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Plaidoyer - Culture
du vide
par MARIA
CHAKHTOURA, publié
dans l'Orient-le Jour
le 19 janvier 2004
"Il n’y
a pas
d’immortalité
autre que
celle qu’on
laisse dans la
mémoire des
hommes." Napoléon.
Pour laisser
"des
traces dans la
mémoire des
hommes",
ceux des générations
à venir. Pour
l’histoire
et la mémoire
des peuples,
les faits
doivent être
consignés
avec précision
; les objets,
les écrits et
les documents
soigneusement
gardés,
archivés et
montrés. Un
peuple sans mémoire
est un peuple
sans histoire. A
l’exception
de ce qui
existe au Musée
national de
Beyrouth, sauvé
grâce à
l’acharnement
de
l’initiative
privée, que
reste-t-il de
l’histoire
et de la mémoire
du Liban ?
Qu’enseignons-nous
à nos enfants
? Que
savent-ils
donc de la vie
de leur pays,
de ses us et
coutumes, de
ses grands
hommes, de
l’évolution
de son art ?
Bref, de son
patrimoine
social,
culturel et même
politique.
Quid d’un
musée
ethnologique,
d’un musée
des arts
populaires, de
l’art
moderne,
d’un musée
du costume, et
j’en passe.
Rien, ni
personne ne
raconte
Beyrouth,
cette
"jeune
capitale de
6.000
ans",
pour ne parler
que d’elle.
Aucun lieu de
mémoire,
aucune
exposition,
aucune
manifestation.
Comme si elle
avait été créée
il y a une
centaine
d’années à
peine.
Sommes-nous
appelés à
devenir un
peuple d’amnésiques
? Pour mieux
enfoncer le
clou, le
communautarisme
mine
jusqu’aux
scientifiques
; experts,
chercheurs et
historiens se
battent pour
imposer chacun
"son"
histoire du
Liban.
Certains l’écrivent
même sur
commande. La
honte. Si le
Liban
"est un
message",
comme l’a si
bien dit le
pape Jean-Paul
II,
gardons-nous
alors d’en
faire un
paysage. Ou
mieux, un gros
mensonge.
haut
Europe
médiévale, Europe
chrétienne
Les conférences de
l'Académie des
sciences morales et
politiques
par JEAN FAVIER,
membre de l'Institut,
publié dans le Figaro
le 3 février 2004
Après
Jacques
Delors, Jean
Baechler et
Alain Besançon,
c'est le grand
historien Jean
Favier qui,
hier, devant
l'Académie
des sciences
morales et
politiques,
s'est exprimé
sur l'Europe.
Et, plus précisément,
l'Europe médiévale,
c'est-à-dire
d'un millénaire
qui va, en
gros, du Ve au
XVe siècle.
Pour lui, ce
qui donne à
l'Europe sa
première
configuration,
c'est
l'orientation
du monde
carolingien
vers l'intérieur
du continent,
la Méditerranée
n'étant plus
alors le
centre qu'elle
avait été
pour les
anciens
empires. Mais
la
construction
de Charlemagne
n'est pas
viable, et
celle des
Othon
n'atteint pas
à la
dimension
universelle à
laquelle elle
prétend.
L'Europe du
Moyen Age,
c'est donc en
définitive
celle que
dessine l'Eglise...
Voici de
larges
extraits de
son
intervention
dont on pourra
trouver l'intégralité
sur le site de
l'Académie ( www.asmp.fr
).
C'est l'Eglise -
l'Eglise
latine, pour
ne pas dire
romaine -, qui
donne le mieux
un contour réaliste
à l'entité
européenne.
On ne saurait,
d'abord,
sous-estimer
cet héritage
de Rome qu'est
la langue
latine -
paradoxe quand
on sait la
place prise
par le grec à
Rome même -
et le facteur
d'unité que
cette langue
constitue en
permettant la
mise en commun
de la pensée.
Très vite
diffusé et
imposé dans
sa version
latine, le
symbole de Nicée
pose les bases
d'une
communauté
dogmatique
assurée
lorsque le
royaume
visigothique
renonce, en
Espagne, à
l'arianisme.
La Vulgate de
saint Jérôme,
révisée à
la fin du VIIIe
siècle pour
en corriger
les scories
mais non pour
changer le
contenu, offre
aux clercs le
texte
fondamental de
la réflexion,
de
l'enseignement
et de la prédication.
L'Europe
latine n'aura
qu'une Bible,
donc qu'un
système de références
et d'autorités
scripturaires.
De là
viendront la
notoriété et
la diffusion
d'oeuvres par
lesquelles la
pensée ancre
cette unité.
Je pense aussi
bien à la Cité
de Dieu de
saint
Augustin, aux Institutions
de
Cassiodore,
aux Etymologies
d'Isidore
de Séville
qu'à la Consolation
de Boèce
et aux traités
scolastiques
de Bède le Vénérable.
Quand viendra
l'heure des
grands
affrontements
philosophiques
et théologiques,
avec la redécouverte
de la métaphysique
aristotélicienne
et de ses
versions
avicenniennes
et averroïstes,
ils se feront
à l'intérieur
de ce système,
non contre
lui.
En distribuant
les rôles
dans l'évangélisation,
la papauté
contribue
fortement à
la diffusion
de cette unité
intellectuelle.
Je pense aux
moines
italiens qui
évangélisent
l'Angleterre
au VIe
siècle, aux
moines anglais
ou irlandais
qui évangélisent
au VIIIe
la Germanie ou
réforment la
spiritualité
dans le
royaume franc.
En imposant la
liturgie
romaine et le
chant romain,
Charlemagne
n'a en tête
que l'unité
de ses
peuples, mais
il assure la
cohérence de
la perception
du fait
religieux à
travers
l'Europe
occidentale.
Ni lui ni
Louis le Pieux
n'ont grand
peine à ce
que la règle
de saint Benoît
s'impose de même
à l'Occident,
adaptée
qu'elle est,
par le caractère
mesuré de ses
exigences et
par l'équilibre
de vie qu'elle
instaure, à
des esprits
peu portés
aux pratiques
ascétiques
des Pères du
Désert ou de
l'Irlande.
Lorsque le
pape et
l'empire
monastique
constitué dès
avant l'an mil
par Cluny et
ses prieurés
feront cause
commune au XIe
siècle pour réformer
les Eglises au
lieu de
laisser faire
ou ne pas
faire les
conciles
provinciaux
dans l'inévitable
diversité de
leurs
approches, on
aura fait un
grand pas vers
l'unité
disciplinaire
des esprits
dans l'Europe
latine. C'est
Cluny qui
romanise alors
la liturgie
espagnole. La
notion de chrétienté,
et de chrétienté
romaine,
l'emporte sur
celle de
province. Le rôle
de la papauté
devient
perceptible.
Sans rapports
avec l'étendue
de l'Etat
pontifical,
l'assiette
territoriale
du pouvoir
spirituel et
disciplinaire
du Saint-Siège
est, elle
aussi, de plus
en plus
perceptible.
Organisée par
la papauté
parce que le
siège de
saint Pierre
était l'un
des rares
membres de l'Eglise
à ne pas être
passé au
pouvoir des laïcs,
soutenue par
l'ordre de
Cluny, la réforme
grégorienne
illustre
l'unité de l'Eglise
d'Occident au
point
qu'Urbain II
peut à la fin
du XIe
siècle
prendre à lui
seul
l'initiative
d'une croisade
dont les
finalités
sont à bien
des égards en
Europe : réaliser
une action
commune de la
chrétienté
latine sous la
houlette du
pape.
J'ai évoqué
la langue
latine. Son évolution
a engendré
une
diversification
dont sont nées
les langues
romanes. A
l'intérieur même
de l'espace
que signifie
l'Eglise
d'Occident,
elle laisse
leur place aux
langues
d'origine
germanique ou
celtique.
Mais, pour
appauvri qu'il
soit, le latin
des clercs
demeure la
langue de
communication,
et c'est ce
qui permet cet
autre facteur
d'unité
qu'est le prêt
de textes.
Tout au long
du Moyen Age,
et bien au-delà
car je pense
aux humanistes
de la
Renaissance,
les manuscrits
n'ont cessé
de voyager. On
emprunte, on
copie. Et on
lit, parce que
les
intellectuels
de toutes les
régions
lisent la même
langue. Les
livres ne sont
pas seuls à
voyager. Les
grandes écoles
cathédrales
et monastiques
du XIIe
siècle,
celles de
Bologne, de
Chartres, de
Paris ou
d'Oxford, sont
des lieux de
rencontre à
l'échelle de
l'Europe et
ceux qui
rentrent chez
eux après y
avoir reçu
l'enseignement
de leur choix
donnent à la
vie de
l'esprit une
dimension que
les premières
universités,
au XIIIe
siècle,
portent à son
apogée.
Faut-il
rappeler qu'en
un même
temps, au
milieu de ce
XIIIe
siècle, on
entend sur la
rive gauche de
la Seine les
enseignements
du Rhénan
Albert le
Grand, ceux du
Brabançon
Siger, ceux de
l'Italien
Thomas d'Aquin
? Et que ceux
qui les
entendent,
collègues ou
étudiants,
sont aussi
bien allemands
qu'anglais ou
écossais ?
C'est le
prestige de
l'institution
universitaire
qui mettra fin
à cette
communauté
d'esprits à
l'échelle
européenne.
Chaque prince
voudra son
université,
afin de
disposer des
moyens de
formation de
ses élites
administratives,
judiciaires et
ecclésiastiques.
On fera ses études
chez soi.
Il est certain
que l'effort
commun demandé
par Urbain II
à la chrétienté
occidentale en
vue de la
première
croisade est
d'abord, aux
yeux de ce
pape réformateur,
le moyen de
manifester
l'unité du
peuple chrétien
sous la bannière
pontificale.
Pour le pape,
la croisade
doit être son
entreprise, ce
que n'était
pas la Reconquista
espagnole,
gouvernée par
les princes
avec d'inévitables
propos
territoriaux.
On sait ce
qu'il en sera
de la croisade
: l'Orient
latin
deviendra vite
une conquête,
et la terre
nouvelle des
affrontements
immédiatement
importés.
Mais la
croisade doit
être une
entreprise
commune, et le
pape n'avait
sans doute pas
en vue les répercussions
de cette
communauté
d'action sur
la perception
d'une unité.
La chose est
bien connue,
c'est quand on
se retrouve en
terre
lointaine que
l'on ressent
le mieux les
traits que
l'on a en
commun avec
autrui, ce qui
ne veut pas
dire qu'on
fasse alors
cause commune.
Face à une
autre
civilisation,
à une autre
culture, à
d'autres
structures
politiques ou
familiales, à
une autre
religion vue
de plus près
que dans les
chansons de
geste, ceux
que l'on
appellera en
Orient les
Francs conçoivent
mieux que dans
leur monde féodal
ce qui les
unit. Or, les
Teutoniques s'étant
vite détournés
vers leurs
marges païennes
et les
Espagnols
ayant assez à
faire chez
eux, ces
Francs
d'Orient sont
tout
simplement des
Européens
occidentaux
(...).
Les pèlerinages
sont pour
beaucoup dans
la découverte
que font du
monde les
hommes du
Moyen Age.
Dire qu'ils
dessinent une
Europe serait
se moquer. On
va à Jérusalem
tant que la
chose est
possible.
Ensuite, on va
toujours à
Rome, à
Compostelle,
au Gargano, à
Rocamadour, à
Tours ou au
Mont-Saint-Michel,
ou beaucoup
plus près. Il
n'y a aucun
doute sur le
fait que ces déplacements
temporaires
sont la
principale
occasion de la
découverte
des peuples
par ceux qui
n'ont aucun
autre motif,
politique,
militaire,
commercial,
d'aller ainsi
de pays en
pays. On peut
dire que les pèlerinages
ont aidé les
hommes du
Moyen Age à
mieux connaître
l'Europe, et
qu'ils ont
porté la
circulation
des idées,
des modes, des
façons de
l'art, mais
c'est nous qui
voyons là
l'Europe. Ce
que voit le pèlerin,
c'est une
route, et ce
qu'il
rencontre, ce
sont des
sanctuaires
qu'il visite
pieusement,
des parlers et
des usages
qu'il découvre
et dont, le
plus souvent,
il s'étonne
quand il ne
les juge pas sévèrement.
Il ne paraît
pas que le pèlerin
soit sensible
à une
appartenance
commune, sinon
à celle, qui
lui semble
normale, à la
religion. Si
la carte des
routes de pèlerinages
dessine une
certaine
Europe, le pèlerin,
lui, n'en
emprunte
qu'une.
haut
Clovis
Maksoud :
"Le
discours
confessionnel
d’avant-guerre
au Liban est
repris en
Irak"
par
SYLVIANE ZEHIL,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 7 février
2004
Ancien
ambassadeur de
la Ligue arabe
aux Nations
unies et aux
Etats-Unis,
professeur de
relations
internationales
à l’Université
américaine de
Washington et
directeur du
Center for the
Global School
of
International
Service, M.
Clovis Maksoud
a donné une
conférence de
presse au siège
de l’Onu à
New York sur
la situation
au
Moyen-Orient,
les derniers développements
sur la scène
irakienne et
le conflit
israélo-palestinien.
Dans un
entretien
accordé à
L’Orient-Le
Jour, M.
Maksoud dresse
un parallèle
entre la
situation en
Irak et celle
qui prévalait
à la veille
de 1975 au
Liban. Il met
l’accent sur
l’importance
du rôle de
l’Onu en
Irak et
commente ce
qu’Ariel
Sharon a présenté
comme des
"concessions
douloureuses",
à savoir le démantèlement
des colonies
de peuplement
dans la bande
de Gaza.
Peut-on
dresser un
lien entre la
situation
actuelle en
Irak et
l’histoire récente
du Liban ?
"Le
discours
confessionnel
d’avant-guerre
au Liban est
repris
aujourd’hui
en Irak, répond
M. Maksoud. La
fragmentation
du discours
national a préparé
les conditions
objectives
pour le
morcellement
de l’Irak et
du Liban. Le
danger d’une
explosion
confessionnelle
et d’une
fragmentation
de l’Irak
existe
aujourd’hui.
Mais si les
Nations unies
prennent en
charge le
dossier, les
risques
d’une telle
explosion
seront contrôlés.
Explosion qui
pourrait en
outre
atteindre
d’autres
pays arabes.
C’est pour
cette raison
que les
Nations unies
devraient
avoir en Irak
un mandat
clair leur
accordant les
pleins
pouvoirs pour
superviser le
passage de la
phase
transitoire
actuelle à la
souveraineté
nationale, prévu
pour le 30
juin." Et
M. Maksoud de
préciser que "les
Nations unies
devraient être,
non pas les
auxiliaires
des Etats-Unis
et de la
coalition,
mais le
principal
organisme en
charge. Par la
présence
d’une seule
autorité
morale, on évite
les compromis
qui sont, par
définition,
temporaires
pour arriver
à une réconciliation
durable, seul
moyen pour
parvenir à préserver
l’intégrité
territoriale
et identitaire
du pays. Il
est
aujourd’hui
nécessaire de
hâter le
processus en
Irak afin d’éviter
de voir se répéter
le scénario
d’une nation
indépendante
passer sous
occupation".
Manque de précision
de la
"feuille
de route"
Quant à la
crise israélo-palestinienne,
Clovis Maksoud
estime que
"l’Onu
a été
paralysée par
les relations
spéciales
entre l’Etat
hébreu et les
Etats-Unis, et
le manque de
cohésion
entre les
Etats
arabes".
L’ancien
ambassadeur de
la Ligue arabe
souligne également
que la
"feuille
de route"
pêche par son
manque de précision
: "Elle
ne détermine
pas clairement
les paramètres
et ne fournit
pas de carte détaillée."
Autre question
d’importance,
celle du
retour des réfugiés
palestiniens,
un principe
qui, bien que
rejeté par
Israël,
"doit être
sérieusement
pris en considération".
Réagissant
aux récentes
déclarations
du Premier
ministre israélien
sur le démantèlement
de 17 colonies
de la bande de
Gaza, M.
Maksoud estime
que, pour
aborder la
"question
des droits des
Palestiniens,
il n’y a
d’autre
chemin que la
transparence".
Quant au terme
"concessions
douloureuses"
employé par
Ariel Sharon,
M. Maksoud
insiste sur le
fait qu’il
sous-entend le
droit de créer
des colonies
dans les
territoires
occupés. Sur
la "clôture
de sécurité",
le professeur
de relations
internationales
rappelle
qu’il
s’agit là
d’ "une
question
d’ordre légal
et que le mur
est une
violation de
la quatrième
convention de
Genève. M.
Sharon le présente
comme un enjeu
politique,
mais ce
“mur” est
une autre
forme
d’annexion
illégale",
conclut-il. M.
Maksoud sera
la semaine
prochaine à
Beyrouth où
il envisage de
s’installer
pour se
consacrer à
la rédaction
de ses Mémoires.
haut
S'unir
contre l'hyperterrorisme
Sécurité - Après
les attentats de
Madrid
par HERVE DE
CHARETTE, publié dans
le Figaro le 19 mars
2004
L'auteur
est ancien ministre
des Affaires étrangères
Il
est urgent de tirer
toutes les leçons
du drame qui a
meurtri l'Espagne.
Il confirme, de façon
tragique, que les
attentats subis par
les Etats-Unis le 11
septembre 2001 n'ont
constitué ni un
acte unique et non
reproductible ni un
défi adressé à la
seule puissance américaine.
C'est l'entrée dans
un monde nouveau :
celui de l'hyperterrorisme,
tel que l'a défini
François Heisbourg,
c'est-à-dire la
volonté de tuer le
plus grand nombre
possible de victimes
civiles afin de déstabiliser
et de détruire
"le monde
occidental", la
destruction de masse
au service d'un
combat idéologique
dirigé contre nous.
Il s'agit bien d'une
guerre, même si
elle est d'un type
inconnu jusqu'alors.
La réalité est
bien là. C'est même
la principale menace
qui pèse sur nous
aujourd'hui. N'en
doutons pas :
d'autres événements
se préparent. Ils
seront probablement
plus tragiques
encore. Le pire
n'est pas derrière
nous. Il est devant.
Il est sans doute
trop tôt pour
analyser les causes
du vote espagnol et
pour mesurer ce qu'a
pesé ce que
j'appellerai "la
tentation de
Munich", c'est-à-dire
le désir populaire
d'échapper à la
tourmente venue du
Moyen-Orient. Il
faut, en tout cas,
se réjouir des déclarations
sans ambiguïté des
dirigeants européens.
Il est vain, en
effet, d'imaginer
que l'Europe dans
son ensemble, ou tel
ou tel pays européen -
par exemple la
France - pourra
échapper au maelström.
Pour les islamistes
fanatiques qui sont
à l'origine de cet
affrontement,
l'Europe a partie liée
avec l'Amérique.
Elle défend les mêmes
valeurs. Son passé
colonial la rend même
encore plus
critiquable. Il y a
quelques années, la
France pouvait faire
preuve d'habileté
manoeuvrière en
sous-main pour écarter
telle ou telle
menace ou faire
valoir ses relations
particulières avec
le monde arabe. Tout
ceci est balayé :
la France court désormais
à peu près autant
de risques que les
autres. Les réactions
islamistes à
l'affaire du voile
en témoignent.
L'Europe n'échappera
pas aux orages qui
s'annoncent.
On
ne peut donc que
souscrire des deux
mains aux propos du
président Chirac et
du chancelier Schröder,
affirmant mardi à
Paris que "la
communauté
internationale doit
se rassembler pour
lutter contre le
terrorisme de toutes
ses forces et sans
relâche". Encore
faut-il passer aux
actes. Et le premier
de ces actes, c'est
d'en finir avec la
querelle
transatlantique à
propos de l'Irak.
Passant par-dessus
leurs divergences de
l'année 2003, il
est indispensable
que Français et Américains
accélèrent le pas
de leurs
retrouvailles, déjà
assez bien engagées.
Dans la foulée, il
est encore plus nécessaire
que les Européens,
Jacques Chirac,
Gerhard Schröder et
Tony Blair en tête,
définissent
ensemble des
positions communes.
Le combat contre l'hyperterrorisme
ne peut pas être le
fait d'une Amérique
solitaire. L'affaire
irakienne l'a
clairement démontré,
et l'équipe Bush
semble en avoir pris
conscience. Mais il
ne serait pas non
plus souhaitable que
l'Europe joue en
solo. Il faut un
dialogue entre les
deux rives de
l'Atlantique. Mieux
même : une négociation,
en vue de définir
ensemble et de
conduire ensemble la
guerre contre l'hyperterrorisme.
Dans cette négociation,
trois éléments
sont décisifs : le
premier concerne
l'Irak. Il faut
sortir la coalition
de ce guêpier et il
faut que nous l'y
aidions dans le
cadre des Nations
unies. Il n'y a
aucun avantage à
tirer, ni pour les
Américains à
s'enfoncer dans leur
solitude ni pour
nous à nous réjouir
de leurs déboires.
Quoi qu'on pense de
l'intervention
militaire passée,
il faut rechercher
ensemble l'issue la
plus positive.
Le
second volet de
cette négociation
concerne la
Palestine.
L'aveuglement de
ceux qui encouragent
le statu quo est
dramatique. Après
l'échec du
processus d'Oslo, la
fameuse
"feuille de
route" qui y a
fait suite a perdu,
à son tour, toute
efficacité. Il est
grand temps que les
Européens se décident
à prendre à
bras-le-corps un
conflit qui menace,
de façon directe,
la stabilité méditerranéenne,
mais aussi désormais
la stabilité
mondiale. Combien de
temps encore
l'Europe va-t-elle
regarder les bras
croisés les
provocations des
extrémistes israéliens
et palestiniens ? Le
troisième volet de
cette stratégie
euro atlantique que
j'appelle de mes
voeux contre l'hyperterrorisme
concerne la sécurité
intérieure des pays
européens. La coopération
entre les polices
est utile, mais elle
n'est pas
suffisante. Il faut
aller beaucoup plus
loin, surtout au
moment où l'élargissement
aux pays d'Europe
centrale et
orientale va nous
fournir l'opportunité
d'associer les pays
adhérents à des
dispositifs sécuritaires
plus exigeants.
L'Europe doit se préparer
à de nouvelles
contraintes en
sachant que, par
surcroît, elles
auront un coût élevé.
C'est le moment,
pour nos dirigeants,
d'être à la mesure
des grands événements
qui montent à
l'horizon. L'hyperterrorisme,
ce n'est pas le
terrorisme d'hier.
C'est la nouvelle
menace qui pèse sur
le monde. Il ne faut
plus attendre pour
agir.
haut
Des
Etats-Unis et de la
religion
par
JOSEPH MACE-SCARON,
publié dans le Figaro
Magazine le 6 mars
2004
Mel
Gibson martyrisé,
Mel Gibson crucifié,
Mel Gibson ressuscité.
Finalement, son film
sur la Passion du
Christ sera bien
sur les écrans en
France. Il rencontre
aux Etats-Unis un
formidable succès.
Un vrai rouleau
compresseur. Gageons
que l'on va parler
de "populisme
religieux"
à propos d'une
oeuvre dont la
prudence n'est
certes pas la qualité
première. Un
populisme qui aurait
balayé en Amérique
le christianisme
raffiné des judeo
christian studies.
On a ainsi débattu
à l'envi de l'antisémitisme
réel ou supposé de
ce film comme s'il
s'agissait là d'un
élément
promotionnel parmi
d'autres. Ce qu'il y
a d'ennuyeux avec
cette controverse,
c'est qu'elle a fait
écran à des enjeux
plus essentiels et,
surtout, plus
complexes. L'hyperréalisme
sanglant de la
Passion du Christ
n'est pas tant
l'expression d'un
fondamentalisme
religieux que la
mise en scène
saisissante des
obsessions qui
hantent ce pays. On
pourrait reprocher
à ce film d'oublier
que le christianisme
est moins une théologie
de la rédemption
qu'une théologie de
la résurrection.
Mais après tout, il
s'agit là d'une dérive
que l'on constate un
peu partout de Rio
à Manille, en
passant par Paris.
Non, l'insistance à
traiter la douleur
et la souffrance
comme l'antichambre
de la grâce, cette
flagellation
expressionniste révèle
que l'Amérique,
loin d'être cette
hyperpuissance
hautaine et
puritaine, est,
avant tout, un pays
qui doute en
permanence de lui-même.
La religion aux
Etats-Unis est une
des formes de
l'expression
politique
Tout simplement
parce que la pensée
de la fondation
qui est à
l'origine de la
nation américaine
n'aurait pas été
envisageable si
une poignée de
chrétiens mis à
l'index n'avaient
trouvé refuge sur
les rives de la
Nouvelle-Angleterre.
C'est donc par
vocation
spirituelle que
les Etats-Unis se
font un devoir
d'incarner pour le
monde la liberté.
Quitte à ce que
cette mission
prenne, le cas échéant,
une allure
sacrificielle. On
peut s'en féliciter.
On peut le
condamner. On ne
peut guère le
contester.
Pourtant la France
n'en finit jamais
de découvrir ce
paradoxe. Elle a
feint d'ignorer
que Bill Clinton
avait réuni les
principaux leaders
religieux pour se
faire administrer
une absolution
audiovisuelle.
Elle a oublié
qu'au lendemain de
la catastrophe du
11 Septembre, les
New-Yorkais ont réagi
non pas en
consultant les
psys de Woody
Allen mais en
organisant
d'immenses veillées
de prière. Nous
n'en finissons pas
de nous demander
comment le devenir
américain qui, de
fait, est aussi le
nôtre, peut
allier aussi étroitement
les progrès
technologiques et
scientifiques et
ce qui nous apparaît
comme la
manifestation d'un
archaïsme
religieux. Les
Français sont fâchés
avec les
religions, à
tort. Mais il faut
qu'ils comprennent
pourquoi ce qu'ils
prennent, eux,
pour le respect
bien compris de la
laïcité apparaît
aux Américains
comme une
insoutenable
atteinte à la
liberté de
croyance.
Ce qui est le
plus insupportable
dans cette
affaire, c'est
notre suffisance
intellectuelle
quand nous
regardons les
Etats-Unis
Ces derniers procèdent
de même ? Et
alors !
Sommes-nous entre
Etats majeurs ou
dans une cour de récréation
? Est-il
impossible d'avoir
un regard critique
sans caricaturer
le partenaire ?
Parler d'
"empire",
à tort et à
travers, quand on
ouvre le débat
sur l'Amérique,
est tout aussi
lassant que
l'antienne du choc
des civilisations
ou que la
propension de
certains néoconservateurs
à souligner la
faiblesse ou
l'impuissance
d'une Europe "dévirilisée".
C'est du
Clausewitz revu et
corrigé par
Arnold
Schwarzenegger.
Pour autant, il
est tout aussi
grotesque de
regarder les Américains
de haut. Je ne
vois pas en quoi
l'autoproclamé "parti
de
l'intelligence"
en France a des leçons
de sobriété
politique à
donner aux épigones
du Parti républicain.
Je ne vois pas en
quoi la piété démonstrative
d'un George Bush
est plus risible
que la
bimbeloterie égypto-telluro-mystique
dont nous avait
gratifiés François
Mitterrand à la
fin de son second
septennat. Je ne
vois pas en quoi
le récit de la rédemption
personnelle du
chef de l'Etat américain
prête à rire
quand nous vénérons
un machiavélisme
de pacotille. Je
ne vois pas en
quoi les campagnes
électorales
outre-Atlantique
sont plus
indigentes et désolantes
que celles que
nous subissons
actuellement dans
l'Hexagone.
haut
Pour
lutter contre la
judaïsation de Jérusalem,
Arafat veut
mobiliser les chrétiens
arabes
Une
délégation
palestinienne en
tournée
d’explication au
Liban
paru
dans l'Orient-le
Jour le 7 février
2004
Une
délégation de
personnalités
palestiniennes chrétiennes
se trouve en ce
moment au Liban,
dans le cadre
d’un plan de
mobilisation
contre la
politique de judaïsation
de Jérusalem et
la construction
par Israël d’un
mur de sécurité.
Le rôle privilégié
que peuvent jouer
des chrétiens
arabes dans la défense
des droits des
Palestiniens a été
mis en avant par
les membres de la
délégation, au
cours d’une série
d’entretiens
hier avec des
personnalités
libanaises. La délégation
a notamment relancé
le projet
d’organisation
d’un congrès
chrétien arabe
destiné à
corriger l’image
désastreuse que
donnent du
christianisme les
Eglises
protestantes
appuyant le
sionisme. La
délégation
palestinienne est
composée de Mgr
Riyah Aboul Assal,
évêque anglican
de Jérusalem,
ainsi que de MM.
Emile Jarjouhi,
membre du Comité
exécutif de l’OLP,
et Ghazi Hanania,
vice-président du
Conseil législatif
(Parlement)
palestinien. Elle
est accompagnée
de MM. Mahmoud
Assadi, membre du
commandement de
l’OLP au Liban,
Khaled Aref, Adnan
Saadeddine et
Nidal Sabeh.
Les membres de
la délégation
ont rencontré
tour à tour
hier le ministre
des Affaires étrangères
Jean Obeid, le
ministre d’Etat
pour la Réforme
administrative
Karim Pakradouni,
le patriarche
Nasrallah Sfeir,
le président
par intérim du
Conseil supérieur
chiite, cheikh
Abdel Amir
Kabalan, le
mufti de la République,
cheikh Mohammed
Rachid Kabbani,
et le métropolite
de Beyrouth, Mgr
Elias Audeh.
Jeudi soir, la délégation
palestinienne
avait rencontré
le président de
la Ligue
maronite et de
l’Union des
ligues chrétiennes,
Michel Eddé,
entouré de
nombreuses
figures
communautaires
chrétiennes.
"Jérusalem
comptait,
traditionnellement,
quelque 80.000
chrétiens, elle
n’en compte
plus
aujourd’hui
que 8.000 ou
peut-être
9.000", a
averti l’évêque
anglican de la
Ville sainte, à
l’issue de
l’entretien
avec le ministre
des Affaires étrangères.
Et de souligner
que les colonies
de peuplement se
multiplient
autour de Jérusalem
ainsi qu’à
l’intérieur
de la ville. "La
Palestine que
nous a promise
George Bush
ressemble de
plus en plus à
un gruyère",
a-t-il dit.
Le mur
de sécurité
La construction
par Israël
d’un mur de sécurité
figurait au
nombre des plus
importants
points soulevés,
ont affirmé les
membres de la délégation
palestinienne,
précisant que
des milliers de
Palestiniens étaient
ainsi empêchés
par ce mur de
parvenir à
leurs terres
agricoles. Chrétiens
et musulmans de
Jérusalem, de
Bethléem et
d’ailleurs ne
peuvent prier
dans leurs églises
et mosquées,
ont-il ajouté,
et pour la
troisième année
consécutive,
Yasser Arafat,
le chef de l’Autorité
palestinienne, a
été empêché
d’assister à
la
traditionnelle
messe de minuit
du 24 décembre
à Bethléem. De
même, les
musulmans en
sont réduits à
prier devant le
tombeau d’Abraham,
à Hébron,
transformé en
lieu de culte
musulman.
Une
feuille sans route
L’Autorité
palestinienne est
décidée à défendre
avec la même détermination
les lieux saints
chrétiens et
musulmans, a
affirmé pour sa
part Emile
Jarjouhi, membre
du Comité exécutif
de l’OLP. Les
responsables
palestiniens
suivent de près
les efforts déployés,
notamment par le
Liban, pour
obtenir une
condamnation du
mur de sécurité
par la Cour
internationale de
justice de La Haye
(CIJ). Sur un
autre plan, les
membres de la délégation
ont affirmé
qu’il suffit de
s’installer, le
soir, devant un
poste de télévision
pour se rendre
compte qu’il ne
se passe pas de
jour sans que des
Palestiniens
tombent, tués ou
blessés, sous les
balles des soldats
israéliens, ou
que des maisons
soient détruites
par les
bulldozers. Répondant
aux questions des
journalistes sur
la viabilité de
la "feuille
de route", au
stade actuel, l’évêque
anglican de Jérusalem
a affirmé qu’il
y voit plutôt
"une feuille
sans route".
Et d’ajouter que
l’Initiative de
Genève était
bonne mais
insuffisante. En définitive,
a-t-il dit, il
faudra revenir aux
résolutions
internationales.
haut
Quand
de Gaulle reconnut
le régime de Mao
Une
cérémonie
marquera, demain
à Paris, le
quarantième
anniversaire de
cette initiative
paru
dans le Figaro le
26 janvier 2004
"Ne
laissons pas les
Chinois mijoter
dans leur jus.
Sinon, ils
finiraient par
devenir
venimeux. Il se
pourrait bien
qu'un jour ou
l'autre nous
soyons amenés
à les reconnaître
et à donner
l'exemple au
monde." Eminemment
gaullienne,
cette confidence
du Général à
Alain Peyrefitte
date de juin
1962 (C'était
de Gaulle, tome
1, Fayard/de
Fallois). Un an
et demi plus
tard, le 27
janvier 1964, un
bref communiqué
conjoint annonce
que "le
gouvernement de
la République
française et le
gouvernement de
la République
populaire de
Chine ont décidé
d'un commun
accord d'établir
des relations
diplomatiques".
Mûri de longue
date, le projet
avait pris forme
quelques mois
auparavant dans
le secret du
prince. Le Quai
d'Orsay ne sera
mis dans la
confidence
qu'une fois
l'affaire bouclée,
ou presque. "Vers
la fin de l'été
1963, le Général
m'a dit qu'il
songeait à
envoyer Edgar
Faure en
Chine", se
souvient Etienne
Burin des
Roziers, à l'époque
secrétaire général
de l'Elysée. De
Gaulle comptait
en effet sur
l'habileté de
l'ex-président
du Conseil, par
ailleurs féru
de civilisation
chinoise, pour
sonder ses
interlocuteurs
dans la plus
grande discrétion.
Ses entretiens
avec Chou
En-lai, à Pékin
et à Shanghaï,
en septembre et
en octobre 1963,
préparèrent le
terrain. Des
"négociations
techniques"
eurent lieu
ensuite à Berne
entre diplomates
français et
chinois.
La crise des
missiles à
Cuba,
l'engrenage
vietnamien, le
schisme entre
Moscou et Pékin
avaient renforcé
de Gaulle dans
sa conviction :
le dialogue avec
la Chine rouge
était
incontournable. "Il
y a quelque
chose d'anormal
dans le fait que
nous n'avons pas
de relations
avec le pays le
plus peuplé du
monde, sous prétexte
que son régime
ne plaît pas
aux Américains",
s'ouvre-t-il
à Peyrefitte en
mars 1963. Et
d'ajouter :
" J'ai
fait alliance
avec la Russie
pour nous
renforcer en
face de
l'Allemagne. Et,
un jour, je
ferai alliance
avec la Chine
pour nous
renforcer face
à la
Russie"
( C'était de
Gaulle, tome
1, Fayard/de
Fallois). "C'était
le bon sens qui
commandait",
relève
Etienne Burin
des Roziers, qui
poursuit : "Il
y avait aussi là
une
manifestation
d'indépendance
par rapport à
Washington qui
ne lui déplaisait
pas."
Restait le problème
de Formose. De
Gaulle tenait à
ménager son
vieil allié
Chiang Kai-shek.
Début janvier
1964, le général
Pechkoff, un fidèle
de la France
libre, et le
colonel Jacques
Guillermaz se
rendent donc
confidentiellement
à Taïpeh pour
prévenir le généralissime.
Communistes et
nationalistes
refusant toute
double
reconnaissance,
Paris renonce dès
lors à
entretenir des
relations
officielle avec
l'île rebelle.
Le 27 janvier,
la publication
du communiqué
officiel fait
grand bruit.
L'ambassadeur
des Etats-Unis,
Charles Bohlen,
ne décolère
pas. Les Américains,
que de Gaulle
n'a pas pris la
peine d'avertir,
y voient un
mauvais coup
porté contre
eux et le
"monde
libre". La
reconnaissance
du gouvernement
de Pékin ne
comporte pas "la
moindre
approbation du
système
politique qui
domine
actuellement en
Chine", soulignera
le président de
la République
lors de sa conférence
de presse du 31
janvier 1964. Le
22 février,
c'est le
diplomate Claude
Chayet qui est dépêché
à Pékin afin
de préparer
l'installation
du premier
ambassadeur de
France, Lucien
Paye. "L'accueil
a été
convenable, sans
plus, se
souvient-il. Les
Chinois
pensaient que
cette
reconnaissance
était normale.
A leurs yeux,
elle n'avait que
trop tardé",
poursuit
Claude Chayet,
qui reviendra
comme
ambassadeur en
1979. L'acte
fondateur avait
été posé.
Mais ses bénéfices
immédiats
resteront limités.
Il n'épargnera
pas à de Gaulle
les slogans
injurieux des
gardes rouges
pendant la Révolution
culturelle (
France-Chine,
quand deux
mondes se
rencontrent, par
Muriel Détrie,
"Découvertes"
Gallimard).
Quelques années
plus tard, la
France perdra sa
"spécificité"
lorsque les
grandes nations
occidentales rétabliront
leur dialogue
avec Pékin, à
l'instar des
Etats-Unis en
1972. Enfin, sur
le plan économique,
peu d'avantages
furent retirés
de cette
initiative
pionnière. "Nous
pensions que les
alouettes
tomberaient
toutes rôties,
c'était
faux", résume
Claude Chayet.
haut
Les
émigrés du Brésil
attendent la réalisation
des promesses
libanaises
Diaspora -
L’espoir le
dispute au
scepticisme
par EMILE
KHOURY, publié
dans l'Orient-le
Jour le 6 mars
2004
Chat échaudé
craint l’eau
froide. Les
multiples déceptions
engrangées
pendant des
dizaines d’années
restent dans la
mémoire de la
diaspora. Mais
les émigrés du
Brésil n’en
attendent pas
moins avec
espoir la concrétisation
des promesses reçues
durant la visite
que le président
Lahoud, et une
importante délégation
officielle, leur
ont récemment
rendue. Il
s’agira de
voir si cette
fois on va dépasser
le niveau des
bons sentiments.
Ce qui n’avait
jamais été le
cas après les
tournées de présidents
antérieurs. Désireux
d’honorer sa
parole, le président
Emile Lahoud a
saisi le Conseil
des ministres de
la question,
pour exposer les
résultats de sa
visite au Brésil.
Et demander un début
d’exécution.
Il a donc été
décidé de
confier à une
commission
ministérielle,
dirigée par
Issam Farès, le
soin d’étudier
en profondeur le
dossier de la
diaspora. En
mettant
l’accent, en
termes concrets,
sur les moyens
à mettre en œuvre
pour réactiver
vraiment l’Union
libanaise
culturelle dans
le monde (ULCM).
Qui est censée
regrouper, et
représenter,
l’émigration
libanaise. Mais
qui, pour
l’heure, est
pratiquement
disloquée. De même,
la commission va
réfléchir sur
la réalisation
des engagements
qui se résument
comme suit :
– Renforcement
des liens bilatéraux
avec le Brésil,
principale terre
d’accueil des
Libanais
d’origine,
dans tous les
domaines,
notamment économiques
et commerciaux.
Afin que le
Liban devienne
un tremplin, une
porte ouverte,
pour la
production brésilienne
qui cible le
marché du
Moyen-Orient. Et
vice versa. Dans
ce cadre, un
projet prévoit
de rétablir une
ligne aérienne
directe, de
voyageurs et de
fret, avec São
Paulo. Du même
coup, la MEA
aiderait sans
doute ce petit
pays à attirer
des
investisseurs.
Le PDG de la
compagnie,
Mohammed el-Hout,
promet d’étudier
ce plan sous un
angle favorable.
D’autant que
la ligne
desservirait au
passage le
continent
africain, autre
point de chute
important des émigrés
libanais, avec
escale à
Abidjan. Mais
Hout ne cache
pas que la ligne
envisagée
serait
dispendieuse,
peu rentable
probablement, et
difficile à
organiser sur le
plan logistique.
Il estime, en
gros, que la MEA
risque de perdre
par an quelque 6
millions de
dollars avec ce
service. Or, la
compagnie, qui
sort à peine de
la tourmente,
doit surveiller
de près ses
comptes. Hout va
donc présenter
ses conclusion
au Conseil des
ministres. Qui décidera
si le sacrifice
en vaut la
peine. Et s’il
faut, éventuellement,
que l’Etat
couvre la dépense
par une
subvention spéciale.
– Un autre
projet qui a
pris corps lors
de la visite présidentielle
au Brésil : la
tenue d’un
sommet groupant
les pays arabes
et les pays d’Amérique
du Sud. Le Liban
doit en exposer
les détails
lors de la
prochaine réunion
de la Ligue, à
Tunis. La
rencontre, en
cas
d’approbation,
devrait avoir
lieu à Brasilia
en janvier 2005.
– La création
d’un comité
groupant des
hommes
d’affaires
libanais et brésiliens,
pour multiplier
les projets
communs. Dans le
même créneau,
l’installation
au Liban d’une
foire permanente
des produits brésiliens
destinés aux
marchés de
cette région.
Egalement proposée
à l’étude,
quoique
difficile à réaliser
:
l’instauration
d’une zone monétaire
unifiée comme
dans l’Union
européenne.
– Bien
entendu,
l’essentiel de
la mission de la
commission
ministérielle
libanaise
tiendra dans
l’activation
du rôle des émigrés.
Pour en attirer
les capitaux. En
pratique, et
pour faciliter
les échanges,
il faudra prévoir
des mécanismes
d’octroi
mutuel
automatique de
visas. Dans le même
esprit, il
faudra
promouvoir les
échanges
culturels et pédagogiques.
– Reste une
question-clé :
la participation
des émigrés à
la vie politique
du pays
d’origine.
Pour renforcer
leur attachement
à la mère
patrie. Mais ce
dossier est
complexe, car il
met en jeu le
problème de
l’identité et
de la double
nationalité.
Les émigrés réclament
que l’Etat
libanais leur
accorde les mêmes
droits que la
Syrie octroie à
ses expatriés.
C’est-à-dire,
tout simplement,
qu’il les
reconnaisse
comme libanais
et leur redonne
la carte quand
ils n’en sont
plus pourvus.
Pour qu’ils
soient considérés
comme
parfaitement égaux,
en termes
civiques, avec
les résidents.
Un ancien
ambassadeur relève
que l’Etat a
notamment pour
devoir de se préoccuper
des Libanais qui
sont partis à
cause, ou à la
suite, de la
guerre
domestique. Et
dont beaucoup
sont animés de
ressentiments
divers, qui en
font souvent des
radicaux. Il
faut tenter de
les comprendre
et de les récupérer,
en leur
permettant de
participer à la
vie politique du
pays, souligne
l’ancien
diplomate. Qui
estime que cela
devrait entrer
dans le cadre
d’une étude
globale du
dossier des émigrés,
anciens ou
nouveaux. Le
traitement
commençant par
des efforts en
vue de leur
redonner
confiance dans
l’Etat
libanais.
haut
Art
digital - Les
jeux perdent leur
innocence
La politique très
présente dans la
section expérimentale
du Festival du
film de Rotterdam
par MARIE
LECHNER, publié
dans Libération
le 29 janvier 2004
Dans le vacarme
des tirs et des
voix hachées de
CBS News, Ben
Laden, Al Gore,
Bush, Hillary
Clinton et des
terroristes de
tout poil
s'explosent à
l'arme
automatique
avant de se
relever pour un
nouveau carnage.
"Les
personnages sont
programmés pour
lancer des
attaques préventives,
explique Thomas
Soetens, de
Workspace-Unlimited.
Prisonniers
du cube, ils
sont pris dans
une boucle de
violence sans
fin." Diplomatic
Arena , une
modification
satirique du
moteur de jeu
Quake 3, donne
le ton à l'entrée
du Fight Club
installé dans
l'Off-Corso, boîte
de nuit de
Rotterdam
transformée en
salle de jeux.
Subversif
Programmée dans
le cadre d'Exploding
Cinema, la
section expérimentale
du festival du
film de
Rotterdam, qui,
depuis neuf ans,
furète aux
marges du cinéma,
cette arcade
propose des jeux
vidéo
critiques,
imaginés par
des artistes,
hacktivistes qui
détournent le médium
pour le
questionner. A
l'instar du
projet
Velvet-strike
(commando de
velours), créé
dans la foulée
du 11 septembre.
L'objectif,
infiltrer Counter-strike
, le plus
populaire des
jeux de combat
en ligne, qui
met aux prises
factions
terroristes et
antiterroristes,
et placarder
dans le décor
virtuel des
affiches
subversives. En
face, Cory
Archangel décrit
les différentes
étapes pour
hacker une
cartouche de jeu
Nintendo. Du jeu
d'origine, il
n'a gardé que
les nuages qui
flottent poétiquement
dans l'espace. "Jeu
et politique
semblent de plus
en plus corrélés,
explique Edwin
Carels,
commissaire du
programme Power
: Play. L'armée
recrute ses
soldats sur le
Net avec America's
Army, le jeu
le plus téléchargé
l'an passé, qui
simule
d'authentiques
entraînements
militaires. De même,
la propagande américaine
en Irak se résume
dans un jeu de
carte alors que
Sony fait
breveter
Shock and Awe
(opération
"Choc et
effroi") c
omme titre pour
un futur jeu vidéo."
Power : Play
tente de
concilier le
politique et le
ludique en présentant
une trentaine
d'installations,
jeux vidéo,
animations flash
( Motionfood
Kaboul de
Lokiss, Mecca
Donald's de
Tin-kin) ou
sites Web qui
partagent cette
volonté de se réapproprier
les règles, de
commenter des
faits : la game
culture au
service de la
critique sociale
et de
l'activisme
politique, le
jeu vidéo comme
moyen
d'expression.
Au quartier général
du Fight Club
les missions
sont diverses :
traverser le Rio
Grande dans la
peau d'un
immigrant
mexicain, afin
de décrocher
une g reen
card (
Crosser ) ;
créer des
profils de
superméchants
et monter une
fausse
conspiration par
mails pour semer
la confusion
auprès des
autorités qui
surveillent le
courrier de façon
abusive (
Supervillainizer
) ; ou assister
impuissant à un
conflit dont
l'issue est
toujours la même,
les Américains
gagnent et des
millions de
musulmans
veulent leur
peau ( Gulf
War 2 ). Présenté
également, le
premier jeu vidéo
3D arabe, Under
Ash, dont le
héros est un
jeune
Palestinien qui
se bat contre
les colons israéliens,
histoire de
renverser les
perspectives. "Avant
le 11 septembre,
les jeux de
guerre, comme Command
& Conquer,
se passaient
dans un contexte
indéfini. Les développeurs
de jeu
s'appliquaient
à effacer toute
référence à
la réalité. Même
si les méchants
parlaient
anglais avec un
accent bizarre.
Puis, tout a
changé.
Maintenant
l'ennemi a un
visage, la
propagande
sous-jacente a cédé
la place à des
jeux
frontalement idéologiques"
, explique Eddo
Stern, artiste
israélien
installé à Los
Angeles, qui présentait
Sheik Attack
, un film
bouleversant
commentant les
incursions israéliennes
au Sud-Liban, réalisé
avec des scènes
de jeux vidéos
guerriers. Eddo
Stern est membre
de c-Level, un
collectif
d'artistes
californiens qui
présentait un
avant-goût de
Waco
Resurrection,
où le joueur
incarne le
leader des
davidiens, David
Koresh,
ressuscité pour
l'occasion. Un
jeu
apocalyptique en
guise de réponse
aux dérives
millénaristes
du gouvernement
américain, mais
aussi prémices
de ce qu'ils
appellent le "documentaire
subjectif",
qui se base sur
des faits réels
et mise sur
l'identification.
La tentative,
enfin, de développer
des jeux vidéo
"indé",
qui seraient l'équivalent
des films
d'auteur.
Matrice
Pendant réflexif
du Fight-Club,
l'expo "Friendly
Fire"
(expression
ironique qui
qualifie les
attaques contre
ses propres
troupes), également
présentée à
Rotterdam,
permet d'échapper
à l'excitation
du ring. Plus
disparates, les
installations
s'attachent à déconstruire
le jeu vidéo et
à relier monde
virtuel et monde
physique. Les
Afghans
traduisent ainsi
les guerres sur
des tapis aux
motifs sinistres
: grenades,
fusils, bombes,
vues aériennes
de villages
encerclés par
des chars.
L'esthétique de
ces war
carpets évoque
de façon
troublante les
écrans pixelisés
des premiers
jeux vidéo.
Tout comme le
packaging des
accessoires
imaginés par
David Cronenberg
pour son film eXistenZ,
qui trônent
dans une
vitrine. Medusa,
Biological
Father, Viral
Ecstasy : telle
la promesse de
nouveaux
univers, le seul
nom des boîtes
de jeu rappelle
que Cronenberg
est sans doute
le premier réalisateur
à avoir vu dans
le jeu vidéo
une matrice à
histoire.
Aujourd'hui, les
rapports
incestueux entre
cinéma et jeu
vidéo sont
consommés, les
emprunts esthétiques
(Matrix
ou son double
coréen, projeté
au festival, Resurrection
of the Little
Match Girl)
et syntaxiques
(les
trajectoires d'
Elephant) se
multiplient de
part et d'autre.
D'où la
question Jeux
: le futur du
cinéma ?
posée aux
Pays-Bas dans
une conférence.
Steven Poole, spécialiste
du jeu vidéo,
juge les deux
genres ennemis
(l'un est
interactif,
l'autre
narratif) et
regrette ce mimétisme.
Néanmoins,
Exploding Cinema,
en questionnant
sans relâche
ses marges
(nouveaux médias,
clips, arts
plastiques,
jeu), s'emploie
à tout faire "pour
que le cinéma
ne devienne pas
un objet
nostalgique".
haut
"BerlinBeirut"
: le cri d’amour
de Myrna Maakaron
Elle a reçu le
Berlin Today Award
dans le cadre des
Berlinales 2004
par MAYA
GHANDOUR HERT,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 6 mars 2004
Myrna
Maakaron a promené
son nez mutin et
ses boucles brunes
dans plusieurs
longs-métrages
libanais. On
retiendra surtout
sa prestation dans
"Il était
une fois Beyrouth
: histoire d’une
star", de
Jocelyne Saab, et
"Civilisées",
de Randa Chahal
Sabbag. Elle a également
réalisé des
courts-métrages :
"Conte
d’adulte",
primé au Festival
du film de
Beyrouth, et
"Confusion",
sélectionné pour
participer à un
grand nombre de
festivals
internationaux.
Et, dernièrement,
une sorte de
docu-fiction
subjective intitulée
"BerlinBeirut",
qui a reçu le
Berlin Today Award,
dans le cadre de
la première
Berlinale Talent
Campus. Rencontre
(par e-mail
interposé) avec
un jeune talent
prometteur. Et
gros plan sur son
court-métrage,
qu’elle présente
comme une déclaration
d’amour pour sa
ville natale,
Beyrouth, et
l’autre, sa
ville
d’adoption,
puisque la jeune
cinéaste a épousé,
il y a deux ans,
un musicien
allemand. Dans
son essai
filmique, Myrna
Maakaron associe
des images et des
scènes tournées
à Beyrouth et à
Berlin. Elle fait
ressortir les
similitudes et les
parallèles rendus
évidents par le
passé récent de
ces deux villes,
mais aussi les
différences de
nature éthique,
religieuse et
historique. Scandé
au rythme des sept
jours de la
semaine, le film
doit sa cohésion
aux commentaires
très personnels
de la réalisatrice.
Flash-back
sur le début de
l’aventure.
Comment la
Libanaise
s’est-elle présentée
au Campus
berlinois des
talents ? "Pour
participer au
Berlinale Talent
Campus, je devais
avoir fait des études
de cinéma ou
avoir travaillé
dans un des
domaines du cinéma,
explique Maakaron.
En plus, il
fallait faire un
film d’une
minute, sujet au
choix. J’ai réalisé
un film qui
s’intitule 28.
En février 2003,
je reçois une
invitation au
Talent Campus
(ainsi que 470
autres réalisateurs,
acteurs,
producteurs,
monteurs...) qui
s’est déroulé,
bien évidemment,
à Berlin".
Le Berlinale
Talent Campus 2003
était le premier
Campus qui se
faisait dans le
cadre du Festival
de Berlin.
"L’initiative
est venue du
directeur du
festival, Dieter
Kosslick, qui a
beaucoup apporté
au festival depuis
sa
nomination."
Le Talent Campus
est, en fait, une
semaine
d’ateliers de
travaux donnés
par des
professionnels
pour les 500
participants.
Durant cette
semaine, un
concours, le
Berlin Today Award
(organisé par le
Medienboard Berlin
Brandenburg), a été
lancé et concerne
tous les
participants.
"Il fallait
écrire un court-métrage
de 10 à 20
minutes représentant
notre vision du
Berlin
d’aujourd’hui.
C’était ma
première visite
de la ville. Dès
que le train est
entré en gare et
que je découvrais
les rues à
travers la vitre,
je commençais à
sentir un
rapprochement avec
ma ville, Beyrouth
: quelques murs étaient
criblés de
balles. Je savais
que mon film
s’intitulerait
"BerlinBeirut".
L’idée est
venue tout se
suite, mais a pris
du temps pour être
développée.La
date limite pour
le dépôt des
scenarii était le
16 avril 2003,
nous étions
environ 110
participants."
En
mai 2003, trois
projets sont sélectionnés.
"Berlin
Backstage",
de Véronique
Raymond et Stéphanie
Chuat (Suisse) ;
"Best of The
Wurst", de
Grace Lee (USA)
et, bien sûr,
"BerlinBeirut"
de Myrna Maakaron
(Liban). Chaque
projet a reçu une
subvention de
50.000 euros en
espèces et 20.000
euros en
sponsoring. Huit
mois de gestation
pour BerlinBeirut,
dont le montage
s’est achevé en
décembre 2003. "BerlinBeirut"
a reçu le premier
Berlin Today Award,
le 10 février
2004, pendant le
Festival de Berlin
et dans le cadre
du deuxième
Berlinale Talent
Campus. "C’était
une très belle
surprise pour l’équipe
et pour moi. Quand
mon nom a été
annoncé, je
n’ai plus rien
entendu autour de
moi, des larmes
coulaient toutes
seules, je ne
trouvais plus les
marches pour
arriver sur scène.
Bien sûr j’ai
ressenti une
immense joie. Et
une jubilation non
moins importante,
car ce film a dû
toucher les cœurs
et c’est très
important. Ca
me donne la force
et la confiance de
continuer à faire
ce que j’aime le
plus dans la vie.
C’est aussi un
prix pour le
Liban, pour
Beyrouth..."
Le trophée est
une véritable œuvre
d’art, pèse
environ 8 kilos et
représente un
papillon en forme
d’écrin. En y
ajoutant de
l’eau et en le
mettant au frigo,
on peut en
extraire de très
beaux spécimens
de papillons…
des sculptures de
glace. Cette œuvre
a été créée spécialement
pour le Berlin
Today Award par un
jeune artiste
Danois, Jeppe
Hein.
La
bicyclette bleue
de Myrna
Que représente ce
film pour Myrna
Maakaron ?
"Le sujet du
film est le
rapport entre
Berlin et
Beyrouth. Le
premier jet du scénario
était très
proche d’un
documentaire
classique. Et
petit à petit, au
fur et à mesure
des réécritures,
l’histoire est
devenue plus
personnelle. Il
est devenu évident
pour moi que tout
le monde ne voyait
pas nécessairement
des similitudes
entre ces deux
villes." Pour
rendre le film
plus accessible,
la jeune cinéaste
s’est présentée
comme étant le
lien qui
rapproche, qui
unit les deux
capitales. Dans
le court-métrage,
Maakaron se promène
dans les rues des
deux villes. Robe
couleur lilas aux
manches
papillonnantes,
parapluie orange
d’époque à la
main, apparition féerique,
irréelle. De
temps en temps,
elle trimbale une
bicyclette bleue
vieille de 30 ans,
made in Berlin
Est. Et elle
raconte des
histoires, des
anecdotes, des
souvenirs liés
aux deux villes.
C’est parfois drôle,
parfois triste, et
souvent les deux
à la fois. Les thèmes
abordés : la
guerre, la
destruction, la
reconstruction du
centre-ville, la séparation
Est et Ouest... Cette
correspondance
entre les deux
villes, comment se
traduit-elle dans
le film, c’est-à-dire
en langage cinématographique
? "Berlin
et Beyrouth
deviennent une
seule ville tout
le long du film.
Un seul espace.
Une des raisons
aussi pour
laquelle le titre
du film est écrit
en un seul mot. Il
est vrai que le
tournage a eu lieu
séparément dans
les deux villes.
Ce n’est
qu’après le
montage que le
film a pris sa
vraie forme."
On y voit par
exemple
l’actrice
arpentant une
ruelle de
Beyrouth. Au
tournant, on la
retrouve à
Berlin. Le
spectateur est
confus, il ne sait
pas s’il est en
Allemagne ou au
Liban. "C’était
ma façon de
montrer à quel
point deux villes
sont similaires,
jusqu’à un
certain
point."
Frank
Maakaron a composé
une musique pour
chaque séquence,
ainsi qu’une
chanson qui
s’intitule aussi
"BerlinBeirut".
La jeune cinéaste
sait que ce prix
va probablement
lui ouvrir plus
facilement les
portes des
producteurs. Mais
elle garde les
pieds sur terre.
"Tout dépend
de moi finalement.
Si je ne travaille
pas tous les jours
et si je ne trouve
pas une bonne idée
à développer,
tout cela n’a
pas de sens. Je ne
me fais pas de
soucis pour les
subventions et le
soutien extérieur,
ce qui me tracasse
le plus c’est de
trouver une bonne
idée et d’écrire
une belle
histoire."
Pour ce qui est de
la diffusion au
Liban de "BerlinBeirut",
Maakaron indique
que le Goethe
Institut serait
intéressé par
l’organisation
de la première.
Les dates n’ont
pas encore été
fixées.
"Dans les
salles de cinéma
au Liban, je pense
que c’est hors
de question, car
c’est un court-métrage
de 23 minutes. Et
les distributeurs
libanais
n’accepteront
pas de le projeter
avant un long-métrage
américain, comme
c’est souvent le
cas en
Europe." Et
l’on s’étonne
encore pourquoi
nos jeunes talents
vont semer
ailleurs les
graines de leur génie…
haut
Faire
que l'Afrique
cesse d'avoir faim
!
L'autosuffisance
alimentaire doit
être privilégiée,
et les cultures
vivrières
revalorisées
par ROMARIC
ATCHOUROU, publié
dans Libération
le 10 mars 2004
L'auteur
est journaliste à
Business Africa,
magazine diffusé
par une trentaine
de télévisions
africaines
Conformément
aux objectifs 2015
de réduction de
la pauvreté de
moitié dans le
monde,
l'Organisation des
Nations unies, à
travers son agence
chargée de la
promotion de
l'agriculture et
de l'alimentation
(FAO), a fait de
2004 l'Année
internationale du
riz. L'Année du
riz répond sans
aucun doute à un
besoin urgent de
vulgarisation de
cet aliment qui,
selon la FAO, représente
la nourriture de
base de plus de 70
% des populations
africaines.
L'Afrique, terre
à vocation
agricole, a faim.
Quel paradoxe,
quand seulement 3
% de quelque 130
millions
d'hectares de ses
terres adaptées
à la riziculture
sont exploités !
800 millions de
personnes sur
terre souffrent de
faim. On peut bien
s'en émouvoir,
mais comment
comprendre que
dans nos villages
et dans nos
campagnes, l'on
attend de recevoir
du riz "thaïlandais"
ou du riz
"chinois",
pire encore, des
boîtes de
conserve ? Que
reste-t-il de nos
tubercules
traditionnels ?
Qu'avons-nous fait
de nos céréales
? Nostalgie,
nostalgie de ces
temps où un bon
plat d'igname, de
manioc accompagné
de feuilles
suffisait à régaler
le clan !
Le
propos n'est pas ici
de dresser une liste
exhaustive des
raisons d'une telle
débâcle. Au-delà
du questionnement
qui est le mien,
c'est une véritable
prise de conscience
de ce que
"l'homme qui a
faim n'est pas un
homme libre".
Or notre quête perpétuelle
réside dans la
conquête d'une
liberté
fondamentale,
essence même de
notre vivre en société.
La bataille, le défi
à relever, c'est
bien celui de
l'autosuffisance
alimentaire, celui
du droit pour tous
et pour chacun de
manger à satiété.
L'objectif de réduction
de la pauvreté dans
le monde et en
Afrique en
particulier, au-delà
de ce qu'il a de
noble, ne peut
certainement pas se
réaliser si notre
chère Afrique a
faim. Elle a faim de
cette fracture sans
cesse grandissante
entre riches et
pauvres - faim de
l'incapacité de nos
gouvernants à
penser au bien-être
collectif -, faim de
la paix qui, loin d'être
un comportement, s'éloigne
de plus en plus de
nos côtes. Comment
aspirer à un
quelconque développement
quand on a le ventre
vide ? Parce que
ventre vide n'a
point d'oreilles, la
solution des armes
est privilégiée au
dialogue ; parce que
ventre vide n'a
point d'oreilles, de
petits enfants sont
vendus pour
alimenter des réseaux
d'esclavage modernes
; parce que ventre
vide n'a point
d'oreilles, on
assiste impuissant
à la montée de la
prostitution et de
la pédophilie, avec
leurs corollaires de
maladies, dont la
pandémie du siècle.
Comment prétendre
au progrès quand le
sida décime nos
populations sous le
regard calculateur
de ces grosses
firmes
pharmaceutiques qui
continuent de monter
les enchères ?
Au
milieu des années
80, dans la folle
course au développement,
l'urbanisation accélérée
au rythme de 3,5 %
par an a vidé les
villages et les
campagnes des bras
valides pour la mise
en valeur des
terres. A cela il
faut ajouter des
politiques agricoles
qui ont fait des
cultures de rente
une priorité au détriment
des cultures vivrières.
Alors que
l'autosuffisance
alimentaire est prônée
comme rempart à
l'insécurité
alimentaire
galopante, cette
politique ne sera
pas suivie de
mesures suffisantes
d'incitation au développement
des vivriers. Pas de
financements publics
conséquents pour
les intrants nécessaires
à une bonne
production. Pas
d'engrais, pas de
matériel
d'irrigation, il n'y
a simplement pas eu
de véritable
politique de
promotion des
cultures vivrières.
Le vice est même
poussé plus loin
avec ces réseaux de
distribution qui
font de la rétention.
Comment concevoir
que pendant que le
citoyen lambda crève
la dalle dans sa
chaumière, dans des
conteneurs dorés de
nos ports
croupissent des
tonnes de vivres qui
attendent le surenchérissement
? Mais, à côté
des pratiques
suicidaires de nos
gouvernants, il faut
noter la préméditation
assassine de ces
puissances
occidentales. Des
subventions accordées
à leurs paysans à
la dépréciation
des prix de nos matières
premières, en
passant par les
contraintes dites
"sanitaires"
à l'exportation,
les pays développés
entretiennent
savamment cette
situation de
manque... de dépendance.
La main toujours
tendue vers le Nord,
nous n'avons pas su
apprendre à pêcher
par nous-mêmes,
attendant toujours
de recevoir notre
gamelle de poisson !
Apprendre
à pêcher par soi-même
; certainement, il
va falloir y aller.
L'Année du riz est
plus qu'un prétexte,
un point
d'achoppement. Faire
prendre conscience
à tous et à chacun
de la nécessité
des politiques vivrières.
La bataille du riz,
pour ne parler que
de cet aliment de
base, est depuis le
milieu des années
90 une priorité. Au
sein du centre de
riziculture pour
l'Afrique (Adrao,
une association de
recherche
intergouvernementale
autonome composée
d'Etats africains),
une trouvaille
suscite bien des
espoirs. Le nouveau
riz pour l'Afrique (Nerica),
croisement entre le
riz asiatique et le
riz africain, aurait
un rendement d'au
moins 25 % de plus
que les variétés
traditionnelles. En
attendant sa
vulgarisation, les
chercheurs de l'Adrao
s'accordent pour
dire que ce nouveau
riz produit plus que
les autres, sans
intrants, mais répond
avec abondance à la
moindre
fertilisation.
Visant à améliorer
la productivité et
la rentabilité du
secteur rizicole
tout en veillant à
la durabilité du
milieu de
production, le
Nerica n'est certes
pas la panacée,
mais il a au moins
le mérite de
proposer une
solution adaptée à
une situation qui
n'a que trop duré.
L'Afrique a faim.
Mais elle n'est pas
condamnée à mourir
de faim. Pourquoi céder
à une telle fatalité
quand nos terres
sont par définition
propices à des
cultures vivrières
? Céréales,
tubercules, fruits
et légumes, de
vrais trésors qui
ne feront la
richesse de nos pays
qu'avec une véritable
politique de
diversification de
nos cultures. A côté
des cultures de
rente, accorder aux
cultures vivrières
la place qui leur échoit.
Revaloriser les
cultures vivrières,
retrouver le réflexe
du terroir, donner
tout son sens à
l'autosuffisance
alimentaire, et,
seulement, on pourra
penser exportation
tout en favorisant,
bien sûr, le marché
sous-régional.
haut
Le
scénario climatique
d'apocalypse... que
voulait cacher le
Pentagone
par
HERVE KEMPF, publié
dans le Monde du 6
mars 2004
Une
Europe au climat sibérien,
une Amérique
transformée en désert,
le Bangladesh inondé,
des migrants par
millions, des
guerres,
l'effondrement de l'économie
mondiale... Telles
pourraient être les
conséquences du
changement
climatique, selon un
rapport commandé
par le Pentagone en
2003. Ce scénario
impressionnant a été
écrit par un think
tank californien
à la demande d'un
stratège influent
de l'état-major de
l'armée des
Etats-Unis, Andrew
Marshall. Mais le
document serait sans
doute resté
confidentiel si les
journaux Fortune
et The Observer
n'en avaient parlé
fin février. C'est
que, en prenant le
changement
climatique au sérieux
- et de quelle façon
! -, le texte écrit
par Peter Schwartz
et Doug Randall, du
cabinet Global
Business Network, va
totalement à
l'encontre de la
position officielle
du gouvernement de
M. Bush, qui minore
l'importance du
problème. Le
document ne
satisfaisait-il "pas
pleinement les
besoins" de
M. Marshall, comme
l'a indiqué son
porte-parole, ou était-il
politiquement gênant
? Toujours est-il
qu'il serait resté
enfoui dans un
ordinateur si la
presse n'en avait eu
vent.
Choc
climatique... dès 2010
L'affaire est
intervenue peu après
qu'une association
de chercheurs
critiques, l'Union
of Concerned
Scientists (UCS),
a publié une enquête
montrant que
l'administration
de M. Bush
manipule
l'information
scientifique émanant
de ses services
quand elle ne
correspond pas à
ses buts
politiques ( Le
Monde du 21 février).
Publié sur
Internet après
son dévoilement
par la presse (http://www.ems.org/climate/pentagon_climatechange.pdf),
le scénario écrit
pour le Pentagone
est
impressionnant.
Les futurologues
sont partis de
l'hypothèse fréquemment
évoquée par les
scientifiques que
le changement
climatique
pourrait perturber
la circulation du
grand courant océanique
qui fait le tour
de la planète.
Extrapolant cette
possibilité, le
texte table sur un
choc climatique
comparable à
celui que la terre
a connu il y a
huit mille ans -
choc qui pourrait
advenir,
imaginent-ils, dès
2010. La température
chuterait alors en
Asie, en Amérique
du Nord et en
Europe, tandis
qu'elle
augmenterait dans
l'hémisphère
Sud. La sécheresse
s'installerait
dans plusieurs
grandes régions
agricoles, tandis
que les tornades
se
multiplieraient.
Les conséquences
géopolitiques
seraient majeures
- c'est précisément
cet aspect qui a
motivé la
commande du
Pentagone. Soumise
à un climat sibérien,
l'Europe
plongerait dans la
crise. Les
Etats-Unis se
replieraient sur
eux-mêmes,
devenant
incapables de dégager
un surplus
agricole. La Chine
redécouvrirait
les famines et le
chaos - et
tournerait un œil
avide vers la
Russie. Les
guerres se
multiplieraient,
afin de conquérir
les ressources
devenues vitales. "Les
Etats-Unis ne sont
pas suffisamment
préparés" à
de tels événements,
notent les
auteurs.
haut
Pierrefitte,
future cité des
archives
par
ANNE
MURATORI-PHILIP,
publié dans le
Figaro le 11 mars
2004
Dans
environ 5 ans, la
France pourra
compter sur un
nouveau centre
d'archives, dont
la construction
est rendue nécessaire
par la vétusté
et l'engorgement
des bâtiments
existants, ce que
les historiens dénonçaient
depuis longtemps.
"C'est un
moment important
dans l'histoire
des archives de
notre pays",
a déclaré
mercredi le
ministre de la
Culture et de la
Communication,
Jean-Jacques
Aillagon, au
lendemain de
l'annonce par le
président Jacques
Chirac de cette
implantation décidée
en
Seine-Saint-Denis,
à Pierrefitte, près
de la station de métro
Saint-Denis
Université. Le
nouveau centre
sera destiné à
collecter les
archives de l'Etat
pour les 30 ans à
venir et à
conserver et
communiquer au
plus grand nombre
les archives
centrales de l'Etat
depuis 1790. Les
archives antérieures
resteront au
centre historique
des archives
nationales, à
Paris, dans le
Marais. D'une
capacité de
stockage de 320 km
linéaires, il
emploiera 300
personnes et
accueillera des
centaines de
lecteurs par jour.
Le concours de maîtrise
d'oeuvre sera lancé
dès cette année
autour d'une idée
forte : faire un bâtiment
"fonctionnel".
Son coût de
construction est
estimé à 119
millions d'euros
(hors foncier).
Les
Archives
nationales sont en
danger. Ce cri
d'alarme lancé
l'année dernière
dans Le Figaro
littéraire (27
mars 2003 ) par
le professeur
Daniel Roche,
titulaire de la
chaire d'histoire
de la France des
Lumières au Collège
de France, et
repris il y a un
mois dans nos
colonnes (4 février
2004) par le
professeur Antoine
Prost, membre du
Conseil supérieur
des Archives,
semble avoir été
entendu au ministère
de la Culture et
de la
Communication
ainsi qu'à l'Elysée.
Depuis plusieurs
années, notre mémoire
nationale qui se
compte en kilomètres
de "vieux
papiers"
s'amoncelle aux
Archives
nationales dans de
mauvaises
conditions de
conservation et se
consulte aussi
difficilement, en
dépit des
rapports
alarmistes rédigés
par les directeurs
successifs et de
la médiatisation
réussie, orchestrée
par les historiens
et archivistes de
l'association Une
cité pour les
Archives
nationales.
Depuis leur création
en 1790, les
Archives
nationales ont la
délicate mission
de collecter,
conserver,
restaurer et
communiquer les
archives des
administrations,
des organismes
publics et des
plus hautes
autorités de l'Etat
auxquels
s'ajoutent le trésor
du fonds des
archives privées
et les vingt et un
kilomètres de
liasses du
minutier central
des notaires.
Aujourd'hui, les
Archives
nationales ont de
plus en plus de
mal à respecter
ces quatre
missions. Pourquoi
? Faute de place,
faute de moyens,
faute de
personnel.
Les
Archives
nationales
veillent sur 400
km de documents
qui se répartissent
en cinq centres.
Le principal, le
Centre historique
des Archives
nationales (CHAN)
ou le quadrilatère
des
Francs-Bourgeois,
au coeur du
Marais, est
constitué d'un
assemblage d'hôtels,
de palais et de
locaux saturés,
souvent inappropriés
à la conservation
d'archives. Ce
site accueille un
fonds de 100 km
linéaires, extrêmement
riche et varié,
qui va des
parchemins du haut
Moyen Age aux
constitutions de
la République. En
1988, ce site
s'est doté d'un
Centre d'accueil
et de recherche
des Archives
nationales (Caran)
à la conception
rapidement dépassée
et dont les
mauvaises
conditions de
travail ont entraîné
une forte
mobilisation
syndicale du
personnel. Fermé
depuis novembre
2001, en raison de
travaux destinés
à améliorer la
conservation des
documents et
l'accueil du
public, le Caran,
qui est en pleine
campagne de désamiantage,
n'a toujours pas
rouvert ses
portes.
Aujourd'hui, une
solution de
fortune a été
trouvée au palais
de Soubise pour
maintenir
l'accueil des
chercheurs. Mais
le coeur n'y est
pas. Des
conservateurs du
CHAN ont préféré
poursuivre leur
carrière à la tête
des archives départementales,
tandis que la
directrice,
Marie-Paule
Arnault, a renoncé
à poursuivre sa
mission. Second
site, le Centre
des archives
contemporaines
construit à
Fontainebleau, qui
abrite un fonds hétérogène
de 140 km linéaires,
difficilement
accessible aux
chercheurs malgré
l'existence d'une
navette entre la
gare de
Fontainebleau et
le Centre.
Depuis
1966, le Centre
des archives
d'outre-mer
d'Aix-en-Provence
rassemble les
archives de
l'ancien empire
colonial français
et les archives de
l'administration
centrale de
l'ancien ministère
des Colonies, ce
qui représente
100 km linéaires.
Plus récent, le
Centre des
archives du monde
du travail,
installé en 1993
dans une ancienne
filature à
Roubaix, conserve
60 km de dossiers.
Enfin, le Centre
national des
microfilms du château
d'Espeyran à
Saint-Gilles-du-Gard
est réservé au
seul usage des
Archives
nationales
puisqu'il a pour
missions de
recevoir et de
conserver un
exemplaire des
collections de
microfilms de sécurité
et de complément
des archives
nationales et
territoriales. L'état
d'urgence touche
plus particulièrement
le CHAN (nos éditions
du 29 janvier
2001, 13 mars 2001
et 28 janvier
2003), installé
dans des locaux
inadaptés qui ne
correspondent à
aucune norme de sécurité.
Faute de
climatisation, les
documents sont
soumis à d'énormes
écarts de température
quand ils ne
souffrent pas de
l'humidité comme
dans certaines
salles de stockage
du minutier
central des
notaires. Pis, les
archives
notariales, qui
s'enrichissent de
250 m par an, ne
peuvent plus s'étendre
et doivent trouver
rapidement un
autre lieu
d'accueil. Les
"grands dépôts",
construits sous
Louis-Philippe et
Napoléon III,
abritent les fonds
de l'Ancien Régime
et du début du
XIX e
siècle. Ils ont
conservé la
majesté d'une époque
encore
respectueuse de
ses racines.
Pourtant, sous la
splendeur pointe
la misère. La
galerie du
Parlement de Paris
dévoile toujours
aux visiteurs des
registres aux
reliures moisies. A
moins de risquer
une dégradation
irrémédiable,
ces pièces ne
sont plus
consultables.
Enfin, l'atelier
de restauration
des Archives
nationales, qui
travaille en
priorité sur des
documents
prestigieux, ne
peut faire face à
la demande.
Les
Archives
nationales sont
victimes de leur
succès. L'état
civil de Paris
ayant brûlé sous
la Commune, le
flot des
chercheurs se
rabat sur les
archives
notariales, auquel
s'ajoute celui des
généalogistes.
Lorsqu'il était
ouvert, le Caran
accueillait 60% de
"scientifiques"
et 40% de lecteurs
issus de tous les
horizons (simples
citoyens, généalogistes
amateurs, etc.),
sur un total de
dix à douze mille
lecteurs par an.
170.000 documents
sont consultés
par an, ce qui
revient à une
manipulation de 6
tonnes d'archives
par jour. Or les
liasses du
minutier central
des notaires comme
les registres du
Parlement de Paris
n'ont pas été prévus
pour être
couramment consultés.
Les reliures s'abîment
et le papier se dégrade
inexorablement.
Avec un budget dérisoire
(7,51 millions d'euros
pour le
fonctionnement et
20,59 millions d'euros
en
investissements)
par rapport aux
autres
institutions dépendant
du ministère de
la Culture, les
Archives
nationales ont
essayé de
poursuivre tant
bien que mal leurs
missions. Mais les
chiffres de fréquentation
révèlent qui si
le nombre des
lecteurs augmente
dans tous les
sites des
archives, il est désespérément
en baisse au CHAN.
"Il est décidément
urgent de sortir
de l'immobilisme, concluait
Antoine Prost, si
l'on veut que ce
patrimoine
exceptionnel que
constitue la mémoire
de l'Etat soit
correctement
conservé et
consultable :
l'enjeu est la
possibilité même,
pour les générations
qui viennent, de
faire encore de
l'histoire de la
France." Si
le projet de
construction d'une
Cité des Archives
était admis et le
site pratiquement
trouvé, il avait
peine à voir le
jour. La balle était
dans le camp du
ministre de la
Culture et de la
Communication.
Jean-Jacques
Aillagon vient de
la saisir en présentant
au Conseil des
ministres un plan
de sauvetage des
Archives
nationales.
haut
Le
Beyrouth
architectural en
vedette dans le
"New York
Times"
par IRENE
MOSALLI, publié
dans l'Orient-le
Jour le 9 mars
2004
"Aujourd’hui
Beyrouth,
capitale du
Liban, retrouve
sa réputation
d’avant-guerre
de capitale
culturelle du
Moyen-Orient.
Grands hôtels
et boulevards
plantés de
magnolias ont
remplacé les
ruines. Pour les
riches Arabes
des pays
voisins, elle
est un
Saint-Tropez
levantin… Les
tensions
politiques dans
la région
persistent, mais
à Beyrouth,
c’est une
explosion de
projets
architecturaux
signés, entre
autres, Philippe
Starck, Jean
Nouvel et...
Annabel Karim
Kassar".
C’est ce que
l’on a pu
lire, il y a
deux jours, dans
la section
hebdomadaire
sous la rubrique
design du New
York Times, qui
consacre sa
première page
et une autre
page intérieure
entière à ce
boom
architectural,
en s’arrêtant
très longuement
sur le travail
d’Annabel
Karim Kassar,
architecte française,
épouse du
Libanais Radwan
Karim Kassar.
Et, plus précisément,
sur la maison du
couple située
à Gemmayzé,
qui est décrite
comme "un
lieu où le
vieux Beyrouth
est resté
intact et habité
par les mêmes
gens… Ici on
fabrique des
meubles, et les
autres magasins
vendent de tout
: du pain
baguette aux
baignoires". A
l’origine, la
maison des
Kassar était
une construction
datant du XIXe
siècle et qui
servait de
couvent. Récemment,
elle avait abrité
une école
d’initiation
à
l’informatique. A
partir de là,
Annabel a remis
en valeur les
caractéristiques
des vieilles
demeures
libanaises
qu’elle a alliées
au mode de vie
contemporain.
Elle précise
qu’elle a une
très agréable
propriétaire,
lady Cochrane,
qui trouve qu’
"Annabel a
un très bon goût
mais qui n’est
pas le
mien".
Le New York
Times explique
en détail le
processus de
cette métamorphose,
qui est illustrée
par sept très
belles photos.
Il est dit
notamment qu’Annabel,
qui a vécu avec
sa famille en
Angleterre, en
France et au
Maroc, a su
insuffler à sa
demeure
libanaise
certaines
ambiances de ces
pays, en donnant
la priorité à
l’élément
lumière. Un élément
dont elle tire
différemment
partie, en créant
des lustres pour
une firme
qu’elle dirige
avec d’autres
associés français.
Le reportage
donne encore à
voir une autre réalisation
de
l’architecte
française, le
restaurant
Marrakech à
Beyrouth. Parmi
ses projets à
venir, sa
collaboration
avec deux autres
architectes français,
Denis Valode et
Jean Pistre, à
la
reconstruction
des vieux souks,
dont celui des
bijoutiers. On
lit à ce sujet
: "La réinvention
futuriste de ce
souk conservera
le tracé
labyrinthique de
ses rues médiévales
et y inclura des
restaurants et
une salle de cinéma
à écran Imax.
Au total, une réinterprétation
d’un haut lieu
culturel."
Pour Annabel
Karim Kassar,
"dans une
ville où tout
est en train de
changer, on ne
peut que
cultiver de
nouvelles idées".
haut
La
vague terroriste
relance la question
irakienne
paru dans le
Monde du 19 mars 2004
Un
attentat-suicide a
frappé Bagdad,
mercredi 17 mars,
trois jours avant
le premier
anniversaire de la
guerre en Irak.
L'explosion d'une
voiture piégée a
dévasté l'hôtel
Jabal Loubnan (Mont-Liban)
ainsi que
plusieurs
immeubles
environnants. Un
bilan provisoire
faisait état,
jeudi, de 17 morts
et de 45 blessés.
L'armée américaine
a imputé la
responsabilité de
l'attentat à
Al-Qaida. Dans un
communiqué adressé
à un quotidien
arabe publié à
Londres,
l'organisation
terroriste menace
d'autre part,
jeudi, "les
valets de l'Amérique"
d'attentats
similaires à ceux
de Madrid.
Al-Qaida cite
notamment
l'Italie, la
Grande-Bretagne et
le Japon, et
appelle à
suspendre ses opérations
en Espagne. Dans
un entretien au Monde,
le ministre
français des
affaires étrangères,
Dominique de
Villepin, déclare
que l'éradication
du terrorisme sera
"une
affaire longue,
compliquée et
difficile"
. A ses yeux, "la
guerre d'Irak n'a
pas conduit le
monde à plus de
stabilité"
.
haut
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