées
par leurs
remparts sur
leur île
fortifiée,
les autorités
de Tyr ont cru
qu'elles
pourraient se
soustraire aux
appétits
d'Alexandre.
Leurs prêtres
en ont appelé
à Poséidon,
leurs soldats
ont fourbi
leurs armes,
leurs trières
ont pris la
mer, prêtes
pour un combat
naval. Derrière
les murs de
Tyr, les ingénieurs
et les
techniciens phéniciens
ont dirigé la
construction
de catapultes
et de machines
de siège
sophistiquées.
Dans un
premier temps,
Alexandre a
voulu
raccourcir le
siège qui
s'annonçait
en engageant
la bataille
sur les flots,
sous
l'invocation
de Poséidon.
Dans un camp
comme dans
l'autre on
s'en est remis
au jugement du
dieu marin. A
la tête de la
flotte macédonienne
renforcée par
les navires
chypriotes et
macédoniens,
Alexandre a
cru pouvoir
tromper
l'ennemi.
Mieux que de
l'affronter en
haute mer, il
a voulu couper
la flotte
tyrienne de
ses bases en
fondant sur la
ville après
l'avoir obligée
à prendre le
large. Cette
manoeuvre a échoué,
les Tyriens s'étant
repliés à
temps. De
retour vers la
terre,
Alexandre
s'est résigné
à soumettre
la ville
rebelle à un
blocus. A leur
tour, ses
techniciens
ont construit
de lourdes
machines de
guerre tandis
que ses
soldats édifiaient
une longue
digue aux
abords de Tyr.
Le dernier
jour d'août
332, après
avoir bloqué
toutes les
voies de terre
et de mer, les
vaisseaux macédoniens,
grecs,
chypriotes et
syro-phéniciens
sur lesquels
avaient été
fixées les
machines sont
partis à
l'assaut des
remparts, défiant
les catapultes
ennemies. Dès
que les
soldats ont pu
sauter sur les
remparts, une
furieuse mêlée
s'est engagée
contre les
Tyriens épuisés
par sept mois
de siège. Maître
de Tyr,
Alexandre fait
crucifier
2.000 hommes
tandis que
5.000 femmes
et enfants
sont vendus
comme
esclaves.
Alexandre
a fait preuve
d'une folle
intrépidité
Au soir de
cette
victoire, un
dernier
obstacle se
dresse sur la
route de ses
armées :
Gaza,
l'antique
Minoa,
capitale des
Philistins,
dans laquelle
se sont
retranchés un
contingent de
Phéniciens,
des
mercenaires
arabes, des
aventuriers
sans emploi
placés sous
l'autorité de
l'eunuque
perse Batis,
qui veut
s'assurer les
faveurs de
Darius. Le
Grand Roi
vient pourtant
de faire à
Alexandre une
seconde
proposition de
paix, plus intéressante
encore que la
précédente.
Il lui offre
cette fois-ci
tous les
territoires à
l'ouest de
l'Euphrate
jusqu'à la Méditerranée
et garantit
cette alliance
en donnant au
Macédonien la
main de sa
fille Stateira.
"Si j'étais
à ta place,
j'accepterais
l'offre et je
terminerais la
guerre à ces
conditions
pour ne plus
avoir de
danger à
affronter à
l'avenir",
souffle à
Alexandre le général
Parménion,
commandant en
second de son
armée.
"Moi
aussi, si j'étais
à la
tienne",
répondit le
conquérant de
24 ans au
vieux
compagnon de
son père.
Depuis la
bataille du
Granique, où
Alexandre a
fait preuve
d'une folle
intrépidité
aux yeux de
Parménion,
les deux
hommes savent
qu'ils ne
s'entendront
pas. Le roi a
un plan qu'il
ne laissera
modifier par
personne. A
l'exception de
Gaza, toute la
Syrie, toute
la Phénicie
et toute la
Palestine sont
passées sous
sa coupe. Il a
reçu une
ambassade des
grands prêtres
du temple de Jérusalem
qu'il a exemptés
de l'impôt
perse.
Etonnante
rencontre de
l'enfant chéri
du destin et
des représentants
du peuple de
l'Alliance qui
autorisera
certains
chroniqueurs
à penser que
le conquérant
a fait allégeance
au dieu
d'Abraham,
d'Isaac et de
Jacob. En
honorant Jéhovah
aussi bien que
les divinités
grecques,
perses,
syriennes, égyptiennes
et
babyloniennes,
il aurait
pressenti que
tous les
peuples
adoraient un
dieu unique
sous diverses
figurations.
Retrouvant à
sa manière la
pensée
d'Eschyle, "Dieu
est un être
seul sous
beaucoup de
noms", il
aurait rêvé
de mettre fin
au paganisme
en unifiant
l'univers et
les dieux sous
un unique
commandement
et une unique
piété.
Alexandre est
persuadé
d'avoir le
Ciel avec lui.
Dieu mortel,
il se prépare
un avenir
d'homme
immortel.
Au début du
mois de
septembre, il
est sous les
puissants
remparts de
Gaza, la ville
que Phéniciens,
Juifs, Crétois
et Egyptiens
se disputent
depuis des décennies.
Après huit
semaines de siège,
le roi décide
de donner à
ses troupes le
signal de
l'assaut.
Comme à son
habitude, les
jours de
bataille,
Alexandre
sacrifie selon
les rites. A
ce moment, un
oiseau de
proie surgit
dans le ciel.
Un mauvais présage
? Le conquérant
est soumis aux
avertissements
des dieux. Il
demande à
Aristandros de
l'éclairer.
"Roi, tu
prendras la
ville, mais
sois prudent
aujourd'hui",
lui répond
son devin.
Cet oracle
inquiète les
lieutenants
d'Alexandre,
mais n'ébranle
pas le roi qui
a fait sonner
les trompettes
et le
branle-bas de
combat.
Encerclé de
machines, Gaza
ne peut rien
faire contre
ses
assaillants à
l'abri de
remparts de
bois.
L'eunuque
Batis a été
présomptueux.
Il n'a pas les
moyens
militaires de
soutenir un
assaut auquel
les ingénieux
Tyriens ont
succombé
avant lui. A
la quatrième
charge, les
remparts de
Gaza
s'effondrent.
Bataillon après
bataillon, les
Macédoniens
s'engouffrent
dans la brèche,
sous le
commandement
de leurs
officiers.
Soumis au
conseil divin,
Alexandre
s'est d'abord
tenu à l'écart
des combats
avant de
perdre
patience et de
charger à la
tête des
hypaspistes.
Un trait de
catapulte l'a
touché à l'épaule
à travers son
armure. C'est
sa cinquième
blessure. La
violence du
conquérant
n'en est que
plus vive. Les
défenseurs de
la cité sont
massacrés
jusqu'au
dernier, leurs
femmes et
leurs enfants
tous réduits
en esclavage.
Après la
chute de Tyr
et de Gaza, le
combat
continue en
mer Egée.
Mais l'heure a
passé où les
Macédoniens
craignaient la
flotte du
Grand Roi.
L'erreur des
Perses est de
n'avoir pas
soutenu la révolte
du roi de
Sparte Agis
III. Chassée
des Cyclades
et de Chypre,
la marine
perse a perdu
la totalité
de ses équipages
alliés, passés
sous le
commandement
d'Alexandre.
L'amiral
Amphotéros
envoie les
derniers
navires perses
par le fond et
capture ses
amiraux, en
particulier le
farouche
Pharnabaze,
qui réussira
à s'échapper.
Des rives du
Bosphore à
Gaza, les
rivages méditerranéens
sont désormais
contrôlés
par les Macédoniens.
Les arrières
d'Alexandre ne
sont plus
menacés. A la
fin de
l'automne 332,
les portes de
l'Egypte
s'ouvrent
devant lui.
haut
Une
saison en enfer
au Darfour
400 humanitaires
se démènent
dans une région
grande comme la
France
par
MATTHIEU GOAR,
publié dans
Ouest-France le
26 juillet 2004
La
pression
internationale
s'accroît sur
le gouvernement
soudanais pour
qu'il désarme
les milices
janjawids
responsables
d'exactions au
Darfour, à
l'ouest du
Soudan. Plus
d'un million de
personnes ont
trouvé refuge
dans des camps
à l'ouest du
pays et au Tchad
voisin. 40 %
des réfugiés y
souffrent de
malnutrition.
Sur place, la
saison des
pluies a commencé,
rendant le
travail des
humanitaires
encore plus
difficile.
"La pluie
tombe surtout en
fin d'après-midi.
Elle est si
violente qu'elle
détruit les
abris les moins
solides",
rapporte Nolwenn
Conan, infirmière
à Médecins
sans frontières,
à peine rentrée
du camp de
Mornay, 80.000 réfugiés,
à l'ouest du
Darfour. La
pluie pourrait
bientôt isoler
encore un peu
plus cette région
du Soudan. Une région
déjà accablée
de malheurs :
entre 10.000 et
30.000 morts
depuis le début
de la rébellion
et plus d'un
million de déplacés
qui s'entassent
dans des camps
insalubres. Les
chiffres sont
variables, vers
le haut plus que
vers le bas. La
réalité, elle,
est encore plus
trouble depuis
le début de la
saison des
pluies.
"Pendant la
saison humide,
il est
paradoxalement
plus dur de
trouver de l'eau
de qualité dans
les camps. La
pluie crée des
cloaques d'eau
stagnante
favorables aux
épidémies ou
à différents
types
d'infections
dans des camps
à l'hygiène déjà
précaire",
rapporte Thomas
Gonnet d'Action
contre la faim.
Mais
le principal
souci quotidien
des réfugiés
qui peuplent les
132 camps du
Darfour reste la
nourriture. Dans
le camp d'El
Fascher, d'où
revient
justement Thomas
Gonnet, il y a
40.000 personnes
dont 8.000
enfants. Tous
les matins un
marché de 100 mètres
de long avec des
étals presque
vides n'apporte
qu'une infime
partie des
besoins
alimentaires de
la population.
La pluie risque
ne rien
arranger.
"Elle crée
des problèmes
de logistique
car la plupart
des routes du
Darfour ne sont
pas bitumées et
deviennent
boueuses. Nos
4X4 s'y
embourbent alors
que c'est une région
grande comme la
France",
poursuit Thomas
Gonnet. Selon Bénédicte
Goderiaux, une
chercheuse qui a
participé à la
rédaction des
rapports d'Amnesty
International,
"certains
camps du Tchad
sont déjà
inaccessibles
aux envoyés du
HCR (Haut
Commissariat aux
Réfugiés) à
cause de
l'eau". La
situation
pourrait devenir
dramatique.
"Les
maigres réserves
de nourriture
des réfugiés
s'épuisent et
comme ils n'ont
pas pu replanter
leurs cultures,
ils vont bientôt
devenir
totalement dépendants
de l'aide
humanitaire extérieure",
analyse ainsi
Thomas Gonnet.
Museler
les Janjawids.
Mais comment ?
Pendant
ce temps-là,
les exactions
des milices armées,
les Janjawids,
continuent, et
cela malgré
l'engagement
pris par le
gouvernement
soudanais devant
Kofi Annan de
les désarmer.
"Le 18
juillet dernier,
des villages du
sud du Darfour
ont encore été
attaqués. De
nombreuses
femmes sont
venues se réfugier
au camp de Nyala,
par contre il y
avait très peu
d'enfants à
leurs côtés."
Le témoignage
de Thomas Gonnet
est clair. Les
femmes et les
enfants sont les
premières
victimes des
massacres. Voir
des femmes
arriver de leur
village avec peu
d'enfants est
significatif.
400 villages ont
déjà été rasés
depuis le début
du conflit en février
2003. Mais le
gouvernement
soudanais a-t-il
encore le
pouvoir de maîtriser
ces
"cavaliers
de
l'Apocalypse"
comme on les
appelle ?
"Le
gouvernement a
toujours contrôlé
ces milices qui
portent les
uniformes de
l'armée. Les y
intégrer complètement
pourrait être
un bon moyen de
les
soumettre",
estime Bénédicte
Goderiaux. Reste
à savoir si le
gouvernement
soudanais en a
les moyens et la
réelle volonté.
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