Benoît
XVI appelle les Polonais
à défendre le
christianisme
paru
dans la Croix le 28 mai
2006
Le
pape Benoît XVI a appelé
dimanche 28 mai les
Polonais à défendre le
christianisme en Europe et
dans le monde, pendant une
messe suivie avec ferveur
par environ 900.000 fidèles
à Cracovie (Pologne).
"Je vous demande de
partager avec les autres
peuples d'Europe et du
monde le trésor de la
foi", a-t-il dit en
conclusion de son homélie. La
Pologne, qui a intégré
il y a deux ans l'Union
européenne
progressivement élargie
à tous les pays du vieux
continent, compte plus de
90% de catholiques.
Environ la moitié d'entre
eux sont des pratiquants réguliers.
L'Eglise y pèse encore de
tout son poids dans la vie
publique, à la différence
de la situation de
nombreux pays européens.
Benoît XVI a souligné
qu'avec le pontificat du
pape polonais Jean Paul II,
la Pologne "est
devenue une terre de témoignage
particulier de la foi en Jésus
Christ".
"Rester
forts, de la force que
donne la foi"
Il
a demandé aux Polonais de
rester fidèles à la mémoire
de son prédécesseur,
"votre
compatriote" qui,
a-t-il dit, a défendu la
foi "avec une force
et une efficacité
extraordinaires". Le
pape leur a rappelé
l'appel à "rester
forts, de la force que
donne la foi" que
leur avait lancé Jean
Paul II lors de son
premier voyage en Pologne
en 1979. Ce premier voyage
du pape polonais dans son
pays natal avait accéléré
le processus
d'affaiblissement du régime
communiste. Les Polonais,
qui vénèrent Jean Paul
II, à l'égal d'un saint,
lui attribuent un rôle
essentiel dans
l'effondrement du système
soviétique qui a commencé
par leur pays. Le pape
Karol Wojtyla a par la
suite bataillé ferme,
mais sans succès, pour
que l'Union européenne
intègre dans son projet
de constitution une référence
à ses racines chrétiennes.
Aucune
allusion à la situation
politique de la Pologne
Plus
encore qu'à son habitude,
Benoît XVI a prononcé
dimanche une homélie à
la tonalité exclusivement
spirituelle. Il n'a fait
aucune allusion à la
situation politique de la
Pologne, dirigée par une
coalition à laquelle
participent l'extrême
droite ultra-catholique et
les populistes, ni à la
situation sociale
difficile de nombreux
Polonais. Il a cependant
adressé un salut
particulier "aux
Polonais qui vivent hors
de leur patrie", dans
une allusion à leur émigration
massive. Le pape a souligné
que pour les chrétiens,
"regarder le
ciel" passe avant la
vie terrestre. "La
cause du Christ est la
plus importante",
a-t-il déclaré.
"Nous sommes appelés,
en étant sur terre, à
fixer le ciel, à
orienter notre attention,
nos pensées et notre
coeur vers l'ineffable
mystère de Dieu. Nous
sommes appelés à
regarder dans la direction
de la réalité divine
(...) ; là se trouve
le sens définitif de
notre vie", a-t-il
expliqué aux fidèles.
Benoît
XVI laisse espérer une
canonisation rapide de
Jean-Paul II
Au
troisième jour de son pèlerinage
sur les traces de son prédécesseur
polonais, le pape a
ainsi comblé samedi
plusieurs milliers de
fidèles rassemblés
dans le sanctuaire de
Kalwaria Zebrzydowska
paru
dans le Figaro le 27 mai
2006
Il
n’a pas choisi cet
endroit par hasard pour
faire sa déclaration
surprise. Benoît XVI a
opté pour le sanctuaire
de Kalwaria Zebrzydowska,
un des lieux favoris de
son prédécesseur et ami,
Jean-Paul II, pour évoquer
ce que des milliers de fidèles
attendent depuis des mois.
"Je voudrais dire que
je souhaite que la
providence nous accorde
bientôt la béatification
et la canonisation de
notre bien aimé pape Jean
Paul II", a déclaré
le souverain pontife, au
troisième jour de son pèlerinage.
Le sanctuaire, situé à
une trentaine de kilomètres
de Cracovie, est un haut
lieu de pèlerinage depuis
le XVIIe siècle, où le
jeune Karol Wojtyla avait
l'habitude de venir avec
son père.
Samedi
matin, c’est à Wadowice,
ville natale de Karol
Wojtyla où 25.000
croyants se sont pressés,
que Benoît XVI a également
prié pour que Jean Paul
II soit "rapidement
élevé à la gloire des
autels". Une
expression qu'il a
l’habitude d’employer
pour désigner la
canonisation. Vivement réclamé
par les catholiques dès
ses obsèques début avril
2005, le procès en béatification
de Jean Paul II s'est
ouvert à l'initiative de
son successeur, à peine
quelques semaines après
sa mort, sans attendre les
cinq ans habituellement
requis par le droit canon.
La béatification, qui
permet d'accéder au
statut de
"bienheureux",
est une étape
indispensable avant d'être
canonisé, c'est-à-dire
devenir un saint de l'Eglise.
"Les
Polonais se sont mis à
aimer Benoît XVI"
Après
un début de voyage
assez terne à Varsovie,
où les foules n'avaient
pas atteint les chiffres
escomptés par les
responsables de l'Eglise,
le pape a pu constater
dans le sud une ferveur
qui rappelait les grands
moments de Jean Paul II.
"C'était la journée
où les Polonais se sont
mis à aimer Benoît XVI",
a commenté le quotidien
Dziennik.
"Il a conquis nos cœurs",
lui a fait écho, en
gros caractères, le
quotidien populaire Fakt.
A la faveur de ce voyage
de quatre jours qui
s'achèvera dimanche
dans l'ancien camp
d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau,
les catholiques polonais
ont commencé à adopter
Benoît XVI. Au début
de l'après-midi, le
pape s'est rendu dans le
sanctuaire préféré du
pape polonais, celui de
Lagiewniki en banlieue
de Cracovie, où il a béni
des malades. En 1997,
Jean Paul II avait
canonisé en
1997 l
'une des religieuses de
ce sanctuaire, Faustina
Kowalska, fondatrice du
culte de
la Miséricorde
divine.
La
spiritualité mariale
polonaise
Le
voyage du pape Benoît
XVI en Pologne met en évidence
la puissance du
catholicisme de ce pays
et sa coloration à la
fois nationale et
affective
Entretien
avec le P. Wojcieh
Giertych, théologien
polonais, par ISABELLE
DE GAULMYN, publié dans
la Croix le 27 mai 2006
Une
double vision,
occidentale et polonaise
: on pourrait ainsi définir
le regard du P. Wojcieh
Giertych, 54 ans,
dominicain et théologien
de la Maison
pontificale, fonction à
laquelle il a été nommé
voici un an par Benoît
XVI. Polonais né en
Angleterre, le P.
Giertych retourna à
Poznan dès 1970, pour
connaître "la
vraie Pologne".
Etudiant en histoire, il
fréquente alors l’aumônerie
tenue par les
dominicains. "La
Pologne était encore en
période préconciliaire",
se souvient-il. En 1975,
il entre au noviciat
dominicain. La même année,
il obtient la nationalité
polonaise… Au couvent
de Cracovie, il va vivre
l’élection du
cardinal archevêque de
sa ville au siège
pontifical. Ordonné en
1981, il quitte Cracovie
pour passer une licence
de théologie à Rome.
Mais à partir de 1994,
alors qu’il enseigne
à l’université
Angelicum, il revient régulièrement
en Pologne.
-
Le plus impressionnant,
vu de l’extérieur, P.
Giertych, c’est
l’identité entre la
nation et la foi
catholique polonaise…
De
fait, nation et
catholicisme sont très
liés chez nous, mais
non
"confondus".
Ces deux derniers siècles,
ce n’est pas l’Eglise
seule qui fut persécutée,
mais la nation et l’Eglise,
et le sort individuel de
chacun dépendait de la
situation politique et
religieuse de la
Pologne. Depuis le
XVIIIe siècle, et
jusqu’aux années
1950, tous les trente
ans, le pays a connu une
insurrection ou une
guerre, laquelle s’est
terminée à chaque fois
par la mort, l’émigration
ou l’envoi des élites
politiques ou
religieuses jusqu’en
Sibérie. Quand le
syndicat Solidarnosc est
apparu, beaucoup ont
pensé que cela finirait
encore ainsi, tant cette
histoire restait ancrée
dans la mémoire
collective. L’Eglise a
toujours été du côté
du peuple, et les
Polonais lui sont très
attachés. Il y a des fêtes
nationales qui sont
aussi religieuses : le 3
mai, la Pologne fête la
constitution du 3 mai
1791 mais aussi la
proclamation de Marie
comme Reine de Pologne.
C’est le 15 août
1920, fête de
l’Assomption, que les
Polonais ont vaincu la
Russie bolchevique sur
les bords de la
Vistule…
- Le
sentiment national ne
risque-t-il pas, dès
lors, de déborder sur
la foi ?
Il
est vrai qu’un regard
occidental peut
s’interroger : les
Polonais sont-ils attachés
à l’Eglise pour un
bon motif ? Car le vrai
motif, c’est le Christ
et non notre identité
nationale ! Sinon, la
foi se réduit à un phénomène
culturel ou familial, au
lieu d’être un
rapport personnel avec
Dieu. Mais d’un autre
côté, cet attachement
traditionnel à leur
culture aide les
Polonais à vivre leur
foi. En France, la Révolution
française a provoqué
une rupture. Chez nous,
il existe un courant laïc,
mais même les
intellectuels peu liés
à l’Eglise reviennent
vers elle pour les
grands moments de la
vie.
- La
spiritualité polonaise
n’est-elle pas très
mariale ?
Marie
est souvent, pour nous,
une mère plus qu’une
femme. Ainsi nous ne
disons jamais
"Notre-Dame",
mais "la mère de
Dieu". C’est une
maternité plus marquée
que la vision qui
ressort de Lumen Gentium,
où l’expérience de
la femme qui vit la foi
est centrale. Marie protège
l’armée, la nation,
le pays. Le cardinal
Stefan Wyszynski a
beaucoup parlé en ce
sens dans les années
1960, pour mobiliser la
foi des Polonais autour
de Notre-Dame de
Czestochowa. En prison,
il a relu la grande
trilogie d’Henryk
Sienkiewicz, le fameux
écrivain de Quo Vadis,
qui raconte la période
critique du XVIIe siècle
où la Pologne était
envahie par l’armée
suédoise qui souhaitait
mettre à sa tête un
roi protestant. De fait,
le sanctuaire de
Czestochowa a alors joué
un rôle dans la résistance.
- Foi
mariale et patriotique :
on peut avoir le
sentiment que la foi des
Polonais prend une forme
sentimentale…
Avant la dernière
guerre, le théologien
dominicain Jacek
Woroniecki disait de la
Pologne que "la foi
y est sentimentale et la
raison sceptique".
Il existe encore chez
nous tout un courant de
piété tridentine et
baroque. Les
intellectuels font
preuve d’un sentiment
critique assez poussé,
mais en l’abordant au
niveau de la
philosophie. Dans l’Eglise
polonaise, ce sont plus
les philosophes que les
théologiens qui sont
connus, et Jean-Paul II
avait une formation de
philosophie. La théologie
est plus considérée
comme une matière nécessaire,
enseignée au séminaire
pour former les prêtres
dans une option
pastorale. Nous
n’avons pas la grande
tradition théologique
que vous avez en France,
par exemple. Pour
Woroniecki, c’était là
une faiblesse de l’Eglise
polonaise.
- Une
faiblesse ?
Oui. Les grands temps
religieux, à caractère
sentimental et affectif,
attirent les foules en
Pologne. Pour voir Benoît
XVI, les Polonais
viennent en masse, ils
aiment les grandes célébrations
liturgiques. Mais la foi
entre-t-elle dans leurs
décisions de vie, de
travail, d’action ?
Pas nécessairement.
Jean-Paul
II et Benoît XVI, d'un
pape à l'autre
paru
dans le Figaro Magazine
le 6 mai 2005
La
question a agité tous
les commentateurs dès
l'élection du cardinal
Ratzinger : le nouveau
pontife s'inscrira-t-il
dans le style de son prédécesseur
? La réponse semble
fournie par les premières
images de Benoît XVI. Même
génération, même
physique athlétique, il
y a entre le Polonais et
l'Allemand une indéniable
parenté.
Et celui-ci ayant été
pendant vingt-quatre ans
l'un des plus proches
collaborateurs de
Jean-Paul II, comment ne
pas voir dans le mimétisme
dont il fait preuve une
marque de fidélité ?
Il y a quelque chose de
plus profond dans cette
similitude troublante.
Qu'il travaille, qu'il
prie, qu'il bénisse,
celui qui revêt la
soutane blanche du
successeur de Pierre est
le dépositaire d'un héritage
et d'un ministère qui dépassent
sa propre personnalité,
son caractère, ses idées.
Qu'il se nomme Jean-Paul
ou Benoît, résonne à
ses oreilles la très
ancienne acclamation :
"Tu es Petrus".
Benoît
XVI et la catholique
attitude
Achevées
à Cologne dimanche
dernier, les 20es Journées
mondiales de la jeunesse
ont permis à un million
de personnes de découvrir
le style Benoît XVI. Et
d'écouter le message
que ce pape pédagogue
leur a adressé
par
CLARA GELIOT, publié
dans le Figaro Magazine
le 27 août 2005
Une
semaine après avoir
quitté Cologne, où ils
ont assisté aux 20es
Journées mondiales de
la jeunesse, des
centaines de milliers de
pèlerins ont regagné
leur pays. La mémoire
de leur appareil photo
numérique sera
insuffisante pour garder
toutes les images de ce
qu'ils ont vécu. De
leur arrivée à vélo,
en car ou en avion
jusqu'à la messe de clôture
célébrée par le pape
Benoît XVI à
Marienfeld, sans parler
de la veillée du samedi
soir, ils ont entendu
des paroles, fait des
rencontres qui les ont
marqués. Et (qui sait
?) seront fondatrices
pour leurs vies futures.
Incontestable
moment fort de ces JMJ :
la rencontre des jeunes
avec Benoît XVI. De
l'avis général, le
contact entre la génération
des 15-30 ans et le
souverain pontife (78
ans) a été facilement
établi. Pourquoi ? On a
assez dit qu'il était
moins charismatique que
son prédécesseur. Mais
l'intelligence de
l'ex-cardinal Ratzinger
est, depuis quatre mois,
de mettre ses pas dans
ceux de Jean-Paul II et
de ne pas manquer une
occasion de lui rendre
hommage : "Il
vous a aimés,
a-t-il lancé sur le
Rhin, vous l'avez
compris et vous le lui
avez rendu avec tout
l'enthousiasme de votre
âge." Et quand
Benoît XVI s'est mis au
rang des jeunes en
disant "Tous
ensemble, nous avons le
devoir de mettre en
pratique ses
enseignements",
il a été ovationné.
Moins
théâtral que Jean-Paul
II, son aisance à
parler couramment quatre
langues étrangères a
épaté l'assistance.
Mais ce qui a frappé,
c'est que Benoît XVI
possède une qualité,
la pédagogie,
dispensant des
enseignements clairs,
imagés, composant ses
homélies à partir de récits
tirés de l'Ecriture.
Avec celui des Rois
mages, notamment, qui
servait de thème
principal à ces Journées
("Aujourd'hui,
nous ne cherchons plus
un roi mais nous sommes
préoccupés par l'état
du monde et nous nous
demandons (...)
à qui faire
confiance"), il
a proposé des règles
de vie ("Il est
beau qu'aujourd'hui,
dans de nombreuses
cultures, le dimanche
soit un jour libre. Ce
temps libre, toutefois,
demeure vide si Dieu n'y
est pas présent").
Message reçu. "Cet
homme d'une intelligence
évidente a su nous
convaincre avec des mots
simples que c'est beau
d'être chrétien",
résume Olivier, un étudiant
de 19 ans.
Le
pape prend les jeunes au
sérieux
Au
moyen d'une autre
parabole, il a invité
les jeunes (en grande
majorité issus des sociétés
occidentales) à se
garder du consumérisme
religieux, phénomène
grandissant et
concomitant à la désertion
des églises. Là
encore, sa pédagogie a
fait mouche. Après le
constat de ce qu'il
nomme "le boom
du religieux",
puis devant ce qu'a de
positif ce phénomène ("il
peut y avoir la joie
sincère de la découverte"),
le pape a appelé son
auditoire à une plus
grand exigence : "La
religion recherchée
comme une sorte de
bricolage ne nous aide
pas. Elle est commode,
mais dans les moments de
crise, elle nous
abandonne à nous-mêmes."
Faisant
suite à la visite
symbolique de Benoît
XVI à la synagogue de
Cologne (où le pape
allemand a dénoncé le "crime
inouï de la Shoah"),
puis sa rencontre,
samedi dernier, avec une
vingtaine de représentants
de la communauté
musulmane qu'il a exhortés
à combattre le
terrorisme, ces paroles
ont rejoint la jeunesse
dans ses préoccupations
et sa culture. Mais si
le courant est passé
avec Benoît XVI, c'est
surtout que les jeunes
de Cologne ont eu le
sentiment qu'il les
prenait au sérieux : "Un
sentiment que l'on ne
ressent pas si souvent
dans la vie
sociale",
explique Timothée, un
Messin de 20 ans. Loin
de leur délivrer des
paroles faciles, de
succomber au
"jeunisme", le
pape leur a montré
qu'il savait ce qu'ils
vivaient, qu'il ne méconnaissait
pas leur difficulté,
mais il leur a fait part
de son optimisme quant
à leur capacité à
construire le monde de
demain. Toujours avec sa
manière bienveillante :
"Liberté ne
veut pas dire jouir de
la vie, se croire
absolument autonomes,
mais s'orienter selon la
mesure de la vérité et
du bien."
Les
jeunes de la génération
"Cologne 2005"
ont enfin fait l'expérience
d'un rassemblement où
leur foi pouvait se
manifester de manière
joyeuse et totalement décomplexée.
Sur ce point encore, le
pape les a encouragés
à être eux-mêmes dans
leurs lycées ou leurs
universités, laïcs ou
chrétiens engagés au
coeur de l'Europe du
XXIe siècle : "Celui
qui laisse entrer le
Christ dans sa vie ne
perd rien, rien,
absolument rien de ce
qui rend la vie libre,
belle et grande." Voilà
pourquoi, au cours de la
semaine passée, les pèlerins
ont donné libre cours
à leur enthousiasme, écoutant
les catéchèses données
par les cardinaux, se réunissant
pour réfléchir, prier,
discuter. "Nous
nous souviendrons
toujours de ces handicapés
avec lesquels nous
suivions la catéchèse,
racontent Marion et
Lorène, 18 ans. Avec
leur âme d'enfant, ces
jeunes nous ont appris
à exprimer nos
ressentis, sans code et
sans gêne."
Cette
spontanéité se
manifesta dans les allées
de Marienfeld, où l'on
pouvait voir prêtres,
religieuses, moines ou
cardinaux échanger avec
des lycéens qui,
quelques semaines plus tôt,
les auraient abordés
avec timidité, voire
circonspection. Il faut
reconnaître que l'exubérance
de certains jeunes
religieux à l'arrivée
du pape les a surpris,
amusés et finalement
conquis. La preuve : à
peine Benoît XVI
avait-il annoncé que la
prochaine rencontre
mondiale de la jeunesse
aurait lieu à Sydney en
2008 qu'un groupe de
Belges faisait déjà le
programme de leurs
vacances en Australie,
se demandant s'ils ne
prendraient pas deux
semaines de plus pour
visiter la ville à
l'issue des prochaines
Journées. La scène se
passait dans le train du
retour, et ces jeunes méditaient
encore les premiers mots
que le Saint-Père leur
avait adressés lors de
la veillée, en référence
aux Mages de l'Ecriture
: "Ils étaient
parvenus à leur but.
Mais, à ce point,
commence pour eux un
nouveau cheminement, un
pèlerinage intérieur
qui change toute leur
vie, parce qu'ils
avaient sûrement imaginé
ce roi nouveau-né d'une
manière différente."
C'est la force des
Journées mondiales de
la jeunesse : après
avoir vécu cette expérience,
beaucoup vivront leur
foi dans l'Eglise
catholique d'une manière
renouvelée.
"Charismatique
? Le pape a d'autres
qualités"
JMJ. Mgr
Bernard Genoud revient
sur les premiers
contacts de Benoît XVI
avec les jeunes
par
PATRICIA BRIEL, publié
dans le Temps le 22 août
2005
Benoît
XVI a mis fin hier aux
XXe Journées mondiales
de la jeunesse à
Cologne, lors d'une
messe qui s'est déroulée
devant un million de
personnes, dont 800 évêques
et 10.000 prêtres. Le
pape a invité les
jeunes à aller à la
messe chaque dimanche,
afin que l'eucharistie
devienne le centre de
leur vie. Il a également
mis en garde contre le
bricolage religieux, qui
"ne nous aide
pas". La religion
conçue comme produit de
consommation "est
commode, mais dans les
moments de crise, elle
nous abandonne à nous-mêmes".
Evêque de Lausanne, Genève
et Fribourg, Mgr Bernard
Genoud a vécu les JMJ
pour la première fois.
- Le pape
a-t-il réussi l'épreuve
de son premier contact
avec les jeunes ?
Je pense que oui. Il est
en train de les séduire.
Je les ai vus
enthousiastes. Ils
sentent que Benoît XVI
est un homme de Dieu,
qui n'aura qu'une parole
et qui a le sens de la vérité.
Lorsqu'il était préfet
de la Congrégation pour
la doctrine de la foi,
Joseph Ratzinger était
le scalpel de la foi.
Maintenant, il devient
le père. J'ai été
frappé par la douceur
de son regard et la
simplicité de ses
gestes. Il est
attachant.
- On a beaucoup
dit qu'il n'est pas
aussi charismatique que
Jean Paul II. Qu'en
pensez-vous ?
Il n'a pas le même
charisme. Il a d'autres
qualités. Saint Paul a
dit qu'il y avait des
charismes divers au sein
de l'Eglise. Benoît XVI
est par exemple le seul
pape qui connaisse tous
les évêques du monde.
Je l'ai rencontré en février
dernier. Il connaît très
bien la situation
religieuse en Suisse et
nous en avons parlé
pendant trois quarts
d'heure. Le cardinal
Anton Cottier, théologien
du pape, me disait :
"Il ne faut jamais
avoir peur avec
Ratzinger, car il est
intelligent."
- Comment
qualifieriez-vous son
style ?
Difficile à définir.
Benoît XVI est en train
d'acquérir une spontanéité
qu'on ne lui connaissait
pas. Il se détend, il
commence à se détacher
de ses textes lorsqu'il
parle. Il marie la
rigueur de
l'intelligence avec la
bienveillance du cœur.
- Le
porte-parole du Vatican
a dit qu'avec Benoît
XVI, on aurait affaire
à un charisme de la
parole et non des
gestes.
La parole est
tout de même le premier
moyen de communication.
Le pape parle avec
beaucoup de simplicité.
Le sommet de
l'intelligence n'est-il
pas la capacité de
rendre les plus hautes vérités
accessibles au cœur ?
Et les jeunes ont besoin
aujourd'hui d'une parole
forte et des certitudes
sur lesquelles ils
peuvent s'appuyer.
- Beaucoup de
jeunes n'acceptent pas
le discours du pape et
de l'Eglise sur la
sexualité.
Un pape a le
devoir de proclamer des idéaux.
Mais il sait qu'ils ne
sont pas immédiatement réalisables.
Quand Jésus dit
"soyez parfaits comme
votre père est
parfait", il sait que
ce n'est pas possible. Si
l'on y tend, c'est déjà
bien. Il est vrai que l'Eglise
n'est pas à l'aise
lorsqu'elle évoque la
sexualité. Il est temps
qu'elle ose en parler en vérité.
Un
pape à la fois héritier
et initiateur
A travers
les 12 discours de son
premier voyage hors
d’Italie, Benoît XVI
a dessiné un style et défini
des orientations.
Analyse
par
JEAN-MARIE GUENOIS,
publié dans la Croix le
21 août 2005
Un test réussi ?
Le nouveau pape était
attendu, non comme un
messie, mais comme pape
allemand revenant dans son
pays natal ainsi que par
la "génération
Jean-Paul II". La façon
même dont Benoît XVI a
descendu la passerelle de
l’avion à son arrivée,
furtivement, sans aucun
effet, soucieux seulement
de ne pas rater de marche,
a donné le ton. Conscient
de l’enjeu, il était
appliqué, parfois un peu
emprunté, souvent mal à
l’aise face à la grande
foule, toujours très
humain, attentif à chacun
autant qu’il le pouvait.
Il a lu ses discours avec
soin, sans rhétorique de
tribun, chaussé de ses
grandes lunettes. Pas de
recherche de séduction,
mais des mots calibrés,
dont il n’attend pas
l’effet immédiat de
l’applaudimètre, mais
l’enracinement du long
terme. S’il a pu décevoir
certains jeunes qui
attendaient un geste fort,
la majorité l’a
maintenant adopté.
Une "génération
Benoît XVI" est-elle
née ?
Le terme déplairait
certainement au plus haut
point à l’intéressé.
Il est surtout beaucoup
trop tôt pour évaluer
avec sérieux l’impact
à venir du nouveau pape
sur les jeunes. Il est en
revanche frappant de voir
comment il s’est adressé
à eux. A aucun
moment il n’a évoqué
les questions de morale,
préférant se faire catéchiste
pour partir en quelque
sorte de zéro et leur
partager le goût d’être
chrétien. En fait, au
lieu du "charisme du
geste" de Jean-Paul
II, qui avait le don de
soulever les foules, Benoît
XVI apporte un
"charisme du
mot", de
l’enseignant. Très pédagogique,
très concret, voire cru -
quand il déplore que la
sagesse chrétienne soit
associée à "une
vieille bouillie
moisie" -, évocateur
- quand il parle de
"bouche à
bouche" pour
l’adoration
eucharistique ou de
"fission nucléaire"
à propos de la puissance
du sacrement. Il n’est
donc pas possible de
conclure trop vite à une
communication ratée avec
les jeunes. Elle est différente.
Une génération Benoît
XVI se cherche et peut-être
finira par se trouver,
notamment chez des
adolescents qui n’ont
connu qu’un Jean-Paul II
diminué. "Ça fait
drôle de voir un pape qui
marche", observait
l’un d’eux…
L’Allemagne
est-elle réconciliée
avec Rome ?
Ce n’était pas
l’objet principal de ces
JMJ. Mais, programmées il
y a trois ans en
Allemagne, elles se sont déroulées
dans la patrie du pape fraîchement
élu. Trois rencontres ont
permis de retisser des
liens, dont il faudra
attendre pour vérifier la
solidité : l’accueil à
l’aéroport, où la joie
et la fierté du président
de la République
semblaient à l’unisson
de ce peuple, au moins en
cet instant ; la visite à
la synagogue, qui a permis
à Benoît XVI de tourner
symboliquement, aux yeux
du monde entier, une page
sombre et dramatique de la
conscience collective de
cette nation ; la
rencontre avec les évêques
allemands, dimanche 21 août,
où le pape a réaffirmé
sa proximité pour cette
Eglise, l’appelant à
rebondir sur le succès
des JMJ et à capitaliser
toutes les énergies qui
se sont mobilisées à
cette occasion.
Quel message le
pape laisse-t-il ?
Sur un plan politique,
il y a comme deux signaux
d’alerte. La montée de
l’antisémitisme, contre
laquelle le pape a
fermement mis en garde
lors de sa visite à la
synagogue. Et le
terrorisme d’origine
religieuse, contre lequel
le pape a indiqué, face
aux responsables
musulmans, que la
meilleure voie de
traitement restait celle
de la lutte contre
l’intolérance et celle
du respect, refusant la
fatalité de la haine pour
construire une
civilisation de paix. Sur
le plan pastoral, deux
lignes de forces également.
Continuité avec son prédécesseur
et avec la ligne de
Vatican II pour la marche
vers l’unité des chrétiens,
l’œcuménisme, ainsi
que pour le dialogue avec
le judaïsme et l’islam -
à condition de bien connaître
et d’assumer des différences
qu’il n’est pas
question de renier ou
d’assouplir.
Nouveauté enfin dans le
programme proposé aux
jeunes. Tant le premier