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Plaidoyer - Culture
du vide
par MARIA
CHAKHTOURA, publié
dans l'Orient-le Jour
le 19 janvier 2004
"Il n’y
a pas
d’immortalité
autre que
celle qu’on
laisse dans la
mémoire des
hommes." Napoléon.
Pour laisser
"des
traces dans la
mémoire des
hommes",
ceux des générations
à venir. Pour
l’histoire
et la mémoire
des peuples,
les faits
doivent être
consignés
avec précision
; les objets,
les écrits et
les documents
soigneusement
gardés,
archivés et
montrés. Un
peuple sans mémoire
est un peuple
sans histoire. A
l’exception
de ce qui
existe au Musée
national de
Beyrouth, sauvé
grâce à
l’acharnement
de
l’initiative
privée, que
reste-t-il de
l’histoire
et de la mémoire
du Liban ?
Qu’enseignons-nous
à nos enfants
? Que
savent-ils
donc de la vie
de leur pays,
de ses us et
coutumes, de
ses grands
hommes, de
l’évolution
de son art ?
Bref, de son
patrimoine
social,
culturel et même
politique.
Quid d’un
musée
ethnologique,
d’un musée
des arts
populaires, de
l’art
moderne,
d’un musée
du costume, et
j’en passe.
Rien, ni
personne ne
raconte
Beyrouth,
cette
"jeune
capitale de
6.000
ans",
pour ne parler
que d’elle.
Aucun lieu de
mémoire,
aucune
exposition,
aucune
manifestation.
Comme si elle
avait été créée
il y a une
centaine
d’années à
peine.
Sommes-nous
appelés à
devenir un
peuple d’amnésiques
? Pour mieux
enfoncer le
clou, le
communautarisme
mine
jusqu’aux
scientifiques
; experts,
chercheurs et
historiens se
battent pour
imposer chacun
"son"
histoire du
Liban.
Certains l’écrivent
même sur
commande. La
honte. Si le
Liban
"est un
message",
comme l’a si
bien dit le
pape Jean-Paul
II,
gardons-nous
alors d’en
faire un
paysage. Ou
mieux, un gros
mensonge.
haut
Europe
médiévale, Europe
chrétienne
Les conférences de
l'Académie des
sciences morales et
politiques
par JEAN FAVIER,
membre de l'Institut,
publié dans le Figaro
le 3 février 2004
Après
Jacques
Delors, Jean
Baechler et
Alain Besançon,
c'est le grand
historien Jean
Favier qui,
hier, devant
l'Académie
des sciences
morales et
politiques,
s'est exprimé
sur l'Europe.
Et, plus précisément,
l'Europe médiévale,
c'est-à-dire
d'un millénaire
qui va, en
gros, du Ve au
XVe siècle.
Pour lui, ce
qui donne à
l'Europe sa
première
configuration,
c'est
l'orientation
du monde
carolingien
vers l'intérieur
du continent,
la Méditerranée
n'étant plus
alors le
centre qu'elle
avait été
pour les
anciens
empires. Mais
la
construction
de Charlemagne
n'est pas
viable, et
celle des
Othon
n'atteint pas
à la
dimension
universelle à
laquelle elle
prétend.
L'Europe du
Moyen Age,
c'est donc en
définitive
celle que
dessine l'Eglise...
Voici de
larges
extraits de
son
intervention
dont on pourra
trouver l'intégralité
sur le site de
l'Académie ( www.asmp.fr
).
C'est l'Eglise -
l'Eglise
latine, pour
ne pas dire
romaine -, qui
donne le mieux
un contour réaliste
à l'entité
européenne.
On ne saurait,
d'abord,
sous-estimer
cet héritage
de Rome qu'est
la langue
latine -
paradoxe quand
on sait la
place prise
par le grec à
Rome même -
et le facteur
d'unité que
cette langue
constitue en
permettant la
mise en commun
de la pensée.
Très vite
diffusé et
imposé dans
sa version
latine, le
symbole de Nicée
pose les bases
d'une
communauté
dogmatique
assurée
lorsque le
royaume
visigothique
renonce, en
Espagne, à
l'arianisme.
La Vulgate de
saint Jérôme,
révisée à
la fin du VIIIe
siècle pour
en corriger
les scories
mais non pour
changer le
contenu, offre
aux clercs le
texte
fondamental de
la réflexion,
de
l'enseignement
et de la prédication.
L'Europe
latine n'aura
qu'une Bible,
donc qu'un
système de références
et d'autorités
scripturaires.
De là
viendront la
notoriété et
la diffusion
d'oeuvres par
lesquelles la
pensée ancre
cette unité.
Je pense aussi
bien à la Cité
de Dieu de
saint
Augustin, aux Institutions
de
Cassiodore,
aux Etymologies
d'Isidore
de Séville
qu'à la Consolation
de Boèce
et aux traités
scolastiques
de Bède le Vénérable.
Quand viendra
l'heure des
grands
affrontements
philosophiques
et théologiques,
avec la redécouverte
de la métaphysique
aristotélicienne
et de ses
versions
avicenniennes
et averroïstes,
ils se feront
à l'intérieur
de ce système,
non contre
lui.
En distribuant
les rôles
dans l'évangélisation,
la papauté
contribue
fortement à
la diffusion
de cette unité
intellectuelle.
Je pense aux
moines
italiens qui
évangélisent
l'Angleterre
au VIe
siècle, aux
moines anglais
ou irlandais
qui évangélisent
au VIIIe
la Germanie ou
réforment la
spiritualité
dans le
royaume franc.
En imposant la
liturgie
romaine et le
chant romain,
Charlemagne
n'a en tête
que l'unité
de ses
peuples, mais
il assure la
cohérence de
la perception
du fait
religieux à
travers
l'Europe
occidentale.
Ni lui ni
Louis le Pieux
n'ont grand
peine à ce
que la règle
de saint Benoît
s'impose de même
à l'Occident,
adaptée
qu'elle est,
par le caractère
mesuré de ses
exigences et
par l'équilibre
de vie qu'elle
instaure, à
des esprits
peu portés
aux pratiques
ascétiques
des Pères du
Désert ou de
l'Irlande.
Lorsque le
pape et
l'empire
monastique
constitué dès
avant l'an mil
par Cluny et
ses prieurés
feront cause
commune au XIe
siècle pour réformer
les Eglises au
lieu de
laisser faire
ou ne pas
faire les
conciles
provinciaux
dans l'inévitable
diversité de
leurs
approches, on
aura fait un
grand pas vers
l'unité
disciplinaire
des esprits
dans l'Europe
latine. C'est
Cluny qui
romanise alors
la liturgie
espagnole. La
notion de chrétienté,
et de chrétienté
romaine,
l'emporte sur
celle de
province. Le rôle
de la papauté
devient
perceptible.
Sans rapports
avec l'étendue
de l'Etat
pontifical,
l'assiette
territoriale
du pouvoir
spirituel et
disciplinaire
du Saint-Siège
est, elle
aussi, de plus
en plus
perceptible.
Organisée par
la papauté
parce que le
siège de
saint Pierre
était l'un
des rares
membres de l'Eglise
à ne pas être
passé au
pouvoir des laïcs,
soutenue par
l'ordre de
Cluny, la réforme
grégorienne
illustre
l'unité de l'Eglise
d'Occident au
point
qu'Urbain II
peut à la fin
du XIe
siècle
prendre à lui
seul
l'initiative
d'une croisade
dont les
finalités
sont à bien
des égards en
Europe : réaliser
une action
commune de la
chrétienté
latine sous la
houlette du
pape.
J'ai évoqué
la langue
latine. Son évolution
a engendré
une
diversification
dont sont nées
les langues
romanes. A
l'intérieur même
de l'espace
que signifie
l'Eglise
d'Occident,
elle laisse
leur place aux
langues
d'origine
germanique ou
celtique.
Mais, pour
appauvri qu'il
soit, le latin
des clercs
demeure la
langue de
communication,
et c'est ce
qui permet cet
autre facteur
d'unité
qu'est le prêt
de textes.
Tout au long
du Moyen Age,
et bien au-delà
car je pense
aux humanistes
de la
Renaissance,
les manuscrits
n'ont cessé
de voyager. On
emprunte, on
copie. Et on
lit, parce que
les
intellectuels
de toutes les
régions
lisent la même
langue. Les
livres ne sont
pas seuls à
voyager. Les
grandes écoles
cathédrales
et monastiques
du XIIe
siècle,
celles de
Bologne, de
Chartres, de
Paris ou
d'Oxford, sont
des lieux de
rencontre à
l'échelle de
l'Europe et
ceux qui
rentrent chez
eux après y
avoir reçu
l'enseignement
de leur choix
donnent à la
vie de
l'esprit une
dimension que
les premières
universités,
au XIIIe
siècle,
portent à son
apogée.
Faut-il
rappeler qu'en
un même
temps, au
milieu de ce
XIIIe
siècle, on
entend sur la
rive gauche de
la Seine les
enseignements
du Rhénan
Albert le
Grand, ceux du
Brabançon
Siger, ceux de
l'Italien
Thomas d'Aquin
? Et que ceux
qui les
entendent,
collègues ou
étudiants,
sont aussi
bien allemands
qu'anglais ou
écossais ?
C'est le
prestige de
l'institution
universitaire
qui mettra fin
à cette
communauté
d'esprits à
l'échelle
européenne.
Chaque prince
voudra son
université,
afin de
disposer des
moyens de
formation de
ses élites
administratives,
judiciaires et
ecclésiastiques.
On fera ses études
chez soi.
Il est certain
que l'effort
commun demandé
par Urbain II
à la chrétienté
occidentale en
vue de la
première
croisade est
d'abord, aux
yeux de ce
pape réformateur,
le moyen de
manifester
l'unité du
peuple chrétien
sous la bannière
pontificale.
Pour le pape,
la croisade
doit être son
entreprise, ce
que n'était
pas la Reconquista
espagnole,
gouvernée par
les princes
avec d'inévitables
propos
territoriaux.
On sait ce
qu'il en sera
de la croisade
: l'Orient
latin
deviendra vite
une conquête,
et la terre
nouvelle des
affrontements
immédiatement
importés.
Mais la
croisade doit
être une
entreprise
commune, et le
pape n'avait
sans doute pas
en vue les répercussions
de cette
communauté
d'action sur
la perception
d'une unité.
La chose est
bien connue,
c'est quand on
se retrouve en
terre
lointaine que
l'on ressent
le mieux les
traits que
l'on a en
commun avec
autrui, ce qui
ne veut pas
dire qu'on
fasse alors
cause commune.
Face à une
autre
civilisation,
à une autre
culture, à
d'autres
structures
politiques ou
familiales, à
une autre
religion vue
de plus près
que dans les
chansons de
geste, ceux
que l'on
appellera en
Orient les
Francs conçoivent
mieux que dans
leur monde féodal
ce qui les
unit. Or, les
Teutoniques s'étant
vite détournés
vers leurs
marges païennes
et les
Espagnols
ayant assez à
faire chez
eux, ces
Francs
d'Orient sont
tout
simplement des
Européens
occidentaux
(...).
Les pèlerinages
sont pour
beaucoup dans
la découverte
que font du
monde les
hommes du
Moyen Age.
Dire qu'ils
dessinent une
Europe serait
se moquer. On
va à Jérusalem
tant que la
chose est
possible.
Ensuite, on va
toujours à
Rome, à
Compostelle,
au Gargano, à
Rocamadour, à
Tours ou au
Mont-Saint-Michel,
ou beaucoup
plus près. Il
n'y a aucun
doute sur le
fait que ces déplacements
temporaires
sont la
principale
occasion de la
découverte
des peuples
par ceux qui
n'ont aucun
autre motif,
politique,
militaire,
commercial,
d'aller ainsi
de pays en
pays. On peut
dire que les pèlerinages
ont aidé les
hommes du
Moyen Age à
mieux connaître
l'Europe, et
qu'ils ont
porté la
circulation
des idées,
des modes, des
façons de
l'art, mais
c'est nous qui
voyons là
l'Europe. Ce
que voit le pèlerin,
c'est une
route, et ce
qu'il
rencontre, ce
sont des
sanctuaires
qu'il visite
pieusement,
des parlers et
des usages
qu'il découvre
et dont, le
plus souvent,
il s'étonne
quand il ne
les juge pas sévèrement.
Il ne paraît
pas que le pèlerin
soit sensible
à une
appartenance
commune, sinon
à celle, qui
lui semble
normale, à la
religion. Si
la carte des
routes de pèlerinages
dessine une
certaine
Europe, le pèlerin,
lui, n'en
emprunte
qu'une.
haut
Clovis
Maksoud :
"Le
discours
confessionnel
d’avant-guerre
au Liban est
repris en
Irak"
par
SYLVIANE ZEHIL,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 7 février
2004
Ancien
ambassadeur de
la Ligue arabe
aux Nations
unies et aux
Etats-Unis,
professeur de
relations
internationales
à l’Université
américaine de
Washington et
directeur du
Center for the
Global School
of
International
Service, M.
Clovis Maksoud
a donné une
conférence de
presse au siège
de l’Onu à
New York sur
la situation
au
Moyen-Orient,
les derniers développements
sur la scène
irakienne et
le conflit
israélo-palestinien.
Dans un
entretien
accordé à
L’Orient-Le
Jour, M.
Maksoud dresse
un parallèle
entre la
situation en
Irak et celle
qui prévalait
à la veille
de 1975 au
Liban. Il met
l’accent sur
l’importance
du rôle de
l’Onu en
Irak et
commente ce
qu’Ariel
Sharon a présenté
comme des
"concessions
douloureuses",
à savoir le démantèlement
des colonies
de peuplement
dans la bande
de Gaza.
Peut-on
dresser un
lien entre la
situation
actuelle en
Irak et
l’histoire récente
du Liban ?
"Le
discours
confessionnel
d’avant-guerre
au Liban est
repris
aujourd’hui
en Irak, répond
M. Maksoud. La
fragmentation
du discours
national a préparé
les conditions
objectives
pour le
morcellement
de l’Irak et
du Liban. Le
danger d’une
explosion
confessionnelle
et d’une
fragmentation
de l’Irak
existe
aujourd’hui.
Mais si les
Nations unies
prennent en
charge le
dossier, les
risques
d’une telle
explosion
seront contrôlés.
Explosion qui
pourrait en
outre
atteindre
d’autres
pays arabes.
C’est pour
cette raison
que les
Nations unies
devraient
avoir en Irak
un mandat
clair leur
accordant les
pleins
pouvoirs pour
superviser le
passage de la
phase
transitoire
actuelle à la
souveraineté
nationale, prévu
pour le 30
juin." Et
M. Maksoud de
préciser que "les
Nations unies
devraient être,
non pas les
auxiliaires
des Etats-Unis
et de la
coalition,
mais le
principal
organisme en
charge. Par la
présence
d’une seule
autorité
morale, on évite
les compromis
qui sont, par
définition,
temporaires
pour arriver
à une réconciliation
durable, seul
moyen pour
parvenir à préserver
l’intégrité
territoriale
et identitaire
du pays. Il
est
aujourd’hui
nécessaire de
hâter le
processus en
Irak afin d’éviter
de voir se répéter
le scénario
d’une nation
indépendante
passer sous
occupation".
Manque de précision
de la
"feuille
de route"
Quant à la
crise israélo-palestinienne,
Clovis Maksoud
estime que
"l’Onu
a été
paralysée par
les relations
spéciales
entre l’Etat
hébreu et les
Etats-Unis, et
le manque de
cohésion
entre les
Etats
arabes".
L’ancien
ambassadeur de
la Ligue arabe
souligne également
que la
"feuille
de route"
pêche par son
manque de précision
: "Elle
ne détermine
pas clairement
les paramètres
et ne fournit
pas de carte détaillée."
Autre question
d’importance,
celle du
retour des réfugiés
palestiniens,
un principe
qui, bien que
rejeté par
Israël,
"doit être
sérieusement
pris en considération".
Réagissant
aux récentes
déclarations
du Premier
ministre israélien
sur le démantèlement
de 17 colonies
de la bande de
Gaza, M.
Maksoud estime
que, pour
aborder la
"question
des droits des
Palestiniens,
il n’y a
d’autre
chemin que la
transparence".
Quant au terme
"concessions
douloureuses"
employé par
Ariel Sharon,
M. Maksoud
insiste sur le
fait qu’il
sous-entend le
droit de créer
des colonies
dans les
territoires
occupés. Sur
la "clôture
de sécurité",
le professeur
de relations
internationales
rappelle
qu’il
s’agit là
d’ "une
question
d’ordre légal
et que le mur
est une
violation de
la quatrième
convention de
Genève. M.
Sharon le présente
comme un enjeu
politique,
mais ce
“mur” est
une autre
forme
d’annexion
illégale",
conclut-il. M.
Maksoud sera
la semaine
prochaine à
Beyrouth où
il envisage de
s’installer
pour se
consacrer à
la rédaction
de ses Mémoires.
haut
S'unir
contre l'hyperterrorisme
Sécurité - Après
les attentats de
Madrid
par HERVE DE
CHARETTE, publié dans
le Figaro le 19 mars
2004
L'auteur
est ancien ministre
des Affaires étrangères
Il
est urgent de tirer
toutes les leçons
du drame qui a
meurtri l'Espagne.
Il confirme, de façon
tragique, que les
attentats subis par
les Etats-Unis le 11
septembre 2001 n'ont
constitué ni un
acte unique et non
reproductible ni un
défi adressé à la
seule puissance américaine.
C'est l'entrée dans
un monde nouveau :
celui de l'hyperterrorisme,
tel que l'a défini
François Heisbourg,
c'est-à-dire la
volonté de tuer le
plus grand nombre
possible de victimes
civiles afin de déstabiliser
et de détruire
"le monde
occidental", la
destruction de masse
au service d'un
combat idéologique
dirigé contre nous.
Il s'agit bien d'une
guerre, même si
elle est d'un type
inconnu jusqu'alors.
La réalité est
bien là. C'est même
la principale menace
qui pèse sur nous
aujourd'hui. N'en
doutons pas :
d'autres événements
se préparent. Ils
seront probablement
plus tragiques
encore. Le pire
n'est pas derrière
nous. Il est devant.
Il est sans doute
trop tôt pour
analyser les causes
du vote espagnol et
pour mesurer ce qu'a
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