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Etrange
politique au Moyen-Orient -
Comment servir son ennemi
Les
actions de Saddam Hussein, jadis,
du Hamas ou de Moqtada Sadr ont
produit des effets contraires aux
buts recherchés
par HOUCHANG HASSAN-YARI et
ABDELKERIM OUSMAN, publié
dans le Devoir le 14 septembre
2004
Les
auteurs sont (resp.) Professeur et
directeur, et Professeur,
Département de science politique
et d'économique, Collège
militaire royal du Canada,
Kingston
La politique au Moyen-Orient
défie l'entendement politique.
On dirait qu'elle s'exerce sans
conscience stratégique parce
que souvent elle produit des
effets contraires aux buts
escomptés par les acteurs. Ces
derniers, qu'ils soient des
oppresseurs ou des opprimés,
compromettent toujours leurs intérêts
nationaux en déployant tout ce
qu'ils ont comme pouvoir
d'action pour que leurs ennemis
triomphent à leurs dépens.
Saddam Hussein, le Hamas,
Moqtada Sadr et les
ultra-conservateurs en Iran sont
les champions de ce jeu bizarre.
Saddam Hussein a été le grand
maître de ce jeu qui a raffermi
la mainmise des Etats-Unis au
Moyen-Orient. En effet, le 12 février
1979, la révolution islamique
en Iran mit fin à la présence
américaine dans ce pays. Les
secousses de cette révolution déstabilisèrent
la domination américaine sur le
"monde" musulman, du
Maghreb à l'Indonésie. Cette
instabilité post-révolutionnaire
et l'excès de rhétorique de
certains dirigeants de Téhéran
(étrangers à l'art de la
diplomatie et dépourvus de
toute expérience étatique) ont
eu pour conséquence d'inviter
Saddam Hussein à faire une
guerre de procuration au profit
des Etats-Unis. Du coup, ces
derniers prirent revanche sur
l'Iran, pays "non
musulman" selon la rhétorique
guerrière sunnite et sûrement
"non arabe" de par ses
origines historiques.
Le résultat fut une guerre de
huit ans (1980-1988) causant d'énormes
dommages humains (plus d'un
million de morts et de blessés)
et matériels (des milliards de
dollars en dépenses
militaires). Le fait le plus
marquant, pendant et après
cette guerre, fut toutefois la réhabilitation
des Etats-Unis dans la région.
En effet, se sentant menacés
par la révolution islamique et
un éventuel débordement de
cette guerre, les petites
monarchies arabes du Golfe
persique se mirent à l'abri
sous le parapluie militaire de
Washington. Motivés par les intérêts
claniques et les impératifs de
sécurité, ces Etats mirent à
la disposition de la machine
militaire américaine leurs
coffres, ports et aéroports.
Les Etats-Unis n'ont pas
seulement regagné leur
influence perdue avec la révolution
iranienne, leur industrie
militaire et aéronautique s'est
aussi enrichie, non seulement
des commandes iraniennes et
irakiennes (les Américains
vendaient des armes aux deux
belligérants), mais aussi des
commandes en armements des émirats
du Golfe.
Cadeau aux Etats-Unis
L'invasion du Koweït
est le deuxième cadeau que
Saddam Hussein a offert aux
Etats-Unis. Cette invasion va
consolider davantage la
domination américaine dans la région.
Le 2 août 1990, à peine sortie
de huit ans de guerre particulièrement
sanglante, l'armée irakienne
s'est lancée dans une autre
aventure militaire sous le prétexte
de réparer une injustice
historique, avec l'objectif
d'enlever au Koweït son statut
d'Etat souverain et le réduire
à une province irakienne. Comme
on le sait, le résultat fut le
contraire de ce qui a été
escompté par Saddam Hussein :
les troupes de ce dernier
subirent une défaite désastreuse
qui a mis depuis lors l'Irak à
genou. Après cette mésaventure
de l'armée irakienne, les
Etats-Unis devinrent
incontestablement la puissance hégémonique
de la région, ce qui renforce
leur hégémonie planétaire au
moment où l'Union soviétique
comptait ses derniers jours. En
conséquence, les petites
monarchies arabes s'attachent
davantage à la puissance américaine
en abritant des milliers soldats
et des équipements américains
sur leur sol, dont une grande
partie servira à l'invasion de
l'Irak par les Etats-Unis en
2003. Cette invasion mettra fin
au règne de Saddam Hussein, qui
s'est avéré n'être qu'un
bluffeur.
Si George Bush père n'a pas eu
le temps de réaliser son
"nouvel ordre" mondial
après la défaite de Saddam
Hussein en 1991, son fils, le
"président de guerre"
et ses amis néo-conservateurs,
pour qui le 11 septembre 2001
n'a été qu'un prétexte
d'expansion du pouvoir américain,
réaliseront leur rêve
d'empire, en renforçant leur
victoire sur les talibans par
une autre victoire sur ce qui
reste de l'armée de Saddam
Hussein. Finalement,
contrairement à ses prétentions,
Saddam Hussein n'était ni Salah
ed-Din (Saladin), illustre
souverain et champion de la
cause arabo-musulmane du Moyen
âge, ni un socialiste anti-américain,
mais un fidèle serviteur
inconscient des intentions
expansionnistes des Etats-Unis
au Moyen-Orient. Il se révéla
par la suite que sa prétendue
puissante garde républicaine n'était
qu'une armée de carnaval devant
la puissance de feu des forces
américaines.
Des bénéfices pour
Sharon
En Palestine,
l'objectif initial du Hamas (le
Mouvement de la résistance
islamique) est de remplacer Israël
par un Etat islamique
palestinien. Mais si l'on y
pense, on se rend compte que ce
mouvement rend le même service
à Israël que Saddam Hussein
aux Etats-Unis. La stratégie du
Hamas a son équivalent chez les
faucons du Likoud; les deux
justifient mutuellement leur
existence et leurs actes odieux.
Tout ce qu'ils ont fait depuis
1993, c'est de torpiller les
accords de septembre 1993 entre
l'Etat d'Israël et l'OLP,
accords destinés à conduire à
une paix entre Israël et la
Palestine. Cependant moins médiatisées,
très peu stigmatisées, les
attaques d'organisations
terroristes israéliennes à
l'endroit des Palestiniens
provoquent moins d'indignation
que celles des organisations
palestiniennes. Depuis que le
Hamas a augmenté le nombre de
ses attaques suicide contre les
Israéliens non armés, les
gouvernements successifs de Tel
Aviv ont eu la tâche facile
d'annexer plus des terres
palestiniennes. Hostile à toute
"concession"
territoriale, le gouvernement
d'Ariel Sharon trouve des alliés
inespérés : le Hamas qui
mène son projet irréaliste de
libérer "toute la
Palestine" et George Bush
qui s'est engagé dans une
guerre tout aussi irréaliste
pour anéantir les terroristes.
Ces derniers sont sans adresse,
mais le président américain se
croit capable de détruire leurs
infrastructures.
Finalement, Sharon, hostile à
toute paix avec les
Palestiniens, est le seul bénéficiaire
à la fois du terrorisme et des
politiques antiterroristes américaines.
Pendant que les Etats-Unis
s'attirent la colère du monde
musulman à cause de leur
logique biscornue qui les a
conduits à envahir l'Irak, et
qu'ils suscitent la désapprobation
de leurs alliés tout en mettant
la sécurité de leurs citoyens
en danger, le premier ministre
israélien, lui, a réussi à détruire
l'Autorité palestinienne (son
objectif principal) qui,
rappelons-le, était déjà
moribonde, sclérosée et
inefficace. De plus, Sharon
gruge encore plus de territoire
palestinien, faisant de ce qui
reste de ce territoire une cage
gigantesque en construisant son
"mur de sécurité"
pour anéantir davantage les
aspirations légitimes du peuple
palestinien à un Etat viable.
Finalement, le parcours de ces
aventures belliqueuses est
parsemé de milliers de morts
parmi les civils palestiniens et
israéliens et jamais la paix
entre ces deux peuples n'a été
si loin.
Le Hamas, même s'il n'est pas
le seul responsable de cette
situation, en porte une grande
responsabilité. Au lieu
d'ajuster ses tactiques de lutte
contre l'armée d'occupation, il
ne semble pas réaliser l'étendue
et la profondeur des changements
survenus sur la scène
internationale depuis le 11
septembre. Sa stratégie est
aussi inconsciente que celle du
Parti Baas irakien qui a prétendu
vaincre l'impérialisme américain
en se fichant éperdument de ses
obligations de désarmement à
l'endroit de l'Organisation des
Nations unies, attitude qui a
servi de prétexte à l'invasion
américaine de l'Irak. Les
Palestiniens pourraient vaincre
l'armée israélienne sans
recourir au terrorisme et même
en s'y opposant ; et ce, en
tenant compte de l'expérience
de la première Intifada qui a
conduit au processus inachevé
d'Oslo. Mais le Hamas a voulu répéter
l'exploit du Hezbollah qui a
forcé le départ du Tsahal hors
du Sud-Liban. Malheureusement
pour le Hamas et pour tous les
Palestiniens et Israéliens
d'ailleurs, dans ce cas on peut
dire qu'une fois n'est pas
coutume. On dirait que l'expérience
du passé n'a aucun effet sur
les attitudes des politiques au
Proche-Orient.
Moqtada Sadr, le nouveau venu
sur la scène politique
irakienne, se révolte contre
l'occupant américain et le
gouvernement irakien désigné
par Washington, et ce, au moment
même où tout le monde voyait
l'échec de l'occupation américaine
et où des voix à l'échelle
internationale s'élevaient pour
demander des comptes à Bush
concernant les actes de torture
perpétrés par les forces armées
de la coalition sur les détenus
de la prison d'Abu Gharib. Mais
l'insurrection de Najaf orchestrée
par Sadr oriente les médias et
l'opinion publique vers l'aspect
confessionnel de la nouvelle
dynamique du pouvoir en Irak,
qui dresse les Irakiens les uns
contre les autres. Ainsi, en
raison de ses actes irréfléchis,
M. Sadr a renforcé les
circonstances favorables pour la
reconstruction de la Garde républicaine
(désormais appelée la Garde
nationale) et une version remaniée
du sinistre Mokhaberat, le
service de renseignements du régime
déchu. La Garde nationale a
fait son apparition publique à
l'occasion du siège de Najaf.
M. Sadr a aussi réussi à
associer, au moins en partie,
les chiites au terrorisme,
affaiblissant ainsi la position
de la majorité des Irakiens
dans le jeu politique de leur
pays. Enfin, l'atrocité
indescriptible contre les
ressortissants étrangers en
Irak au nom de l'Islam ne fait
que renforcer les adeptes de
l'idéologie du choc des
civilisations dont la survie
politique dépend de la
multiplication de telles prises
d'otages. haut
Gabriel
Murr : "Il faut recouvrer
à tout prix la dignité du
Liban"
La MTV ne sera rouverte
qu’avec le retour de l’Etat
de droit, indique l’ex-député
propos recueillis par MICHEL
HAJJI GEORGIOU, publiés dans
l'Orient-le Jour le 2 septembre
2004
Il
y a bientôt deux ans et demi,
en mai 2002, il était porté au
Parlement par une coalition de
l’ensemble des forces de
l’opposition, après une élection
partielle très disputée au
Metn. Quelques mois après, il y
a très exactement deux ans, le
4 septembre 2002, sa chaîne de
télévision, la MTV, était
fermée par une décision
politico-judiciaire (près de
150 de ses 500 employés restent
au chômage). Et, deux mois plus
tard, le 4 novembre 2002, une décision
du Conseil constitutionnel le
destituait de son mandat de député.
Autant d’étapes entrant selon
lui "dans le cadre
d’un coup d’Etat graduel
contre les libertés publiques
et la démocratie au
Liban". Aujourd’hui, et
malgré tous les revers qui lui
ont été infligés, Gabriel
Murr n’a rien perdu de sa détermination
ou de son franc-parler, qui
autrefois a irrité plus d’un
responsable. Il affirme
d’ailleurs faire partie du
club très fermé de ceux qui
n’ont pas le droit de
s’exprimer sur les ondes des médias
audiovisuels. Et il n’a en
rien modifié ses convictions,
malgré les rumeurs que
certaines mauvaises langues répandent
dans le pays.
"Lorsque
je dis que le Liban vit une
semaine noire, et que je ne
passe que sur la New TV à
l’issue de ma rencontre avec
Mgr Audeh... Lorsque j’affirme
que les convocations en Syrie me
font honte, que je me demande
tout haut si nous sommes dans un
pays où la souveraineté a été
annihilée... Quand je dis que
nous, libanais, nous ne
convoquons pas MM. Chareh et
Khaddam pour élire le président
syrien... Mon discours peut-il
être plus clair ?" dit-il.
C’est en des termes toujours
aussi virulents que Gabriel Murr
dresse un bilan des six dernières
années, notamment au niveau des
libertés publiques. Il évoque
dans ce cadre la visite de la délégation
de Kornet Chehwane à Baabda et
les tentatives avortées
d’aboutir à une réconciliation
nationale générale. "La
présidence de la République
n’a-t-elle pas répondu en
fermant la MTV ? Doit-on
proroger l’esprit de vindicte
qui a mené à la fermeture de
la station ?"
s’interroge-t-il. Avant de préciser
que le sort de la MTV est lié
au sort du Liban.
"Plus
important est le danger
d’annihilation de la démocratie
auquel nous faisons face
actuellement", déclare-t-il.
Ce n’est pas normal que le
quotidien syrien al-Saoura titre
que “la Syrie est le plus
grand électeur du Liban”. Il
est honteux pour nous, Libanais,
d’accepter cette prorogation.
Il s’agit du comble de la décadence
démocratique, une
militarisation masquée par des
procédés démocratiques. Et
tout cela va à l’encontre du
cours naturel des choses, au
moment où Saddam Hussein a été
évincé du pouvoir en
Irak...", indique-t-il.
Pour Gabriel Murr, la MTV a été
fermée "non par une décision
judiciaire, mais en raison de la
haine que lui vouaient certains
responsables". "Selon
mes informations, c’est même
l’ancien ministre de l’Intérieur
(Michel Murr) qui a avoué avoir
fabriqué de toutes pièces
l’affaire de l’article 68,
dit-il. C’est un triangle qui
est à l’origine de la
fermeture de la station, formé
de la présidence de la République,
du ministre de l’Intérieur
(Elias Murr) et de l’ancien
ministre de l’Intérieur, avec
l’accord et la bénédiction
de Damas", affirme M. Murr.
Concernant la récente affaire
al-Manar, l’ex-député déplore
qu’il n’y ait pas eu une
mobilisation similaire en faveur
de la MTV, tout en prenant
position pour la défense des
libertés publiques quelles que
soient les circonstances.
L’annihilation de la justice
Toujours
dans l’optique de son bilan
des libertés publiques, Gabriel
Murr dresse le constat suivant :
"Les six dernières années
ont été marquées par le
pouvoir des services sous le
couvert de la démocratie et par
la répression systématique des
jeunes qui manifestaient pour
les libertés publiques, les 7
et 9 août 2001. Par contre,
ceux qui portaient des haches et
des coutelas pouvaient protester
en paix dans les rues sous la
protection du ministre de
l’Intérieur. Samir Geagea
croupit toujours en prison.
Pourtant, plusieurs chefs de
milices sont au pouvoir. Mais la
justice est inique, arbitraire
au Liban. Ce régime a été
celui de l’annihilation de la
justice."
En
ce qui concerne le projet
d’amendement de l’article 49
et la prorogation du mandat
Lahoud, M. Murr déclare :
"On n’amende la
Constitution qu’en cas de nécessité
nationale. Que veut dire
l’expression “relations
stratégiques syro-libanaises”
? La convocation des
responsables libanais à Damas
comme s’ils étaient de
vulgaires employés ? C’est un
mohafez qu’on veut nous
assigner ? La plupart des députés
vont prendre leur décision et
voter en fonction des desiderata
de Damas. C’est la fin de la démocratie
au Liban. Il existe un
quasi-consensus libanais contre
l’amendement constitutionnel,
et au lieu d’en profiter pour
édifier une nation, le pouvoir
a préféré aller vers l’égoïsme
et les relations très étroites
avec Damas, ajoute-t-il. La MTV
n’est plus importante dans ce
contexte, à l’heure où
l’on tente de fabriquer un
pouvoir répressif fondé sur
les SR, qui, par la menace,
forcent les députés à opter
pour la prorogation, comme cela
a été le cas pour Elie Ferzli,
Mohsen Dalloul, Nicolas
Fattouche...". Gabriel Murr
participera aujourd’hui au
Congrès pour la défense de la
République à l’Ordre de la
presse. "Je serai présent
pour toute initiative visant à
rendre au Liban sa souveraineté
et son indépendance. La dignité
du pays est perdue, et il faut
la retrouver à tout prix",
ajoute-t-il. Avant de trancher :
"Et la MTV ne sera rouverte
qu’avec le retour de l’Etat
de droit."
haut
Plaidoyer
pour le christianisme arabe
par
HENRI TINCQ, publié dans le Monde
du 11 août 2004
Il
n'y a pas de privilège du
malheur. La comptabilité des
victimes des conflits irakien et
israélo-palestinien n'autorise
pas de comparaison sur le sort,
plus ou moins tragique, de telle
ou telle communauté. La
microcommunauté chrétienne
d'Irak, agressée lors du
premier dimanche d'août - des
églises attaquées à Bagdad et
à Mossoul, des morts et des
blessés - n'a pas la palme du
martyre. Mais on doit
s'interroger sur le sort et
l'exode de tous ces chrétiens
d'Orient vers un Occident plus
clément. Le phénomène ne date
pas d'aujourd'hui. Mais le chaos
irakien, la guerre israélo-palestinienne
et l'onde de choc, dans toute la
région, de la montée des extrémismes
confessionnels alimentent plus
que jamais une émigration préjudiciable
à l'équilibre de la
civilisation. La présence des
chrétiens au Proche-Orient est,
à cet égard, aussi
indispensable que celle de
l'islam en Europe. Le quart de
la population chrétienne
d'Irak, saignée - comme toutes
les composantes religieuses et
ethniques du pays - par la
guerre, la dictature et
l'embargo a fui depuis 1991,
quand elle était encore près
d'un million. Mais, dans un pays
comme la Syrie, qui a donné
sept papes et des empereurs
romains, elle n'est plus
qu'environ 10 % - 1.200.000 fidèles
-, deux fois moins que dans les
années 1950.
Présents
dans ce berceau de la chrétienté
depuis deux mille ans, de rites
grec orthodoxe (la majorité) ou
syriaque, les chrétiens syriens
ont quitté leur région du
Nord-Est (Djezireh), d'Alep et
de Homs (l'ancienne Emèse). En "Terre
sainte" (Jordanie,
territoires palestiniens, Israël),
les communautés chrétiennes se
réduisent aussi comme peau de
chagrin. A Jérusalem, où a
commencé leur aventure, les chrétiens
ne sont plus que quelques
milliers contre 50.000 en 1948.
D'autres hauts lieux de la
Palestine chrétienne comme Beth
Jala, Beth Saour, Bethléem, ou
Nazareth en territoire israélien,
les ont vus partir vers l'Amérique.
Ils ne sont plus que 70.000 en
Cisjordanie, 3.000 à Gaza,
120.000 dans l'Israël arabe.
S'il en reste
6 millions en Egypte, combien de
coptes émigrés croise-t-on
aussi en Amérique du Nord, en
Australie, en Nouvelle-Zélande
? Combien de chrétiens libanais
ont choisi de partir
outre-Atlantique et en Europe, où
les couvents maronites désormais
les suivent (dans la région
lyonnaise et en Belgique) ? Ceux
qui sont restés, après les
ravages de la guerre civile et
de la crise économique, ne sont
plus qu'un million et demi. Au
total, le monde arabe comprend
environ 12 millions de chrétiens.
Des chrétiens qui sont chez eux
au Proche-Orient, qui sont les
fils de cette terre, en parlent
la langue, en partagent les
habitudes vestimentaires,
culinaires, sont les héritiers
d'une histoire très particulière,
d'un patrimoine culturel,
artistique, liturgique, théologique
unique au monde. C'est à partir
de cette terre que s'est faite,
il y a deux mille ans,
l'expansion de la nouvelle
religion en Mésopotamie -
l'Irak actuel, l'une des premières
régions évangélisées, selon
la tradition, par saint Thomas -
en Syrie, en Turquie, en Arménie.
C'est à Antioche (Antakya dans
l'actuelle Turquie) que, pour la
première fois, les croyants en
Jésus et en ses disciples
furent appelés "chrétiens".
Des
minorités fragilisées
On aurait
tort d'oublier que cet Orient
est la terre des premiers moines
du désert (Egypte), des
premiers grands théologiens -
les Pères de l'Eglise, des sept
conciles qui, du IVe au VIIe siècle,
ont formulé à Nicée, Chalcédoine
ou Ephèse, les fondements
doctrinaux, le "symbole
de la foi" (Credo), la
double nature du Christ, à la
fois "vrai Dieu et vrai
homme", le dogme de la
Trinité... Cette œuvre de
maturation a laissé des traces
dans la consternante division de
ces Eglises d'Orient, soumises
à une quinzaine de patriarcats,
à une foisonnante diversité de
langues et de rites. L'archaïsme
de ces divisions, le rapport
différent à l'identité arabe
- plus fort chez les Grecs
orthodoxes que chez les Libanais
maronites ou les Assyro-Chaldéens
d'Irak - ont fragilisé la
situation de ces minorités
historiquement ballottées par
l'insécurité, l'instabilité
politique, les crises à répétition,
l'appétit des grandes
puissances.
Plus qu'un
pays, le Liban est un "message",
avait lancé Jean Paul II à
Beyrouth en 1995. Un "message"
d'entente confessionnelle qui
n'a pas résisté aux assauts de
quinze ans de guerre civile,
mais dont le Proche-Orient,
depuis, a plus que jamais
besoin. Un message de
coexistence entre des majorités
étatiques et des minorités
religieuses qui est une
condition de survie et le remède
à l'amalgame entre le
christianisme et l'Occident aux
couleurs de l'Amérique, dont
les chrétiens arabes sont
aujourd'hui les victimes. Dans
ces terres labourées par une
histoire d'exodes et d'exils, de
massacres et de conquêtes,
personne n'oublie l'écrasante
responsabilité du christianisme
occidental (latin). Des épisodes
comme les Croisades et le sac de
Constantinople (il y a
exactement 800 ans), comme l'
"uniatisme" de
Rome dans les territoires chrétiens
orthodoxes - dont les Chaldéens
d'Irak, nés en 1552, sont un
fruit -, puis une certaine
arrogance des missions
catholiques et protestantes qui
ont importé leur modèle de
suprématie occidentale ont
enflammé les imaginaires
collectifs et fait naître des
idéologies d'exclusion mutuelle
qui n'ont pas épuisé leurs
effets et dont les minorités
chrétiennes d'Orient ont
toujours fait les frais.
"N'avons-nous
pas nous-mêmes induit nos chrétiens
en tentative d'immigrer,
demande Mgr Ramzi Garmou, archevêque
de Téhéran, lui-même irakien,
quand nous leur avons appris,
dans nos écoles, non seulement
des langues étrangères, mais
aussi un style de vie et une
culture occidentale ?"
Changer la perception stéréotypée
que les chrétiens d'Occident
ont encore de leurs frères
d'Orient est sans doute la première
condition pour renouer les
dialogues. Devant l'actuelle hémorragie
migratoire, on ne peut exclure
l'effacement, dans quelques générations,
de toute présence chrétienne
significative. Mais personne ne
peut raisonnablement se résoudre
à une telle perspective, à
commencer par les pays
arabo-musulmans eux-mêmes.
Outre que les plus extrémistes
des islamistes verraient ainsi
leurs vœux comblés, ces pays
ne peuvent ignorer que la
stabilité et la sécurité
passent par la protection de
leurs minorités, la sécularisation
de leurs institutions, la démocratie,
le pluralisme politique et
religieux, la liberté
d'association et de conscience,
la garantie d'un statut égal
pour toutes les confessions. "Conférer
aux chrétiens la qualité de
citoyens à part entière, leur
accorder une liberté effective
d'exercice de la religion et la
réciprocité d'un traitement égal,
voilà une vertu qui honorerait
les pays arabes", écrit
Joseph Yacoub, Syrien de
confession chaldéenne, dans Au
nom de Dieu. Les guerres de
religions aujourd'hui et demain
(J.-C. Lattès, 2002).
"Solution
laïque"
Les chrétiens
qui restent en Jordanie, en
Palestine, en Irak ou en Syrie témoignent
d'une volonté de coexistence
qu'ils veulent croire encore
possible. Se résigner à leur
disparition serait considérer
comme inéluctable l'exclusion
de ces minorités, diminuer les
chances d'équilibre et de paix,
prendre son parti du
"choc des
civilisations". Issu
d'une famille protestante qui
est minoritaire en France et qui
a payé au prix fort sa
reconnaissance, Jean-Paul
Willaime, éditorialiste de Réforme,
a pu écrire, au lendemain des
attaques contre les églises en
Irak, qu' "il faut préserver
une chrétienté arabe comme il
faut préserver un islam européen".
Non seulement parce que la
reconstruction de l'Irak ne
pourra se passer d'aucune de ses
composantes, mais aussi parce
que "la présence d'une
minorité religieuse oblige
chaque société à trouver la
solution laïque adaptée à son
histoire et à sa
configuration".
haut
Jean-Pierre
Chevènement : "Je suis
sincèrement effrayé par la
Constitution européenne"
L'ancien
ministre y voit un "carcan
d'orthodoxie libérale" et
"un outil d'inféodation
aux Etats-Unis"
propos
recueillis par PASCALE SAUVAGE
et ERIC ZEMMOUR, publiés
dans le Figaro le 25 août 2004
Le
mouvement de Jean-Pierre Chevènement,
MDC devenu MRC, organise son
Université d'été à Méry-sur-Oise
les 4 et 5 septembre, sur le thème
: "L'Europe : indépendance
ou vassalisation ?". Ce
sera l'occasion pour l'ancien
candidat à la présidentielle
de faire sa rentrée. Depuis son
échec de 2002, il était resté
silencieux. Mais, décidé à
participer au débat référendaire
sur la Constitution européenne,
il appelle d'ores et déjà à
voter non. Et ne ferme pas du
tout la porte à une éventuelle
candidature à la présidentielle
de 2007...
* Qu'avez-vous
fait pendant ces vacances ?
J'ai lu, entre
autres, avec beaucoup
d'attention, alinéa par alinéa,
le texte abusivement présenté -
car ce n'est qu'un traité de
plus - comme une
"Constitution européenne".
* Et quelle est votre
impression ?
Je suis sincèrement
effrayé. C'est un carcan
d'orthodoxie libérale étouffant
pour l'économie et, en matière
de politique étrangère et de
défense, un outil de
vassalisation aux Etats-Unis.
* Le traité de
Rome n'était-il pas déjà un
traité d'essence libérale ?
C'est la Commission européenne
qui a, depuis le traité de
Maastricht, érigé le
principe "d'une
concurrence libre et non faussée"
au-dessus de tous les
autres. La
"Constitution", en réaffirmant
ce principe, interdit toute
politique industrielle. De même,
la "Constitution"
empêcherait toute politique
de défense autonome.
* Qui empêchera
les pays qui le souhaitent d'élaborer
une défense commune ?
Toute défense commune devra
être "compatible avec
la politique de sécurité élaborée
dans le cadre de l'Otan" (art.
I 40 al. 2). Par ailleurs, le
principe même des coopérations
renforcées entre Etats est
conditionné à l'accord du
Conseil et du Parlement européen.
L'espoir d'une Europe à géométrie
variable est ainsi étouffé
dans l'oeuf.
* C'était
pourtant la grande idée du président
de la République, et celle de
la France ?
La France est marginalisée.
Une Europe à vingt-cinq rend
mécaniquement majoritaires
les gouvernements les plus inféodés
aux Etats-Unis. Enfin, la
parité franco-allemande a été
gravement rompue. La règle de
la pondération démographique
dans les votes au Conseil
donne au pays le plus peuplé
un avantage plus que
proportionnel à sa
population. C'est une idée de
polytechnicien !
* La composition
de la Commission européenne
par son président, le
Portugais Barroso, va-t-elle
dans ce sens ?
La France n'a plus qu'un
commissaire sur vingt-cinq.
Elle pourrait, à partir de
2009, n'en avoir plus aucun,
avec les règles prévues de
rotation. Je ne sous-estime
pas l'importance du secteur
des transports. Je connais M.
Barrot, le commissaire français,
qui est travailleur et sérieux.
Mais il est indéniable que,
dans cette commission, les libéraux
et les atlantistes ont pris la
part du lion.
* Qui est selon
vous responsable de cette
marginalisation de la France ?
L'élargissement, depuis
que le principe en a été
accepté, en 1993, sous la
cohabitation entre François
Mitterrand et Edouard
Balladur, n'a pas fait l'objet
d'une véritable négociation.
Et c'est aussi le fruit de
l'influence américaine !
* Les socialistes
accusent aujourd'hui Jacques
Chirac d'avoir cédé sur le
libre-échangisme contenu dans
le projet de Constitution...
Il l'était déjà dans
le traité de Maastricht,
confirmé par ceux d'Amsterdam
et de Nice. Assez de
faux-semblants ! La
responsabilité est solidaire.
* Les socialistes
sont très divisés sur la réponse
à apporter au référendum
européen. Le PS ne
risque-t-il pas de se
disloquer ?
Je n'y crois guère car il
faudrait beaucoup de courage
au PS pour rompre les liens
oedipiens qui l'attachent aux
choix sociaux-libéraux
effectués dès 1983 et encore
plus au moment de Maastricht.
François Hollande pourrait le
faire... s'il se libérait de
la tutelle de Lionel Jospin.
Je doute, malgré ses qualités,
qu'il en soit capable. Le
"droit d'inventaire"
ne sera pas exercé.
* Croyez-vous à
un retour de Lionel Jospin en
2007 ?
Le choix stratégique
pour le PS est de savoir s'il
peut continuer à vivre sur
son héritage social-libéral.
François Hollande a-t-il la
capacité de s'autonomiser
pour entrer "dans la cour
des grands" ? Laurent
Fabius aura-t-il l'audace
d'une stratégie de rupture,
comme Mitterrand en avait fait
le choix avant 1981 ? La
"tétanisation" des
autres prétendants est évidemment
la condition d'un retour
possible de Lionel Jospin.
* Beaucoup de
socialistes ne sont pas très
éloignés de vous sur
l'Europe. Une réconciliation
est-elle possible ?
Socialiste... Ce mot-là a
perdu aujourd'hui beaucoup de
sa substance. Certains
dirigeants
"socialistes" m'en
veulent beaucoup. Pour avoir
refusé la première guerre du
Golfe. Pour avoir refusé
Maastricht. Pour avoir refusé
d'avaliser le processus de
Matignon sur la Corse. Je
n'accepte pas le procès
qu'ils me font depuis le 21
avril. C'est un déni de démocratie,
une insulte à mes électeurs.
Ce n'est pas à moi de changer
de position, mais à eux. Je
les y aiderai en leur
fournissant dans un prochain
livre quelques arguments.
* En faveur du non
au référendum sur l'Europe ?
Certainement : un non
construit, argumenté et, si
j'ose dire, positif. Il est
certain que parmi les
vingt-cinq pays concernés,
plusieurs, dont j'espère la
France, refuseront ce texte.
Il faudra renégocier ce traité,
revoir ces institutions pour
retailler l'Europe à l'aune
de la compétition mondiale :
exiger de la Banque centrale
qu'elle tienne compte aussi,
en plus de l'inflation, de la
croissance et de l'emploi ;
assouplir le pacte de stabilité
; réorienter la politique de
la concurrence. Au-delà, il
faut permettre le surgissement
d'un acteur stratégique
mondial, autonome par rapport
aux Etats-Unis, à partir du
noyau franco-allemand.
* Dans la majorité,
le combat entre Nicolas
Sarkozy et Jacques Chirac
s'est encore aggravé cet été.
Qui est responsable ?
Le quinquennat, en
rapprochant les échéances,
pousse les prétendants à affûter
leurs couteaux. Nicolas
Sarkozy a un réel talent de
communication. C'est une boule
d'énergie. Mais je ne suis
pas sûr qu'une droite libérale
et, en quelque sorte, "américaine"
puisse se maintenir
durablement au pouvoir en
France. Notre pays est attaché
au rôle de l'Etat, au pacte républicain
et à une certaine forme d'indépendance.
* Vous avez
l'impression que Jacques
Chirac est, lui, sur cette
ligne ?
Il faut savoir gré à Jacques
Chirac (et au Pape) d'avoir
empêché que l'invasion de
l'Irak ne tourne au conflit de
civilisations. Le président a
bien vu que l'enjeu était
simple : le Moyen-Orient, zone
stratégique majeure, avec les
deux tiers des réserves pétrolières
et le prix du baril qui
s'envole, peut-il être laissé
directement et durablement aux
mains des Etats-Unis ?
* Entre Chirac et
Sarkozy, qui va gagner ?
Je ne sous-estime nullement
l'habileté de Nicolas Sarkozy,
mais il ne faut pas négliger
la puissance des institutions.
Jacques Chirac peut se représenter,
changer de gouvernement,
promouvoir des hommes
nouveaux. J'ai déjà vu un président
étouffer un premier
ministre...
* En 2007, la présidentielle
pourrait donc voir s'affronter
Chirac, Sarkozy, Jospin et
Chevènement ?
Le jeu qui s'était refermé
après le 21 avril 2002 va se
rouvrir avec le référendum
sur l'Europe et l'élection présidentielle
de 2007. Avec plus de 1,5
million de voix, j'ai obtenu,
sans le soutien d'un grand
parti - et quelle que
soit la valeur du MDC d'alors -
plus que les Verts, les
communistes et les radicaux.
Le courant républicain n'a
pas disparu, et pour cause :
les défis restent devant nous
! Tout homme politique qui
croit en ses idées se doit de
peser dans les moments décisifs.
Directement ou indirectement.
haut
France-Liban
- Dix ans de partenariat méditerranéen
Paris veut donner un
coup de fouet au protocole de
Barcelone
par KHALIL FLEYHANE, publié
dans l'Orient-le Jour le 26
juillet 2004
Pour
le dixième anniversaire du
partenariat dit euro-méditerranéen,
la France invite le Liban, tout
comme sans doute les autres pays
associés, à revigorer le
processus de Barcelone. De
nouvelles idées seraient les
bienvenues, indique Paris. Pour
qui, à l’instar du reste des
autres capitales européennes
impliquées dans ce programme,
ce terreau peut être d’une
grande utilité. En termes de présence
active, donc d’influence, dans
cette région charnière
qu’est le Moyen-Orient. Où le
Vieux Continent tente, depuis
des lustres, de faire pièce,
dans la mesure du possible, à
la pénétration US. Un objectif
rendu encore plus pressant aussi
bien par les développements
actuels que par les perspectives
qu’induit le fameux Broad
Mena. On sait en effet que, sous
le label initial de "Grand
Moyen-Orient", les Américains
ont concocté un gigantesque
projet articulé sur des réformes
de démocratisation accélérée
visant les régimes orientaux.
Un programme stratégique
qu’ils ont dû réviser à la
baisse, si l’on peut dire, à
la suite des réticences des
pays visés comme des réserves
européennes. Les concessions
fondamentales que les Américains
ont accepté de faire leur ont
permis d’obtenir, en définitive,
l’aval du G8. Qui a
solennellement adopté le
programme dans sa nouvelle
mouture. Expurgée d’abord
d’éléments géopolitiques
comme l’inclusion de contrées
excentrées (le Pakistan, l’Afghanistan,
etc). Et, surtout, de
l’exigence, à la limite
absurde, d’imposer des réformes,
un carcan, préfabriqués. Il
est donc désormais entendu que
chaque pays procédera à son
toilettage à son rythme,
suivant ses spécificités
propres.
Il
n’empêche que dans sa finalité
diplomatique, le Board Mena,
bien que dorénavant approuvé
par les Européens, Français en
tête, constitue un concurrent sérieux
pour le processus de Barcelone.
Que Paris entend dès lors
revivifier dans sa globalité.
C’est-à-dire dans ses volets
politiques, économiques,
culturels et sociaux qui
canalisent des projets variés
dont le budget reste considérable.
Parallèlement, mais dans le même
sens, Paris transmet à Beyrouth
le souhait d’une contribution
dynamisée au cénacle pour
l’avenir. Un organisme qui
doit pouvoir rivaliser avec ces
regroupements productifs que
sont les Rencontres
eurasiatiques ou la Coopération
asiatique économique pacifique. A
partir du cénacle précité, il
est possible de déborder en
quelque sorte, partiellement, le
Board Mena. Par des propositions
réformatrices ciblées qui
n’auraient pas l’air d’être
négativement opposantes, mais
constructives.
L’obstacle israélien
Le
ministre français des Affaires
étrangères, Michel Barnier, a
soulevé ces points lors de son
passage au Caire, à Ramallah et
à Amman, indiquent à Beyrouth
des sources diplomatiques. Qui
précisent que le chef de la
diplomatie française n’a pas
cru devoir voir les Syriens, les
Libanais et encore moins les
Israéliens. Ajoutant qu’on ne
sait pas encore pourquoi Barnier,
qui connaît bien le Liban où
il compte de nombreux amis,
tarde à visiter Beyrouth. Une
ville où il a participé à de
multiples colloques académiques.
Ces sources diplomatiques
cachent mal leur désappointement,
dans la mesure où les liens séculaires
libano-français gardent
beaucoup d’importance. Les
cadres cités se demandent si
par hasard Barnier attend que
les nuages qui se sont amoncelés
entre Paris et Tel-Aviv se
dissipent. Ce qui signifierait
que, pour le moment, il ne
souhaite pas agacer les Israéliens,
qu’il ne veut pas voir (à
cause notamment de la déclaration
de Chirac précisant que Sharon
est persona non grata en
France), en allant rencontrer
les Syriens ou les Libanais. Si
ces spéculations sont exactes,
il faudrait sans doute beaucoup
de temps avant que le ministre
français ne vienne à Beyrouth,
ajoutent ces sources. En tout
cas, Barnier a un agenda chargé
pour le mois en cours : il
s’occupe du Darfour, se rend
au Soudan, puis effectue une
tournée africaine devant le
mener notamment au Tchad, au Sénégal
et à Pretoria.
Barnier,
indiquent encore ces personnalités,
s’est montré aussi actif que
diplomate dans ses démarches récentes.
Il a pris soin de ne pas se
rendre en tout premier lieu à
Ramallah, ce que les Israéliens
auraient considéré comme un défi
flagrant. Il n’a vu Arafat
qu’après avoir visité Le
Caire et Amman. Mais avec le
vieux chef palestinien, il
s’est montré catégorique ;
Arafat doit soutenir
l’initiative égyptienne sans
louvoyer. Il doit de même procéder
aux réformes sécuritaires qui
lui sont demandées, en mettant
les services sous l’autorité
du gouvernement et non plus de
la sienne propre. Barnier a donc
répercuté avec fermeté la
position de l’Europe, forte il
faut dire du vote à l’Onu aux
côtés des Palestiniens contre
le mur israélien. De plus, la
France, comme Barnier l’a dit
à Moubarak comme au roi
Abdallah, n’entend pas se
laisser duper par Sharon : son
plan de retrait de Gaza ne peut
pas être considéré comme une
fin en soi. Et il faut qu’il
initie une politique sérieuse
de promotion de la "feuille
de route" du quartette.
C’est-à-dire de la reprise du
processus de paix.
haut
Beslan
: les faillites d'un monde
antique
La
tuerie démontre combien la
Russie ignore la sécurité et
la protection qu'un Etat démocratique
doit à ses citoyens
par
JEAN DE BOISHUE, publié dans
Libération le 8 septembre 2004
L'auteur
est ancien ministre, agrégé de
russe
L'épouvantable
tuerie de Beslan ne peut
malheureusement pas être considérée
comme une surprise. La Russie
n'est pas capable d'une guerre
contre le terrorisme, et ses échecs
récents sur son propre
territoire contre la violence
tchétchène démontrent la
faillite de son système de
protection, de prévention et
d'organisation. On ne saura
peut-être jamais si ce sont les
preneurs d'otages qui ont pris
l'initiative du bain de sang ou
si ce sont les commandos du FSB
qui ont pris la décision d'un
assaut calamiteux. Quelle que
soit la réalité, saute d'abord
aux yeux l'incapacité des
autorités à prendre en charge
sur place ces dizaines d'enfants
nus, couverts de sang et embarqués
Dieu sait où, sans accueil, ni
recensement, ni soins d'urgence.
Cette incurie dans le traitement
des victimes, sujet dont la
France traite si parfaitement,
est révélatrice non seulement
de l'inexistence de ce que nous
appelons la protection civile,
mais plus encore de la tragédie
d'une Russie en proie à
l'effondrement de son système
prophylactique, cause majeure également
d'un inexorable déclin démographique.
Le constat d'échec
vaut aussi pour l'assaut ou le
contre-assaut du FSB. On ne
pouvait pas plus mal faire,
puisque la quasi-totalité des
otages a soit perdu la vie, soit
subi de graves traumatismes.
Quelle que soit la chronologie
des événements, l'action s'est
faite à l'aveuglette avec pour
seule réussite l'extermination
du commando preneur d'otages.
Faut-il s'en étonner ? Pendant
des décennies, le savoir-faire
policier soviétique était
tourné contre sa propre
population. L'actuel, le russe,
ignore les formes occidentales
d'atteinte à l'ordre public,
autrement dit tout de cette sécurité
et de cette protection qu'un
Etat démocratique doit à ses
citoyens. Après les terribles
expéditions punitives des années
30 ordonnées par Staline contre
la paysannerie et les grévistes
des usines, l'ordre russe
consista à pratiquer la
terreur, la délation, la déportation,
les exécutions sommaires, inhérentes
à un régime totalitaire
soucieux, non pas de la sécurité
des citoyens, mais de leur mise
au pas idéologique. Ainsi,
paradoxalement, la Russie
d'aujourd'hui n'a aucune culture
sécuritaire et son adhésion,
voulue en fait par les Américains,
au club de l'antiterrorisme
mondial ne suffit pas pour
traiter des désordres de toute
nouvelle nature. A Beslan comme
ailleurs, les Russes ont pratiqué
ce qu'ils ont toujours pratiqué
sur les champs de bataille :
l'assaut, cette forme de stratégie
archaïque où les vagues de
l'infanterie se relayent dans la
mort et sans compter les morts
jusqu'à la victoire. Les
piteuses explications du chef
local du FSB témoignent de
cette conviction patriotique que
ses troupes sont allées au bout
de leur devoir et, qu'à ce
titre, elles sont lavées de
tout péché d'incompétence.
Au-delà de
ce désastre, la tuerie de
Beslan révèle l'immensité du
champ démocratique que la
Russie a encore à conquérir.
Si, depuis une décennie,
beaucoup de choses ont évolué
dans le sens de la liberté
d'expression, d'une démocratie
élective, d'un régime économique
libéral, on voit que la Russie
vit encore dans ce "cercle
rouge" où personne n'a
jamais appris à personne qu'on
ne peut plus avancer dans
l'Histoire en laissant derrière
soi une traînée de sang. Ce
sont encore les scories du
communisme, voire du tsarisme,
qui pèsent d'un poids énorme.
On a tort de reprocher à
Jacques Chirac ou à l'Europe de
"ménager"
Poutine. Rien ne serait plus
dangereux que d'enfermer les
Russes dans le deuil de leurs
blocages. Mieux que quiconque,
le peuple russe sait de quoi la
tragédie de Beslan est faite.
Il faut l'aider, par contagion,
par proximité, en démontrant
qu'il vit désormais en Europe
et plus dans son empire. Le
problème n'est pas de chercher
des coupables, mais de savoir
que, de bonne foi, les Russes
n'ont fait que ce qu'ils savent
faire. C'est cette incurie,
cause principale d'une
apocalypse hors échelle, qui
unit dans une mêlée sanglante
un terrorisme barbare et une répression
militaire sans perspective et
hors d'usage. Images et résultats
d'un monde resté encore, à
bien des égards, sur ses frontières
antiques. haut
Le
corps du patriarche
grec-orthodoxe d'Alexandrie
retrouvé en mer Egée
publié par l'AFP le 12
septembre 2004
Le
corps du patriarche
grec-orthodoxe d'Alexandrie Pétros
VII, décédé samedi avec 16
autres personnes dans un
accident d'hélicoptère en mer
Egée, a été retrouvé
dimanche par les équipes de
sauvetage au large du Mont
Athos, dans le nord-est de la Grèce.
Après des retards constatés
dans le lancement de l'opération
de sauvetage, le Premier
ministre grec Costas Caramanlis
a reconnu dimanche "des défaillances
dans le système de l'armée"
et annoncé que le ministre de
la Défense Spilios
Spiliotopoulos avait demandé la
démission du chef d'Etat-major
de l'armée de l'air, Panayotis
Papanikolaou. Peu après, le
chef d'Etat-major a envoyé sa
lettre de démission, en
affirmant que les responsabilités
qu'on lui attribuait n'étaient
pas fondées.
Deuxième
dans la hiérarchie orthodoxe,
le patriarche d'Alexandrie et de
toute l'Afrique Pétros VII, né
à Chypre en 1949, était une
personnalité très estimée de
son Eglise pour son ouverture et
son engagement humanitaire en
Afrique. Ce prélat, le plus
jeune de son rang dans la hiérarchie,
avait accédé au trône
historique d'Alexandrie le 21 février
1997. La dépouille du
patriarche a été transférée
dimanche par hélicoptère à
l'hôpital militaire d'Athènes
d'où elle devait être
transportée dans la soirée à
la métropole d'Athènes dans le
centre-ville, pour permettre aux
fidèles en Grèce de rendre
hommage au patriarche. Le corps
devait être transporté ensuite
au Caire (Egypte), où siège le
Patriarcat orthodoxe
d'Alexandrie, selon l'Eglise de
Grèce.
L'accident
s'est produit alors que Pétros
VII se rendait au monastère de
Vatopédiou sur le Mont Athos,
haut-lieu de l'orthodoxie, à
638 km d'Athènes, où il devait
effectuer sa première visite
officielle en tant que
patriarche. L'hélicoptère qui
le transportait, un Chinook de
l'armée de terre, s'est abîmé
en mer alors qu'il devait
atterrir à 11h05 (08h05 GMT) au
Mont Athos. L'appareil avait décollé
d'Athènes à 09h35 (06h35 GMT).
La presse dominicale grecque
faisait sa Une sur cette
"tragédie", tandis
que les journaux d'opposition
critiquaient la gestion de cette
affaire par le gouvernement de
droite. Le chef d'état-major de
l'armée de terre Nikolaos
Douvas a de son côté indiqué
qu'il avait été informé de la
disparition de l'hélicoptère
à 13h15 (10H15 GMT), soit plus
de deux heures après sa
disparition des écrans radars.
Une commission ministérielle a
été constituée pour établir
les causes de l'accident. Les
premiers indices excluent la
piste d'un attentat terroriste,
selon des sources ministérielles.
M. Caramanlis a souligné que
"cet accident tragique était
très lourd pour l'Eglise
orthodoxe, l'hellénisme et les
forces armées".
Le
patriarche oecuménique
d'Istanbul et primat de
l'orthodoxie, Mgr Bartholomée
1er, le chef de l'Eglise
orthodoxe grecque, Mgr
Christodoulos, et l'Eglise de
Chypre ont exprimé "leur
profonde douleur". Les
recherches en mer, menées à
l'aide d'un important dispositif
militaire, se poursuivaient
dimanche pour tenter de
retrouver l'épave de l'hélicoptère
et les corps de huit passagers,
après la découverte de neuf
corps, dont celui du patriarche
Pétros VII, depuis samedi soir.
Les recherches au large du Mont
Athos, où avaient été localisés
samedi après-midi des débris
de l'appareil, étaient rendues
"particulièrement
difficiles" par la
profondeur de la mer à cet
endroit, selon le ministère de
la Marine marchande. Parmi les
corps repêchés et identifiés
dans la nuit de samedi à
dimanche, figuraient le frère
du patriarche Pétros VII,
Georges Papapétrou, un laïc
qui vivait en Grèce. Outre le
patriarche d'Alexandrie, son frère
et les cinq militaires membres
de l'équipage, se trouvaient à
bord deux métropolites de l'Eglise
d'Alexandrie, quatre autres prélats
et quatre laïcs.
haut
Jacques
de Voragine, le chercheur d'âme
La Pléiade
ainsi qu'un essai savant
reviennent sur "La légende
dorée", cette merveilleuse
collection de vies de saints
datant du XIIIe siècle
par
SEBASTIEN LAPAQUE, publié dans
le Figaro Littéraire le 8
juillet 2004
Légende. Non
pas fable ou histoire forgée
par les hommes pour se divertir.
Légende, "ce qui doit être
lu". Et "dorée"
par la valeur de ce qu'elle veut
nous obliger à lire de l'intérieur,
intus legere. C'est le mouvement
propre de l'intelligence selon
Thomas d'Aquin. Les modernes se
figurent trop volontiers que la
nuance "dorée" associée
à La Légende de Jacques de
Voragine renvoie aux enluminures
des parchemins, à la précieuse
orfèvrerie des reliquaires, aux
fastes liturgiques de la Sainte
Eglise catholique et romaine au
XIIIe siècle. Avant
d'entrer dans cette belle
collection de vies de saints,
avant de retrouver saint André
et saint Nicolas, saint Thomas
et saint Etienne, saint Jean,
saint Paul, saint Rémi, sainte
Lucie et sainte Agnès, sainte
Marine, saint Michel, saint Côme
et la bienheureuse Marie
toujours vierge, il faut bien
avoir à l'esprit que le regard
que Jacques de Voragine porte
sur ces héros de la foi est
tout d'intériorité. A sa manière,
c'est un moraliste, plus attaché
à percer le sens profond des
choses que de se faire
l'historien du passé. Les
reproductions de bois gravés
qui accompagnent l'édition de
La Légende dorée que nous
offre aujourd'hui la Bibliothèque
de la Pléiade le font sentir.
C'est une belle redécouverte.
Le bienheureux Iacopo de Varazze
(1228-1298) était un petit
oublié depuis la dernière
traduction française, due à
l'abbé Roze et parue à Paris
en 1900. Celui que la postérité
a retenu en France sous le nom
de Jacques de Voragine est
pourtant l'auteur d'un des
bestellaires du XIIIe siècle,
copié et recopié, traduit dans
de nombreuses langues
vernaculaires. Son auteur fut à
la fois prêtre, théologien,
artiste, aventurier de Dieu et
homme d'action engagé dans les
folies de son temps. Provincial
de l'ordre dominicain en
Lombardie, archevêque de Gênes,
il arbitra le conflit entre
Guelfes et Gibelins. Une des
nobles figures d'un siècle
optimiste, persuadé que l'homme
est la splendeur du monde et non
sa honte. Un siècle convaincu
que la nature humaine et la
nature divine se sont rapprochées
en la personne de Jésus-Christ,
par un mouvement de convergence
"asymptotique" : tel
est le mot qu'emploie Thomas d'Aquin
en sa Somme contemporaine de La
Légende dorée de son frère
dans l'ordre prêcheur. Par-là,
le visible a cessé d'être coupé
de l'invisible et le Ciel de la
Terre. La sainteté, telle qu'en
parle l'archevêque de Gênes,
prolonge cette bonne nouvelle
extraordinaire. Ni la chair ni
le sang ne sont les ennemis de
ses saints et des saintes, mais
bien plutôt l'Esprit des Ténèbres,
qu'ils affrontent sans cesse, à
moins qu'ils ne parviennent,
comme sainte Julienne, à le
tenir en laisse.
Voilà ce qui frappe
l'imagination d'Angélique, l'héroïne
du Rêve d'Émile Zola, qui ne
possède pas d'autre livre que
La Légende dorée, étonnée
par ce mélange permanent
d'actions grandioses,
d'obstacles redoutables, de
martyres et de violences faites
à l'humanité. Elle "en rêvait
la nuit, elle ne vivait plus que
dans ce monde tragique et
triomphant du prodige, au pays
surnaturel de toutes les vertus,
récompensées de toutes les
joies". C'est que la foi
chrétienne, au siècle d'Albert
le Grand, ne s'embarrasse
pas de litotes. Passée une
première crise des images, et
en attendant celle que
constituera la Réforme, le
peuple de Dieu veut des couleurs
vives et des contrastes marqués.
Non pas du merveilleux, comme on
l'a souvent dit, mais du
surnaturel. Et des images qui,
comme celles des vitraux,
laissent passer la lumière.
Avouons-le : Jacques de Voragine
a quelquefois tendance à
adopter les canons grossiers de
la littérature populaire. Et on
se demande quelquefois si cette
longue suite de saints "céphalophores"
(ceux qui ont retrouvé leur tête
après avoir été décapités),
de rois thaumaturges, de
princesses martyrisées, de
jeunes filles jetées en pâture
aux lions, de soldats percés de
flèches, de démons perfides et
d'archanges valeureux n'aurait
pas mieux sa place dans la littérature
et le cinéma d'épouvante dont
notre siècle est friand.
Mais La Légende
dorée est ainsi faite. Ne pas
le comprendre, c'est passer à côté
de l'esprit de l'œuvre, qui
celui de la chrétienté. Cette
chrétienté qu'on s'obstine à
envisager d'un point de vue
politique quand il faudrait la
regarder comme un songe. Le rêve
éveillé d'une Europe conçue
comme une vaste cathédrale par
des hommes et des femmes qui
attendaient que la volonté de
Dieu soit faite sicut in coelo
et in terra, sur la terre comme
au ciel. Un peuple chrétien
encadré par des clercs plus
soucieux de rationalité qu'on
ne l'a dit, sans cesse en guerre
contre les superstitions, le
miraculeux et le magique. L'idéal
d'un ordre temporel chrétien
n'aurait pas eu de sens s'il
n'avait été sans cesse informé
par la mystérieuse et profonde
charité du Christ dont témoignent
précisément les vies de saints
racontées par Voragine.
L e souhait du frère prêcheur,
c'est de prendre la suite de ses
héros pour construire un monde
nourri par la révélation évangélique.
A ses contemporains, il apprend
à lire sans cesse le miracle de
l'Incarnation. C'est qu'il y a
d'émouvant dans sa foi belle et
dure. Et qui continue de frapper
celui qui croit au Ciel comme
celui qui n'y croit pas. Loin,
très loin du pessimisme des
religions orientales et de leur
négation du monde extérieur,
Jacques de Voragine s'émerveille
du mystère de chaque chose créée,
aimant et chérissant cette
terre pour elle-même, même
lorsqu'elle prend les apparences
d'une vallée de larmes. Voilà
pourquoi il n'y a rien de légendaire,
au sens moderne cette fois-ci,
dans ce que met en scène son
livre. Bien au contraire. Tout
est vrai, au sens d'une vérité
profonde capable de traverser
les apparences. Et le plus vrai
de tout, chez lui, c'est la
mesure du temps chrétien au
rythme duquel s'ordonnent ses
vies de saints : celle du
calendrier liturgique, capable
d'inscrire le temps cyclique
d'une année pleine dans le
temps linéaire de l'histoire du
salut, comme le rappelle Jacques
Le Goff dans sa préface.
Cette inscription d'un temps
court dans le temps long se
prolongeait d'ailleurs avec la
messe. Pour le comprendre, on
lira Le Sens spirituel de la
liturgie de Guillaume Durand, évêque
de Mende et contemporain presque
exact de Jacques de Voragine. Un
livre majeur pour comprendre la
signification mystique de
l'Office divin, drame sacré
renouvelé chaque matin par le
prêtre à l'autel. Un autre
fleuron du beau XIIIe siècle.
La
Légende dorée, de
Jacques de Voragine, Préface
de Jacques Le Goff,
Edition d'Alain Boureau,
Gallimard/Bibliothèque de la
Pléiade, 1664 p.
Le
Sens spirituel de la liturgie,
de Guillaume Durand, Présentation
de Claude Barthe, Préfacé et
traduit du latin par Dominique
Millet-Gérard, Ad Solem, 530
p. haut
Un athlète
de Sidon vainqueur en Grèce il
y a 2.400 ans
paru dans l'Orient-le Jour
le 24 juillet 2004
L’ambassadeur
de Grèce au Liban, M Nikolaos
Vamvounakis, a donné une réception
au Grand Sérail sous le
patronage du Premier ministre,
M. Rafic Hariri, pour célébrer
l’ouverture des Jeux
olympiques d’Athènes de
l’an 2004 et saluer le départ
de la délégation olympique
libanaise. Il y a 2.400 ans,
un athlète de Sidon, Diotime,
fils de Dionysos, s’est
rendu en Grèce et fut proclamé
vainqueur dans une course de
chars. L'historienne Nina
Jidéjian explique qu’au
milieu du XIXe siècle, un
grand bloc de marbre est mis
à jour dans un jardin de
Sidon par Ernest Renan qui a
publié ces faits dans la
revue Mission de Phénicie en
1864. La statue n’a pas été
retrouvée mais
l’inscription en lettres
grecques commémore la
victoire de Diotime : "La
ville de Sidon célèbre des fêtes
en ton honneur, car toute la
Grèce retentit de ce cri :
'Ce n’est pas seulement par
tes galères aux flancs
recourbés que tu excelles, tu
remportes aussi des victoires
avec les chars attelés'."
haut
Eline
Briant, speakerine du Hezbollah
Son père est breton, sa mère
allemande, et tous deux sont athées.
Il y a deux ans, Eline, étudiante
lyonnaise,s'est convertie à
l'islam. A 21 ans, elle présente
le journal en français d'Al-Manar,
la télévision du parti chiite
libanais
par JOSE-ALAIN FRALON, publié
dans le Monde du 17 septembre
2004
Elle semble
heureuse, Eline. Et elle le dit.
Avec un rien de mysticisme : "Je
me sens accomplie." Ou,
plus prosaïquement, avec les
mots d'une jeune fille de 21 ans
: "Je suis bien dans mes
baskets." Elle porte un
long manteau et un voile gris,
serré autour d'un visage très
pâle, qui n'a pas dû beaucoup
profiter du soleil des plages de
Beyrouth. Le sourire est omniprésent
et éclate souvent en une
cascade de rires. Oui, elle
semble heureuse, comme une
enfant en train de jouer un bon
tour au monde entier. Ce n'est
pas banal de se retrouver à son
âge présentatrice à Al-Manar,
la télévision du Hezbollah
libanais, quand on a grandi dans
la région lyonnaise entre un père
technicien supérieur, d'origine
bretonne, et une mère d'origine
allemande, athées tous les deux
! D'autant qu'Al-Manar va être
ces prochaines semaines sous les
feux de l'actualité française
: le Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) devrait décider
si la chaîne peut continuer à
être diffusée en France. Le
CSA avait en effet jugé "intolérable"
par son antisémitisme un
feuilleton de trente épisodes,
produit par les Syriens et
diffusé sur Al-Manar lors du
dernier ramadan
(octobre-novembre 2003). Fin août,
les dirigeants de la chaîne,
plaidant leur cause devant le
Conseil d'Etat, avaient reconnu "le
caractère inadmissible"
du feuilleton incriminé, qui,
selon eux, avait été mis sur
l'antenne "par
erreur". Le CSA avait
aussi dénoncé une ligne éditoriale
valorisant les actes
terroristes.
Mélange détonant
de sérieux et de fanatisme, de
langue de bois et d'ouverture,
Al-Manar est aujourd'hui regardée
par près de 20 % des Libanais.
Sa diffusion ne cesse
d'augmenter dans le monde arabe.
Entre un jeu télévisé, dont
le vainqueur peut
(virtuellement) entrer à Jérusalem,
des sketchs montrant des enfants
enterrant un drapeau israélien,
ou des talk-shows de haute
qualité, la chaîne diffuse
aussi des images d'attentats
suicides en Israël ou des
clips, montés à partir
d'images d'archives ou
d'actualité, qui contribuent au
martyrologe palestinien. Eline
nous reçoit au siège d'Al-Manar,
un ensemble moderne dans la
banlieue de Beyrouth, qui
tranche avec la pauvreté du
quartier. De nombreux balcons
sont entièrement recouverts de
grandes couvertures grises, pour
empêcher, religion oblige, tout
regard de pénétrer dans les
appartements. Ici, c'est le fief
du Hezbollah (le parti de Dieu),
dont dépend Al-Manar. Ce
mouvement, au départ une simple
milice née durant l'occupation
israélienne du Liban dans les
années 1982 et suivantes, a
pris, en 1992, un tournant décisif
en se transformant en un parti
avec pignon sur rue. Chiite
pro-iranien, soutenu par les
Syriens, le Hezbollah, s'il a
encore une branche militaire
active, mène parallèlement une
intense activité politique et
surtout caritative. La
multiplication de ses
organisations sportives, éducatives,
sanitaires, explique en partie
sa popularité et notamment sa
victoire écrasante aux dernières
élections municipales
libanaises.
Créée en
octobre 2002, lors du sommet de
la francophonie, la section française
d'Al-Manar semble être le
domaine des femmes. Elles s'y
expriment toutes dans un français
parfait. Après avoir salué
Eline d'un signe de tête - pas
question de lui serrer la main
-, l'entretien peut commencer.
Pourquoi, dès les premiers
mots, en dépit du sourire
communicatif, se sent-on envahi
par un étrange malaise ? Comme
si une erreur de distribution s'était
glissée quelque part. A moins
que ce ne soit la présence
ininterrompue d'une de ses consœurs
à côté de la jeune Française.
Eline, en effet, ne reste jamais
seule face aux confrères de
passage. Ce jour-là, comme dans
les films policiers, une "méchante"
et une "gentille" se
relaieront à ses côtés. La
"méchante", voilée
de noir, au regard peu amène,
se contentera de lui rappeler
que l'entretien ne devra pas se
prolonger après une certaine
heure. La "gentille",
Leïla, une Libanaise diplômée
en journalisme, qui a passé
plusieurs années en France,
fera, elle, preuve d'une
dialectique à toute épreuve et
d'une solide formation idéologique.
Eline raconte
son histoire. La rencontre de
son père, un technicien
d'origine bretonne, avec sa mère,
une Allemande, éducatrice spécialisée,
venue de Hambourg. Eline naît
près de Lyon et poursuit, dans
un petit village, une scolarité
apparemment sans histoire. "Depuis
mes onze ans, je m'intéresse à
la religion. C'est à cet âge
que j'ai demandé à mes parents
s'ils pouvaient m'inscrire au
catéchisme parce que je voulais
un peu connaître la religion
catholique. Ils m'ont dit qu'ils
préféraient que j'attende
d'avoir mes dix-huit ans pour
que je sois plus sûre de mon
choix." Plus tard, elle
découvrira le bouddhisme : "Tout
ce qui était un peu Inde, etc.,
m'avait bien intéressée, sans
vraiment m'y mettre mais je
lisais un peu de choses
dessus." Elle lit aussi
des passages de la Bible. "Je
trouvais que cela ne
correspondait pas exactement à
ma vision du monde. Je trouvais
que c'était comme une histoire
que l'on racontait, ce n'était
pas clair." Elle entre
au lycée et quitte alors son
village pour une plus grande
agglomération. Là, elle côtoie
des élèves maghrébins, qui
l'initient à leur culture et à
leur religion. "Ces
rencontres ont changé l'image
que je me faisais d'eux. Je les
voyais sortir du ramadan avec
les taches sur leurs mains, cela
me choquait. Une nourriture qui
n'était pas comme la mienne,
pas la même couleur de peau,
j'en avais même un peu
peur."
En terminale,
elle se lie d'amitié avec une
lycéenne marocaine - "Elle,
c'était chaud avec le prof de
philo, avec qui elle se
disputait à propos de
l'existence de Dieu !"
- qui lui offre un petit Coran.
Sa conversion date-t-elle de
cette époque ? "Non,
cela m'a pris beaucoup de temps.
J'étais bien profondément athée.
Je n'ai pas lu le Coran tout de
suite. Je me disais :
"Tiens, j'ai quelque chose
de différent dans ma
poche." J'ai commencé à
le lire à la fin de ma
terminale." Elle est
rapidement conquise. "Dans
la Bible, dit-elle en
cherchant ses mots, il n'y
avait pas - comment dire ? - de
conseils personnels pour s'améliorer.
En lisant le Coran, il y a
vraiment toi, la société et le
monde." A cette époque,
en 2000, elle rencontre Ali, un
étudiant en informatique,
libanais, qui va devenir son
mari. "On a beaucoup
discuté religion. Il m'a aussi
beaucoup aidée à avoir une
autre culture. Différente de
celle des Algériens ou des
Marocains."
Eline, qui a
commencé un BTS de tourisme, se
convertit en 2002. Elle continue
à vivre à Lyon. Elle ne se
voile pas tout de suite. "Je
ne me sentais pas différente,
je me sentais accomplie. Je
restais la même Eline mais avec
un Dieu qui existe." Beaucoup
de ses amis s'éloignent d'elle.
"Nous n'avions plus
vraiment les mêmes idées."
Les relations avec ses parents
se durcissent. "Déjà,
eux, ils ne sont pas croyants.
Alors, me voir adopter la
religion musulmane, qui est
tellement caricaturée par les médias
! Ils se sont dit "Mon Dieu
!"" Eline se
reprend en riant : "Ils
m'ont dit : "Comment cela
se fait que tu es devenue
musulmane alors que c'est une
religion sauvage, dure avec les
femmes, tu vas être
malheureuse, tu ne seras plus épanouie.
On n'a pas envie que tu t'éteignes,
réfléchis !" Ils n'ont
pas vu que moi j'étais contente
comme cela." La dispute
dure sept mois. "On ne
s'est vu que deux ou trois fois.
Ils me culpabilisaient, et mon
mari en même temps."
Début 2004,
Eline et Ali, leurs diplômes en
poche, décident de s'installer
à Beyrouth. "Je voulais
voyager, voir du pays, d'autres
cultures." Au départ,
elle souhaite être professeur
de français. Quand elle apprend
qu'Al-Manar lance un journal en
français et que la chaîne
cherche des présentatrices,
elle tente sa chance. Jugeant
qu'elle "passe" bien
à la télévision, les
dirigeants de la chaîne
l'engagent. Ceux-ci ont sans
doute pris aussi en compte sa
nationalité française, et sa
personnalité. Une
"image" bien
rassurante au moment où la chaîne
est en bisbille avec Paris. "Je
ne suis pas entrée à
Al-Manar pour la politique,
précise-t-elle, mais en
pensant à mes parents, parce
que je voulais leur montrer
qu'une femme musulmane pouvait
avoir des responsabilités, que
ce n'est pas une fille qui va être
soumise, qui va être tapée."
Ses parents, qui avaient
peur de la voir partir au Liban,
pour eux une terre dangereuse,
sont "à moitié rassurés"
de savoir que leur fille
travaille. Eline revient encore
sur ses parents. "La
religion exige que les enfants
ne délaissent jamais leurs
parents. Et cela, c'est clair. Même
si ce n'est pas facile, même si
à chaque fois ils sont contre
moi, qu'on finit toujours par
s'engueuler, mes parents je les
aime et ils resteront mes
parents. Même si je suis
musulmane et qu'ils considèrent
que je suis sur la mauvaise
voie."
A d'autres,
elle parlera de "mission".
Al-Manar est malgré tout une
chaîne très engagée ? "Je
ne suis pas ici parce que je
suis engagée, je suis ici parce
que le journalisme m'intéresse,
surtout dans une chaîne
diffusant sur la France. Sachant
que je suis française et
vraiment française, j'ai envie
de m'investir ici pour faire
passer des messages à la
France. Al-Manar, pour moi,
c'est un vrai journal. Bien sûr,
la chaîne a une certaine idéologie,
comme toutes les autres, mais
c'est une belle idéologie, une
chaîne véridique." Pense-t-elle
vraiment, comme elle l'avait dit
précédemment, que les médias
français sont tous pro-israéliens
? "Je vous donne un
superbe exemple : les journaux
de 20 heures, quand il y a une
attaque palestinienne dans un
bus, cela fera le premier titre
; mais, quand il s'agit
d'attaques israéliennes, ce
sera renvoyé à la fin des
journaux." Le Hezbollah
? "On peut travailler à
Al-Manar sans faire partie du
Hezbollah, qui est d'abord un
parti de résistance",
dit-elle. Et là commence la récitation
de la leçon...
Résistance
à quoi ? Elle bafouille un peu.
"Le Liban a encore des
terres sous occupation israélienne,
donc il faut aider à ce qu'Israël
les lui rende." Elle ne
sera pas non plus très loquace
sur le chiisme. "L'islam
chiite, c'est d'abord l'islam.
Moi je crois à l'imamat." La
loi française sur le voile ? "C'est
une atteinte à la liberté, au
droit à la différence,
contraire à la devise de la République.
C'est dommage, car j'aime
beaucoup la France. Cette
histoire me blesse en tant que
Française", confie
Eline, qui a commencé à
apprendre l'arabe. Elle poursuit
: "La femme a une place
très haute dans la religion, il
faut lire le Coran dans son
ensemble et non se contenter de
quelques passages. L'image de la
femme véhiculée par l'Occident
est dévalorisante. On les voit
de plus en plus dénudées."
Au fil de la conversation,
on évoque la représentation du
corps humain dans l'art.
On la quitte.
A minuit, la revoilà sur le
petit écran. Foulard vert sur
une blouse grise, elle paraît
un peu tendue. En dépit de
quelques difficultés avec le
prompteur, elle ne s'en sort pas
si mal. Elle se contente de
"lancer" les sujets.
Le journal sera essentiellement
consacré au conflit du
Proche-Orient. Attaque israélienne
en Palestine, "unanimité"
de la classe politique israélienne,
déclarations du ministre israélien
de la défense, reportage en
Cisjordanie. Passage par Bagdad,
où "deux Irakiens sont
tombés en martyrs", un
rapide commentaire, un peu gêné
aux entournures, sur le Darfour,
un reportage sur les inondations
en Chine, et le journal se
termine sur la guérilla antiaméricaine
en Colombie. C'est fini. "Merci
d'être resté avec nous. Salam
aleikoum [La paix soit sur
vous]", conclut
Eline. Dernier sourire. Et dernière
impression d'une toute jeune
fille emportée dans une
aventure dont elle ne saisit pas
forcément tous les enjeux.
haut
Les
placements arabes au Liban en
hausse continue
Le tourisme en tête
des projets d’investissements
présentés à Idal
par LILIANE MOKBEL, publié
dans l'Orient-le Jour le 8
juillet 2004
Le
tourisme : beaucoup de choses
ont été dites lors des
ateliers de travail spécialisés
organisés hier par le
Rassemblement des chefs
d’entreprise libanais. Ce
n’est ni vraiment noir ni
vraiment blanc. La situation
peut et doit s’améliorer.
Mais le potentiel
d’exploitation de cette
industrie existe réellement.
Le montant des investissements
arabes dans ce secteur est un
indicateur clair. Depuis
quelques années, les
placements des Arabes
enregistrent une hausse
continue. Ils ont confiance
dans l’avenir du pays du Cèdre
et croient surtout à un
retour sur investissement
satisfaisant. Le ministre du
Tourisme, Ali Abdallah, et le
président d’Idal, Samih
el-Barbir, étaient bien là
pour le confirmer. Le président
de l’IAA, Jean-Claude Boulos,
aussi. Lui, c’était pour
mettre les points manquants à
certains "i".
L’objectif du séminaire du
RDCL présidé par Armand Pharès
était principalement de débattre
de la possibilité de créer
au Liban un tourisme, non pas
saisonnier, mais "un
tourisme en continu pendant
365 jours cette année et
pendant 366 jours dans deux
ans". Le ministre Ali
Abdallah, qui a reconnu que le
secteur public est lent dans
l’exécution de ses
promesses, a cependant insisté
sur la viabilité de
l’industrie du tourisme dans
un pays où les créneaux
touristiques sont extrêmement
diversifiés. Il a été
jusqu’à dire que même les
régions arides, donnant
l’exemple de la région qui
s’étend de Ras Ballbeck au
Hermel, ont un potentiel
touristique, celui d’un
tourisme du désert.
Ali
Abdallah s’est félicité de
l’association du secteur
privé aux efforts déployés
par son département. Lors
d’une rencontre en tête à
tête avec le président de la
République, Emile Lahoud, il
a affirmé qu’il est prêt
à renoncer à une partie des
deniers publics affectés à
son département à condition
que l’Etat libanais lève
les restrictions sur
l’obtention par les étrangers
des visas d’entrée. Si
l’industrie du tourisme au
Liban a profité des conséquences
des attentats du 11 septembre,
des maladies qui sévissent en
Asie et du cycle de violence
dans la région du
Proche-Orient, il n’en
demeure pas moins, a souligné
Ali Abdallah, que le secteur
touristique dans notre pays
est prometteur.
L’investisseur arabe, qui a
placé 158 millions de dollars
pour l’édification de l’hôtel
Le Royal à Dbayé, l’a fait
en connaissance de cause. Tout
comme les promoteurs du projet
Sannine Zenith. Selon lui, à
l’heure actuelle, il n’y a
vraiment que Beyrouth qui représente
une ville touristique dans le
pays. "Mais les données
montrent que tous les espoirs
sont permis pour le reste des
régions. L’objectif des
quatre millions de touristes
par an n’est pas impossible
à atteindre" , a-t-il
dit.
Le complexe de Dubaï
On
n’a rien à envier à Dubaï.
Il faut en finir avec le
complexe de cet émirat. Le
Liban bénéficie
d’avantages compétitifs
uniques dans la région. Tel
est l’avis de Samih
el-Barbir, président d’Idal
(Investment Development
Authority of Lebanon).
Pragmatique, il a du coup parlé
chiffres pour montrer l’intérêt
que portent les Arabes au
Liban au niveau de leurs
placements. C’est que M.
Barbir est bien mieux placé
que d’autres pour dresser un
tableau de la progression de
leurs investissements. Sur le
plan des investissements
panarabes, le Liban vient en
première place avec un
montant d’investissements de
850 millions de dollars pour
2003. Il est suivi par le
Maroc avec 672,1 millions de
dollars, les Emirats arabes
unis avec 650,2 millions de
dollars et l’Arabie saoudite
avec 562,2 millions de
dollars. Ces investissements
ont été, selon le président
d’Idal, de 80 % dans le
secteur des services, de 13 %
dans celui de l’industrie et
de 7 % dans l’agriculture.
Sur
un plan plus général, Samih
el-Barbir, citant Moody’s
Investors Service, a avancé
des pourcentages on ne peut
plus encourageants concernant
les investissements directs
des étrangers rapportés au
PIB. En 2002, la proportion était
de 1,7% , en 2003 de 3,3 % et
en 2004 de 4,2 %. Au sujet des
demandes présentées à Idal
par des investisseurs arabes
souhaitant bénéficier du
panier des incitations
fiscales, il a révélé que
40 % des demandes portaient
sur des projets touristiques,
20 % sur des projets
commerciaux, 15 % sur des
projets industriels, 15 % sur
des projets agroalimentaires
et 10 % sur des projets
technologiques. Le président
d’Idal devra présenter au
Conseil des ministres d’ici
à la fin de l’année un
projet de loi par lequel il
proposera un amendement des
critères qui permettent à un
investisseur de bénéficier
du panier des incitations
fiscales. A la lumière
de la période de test qui
aurait duré deux ans, à
dater de la promulgation de la
loi sur les investissement,
une baisse du seuil du coût
du projet touristiques serait
une priorité. Le montant
minimal aujourd’hui est de
10 millions de dollars,
rappelle-t-on.
Information et publicité
Nous
n’avons pas de pétrole,
mais nous avons un climat, un
littoral, des montagnes, une
histoire, une tradition, des
vestiges, et une densité
importante de sites
touristiques au kilomètre
carré. Encore faut-il que le
monde en soit informé !,
s’est exclamé Jean-Claude
Boulos, président de l’International
Advertising Association.
"On veut que le monde
sache ce que nous avons et ce
que nous savons", a-t-il
dit, insistant sur
l’importance "d’une
stratégie de campagnes
publicitaires et
d’information complémentaires
sur une durée d’au moins
cinq ans". Le souhait de
Jean-Claude Boulos : attirer
au Liban tout au long de
l’année des touristes, non
seulement des pays arabes,
mais du Japon, de la Malaisie,
de la Corée, de la Suède et
de la Russie. Il a déploré
les campagnes publicitaires
irrégulières et ponctuelles.
Le président de l’IAA
s’est penché sur un des
slogans de la campagne
promotionnelle de Dubaï qui
dit : "Il faut
normalement plusieurs générations
pour construire une ville de
renommée mondiale. Nous
l’avons fait en moins
d’une". M. Boulos a
fait remarquer dans ce sillage
que le Liban a une histoire
qui remonte à plus de 4.000
ans. "Il faut braquer les
projecteurs sur le tourisme au
Liban parce que, avec la pub,
le tourisme prospère. Et sans
la pub, le Liban sera oublié",
a-t-il conclu.
haut
Michael
Moore entre en campagne
Son brûlot anti-Bush est
sorti vendredi aux Etats-Unis,
à quatre mois de la présidentielle
par FABRICE ROUSSELOT,
publié dans Libération le 26
juin 2004
Costume
bleu et cravate rose, Jim
Hofheimer est venu en courant se
placer dans la file d'attente
qui s'allonge autour du cinéma.
"Je suis banquier à
Chicago, en voyage d'affaires à
New York juste pour la journée,
explique-t-il. Mais j'ai pris
quelques heures pour voir le
film de Michael Moore. Je hais
Bush, je ne le supporte pas. Il
faut que tout le monde vienne
voir ce documentaire." Jeudi,
17 heures, la salle est comble
au Loew's Village Theater, le
cinéma de l'East Village qui
montre Fahrenheit 9/11 en
avant-première depuis 48
heures. Mercredi, la salle a
battu tous ses records de
recette pour une première journée
: 49.000 dollars de billets
vendus (40.300 euros) au total
en une douzaine de projections.
Mieux que Men in Black en
1997. En quelques jours, le
pamphlet sur celluloïd de
Michael Moore, sorti vendredi
dans 868 salles aux Etats-Unis,
est devenu l'événement
politique du pays. Habitué à
la polémique, le cinéaste de
Flint, Michigan, n'a jamais
suscité autant de passion que
pour ce film de 116 minutes qui
dresse le portrait d'un Président
"vendu" aux grandes
compagnies pétrolières, dont
la famille a longtemps fait des
affaires avec les proches de Ben
Laden et qui a "menti"
sur les raisons de la guerre en
Irak.
Plateaux
de télé
Toute
la semaine, le réalisateur a été
l'invité des plateaux de télévision,
tandis que la plupart des
journaux saluaient le "phénomène
Moore". Même le
critique de cinéma du site web
de la très conservatrice chaîne
de télévision Fox News a loué
un documentaire "que les
membres de tous les partis
politiques devraient voir sans
tarder". Mais, à
quatre mois d'un scrutin présidentiel
que les experts annoncent serré,
la véritable question qui se
pose à Washington et ailleurs
est celle que le quotidien USA
Today a choisi de mettre en
une : "Fahrenheit 9/11
va-t-il changer les élections
?" Le cinéaste a, lui,
répété à qui voulait
l'entendre qu'il espérait
contribuer à la défaite de
l'occupant de la Maison Blanche.
Et, ironie du sort, tandis que
Moore expose peut-être les
images les plus crues du conflit
en Irak jamais vues aux
Etats-Unis, un sondage publié
vendredi par USA Today
montre que, pour la première
fois, une majorité d'Américains
(54 %) estime que c'était une
erreur d'envoyer des troupes à
Bagdad. "Plus que le
film lui-même, c'est le débat
qu'il génère sur l'Irak et sur
Bush qui peut avoir une
influence sur la course à la
Maison Blanche, estime
Robert Shapiro, expert politique
à Columbia University. L'une
des interrogations est de savoir
notamment si beaucoup d'électeurs
indécis iront le voir."
Dans l'East Village, parmi la foule
qui se presse au Loew's Theater,
entourée par un groupe de démocrates
recrutant des volontaires pour
la campagne de leur candidat,
John Kerry, difficile de trouver
quelqu'un qui n'a pas déjà une
idée bien précise sur le Président.
"Moi, je ne sais pas
encore pour qui je vais voter en
novembre, dit John, un électricien
de 41 ans. Je suis là pour
voir si ce film m'apprend des
choses nouvelles. Je sais que
Moore a des visées politiques,
mais je sais aussi qu'il détaille
certains faits qui méritent d'être
connus."
Recours
Jusque-là,
le cinéaste a su pleinement
profiter de la controverse
entourant son film depuis sa
palme d'or cannoise. Jeudi, il
s'est rendu au Congrès à
Washington. En compagnie de
plusieurs élus démocrates, il
y a dénoncé les tentatives
d'un groupe conservateur,
Citizens United, pour le "censurer".
Cette association a en effet déposé
un recours devant la Commission
électorale demandant
l'interdiction de la publicité
radio et télé pour Fahrenheit
9/11 après le 30 juillet,
arguant que la promotion du
documentaire s'apparentait à un
spot publicitaire en faveur d'un
candidat. "Comment
pourrais-je ne pas faire de la
publicité pour mon film ?,
s'est indigné Moore. De
surcroît, je n'ai jamais
soutenu publiquement John
Kerry." Face à tout ce
brouhaha, la Maison Blanche est
plutôt embarrassée. En mai, le
directeur de communications de
Bush, Dan Bartlett, avait estimé
que "la plupart des éléments
de ce documentaire sont
totalement faux".
Jeudi, son directeur de
campagne, Ken Mehlman, a lancé
que le Président ne "répond
pas à des subordonnés de John
Kerry".
La
polémique ne s'arrêtera pas de
sitôt. La semaine prochaine,
deux Américains se présentant
comme des "patriotes
sans connotation politique"
publient un livre dont le seul
objet est de montrer que Moore "déteste
l'Amérique et déforme la réalité".
Interviewé vendredi sur CNN, le
cinéaste a souligné qu'il n'en
avait pas fini avec ses
croisades. Après Bush, il a révélé
qu'il allait "s'attaquer
à l'industrie
pharmaceutique" dans
son prochain long métrage.
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