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PRESSE
RJLIBAN N°102 - sélection du
printemps 2004 (2)
Douze
heures après le vote du
Conseil de sécurité à New
York d'une résolution initiée
par la France et les
Etats-Unis, appelant entre
autres à une élection
libanaise "libre, équitable,
selon les règles
constitutionnelles et sans
interférence étrangère",
le Parlement libanais a voté
le vendredi 3 septembre, par
96 voix pro-syriennes contre
29 défendant la démocratie
et l'honneur libanais (3 députés
se sont absentés), le
projet de loi visant à
octroyer au chef de l’Etat,
Emile Lahoud, une rallonge de
trois ans. Paris et Washington
ont immédiatement réagi à
la reconduction du mandat
Lahoud : "Un défi
à la communauté
internationale", a dénoncé
le premier ; "une parodie
de démocratie, un vote dicté
par une force
d’occupation", a renchéri
le second. Jusqu’ici, "l’équation"
libanaise issue des accords de
Taëf (1989), reposant
principalement sur la présence
militaire et l’influence
politique dominante de la
Syrie, recevait l’aval de la
communauté internationale. Même
après l’expiration du délai
de deux ans, au bout duquel la
Syrie aurait dû procéder à
un redéploiement de ses
troupes en prélude à un
retrait définitif, les
Etats-Unis, la France et les
autres grandes puissances
continuaient, bon gré mal gré,
à tolérer une tutelle qui
n’a jamais faibli et dont
les effets sur le Liban se
sont manifestés avec le plus
d’acuité lors des diverses
consultations électorales que
le pays a connues depuis 1992. C’est
la première fois depuis au
moins 15 ans que Washington
attribue à la présence
syrienne au Liban le
qualificatif d’
"occupation". Pour
ce qui est de la France, jamais
dans l’histoire des
relations franco-libanaises,
plusieurs fois centenaires,
Paris n’avait usé d’un
vocabulaire aussi sévère.
Pour
sortir du bain de
sang où nous
vivons
par
ABDEL-HAMID
EL-AHDAB, publié
dans l'Orient-le
Jour le 22 juin
2004
Les
semaines qui
passent sont
toutes imprégnées
de la douleur,
du sang, de la
violence et de
la haine qui
fusent tous
les jours en
Irak, en
Syrie, en
Arabie
saoudite, en
Palestine et même
en Jordanie. Où
allons-nous ?
L’histoire
de la douleur,
du sang et de
la violence ne
connaîtra-t-elle
donc pas de
fin ? Au même
moment, l’Inde
organise des
élections démocratiques
grâce aux
acquis
consolidés et
développés
par la
philosophie de
la
non-violence
prêchée par
Gandhi. L’Inde
est un pays très
pauvre qui
compte plus de
800 millions
d’habitants
et regroupe
plusieurs
langues et
nationalités.
Les élections
s’y sont déroulées
pendant trois
semaines dans
sept cent
mille bureaux
de vote.
Quatre
millions de
fonctionnaires
y ont travaillé
et toute la
campagne électorale
a porté sur
le programme
économique.
Il n’y a eu
aucun appel au
sentiment
religieux bien
qu’il existe
plusieurs
religions
rivales sur le
sol indien. La
victoire est
revenue au
parti du Congrès
présidé par
Sonia Gandhi
qui est
d’origine
italienne.
Celle-ci a
renoncé à la
fonction de
Premier
ministre et a
proposé à ce
poste un
membre éminent
du parti
d’origine
sikh. Cette
tolérance et
cette démocratie
ont fait que
l’Inde
enregistre une
croissance
annuelle de 10
%. Le Mahatma
Gandhi a réussi
à vaincre
l’impérialisme
britannique
par la
non-violence.
Après avoir
expulsé le
colonialisme
étranger, il
n’a pas
instauré un
colonialisme
intérieur.
Ses
compagnons, et
à leur tête
Nehru, ont
institué une
démocratie
solide et un
Etat moderne.
Les factions
violentes ont
tenté, et
continuent de
tenter, de
l’anéantir,
comme ils
l’ont fait
avec Gandhi
lui-même,
avec Indira
Gandhi et avec
son fils, mais
la démocratie
est demeurée
la plus forte
car elle
s’est bien
enracinée
dans la
conscience et
dans la
civilisation
indiennes.
Elle est
devenue une
amie.
Alors
que notre
monde arabe
vit dans le
sang, la
douleur et la
violence, l’Afrique
du Sud a fêté,
de son côté,
le dixième
anniversaire
de la chute de
l’apartheid,
de la libération
des Noirs et
de la sortie
de Nelson
Mandela de
prison. Ce
dernier a mis
fin à
l’oppression
des Noirs et
à la
discrimination
raciale par la
non-violence,
et ce du fin
fond de sa geôle.
Le monde
entier le
soutenait, et
il a gagné !
Il n’a pas
dit aux Blancs
:
"Quittez",
et ne les a
pas obligés
à choisir
entre le
cercueil et la
valise, mais
il les a gardés
et s’est réconcilié
avec eux afin
de faire
avancer son
pays par leur
entremise, ou
grâce à leur
coopération,
malgré tous
les crimes
commis par ces
mêmes Blancs
à l’égard
de ses frères
africains.
Lorsque le
mandat de
Mandela a pris
fin, celui-ci
n’a pas
demandé
qu’il lui
soit renouvelé
et n’a pas
cherché à
assurer le
pouvoir à ses
enfants. Il a
dit qu’il
voulait ouvrir
la porte à
d’autres et
a persisté
dans sa volonté
de se retirer
alors qu’il
était le héros
de l’indépendance
et qu’il
avait passé
les trois
quarts de sa
vie en prison.
Pour les
Arabes qui
font face
aujourd’hui
aux plus féroces
défis, à
savoir le
sous-développement,
l’oppression,
l’ignorance,
la pauvreté,
Israël, les
Etats-Unis...,
la violence
est-elle
l’unique
voie vers la
justice ?
Cette violence
leur a-t-elle
permis de récupérer
l’un
quelconque de
leurs droits
au cours des
trois derniers
quarts de siècle
? Leurs
ennemis ne
leur sont-ils
pas supérieurs
en violence ?
Le voisin de
l’Inde est
le Pakistan.
Celui-ci a
pris le chemin
de la violence
déjà emprunté
par les
Arabes. Quand
le Bangladesh
s’est rebellé,
l’armée
pakistanaise a
tué trois
millions de
musulmans.
Tous les
intellectuels
du Bangladesh
ont été
assassinés.
Un traitement
spécial a été
réservé aux
cardiologues :
on leur a
arraché le cœur
de la
poitrine. Les
généraux ont
mis la main
sur le pays.
Depuis, le
sous-développement
règne en maître
et les coups
d’Etat se
succèdent.
Pourquoi ne
pas jeter un
regard sur
l’Inde et
l’Afrique du
Sud pour
sortir un peu
de ces bains
de sang où
nous vivons ?
Abdel-Nasser
avait dit dans
son ouvrage
sur la
philosophie de
la révolution
: "Je ne
pouvais, au tréfonds
de moi, être
tranquille à
l’idée que
la violence
constituait
une action
positive qui
nous aidera à
construire
l’avenir de
notre
pays."
C’est
d’ailleurs
lui qui a épargné
la pendaison
au roi Farouk
lors de la
prise du
pouvoir.
C’est lui
qui a réussi
à lui
conserver sa
liberté en
disant à ses
compagnons :
"Lisez
l’histoire...
le sang
appelle le
sang."
Pourquoi un
nouvel esprit
ne voit-il pas
le jour ? La
non-violence
en Afrique du
Sud a vaincu
le racisme
blanc en dépit
de sa force et
de sa
puissance.
Elle a réussi
à ancrer la démocratie
et à assurer
la
cohabitation
entre les
Blancs et les
Noirs après
l’indépendance,
en dépit
d’un passé
fait
d’humiliation
et
d’oppression
! La
non-violence
en Inde l’a
libérée de
l’impérialisme
britannique et
a ancré la démocratie
en dépit de
l’obscurantisme,
des
antagonismes
et des luttes
entre
nationalités,
langues et
religions
indiennes...
Et voilà
qu’une femme
d’origine
italienne est
élue pour être
Premier
ministre, mais
renonce à ce
poste en
faveur d’un
hindou !
Pourquoi les
Arabes
n’essayeraient-ils
pas la démocratie
et la
non-violence ?
Pourquoi
n’abandonnerions-nous
pas le
discours qui
dit que la
liberté et la
démocratie
procèdent
d’un complot
américain
visant à
servir Israël
?!!!
N’est-ce pas
là une
insulte à la
notoriété de
la liberté et
à la place
qu’elle
occupe dans
l’histoire
et la pensée
arabes ?
Abdelaziz
Bouteflika a
dit à
Beyrouth : "La
raison de
notre
obscurantisme
et de notre échec
social est
notre
“vision de
la vie” qui
est incapable
de répondre,
par des
efforts
continus, aux
défis de la réalité,
de même
qu’elle est
incapable de
franchir les
obstacles..."
C’est lui
qui a appelé
à réformer
notre système
de pensée
pour vaincre
l’immobilisme.
La pensée
arabe sombre
dans le
sommeil.
N’est-il pas
temps de la réveiller
quelque peu ?
Pourquoi n’écoute-t-on
pas Bouteflika
?
haut
Y
a bon la soupe
par GABY
NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 26
mars 2004
Des
Israéliens
qui savourent
leur stratégie
meurtrière à
domicile et à
deux missiles,
des
Palestiniens
qui gèrent
leurs
territoires
dans le fatras
et la
corruption façon
Beyrouth des
années 70,
une
internationale
barbue qui rêve
de ratisser
large parmi
les mécréants
de tout poil
dans un
pitoyable mélange
des genres...
La poubelle du
Proche-Orient
est à ras
bord, n’en
jetez plus !
Si quand même
: quelques
confettis
politiques
libanais, agrémentés
d’une pincée
de ministres
en dessous du
niveau de la
mer, qui
viennent
donner à
l’ensemble
une note
guillerette de
joyeuse
insouciance.
Cette
chance de
cocu, ma mère
! Il aura
suffi que le
gros baril
d’Ariel d’à
côté lave
plus rouge en
assassinant le
vieil ancêtre
du Hamas pour
que toute la
classe
politique décide
de capitaliser
le tir forain
à son
service.
Fallait les
voir tous,
genoux à
terre et
battant le
bedon qui leur
sert de
coulpe,
invoquer avec
componction
ces fameuses
circonstances
exceptionnelles
qui leur
permettront de
remettre le
couvert pour
un nouveau
bail. Un
salmigondis de
prières dans
le plus secret
des replis de
leurs panses
recueillies.
Extraits :
"Vas-y
Ariel, cogne,
cogne encore
et atomise-moi
tout ça !
Courage,
George,
balance tes
vitamines
B-52, et démocratise-moi
tout ça !
Tintin, les
municipales !
Bernique, la
présidentielle
! Et gloire à
Emile, Nabih
et Rafic pour
les siècles
des siècles."
Le public
retient son
souffle, mais
pas ses
applaudissements.
Dieu,
qu’on est
bien entre
nous ! Pendant
que brûle la
cocotte-minute
régionale, on
en est encore
à vidanger
les scories échappées
du dernier
lavage des cœurs
: Emile 1er,
68 carats, qui
sous-traite
auprès de
Jean-Louis la
gamelle destinée
au Premier
ministre ;
Bouboule, 60
balais, qui
rentre dans le
rang la tête
basse, comme
un petit garçon
pris les
doigts dans le
pot de
confiture ;
Istiz Nabeuh,
66 berges, qui
joue les
agents doubles
pour ne pas
revenir à la
case départ :
un déshérité
au chômage. C’était
notre rubrique
: "Quand
la soupe est
bonne, les
papys ne décrochent
jamais."
haut
Un
procès très
politique pour
les Américains
Washington
veut faire
oublier
l'absence
d'armes de
destruction
massive et
mettre l'accent
sur les atrocités
de la dictature
par
GEORGES MALBRUNOT,
publié dans le
Figaro le 29 mars
2004
Les
Américains
marchent sur des
oeufs avant de
juger Saddam
Hussein. Ils
veulent éviter
que son procès
ne se prolonge
indéfiniment et
ne lui fournisse
une tribune pour
diluer sa
responsabilité
dans les crimes
qui lui sont
imputés, en
enflammant les
sentiments
antiaméricains
dans le monde
arabe. L'arrivée
début mars à
Bagdad d'une
poignée
d'experts américains
a signalé le début
de
l'instruction.
Au total, une
cinquantaine de
juges, d'enquêteurs
et de spécialistes
en sciences
seront à pied
d'oeuvre à la
fin de ce mois. "Nous
sommes ici
uniquement pour
conseiller les
Irakiens avant
de juger
Saddam", confie
l'un d'eux. Les
Américains ne
veulent pas
apparaître
comme ceux qui
inspirent la
justice
irakienne, en
coulisses. Au début
de décembre
2003, le Conseil
intérimaire de
gouvernement (CIG),
dont les 25
membres ont été
cooptés par
Paul Bremer, le
proconsul américain
en Irak, a créé
un tribunal spécial
pour juger les
crimes contre
l'humanité du régime
de Saddam perpétrés
contre "le
Koweït, la République
islamique d'Iran
et contre les
fils du peuple
irakien, entre
le 17 juillet
1968 et le 1ermai
2003", les
dates
d'accession au
pouvoir du Baas,
et de la fin des
opérations
majeures de
guerre décrétée
par George Bush.
Cinq juges
irakiens ont été
choisis par le
CIG. Le tribunal
pourra faire
appel à des
experts étrangers.
Les Américains
disent tenir à
un procès
juste, mais des
organisations de
défense des
droits de
l'homme, comme
Amnesty
International,
mettent en garde
contre le manque
d'expérience
des juges
irakiens pour
confronter
Saddam avec son
passé. Elles
redoutent une
justice expéditive.
Trois
mois après la
capture du
tyran, nul ne
sait quand se
tiendra son procès.
"Le but
est d'aller
aussi vite que
possible tout en
préservant
l'intégrité du
processus",
soulignait récemment
dans le Financial
Times Pierre
Richard Prosper,
responsable au département
d'Etat des
questions
relevant des
crimes de
guerre. Selon
lui, "l'idée
est de trouver
le moyen d'avoir
un procès équitable
et efficace en même
temps". Il
n'excluait pas
qu'il ait lieu
en fin d'année.
Le procès
Saddam doit
permettre aux Américains
de détourner
l'attention de
la recherche,
toujours vaine,
des armes de
destruction
massive aux
atrocités
commises sous la
dictature. Pour
contrer les
accusations de
manipulation de
la justice
irakienne, leurs
porte-parole à
Bagdad répètent
que les
conseillers américains
ne sont là
qu'aux côtés
d'autres représentants
de pays membres
de la coalition
et, surtout, que
les Irakiens
seront les maîtres
d'oeuvre pour
juger celui qui
les soumit
pendant
vingt-cinq ans. "Les
Irakiens auront
le rôle
principal. Il
s'agira de leur
procès", insiste
Dan Senor, le
porte-parole de
Paul Bremer.
Pour les autorités
irakiennes, qui
souffrent d'un déficit
de crédibilité,
ce procès
constitue un
acte fondateur
de leur nouvelle
démocratie.
Elles ont demandé
aux Américains
de leur livrer
Saddam et de
changer le
statut de
prisonnier de
guerre que
ceux-ci lui ont
accordé, peu
après sa
capture à la
mi-décembre.
Cette remise du
dictateur
devrait
intervenir après
le 1er
juillet, date du
transfert du
pouvoir aux
Irakiens.
Washington
n'a jamais exclu
un changement de
ce statut de
prisonnier : "Ils
devront tout de
même trouver
une bonne raison
pour le
justifier",
note un
expert proche du
dossier qui
s'interroge : "Pourquoi
les Américains
ont-ils donné
le statut de
prisonnier de
guerre à
Saddam, s'ils
doivent ensuite
le modifier pour
le remettre aux
Irakiens ?"
Pour certains,
il s'agissait en
fait à l'époque
d'amadouer
Saddam, afin de
le convaincre de
parler à ses
interrogateurs
du FBI et de la
CIA. D'autres évoquent
cette condition
posée par la résistance
sunnite dans sa
tentative de
dialogue avec
les Américains.
L'octroi du
statut de
prisonnier de
guerre, qui
permet notamment
à Saddam de
recevoir des
visites du Comité
international de
la Croix-Rouge
(CICR), avait mécontenté
les responsables
irakiens.
Souverains, ces
derniers, auront
le droit de
demander aux Américains
qu'il leur soit
livré pour être
jugé. Selon le
CICR, dépositaire
des conventions
de Genève, un
prisonnier de
guerre comme
Saddam doit être
jugé par un
tribunal
militaire américain.
Du massacre des
Kurdes à la répression
contre les
chiites, en
passant par les
charniers découverts
depuis la
guerre, les
charges contre
le dictateur ne
manquent pas.
Dans un souci
d'efficacité et
de rapidité,
certains préconisent
toutefois de
n'en retenir que
quelques-unes,
les plus évidentes,
celles qui
suffisent pour
confondre
Saddam, comme le
gazage de
milliers de
Kurdes en 1988
à Halabja.
Mais
les experts américains
et leurs
collaborateurs
irakiens sont
hantés par le
syndrome
Milosevic. Ils
ne tiennent pas
à ce que Saddam
bénéficie,
comme son compère
serbe jugé
depuis des années
par le Tribunal
pénal
international,
d'une
plate-forme qui
lui permettrait
d'accuser ses
""amis
étrangers"
de lui avoir
fourni les armes
qui servirent à
mater les
Kurdes, par
exemple. Leur
priorité : établir
la responsabilité
directe de
Saddam dans la
chaîne de
commandement qui
aboutit au
massacre de
milliers
d'Irakiens entre
1968 et 2003. Le
tyran est détenu
dans un endroit
secret à
Bagdad. Très
peu a filtré de
ses
interrogatoires.
"Il
n'est pas très
utile", a
seulement déclaré
Paul Bremer.
Pour faciliter
l'instruction,
l'idée de juger
avant lui
d'autres piliers
de la dictature
est également
étudiée. Selon
Salem Chalabi,
un avocat
irakien proche
de l'accusation,
inculper Ali
Hassan al-Majid,
cousin de Saddam
et le
responsable de
ses très sales
besognes, serait
plus facile, et
sa culpabilité
rendrait du même
coup plus aisée
le procès de
Saddam.
haut
L’implantation
palestinienne,
fille inévitable
de l’ineptie
et de
l’inertie
arabes
La
bataille de la
communication
perdue par défaut
paru dans
l'Orient-le Jour
le 2 juin 2004
Depuis
la fin de la
Seconde Guerre
mondiale, on
s’est mis à
mettre des mots
sur des choses
qui ont toujours
existé. Sans être
bien reconnues
ou définies.
Par exemple, en
sport, le
sponsoring. En
économie, la
flexibilité. En
géopolitique,
l’épuration
ethnique. En
sciences, la
complexité. Et
en tout, la
communication,
dite com. Un
support
indispensable,
souvent même décisif,
dans la
quasi-totalité
des champs de
l’activité
humaine. Et une
arme de défense,
de déviation
autant que
d’attaque pour
toutes les stratégies.
Commerciales,
sociales,
militaires,
religieuses,
diplomatiques...
Incroyable mais
vrai :
aujourd’hui
encore, cet
instrument
capital, les
Arabes n’en
soupçonnent que
vaguement
l’importance.
En fait, dans la
pratique, et
dans
l’histoire, un
seul de leurs
leaders, Abdel
Nasser, a su en
user. En
offrant, par
exemple, des
transistors à
ses fellahs. Et
en envahissant
le monde arabe
avec sa fameuse
radio Saout
el-Arab. Mais
ses visées
n’allaient pas
plus loin. Par
une sorte
d’aveuglement
et de surdité
fatals, il était
absolument
interdit dans
les années
soixante, et
dans le monde
arabe, d’évoquer
le nom d’Israël.
Résultat immédiat
autant que prévisible
: la guerre des
Six-Jours. A
l’issue de
laquelle Nasser
avouait
piteusement :
"Nous les
attendions à
l’Est, ils
sont venus de
l’Ouest."
Une défaite du
renseignement ?
Certes. Mais
comment ne
serait-il pas
faible lorsque
la
communication,
qui provoque
automatiquement
des échos, est
tout simplement
niée. De fait,
si la revanche
partielle de
1973 a pu avoir
lieu, c’est
parce qu’on
avait enfin levé
l’ahurissant
tabou. Et
qu’on était
du même coup
mieux éclairé
sur l’ennemi.
La
leçon, sans être
tout à fait
oubliée,
s’est engluée
au fil des années
dans une
paresseuse
routine. Le
conflit se
poursuit, âpre
et compliqué.
Avec en
perspective,
pour ce
malheureux petit
pays que nous
sommes, le lourd
fardeau de
l’implantation.
Un tribut payé
à
l’insouciance
d’un camp
arabe qui
continue à se pénaliser
lui-même. Par
ses désunions.
Mais aussi en se
privant de ce
bouclier
primordial, en
droit comme en
diplomatie,
qu’est
l’argumentaire,
fruit du couple
renseignement-communication.
Le
renseignement,
il est là, sous
les yeux. Et les
Arabes ne le
voient pas. En
effet, au fil
des ans, des
documents israéliens
essentiels se
trouvent déclassifiés.
Et rendus
publics à
travers les
analyses juives
ou occidentales,
comme dans des
ouvrages
d’historiens.
Or sur ce
dossier, dont la
Ligue aurait dû
se saisir en
nommant une
commission de
scrutateurs, il
n’existe
jusqu’à présent
aucun
commentaire,
aucune
exploitation
arabes autorisés
!
Pourtant
ce qu’on y
apprend est
grave, bien sûr
puisque drame il
y a, mais
surtout
accablant pour
la cause
sioniste, si
tant est qu’on
peut l’appeler
ainsi. Dans un
article confié
en mai dernier
à la revue
Historia, une
sommité de la
question hébraïque,
Richard Lebeau
(auteur d’un
Atlas historique
des Hébreux, éditions
Autrement,
2003), se fait
le porte-voix
d’historiens
israéliens. Qui
observent que la
vraie vérité
sur la guerre
fondatrice de
1948 se situe à
l’exact opposé
des thèses défendues
jusque-là.
Notamment par
rapport à
l’expulsion
des
Palestiniens,
qui ont abouti
chez nous. Israël
rejetait toute
la responsabilité
dans ce domaine
sur les Arabes
et sur les
Palestiniens
eux-mêmes. Or
les chercheurs
israéliens (Simha
Flapan, Tom
Segev, Avi
Schlaim, Ilan
Pappe, Benny
Morris) démystifient
totalement le
mythe initial.
Non, 1948 n’a
pas été un
miracle divin en
faveur d’un
freluquet
affrontant un
adversaire
colossal, un
David face à un
Goliath. C’est
le contraire.
Les documents
mis au jour
prouvent qu’Israël
est parti en
guerre avec la
certitude de
vaincre. Parce
qu’il était
économiquement
bien mieux
outillé. Et
surtout parce
que, tout
simplement, il
disposait en mai
de 35.000
combattants bien
armés, face à
25.000
Palestiniens mal
équipés,
formant des
troupes hétéroclites.
L’écart se
creuse très
vite : en décembre,
Israël aligne
quelque 97.000
soldats. Sa supériorité
est confortée
par les
divisions
arabes. Et
(encore une fois
incroyable mais
vrai) par le
refus des Arabes
de voir se créer
cet État
palestinien qui
est devenu
aujourd’hui
leur rêve. A
l’époque,
l’Egypte se méfie
d’Abdallah
(l’aïeul) de
Jordanie.
L’Arabie
saoudite aussi,
car elle vient
d’expulser les
Hachémites de
La Mecque. La
Syrie également
a maille à
partir avec la
Jordanie comme
avec l’Irak.
Non sans raison,
du reste :
Abdallah négocie
secrètement
avec les Israéliens
pour rafler la
Cisjordanie.
Le cœur du
problème
De ce magma, et
de leur pays,
sortent les réfugiés
palestiniens.
Selon Israël,
ils seraient
pour la plupart
partis
volontairement.
Appelés par des
dirigeants
arabes qui leur
promettaient un
proche retour
triomphal. Aussi
illogique, aussi
insensée
qu’elle soit,
cette version a
tenu jusqu’à
la déclassification
des documents,
entamée dans la
deuxième moitié
des années 80,
et toujours en
cours. On y
apprend que le
plan sioniste,
inspiré des
recommandations
faites dès 1895
par Herzl, prévoyait
un déplacement
de population
bien avant 1948.
Notamment par
des razzias
terroristes et
par des
massacres perpétrés
par l’Irgoun
de Begin ou le
Lehi de Shamir.
Comme Deir
Yassine, en
avril 1948, en
lever de rideau
sanglant de
l’indépendance
israélienne. Ce
crime abominable
donne le résultat
escompté : les
90 villages
arabes de la
contrée sont désertés
par une
population prise
de panique. Même
réflexe, plus
tard, devant la
progression des
armées israéliennes
: 228 localités
se sont vidées
(d’après
Benny Morris,
The Birth of the
Palestinian
Refugee Problem,
cité par
Lebeau). En
outre, indiquent
les documents déclassifiés,
les habitants de
41 agglomérations
pas trop
peureuses ont été
expulsés manu
militari par les
sionistes. En
tout, en
Palestine, seuls
6 villages ont
fui sur des
conseils arabes.
Cela a suffi
pour que,
pendant des
dizaines d’années,
les Israéliens
imputent
l’exode à
leurs
adversaires
eux-mêmes. Or
il est
maintenant établi
que ni le Comité
palestinien ni
aucun Etat arabe
n’avaient
diffusé de
directives
pressant la
population de
partir. Par
contre une note
secrète de
l’armée israélienne
émise en juin
1948 souligne
que "au
moins 55 % du
total de
l’exode a été
causé par nos
opérations. Et
15 % par l’Irgoun
et le Lehi".
Quelques
semaines plus
tard, un bond
effroyable en
avant dans les
chiffres :
quelque 400.000
Palestiniens
expulsés par la
manière forte.
Exécutions
sommaires, (250
à Ramallah),
pillages et
destructions, en
Galilée, au Néguev
poussent le
ministre de l’Agriculture,
Zisling, a déclarer
le 18 novembre :
"Je ne dors
pas de la nuit.
Ce qui est en
cours blesse mon
âme."
Onze
ans auparavant,
le 7 août 1937
(la Shoah, ce prétexte
idéal, est
encore loin),
Ben Gourion
expose ses
projets : "Le
déplacement de
population est
le pivot d’un
programme de
colonisation de
portée générale.
Heureusement
pour nous, le
monde arabe
dispose
d’immenses
zones désertes."
Il songe à l’Irak
autant qu’à
la
Transjordanie.
Mais c’est
vers le Liban,
moins revêche,
que les
Palestiniens
partent, souvent
à pied. Ils y
sont accueillis
par des
officiels émus.
Auxquels Emile
Eddé lance cet
avertissement prémonitoire
: « Ces gens
sur lesquels
vous versez des
larmes feront un
jour pleurer nos
enfants."
Des révélations
qui ont ébranlé
la collectivité
israélienne ou
les
universitaires
occidentaux,
mais qui sont
passées inaperçues,
ou presque, des
Arabes. En 1998,
selon les
chiffres
(approximatifs)
d’une ONG spécialisée,
Shami, il y
avait 430.183
Palestiniens
dans les camps
du Liban. Même
réduit de moitié,
ce chiffre
constitue un
poids suffisant
pour déséquilibrer
la balance intérieure,
si délicate.
L’Etat
libanais ne
cesse de le répéter. A
tous les coups,
il obtient des
Arabes un appui
aussi ferme que
purement verbal,
dans son rejet
de
l’implantation.
Personne, même
pas les pays
riches du Golfe
qui font
pourtant
travailler
beaucoup de
Palestiniens, ne
lui a jamais
proposé de lui
en prendre une
partie. Ou
d’en assumer
les charges, en
attendant une éventuelle
redistribution.
Et quand on voit
la faillite
arabe en matière
de lutte
informationnelle
ou de combat
juridique, on se
demande si
l’implantation
n’est pas déjà...
un fait
accompli.
haut
Mégaéglises,
un sacré
business
Le
Christ en comédie
musicale, des
garderies pour
enfants, des
salles de muscu..
Dans la mégachurch
évangélique du
Kentucky, tout
est bon pour
attirer des
ouailles bien
pensantes à la
bourse garnie.
Leur trinité :
Jésus, Gibson
et Bush
par PASCAL
RICHE, publié
dans Libération
le 2 avril
2004
Cela
ressemble à
tout sauf à une
église. Une
gare, peut-être,
ou un multiplex
de cinémas. Une
entreprise,
certainement.
Pour y aller, il
faut se garer
dans un des
parkings du
"campus",
et prendre une
navette. Le hall
d'entrée,
couvert d'une
moquette mauve,
est gigantesque,
avec des
guichets
d'accueil,
quelques
fauteuils épars,
et des
escalators. Une
librairie vend
des livres pieux
ou moraux, comme
la Foi de
George W. Bush.
Des policiers en
uniforme
veillent, à
droite et à
gauche. D'autres
hommes, munis
d'oreillettes, dévisagent
les entrants.
Car, ici,
l'argent circule
beaucoup : le
week-end de
notre visite,
19.407 personnes
ont assisté aux
trois offices,
laissant dans
des enveloppes
669.379 dollars.
Bienvenue à la
Southeast
Christian
Church. Le
bastion évangélique
du Kentucky,
l'une des plus
grandes églises
du monde. En
arrivant, les
ouailles déposent
leurs enfants
dans des salles
où ils peuvent
suivre le même
office que leurs
parents, entre
deux baby-foot
et sur fond de
musique rock. Il
y en a pour tous
les âges, dans
un labyrinthe de
couloirs. Dans
cette salle, des
tout-petits
sautent en
criant : "Jump
with Jésus."
Dans cette
autre, des dames
chantent "Pet
the bible book
!" en
invitant des bébés
d'un an à
toucher le livre
saint. Pendant
ce temps, les
parents prennent
l'escalator,
s'installent
dans les 9.000
places d'un
colossal amphithéâtre.
Là, ils
attendent un
peu, comme au
cinéma, en
regardant les
publicités défiler
sur sept écrans
géants : "Priez
pour nos
soldats",
"Stage
Plage &
Bible, à
Daytona,
Floride",
"Delirious
en
concert"...
Le film de
Gibson sur des
écrans géants
D'une durée
d'une heure,
l'office
s'ouvre par
l'entrée en
scène d'une
créature
blonde aux
accents de
Britney Spears,
qui pousse une
chanson
disneyenne.
Premières
paroles
prononcées
par le prêtre
Greg Alen,
guitare autour
du cou : "Lorsque
j'ai vu le
film la
Passion, il
y a trois
semaines, je
suis resté
sans
voix..."
Il poursuit
avec emphase :
"Le
sang de Jésus,
c'est le coût
catastrophique
de ma désobéissance..."
Pendant qu'il
parle, des
orgues jouent
des notes
dramatiques et
la lumière
passe au rouge
orange crépusculaire.
Le film de Mel
Gibson est cité
tout au long
de l'office.
Le sermon
s'inscrit
lui-même dans
le cadre d'une
série baptisée
The Passion
of Christ,
consacrée aux
messages de l'Evangile
selon Gibson.
Pendant que le
pasteur Dave
Stone parle,
des extraits
du film défilent
sur les écrans
géants... A
la fin de
l'office, un
des
responsables
de l'église,
Don Waddell,
appelle les
ouailles à
venir
manifester le
surlendemain
contre le
mariage des
homosexuels,
afin de lutter
contre le "déclin
moral"
du pays. La
Southeast
Christian
Church est
l'une de ces megachurches
évangéliques
qui, depuis
les années
1980,
redessinent le
paysage
religieux des
Etats-Unis.
Environ deux
millions d'Américains
fréquentent
ces églises géantes,
dont le but
est d'évangéliser
le plus de
gens possible.
Pour y
parvenir, tous
les moyens
modernes
(sport,
musique,
spectacles)
sont bons. Le
film de Gibson
fait partie de
la panoplie.
La
Southeast
Christian Church
dispose d'un
gigantesque
gymnase entouré
de salles de
musculation
gratuites. Elle
abrite des
groupes de
soutien aux
divorcés, aux
alcooliques, aux
chômeurs, aux
sourds, aux
malades du
cancer...
D'autres mégaéglises
sont allées
plus loin
encore. L'une
d'elles, l'église
Brentwood, à
Houston, a laissé
un McDonald's
s'installer sur
son
"campus".
Le but est
d'attirer le
plus de monde
possible vers
"Jésus".
Cela marche :
alors que la
plupart des églises
protestantes
traditionnelles
battent de
l'aile aux
Etats-Unis, les megachurches
évangéliques
prospèrent.
Parmi ses appâts,
la Southeast
Christian Church
organise un
grand show, le Easter
pageant, qui
raconte la vie
du Christ. Une
sorte de comédie
musicale
kitschissime,
avec des fumigènes,
des lumières
roses et vertes,
des anges câblotractés,
un diable aux
doigts crochus,
des centaines de
figurants (bénévoles),
des ânes et des
dromadaires (payés).
Cette année,
75.000 tickets
ont été
vendus, à
raison de 8
dollars la
place. Les
spectateurs
ressortent
ravis, parfois
convertis. Phil
Breer, employé
d'une entreprise
de surgelés,
avait cessé de
fréquenter l'église
depuis l'âge de
16 ans : "J'en
suis revenu
impressionné et
troublé.
J'avais gardé
l'image d'un Jésus
triste et austère,
ce n'est pas ce
que je
croyais."
Greer est devenu
aujourd'hui l'un
des plus
vibrants membres
de l'église.
Des églises
qui jouent sur
l'émotion
La Southeast
Christian
Church compte
350 employés.
Le principal
pasteur
s'appelle Bob
Russell. Marié,
deux enfants
et quatre
petits-enfants,
il a 60 ans,
le teint hâlé,
une chemise
rouge et des
dents
parfaites.
Lorsqu'il est
arrivé, à l'âge
de 22 ans, de
sa
Pennsylvanie,
l'église
regroupait 120
fidèles dans
un sous-sol.
De déménagement
en déménagement,
elle en compte
aujourd'hui
plus de
20.000. "Je
n'ai pas
planifié
cette
croissance,
c'est Dieu qui
l'a voulu, et
nous nous
sommes adaptés",
assure-t-il.
Mais il sait
aussi que les
phénomènes
divins
n'expliquent
pas à eux
seuls le succès
des megachurches
aux Etats-Unis
: "Les
Américains ne
vont plus chez
le commerçant
du coin, mais
au supermarché
ou au centre
commercial",
rappelle-t-il,
et les églises
géantes
offrent
l'anonymat
recherché : "Chez
nous, on peut
venir voir ce
qu'on fait,
sans être
aussitôt sous
les feux des
projecteurs."
Par ailleurs,
poursuit Bob
Russell, "les
gens se sont
habitués,
avec la télé,
à une qualité
excellente de
programmes
qu'une petite
église ne
peut
assurer"
: de bons prêcheurs,
une musique
impeccable,
bref, du
spectacle. Il
explique aussi
que, les
besoins des
gens étant
divers, "seule
une très
grande église
peut avoir la
masse critique
pour y répondre",
grâce à des
groupes de
soutien spécifiques...
Et les fidèles
recherchent
une assistance
fournie : "Le
monde, pendant
la semaine,
devient de
plus en plus
diabolique et
antichrétien,
explique
Russell.
Alors, le
week-end, les
gens aiment se
retrouver
nombreux pour
célébrer Jésus."
Le
phénomène est
observé avec un
peu d'inquiétude
par les spécialistes
de la religion. "Ces
églises réduisent
le contenu
intellectuel de
la religion au
minimum, et ne
se concentrent
que sur les émotions
ou les services
sociaux
qu'apporte
l'affiliation à
un groupe",
estime Daniel
Frankfurter,
professeur au
Behrend College,
en Pennsylvanie.
De nombreux fidèles
fréquentent la
Southeast
Christian Church
à la suite d'un
accident de la
vie, afin de
rencontrer des
gens qui leur
ressemblent. "Je
suis là depuis
1991. J'avais
divorcé, et mon
Eglise baptiste
considérait les
divorcés comme
de la
crotte. Je
cherchais un
groupe biblique
sérieux pour
parents célibataires,
et les autres
Eglises
n'avaient rien
à
m'offrir",
raconte Beth
Stenberg, 53
ans. La
Southeast est un
grand club de
rencontre : le
taux des célibataires
y atteint 40 %.
Le profil
socioculturel
des paroissiens
est extrêmement
homogène. Ce
sont des Blancs
à plus de 90 %,
vivant dans des
banlieues
cossues de
Louisville, avec
de bons
salaires. Les
hommes
ressemblent aux
bons pères de
famille des séries
américaines des
années 50. Les
femmes sont
souvent replètes,
et vêtues sans
grande élégance.
Les églises géantes
poussent
toujours dans
les banlieues
prospères. Don
Waddell, le
responsable de
l'accueil des
nouveaux membres
à la Southeast
Christian
Church, admet
que cela fait
partie de leur
modèle économique
: "Vu
l'argent nécessaire
pour les faire
fonctionner,
elles ne
pourraient pas
se développer
dans des
quartiers défavorisés."
Politiquement,
dit-il, les
paroissiens "ont
voté dans des
proportions écrasantes
pour Bush"
: "Nous
sommes des gens
qui croient en
la Bible, qui
voient les
choses en noir
et blanc, qui
aiment les règles
claires...",
explique Waddell,
un ancien pilote
de chasse de 58
ans qui a
combattu au
Vietnam.
Une
influence sur
la politique
locale
Ces églises
sont des
groupes à but
non lucratif,
mais de gros
business. Le
nouveau bâtiment
de la
Southeast
Christian
Church, achevé
en 1999, a coûté
100 millions
de dollars,
fournis par
les
paroissiens généreux.
L'ancien
manager de l'église,
Gregg Dedrick,
est
aujourd'hui président
de la chaîne
de
restauration
rapide KFC
(Kentucky
Fried Chicken).
Tout en haut
de
l'organigramme
- un râteau
impressionnant
-, on trouve
le nom de
"Jésus".
Dessous, le
"conseil
des
anciens"
: quinze
membres, rien
que des
hommes, des
hommes
d'affaires.
Dessous, le
pasteur
charismatique
Bob Russell.
Ce dernier
n'aime pas se
voir comme un
patron : "C'est
vrai que j'ai
l'expérience
d'un gros
complexe comme
celui-ci, mais
je ne pourrais
pas diriger
KFC ou
Ford."
Par ailleurs,
ajoute-t-il, "je
ne signe pas
les chèques.
Trop de prêtres
deviennent
corrompus".
Il est payé "selon
les standards
du Conseil évangélique
pour la
comptabilité
financière",
soit moins de
200 000
dollars par
an, une somme
qu'il arrondit
avec des
livres et des
conférences.
Par sa seule
taille, la
Southeast
Christian
Church est
devenue une
force
politique. Les
politiciens du
Kentucky se
doivent de s'y
afficher. "On
ne veut pas
s'impliquer
dans la
politique,
mais, quand il
y a un problème
moral qui nous
tient à coeur,
on défend nos
convictions
haut et
fort",
explique le
plus jeune des
trois
pasteurs, Kyle
Idleman, 28
ans (bronzé,
chemise jaune
vif, dents
blanches). L'église
vient de
remporter une
victoire : le
maire démocrate
de Louisville
a accepté,
sous la
pression, de
renforcer la réglementation
des sex-shops
en
centre-ville.
Début 2003,
la Southeast
Christian
Church défendait
la guerre en
Irak ; Bob
Russell, dans
un sermon,
avait comparé
les critiques
anti-Bush émanant
d'Hollywood
aux "paroles
dépourvues de
connaissance"
qui, dans le
livre de Job,
obscurcissent
les plans de
Dieu.
haut
Tapis
rouge à
Washington pour
"Sarkozy
l'Américain"
Le ministre de
l'Economie
chaleureusement
reçu par Colin
Powell et
Condoleezza Rice
par PHILIPPE
GELIE, publié
dans le Figaro
le 26 avril 2004
Jusqu'à
ce qu'il ouvre
la presse
locale, Nicolas
Sarkozy pouvait
penser que sa
visite avait un
peu réchauffé
les relations
entre la France
et les
Etats-Unis. Mais
le numéro deux
du gouvernement
français a beau
avoir été reçu
à Washington
avec tous les égards,
aucun journal américain
ne lui a consacré
une ligne ce
week-end. C'est
presque injuste,
tant le ministre
de l'Economie,
des Finances et
de l'Industrie a
fait d'efforts
pour séduire
ses
interlocuteurs
aux Etats-Unis. "Certains
en France
m'appellent
Sarkozy l'Américain,
a-t-il
expliqué, en
anglais, lors
d'un déjeuner
vendredi avec le
Comité juif américain.
J'en suis
fier. Je suis un
homme d'action,
je fais ce que
je dis et
j'essaie d'être
pragmatique. Je
partage beaucoup
des valeurs américaines."
Ce qu'il apprécie
par-dessus tout,
de ce côté-ci
de l'Atlantique,
c'est
l'optimisme, la
diversité, la
culture de la réussite.
"Il faut
aimer le succès,
a-t-il plaidé.
Ceux qui réussissent
doivent être
des exemples.
Mais, parfois,
dans nos pays,
on s'en méfie."
A la
communauté française
expatriée qu'il
salue pour s'être
tenue "avec
dignité aux
avant-postes de
quelques
malentendus",
il dit : "Il
y a de la force
à prendre ici,
même s'il y a
de la mesure à
prendre chez
nous."
Nicolas
Sarkozy se
trouve si
"américain"
qu'il ne
comprend plus
certaines
questions. En
ayant souhaité
rencontrer
Condoleezza Rice,
la conseillère
de la
Maison-Blanche
pour la sécurité
nationale, et
Colin Powell, le
chef de la
diplomatie américaine,
ne marchait-il
pas sur les
plates-bandes de
Dominique de
Villepin et de
Michel Barnier ?
"Vous êtes
si français, répond-il
aux
journalistes. Les
habitudes sont
faites pour être
changées. J'ai
eu des contacts
fructueux et
utiles dans un
climat d'amitié.
Les tensions
entre la France
et les
Etats-Unis
appartiennent au
passé."
A l'entendre, on
se demande
jusqu'à quel
point il
souhaiterait
s'inspirer du
modèle américain.
"Une
vraie politique
sociale, souligne
Nicolas Sarkozy,
c'est donner
à chacun
l'occasion de se
relever par le
fruit de son
travail, pas
seulement par
l'assistance."
Il se défend
de vouloir
"importer"
le libéralisme
sans filet à
l'américaine : "Ce
n'est pas ce que
j'ai dit. Le modèle
américain n'est
pas
transposable",
précise le
ministre de l'Economie.
A deux reprises
au moins,
Nicolas Sarkozy
a publiquement déploré
son changement
de portefeuille,
de l'Intérieur
aux Finances, même
s'il a affirmé
: "Je
suis toujours
passionné par
ce que je fais
au moment où je
le fais." En
tout cas, pour
son premier
voyage ministériel
à Washington,
c'est moins le
grand argentier
qui a eu droit
à un traitement
de faveur de
l'Administration
Bush que
l'ancien allié
dans la lutte
antiterroriste
et "l'homme
d'avenir" au
ton
ostensiblement
amical. En tant
que conseiller
technique, son
épouse, Cécilia,
a assisté aux
entretiens avec
Rice et Powell.
Le
"parler-vrai"
sur lequel
Nicolas Sarkozy
mise sa carrière
politique a
aussi fait son
petit effet dans
la capitale américaine.
Avec le secrétaire
d'Etat, le
ministre a
soulevé la
question des six
détenus français
de Guantanamo : "J'ai
trouvé chez
Colin Powell une
volonté d'y
apporter une réponse
rapidement",
a-t-il assuré.
Avec Condoleezza
Rice, il a réaffirmé
la position de
la France face
à la demande américaine
d'une "annulation
massive et
rapide" de
la dette
irakienne. Mais
une décision
suppose
l'existence
d'une "autorité
légitime
irakienne",
donc un véritable
transfert de
pouvoirs le 30
juin. Quoi qu'il
en dise, "Sarkozy
l'Américain"
n'est jamais
aussi français
que lorsqu'il
fait de la
politique. "Posez-vous
la question, dit-il
aux Américains
: avec tous
vos atouts,
comment se
fait-il qu'il y
ait tant
d'incompréhension
dans le monde ?
Il ne peut y en
avoir un qui détient
la vérité et
tous les autres
qui se
trompent." Même
résolution
affichée sur le
Proche-Orient : "Aucune
démocratie ne
peut accepter
d'entorses à la
sécurité
d'Israël. Mais
il n'y a pas
qu'un chemin,
qu'une
politique. Je ne
suis pas persuadé
que la sécurité
d'Israël ait
progressé
depuis quelques
mois."
De son voyage,
il rapporte
aussi quelques
questions pour
ses collègues
du gouvernement
: "Combien
de généraux
noirs dans l'armée
française ?
Combien
d'ambassadeurs
noirs ? Je ne
suis pas en
faveur de quotas
permanents, mais
les efforts de
l'Amérique pour
intégrer les
minorités
doivent être
pris en considération."
C'est bien en
France que
Nicolas Sarkozy
a le plus de
chances de
passer pour un
Américain. A
ses risques et périls.
"Vous
n'allez pas être
déçus de la
réponse"
Voici
le verbatim de
la question du
député
socialiste du
Gers, Philippe
Martin, qui
interpellait
le ministre
des Finances
Nicolas
Sarkozy sur
son voyage aux
Etats-Unis, et
la philippique
du ministre,
qui a provoqué
le 28 avril un
incident
rarissime à
l'Assemblée :
-
Question de
Philippe
Martin :
"M.
le ministre d'Etat,
vous venez
d'effectuer un
déplacement
remarqué aux
Etats-Unis
dont nous
n'ignorons
pratiquement
plus aucun détail.
Ma question
porte sur le
sens qu'il
convient de
donner à ce
voyage et les
conséquences
politiques de
son déroulement.
Je suis
d'ailleurs
certain de ne
pas être le
seul à me
poser cette
question dans
cet hémicycle.
Est-ce que
votre frénésie
de notoriété
ne vous aurait
pas conduit à
un peu
d'aveuglement
au point de ne
pas voir que
vous placiez
les dirigeants
américains en
situation de
choisir chez
nous, les bons
dirigeants qui
ont droit à
des égards de
chef d'Etat et
ceux qui le
seraient moins
et n'auraient
droit qu'au
service
minimum. En
procédant
ainsi, ne
craignez-vous
pas d'avoir
pris le risque
d'affaiblir la
voix du président
de la République
et celle de
l'ONU (...)
Est-ce qu'un
peu plus de
modestie ou à
tout le moins
de lucidité
n'aurait pas
abouti à un
peu moins de
succès
personnel pour
votre expédition,
mais à un peu
plus de
grandeur et de
cohérence
pour la
France" ?
-
Réponse de
Nicolas
Sarkozy :
"M.
Martin, vous
n'allez pas être
déçus de la
réponse.
Outre
l'Assemblée générale
du FMI - je
comprends que
vous ne soyez
pas familiers
de ces matières,
du sommet du
G7 avec les
ministres des
Finances, j'ai
fait deux
choses, et je
n'avais pas
pensé en
rendre compte
à l'Assemblée
nationale,
mais puisque
vous m'y
invitez, je ne
vais pas me gêner.
La première
chose: j'ai été
l'invité de
la totalité
des
associations
de juifs américains
qui ont
souhaité
remercier la
France pour le
combat déterminé
que nous
menons contre
l'antisémitisme.
Ils ne se sont
pas arrêtés
à cela M.
Martin,
puisqu'ils ont
voulu me
remettre une récompense,
et je vais même
vous faire une
confidence, ça
risquait pas
d'arriver à
M. Vaillant.
Parce qu'après
cinq années
du
gouvernement
de M. Jospin,
on était
arrivé à
faire croire
aux Etats-Unis
d'Amérique
que la France
était un pays
antisémite".
haut
OGM
- Bruxelles va
autoriser un maïs
transgénique
par PIERRE
AVRIL, publié
dans le Figaro
le 14 mai 2004
Après
cinq ans de
purgatoire, de
nouveaux OGM
(organismes génétiquement
modifiés) vont
refaire leur
apparition
officielle dans
l'assiette du
consommateur.
Mercredi 19 mai,
la Commission
européenne décidera
officiellement
d'autoriser la
mise sur le
marché européen
du BT 11, un maïs
doux transgénique
(porteur du gène
d'une bactérie
qui le rend résistant
à un
insecticide)
produit par la
firme suisse
Syngenta. Le
sujet sera à
l'ordre du jour
de la réunion
hebdomadaire du
collège des
commissaires, a
confirmé hier,
Beate Gminder,
la porte-parole
du commissaire
David Byrne.
Mais l'issue du
débat entre les
trente
commissaires ne
fait aucun
doute. Consommé
déjà aux
Etats-Unis sous
forme de légumes
en boîte ou de
pop-corn, le BT
11 sera autorisé
en Europe à la
seule
consommation
humaine et non
pas à la mise
en culture.
Cette décision
communautaire
marque
l'aboutissement
d'un marathon
diplomatique
qui, mois après
mois, se révélait
totalement stérile.
A l'occasion
d'une ultime négociation,
le 26 avril
dernier, les
ministres de
l'Agriculture
des Quinze
avaient échoué
à prendre une décision.
Ce jour-là,
comme lors des
précédents
conseils, aucune
majorité
qualifiée
n'avait pu se
dessiner dans
une quelconque
direction : le
feu vert à
l'introduction
du BT 11 ou le
maintien du
moratoire. Seuls
six pays, dont
la
Grande-Bretagne
et l'Italie s'étaient
prononcés en
faveur du maïs
transgénique de
Syngenta. Trois
autres s'étaient
abstenus. Les
six derniers,
dont la France,
maintenaient
leur vote
contre.
Les
experts eux-mêmes
sont divisés.
L'Afssa, par
exemple (Agence
française de sécurité
sanitaire des
aliments) estime
que les expérimentations
sont
insuffisantes,
dans la mesure où
aucune
exposition de
toxicité à
moyen et long
terme n'a été
menée sur les
rats et les
volailles de
laboratoires. En
vertu des règlements
européens, ce
statu quo n'était
plus tenable. Il
revenait alors
à la Commission
européenne de
se substituer à
la volonté défaillante
des Etats
membres. Ce
qu'elle fera
sans états d'âmes
mercredi. Le
commissaire
chargé de la
protection des
consommateurs,
David Byrne,
soutenu par une
grande majorité
de ses collègues,
n'a jamais caché
son souhait de réhabiliter
les OGM. Selon
ses détracteurs,
le tropisme
"pro-OGM"
du responsable
irlandais
s'explique pour
des raisons
strictement
commerciales et
diplomatiques :
l'Union européenne
est depuis
quelques mois
sous le coup
d'une possible
sanction de
l'Organisation
mondiale du
commerce (OMC),
à la suite de
plaintes
notamment déposées
par les
Etats-Unis,
principaux
producteurs d'OGM.
Fin juin, se déroulera
un sommet
UE-Etats-Unis,
conformément
aux souhaits
pressants de la
présidence
irlandaise.
Cinq
ans après le
coup d'arrêt
mis à la
commercialisation
des OGM, c'est
plus le timing
politique de
cette opération
de réhabilitation
que ses conséquences
sanitaires, qui
suscite des
interrogations. "On
peut
difficilement
soutenir qu'il
existe un risque
objectif avec le
BT 11, concède
un expert français,
le problème
c'est
l'opportunité
politique : dans
un mois auront
lieu les élections
européennes et
on sait à quel
point ce sujet
est sensible
dans les
opinions
publiques..."
Réponse de
Bruxelles : "Il
serait malhonnête
d'attendre."
Pour sa
part,
Greenpeace,
organisation écologiste
la plus en
pointe sur le
dossier des OGM,
craint surtout
un possible
effet
"boule de
neige" consécutif
à la levée du
moratoire. Avec
le BT 11, on
comptera désormais
35 OGM
actuellement en
circulation,
auxquels
s'ajoutent 33
autres
aujourd'hui dans
les tuyaux :
c'est le cas du
maïs de
Monsanto (NK
603), en attente
également d'un
feu vert de
l'UE, et qui
divise également
les Vingt-Cinq.
Là encore,
Bruxelles
pourrait être
amenée à
trancher. Plus
grave aux yeux
de Greenpeace,
sur ces 33 OGM
en souffrance,
13 concernent
une demande de
mise en culture.
Si ces
revendications
étaient
satisfaites,
explique
l'organisation
écologiste, se
présenterait
alors le risque
d'une dissémination
accidentelle de
pollens issus de
plantes OGM vers
des champs non
OGM. De nombreux
paysans
redoutent également
ce scénario.
Bruxelles se défend
: "Même
si l'on autorise
une mise en
culture, il
n'est pas évident
que cette
autorisation se
traduise ensuite
dans les
faits", tente
de rassurer
Beate Gminder.
L'Espagne, pour
sa part, cultive
déjà 32.000
hectares d'OGM.
haut
Shafic
Abboud,
artiste
peintre
libanais
par
MOUNA NAIM,
publié dans le
Monde du 14
avril 2004
Conformément
à sa volonté,
l'artiste
peintre
libanais,
Shafic Abboud,
mort vendredi
9 avril à
Paris, à l'âge
de 78 ans,
sera inhumé
à Mhayté,
son petit
village natal,
au pays du Cèdre.
Un village,
disait-il,
dont "le
fond revient
et se dessine
sur nombre de
mes
toiles", parce
que, "il
est des vues,
des paysages,
des souvenirs
qui vivent en
nous". Et
il ajoutait : "Il
y a chez moi
une lumière
d'une autre
nature. Lumière
qui vient de
chez
nous." Parisien,
Shafic Abboud
n'en est pas
moins demeuré
l'enfant éternel
de Mhayté :
"Je
partage les
soucis et les
intérêts
d'une famille
de peintres
dont le fonds
commun est
l'abstraction
lyrique élaborée
au sein de l'Ecole
de Paris. Cela
ne nuit pas à
mes sources
premières.
L'appartenance
et
l'enracinement
sont innés,
toujours
vivants en
moi", soulignait-il,
tout en
ajoutant : "L'Occident
encourage et
reconnaît la
mode d'être
oriental, de célébrer
l'Orient
picturalement.
Ce jeu n'est
pas le mien.
Je crois à
l'indépendance
de l'art, à
sa vie
profonde, à
ce souffle qui
le remanie
perpétuellement."
Cette dualité
contribuait
sans doute à
faire la
richesse de
son œuvre. Grâce
à une bourse
du
gouvernement
libanais,
Shafic Abboud,
l'un des vétérans
de la peinture
libanaise, s'était
définitivement
installé à
Paris au début
des années
1950. Pendant
vingt ans, il
a pu connaître,
"le
bonheur de
vivre et de
travailler
entre Paris et
Beyrouth",
selon ses
propres
termes. "Puis
la guerre est
venue."
C'est
dans son petit
village natal
quasi
idyllique du
mont Liban que
Shafic Abboud,
selon ses
proches, connaît
ses premières
émotions
d'artiste. A
l'âge de 19
ans, étudiant
à l'école
d'architecture
à Beyrouth,
il découvre
parallèlement
les arts
plastiques.
Trois ans plus
tard, il se
convertit définitivement
à la
peinture. De
1945 à 1947,
il suit les
cours de
dessin à
l'Académie
libanaise des
beaux-arts.
Deux grands
peintres
libanais, César
Gemayel et
Georges Cyr, y
enseignaient.
C'est ce
dernier,
pionnier de
l'art moderne
au Liban, qui
l'aura surtout
marqué. Grâce
à lui, Shafic
Abboud s'ouvre
à des
courants, des
noms, des œuvres
qu'il ira découvrir
à Paris, lors
d'un premier
voyage en
1947.
Lorsqu'il
s'installe
plus tard dans
la capitale
française, il
fréquente les
ateliers
d'André Lhote
et de Fernand
Léger, et
s'inscrit en
étudiant
libre à l'Ecole
nationale des
beaux-arts
(ateliers Heuzé,
Jaudon et
Goerg). Désormais
Shafic Abboud
peint sans relâche.
Simple,
modeste et
humble, il est
entré en
peinture comme
on entre en
religion,
disent ses
amis. Son
minuscule
atelier
parisien était
comme une
cellule
monastique. "Je
sens souvent,
confiait-il
encore, le
besoin de
revoir
l'ensemble de
mes peintures,
des premières
aux dernières,
cela me
permettrait de
voir où j'en
suis. L'idée
d'une rétrospective
me tente, mais
je ne pourrai
l'aborder. Les
rétrospectives
concernent
ceux qui ont
grandi et dit
leur dernier
mot. Et je
n'en suis pas
un. Je
n'aimerais pas
me voir
vieillir. (...)
Je ne voudrais
jamais
grandir. Je ne
voudrais
jamais
atteindre l'âge
mûr."
haut
Pour
une autre
politique du
Crif
Le président
élu dimanche
devra
s'attacher à
dissocier la
lutte contre
l'antisémitisme
du soutien
inconditionnel
à Israël
par
ESTHER
BENBASSA,
publié dans
Libération le
13 mai 2004
L'auteur
est directrice
d'études à
l'Ecole
pratique des
hautes études,
titulaire de
la chaire
d'histoire du
judaïsme
moderne ; dernier
ouvrage paru :
la République
face à ses
minorités.
Les juifs
hier, les
musulmans
aujourd'hui,
Mille et Une
Nuits, 2004
Le
16 mai sera élu
le nouveau président
du Conseil
représentatif
des
institutions
juives de
France (Crif).
Certes, cette
institution ne
représente
qu'un tiers
des juifs de
France, mais
sa voix est
perçue comme
si elle venait
de tous les
juifs de ce
pays. C'est
dans ce
paradoxe que
devrait se
situer sa
politique,
puisque la
responsabilité
des deux
autres tiers
lui revient,
que le Crif le
veuille ou
non. La
majorité
juive non représentée
est porteuse
d'une
multitude de
points de vue
aussi bien sur
sa propre judéité
et sur la
politique française
que sur la
question israélo-palestinienne
et tout
simplement sur
Israël. Si
les
consistoires,
transformés
en
associations
cultuelles
depuis la loi
de séparation
de l'Eglise et
de l'Etat en
1905, ont en
charge les
questions
proprement
religieuses et
cultuelles, le
Crif quant à
lui, créé en
1944 en
clandestinité
sous le nom de
Conseil représentatif
des israélites
de France, et
qui adoptera
son nouveau
label après
la guerre,
assume la représentation
proprement
politique des
juifs. En
acquiesçant
à ce partage,
les représentants
religieux
admettaient
qu'on puisse
être juif
autrement que
selon des critères
religieux.
Avec le temps,
le Crif s'érigera
en
porte-parole
de ces juifs
à l'identité
plurielle, qui
se
revendiquent
juifs sans être
toujours
pratiquants ni
croyants.
Dans
les années
d'après
guerre, le
Crif sera
traversé par
les tensions
inhérentes au
groupe juif de
l'époque,
surtout aux
milieux immigrés
est-européens
où sionistes
et communistes
s'opposent
frontalement.
Dans les années
1950, Israël
suscite déjà
le débat à
l'intérieur
de
l'organisation
lors de la rédaction
de ses
nouveaux
statuts. Tout
en réaffirmant
la "sympathie
du Crif à l'égard
d'Israël",
ces statuts se
garderont
d'indiquer
qu'il s'agit
d'une "sympathie
agissante".
A la faveur de
l'accalmie, le
Crif jouera un
rôle
important dans
la
reconstruction
d'une judaïcité
lourdement éprouvée
par la guerre.
Il est
indiscutable
que le Crif
n'est pas une
institution
monolithique,
déjà parce
qu'il regroupe
un grand
nombre
d'organismes
et
associations.
Mais
l'aggravation
du conflit
israélo-palestinien
durant ces
dernières années
a créé une
sorte d'union
sacrée et
permis à son
président
sortant, Roger
Cukierman,
d'avoir les
coudées plus
franches. A la
veille de l'élection
du 16 mai, il
est opportun
de faire le
bilan du
mandat de ce
dernier, quand
bien même on
n'aurait soi-même
aucune
accointance
avec cette
institution,
et ne
serait-ce que
parce qu'elle
est perçue,
à tort ou à
raison, comme
l'émanation
du groupe juif
dans son
ensemble.
Il
est vrai qu'en
ces temps de
projection du
conflit du
Proche-Orient
sur la scène
nationale,
marqués par
la résurgence
de l'antisémitisme
et par la peur
qu'elle a
suscitée chez
les
populations
juives, la tâche
du Crif n'était
pas facile. Le
premier
reproche qui
vient à
l'esprit
concerne le
manque de sens
politique de
son dirigeant
qui, au lieu
de resserrer
le lien des
juifs avec la
France dans
ces moments-là,
n'a fait que
diviser, en
renforçant
les barrières
que la montée
de l'antisémitisme
édifiait
entre les différentes
composantes de
la nation, et
en mettant la
communauté
juive en
porte-à-faux
avec certaines
des formations
politiques du
pays. Ce n'est
pas au président
du Crif qu'il
revenait de
flirter avec
la droite. Un
flirt qui
avait commencé
quelques mois
avant l'élection
présidentielle,
dans le
contexte de la
campagne sécuritaire
menée par ses
tenants.
Confondant
dangereusement
le soutien
inconditionnel
à Israël
avec la lutte
contre l'antisémitisme,
Roger
Cukierman s'était-il
donc imaginé
qu'avec
l'arrivée de
la droite au
pouvoir la
politique
d'Ariel Sharon
bénéficierait
d'un plus
grand soutien
dans le pays ?
Possible. Mais
ne fallait-il
pas être un
piètre
politique pour
croire que le
nouveau
gouvernement
imprimerait un
tel virage à
sa politique
étrangère
vis-à-vis du
monde arabe ?
Le
président du
Crif n'avait
pas davantage
à distribuer
bons et
mauvais points
et à accuser
régulièrement
la gauche de
n'avoir pas été
assez réactive
face aux
premiers
signes de "judéophobie".
Ni à tolérer
le
compagnonnage
douteux de
personnalités
au passé
politique peu
recommandable
simplement
parce qu'elles
apportent leur
caution à la
politique israélienne.
Au lendemain
du 21 avril,
dans une déclaration
au journal
israélien Haaretz,
Roger
Cukierman est
allé jusqu'à
interpréter
la présence
de Jean-Marie
Le Pen au
second tour de
la présidentielle
comme "un
message aux
musulmans leur
indiquant de
se tenir
tranquilles".
C'était
rompre là
avec la
majorité de
citoyens qui
allaient
descendre dans
les rues pour
défendre la démocratie.
Qu'un juif pût
avoir la mémoire
aussi courte,
un juif qui
plus est défenseur
infatigable du
"devoir
de mémoire",
avait de quoi
dérouter.
Autre gaffe
politique de
taille, et du
même ordre,
la dénonciation,
lors d'un dîner
du Crif, de
l'alliance "brun-vert-rouge".
Roger
Cukierman et
ses amis ont
préféré
focaliser leur
attention sur
les actes
antijuifs
attribués à
certains
groupes issus
de
l'immigration
arabo-musulmane.
Ces actes
existent, ils
sont nombreux
et
condamnables.
Reste que les
dernières
profanations
de tombes en
Alsace et du mémorial
juif de
Verdun, oeuvre
de néo-nazis,
prouvent qu'il
y a toujours
bel et bien en
France un
antisémitisme
d'extrême
droite occulté
pour de
mauvaises
raisons. La
vigilance est
évidemment de
rigueur, mais
elle ne doit
pas être sélective.
Il ne fait pas
de doute que
l'antisémitisme
classique ou
traditionnel
fleurit lui
aussi sur le
terreau du
conflit israélo-palestinien,
mais il a une
longue
histoire et la
fin éventuelle
du conflit ne
suffira pas à
l'éradiquer.
Et ce sont par
ailleurs les mêmes
groupes qui
profanent
aussi des
cimetières
musulmans. Une
fois de plus,
le président
du Crif a
manqué
l'occasion de
ne pas séparer
la lutte
contre l'antisémitisme
de celle
contre toute
forme de
racisme, qu'il
soit antiarabe,
antimusulman
ou antinoir,
et de ne pas
en faire une
affaire
"juive"
mais celle de
tous les démocrates
de ce pays.
Personne,
aucun parti
politique,
aucune
institution, fût-elle
juive, n'a le
droit de récupérer
la lutte
contre l'antisémitisme
au risque de
la banaliser.
Cette lutte
doit être
constante.
Gagner une
bataille n'est
pas gagner la
guerre. Pour
preuve,
quelques jours
après la déclaration
de Nicolas
Sarkozy se
targuant de
ses acquis
dans ce
domaine, on
assistait à
des
profanations
de tombes.
Au-delà
de
l'amateurisme
politique du
président
sortant du
Crif, une des
graves erreurs
commises est
d'avoir attisé
la peur des
juifs français
en fondant
l'essentiel de
sa
communication
et de son
action sur la
dénonciation
de l'antisémitisme.
Le résultat
en est le
repli. Cette
politique
unilatérale a
été relayée
par des
intellectuels
organiques
dont les
livres et les
propos trop
alarmistes ont
fait croire au
pire, sans que
les instances
responsables
limitent les dégâts
à temps.
Pensait-on
augmenter le
nombre des
partants en
Israël ? Et
en montant en
épingle
l'antisémitisme
"arabe",
s'agissait-il
de faire
croire aux
juifs de
France qu'ils
partageaient déjà
ici le sort de
leurs frères
israéliens
face aux
Palestiniens là-bas
? Autre
amalgame,
auquel s'est
ajouté le
harcèlement
quasi systématique,
pour antisémitisme,
de personnalités
qui dans la
majorité des
cas n'avaient
péché que
par une
critique
parfois vive
de la
politique israélienne.
Ainsi allait
prospérer à
l'étranger
l'image d'une
France antisémite.
Une façon de
brouiller la
complexité de
la réalité.
En
France, il y a
des antisémites
comme il y a
des racistes
et des xénophobes,
mais on ne
peut pas réduire
toute la
France à
cela. La dénonciation
devient
contre-productive
à partir d'un
certain stade
et si on ne
propose pas
parallèlement
des solutions
constructives
pour
rapprocher,
former, éduquer
les parties en
conflit. Bref,
le Crif devra
assumer devant
l'histoire ses
erreurs
politiques si
l'antisémitisme
entre dans les
moeurs, que la
peur déborde,
et qu'entre
les juifs et
les différentes
composantes de
la société
française la
défiance se
renforce et le
fossé se
creuse. Il est
urgent d'arrêter
cette
politique qui
fourvoie le
groupe juif
dans son
ensemble.
Cette urgence
vaut aussi
bien pour
Roger
Cukierman, si
son mandat est
renouvelé,
que pour son
adversaire,
Serge
Hajdenberg,
s'il est élu.
haut
Le
Vatican publie
le dossier
noir de
l'Inquisition,
qualifié de
"symbole
du
scandale"
par le pape
Les actes d'un
symposium de
théologiens
et
d'historiens réunis
en 1998 visent
à établir
les faits sur
une
institution
qui "obsède
l'imagination",
selon les
termes du
cardinal Roger
Etchegaray
par HENRI
TINCQ, publié
dans le Monde
du 17 juin
2004
Sourd
aux voix
conservatrices
qui, dans l'Eglise,
par peur du
scandale ou
des
anachronismes,
s'élèvent
contre toute
repentance, le
pape a autorisé
la
publication,
mardi 15 juin,
d'un volume de
783 pages -
une mine d'or
pour les
historiens -
consacré à
l'Inquisition.
Cet ouvrage
rassemble les
actes d'un
symposium qui
avait réuni
au Vatican, en
1998, une
centaine
d'historiens
et de théologiens.
Un même
effort
scientifique
avait porté,
un an plus tôt,
sur les
origines de l'antijudaïsme
chrétien et
ouvert la voie
aux demandes
de
"pardon"
de Jean Paul
II, lors du
Jubilé de
l'an 2000. En
rouvrant les
plaies de
l'Inquisition,
le pape
rappelle, dans
sa présentation
du 15 juin,
que ce nom est
devenu
"le
symbole du
contre-témoignage
évangélique
et du
scandale"
et il condamne
à nouveau ce "consentement
donné à des
méthodes
d'intolérance
et de violence
dans le
service de la
Vérité".
Mais il
persiste à
distinguer
entre la faute
individuelle
de certains "fils
de l'Eglise"
et la
responsabilité
collective de
l'institution
dont il ne
parle jamais.
De même
souligne-t-il
qu'avant de
demander
pardon, il
faut avoir une
"connaissance
précise"
des faits.
Ainsi les
historiens
ont-ils eu la
lourde tâche
à la fois de
dire la vérité
sur la
monstruosité
de
l'Inquisition
et de résister
à
l'imagination
populaire qui
tend à
surestimer le
nombre des
victimes,
sorcières et
hérétiques,
des
conversions
forcées, procès
sommaires et bûchers.
"L'Inquisition
obsède
l'imagination,
comme archétype
de la violence
surgie du plus
profond de la
chrétienté",
a affirmé le
cardinal Roger
Etchegaray en
présentant ce
document à la
presse. Mais
son collègue,
le cardinal
Georges
Cottier, théologien
privé du
pape, s'est
empressé
d'ajouter : "L'Eglise
ne se fatigue
pas de faire pénitence.
Mais on ne
peut demander
pardon que
pour des faits
qui relèvent
de la réalité,
non du
mythe."
Des
siècles de
bûchers
Révision de
l'histoire ?
L'ouvrage
publié,
mardi, à
Rome décrit
comment les
tribunaux de
l'Inquisition
ont développé
leur propre
bureaucratie,
leurs
propres
normes, échappant
à tout
contrôle.
Mais, selon
l'un des rédacteurs,
le Père
Agostino
Borromeo,
professeur
à
l'université
romaine de
la Sapienza,
l'Inquisition
n'aurait pas
fait autant
de victimes
qu'on le
raconte :
sur 125.000
procès en
Espagne, 1,8
% des
condamnés
ont été exécutés.
Le document
de 783 pages
retrace
l'histoire
de ce
chapitre
douloureux,
qui court du
XIIIe
au XIXe
siècle.
L'Inquisition
naît de
cette traque
de l'hérésie
qui obsède
la chrétienté
médiévale.
Sous le pape
Grégoire
IX, en 1233,
elle devient
institution
permanente,
sous la
forme de
tribunaux
confiés à
des
religieux
dominicains
et
franciscains
qui siègent
dans les
couvents et
les palais
épiscopaux.
Après un "temps
de grâce"
permettant
au suspect
d'abjurer,
l'aveu est
obtenu par
la torture.
Les
condamnations,
prononcées
lors de cérémonies
publiques,
comprennent
la prison ou
le port de
croix jaunes
sur les vêtements,
le pèlerinage
obligatoire
- dont la
longueur est
proportionnée
à la
"faute"
-, la
flagellation
ou la
confiscation
des biens.
L'hérétique
qui refuse
de se
repentir, ou
le récidiviste,
est condamné
à mort,
puis livré
à la "peine
de feu",
le bûcher.
L'Inquisition
sévit dans le
Midi de la
France contre
l'hérésie
cathare, et en
Italie contre
l'hérésie
vaudoise. A
Toulouse,
entre 1307 et
1320, 500
"infidèles"
sont condamnés
et 29 brûlés
vifs. Mais
c'est en
Espagne
qu'elle a
laissé les
pires
souvenirs.
Elle frappe
les conversos
ou marranos,
ces juifs
convertis soupçonnés
d'être restés
fidèles aux
rites juifs.
En 1478, le
pape Sixte IV
donne tout
pouvoir à
Ferdinand et
Isabelle, les
rois
catholiques.
Trois ans plus
tard, à Séville,
six premiers marranos
sont hissés
sur un bûcher.
Un inquisiteur
général est
nommé, le célèbre
Thomas de
Torquemada,
prieur du
couvent de Ségovie,
qui enverra
des milliers
de personnes
à la mort en
quinze ans de
procès. Parmi
les plus célèbres
victimes de
l'Inquisition
figurent
Giordano Bruno
(1548-1600),
partisan des
thèses de
Copernic, brûlé
à Rome, et Jérôme
Savonarole
(1452-1498),
qui périt sur
un bûcher à
Florence. Sous
la poussée
des idées libérales,
les tribunaux
de
l'Inquisition
ont été
abolis en
Espagne en
1832. Mais, au
Vatican, la
congrégation
de la Sainte
Inquisition a
siégé
jusqu'en...
1908,
transformée
en
Saint-Office,
également de
sinistre mémoire,
avant de
devenir la
Congrégation
pour la
doctrine de la
foi.
haut
La
Banque mondiale,
la France et
l’Italie au
secours des
sites
historiques
libanais
Patrimoine
- 62 millions de
dollars pour
refaire vivre
Tripoli, Jbeil
(Byblos),
Saïda, Tyr et
Baalbek
par
MAY MAKAREM,
publié dans
l'Orient-le
Jour le 5 mai
2004
Le
renouveau économique
passe par la
mise en valeur
du patrimoine
et d’un
environnement
continuellement
agressé. Un
prêt à
hauteur de 62
millions de
dollars a été
accordé par
la Banque
mondiale, la
France et l’Italie,
pour créer
les conditions
d’un
meilleur développement
et améliorer
la qualité de
vie dans cinq
villes
historiques,
en
l’occurrence
Tripoli,
Byblos, Saïda,
Tyr et
Baalbek. Placé
sous la
houlette du
Conseil du développement
et de la
reconstruction
(CDR), le
projet vise à
développer le
potentiel archéologique
et touristique
des cinq sites
historiques.
Ce prêt
important,
rappelons-le,
est resté en
suspens
pendant quatre
ans à cause
des zizanies
et des
tiraillements
politiques. Il
a été avalisé
in extremis
par le
Parlement le
27 janvier
dernier,
lorsque la
Banque
mondiale a
menacé de
l’annuler.
C’est donc
pratiquement
au
"dernier
quart
d’heure"
que le prêt a
été sauvé,
permettant la
mise en œuvre
d’un plan
dont la
gestation
avait débuté
en 2001. Un
constat précis
de l’état
des lieux a été
établi. Des
études
portant sur le
tissu urbain,
architectural,
économique et
social ont été
mises au
point. Un
budget relatif
à chaque
ville a été
retenu par les
experts. Le
chiffre reste
toutefois
confidentiel.
Les dossiers
d’exécution,
élaborés
suivant une
approche équilibrée
entre la
conservation
du patrimoine
archéologique
et l’aménagement
urbain, seront
adjugés à la
fin de l’année.
Les travaux débuteront
en 2005 et
devraient être
achevés dans
les cinq années
à venir,
c’est-à-dire
en 2010.
Etablies par
la Banque
mondiale, les
règles et les
procédures
relatives aux
adjudications
sont très
rigoureuses,
indique M.
Jean Yasmine,
responsable du
chapitre archéologie.
Culture
Heritage and
Urban
Development
(CHUD) est le
nom donné à
ce projet. Il
requiert la
collaboration
de nombreuses
institutions
étatiques,
notamment les
ministères
des Travaux
publics et de
l’Energie,
chargés de
l’exécution
de plusieurs
projets
d’infrastructure
dans les
villes, mais
aussi les
ministères de
la Culture et
du Tourisme,
les
municipalités,
la Direction générale
des antiquités
(DGA), la
Direction générale
de
l’urbanisme
(DGU) et l’Unesco.
Le CHUD
devrait bénéficier
du soutien et
de la volonté
commune des
forces actives
et des
collectivités
locales,
condition sine
qua non pour réussir
ce travail
d’intérêt
général. Des
campagnes de
sensibilisation
à la valeur
de l’héritage
culturel sont
menées auprès
de la
population,
attirant son
attention sur
l’importance
du tourisme
culturel comme
source de
revenu. En
effet, pour
marquer ses
objectifs à
long terme, créer
du travail, éradiquer
la pauvreté
et la
stagnation économique,
le plan met
l’accent sur
la synergie
culture/ économie.
"Il est
centré sur
une approche
stratégique
pour protéger,
conserver et
mettre en
valeur le
patrimoine
culturel du
pays qui agira
comme moteur
pour la
promotion du
tourisme et le
développement
économique",
souligne Jean
Yasmine.
Le
chantier, qui
comprend trois
volets,
concerne tout
d’abord la réhabilitation
des centres
historiques et
l’infrastructure
des villes. En
clair, il
s’agit de
l’organisation
globale de
l’espace, de
l’embellissement
des espaces
publics, de la
réorganisation
du trafic
routier, la création
de parkings,
la protection
et l’aménagement
des façades
maritimes. Le
plan vise
aussi à
promouvoir les
activités
culturelles,
les métiers
traditionnels
et les
services
relatifs au
patrimoine et
au tourisme.
Il lorgne également
du côté
d’un
dispositif législatif
relatif au bâtiment
et propose de
mettre en
place un règlement
d’urbanisme
approprié aux
quartiers
historiques et
à leurs zones
limitrophes.
En bref, il
s’agira de définir
les mesures
juridiques
permettant à
la DGU et aux
municipalités
d’exercer
une autorité
réelle pour
stopper l’érosion
du patrimoine,
ou toute sorte
de dégradation
de
l’environnement.
Colonnes
romaines en péril à
Baalbek et à
Tyr
La
conservation
et la gestion
des monuments
archéologiques,
principalement
ceux de
Baalbek et de
Tyr,
constituent le
deuxième
volet du
projet. Pour
une meilleure
compréhension
des sites, des
sondages, des
explorations
et des
recherches
scientifiques
y seront menés.
Les travaux
seront suivis
de
documentations
et de
publications.
En effet,
faute de
rapports de
fouilles, mis
à part une
publication de
l’émir
Maurice Chéhab
sur la période
médiévale et
une autre
relative à
700 m2
d’explorations
menées récemment
par la DGA,
les opérations
archéologiques
entreprises à
Tyr, dans les
années 70,
n’ont pas été
accompagnées
de relevés ou
d’études
scientifiques
détaillées.
Par conséquent,
"un gros
travail,
relatif aux
fouilles, à
la
documentation
et à la
consolidation
des vestiges,
attend les spécialistes",
révèle M.
Yasmine. Il
ajoute que le
sous-sol de
Tyr engrange
quelque
600.000 m2
d’installations
à caractères
urbains ou
culturels,
appartenant à
différentes périodes,
allant de l’âge
du bronze à
la période médiévale
et même à
l’ottoman
tardif. Côté
Baalbeck, le
spécialiste
indique que
mis à part
l’engagement
allemand pour
la création
du musée de
Baalbek,
aucune action
scientifique
n’a été
menée pour la
consolidation
des structures
ou la mise en
valeur des
monuments,
depuis 1975.
Or
"Baalbek
est situé à
proximité de
la faille de
Yammouné, et
l’impact des
mouvements
sismiques sur
les édifices
archéologiques
est à prendre
en considération,
a dit M.
Yasmine. Dépourvues
de tout
support
architectural,
les colonnes
du temple de
Bacchus ou de
Jupiter
risquent de
s’effondrer
si un
tremblement de
terre de plus
de 3 degrés a
lieu. Elles
connaîtront
le même sort
que celui des
trois autres
effondrées
dans les années
50. Il est par
conséquent
urgent de les
consolider".
La
pollution de
l’air par le
CO2 dégagé
des pots d’échappement
des véhicules
et des
pesticides
utilisés dans
les terrains
agricoles
autour de la
cité antique
de Baalbek est
également un
facteur non négligeable
dans la détérioration
de la pierre
antique.
"Une étude
comparative,
faite à
partir des
photographies
prises par la
mission archéologique
allemande au début
du siècle
passé, a pu
établir une dégradation
avancée des
vestiges. Si
on laisse les
choses en l’état,
d’ici à 100
ans les
monuments
pourront
fondre comme
cire au
soleil",
signale M.
Yasmine,
ajoutant
qu’en raison
de l’air
marin, l’état
des vestiges
à Tyr est
tout aussi
inquiétant. La
restauration
et le
traitement de
la pierre des
édifices sont
donc prévus
dans le plan. La
consolidation
des monuments
sera suivie de
la mise en
valeur des
sites : éclairage
de la pierre,
organisation
de circuits thématiques,
installation
de panneaux
signalétiques,
construction
de pièces
destinées à
la billetterie
et au
gardiennage,
aménagement
de parking,
etc. Au
programme également,
l’inventaire
des pièces
archéologiques
qui se
trouvent dans
les dépôts
de la DGA,
afin de les présenter
dans les musées
des sites.
Restructuration
de la DGA
La DGA, la
DGU et les
municipalités
étant les
principaux
acteurs de ce
projet, leur
"renforcement
institutionnel"
est capital
pour maintenir
en place les
objectifs du
projet. Aussi,
pour améliorer
le rendement
des
fonctionnaires
et les
sensibiliser
aux questions
de gestion et
d’aménagement
des villes
historiques,
des sessions
de formation
seront organisées,
au cours des
cinq
prochaines années,
par le CDR qui
fournira aussi
l’assistance
technique et
l’expérience
du personnel
durant la réalisation
du projet. Le
plan se penche
également sur
la
restructuration
de la
Direction générale
des antiquités
(DGA), parent
pauvre de
l’Administration.
Avec un budget
annuel de
quatre
milliards de
livres
libanaises et
un effectif
humain réduit
au minimum, la
DGA peut à
peine répondre
aux besoins de
fonctionnement
courants. Or
il lui est
demandé de
conduire une tâche
écrasante et
multiforme :
entretenir et
surveiller les
lieux,
restaurer un
patrimoine
endommagé,
protéger des
sites menacés
ou déjà
envahis par
une
urbanisation
galopante,
prendre des
mesures
concernant
l’aménagement
de leurs
abords. Mais
tout cela ne
peut se faire
sans les crédits
nécessaires
et sans des équipes
spécialisées.
Selon M.
Yasmine,
"seulement
huit archéologues
sont affectés
à la DGA et
un seul
architecte
restaurateur,
Khaled Rifaï,
qui n’est même
pas cadré. Il
est
contractuel". Le
projet CHUD va
enfin combler
les lacunes et
permettre de développer
le potentiel
archéologique
et touristique
des cinq
villes
historiques.
Il compensera
le handicap
dont elles
souffrent sur
ce plan, par
rapport à
Beyrouth, et
les aidera à
dessiner leur
avenir.
Tripoli,
vitrine des
mamelouks
L’aide
de la Banque
mondiale
pour améliorer
et embellir
les cités
historiques
du Liban
constitue la
dernière
chance pour
sauver le
patrimoine
mamelouk de
Tripoli,
selon des
experts. La
vieille
ville qui
s’étend
sur six
kilomètres
carrés
abrite
quelque 200
vestiges
mamelouks
dans un état
de délabrement
avancé. Les
prêts de la
BM, auxquels
s’ajoutent
d’autres
sources de
financement
(la France
12 millions,
l’Italie
10 millions
et le
gouvernement
libanais 6
millions),
arrivent au
bon moment
pour sauver
ce
patrimoine
qui comprend
des tours,
des mosquées,
des écoles
coraniques,
des bains
publics, des
fontaines,
des souks et
des khans
(caravansérails).
On croit
comprendre
que 19
millions de
dollars
seront
affectés à
Tripoli.
L’étude
d’urbanisation,
élaborée
par les
architectes
Habib Debs
et Jade
Tabet, est
à trois
volets. Elle
comprend la
restauration
de bâtiments
ainsi que
leur
environnement
immédiat,
l’aménagement
de la façade
nord de la
ville
riveraine du
fleuve Abou
Ali et la
construction
d’habitations
pour les
familles qui
squattent le
bâtiment
historique
de khan
al-Askar
(caravansérail
des
militaires)
depuis 1956,
date où un
tremblement
de terre a
fait de
nombreux déplacés.
Les travaux
commenceront
par le khan
al-Askar,
qui est dans
un état de
dégradation
avancée.
Datant de
l’époque
mamelouk, il
sera aménagé
en centre
culturel.
Par
ailleurs,
l’Allemagne
se charge de
la
restauration
du khan
al-Khayyatines
(caravansérail
des
tailleurs)
et le ministère
du Tourisme
du khan
al-Saboun
(caravansérail
du savon). Surplombée
par la
citadelle
croisée de
Saint-Gilles,
la capitale
du Nord
comprend des
vestiges
romains,
byzantins,
arabes,
croisés et
ottomans.
Mais ce sont
surtout les
vestiges de
la dynastie
mamelouk qui
caractérisent
la vieille
ville, avec
notamment
les mosquées
al-Mansouri,
Tinal,
al-Bortasi,
Sidi
Abelwahed
al-Miknas et
plusieurs
madrasa (école
coranique)
dont la plus
célèbre,
al-Cortawiya. Tripoli
peut se
targuer
d’abriter
des souks
vieux de 700
ans, considérés
comme les
plus
importants
du Liban,
car ils ont
conservé
leur tissu
urbain et
sont habités
jusqu’à
aujourd’hui,
alors que
les centres
des autres
villes ont
été détruits
au cours de
la guerre
civile, ou
encore
envahis par
le béton. On
signale que
la
restauration
de la
vieille
ville en vue
d’y
attirer les
touristes
passe par le
quartier
mamelouk et
ottoman
al-Tall et
de sa mosquée
datant de
1885.
Gestion
du projet
Le
CDR, qui
conduit la
stratégie
d’ensemble,
a nommé à
la tête du
projet les
responsables
suivants : Maged
Fattal,
coordinateur
du projet ;
Nabil Itani
s’occupe
du chapitre
urbain ;
Jean Yasmine
se consacre
à l’archéologie
; Abbas
Kesrouani,
formalités
administratives
et appels
d’offres ;
Fayza Saad,
socio-économiste.
Les
urbanistes
officient
ARS
Progetti, spécialisée
dans l’aménagement
des sites
archéologiques,
et ECC ont
signé le
projet d’étude
concernant
Baalbek ;
Jacques
Liger-Bélair,
Byblos ; Saïd
Bitar, Saïda ;
Habib Debs
et Jad Tabet,
Tripoli ;
Pierre
el-Khoury,
Tyr.
Objectifs
Améliorer
le
recrutement
dans les métiers
de la
culture, du
tourisme et
du
patrimoine ;
encourager
les
investissements
privés dans
ce secteur ;
augmenter le
nombre de bâtiments
historiques
restaurés
et l’étendue
d’espaces
publics réhabilités
à caractère
historique
et à usage
municipal et
touristique
; augmenter
la valeur
des propriétés
dans et
autour des
espaces
historiques
et
culturels.
Remédier
aux problèmes
à Tyr
A Tyr,
l’étude
du projet
urbain élaboré
par le
bureau
d’architecture
de Pierre
el-Khoury
englobe la
vieille
ville et la
rue Hamra,
qui relie
les deux
sites archéologiques
(l’hippodrome
et la cité
insulaire).
Suivant le
tracé
mythique de
la chaussée
d’Alexandre,
la rue Hamra
sera donc aménagée
en une
promenade
touristique
qui mènera
à la
fontaine de
Hiram et à
l’école
de Jaafaria,
située
place du
Hammam. Les
façades des
boutiques et
des maisons
donnant sur
cette place
seront entièrement
rénovées.
De même, le
remblai créé
à la périphérie
de la cité
insulaire,
vers la fin
de la
guerre, sera
ceinturé
d’un
verger et réaménagé
en parking.
Toujours à
la périphérie
du site archéologique,
mais cette
fois
longeant un
mur ancien
de 500 mètres,
ponctué
d’ouvertures
sur les
vestiges et
la mer, le
bureau
d’architecture
implante
"un
passage
culturel"
autour de
quatre
vieilles bâtisses
dont une
ancienne école
anglicane et
son église,
et une belle
demeure
patricienne
ayant
appartenu à
la famille
al-Mamlouk.
Aujourd’hui
propriétés
de la
Direction générale
des antiquités,
ces bâtiments
datant du début
du XIXe siècle
sont en état
de délabrement
avancé. Ils
seront
restaurés
pour
accueillir
diverses
activités
culturelles
mais aussi
les bureaux
de la DGA,
et un
"Centre
de
recherches
archéologiques
sous-marines".
Le
réaménagement
du port de pêche
dans sa forme
ancienne et
l’embellissement
de la façade
maritime sont
également au
programme. Le
plan d’exécution
comprend la
restauration
des bâtiments
publics et
privés
bordant les
quais et
l’installation
du mobilier
urbain. Dans
le périmètre,
deux khans
(khan al-Rabou
et khan
al-Achkar),
datant du
XVIIIe siècle,
seront restaurés. La
promenade
littorale,
accessible aux
automobiles,
comprendra une
voie piétonne
de trois mètres
de large où
seront
construits des
petits
"balcons"
ou
plates-formes
permettant une
vue étendue
sur la mer. La
plage sera
nettoyée
jusqu’à 100
mètres de
profondeur. L’intervention
est dite
"soft",
c’est-à-dire
"il n’y
a pas
d’actions
violentes,
c’est-à-dire
pas de démolition
ou
d’expropriation
de bâtiments,
nous remédions
simplement aux
problèmes posés,
en maintenant
l’équilibre
entre le passé
et le présent",
explique
Pierre
el-Khoury.
haut
Les
Espagnols
rentrent
d'Irak la tête
haute
Madrid se
rapproche de
l'Onu et de
ses anciens
alliés
paru dans
Ouest-France
le 20
avril 2004
Le président
du
gouvernement
espagnol,
José-Luis
Rodriguez
Zapatero, a
ordonné,
dimanche, le
retrait
d'Irak des
troupes
espagnoles.
Cette
promesse électorale
du nouveau
chef de l'exécutif
socialiste
n'est pas
sans
provoquer
des remous.
En Irak, la
brigade
hispanique Plus Ultra
ne comptera
bientôt
plus que
1.270 hommes
(370 soldats
du Honduras,
autant du
Salvador,
300 de la République
dominicaine
et 230 du
Nicaragua),
puisque les
1.400
Espagnols
sont en
train de
faire leurs
paquetages
et d'amorcer
le retrait
exigé par
le nouveau
chef de l'exécutif
espagnol, un
retrait
"dans
les plus
brefs délais
et avec une
| | | | | | |