|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Entre la
classe politique et le
peuple, un dialogue de
sourds
Un dimanche électoral
pas comme les autres
et un nouveau paysage
à l’horizon
par SCARLETT
HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour
le 25 mai 2004
Qui
aurait pu croire
qu’une simple échéance
municipale pouvait
être porteuse
d’autant de leçons
? D’un dimanche
à l’autre,
c’est un nouveau
paysage libanais
qui se dessine et
qui montre à ceux
qui avaient encore
des doutes sur la
question que la
classe politique,
enfermée dans ses
tours d’ivoire
bien gardées par
ses armées
d’analystes, est
de plus en plus
coupée du
terrain, et donc
ignorante de ce
que pensent réellement
les gens. Au-delà
donc des spéculations
politiques dont
les auteurs décortiquaient,
avant même
l’ouverture des
urnes, les
desiderata de la
Syrie et annonçaient
une volonté de réduire
les leaderships
d’au moins deux
pôles du pouvoir,
ce sont donc les
citoyens et eux
seuls qui ont
choisi l’allure
qu’ils voulaient
imprimer à ce
scrutin : celle du
développement,
dans le respect
d’une certaine
tradition et des
équilibres
familiaux.
Les
résultats de
Jezzine sont ainsi
venus confirmer
ceux de Jbeil
(Byblos),
concernant les
courants
d’opposition.
Pourtant, Dieu
sait si, à
Jezzine, tous les
moyens ont été
utilisés par
l’opposition
pour gagner la
sympathie des électeurs.
Outre Béchir
Gemayel et ses
discours
enthousiasmants,
le général
Michel Aoun et son
image d’un Liban
fort, on a aussi
fait appel aux
souvenirs
douloureux : les
combats, les
martyrs et
l’emprisonnement
d’anciens
membres de l’ALS
par les autorités
libanaises. Une
sorte d’apologie
d’une guerre que
les habitants,
eux, préféraient
visiblement
oublier. Sans
parler des méthodes
utilisées, à la
limite des
pratiques
miliciennes, qui
oscillent entre la
volonté de créer
une atmosphère de
meeting
"comme au bon
vieux temps"
et celle de donner
aux électeurs
l’image d’une
force qui n’est
pas conforme à la
réalité. Bref,
il s’agissait de
peser sur leur
choix, avec des
images du passé,
mais un passé sur
lequel tout le
monde ne porte pas
le même regard.
D’autant qu’en
définitive, les
habitants de
Jezzine ont bien
vu qui les a
vraiment aidés
lorsque leurs fils
ont été arrêtés,
qui a tout fait
pour obtenir discrètement
la clémence des
autorités et qui
leur a assuré des
avocats sans
qu’il leur
faille payer des
factures. Comme
l’a déclaré
dimanche Rachad,
un jeune étudiant
de l’USJ :
"J’ai dans
ma chambre un
portrait du général
Aoun. Mais je ne
vais pas voter
pour lui. Car je
sais où se trouve
l’intérêt de
ma ville. Je sais
qui peut m’aider
et qui ne pourra
rien pour moi en
cas de coup
dur." Autant
de bon sens chez
un jeune, alors
qu’on cherche à
enfermer sa génération
dans un schéma
uniforme, devrait
donner à réfléchir.
La percée
nationale du
courant aouniste
Tout comme devrait
faire réfléchir
l’impression,
qui se précise de
plus en plus, que
les gens ne
veulent plus de
slogans
tonitruants qui ne
sont pas suivis
d’action concrète.
Ils ne veulent
apparemment plus
d’approches
s’adressant aux
instincts, mais un
projet, voire une
vision. Au moins
en ce qui concerne
l’action
municipale.
L’une des
grandes erreurs
des diverses
parties
politiques,
c’est peut-être,
d’ailleurs,
d’avoir voulu
faire de cette échéance
une sorte de test
politique. Et le
verdict est tombé
avec une netteté
étonnante.
Pourtant, malgré
l’échec relatif
enregistré dans
les régions chrétiennes,
qui devrait le
pousser à revoir
sa politique
mobilisatrice des
jeunes, le courant
aouniste a quand même
réussi la gageure
de se faire
admettre sur la scène
musulmane, se démarquant
encore plus des
autres courants de
l’opposition chrétienne
et donnant une
dimension concrète
à son orientation
nationale. Même
s’il n’a pas
enregistré des résultats
décisifs à Tyr,
par méconnaissance
aussi de l’état
d’esprit des chrétiens
de la région, il
a quand même
travaillé côte
à côte avec les
formations
musulmanes ou laïques,
dans une région
à majorité
musulmane. Et
c’est là un
grand pas dans le
sens d’une
nouvelle stratégie.
A Tyr
donc, le président
de la Chambre a
conservé son
leadership, grâce
à la fidélité
des habitants de
la ville à celui
qui reste leur
grande figure,
l’imam disparu
Moussa Sadr, mais
aussi grâce au
vote des chrétiens.
Le député membre
du bloc Hezbollah,
Abdallah Kassir, a
beau déclarer
devant les caméras
de télévision
qu’il y a eu
"achat de
voix dans le
quartier chrétien
de Tyr", ce
serait trop
simplifier la
situation que
d’expliquer le
vote massif des
chrétiens en
faveur d’Amal
par des
motivations
financières. Ces
gens-là, qui ont
vécu la peur et
l’exode et qui
ont cru ne jamais
revoir les biens
laissés par leurs
parents ou la
maison de leur
enfance, ont
choisi le courant
qui leur fait le
moins peur. Et ce
n’est pas avec
quelques déclarations
de dernière
minute, à la
veille du scrutin,
que le Hezbollah
aurait pu les
rassurer. Il
faudrait pour cela
un long processus
et une pratique de
tous les instants.
Si le Hezbollah a
certainement à
son actif son
comportement irréprochable
après la libération
en 2000, les chrétiens
du Sud ont besoin
d’être rassurés,
sur le long terme,
sur leur mode de
vie et leurs
pratiques. C’est
sans doute ce que
les responsables
de ce parti
n’ont pas
compris, soucieux
principalement de
gagner la scène
chiite. Dans ces
circonstances,
Amal, malgré une
certaine réputation
et des pratiques
souvent
miliciennes,
restait un choix
préférable.
Saïda fidèle à
son passé et à
son image
militante
Mais c’est à Saïda,
ville à la
tradition
militante, que la
plus grande leçon
a été donnée.
Si les partisans
du président du
Conseil ont mené
une guerre féroce
contre M. Abdel
Rahmane Bizri, lui
rappelant qu’il
avait fait ses
premiers pas
politiques dans le
giron du clan
Hariri, les
Sidoniens se sont
chargés de rétorquer
que les Bizri
existaient bien
avant que le président
du Conseil ne se
lance dans l’arène
politique. Et à
Hariri lui-même,
qui, pour des
raisons
politiques, a
choisi de se faire
inscrire sur les
registres de l’état
civil de Beyrouth,
Saïda a montré
qu’elle restait
fidèle à son
passé, à Maarouf
et Moustafa Saad,
à Nazih Bizri et
à son image
nationaliste,
puisqu’elle a été
la première
grande ville du
Liban à lancer
des opérations
contre les soldats
israéliens. Malgré
les dollars engagés
dans la bataille,
la capitale du Sud
a préféré
donner une leçon
au clan Hariri,
mais aussi à la
Jamaa islamiya qui
croyait pouvoir
s’y implanter et
modifier ainsi
l’image
nationaliste de la
cité. Et si, à
Beyrouth, la liste
de Hariri a
remporté la
victoire, c’est
sans doute parce
qu’elle
n’avait pas en
face d’elle une
rivale crédible.
Un peu dans le
sens de ce fameux
vers de Corneille
: "A vaincre
sans péril, on
triomphe sans
gloire." Il
faudrait y ajouter
que la victoire,
dans de telles
conditions, ne
peut pas vraiment
tromper les
analystes
politiques. Cela
aussi, c’est une
leçon à retenir.
Mais
les élections de
dimanche ont
surtout montré
que les Sudistes,
sans doute à
cause des
souffrances vécues
et de la longue
occupation
qu’ils ont subie
pendant plus de 25
ans, sont différents
des autres
Libanais, plus
pragmatiques et
moins sensibles
aux voix des sirènes.
Plus attachés
aussi au
militantisme et
aux causes
nationales. En
somme, comme ce
qui peut
influencer (de
moins en moins
d’ailleurs) les
chrétiens du
centre n’a pas
la même résonance
chez ceux du Sud.
Le même phénomène
est valable pour
les sunnites de
Beyrouth et ceux
de Saïda, pour
les chiites de la
Békaa et ceux du
Sud. C’est donc
un dimanche plein
d’enseignements
que le Liban a vécu
il y a deux jours.
Mais la plus
importante leçon
à tirer de ce
scrutin par étapes
est que,
volontairement ou
non, les Libanais
ont montré
qu’ils ne
voulaient plus
d’un leader
superpuissant, et
lorsque
quelqu’un
s’est senti plus
fort que le Liban,
ils se sont chargés
de le ramener à
une dimension
raisonnable.
C’est un peu
vrai pour toutes
les parties qui se
sont lancées dans
la grande aventure
municipale, de
Berry, qui, malgré
la victoire à
Tyr, ne peut
oublier les échecs
dans les autres régions,
à Hariri, dont la
victoire à
Beyrouth devient
encore plus
relative, mais
s’agissant aussi
du Hezbollah, qui
a certes amélioré
sa situation, mais
sans le raz-de-marée
attendu des
parties de
l’opposition.
Une leçon de
modestie, en
somme, et la
classe politique,
sourde aux cris du
peuple, en avait
grandement besoin.
haut
"Ecrivez
votre Histoire
!"
par ANDRE
FONTAINE, publié
dans le Monde du 18
juin 2004
"Vous
écrirez votre
Histoire. Nous
sommes ici pour vous
y aider." Ainsi
s'est exprimé,
selon "un
responsable américain"
cité par les
envoyés spéciaux
du Monde ,
George W. Bush
s'adressant, le 8
juin, à six
dirigeants de pays
musulmans -
Afghanistan, Algérie,
Irak, Jordanie,
Turquie et Yémen.
C'est un langage
passablement
nouveau, non
seulement dans sa
bouche mais dans
celle d'un hôte de
la Maison Blanche.
Le messianisme - qui
agace tant Henry
Kissinger -, la
conviction d'une
grande partie du
peuple américain
qu'il a choisi la
bonne voie et que
les autres ne
peuvent faire mieux
que de l'imiter, l'a
inspiré dès ses
origines, même si
son Histoire a été
entrecoupée de périodes
d'isolationnisme,
d'impérialisme
affiché et de pur
pragmatisme. "Il
est de notre pouvoir
de recommencer le
monde. Une situation
semblable ne s'est
pas présentée
depuis l'époque de
Noé" ,
avait écrit Thomas
Paine dans ce Common
Sense qui allait
devenir, en 1776, le
détonateur de la révolte
des treize colonies
américaines. Quand
George Washington,
à la fin de son
mandat, prêchait le
"non-entanglement"
, la
non-intervention
dans les affaires
des autres, il
voulait
essentiellement empêcher
ses compatriotes de
faire le jeu des
intrigues d'une
Europe pourrie. Mais
il n'hésitait pas
à écrire à La
Fayette que les
Etats-Unis seraient
un jour "les
législateurs de
toutes les
nationalités"
.
Au
mitan du XIXe
siècle, le président
Polk reprendra, pour
justifier la guerre
contre le Mexique et
l'annexion du tiers
de son territoire,
le mot d'ordre de "destin
manifeste"
lancé en 1845 par
le journaliste John
O'Sullivan. Ronald
Reagan - aux obsèques
duquel, soit dit en
passant, le président
Chirac aurait pu se
payer le luxe
d'assister - lui
fera écho quelque
cent quarante ans
plus tard en s'écriant
: "Je crois
que notre destin est
d'être le phare
d'espérance de
l'humanité tout
entière." Entre-temps,
Woodrow Wilson, qui
fit entrer les
Etats-Unis en
guerre, en 1917,
pour "rendre
le monde sûr pour
la démocratie"
, avait essayé de
mettre sur pied,
avec la Société
des nations, un
ordre international
clairement démarqué
des institutions américaines.
Les Etats membres
devaient être,
selon lui,
strictement égaux
entre eux, comme les
alors quarante-huit
Etats
"unis". Le
Congrès ne l'avait
pas suivi, et la SDN
n'avait guère de
chances de
fonctionner avec des
partenaires comme
Staline et Hitler,
sans le poids américain.
Mais le wilsonisme
allait refleurir après
Pearl Harbor,
Franklin Roosevelt
ayant vendu à ses
alliés de la
seconde guerre
mondiale son idée
d'une organisation
des Nations unies où
le véritable
pouvoir
appartiendrait à un
Conseil de sécurité
au sein duquel les
grands jouiraient
d'un droit de veto.
Dans
son esprit, il ne
faisait pas de doute
que les Etats-Unis
étaient, comme il
devait le dire à
son fils Elliott, "la
seule grande
puissance qui puisse
maintenir la paix
dans le monde" en
conciliant les vues
des Anglais, "qui
pensent empire"
, et des Russes, "qui
pensent
communisme"
. Empire et
communisme sont
morts, les
Etats-Unis sont plus
que jamais là, et
leur actuel président
a revendiqué plus
qu'aucun de ses prédécesseurs
non seulement le
leadership, mais la
direction du monde
libre face au défi
du terrorisme
islamiste. A ceux
qui seraient tentés
de se plaindre et de
dénoncer leurs prétentions
hégémoniques, les
Américains peuvent
répondre qu'ils ont
réussi à faire un
seul peuple, vivant
en bonne harmonie,
une fois traversé
l'Atlantique, des
millions
d'immigrants
britanniques,
irlandais,
allemands, italiens,
français,
hollandais,
scandinaves,
polonais, et bien
d'autres encore,
alors que leurs
cousins demeurés en
Europe continuaient
de s'entre-tuer
massivement. Que, à
la différence
notamment de Rome et
d'Albion, ils n'ont
jamais pratiqué le
diviser pour régner
et cherchent au
contraire à faire
s'entendre les gens
entre eux.
On
l'a vu avec le plan
Marshall, dont l'une
des dispositions les
plus importantes
faisait obligation
aux bénéficiaires
de s'accorder sur la
répartition de ses
crédits. Ou avec
l'encouragement donné
à l'Europe
naissante. Kennedy
avait proposé, avec
l'Equal
Partnership , le
partenariat égal à
cette même Europe,
élargie au
Royaume-Uni, dont
elle constituerait
le "second
pilier". Les
Etats-Unis pouvaient
se targuer du succès
de la démocratisation,
par vagues
successives jusqu'à
la chute du rideau
de fer, du continent
européen, du Japon,
d'une bonne partie
du Sud-Est asiatique
et de l'Amérique
latine. L'ampleur du
succès semblait
telle il y a quinze
ans que le numéro
deux du comité de
planification du département
d'Etat, Francis
Fukuyama, crut
pouvoir annoncer
tout simplement, du
fait de "la
totale exhaustion
des alternatives
systématiques
viables au libéralisme
occidental"
, la fin de
l'Histoire.
Malheureusement, la
vague démocratique
s'est arrêtée aux
portes du dar-el-islam
, des terres où,
depuis des siècles,
on vénère le Prophète.
Le temps est loin où
le principal
confident de Nasser
pouvait écrire que "l'image
que les Etats-Unis
offraient au monde
était fantastique.
L'Angleterre et la
France étaient des
empires déchus. La
Russie était à
7.500 kilomètres et
l'idéologie
communiste était
anathème au regard
de la religion
musulmane"
(Mohammed Heykal
dans Les
Documents du Caire
, Flammarion 1972).
L'intérêt
de l'Europe
L'époque est
aussi passée où
un Foster Dulles
voulait enrôler
les régimes
arabes dans un
pacte de Bagdad
destiné à compléter
l'Alliance
atlantique.
L'Arabie saoudite
elle-même branle
sérieusement dans
le manche
aujourd'hui. Les
Américains ont
d'autant moins de
raisons d'en
prendre leur parti
que la principale
menace à laquelle
ils ont à faire
face vient de
cette partie du
globe, que la sécurité
de leur allié
israélien est
chaque jour en
question et que l'état
du marché des
hydrocarbures les
interpelle en
permanence. Aussi
bien leur
intervention en
Irak ne
visait-elle pas
seulement l'élimination
d'un des plus
voyous des "Etats
voyous" et du
risque qu'il représentait
avec ses prétendues
armes de
destruction
massive : elle était
également destinée
à y établir un régime
démocratique
appelé à servir
de modèle à des
pays musulmans qui
n'y ont, jusqu'à
présent, guère
goûté. Une année
d'occupation leur
a apparemment
montré que c'était
moins facile
qu'ils ne se l'étaient
imaginé et que,
pas plus qu'au
temps du général
de Gaulle, les idées
simples n'étaient
de nature à résoudre
les problèmes de
l'Orient compliqué.
Un exemple : peu
de dirigeants
arabes sont à
première vue
mieux disposés
envers Washington
que le roi du
Maroc et les présidents
égyptien et
tunisien. Aucun
des trois n'a
voulu faire le
voyage de Savannah
pour aller
discuter avec les
grands de ce monde
du projet de
"partenariat
pour le Grand
Moyen-Orient"
que M. Bush avait
entrepris de
vendre au G8.
Que
le président américain
n'en soit plus
maintenant qu'à
proposer aux pays
musulmans, comme on
l'a noté au début
de cet article, de
les aider à écrire
leur histoire représente,
si cela devait se
confirmer, un sacré
virage, et peut-être
le commencement de
la sagesse. Il y a
heureusement
d'autres signes,
depuis le recours au
Conseil de sécurité,
avec l'approbation
de la France, de
l'Allemagne ou
l'appui de la Russie
et de la Chine, pour
instrumentaliser le
transfert de
souveraineté aux
Irakiens. Le rôle-clé
a été dévolu dans
l'affaire irakienne
à l'Algérien
Lakhdar Brahimi, les
responsabilités
essentielles au chef
d'une importante
tribu. Tout cela -
et l'étourdissant
silence des "néoconservateurs"
qui faisaient la
pluie et le beau
temps - accrédite
l'idée que nos amis
d'outre-Atlantique
ont perdu beaucoup
de leurs illusions
sur leurs chances de
vendre aux peuples
de la région une réplique
de leur propre
Constitution.
L'Europe, dans la
mesure où elle
existe encore, a évidemment
tout intérêt à
les encourager sur
cette voie.
Notamment en leur
montrant la folie
qu'il y a à croire
que l'on peut
contraindre le
peuple palestinien
à se soumettre
durablement à un
ordre imposé par la
seule force.
haut
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le Jour
le 19 mai 2004
Pour
les Palestiniens qui
ne cessent
d’encaisser coup
dur sur coup dur,
pour les Américains
enferrés en Irak et
qui souhaitent faire
bouger quelque peu
les choses au
Proche-Orient, pour
les Israéliens qui
ne savent trop
s’ils doivent ou
non renoncer à
Gaza, le courtois
Ahmed Qoreï peut-il
être l’homme de
la situation ? A
défaut d’être reçu
à Washington, le
chef du gouvernement
palestinien autonome
vient de rencontrer
tour à tour, à
Amman et à Berlin,
Colin Powell et
Condoleezza Rice,
qui incarnent comme
on sait deux
facettes différentes
de la schizophrénique
Administration US.
Au Forum économique
mondial de Jordanie,
le chef de la
diplomatie américaine
a fait assaut de
conciliation envers
les Arabes. Il a été
ainsi le premier
responsable US à présenter
des excuses -
des vraies,
directes, formelles
exprimées sans
chichis - aux
victimes des
tortures pratiquées
par des Américains
dans la tristement célèbre
prison d’Abou
Ghraib. Et il a
condamné sans détour
les démolitions
d’habitations
auxquelles se
livrent les Israéliens
à Rafah, sous prétexte
d’aménager un
fossé destiné à
empêcher toute
contrebande
d’armes entre l’Egypte
et la bande de Gaza.
Quant à elle, la
conseillère de la
Maison-Blanche en
matière de sécurité
n’aura pu s’empêcher
de s’extasier
devant l’énorme
sacrifice consenti
par cet apôtre de
la paix bien connu
qu’est Ariel
Sharon, quand il
presse les Israéliens
"de partager la
terre (!) avec les
Palestiniens",
quand il les prévient,
le vertueux homme,
qu’Israël ne
pourra absorber "tous"
les territoires
qu’il occupe.
Toujours est-il que
les Américains ont
obtenu de Qoreï
qu’il cautionne
publiquement le
retrait de Gaza
envisagé par Israël,
dans son espoir -
à chaque jour sa
peine - que ce
retrait pourra
relancer la négociation
sur tout le reste.
Un reste dont Israël
se promet de
conserver de larges
portions, ce qui est
dit en toutes
lettres dans ledit
plan Sharon. Le fait
est que l’Autorité
palestinienne n’a
d’autre choix que
de prendre son mal
en patience. Et de
se préparer à
gouverner, à
l’ombre d’une
autonomie étroitement
surveillée et menacée,
ce concentré
explosif de nature
ingrate, de
promiscuité miséreuse
et d’anarchie armée
qu’est la bande de
Gaza. S’y refuser,
ce serait en effet
se couvrir de
ridicule à
l’image du tandem
Damas-Beyrouth s’élevant
contre l’évacuation
du Liban-Sud de
l’an 2000, au
motif qu’elle
n’englobait pas
les hauteurs
syriennes occupées
du Golan. Ce serait
surtout faillir à
la règle d’or qui
a si bien réussi
aux colonisateurs
juifs de la
Palestine :
"Prends
toujours et réclame
davantage."
S’attaquer
cependant, dans les
conditions
actuelles, à la
gestion du
microcosme de Gaza a
tout l’air d’une
mission impossible.
D’Abou Ala’a
comme de son prédécesseur
Abou-Mazen, les
Etats-Unis et Israël
attendent rien moins
qu’une série de
miracles. Un de
ceux-ci consisterait
à chausser sans
problème les bottes
du chef historique
des Palestiniens
Yasser Arafat,
boycotté sans
appel. A la
faveur d’un autre
miracle, on verrait
Qoreï imposer sa
logique - et sa
loi - aux extrémistes
du Hamas dont le
bastion se trouve précisément
être Gaza ; et
parvenir à le
faire, miracle des
miracles, en évitant
une guerre civile
palestinienne. Mais
n’est-ce pas là
la finalité à
peine cachée du
Plan Sharon, lui-même
le fruit d’un
vieux processus
amorcé par les
travaillistes israéliens
et peaufiné par le
Likoud ? A
peine conclus en
1993, les accords
d’Oslo n’ont
cessé d’être
retardés, remaniés,
gelés et, en définitive,
reniés par Israël.
De l’Autorité
autonome on a
invariablement exigé,
tout au long de la décennie
écoulée, qu’elle
réduise par la
force les
jusqu’au-boutistes
; et dans le même
temps on lui a systématiquement
dénié ces acquis
qui lui eurent
permis de démontrer
le bien-fondé de
son audacieux pari
de paix.
La "vision démocratique"
de Bush n’a fait
que donner plus de
poids et de capacité
de nuisance à cette
pernicieuse logique.
Aux Palestiniens dépossédés,
refoulés, grignotés,
saucissonnés,
compartimentés dans
des ghettos, on veut
faire accroire que
tous leurs problèmes
seront réglés le
jour où ils se
doteront d’un
gouvernement
respectable et fréquentable.
Que Yasser Arafat
ait des tendances
autocratiques,
qu’il ait misé
sur plus d’un
tableau, qu’il ait
puisé dans les
maigres ressources
financières de l’Autorité
autonome est sans
doute vrai et
incontestablement
malheureux pour le
peuple palestinien ;
mais au nom de
quelle sorte de démocratie
peut-on prétendre
écarter celui que
ce même peuple, à
tort ou à raison et
jusqu’à nouvel
ordre, continue de
considérer comme
leur emblème vivant
? Et pour finir, par
qui Arafat se
fait-il traiter de
malhonnête et de
menteur ? Par un
Sharon disant sans
cesse la chose puis
son contraire, et
qui est lui-même
l’objet d’une
enquête pour
corruption. Par une
Administration américaine
qui a accumulé les
mensonges pour
justifier son
invasion de l’Irak
; qui a été éclaboussée,
notamment en la
personne du vice-président
Cheney, par plus
d’un scandale
financier et qui se
refuse à faire
assumer à Donald
Rumsfeld les conséquences
"démocratiques"
des barbares
errements de ses geôliers,
interrogateurs,
tortionnaires et
bourreaux. Cela
dit bonne chance
tout de même,
Monsieur Qoreï.
haut
par CHARLES
LAMBROSCHINI, publié
dans le Figaro le 19
avril 2004
Avant
d'évacuer Gaza,
Ariel Sharon était
bien décidé à
nettoyer cette
"base
terroriste".
Mais l'élimination
du nouveau patron du
Hamas, deux semaines
après celle de
Cheikh Yassine, le
chef historique de
l'organisation
islamiste, va bien
au-delà. Les Israéliens
ne font pas
seulement le ménage.
Malgré les
protestations d'une
communauté
internationale
unanime, ils font le
vide. Cette fois,
c'est Tsahal qui a
porté le premier
coup. Mais Sharon ne
se contente pas de
recycler la stratégie
de la défense préventive
que George W. Bush
avait imaginée pour
justifier son assaut
contre Saddam
Hussein et ses
menaces contre les
Etats voyous de
"l'axe du
Mal". Le
premier ministre
israélien a
froidement décidé
qu'il ne répéterait
pas l'erreur de son
prédécesseur Ehud
Barak lorsque
celui-ci se retira
du Sud-Liban en juin
2000. Il y avait
dix-huit ans que
l'armée israélienne
occupait cette zone.
Elle y avait perdu
2.000 soldats,
proportionnellement
à la population, l'équivalent
pour la France de
20.000 morts. Or
voilà que, du jour
au lendemain, elle
abandonnait le
terrain à la résistance
chiite. Le Hezbollah
s'empressa de crier
victoire. Avec pour
conséquence,
affirme aujourd'hui
Sharon, que Yasser
Arafat, en pleine négociation
avec Ehud Barak,
crut qu'une deuxième
intifada lui
permettrait
d'arracher de
meilleures
conditions. Quatre
ans plus tard, le
premier ministre
israélien multiplie
les assassinats ciblés
pour faire passer le
message inverse :
les Palestiniens
n'ont pas d'autre
choix que de
s'incliner.
Malheureusement,
loin de renoncer, le
Hamas risque de
s'enfoncer encore un
peu plus dans la
clandestinité. Et
la branche
"militaire"
du mouvement qui, déjà
avant la disparition
de Cheikh Yassine,
préconisait la
guerre totale contre
l' "entité
sioniste" a
toutes les chances
de l'emporter sur
les
"civils".
Ces derniers prônaient,
au contraire une trêve
avec Israël et un
partage du pouvoir
avec Yasser Arafat
pour enfin
construire un Etat
palestinien. Sharon
a pour priorité de
réaliser une opération
de politique intérieure.
Il veut réduire au
silence les
critiques qui, sur
sa droite, lui
reprochent de brader
une des conquêtes
de 1967. Mais,
revers indéniable,
il se prive
d'acculer ses
adversaires
palestiniens à
leurs responsabilités
: c'est-à-dire la
gestion du premier
territoire débarrassé
de l'occupant.
Soudain, les lacunes
de l'éducation, les
ratés du réseau électrique,
la persistance du chômage
n'auraient plus eu
pour seul alibi la
présence de l'armée
israélienne.
Surtout, rien ne
prouve que Sharon réussira
à terroriser les
terroristes. De
l'aveu même des
services de
renseignements israéliens,
le Hamas n'est pas
une pyramide dont il
suffirait de couper
la tête pour la
liquider. Son
organisation en
cellules rappelle
plutôt la grappe de
raisin, chaque grain
vivant en autonomie.
Dans la logique de
la vendetta israélo-palestinienne,
le pire est donc
certain.
haut
Carton
rouge pour le
civisme en Europe
par DIDIER
PILLET, publié dans
Ouest-France le 14
juin 2004
Huit
jours après avoir fêté
de manière si
profonde et si émouvante
ceux qui, il y a
soixante ans, libéraient
le Vieux Continent
de la barbarie
nazie, les citoyens
européens étaient
invités à honorer
la démocratie. Un
trait d'union de
paix à dessiner au
sein d'une Histoire
ne coulant pas de
source mais qui a pu
se former grâce à
la sagesse d'une
poignée de
dirigeants éclairés
et à la confiance
trouvée au sein de
leurs peuples. 732 députés
à élire dans
vingt-cinq pays par
348 millions d'électeurs.
Du jamais vu. Le
plus grand parlement
démocratique du
monde avec l'Inde.
Un jour à écrire
en lettres d'or pour
l'histoire de
l'humanité.
Mais il
n'y a pas et il
n'y aura pas de fête
Les électeurs ont
royalement boudé
la consultation.
L'abstention
atteint dans les
pays fondateurs de
l'Union européenne
des taux record.
Surtout, elle
culmine à des
sommets
incroyables chez
les nouveaux
venus. Effacées
les images de joie
au travers
desquelles, il y a
seulement un mois
et demi, ces
peuples de
l'ex-empire soviétique
retrouvaient leurs
frères dont le
rideau de fer les
avait séparés
durant un demi-siècle.
Ces jeunes démocraties
ont carrément
tourné le dos à
la consultation,
à l'image de la
Slovénie dont
moins de 10 % des
électeurs ont
pris part au vote.
Et comme si la
gifle n'était pas
assez cinglante,
dans ces pays-là,
ceux qui se sont déplacés
ont le plus
souvent choisi des
candidats hostiles
à l'Europe. Cette
réalité brutale
interpelle toutes
les nations qui
ont voulu la
grande Europe, au
premier rang
desquelles
l'Allemagne et la
France, ne
pourront pas la
traiter par
l'ignorance ou le
mépris. Car ces
peuples ne se sont
pas mis tout d'un
coup à détester
ce qu'ils
adoraient hier
encore. Pour
comprendre leur
attitude, il faut
sans doute prendre
conscience des énormes
efforts qu'ils ont
dû accomplir pour
nous rejoindre ;
en tenir mieux
compte dans le
partage des
responsabilités
comme dans les
allocations budgétaires
; et prendre la
mesure d'une
abstention qui
vise peut-être
moins le projet
européen lui-même
que la manière
dont leurs
dirigeants
nationaux
conduisent les
affaires, à l'intérieur
de leurs pays et
vers l'Europe. La
fraternité a un
prix.
L'abstention-sanction,
le vote-sanction
existent à l'autre
bout du continent
comme ils se sont
manifestés dans les
urnes allemandes,
anglaises, belges et
françaises. Qu'il
s'agisse de la
gauche allemande ou
de la droite française,
les partis au
pouvoir ont passé
un sale dimanche.
Gerhard Schröder
fait avec le SPD un
plus bas historique.
Et la politique du
tandem Jacques
Chirac-Jean-Pierre
Raffarin se voit une
seconde fois, après
l'avertissement des
régionales, sévèrement
ébranlée. Pire, le
rêve présidentiel
de parti unique de
la droite s'envole
avec l'émergence
d'une UDF en
concurrence avec l'UMP.
Et voilà le Parti
socialiste de François
Hollande clairement
installé désormais
dans le rôle de
force d'alternance.
Certes, ni le
Premier ministre, ni
le Président ne
sont directement
menacés. On votait
pour l'Europe, pas
pour changer les
institutions françaises.
Mais l'un et l'autre
sont si fragilisés
par les résultats
de ces élections
européennes que la
question d'un
nouveau gouvernement
est encore posée.
Et qu'elle ne pourra
pas être traitée
par l'indifférence
polie comme ce fut
le cas à réception
du message envoyé
dans les urnes des régionales.
Changer à Paris,
changer aussi à
Bruxelles. Les
lourds dossiers de
l'emploi et du
social sont à l'évidence
pour beaucoup dans
le manque
d'enthousiasme qui
frappe aujourd'hui
les Européens, à
l'est comme à
l'ouest du
continent. On a sûrement
trop parlé de
Constitution depuis
des mois et pas
assez de la
meilleure manière
de faire entendre la
musique européenne
dans le concert de
la mondialisation.
Un vrai sujet de débat
pour les chefs d'Etat
et de gouvernement
de l'Union qui se
retrouvent cette
semaine pour un
nouveau sommet.
haut
Et
pourquoi pas une
Union Euro-Méditerranée
?
Alors que la
candidature d'Ankara
soulève de plus en
plus de questions
par CHRISTIAN
SAINT-ETIENNE, publié
dans le Figaro le 24
avril 2004
L'auteur
est professeur
aux universités de
Tours et de Paris
Dauphine ; président
de l'Institut France
Stratégie ; auteur
de "La
Puissance ou la Mort
: l'Europe face à
l'empire américain"
(Seuil)
La question de
l'entrée de la
Turquie dans
l'Union européenne
et celle de la
Constitution européenne
sont intimement liées.
L'échec du
Conseil européen
de décembre 2003,
à Bruxelles, qui
tentait de trouver
un accord sur le
projet de
Constitution,
n'est dû qu'en
apparence à des
divergences sur le
nombre de
commissaires européens
ou le poids de
chaque pays dans
le calcul de la
majorité qualifiée.
En réalité deux
visions de
l'Europe future
s'affrontent :
– Quelques pays,
dont la France,
l'Allemagne et la
Belgique,
souhaitent que
l'Europe se dote
d'une capacité
d'action stratégique
indépendante des
Etats-Unis, même
s'il ne s'agit en
aucune façon de
s'opposer aux
Etats-Unis,
– Une majorité
de pays, dont le
Royaume-Uni et la
Pologne, veut
privilégier le développement
d'une zone de
libre-échange
complétée par un
mécanisme d'aides
généreuses
permettant de
transférer des
ressources au bénéfice
des régions
pauvres. Cette
zone de libre-échange
doit s'inscrire
dans l'Otan sous
commandement
politique américain.
Et
c'est parce que ces
deux visions de
l'avenir de l'Europe
sont totalement irréconciliables
qu'il ne faut pas
compter sur un
accord rapide
concernant le projet
de Constitution
européenne. Ou
l'accord se fera a
minima. La seule
solution raisonnable
pour surmonter ces
divergences est de
donner deux réponses
institutionnelles à
ces deux besoins, en
construisant soit
une Europe unie, réduite
aux pays qui
partagent la vision
d'une Europe capable
de mener une
politique stratégique
autonome, soit une
Europe ouverte ayant
vocation à intégrer
dans le cadre du
marché unique tous
les pays du
continent européen.
Or la question
turque doit
permettre d'accélérer
cette nécessaire
clarification
politique. Les
Quinze ont décidé,
au sommet de
Copenhague de décembre
2002, d'attendre décembre
2004 pour se
prononcer sur le
respect par la
Turquie des critères
politiques de
Copenhague édictés
en 1993. Et, si ces
conditions étaient
remplies, d'ouvrir "sans
délai" des
négociations pour
l'adhésion de ce
pays à l'Union.
L'aide financière,
dite de préadhésion,
accordée à la
Turquie a été
fortement augmentée
par le Conseil européen
de Copenhague.
Au
cours des élections
générales turques
du 3 novembre 2002,
l'AKP (Parti de la
justice et du développement,
parti islamiste) a
remporté la majorité
absolue des sièges
au Parlement. Ce
parti gouverne un
pays de 66 millions
d'habitants, membre
de l'Otan, allié
des Etats-Unis et
candidat à l'Union
européenne. L'AKP
s'est engagé à préserver
la laïcité de l'Etat
et à accélérer
"l'entrée"
de la Turquie en
Europe. Cette option
est d'autant plus
surprenante que ce
parti islamiste était
contre l'entrée
dans l'Europe jusqu'à
une date récente.
Les racines de ce
ralliement remontent
au mois de juin
1997, date à
laquelle Necmettin
Erbakan, alors
premier ministre et
leader du Parti
islamiste de la
prospérité, a été
forcé de démissionner
sous la pression des
militaires, inquiets
de la poussée
religieuse, qui
s'estiment garants
de la laïcité de
la République fondée
en 1923 par Mustafa
Kemal Atatürk. Le
parti islamiste turc
a fait un choix
stratégique :
l'Union européenne
devient une
"garantie
juridique"
capable d'empêcher
les militaires, une
fois la Turquie intégrée,
d'anéantir les
ambitions politiques
des islamistes.
Washington
a toujours joué un
rôle décisif dans
le dossier. C'est en
cédant à
l'insistance des
Etats-Unis que le
Conseil européen
d'Helsinki, en décembre
1999, avait accordé
à la Turquie le
statut de pays
candidat. Les Américains
attendent quatre
avantages de l'entrée
de la Turquie dans
l'UE : 1°) Faire
payer aux Européens
le prix du
partenariat stratégique
américano-turc, ce
qui fera une économie
sensible pour le
budget américain. 2°)
Rallier la Turquie
à l'Occident et
introduire un coin
entre elle et ses
voisins asiatiques.
3°) Permettre l'accès
américain aux puits
de pétrole des républiques
turcophones de
l'ancienne Union
soviétique. 4°)
Compromettre les
chances de
transformer un jour
l'UE en Etats-Unis
d'Europe, ce qui élimine
par avance un
concurrent stratégique
éventuellement
dangereux à terme.
L'entrée
de la Turquie dans
l'Union est compliquée
par le statut de
Chypre. La Turquie
refusait l'entrée
de Chypre dans
l'Union avant un règlement
du problème
institutionnel de
coexistence des deux
communautés. De
fait, les Quinze ont
admis au sommet de
Copenhague la partie
grecque de l'île
dans l'Union, en
laissant la porte
ouverte à la partie
turque. Des négociations
ont été menées,
sous l'égide des
Nations unies, pour
mettre fin à la
division de l'île.
Mais l'intégration
de la Turquie dans
l'UE pose d'autres
problèmes
potentiels. La
Turquie est un
acteur majeur dans
le dossier kurde qui
concerne l'éventuelle
création d'une
"entité"
regroupant les
minorités kurdes de
Turquie, d'Irak et
d'Iran. Ces trois
derniers pays sont
opposés à
l'apparition d'un
Kurdistan indépendant.
L'entrée de la
Turquie dans l'Union
va relancer les
demandes d'indépendance
kurde. En intégrant
la Turquie, l'Union
aura non seulement
des frontières
communes avec la Géorgie,
l'Arménie, l'Iran,
l'Irak et la Syrie,
mais elle importera
le dossier kurde
dans les affaires
intérieures européennes.
Qui a mesuré les
conséquences d'une
telle situation ?
Autant
il est souhaitable
que la Turquie et,
avec elle, les pays
du Bassin méditerranéen
approfondissent
leurs relations avec
l'Union européenne,
autant les admettre
dans l'Union est
contradictoire avec
l'intitulé même de
l'Union puisqu'il ne
s'agit pas de pays
européens. Et,
s'ils l'étaient,
pourquoi faudrait-il
les inclure dans
l'Union, alors que
personne ne songe à
réclamer que tous
les pays des trois
Amériques adhèrent
aux Etats-Unis ? Il
faut donc, pour
sortir du piège,
que la Constitution
européenne inclue
des limites géographiques
accompagnant son
projet
institutionnel,
limites qui devront
être entérinées
par les peuples
européens, et que
le Conseil européen
propose le lancement
d'une nouvelle Union
Euro-Méditerranée
ayant vocation à
rassembler tous les
pays démocratiques
du Continent européen
et du Bassin méditerranéen
répondant aux critères
politiques fixés à
Copenhague en 1993.
Si cette solution
semble trop
difficile dans le
contexte politique
actuel, il faut
alors que l'UE à 25
devienne
naturellement une
Union Euro-Méditerranée
en recentrant la
Constitution européenne
sur un minimum de règles
permettant de
construire une
grande zone de
libre-échange fondée
sur un socle de
normes sociales et
fiscales minimales.
A l'intérieur de
cette Union européenne
déjà programmée
pour 33 membres, se
constituerait une
Europe unie selon le
format présenté
ci-dessus. Sans
clarification sur
les objectifs et les
frontières, le
projet de
Constitution ne peut
que préparer une
catastrophe géopolitique
qui pourrait
rediviser l'Europe
avec une violence
telle que le mur de
Berlin pourrait
apparaître rétrospectivement
comme un petit mur
d'agrément.
haut
Beyrouth,
capitale pour un
temps de la
psychanalyse et de
la psychosomatique
En
trois semaines, la
ville a accueilli
plusieurs colloques
et congrès
par
MOUNIR CHAMOUN, publié
dans l'Orient-le Jour
le 16 juin 2004
Beyrouth
a été récemment
le centre d’une série
d’activités et de
manifestations
psychanalytiques qui
ont largement dépassé
le simple cadre
libanais. En
l’espace de trois
semaines ont eu
lieu,
successivement, un
colloque de
psychosomatique,
organisé par le
Centre international
de psychosomatique
de Paris (CIPS) –
que dirige le
professeur émérite
à Paris VII Mahmoud
Sami Ali
(d’origine égyptienne)
–, puis la quatrième
journée d’études
du Cercle d’études
psychanalytiques
(CEP)et enfin le
premier Congrès des
psychanalystes de
langue arabe. La
tenue de ce congrès
à Beyrouth a
constitué un événement
majeur et a revêtu
une importance
particulière du
fait des grandes
mutations politiques
et sociales que
traverse
actuellement la région.
Les familiers de la
psychanalyse et de
la psychosomatique
savent que Sami Ali
et tous ceux qui ont
rejoint son camp,
après avoir rompu
avec l’Institut de
psychosomatique de
la Société
psychanalytique de
Paris (pour des
raisons
doctrinales), développent
aujourd’hui une
nouvelle
perspective, fondée
sur la clinique de
l’impasse. Ils
mettent en doute le
concept de pensée
opératoire qui
accompagnerait les
troubles
psychosomatiques et
estiment qu’il
n’y a pas lieu de
parler de pauvreté
ou d’absence de
mentalisation dans
ces situations.
Aussi fondent-ils
leur vertex thérapeutique
sur le quadrilatère
espace-temps-rêve-affect
et conçoivent une
approche thérapeutique
différente de la
psychanalyse
classique, qu’elle
soit freudienne ou
lacanienne. Ce sont
principalement ces
idées qui ont été
transmises à un
public nombreux et
assidu qui semblait
bien suivre le
courant. Beaucoup
d’écoutes,
quelques échanges,
de rares
contestations :
l’ensemble fut
riche et stimulant.
Cette manifestation
était conjointement
organisée par le
CIPS et l’Institut
de psychomotricité
de la faculté de médecine
de l’Université
Saint-Joseph, et
soutenue par le
Conseil de la
recherche de l’USJ.
"Mal-être
et guérison" :
tel fut, en outre,
le thème de la
quatrième journée
d’études
psychanalytiques du
CEP, organisée par
le Cercle, l’Université
pour tous et le département
de psychologie de la
faculté des lettres
et des sciences
humaines de l’Université
Saint-Joseph,
soutenue par le
Conseil de la
recherche de l’USJ.
Comme chaque année,
le CEP fait appel,
pour traiter le thème
choisi, à la
perspective médicale
et à l’approche
philosophique ainsi
qu’à l’apport
de la psychanalyse
dans ses registres
théoriques et
cliniques. Une salle
pleine a pu ainsi bénéficier
des interventions
aussi pertinentes
que brillantes de
Antoine Courban
(Liban), Nathalie
Zatzman (France),
Luc Richir
(Belgique), Nicole
Tambourgi-Hatem
(Liban), Bénédicte
Chamoun
(franco-libanaise),
Klio Bournova
(France),
Jean-Pierre Chartier
(France) et Myrna
Gannagé (Liban).
Une réflexion
profonde sur la
notion de guérison
fut ainsi éclairée
par les tenants des
diverses disciplines
invoquées, articulée
à la notion de mal-être
tel qu’il est vécu
aujourd’hui par le
sujet humain en général,
celui qui veut
autant se délivrer
de son symptôme que
celui qui y tient
par dépendance, le
mal-être étant au
fond de chacun comme
une trace indélébile
de sa finitude. Les
psychanalystes des
différentes tables
rondes ont illustré
leur propos par des
vignettes cliniques
précises, plus
particulièrement
quand il s’est agi
d’anorexie, de
psychopathie et de
traumatismes de
guerre chez les
enfants. Rendez-vous
fut pris avec le
public pour l’année
prochaine, le samedi
14 mai 2005, pour
traiter le thème de
la "Psychanalyse
de l’état
amoureux".
Les psychanalystes
de langue arabe
La troisième
manifestation, la
plus importante par
son caractère
inaugural et
historique, fut sans
doute le déroulement
à Beyrouth, au
palais de l’Unesco,
du 20 au 23 mai
2004, du premier
Congrès des
psychanalystes de
langue arabe. D’éminents
spécialistes arabes
de divers pays et
des philosophes et
psychanalystes français
ont réfléchi
pendant trois jours
sur le thème de la
psyché (an-Nafs)
dans la culture
arabe et son rapport
à la psychanalyse.
Il s’agissait
d’interroger
l’intime de la
culture arabe et
d’en jauger
l’ouverture
possible aux apports
de la psychanalyse
d’aujourd’hui.
Jean-Michel Hirt,
psychanalyste et
professeur de
psychopathologie à
l’Université
Paris VIII et l’un
des plus brillants
intervenants du
congrès, en fait
ainsi le bilan :
"Au Liban, dans
ce pays où tant de
noms de lieux témoignent
de l’aventure de
la “religion
monothéiste”,
mais aussi devenu
une des lignes de
front des
affrontements matériels
et spirituels qui déchirent
les jours du siècle
naissant, vient de
se tenir un congrès
historique pour le
monde arabe et la
psychanalyse.
Organisé notamment
par les
psychanalystes
libanais Mounir
Chamoun et Adnan
Houbballah, avec le
concours de l’Université
Saint-Joseph et du
Centre arabe de
recherches
psychanalytiques et
psychopathologiques,
ce congrès avait
pour thème La psyché
(an-Nafs) dans la
culture arabe et son
rapport à la
psychanalyse."
Une
entière liberté
d’expression, des
échanges souvent
vifs ont présidé
à ces entretiens
sur les abîmes
d’une âme qui relève
du Logos, mais qui
est en butte aux
injonctions des sociétés
théocratiques et
aux contradictions
entre savoir et vérité.
Bientôt des actes
de ce congrès
seront publiés et
il ne saurait être
question ici de
revenir sur chacune
des interventions
des nombreux conférenciers,
venus des quatre
coins du monde,
parmi lesquels l’Egyptien
Hussein Abdel Kader,
les Marocains Khaled
el-Alej, Mohammed
Fouad Benchoukroun
et Farid Merini, les
Canadiennes Mari
Hazan et Marie
Jawish, les Français
Hourya Abdelouahed,
Nazir Hamad,
Jean-Michel Hirt,
Charles Melman,
Moustafa Safoua et
François Wahl, mais
de traduire quelques
impressions
d’ensemble.
D’abord une grande
variété
d’interrogations
autour de la
clinique du sujet
arabe, de cet homme
défini par une
culture où la
religion prédomine,
"l’homme
rituel" souvent
en proie à un
"autre
totalitaire"
intériorisé jusque
dans l’exil.
L’empire sur son
âme de la langue,
cette langue arabe
indissolublement référée
à la langue
coranique, a été
longuement questionné,
que ce soit à la
faveur des rêves
visionnaires, des
textes mystiques
d’Avicenne ou d’Ibn
‘Arabî, des
contes des Mille et
une Nuits ou bien
des expressions
fatalistes qui font
intervenir Dieu en
toutes occasions.
Comment analyser une
subjectivité qui
est censée
s’immoler dans
l’obéissance à
"l’héritage
traditionaliste",
comment penser là-bas
la division du
sujet, nécessaire
à l’exercice de
la psychanalyse ?
"Celui qui ne
choisit pas son
avenir ne trouve pas
son passé",
concluait Moustafa
Safouan.
Mais
il revenait au plus
grand poète arabe
contemporain,
Adonis, dans une
intervention où
l’audace du propos
le disputait à la
beauté de la
langue, de désigner
l’enjeu d’une
telle rencontre
entre passé et
avenir : l’âme,
en s’appuyant sur
les ressources du
patrimoine mystique
arabo-musulman, a
les moyens de dégager
le souffle de ses
figures du monothéisme
fossilisé et de ses
conséquences
profanes mortifères.
Gageons qu’il
s’agit d’une
voie indispensable
pour la pensée
universelle, mais
qui ne peut
s’inventer que
dans le monde arabe
et la déréliction
qu’il connaît,
avec la contribution
des psychanalystes.
Mais peut-être pas
sans l’alliance
des poètes et la
voix des mystiques. A
partir de la
confiance angoissée
d’Hölderlin qui désormais
vaut pour tous : «
Mais où est le péril,
là / Croît aussi
ce qui sauve" :
il devient possible
aujourd’hui
d’entendre le
soupir apaisé d’Ibn’Arabî
: "Ô toi
qui cherches le
chemin qui conduit
au secret / Reviens
sur tes pas car
c’est en toi que
se trouve le secret
tout entier."
La table ronde
finale sur
psychanalyse et démocratie
a constitué une
sorte de synthèse
de ce qui avait été
analysé les jours
précédents, en
liant d’une manière
forte l’exercice
de la psychanalyse
à la liberté et en
faisant de la
psychanalyse l’une
des voies centrales
de la libération du
sujet pour prendre
en main
l’orientation de
son destin et
l’implantation de
son existence engagée.
Comment
comprendre cette
intense activité
psychanalytique à
Beyrouth sinon par
une grande
sensibilité du
public de notre pays
à la chose
analytique, grâce
à l’extension du
discours de notre
discipline dans
notre pays, autant
dans les milieux
cultivés que, de
plus en plus, dans
le milieu
tout-venant ? Il en
est ainsi à cause
du résultat des
institutions qui le
diffusent : la Société
libanaise de
psychanalyse, le
Cercle d’études
psychanalytiques, le
Centre arabe de
recherches
psychanalytiques et
psychopathologiques
et la Société de
psychothérapie
analytique de
l’enfant et de
l’adolescent, dont
la naissance fut
annoncée il y a
quelques jours et à
laquelle nous
souhaitons plein
succès dans ses
entreprises. Cette
richesse est également
la preuve que la
psychanalyse n’est
le monopole de
personne et
qu’elle ne peut
prospérer que dans
la liberté et la
diversité.
haut
Pour
une meilleure définition
des relations entre
les Eglises
orientales
catholiques et Rome
Le père Hervé
Legrand est au Liban
à la demande du
Synode patriarcal
maronite
par FADY NOUN,
publié dans
l'Orient-le Jour le
22 avril 2004
Le
Père Hervé Legrand,
théologien français
de notoriété
mondiale, était
mardi l’hôte du
Centre catholique
d’information
(CCI), où il a brièvement
présenté les thèmes
des trois conférences
qu’il prononce à
la demande du secrétariat
du Synode patriarcal
maronite. Le père
Legrand parlera de
la vocation des
Eglises orientales
unies dans leur
communion avec l’Eglise
de Rome.
L’importance du thème
vient du fait
qu’au cours de la
première session du
Synode patriarcal
maronite, et dans le
cadre de l’effort
déployé par l’Eglise
maronite pour se
comprendre,
l’accent avait été
mis sur son caractère
patriarcal
apostolique, en
communion avec Rome. Toutefois,
les documents examinés
n’étaient pas
parvenus à définir
de façon
satisfaisante la
nature de la
communion entre les
Eglises romaine et
maronite, et les
manières concrètes
de l’exercer.
Beaucoup de membres
du synode avaient
demandé, au nom de
cette communion, et
sur base de certains
des documents du
concile Vatican II
(La Révélation
divine, Les Eglises
orientales
catholiques),
l’extension de
l’autorité du
patriarcat aux
maronites installés
dans le monde de
l’émigration, et
la restauration de
la pleine autorité
du synode maronite
dans l’élection
des évêques et
leur installation,
dans le cadre du
territoire
patriarcal comme
en-dehors de ce
cadre, ainsi que la
question de
l’envoi en mission
de prêtres mariés,
etc.
La double identité
La question se
posait avec
d’autant plus
d’acuité que le
synode
s’accompagnait
d’une nouvelle
prise de conscience
de l’importance
numérique des
communautés
maronites installées
dans les pays d’émigration,
et des liens qui
devraient unir ces
communautés au
patriarcat. Beaucoup
prenaient alors
conscience que,
comme préalable à
un dialogue
constructif entre
les Eglises
orientales
catholiques, dont
l’Église maronite
fait partie, et l’Eglise
romaine, et afin de
déterminer ce qui
pouvait se concrétiser
dans ce domaine, une
théologie ecclésiale
rigoureuse et une
connaissance spéciale
du droit canon
occidental étaient
requis. Compte tenu
de l’importance de
la question pour le
cours du Synode
patriarcal maronite,
le secrétariat décidait
alors d’inviter le
prêtre dominicain
Hervé Legrand, théologien
bien connu pour ses
travaux sur l’ecclésiologie
et l’œcuménisme,
conseiller et expert
dans de nombreuses réunions
synodales dans le
monde. Les conférences
du père Legrand
porteront sur la
double identité des
Eglises orientales
catholiques et la
manière de
concilier la notion
orientale d’Eglise
patriarcale locale
avec la notion d’Eglise
universelle telle
que développée
dans la théologie
catholique romaine,
et la place qui
revient aux Eglises
locales dans cette
théologie.
Une belle vocation
devant soi
Exposant brièvement
les grandes lignes
de ses conférences,
le père Legrand a
insisté d’abord
sur l’importance
de la déclaration
de Balamand (1993),
qui tourne une fois
pour toutes, dans
l’histoire de l’Eglise,
les pages de
l’unionisme. Dans
les rapports entre
l’Eglise romaine
et les Eglises
orientales,
l’avenir sera désormais
non plus au prosélytisme,
mais à l’œcuménisme.
Aucune Eglise ne
travaillera plus à
des unions
partielles et la
recherche de
l’unité
consistera, pour les
Eglises orientales
catholiques, à bien
occuper leur place
dans l’Eglise
catholique. "Bien
occuper leur place,
devait souligner le
père Legrand,
c’est prendre un
peu plus confiance
en elles-mêmes."
Cette nouvelle
maturité demandée
aux Eglises
orientales sera également
précieuse à l’Eglise
romaine, insiste le
théologien, qui en
espère une préparation
de l’Eglise
romaine
"massivement
latine, à penser et
à vivre une unité
vraiment diversifiée". Et
d’ajouter que
cette "unité
dans la diversité"
dont on souhaite la
réalisation n’est
nulle part mieux
incarnée que dans
les Eglises
orientales. "C’est
une réalité
qu’on ne trouve
nulle part ailleurs,
souligne-t-il. A
condition de passer
de l’unionisme à
l’œcuménisme,
les Eglises
orientales unies ont
un bel avenir et une
belle vocation
devant elles."
Unis, mais non
absorbés
En termes simples,
le père Legrand
essaie ensuite
d’expliquer le mot
synode, "un mot
difficile",
dont il met en évidence
l’importance dans
la vie de l’Eglise
apostolique. Le mot,
qui veut dire
"faire route
ensemble",
souligne
l’importance de la
prise de décision
collective dans l’Eglise.
"Aujourd’hui,
dit le père Legrand,
un synode comme le
Synode patriarcal
maronite se réunit
sous la présidence
d’un seul (le
patriarche) avec
tous les évêques,
des représentants
de tous les moines,
prêtres, laïcs du
monde entier, pour délibérer
ensemble, préparer
les décisions et
les orientations nécessitées
par la situation
historique nouvelle,
pour que l’Eglise
maronite, guidée
par l’Esprit,
puisse cheminer
fructueusement au
XXIe siècle,
partout où elle se
trouve désormais."
Enfin, au sujet de
l’extension de la
juridiction des
patriarches
orientaux
catholiques au-delà
de leur territoire,
le père Legrand
souligne que
"chrétiennement,
il n’y a aucune
raison qu’à leur
déracinement dû à
l’exil s’ajoute
pour les orientaux
catholiques un déracinement
par rapport à leur
Eglise mère. Au
contraire, les
richesses de leurs
traditions sont à
préserver pour
eux-mêmes, et aussi
comme un don précieux
à toute l’Eglise.
S’ils étaient
assimilés par l’Eglise
latine, ces
richesses seraient
perdues au détriment
de tous. Le mot-clé,
dans ce domaine,
est: unis, mais non
absorbés. L’inculturation
dont on parle tant,
en Occident, ce sont
les Eglises
orientales. L’Eglise
ne se résume pas au
pape et aux évêques.
Etre Eglise, c’est
être Eglise dans
une culture."
"A partir de là,
conclut le père
Legrand, quelques
questions se posent
à cause de la
diversité des
disciplines -
un exemple, les prêtres
mariés -,
auxquelles il faut
trouver des
solutions. Il faut
aussi dépasser la
tradition de
n’avoir qu’un
seul évêque dans
une même ville,
comme cela se fait
couramment au
Proche-Orient."
haut
Israël-Vatican,
des relations
tendues
par
YVES PITETTE, publié
dans la Croix le 8
juin 2004
Il
y aura dix ans le 15
juin, le Saint-Siège
et Israël signaient
la convention
permettant l’échange
d’ambassadeurs. Un
pas considérable
dans le
rapprochement entre
juifs et
catholiques, brouillé
aujourd’hui par la
dégradation des
relations
diplomatiques entre
les deux Etats. Le
handicap était
lourd. L’Etat d’Israël
était encore en
1978 un quasi
inconnu pour la
diplomatie vaticane.
Pie X avait dit au début
du siècle à
Theodor Herzl, le
fondateur du
sionisme, que l’Eglise
ne pouvait pas
"encourager ce
mouvement". La
guerre israélo-arabe
de 1948 avait laissé
toutes les
institutions chrétiennes
et la plupart des
Lieux saints en
territoire
jordanien. Les
quelques chrétiens
arabes restés en
Israël étaient
eux-mêmes
minoritaires dans la
minorité arabe au cœur
d’une population
israélienne dont
bien des immigrants
venus d’Europe
n’avaient pas que
de bons souvenirs
des chrétiens. De
l’autre côté,
dans les bureaux du
Vatican, tout le
monde n’avait pas
encore intégré la
démarche engagée
par le concile à
travers la déclaration
Nostra Aetate pour
le rapprochement
entre les juifs et
l’Eglise
catholique.
Jean-Paul II
n’avait en rien été
mêlé au complexe
dossier diplomatique
proche-oriental. Il
arrivait avec à la
fois une
connaissance
personnelle du monde
juif, fréquenté
dans son enfance, et
la certitude de
l’urgence de résoudre
un problème qui
contribuait à
l’entretien d’un
mauvais climat entre
catholicisme et judaïsme.
Il alla très vite.
Dès le 5 octobre
1980, à Otrante,
petite ville côtière
du talon de la botte
italienne, il livre
dans une homélie
son analyse de la
situation au Proche
Orient. Elle préfigure
la politique du
Saint-Siège pour
les années à
venir, en liant
clairement la
fondation d’Israël
à la tragédie de
l’Holocauste.
Mais
tout reste à faire
pour vaincre
l’incompréhension
et la méfiance.
Karol Wojtyla fait
appel à son
meilleur copain d’école
de Wadowice, Jerzy
Kluger, pour prendre
discrètement de
premiers contacts
avec les autorités
juives. Les gestes
que Jean-Paul II
pose successivement
vont décrisper
l’atmosphère, du
message de vœux
envoyé au président
israélien pour le
nouvel an juif
d’octobre 1981,
jusqu’à la visite
à la synagogue de
Rome en avril 1986.
Les négociations
commencent sérieusement
l’été 1991,
juste après la
guerre du Golfe et
avant la conférence
de Madrid sur le
Proche-Orient, mais
sans qu’il y ait
de rapport entre les
deux négociations.
Un franciscain hors
du commun va se
trouver au centre de
toute l’affaire.
Juif né en Israël,
David Jaeger,
converti au
christianisme, sera
ordonné prêtre en
1986. Il se révèle
fin négociateur.
Alors qu’il avait
fallu d’abord
discuter longuement
du programme même
de la négociation,
les discussions piétinaient.
Or le même P.
Jaeger, membre de la
délégation
vaticane officielle,
négociait seul secrètement
au nom du Saint-Siège
avec Shlomo Gur, un
diplomate israélien
qui avait la
confiance de son
ministre. Tous les
points délicats
furent ainsi réglés
en tête à tête
ou, lors d’une
rencontre aussi
discrète à New
York, entre Mgr
Tauran et le
ministre israélien
Yossi Beilin
Sharon
voit dans l’Eglise
catholique une
alliée des
Palestiniens
Après que six
cardinaux eurent
recommandé à
l’unanimité la
conclusion de
l’accord négocié
pendant 18 mois,
les chefs de délégation
officielle, qui
n’étaient pas
au courant, se
virent invités à
signer un accord
largement conclu
en dehors d’eux.
La convention
diplomatique fut
paraphée le 15
juin 1994.
Suivirent ensuite
des accords
techniques,
juridiques ou
fiscaux notamment.
Dix ans après,
l’environnement
et le climat
politiques ont
beaucoup changé.
Aujourd’hui, les
relations entre le
Saint-Siège et
Israël sont en
crise. Outre les
divergences
profondes sur la
gestion par le
gouvernement
Sharon de la
question israélo-palestinienne,
l’Eglise
catholique, comme
les autres
confessions chrétiennes,
est en butte
depuis trois ans
à de multiples
tracasseries qui
semblent avoir
pour objectif de
paralyser son
action. Ainsi le
refus de
renouveler les
visas du clergé
étranger a-t-il
d’une part empêché
les séminaristes
arabes, jordaniens
notamment, de
rejoindre leur séminaire
à Jérusalem, et
d’autre part,
empêché les
religieux et
religieuses étrangers
de sortir du pays,
assurés qu’ils
sont de ne plus
pouvoir y revenir.
L’accord fiscal
conclu avec l’Eglise
catholique n’est
pas appliqué et
les institutions
chrétiennes se
voient présenter
des avis d’impôts
très importants.
Or les seuls
catholiques gèrent
plus de 150
institutions dont
des hôpitaux, des
écoles ou des
maisons de
retraite. Sans
parler des propriétés
religieuses qui
ont été coupées
en deux par le mur
de sécurité israélien.
"C’est un
problème purement
bureaucratique et
nous sommes
pleinement
conscients de
l’urgence"
de le résoudre, a
déclaré le
porte-parole du
ministre des
affaires étrangères.
Mais personne, du
côté des Eglises,
n’en croit un
mot. Il y aura dix
ans mardi, le 15
juin, le Saint-Siège
et Israël
signaient la
convention réglant
leurs relations
diplomatiques.
L’établissement
de celles-ci était,
dans la négociation
de 1992, le seul
atout du Saint-Siège,
face à Israël
demandeur.
Aujourd’hui, la
situation est
renversée et
Sharon voit
d’abord dans
l’Eglise
catholique une
alliée des
Palestiniens. Un
sentiment que les
propos très
anti-israéliens
du patriarche
latin n’aident
pas à dissiper,
quelles que soient
les bonnes raisons
que Mgr Michel
Sabbah, lui-même
palestinien, peut
avoir de les
tenir. La petite
communauté
catholique
d’origine hébraïque
a désormais de
son côté l’un
des siens, évêque
auxiliaire du
patriarche latin.
Mais elle est sans
poids politique véritable.
Les multiples
interventions de
Jean-Paul II en
faveur d’une
paix juste en
Terre Sainte ont
aussi pour but
d’assurer sur
place un avenir
pacifique aux chrétiens
palestiniens, qui
ne trouvent
actuellement la
tranquillité que
dans l’émigration.
L’anniversaire a
donc peu de
chances d’être
célébré en
grande pompe,
alors qu’il
aurait dû marquer
le pas considérable
accompli en 1993
pour une meilleure
compréhension
entre juifs et
catholiques.
haut
Schumacher
règne dans le désert
Le
pilote Ferrari
remporte le Grand
Prix de Bahreïn,
devant son coéquipier
Barrichello
par
LIONEL FROISSART,
publié dans Libération
le 5 avril 2004
Derrière Michael
Schumacher ? Le désert.
Le petit point
rouge au loin dans
la brume de
chaleur, c'est son
équipier Rubens
Barrichello. Comme
d'habitude, le Brésilien
n'a fait
qu'illusion en
s'installant aux côtés
de son chef de
file allemand sur
la grille de départ
du Grand Prix de
Bahreïn, le
premier organisé
au Moyen-Orient. A
peine le départ
donné, le
champion du monde
s'est échappé à
un rythme
infernal. Le pied
léger sur les
freins afin de les
ménager sur ce
circuit exigeant
pour les
plaquettes, le
pied toujours
aussi lourd sur
l'accélérateur,
l'homme à la
Ferrari n° 1 n'a
jamais été inquiété
à l'occasion de
cette troisième
manche de la
saison pour
cueillir son 73e
succès.
Logique
implacable
Ce doublé des
voitures de
Maranello est
d'une logique
implacable. Après
les qualifications
ratées des
pilotes
Williams-BMW,
rejetés en deuxième
ligne, celles tout
aussi calamiteuses
de la paire de l'écurie
Renault, et les
dramatiques défaillances
mécaniques de l'équipe
McLaren-Mercedes,
c'était presque
l'assurance
d'assister à une
nouvelle
domination des
voitures rouges à
l'occasion de ce
Grand Prix. Un
espoir
d'incertitude était
pourtant né le
matin de la course
en même temps que
le vent s'était
levé. Après deux
journées
ensoleillées, de
lourds nuages menaçants
passaient
au-dessus de la
zone désertique
de Sakhir où a été
implanté ce
circuit exotique.
D'épaisses
gouttes de pluie
s'écrasaient même
à quelques
instants du départ
sur le tarmac
flambant neuf et
gorgé de chaleur.
Le vent déposant
une couche de
sable sur la piste
et la pluie
pouvant surprendre
les pilotes au détour
d'un virage représentaient
assez de pièges
pour envisager une
course animée.
Les
nombreuses têtes
couronnées, les
dizaines d'émirs
postés derrière
les stands luxueux
de ce circuit des
Mille et Une Nuits,
sans parler des
centaines de VIP
invités à assister
à cette course inédite
n'ont pas été
surpris de voir les
Ferrari aussi
intouchables. Déjà,
elles sont
imprenables au départ
des feux rouges dans
les rues de Manama
et elles se montrent
d'une agilité
diabolique dans les
nombreux carrefours
de la capitale qu'il
faut négocier en
force ou tout en accélération.
Mais tous ces
curieux qui découvraient
avec délices la
compétition
automobile de haut
niveau s'attendaient
à mieux de la part
des BMW (Williams)
et surtout des
Mercedes (McLaren),
des voitures de
monsieur
Tout-le-monde ou
presque dans le
golfe Arabo-Persique.
C'est vrai qu'il y a
de quoi être déçu.
Depuis le début de
la saison, les
belles voitures
grises frappées de
l'étoile Mercedes
sont fragiles comme
du verre, et cette
fois les deux
pilotes maison (Raikkonen
et Coulthard) ont
abandonné. Pire,
lors de
l'inauguration du
circuit de Bahreïn,
c'est le modèle
haut de gamme de la
série qui est tombé
en rade d'électronique.
Quant aux Williams,
propulsées par les
moteurs du
constructeur
munichois, elles ont
été d'une discrétion
désolante. Ralf
Schumacher a perdu
du temps dans un
accrochage et Juan
Pablo Montoya a
laissé filer sa
troisième place sur
un ennui mécanique
(boîte de vitesse).
Pub
catastrophique
Sur le strict plan
de l'image, c'est
une publicité
catastrophique
pour les deux
grands
constructeurs
allemands. Mais,
heureusement pour
eux, les Ferrari
ont beau enfiler
les victoires,
elles ne seront
jamais construites
à la chaîne. La
production ne dépasse
guère les 4.200
unités à l'année
et les triomphes
à la pelle de
Schumacher n'y
changeront rien.
BMW et Mercedes,
en revanche,
pourraient voir
les Japonais de
Honda et de Toyota
leur grignoter des
parts de marché
après les belles
courses de Jenson
Button, encore 3e,
et son équipier
Takuma Sato, lui
aussi dans les
points, et l'arrivée
groupée des
pilotes Toyota (8e
et 9e). Les
constructeurs
allemands se
consolent en se
disant que les
acheteurs locaux
connaissent
surtout les déclinaisons
haut de gamme de
leurs concurrents
japonais, soit les
Acura pour Honda
et la marque Lexus
pour Toyota.
Quant
aux Renault, les
Bahreïnis ne
connaissent pas,
mais, enthousiasmés
par la belle démonstration
des pilotes de l'écurie
française (Trulli
4e et Alonso remonté
de la 16e à la 6e
place), certains
pourraient être
tentés de se précipiter
dans l'unique
concession de
l'archipel, à Sira.
Ils y tomberont sûrement
sur les nombreuses
Velsatis qui n'ont
pas trouvé preneur
sur le marché européen.
Après trois courses
exotiques, les écuries
vont revenir en
Europe. Pour
beaucoup, la course
d'Imola dans trois
semaines marquera le
véritable début de
la saison. Mais
Schumacher et
Ferrari ont déjà
pris tellement
d'avance...
haut
Le
fabuleux destin de
la principauté de
Hutt River
Une province indépendante
au cœur de l’Australie
par CARLA
HENOUD, publié
dans l'Orient-le
Jour le 9 avril
2004
L’histoire
pourrait
ressembler à
celle d’un
"petit
village peuplé
d’irréductibles
gaulois" qui
résistent encore
et toujours aux
Romains. Seulement
nous ne sommes pas
en 50 avant J.-C.
mais bien en 1970.
Et ce petit
village n’est
autre qu’une
province d’Australie
devenue, grâce à
la ténacité,
voire la folle
ambition d’un
seul homme, une
principauté, la
principauté de
Hutt River.
L’histoire est
drôle mais vraie,
les personnages,
des héros, mais
pas de bandes
dessinées ! Tout
a commencé en
1969, lorsqu’un
agriculteur
australien du nom
de Léonard Casley,
propriétaire
d’un terrain de
75 km2, situé au
nord de Perth,
voit son quota de
1.550 tonnes de blé,
qu’il vendait au
gouvernement
australien, réduit
de 90 %. Courant
vers sa ruine,
sire Casley,
courageux
individu, grand rêveur
auprès de l’éternel,
préfère se
battre, défendre
ses droits et les
renégocier. Ce
fermier fort
cultivé est aussi
chercheur - fasciné
par les mathématiques
et l’influence
des étoiles sur
l’être humain -
et écrivain. Il
connaît à fond,
et c’est là sa
force, tous les méandres
de l’empire
britannique et les
lois, même les
plus oubliées,
qui s’y
rattachent.
L’affaire
part en jugement
dans les tribunaux
australiens, l’Etat
lui doit la
rondelette somme
de 52 millions de
dollars…
Quelques mois plus
tard, ayant gagné
son procès, il
propose au
gouvernement de
lui céder, au
lieu de l’argent
que ce dernier lui
doit, l’indépendance
de sa province.
Aussi, il déniche
une loi
britannique qui
stipule que s’il
se proclame prince
et crée une
principauté, le
gouvernement
australien ne
pourrait plus rien
contre lui. Pour
ce faire, Léonard
Casley déclare la
guerre - par fax -
à l’Australie.
Celle-ci, qui ne
le prenait pas
vraiment au sérieux
et n’ayant pas réagi
dans les trois
jours qui ont
suivi, a permis à
la principauté
d’être reconnue
de facto. C’est
donc ainsi que le
21 avril 1970, la
sécession de Hutt
River, un
territoire 50 fois
plus grand que
Monaco et situé
en Australie de
l’Ouest, est
annoncée par
lettre officielle.
En 1971, Léonard
Casley se proclame
prince Léonard
Premier. Depuis et
jusqu’à ce
jour, l’homme
qui a 78 ans règne
sur son peuple -
20.000 "hutt"
au total, 19.000
citoyens
d’outre-mer et
1.000 vivant à
Hutt River. La
capitale en est la
petite agglomération
de Nain, la langue
officielle
l’anglais. Un
passeport légal a
été créé -
mais il est précisé
qu’il ne
constitue pas
actuellement un
document de voyage
accepté par les
pays étrangers -
ainsi que des
timbres et une
monnaie, le dollar
de Hutt River (HRD)
Un ambassadeur
heureux
L’histoire, à
mille lieux
d’ici, nous est
arrivée par
l’intermédiaire
d’un "hutt"
d’origine
libanaise,
Jean-Pierre Haddad.
Très sérieux
analyste financier
à la Banque
centrale, il
n’est autre que
…
l’ambassadeur de
la province de
Hutt River au
Liban et en
Jordanie. Nommé
le 24 janvier
2004, il raconte
encore,
brandissant fièrement
son passeport :
"J’ai
rencontré le
prince lors
d’une soirée
officielle en
Europe. J’avais
toujours cherché
à être
diplomate.
Lorsqu’on m’a
fait cette
proposition,
j’ai tout de
suite accepté."
Dès lors, il
cherche à
promouvoir le pays
et son tourisme,
informer les médias
et ses
compatriotes
libanais, et peut-être
les tenter par une
nationalité
"hutt",
moyennant la somme
de 1.500$, tout en
signalant que
"ce n’est
pas pour le moment
le sésame
qu’ils
recherchent".
Mais sait-on
jamais ? Au cours
de ses
investigations,
sir Jean-Pierre
Haddad, car il a
été anobli par
le prince, a déjà
recensé une
vingtaine de
Libanais qui possèdent
la double
nationalité
"hutto-libanaise",
dont le moukhtar
(maire) de Ghobeiré
(banlieue sud de
Beyrouth).
A
l’occasion de la
fête de l’Indépendance
de la principauté,
le 21 avril,
monsieur
l’ambassadeur
convie tous les
intéressés à
une journée
portes ouvertes,
dans sa résidence
de Dahr el-Sawan
(montagne du Metn).
A Hutt River, ce
sera sûrement la
fête, célébrée
par le souverain,
un brin mégalomane
- mais n’est-ce
pas normal que
cette victoire lui
soit montée à la
tête ? -, son épouse
la princesse
Shirley et leurs 7
enfants, dont le
prince héritier
Ian. Il est même
possible, nous
informe-t-on, de
pouvoir
correspondre
directement avec
lui, à condition
de s’exprimer en
anglais. Mais, précise-t-on,
"l’usage
veut que l’on
s’adresse à la
représentation
officielle la plus
proche pour
transmission de
tout courrier
destiné au
prince". L’histoire,
certes drôle, est
aussi celle,
touchante, d’un
homme qui a réussi
à faire plier le
gouvernement
australien. Un Don
Quichotte des
temps modernes
qu’il est bon de
saluer pour son
courage et ses rêves.
haut
Du
Liban, l'absence faite
écran
Théâtre.
A Bruxelles, Rabih
Mroué chronique
l'histoire vraie d'une
disparition dans
"Missing Employee"
par
MAOEA BOUTEILLET,
publié dans Libération
le 9 mai 2004
Centrée
sur l'art du déplacement,
l'édition 2004 du
Kunsten Festival des
arts de Bruxelles
affirme l'émergence
d'une esthétique du
manque et de la
disparition. Le réalisateur
iranien Abbas
Kiarostami, la
plasticienne
hongroise Edith
Kaldor et la chorégraphe
espagnole Olga de
Soto y ont présenté
des oeuvres
s'inscrivant dans
cette veine. Une
forme caractérisée
par l'absence du
sujet-objet, née
avec les nouvelles
technologies, à
cheval sur la frontière
de plus en plus ténue
entre théâtre et
arts visuels. Chez
le Libanais Rabih
Mroué, comme chez
ceux du collectif
The Atlas Group, la
disparition se révèle
la métaphore d'un
passé de douleur et
de destruction. Les
blessures de la
guerre, qui ravagea
le Liban de 1975 à
1991, marquent
d'ailleurs
l'ensemble de la création
contemporaine à
Beyrouth. "Les
disparus , dit
en substance Rabih
Mroué, sont des
individus
particuliers qui
existent sans
exister"
et auxquels l'acteur-auteur-metteur
en scène sait gré
de susciter des
histoires. A
l'origine de Missing
Employee, créé
à Bruxelles, la
disparition réelle
d'un fonctionnaire
des finances, Ra'fat
Sleiman, qui défraya
la chronique en
1996. L'artiste
entreprit de
collectionner les
coupures de presse
dans trois cahiers
d'écolier. Sur scène,
rien qu'une table et
une chaise qui
demeureront inoccupées,
et trois écrans :
au centre, l'image
de Rabih Mroué
commentant les
cahiers qui
apparaissent sur la
droite ; à gauche,
l'image d'une
planche à dessin,
que noircit un
acolyte invisible à
mesure qu'avance le
récit...
"C'est
un peu compliqué",
concède avec malice
le reflet de
l'artiste qui nous
entraîne, en
anglais teinté
d'accent arabe, dans
les méandres d'un
chaos libanais
bringuebalé entre
factions rivales et
rongé par la
corruption, où la
presse sur laquelle
s'appuie le
feuilleton est forcément
sujette à caution.
Impossible de suivre
de bout en bout.
Mais les détails de
cette histoire de
gros sous, qui passe
par la Syrie et les
intérêts
palestiniens,
importent moins que
le processus mis en
oeuvre par un
dispositif multimédia
où la technologie
croise l'artisanat.
Par l'absence du
corps de l'acteur -
du texte, du
personnage, de la pièce
-, l'artiste, qui
improvise ses facéties
en direct mais dans
notre dos, interroge
autant la réalité
du théâtre et de
ses fantômes que
celle de son pays, où
l'Etat en tant
qu'organisation
clairement structurée
a vécu. Qu'est-ce
qui se révèle au
terme de cette enquête
? "Je ne
suis pas là pour
distinguer le vrai
du faux, prévient-il
en ouverture, mais
pour couper le
cheveu qui sépare
la vérité du
mensonge.
" Entre l'un et
l'autre, le virtuel
ouvre une manière
d'échappée.
Lorsqu'à la fin
l'homme ne revient
pas, on comprend
que, depuis dix
minutes, on ne
regardait qu'un
enregistrement sans
chair. Mais, tels
les disparus, même
absent, Rabih Mroué
existe fortement.
haut
Irak :
les prises d'otages
se multiplient
Onze Russes, neuf Américains,
trois Tchèques
enlevés, sept
Chinois libérés. A
Tokyo,des
manifestants réclament
le retrait d'Irak
des soldats japonais
pour sauver la vie
des otages
paru dans
Ouest-France le 13
avril 2004
La prise d'otages,
nouvelle arme de
la guérilla
sunnite ? Les
disparitions se
sont multipliées,
ce week-end, en
Irak : sept
Chinois (libérés
hier soir), trois
Tchèques, neuf Américains
et onze Russes.
Les trois Japonais
capturés la
semaine dernière
n'auraient pas été
tués, malgré
l'expiration de
l'ultimatum.
Vingt-huit
étrangers
disparus
C'est peut-être
la seule bonne
nouvelle du
week-end en Irak :
les Brigades des
Moudjahidines
n'ont pas exécuté
les trois Japonais
enlevés, jeudi
dernier, sur la
route de Bagdad à
Amman (Jordanie).
Les rebelles
sunnites menaçaient
de "brûler
vifs" les
coopérants
Noriaki Imai et
Nahoko Takato, 18
et 34 ans,
ainsi que le
photojournaliste
Soichiro Koriyama,
32 ans, si le
gouvernement de
Tokyo n'annonçait
pas, avant-hier
après-midi, le
retrait des 550
soldats nippons présents
en Irak. Le chef
tribal sunnite,
Mezhen al-Duleymi,
médiateur
autoproclamé, espère
obtenir leur libération
"dans
quelques
jours". Les
disparitions se
multiplient sur
l'axe Bagdad-Amman
notamment. Hier,
on était sans
nouvelles de trois
journalistes tchèques.
Dans la soirée,
l'état-major US
en Irak a annoncé
que deux soldats
et neuf employés
de KBR, une
filiale du groupe
pétrolier
Halliburton, étaient
portés disparus.
Parmi eux, Thomas
Hamill, dont les
ravisseurs
exigent, sur une
vidéo, la fin du
siège de Fallujah.
Manquent également
à l'appel un
Arabe israélien
et un Canadien
d'origine
syrienne. Hier
soir, la chaîne
Al Jazira a
annoncé la
disparition à
Bagdad de onze
Russes travaillant
pour une société
du secteur de l'énergie.
En revanche, les
sept ouvriers
chinois enlevés
dimanche ont été
libérés dès
hier soir. Ces enlèvements
sont-ils tous le
fait de la rébellion ?
Le Britannique
Gary Teeley, 37
ans, libéré
dimanche soir six
jours après son
enlèvement à
Nassiriyah (Sud),
l'a été, selon
la chaîne Al-Jazira
, "grâce
à l'aide des
tribus".
Formulation floue
qui pourrait
masquer le
versement d'une
rançon.
Le général
Abizaid réclame
des renforts
Au moment même où
George Bush
affirmait que la
situation
"s'améliore"
en Irak, le chef
des troupes américaines
au Proche-Orient,
John Abizaid, a
annoncé avoir
demandé au
Pentagone le
renfort de "l'équivalent
de deux brigades
ou plus"
(soit environ
10.000 hommes)
pour disposer
d'une
"capacité de
combat forte et
mobile". Une
force de réaction
rapide lui fait défaut,
depuis le retour
aux Etats-Unis de
la 101e division
aéroportée pour
riposter aux
attaques
quotidiennes de la
guérilla :
hier, trois
marines ont été
tués dans la
province d'Al-Anbar
(Ouest), un agent
de sécurité
roumain dans une
embuscade à Hilla
(sud) et deux
policiers irakiens
par l'explosion
d'une bombe à
Baqubah (nord-est
de Bagdad). L'insécurité
a poussé l'ONG
allemande Help à
retirer ses
derniers
volontaires
d'Irak, trois
Allemands et deux
Français.
La coalition
veut éliminer
Moqtada Sadr
Le chef radical
chiite Moqtada
Sadr, dont l'Armée
du Mehdi contrôle
toujours Nadjaf et
Karbala (Sud)
avait appelé,
dimanche, à la
guerre de libération
contre l'occupant
américain. Le général
Ricardo Sanchez,
chef des opérations
en Irak, lui a répondu
hier : "La
mission des forces
américaines est
de tuer ou
capturer Moqtada
Sadr." Propos
intransigeants.
Mais, en
coulisses, les Américains
et Sadr continuent
de négocier par
l'entremise du
clergé chiite :
l'armée du Mehdi
pourrait désarmer
en échange de
l'abandon de
poursuites contre
son chef, accusé
d'incitation au
meurtre.
haut
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2004 RJLiban
|
|