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PRESSE  RJLIBAN  N°102 - sélection du printemps 2004 (2)  

        

Douze heures après le vote du Conseil de sécurité à New York d'une résolution initiée par la France et les Etats-Unis, appelant entre autres à une élection libanaise "libre, équitable, selon les règles constitutionnelles et sans interférence étrangère", le Parlement libanais a voté le vendredi 3 septembre, par 96 voix pro-syriennes contre 29 défendant la démocratie et l'honneur libanais (3 députés se sont absentés), le projet de loi visant à octroyer au chef de l’Etat, Emile Lahoud, une rallonge de trois ans. Paris et Washington ont immédiatement réagi à la reconduction du mandat Lahoud : "Un défi à la communauté internationale", a dénoncé le premier ; "une parodie de démocratie, un vote dicté par une force d’occupation", a renchéri le second. Jusqu’ici, "l’équation" libanaise issue des accords de Taëf (1989), reposant principalement sur la présence militaire et l’influence politique dominante de la Syrie, recevait l’aval de la communauté internationale. Même après l’expiration du délai de deux ans, au bout duquel la Syrie aurait dû procéder à un redéploiement de ses troupes en prélude à un retrait définitif, les Etats-Unis, la France et les autres grandes puissances continuaient, bon gré mal gré, à tolérer une tutelle qui n’a jamais faibli et dont les effets sur le Liban se sont manifestés avec le plus d’acuité lors des diverses consultations électorales que le pays a connues depuis 1992. C’est la première fois depuis au moins 15 ans que Washington attribue à la présence syrienne au Liban le qualificatif d’ "occupation". Pour ce qui est de la France, jamais dans l’histoire des relations franco-libanaises, plusieurs fois centenaires, Paris n’avait usé d’un vocabulaire aussi sévère.

                               

 

Pour sortir du bain de sang où nous vivons

 

par ABDEL-HAMID EL-AHDAB, publié dans l'Orient-le Jour le 22 juin 2004

Les semaines qui passent sont toutes imprégnées de la douleur, du sang, de la violence et de la haine qui fusent tous les jours en Irak, en Syrie, en Arabie saoudite, en Palestine et même en Jordanie. Où allons-nous ? L’histoire de la douleur, du sang et de la violence ne connaîtra-t-elle donc pas de fin ? Au même moment, l’Inde organise des élections démocratiques grâce aux acquis consolidés et développés par la philosophie de la non-violence prêchée par Gandhi. L’Inde est un pays très pauvre qui compte plus de 800 millions d’habitants et regroupe plusieurs langues et nationalités. Les élections s’y sont déroulées pendant trois semaines dans sept cent mille bureaux de vote. Quatre millions de fonctionnaires y ont travaillé et toute la campagne électorale a porté sur le programme économique. Il n’y a eu aucun appel au sentiment religieux bien qu’il existe plusieurs religions rivales sur le sol indien. La victoire est revenue au parti du Congrès présidé par Sonia Gandhi qui est d’origine italienne. Celle-ci a renoncé à la fonction de Premier ministre et a proposé à ce poste un membre éminent du parti d’origine sikh. Cette tolérance et cette démocratie ont fait que l’Inde enregistre une croissance annuelle de 10 %. Le Mahatma Gandhi a réussi à vaincre l’impérialisme britannique par la non-violence. Après avoir expulsé le colonialisme étranger, il n’a pas instauré un colonialisme intérieur. Ses compagnons, et à leur tête Nehru, ont institué une démocratie solide et un Etat moderne. Les factions violentes ont tenté, et continuent de tenter, de l’anéantir, comme ils l’ont fait avec Gandhi lui-même, avec Indira Gandhi et avec son fils, mais la démocratie est demeurée la plus forte car elle s’est bien enracinée dans la conscience et dans la civilisation indiennes. Elle est devenue une amie.
 
Alors que notre monde arabe vit dans le sang, la douleur et la violence, l’Afrique du Sud a fêté, de son côté, le dixième anniversaire de la chute de l’apartheid, de la libération des Noirs et de la sortie de Nelson Mandela de prison. Ce dernier a mis fin à l’oppression des Noirs et à la discrimination raciale par la non-violence, et ce du fin fond de sa geôle. Le monde entier le soutenait, et il a gagné ! Il n’a pas dit aux Blancs : "Quittez", et ne les a pas obligés à choisir entre le cercueil et la valise, mais il les a gardés et s’est réconcilié avec eux afin de faire avancer son pays par leur entremise, ou grâce à leur coopération, malgré tous les crimes commis par ces mêmes Blancs à l’égard de ses frères africains. Lorsque le mandat de Mandela a pris fin, celui-ci n’a pas demandé qu’il lui soit renouvelé et n’a pas cherché à assurer le pouvoir à ses enfants. Il a dit qu’il voulait ouvrir la porte à d’autres et a persisté dans sa volonté de se retirer alors qu’il était le héros de l’indépendance et qu’il avait passé les trois quarts de sa vie en prison.

Pour les Arabes qui font face aujourd’hui aux plus féroces défis, à savoir le sous-développement, l’oppression, l’ignorance, la pauvreté, Israël, les Etats-Unis..., la violence est-elle l’unique voie vers la justice ? Cette violence leur a-t-elle permis de récupérer l’un quelconque de leurs droits au cours des trois derniers quarts de siècle ? Leurs ennemis ne leur sont-ils pas supérieurs en violence ? Le voisin de l’Inde est le Pakistan. Celui-ci a pris le chemin de la violence déjà emprunté par les Arabes. Quand le Bangladesh s’est rebellé, l’armée pakistanaise a tué trois millions de musulmans. Tous les intellectuels du Bangladesh ont été assassinés. Un traitement spécial a été réservé aux cardiologues : on leur a arraché le cœur de la poitrine. Les généraux ont mis la main sur le pays. Depuis, le sous-développement règne en maître et les coups d’Etat se succèdent. Pourquoi ne pas jeter un regard sur l’Inde et l’Afrique du Sud pour sortir un peu de ces bains de sang où nous vivons ? Abdel-Nasser avait dit dans son ouvrage sur la philosophie de la révolution : "Je ne pouvais, au tréfonds de moi, être tranquille à l’idée que la violence constituait une action positive qui nous aidera à construire l’avenir de notre pays." C’est d’ailleurs lui qui a épargné la pendaison au roi Farouk lors de la prise du pouvoir. C’est lui qui a réussi à lui conserver sa liberté en disant à ses compagnons : "Lisez l’histoire... le sang appelle le sang."

Pourquoi un nouvel esprit ne voit-il pas le jour ? La non-violence en Afrique du Sud a vaincu le racisme blanc en dépit de sa force et de sa puissance. Elle a réussi à ancrer la démocratie et à assurer la cohabitation entre les Blancs et les Noirs après l’indépendance, en dépit d’un passé fait d’humiliation et d’oppression ! La non-violence en Inde l’a libérée de l’impérialisme britannique et a ancré la démocratie en dépit de l’obscurantisme, des antagonismes et des luttes entre nationalités, langues et religions indiennes... Et voilà qu’une femme d’origine italienne est élue pour être Premier ministre, mais renonce à ce poste en faveur d’un hindou ! Pourquoi les Arabes n’essayeraient-ils pas la démocratie et la non-violence ? Pourquoi n’abandonnerions-nous pas le discours qui dit que la liberté et la démocratie procèdent d’un complot américain visant à servir Israël ?!!! N’est-ce pas là une insulte à la notoriété de la liberté et à la place qu’elle occupe dans l’histoire et la pensée arabes ? Abdelaziz Bouteflika a dit à Beyrouth : "La raison de notre obscurantisme et de notre échec social est notre “vision de la vie” qui est incapable de répondre, par des efforts continus, aux défis de la réalité, de même qu’elle est incapable de franchir les obstacles..." C’est lui qui a appelé à réformer notre système de pensée pour vaincre l’immobilisme. La pensée arabe sombre dans le sommeil. N’est-il pas temps de la réveiller quelque peu ? Pourquoi n’écoute-t-on pas Bouteflika ?
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Y a bon la soupe

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 26 mars 2004

Des Israéliens qui savourent leur stratégie meurtrière à domicile et à deux missiles, des Palestiniens qui gèrent leurs territoires dans le fatras et la corruption façon Beyrouth des années 70, une internationale barbue qui rêve de ratisser large parmi les mécréants de tout poil dans un pitoyable mélange des genres... La poubelle du  Proche-Orient est à ras bord, n’en jetez plus ! Si quand même : quelques confettis politiques libanais, agrémentés d’une pincée de ministres en dessous du niveau de la mer, qui viennent donner à l’ensemble une note guillerette de joyeuse insouciance.

Cette chance de cocu, ma mère ! Il aura suffi que le gros baril d’Ariel d’à côté lave plus rouge en assassinant le vieil ancêtre du Hamas pour que toute la classe politique décide de capitaliser le tir forain à son service. Fallait les voir tous, genoux à terre et battant le bedon qui leur sert de coulpe, invoquer avec componction ces fameuses circonstances exceptionnelles qui leur permettront de remettre le couvert pour un nouveau bail. Un salmigondis de prières dans le plus secret des replis de leurs panses recueillies. Extraits : "Vas-y Ariel, cogne, cogne encore et atomise-moi tout ça ! Courage, George, balance tes vitamines B-52, et démocratise-moi tout ça ! Tintin, les municipales ! Bernique, la présidentielle ! Et gloire à Emile, Nabih et Rafic pour les siècles des siècles." Le public retient son souffle, mais pas ses applaudissements.

Dieu, qu’on est bien entre nous ! Pendant que brûle la cocotte-minute régionale, on en est encore à vidanger les scories échappées du dernier lavage des cœurs : Emile 1er, 68 carats, qui sous-traite auprès de Jean-Louis la gamelle destinée au Premier ministre ; Bouboule, 60 balais, qui rentre dans le rang la tête basse, comme un petit garçon pris les doigts dans le pot de confiture ; Istiz Nabeuh, 66 berges, qui joue les agents doubles pour ne pas revenir à la case départ : un déshérité au chômage. C’était notre rubrique : "Quand la soupe est bonne, les papys ne décrochent jamais."    haut

 
Un procès très politique pour les Américains
Washington veut faire oublier l'absence d'armes de destruction massive et mettre l'accent sur les atrocités de la dictature
 

par GEORGES MALBRUNOT, publié dans le Figaro le 29 mars 2004

Les Américains marchent sur des oeufs avant de juger Saddam Hussein. Ils veulent éviter que son procès ne se prolonge indéfiniment et ne lui fournisse une tribune pour diluer sa responsabilité dans les crimes qui lui sont imputés, en enflammant les sentiments antiaméricains dans le monde arabe. L'arrivée début mars à Bagdad d'une poignée d'experts américains a signalé le début de l'instruction. Au total, une cinquantaine de juges, d'enquêteurs et de spécialistes en sciences seront à pied d'oeuvre à la fin de ce mois. "Nous sommes ici uniquement pour conseiller les Irakiens avant de juger Saddam", confie l'un d'eux. Les Américains ne veulent pas apparaître comme ceux qui inspirent la justice irakienne, en coulisses. Au début de décembre 2003, le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG), dont les 25 membres ont été cooptés par Paul Bremer, le proconsul américain en Irak, a créé un tribunal spécial pour juger les crimes contre l'humanité du régime de Saddam perpétrés contre "le Koweït, la République islamique d'Iran et contre les fils du peuple irakien, entre le 17 juillet 1968 et le 1ermai 2003", les dates d'accession au pouvoir du Baas, et de la fin des opérations majeures de guerre décrétée par George Bush. Cinq juges irakiens ont été choisis par le CIG. Le tribunal pourra faire appel à des experts étrangers. Les Américains disent tenir à un procès juste, mais des organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International, mettent en garde contre le manque d'expérience des juges irakiens pour confronter Saddam avec son passé. Elles redoutent une justice expéditive.

Trois mois après la capture du tyran, nul ne sait quand se tiendra son procès. "Le but est d'aller aussi vite que possible tout en préservant l'intégrité du processus", soulignait récemment dans le Financial Times Pierre Richard Prosper, responsable au département d'Etat des questions relevant des crimes de guerre. Selon lui, "l'idée est de trouver le moyen d'avoir un procès équitable et efficace en même temps". Il n'excluait pas qu'il ait lieu en fin d'année. Le procès Saddam doit permettre aux Américains de détourner l'attention de la recherche, toujours vaine, des armes de destruction massive aux atrocités commises sous la dictature. Pour contrer les accusations de manipulation de la justice irakienne, leurs porte-parole à Bagdad répètent que les conseillers américains ne sont là qu'aux côtés d'autres représentants de pays membres de la coalition et, surtout, que les Irakiens seront les maîtres d'oeuvre pour juger celui qui les soumit pendant vingt-cinq ans. "Les Irakiens auront le rôle principal. Il s'agira de leur procès", insiste Dan Senor, le porte-parole de Paul Bremer. Pour les autorités irakiennes, qui souffrent d'un déficit de crédibilité, ce procès constitue un acte fondateur de leur nouvelle démocratie. Elles ont demandé aux Américains de leur livrer Saddam et de changer le statut de prisonnier de guerre que ceux-ci lui ont accordé, peu après sa capture à la mi-décembre. Cette remise du dictateur devrait intervenir après le 1er juillet, date du transfert du pouvoir aux Irakiens.

Washington n'a jamais exclu un changement de ce statut de prisonnier : "Ils devront tout de même trouver une bonne raison pour le justifier", note un expert proche du dossier qui s'interroge : "Pourquoi les Américains ont-ils donné le statut de prisonnier de guerre à Saddam, s'ils doivent ensuite le modifier pour le remettre aux Irakiens ?" Pour certains, il s'agissait en fait à l'époque d'amadouer Saddam, afin de le convaincre de parler à ses interrogateurs du FBI et de la CIA. D'autres évoquent cette condition posée par la résistance sunnite dans sa tentative de dialogue avec les Américains. L'octroi du statut de prisonnier de guerre, qui permet notamment à Saddam de recevoir des visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), avait mécontenté les responsables irakiens. Souverains, ces derniers, auront le droit de demander aux Américains qu'il leur soit livré pour être jugé. Selon le CICR, dépositaire des conventions de Genève, un prisonnier de guerre comme Saddam doit être jugé par un tribunal militaire américain. Du massacre des Kurdes à la répression contre les chiites, en passant par les charniers découverts depuis la guerre, les charges contre le dictateur ne manquent pas. Dans un souci d'efficacité et de rapidité, certains préconisent toutefois de n'en retenir que quelques-unes, les plus évidentes, celles qui suffisent pour confondre Saddam, comme le gazage de milliers de Kurdes en 1988 à Halabja.

Mais les experts américains et leurs collaborateurs irakiens sont hantés par le syndrome Milosevic. Ils ne tiennent pas à ce que Saddam bénéficie, comme son compère serbe jugé depuis des années par le Tribunal pénal international, d'une plate-forme qui lui permettrait d'accuser ses ""amis étrangers" de lui avoir fourni les armes qui servirent à mater les Kurdes, par exemple. Leur priorité : établir la responsabilité directe de Saddam dans la chaîne de commandement qui aboutit au massacre de milliers d'Irakiens entre 1968 et 2003. Le tyran est détenu dans un endroit secret à Bagdad. Très peu a filtré de ses interrogatoires. "Il n'est pas très utile", a seulement déclaré Paul Bremer. Pour faciliter l'instruction, l'idée de juger avant lui d'autres piliers de la dictature est également étudiée. Selon Salem Chalabi, un avocat irakien proche de l'accusation, inculper Ali Hassan al-Majid, cousin de Saddam et le responsable de ses très sales besognes, serait plus facile, et sa culpabilité rendrait du même coup plus aisée le procès de Saddam.    haut


L’implantation palestinienne, fille inévitable de l’ineptie et de l’inertie arabes
La bataille de la communication perdue par défaut
 
paru dans l'Orient-le Jour le 2 juin 2004

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on s’est mis à mettre des mots sur des choses qui ont toujours existé. Sans être bien reconnues ou définies. Par exemple, en sport, le sponsoring. En économie, la flexibilité. En géopolitique, l’épuration ethnique. En sciences, la complexité. Et en tout, la communication, dite com. Un support indispensable, souvent même décisif, dans la quasi-totalité des champs de l’activité humaine. Et une arme de défense, de déviation autant que d’attaque pour toutes les stratégies. Commerciales, sociales, militaires, religieuses, diplomatiques... Incroyable mais vrai : aujourd’hui encore, cet instrument capital, les Arabes n’en soupçonnent que vaguement l’importance. En fait, dans la pratique, et dans l’histoire, un seul de leurs leaders, Abdel Nasser, a su en user. En offrant, par exemple, des transistors à ses fellahs. Et en envahissant le monde arabe avec sa fameuse radio Saout el-Arab. Mais ses visées n’allaient pas plus loin. Par une sorte d’aveuglement et de surdité fatals, il était absolument interdit dans les années soixante, et dans le monde arabe, d’évoquer le nom d’Israël. Résultat immédiat autant que prévisible : la guerre des Six-Jours. A l’issue de laquelle Nasser avouait piteusement : "Nous les attendions à l’Est, ils sont venus de l’Ouest." Une défaite du renseignement ? Certes. Mais comment ne serait-il pas faible lorsque la communication, qui provoque automatiquement des échos, est tout simplement niée. De fait, si la revanche partielle de 1973 a pu avoir lieu, c’est parce qu’on avait enfin levé l’ahurissant tabou. Et qu’on était du même coup mieux éclairé sur l’ennemi.

La leçon, sans être tout à fait oubliée, s’est engluée au fil des années dans une paresseuse routine. Le conflit se poursuit, âpre et compliqué. Avec en perspective, pour ce malheureux petit pays que nous sommes, le lourd fardeau de l’implantation. Un tribut payé à l’insouciance d’un camp arabe qui continue à se pénaliser lui-même. Par ses désunions. Mais aussi en se privant de ce bouclier primordial, en droit comme en diplomatie, qu’est l’argumentaire, fruit du couple renseignement-communication. Le renseignement, il est là, sous les yeux. Et les Arabes ne le voient pas. En effet, au fil des ans, des documents israéliens essentiels se trouvent déclassifiés. Et rendus publics à travers les analyses juives ou occidentales, comme dans des ouvrages d’historiens. Or sur ce dossier, dont la Ligue aurait dû se saisir en nommant une commission de scrutateurs, il n’existe jusqu’à présent aucun commentaire, aucune exploitation arabes autorisés !

Pourtant ce qu’on y apprend est grave, bien sûr puisque drame il y a, mais surtout accablant pour la cause sioniste, si tant est qu’on peut l’appeler ainsi. Dans un article confié en mai dernier à la revue Historia, une sommité de la question hébraïque, Richard Lebeau (auteur d’un Atlas historique des Hébreux, éditions Autrement, 2003), se fait le porte-voix d’historiens israéliens. Qui observent que la vraie vérité sur la guerre fondatrice de 1948 se situe à l’exact opposé des thèses défendues jusque-là. Notamment par rapport à l’expulsion des Palestiniens, qui ont abouti chez nous. Israël rejetait toute la responsabilité dans ce domaine sur les Arabes et sur les Palestiniens eux-mêmes. Or les chercheurs israéliens (Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaim, Ilan Pappe, Benny Morris) démystifient totalement le mythe initial. Non, 1948 n’a pas été un miracle divin en faveur d’un freluquet affrontant un adversaire colossal, un David face à un Goliath. C’est le contraire. Les documents mis au jour prouvent qu’Israël est parti en guerre avec la certitude de vaincre. Parce qu’il était économiquement bien mieux outillé. Et surtout parce que, tout simplement, il disposait en mai de 35.000 combattants bien armés, face à 25.000 Palestiniens mal équipés, formant des troupes hétéroclites. L’écart se creuse très vite : en décembre, Israël aligne quelque 97.000 soldats. Sa supériorité est confortée par les divisions arabes. Et (encore une fois incroyable mais vrai) par le refus des Arabes de voir se créer cet État palestinien qui est devenu aujourd’hui leur rêve. A l’époque, l’Egypte se méfie d’Abdallah (l’aïeul) de Jordanie. L’Arabie saoudite aussi, car elle vient d’expulser les Hachémites de La Mecque. La Syrie également a maille à partir avec la Jordanie comme avec l’Irak. Non sans raison, du reste : Abdallah négocie secrètement avec les Israéliens pour rafler la Cisjordanie.

Le cœur du problème

De ce magma, et de leur pays, sortent les réfugiés palestiniens. Selon Israël, ils seraient pour la plupart partis volontairement. Appelés par des dirigeants arabes qui leur promettaient un proche retour triomphal. Aussi illogique, aussi insensée qu’elle soit, cette version a tenu jusqu’à la déclassification des documents, entamée dans la deuxième moitié des années 80, et toujours en cours. On y apprend que le plan sioniste, inspiré des recommandations faites dès 1895 par Herzl, prévoyait un déplacement de population bien avant 1948. Notamment par des razzias terroristes et par des massacres perpétrés par l’Irgoun de Begin ou le Lehi de Shamir. Comme Deir Yassine, en avril 1948, en lever de rideau sanglant de l’indépendance israélienne. Ce crime abominable donne le résultat escompté : les 90 villages arabes de la contrée sont désertés par une population prise de panique. Même réflexe, plus tard, devant la progression des armées israéliennes : 228 localités se sont vidées (d’après Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, cité par Lebeau). En outre, indiquent les documents déclassifiés, les habitants de 41 agglomérations pas trop peureuses ont été expulsés manu militari par les sionistes. En tout, en Palestine, seuls 6 villages ont fui sur des conseils arabes. Cela a suffi pour que, pendant des dizaines d’années, les Israéliens imputent l’exode à leurs adversaires eux-mêmes. Or il est maintenant établi que ni le Comité palestinien ni aucun Etat arabe n’avaient diffusé de directives pressant la population de partir. Par contre une note secrète de l’armée israélienne émise en juin 1948 souligne que "au moins 55 % du total de l’exode a été causé par nos opérations. Et 15 % par l’Irgoun et le Lehi". Quelques semaines plus tard, un bond effroyable en avant dans les chiffres : quelque 400.000 Palestiniens expulsés par la manière forte. Exécutions sommaires, (250 à Ramallah), pillages et destructions, en Galilée, au Néguev poussent le ministre de l’Agriculture, Zisling, a déclarer le 18 novembre : "Je ne dors pas de la nuit. Ce qui est en cours blesse mon âme."

Onze ans auparavant, le 7 août 1937 (la Shoah, ce prétexte idéal, est encore loin), Ben Gourion expose ses projets : "Le déplacement de population est le pivot d’un programme de colonisation de portée générale. Heureusement pour nous, le monde arabe dispose d’immenses zones désertes." Il songe à l’Irak autant qu’à la Transjordanie. Mais c’est vers le Liban, moins revêche, que les Palestiniens partent, souvent à pied. Ils y sont accueillis par des officiels émus. Auxquels Emile Eddé lance cet avertissement prémonitoire : « Ces gens sur lesquels vous versez des larmes feront un jour pleurer nos enfants." Des révélations qui ont ébranlé la collectivité israélienne ou les universitaires occidentaux, mais qui sont passées inaperçues, ou presque, des Arabes. En 1998, selon les chiffres (approximatifs) d’une ONG spécialisée, Shami, il y avait 430.183 Palestiniens dans les camps du Liban. Même réduit de moitié, ce chiffre constitue un poids suffisant pour déséquilibrer la balance intérieure, si délicate. L’Etat libanais ne cesse de le répéter. A tous les coups, il obtient des Arabes un appui aussi ferme que purement verbal, dans son rejet de l’implantation. Personne, même pas les pays riches du Golfe qui font pourtant travailler beaucoup de Palestiniens, ne lui a jamais proposé de lui en prendre une partie. Ou d’en assumer les charges, en attendant une éventuelle redistribution. Et quand on voit la faillite arabe en matière de lutte informationnelle ou de combat juridique, on se demande si l’implantation n’est pas déjà... un fait accompli.    haut

 
Mégaéglises, un sacré business
Le Christ en comédie musicale, des garderies pour enfants, des salles de muscu.. Dans la mégachurch évangélique du Kentucky, tout est bon pour attirer des ouailles bien pensantes à la bourse garnie. Leur trinité : Jésus, Gibson et Bush
 
par PASCAL RICHE, publié dans Libération le 2 avril 2004

Cela ressemble à tout sauf à une église. Une gare, peut-être, ou un multiplex de cinémas. Une entreprise, certainement. Pour y aller, il faut se garer dans un des parkings du "campus", et prendre une navette. Le hall d'entrée, couvert d'une moquette mauve, est gigantesque, avec des guichets d'accueil, quelques fauteuils épars, et des escalators. Une librairie vend des livres pieux ou moraux, comme la Foi de George W. Bush. Des policiers en uniforme veillent, à droite et à gauche. D'autres hommes, munis d'oreillettes, dévisagent les entrants. Car, ici, l'argent circule beaucoup : le week-end de notre visite, 19.407 personnes ont assisté aux trois offices, laissant dans des enveloppes 669.379 dollars. Bienvenue à la Southeast Christian Church. Le bastion évangélique du Kentucky, l'une des plus grandes églises du monde. En arrivant, les ouailles déposent leurs enfants dans des salles où ils peuvent suivre le même office que leurs parents, entre deux baby-foot et sur fond de musique rock. Il y en a pour tous les âges, dans un labyrinthe de couloirs. Dans cette salle, des tout-petits sautent en criant : "Jump with Jésus." Dans cette autre, des dames chantent "Pet the bible book !" en invitant des bébés d'un an à toucher le livre saint. Pendant ce temps, les parents prennent l'escalator, s'installent dans les 9.000 places d'un colossal amphithéâtre. Là, ils attendent un peu, comme au cinéma, en regardant les publicités défiler sur sept écrans géants : "Priez pour nos soldats", "Stage Plage & Bible, à Daytona, Floride", "Delirious en concert"...

Le film de Gibson sur des écrans géants
D'une durée d'une heure, l'office s'ouvre par l'entrée en scène d'une créature blonde aux accents de Britney Spears, qui pousse une chanson disneyenne. Premières paroles prononcées par le prêtre Greg Alen, guitare autour du cou : "Lorsque j'ai vu le film la Passion, il y a trois semaines, je suis resté sans voix..." Il poursuit avec emphase : "Le sang de Jésus, c'est le coût catastrophique de ma désobéissance..." Pendant qu'il parle, des orgues jouent des notes dramatiques et la lumière passe au rouge orange crépusculaire. Le film de Mel Gibson est cité tout au long de l'office. Le sermon s'inscrit lui-même dans le cadre d'une série baptisée The Passion of Christ, consacrée aux messages de l'Evangile selon Gibson. Pendant que le pasteur Dave Stone parle, des extraits du film défilent sur les écrans géants... A la fin de l'office, un des responsables de l'église, Don Waddell, appelle les ouailles à venir manifester le surlendemain contre le mariage des homosexuels, afin de lutter contre le "déclin moral" du pays. La Southeast Christian Church est l'une de ces megachurches évangéliques qui, depuis les années 1980, redessinent le paysage religieux des Etats-Unis. Environ deux millions d'Américains fréquentent ces églises géantes, dont le but est d'évangéliser le plus de gens possible. Pour y parvenir, tous les moyens modernes (sport, musique, spectacles) sont bons. Le film de Gibson fait partie de la panoplie.

La Southeast Christian Church dispose d'un gigantesque gymnase entouré de salles de musculation gratuites. Elle abrite des groupes de soutien aux divorcés, aux alcooliques, aux chômeurs, aux sourds, aux malades du cancer... D'autres mégaéglises sont allées plus loin encore. L'une d'elles, l'église Brentwood, à Houston, a laissé un McDonald's s'installer sur son "campus". Le but est d'attirer le plus de monde possible vers "Jésus". Cela marche : alors que la plupart des églises protestantes traditionnelles battent de l'aile aux Etats-Unis, les megachurches évangéliques prospèrent. Parmi ses appâts, la Southeast Christian Church organise un grand show, le Easter pageant, qui raconte la vie du Christ. Une sorte de comédie musicale kitschissime, avec des fumigènes, des lumières roses et vertes, des anges câblotractés, un diable aux doigts crochus, des centaines de figurants (bénévoles), des ânes et des dromadaires (payés). Cette année, 75.000 tickets ont été vendus, à raison de 8 dollars la place. Les spectateurs ressortent ravis, parfois convertis. Phil Breer, employé d'une entreprise de surgelés, avait cessé de fréquenter l'église depuis l'âge de 16 ans : "J'en suis revenu impressionné et troublé. J'avais gardé l'image d'un Jésus triste et austère, ce n'est pas ce que je croyais." Greer est devenu aujourd'hui l'un des plus vibrants membres de l'église.

Des églises qui jouent sur l'émotion
La Southeast Christian Church compte 350 employés. Le principal pasteur s'appelle Bob Russell. Marié, deux enfants et quatre petits-enfants, il a 60 ans, le teint hâlé, une chemise rouge et des dents parfaites. Lorsqu'il est arrivé, à l'âge de 22 ans, de sa Pennsylvanie, l'église regroupait 120 fidèles dans un sous-sol. De déménagement en déménagement, elle en compte aujourd'hui plus de 20.000. "Je n'ai pas planifié cette croissance, c'est Dieu qui l'a voulu, et nous nous sommes adaptés", assure-t-il. Mais il sait aussi que les phénomènes divins n'expliquent pas à eux seuls le succès des megachurches aux Etats-Unis : "Les Américains ne vont plus chez le commerçant du coin, mais au supermarché ou au centre commercial", rappelle-t-il, et les églises géantes offrent l'anonymat recherché : "Chez nous, on peut venir voir ce qu'on fait, sans être aussitôt sous les feux des projecteurs." Par ailleurs, poursuit Bob Russell, "les gens se sont habitués, avec la télé, à une qualité excellente de programmes qu'une petite église ne peut assurer" : de bons prêcheurs, une musique impeccable, bref, du spectacle. Il explique aussi que, les besoins des gens étant divers, "seule une très grande église peut avoir la masse critique pour y répondre", grâce à des groupes de soutien spécifiques... Et les fidèles recherchent une assistance fournie : "Le monde, pendant la semaine, devient de plus en plus diabolique et antichrétien, explique Russell. Alors, le week-end, les gens aiment se retrouver nombreux pour célébrer Jésus."

Le phénomène est observé avec un peu d'inquiétude par les spécialistes de la religion. "Ces églises réduisent le contenu intellectuel de la religion au minimum, et ne se concentrent que sur les émotions ou les services sociaux qu'apporte l'affiliation à un groupe", estime Daniel Frankfurter, professeur au Behrend College, en Pennsylvanie. De nombreux fidèles fréquentent la Southeast Christian Church à la suite d'un accident de la vie, afin de rencontrer des gens qui leur ressemblent. "Je suis là depuis 1991. J'avais divorcé, et mon Eglise baptiste considérait les divorcés comme de la crotte. Je cherchais un groupe biblique sérieux pour parents célibataires, et les autres Eglises n'avaient rien à m'offrir", raconte Beth Stenberg, 53 ans. La Southeast est un grand club de rencontre : le taux des célibataires y atteint 40 %. Le profil socioculturel des paroissiens est extrêmement homogène. Ce sont des Blancs à plus de 90 %, vivant dans des banlieues cossues de Louisville, avec de bons salaires. Les hommes ressemblent aux bons pères de famille des séries américaines des années 50. Les femmes sont souvent replètes, et vêtues sans grande élégance. Les églises géantes poussent toujours dans les banlieues prospères. Don Waddell, le responsable de l'accueil des nouveaux membres à la Southeast Christian Church, admet que cela fait partie de leur modèle économique : "Vu l'argent nécessaire pour les faire fonctionner, elles ne pourraient pas se développer dans des quartiers défavorisés." Politiquement, dit-il, les paroissiens "ont voté dans des proportions écrasantes pour Bush" : "Nous sommes des gens qui croient en la Bible, qui voient les choses en noir et blanc, qui aiment les règles claires...", explique Waddell, un ancien pilote de chasse de 58 ans qui a combattu au Vietnam.

Une influence sur la politique locale
Ces églises sont des groupes à but non lucratif, mais de gros business. Le nouveau bâtiment de la Southeast Christian Church, achevé en 1999, a coûté 100 millions de dollars, fournis par les paroissiens généreux. L'ancien manager de l'église, Gregg Dedrick, est aujourd'hui président de la chaîne de restauration rapide KFC (Kentucky Fried Chicken). Tout en haut de l'organigramme -­ un râteau impressionnant -­, on trouve le nom de "Jésus". Dessous, le "conseil des anciens" : quinze membres, rien que des hommes, des hommes d'affaires. Dessous, le pasteur charismatique Bob Russell. Ce dernier n'aime pas se voir comme un patron : "C'est vrai que j'ai l'expérience d'un gros complexe comme celui-ci, mais je ne pourrais pas diriger KFC ou Ford." Par ailleurs, ajoute-t-il, "je ne signe pas les chèques. Trop de prêtres deviennent corrompus". Il est payé "selon les standards du Conseil évangélique pour la comptabilité financière", soit moins de 200 000 dollars par an, une somme qu'il arrondit avec des livres et des conférences. Par sa seule taille, la Southeast Christian Church est devenue une force politique. Les politiciens du Kentucky se doivent de s'y afficher. "On ne veut pas s'impliquer dans la politique, mais, quand il y a un problème moral qui nous tient à coeur, on défend nos convictions haut et fort", explique le plus jeune des trois pasteurs, Kyle Idleman, 28 ans (bronzé, chemise jaune vif, dents blanches). L'église vient de remporter une victoire : le maire démocrate de Louisville a accepté, sous la pression, de renforcer la réglementation des sex-shops en centre-ville. Début 2003, la Southeast Christian Church défendait la guerre en Irak ; Bob Russell, dans un sermon, avait comparé les critiques anti-Bush émanant d'Hollywood aux "paroles dépourvues de connaissance" qui, dans le livre de Job, obscurcissent les plans de Dieu.    haut
 
Tapis rouge à Washington pour "Sarkozy l'Américain"
Le ministre de l'Economie chaleureusement reçu par Colin Powell et Condoleezza Rice
 
par PHILIPPE GELIE, publié dans le Figaro le 26 avril 2004

Jusqu'à ce qu'il ouvre la presse locale, Nicolas Sarkozy pouvait penser que sa visite avait un peu réchauffé les relations entre la France et les Etats-Unis. Mais le numéro deux du gouvernement français a beau avoir été reçu à Washington avec tous les égards, aucun journal américain ne lui a consacré une ligne ce week-end. C'est presque injuste, tant le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie a fait d'efforts pour séduire ses interlocuteurs aux Etats-Unis. "Certains en France m'appellent Sarkozy l'Américain, a-t-il expliqué, en anglais, lors d'un déjeuner vendredi avec le Comité juif américain. J'en suis fier. Je suis un homme d'action, je fais ce que je dis et j'essaie d'être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines." Ce qu'il apprécie par-dessus tout, de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est l'optimisme, la diversité, la culture de la réussite. "Il faut aimer le succès, a-t-il plaidé. Ceux qui réussissent doivent être des exemples. Mais, parfois, dans nos pays, on s'en méfie." A la communauté française expatriée qu'il salue pour s'être tenue "avec dignité aux avant-postes de quelques malentendus", il dit : "Il y a de la force à prendre ici, même s'il y a de la mesure à prendre chez nous."

Nicolas Sarkozy se trouve si "américain" qu'il ne comprend plus certaines questions. En ayant souhaité rencontrer Condoleezza Rice, la conseillère de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, et Colin Powell, le chef de la diplomatie américaine, ne marchait-il pas sur les plates-bandes de Dominique de Villepin et de Michel Barnier ? "Vous êtes si français, répond-il aux journalistes. Les habitudes sont faites pour être changées. J'ai eu des contacts fructueux et utiles dans un climat d'amitié. Les tensions entre la France et les Etats-Unis appartiennent au passé." A l'entendre, on se demande jusqu'à quel point il souhaiterait s'inspirer du modèle américain. "Une vraie politique sociale, souligne Nicolas Sarkozy, c'est donner à chacun l'occasion de se relever par le fruit de son travail, pas seulement par l'assistance." Il se défend de vouloir "importer" le libéralisme sans filet à l'américaine : "Ce n'est pas ce que j'ai dit. Le modèle américain n'est pas transposable", précise le ministre de l'Economie. A deux reprises au moins, Nicolas Sarkozy a publiquement déploré son changement de portefeuille, de l'Intérieur aux Finances, même s'il a affirmé : "Je suis toujours passionné par ce que je fais au moment où je le fais." En tout cas, pour son premier voyage ministériel à Washington, c'est moins le grand argentier qui a eu droit à un traitement de faveur de l'Administration Bush que l'ancien allié dans la lutte antiterroriste et "l'homme d'avenir" au ton ostensiblement amical. En tant que conseiller technique, son épouse, Cécilia, a assisté aux entretiens avec Rice et Powell.

Le "parler-vrai" sur lequel Nicolas Sarkozy mise sa carrière politique a aussi fait son petit effet dans la capitale américaine. Avec le secrétaire d'Etat, le ministre a soulevé la question des six détenus français de Guantanamo : "J'ai trouvé chez Colin Powell une volonté d'y apporter une réponse rapidement", a-t-il assuré. Avec Condoleezza Rice, il a réaffirmé la position de la France face à la demande américaine d'une "annulation massive et rapide" de la dette irakienne. Mais une décision suppose l'existence d'une "autorité légitime irakienne", donc un véritable transfert de pouvoirs le 30 juin. Quoi qu'il en dise, "Sarkozy l'Américain" n'est jamais aussi français que lorsqu'il fait de la politique. "Posez-vous la question, dit-il aux Américains : avec tous vos atouts, comment se fait-il qu'il y ait tant d'incompréhension dans le monde ? Il ne peut y en avoir un qui détient la vérité et tous les autres qui se trompent." Même résolution affichée sur le Proche-Orient : "Aucune démocratie ne peut accepter d'entorses à la sécurité d'Israël. Mais il n'y a pas qu'un chemin, qu'une politique. Je ne suis pas persuadé que la sécurité d'Israël ait progressé depuis quelques mois." De son voyage, il rapporte aussi quelques questions pour ses collègues du gouvernement : "Combien de généraux noirs dans l'armée française ? Combien d'ambassadeurs noirs ? Je ne suis pas en faveur de quotas permanents, mais les efforts de l'Amérique pour intégrer les minorités doivent être pris en considération." C'est bien en France que Nicolas Sarkozy a le plus de chances de passer pour un Américain. A ses risques et périls.

"Vous n'allez pas être déçus de la réponse"
Voici le verbatim de la question du député socialiste du Gers, Philippe Martin, qui interpellait le ministre des Finances Nicolas Sarkozy sur son voyage aux Etats-Unis, et la philippique du ministre, qui a provoqué le 28 avril un incident rarissime à l'Assemblée :
- Question de Philippe Martin :
"M. le ministre d'Etat, vous venez d'effectuer un déplacement remarqué aux Etats-Unis dont nous n'ignorons pratiquement plus aucun détail. Ma question porte sur le sens qu'il convient de donner à ce voyage et les conséquences politiques de son déroulement. Je suis d'ailleurs certain de ne pas être le seul à me poser cette question dans cet hémicycle. Est-ce que votre frénésie de notoriété ne vous aurait pas conduit à un peu d'aveuglement au point de ne pas voir que vous placiez les dirigeants américains en situation de choisir chez nous, les bons dirigeants qui ont droit à des égards de chef d'Etat et ceux qui le seraient moins et n'auraient droit qu'au service minimum. En procédant ainsi, ne craignez-vous pas d'avoir pris le risque d'affaiblir la voix du président de la République et celle de l'ONU (...) Est-ce qu'un peu plus de modestie ou à tout le moins de lucidité n'aurait pas abouti à un peu moins de succès personnel pour votre expédition, mais à un peu plus de grandeur et de cohérence pour la France" ?
- Réponse de Nicolas Sarkozy :
"M. Martin, vous n'allez pas être déçus de la réponse. Outre l'Assemblée générale du FMI - je comprends que vous ne soyez pas familiers de ces matières, du sommet du G7 avec les ministres des Finances, j'ai fait deux choses, et je n'avais pas pensé en rendre compte à l'Assemblée nationale, mais puisque vous m'y invitez, je ne vais pas me gêner. La première chose: j'ai été l'invité de la totalité des associations de juifs américains qui ont souhaité remercier la France pour le combat déterminé que nous menons contre l'antisémitisme. Ils ne se sont pas arrêtés à cela M. Martin, puisqu'ils ont voulu me remettre une récompense, et je vais même vous faire une confidence, ça risquait pas d'arriver à M. Vaillant. Parce qu'après cinq années du gouvernement de M. Jospin, on était arrivé à faire croire aux Etats-Unis d'Amérique que la France était un pays antisémite".    haut
 
OGM - Bruxelles va autoriser un maïs transgénique
 
par PIERRE AVRIL, publié dans le Figaro le 14 mai 2004

Après cinq ans de purgatoire, de nouveaux OGM (organismes génétiquement modifiés) vont refaire leur apparition officielle dans l'assiette du consommateur. Mercredi 19 mai, la Commission européenne décidera officiellement d'autoriser la mise sur le marché européen du BT 11, un maïs doux transgénique (porteur du gène d'une bactérie qui le rend résistant à un insecticide) produit par la firme suisse Syngenta. Le sujet sera à l'ordre du jour de la réunion hebdomadaire du collège des commissaires, a confirmé hier, Beate Gminder, la porte-parole du commissaire David Byrne. Mais l'issue du débat entre les trente commissaires ne fait aucun doute. Consommé déjà aux Etats-Unis sous forme de légumes en boîte ou de pop-corn, le BT 11 sera autorisé en Europe à la seule consommation humaine et non pas à la mise en culture. Cette décision communautaire marque l'aboutissement d'un marathon diplomatique qui, mois après mois, se révélait totalement stérile. A l'occasion d'une ultime négociation, le 26 avril dernier, les ministres de l'Agriculture des Quinze avaient échoué à prendre une décision. Ce jour-là, comme lors des précédents conseils, aucune majorité qualifiée n'avait pu se dessiner dans une quelconque direction : le feu vert à l'introduction du BT 11 ou le maintien du moratoire. Seuls six pays, dont la Grande-Bretagne et l'Italie s'étaient prononcés en faveur du maïs transgénique de Syngenta. Trois autres s'étaient abstenus. Les six derniers, dont la France, maintenaient leur vote contre.

Les experts eux-mêmes sont divisés. L'Afssa, par exemple (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) estime que les expérimentations sont insuffisantes, dans la mesure où aucune exposition de toxicité à moyen et long terme n'a été menée sur les rats et les volailles de laboratoires. En vertu des règlements européens, ce statu quo n'était plus tenable. Il revenait alors à la Commission européenne de se substituer à la volonté défaillante des Etats membres. Ce qu'elle fera sans états d'âmes mercredi. Le commissaire chargé de la protection des consommateurs, David Byrne, soutenu par une grande majorité de ses collègues, n'a jamais caché son souhait de réhabiliter les OGM. Selon ses détracteurs, le tropisme "pro-OGM" du responsable irlandais s'explique pour des raisons strictement commerciales et diplomatiques : l'Union européenne est depuis quelques mois sous le coup d'une possible sanction de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à la suite de plaintes notamment déposées par les Etats-Unis, principaux producteurs d'OGM. Fin juin, se déroulera un sommet UE-Etats-Unis, conformément aux souhaits pressants de la présidence irlandaise.

Cinq ans après le coup d'arrêt mis à la commercialisation des OGM, c'est plus le timing politique de cette opération de réhabilitation que ses conséquences sanitaires, qui suscite des interrogations. "On peut difficilement soutenir qu'il existe un risque objectif avec le BT 11, concède un expert français, le problème c'est l'opportunité politique : dans un mois auront lieu les élections européennes et on sait à quel point ce sujet est sensible dans les opinions publiques..." Réponse de Bruxelles : "Il serait malhonnête d'attendre." Pour sa part, Greenpeace, organisation écologiste la plus en pointe sur le dossier des OGM, craint surtout un possible effet "boule de neige" consécutif à la levée du moratoire. Avec le BT 11, on comptera désormais 35 OGM actuellement en circulation, auxquels s'ajoutent 33 autres aujourd'hui dans les tuyaux : c'est le cas du maïs de Monsanto (NK 603), en attente également d'un feu vert de l'UE, et qui divise également les Vingt-Cinq. Là encore, Bruxelles pourrait être amenée à trancher. Plus grave aux yeux de Greenpeace, sur ces 33 OGM en souffrance, 13 concernent une demande de mise en culture. Si ces revendications étaient satisfaites, explique l'organisation écologiste, se présenterait alors le risque d'une dissémination accidentelle de pollens issus de plantes OGM vers des champs non OGM. De nombreux paysans redoutent également ce scénario. Bruxelles se défend : "Même si l'on autorise une mise en culture, il n'est pas évident que cette autorisation se traduise ensuite dans les faits", tente de rassurer Beate Gminder. L'Espagne, pour sa part, cultive déjà 32.000 hectares d'OGM.    haut 

 
Shafic Abboud, artiste peintre libanais
 

par MOUNA NAIM, publié dans le Monde du 14 avril 2004

Conformément à sa volonté, l'artiste peintre libanais, Shafic Abboud, mort vendredi 9 avril à Paris, à l'âge de 78 ans, sera inhumé à Mhayté, son petit village natal, au pays du Cèdre. Un village, disait-il, dont "le fond revient et se dessine sur nombre de mes toiles", parce que, "il est des vues, des paysages, des souvenirs qui vivent en nous". Et il ajoutait : "Il y a chez moi une lumière d'une autre nature. Lumière qui vient de chez nous." Parisien, Shafic Abboud n'en est pas moins demeuré l'enfant éternel de Mhayté : "Je partage les soucis et les intérêts d'une famille de peintres dont le fonds commun est l'abstraction lyrique élaborée au sein de l'Ecole de Paris. Cela ne nuit pas à mes sources premières. L'appartenance et l'enracinement sont innés, toujours vivants en moi", soulignait-il, tout en ajoutant : "L'Occident encourage et reconnaît la mode d'être oriental, de célébrer l'Orient picturalement. Ce jeu n'est pas le mien. Je crois à l'indépendance de l'art, à sa vie profonde, à ce souffle qui le remanie perpétuellement." Cette dualité contribuait sans doute à faire la richesse de son œuvre. Grâce à une bourse du gouvernement libanais, Shafic Abboud, l'un des vétérans de la peinture libanaise, s'était définitivement installé à Paris au début des années 1950. Pendant vingt ans, il a pu connaître, "le bonheur de vivre et de travailler entre Paris et Beyrouth", selon ses propres termes. "Puis la guerre est venue."

C'est dans son petit village natal quasi idyllique du mont Liban que Shafic Abboud, selon ses proches, connaît ses premières émotions d'artiste. A l'âge de 19 ans, étudiant à l'école d'architecture à Beyrouth, il découvre parallèlement les arts plastiques. Trois ans plus tard, il se convertit définitivement à la peinture. De 1945 à 1947, il suit les cours de dessin à l'Académie libanaise des beaux-arts. Deux grands peintres libanais, César Gemayel et Georges Cyr, y enseignaient. C'est ce dernier, pionnier de l'art moderne au Liban, qui l'aura surtout marqué. Grâce à lui, Shafic Abboud s'ouvre à des courants, des noms, des œuvres qu'il ira découvrir à Paris, lors d'un premier voyage en 1947. Lorsqu'il s'installe plus tard dans la capitale française, il fréquente les ateliers d'André Lhote et de Fernand Léger, et s'inscrit en étudiant libre à l'Ecole nationale des beaux-arts (ateliers Heuzé, Jaudon et Goerg). Désormais Shafic Abboud peint sans relâche. Simple, modeste et humble, il est entré en peinture comme on entre en religion, disent ses amis. Son minuscule atelier parisien était comme une cellule monastique. "Je sens souvent, confiait-il encore, le besoin de revoir l'ensemble de mes peintures, des premières aux dernières, cela me permettrait de voir où j'en suis. L'idée d'une rétrospective me tente, mais je ne pourrai l'aborder. Les rétrospectives concernent ceux qui ont grandi et dit leur dernier mot. Et je n'en suis pas un. Je n'aimerais pas me voir vieillir. (...) Je ne voudrais jamais grandir. Je ne voudrais jamais atteindre l'âge mûr."    haut

 
Pour une autre politique du Crif
Le président élu dimanche devra s'attacher à dissocier la lutte contre l'antisémitisme du soutien inconditionnel à Israël
 
par ESTHER BENBASSA, publié dans Libération le 13 mai 2004
L'auteur est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études, titulaire de la chaire d'histoire du judaïsme moderne ; dernier ouvrage paru : la République face à ses minorités. Les juifs hier, les musulmans aujourd'hui, Mille et Une Nuits, 2004 

Le 16 mai sera élu le nouveau président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Certes, cette institution ne représente qu'un tiers des juifs de France, mais sa voix est perçue comme si elle venait de tous les juifs de ce pays. C'est dans ce paradoxe que devrait se situer sa politique, puisque la responsabilité des deux autres tiers lui revient, que le Crif le veuille ou non. La majorité juive non représentée est porteuse d'une multitude de points de vue aussi bien sur sa propre judéité et sur la politique française que sur la question israélo-palestinienne et tout simplement sur Israël. Si les consistoires, transformés en associations cultuelles depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, ont en charge les questions proprement religieuses et cultuelles, le Crif quant à lui, créé en 1944 en clandestinité sous le nom de Conseil représentatif des israélites de France, et qui adoptera son nouveau label après la guerre, assume la représentation proprement politique des juifs. En acquiesçant à ce partage, les représentants religieux admettaient qu'on puisse être juif autrement que selon des critères religieux. Avec le temps, le Crif s'érigera en porte-parole de ces juifs à l'identité plurielle, qui se revendiquent juifs sans être toujours pratiquants ni croyants.

Dans les années d'après guerre, le Crif sera traversé par les tensions inhérentes au groupe juif de l'époque, surtout aux milieux immigrés est-européens où sionistes et communistes s'opposent frontalement. Dans les années 1950, Israël suscite déjà le débat à l'intérieur de l'organisation lors de la rédaction de ses nouveaux statuts. Tout en réaffirmant la "sympathie du Crif à l'égard d'Israël", ces statuts se garderont d'indiquer qu'il s'agit d'une "sympathie agissante". A la faveur de l'accalmie, le Crif jouera un rôle important dans la reconstruction d'une judaïcité lourdement éprouvée par la guerre. Il est indiscutable que le Crif n'est pas une institution monolithique, déjà parce qu'il regroupe un grand nombre d'organismes et associations. Mais l'aggravation du conflit israélo-palestinien durant ces dernières années a créé une sorte d'union sacrée et permis à son président sortant, Roger Cukierman, d'avoir les coudées plus franches. A la veille de l'élection du 16 mai, il est opportun de faire le bilan du mandat de ce dernier, quand bien même on n'aurait soi-même aucune accointance avec cette institution, et ne serait-ce que parce qu'elle est perçue, à tort ou à raison, comme l'émanation du groupe juif dans son ensemble.

Il est vrai qu'en ces temps de projection du conflit du Proche-Orient sur la scène nationale, marqués par la résurgence de l'antisémitisme et par la peur qu'elle a suscitée chez les populations juives, la tâche du Crif n'était pas facile. Le premier reproche qui vient à l'esprit concerne le manque de sens politique de son dirigeant qui, au lieu de resserrer le lien des juifs avec la France dans ces moments-là, n'a fait que diviser, en renforçant les barrières que la montée de l'antisémitisme édifiait entre les différentes composantes de la nation, et en mettant la communauté juive en porte-à-faux avec certaines des formations politiques du pays. Ce n'est pas au président du Crif qu'il revenait de flirter avec la droite. Un flirt qui avait commencé quelques mois avant l'élection présidentielle, dans le contexte de la campagne sécuritaire menée par ses tenants. Confondant dangereusement le soutien inconditionnel à Israël avec la lutte contre l'antisémitisme, Roger Cukierman s'était-il donc imaginé qu'avec l'arrivée de la droite au pouvoir la politique d'Ariel Sharon bénéficierait d'un plus grand soutien dans le pays ? Possible. Mais ne fallait-il pas être un piètre politique pour croire que le nouveau gouvernement imprimerait un tel virage à sa politique étrangère vis-à-vis du monde arabe ?

Le président du Crif n'avait pas davantage à distribuer bons et mauvais points et à accuser régulièrement la gauche de n'avoir pas été assez réactive face aux premiers signes de "judéophobie". Ni à tolérer le compagnonnage douteux de personnalités au passé politique peu recommandable simplement parce qu'elles apportent leur caution à la politique israélienne. Au lendemain du 21 avril, dans une déclaration au journal israélien Haaretz, Roger Cukierman est allé jusqu'à interpréter la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle comme "un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles". C'était rompre là avec la majorité de citoyens qui allaient descendre dans les rues pour défendre la démocratie. Qu'un juif pût avoir la mémoire aussi courte, un juif qui plus est défenseur infatigable du "devoir de mémoire", avait de quoi dérouter. Autre gaffe politique de taille, et du même ordre, la dénonciation, lors d'un dîner du Crif, de l'alliance "brun-vert-rouge".

Roger Cukierman et ses amis ont préféré focaliser leur attention sur les actes antijuifs attribués à certains groupes issus de l'immigration arabo-musulmane. Ces actes existent, ils sont nombreux et condamnables. Reste que les dernières profanations de tombes en Alsace et du mémorial juif de Verdun, oeuvre de néo-nazis, prouvent qu'il y a toujours bel et bien en France un antisémitisme d'extrême droite occulté pour de mauvaises raisons. La vigilance est évidemment de rigueur, mais elle ne doit pas être sélective. Il ne fait pas de doute que l'antisémitisme classique ou traditionnel fleurit lui aussi sur le terreau du conflit israélo-palestinien, mais il a une longue histoire et la fin éventuelle du conflit ne suffira pas à l'éradiquer. Et ce sont par ailleurs les mêmes groupes qui profanent aussi des cimetières musulmans. Une fois de plus, le président du Crif a manqué l'occasion de ne pas séparer la lutte contre l'antisémitisme de celle contre toute forme de racisme, qu'il soit antiarabe, antimusulman ou antinoir, et de ne pas en faire une affaire "juive" mais celle de tous les démocrates de ce pays. Personne, aucun parti politique, aucune institution, fût-elle juive, n'a le droit de récupérer la lutte contre l'antisémitisme au risque de la banaliser. Cette lutte doit être constante. Gagner une bataille n'est pas gagner la guerre. Pour preuve, quelques jours après la déclaration de Nicolas Sarkozy se targuant de ses acquis dans ce domaine, on assistait à des profanations de tombes.

Au-delà de l'amateurisme politique du président sortant du Crif, une des graves erreurs commises est d'avoir attisé la peur des juifs français en fondant l'essentiel de sa communication et de son action sur la dénonciation de l'antisémitisme. Le résultat en est le repli. Cette politique unilatérale a été relayée par des intellectuels organiques dont les livres et les propos trop alarmistes ont fait croire au pire, sans que les instances responsables limitent les dégâts à temps. Pensait-on augmenter le nombre des partants en Israël ? Et en montant en épingle l'antisémitisme "arabe", s'agissait-il de faire croire aux juifs de France qu'ils partageaient déjà ici le sort de leurs frères israéliens face aux Palestiniens là-bas ? Autre amalgame, auquel s'est ajouté le harcèlement quasi systématique, pour antisémitisme, de personnalités qui dans la majorité des cas n'avaient péché que par une critique parfois vive de la politique israélienne. Ainsi allait prospérer à l'étranger l'image d'une France antisémite. Une façon de brouiller la complexité de la réalité.

En France, il y a des antisémites comme il y a des racistes et des xénophobes, mais on ne peut pas réduire toute la France à cela. La dénonciation devient contre-productive à partir d'un certain stade et si on ne propose pas parallèlement des solutions constructives pour rapprocher, former, éduquer les parties en conflit. Bref, le Crif devra assumer devant l'histoire ses erreurs politiques si l'antisémitisme entre dans les moeurs, que la peur déborde, et qu'entre les juifs et les différentes composantes de la société française la défiance se renforce et le fossé se creuse. Il est urgent d'arrêter cette politique qui fourvoie le groupe juif dans son ensemble. Cette urgence vaut aussi bien pour Roger Cukierman, si son mandat est renouvelé, que pour son adversaire, Serge Hajdenberg, s'il est élu.    haut

 
Le Vatican publie le dossier noir de l'Inquisition, qualifié de "symbole du scandale" par le pape
Les actes d'un symposium de théologiens et d'historiens réunis en 1998 visent à établir les faits sur une institution qui "obsède l'imagination", selon les termes du cardinal Roger Etchegaray
 
par HENRI TINCQ, publié dans le Monde du 17 juin 2004

Sourd aux voix conservatrices qui, dans l'Eglise, par peur du scandale ou des anachronismes, s'élèvent contre toute repentance, le pape a autorisé la publication, mardi 15 juin, d'un volume de 783 pages - une mine d'or pour les historiens - consacré à l'Inquisition. Cet ouvrage rassemble les actes d'un symposium qui avait réuni au Vatican, en 1998, une centaine d'historiens et de théologiens. Un même effort scientifique avait porté, un an plus tôt, sur les origines de l'antijudaïsme chrétien et ouvert la voie aux demandes de "pardon" de Jean Paul II, lors du Jubilé de l'an 2000. En rouvrant les plaies de l'Inquisition, le pape rappelle, dans sa présentation du 15 juin, que ce nom est devenu "le symbole du contre-témoignage évangélique et du scandale" et il condamne à nouveau ce "consentement donné à des méthodes d'intolérance et de violence dans le service de la Vérité". Mais il persiste à distinguer entre la faute individuelle de certains "fils de l'Eglise" et la responsabilité collective de l'institution dont il ne parle jamais. De même souligne-t-il qu'avant de demander pardon, il faut avoir une "connaissance précise" des faits. Ainsi les historiens ont-ils eu la lourde tâche à la fois de dire la vérité sur la monstruosité de l'Inquisition et de résister à l'imagination populaire qui tend à surestimer le nombre des victimes, sorcières et hérétiques, des conversions forcées, procès sommaires et bûchers. "L'Inquisition obsède l'imagination, comme archétype de la violence surgie du plus profond de la chrétienté", a affirmé le cardinal Roger Etchegaray en présentant ce document à la presse. Mais son collègue, le cardinal Georges Cottier, théologien privé du pape, s'est empressé d'ajouter : "L'Eglise ne se fatigue pas de faire pénitence. Mais on ne peut demander pardon que pour des faits qui relèvent de la réalité, non du mythe."

Des siècles de bûchers
Révision de l'histoire ? L'ouvrage publié, mardi, à Rome décrit comment les tribunaux de l'Inquisition ont développé leur propre bureaucratie, leurs propres normes, échappant à tout contrôle. Mais, selon l'un des rédacteurs, le Père Agostino Borromeo, professeur à l'université romaine de la Sapienza, l'Inquisition n'aurait pas fait autant de victimes qu'on le raconte : sur 125.000 procès en Espagne, 1,8 % des condamnés ont été exécutés. Le document de 783 pages retrace l'histoire de ce chapitre douloureux, qui court du XIIIe au XIXe siècle. L'Inquisition naît de cette traque de l'hérésie qui obsède la chrétienté médiévale. Sous le pape Grégoire IX, en 1233, elle devient institution permanente, sous la forme de tribunaux confiés à des religieux dominicains et franciscains qui siègent dans les couvents et les palais épiscopaux. Après un "temps de grâce" permettant au suspect d'abjurer, l'aveu est obtenu par la torture. Les condamnations, prononcées lors de cérémonies publiques, comprennent la prison ou le port de croix jaunes sur les vêtements, le pèlerinage obligatoire - dont la longueur est proportionnée à la "faute" -, la flagellation ou la confiscation des biens. L'hérétique qui refuse de se repentir, ou le récidiviste, est condamné à mort, puis livré à la "peine de feu", le bûcher.

L'Inquisition sévit dans le Midi de la France contre l'hérésie cathare, et en Italie contre l'hérésie vaudoise. A Toulouse, entre 1307 et 1320, 500 "infidèles" sont condamnés et 29 brûlés vifs. Mais c'est en Espagne qu'elle a laissé les pires souvenirs. Elle frappe les conversos ou marranos, ces juifs convertis soupçonnés d'être restés fidèles aux rites juifs. En 1478, le pape Sixte IV donne tout pouvoir à Ferdinand et Isabelle, les rois catholiques. Trois ans plus tard, à Séville, six premiers marranos sont hissés sur un bûcher. Un inquisiteur général est nommé, le célèbre Thomas de Torquemada, prieur du couvent de Ségovie, qui enverra des milliers de personnes à la mort en quinze ans de procès. Parmi les plus célèbres victimes de l'Inquisition figurent Giordano Bruno (1548-1600), partisan des thèses de Copernic, brûlé à Rome, et Jérôme Savonarole (1452-1498), qui périt sur un bûcher à Florence. Sous la poussée des idées libérales, les tribunaux de l'Inquisition ont été abolis en Espagne en 1832. Mais, au Vatican, la congrégation de la Sainte Inquisition a siégé jusqu'en... 1908, transformée en Saint-Office, également de sinistre mémoire, avant de devenir la Congrégation pour la doctrine de la foi.    haut

 
La Banque mondiale, la France et l’Italie au secours des sites historiques libanais
Patrimoine - 62 millions de dollars pour refaire vivre Tripoli, Jbeil (Byblos), Saïda, Tyr et Baalbek
 
par MAY MAKAREM, publié dans l'Orient-le Jour le 5 mai 2004

Le renouveau économique passe par la mise en valeur du patrimoine et d’un environnement continuellement agressé. Un prêt à hauteur de 62 millions de dollars a été accordé par la Banque mondiale, la France et l’Italie, pour créer les conditions d’un meilleur développement et améliorer la qualité de vie dans cinq villes historiques, en l’occurrence Tripoli, Byblos, Saïda, Tyr et Baalbek. Placé sous la houlette du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), le projet vise à développer le potentiel archéologique et touristique des cinq sites historiques. Ce prêt important, rappelons-le, est resté en suspens pendant quatre ans à cause des zizanies et des tiraillements politiques. Il a été avalisé in extremis par le Parlement le 27 janvier dernier, lorsque la Banque mondiale a menacé de l’annuler. C’est donc pratiquement au "dernier quart d’heure" que le prêt a été sauvé, permettant la mise en œuvre d’un plan dont la gestation avait débuté en 2001. Un constat précis de l’état des lieux a été établi. Des études portant sur le tissu urbain, architectural, économique et social ont été mises au point. Un budget relatif à chaque ville a été retenu par les experts. Le chiffre reste toutefois confidentiel. Les dossiers d’exécution, élaborés suivant une approche équilibrée entre la conservation du patrimoine archéologique et l’aménagement urbain, seront adjugés à la fin de l’année. Les travaux débuteront en 2005 et devraient être achevés dans les cinq années à venir, c’est-à-dire en 2010. Etablies par la Banque mondiale, les règles et les procédures relatives aux adjudications sont très rigoureuses, indique M. Jean Yasmine, responsable du chapitre archéologie.

Culture Heritage and Urban Development (CHUD) est le nom donné à ce projet. Il requiert la collaboration de nombreuses institutions étatiques, notamment les ministères des Travaux publics et de l’Energie, chargés de l’exécution de plusieurs projets d’infrastructure dans les villes, mais aussi les ministères de la Culture et du Tourisme, les municipalités, la Direction générale des antiquités (DGA), la Direction générale de l’urbanisme (DGU) et l’Unesco. Le CHUD devrait bénéficier du soutien et de la volonté commune des forces actives et des collectivités locales, condition sine qua non pour réussir ce travail d’intérêt général. Des campagnes de sensibilisation à la valeur de l’héritage culturel sont menées auprès de la population, attirant son attention sur l’importance du tourisme culturel comme source de revenu. En effet, pour marquer ses objectifs à long terme, créer du travail, éradiquer la pauvreté et la stagnation économique, le plan met l’accent sur la synergie culture/ économie. "Il est centré sur une approche stratégique pour protéger, conserver et mettre en valeur le patrimoine culturel du pays qui agira comme moteur pour la promotion du tourisme et le développement économique", souligne Jean Yasmine. 

Le chantier, qui comprend trois volets, concerne tout d’abord la réhabilitation des centres historiques et l’infrastructure des villes. En clair, il s’agit de l’organisation globale de l’espace, de l’embellissement des espaces publics, de la réorganisation du trafic routier, la création de parkings, la protection et l’aménagement des façades maritimes. Le plan vise aussi à promouvoir les activités culturelles, les métiers traditionnels et les services relatifs au patrimoine et au tourisme. Il lorgne également du côté d’un dispositif législatif relatif au bâtiment et propose de mettre en place un règlement d’urbanisme approprié aux quartiers historiques et à leurs zones limitrophes. En bref, il s’agira de définir les mesures juridiques permettant à la DGU et aux municipalités d’exercer une autorité réelle pour stopper l’érosion du patrimoine, ou toute sorte de dégradation de l’environnement. 

Colonnes romaines en péril à Baalbek et à Tyr

La conservation et la gestion des monuments archéologiques, principalement ceux de Baalbek et de Tyr, constituent le deuxième volet du projet. Pour une meilleure compréhension des sites, des sondages, des explorations et des recherches scientifiques y seront menés. Les travaux seront suivis de documentations et de publications. En effet, faute de rapports de fouilles, mis à part une publication de l’émir Maurice Chéhab sur la période médiévale et une autre relative à 700 m2 d’explorations menées récemment par la DGA, les opérations archéologiques entreprises à Tyr, dans les années 70, n’ont pas été accompagnées de relevés ou d’études scientifiques détaillées. Par conséquent, "un gros travail, relatif aux fouilles, à la documentation et à la consolidation des vestiges, attend les spécialistes", révèle M. Yasmine. Il ajoute que le sous-sol de Tyr engrange quelque 600.000 m2 d’installations à caractères urbains ou culturels, appartenant à différentes périodes, allant de l’âge du bronze à la période médiévale et même à l’ottoman tardif. Côté Baalbeck, le spécialiste indique que mis à part l’engagement allemand pour la création du musée de Baalbek, aucune action scientifique n’a été menée pour la consolidation des structures ou la mise en valeur des monuments, depuis 1975. Or "Baalbek est situé à proximité de la faille de Yammouné, et l’impact des mouvements sismiques sur les édifices archéologiques est à prendre en considération, a dit M. Yasmine. Dépourvues de tout support architectural, les colonnes du temple de Bacchus ou de Jupiter risquent de s’effondrer si un tremblement de terre de plus de 3 degrés a lieu. Elles connaîtront le même sort que celui des trois autres effondrées dans les années 50. Il est par conséquent urgent de les consolider". 

La pollution de l’air par le CO2 dégagé des pots d’échappement des véhicules et des pesticides utilisés dans les terrains agricoles autour de la cité antique de Baalbek est également un facteur non négligeable dans la détérioration de la pierre antique. "Une étude comparative, faite à partir des photographies prises par la mission archéologique allemande au début du siècle passé, a pu établir une dégradation avancée des vestiges. Si on laisse les choses en l’état, d’ici à 100 ans les monuments pourront fondre comme cire au soleil", signale M. Yasmine, ajoutant qu’en raison de l’air marin, l’état des vestiges à Tyr est tout aussi inquiétant. La restauration et le traitement de la pierre des édifices sont donc prévus dans le plan. La consolidation des monuments sera suivie de la mise en valeur des sites : éclairage de la pierre, organisation de circuits thématiques, installation de panneaux signalétiques, construction de pièces destinées à la billetterie et au gardiennage, aménagement de parking, etc. Au programme également, l’inventaire des pièces archéologiques qui se trouvent dans les dépôts de la DGA, afin de les présenter dans les musées des sites. 

Restructuration de la DGA 
La DGA, la DGU et les municipalités étant les principaux acteurs de ce projet, leur "renforcement institutionnel" est capital pour maintenir en place les objectifs du projet. Aussi, pour améliorer le rendement des fonctionnaires et les sensibiliser aux questions de gestion et d’aménagement des villes historiques, des sessions de formation seront organisées, au cours des cinq prochaines années, par le CDR qui fournira aussi l’assistance technique et l’expérience du personnel durant la réalisation du projet. Le plan se penche également sur la restructuration de la Direction générale des antiquités (DGA), parent pauvre de l’Administration. Avec un budget annuel de quatre milliards de livres libanaises et un effectif humain réduit au minimum, la DGA peut à peine répondre aux besoins de fonctionnement courants. Or il lui est demandé de conduire une tâche écrasante et multiforme : entretenir et surveiller les lieux, restaurer un patrimoine endommagé, protéger des sites menacés ou déjà envahis par une urbanisation galopante, prendre des mesures concernant l’aménagement de leurs abords. Mais tout cela ne peut se faire sans les crédits nécessaires et sans des équipes spécialisées. Selon M. Yasmine, "seulement huit archéologues sont affectés à la DGA et un seul architecte restaurateur, Khaled Rifaï, qui n’est même pas cadré. Il est contractuel". Le projet CHUD va enfin combler les lacunes et permettre de développer le potentiel archéologique et touristique des cinq villes historiques. Il compensera le handicap dont elles souffrent sur ce plan, par rapport à Beyrouth, et les aidera à dessiner leur avenir.

Tripoli, vitrine des mamelouks
L’aide de la Banque mondiale pour améliorer et embellir les cités historiques du Liban constitue la dernière chance pour sauver le patrimoine mamelouk de Tripoli, selon des experts. La vieille ville qui s’étend sur six kilomètres carrés abrite quelque 200 vestiges mamelouks dans un état de délabrement avancé. Les prêts de la BM, auxquels s’ajoutent d’autres sources de financement (la France 12 millions, l’Italie 10 millions et le gouvernement libanais 6 millions), arrivent au bon moment pour sauver ce patrimoine qui comprend des tours, des mosquées, des écoles coraniques, des bains publics, des fontaines, des souks et des khans (caravansérails). On croit comprendre que 19 millions de dollars seront affectés à Tripoli. L’étude d’urbanisation, élaborée par les architectes Habib Debs et Jade Tabet, est à trois volets. Elle comprend la restauration de bâtiments ainsi que leur environnement immédiat, l’aménagement de la façade nord de la ville riveraine du fleuve Abou Ali et la construction d’habitations pour les familles qui squattent le bâtiment historique de khan al-Askar (caravansérail des militaires) depuis 1956, date où un tremblement de terre a fait de nombreux déplacés. Les travaux commenceront par le khan al-Askar, qui est dans un état de dégradation avancée. Datant de l’époque mamelouk, il sera aménagé en centre culturel. 

Par ailleurs, l’Allemagne se charge de la restauration du khan al-Khayyatines (caravansérail des tailleurs) et le ministère du Tourisme du khan al-Saboun (caravansérail du savon). Surplombée par la citadelle croisée de Saint-Gilles, la capitale du Nord comprend des vestiges romains, byzantins, arabes, croisés et ottomans. Mais ce sont surtout les vestiges de la dynastie mamelouk qui caractérisent la vieille ville, avec notamment les mosquées al-Mansouri, Tinal, al-Bortasi, Sidi Abelwahed al-Miknas et plusieurs madrasa (école coranique) dont la plus célèbre, al-Cortawiya. Tripoli peut se targuer d’abriter des souks vieux de 700 ans, considérés comme les plus importants du Liban, car ils ont conservé leur tissu urbain et sont habités jusqu’à aujourd’hui, alors que les centres des autres villes ont été détruits au cours de la guerre civile, ou encore envahis par le béton. On signale que la restauration de la vieille ville en vue d’y attirer les touristes passe par le quartier mamelouk et ottoman al-Tall et de sa mosquée datant de 1885.
 
Gestion du projet 
Le CDR, qui conduit la stratégie d’ensemble, a nommé à la tête du projet les responsables suivants : Maged Fattal, coordinateur du projet ; Nabil Itani s’occupe du chapitre urbain ; Jean Yasmine se consacre à l’archéologie ; Abbas Kesrouani, formalités administratives et appels d’offres ; Fayza Saad, socio-économiste. 
 
Les urbanistes officient
ARS Progetti, spécialisée dans l’aménagement des sites archéologiques, et ECC ont signé le projet d’étude concernant Baalbek ; Jacques Liger-Bélair, Byblos ; Saïd Bitar, Saïda ; Habib Debs et Jad Tabet, Tripoli ; Pierre el-Khoury, Tyr.
 
Objectifs 
Améliorer le recrutement dans les métiers de la culture, du tourisme et du patrimoine ; encourager les investissements privés dans ce secteur ; augmenter le nombre de bâtiments historiques restaurés et l’étendue d’espaces publics réhabilités à caractère historique et à usage municipal et touristique ; augmenter la valeur des propriétés dans et autour des espaces historiques et culturels.
 
Remédier aux problèmes à Tyr
A Tyr, l’étude du projet urbain élaboré par le bureau d’architecture de Pierre el-Khoury englobe la vieille ville et la rue Hamra, qui relie les deux sites archéologiques (l’hippodrome et la cité insulaire). Suivant le tracé mythique de la chaussée d’Alexandre, la rue Hamra sera donc aménagée en une promenade touristique qui mènera à la fontaine de Hiram et à l’école de Jaafaria, située place du Hammam. Les façades des boutiques et des maisons donnant sur cette place seront entièrement rénovées. De même, le remblai créé à la périphérie de la cité insulaire, vers la fin de la guerre, sera ceinturé d’un verger et réaménagé en parking. Toujours à la périphérie du site archéologique, mais cette fois longeant un mur ancien de 500 mètres, ponctué d’ouvertures sur les vestiges et la mer, le bureau d’architecture implante "un passage culturel" autour de quatre vieilles bâtisses dont une ancienne école anglicane et son église, et une belle demeure patricienne ayant appartenu à la famille al-Mamlouk. Aujourd’hui propriétés de la Direction générale des antiquités, ces bâtiments datant du début du XIXe siècle sont en état de délabrement avancé. Ils seront restaurés pour accueillir diverses activités culturelles mais aussi les bureaux de la DGA, et un "Centre de recherches archéologiques sous-marines". 

Le réaménagement du port de pêche dans sa forme ancienne et l’embellissement de la façade maritime sont également au programme. Le plan d’exécution comprend la restauration des bâtiments publics et privés bordant les quais et l’installation du mobilier urbain. Dans le périmètre, deux khans (khan al-Rabou et khan al-Achkar), datant du XVIIIe siècle, seront restaurés. La promenade littorale, accessible aux automobiles, comprendra une voie piétonne de trois mètres de large où seront construits des petits "balcons" ou plates-formes permettant une vue étendue sur la mer. La plage sera nettoyée jusqu’à 100 mètres de profondeur. L’intervention est dite "soft", c’est-à-dire "il n’y a pas d’actions violentes, c’est-à-dire pas de démolition ou d’expropriation de bâtiments, nous remédions simplement aux problèmes posés, en maintenant l’équilibre entre le passé et le présent", explique Pierre el-Khoury.    haut

 
Les Espagnols rentrent d'Irak la tête haute
Madrid se rapproche de l'Onu et de ses anciens alliés
 
paru dans Ouest-France le 20 avril 2004 
Le président du gouvernement espagnol, José-Luis Rodriguez Zapatero, a ordonné, dimanche, le retrait d'Irak des troupes espagnoles. Cette promesse électorale du nouveau chef de l'exécutif socialiste n'est pas sans provoquer des remous. En Irak, la brigade hispanique Plus Ultra ne comptera bientôt plus que 1.270 hommes (370 soldats du Honduras, autant du Salvador, 300 de la République dominicaine et 230 du Nicaragua), puisque les 1.400 Espagnols sont en train de faire leurs paquetages et d'amorcer le retrait exigé par le nouveau chef de l'exécutif espagnol, un retrait "dans les plus brefs délais et avec une