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PORTRAIT  RJLIBAN  N°8  du 28 novembre 2003 

 
Saint Frumentius de Tyr, Apôtre de l’Ethiopie, évêque du IVe siècle
Mar Frominsios, appelé Abba Salama ("Père de la paix") (+380)

 

La conversion du roi Ezanas ou comment deux enfants chrétiens de Tyr, Phénicie (actuel Liban), semèrent l’évangile sur la terre d’Ethiopie

 

Une messe solennelle en mémoire de Saint Frumentius de Tyr, apôtre de l’Ethiopie, sera célébrée par le métropolite Mgr Youhanna Haddad en la cathédrale Saint Thomas des grecs-catholiques à Tyr, dimanche 30 novembre 2003 à 10h, date de la fête annuelle de Saint Frumentius. Egalement, la première messe de Mgr Nabil el-Hajj, nouvel évêque maronite de Tyr, sera célébrée en l'église Notre-Dame de la Mer à Tyr, dimanche 30 novembre 2003 à 15h (le sacre du nouvel évêque, qui succède à Mgr Maroun Sader, se déroulera en la basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, samedi 29 novembre 2003 à 14h30).
 

Tout semble calme dans le port d’Adoulis. Un navire vient de jeter l’ancre. A son bord, le philosophe Méropius de Tyr revient d’un voyage d’exploration en Inde, accompagné de ses deux élèves, Frumentius et Edésisus, deux jeunes enfants de sa parenté. Méropius est soulagé de faire escale sur la côte éthiopienne avant de reprendre son périple. Il pourra certainement ravitailler en eau et en nourriture son équipage, épuisé par de longues semaines de navigation. Méropius et ses compagnons s’apprêtent à mettre pied à terre pour demander aux sujets du roi d’Axoum les vivres nécessaires à leur voyage. Mais tout à coup, les passagers sont pris de panique ; les Barbares, loin de les accueillir, se précipitent sur eux, les armes à la main, et les massacrent. Le navire est pillé, l’équipage exterminé. Un silence terrible plane sur le pont du bateau fantôme jonché de cadavres. C’est alors que deux jeunes garçons, tremblants de peur, sortent de leur cachette et courent se réfugier à terre.

Frumentius et Edésius restent de longues heures cachés sous un arbre. Quand la nuit commence à tomber, pour briser le silence qui les entoure, ils récitent les dernières leçons qu’ils ont apprises. Et c’est ainsi que les Barbares les trouvent. Ils les conduisent à la cour du roi d’Axoum dans l’intention de les vendre comme esclaves. Le souverain comprend que les connaissances des deux jeunes romains peuvent lui être utiles. Frumentius, le plus âgé, est sage et perspicace. Il lit et écrit le grec, la langue officielle de l’Empire romain qui est aussi la langue écrite employée à Axoum. Frumentius devient alors secrétaire du roi, tenant les comptes et les archives du royaume, tandis que son jeune frère Edésius est nommé échanson du roi. Leurs compétences sont vites appréciées par la famille royale et les deux jeunes prisonniers sont bien traités.

Mais la mort du souverain vient assombrir le ciel abyssin. Avant de mourir, le roi d’Axoum a désigné son épouse comme régente du royaume, en attendant que son tout jeune fils, Ezanas, soit en âge de régner. Il a aussi rendu la liberté à ses deux fidèles serviteurs, Frumentius et Edésius. Les deux frères peuvent désormais rentrer dans l’empire. Pourtant, ils ne partent pas. La reine, en effet, connaissant leur fidélité et leurs qualités, les supplie de l’aider à gouverner son royaume et à protéger son fils. Elle les charge de l’éducation et de la formation du futur roi, Ezanas, et de son frère Sazanas.

Frumentius et Edésius s’acquittent de leur tâche avec loyauté et conscience. Les deux jeunes romains sont chrétiens : ils ont reçu oralement la tradition chrétienne à Tyr, région de tradition chrétienne grecque et syriaque, avant de partir en voyage avec leur oncle. Tout naturellement, ils racontent à leurs élèves royaux la vie du Christ et celle des apôtres. Ezanas, futur souverain axoumite, apprend ainsi la vérité sur le Dieu unique, le Dieu créateur, sur les mystères du Christ et de sa résurrection, sur l’action de l’Esprit Saint qui parle au cœur de tout homme. Il apprend à vivre chrétiennement et à prier. Pendant ce temps, Frumentius, qui partage le pouvoir avec la reine, peut mettre en place une politique religieuse favorable aux chrétiens. Il se renseigne sur la situation des chrétiens dans le pays dont il assure les gouvernements. Constatant les liens commerciaux entre l’Abyssinie et le monde romain, il octroie des facilités aux marchands chrétiens dans leurs activités économiques et les autorise à établir des lieux de culte, en leur donnant des terrains pour la construction d’églises. De petites communautés chrétiennes s’organisent alors dans les villes du royaume d’Axoum. Les premières conversions permettent l’expansion rapide de la nouvelle religion. Grâce à la protection de Frumentius, la liberté de pratiquer la religion chrétienne - la religion de l’empire, une religion d’étrangers ! - est accordée. Le christianisme s’introduit pour la première fois en Ethiopie.

Le futur roi est bientôt en âge de prendre lui-même en charge le royaume. La tâche de Frumentius et d’Edésius est achevée, ils peuvent regagner l’Empire romain. Edésius rentre à Tyr, retrouve ses parents et est ordonné prêtre ; plus tard, il rencontre Rufin d’Aquilée. C’est lui qui rapportera les épisodes de la première christianisation d’Axoum dans son Histoire ecclésiastique. Frumentius, lui, gagne Alexandrie en Egypte. Il raconte toute son histoire à l’évêque Athanase et lui demande d’envoyer à Axoum un homme digne d’être évêque pour conduire ce nouveau peuple chrétien. Athanase considère que seul Frumentius est susceptible de remplir cette mission, le sacre aussitôt évêque et l’envoie diriger l’Eglise d’Abyssinie, entre 340 et 356. Commence alors la seconde œuvre missionnaire de Frumentius dans le royaume d’Axoum, nouvelle terre chrétienne.

Les monnaies du royaume sont frappées de la croix du Christ. Le christianisme se développe à Axoum, dans une fidélité parfaite à la foi nicéenne. A tel point que l’empereur romain Constance II, disciple de l’arianisme, tente de faire renvoyer Frumentius pour le remplacer par un évêque arien en écrivant personnellement à Ezanas ! Comment cette missive a-t-elle été reçue ? Les chroniques sont muettes sur ce point. Mais une chose est certaine : avec Frumentius, une nouvelle Eglise est née sur les bords de la mer Rouge, et dans les siècles qui suivirent, une nouvelle nation chrétienne se développa en Ethiopie. La conversion d’Ezanas en fut le germe, et même si le royaume ne s’est converti officiellement au christianisme qu’au Ve siècle, la flamme de la foi était dès lors présente. Elle fut portée par deux enfants chrétiens de Tyr qui, dans des circonstances extraordinaires, ont converti un roi et jeté la semence du christianisme en terre éthiopienne. Les siècles suivants ont montré combien la moisson fut abondante.

La fête de saint Frumentius, le célèbre évêque d'Axoum, fondateur de l'Eglise d'Ethiopie, né à Tyr vers 315, mort à Axoum vers 380, connu sous le nom d'Abba Salama ("Père de la paix"), est célébrée le 27 octobre par les Latins, le 30 novembre par les Grecs et le 18 décembre par les Coptes.

 
Phoenician Saint Frumentius, Apostle of Abyssinia and Bishop of Axum, and his brother priest Edesius
 
The brothers from Tyre, Phoenicia (Lebanon). Frumentius introduced Christianity to Abyssinia (Ethiopia) and translated the New Testament into Ethiopian

Edesius and Frumentius, brothers from Tyre, Phoenician, introduced Christianity into Abyssinia; the latter a saint and first Bishop of Axum is styled the Apostle of Abyssinia, d. about 383. When still mere boys they accompanied their uncle Metropius on a voyage to Abyssinia. When their ship stopped at one of the harbor of the Red Sea, people of the neighborhood massacred the whole crew, with the exception of Edesius and Frumentius, who were taken as slaves to the King of Axum. This occurred about 316. The two boys soon gained the favor of the king, who raised them to positions of trust and shortly before his death gave them their liberty. The widowed queen, however, prevailed upon them to remain at the court and assist her in the education of the young prince Aeizanas and in the administration of the kingdom during the prince's minority. They remained and (especially Frumentius) used their influence to spread Christianity. First they encouraged the Christian merchants, who were temporarily in the country, to practice their faith openly by meeting at places of public worship; later they also converted some of the natives.

When the prince came of age, Edesius returned to his friends and relatives at Tyre and was ordained priest, but did not return to Abyssinia. Frumentius, on the other hand, who was eager for the conversion of Abyssinia, accompanied Edesius as far as Alexandria, where he requested St. Athanasius to send a bishop and some priests to Abyssinia. St. Athanasius considered Frumentius himself the most suitable person for bishop and consecrated him between 340-46. Frumentius returned to Abyssinia, erected his episcopal see at Axum, baptized King Aeizanas, who had meanwhile succeeded to the throne, built many churches, and spread the Christian Faith throughout Abyssinia. The people called him Abuna (Our Father) or Abba Salama (Father of Peace), titles still given to the head of the Abyssinian Church. In 365 Emperor Constantius addressed a letter to King Aeizanas and his brother Saizanas in which he vainly requested them to substitute the Arian bishop Theophilus for Frumentius (Athanasius, "Apol. ad Constantium" in P.G., XXV, 631).

The Latins celebrate the feast of Frumentius on 27 October, the Greeks on 30 November, and the Copts on 18 December. Abyssinian tradition credits him with the first Ethiopian translation of the New Testament.

 

 

 
Copyright 2003 RJLiban