Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

PORTRAIT  RJLIBAN  N°14  du 30 mai 2006 

 
Benoît XVI appelle les Polonais à défendre le christianisme
 
paru dans la Croix le 28 mai 2006 

 

Le pape Benoît XVI a appelé dimanche 28 mai les Polonais à défendre le christianisme en Europe et dans le monde, pendant une messe suivie avec ferveur par environ 900.000 fidèles à Cracovie (Pologne). "Je vous demande de partager avec les autres peuples d'Europe et du monde le trésor de la foi", a-t-il dit en conclusion de son homélie. La Pologne, qui a intégré il y a deux ans l'Union européenne progressivement élargie à tous les pays du vieux continent, compte plus de 90% de catholiques. Environ la moitié d'entre eux sont des pratiquants réguliers. L'Eglise y pèse encore de tout son poids dans la vie publique, à la différence de la situation de nombreux pays européens. Benoît XVI a souligné qu'avec le pontificat du pape polonais Jean Paul II, la Pologne "est devenue une terre de témoignage particulier de la foi en Jésus Christ".

 

"Rester forts, de la force que donne la foi"

 

Il a demandé aux Polonais de rester fidèles à la mémoire de son prédécesseur, "votre compatriote" qui, a-t-il dit, a défendu la foi "avec une force et une efficacité extraordinaires". Le pape leur a rappelé l'appel à "rester forts, de la force que donne la foi" que leur avait lancé Jean Paul II lors de son premier voyage en Pologne en 1979. Ce premier voyage du pape polonais dans son pays natal avait accéléré le processus d'affaiblissement du régime communiste. Les Polonais, qui vénèrent Jean Paul II, à l'égal d'un saint, lui attribuent un rôle essentiel dans l'effondrement du système soviétique qui a commencé par leur pays. Le pape Karol Wojtyla a par la suite bataillé ferme, mais sans succès, pour que l'Union européenne intègre dans son projet de constitution une référence à ses racines chrétiennes.

 

Aucune allusion à la situation politique de la Pologne

 

Plus encore qu'à son habitude, Benoît XVI a prononcé dimanche une homélie à la tonalité exclusivement spirituelle. Il n'a fait aucune allusion à la situation politique de la Pologne, dirigée par une coalition à laquelle participent l'extrême droite ultra-catholique et les populistes, ni à la situation sociale difficile de nombreux Polonais. Il a cependant adressé un salut particulier "aux Polonais qui vivent hors de leur patrie", dans une allusion à leur émigration massive. Le pape a souligné que pour les chrétiens, "regarder le ciel" passe avant la vie terrestre. "La cause du Christ est la plus importante", a-t-il déclaré. "Nous sommes appelés, en étant sur terre, à fixer le ciel, à orienter notre attention, nos pensées et notre coeur vers l'ineffable mystère de Dieu. Nous sommes appelés à regarder dans la direction de la réalité divine (...) ; là se trouve le sens définitif de notre vie", a-t-il expliqué aux fidèles.

 


 

Benoît XVI laisse espérer une canonisation rapide de Jean-Paul II
 
Au troisième jour de son pèlerinage sur les traces de son prédécesseur polonais, le pape a ainsi comblé samedi plusieurs milliers de fidèles rassemblés dans le sanctuaire de Kalwaria Zebrzydowska
 
paru dans le Figaro le 27 mai 2006
 

Il n’a pas choisi cet endroit par hasard pour faire sa déclaration surprise. Benoît XVI a opté pour le sanctuaire de Kalwaria Zebrzydowska, un des lieux favoris de son prédécesseur et ami, Jean-Paul II, pour évoquer ce que des milliers de fidèles attendent depuis des mois. "Je voudrais dire que je souhaite que la providence nous accorde bientôt la béatification et la canonisation de notre bien aimé pape Jean Paul II", a déclaré le souverain pontife, au troisième jour de son pèlerinage. Le sanctuaire, situé à une trentaine de kilomètres de Cracovie, est un haut lieu de pèlerinage depuis le XVIIe siècle, où le jeune Karol Wojtyla avait l'habitude de venir avec son père.

 

Samedi matin, c’est à Wadowice, ville natale de Karol Wojtyla où 25.000 croyants se sont pressés, que Benoît XVI a également prié pour que Jean Paul II soit "rapidement élevé à la gloire des autels". Une expression qu'il a l’habitude d’employer pour désigner la canonisation. Vivement réclamé par les catholiques dès ses obsèques début avril 2005, le procès en béatification de Jean Paul II s'est ouvert à l'initiative de son successeur, à peine quelques semaines après sa mort, sans attendre les cinq ans habituellement requis par le droit canon. La béatification, qui permet d'accéder au statut de "bienheureux", est une étape indispensable avant d'être canonisé, c'est-à-dire devenir un saint de l'Eglise.

 

"Les Polonais se sont mis à aimer Benoît XVI"

 

Après un début de voyage assez terne à Varsovie, où les foules n'avaient pas atteint les chiffres escomptés par les responsables de l'Eglise, le pape a pu constater dans le sud une ferveur qui rappelait les grands moments de Jean Paul II. "C'était la journée où les Polonais se sont mis à aimer Benoît XVI", a commenté le quotidien Dziennik. "Il a conquis nos cœurs", lui a fait écho, en gros caractères, le quotidien populaire Fakt. A la faveur de ce voyage de quatre jours qui s'achèvera dimanche dans l'ancien camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau, les catholiques polonais ont commencé à adopter Benoît XVI. Au début de l'après-midi, le pape s'est rendu dans le sanctuaire préféré du pape polonais, celui de Lagiewniki en banlieue de Cracovie, où il a béni des malades. En 1997, Jean Paul II avait canonisé en 1997 l 'une des religieuses de ce sanctuaire, Faustina Kowalska, fondatrice du culte de la Miséricorde divine.
 

 

La spiritualité mariale polonaise
 
Le voyage du pape Benoît XVI en Pologne met en évidence la puissance du catholicisme de ce pays et sa coloration à la fois nationale et affective
 
Entretien avec le P. Wojcieh Giertych, théologien polonais, par ISABELLE DE GAULMYN, publié dans la Croix le 27 mai 2006
 
Une double vision, occidentale et polonaise : on pourrait ainsi définir le regard du P. Wojcieh Giertych, 54 ans, dominicain et théologien de la Maison pontificale, fonction à laquelle il a été nommé voici un an par Benoît XVI. Polonais né en Angleterre, le P. Giertych retourna à Poznan dès 1970, pour connaître "la vraie Pologne". Etudiant en histoire, il fréquente alors l’aumônerie tenue par les dominicains. "La Pologne était encore en période préconciliaire", se souvient-il. En 1975, il entre au noviciat dominicain. La même année, il obtient la nationalité polonaise… Au couvent de Cracovie, il va vivre l’élection du cardinal archevêque de sa ville au siège pontifical. Ordonné en 1981, il quitte Cracovie pour passer une licence de théologie à Rome. Mais à partir de 1994, alors qu’il enseigne à l’université Angelicum, il revient régulièrement en Pologne.
 
- Le plus impressionnant, vu de l’extérieur, P. Giertych, c’est l’identité entre la nation et la foi catholique polonaise…
 
De fait, nation et catholicisme sont très liés chez nous, mais non "confondus". Ces deux derniers siècles, ce n’est pas l’Eglise seule qui fut persécutée, mais la nation et l’Eglise, et le sort individuel de chacun dépendait de la situation politique et religieuse de la Pologne. Depuis le XVIIIe siècle, et jusqu’aux années 1950, tous les trente ans, le pays a connu une insurrection ou une guerre, laquelle s’est terminée à chaque fois par la mort, l’émigration ou l’envoi des élites politiques ou religieuses jusqu’en Sibérie. Quand le syndicat Solidarnosc est apparu, beaucoup ont pensé que cela finirait encore ainsi, tant cette histoire restait ancrée dans la mémoire collective. L’Eglise a toujours été du côté du peuple, et les Polonais lui sont très attachés. Il y a des fêtes nationales qui sont aussi religieuses : le 3 mai, la Pologne fête la constitution du 3 mai 1791 mais aussi la proclamation de Marie comme Reine de Pologne. C’est le 15 août 1920, fête de l’Assomption, que les Polonais ont vaincu la Russie bolchevique sur les bords de la Vistule…
 
- Le sentiment national ne risque-t-il pas, dès lors, de déborder sur la foi ?
 
Il est vrai qu’un regard occidental peut s’interroger : les Polonais sont-ils attachés à l’Eglise pour un bon motif ? Car le vrai motif, c’est le Christ et non notre identité nationale ! Sinon, la foi se réduit à un phénomène culturel ou familial, au lieu d’être un rapport personnel avec Dieu. Mais d’un autre côté, cet attachement traditionnel à leur culture aide les Polonais à vivre leur foi. En France, la Révolution française a provoqué une rupture. Chez nous, il existe un courant laïc, mais même les intellectuels peu liés à l’Eglise reviennent vers elle pour les grands moments de la vie.
 
- La spiritualité polonaise n’est-elle pas très mariale ?
 
Marie est souvent, pour nous, une mère plus qu’une femme. Ainsi nous ne disons jamais "Notre-Dame", mais "la mère de Dieu". C’est une maternité plus marquée que la vision qui ressort de Lumen Gentium, où l’expérience de la femme qui vit la foi est centrale. Marie protège l’armée, la nation, le pays. Le cardinal Stefan Wyszynski a beaucoup parlé en ce sens dans les années 1960, pour mobiliser la foi des Polonais autour de Notre-Dame de Czestochowa. En prison, il a relu la grande trilogie d’Henryk Sienkiewicz, le fameux écrivain de Quo Vadis, qui raconte la période critique du XVIIe siècle où la Pologne était envahie par l’armée suédoise qui souhaitait mettre à sa tête un roi protestant. De fait, le sanctuaire de Czestochowa a alors joué un rôle dans la résistance.
 

- Foi mariale et patriotique : on peut avoir le sentiment que la foi des Polonais prend une forme sentimentale…

 

Avant la dernière guerre, le théologien dominicain Jacek Woroniecki disait de la Pologne que "la foi y est sentimentale et la raison sceptique". Il existe encore chez nous tout un courant de piété tridentine et baroque. Les intellectuels font preuve d’un sentiment critique assez poussé, mais en l’abordant au niveau de la philosophie. Dans l’Eglise polonaise, ce sont plus les philosophes que les théologiens qui sont connus, et Jean-Paul II avait une formation de philosophie. La théologie est plus considérée comme une matière nécessaire, enseignée au séminaire pour former les prêtres dans une option pastorale. Nous n’avons pas la grande tradition théologique que vous avez en France, par exemple. Pour Woroniecki, c’était là une faiblesse de l’Eglise polonaise.

 

- Une faiblesse ?

 

Oui. Les grands temps religieux, à caractère sentimental et affectif, attirent les foules en Pologne. Pour voir Benoît XVI, les Polonais viennent en masse, ils aiment les grandes célébrations liturgiques. Mais la foi entre-t-elle dans leurs décisions de vie, de travail, d’action ? Pas nécessairement.


 
Jean-Paul II et Benoît XVI, d'un pape à l'autre
 
paru dans le Figaro Magazine le 6 mai 2005
 
La question a agité tous les commentateurs dès l'élection du cardinal Ratzinger : le nouveau pontife s'inscrira-t-il dans le style de son prédécesseur ? La réponse semble fournie par les premières images de Benoît XVI. Même génération, même physique athlétique, il y a entre le Polonais et l'Allemand une indéniable parenté.

Et celui-ci ayant été pendant vingt-quatre ans l'un des plus proches collaborateurs de Jean-Paul II, comment ne pas voir dans le mimétisme dont il fait preuve une marque de fidélité ? Il y a quelque chose de plus profond dans cette similitude troublante. Qu'il travaille, qu'il prie, qu'il bénisse, celui qui revêt la soutane blanche du successeur de Pierre est le dépositaire d'un héritage et d'un ministère qui dépassent sa propre personnalité, son caractère, ses idées. Qu'il se nomme Jean-Paul ou Benoît, résonne à ses oreilles la très ancienne acclamation : "Tu es Petrus".
 

 
Benoît XVI et la catholique attitude
 
Achevées à Cologne dimanche dernier, les 20es Journées mondiales de la jeunesse ont permis à un million de personnes de découvrir le style Benoît XVI. Et d'écouter le message que ce pape pédagogue leur a adressé
 
par CLARA GELIOT, publié dans le Figaro Magazine le 27 août 2005
 

Une semaine après avoir quitté Cologne, où ils ont assisté aux 20es Journées mondiales de la jeunesse, des centaines de milliers de pèlerins ont regagné leur pays. La mémoire de leur appareil photo numérique sera insuffisante pour garder toutes les images de ce qu'ils ont vécu. De leur arrivée à vélo, en car ou en avion jusqu'à la messe de clôture célébrée par le pape Benoît XVI à Marienfeld, sans parler de la veillée du samedi soir, ils ont entendu des paroles, fait des rencontres qui les ont marqués. Et (qui sait ?) seront fondatrices pour leurs vies futures.

Incontestable moment fort de ces JMJ : la rencontre des jeunes avec Benoît XVI. De l'avis général, le contact entre la génération des 15-30 ans et le souverain pontife (78 ans) a été facilement établi. Pourquoi ? On a assez dit qu'il était moins charismatique que son prédécesseur. Mais l'intelligence de l'ex-cardinal Ratzinger est, depuis quatre mois, de mettre ses pas dans ceux de Jean-Paul II et de ne pas manquer une occasion de lui rendre hommage : "Il vous a aimés, a-t-il lancé sur le Rhin, vous l'avez compris et vous le lui avez rendu avec tout l'enthousiasme de votre âge." Et quand Benoît XVI s'est mis au rang des jeunes en disant "Tous ensemble, nous avons le devoir de mettre en pratique ses enseignements", il a été ovationné.

 

Moins théâtral que Jean-Paul II, son aisance à parler couramment quatre langues étrangères a épaté l'assistance. Mais ce qui a frappé, c'est que Benoît XVI possède une qualité, la pédagogie, dispensant des enseignements clairs, imagés, composant ses homélies à partir de récits tirés de l'Ecriture. Avec celui des Rois mages, notamment, qui servait de thème principal à ces Journées ("Aujourd'hui, nous ne cherchons plus un roi mais nous sommes préoccupés par l'état du monde et nous nous demandons (...) à qui faire confiance"), il a proposé des règles de vie ("Il est beau qu'aujourd'hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n'y est pas présent"). Message reçu. "Cet homme d'une intelligence évidente a su nous convaincre avec des mots simples que c'est beau d'être chrétien", résume Olivier, un étudiant de 19 ans.

 

Le pape prend les jeunes au sérieux

 

Au moyen d'une autre parabole, il a invité les jeunes (en grande majorité issus des sociétés occidentales) à se garder du consumérisme religieux, phénomène grandissant et concomitant à la désertion des églises. Là encore, sa pédagogie a fait mouche. Après le constat de ce qu'il nomme "le boom du religieux", puis devant ce qu'a de positif ce phénomène ("il peut y avoir la joie sincère de la découverte"), le pape a appelé son auditoire à une plus grand exigence : "La religion recherchée comme une sorte de bricolage ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes."

 

Faisant suite à la visite symbolique de Benoît XVI à la synagogue de Cologne (où le pape allemand a dénoncé le "crime inouï de la Shoah"), puis sa rencontre, samedi dernier, avec une vingtaine de représentants de la communauté musulmane qu'il a exhortés à combattre le terrorisme, ces paroles ont rejoint la jeunesse dans ses préoccupations et sa culture. Mais si le courant est passé avec Benoît XVI, c'est surtout que les jeunes de Cologne ont eu le sentiment qu'il les prenait au sérieux : "Un sentiment que l'on ne ressent pas si souvent dans la vie sociale", explique Timothée, un Messin de 20 ans. Loin de leur délivrer des paroles faciles, de succomber au "jeunisme", le pape leur a montré qu'il savait ce qu'ils vivaient, qu'il ne méconnaissait pas leur difficulté, mais il leur a fait part de son optimisme quant à leur capacité à construire le monde de demain. Toujours avec sa manière bienveillante : "Liberté ne veut pas dire jouir de la vie, se croire absolument autonomes, mais s'orienter selon la mesure de la vérité et du bien."

 

Les jeunes de la génération "Cologne 2005" ont enfin fait l'expérience d'un rassemblement où leur foi pouvait se manifester de manière joyeuse et totalement décomplexée. Sur ce point encore, le pape les a encouragés à être eux-mêmes dans leurs lycées ou leurs universités, laïcs ou chrétiens engagés au coeur de l'Europe du XXIe siècle : "Celui qui laisse entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande." Voilà pourquoi, au cours de la semaine passée, les pèlerins ont donné libre cours à leur enthousiasme, écoutant les catéchèses données par les cardinaux, se réunissant pour réfléchir, prier, discuter. "Nous nous souviendrons toujours de ces handicapés avec lesquels nous suivions la catéchèse, racontent Marion et Lorène, 18 ans. Avec leur âme d'enfant, ces jeunes nous ont appris à exprimer nos ressentis, sans code et sans gêne."

 

Cette spontanéité se manifesta dans les allées de Marienfeld, où l'on pouvait voir prêtres, religieuses, moines ou cardinaux échanger avec des lycéens qui, quelques semaines plus tôt, les auraient abordés avec timidité, voire circonspection. Il faut reconnaître que l'exubérance de certains jeunes religieux à l'arrivée du pape les a surpris, amusés et finalement conquis. La preuve : à peine Benoît XVI avait-il annoncé que la prochaine rencontre mondiale de la jeunesse aurait lieu à Sydney en 2008 qu'un groupe de Belges faisait déjà le programme de leurs vacances en Australie, se demandant s'ils ne prendraient pas deux semaines de plus pour visiter la ville à l'issue des prochaines Journées. La scène se passait dans le train du retour, et ces jeunes méditaient encore les premiers mots que le Saint-Père leur avait adressés lors de la veillée, en référence aux Mages de l'Ecriture : "Ils étaient parvenus à leur but. Mais, à ce point, commence pour eux un nouveau cheminement, un pèlerinage intérieur qui change toute leur vie, parce qu'ils avaient sûrement imaginé ce roi nouveau-né d'une manière différente." C'est la force des Journées mondiales de la jeunesse : après avoir vécu cette expérience, beaucoup vivront leur foi dans l'Eglise catholique d'une manière renouvelée.


 

"Charismatique ? Le pape a d'autres qualités"

 

JMJ. Mgr Bernard Genoud revient sur les premiers contacts de Benoît XVI avec les jeunes
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 22 août 2005
 
Benoît XVI a mis fin hier aux XXe Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, lors d'une messe qui s'est déroulée devant un million de personnes, dont 800 évêques et 10.000 prêtres. Le pape a invité les jeunes à aller à la messe chaque dimanche, afin que l'eucharistie devienne le centre de leur vie. Il a également mis en garde contre le bricolage religieux, qui "ne nous aide pas". La religion conçue comme produit de consommation "est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes". Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud a vécu les JMJ pour la première fois.

- Le pape a-t-il réussi l'épreuve de son premier contact avec les jeunes ?

Je pense que oui. Il est en train de les séduire. Je les ai vus enthousiastes. Ils sentent que Benoît XVI est un homme de Dieu, qui n'aura qu'une parole et qui a le sens de la vérité. Lorsqu'il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger était le scalpel de la foi. Maintenant, il devient le père. J'ai été frappé par la douceur de son regard et la simplicité de ses gestes. Il est attachant. 

- On a beaucoup dit qu'il n'est pas aussi charismatique que Jean Paul II. Qu'en pensez-vous ?

Il n'a pas le même charisme. Il a d'autres qualités. Saint Paul a dit qu'il y avait des charismes divers au sein de l'Eglise. Benoît XVI est par exemple le seul pape qui connaisse tous les évêques du monde. Je l'ai rencontré en février dernier. Il connaît très bien la situation religieuse en Suisse et nous en avons parlé pendant trois quarts d'heure. Le cardinal Anton Cottier, théologien du pape, me disait : "Il ne faut jamais avoir peur avec Ratzinger, car il est intelligent." 

- Comment qualifieriez-vous son style ?

Difficile à définir. Benoît XVI est en train d'acquérir une spontanéité qu'on ne lui connaissait pas. Il se détend, il commence à se détacher de ses textes lorsqu'il parle. Il marie la rigueur de l'intelligence avec la bienveillance du cœur. 

- Le porte-parole du Vatican a dit qu'avec Benoît XVI, on aurait affaire à un charisme de la parole et non des gestes.


La parole est tout de même le premier moyen de communication. Le pape parle avec beaucoup de simplicité. Le sommet de l'intelligence n'est-il pas la capacité de rendre les plus hautes vérités accessibles au cœur ? Et les jeunes ont besoin aujourd'hui d'une parole forte et des certitudes sur lesquelles ils peuvent s'appuyer. 

- Beaucoup de jeunes n'acceptent pas le discours du pape et de l'Eglise sur la sexualité.


Un pape a le devoir de proclamer des idéaux. Mais il sait qu'ils ne sont pas immédiatement réalisables. Quand Jésus dit "soyez parfaits comme votre père est parfait", il sait que ce n'est pas possible. Si l'on y tend, c'est déjà bien. Il est vrai que l'Eglise n'est pas à l'aise lorsqu'elle évoque la sexualité. Il est temps qu'elle ose en parler en vérité.
 

 
Un pape à la fois héritier et initiateur
 
A travers les 12 discours de son premier voyage hors d’Italie, Benoît XVI a dessiné un style et défini des orientations. Analyse
 
par JEAN-MARIE GUENOIS, publié dans la Croix le 21 août 2005
 

Un test réussi ?

 

Le nouveau pape était attendu, non comme un messie, mais comme pape allemand revenant dans son pays natal ainsi que par la "génération Jean-Paul II". La façon même dont Benoît XVI a descendu la passerelle de l’avion à son arrivée, furtivement, sans aucun effet, soucieux seulement de ne pas rater de marche, a donné le ton. Conscient de l’enjeu, il était appliqué, parfois un peu emprunté, souvent mal à l’aise face à la grande foule, toujours très humain, attentif à chacun autant qu’il le pouvait. Il a lu ses discours avec soin, sans rhétorique de tribun, chaussé de ses grandes lunettes. Pas de recherche de séduction, mais des mots calibrés, dont il n’attend pas l’effet immédiat de l’applaudimètre, mais l’enracinement du long terme. S’il a pu décevoir certains jeunes qui attendaient un geste fort, la majorité l’a maintenant adopté.

 

Une "génération Benoît XVI" est-elle née ?

 

Le terme déplairait certainement au plus haut point à l’intéressé. Il est surtout beaucoup trop tôt pour évaluer avec sérieux l’impact à venir du nouveau pape sur les jeunes. Il est en revanche frappant de voir comment il s’est adressé à eux. A aucun moment il n’a évoqué les questions de morale, préférant se faire catéchiste pour partir en quelque sorte de zéro et leur partager le goût d’être chrétien. En fait, au lieu du "charisme du geste" de Jean-Paul II, qui avait le don de soulever les foules, Benoît XVI apporte un "charisme du mot", de l’enseignant. Très pédagogique, très concret, voire cru - quand il déplore que la sagesse chrétienne soit associée à "une vieille bouillie moisie" -, évocateur - quand il parle de "bouche à bouche" pour l’adoration eucharistique ou de "fission nucléaire" à propos de la puissance du sacrement. Il n’est donc pas possible de conclure trop vite à une communication ratée avec les jeunes. Elle est différente. Une génération Benoît XVI se cherche et peut-être finira par se trouver, notamment chez des adolescents qui n’ont connu qu’un Jean-Paul II diminué. "Ça fait drôle de voir un pape qui marche", observait l’un d’eux…

 

L’Allemagne est-elle réconciliée avec Rome ?

 

Ce n’était pas l’objet principal de ces JMJ. Mais, programmées il y a trois ans en Allemagne, elles se sont déroulées dans la patrie du pape fraîchement élu. Trois rencontres ont permis de retisser des liens, dont il faudra attendre pour vérifier la solidité : l’accueil à l’aéroport, où la joie et la fierté du président de la République semblaient à l’unisson de ce peuple, au moins en cet instant ; la visite à la synagogue, qui a permis à Benoît XVI de tourner symboliquement, aux yeux du monde entier, une page sombre et dramatique de la conscience collective de cette nation ; la rencontre avec les évêques allemands, dimanche 21 août, où le pape a réaffirmé sa proximité pour cette Eglise, l’appelant à rebondir sur le succès des JMJ et à capitaliser toutes les énergies qui se sont mobilisées à cette occasion.

 

Quel message le pape laisse-t-il ?

 

Sur un plan politique, il y a comme deux signaux d’alerte. La montée de l’antisémitisme, contre laquelle le pape a fermement mis en garde lors de sa visite à la synagogue. Et le terrorisme d’origine religieuse, contre lequel le pape a indiqué, face aux responsables musulmans, que la meilleure voie de traitement restait celle de la lutte contre l’intolérance et celle du respect, refusant la fatalité de la haine pour construire une civilisation de paix. Sur le plan pastoral, deux lignes de forces également. Continuité avec son prédécesseur et avec la ligne de Vatican II pour la marche vers l’unité des chrétiens, l’œcuménisme, ainsi que pour le dialogue avec le judaïsme et l’islam - à condition de bien connaître et d’assumer des différences qu’il n’est pas question de renier ou d’assouplir.


Nouveauté enfin dans le programme proposé aux jeunes. Tant le premier