Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

PORTRAIT  RJLIBAN  N°6  du 17 octobre 2003 

 
Hanadi Tayssir Djaradat, résistante palestinienne 
 
Dans un grand élan d'autosatisfaction, l'Occident vient de décerner le prix Nobel de la Paix à Chirine, une femme iranienne militante pour les Droits de l'homme, de la femme et de l'enfant en Iran. L'Occident se donne ainsi bonne conscience, 25 ans après avoir fait basculer ce pays dans l'obscurantisme, renversant le Shah et mettant en place un régime islamiste destructeur dirigé par l'imam Khomeyni. (Suivant la même logique, le poète syro-libanais Adonis, que tous attendaient, a été privé de prix Nobel de Littérature - revenu au romancier sud-africain Coetzee -, la Syrie étant actuellement dans le collimateur des Etats-Unis.)
 
Peu de jours auparavant, Hanadi, une jolie avocate palestinienne de 29 ans, glorifiée par ses compatriotes et vilipendée par les usurpateurs de la Palestine, avait sacrifié sa vie pour la cause de son pays et de son peuple. Voulant venger son frère et son cousin tués dans les agressions terroristes de l'armée israélienne contre le camp de Jénine en juin dernier, et alerter une fois de plus l'opinion internationale sur la situation insupportable vécue par les Palestiniens, elle s'était fait exploser le 4 octobre dans un restaurant de Haïfa, tuant 19 Israéliens. Son attaque suicide marquera les annales car, non seulement il s'agit d'un des attentats les plus meurtriers depuis le début de l'intifada, mais la riposte qu'elle a engendrée de la part de l'armée israélienne a touché la Syrie, et ce pour la première fois depuis 30 ans. (Les divers conflits entre Arabes et Israéliens, ou inter-arabes, se réglaient généralement en territoire libanais.)
 
A propos de la situation en Palestine, un récent rapport de l'ONU sur le droit à l'alimentation, le rapport Ziegler (consultable sur Réseau Voltaire et Solidarité Palestine), a entraîné les foudres du gouvernement israélien. Oui vraiment, - et malgré le fait d'avoir voté hier même la résolution américaine pour l'Irak -, l'ONU dérange et n'a pas de raison d'être. Dans tous les cas, il est temps d'organiser des mouvements de masse en Europe et dans le reste du monde semblables aux mouvements de protestation, au printemps dernier, contre l'agression américaine en Irak, afin de réclamer de force l'imposition de la paix au Proche-Orient et l'instauration, aux côtés de l'Etat d'Israël, d'un Etat palestinien viable.
 
 
Le rapport Ziegler embarrasse l'ONU
L'Etat hébreu réclame des sanctions contre le rapporteur des Nations unies, jugé trop "politisé" dans son analyse de la situation dans les territoires palestiniens
 
par PIERRE HAZAN, publié dans Libération le 3 octobre 2003
 
Israël demande à une Libyenne "de sanctionner" un Suisse. L'Etat hébreu a en effet demandé à Najat al-Hajjaji, présidente de la Commission des droits de l'homme (CDH) de l'ONU, de prendre des mesures contre Jean Ziegler. Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, le sociologue, connu pour avoir déchaîné nombre de polémiques dans le passé, est l'auteur d'un rapport très virulent à l'égard de l'Etat hébreu (Libération du 17 septembre - voir-ci-dessous). Il accuse les forces de sécurité israéliennes d'être responsables de la "catastrophe humanitaire" qui touche les Palestiniens, provoquée selon lui par une "politique de bantoustanisation" accompagnée de mesures sécuritaires "totalement disproportionnées". Dans sa lettre de protestation, datée du 18 septembre et adressée à la présidente de la CDH, la mission d'Israël auprès de l'ONU "exige des sanctions appropriées" contre Jean Ziegler. Les autorités israéliennes sont indignées par la rédaction d'un "rapport hautement politisé" qui ne souffle mot "de la corruption rampante de l'Autorité palestinienne".
 
Violation
Dans leur missive à Najat al-Hajjaji, elles font part de leurs "graves interrogations sur l'éthique professionnelle" de Jean Ziegler, l'attaquant sur des questions de procédure. Les Israéliens lui reprochent d'avoir communiqué son rapport aux médias avant qu'elles-mêmes en aient pris connaissance, en violation des règles onusiennes. La procédure prévoit que l'Etat concerné dispose de quelques semaines pour corriger tel ou tel point factuel du rapport avant sa publication. Fin octobre, le bureau de la CDH décidera de l'attitude à adopter face à Jean Ziegler, qui nie avoir transmis le rapport aux médias. Il ne risque pratiquement rien, fort du soutien des pays arabo-islamiques et des non-alignés, lesquels avaient du reste contribué à sa nomination à ce poste.
 
"Gâchis"
Les Nations unies se seraient bien passées de cette polémique. Le rapport Ziegler est, pour l'heure, absent du site électronique du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH). José Diaz, porte-parole du HCDH, précise qu'il y figurera "dans les prochaines semaines dès que les traductions auront été effectuées". En coulisse, les Nations unies sont furieuses. Selon un membre du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, "une occasion en or de normaliser nos rapports avec l'Etat hébreu a été perdue. C'est un gâchis". Auteur notamment de l'Or nazi, ouvrage qui critiquait férocement l'attitude des banques suisses durant la Deuxième Guerre mondiale, Jean Ziegler a été le premier rapporteur spécial de l'ONU admis en Israël et en Palestine. Quelques mois plus tôt, l'Etat hébreu avait refusé au Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Sergio Vieira de Mello (tué à Bagdad dans l'attentat du 19 août) le droit de se rendre en mission officielle sur son territoire. Depuis des décennies, les relations sont tendues entre l'Etat hébreu et les Nations unies, accusées de partialité par Tel-Aviv.
 
 
L'ONU dénonce la politique sécuritaire d'Israël
Selon un rapport, elle est à l'origine de la crise humanitaire dans les territoires
 
par PIERRE HAZAN, publié dans Libération le 17 septembre 2003
 
Alors que le conflit du Proche-Orient connaît une nouvelle recrudescence de tensions, Jean Ziegler, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, vient de terminer un rapport destiné à l'Assemblée générale des Nations unies sur sa mission effectuée du 3 au 13 juillet dans les territoires palestiniens occupés. Il dénonce dans ce rapport de 25 pages "la catastrophe humanitaire" produite par "la politique de sécurité et de bantoustanisation" menée par les autorités israéliennes.
 
L'arme de la faim
Jean Ziegler constate "la détérioration rapide de la situation alimentaire depuis le déclenchement de la deuxième Intifada" en 2000. Selon le rapport, plus de 22 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition (contre 7,6 % en l'an 2000). Plus de 15 % des enfants du même âge sont atteints d'anémie grave, avec toutes les conséquences physiques et intellectuelles sur leur développement qui en résultent. Plus d'un ménage palestinien sur deux n'a plus qu'un repas par jour. Une situation liée à l'effondrement de l'économie palestinienne, souligne le rapport : plus de 60 % des Palestiniens vivent sous le seuil de grande pauvreté et presque autant sont totalement dépendants de l'aide internationale. Pour Jean Ziegler, cette situation résulte de la politique sécuritaire de l'Etat hébreu. Ainsi le rapport épingle les mesures militaires qui visent à protéger la population israélienne et qui sont imposées de telle façon qu'elles mettent en danger la sécurité alimentaire de toute la population palestinienne : "Il ne peut pas y avoir de justification pour limiter les déplacements qui empêchent les gens d'avoir accès à de la nourriture et à de l'eau, à moins de vouloir utiliser l'arme de la faim."
Après avoir rencontré des personnalités provenant du monde politique, des organisations non gouvernementales et des militaires, y compris des généraux israéliens et Yasser Arafat, son constat est clair : "L'imposition généralisée de couvre-feu, de fermeture de routes, de système de permis, de barrages sont la source de la crise humanitaire, tout comme le niveau sans précédent de destructions et de confiscations de terre, d'eau et d'infrastructures palestiniennes." S'il reconnaît le droit à la population israélienne à vivre en sécurité, il dénonce "le dispositif exagéré" mis en place par les autorités israéliennes afin de prévenir de nouveaux attentats meurtriers.
 
Annexions de facto
Le rapport de l'ONU voit à l'oeuvre "une stratégie de bantoustanisation" de la Palestine, accompagnée de destructions sans précédent d'arbres, de systèmes d'irrigation et d'infrastructures qui privent beaucoup de Palestiniens de leur droit à la nourriture. Evoquant le mur de séparation dont il utilise la double terminologie, "barrière de sécurité" et "mur de l'apartheid", construit à l'est de la frontière de juin 1967, Ziegler note "qu'il constitue une autre violation du droit à l'alimentation", annexant de facto des milliers d'hectares de terres fertiles à l'Etat hébreu. C'est la première fois qu'un rapporteur spécial des Nations unies était admis en Israël. Depuis la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU de 1975 qui assimilait le sionisme à "une forme de racisme" (résolution abrogée en 1991), les relations sont très tendues entre l'Etat hébreu et les Nations unies.
Interrogée sur le rapport Ziegler, Tuvia Israeli de la mission d'Israël auprès des Nations unies à Genève, déclare à Libération : "C'est un nouveau coup dur dans nos rapports avec les Nations unies. L'ONU s'était engagée à nous faire parvenir le rapport avant sa publication pour que nous puissions y incorporer nos commentaires. Et nous découvrons que ce rapport est rendu public alors que nous ne l'avons même pas encore reçu officiellement." La mission d'Israël affirme qu'elle va émettre une protestation auprès du Haut-Commissariat aux droits de l'homme.
  
 
Musulmanes
 
par ERIC FOTTORINO, publié dans le Monde du 14 octobre 2003
 

Un mot en sept lettres. Un mot qui se porte en noir, en robe noire, avec ou sans voile, c'est selon. Sans doute le mot le plus beau du monde pour une femme, quand elle est musulmane. Sept lettres pour lutter, pour mettre le droit, la loi de son côté, la force de la loi. Sept lettres pour former ce mot, cet idéal : avocate. Vendredi, c'est une femme du barreau de Téhéran, une militante des droits de l'homme, qui a reçu le prix Nobel de la paix. On a vu partout son visage à découvert, limpide et rayonnant, un visage sans peur, comme un pied de nez envoyé aux mollahs. Une semaine plus tôt, dans un restaurant de Haïfa, une autre avocate avait marqué les esprits. Mais avec des explosifs à la taille pour perpétrer un attentat-suicide qui fit 19 morts. D'anciennes photos la montraient coquette et souriante. Sur une vidéo tournée peu avant son action kamikaze, ce n'était plus exactement la même, avec son voile qui dissimulait son cou, ses oreilles et ses cheveux.

Chirine Ebadi, l'Iranienne, Hanadi Tayssir Djaradat, la Palestinienne. Deux manières d'être avocate, d'être musulmane. Et à Aubervilliers, vendredi, pendant que non loin de là, séjournant à Paris, Chirine Ebadi réalisait à peine son bonheur, deux jeunes filles voilées pleuraient. Lila, l'aînée, et Alma, sa sœur cadette, venaient d'apprendre leur exclusion définitive du lycée Henri-Wallon. Un foulard pour cacher les larmes de l'incompréhension. Avec ce cri du cœur poussé par Alma : "Je veux être avocate." Pendant ce temps au Maroc, d'autres femmes musulmanes pouvaient espérer des jours meilleurs. Le jeune roi Mohammed VI l'a annoncé : c'en sera bientôt fini de la sujétion dans laquelle vivent les Marocaines. Véritable révolution, les femmes trouvent un homme couronné pour avocat. Que d'espoirs attachés, pour ces éternelles mineures, à la réforme de leur statut, qui vaudra, si les mots ont un sens, véritable reconnaissance. Qu'est-ce qu'une femme du Maroc, aujourd'hui ? Elle n'a pas de visage, et c'est à peine si elle a un regard. Elle n'a dans le meilleur des cas que des ordres à exécuter et au pire que des coups à recevoir. Humiliée, répudiée à l'envi, soumise au joug et à la fantaisie des hommes, jouet des mariages forcés, chiffon corvéable entre père et mari.

Un code de la famille pour résister. Pour exister. On ne peut que saluer cette coïncidence entre le choix du comité d'Oslo et l'annonce faite aux femmes par le roi du Maroc. Comment l'ancien pourfendeur du communisme polonais, Lech Walesa, a-t-il pu juger que l'attribution du prix Nobel de la paix à une musulmane était "une grave erreur" ? L'enjeu est immense pour toutes les femmes d'islam. Celles qui obéissent. Celles qu'on lapide. Celles qu'on tient pour si émotives qu'elles se voient interdire, comme en Iran, d'exercer la fonction de magistrat. Celles qui continuent de souffrir, en Afghanistan, de l'intransigeance des hommes et des religieux. Cette voix donnée aux musulmanes est aussi un signal adressé à toutes les Alma et à toutes les Lila, à toutes ces jeunes filles qui, en France, font du foulard le rempart de leur foi. Reconnues, respectées, peut-être pourront-elles demain ôter ce voile sans éprouver le sentiment du viol. 

 

 
Le kamikaze de Haïfa était avocate
Le recrutement terroriste s'est élargi aux femmes depuis décembre 2001
 
par ARIELLE THEDREL, publié dans le Figaro le 6 octobre 2003 
 
La tête d'Hanadi Tayssir Djaradat avec ses longs cheveux noirs gisait samedi dans la salle du restaurant Maxim au milieu de morceaux de chair, de vêtements tachés de sang et d'une poussette. "Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça !" s'est exclamé Mooli Nir, propriétaire de l'établissement. Pourquoi en effet ? Hanadi Tayssir Djaradat, jolie jeune femme de 29 ans, était avocate stagiaire à Jénine, en Cisjordanie. A en croire le Djihad islamique, elle se serait fait exploser pour venger la mort de son frère et de son cousin, tués en juin par les forces israéliennes. Hanadi Tayssir Djaradat était la sixième femme kamikaze depuis le début de la seconde intifada, fin septembre 2000.

Vengeance, fanatisme, désespoir, qu'est-ce qui peut pousser un être humain à se transformer en "bombe humaine" ? Aux pilotes japonais qui s'écrasaient sur les navires américains, aux Tigres tamouls ou aux "Bassidji" iraniens qui servaient de chair à canon lors du conflit avec l'Irak a succédé une nouvelle génération de kamikazes. Comme le remarque Avishai Margalit, professeur de philosophie à Jérusalem, les attentats suicides palestiniens présentent une singularité : ce sont des civils n'appartenant pas la plupart du temps à des organisations terroristes qui se portent volontaires pour attaquer d'autres civils. Ils ont aussi un dénominateur commun : la religion. L'islam interdisant le suicide, les Palestiniens parlent d'eux comme des "chahid", des "martyrs". Leur "sacrifice" rehausse le statut social de leurs familles, qui reçoivent en outre des aides financières.

L'argent, la promesse de rejoindre le paradis d'Allah ou encore la détresse de la société palestinienne ne sont pas pour autant les seules motivations. "Dans l'ensemble, écrit Farhad Khosrokhavar, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, la volonté de mourir pour une cause n'a pas besoin de religion, mais souvent d'une sacralisation." Le kamikaze, quel qu'il soit, "tente de se glorifier, de sortir de l'insignifiance et d'exprimer une identité par la mort". De fait, une fois mort, le kamikaze rencontre la gloire. Les chaînes de télévision arabes assurent sa renommée, de même que des affiches ou des calendriers à l'effigie du "martyr du mois". "Je suis très fier de ce qu'elle a fait", confiait hier le père d'Hanadi Tayssir Djaradat en regardant sur la chaîne satellitaire qatariote al-Jezira une vidéo enregistrée par sa fille peu avant qu'elle se transforme en bombe humaine.

Selon Avishai Margalit, il est devenu impossible de faire un portrait-type du kamikaze. Au début, le "chahid" est un jeune homme célibataire. Puis à partir de décembre 2001, c'est indifféremment un homme ou une femme, célibataire ou marié. L'envoi des premières femmes kamikazes par les Brigades d'al-Aqsa suscita même, en 2002, un débat de théologiens. Diverses études sur ces nouvelles recrues du terrorisme montrent qu'elles viennent de milieux très divers. Contrairement à une idée reçue, elles ne sont pas mentalement perturbées et sont souvent éduquées, car, comme l'ont montré les attentats du 11 septembre, les réseaux terroristes ont besoin de militants "compétents" et disciplinés. Des statistiques israéliennes révèlent aussi que l'attentat suicide se révèle une arme aussi redoutable qu'efficace, puisque si les actions des kamikazes ne représentent que 0,5% des attaques terroristes depuis le début de la seconde intifida, elles sont à l'origine de plus de la moitié du nombre d'Israéliens tués depuis cette date. (Photo Reuter)

 
 

 
Copyright 2003 RJLiban