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Benoît
XVI appelle les Polonais
à défendre le
christianisme
paru
dans la Croix le 28 mai
2006
Le
pape Benoît XVI a appelé
dimanche 28 mai les
Polonais à défendre le
christianisme en Europe et
dans le monde, pendant une
messe suivie avec ferveur
par environ 900.000 fidèles
à Cracovie (Pologne).
"Je vous demande de
partager avec les autres
peuples d'Europe et du
monde le trésor de la
foi", a-t-il dit en
conclusion de son homélie. La
Pologne, qui a intégré
il y a deux ans l'Union
européenne
progressivement élargie
à tous les pays du vieux
continent, compte plus de
90% de catholiques.
Environ la moitié d'entre
eux sont des pratiquants réguliers.
L'Eglise y pèse encore de
tout son poids dans la vie
publique, à la différence
de la situation de
nombreux pays européens.
Benoît XVI a souligné
qu'avec le pontificat du
pape polonais Jean Paul II,
la Pologne "est
devenue une terre de témoignage
particulier de la foi en Jésus
Christ".
"Rester
forts, de la force que
donne la foi"
Il
a demandé aux Polonais de
rester fidèles à la mémoire
de son prédécesseur,
"votre
compatriote" qui,
a-t-il dit, a défendu la
foi "avec une force
et une efficacité
extraordinaires". Le
pape leur a rappelé
l'appel à "rester
forts, de la force que
donne la foi" que
leur avait lancé Jean
Paul II lors de son
premier voyage en Pologne
en 1979. Ce premier voyage
du pape polonais dans son
pays natal avait accéléré
le processus
d'affaiblissement du régime
communiste. Les Polonais,
qui vénèrent Jean Paul
II, à l'égal d'un saint,
lui attribuent un rôle
essentiel dans
l'effondrement du système
soviétique qui a commencé
par leur pays. Le pape
Karol Wojtyla a par la
suite bataillé ferme,
mais sans succès, pour
que l'Union européenne
intègre dans son projet
de constitution une référence
à ses racines chrétiennes.
Aucune
allusion à la situation
politique de la Pologne
Plus
encore qu'à son habitude,
Benoît XVI a prononcé
dimanche une homélie à
la tonalité exclusivement
spirituelle. Il n'a fait
aucune allusion à la
situation politique de la
Pologne, dirigée par une
coalition à laquelle
participent l'extrême
droite ultra-catholique et
les populistes, ni à la
situation sociale
difficile de nombreux
Polonais. Il a cependant
adressé un salut
particulier "aux
Polonais qui vivent hors
de leur patrie", dans
une allusion à leur émigration
massive. Le pape a souligné
que pour les chrétiens,
"regarder le
ciel" passe avant la
vie terrestre. "La
cause du Christ est la
plus importante",
a-t-il déclaré.
"Nous sommes appelés,
en étant sur terre, à
fixer le ciel, à
orienter notre attention,
nos pensées et notre
coeur vers l'ineffable
mystère de Dieu. Nous
sommes appelés à
regarder dans la direction
de la réalité divine
(...) ; là se trouve
le sens définitif de
notre vie", a-t-il
expliqué aux fidèles.
Benoît
XVI laisse espérer une
canonisation rapide de
Jean-Paul II
Au
troisième jour de son pèlerinage
sur les traces de son prédécesseur
polonais, le pape a
ainsi comblé samedi
plusieurs milliers de
fidèles rassemblés
dans le sanctuaire de
Kalwaria Zebrzydowska
paru
dans le Figaro le 27 mai
2006
Il
n’a pas choisi cet
endroit par hasard pour
faire sa déclaration
surprise. Benoît XVI a
opté pour le sanctuaire
de Kalwaria Zebrzydowska,
un des lieux favoris de
son prédécesseur et ami,
Jean-Paul II, pour évoquer
ce que des milliers de fidèles
attendent depuis des mois.
"Je voudrais dire que
je souhaite que la
providence nous accorde
bientôt la béatification
et la canonisation de
notre bien aimé pape Jean
Paul II", a déclaré
le souverain pontife, au
troisième jour de son pèlerinage.
Le sanctuaire, situé à
une trentaine de kilomètres
de Cracovie, est un haut
lieu de pèlerinage depuis
le XVIIe siècle, où le
jeune Karol Wojtyla avait
l'habitude de venir avec
son père.
Samedi
matin, c’est à Wadowice,
ville natale de Karol
Wojtyla où 25.000
croyants se sont pressés,
que Benoît XVI a également
prié pour que Jean Paul
II soit "rapidement
élevé à la gloire des
autels". Une
expression qu'il a
l’habitude d’employer
pour désigner la
canonisation. Vivement réclamé
par les catholiques dès
ses obsèques début avril
2005, le procès en béatification
de Jean Paul II s'est
ouvert à l'initiative de
son successeur, à peine
quelques semaines après
sa mort, sans attendre les
cinq ans habituellement
requis par le droit canon.
La béatification, qui
permet d'accéder au
statut de
"bienheureux",
est une étape
indispensable avant d'être
canonisé, c'est-à-dire
devenir un saint de l'Eglise.
"Les
Polonais se sont mis à
aimer Benoît XVI"
Après
un début de voyage
assez terne à Varsovie,
où les foules n'avaient
pas atteint les chiffres
escomptés par les
responsables de l'Eglise,
le pape a pu constater
dans le sud une ferveur
qui rappelait les grands
moments de Jean Paul II.
"C'était la journée
où les Polonais se sont
mis à aimer Benoît XVI",
a commenté le quotidien
Dziennik.
"Il a conquis nos cœurs",
lui a fait écho, en
gros caractères, le
quotidien populaire Fakt.
A la faveur de ce voyage
de quatre jours qui
s'achèvera dimanche
dans l'ancien camp
d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau,
les catholiques polonais
ont commencé à adopter
Benoît XVI. Au début
de l'après-midi, le
pape s'est rendu dans le
sanctuaire préféré du
pape polonais, celui de
Lagiewniki en banlieue
de Cracovie, où il a béni
des malades. En 1997,
Jean Paul II avait
canonisé en
1997 l
'une des religieuses de
ce sanctuaire, Faustina
Kowalska, fondatrice du
culte de
la Miséricorde
divine.
La
spiritualité mariale
polonaise
Le
voyage du pape Benoît
XVI en Pologne met en évidence
la puissance du
catholicisme de ce pays
et sa coloration à la
fois nationale et
affective
Entretien
avec le P. Wojcieh
Giertych, théologien
polonais, par ISABELLE
DE GAULMYN, publié dans
la Croix le 27 mai 2006
Une
double vision,
occidentale et polonaise
: on pourrait ainsi définir
le regard du P. Wojcieh
Giertych, 54 ans,
dominicain et théologien
de la Maison
pontificale, fonction à
laquelle il a été nommé
voici un an par Benoît
XVI. Polonais né en
Angleterre, le P.
Giertych retourna à
Poznan dès 1970, pour
connaître "la
vraie Pologne".
Etudiant en histoire, il
fréquente alors l’aumônerie
tenue par les
dominicains. "La
Pologne était encore en
période préconciliaire",
se souvient-il. En 1975,
il entre au noviciat
dominicain. La même année,
il obtient la nationalité
polonaise… Au couvent
de Cracovie, il va vivre
l’élection du
cardinal archevêque de
sa ville au siège
pontifical. Ordonné en
1981, il quitte Cracovie
pour passer une licence
de théologie à Rome.
Mais à partir de 1994,
alors qu’il enseigne
à l’université
Angelicum, il revient régulièrement
en Pologne.
-
Le plus impressionnant,
vu de l’extérieur, P.
Giertych, c’est
l’identité entre la
nation et la foi
catholique polonaise…
De
fait, nation et
catholicisme sont très
liés chez nous, mais
non
"confondus".
Ces deux derniers siècles,
ce n’est pas l’Eglise
seule qui fut persécutée,
mais la nation et l’Eglise,
et le sort individuel de
chacun dépendait de la
situation politique et
religieuse de la
Pologne. Depuis le
XVIIIe siècle, et
jusqu’aux années
1950, tous les trente
ans, le pays a connu une
insurrection ou une
guerre, laquelle s’est
terminée à chaque fois
par la mort, l’émigration
ou l’envoi des élites
politiques ou
religieuses jusqu’en
Sibérie. Quand le
syndicat Solidarnosc est
apparu, beaucoup ont
pensé que cela finirait
encore ainsi, tant cette
histoire restait ancrée
dans la mémoire
collective. L’Eglise a
toujours été du côté
du peuple, et les
Polonais lui sont très
attachés. Il y a des fêtes
nationales qui sont
aussi religieuses : le 3
mai, la Pologne fête la
constitution du 3 mai
1791 mais aussi la
proclamation de Marie
comme Reine de Pologne.
C’est le 15 août
1920, fête de
l’Assomption, que les
Polonais ont vaincu la
Russie bolchevique sur
les bords de la
Vistule…
- Le
sentiment national ne
risque-t-il pas, dès
lors, de déborder sur
la foi ?
Il
est vrai qu’un regard
occidental peut
s’interroger : les
Polonais sont-ils attachés
à l’Eglise pour un
bon motif ? Car le vrai
motif, c’est le Christ
et non notre identité
nationale ! Sinon, la
foi se réduit à un phénomène
culturel ou familial, au
lieu d’être un
rapport personnel avec
Dieu. Mais d’un autre
côté, cet attachement
traditionnel à leur
culture aide les
Polonais à vivre leur
foi. En France, la Révolution
française a provoqué
une rupture. Chez nous,
il existe un courant laïc,
mais même les
intellectuels peu liés
à l’Eglise reviennent
vers elle pour les
grands moments de la
vie.
- La
spiritualité polonaise
n’est-elle pas très
mariale ?
Marie
est souvent, pour nous,
une mère plus qu’une
femme. Ainsi nous ne
disons jamais
"Notre-Dame",
mais "la mère de
Dieu". C’est une
maternité plus marquée
que la vision qui
ressort de Lumen Gentium,
où l’expérience de
la femme qui vit la foi
est centrale. Marie protège
l’armée, la nation,
le pays. Le cardinal
Stefan Wyszynski a
beaucoup parlé en ce
sens dans les années
1960, pour mobiliser la
foi des Polonais autour
de Notre-Dame de
Czestochowa. En prison,
il a relu la grande
trilogie d’Henryk
Sienkiewicz, le fameux
écrivain de Quo Vadis,
qui raconte la période
critique du XVIIe siècle
où la Pologne était
envahie par l’armée
suédoise qui souhaitait
mettre à sa tête un
roi protestant. De fait,
le sanctuaire de
Czestochowa a alors joué
un rôle dans la résistance.
- Foi
mariale et patriotique :
on peut avoir le
sentiment que la foi des
Polonais prend une forme
sentimentale…
Avant la dernière
guerre, le théologien
dominicain Jacek
Woroniecki disait de la
Pologne que "la foi
y est sentimentale et la
raison sceptique".
Il existe encore chez
nous tout un courant de
piété tridentine et
baroque. Les
intellectuels font
preuve d’un sentiment
critique assez poussé,
mais en l’abordant au
niveau de la
philosophie. Dans l’Eglise
polonaise, ce sont plus
les philosophes que les
théologiens qui sont
connus, et Jean-Paul II
avait une formation de
philosophie. La théologie
est plus considérée
comme une matière nécessaire,
enseignée au séminaire
pour former les prêtres
dans une option
pastorale. Nous
n’avons pas la grande
tradition théologique
que vous avez en France,
par exemple. Pour
Woroniecki, c’était là
une faiblesse de l’Eglise
polonaise.
- Une
faiblesse ?
Oui. Les grands temps
religieux, à caractère
sentimental et affectif,
attirent les foules en
Pologne. Pour voir Benoît
XVI, les Polonais
viennent en masse, ils
aiment les grandes célébrations
liturgiques. Mais la foi
entre-t-elle dans leurs
décisions de vie, de
travail, d’action ?
Pas nécessairement.
Jean-Paul
II et Benoît XVI, d'un
pape à l'autre
paru
dans le Figaro Magazine
le 6 mai 2005
La
question a agité tous
les commentateurs dès
l'élection du cardinal
Ratzinger : le nouveau
pontife s'inscrira-t-il
dans le style de son prédécesseur
? La réponse semble
fournie par les premières
images de Benoît XVI. Même
génération, même
physique athlétique, il
y a entre le Polonais et
l'Allemand une indéniable
parenté.
Et celui-ci ayant été
pendant vingt-quatre ans
l'un des plus proches
collaborateurs de
Jean-Paul II, comment ne
pas voir dans le mimétisme
dont il fait preuve une
marque de fidélité ?
Il y a quelque chose de
plus profond dans cette
similitude troublante.
Qu'il travaille, qu'il
prie, qu'il bénisse,
celui qui revêt la
soutane blanche du
successeur de Pierre est
le dépositaire d'un héritage
et d'un ministère qui dépassent
sa propre personnalité,
son caractère, ses idées.
Qu'il se nomme Jean-Paul
ou Benoît, résonne à
ses oreilles la très
ancienne acclamation :
"Tu es Petrus".
Benoît
XVI et la catholique
attitude
Achevées
à Cologne dimanche
dernier, les 20es Journées
mondiales de la jeunesse
ont permis à un million
de personnes de découvrir
le style Benoît XVI. Et
d'écouter le message
que ce pape pédagogue
leur a adressé
par
CLARA GELIOT, publié
dans le Figaro Magazine
le 27 août 2005
Une
semaine après avoir
quitté Cologne, où ils
ont assisté aux 20es
Journées mondiales de
la jeunesse, des
centaines de milliers de
pèlerins ont regagné
leur pays. La mémoire
de leur appareil photo
numérique sera
insuffisante pour garder
toutes les images de ce
qu'ils ont vécu. De
leur arrivée à vélo,
en car ou en avion
jusqu'à la messe de clôture
célébrée par le pape
Benoît XVI à
Marienfeld, sans parler
de la veillée du samedi
soir, ils ont entendu
des paroles, fait des
rencontres qui les ont
marqués. Et (qui sait
?) seront fondatrices
pour leurs vies futures.
Incontestable
moment fort de ces JMJ :
la rencontre des jeunes
avec Benoît XVI. De
l'avis général, le
contact entre la génération
des 15-30 ans et le
souverain pontife (78
ans) a été facilement
établi. Pourquoi ? On a
assez dit qu'il était
moins charismatique que
son prédécesseur. Mais
l'intelligence de
l'ex-cardinal Ratzinger
est, depuis quatre mois,
de mettre ses pas dans
ceux de Jean-Paul II et
de ne pas manquer une
occasion de lui rendre
hommage : "Il
vous a aimés,
a-t-il lancé sur le
Rhin, vous l'avez
compris et vous le lui
avez rendu avec tout
l'enthousiasme de votre
âge." Et quand
Benoît XVI s'est mis au
rang des jeunes en
disant "Tous
ensemble, nous avons le
devoir de mettre en
pratique ses
enseignements",
il a été ovationné.
Moins
théâtral que Jean-Paul
II, son aisance à
parler couramment quatre
langues étrangères a
épaté l'assistance.
Mais ce qui a frappé,
c'est que Benoît XVI
possède une qualité,
la pédagogie,
dispensant des
enseignements clairs,
imagés, composant ses
homélies à partir de récits
tirés de l'Ecriture.
Avec celui des Rois
mages, notamment, qui
servait de thème
principal à ces Journées
("Aujourd'hui,
nous ne cherchons plus
un roi mais nous sommes
préoccupés par l'état
du monde et nous nous
demandons (...)
à qui faire
confiance"), il
a proposé des règles
de vie ("Il est
beau qu'aujourd'hui,
dans de nombreuses
cultures, le dimanche
soit un jour libre. Ce
temps libre, toutefois,
demeure vide si Dieu n'y
est pas présent").
Message reçu. "Cet
homme d'une intelligence
évidente a su nous
convaincre avec des mots
simples que c'est beau
d'être chrétien",
résume Olivier, un étudiant
de 19 ans.
Le
pape prend les jeunes au
sérieux
Au
moyen d'une autre
parabole, il a invité
les jeunes (en grande
majorité issus des sociétés
occidentales) à se
garder du consumérisme
religieux, phénomène
grandissant et
concomitant à la désertion
des églises. Là
encore, sa pédagogie a
fait mouche. Après le
constat de ce qu'il
nomme "le boom
du religieux",
puis devant ce qu'a de
positif ce phénomène ("il
peut y avoir la joie
sincère de la découverte"),
le pape a appelé son
auditoire à une plus
grand exigence : "La
religion recherchée
comme une sorte de
bricolage ne nous aide
pas. Elle est commode,
mais dans les moments de
crise, elle nous
abandonne à nous-mêmes."
Faisant
suite à la visite
symbolique de Benoît
XVI à la synagogue de
Cologne (où le pape
allemand a dénoncé le "crime
inouï de la Shoah"),
puis sa rencontre,
samedi dernier, avec une
vingtaine de représentants
de la communauté
musulmane qu'il a exhortés
à combattre le
terrorisme, ces paroles
ont rejoint la jeunesse
dans ses préoccupations
et sa culture. Mais si
le courant est passé
avec Benoît XVI, c'est
surtout que les jeunes
de Cologne ont eu le
sentiment qu'il les
prenait au sérieux : "Un
sentiment que l'on ne
ressent pas si souvent
dans la vie
sociale",
explique Timothée, un
Messin de 20 ans. Loin
de leur délivrer des
paroles faciles, de
succomber au
"jeunisme", le
pape leur a montré
qu'il savait ce qu'ils
vivaient, qu'il ne méconnaissait
pas leur difficulté,
mais il leur a fait part
de son optimisme quant
à leur capacité à
construire le monde de
demain. Toujours avec sa
manière bienveillante :
"Liberté ne
veut pas dire jouir de
la vie, se croire
absolument autonomes,
mais s'orienter selon la
mesure de la vérité et
du bien."
Les
jeunes de la génération
"Cologne 2005"
ont enfin fait l'expérience
d'un rassemblement où
leur foi pouvait se
manifester de manière
joyeuse et totalement décomplexée.
Sur ce point encore, le
pape les a encouragés
à être eux-mêmes dans
leurs lycées ou leurs
universités, laïcs ou
chrétiens engagés au
coeur de l'Europe du
XXIe siècle : "Celui
qui laisse entrer le
Christ dans sa vie ne
perd rien, rien,
absolument rien de ce
qui rend la vie libre,
belle et grande." Voilà
pourquoi, au cours de la
semaine passée, les pèlerins
ont donné libre cours
à leur enthousiasme, écoutant
les catéchèses données
par les cardinaux, se réunissant
pour réfléchir, prier,
discuter. "Nous
nous souviendrons
toujours de ces handicapés
avec lesquels nous
suivions la catéchèse,
racontent Marion et
Lorène, 18 ans. Avec
leur âme d'enfant, ces
jeunes nous ont appris
à exprimer nos
ressentis, sans code et
sans gêne."
Cette
spontanéité se
manifesta dans les allées
de Marienfeld, où l'on
pouvait voir prêtres,
religieuses, moines ou
cardinaux échanger avec
des lycéens qui,
quelques semaines plus tôt,
les auraient abordés
avec timidité, voire
circonspection. Il faut
reconnaître que l'exubérance
de certains jeunes
religieux à l'arrivée
du pape les a surpris,
amusés et finalement
conquis. La preuve : à
peine Benoît XVI
avait-il annoncé que la
prochaine rencontre
mondiale de la jeunesse
aurait lieu à Sydney en
2008 qu'un groupe de
Belges faisait déjà le
programme de leurs
vacances en Australie,
se demandant s'ils ne
prendraient pas deux
semaines de plus pour
visiter la ville à
l'issue des prochaines
Journées. La scène se
passait dans le train du
retour, et ces jeunes méditaient
encore les premiers mots
que le Saint-Père leur
avait adressés lors de
la veillée, en référence
aux Mages de l'Ecriture
: "Ils étaient
parvenus à leur but.
Mais, à ce point,
commence pour eux un
nouveau cheminement, un
pèlerinage intérieur
qui change toute leur
vie, parce qu'ils
avaient sûrement imaginé
ce roi nouveau-né d'une
manière différente."
C'est la force des
Journées mondiales de
la jeunesse : après
avoir vécu cette expérience,
beaucoup vivront leur
foi dans l'Eglise
catholique d'une manière
renouvelée.
"Charismatique
? Le pape a d'autres
qualités"
JMJ. Mgr
Bernard Genoud revient
sur les premiers
contacts de Benoît XVI
avec les jeunes
par
PATRICIA BRIEL, publié
dans le Temps le 22 août
2005
Benoît
XVI a mis fin hier aux
XXe Journées mondiales
de la jeunesse à
Cologne, lors d'une
messe qui s'est déroulée
devant un million de
personnes, dont 800 évêques
et 10.000 prêtres. Le
pape a invité les
jeunes à aller à la
messe chaque dimanche,
afin que l'eucharistie
devienne le centre de
leur vie. Il a également
mis en garde contre le
bricolage religieux, qui
"ne nous aide
pas". La religion
conçue comme produit de
consommation "est
commode, mais dans les
moments de crise, elle
nous abandonne à nous-mêmes".
Evêque de Lausanne, Genève
et Fribourg, Mgr Bernard
Genoud a vécu les JMJ
pour la première fois.
- Le pape
a-t-il réussi l'épreuve
de son premier contact
avec les jeunes ?
Je pense que oui. Il est
en train de les séduire.
Je les ai vus
enthousiastes. Ils
sentent que Benoît XVI
est un homme de Dieu,
qui n'aura qu'une parole
et qui a le sens de la vérité.
Lorsqu'il était préfet
de la Congrégation pour
la doctrine de la foi,
Joseph Ratzinger était
le scalpel de la foi.
Maintenant, il devient
le père. J'ai été
frappé par la douceur
de son regard et la
simplicité de ses
gestes. Il est
attachant.
- On a beaucoup
dit qu'il n'est pas
aussi charismatique que
Jean Paul II. Qu'en
pensez-vous ?
Il n'a pas le même
charisme. Il a d'autres
qualités. Saint Paul a
dit qu'il y avait des
charismes divers au sein
de l'Eglise. Benoît XVI
est par exemple le seul
pape qui connaisse tous
les évêques du monde.
Je l'ai rencontré en février
dernier. Il connaît très
bien la situation
religieuse en Suisse et
nous en avons parlé
pendant trois quarts
d'heure. Le cardinal
Anton Cottier, théologien
du pape, me disait :
"Il ne faut jamais
avoir peur avec
Ratzinger, car il est
intelligent."
- Comment
qualifieriez-vous son
style ?
Difficile à définir.
Benoît XVI est en train
d'acquérir une spontanéité
qu'on ne lui connaissait
pas. Il se détend, il
commence à se détacher
de ses textes lorsqu'il
parle. Il marie la
rigueur de
l'intelligence avec la
bienveillance du cœur.
- Le
porte-parole du Vatican
a dit qu'avec Benoît
XVI, on aurait affaire
à un charisme de la
parole et non des
gestes.
La parole est
tout de même le premier
moyen de communication.
Le pape parle avec
beaucoup de simplicité.
Le sommet de
l'intelligence n'est-il
pas la capacité de
rendre les plus hautes vérités
accessibles au cœur ?
Et les jeunes ont besoin
aujourd'hui d'une parole
forte et des certitudes
sur lesquelles ils
peuvent s'appuyer.
- Beaucoup de
jeunes n'acceptent pas
le discours du pape et
de l'Eglise sur la
sexualité.
Un pape a le
devoir de proclamer des idéaux.
Mais il sait qu'ils ne
sont pas immédiatement réalisables.
Quand Jésus dit
"soyez parfaits comme
votre père est
parfait", il sait que
ce n'est pas possible. Si
l'on y tend, c'est déjà
bien. Il est vrai que l'Eglise
n'est pas à l'aise
lorsqu'elle évoque la
sexualité. Il est temps
qu'elle ose en parler en vérité.
Un
pape à la fois héritier
et initiateur
A travers
les 12 discours de son
premier voyage hors
d’Italie, Benoît XVI
a dessiné un style et défini
des orientations.
Analyse
par
JEAN-MARIE GUENOIS,
publié dans la Croix le
21 août 2005
Un test réussi ?
Le nouveau pape était
attendu, non comme un
messie, mais comme pape
allemand revenant dans son
pays natal ainsi que par
la "génération
Jean-Paul II". La façon
même dont Benoît XVI a
descendu la passerelle de
l’avion à son arrivée,
furtivement, sans aucun
effet, soucieux seulement
de ne pas rater de marche,
a donné le ton. Conscient
de l’enjeu, il était
appliqué, parfois un peu
emprunté, souvent mal à
l’aise face à la grande
foule, toujours très
humain, attentif à chacun
autant qu’il le pouvait.
Il a lu ses discours avec
soin, sans rhétorique de
tribun, chaussé de ses
grandes lunettes. Pas de
recherche de séduction,
mais des mots calibrés,
dont il n’attend pas
l’effet immédiat de
l’applaudimètre, mais
l’enracinement du long
terme. S’il a pu décevoir
certains jeunes qui
attendaient un geste fort,
la majorité l’a
maintenant adopté.
Une "génération
Benoît XVI" est-elle
née ?
Le terme déplairait
certainement au plus haut
point à l’intéressé.
Il est surtout beaucoup
trop tôt pour évaluer
avec sérieux l’impact
à venir du nouveau pape
sur les jeunes. Il est en
revanche frappant de voir
comment il s’est adressé
à eux. A aucun
moment il n’a évoqué
les questions de morale,
préférant se faire catéchiste
pour partir en quelque
sorte de zéro et leur
partager le goût d’être
chrétien. En fait, au
lieu du "charisme du
geste" de Jean-Paul
II, qui avait le don de
soulever les foules, Benoît
XVI apporte un
"charisme du
mot", de
l’enseignant. Très pédagogique,
très concret, voire cru -
quand il déplore que la
sagesse chrétienne soit
associée à "une
vieille bouillie
moisie" -, évocateur
- quand il parle de
"bouche à
bouche" pour
l’adoration
eucharistique ou de
"fission nucléaire"
à propos de la puissance
du sacrement. Il n’est
donc pas possible de
conclure trop vite à une
communication ratée avec
les jeunes. Elle est différente.
Une génération Benoît
XVI se cherche et peut-être
finira par se trouver,
notamment chez des
adolescents qui n’ont
connu qu’un Jean-Paul II
diminué. "Ça fait
drôle de voir un pape qui
marche", observait
l’un d’eux…
L’Allemagne
est-elle réconciliée
avec Rome ?
Ce n’était pas
l’objet principal de ces
JMJ. Mais, programmées il
y a trois ans en
Allemagne, elles se sont déroulées
dans la patrie du pape fraîchement
élu. Trois rencontres ont
permis de retisser des
liens, dont il faudra
attendre pour vérifier la
solidité : l’accueil à
l’aéroport, où la joie
et la fierté du président
de la République
semblaient à l’unisson
de ce peuple, au moins en
cet instant ; la visite à
la synagogue, qui a permis
à Benoît XVI de tourner
symboliquement, aux yeux
du monde entier, une page
sombre et dramatique de la
conscience collective de
cette nation ; la
rencontre avec les évêques
allemands, dimanche 21 août,
où le pape a réaffirmé
sa proximité pour cette
Eglise, l’appelant à
rebondir sur le succès
des JMJ et à capitaliser
toutes les énergies qui
se sont mobilisées à
cette occasion.
Quel message le
pape laisse-t-il ?
Sur un plan politique,
il y a comme deux signaux
d’alerte. La montée de
l’antisémitisme, contre
laquelle le pape a
fermement mis en garde
lors de sa visite à la
synagogue. Et le
terrorisme d’origine
religieuse, contre lequel
le pape a indiqué, face
aux responsables
musulmans, que la
meilleure voie de
traitement restait celle
de la lutte contre
l’intolérance et celle
du respect, refusant la
fatalité de la haine pour
construire une
civilisation de paix. Sur
le plan pastoral, deux
lignes de forces également.
Continuité avec son prédécesseur
et avec la ligne de
Vatican II pour la marche
vers l’unité des chrétiens,
l’œcuménisme, ainsi
que pour le dialogue avec
le judaïsme et l’islam -
à condition de bien connaître
et d’assumer des différences
qu’il n’est pas
question de renier ou
d’assouplir.
Nouveauté enfin dans le
programme proposé aux
jeunes. Tant le premier
jour que lors de la veillée
de samedi ou la messe de
dimanche, retour à une idée
ambitieuse : n’est rien
moins que "changer le
monde". Non par la
force du pouvoir, ni par
"celui d’un trône",
mais en "apprenant le
style de Dieu" pour
s’approfondir avec une
exigence nouvellement
exprimée : "Nous ne
faisons pas la fête pour
nous", pas "de
sentiers privés"
dans l’Eglise, explique
Benoît XVI. Les jeunes
doivent développer une
"sensibilité aux
besoins de l’autre"
pour un "engagement
envers le prochain".
Le
pape a salué Franz
Beckenbauer sur la place
Saint-Pierre
paru
dans l'Orient-le Jour le
27 octobre 2005
Le pape
Benoît XVI a salué hier,
sur la place Saint-Pierre
à Rome, le président du
comité d’organisation
du Mondial 2006 de
football, Franz
Beckenbauer, venu assister
à son audience générale.
Beckenbauer, qui était
accompagné de l’ex-sélectionneur
de l’équipe
d’Allemagne et ancien
joueur de l’AS Rome (1re
div. italienne), Rudi Völler,
a remis à Joseph
Ratzinger, premier pape
allemand depuis le XVIe siècle,
le fanion du prochain
Mondial qui aura lieu en
Allemagne du 9 juin au 9
juillet 2006.
"Le
pape m’a dit qu’il
regardera les matches les
plus importants", a
ensuite assuré Franz
Beckenbauer à des
journalistes. "Il
a affirmé que l’équipe
d’Allemagne est forte et
a souhaité que le Mondial
soit un succès pour
elle". "Pouvoir
parler football avec un
pape a été la journée
la plus importante de ma
vie", a déclaré le
double champion du monde
de football, en tant que
joueur (1974) et entraîneur
(1990), de religion
catholique. Benoît XVI
"s’est montré très
intéressé par la préparation
du Mondial, il m’a
interrogé sur l’état
de préparation de l’évènement
et sur les stades" où
auront lieu les matches, a
encore indiqué Franz
Beckenbauer. Le bref échange
entre les deux hommes
s’est déroulé "en
bavarois", a précisé
l’ancien joueur du
Bayern de Munich, qui a
trouvé Benoît XVI "très
sympathique, avec une
incroyable dignité et sérénité".
L’ancien international
allemand, qui préside
aujourd’hui
l’organisation du
Mondial, a fait étape à
Rome et au Vatican dans le
cadre de la deuxième
partie de sa tournée
mondiale qui le mènera
d’ici à février dans
les 32 nations qualifiées
pour la Coupe du monde.
Le
pape célèbre ses premières
fêtes de Pâques
publié
par l'AFP le 14 avril 2006
Le pape
Benoît XVI a présidé au
Vatican la messe du jeudi
saint ouvrant les célébrations
de Pâques, les premières
de son pontificat commencé
le 19 avril 2005. Les fêtes
de Pâques s'achèveront
dimanche 16 avril par sa bénédiction
urbi et orbi place
Saint-Pierre. Après la
messe chrismale célébrée
jeudi 13 avril au matin
dans la basilique
Saint-Pierre en présence
de tous les prêtres du
diocèse de Rome, le
souverain pontife devait
procéder en fin d'après-midi à
la cérémonie du lavement
des pieds dans la
basilique romaine
Saint-Jean de Latran. Le
jeudi saint commémore
dans la religion chrétienne
le dernier repas du Christ
durant laquelle celui que
les croyants considèrent
comme Dieu incarné a
institué le rite de
l'eucharistie (autour du
pain et du vin symbolisant
son corps et son sang).
Selon les Evangiles, le
Christ à cette occasion a
lavé les pieds de ses
disciples pour signifier
qu'il se mettait au
service des hommes.
Benoît XVI a
évoqué la mémoire du père
Andrea Santoro
Durant la
messe chrismale, dont le
nom dérive d'un mot grec
signifiant onction, le
pape, et les évêques
dans leur diocèse, bénissent
les huiles saintes qui
serviront durant toute
l'année liturgique aux
baptêmes et aux divers
sacrements, et les prêtres
renouvellent leurs voeux
de servir l'Eglise
catholique. Benoît XVI y
a évoqué la mémoire du
père Andrea Santoro, le
prêtre romain assassiné
le 5 février à Trabzon
(au nord-est de la
Turquie) pendant qu'il
priait dans son église.
Il a demandé aux prêtres
de mettre la prière au
centre de leur vie et les
a mis en garde contre le
tentations de
"l'activisme".
Le vendredi saint, qui
commémore la mise à mort
du Christ sur la croix, le
chef de l'Eglise
catholique présidera la célébration
de la Passion dans la
basilique vaticane, puis le
traditionnel chemin de
croix au Colisée, au
centre de Rome. Samedi
soir, il participera dans
la basilique vaticane à
la vigile pascale, durant
laquelle les croyants
prient dans l'attente de
la résurrection du
Christ, qui sera célébrée
par une messe solennelle
dimanche matin place
Saint-Pierre. Dimanche
midi, Benoît XVI
prononcera la bénédiction
urbi et orbi du balcon de
la basilique Saint-Pierre,
où il était apparu le
soir du 19 avril 2005 après
avoir été élu par les
cardinaux pour succéder
à Jean Paul II, mort le 2
avril.
Le dimanche de
Pâques coïncide avec
l'anniversaire du pape
Les célébrations
pascales de l'an dernier
avaient été dominées
par l'agonie de Jean-Paul
II. Le dimanche 27 mars,
jour de Pâques, le pape
polonais n'avait pu
prononcer la bénédiction.
Le dimanche de Pâques coïncide
cette année avec
l'anniversaire de Benoît
XVI, qui aura 79 ans. Le
pape allemand, grand mélomane,
a déjà reçu lundi en
cadeau un gâteau au
chocolat en forme de
piano, offert par des
jeunes Autrichiennes d'une
institution de l'Opus Dei.
Tout de suite après les célébrations
dominicales, le souverain
pontife prendra l'hélicoptère
pour Castelgandolfo, la résidence
d'été des papes dans la
campagne romaine, pour y
prendre quelques jours de
repos. Un engagement
important l'attend avec un
voyage du 25 au 28 mai en
Pologne, le pays de son prédécesseur
où l'Eglise catholique
doit faire face à la montée
de courants
fondamentalistes,
nationalistes et antisémites.
Le programme de Benoît
XVI prévoit notamment une
étape au site du camp
d'extermination nazi
d'Auschwitz.
Le
pape face à la crise de
la culture
Composé
de trois conférences
prononcées avant son élection,
le dernier livre du
nouveau pape s’intéresse
aux conflits entre le
christianisme et la
culture européenne
contemporaine
par
YVES PITETTE, publié dans
la Croix le 22 juin 2005
Le
"nouveau" livre
de Joseph Ratzinger -
en couverture, le nom de
l’auteur est deux fois
plus gros que le titre -
est intitulé en italien L’Europe
de Benoît dans la crise
des cultures. Il
s’agit du recueil de
trois textes prononcés en
différentes occasions.
L’un, Qu’est-ce que
croire ? date de 1992,
pour la remise d’un Prix
école et culture
catholique décerné à
Bassano del Grappa. Le
second, Le Droit à la
vie et l’Europe, a
été prononcé en 1997
devant le Mouvement
[italien] pour la vie. Le
troisième document (lire
extraits ci-dessous), qui
donne son titre au livre
en jouant sur le nom de
Benoît, est le plus récent.
Simplement intitulé à
l’origine La Crise
des cultures, il a été
prononcé le 1er avril
dernier, veille de la mort
de Jean-Paul II, dans
l’abbaye bénédictine
Sainte-Scholastique de
Subiaco, tout près de la
grotte où saint Benoît vécut
plusieurs années avant de
partir écrire sa règle
monastique au Mont Cassin.
Le cardinal Ratzinger y
recevait le prix
Saint-Benoît pour
l’Europe, décerné par
une fondation locale, Vie
et Famille.
Selon la tradition
romaine, la présentation
du livre avait alors donné
lieu à une importante
manifestation, au cours de
laquelle le cardinal
Camillo Ruini, vicaire du
pape pour le diocèse de
Rome, a montré que ces
trois textes avaient en
commun les questions décisives
pour les rapports entre le
christianisme et la
culture européenne, à
commencer par ce qui
concerne la vie avec tous
les débats ouverts, de
l’avortement -
qualifié par le cardinal
Ratzinger de "petit
homicide" -
jusqu’au refus, réaffirmé
par le cardinal Ruini, du
mariage pour les couples
homosexuels.
Extraits.
"Une idéologie
confuse de la liberté
conduit au
dogmatisme"
"L’affirmation
selon laquelle la mention
des racines chrétiennes
de l’Europe blesserait
les sentiments des
nombreux non-chrétiens
qui vivent en Europe est
peu convaincante, vu
qu’il s’agit avant
tout d’un fait
historique que personne ne
peut sérieusement nier.
[…] Qui serait offensé
? De qui l’identité
serait-elle menacée ? Les
musulmans, souvent et
volontiers mis en cause à
cet égard, ne se sentent
pas menacés par nos bases
morales chrétiennes, mais
par le cynisme d’une
culture sécularisée qui
nie ses propres
fondements. Et nos
concitoyens juifs ne sont
pas offensés par la référence
aux racines chrétiennes
de l’Europe, dans la
mesure où ces racines
remontent jusqu’au mont
Sinaï : elles portent
l’empreinte de la voix
qui se fit entendre sur la
montagne de Dieu et nous
unissent dans les grandes
orientations fondamentales
que le décalogue a données
à l’humanité. C’est
la même chose pour la référence
à Dieu : ce n’est pas
la mention de Dieu qui
offense ceux qui
appartiennent à
d’autres religions, mais
plutôt la tentative de
construire la communauté
humaine absolument sans
Dieu. Les raisons de ce
double "non"
sont plus profondes que ce
que laissent penser les
raisons avancées. Elles
présupposent que la seule
culture des Lumières,
radicale, laquelle a
atteint son plein développement
à notre époque, pourrait
être constitutive de
l’identité européenne.
[…] Cette culture des
Lumières est
substantiellement définie
par la liberté ; elle
part de la liberté comme
valeur fondamentale qui
est la mesure de tout
[…].
Le concept de
discrimination s’élargit
toujours plus et
l’interdiction des
discriminations peut se
transformer toujours plus
en une limitation de la
liberté d’opinion et de
la liberté religieuse. On
ne pourra bientôt plus
affirmer que
l’homosexualité, comme
l’enseigne l’Eglise
catholique, constitue un désordre
objectif dans la
structuration de
l’existence humaine. Et
le fait que l’Eglise est
convaincue de ne pas avoir
le droit de donner
l’ordination sacerdotale
aux femmes sera considéré,
par certains, à partir de
maintenant inconciliable
avec l’esprit de la
Constitution européenne.
Il est évident que ce
canon de la culture des
Lumières, pas du tout définitif,
contient des valeurs
importantes dont nous, chrétiens,
ne voulons et ne pouvons
nous passer ; mais il est
tout autant évident que
la conception mal définie
ou pas du tout définie de
la liberté qui est à la
base de cette culture,
comporte inévitablement
des contradictions. […]
Une idéologie confuse de
la liberté conduit à un
dogmatisme qui se révèle
toujours plus hostile à
la liberté. […] Il fait
partie de sa nature, en
tant que culture d’une
raison qui a finalement
une complète conscience
d’elle-même, de se
vanter d’une prétention
universelle et de se
concevoir comme accomplie
en elle-même, sans besoin
d’aucun complément venu
d’autres facteurs
culturels.
Ces deux caractéristiques
se voient clairement quand
se pose la question de qui
peut devenir membre de la
Communauté européenne,
et surtout dans le débat
sur l’entrée de la
Turquie dans cette
Communauté. Il s’agit
d’un Etat, ou peut-être
mieux, d’un
environnement culturel,
qui n’a pas de racines
chrétiennes, mais qui a
été influencé par la
culture islamique. Puis
Ataturk a cherché à
transformer la Turquie en
un Etat laïciste, en
tenant d’implanter le laïcisme
mûri dans le monde chrétien
d’Europe sur un terrain
musulman. On peut se
demander si cela est
possible : selon la thèse
de la culture des Lumières
et laïciste de
l’Europe, seuls les
normes et contenus de la même
culture des Lumières
pourront déterminer
l’identité de
l’Europe et, par conséquent,
tout Etat qui fait siens
ces critères pourra
appartenir à l’Europe.
Peu importe, finalement,
sur quel entrelacs de
racines cette culture de
la liberté et de la démocratie
sera implantée. C’est
vraiment pour cela,
affirme-t-on, que les
racines ne peuvent entrer
dans la définition des
fondements de l’Europe,
s’agissant de racines
mortes qui ne font pas
partie de l’identité
actuelle. Par conséquent,
cette nouvelle identité,
déterminée exclusivement
par la culture des Lumières,
entraîne aussi que Dieu
n’a rien à voir avec la
vie publique et avec les
bases de l’Etat."
Benoît
XVI renonce au titre de "Patriarche
de l’Occident"
paru
dans l'Orient-le Jour le 2
mars 2006
Le pape
Benoît XVI renonce au
titre qui lui était donné
de "Patriarche
de l’Occident",
selon le Corriere della
Sera d’hier qui cite
l’édition à paraître
de l’Annuaire pontifical
2006 du Vatican. Selon
Luigi Accatoli, le réputé
vaticaniste du journal,
l’appellation de
"Patriarche de
l’Occident"
n’apparaîtra plus entre
celles de "Souverain
pontife de l’Eglise
universelle" et de "Primat
d’Italie",
traditionnellement accolées
au nom de l’occupant du
trône pontifical. Dans
l’édition non encore
rendue publique de
l’Annuaire pontifical,
Benoît XVI garde huit
titres différents dont
les premiers dans
l’ordre sont "Evêque
de Rome", "Vicaire
de Jésus-Christ" et
"Successeur de
Pierre", selon le
Corriere della Sera.
Luigi
Accatoli attribue cette
disparition à la prise de
conscience par le cardinal
Ratzinger, aujourd’hui
Benoît XVI, que le titre
de "Patriarche de
l’Occident" n’était
pas "un titre véritable
de la papauté". Il
était apparu pour la
première fois dans une
lettre écrite au pape Léon
le Grand (saint Léon) en
450 par l’empereur
d’Orient Théodose II et
correspondait à une
organisation de l’Eglise
en patriarcats reconnue
par les chrétiens
orientaux, comme les
orthodoxes. Durant les
premiers temps de la chrétienté,
les patriarcats étaient
égaux et au nombre de
cinq (Rome,
Constantinople,
Alexandrie, Antioche et Jérusalem).
Des théologiens, entendus
par Benoît XVI, ont
soutenu que ce titre
n’avait "aucun
fondement historique ni
doctrinal" et devait
donc être abandonné. Le
Corriere della Sera
s’interroge sur une éventuelle
réaction de l’Eglise
orthodoxe qui pourrait y
voir une prétention de
Rome à une "supériorité
universelle".
Le
pape dévoile sa première
encyclique
La
première encyclique de
Benoît XVI, intitulée "Dieu
est amour", sera
publiée mercredi 25
janvier au Vatican
par
JEAN-MARIE GUENOIS, publié
dans la Croix le 18
janvier 2006
Benoît
XVI a levé lui-même le
voile sur sa première
encyclique. Mercredi 18
janvier, en fin
d’audience générale,
sortant délibérément de
son texte prévu, il a
coupé court aux rumeurs
en annonçant publiquement
que sa première
encyclique - dont il
a confirmé le titre, Deus
caritas est
("Dieu est
amour") - sera
publiée mercredi
prochain. Le 25 janvier
est une date symbolique,
la fête liturgique de la
conversion de saint Paul
marquant le terme de la
Semaine de prière pour
l’unité des chrétiens.
Le pape s’est
d’ailleurs justifié sur
ce choix : "A
première vue, “Dieu est
amour” n’est pas un thème
directement œcuménique.
Mais le cadre général,
le fondement, sont œcuméniques
parce que l’Amour de
Dieu, et notre amour, sont
la condition de l’unité
des chrétiens, la
condition de la paix dans
le monde."
Evoquant ensuite le
travail de préparation
d’un tel document et le
délai de ses traductions,
il a laissé entendre
qu’il avait été plus
long que prévu. Une bénédiction
toutefois, selon lui : "Il
me semble que c’est un
don de la Providence que
ce texte soit publié précisément
le jour où nous prions
pour l’unité des chrétiens.
J’espère qu’il pourra
illuminer et aider notre
vie chrétienne." Après
ces remarques liminaires,
le nouveau pape a livré
l’essentiel de sa première
encyclique, qui paraîtra
donc plus de neuf mois après
son élection : "Je
voudrais, dans cette
encyclique, illustrer le
concept d’amour dans ses
différentes dimensions.
Aujourd’hui, dans la
terminologie que nous
connaissons, “amour”
apparaît souvent très
loin de ce que pense un
chrétien quand on parle
de charité. Je voudrais,
pour ma part, montrer
qu’il s’agit d’un
unique mouvement avec
diverses dimensions."
"En
pratique, l’Eglise (...)
doit aimer"
Et
Benoît XVI d’en faire
la démonstration en deux
temps. Premier axe :
"L’ “eros”, ce
don de l’amour entre
l’homme et la femme,
vient de la même source,
la bonté du Créateur,
tout comme en est issue la
possibilité d’un amour
qui renonce à lui-même
pour se consacrer à
l’autre. L’ “eros”
se transforme en “agapè”
dans la mesure où les
deux personnes s’aiment
réellement quand l’un
ne se cherche plus soi-même,
ne cherche plus sa joie,
son plaisir, mais cherche
surtout le bien de
l’autre. Et c’est
ainsi que ce qui est l’
“eros” se transforme
en charité, au long
d’un chemin de
purification,
d’approfondissement."
Un même mouvement, donc,
qui se décline, poursuit
le pape, en plusieurs sphères
imbriquées les unes aux
autres : "De la
famille vers la plus
grande famille de la société,
vers la famille de l’Eglise,
vers la famille du
monde."
Second axe de
l’encyclique, et autre
dimension de l’amour de
Dieu, les œuvres de
charité et l’Eglise
institutionnelle : "Je
cherche aussi à démontrer
comment l’acte éminemment
personnel qui nous vient
de Dieu est un unique acte
d’amour. Celui-ci doit
aussi s’exprimer comme
un acte ecclésial,
organisationnel. S’il
est réellement vrai que
l’Eglise est
l’expression de
l’amour de Dieu, de cet
amour que Dieu a pour sa
créature humaine, il doit
être également vrai que
l’acte fondamental de la
foi qui crée et unit l’Eglise,
et qui nous donne l’espérance
de la vie éternelle et de
la présence de Dieu dans
le monde, engendre un acte
ecclésial. En pratique,
l’Eglise, comme Eglise,
comme communauté, dans
son mode institutionnel,
doit aimer. Et ce que
l’on appelle “la
charité” n’est pas
une pure organisation
comme les autres
organisations
philanthropiques, mais
l’expression nécessaire
de l’acte plus profond
de l’amour personnel par
lequel Dieu nous a créés,
suscitant dans notre cœur
de nous porter vers
l’amour, reflet du Dieu
amour qui nous transforme
à son image."
Des
reports de la date de
publication qui
s'expliquent
Ainsi
se présente donc
(traduite par La Croix
à partir du compte rendu
complémentaire publié
une heure plus tard par la
salle de presse du
Saint-Siège)
l’improvisation effectuée
mercredi par Benoît XVI.
Elle confirme des
informations internes
selon lesquelles le pape,
inquiet devant les
multiples rumeurs
contradictoires qui
circulaient au sujet de
cette encyclique, a
finalement décidé de
prendre les devants pour
en annoncer la date de
publication et en livrer
l’esprit : conjuguer, et
non pas opposer, les deux
dimensions, personnelle et
sociale, de l’amour. Si
ce document,
vraisemblablement signé
par Benoît XVI le 25 décembre
dernier, est bien sa première
encyclique, il n’est pas
impossible qu’il
reprenne un projet sur le
même thème ébauché par
Jean-Paul II à la fin de
son pontificat mais jamais
abouti. En ce sens, le
Conseil pontifical Cor
Unum, présidé par Mgr
Paul Joseph Cordes, et
chargé des questions
caritatives dans l’Eglise
catholique, a probablement
joué un rôle dans l’élaboration
de ce texte, notamment
dans sa seconde partie, la
dimension sociale de
l’amour de Dieu.
Un rôle parmi d’autres,
sans doute : les
encycliques sont
habituellement, avant d’être
finalisées et signées
par le pape, le fruit
d’un travail collectif où
des théologiens sont
consultés sur le projet.
Ce processus de rédaction
expliquerait plusieurs
reports de date de
publication et des interprétations
diverses. Et la nécessité,
pour Benoît XVI, peu
familier des
improvisations, d’une
telle mise au point.
La
294e encyclique
Le
mot "encyclique"
vient du grec enkuklios,
c’est-à-dire
"circulaire",
qui a donné en latin "litterae
encyclicae" : cela
souligne qu’il s’agit,
à l’origine, d’une
lettre circulaire du pape
aux évêques du monde
entier ou à une partie
d’entre eux. Petit à
petit, les destinataires
ont été étendus, par le
biais des évêques, au
clergé, aux fidèles et
parfois, depuis Jean XXIII,
à tous les "hommes
de bonne volonté".
C’est Benoît XIV
(1740-1758) qui, à peine
élu, publia la première
circulaire qualifiée
d’encyclique, au sens
moderne du terme ; elle était
consacrée au ministère
épiscopal et avait pour
titre "Ubi primum".
Le titre des encycliques
est en effet toujours formé
des premiers mots du texte
de référence latin.
Depuis Benoît XIV, 293
encycliques ont ainsi été
publiées par les papes.
Jean-Paul II en a produit
quatorze. Mais c’est à
Léon XIII (1878-1903) que
l’on en doit le plus,
avec un total de 86
encycliques. Viennent
ensuite Pie XII (41), Pie
IX (38), Pie XI (32) et
Pie X (16).
Un
haut responsable orthodoxe
russe reçu aujourd’hui
par le pape
paru
dans l'Orient-le Jour le
18 mai 2006
Mgr Kirill,
métropolite de Smolensk
et de Kaliningrad, et président
du département des
Affaires étrangères du
patriarcat de Moscou, sera
reçu aujourd’hui par le
pape Benoît XVI, a indiqué
hier à l’AFP une source
au patriarcat de Moscou.
Mgr Kirill, qui avait déjà
rencontré Benoît XVI
l’année dernière, doit
se rendre en Italie pour
consacrer la première
Eglise orthodoxe russe
construite à Rome, selon
la même source. Il
participera demain matin
à la cérémonie de bénédiction
de l’Eglise orthodoxe
Sainte-Catherine
d’Alexandrie, la première
Eglise orthodoxe russe
dans la capitale du
catholicisme, et tiendra
une conférence de presse
à l’ambassade de Russie
en Italie le même jour à
17h00.
Les rapports entre le
Vatican et l’Eglise
orthodoxe russe sont
mauvais depuis de longues
années, le patriarcat de
Moscou accusant notamment
les catholiques de prosélytisme
sur son "territoire
canonique", un
reproche que ces derniers
rejettent avec constance.
La persistance de ces
tensions a empêché le
pape Jean-Paul II de se
rendre en Russie comme il
en nourrissait le désir.
Benoît XVI s’est engagé
au début de son
pontificat à œuvrer au
rapprochement entre toutes
les Eglises chrétiennes.
Le patriarche Alexis II,
chef de l’Eglise
orthodoxe russe, lui a récemment
donné crédit pour cet
engagement.
Le
pape invite la France à
la fraternité
Dans
un discours adressé lundi
19 décembre au nouvel
ambassadeur de France près
le Saint-Siège, Benoît
XVI revient sur la crise
des banlieues
par
ISABELLE DE GAULMYN, publié
dans la Croix le 19 décembre
2005
Est-ce
le lien particulier qui
lie le pape à notre pays
? Ou son intérêt
manifeste pour les
questions de société ?
Toujours est-il que Benoît
XVI a adressé lundi 19 décembre
un message particulièrement
fort à la France. A
l’occasion de la présentation
de ses lettres de créance
par le nouvel ambassadeur
près le Saint-Siège,
Bernard Kessedjian, le
pape a en effet écrit un
texte qui va bien au-delà
de l’exercice formel de
la diplomatie vaticane. Un
paragraphe - positif -
sur la laïcité, une
phrase sur les relations
entre le Saint-Siège et
la nation française, mais
l’essentiel est ailleurs
: le pape, qui connaît
bien la France, revient
longuement sur les
violences récentes dans
les banlieues. Une
actualité qui lui tient
à cœur, et qui fut
d’ailleurs abondamment
commentée par
l’ensemble de la presse
italienne.
"Votre pays vient de
vivre une période
difficile sur le plan
social, faisant apparaître
la profonde insatisfaction
d’une partie de la
jeunesse", écrit-il.
Pour le pape, le malaise
est profond, et la France
doit apporter une réponse
à la hauteur. Benoît XVI
rappelle ainsi au pays son
devoir à l’encontre des
étrangers accueillis en
France, et qui ont
"contribué au développement
de la Nation". Il
importe de leur proposer
un "idéal de société
et un idéal
personnel".
Benoît
XVI prend soin de
souligner le rôle de la
famille
Ce
qui passe, explique-t-il,
par une meilleure intégration
de tous dans la société.
Et le pape de replacer la
France devant ses propres
valeurs, celles d’égalité,
de fraternité.
L’objectif,
souligne-t-il encore, est
de parvenir à refonder
une "culture
commune, porteuse des
valeurs morales et
spirituelles
fondamentales". Benoît
XVI prend soin de
souligner le rôle de la
famille, et plus généralement
de l’éducation, dans la
formation de la jeunesse,
un thème qui lui est
particulièrement cher :
"Tout cela
contribuera grandement à
la cohésion nationale
entre les générations et
à la création d’un
tissu social plus
fort." Le pape semble
donc avoir été particulièrement
marqué par les récents
événements dans les
banlieues françaises.
Sans doute parce que,
au-delà de la France,
c’est toute l’Europe
occidentale qui est
concernée, dans son modèle
d’intégration et d’éducation.
Et que l’enjeu est de
taille, puisque "la
paix sociale est en grande
partie à ce prix".
Il attire aussi
l’attention des
dirigeants français sur
les questions éthiques et
bioéthiques, qu’il faut
envisager "non pas
d’abord du point de vue
de la science, mais de
celui de l’être
humain", dit-il : une
mise en garde, alors que
le décret permettant la
recherche sur les embryons
humains devrait sortir
dans les prochains jours.
Le volet strictement
diplomatique est moins développé,
même si le pape aborde
aussi, dans son discours,
les difficultés des pays
émergents, auxquelles il
demande à la France de
rester attentive,
notamment en ce qui
concerne les pays
africains.
Une
invitation à une
intervention dans le différend
syro-libanais
L’appel
de Benoît XVI à la
France de relever le défi
de l’intégration trouve
un écho dans le discours
qui lui a été remis,
dans le cadre de cette
rencontre, par le nouvel
ambassadeur de France près
le Saint-Siège. Bernard
Kessedjian, rappelant en
effet l’invitation de
Jean-Paul II, à Reims, à
faire progresser les idéaux
de liberté, d’égalité,
de fraternité, explique
combien celle-ci retentit
aujourd’hui, "au
moment où les
manifestations de violence
que mon pays a connues
dans la périphérie de
ses villes ont mis à l’épreuve
les principes sur lesquels
s’est construite notre
collectivité nationale
depuis près de deux siècles".
Le représentant de l’Etat
français livre ensuite
une définition ouverte de
la laïcité, qui,
"loin de cantonner
les convictions
spirituelles et
religieuses de chacun dans
la sphère privée, est
garante du rôle que
celles-ci sont appelées
à jouer dans le débat
public, mais aussi du
respect qui leur est dû,
dans un esprit de dialogue
et de tolérance".
Bernard Kessedjian revient
enfin plus longuement sur
les convergences qui
peuvent s’établir entre
le Saint-Siège et la
France en matière
diplomatique, qu’il
s’agisse de la mise en
place d’une organisation
mondiale de
l’environnement, comme
de la promotion de mécanismes
innovants de financement
du développement. De même,
concernant la situation au
Moyen-Orient,
l’ambassadeur rappelle
combien le Liban, qui
traverse "une période
déterminante de son
histoire" a
"plus que jamais
besoin de la sollicitude
du Saint-Siège dans les
efforts qui sont les siens
pour préserver son indépendance
et sa souveraineté".
Une invitation à peine
voilée à une
intervention plus
explicite de Rome dans
l’épreuve de force qui
oppose aujourd’hui la
Syrie au Liban.
"Un
pas supplémentaire pour
l’intégration de tous
dans la société"
Un
extrait de la réponse de
Benoît XVI au discours de
l’ambassadeur de France
près le Saint-Siège :
"Votre pays a
accueilli de nombreux
travailleurs étrangers et
leurs familles, qui ont
largement contribué au développement
de la Nation depuis la fin
de la Seconde Guerre
mondiale. Il importe
aujourd’hui de les
remercier, eux et leurs
descendants, de cette
richesse économique,
culturelle et sociale à
laquelle ils ont participé.
La plupart d’entre eux
sont devenus ainsi des
citoyens français à part
entière. Le défi
consiste aujourd’hui à
vivre les valeurs d’égalité
et de fraternité, qui
font partie des valeurs
mises en exergue par la
devise de la France,
prenant soin de faire en
sorte que tous les
citoyens puissent réaliser,
dans le respect des différences
légitimes, une véritable
culture commune, porteuse
des valeurs morales et
spirituelles
fondamentales. Il importe
aussi de proposer aux
jeunes un idéal de société
et un idéal personnel,
pour qu’ils conservent
des raisons de vivre et
d’espérer, et qu’ils
aient davantage confiance
en un avenir meilleur leur
permettant d’édifier
leur existence, de trouver
un travail pour subvenir
à leurs besoins et à
ceux de leur famille, pour
avoir le bien-être auquel
ils ont naturellement
droit. C’est donc en définitive
à faire un pas supplémentaire
pour l’intégration de
tous dans la société que
votre pays est invité, de
même que d’autres
nations du Continent, au
nom même de la dignité
intrinsèque de toute
personne et de son caractère
central dans la société,
que rappelait le concile
œcuménique Vatican II (Gaudium
et spes, n° 9), comme
vous l’évoquiez vous-même.
La paix sociale est en
grande partie à ce
prix."
Le premier
ministre libanais et le
pape, pour la dignité
religieuse
Fouad Siniora est le
premier responsable
musulman reçu par Benoît
XVI depuis les
manifestations autour des
caricatures
par
ISABELLE DE GAULMYN, publié
dans la Croix le 17 février
2006
"In
Gottes namen" -
"Au nom de
Dieu"... C'est le
titre de l'ouvrage - en
allemand - offert hier au
pape, lors de l'audience
du premier ministre
libanais (sunnite), Fouad
Siniora, par son auteur
grec-orthodoxe, le
ministre de la culture
libanais, Tarek Mitri,
membre de la délégation,
composée de quatre
membres du gouvernement,
tous de communauté différente
: druze, chiite, maronite,
orthodoxe. Un titre révélateur
car de religions, et
d'affrontements religieux,
il fut en effet question
hier, dans les salons du
pape. Selon un communiqué
publié après l'audience
par la Salle de presse du
Vatican, Benoît XVI et le
premier ministre libanais
ont évoqué "la
situation existant au
Liban et au Moyen-Orient,
soulignant leur devoir
commun de travailler pour
éduquer les peuples à la
réconciliation et à la
paix". "Nous
avons parlé de l'affaire
des caricatures, et des
manifestations qu'elles
ont provoquées, a confié
ensuite Fouad Siniora. Le
pape a rappelé sa
condamnation de la liberté
d'expression lorsqu'elle
n'était pas respectueuse
de la liberté des autres,
et donc de la dignité
religieuse. Il a expliqué
que c'est le droit de
chacun d'exprimer ses
opinions, mais de manière
pacifique. Il a aussi
condamné les actions
violentes."
Benoît
XVI s'est notamment inquiété,
selon le communiqué du
Vatican, "de la
situation des chrétiens".
De fait, le 5 février
dernier à Beyrouth, les
manifestations contre les
caricatures ont dégénéré
en une série d'exactions
violentes dans le quartier
chrétien de la ville :
commerces pillés, maisons
saccagées. Le premier
ministre lui a donc assuré que
son gouvernement réprouvait
ces violences
"contraires à la
tradition du Liban",
et que toutes les
personnes coupables
avaient été arrêtées,
et seraient condamnées. Fouad
Siniora est le premier
responsable musulman reçu
par le pape depuis les
manifestations sur les
caricatures de Mohammed.
"Il est pour nous
important de montrer que
nous croyons au dialogue
avec les pays musulmans,
et que le pape veut agir
dans ce sens",
confiait un responsable de
la Secrétairerie d'Etat.
Pour Fouad Siniora, aussi,
cette audience privée revêtait
une signification
capitale. Il s'agissait
aux yeux du peuple
libanais, et notamment de
sa partie chrétienne - très
attachée au Pape -, de
s'assurer d'une stature de
dirigeant capable de réaliser
l'unité du pays. Hier
soir, cette visite devait
être largement
retransmise à la télévision
libanaise.
Le
pape demande que "les
croyants ne soient pas
l'objet de provocations
blessant leurs sentiments
religieux"
paru
dans le Monde du 21 février
2006
Alors que l'affaire des
caricatures de Mahomet
continue d'agiter le monde
musulman, le pape Benoît
XVI a estimé, lundi 20 février,
qu'il était "nécessaire
et urgent que les
religions et leurs
symboles soient respectés".
Le Vatican a attendu
l'arrivée du nouvel
ambassadeur marocain auprès
du Saint-Siège, Ali
Achour, pour prendre
position.
Même si c'est la première
intervention personnelle
du souverain pontife dans
l'affaire des dessins
publiés par la presse
européenne depuis
l'automne, Benoît XVI
avait déjà laissé
entendre quelle était la
position de l'Eglise
catholique il y a quelques
jours. Le 16 février, à
l'issue d'une audience au
Vatican, le premier
ministre libanais, Fouad
Siniora, a indiqué avoir
abordé le sujet avec le
pape et affirmé que, pour
celui-ci, "en
aucun cas la liberté
d'expression ne devait être
une atteinte aux libertés
de chacun". Le
pape aurait aussi
"soutenu l'idée que
c'est le droit de tous
d'exprimer ses sentiments
et ses opinions, mais
d'une manière
pacifique".
Rejet des
provocations
Dans la droite ligne de
sa discussion avec le chef
du gouvernement libanais,
Benoît XVI a demandé
lundi, "que les
croyants ne soient pas
l'objet de provocations
blessant leur démarche et
leurs sentiments
religieux" pour "favoriser
la paix et la compréhension
entre les peuples et entre
les hommes". Le
pape, qui s'exprimait en
français, a cependant
ajouté que "l'intolérance
et la violence ne
pouvaient jamais se
justifier comme des réponses
aux offenses, car ce ne
sont pas des réponses
compatibles avec les
principes sacrés de la
religion". Il a
également dénoncé "les
actions de ceux qui
profitent délibérément
de l'offense causée aux
sentiments religieux pour
fomenter des actes
violents, d'autant plus
que cela se produit à des
fins étrangères à la
religion".
Le
pape souhaite un dialogue
avec l'islam dans la réciprocité
publié
par l'AFP le 15 mai 2006
Le pape
Benoît XVI a souligné
lundi l'importance qu'il
accorde au dialogue
inter-religieux, tout en
souhaitant que l'Eglise
catholique soit payée de
retour dans ses efforts avec
l'islam. Le souverain
pontife recevait les membres
du conseil pontifical pour
la pastorale des migrants et
des itinérants réunis au
Vatican pour une assemblée
plénière sur le thème des
migrations "en
provenance et à destination
des pays à majorité
islamique". Un phénomène
qui, selon le pape, "mérite
une réflexion spécifique,
non seulement en raison de
son importance quantitative,
mais surtout en raison des
caractéristiques aussi bien
religieuses que culturelles
de l'identité
musulmane". Benoît XVI
a souligné que "le
dialogue inter-religieux
fait partie de
l'engagement" de l'Eglise
catholique "au service
de l'humanité dans le monde
contemporain",
particulièrement pour ceux
qui travaillent auprès
"des migrants, des réfugiés
et des diverses catégories
de personnes itinérantes".
"L'importance de la réciprocité
dans le dialogue est
toujours mieux perçue",
a ajouté le pape, en
invitant les chrétiens à
"cultiver un style de
dialogue ouvert (...) sans
renoncer à présenter à
leurs interlocuteurs la
proposition chrétienne en
cohérence avec leur propre
identité".
Il a également
souhaité que "les chrétiens
qui émigrent vers des pays
à majorité musulmane y
trouvent accueil et respect
de leur identité
religieuse", allusion
notamment à la situation
des immigrés philippins,
chrétiens pour la plupart,
en Arabie Saoudite où la
liberté de culte n'existe
pas pour les non musulmans.
Le Saint-Siège exprime régulièrement
ses préoccupations devant
le caractère déséquilibré
du dialogue entre les
religions. En février
dernier, Benoît XVI a
manifesté sa volonté de
chercher une autre approche
du dialogue avec l'islam,
qui s'est jusqu'à présent
révélé décevant, en décidant
d'intégrer le conseil
pontifical pour le dialogue
inter-religieux dans le
conseil pontifical pour la
culture. Il a nommé
son ex-président, l'archevêque
britannique Michaël
Fitzgerald, nonce
apostolique en Egypte et délégué
auprès de la Ligue arabe.
Benoît
XVI invité en Israël, le
Vatican pose ses
conditions
Le
président Katsav été reçu
hier par le pape
paru
dans l'Orient-le Jour le
18 novembre 2005
Le président
israélien Moshe Katsav a
réitéré au pape Benoît
XVI, qui l’a reçu hier
au Vatican, l’invitation
faite par Ariel Sharon à
se rendre en Israël, mais
le Vatican insiste pour
finaliser d’abord les
accords sur le statut de
l’Eglise en Israël. Le
souverain pontife et le président
israélien se sont
rencontrés pendant 25
minutes dans une ambiance
"cordiale et
chaleureuse", et leur
discussion a été "libre
et ouverte", a déclaré
Moshe Katsav. "Je lui
ai renouvelé
l’invitation à se
rendre en Israël et le
pape l’a accueillie
favorablement. J’espère
qu’il a déjà une date
à l’esprit. Pour ma
part, je souhaite qu’il
vienne l’an
prochain", a-t-il
dit. Benoît XVI a déjà
été invité
officiellement en Israël
par le Premier ministre
Ariel Sharon le 6 juillet
dernier.
Le communiqué du Vatican,
publié à l’issue de
l’entretien, ne fait néanmoins
aucune référence à
cette invitation. Il
indique en revanche que
les entretiens ont
notamment porté sur
"les rapports qui se
sont développés entre
Israël et le Saint-Siège
depuis l’établissement
de relations diplomatiques
en 1994". "Une
attention particulière a
été portée à l’exécution
des deux accords déjà
souscrits : le
“fundamental
agreement” (accord
fondamental) de 1993 et le
“legal personnality
agreement” de 1997"
sur le statut juridique de
l’Eglise et de ses biens
en Israël, a précisé le
Vatican. Les négociations
entre les deux Etats sur
la mise en œuvre de ces
accords ont été
quasiment au point mort
pendant plusieurs années.
Au-delà des éventuelles
exemptions fiscales
consenties aux biens de
l’Eglise et de la
reconnaissance de cette
dernière comme personne
morale pouvant agir en
justice, ils sont lourds
de conséquences pour le
poids de l’Eglise en
Israël, où se trouvent
les plus importants lieux
saints du christianisme.
De source diplomatique, on
laissait entendre que le
Vatican insistait pour que
l’accord économique et
financier soit finalisé
avant la visite du pape,
alors qu’Israël a
proposé de séparer les
deux questions.
El
Papa denuncia los intentos
de falsificar la verdad
cristiana
Benedicto XVI
completa una agotadora
jornada en Polonia, con
actos en tres ciudades
El
País, el 27
de mayo de 2006
El papa Benedicto XVI
completó ayer, segundo
día de su viaje a
Polonia, una dura
jornada de ceremonias y
encuentros religiosos
que le llevó de
Varsovia a Czestochowa y
de esta ciudad a
Cracovia, que será su
base de operaciones
durante el resto de su
estancia en este país.
En la capital polaca,
ante unas 300.000
personas, el Pontífice
pidió a los polacos que
"cultiven la rica
herencia de la fe"
sin dejarse arrastrar
por quienes hoy, como en
el pasado, "querrían
falsificar la palabra de
Cristo y arrancar al
Evangelio las verdades".
El Papa espera
que Juan Pablo II sea
elevado a la santidad
"en un futuro próximo"
El Papa Benedicto XVI ha
asegurado hoy en
Cracovia que espera que
su antecesor, Juan Pablo
II, sea elevado a la
santidad "en un
futuro próximo".
El Pontífice pronunció
estas palabras ante una
multitud de 15.000
personas reunidas en el
santuario de Kalwaria
Zebrzydowska, a 13 kilómetros
de la localidad polaca
de Wadowice, durante su
visita a la ciudad en la
que Juan Pablo II ejerció
como arzobispo antes de
ser nombrado papa. A su
llegada a Cracovia horas
después, cerca de
300.000 personas se han
congregado en una gran
explanada para escuchar
al Pontífice. Uno de
los objetivos básicos
de esta visita de
Benedicto XVI a Polonia
ha sido el de recorrer
algunos lugares míticos
para su antecesor. Entre
el pueblo polaco, la
causa de la santidad de
Juan Pablo II está muy
extendida y algunos
esperaban que el Sumo
Pontífice realizase el
anuncio oficial durante
el viaje. Benedicto XVI,
junto al antiguo
secretario de Juan Pablo
II - el cardenal de
Cracovia Stanislaw
Dziwisz - ha anunciado a
los congregados en el
santuario que "tanto
el cardenal Stanislaw
como yo tenemos la
esperanza de que en un
futuro próximo podamos
disfrutar de la
beatificación y
canonización de Juan
Pablo II".
Súplica popular
Previamente,
Benedicto XVI visitó
Wadowice, donde se unió
a los habitantes que pedían
su santidad. Un gran
cartel en el que podía
leerse. “Wadowice pide
la santidad inmediata de
Juan Pablo II el
grande” en italiano y
polaco fue colocado
frente a la iglesia en
la que Juan Pablo II fue
bautizado. "Me
gustaría detenerme
precisamente aquí, en
el lugar donde su fe
comenzó y maduró, para
rezar junto con todos
vosotros por que pronto
sea elevado a la gloria
de los altares", ha
indicado Benedicto a las
personas concentradas en
la plaza del pueblo. La
multitud, ataviada con
los colores blancos y
amarillos de la bandera
vaticana, esperaba la
llegada de Benedicto XVI
para rezar en la iglesia
y visitar la casa en la
que Carol Wojtyla pasó
su infancia acompañado
de Dziwisz. Tras rezar
en la iglesia, Benedicto
se dirigió a una calle
cercana a la calle
Koscielna, donde Juan
Pablo II se crió,
convertida ahora en un
museo. Allí fue
recibido por las monjas
que gestionan el museo y
caminó a través de las
habitaciones en las que
numerosas fotografías
documentan la infancia y
adolescencia de Wojtyla.
Pope set for first
Poland visit
Unlike his predecessor,
Pope Benedict XVI is not a
great traveller
by JAN REPA, BBC, 22
May 2006
Since
his election a year ago, he
has been to southern Italy
and to his native Germany.
And that is about it. His
visit to Poland on Thursday
opens a livelier travel
schedule - taking in Spain
in July ; a second trip to
Germany in September ; and
Turkey in November. Next
year, the Pope is expected
to visit the US, Latin
America and Austria. The
Pope - who already speaks
fluent French, English,
Italian, Spanish and Latin -
is said to be taking
intensive lessons in Polish.
Church officials say there
is no risk that he will not
be understood by the two
million or so people
expected to attend the two
public masses. The most
sensitive part of the Pope's
tour is likely to be the
visit to the Nazi German
extermination camp at
Auschwitz on 28 May. Some
Jewish groups have objected
to his intention to pray in
German at the place where
around a million Jews were
murdered as part of Nazi
Germany's policy of genocide.
Polish
faithful
However,
Vatican officials have
pointed to the symbolism of
addressing God in the
language once associated
with death and terror. As
for the Poles, most appear
unconcerned that John Paul
II's successor is a German.
The motto of the visit is
"Abide in Faith".
With the possible exception
of tiny Malta, Poland is
still the most overtly
Catholic country in Europe.
However, since the fall of
Communism 17 years ago, the
Church in Poland has not
always found it easy to
adjust to life in a
pluralist democracy. Last
month, the Vatican reminded
the Polish Church to steer
clear of party politics and
told the bishops to tighten
their supervision of a
controversial right-wing
"Catholic" radio
station. John Paul II once
described the future Pope
Benedict XVI as his "tried
and tested friend". For
many years, Benedict XVI -
or Cardinal Joseph
Ratzinger, as he then was -
was the head of the Vatican
department dealing with
religious doctrine, and its
application throughout the
Catholic Church. The general
assumption was that Benedict
XVI would continue John Paul
II's position of opposing
any modification of the
Church's teaching in areas
like sexuality and his
insistence on maintaining,
and even reinforcing, the
Church's centralised system
of authority.
Russian
thaw
Pope
Benedict XVI never ceases to
acknowledge his debt to his
predecessor. However, there
are signs that a subtle
shift may be under way in
some areas. He says he wants
"honest and open
dialogue". Last August,
he agreed to meet the leader
of a breakaway
traditionalist church,
established by the late
Archbishop Marcel Lefebvre,
who was excommunicated by
John Paul II. There has been
a slight thaw in relations
with the Russian Orthodox
Church - whose leaders
refused even to meet John
Paul II - marked by the
visit to the Vatican of
Metropolitan Kirill, the
Moscow Patriarchate's head
of external relations. And
while continuing his
predecessor's gestures of
respect towards Islam,
Benedict XVI has also
declared that genuine
dialogue requires a degree
of reciprocity - and that
Christians should be
accorded the same rights in
Muslim countries as Muslims
currently enjoy in
traditionally Christian
countries.
Le
long chemin des Papes
modernes
Les
Papes, libérés de toute
responsabilité politique
directe, vont acquérir
progressivement un plus
grand magistère moral et,
ainsi, une nouvelle forme
d’autorité. Retour sur
les pontificats de Pie IX
à Jean-Paul II
par
YVES PITETTE, publié dans
la Croix le 8 avril 2005
Mille sept
cent quatre-vingt-dix-neuf
: Pie VI meurt d’épuisement
à Valence, prisonnier des
troupes révolutionnaires
françaises. 1903 : en
plein conclave, l’archevêque
de Varsovie oppose le veto
de l’empereur
d’Autriche à une élection
du cardinal Rampolla, en tête
après le second tour de
scrutin. Aujourd’hui,
les cardinaux de l’Eglise
catholique se réunissent
pour élire le successeur
de Jean-Paul II à
l’abri de toute pression
politique extérieure.
Trois tournants de siècle
suivant trois pontificats
parmi les plus longs de
l’histoire, trois
symboles de l’évolution
du statut d’une papauté
dans un monde dont elle
fut un acteur politique
majeur, avant d’ouvrir
avec lui un nouveau
dialogue.
Une
indépendance progressive
Depuis
Constantin, les papes ont
affirmé progressivement
leur autorité sur le
monde chrétien, y
compris, jusqu’à la fin
du Moyen Age, sur les
princes. Les démêlés
des papes avec les rois de
France et les empereurs
d’Allemagne illustrent
une époque agitée qui
s’achève à la
Renaissance, avec
l’apparition des
Etats-nations. Le traité
de Westphalie de 1648
scelle la fin de la papauté
politique. Mais dans une
Italie divisée et soumise
aux influences étrangères,
les papes conservent des
Etats pontificaux constitués
au VIIe siècle avec
l’appui de Pépin le
Bref, père de
Charlemagne. Au plus haut
de la puissance papale,
Innocent III (1198-1216) règne
sur un territoire composé
grosso modo des actuelles
provinces italiennes du
Latium, des Abruzzes, des
Marches et d’une bonne
part de l’Emilie-Romagne.
Cet ensemble connaîtra
peu de changements
durables jusqu’à
l’unité italienne.
Lorsque les troupes piémontaises
pénètrent dans Rome le
20 septembre 1870, Pie IX
se réfugie à l’abri de
la muraille léonine qui
ceint le Vatican. La
papauté a perdu tout
pouvoir temporel.
Libérés de toute
responsabilité politique
directe, les papes vont
acquérir progressivement
en échange une sorte de
magistère moral et,
ainsi, une nouvelle forme
d’autorité. Dans un
contexte
d’universalisation
rapide de l’Eglise et
des relations
internationales, ils vont,
outre les affaires de l’Eglise,
s’affirmer sur trois
grands sujets : la
question sociale, celle de
la guerre et de la paix,
puis, plus récemment,
l’éthique de la vie.
Pie IX se situe à la
charnière de deux mondes. A
l’intérieur, l’Eglise
s’est renforcée ; elle
est même en pleine
renaissance, comme le
montrent les nombreux
instituts religieux qui se
créent. Il est aussi le
Pape qui aura créé le
plus de nouveaux diocèses.
Sur le plan doctrinal, la
proclamation du dogme de
l’Immaculée Conception,
la réunion du concile
Vatican I, même si sa clôture
précoce pour cause de
guerre de 1870 déséquilibre
sans doute ses décisions
dominées par
l’infaillibilité
pontificale, témoignent là
aussi d’un vrai
dynamisme. Mais à l’extérieur,
l’Eglise a de nouveaux
adversaires déterminés,
Kulturkampf en Allemagne,
laïcisme en France, maçonnerie
en Amérique centrale…
Elle est surtout mal à
l’aise avec la modernité.
L’Eglise est forte, mais
ne peut plus compter que
sur elle-même.
Léon
XIII et la question ouvrière
Elu en
1878, Léon XIII va
relever ce défi de
l’ouverture à ce monde
moderne que caractérisent
un progrès scientifique
souvent idéalisé en
rival de la religion, et
un développement économique
rapide, au prix de lourdes
injustices sociales. Les
catholiques, en France
mais aussi en Belgique, en
Allemagne ou aux
Etats-Unis, ont investi
depuis longtemps ce
terrain. Mais ils sont
restés le plus souvent au
stade caritatif.
L’encyclique Rerum
novarum sur la
condition ouvrière (1891)
va changer la donne de la
question sociale pour l’Eglise.
Léon XIII, par exemple, y
insère au dernier moment
la reconnaissance des
associations ouvrières
quand n’étaient encore
acceptées que les
associations mixtes
d’ouvriers et de
patrons. Plus largement,
la seule encyclique que
l’on célèbre régulièrement
(avec notamment Quadragesimo
anno, 1931, Mater
et Magistra, 1961, Centesimus
annus, 1991) est à la
base de la doctrine
sociale de l’Eglise, que
les papes suivants vont développer
et adapter constamment.
Elle joue un rôle libérateur,
écartant les structures
sociales chrétiennes du
passé et permet aux chrétiens
sociaux de collaborer avec
les autres forces
sociales.
Pie XI élargira la voie
ouverte par Rerum novarum
en faisant de la
"justice
sociale", le principe
directeur de l’activité
économique et politique,
le fondant sur la valeur
intangible de la personne
humaine, refusant ainsi
les idéologies
totalitaires qui
sacrifient l’individu au
présumé bonheur
collectif. Nouveaux temps,
nouvelles préoccupations,
l’encyclique Populorum
progressio de Paul VI
complète le panorama en
intégrant la question du
développement des
anciennes colonies
devenues indépendantes au
début des années 1960.
Vatican
II reconnaît la liberté
de conscience et la liberté
religieuse
Léon XIII
aborde aussi un autre
aspect de l’ouverture au
monde contemporain que ses
successeurs, notamment Pie
XI, vont développer : le
rapport des catholiques à
la politique et leur
engagement dans la vie
sociale. En France, son
appel au ralliement des
catholiques à la République
en 1890 sera certes un échec,
et l’encyclique Graves
de communi (1901)
celui de la première
forme de démocratie chrétienne.
Mais Léon XIII a compris
que la christianisation de
la société ne se fera
pas sans les laïcs. Le
catholicisme social va dès
lors se développer dans
la première moitié du
XXe siècle, qui voit
fleurir l’Action
catholique dans toute
l’Europe. Pie XI
encourage le syndicalisme
chrétien et Pie XII, précisant
par exemple dans son
radio-message de Noël
1944 les conditions de la
démocratie, ouvre la voie
à l’explosion de la
participation catholique
dans la vie politique
européenne de l’après-guerre.
Cet enseignement, renforcé
par Vatican II qui intègre
les droits de l’homme,
dont la liberté de
conscience et la liberté
religieuse, ne cessera
plus jusqu’à Jean-Paul
II qui, à plusieurs
reprises, incitera des
catholiques que tente un
retour vers la seule vie
spirituelle à prendre
leurs responsabilités
dans la vie sociale.
Deuxième
grand axe sur lequel la
papauté moderne a déployé
son action, la guerre et
la paix. Ce thème est de
nouveau très présent
dans l’enseignement
pontifical après les hécatombes
des guerres napoléoniennes.
Pie IX "ne peut que
prêcher la paix" (Cum
sancta mater, 1859)
peu avant la bataille de
Solférino qui incitera
Dunant à créer la
Croix-Rouge. Après lui,
la diplomatie pontificale,
qui n’a plus à défendre
que les intérêts moraux
et religieux de l’Eglise
et des catholiques, va
largement se consacrer à
la promotion de la paix.
Le traité du Latran
(1929), qui donne enfin un
statut au Vatican, va lui
faciliter le travail. Mais
c’est un dur combat. Les
efforts de Benoît XV pour
stopper le conflit mondial
ont échoué en août
1917. Après les deux
encycliques de Pie XI de
mars 1937, Mit
brennender Sorge
condamnant le
national-socialisme, et Divini
redemptoris le
communisme, l’appel de
Pie XII en août 1939,
"Rien n’est perdu
avec la paix. Tout peut
l’être avec la
guerre" ne sera pas
plus entendu. Mais
l’autorité morale des
papes grandit et le
Saint-Siège, écarté en
1919 de la SDN (Société
des Nations), trouvera peu
à peu une place originale
à l’ONU.
La suite confirme ce
magistère moral naissant
: Pacem in terris
(1963), de Jean XXIII,
retentit en pleine guerre
froide, et Paul VI se rend
à l’ONU en 1965 pour y
crier le célèbre
"Plus jamais la
guerre !" Plus que
jamais les papes font le
choix de la diplomatie et
des organisations
internationales. Jean-Paul
II ferme la porte à la
guerre qui "est
toujours une défaite de
l’humanité" et
"n’est jamais un
moyen comme un autre que
l’on peut choisir
d’utiliser pour régler
des différends entre
nations" (Vœux au
corps diplomatique, 2003).
Le Saint-Siège, structure
institutionnelle du
gouvernement de l’Eglise
catholique, a conservé
les relations avec les
Etats qu’entretenait le
Pape souverain temporel.
Pie XII fut l’archétype
de ces diplomates
pontificaux, prudents -
on lui reproche de
l’avoir trop été face
à la politique nazie
d’extermination des
juifs - et souvent
bien informés. Plus tard,
le Saint-Siège a aussi
joué un rôle actif dans
l’affirmation des droits
de l’homme et de la
liberté religieuse en
Europe à la conférence
d’Helsinki (1975) et,
indirectement, dans la fin
du communisme.
Un
intérêt croissant porté
à l'éthique de la vie
Le progrès
scientifique et les
nouveaux comportements
sociaux conduisent les
papes à se prononcer plus
directement sur l’éthique
de la vie. Pie XI publie
en 1930 l’encyclique Casti
connubii, qui rejette
fermement l’idée de
contraception, ce que Pie
XII confirme en 1951.
Vatican II donnera une définition
plus ouverte du mariage
que la seule fin de procréation
(Gaudium et spes),
mais alors que le débat
ne cesse de se développer
dans la société,
familles chrétiennes y
compris, l’encyclique de
Paul VI Humanae vitae
(1968) fait l’effet
d’une douche froide. Les
progrès de la médecine,
de la biologie et de la génétique
posent bientôt la
question générale de
l’éthique de la vie.
Les papes restent
totalement opposés à
l’avortement, mais de
nouveaux débats
apparaissent, par exemple
autour de la fécondation
in vitro, et donc du
statut de l’embryon dans
les nouvelles pratiques de
la génétique. Se précise
aussi le défi des premières
légalisations de
l’euthanasie. Parmi de
nombreux autres textes de
Jean-Paul II, les
encycliques Veritatis
splendor (1993) et Evangelium
vitae (1995) définissent
avec clarté et ampleur
l’engagement du Pape
pour la défense et la
promotion de la vie.
Le
pape fustige "le
relativisme"
Le
pape Benoît XVI a appelé
vendredi 26 mai les
catholiques polonais à résister
"à la tentation du
relativisme" à
l'occasion de la première
messe de son voyage dans le
pays natal de Jean-Paul II célébrée
à Varsovie
paru
dans la Croix le 26 mai 2006
Sous
une pluie battante, près de
300.000 fidèles se sont
rassemblés vendredi 26 mai
au matin sur la place Jozef
Pilsudski à Varsovie pour
assister à la première
grande messe du pape Benoît
XVI, en voyage en Pologne
pour quatre jours. Revêtu
d'une chasuble pourpre, le
pape est arrivé à 9 h à
bord de sa papamobile. Il a
fait le tour de la place
avant de se rendre à pied,
abrité sous un parapluie,
sur un gigantesque autel de
métal surmonté d'une
grande croix de 25 mètres
de haut. L'office, concélébré
par 120 prêtres et évêques
et retransmis en direct par
plusieurs chaînes de télévision,
a commencé à 9 h 30. Il était
visible sur plusieurs écrans
géants, disposés aux
abords de la place.
"Avec
vous, je désire élever
un chant de gratitude à
la Providence"
Dans
son message d'accueil au début
de l'office, le
cardinal-primat de Pologne
Jozef Glemp a estimé que le
monde moderne avait
"trois ponts spirituels
qui demandent un bon travail
de rénovation", ceux
"entre la terre et le
ciel, entre le présent et
le futur, entre l'homme et
l'homme". "Tout
ceci demande à être réparé
partout dans le monde et
nous voulons contribuer à
cette réparation",
a-t-il dit. Puis, dans
son homélie, le pape a
fustigé ceux qui,
"comme cela est déjà
survenu dans les siècles
passés, voudraient
falsifier la parole du
Christ et retirer ses vérités
à l'Evangile".
"Selon ces gens, cette
vérité est trop incommode
pour l'homme moderne",
a jugé Benoît XVI.
"On cherche à créer
l'impression que tout est
relatif, et que même les vérités
de foi dépendraient de la
situation historique et de
l'évaluation humaine".
Il a réitéré son appel,
maintes fois répété
depuis le début de son
pontificat, à "ne pas
céder à la tentation du
relativisme et de l'interprétation
subjective et sélective des
écritures sacrées".
Le pape allemand a ouvert
son homélie par la même
phrase que son prédécesseur
avait prononcée 27 ans
auparavant sur la même
place Pilsudski, au centre
de Varsovie, lors de son
premier retour dans la
Pologne communiste.
"Avec vous, je désire
élever un chant de
gratitude à la Providence,
qui me permet d'être
aujourd'hui avec vous comme
pèlerin", a déclaré
Benoît XVI en polonais
comme l'avait fait Jean Paul
II en 1979. Il a prononcé
le reste de son homélie en
italien, tandis qu'un prélat
le traduisait en polonais
pour la foule.
"N'ayez
pas peur", avait dit
Jean-Paul II sur la même
place
Le
pape a rappelé les
bouleversements politiques
survenus en Pologne et dans
le monde sous le pontificat
du pape polonais.
"Comment ne pas
remercier Dieu" pour
"la liberté et le sens
de la dignité retrouvée
par les gens dans de
nombreux pays", a-t-il
dit, en faisant allusion à
l'effondrement du système
soviétique en Europe
centrale fin 1989. Le
souverain pontife a demandé
aux Polonais, catholiques à
90%, de "rester fidèles
à la parole du Christ, même
quand elle est exigeante et
humainement difficile à
comprendre". Dans la
foule, les fidèles polonais
n'ont pas oublié Jean-Paul
II, mort il y a un peu
plus d'un an, mais ils ont
accueilli chaleureusement
leur nouveau pape qui émaille
la messe de nombreuses
phrases dans un excellent
polonais.
C'est sur la même place de
Varsovie que le prédécesseur
polonais de Benoît XVI
avait célébré en 1979 sa
grand-messe au cours de son
premier voyage en Pologne.
C'est alors qu'il avait lancé
devant une foule innombrable
le fervent appel : "Que
le Saint esprit descende et
renouvelle la face de la
terre, de cette terre",
puis "N'ayez pas
peur", interprété
alors par ses compatriotes
comme un encouragement à résister
au régime communiste.
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