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Etrange
politique au Moyen-Orient -
Comment servir son ennemi
Les
actions de Saddam Hussein, jadis,
du Hamas ou de Moqtada Sadr ont
produit des effets contraires aux
buts recherchés
par HOUCHANG HASSAN-YARI et
ABDELKERIM OUSMAN, publié
dans le Devoir le 14 septembre
2004
Les
auteurs sont (resp.) Professeur et
directeur, et Professeur,
Département de science politique
et d'économique, Collège
militaire royal du Canada,
Kingston
La politique au Moyen-Orient
défie l'entendement politique.
On dirait qu'elle s'exerce sans
conscience stratégique parce
que souvent elle produit des
effets contraires aux buts
escomptés par les acteurs. Ces
derniers, qu'ils soient des
oppresseurs ou des opprimés,
compromettent toujours leurs intérêts
nationaux en déployant tout ce
qu'ils ont comme pouvoir
d'action pour que leurs ennemis
triomphent à leurs dépens.
Saddam Hussein, le Hamas,
Moqtada Sadr et les
ultra-conservateurs en Iran sont
les champions de ce jeu bizarre.
Saddam Hussein a été le grand
maître de ce jeu qui a raffermi
la mainmise des Etats-Unis au
Moyen-Orient. En effet, le 12 février
1979, la révolution islamique
en Iran mit fin à la présence
américaine dans ce pays. Les
secousses de cette révolution déstabilisèrent
la domination américaine sur le
"monde" musulman, du
Maghreb à l'Indonésie. Cette
instabilité post-révolutionnaire
et l'excès de rhétorique de
certains dirigeants de Téhéran
(étrangers à l'art de la
diplomatie et dépourvus de
toute expérience étatique) ont
eu pour conséquence d'inviter
Saddam Hussein à faire une
guerre de procuration au profit
des Etats-Unis. Du coup, ces
derniers prirent revanche sur
l'Iran, pays "non
musulman" selon la rhétorique
guerrière sunnite et sûrement
"non arabe" de par ses
origines historiques.
Le résultat fut une guerre de
huit ans (1980-1988) causant d'énormes
dommages humains (plus d'un
million de morts et de blessés)
et matériels (des milliards de
dollars en dépenses
militaires). Le fait le plus
marquant, pendant et après
cette guerre, fut toutefois la réhabilitation
des Etats-Unis dans la région.
En effet, se sentant menacés
par la révolution islamique et
un éventuel débordement de
cette guerre, les petites
monarchies arabes du Golfe
persique se mirent à l'abri
sous le parapluie militaire de
Washington. Motivés par les intérêts
claniques et les impératifs de
sécurité, ces Etats mirent à
la disposition de la machine
militaire américaine leurs
coffres, ports et aéroports.
Les Etats-Unis n'ont pas
seulement regagné leur
influence perdue avec la révolution
iranienne, leur industrie
militaire et aéronautique s'est
aussi enrichie, non seulement
des commandes iraniennes et
irakiennes (les Américains
vendaient des armes aux deux
belligérants), mais aussi des
commandes en armements des émirats
du Golfe.
Cadeau aux Etats-Unis
L'invasion du Koweït
est le deuxième cadeau que
Saddam Hussein a offert aux
Etats-Unis. Cette invasion va
consolider davantage la
domination américaine dans la région.
Le 2 août 1990, à peine sortie
de huit ans de guerre particulièrement
sanglante, l'armée irakienne
s'est lancée dans une autre
aventure militaire sous le prétexte
de réparer une injustice
historique, avec l'objectif
d'enlever au Koweït son statut
d'Etat souverain et le réduire
à une province irakienne. Comme
on le sait, le résultat fut le
contraire de ce qui a été
escompté par Saddam Hussein :
les troupes de ce dernier
subirent une défaite désastreuse
qui a mis depuis lors l'Irak à
genou. Après cette mésaventure
de l'armée irakienne, les
Etats-Unis devinrent
incontestablement la puissance hégémonique
de la région, ce qui renforce
leur hégémonie planétaire au
moment où l'Union soviétique
comptait ses derniers jours. En
conséquence, les petites
monarchies arabes s'attachent
davantage à la puissance américaine
en abritant des milliers soldats
et des équipements américains
sur leur sol, dont une grande
partie servira à l'invasion de
l'Irak par les Etats-Unis en
2003. Cette invasion mettra fin
au règne de Saddam Hussein, qui
s'est avéré n'être qu'un
bluffeur.
Si George Bush père n'a pas eu
le temps de réaliser son
"nouvel ordre" mondial
après la défaite de Saddam
Hussein en 1991, son fils, le
"président de guerre"
et ses amis néo-conservateurs,
pour qui le 11 septembre 2001
n'a été qu'un prétexte
d'expansion du pouvoir américain,
réaliseront leur rêve
d'empire, en renforçant leur
victoire sur les talibans par
une autre victoire sur ce qui
reste de l'armée de Saddam
Hussein. Finalement,
contrairement à ses prétentions,
Saddam Hussein n'était ni Salah
ed-Din (Saladin), illustre
souverain et champion de la
cause arabo-musulmane du Moyen
âge, ni un socialiste anti-américain,
mais un fidèle serviteur
inconscient des intentions
expansionnistes des Etats-Unis
au Moyen-Orient. Il se révéla
par la suite que sa prétendue
puissante garde républicaine n'était
qu'une armée de carnaval devant
la puissance de feu des forces
américaines.
Des bénéfices pour
Sharon
En Palestine,
l'objectif initial du Hamas (le
Mouvement de la résistance
islamique) est de remplacer Israël
par un Etat islamique
palestinien. Mais si l'on y
pense, on se rend compte que ce
mouvement rend le même service
à Israël que Saddam Hussein
aux Etats-Unis. La stratégie du
Hamas a son équivalent chez les
faucons du Likoud; les deux
justifient mutuellement leur
existence et leurs actes odieux.
Tout ce qu'ils ont fait depuis
1993, c'est de torpiller les
accords de septembre 1993 entre
l'Etat d'Israël et l'OLP,
accords destinés à conduire à
une paix entre Israël et la
Palestine. Cependant moins médiatisées,
très peu stigmatisées, les
attaques d'organisations
terroristes israéliennes à
l'endroit des Palestiniens
provoquent moins d'indignation
que celles des organisations
palestiniennes. Depuis que le
Hamas a augmenté le nombre de
ses attaques suicide contre les
Israéliens non armés, les
gouvernements successifs de Tel
Aviv ont eu la tâche facile
d'annexer plus des terres
palestiniennes. Hostile à toute
"concession"
territoriale, le gouvernement
d'Ariel Sharon trouve des alliés
inespérés : le Hamas qui
mène son projet irréaliste de
libérer "toute la
Palestine" et George Bush
qui s'est engagé dans une
guerre tout aussi irréaliste
pour anéantir les terroristes.
Ces derniers sont sans adresse,
mais le président américain se
croit capable de détruire leurs
infrastructures.
Finalement, Sharon, hostile à
toute paix avec les
Palestiniens, est le seul bénéficiaire
à la fois du terrorisme et des
politiques antiterroristes américaines.
Pendant que les Etats-Unis
s'attirent la colère du monde
musulman à cause de leur
logique biscornue qui les a
conduits à envahir l'Irak, et
qu'ils suscitent la désapprobation
de leurs alliés tout en mettant
la sécurité de leurs citoyens
en danger, le premier ministre
israélien, lui, a réussi à détruire
l'Autorité palestinienne (son
objectif principal) qui,
rappelons-le, était déjà
moribonde, sclérosée et
inefficace. De plus, Sharon
gruge encore plus de territoire
palestinien, faisant de ce qui
reste de ce territoire une cage
gigantesque en construisant son
"mur de sécurité"
pour anéantir davantage les
aspirations légitimes du peuple
palestinien à un Etat viable.
Finalement, le parcours de ces
aventures belliqueuses est
parsemé de milliers de morts
parmi les civils palestiniens et
israéliens et jamais la paix
entre ces deux peuples n'a été
si loin.
Le Hamas, même s'il n'est pas
le seul responsable de cette
situation, en porte une grande
responsabilité. Au lieu
d'ajuster ses tactiques de lutte
contre l'armée d'occupation, il
ne semble pas réaliser l'étendue
et la profondeur des changements
survenus sur la scène
internationale depuis le 11
septembre. Sa stratégie est
aussi inconsciente que celle du
Parti Baas irakien qui a prétendu
vaincre l'impérialisme américain
en se fichant éperdument de ses
obligations de désarmement à
l'endroit de l'Organisation des
Nations unies, attitude qui a
servi de prétexte à l'invasion
américaine de l'Irak. Les
Palestiniens pourraient vaincre
l'armée israélienne sans
recourir au terrorisme et même
en s'y opposant ; et ce, en
tenant compte de l'expérience
de la première Intifada qui a
conduit au processus inachevé
d'Oslo. Mais le Hamas a voulu répéter
l'exploit du Hezbollah qui a
forcé le départ du Tsahal hors
du Sud-Liban. Malheureusement
pour le Hamas et pour tous les
Palestiniens et Israéliens
d'ailleurs, dans ce cas on peut
dire qu'une fois n'est pas
coutume. On dirait que l'expérience
du passé n'a aucun effet sur
les attitudes des politiques au
Proche-Orient.
Moqtada Sadr, le nouveau venu
sur la scène politique
irakienne, se révolte contre
l'occupant américain et le
gouvernement irakien désigné
par Washington, et ce, au moment
même où tout le monde voyait
l'échec de l'occupation américaine
et où des voix à l'échelle
internationale s'élevaient pour
demander des comptes à Bush
concernant les actes de torture
perpétrés par les forces armées
de la coalition sur les détenus
de la prison d'Abu Gharib. Mais
l'insurrection de Najaf orchestrée
par Sadr oriente les médias et
l'opinion publique vers l'aspect
confessionnel de la nouvelle
dynamique du pouvoir en Irak,
qui dresse les Irakiens les uns
contre les autres. Ainsi, en
raison de ses actes irréfléchis,
M. Sadr a renforcé les
circonstances favorables pour la
reconstruction de la Garde républicaine
(désormais appelée la Garde
nationale) et une version remaniée
du sinistre Mokhaberat, le
service de renseignements du régime
déchu. La Garde nationale a
fait son apparition publique à
l'occasion du siège de Najaf.
M. Sadr a aussi réussi à
associer, au moins en partie,
les chiites au terrorisme,
affaiblissant ainsi la position
de la majorité des Irakiens
dans le jeu politique de leur
pays. Enfin, l'atrocité
indescriptible contre les
ressortissants étrangers en
Irak au nom de l'Islam ne fait
que renforcer les adeptes de
l'idéologie du choc des
civilisations dont la survie
politique dépend de la
multiplication de telles prises
d'otages. haut
Gabriel
Murr : "Il faut recouvrer
à tout prix la dignité du
Liban"
La MTV ne sera rouverte
qu’avec le retour de l’Etat
de droit, indique l’ex-député
propos recueillis par MICHEL
HAJJI GEORGIOU, publiés dans
l'Orient-le Jour le 2 septembre
2004
Il
y a bientôt deux ans et demi,
en mai 2002, il était porté au
Parlement par une coalition de
l’ensemble des forces de
l’opposition, après une élection
partielle très disputée au
Metn. Quelques mois après, il y
a très exactement deux ans, le
4 septembre 2002, sa chaîne de
télévision, la MTV, était
fermée par une décision
politico-judiciaire (près de
150 de ses 500 employés restent
au chômage). Et, deux mois plus
tard, le 4 novembre 2002, une décision
du Conseil constitutionnel le
destituait de son mandat de député.
Autant d’étapes entrant selon
lui "dans le cadre
d’un coup d’Etat graduel
contre les libertés publiques
et la démocratie au
Liban". Aujourd’hui, et
malgré tous les revers qui lui
ont été infligés, Gabriel
Murr n’a rien perdu de sa détermination
ou de son franc-parler, qui
autrefois a irrité plus d’un
responsable. Il affirme
d’ailleurs faire partie du
club très fermé de ceux qui
n’ont pas le droit de
s’exprimer sur les ondes des médias
audiovisuels. Et il n’a en
rien modifié ses convictions,
malgré les rumeurs que
certaines mauvaises langues répandent
dans le pays.
"Lorsque
je dis que le Liban vit une
semaine noire, et que je ne
passe que sur la New TV à
l’issue de ma rencontre avec
Mgr Audeh... Lorsque j’affirme
que les convocations en Syrie me
font honte, que je me demande
tout haut si nous sommes dans un
pays où la souveraineté a été
annihilée... Quand je dis que
nous, libanais, nous ne
convoquons pas MM. Chareh et
Khaddam pour élire le président
syrien... Mon discours peut-il
être plus clair ?" dit-il.
C’est en des termes toujours
aussi virulents que Gabriel Murr
dresse un bilan des six dernières
années, notamment au niveau des
libertés publiques. Il évoque
dans ce cadre la visite de la délégation
de Kornet Chehwane à Baabda et
les tentatives avortées
d’aboutir à une réconciliation
nationale générale. "La
présidence de la République
n’a-t-elle pas répondu en
fermant la MTV ? Doit-on
proroger l’esprit de vindicte
qui a mené à la fermeture de
la station ?"
s’interroge-t-il. Avant de préciser
que le sort de la MTV est lié
au sort du Liban.
"Plus
important est le danger
d’annihilation de la démocratie
auquel nous faisons face
actuellement", déclare-t-il.
Ce n’est pas normal que le
quotidien syrien al-Saoura titre
que “la Syrie est le plus
grand électeur du Liban”. Il
est honteux pour nous, Libanais,
d’accepter cette prorogation.
Il s’agit du comble de la décadence
démocratique, une
militarisation masquée par des
procédés démocratiques. Et
tout cela va à l’encontre du
cours naturel des choses, au
moment où Saddam Hussein a été
évincé du pouvoir en
Irak...", indique-t-il.
Pour Gabriel Murr, la MTV a été
fermée "non par une décision
judiciaire, mais en raison de la
haine que lui vouaient certains
responsables". "Selon
mes informations, c’est même
l’ancien ministre de l’Intérieur
(Michel Murr) qui a avoué avoir
fabriqué de toutes pièces
l’affaire de l’article 68,
dit-il. C’est un triangle qui
est à l’origine de la
fermeture de la station, formé
de la présidence de la République,
du ministre de l’Intérieur
(Elias Murr) et de l’ancien
ministre de l’Intérieur, avec
l’accord et la bénédiction
de Damas", affirme M. Murr.
Concernant la récente affaire
al-Manar, l’ex-député déplore
qu’il n’y ait pas eu une
mobilisation similaire en faveur
de la MTV, tout en prenant
position pour la défense des
libertés publiques quelles que
soient les circonstances.
L’annihilation de la justice
Toujours
dans l’optique de son bilan
des libertés publiques, Gabriel
Murr dresse le constat suivant :
"Les six dernières années
ont été marquées par le
pouvoir des services sous le
couvert de la démocratie et par
la répression systématique des
jeunes qui manifestaient pour
les libertés publiques, les 7
et 9 août 2001. Par contre,
ceux qui portaient des haches et
des coutelas pouvaient protester
en paix dans les rues sous la
protection du ministre de
l’Intérieur. Samir Geagea
croupit toujours en prison.
Pourtant, plusieurs chefs de
milices sont au pouvoir. Mais la
justice est inique, arbitraire
au Liban. Ce régime a été
celui de l’annihilation de la
justice."
En
ce qui concerne le projet
d’amendement de l’article 49
et la prorogation du mandat
Lahoud, M. Murr déclare :
"On n’amende la
Constitution qu’en cas de nécessité
nationale. Que veut dire
l’expression “relations
stratégiques syro-libanaises”
? La convocation des
responsables libanais à Damas
comme s’ils étaient de
vulgaires employés ? C’est un
mohafez qu’on veut nous
assigner ? La plupart des députés
vont prendre leur décision et
voter en fonction des desiderata
de Damas. C’est la fin de la démocratie
au Liban. Il existe un
quasi-consensus libanais contre
l’amendement constitutionnel,
et au lieu d’en profiter pour
édifier une nation, le pouvoir
a préféré aller vers l’égoïsme
et les relations très étroites
avec Damas, ajoute-t-il. La MTV
n’est plus importante dans ce
contexte, à l’heure où
l’on tente de fabriquer un
pouvoir répressif fondé sur
les SR, qui, par la menace,
forcent les députés à opter
pour la prorogation, comme cela
a été le cas pour Elie Ferzli,
Mohsen Dalloul, Nicolas
Fattouche...". Gabriel Murr
participera aujourd’hui au
Congrès pour la défense de la
République à l’Ordre de la
presse. "Je serai présent
pour toute initiative visant à
rendre au Liban sa souveraineté
et son indépendance. La dignité
du pays est perdue, et il faut
la retrouver à tout prix",
ajoute-t-il. Avant de trancher :
"Et la MTV ne sera rouverte
qu’avec le retour de l’Etat
de droit."
haut
Plaidoyer
pour le christianisme arabe
par
HENRI TINCQ, publié dans le Monde
du 11 août 2004
Il
n'y a pas de privilège du
malheur. La comptabilité des
victimes des conflits irakien et
israélo-palestinien n'autorise
pas de comparaison sur le sort,
plus ou moins tragique, de telle
ou telle communauté. La
microcommunauté chrétienne
d'Irak, agressée lors du
premier dimanche d'août - des
églises attaquées à Bagdad et
à Mossoul, des morts et des
blessés - n'a pas la palme du
martyre. Mais on doit
s'interroger sur le sort et
l'exode de tous ces chrétiens
d'Orient vers un Occident plus
clément. Le phénomène ne date
pas d'aujourd'hui. Mais le chaos
irakien, la guerre israélo-palestinienne
et l'onde de choc, dans toute la
région, de la montée des extrémismes
confessionnels alimentent plus
que jamais une émigration préjudiciable
à l'équilibre de la
civilisation. La présence des
chrétiens au Proche-Orient est,
à cet égard, aussi
indispensable que celle de
l'islam en Europe. Le quart de
la population chrétienne
d'Irak, saignée - comme toutes
les composantes religieuses et
ethniques du pays - par la
guerre, la dictature et
l'embargo a fui depuis 1991,
quand elle était encore près
d'un million. Mais, dans un pays
comme la Syrie, qui a donné
sept papes et des empereurs
romains, elle n'est plus
qu'environ 10 % - 1.200.000 fidèles
-, deux fois moins que dans les
années 1950.
Présents
dans ce berceau de la chrétienté
depuis deux mille ans, de rites
grec orthodoxe (la majorité) ou
syriaque, les chrétiens syriens
ont quitté leur région du
Nord-Est (Djezireh), d'Alep et
de Homs (l'ancienne Emèse). En "Terre
sainte" (Jordanie,
territoires palestiniens, Israël),
les communautés chrétiennes se
réduisent aussi comme peau de
chagrin. A Jérusalem, où a
commencé leur aventure, les chrétiens
ne sont plus que quelques
milliers contre 50.000 en 1948.
D'autres hauts lieux de la
Palestine chrétienne comme Beth
Jala, Beth Saour, Bethléem, ou
Nazareth en territoire israélien,
les ont vus partir vers l'Amérique.
Ils ne sont plus que 70.000 en
Cisjordanie, 3.000 à Gaza,
120.000 dans l'Israël arabe.
S'il en reste
6 millions en Egypte, combien de
coptes émigrés croise-t-on
aussi en Amérique du Nord, en
Australie, en Nouvelle-Zélande
? Combien de chrétiens libanais
ont choisi de partir
outre-Atlantique et en Europe, où
les couvents maronites désormais
les suivent (dans la région
lyonnaise et en Belgique) ? Ceux
qui sont restés, après les
ravages de la guerre civile et
de la crise économique, ne sont
plus qu'un million et demi. Au
total, le monde arabe comprend
environ 12 millions de chrétiens.
Des chrétiens qui sont chez eux
au Proche-Orient, qui sont les
fils de cette terre, en parlent
la langue, en partagent les
habitudes vestimentaires,
culinaires, sont les héritiers
d'une histoire très particulière,
d'un patrimoine culturel,
artistique, liturgique, théologique
unique au monde. C'est à partir
de cette terre que s'est faite,
il y a deux mille ans,
l'expansion de la nouvelle
religion en Mésopotamie -
l'Irak actuel, l'une des premières
régions évangélisées, selon
la tradition, par saint Thomas -
en Syrie, en Turquie, en Arménie.
C'est à Antioche (Antakya dans
l'actuelle Turquie) que, pour la
première fois, les croyants en
Jésus et en ses disciples
furent appelés "chrétiens".
Des
minorités fragilisées
On aurait
tort d'oublier que cet Orient
est la terre des premiers moines
du désert (Egypte), des
premiers grands théologiens -
les Pères de l'Eglise, des sept
conciles qui, du IVe au VIIe siècle,
ont formulé à Nicée, Chalcédoine
ou Ephèse, les fondements
doctrinaux, le "symbole
de la foi" (Credo), la
double nature du Christ, à la
fois "vrai Dieu et vrai
homme", le dogme de la
Trinité... Cette œuvre de
maturation a laissé des traces
dans la consternante division de
ces Eglises d'Orient, soumises
à une quinzaine de patriarcats,
à une foisonnante diversité de
langues et de rites. L'archaïsme
de ces divisions, le rapport
différent à l'identité arabe
- plus fort chez les Grecs
orthodoxes que chez les Libanais
maronites ou les Assyro-Chaldéens
d'Irak - ont fragilisé la
situation de ces minorités
historiquement ballottées par
l'insécurité, l'instabilité
politique, les crises à répétition,
l'appétit des grandes
puissances.
Plus qu'un
pays, le Liban est un "message",
avait lancé Jean Paul II à
Beyrouth en 1995. Un "message"
d'entente confessionnelle qui
n'a pas résisté aux assauts de
quinze ans de guerre civile,
mais dont le Proche-Orient,
depuis, a plus que jamais
besoin. Un message de
coexistence entre des majorités
étatiques et des minorités
religieuses qui est une
condition de survie et le remède
à l'amalgame entre le
christianisme et l'Occident aux
couleurs de l'Amérique, dont
les chrétiens arabes sont
aujourd'hui les victimes. Dans
ces terres labourées par une
histoire d'exodes et d'exils, de
massacres et de conquêtes,
personne n'oublie l'écrasante
responsabilité du christianisme
occidental (latin). Des épisodes
comme les Croisades et le sac de
Constantinople (il y a
exactement 800 ans), comme l'
"uniatisme" de
Rome dans les territoires chrétiens
orthodoxes - dont les Chaldéens
d'Irak, nés en 1552, sont un
fruit -, puis une certaine
arrogance des missions
catholiques et protestantes qui
ont importé leur modèle de
suprématie occidentale ont
enflammé les imaginaires
collectifs et fait naître des
idéologies d'exclusion mutuelle
qui n'ont pas épuisé leurs
effets et dont les minorités
chrétiennes d'Orient ont
toujours fait les frais.
"N'avons-nous
pas nous-mêmes induit nos chrétiens
en tentative d'immigrer,
demande Mgr Ramzi Garmou, archevêque
de Téhéran, lui-même irakien,
quand nous leur avons appris,
dans nos écoles, non seulement
des langues étrangères, mais
aussi un style de vie et une
culture occidentale ?"
Changer la perception stéréotypée
que les chrétiens d'Occident
ont encore de leurs frères
d'Orient est sans doute la première
condition pour renouer les
dialogues. Devant l'actuelle hémorragie
migratoire, on ne peut exclure
l'effacement, dans quelques générations,
de toute présence chrétienne
significative. Mais personne ne
peut raisonnablement se résoudre
à une telle perspective, à
commencer par les pays
arabo-musulmans eux-mêmes.
Outre que les plus extrémistes
des islamistes verraient ainsi
leurs vœux comblés, ces pays
ne peuvent ignorer que la
stabilité et la sécurité
passent par la protection de
leurs minorités, la sécularisation
de leurs institutions, la démocratie,
le pluralisme politique et
religieux, la liberté
d'association et de conscience,
la garantie d'un statut égal
pour toutes les confessions. "Conférer
aux chrétiens la qualité de
citoyens à part entière, leur
accorder une liberté effective
d'exercice de la religion et la
réciprocité d'un traitement égal,
voilà une vertu qui honorerait
les pays arabes", écrit
Joseph Yacoub, Syrien de
confession chaldéenne, dans Au
nom de Dieu. Les guerres de
religions aujourd'hui et demain
(J.-C. Lattès, 2002).
"Solution
laïque"
Les chrétiens
qui restent en Jordanie, en
Palestine, en Irak ou en Syrie témoignent
d'une volonté de coexistence
qu'ils veulent croire encore
possible. Se résigner à leur
disparition serait considérer
comme inéluctable l'exclusion
de ces minorités, diminuer les
chances d'équilibre et de paix,
prendre son parti du
"choc des
civilisations". Issu
d'une famille protestante qui
est minoritaire en France et qui
a payé au prix fort sa
reconnaissance, Jean-Paul
Willaime, éditorialiste de Réforme,
a pu écrire, au lendemain des
attaques contre les églises en
Irak, qu' "il faut préserver
une chrétienté arabe comme il
faut préserver un islam européen".
Non seulement parce que la
reconstruction de l'Irak ne
pourra se passer d'aucune de ses
composantes, mais aussi parce
que "la présence d'une
minorité religieuse oblige
chaque société à trouver la
solution laïque adaptée à son
histoire et à sa
configuration".
haut
Jean-Pierre
Chevènement : "Je suis
sincèrement effrayé par la
Constitution européenne"
L'ancien
ministre y voit un "carcan
d'orthodoxie libérale" et
"un outil d'inféodation
aux Etats-Unis"
propos
recueillis par PASCALE SAUVAGE
et ERIC ZEMMOUR, publiés
dans le Figaro le 25 août 2004
Le
mouvement de Jean-Pierre Chevènement,
MDC devenu MRC, organise son
Université d'été à Méry-sur-Oise
les 4 et 5 septembre, sur le thème
: "L'Europe : indépendance
ou vassalisation ?". Ce
sera l'occasion pour l'ancien
candidat à la présidentielle
de faire sa rentrée. Depuis son
échec de 2002, il était resté
silencieux. Mais, décidé à
participer au débat référendaire
sur la Constitution européenne,
il appelle d'ores et déjà à
voter non. Et ne ferme pas du
tout la porte à une éventuelle
candidature à la présidentielle
de 2007...
* Qu'avez-vous
fait pendant ces vacances ?
J'ai lu, entre
autres, avec beaucoup
d'attention, alinéa par alinéa,
le texte abusivement présenté -
car ce n'est qu'un traité de
plus - comme une
"Constitution européenne".
* Et quelle est votre
impression ?
Je suis sincèrement
effrayé. C'est un carcan
d'orthodoxie libérale étouffant
pour l'économie et, en matière
de politique étrangère et de
défense, un outil de
vassalisation aux Etats-Unis.
* Le traité de
Rome n'était-il pas déjà un
traité d'essence libérale ?
C'est la Commission européenne
qui a, depuis le traité de
Maastricht, érigé le
principe "d'une
concurrence libre et non faussée"
au-dessus de tous les
autres. La
"Constitution", en réaffirmant
ce principe, interdit toute
politique industrielle. De même,
la "Constitution"
empêcherait toute politique
de défense autonome.
* Qui empêchera
les pays qui le souhaitent d'élaborer
une défense commune ?
Toute défense commune devra
être "compatible avec
la politique de sécurité élaborée
dans le cadre de l'Otan" (art.
I 40 al. 2). Par ailleurs, le
principe même des coopérations
renforcées entre Etats est
conditionné à l'accord du
Conseil et du Parlement européen.
L'espoir d'une Europe à géométrie
variable est ainsi étouffé
dans l'oeuf.
* C'était
pourtant la grande idée du président
de la République, et celle de
la France ?
La France est marginalisée.
Une Europe à vingt-cinq rend
mécaniquement majoritaires
les gouvernements les plus inféodés
aux Etats-Unis. Enfin, la
parité franco-allemande a été
gravement rompue. La règle de
la pondération démographique
dans les votes au Conseil
donne au pays le plus peuplé
un avantage plus que
proportionnel à sa
population. C'est une idée de
polytechnicien !
* La composition
de la Commission européenne
par son président, le
Portugais Barroso, va-t-elle
dans ce sens ?
La France n'a plus qu'un
commissaire sur vingt-cinq.
Elle pourrait, à partir de
2009, n'en avoir plus aucun,
avec les règles prévues de
rotation. Je ne sous-estime
pas l'importance du secteur
des transports. Je connais M.
Barrot, le commissaire français,
qui est travailleur et sérieux.
Mais il est indéniable que,
dans cette commission, les libéraux
et les atlantistes ont pris la
part du lion.
* Qui est selon
vous responsable de cette
marginalisation de la France ?
L'élargissement, depuis
que le principe en a été
accepté, en 1993, sous la
cohabitation entre François
Mitterrand et Edouard
Balladur, n'a pas fait l'objet
d'une véritable négociation.
Et c'est aussi le fruit de
l'influence américaine !
* Les socialistes
accusent aujourd'hui Jacques
Chirac d'avoir cédé sur le
libre-échangisme contenu dans
le projet de Constitution...
Il l'était déjà dans
le traité de Maastricht,
confirmé par ceux d'Amsterdam
et de Nice. Assez de
faux-semblants ! La
responsabilité est solidaire.
* Les socialistes
sont très divisés sur la réponse
à apporter au référendum
européen. Le PS ne
risque-t-il pas de se
disloquer ?
Je n'y crois guère car il
faudrait beaucoup de courage
au PS pour rompre les liens
oedipiens qui l'attachent aux
choix sociaux-libéraux
effectués dès 1983 et encore
plus au moment de Maastricht.
François Hollande pourrait le
faire... s'il se libérait de
la tutelle de Lionel Jospin.
Je doute, malgré ses qualités,
qu'il en soit capable. Le
"droit d'inventaire"
ne sera pas exercé.
* Croyez-vous à
un retour de Lionel Jospin en
2007 ?
Le choix stratégique
pour le PS est de savoir s'il
peut continuer à vivre sur
son héritage social-libéral.
François Hollande a-t-il la
capacité de s'autonomiser
pour entrer "dans la cour
des grands" ? Laurent
Fabius aura-t-il l'audace
d'une stratégie de rupture,
comme Mitterrand en avait fait
le choix avant 1981 ? La
"tétanisation" des
autres prétendants est évidemment
la condition d'un retour
possible de Lionel Jospin.
* Beaucoup de
socialistes ne sont pas très
éloignés de vous sur
l'Europe. Une réconciliation
est-elle possible ?
Socialiste... Ce mot-là a
perdu aujourd'hui beaucoup de
sa substance. Certains
dirigeants
"socialistes" m'en
veulent beaucoup. Pour avoir
refusé la première guerre du
Golfe. Pour avoir refusé
Maastricht. Pour avoir refusé
d'avaliser le processus de
Matignon sur la Corse. Je
n'accepte pas le procès
qu'ils me font depuis le 21
avril. C'est un déni de démocratie,
une insulte à mes électeurs.
Ce n'est pas à moi de changer
de position, mais à eux. Je
les y aiderai en leur
fournissant dans un prochain
livre quelques arguments.
* En faveur du non
au référendum sur l'Europe ?
Certainement : un non
construit, argumenté et, si
j'ose dire, positif. Il est
certain que parmi les
vingt-cinq pays concernés,
plusieurs, dont j'espère la
France, refuseront ce texte.
Il faudra renégocier ce traité,
revoir ces institutions pour
retailler l'Europe à l'aune
de la compétition mondiale :
exiger de la Banque centrale
qu'elle tienne compte aussi,
en plus de l'inflation, de la
croissance et de l'emploi ;
assouplir le pacte de stabilité
; réorienter la politique de
la concurrence. Au-delà, il
faut permettre le surgissement
d'un acteur stratégique
mondial, autonome par rapport
aux Etats-Unis, à partir du
noyau franco-allemand.
* Dans la majorité,
le combat entre Nicolas
Sarkozy et Jacques Chirac
s'est encore aggravé cet été.
Qui est responsable ?
Le quinquennat, en
rapprochant les échéances,
pousse les prétendants à affûter
leurs couteaux. Nicolas
Sarkozy a un réel talent de
communication. C'est une boule
d'énergie. Mais je ne suis
pas sûr qu'une droite libérale
et, en quelque sorte, "américaine"
puisse se maintenir
durablement au pouvoir en
France. Notre pays est attaché
au rôle de l'Etat, au pacte républicain
et à une certaine forme d'indépendance.
* Vous avez
l'impression que Jacques
Chirac est, lui, sur cette
ligne ?
Il faut savoir gré à Jacques
Chirac (et au Pape) d'avoir
empêché que l'invasion de
l'Irak ne tourne au conflit de
civilisations. Le président a
bien vu que l'enjeu était
simple : le Moyen-Orient, zone
stratégique majeure, avec les
deux tiers des réserves pétrolières
et le prix du baril qui
s'envole, peut-il être laissé
directement et durablement aux
mains des Etats-Unis ?
* Entre Chirac et
Sarkozy, qui va gagner ?
Je ne sous-estime nullement
l'habileté de Nicolas Sarkozy,
mais il ne faut pas négliger
la puissance des institutions.
Jacques Chirac peut se représenter,
changer de gouvernement,
promouvoir des hommes
nouveaux. J'ai déjà vu un président
étouffer un premier
ministre...
* En 2007, la présidentielle
pourrait donc voir s'affronter
Chirac, Sarkozy, Jospin et
Chevènement ?
Le jeu qui s'était refermé
après le 21 avril 2002 va se
rouvrir avec le référendum
sur l'Europe et l'élection présidentielle
de 2007. Avec plus de 1,5
million de voix, j'ai obtenu,
sans le soutien d'un grand
parti - et quelle que
soit la valeur du MDC d'alors -
plus que les Verts, les
communistes et les radicaux.
Le courant républicain n'a
pas disparu, et pour cause :
les défis restent devant nous
! Tout homme politique qui
croit en ses idées se doit de
peser dans les moments décisifs.
Directement ou indirectement.
haut
France-Liban
- Dix ans de partenariat méditerranéen
Paris veut donner un
coup de fouet au protocole de
Barcelone
par KHALIL FLEYHANE, publié
dans l'Orient-le Jour le 26
juillet 2004
Pour
le dixième anniversaire du
partenariat dit euro-méditerranéen,
la France invite le Liban, tout
comme sans doute les autres pays
associés, à revigorer le
processus de Barcelone. De
nouvelles idées seraient les
bienvenues, indique Paris. Pour
qui, à l’instar du reste des
autres capitales européennes
impliquées dans ce programme,
ce terreau peut être d’une
grande utilité. En termes de présence
active, donc d’influence, dans
cette région charnière
qu’est le Moyen-Orient. Où le
Vieux Continent tente, depuis
des lustres, de faire pièce,
dans la mesure du possible, à
la pénétration US. Un objectif
rendu encore plus pressant aussi
bien par les développements
actuels que par les perspectives
qu’induit le fameux Broad
Mena. On sait en effet que, sous
le label initial de "Grand
Moyen-Orient", les Américains
ont concocté un gigantesque
projet articulé sur des réformes
de démocratisation accélérée
visant les régimes orientaux.
Un programme stratégique
qu’ils ont dû réviser à la
baisse, si l’on peut dire, à
la suite des réticences des
pays visés comme des réserves
européennes. Les concessions | | | | | | |