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L'Amérique
de George W. Bush :
L'homme qui nous a gâché
l'année
par ALAIN LOUYOT, avec
PHILIPPE COSTE, publié
dans l'Express du 11 décembre
2003
Il n'a pas réussi à
atteindre ses buts de
guerre en Irak, à
terroriser les terroristes
ni à remettre un peu
d'ordre au Moyen-Orient.
Mais, incontestablement,
le président américain
a placé 2003 sous le signe
de l'inquiétude.
Pour sa victoire par chaos
en Irak et le nouveau désordre
mondial qu'il a largement
contribué à instaurer,
George W. Bush mérite
sans conteste le titre
planétaire d' "homme
de l'année 2003". Au
cours des onze mois écoulés,
nul autre que lui n'a pesé
à ce point sur la
situation internationale
et son angoissant devenir.
Nul autre que lui ne s'est
autant imposé à la Une
des journaux, dans nos
conversations et parfois même
dans nos cauchemars. Autre
exploit à son actif,
celui d'avoir réussi à réconcilier
adversaires et partisans
de l'intervention
militaire américaine à
Bagdad, qui en tirent le même
bilan unanimement jugé,
pour l'heure, pitoyable.
Les premiers se rengorgent
en nous serinant qu'ils
l'avaient prévu, qu'ils
l'avaient bien dit. Les
seconds, amers d'avoir
trop fait confiance à
cette Amérique dont ils
chérissent les valeurs, répètent
que cette offensive
opportune contre le régime
odieux de Saddam Hussein
aurait pu être salutaire
si la gestion de la
victoire avait été mieux
préparée. Bref, chacun dénonce,
dans un même opprobre,
l'immense gâchis, tandis
qu'au Moyen-Orient, mais
aussi à nos portes, la
liste des conséquences
tragiques ou simplement néfastes
de cette entreprise guerrière
mal menée et malmenée ne
cesse, chaque jour, de
s'allonger.
Le ressentiment à l'égard
de l'imprévoyant stratège
George W. Bush est à la
mesure des ambitions qu'il
a affichées. Certes, sa démarche
- éradiquer le terrorisme
en neutralisant les Etats
censés le soutenir - était
légitime, et ses
intentions - apporter la
paix et la démocratie non
seulement en Irak mais
dans toute la région -
des plus nobles. Encore eût-il
fallu que la grandeur de
cet idéal ne lui tourne
pas la tête au point de
n'écouter personne, pas même
l'Organisation des Nations
unies, dont l'immense
majorité des membres
multipliaient les mises en
garde. "Soyez prudent
!" l'exhortaient-ils,
le 16 mars, juste
avant le déclenchement
des hostilités, par la
voix de Jacques Chirac
s'exprimant sur CNN. Sourd
- voire autiste - au début
de 2003, aux conseils émanant
de qui que ce soit
n'appartenant pas à sa
garde rapprochée, George
W. Bush, en cette fin
d'année, se montre plus
ouvert, plus conciliant
devant l'adversité.
Ainsi, sa récente
volte-face pour tenter
d'enrayer l'escalade des
attentats contre les
soldats de la coalition et
rassembler une population
américaine de plus en
plus divisée. Reprenant
à son compte le scénario
à l'afghane suggéré en
vain par la France au début
du conflit, le président
des Etats-Unis annonçait
l'instauration, avant le 30
juin 2004, d'un
gouvernement provisoire désigné
par une assemblée de délégués
des provinces irakiennes,
ainsi que la convocation
d'une convention
constituante, d'un référendum
et d'élections nationales
directes à l'horizon
2005. La voix de la
raison, enfin, mais bien
tard, peut-être même
trop tard.
Le carnage
d'Istanbul prouve l'échec
de sa croisade
"Impuissance de la
victoire", disait
Hegel à propos de la très
impopulaire campagne napoléonienne
en Espagne. Première
guerre impériale du siècle,
engagée au mépris du
droit et des institutions
internationales (ONU,
Otan, Union européenne),
à la différence de celle
menée en Afghanistan, jugée
légitime au lendemain de
la tragédie du World
Trade Center, cette conquête
de Bagdad au pas de charge
allait très vite susciter
la colère des musulmans
du monde entier, à
commencer par ceux,
sunnites ou chiites, que
Bush venait pourtant de
libérer du joug de Saddam
Hussein. Aux 13.000
Irakiens, dont 4.300
civils, tués pendant
l'offensive, entre le 19 mars
et le 1er mai, des
dizaines d'autres victimes
viennent s'ajouter chaque
jour au sein de la
population locale, qui vit
la présence militaire américaine
comme une occupation de
plus en plus oppressante.
Avion civil ou hélicoptères
militaires frappés par
des missiles, voitures piégées,
tirs de roquettes sur des
hôtels, des commissariats
ou des casernements,
embuscades : le corps expéditionnaire
américain et ses alliés,
notamment italiens, tout
comme les fonctionnaires
irakiens ou les représentants
d'organisations
internationales, paient
cette intervention un prix
exorbitant depuis le début
du ramadan, où le nombre
d'attaques quotidiennes
dirigées contre eux dépasse
la trentaine.
En trois semaines
seulement, au mois de
novembre, près de 60 soldats
américains et italiens,
ainsi que 7 agents de
renseignement espagnols et
2 diplomates
japonais, ont ainsi trouvé
la mort. D'une façon générale,
l'après-guerre (depuis le
1er mai) a déjà tué
deux fois plus de GI
(environ 200) que la
guerre elle-même.
Prenons, à titre
d'exemple, une journée
somme toute
"ordinaire" par
le nombre des victimes :
le 22 novembre, 18 Irakiens
ont été tués et des
dizaines d'autres blessés
dans deux attentats
suicides à la voiture piégée
contre des commissariats
dans le nord de Bagdad. Ce
même jour, un Airbus A 300,
affrété par la compagnie
allemande de courriers
rapides DHL, est touché
en phase de décollage,
au-dessus de l'aéroport
de la capitale, par un
missile SAM-7. L'aile en
feu, l'appareil réussira
à se poser in extremis.
Dans la soirée, en plein
dîner, deux roquettes
frappaient un bâtiment de
la Compagnie pétrolière
du Nord (NOC), à Kirkouk,
utilisé comme cantine par
des Américains,
militaires et civils, dont
plusieurs seront blessés.
A ajouter, enfin, le
cadavre d'un soldat américain,
retrouvé flottant entre
deux eaux, dans un
canal...
Mais la mort, en ces temps
où la haine contre l'Amérique
et l'Occident se propage
à la vitesse d'un
incendie, frappe bien
au-delà des frontières
poreuses de l'Irak. Jamais
depuis le 11 septembre
2001 le terrorisme
d'origine islamiste
"incarné" par
la nébuleuse Al-Qaeda n'a
été si actif, si
redoutable. Bush
promettait un Moyen-Orient
pacifique et démocratique,
mais c'est vers un abîme
de folie meurtrière qu'il
semble nous précipiter.
Organisés avec une
technicité, une simultanéité
effrayantes, les carnages
de Riyad, Casablanca ou
Istanbul (25 morts le
15 novembre et 29, le
20 novembre), le
choix des cibles
occidentales - synagogues,
siège onusien ou consulat
britannique - sont éloquents
quant à l'échec de
l'offensive antiterroriste
tous azimuts, de la
croisade contre les
"forces du Mal"
engagées depuis plus de
deux ans par le chef de la
première puissance
mondiale. "La guerre
en Irak et la façon dont
elle a dégénéré ont
encouragé toutes sortes
de groupes, comme le Jihad
islamique, Hamas, les
Brigades des martyrs d'al-Aqsa",
constate, devant la
recrudescence, aussi, des
attentats anti-israéliens,
Robert Baer, un ancien
responsable de la CIA spécialisé
dans les mouvements extrémistes
islamistes.
Non seulement les idéalistes
néoconservateurs de
Washington, qui rêvaient
d'instaurer une "pax
americana" au
Moyen-Orient, n'ont rien
fait pour ranimer le
processus de Madrid ou
d'Oslo ou encourager
vraiment la "feuille
de route", dernière
initiative en cours,
laissant l'abcès israélo-palestinien
se gangrener un peu plus,
mais c'est une coalition
islamo-nationaliste qui va
vraisemblablement
s'imposer à Bagdad au
lieu de l'Etat laïque
escompté. Cette
coalition, à dominante
chiite, pourrait se révéler
plus dangereuse encore
pour la région que le régime
baasiste renversé, si exécrable
fût-il, en termes de
risque de contagion et de
déstabilisation. Pour
l'heure, voilà l'Irak
devenu, après
l'Afghanistan de Ben Laden,
une nouvelle terre d'élection
et de recrutement pour les
terroristes ! Ceux-ci vont
s'y approvisionner en
explosifs, munitions,
lance-missiles,
lance-roquettes, grenades
ou kalachnikovs encore aux
mains des ex-soldats de
l'armée de Saddam, que
les stratèges de George
W. Bush ont fait l'erreur
fatale de dissoudre.
Obnubilées qu'elles étaient
par la recherche
d'introuvables armes de
destruction massive, les
forces américaines ont
laissé se disperser tout
un arsenal plus
conventionnel dont une
bonne partie, estiment les
services de renseignement
occidentaux, aurait déjà
franchi certaines frontières,
comme celle entre l'Irak
et la Turquie.
Ces erreurs tactiques ou
psychologiques que la
communauté internationale
paie aujourd'hui seraient
dues, murmure-t-on à
Washington, à un manque
d'informateurs sur le
terrain et à l'absence de
plan et de consignes précis
pour la gestion de l'immédiat
après-guerre.
Illustration de ces faux
pas et flottements : la
bannière étoilée
maladroitement déployée
à la place du drapeau
irakien devant les caméras
du monde entier, lors de
la chute de Bagdad, ou le
laisser-faire des forces
américaines assistant en
spectateurs aux pillages
systématiques des bâtiments
officiels, musées,
casernes ou magasins
d'armement. Cette impréparation,
cette improvisation de la
guerre en Irak, dont on
mesure chaque jour les
conséquences et qui
laisseront de cette année
2003 un souvenir amer,
s'expliquent également
par la personnalité du président
américain et par le
caractère messianique de
sa "croisade".
La conviction
qu'il faut apporter
le salut aux autres,
fût-ce malgré eux
Peu concerné par ce qui
se passait en dehors des
frontières des Etats-Unis
jusqu'à la tragédie des
Twin Towers, l'ancien
gouverneur du Texas s'est
brusquement trouvé
contraint de s'aventurer
sur la terra incognita
pour lui des questions
internationales et stratégiques...
"Ce fut le 11 septembre
qui, en deux heures, donna
à George W. Bush une
politique extérieure, qui
se résume en trois mots :
''guerre au terrorisme''
", écrit, dans son récent
ouvrage,
La Terreur et l'empire
(Seuil), Pierre Hassner.
Et le directeur de
recherche au Ceri (Centre
d'études et de recherches
internationales)
d'expliquer ainsi la
"volonté d'en découdre"
avec les Etats définis,
selon la conception américaine,
comme "voyous" :
"Le double sentiment
de vulnérabilité
vaguement pressentie et
d'une puissance sans
rivale [...] prend
brusquement corps dans
l'idée d'un ennemi,
incarné et symbolisé par
Ben Laden mais présent
partout, qu'il fallait et
que l'on pouvait éliminer.
''We
have found our mission!''
(''Nous avons trouvé
notre mission!''), s'écriait
George Bush."
"Mission",
"croisade",
"axe du Mal",
expressions combien révélatrices
de la vision presque
calviniste du président
américain et selon
laquelle il agit au nom du
Bien contre les forces
obscures. Avec la
conviction qu'il faut
apporter aux autres le
salut, fût-ce malgré
eux, voler à leur secours
même s'ils ont le
sentiment, à tort ou à
raison - comme ce sera le
cas pour nombre d'Irakiens
- d'être l'objet d'une
invasion, d'une occupation
plutôt que d'une libération.
Cette attitude pèsera
dans la stratégie de
Jacques Chirac, inquiet,
avant le conflit,
d'entendre le président
américain lui dire au
cours d'une conversation téléphonique
privée : "C'est Dieu
qui me guide."
"Dans la politique de
Bush, je ne vois que des
impulsions", constate
Bruce Buchanan, professeur
à l'université du Texas,
l'un des plus fins
observateurs de l'actuel
président. Des impulsions
encouragées par des
collaborateurs qui
partagent sa vision
messianique, tel Paul
Wolfowitz, n° 2 du
Pentagone, qui était sans
doute l'un des plus
convaincus de la prétendue
culpabilité de Saddam
Hussein dans la vague
d'attentats du 11 septembre
et donc de la nécessité
de le châtier avant qu'il
récidive.
Depuis, nombre d'Américains
ont compris, en comptant
leurs morts, que tout n'était
pas aussi simple dans ce
lointain Orient compliqué
que voulaient le leur
faire croire l'actuel chef
de la Maison-Blanche et
ses plus zélés
conseillers, convaincus,
pour leur part, du
"raz de marée démocratique"
qu'ils allaient
automatiquement provoquer
dans la région. Un an
avant la présidentielle
de novembre 2004, Bush ne
dispose plus que de 51%
d'opinions favorables dans
son pays, alors qu'il
avait 83% dans les
semaines suivant
l'attentat du 11
septembre. Pour être en
baisse, ces chiffres ne
laissent en rien présager
le résultat des
prochaines élections.
Dans un pays si idéologiquement
divisé, ce score reste
honorable. Il traduit,
certes, la crise de
confiance actuelle de
l'opinion sur la capacité
du gouvernement à résoudre
l'imbroglio irakien, mais,
surtout, son incertitude
sur l'économie : malgré
les signes de reprise - un
taux de croissance de 8,2%
du PIB au troisième
trimestre 2003, soit plus
du double de celui du
deuxième trimestre et un
record depuis vingt ans -
le chômage, principale
inquiétude des Américains,
n'a pas vraiment commencé
à se résorber.
En attendant que l'emploi
redémarre, presque
certainement au premier
trimestre de 2004, compte
tenu de ce retour
spectaculaire de la
croissance (boostée par
les dépenses militaires),
Bush compte
essentiellement sur les
questions intérieures
pour soigner sa popularité.
A peine descendu de
l'avion qui le ramenait
d'Angleterre, le 22 novembre,
le président a consacré
ses premières minutes sur
le sol américain à réaffirmer,
devant les caméras, son
soutien à une réforme de
l'assurance médicale des
personnes âgées - qui
offre, pour la première
fois, une couverture
partielle des médicaments
- et au programme de
politique énergétique.
Le chapitre politique étrangère,
au milieu de l'énorme
branle-bas de la campagne,
reste surtout un moyen de
renforcer symboliquement
l'envergure de chef d'Etat
de Bush. Les panneaux
"Royaume-Uni"
installés à l'arrière-plan
lors de son discours de
Londres, aussi lourdauds
et même grotesques
puissent-ils paraître sur
le sol britannique,
n'avaient d'autre but que
de rappeler, lors de
prochains spots télévisés,
que Bush était en voyage
et qu'il est donc, à l'évidence,
une personnalité fort
respectée du vaste
monde... Last
but not least, le
fantastique coup médiatique
du voyage surprise du président
pour fêter Thanksgiving
avec ses troupes à
Bagdad, le 27 novembre.
Organisée dans le plus
grand secret, cette visite
éclair de trois heures où
Bush a partagé, devant
quelques photographes et
cameramen triés sur le
volet, la traditionnelle
dinde rôtie avec les
boys réunis à l'aéroport
de la capitale, a autant
enthousiasmé le peuple américain
qu'irrité nombre
d'Irakiens, qui l'ont
ressentie comme une
provocation et une
supercherie en cette période
de chaos. Mais l'objectif
de cette opération de
propagande était, évidemment,
exclusivement électoral...
Si Ben Laden était
retrouvé, la réélection
en 2004 du président
sortant tournerait au plébiscite
Certes, l'Irak constitue
l'argument essentiel de
ses détracteurs. Ils
l'accusent d'avoir trompé
le grand public pour mener
à bien son offensive (53%
jugent qu'il a menti),
malgré l'absence d'armes
de destruction massive,
et, surtout, d'avoir mal
préparé l'occupation de
Bagdad. 31% des Américains
et 45% des républicains
estiment qu'il n'a
toujours pas de plan clair
pour l'avenir de l'Irak,
au moment où le bilan des
pertes humaines ne cesse
de s'alourdir. Pourtant,
il faudrait vraiment un
chaos continuel et
inexorable pour semer,
outre-Atlantique, le doute
sur la compétence et
l'efficacité d'un
gouvernement réputé dur
et déterminé. Bush, tout
en mettant en avant les
modérés de son
administration, va tout
faire pour arracher au
moins une
"victoire", dont
la nature reste à définir.
Il pourrait s'agir d'une
simple stabilisation de la
situation, d'un transfert
du pouvoir politique aux
Irakiens, l'été
prochain, qui donnerait
l'illusion d'un engagement
moins frontal et solitaire
des Américains.
Evidemment, même si elle
ne modifierait pas la
situation sur le terrain
de manière radicale, l'idéal
serait une arrestation de
Saddam Hussein - l'armée
américaine a manqué de
peu, il y a quelques
jours, lors d'une vaste opération
de ratissage,
l'arrestation de son
ancien bras droit, Ezzat
Ibrahim. Or le général
Odierno, qui commande la
4e division d'infanterie,
basée à Tikrit, assurait
le 26 novembre que le raïs
déchu se trouverait
toujours en Irak, où il
se déplacerait
constamment. Et si, d'ici
à un an, Oussama ben
Laden était retrouvé,
mort ou vif, la réélection
en 2004 du président
sortant tournerait au plébiscite
! Pour l'heure, la
recrudescence des
attentats en Irak et en
Turquie, interprétée en
Europe comme un échec de
la doctrine américaine,
accentue la peur du
terrorisme aux Etats-Unis.
Et cette peur constitue le
fondement de la crédibilité
présidentielle du Bush de
l'après-11 septembre.
Jimmy Carter, dans une
interview récente pour la
télévision publique américaine,
affirmait : "Bush
sera certainement réélu,
d'abord parce qu'il
dispose déjà d'un
financement de campagne énorme,
[il pourra sans doute
disposer de 200 millions
de dollars, contre 70
millions au maximum pour
un quelconque opposant démocrate],
ensuite parce que le
terrorisme demeurera une
préoccupation essentielle
des citoyens dans un an,
au côté de la
conjoncture économique,
promise à une sensible amélioration."
Bush, en dépit de
sondages plus ou moins
fiables, reste l'idole de
la population lassée des
politiciens classiques et
est perçu comme un mal nécessaire
- à cause du terrorisme -
par une partie de
l'opinion qui n'apprécie
pourtant ni son style ni
la ligne sociale et
politique de son
gouvernement. Il est donc
prévisible que Bush, qui,
à bien des égards, nous
a gâché cette année
2003, saura éviter, avec
pragmatisme et jusqu'aux
élections, les situations
trop risquées en matière
de politique étrangère,
en particulier dans le
conflit israélo-arabe.
Mais il s'affirmera
toujours, grâce à une rhétorique
antiterroriste très forte
et à une multiplication
des proclamations idéologiques
sur la "promotion de
la démocratie et des
libertés" de par le
monde. A Washington, des
rumeurs laissent ainsi
entendre qu'il va prendre
des positions très marquées
contre... Fidel Castro. Le
dossier n'est pas explosif
en soi et peut lui
garantir un soutien électoral
en Floride, en maintenant
son image néo-wilsonienne
et antitotalitariste auprès
d'une large partie de
l'opinion. Pour l'Irak, il
n'aura de cesse de prétendre
à la modération et à
l'appel aux alliés (déloyaux)
des Etats-Unis pour
prouver son bon sens, et
sa sérénité face au
conflit. Ses opposants démocrates,
dont le profil jeune et
progressiste, tel Howard
Dean, aurait pu constituer
un avantage électoral
dans d'autres
circonstances, manquent de
la crédibilité nécessaire
dans un contexte de lutte
antiterroriste et de
grande peur américaine.
Bref, sauf coup de théâtre,
George W. Bush a de bonnes
chances, en novembre 2004,
d'être reconduit pour
quatre ans à la tête du
leadership planétaire, de
l'hyperpuissance qui
impose sa loi, celle du
plus fort, dans ce monde
unipolaire de ce début du
XXIe siècle. Saura-t-il,
au cours de ce probable
nouveau mandat, tirer les
leçons du passé et se
montrer plus prudent dans
ses jugements et ses décisions
stratégiques ? Va-t-il
soudainement, face à
l'adversité, passer d'un
extrême à l'autre en
livrant les Etats-Unis à
leurs vieux démons
isolationnistes ? Ou nous
réservera-t-il, toujours
en quête d'une improbable
pax americana,
quelques nouvelles expéditions
punitives en Iran, en
Syrie ou en Corée du Nord
? Le 25 novembre, un
communiqué de la
Maison-Blanche indiquait
en tout cas que les
Etats-Unis allaient
prochainement engager des
"discussions
intensives" avec
certains pays européens
et asiatiques en vue de
stationner des forces armées
américaines "dans
les endroits appropriés",
afin de pouvoir faire face
aux nouvelles menaces
"posées par des pays
hostiles, par le
terrorisme et par la
prolifération des armes
de destruction
massive". Un tel déploiement,
qui devrait s'étaler sur
plusieurs années et
s'ajouterait aux 116.000
GI déjà basés en
Europe, pourrait donc
servir à appuyer d'autres
"guerres préventives".
"Et la lumière
surgira des ténèbres. Et
les ténèbres ne
reviendront jamais",
promettait, le 11
septembre 2002, lors des cérémonies
de commémoration à New
York, Bush l'évangéliste,
qui allait mériter le
titre d'homme de l'année
2003. Puisse-t-il ne pas
être, à nouveau et pour
les mêmes raisons, celui
de 2004, de 2007 ou de
2008.
De Londres, Bush
fait la leçon à
l'Europe
Le palais de Buckingham
transformé en camp
retranché
par JEROME RASETTI,
publié dans
Ouest-France le 20
novembre
Au deuxième jour de sa
visite d'Etat en
Grande-Bretagne, George
Bush a profité de la
tribune londonienne pour
faire la leçon à la "Vieille
Europe". En attendant
les grosses manifestations
antiguerre prévues
aujourd'hui. Buckingham
Palace est en état de siège.
Ils sont un millier tout
au plus, souvent jeunes,
armés de quelques
drapeaux rouges, de mégaphones
et d'effigies en carton
tournant en ridicule
George Bush et Tony Blair.
L'ambiance est débonnaire,
malgré quelques éclats
de voix et des amorces d'échauffourées
avec la police. Ces
"assiégeants"
qui ont défilé dans les
rues de Londres toute la
journée d'hier, avant de
converger vers Buckingham
Palace en fin de journée,
ne sont que l'avant-garde
des anti-Bush. "Ce
n'est qu'un avant-goût de
ce qui va se passer
demain", a prévenu
Lindsey German, une des
responsables de
l'association Stop the
War (Arrêtez la
guerre). Aujourd'hui, les
manifestants pourraient être
entre 50.000 et 100.000.
Pour les contenir, 14.000
policiers, tireurs d'élite,
officiers des
renseignements sont déployés
dans la capitale
britannique. Pour limiter
les risques d'attentats et
surtout les face-à-face
avec les manifestants
opposés à la venue de
George Bush, tout a été
organisé pour que les déplacements
des époux Bush et de leur
impressionnante suite
soient limités au strict
minimum.
Conseils au Vieux
Continent
Buckingham Palace fait véritablement
office de camp de base, ce
qui n'a pas empêché le
respect du protocole :
les Bush ont dû sacrifier
à la cérémonie
officielle d'accueil par
la reine Elisabeth II, ce
qui a donné lieu à une
scène comique, le président
américain et la First
Lady montant dans leur
voiture blindée
officielle pour faire...
une dizaine de mètres.
Ils ont été accueillis
par la reine en tailleur
lavande, le président
Bush lui serrant
vigoureusement la main.
Après la pompe, la
politique étrangère. Le
cortège présidentiel -
30 véhicules, pas moins -
s'est rendu à la London
Banqueting House au milieu
des slogans hostiles, mais
aussi de quelques
applaudissements. Devant
un parterre de politiques
et d'experts en relations
internationales, George
Bush a exposé sa vision
d'un monde dangereux : "Le
mal est bien visible.
Refuser de le voir ne fait
qu'accroître le
danger", a martelé
le président américain,
pour qui les Etats-Unis et
le Royaume Uni "partagent
la mission (de défendre)
la liberté" autour
du globe. Le chef de la
Maison-Blanche a surtout
utilisé le
"porte-avions"
des îles britanniques
pour faire la leçon au
Vieux Continent.
L'Irak ? Malgré les
difficultés des troupes
US, George Bush ne
regrette rien :
"Dans certaines
situations, l'usage mesuré
de la force est tout ce
qui peut nous protéger
contre un monde
chaotique". L'Iran ?
Le président américain
exige de l'Agence
internationale de l'énergie
atomique (AIEA) qu'elle
"réponde aux
objectifs qui commandent
son existence".
Autrement dit qu'elle
condamne les manquements
de Téhéran - qui a
produit de l'uranium
militaire - alors que
Paris, Berlin et...
Londres préconisent une
sortie de crise en
douceur. Leçon encore au
sujet du conflit israélo-palestinien.
George Bush demande aux
Européens, s'ils veulent
avoir voix au chapitre, de
commencer par
"combattre fermement
l'antisémitisme" et
surtout d' "arrêter
de soutenir tous les
dirigeants palestiniens
qui trahissent la cause de
leur peuple".
Autrement dit, Yasser
Arafat, auquel les Américains,
alignés sur le
gouvernement Sharon,
refusent de parler. Les
choses sérieuses
commencent aujourd'hui.
George Bush aura un long
huis clos avec Tony Blair,
son allié sur l'Irak, qui
partage la vision des
Européens sur l'Iran et
la Palestine. Mais cela,
George Bush ne semble pas
l'entendre.
Bush lie les
attentats à la réussite
américaine en Irak
paru dans le Figaro le
27 octobre 2003
"Plus les Etats-Unis
enregistrent de succès
sur le terrain en Irak, et
plus ils seront la cible
d'attaques", a déclaré
aujourd'hui le président
américain George W. Bush.
"Plus nous
enregistrons de succès
sur le terrain, et plus
les terroristes réagiront",
a déclaré M. Bush à la
presse en recevant à la
Maison Blanche son envoyé
spécial en Irak Paul
Bremer. Interrogé sur la
vague d'attentats commis
en Irak depuis dimanche,
M. Bush a affirmé que les
Etats-Unis "ne dévieront
pas" dans leurs
efforts pour établir la démocratie
en Irak et que "la
vaste majorité" des
Irakiens était hostile
aux terroristes. "La
meilleure façon de décrire
les personnes qui
commettent ces attentats
est de dire qu'ils sont
des terroristes tueurs
insensibles", a ajouté
le président américain.
Il était entouré de M.
Bremer, de son secrétaire
à la Défense Donald
Rumsfeld, de sa conseillère
pour la sécurité
nationale Condoleezza Rice,
de Richard Myers, le chef
d'Etat-major inter-armées,
et du chef du commandement
central américain (Centcom)
John Abizaid. Paul Bremer
a déclaré pour sa part
que l'autorité provisoire
de la coalition en Irak,
dirigée par les Américains,
avait enregistré de
"remarquables"
succès depuis juillet
mais qu'il y aurait des
"jours
difficiles".
Le Père Noël de
Tikrit
par ERIC FOTTORINO,
publié dans le Monde du
16 décembre 2003
Ce n'était donc plus que
cela, Saddam Hussein. Un
homme caché, un homme
couché. Un homme dans un
trou à rat, dans un trou
de souris, dans un trou
d'animal, assurément.
Dans un trou, tout au fond
même, étendu sur un
matelas de dollars comme
une avance touchée sur la
prime de sa propre
capture. Ce n'était donc
plus que cela, Saddam
Hussein, cet homme hagard
du regard et n'ayant plus
en bataille que les
cheveux. On nous le
montrait en boucle avec
son air de vagabond,
ouvrant docilement la
bouche devant des mains
gantées de latex, et ne
mordant pas ces mains,
non, ne mordant rien de
rien. On nous suggérait :
voyez comme il ne mord
pas, comme il ne mord
plus, le sauvage apprivoisé.
Impression fugace :
Saddam, notre esclave, obéit
au doigt et à l'œil.
Etait-ce vraiment lui ?
Bien sûr que non !
C'était son ADN, mais ce
n'était pas l'ancien
bourreau de l'Irak, dont
on nous avait tant parlé
depuis la chute de sa
statue, au printemps. Le
vrai Saddam court
toujours. La preuve :
il avait filé par un des
mystérieux souterrains
constuits sous un de ses
innombrables palais, à
bord d'un engin digne de
Fantômas. Et comme Fantômas,
il changeait de visage à
l'envi. Tiens, peut-être
avait-il pris les traits
de Bush ou de Blair, à
moins qu'il ne se fût métamorphosé
en Bédouin du désert,
glissant de tribu en
tribu, levant d'un
mouvement du petit doigt
son armée des ombres, sa
résistance.
Voilà ce qu'on disait,
avant ces images qui ont
tout contredit. Pas de
chirurgie faciale,
seulement une barbe, vraie
ou postiche, qu'importe,
un mort-vivant. A-t-il éprouvé,
dans l'obscurité de son
repaire, la peur et la
hantise, la sensation de
toute cette mort dont il a
si longtemps plombé son
pays, par dizaines, par
centaines de milliers ?
Lui seul le sait, car le
reste est déjà du cinéma,
une superproduction avec
images de la bête sortie
de terre au cri de "On
l'a eu !".
Ce visage avait un air
familier mais
anachronique. De quel
Hibernatus s'agissait-il ?
Etait-ce Karl Marx ou le père
d'une révolution défunte ?
Soudain nous est apparue
la vérité face à cette
barbe blanchie et à tous
les sourires qui, en Amérique
comme en Europe,
accueillaient son
apparition saisissante.
Les dirigeants du monde
presque tout entier
souriaient comme des
enfants à qui on vient de
faire un beau cadeau, un
cadeau inattendu, inespéré,
presque trop beau. Ne le répétez
pas aux vrais enfants,
ceux qui espèrent sans
compter : le Père Noël
a été capturé à Tikrit,
dans son berceau rempli
d'ordures et de mauvais
souvenirs. Le réflexe
partout l'emportait sur la
réflexion. Le barnum médiatique
s'illuminait à la
seconde. Chacun comptait
ses bénéfices. Une bouchée
pour Bush, une cuiller
pour Blair. On engrangeait
pour de futures batailles
électorales. La France était
"prête à prendre
toute sa place",
après que cette bonne
nouvelle eut préparé une
nouvelle donne. On
s'embrassait Folleville,
on rêvait de futures
idylles. Et pendant ce
temps un peuple entier
entrait sous terre en
regardant son ancien chef
en sortir, soulagé mais
honteux que tant de répression
s'achevât par
l'humiliation d'un homme
redevenu poussière.
Polémique sur
l'arrestation de Saddam
Hussein
paru dans le Figaro le
22 décembre 2003
C'est seulement après
avoir été fait
prisonnier par les forces
kurdes, puis drogué, que
Saddam Hussein aurait été
capturé par les troupes
américaines, rapporte
l'hebdomadaire dominical
londonien Sunday
Express. Saddam est
tombé aux mains du Front
patriotique kurde après
avoir été trahi par un
membre de la tribu
al-Jabour, dont la fille a
été violée par le fils
de l'ancien dictateur
irakien, Oudaï, écrit le
tabloïd, citant, sans le
nommer, un responsable des
services secrets
militaires britanniques.
Selon le journal,
l'histoire complète des
événements qui ont
conduit à la capture de
Saddam Hussein, le 13 décembre,
près de son fief de
Tikrit dans le nord de
l'Irak, "montre
que la version colportée
par les conseillers américains
est incomplète". Un
ancien responsable des
services secrets irakiens,
dont le Sunday Express ne
cite pas le nom, a raconté
que Saddam Hussein avait
été fait prisonnier par
un dirigeant du Front
patriotique kurde qui a
combattu contre les forces
américaines pendant la
guerre en Irak, avant de
conclure un accord avec
elles. Le chef d'état-major
interarmes, le général
Richard Myers, a déclaré
hier que la capture de
Saddam avait conduit à
l'arrestation de "plusieurs
centaines" d'Irakiens.
Les autorités américaines
ont relevé hier leur
niveau d'alerte aux
attentats sur le
territoire des Etats-Unis
de "jaune"
(risque "élevé"),
à "orange",
("très élevé"
). Cette décision fait
suite à un accroissement
important des informations
relatives à de possibles
attentats. Selon les
services de
renseignements, des extrémistes
prépareraient des
attaques qui"égaleraient
ou dépasseraient" celles
du 11 septembre 2001 à
New York et Washington. L'échelle
de risques américaine
comporte cinq degrés,
allant du "vert"
(risque
"faible") à
"rouge"
("maximal").
Bush
et la gueule du loup
par DANIEL
SCHNEIDERMANN, publié
dans Libération le 19 décembre
2003
Soyons honnête : cette
fameuse image, dans la
conférence de presse
retransmise en direct par
CNN, personne ne l'a vue
arriver. "A présent,
j'aimerais vous montrer
une courte vidéo",
annonce le général américain
Ricardo Sanchez aux
journalistes présents -
et au monde. Comme si c'était
fortuit, secondaire. Comme
si cette "courte
vidéo", projetée
dans un écran fixé en
surplomb du pupitre, n'était
qu'un appendice de la
nouvelle principale, ce
fameux "we got him
!" de Paul Bremer
qui a ouvert la séance.
Elle arrive donc inopinément,
l'image, comme un avion
surgi de l'horizon,
d'abord minuscule avant
d'embraser la tour. Les
caméras de CNN zooment
sur cet écran, où l'on
voit d'abord le trou noir,
le trou à rats. Puis, la
bouche d'aération. Puis,
une paire de pieds, tout
cela filmé dans le noir.
Et puis, de profil, une
masse de cheveux que
trifouille un médecin
militaire, et très vite,
exactement au même moment
où nous réalisons à qui
appartiennent ces cheveux,
l'homme tourne la tête,
et apparaît Saddam barbu,
ouvrant déjà la bouche
à la spatule, alors que,
dans la salle de la conférence
de presse, éclatent des
cris où se mêlent
stupeur et colère. Ils
sont interminables, ces
cris dans la salle,
interminables comme
l'incendie qui consume les
Twins. Pendant
d'interminables secondes,
dans la salle, deux
crieurs crient, sans que
ni Paul Bremer, ni Ricardo
Sanchez n'esquissent un
geste pour les faire
taire. "Next slide
!" ("diapo
suivante !"), ordonne
simplement Sanchez quand
le lynchage verbal a assez
duré.
Cette image, que
repasseront ensuite les télés
en boucle les jours
suivants sous tous les prétextes,
a une apparence. Un alibi.
Une sorte de tampon qui
vise à la rendre
compatible avec les
conventions de Genève :
l'apparence d'une
consciencieuse visite médicale
du prisonnier, avec épouillage
et inspection de la
dentition. Comme à l'école.
Cette même spatule, on en
a subi la visite à l'école.
On ressent un vague moment
désagréable quand la
spatule se pose sur la
langue, mais c'est pour
notre bien. L'homme qui
tient la spatule veut le
bien de celui qu'il
inspecte : il cherche à détecter
une éventuelle capsule de
poison, pour prévenir un
suicide. Tel est
l'honorable alibi de
l'image. En outre, elle
semble servir de preuve.
Ses auteurs semblent nous
dire : que ne nous
auriez-vous pas reproché,
si nous ne vous l'avions
pas montrée, cette
prise-là ? De quels
subterfuges ne nous
auriez-vous pas soupçonnés
?
Mais sous cette mince
enveloppe humanitaire,
elle porte le message de
fer de l'humiliation.
L'ancien dictateur, à cet
instant, est réduit (les
références affluent) au
statut d'un cheval, d'une
vache, d'un SDF ou d'un
esclave. On dispose de son
corps. On inspecte la
bouche du barbu hirsute.
Et de face. Pour cette
inspection buccale, la caméra
ne s'est même pas détournée,
n'a même pas donné le
change. Elle aurait pu se
placer de profil, ou de
trois quarts dos. Non. Il
lui faut nous montrer la
gueule de ce vieux loup
qui ne mordra plus. Ce
cadrage cru et brutal,
cette exploration animale
d'une cavité intime,
qu'est-ce d'autre que de
la pornographie ? La
question est donc celle-ci
: qui est l'auteur, à la
fois de ce message et de
son alibi ? On connaît le
début de la réponse :
les spin doctors de
Washington, puisqu'il
apparaît que ce sont eux
qui ont longuement choisi
les plans à monter dans
la vidéo. On apprendra
quelques jours plus tard
que des
"experts" ont
passé la nuit à réfléchir
à la manière de la
montrer. Qu'ils y réfléchissaient
même depuis des jours, élaboraient
des plans, des variantes -
a) on le prend vivant, b)
on le carbonise avant,
etc. Donc, l'image EST la
nouvelle, elle a été conçue
comme la nouvelle, comme
une arme de dissuasion
massive contre tous ceux
qui seraient tentés de
s'en prendre à l'Empire
américain. Vengeance du
11-Septembre, leurre
destiné à faire oublier
que Ben Laden court
toujours : elle remplit
toutes ces fonctions à la
fois.
Mais, plus précisément,
l'image porte-t-elle le
discours conscient des
dirigeants américains, ou
trahit-elle leur
inconscient ? Le
savent-ils, ou non, que
leur prise de guerre va
apparaître comme un
animal ou un esclave ? Le
savent-ils, qu'ils
envoient à tous les
sauvageons antiaméricains,
mais aussi au monde
entier, l'image de la
domination absolue ?
Autrement dit, la
dictature de la Liberté
qu'ils assument est-elle
consciente ou inconsciente
? Quel est le degré de
sincérité des maîtres
du monde, leur part réelle
de bonne conscience ? "Pourquoi
nous haïssent-ils
tellement ?",
demandaient certains Américains
de la rue, après cette
manifestation de détestation
absolue que fut le
11-Septembre, laissant
penser qu'ils ne le soupçonnaient
vraiment pas. Quand George
Bush, à propos de Saddam
Hussein, explique en
substance "qu'il ait
eu des armes de
destruction massive ou
simplement l'intention
d'en acquérir, c'est la même
chose", sait-il qu'il
réédite le "si ce
n'est toi, c'est donc ton
frère" ? On ne le
saura pas. Il est possible
(dans la plus optimiste
des hypothèses) que les
Américains se soient posé
la question, pendant toute
cette fameuse nuit. Il est
possible qu'au terme de
ces longs balancements
nocturnes, ils n'aient pas
trouvé la réponse. Il
est possible qu'ils aient
donc décidé d'envoyer en
désespoir de cause cette
image de domination
absolue, quel qu'en soit
l'effet, comme on tire
dans le tas pour déblayer
le terrain, avant de
ramasser les morceaux.
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 19 décembre
2003
Un
pistolet, deux kalachs et
un caisson de biftons
verts, le tout au milieu
d’une colonie de
cafards. Periplaneta
orientalis, les meilleurs. George
Dobelyou et ses compagnons
en fauconnerie ne
pouvaient imaginer décor
plus kitsch pour capturer
le clochard tikriton,
finalement pas plus à
l’abri dans ses palais
Louis Baas en or massif,
que dans la petite
fermette en torchis où il
a été ramassé. Si au
moins l’épisode pouvait
donner à réfléchir dans
une région où les agités
du système pileux sont
toujours prompts à brader "leur
âme et leur sang" au
bénéfice du premier venu
des galonnés à
talonnettes, incarnant
l’école politique la
plus bornée : celle de la
matraque et de la paranoïa
sécuritaire.
Mais va donner à téter
le biberon de la démocratie
à des gnoufs qui trouvent
plus commode de se faire
cogner dessus pendant 25
ans par un seul homme,
plutôt que de se coltiner
un Conseil provisoire de
Babel dont le patron
change tous les mois. Avec
Saddam au moins, c’était
facile : il était seul, récoltait
100 % des voix, arrachait
100 % des ongles et
sifflait 100 % des puits
de pétrole. Avec en plus
des armes de destruction
massive, d’autant plus
redoutables qu’elles étaient
invisibles. Sans compter
les économies à la clé,
puisqu’il n’y avait
qu’un seul portrait à
tirer. Bref, rien que du
bonheur pur sucre ! Puis
il a fallu qu’un raseur
texan, tout en finesse et
élégance, s’en vienne
gâcher le paradis et éclater
cette bulle à coups de
rangers Nike, de missiles
IBM, de grenades Mac Do,
le tout enrichi d’une
cure intensive de vitamine
B-52. La liberté par la
force, il n’y a que ça
de vrai. Sauf qu’au
rythme d’une
demi-douzaine
d’attentats par jour,
c’est la liberté à
retardement qui lui
explose à la figure. Mais
quand on aime la démocratie,
on ne compte pas les
morts…
De l'âge d'or à
la mort lente, un tyran et
son peuple
par
BRUNO RIPOCHE, publié
dans Ouest-France le 15 décembre
2003
1972. Quatre ans après le
coup d'Etat qui les porte
au pouvoir, le général
Ahmad Hassan Al-Bakr et
Saddam Hussein, qui n'est
encore que le n° 2,
nationalisent l'Irak
Petroleum Company. La décision
coïncide avec la révolution
des prix décidée par l'Opep.
En trois ans, les revenus
du pétrole vont être
multipliés par dix,
passant de 575 à 5.700 millions
de dollars. Le socialisme
arabe incarné par le
parti Baas (Renaissance)
au pouvoir va connaître
son âge d'or. Sur le modèle
soviétique, l'Irak se
dote en quelques années
d'une industrie lourde :
sept raffineries et trois
complexes pétrochimiques
sortent de terre. Le français
Creusot-Loire construit
une aciérie à Oum Qasr,
l'unique port sur le golfe
Persique et une fonderie
d'aluminium à Bassorah.
Les réseaux routier, électrique
et téléphonique couvrent
tout le pays.
Naturellement, l'Etat est
le premier employeur, des
hôpitaux flambant neufs
dispensent des soins
gratuits, les programmes
de scolarisation font
reculer l'analphabétisme et les
jeunes filles accèdent à
l'université. 40 %
des enseignants et 34 %
des médecins sont des
femmes. Bagdad est cité
en exemple par l'Unesco.
Qui prédirait, alors, les
catastrophes à venir ?
Le tout-pétrolier occulte
un véritable sinistre économique.
Les barrages et canaux
d'irrigation intensive
dessinés dans les ministères
de Bagdad aboutissent, en
moins d'une génération,
à la salinisation
d'excellentes terres dans
les vallées du Tigre et
de l'Euphrate. Les coopératives, très bureaucratiques,
brisent les circuits de
production traditionnels.
Dès 1975, l'Irak, qui
possédait l'agriculture
la plus prometteuse de
tout le Proche-Orient, importe
deux tiers de ce qu'il
consomme.
Despote éclairé
Les milliards du pétrole montent à la
tête de Saddam, qui
pousse son cousin Ahmad
Hassan al-Bakr à la
retraite en 1979, et
s'imagine désormais en
despote éclairé de
l'Orient arabe. Dès son
accession aux commandes,
il a entrepris d'édifier
l'armée la plus puissante
de la région. Aux
Britanniques, puis aux
Soviétiques, les Français succèdent
comme premier fournisseur
d'armement. Paris vend
sans sourciller sa
technologie nucléaire. A
l'Ouest, personne ne s'émeut
de la violence du régime.
En Irak même, le bien-être
matériel aide la classe
moyenne des grandes villes
à fermer les yeux.
Pourtant, sous couvert de
laïcité - en réalité,
de maintien au pouvoir de
la minorité sunnite et
surtout du clan de Saddam -
une féroce répression
s'abat sur les chiites,
majoritaires en Irak. Des
dizaines de milliers de
familles sont expulsées
vers l'Iran voisin, sous
prétexte qu'elles ne
seraient pas
d'authentiques Irakiens.
Des dignitaires sont
assassinés. Ivre de
puissance, Saddam Hussein
fait bombarder par
l'aviation, en 1977, les
immenses cortèges de pèlerins
qui se rendent aux
sanctuaires de Nadjaf et
Karbala.
La crainte de la contagion
islamique pousse Saddam
Hussein à déclarer la
guerre à l'Iran en 1980.
Cette guerre de neuf années
précipite l'Irak dans
l'abîme. La
contre-offensive iranienne
paralyse en partie le
secteur pétrolier :
les recettes fondent de
plus 26 milliards de
dollars en 1980 à moins
de 8 milliards en
1983. Outre la mort de
150.000 à 340.000 Irakiens,
le conflit va engloutir
450 milliards de
dollars. L'Irak est en
situation de banqueroute,
incapable d'honorer ses
dettes. Il décide de
faire payer ses voisins
arabes : après tout,
ne s'est-il pas battu pour
toute la nation arabe, en
édifiant un rempart
contre l'Iran chiite ?
Le 9 août 1990, ses
armées envahissent le
Koweït, sur lequel Bagdad
a toujours eu des prétentions.
Deux guerres et douze années
d'embargo ont quasiment
ramené l'Irak à l'âge
de la pierre. La classe
moyenne n'existe plus, les
tribus sont redevenues prédominantes,
le taux d'alphabétisation
est retombé de 97 à 58 %,
60 % des Irakiens dépendent
des rations alimentaires
distribuées par l'Onu et
les bébés d'aujourd'hui
pèsent, à la naissance,
20 % de moins qu'en
1990.
Washington menace
Damas de sanctions
par SIBYLLE RIZK,
publié dans le Figaro le
18 décembre 2003
La persistance de la
violence et des attentats
en Irak, malgré la
capture de Saddam Hussein,
favorise l'hypothèse de
la présence d'éléments
extérieurs infiltrés
dans le pays et renforce
les pressions américaines
sur les voisins de Bagdad
pour qu'ils contrôlent
leurs frontières. La
Syrie est tout particulièrement
visée par Washington, qui
agite la menace de
sanctions économiques et
diplomatiques si elle ne
se montre pas coopérative
en matière de "lutte
contre le
terrorisme". "Nous
savons que plusieurs
activistes infiltrés en
Irak détiennent des
passeports syriens", a
déclaré à une chaîne
libanaise l'ex-conseiller
du Pentagone, Richard
Perle. La menace qui plane
depuis deux ans sur la tête
du président Bachar
el-Assad est désormais
une réalité depuis que
George Bush a signé le 13
décembre la loi lui
permettant d'imposer des
sanctions contre la Syrie.
Le texte accuse Damas d'héberger
des mouvements islamistes
palestiniens et de
chercher à développer
des armes chimiques et
biologiques. Il met en
demeure la Syrie de cesser
son soutien au terrorisme,
de retirer ses troupes du
Liban et enfin d'empêcher
l'entrée de terroristes
en Irak. Si elle ne
satisfait pas à ces
exigences, le président
américain est désormais
en mesure d'interdire les
ventes à la Syrie de
produits pouvant à la
fois être utilisés dans
les domaines civil et
militaire. George Bush a
également la possibilité
d'interdire les
exportations vers la
Syrie, d'interdire les
activités des entreprises
américaines dans le pays,
de réduire les relations
diplomatiques entre les
deux pays et de geler les
avoirs syriens aux
Etats-Unis.
L'adoption du projet de
sanctions par la
Maison-Blanche réduit
davantage encore la marge
de manoeuvre du président
syrien dont la première réaction
a été d'appeler
Washington "à un
dialogue
raisonnable". Car
Damas réfute une à une
les accusations américaines
et espère convaincre les
Etats-Unis de continuer à
percevoir la Syrie comme
un élément de stabilité
au Moyen-Orient et un
partenaire incontournable
pour la paix. "Nous
ne sommes pas
l'Irak", a déclaré
mardi le président Assad
lors d'une visite à Athènes,
signifiant par là à la
fois que la Syrie sait se
montrer coopérative et
que l'usage de la force
militaire n'est pas une
option. En fait, les
menaces contre la Syrie ne
sont pas nouvelles. Damas
figure depuis longtemps
sur la liste américaine
des pays soutenant le
terrorisme, ce qui ne l'a
pas empêché de maintenir
des relations
diplomatiques avec
Washington. La présence
armée syrienne au Liban,
dont le principe est
aujourd'hui désavoué par
les États-Unis, avait reçu
le feu vert américain en
1990 après le ralliement
syrien à la première
coalition contre Saddam
Hussein.
Mais le changement de
stratégie américaine
depuis le 11 septembre
2001 n'est pas de nature
à rassurer Damas, malgré
une apparente tranquillité.
La Syrie s'est donc
rapprochée de l'Union
européenne en se dépêchant
de conclure, après des
années de
tergiversations, les négociations
pour la signature d'un
accord d'association. Elle
multiplie, en outre, les
gestes de bonne volonté
en matière de lutte
contre le terrorisme et
les tentatives d'ouverture
envers Israël. Après
avoir remis à la Turquie
vingt-deux suspects
recherchés pour leur
implication dans les
attentats d'Istanbul le
mois dernier, Damas a signé
hier avec Ankara un accord
de lutte contre le
terrorisme. Et la presse
israélienne a rapporté
que la Syrie avait proposé
à Ariel Sharon une trêve
à la frontière
libano-israélienne et la
reprise des négociations
de paix. Rien de tout cela
ne semble convaincre
Washington. "La
Syrie joue un double
jeu", accuse
ainsi Richard Perle. De
fait, Damas ne peut tout
bonnement pas céder aux
principales demandes américaines,
car ce serait un suicide
politique pour le régime
en place. Faute de pouvoir
relâcher la pression,
elle joue la montre.
Bush le tenace
par ALAIN HERTOGHE,
publié dans la Croix le
28 novembre 2003
La
visite surprise de George
W. Bush aux GI à Bagdad
pour la fête de
Thanksgiving met en avant
un trait de caractère du
président américain : la
ténacité. En débarquant
sans préavis dans la
capitale du pays où ses
soldats subissent
quotidiennement attaques
et attentats, Bush junior
a évidemment fait un
"coup" politique
et médiatique. Mais il a
surtout envoyé un message
clair à son armée, son
peuple et ses adversaires
: je ne renonce pas dans
l’adversité. "Nous
resterons jusqu’à ce
que le travail soit
fait", pas question
de "nous retirer
devant une bande de voyous
et d’assassins",
a-t-il déclaré. Ses
soldats et les Américains
en général auront vu
dans ce déplacement,
risqué à leurs yeux, le
témoignage de sa résolution.
A ceux qui ont déclaré
la guerre à l’Amérique,
à ceux en Europe ou aux
Etats-Unis qui dénoncent
les dangers de sa
politique, il annonce que
rien ne le détournera de
ses objectifs. Homme aux
idées simples, George W.
Bush se voit comme un président
investi d’une mission
depuis les attentats du 11
septembre 2001 contre son
pays. Durant sa courte
carrière politique, au
Texas puis à Washington,
il a toujours affiché
beaucoup de pragmatisme
pour contourner les
obstacles rencontrés,
jamais la tentation de
renoncer. Même sa mère,
persuadée que son plus
jeune fils allait échouer,
n’avait pas réussi à
le décourager d’entrer
en politique en briguant
le poste de gouverneur
texan. Pour le meilleur ou
pour le pire, George W.
Bush entend donc bien
rester en Irak et… à la
Maison Blanche.
Bush promet la
Lune aux Américains pour
être réélu
Le président américain a
de grands projets spatiaux
paru dans le Figaro le
10 décembre 2003
George W. Bush cherche un
endroit de rêve où
projeter sa "nouvelle
frontière", afin de
doper ses chances de réélection
en novembre 2004. Il l'a
peut-être trouvé : le président
sortant envisage de
renvoyer des missions
humaines sur la Lune. Là,
au moins, l'expression de
la puissance américaine
ne risque pas d'être
contestée par des
terroristes ou une guérilla.
L'état-major présidentiel
s'est mis au travail pour
trouver des idées
nouvelles et stimulantes
capables de distraire
l'opinion du mauvais pas
irakien. "Je vous
garantis un programme
ambitieux", a
annoncé dimanche le secrétaire
général de la
Maison-Blanche, Andrew
Card. Il n'est pas entré
dans les détails, mais il
a admis : "Nous
sommes très intéressés
par les vols spatiaux.
Nous voulons être sûrs
que l'Amérique a des rêves
et ce président va
susciter de nombreuses
occasions de rêver."
Evidemment, plutôt que de
ressusciter quarante ans
plus tard la vision de
John F. Kennedy, l'idéal
pour Bush serait de lancer
la conquête de Mars.
Mais, après la désintégration
de la navette Columbia le
1er février
dernier, dans laquelle périrent
les sept membres d'équipage,
la Nasa est forcée
d'admettre qu'elle n'a ni
la technologie, ni le matériel,
ni l'argent pour mener à
bien un tel projet. Le président
pourrait donc se rabattre
sur la Lune, foulée pour
la première fois par l'Américain
Neil Armstrong le 20
juillet 1969. Six autres
missions Apollo ont également
aluni jusqu'en décembre
1972, dans le cadre d'un
programme de plus de 150
milliards de dollars au
cours actuel.
D'après les estimations
de la Nasa, il n'en coûterait
aujourd'hui que 15
milliards de dollars sur
six ans pour aller
explorer le satellite de
la Terre. Le président
pourrait annoncer sa décision
le 17 décembre, à
l'occasion des cérémonies
commémorant le premier
vol des frères Wright en
1903. Selon un sondage USA
Today-CNN-Gallup, 53%
des Américains sont séduits
par l'idée de retourner
sur la Lune, mais 67% la
rejettent si elle doit coûter
"des
milliards". Le déficit
fédéral devrait frôler
les 500 milliards de
dollars cette année, un
record très embarrassant
pour un Républicain qui
avait fait campagne sur la
limitation des dépenses
publiques. Aussi la
Maison-Blanche
travaille-t-elle sur
d'autres idées, peut-être
moins spectaculaires mais
politiquement plus
porteuses : un crédit
d'impôts pour étendre la
couverture médicale des
plus démunis, notamment
les enfants ; une
augmentation des fonds
alloués au programme de
"boucliers"
antimissiles ; une hausse
de 3,5% des salaires des
soldats ; la création
d'une cellule spéciale
pour traquer les pratiques
commerciales déloyales
dans le monde... Pour
George W. Bush, le décollage
de la campagne est prévu
fin janvier, à l'occasion
du traditionnel discours
sur l'état de l'Union.
Cette année, il tombe
entre les deux premières
élections primaires, dans
l'Iowa et le New
Hampshire, qui devraient
commencer à clarifier le
jeu dans le camp démocrate.
Le milliardaire
George Soros en campagne
pour faire battre George
Bush
par CORINE LESNES,
publié dans le Monde du
13 novembre 2003
Ayant fait fortune dans la
spéculation boursière,
George Soros n'a jamais ménagé
son portefeuille pour défendre
la démocratie. Des
ex-pays de l'Est à
l'Afrique, son Institut
pour une société ouverte
(Open Society) dépense
quelque 500 millions de
dollars par an pour
promouvoir la justice et
l'Etat de droit. A un an
de l'élection présidentielle
aux Etats-Unis, le pays où
il est arrivé en 1956,
George Soros (74 ans) a décidé
que la démocratie américaine
a, à nouveau, besoin de
son soutien. Faire battre
George Bush est devenu "l'objectif
principal de son
existence",
indique-t-il dans un
entretien publié, mardi
11 novembre, par le Washington
Post. L'élection est
une "question de
vie ou de mort",
ajoute-t-il, illustrant la
polarisation croissante de
la société américaine.
Le philanthrope annonce un
don de 5 millions de
dollars à MoveOn.org, le
collectif antiguerre qui
est devenu l'un des
rassemblements-phares de
l'opposition (Al Gore y a
parlé dimanche), et qui
vient de lancer le
concours du meilleur spot
télé de 30 secondes
contre Bush. Au total,
Soros engage cette année
15,5 millions de dollars,
soit cent fois plus que
pour la campagne de l'an
2000. Selon le quotidien,
il est désormais le
principal financier de la
gauche américaine. Il a
levé des fonds pour
Howard Dean, mais soutient
aussi plusieurs autres
candidats démocrates.
Pour George Soros, "l'Amérique,
sous Bush, est un danger
pour le monde".
Une "idéologie
suprématiste",
affirme-t-il, dirige la
Maison Blanche. "Quand
j'entends Bush dire : vous
êtes avec nous ou contre
nous, cela me rappelle les
Allemands".
"J'ai connu les régimes
nazi et soviétique,
ajoute-t-il. Cela m'a
sensibilisé."
Il met principalement en
cause les néoconservateurs
de l'entourage de George
Bush, "un groupe
d'extrémistes guidés par
une forme brute de
darwinisme social". Opposé
à la guerre, le
milliardaire philanthrope
était venu aux Nations
unies en mai pour essayer
d'empêcher le Conseil de
sécurité de confier la
gestion de l'Irak à
l'administration Bush.
Sans illusions. L'ONU est
avant tout une "association
de pays travaillant en
fonction de leurs propres
intérêts plutôt que de
l'intérêt général",
confiait-il. En
janvier, il a prévu de
sortir un livre, La
Bulle de la suprématie américaine,
où il réfute l'unilatéralisme,
quels que soient ses
doutes sur l'efficacité
de l'organisation
internationale. En échange
d'un changement de
titulaire à Washington,
George Soros n'irait tout
de même pas jusqu'à
donner la totalité de sa
fortune (7 milliards de
dollars). Quoique, répond-il
au Post... "Si le
résultat était
garanti"...
Dean repart à la
charge contre Bush
par JEAN-LOUIS TURLIN,
publié dans le Figaro le
17 décembre 2003
La trêve n'aura duré que
vingt-quatre heures.
Howard Dean, en tête des
sondages pour
l'investiture démocrate,
est reparti à l'assaut de
George W. Bush sur le
terrain qui a fait sa
popularité : son
opposition à la guerre en
Irak. Après avoir, beau
joueur, salué "un
grand jour", il a
pris le contre-pied du président
qui venait de déclarer,
lors d'une conférence de
presse, que son "travail
est de garder l'Amérique
en sécurité" :
"La capture de Saddam
Hussein n'a pas mis l'Amérique
plus en sécurité", a-t-il
affirmé. Howard Dean
s'est expliqué dans un
discours de politique étrangère
majeur devant le Pacific
Council on International
Policy à Los Angeles : "Ma
position (...) n'a pas
changé... Les difficultés
et les tragédies
auxquelles nous faisons
face en Irak montrent que
l'Administration a lancé
la guerre de la mauvaise
manière, au mauvais
moment, avec une
planification inadéquate,
une aide insuffisante, et
pour un coût
extraordinaire, jusqu'à
présent de 166 milliards
de dollars (...). La
capture de Saddam ne met
pas fin aux difficultés nées
des répercussions de la
guerre (...) pour le déloger."
Si les événements du
week-end dernier sont
interprétés comme un
tournant potentiel aussi
bien dans la situation
irakienne que dans la
stratégie des démocrates
contre Bush, Dean n'est
pas prêt à abandonner
son principal cheval de
bataille. Dans l'avion qui
l'emmenait de Floride en
Californie lundi, il a
retouché et peaufiné son
discours avec l'aide de
conseillers chevronnés,
tel l'ancien conseiller à
la Sécurité nationale de
Bill Clinton, Anthony Lake.
Le fond de l'argumentaire
n'a pas changé : les Américains
"doivent choisir
entre le nouvel unilatéralisme
radical d'aujourd'hui et
un respect renouvelé pour
les meilleures traditions
bipartisanes de la
politique étrangère américaine".
Là où Bush est
attendu, c'est dans la
gestion de l'après-Saddam
: "J'espère que
l'Administration va
utiliser la capture de
Saddam comme une chance
d'orienter sa politique
dans une direction plus
efficace. Notre pays
serait plus en sécurité
avec des alliances confirmées
(...) plutôt qu'avec des
coalitions bricolées."
Bref, le succès indéniable
de la capture ne doit pas
masquer les échecs : "Ce
président (Bush) est
responsable du fait que la
Corée du Nord soit
devenue une puissance nucléaire."
Comme les autres
candidats à
l'investiture, Dean estime
que la guerre a privé
l'Amérique de ressources
pour la lutte contre le
terrorisme international,
la sécurité du
territoire national et la
non-prolifération des
armes de destruction
massive. Mais ses
adversaires démocrates
qui avaient voté pour la
guerre voient dans la
prise de Saddam une arme
contre Dean : "Je
crains que les Américains
ne se demandent s'ils
seront plus en sécurité
avec lui comme président",
a répliqué le sénateur
Joseph Lieberman, qui
avait partagé le
"ticket" avec Al
Gore en 2000. Un groupe de
démocrates centristes
vient même de lancer une
campagne de publicité sur
le thème : "Stop
Dean". George W.
Bush se frotte les mains.
pa YVES THREARD,
publié dans le Figaro le
8 novembre 2003
Et si c'était lui,
l'excellent chiffre de
l'emploi américain, qui
confirmait la reprise économique
? Lui qui pouvait redonner
le moral au monde ? Lui
aussi qui ouvrait un
avenir plus radieux à
George W. Bush que
les gémonies auxquelles
le vouent ses détracteurs
? A ces trois
interrogations, on est
tenté de répondre par
l'affirmative. Donc, les
Etats-Unis ont créé, en
octobre, 126.000 emplois.
Deux fois plus que ce
qu'attendaient les
experts. Le recul du chômage
persiste depuis trois mois
et fait mentir ceux qui
doutaient de la solidité
de la reprise
outre-Atlantique. Celle-ci
a certes été provoquée
au détriment des équilibres
budgétaires, mais, en
relançant le marché du
travail, elle profite à
tous les Américains. Et
d'abord au premier d'entre
eux. A un an de l'élection
présidentielle, Bush peut
être rassuré. Son père
avait gagné la guerre
contre l'Irak mais avait
perdu la Maison-Blanche en
1992, faute d'avoir su
convaincre du retour
prochain de la croissance
à la fin de son mandat.
Plus de dix ans après, le
fils a-t-il retenu la leçon
? Pour vaincre la crise,
il n'a pas hésité à
employer les grands
moyens. Ses recettes :
fortes réductions d'impôts
pour encourager la
consommation et dollar
faible pour doper les
exportations.
Reste l'Irak, où ceux qui
aiment à le ridiculiser -
et ils sont légion -
ne donnent pas cher de sa
peau. Il a gagné la
guerre, pas encore la
paix. Son opinion montre
des signes d'inquiétude
mais gardons-nous des
interprétations hâtives.
L'heure de la "vietnamisation"
est loin d'être arrivée
et les Américains n'ont
pas pour leur président
les jugements bêtement
moqueurs que d'aucuns
entretiennent de ce côté-ci
de l'Atlantique. Son père
n'avait fait que repousser
Saddam, lui l'a chassé en
promettant à ses
compatriotes un monde plus
sûr. Le risque n'est pas
le même. Et le 11 septembre
2001 est passé par là...
La reprise de l'économie
américaine ne fait plus
de doute et partout, ou
presque, ses effets sont déjà
perceptibles. En Asie,
notamment au Japon. En
Europe également. Jeudi,
la Banque d'Angleterre a
relevé le taux de sa
monnaie comme pour mieux
saluer l'embellie et prévenir
ainsi les risques de
surchauffe, donc
d'inflation. L'Allemagne,
quant à elle, retrouve le
sourire et se réforme à
grands pas comme pour
mieux se préparer à la
sortie de crise. C'est
dire si la politique
volontariste de Bush -
hors et dans ses frontières -
ne mérite pas les
railleries qu'on entend
ici ou là sur les bords
de la Seine. Drapée dans
sa superbe, certaine de
son bon droit face à
l'orgueilleuse Amérique,
la France fait encore pâle
figure. Profitera-t-elle
pleinement de la reprise ?
Pour cela, il faudrait
qu'elle mette la même
volonté à se réformer
qu'elle montre de
conviction à s'opposer à
Bush.
Le
"camp de la
paix" écarté de la
reconstruction de l'Irak
paru dans Libération
le 10 décembre 2003
Les Etats-Unis ont exclu
les sociétés françaises,
allemandes, russes,
canadiennes d'une série
d'appels d'offres lancés
pour la reconstruction du
pays, à l'exception de la
sous-traitance. Le secrétaire
adjoint américain à la Défense,
Paul Wolfowitz, invoque
des raisons de sécurité
nationale. Pas de guerre
pas de chantiers. Les
Etats-Unis ont
formellement exclu les
sociétés françaises,
allemandes, russes et
canadiennes, ainsi que
celles d'autres pays ayant
refusé de s'associer à
la coalition militaire menée
par les Américains contre
l'Irak de Saddam Hussein,
des appels d'offres lancés
pour la reconstruction du
pays, indique un mémorandum
du Pentagone rendu public
mardi. Dans une circulaire
datée du 5 décembre, le
secrétaire adjoint à la
Défense Paul Wolfowitz
justifie cette décision
par des raisons
"essentielles de sécurité"
des Etats-Unis et la nécessité
d'encourager des pays
tiers à envoyer des
troupes en Irak. "Il
est nécessaire pour la sécurité
et les intérêts
essentiels des Etats-Unis
de limiter la compétition
pour ces contrats de base
à des sociétés des
Etats-Unis, d'Irak, des
partenaires de la
coalition et des nations
ayant envoyé des
troupes",
explique-t-il. Le document
du Pentagone souligne par
ailleurs que "tous
les efforts doivent être
faits pour augmenter la
coopération
internationale en
Irak", notant que le
nombre de soldats non américains
présents en territoire
irakien est passé, depuis
la fin des opérations
majeures de combat, de
14.000 à 23.700 ce qui a
permis une réduction de
12.000 hommes du corps expéditionnaire
des Etats-Unis. Selon
Wolfowitz, "limiter
la compétition pour ces
contrats encouragera
l'expansion de la coopération
internationale en
Irak".
Concrètement, des pays
comme la France,
l'Allemagne, la Russie et
le Canada se trouvent
ainsi écartés de 26
contrats qui vont de l'équipement
d'une nouvelle armée
irakienne à la
reconstruction des routes,
des installations pétrolières
aux systèmes de
communication, d'adduction
d'eau et de fourniture d'électricité.
En revanche, 63 pays ont
été reconnus éligibles
pour participer à ces
appels d'offres d'un
montant total de 18,6
milliards de dollars entièrement
financés par les
Etats-Unis. Lot de
consolation pour les
exclus, ils pourront
participer à la
reconstruction de l'Irak
comme sous-traitants, a précisé
un porte-parole du
Pentagone. Pour l'heure,
seul le Canada a réagi à
cette décision en
estimant par la voix de
son vice-Premier ministre
John Manley qu'elle était
"assez
choquante".
"Exclure les
Canadiens simplement parce
qu'ils sont Canadiens
serait inacceptable si
(les Américains)
acceptent les fonds des
contribuables canadiens
pour la reconstruction de
l'Irak", a souligné
John Manley. Ce n'est pas
l'avis de la Russie qui précise
de son côté qu'il
"s'agit de fonds américains
que les Etats-Unis peuvent
dépenser comme ils
l'entendent". la
France, elle, n'a pas
souhaité réagir mais a
indiqué qu'elle étudait
si cette décision d'exlusion
est compatible avec le
droit international de la
concurrence.
Paris
hors jeu
par ANTOINE DE
GAUDEMAR, publié dans Libération
le 22 décembre 2003
A en croire les Américains
et les Britanniques, la
menace est payante.
L'exemple de Saddam
Hussein a fait réfléchir
Kadhafi et l'a poussé à
renoncer à ses programmes
d'armes de destruction
massive (ADM). A bon
entendeur, salut : une
semaine après
l'arrestation du dictateur
irakien, la mise au pas du
régime de Tripoli
constitue une victoire
supplémentaire pour le
tandem Bush-Blair et sa
stratégie de la force.
Longtemps désigné par
les Etats-Unis comme le
chef de l' "Etat-voyou"
numéro 1 pour son soutien
actif au terrorisme, le raïs
libyen se fait doux comme
un agneau et promet de "transformer
ses épées en
charrues". La
communauté internationale
peut légitimement se réjouir.
Après l'apparente rentrée
dans le rang de l'Iran,
"l'axe du mal"
est mal en point et Bush
engrange des points en vue
de sa réélection. Il
faut avoir le mauvais
esprit d'un ancien
ministre britannique pour
souligner que la
diplomatie a fait
abandonner à Kadhafi ce
que la guerre contre
Saddam Hussein n'a pas
permis de trouver en Irak.
Beau joueur, Villepin
s'est félicité de
l'accord obtenu par
Londres et Washington,
mais l'absence de la
France dans cette négociation
n'en ressort que
davantage. Non seulement
elle n'a en rien été
associée au processus qui
a fait plier Kadhafi, mais
ce dernier s'est payé le
luxe d'ignorer
ostensiblement Jacques
Chirac au dernier sommet
Europe-Maghreb de Tunis, début
décembre. Et la France
n'a toujours pas bouclé
avec Tripoli l'accord sur
les indemnités devant être
versées aux familles des
victimes de l'attentat
contre un DC10 d'UTA,
alors que Tripoli a accepté
de payer au prix fort
celles des victimes de
l'attentat de Lockerbie
contre un Boeing de la Pan
Am. Rétrospectivement, on
comprend mieux pourquoi.
Bush,
anti-héros du libre-échange
par
PIERRE LOPPE, publié dans
la Libre Belgique le 21
novembre 2003
Quelle
mouche a donc piqué les
Américains ? Au moment où
l'Organisation mondiale de
commerce et les Européens
réclament la suppression
des surtaxes US sur
l'acier, les Etats-Unis
ouvrent la voie à
l'imposition de quotas sur
les produits textiles
chinois, sous prétexte
que l'industrie nationale
souffre d'importations
massives et à bon marché
en provenance de Pékin.
Et George W. Bush, la main
sur le coeur, se dit
"très attaché au
libre-échange" et
"à l'application des
règles
commerciales"... Ce
petit jeu est très
dangereux. Il risque de
creuser à nouveau le déficit
commercial américain, de
provoquer un effondrement
du dollar par rapport à
l'euro et au yen,
d'inhiber le commerce
international et de
replonger l'économie
mondiale dans une crise
dont elle se passerait
volontiers. Pas surprenant
que la démarche des
Etats-Unis provoque une
levée de boucliers générale.
Jusqu'à la Réserve fédérale
des Etats-Unis, dont le président,
Alan Greenspan, a jugé
"impératif de faire
échec à la montée du
protectionnisme avant
qu'elle ne nuise à la
mondialisation".
Ce
repli sur soi forcené est
dicté par des mobiles
exclusivement politiques.
Tous les coups sont permis
à l'approche des élections
de 2004. En protégeant
des outils sidérurgiques
obsolètes, le président
américain veut faire
croire qu'il
"sauve" des
emplois. En frappant le
textile chinois, il fait
un "cadeau" aux
industriels du Sud qui
auraient perdu 300.000
postes de travail à cause
de l'empire du milieu. Ce
mélange peu ragoûtant d'économie
et de politique a tout
pour déplaire. Ce n'est
pas au moment où la Chine
apparaît comme l'un des
principaux moteurs de la
croissance économique
mondiale convalescente
qu'il faut relancer des
hostilités commerciales
d'un autre âge et
organiser une forme puérile
de protection rapprochée.
Que Bush ne répugne pas
à la guerre, il l'a prouvé,
hélas, mais de là à ce
qu'il torpille cette fois
la reprise...
par
PIERRE ROUSSELIN, publié
dans le Figaro le 16 décembre
2003
Maintenant que George W.
Bush a enfin terrassé
Saddam Hussein, il faut
qu'une nouvelle ère
s'ouvre en Irak. L'événement
tant recherché ne
change pas, en soi, les
données du problème
sur le terrain. Mais,
dans les esprits, il est
d'une telle portée
symbolique que rien ne
peut plus être comme
avant. C'est un
paradoxe. Car ce n'est
pas cet homme hirsute
qui, du fond de son trou
à rat, conduisait la
"résistance".
Le combat contre
"l'occupant" a
pris un sacré coup,
psychologique avant
tout, mais va continuer.
Avec un facteur
politique aggravant,
dans la mesure où il ne
sera plus mené au nom
d'un infâme dictateur.
Raison de plus pour
inciter George W. Bush
à profiter au mieux de
son succès. Maintenant
que le tyran déchu est
hors d'état de nuire,
rien ne doit plus
s'opposer à un retour
rapide de la souveraineté
aux Irakiens eux-mêmes.
Certes, la transition ne
se fera pas du jour au
lendemain - elle
est programmée pour
juin 2004. Mais, pour
qu'elle réussisse, elle
doit, dès maintenant,
s'imposer comme priorité
à tous. Après huit
mois d'une "après-guerre"
désastreuse, il est
temps d'engager une
dynamique positive. Les
dirigeants irakiens du
Conseil de gouvernement
provisoire sont prêts.
Ils l'ont dit hier, à
Paris, et se sont montrés
disposés à exercer
davantage d'autorité,
pour peu que l'autorité
d'occupation leur en
donne la possibilité.
Avec la fin de Saddam,
l'occasion est venue.
En annonçant que la
dette laissée par le
dictateur sera renégociée
lorsque l'Irak sera
redevenu un Etat
souverain, Paris fait
tout ce qu'il peut pour
encourager le mouvement.
Longtemps marginalisée
par son refus de la
guerre, la France
serait-elle enfin prête
à saisir le moment ? Si
elle l'est aujourd'hui,
c'est peut-être parce
que l'élimination de
Saddam lui fournit
l'occasion symbolique
d'apurer un long passé
de relations troubles
avec un régime désormais
voué à une
condamnation unanime.
Pour l'Irak, l'essentiel
dépend de George W.
Bush, et de lui seul.
Jamais depuis la chute
de Bagdad, le 9 avril,
le président des
Etats-Unis n'avait eu
autant de cartes en
main. Les idéologues du
Pentagone lui diront
peut-être que l'Amérique
n'a eu besoin de
personne pour se saisir
de Saddam et qu'elle
peut donc tout résoudre
toute seule. Mais il
n'est pas sûr que le président
se laisse tromper à
nouveau. L'enjeu est
trop important. Ayant réalisé
enfin le rêve que son père
avait abandonné il y a
douze ans, George W.
Bush vient de prouver
que l'Amérique ne se
laisse pas narguer impunément
pendant des années. En
ce sens, et en ce sens
seulement, la capture de
Saddam est une réponse
aux attentats du 11
septembre 2001. C'est en
tout cas ainsi que les
Américains l'ont vécue.
Il est donc vital pour
Bush de ne pas gâcher
le succès qu'il vient
d'engranger. Ce serait
une grave erreur d'appréciation
que de ne pas tout faire
pour l'aider à ouvrir
une nouvelle ère en
Irak.


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