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PORTRAIT  RJLIBAN  N°14  du 30 mai 2006 

 
Benoît XVI appelle les Polonais à défendre le christianisme
 
paru dans la Croix le 28 mai 2006 

 

Le pape Benoît XVI a appelé dimanche 28 mai les Polonais à défendre le christianisme en Europe et dans le monde, pendant une messe suivie avec ferveur par environ 900.000 fidèles à Cracovie (Pologne). "Je vous demande de partager avec les autres peuples d'Europe et du monde le trésor de la foi", a-t-il dit en conclusion de son homélie. La Pologne, qui a intégré il y a deux ans l'Union européenne progressivement élargie à tous les pays du vieux continent, compte plus de 90% de catholiques. Environ la moitié d'entre eux sont des pratiquants réguliers. L'Eglise y pèse encore de tout son poids dans la vie publique, à la différence de la situation de nombreux pays européens. Benoît XVI a souligné qu'avec le pontificat du pape polonais Jean Paul II, la Pologne "est devenue une terre de témoignage particulier de la foi en Jésus Christ".

 

"Rester forts, de la force que donne la foi"

 

Il a demandé aux Polonais de rester fidèles à la mémoire de son prédécesseur, "votre compatriote" qui, a-t-il dit, a défendu la foi "avec une force et une efficacité extraordinaires". Le pape leur a rappelé l'appel à "rester forts, de la force que donne la foi" que leur avait lancé Jean Paul II lors de son premier voyage en Pologne en 1979. Ce premier voyage du pape polonais dans son pays natal avait accéléré le processus d'affaiblissement du régime communiste. Les Polonais, qui vénèrent Jean Paul II, à l'égal d'un saint, lui attribuent un rôle essentiel dans l'effondrement du système soviétique qui a commencé par leur pays. Le pape Karol Wojtyla a par la suite bataillé ferme, mais sans succès, pour que l'Union européenne intègre dans son projet de constitution une référence à ses racines chrétiennes.

 

Aucune allusion à la situation politique de la Pologne

 

Plus encore qu'à son habitude, Benoît XVI a prononcé dimanche une homélie à la tonalité exclusivement spirituelle. Il n'a fait aucune allusion à la situation politique de la Pologne, dirigée par une coalition à laquelle participent l'extrême droite ultra-catholique et les populistes, ni à la situation sociale difficile de nombreux Polonais. Il a cependant adressé un salut particulier "aux Polonais qui vivent hors de leur patrie", dans une allusion à leur émigration massive. Le pape a souligné que pour les chrétiens, "regarder le ciel" passe avant la vie terrestre. "La cause du Christ est la plus importante", a-t-il déclaré. "Nous sommes appelés, en étant sur terre, à fixer le ciel, à orienter notre attention, nos pensées et notre coeur vers l'ineffable mystère de Dieu. Nous sommes appelés à regarder dans la direction de la réalité divine (...) ; là se trouve le sens définitif de notre vie", a-t-il expliqué aux fidèles.

 


 

Benoît XVI laisse espérer une canonisation rapide de Jean-Paul II
 
Au troisième jour de son pèlerinage sur les traces de son prédécesseur polonais, le pape a ainsi comblé samedi plusieurs milliers de fidèles rassemblés dans le sanctuaire de Kalwaria Zebrzydowska
 
paru dans le Figaro le 27 mai 2006
 

Il n’a pas choisi cet endroit par hasard pour faire sa déclaration surprise. Benoît XVI a opté pour le sanctuaire de Kalwaria Zebrzydowska, un des lieux favoris de son prédécesseur et ami, Jean-Paul II, pour évoquer ce que des milliers de fidèles attendent depuis des mois. "Je voudrais dire que je souhaite que la providence nous accorde bientôt la béatification et la canonisation de notre bien aimé pape Jean Paul II", a déclaré le souverain pontife, au troisième jour de son pèlerinage. Le sanctuaire, situé à une trentaine de kilomètres de Cracovie, est un haut lieu de pèlerinage depuis le XVIIe siècle, où le jeune Karol Wojtyla avait l'habitude de venir avec son père.

 

Samedi matin, c’est à Wadowice, ville natale de Karol Wojtyla où 25.000 croyants se sont pressés, que Benoît XVI a également prié pour que Jean Paul II soit "rapidement élevé à la gloire des autels". Une expression qu'il a l’habitude d’employer pour désigner la canonisation. Vivement réclamé par les catholiques dès ses obsèques début avril 2005, le procès en béatification de Jean Paul II s'est ouvert à l'initiative de son successeur, à peine quelques semaines après sa mort, sans attendre les cinq ans habituellement requis par le droit canon. La béatification, qui permet d'accéder au statut de "bienheureux", est une étape indispensable avant d'être canonisé, c'est-à-dire devenir un saint de l'Eglise.

 

"Les Polonais se sont mis à aimer Benoît XVI"

 

Après un début de voyage assez terne à Varsovie, où les foules n'avaient pas atteint les chiffres escomptés par les responsables de l'Eglise, le pape a pu constater dans le sud une ferveur qui rappelait les grands moments de Jean Paul II. "C'était la journée où les Polonais se sont mis à aimer Benoît XVI", a commenté le quotidien Dziennik. "Il a conquis nos cœurs", lui a fait écho, en gros caractères, le quotidien populaire Fakt. A la faveur de ce voyage de quatre jours qui s'achèvera dimanche dans l'ancien camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau, les catholiques polonais ont commencé à adopter Benoît XVI. Au début de l'après-midi, le pape s'est rendu dans le sanctuaire préféré du pape polonais, celui de Lagiewniki en banlieue de Cracovie, où il a béni des malades. En 1997, Jean Paul II avait canonisé en 1997 l 'une des religieuses de ce sanctuaire, Faustina Kowalska, fondatrice du culte de la Miséricorde divine.
 

 

La spiritualité mariale polonaise
 
Le voyage du pape Benoît XVI en Pologne met en évidence la puissance du catholicisme de ce pays et sa coloration à la fois nationale et affective
 
Entretien avec le P. Wojcieh Giertych, théologien polonais, par ISABELLE DE GAULMYN, publié dans la Croix le 27 mai 2006
 
Une double vision, occidentale et polonaise : on pourrait ainsi définir le regard du P. Wojcieh Giertych, 54 ans, dominicain et théologien de la Maison pontificale, fonction à laquelle il a été nommé voici un an par Benoît XVI. Polonais né en Angleterre, le P. Giertych retourna à Poznan dès 1970, pour connaître "la vraie Pologne". Etudiant en histoire, il fréquente alors l’aumônerie tenue par les dominicains. "La Pologne était encore en période préconciliaire", se souvient-il. En 1975, il entre au noviciat dominicain. La même année, il obtient la nationalité polonaise… Au couvent de Cracovie, il va vivre l’élection du cardinal archevêque de sa ville au siège pontifical. Ordonné en 1981, il quitte Cracovie pour passer une licence de théologie à Rome. Mais à partir de 1994, alors qu’il enseigne à l’université Angelicum, il revient régulièrement en Pologne.
 
- Le plus impressionnant, vu de l’extérieur, P. Giertych, c’est l’identité entre la nation et la foi catholique polonaise…
 
De fait, nation et catholicisme sont très liés chez nous, mais non "confondus". Ces deux derniers siècles, ce n’est pas l’Eglise seule qui fut persécutée, mais la nation et l’Eglise, et le sort individuel de chacun dépendait de la situation politique et religieuse de la Pologne. Depuis le XVIIIe siècle, et jusqu’aux années 1950, tous les trente ans, le pays a connu une insurrection ou une guerre, laquelle s’est terminée à chaque fois par la mort, l’émigration ou l’envoi des élites politiques ou religieuses jusqu’en Sibérie. Quand le syndicat Solidarnosc est apparu, beaucoup ont pensé que cela finirait encore ainsi, tant cette histoire restait ancrée dans la mémoire collective. L’Eglise a toujours été du côté du peuple, et les Polonais lui sont très attachés. Il y a des fêtes nationales qui sont aussi religieuses : le 3 mai, la Pologne fête la constitution du 3 mai 1791 mais aussi la proclamation de Marie comme Reine de Pologne. C’est le 15 août 1920, fête de l’Assomption, que les Polonais ont vaincu la Russie bolchevique sur les bords de la Vistule…
 
- Le sentiment national ne risque-t-il pas, dès lors, de déborder sur la foi ?
 
Il est vrai qu’un regard occidental peut s’interroger : les Polonais sont-ils attachés à l’Eglise pour un bon motif ? Car le vrai motif, c’est le Christ et non notre identité nationale ! Sinon, la foi se réduit à un phénomène culturel ou familial, au lieu d’être un rapport personnel avec Dieu. Mais d’un autre côté, cet attachement traditionnel à leur culture aide les Polonais à vivre leur foi. En France, la Révolution française a provoqué une rupture. Chez nous, il existe un courant laïc, mais même les intellectuels peu liés à l’Eglise reviennent vers elle pour les grands moments de la vie.
 
- La spiritualité polonaise n’est-elle pas très mariale ?
 
Marie est souvent, pour nous, une mère plus qu’une femme. Ainsi nous ne disons jamais "Notre-Dame", mais "la mère de Dieu". C’est une maternité plus marquée que la vision qui ressort de Lumen Gentium, où l’expérience de la femme qui vit la foi est centrale. Marie protège l’armée, la nation, le pays. Le cardinal Stefan Wyszynski a beaucoup parlé en ce sens dans les années 1960, pour mobiliser la foi des Polonais autour de Notre-Dame de Czestochowa. En prison, il a relu la grande trilogie d’Henryk Sienkiewicz, le fameux écrivain de Quo Vadis, qui raconte la période critique du XVIIe siècle où la Pologne était envahie par l’armée suédoise qui souhaitait mettre à sa tête un roi protestant. De fait, le sanctuaire de Czestochowa a alors joué un rôle dans la résistance.
 

- Foi mariale et patriotique : on peut avoir le sentiment que la foi des Polonais prend une forme sentimentale…

 

Avant la dernière guerre, le théologien dominicain Jacek Woroniecki disait de la Pologne que "la foi y est sentimentale et la raison sceptique". Il existe encore chez nous tout un courant de piété tridentine et baroque. Les intellectuels font preuve d’un sentiment critique assez poussé, mais en l’abordant au niveau de la philosophie. Dans l’Eglise polonaise, ce sont plus les philosophes que les théologiens qui sont connus, et Jean-Paul II avait une formation de philosophie. La théologie est plus considérée comme une matière nécessaire, enseignée au séminaire pour former les prêtres dans une option pastorale. Nous n’avons pas la grande tradition théologique que vous avez en France, par exemple. Pour Woroniecki, c’était là une faiblesse de l’Eglise polonaise.

 

- Une faiblesse ?

 

Oui. Les grands temps religieux, à caractère sentimental et affectif, attirent les foules en Pologne. Pour voir Benoît XVI, les Polonais viennent en masse, ils aiment les grandes célébrations liturgiques. Mais la foi entre-t-elle dans leurs décisions de vie, de travail, d’action ? Pas nécessairement.


 
Jean-Paul II et Benoît XVI, d'un pape à l'autre
 
paru dans le Figaro Magazine le 6 mai 2005
 
La question a agité tous les commentateurs dès l'élection du cardinal Ratzinger : le nouveau pontife s'inscrira-t-il dans le style de son prédécesseur ? La réponse semble fournie par les premières images de Benoît XVI. Même génération, même physique athlétique, il y a entre le Polonais et l'Allemand une indéniable parenté.

Et celui-ci ayant été pendant vingt-quatre ans l'un des plus proches collaborateurs de Jean-Paul II, comment ne pas voir dans le mimétisme dont il fait preuve une marque de fidélité ? Il y a quelque chose de plus profond dans cette similitude troublante. Qu'il travaille, qu'il prie, qu'il bénisse, celui qui revêt la soutane blanche du successeur de Pierre est le dépositaire d'un héritage et d'un ministère qui dépassent sa propre personnalité, son caractère, ses idées. Qu'il se nomme Jean-Paul ou Benoît, résonne à ses oreilles la très ancienne acclamation : "Tu es Petrus".
 

 
Benoît XVI et la catholique attitude
 
Achevées à Cologne dimanche dernier, les 20es Journées mondiales de la jeunesse ont permis à un million de personnes de découvrir le style Benoît XVI. Et d'écouter le message que ce pape pédagogue leur a adressé
 
par CLARA GELIOT, publié dans le Figaro Magazine le 27 août 2005
 

Une semaine après avoir quitté Cologne, où ils ont assisté aux 20es Journées mondiales de la jeunesse, des centaines de milliers de pèlerins ont regagné leur pays. La mémoire de leur appareil photo numérique sera insuffisante pour garder toutes les images de ce qu'ils ont vécu. De leur arrivée à vélo, en car ou en avion jusqu'à la messe de clôture célébrée par le pape Benoît XVI à Marienfeld, sans parler de la veillée du samedi soir, ils ont entendu des paroles, fait des rencontres qui les ont marqués. Et (qui sait ?) seront fondatrices pour leurs vies futures.

Incontestable moment fort de ces JMJ : la rencontre des jeunes avec Benoît XVI. De l'avis général, le contact entre la génération des 15-30 ans et le souverain pontife (78 ans) a été facilement établi. Pourquoi ? On a assez dit qu'il était moins charismatique que son prédécesseur. Mais l'intelligence de l'ex-cardinal Ratzinger est, depuis quatre mois, de mettre ses pas dans ceux de Jean-Paul II et de ne pas manquer une occasion de lui rendre hommage : "Il vous a aimés, a-t-il lancé sur le Rhin, vous l'avez compris et vous le lui avez rendu avec tout l'enthousiasme de votre âge." Et quand Benoît XVI s'est mis au rang des jeunes en disant "Tous ensemble, nous avons le devoir de mettre en pratique ses enseignements", il a été ovationné.

 

Moins théâtral que Jean-Paul II, son aisance à parler couramment quatre langues étrangères a épaté l'assistance. Mais ce qui a frappé, c'est que Benoît XVI possède une qualité, la pédagogie, dispensant des enseignements clairs, imagés, composant ses homélies à partir de récits tirés de l'Ecriture. Avec celui des Rois mages, notamment, qui servait de thème principal à ces Journées ("Aujourd'hui, nous ne cherchons plus un roi mais nous sommes préoccupés par l'état du monde et nous nous demandons (...) à qui faire confiance"), il a proposé des règles de vie ("Il est beau qu'aujourd'hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n'y est pas présent"). Message reçu. "Cet homme d'une intelligence évidente a su nous convaincre avec des mots simples que c'est beau d'être chrétien", résume Olivier, un étudiant de 19 ans.

 

Le pape prend les jeunes au sérieux

 

Au moyen d'une autre parabole, il a invité les jeunes (en grande majorité issus des sociétés occidentales) à se garder du consumérisme religieux, phénomène grandissant et concomitant à la désertion des églises. Là encore, sa pédagogie a fait mouche. Après le constat de ce qu'il nomme "le boom du religieux", puis devant ce qu'a de positif ce phénomène ("il peut y avoir la joie sincère de la découverte"), le pape a appelé son auditoire à une plus grand exigence : "La religion recherchée comme une sorte de bricolage ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes."

 

Faisant suite à la visite symbolique de Benoît XVI à la synagogue de Cologne (où le pape allemand a dénoncé le "crime inouï de la Shoah"), puis sa rencontre, samedi dernier, avec une vingtaine de représentants de la communauté musulmane qu'il a exhortés à combattre le terrorisme, ces paroles ont rejoint la jeunesse dans ses préoccupations et sa culture. Mais si le courant est passé avec Benoît XVI, c'est surtout que les jeunes de Cologne ont eu le sentiment qu'il les prenait au sérieux : "Un sentiment que l'on ne ressent pas si souvent dans la vie sociale", explique Timothée, un Messin de 20 ans. Loin de leur délivrer des paroles faciles, de succomber au "jeunisme", le pape leur a montré qu'il savait ce qu'ils vivaient, qu'il ne méconnaissait pas leur difficulté, mais il leur a fait part de son optimisme quant à leur capacité à construire le monde de demain. Toujours avec sa manière bienveillante : "Liberté ne veut pas dire jouir de la vie, se croire absolument autonomes, mais s'orienter selon la mesure de la vérité et du bien."

 

Les jeunes de la génération "Cologne 2005" ont enfin fait l'expérience d'un rassemblement où leur foi pouvait se manifester de manière joyeuse et totalement décomplexée. Sur ce point encore, le pape les a encouragés à être eux-mêmes dans leurs lycées ou leurs universités, laïcs ou chrétiens engagés au coeur de l'Europe du XXIe siècle : "Celui qui laisse entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande." Voilà pourquoi, au cours de la semaine passée, les pèlerins ont donné libre cours à leur enthousiasme, écoutant les catéchèses données par les cardinaux, se réunissant pour réfléchir, prier, discuter. "Nous nous souviendrons toujours de ces handicapés avec lesquels nous suivions la catéchèse, racontent Marion et Lorène, 18 ans. Avec leur âme d'enfant, ces jeunes nous ont appris à exprimer nos ressentis, sans code et sans gêne."

 

Cette spontanéité se manifesta dans les allées de Marienfeld, où l'on pouvait voir prêtres, religieuses, moines ou cardinaux échanger avec des lycéens qui, quelques semaines plus tôt, les auraient abordés avec timidité, voire circonspection. Il faut reconnaître que l'exubérance de certains jeunes religieux à l'arrivée du pape les a surpris, amusés et finalement conquis. La preuve : à peine Benoît XVI avait-il annoncé que la prochaine rencontre mondiale de la jeunesse aurait lieu à Sydney en 2008 qu'un groupe de Belges faisait déjà le programme de leurs vacances en Australie, se demandant s'ils ne prendraient pas deux semaines de plus pour visiter la ville à l'issue des prochaines Journées. La scène se passait dans le train du retour, et ces jeunes méditaient encore les premiers mots que le Saint-Père leur avait adressés lors de la veillée, en référence aux Mages de l'Ecriture : "Ils étaient parvenus à leur but. Mais, à ce point, commence pour eux un nouveau cheminement, un pèlerinage intérieur qui change toute leur vie, parce qu'ils avaient sûrement imaginé ce roi nouveau-né d'une manière différente." C'est la force des Journées mondiales de la jeunesse : après avoir vécu cette expérience, beaucoup vivront leur foi dans l'Eglise catholique d'une manière renouvelée.


 

"Charismatique ? Le pape a d'autres qualités"

 

JMJ. Mgr Bernard Genoud revient sur les premiers contacts de Benoît XVI avec les jeunes
 
par PATRICIA BRIEL, publié dans le Temps le 22 août 2005
 
Benoît XVI a mis fin hier aux XXe Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, lors d'une messe qui s'est déroulée devant un million de personnes, dont 800 évêques et 10.000 prêtres. Le pape a invité les jeunes à aller à la messe chaque dimanche, afin que l'eucharistie devienne le centre de leur vie. Il a également mis en garde contre le bricolage religieux, qui "ne nous aide pas". La religion conçue comme produit de consommation "est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes". Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud a vécu les JMJ pour la première fois.

- Le pape a-t-il réussi l'épreuve de son premier contact avec les jeunes ?

Je pense que oui. Il est en train de les séduire. Je les ai vus enthousiastes. Ils sentent que Benoît XVI est un homme de Dieu, qui n'aura qu'une parole et qui a le sens de la vérité. Lorsqu'il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger était le scalpel de la foi. Maintenant, il devient le père. J'ai été frappé par la douceur de son regard et la simplicité de ses gestes. Il est attachant. 

- On a beaucoup dit qu'il n'est pas aussi charismatique que Jean Paul II. Qu'en pensez-vous ?

Il n'a pas le même charisme. Il a d'autres qualités. Saint Paul a dit qu'il y avait des charismes divers au sein de l'Eglise. Benoît XVI est par exemple le seul pape qui connaisse tous les évêques du monde. Je l'ai rencontré en février dernier. Il connaît très bien la situation religieuse en Suisse et nous en avons parlé pendant trois quarts d'heure. Le cardinal Anton Cottier, théologien du pape, me disait : "Il ne faut jamais avoir peur avec Ratzinger, car il est intelligent." 

- Comment qualifieriez-vous son style ?

Difficile à définir. Benoît XVI est en train d'acquérir une spontanéité qu'on ne lui connaissait pas. Il se détend, il commence à se détacher de ses textes lorsqu'il parle. Il marie la rigueur de l'intelligence avec la bienveillance du cœur. 

- Le porte-parole du Vatican a dit qu'avec Benoît XVI, on aurait affaire à un charisme de la parole et non des gestes.


La parole est tout de même le premier moyen de communication. Le pape parle avec beaucoup de simplicité. Le sommet de l'intelligence n'est-il pas la capacité de rendre les plus hautes vérités accessibles au cœur ? Et les jeunes ont besoin aujourd'hui d'une parole forte et des certitudes sur lesquelles ils peuvent s'appuyer. 

- Beaucoup de jeunes n'acceptent pas le discours du pape et de l'Eglise sur la sexualité.


Un pape a le devoir de proclamer des idéaux. Mais il sait qu'ils ne sont pas immédiatement réalisables. Quand Jésus dit "soyez parfaits comme votre père est parfait", il sait que ce n'est pas possible. Si l'on y tend, c'est déjà bien. Il est vrai que l'Eglise n'est pas à l'aise lorsqu'elle évoque la sexualité. Il est temps qu'elle ose en parler en vérité.
 

 
Un pape à la fois héritier et initiateur
 
A travers les 12 discours de son premier voyage hors d’Italie, Benoît XVI a dessiné un style et défini des orientations. Analyse
 
par JEAN-MARIE GUENOIS, publié dans la Croix le 21 août 2005
 

Un test réussi ?

 

Le nouveau pape était attendu, non comme un messie, mais comme pape allemand revenant dans son pays natal ainsi que par la "génération Jean-Paul II". La façon même dont Benoît XVI a descendu la passerelle de l’avion à son arrivée, furtivement, sans aucun effet, soucieux seulement de ne pas rater de marche, a donné le ton. Conscient de l’enjeu, il était appliqué, parfois un peu emprunté, souvent mal à l’aise face à la grande foule, toujours très humain, attentif à chacun autant qu’il le pouvait. Il a lu ses discours avec soin, sans rhétorique de tribun, chaussé de ses grandes lunettes. Pas de recherche de séduction, mais des mots calibrés, dont il n’attend pas l’effet immédiat de l’applaudimètre, mais l’enracinement du long terme. S’il a pu décevoir certains jeunes qui attendaient un geste fort, la majorité l’a maintenant adopté.

 

Une "génération Benoît XVI" est-elle née ?

 

Le terme déplairait certainement au plus haut point à l’intéressé. Il est surtout beaucoup trop tôt pour évaluer avec sérieux l’impact à venir du nouveau pape sur les jeunes. Il est en revanche frappant de voir comment il s’est adressé à eux. A aucun moment il n’a évoqué les questions de morale, préférant se faire catéchiste pour partir en quelque sorte de zéro et leur partager le goût d’être chrétien. En fait, au lieu du "charisme du geste" de Jean-Paul II, qui avait le don de soulever les foules, Benoît XVI apporte un "charisme du mot", de l’enseignant. Très pédagogique, très concret, voire cru - quand il déplore que la sagesse chrétienne soit associée à "une vieille bouillie moisie" -, évocateur - quand il parle de "bouche à bouche" pour l’adoration eucharistique ou de "fission nucléaire" à propos de la puissance du sacrement. Il n’est donc pas possible de conclure trop vite à une communication ratée avec les jeunes. Elle est différente. Une génération Benoît XVI se cherche et peut-être finira par se trouver, notamment chez des adolescents qui n’ont connu qu’un Jean-Paul II diminué. "Ça fait drôle de voir un pape qui marche", observait l’un d’eux…

 

L’Allemagne est-elle réconciliée avec Rome ?

 

Ce n’était pas l’objet principal de ces JMJ. Mais, programmées il y a trois ans en Allemagne, elles se sont déroulées dans la patrie du pape fraîchement élu. Trois rencontres ont permis de retisser des liens, dont il faudra attendre pour vérifier la solidité : l’accueil à l’aéroport, où la joie et la fierté du président de la République semblaient à l’unisson de ce peuple, au moins en cet instant ; la visite à la synagogue, qui a permis à Benoît XVI de tourner symboliquement, aux yeux du monde entier, une page sombre et dramatique de la conscience collective de cette nation ; la rencontre avec les évêques allemands, dimanche 21 août, où le pape a réaffirmé sa proximité pour cette Eglise, l’appelant à rebondir sur le succès des JMJ et à capitaliser toutes les énergies qui se sont mobilisées à cette occasion.

 

Quel message le pape laisse-t-il ?

 

Sur un plan politique, il y a comme deux signaux d’alerte. La montée de l’antisémitisme, contre laquelle le pape a fermement mis en garde lors de sa visite à la synagogue. Et le terrorisme d’origine religieuse, contre lequel le pape a indiqué, face aux responsables musulmans, que la meilleure voie de traitement restait celle de la lutte contre l’intolérance et celle du respect, refusant la fatalité de la haine pour construire une civilisation de paix. Sur le plan pastoral, deux lignes de forces également. Continuité avec son prédécesseur et avec la ligne de Vatican II pour la marche vers l’unité des chrétiens, l’œcuménisme, ainsi que pour le dialogue avec le judaïsme et l’islam - à condition de bien connaître et d’assumer des différences qu’il n’est pas question de renier ou d’assouplir.


Nouveauté enfin dans le programme proposé aux jeunes. Tant le premier jour que lors de la veillée de samedi ou la messe de dimanche, retour à une idée ambitieuse : n’est rien moins que "changer le monde". Non par la force du pouvoir, ni par "celui d’un trône", mais en "apprenant le style de Dieu" pour s’approfondir avec une exigence nouvellement exprimée : "Nous ne faisons pas la fête pour nous", pas "de sentiers privés" dans l’Eglise, explique Benoît XVI. Les jeunes doivent développer une "sensibilité aux besoins de l’autre" pour un "engagement envers le prochain".


 
Le pape a salué Franz Beckenbauer sur la place Saint-Pierre
 
paru dans l'Orient-le Jour le 27 octobre 2005
 
Le pape Benoît XVI a salué hier, sur la place Saint-Pierre à Rome, le président du comité d’organisation du Mondial 2006 de football, Franz Beckenbauer, venu assister à son audience générale. Beckenbauer, qui était accompagné de l’ex-sélectionneur de l’équipe d’Allemagne et ancien joueur de l’AS Rome (1re div. italienne), Rudi Völler, a remis à Joseph Ratzinger, premier pape allemand depuis le XVIe siècle, le fanion du prochain Mondial qui aura lieu en Allemagne du 9 juin au 9 juillet 2006.

"Le pape m’a dit qu’il regardera les matches les plus importants", a ensuite assuré Franz Beckenbauer à des journalistes. "Il a affirmé que l’équipe d’Allemagne est forte et a souhaité que le Mondial soit un succès pour elle". "Pouvoir parler football avec un pape a été la journée la plus importante de ma vie", a déclaré le double champion du monde de football, en tant que joueur (1974) et entraîneur (1990), de religion catholique. Benoît XVI "s’est montré très intéressé par la préparation du Mondial, il m’a interrogé sur l’état de préparation de l’évènement et sur les stades" où auront lieu les matches, a encore indiqué Franz Beckenbauer. Le bref échange entre les deux hommes s’est déroulé "en bavarois", a précisé l’ancien joueur du Bayern de Munich, qui a trouvé Benoît XVI "très sympathique, avec une incroyable dignité et sérénité". L’ancien international allemand, qui préside aujourd’hui l’organisation du Mondial, a fait étape à Rome et au Vatican dans le cadre de la deuxième partie de sa tournée mondiale qui le mènera d’ici à février dans les 32 nations qualifiées pour la Coupe du monde.
 

 
Le pape célèbre ses premières fêtes de Pâques
 
publié par l'AFP le 14 avril 2006
 
Le pape Benoît XVI a présidé au Vatican la messe du jeudi saint ouvrant les célébrations de Pâques, les premières de son pontificat commencé le 19 avril 2005. Les fêtes de Pâques s'achèveront dimanche 16 avril par sa bénédiction urbi et orbi place Saint-Pierre. Après la messe chrismale célébrée jeudi 13 avril au matin dans la basilique Saint-Pierre en présence de tous les prêtres du diocèse de Rome, le souverain pontife devait procéder en fin d'après-midi à la cérémonie du lavement des pieds dans la basilique romaine Saint-Jean de Latran. Le jeudi saint commémore dans la religion chrétienne le dernier repas du Christ durant laquelle celui que les croyants considèrent comme Dieu incarné a institué le rite de l'eucharistie (autour du pain et du vin symbolisant son corps et son sang). Selon les Evangiles, le Christ à cette occasion a lavé les pieds de ses disciples pour signifier qu'il se mettait au service des hommes.
 

Benoît XVI a évoqué la mémoire du père Andrea Santoro

 

Durant la messe chrismale, dont le nom dérive d'un mot grec signifiant onction, le pape, et les évêques dans leur diocèse, bénissent les huiles saintes qui serviront durant toute l'année liturgique aux baptêmes et aux divers sacrements, et les prêtres renouvellent leurs voeux de servir l'Eglise catholique. Benoît XVI y a évoqué la mémoire du père Andrea Santoro, le prêtre romain assassiné le 5 février à Trabzon (au nord-est de la Turquie) pendant qu'il priait dans son église. Il a demandé aux prêtres de mettre la prière au centre de leur vie et les a mis en garde contre le tentations de "l'activisme". Le vendredi saint, qui commémore la mise à mort du Christ sur la croix, le chef de l'Eglise catholique présidera la célébration de la Passion dans la basilique vaticane, puis le traditionnel chemin de croix au Colisée, au centre de Rome. Samedi soir, il participera dans la basilique vaticane à la vigile pascale, durant laquelle les croyants prient dans l'attente de la résurrection du Christ, qui sera célébrée par une messe solennelle dimanche matin place Saint-Pierre. Dimanche midi, Benoît XVI prononcera la bénédiction urbi et orbi du balcon de la basilique Saint-Pierre, où il était apparu le soir du 19 avril 2005 après avoir été élu par les cardinaux pour succéder à Jean Paul II, mort le 2 avril.
 

Le dimanche de Pâques coïncide avec l'anniversaire du pape

 

Les célébrations pascales de l'an dernier avaient été dominées par l'agonie de Jean-Paul II. Le dimanche 27 mars, jour de Pâques, le pape polonais n'avait pu prononcer la bénédiction. Le dimanche de Pâques coïncide cette année avec l'anniversaire de Benoît XVI, qui aura 79 ans. Le pape allemand, grand mélomane, a déjà reçu lundi en cadeau un gâteau au chocolat en forme de piano, offert par des jeunes Autrichiennes d'une institution de l'Opus Dei. Tout de suite après les célébrations dominicales, le souverain pontife prendra l'hélicoptère pour Castelgandolfo, la résidence d'été des papes dans la campagne romaine, pour y prendre quelques jours de repos. Un engagement important l'attend avec un voyage du 25 au 28 mai en Pologne, le pays de son prédécesseur où l'Eglise catholique doit faire face à la montée de courants fondamentalistes, nationalistes et antisémites. Le programme de Benoît XVI prévoit notamment une étape au site du camp d'extermination nazi d'Auschwitz.


 
Le pape face à la crise de la culture
 
Composé de trois conférences prononcées avant son élection, le dernier livre du nouveau pape s’intéresse aux conflits entre le christianisme et la culture européenne contemporaine
 
par YVES PITETTE, publié dans la Croix le 22 juin 2005
 
Le "nouveau" livre de Joseph Ratzinger - en couverture, le nom de l’auteur est deux fois plus gros que le titre - est intitulé en italien L’Europe de Benoît dans la crise des cultures. Il s’agit du recueil de trois textes prononcés en différentes occasions. L’un, Qu’est-ce que croire ? date de 1992, pour la remise d’un Prix école et culture catholique décerné à Bassano del Grappa. Le second, Le Droit à la vie et l’Europe, a été prononcé en 1997 devant le Mouvement [italien] pour la vie. Le troisième document (lire extraits ci-dessous), qui donne son titre au livre en jouant sur le nom de Benoît, est le plus récent. Simplement intitulé à l’origine La Crise des cultures, il a été prononcé le 1er avril dernier, veille de la mort de Jean-Paul II, dans l’abbaye bénédictine Sainte-Scholastique de Subiaco, tout près de la grotte où saint Benoît vécut plusieurs années avant de partir écrire sa règle monastique au Mont Cassin. Le cardinal Ratzinger y recevait le prix Saint-Benoît pour l’Europe, décerné par une fondation locale, Vie et Famille.

Selon la tradition romaine, la présentation du livre avait alors donné lieu à une importante manifestation, au cours de laquelle le cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome, a montré que ces trois textes avaient en commun les questions décisives pour les rapports entre le christianisme et la culture européenne, à commencer par ce qui concerne la vie avec tous les débats ouverts, de l’avortement - qualifié par le cardinal Ratzinger de "petit homicide" - jusqu’au refus, réaffirmé par le cardinal Ruini, du mariage pour les couples homosexuels.
 
Extraits. "Une idéologie confuse de la liberté conduit au dogmatisme"
 
"L’affirmation selon laquelle la mention des racines chrétiennes de l’Europe blesserait les sentiments des nombreux non-chrétiens qui vivent en Europe est peu convaincante, vu qu’il s’agit avant tout d’un fait historique que personne ne peut sérieusement nier. […] Qui serait offensé ? De qui l’identité serait-elle menacée ? Les musulmans, souvent et volontiers mis en cause à cet égard, ne se sentent pas menacés par nos bases morales chrétiennes, mais par le cynisme d’une culture sécularisée qui nie ses propres fondements. Et nos concitoyens juifs ne sont pas offensés par la référence aux racines chrétiennes de l’Europe, dans la mesure où ces racines remontent jusqu’au mont Sinaï : elles portent l’empreinte de la voix qui se fit entendre sur la montagne de Dieu et nous unissent dans les grandes orientations fondamentales que le décalogue a données à l’humanité. C’est la même chose pour la référence à Dieu : ce n’est pas la mention de Dieu qui offense ceux qui appartiennent à d’autres religions, mais plutôt la tentative de construire la communauté humaine absolument sans Dieu. Les raisons de ce double "non" sont plus profondes que ce que laissent penser les raisons avancées. Elles présupposent que la seule culture des Lumières, radicale, laquelle a atteint son plein développement à notre époque, pourrait être constitutive de l’identité européenne. […] Cette culture des Lumières est substantiellement définie par la liberté ; elle part de la liberté comme valeur fondamentale qui est la mesure de tout […].

Le concept de discrimination s’élargit toujours plus et l’interdiction des discriminations peut se transformer toujours plus en une limitation de la liberté d’opinion et de la liberté religieuse. On ne pourra bientôt plus affirmer que l’homosexualité, comme l’enseigne l’Eglise catholique, constitue un désordre objectif dans la structuration de l’existence humaine. Et le fait que l’Eglise est convaincue de ne pas avoir le droit de donner l’ordination sacerdotale aux femmes sera considéré, par certains, à partir de maintenant inconciliable avec l’esprit de la Constitution européenne. Il est évident que ce canon de la culture des Lumières, pas du tout définitif, contient des valeurs importantes dont nous, chrétiens, ne voulons et ne pouvons nous passer ; mais il est tout autant évident que la conception mal définie ou pas du tout définie de la liberté qui est à la base de cette culture, comporte inévitablement des contradictions. […] Une idéologie confuse de la liberté conduit à un dogmatisme qui se révèle toujours plus hostile à la liberté. […] Il fait partie de sa nature, en tant que culture d’une raison qui a finalement une complète conscience d’elle-même, de se vanter d’une prétention universelle et de se concevoir comme accomplie en elle-même, sans besoin d’aucun complément venu d’autres facteurs culturels.

Ces deux caractéristiques se voient clairement quand se pose la question de qui peut devenir membre de la Communauté européenne, et surtout dans le débat sur l’entrée de la Turquie dans cette Communauté. Il s’agit d’un Etat, ou peut-être mieux, d’un environnement culturel, qui n’a pas de racines chrétiennes, mais qui a été influencé par la culture islamique. Puis Ataturk a cherché à transformer la Turquie en un Etat laïciste, en tenant d’implanter le laïcisme mûri dans le monde chrétien d’Europe sur un terrain musulman. On peut se demander si cela est possible : selon la thèse de la culture des Lumières et laïciste de l’Europe, seuls les normes et contenus de la même culture des Lumières pourront déterminer l’identité de l’Europe et, par conséquent, tout Etat qui fait siens ces critères pourra appartenir à l’Europe. Peu importe, finalement, sur quel entrelacs de racines cette culture de la liberté et de la démocratie sera implantée. C’est vraiment pour cela, affirme-t-on, que les racines ne peuvent entrer dans la définition des fondements de l’Europe, s’agissant de racines mortes qui ne font pas partie de l’identité actuelle. Par conséquent, cette nouvelle identité, déterminée exclusivement par la culture des Lumières, entraîne aussi que Dieu n’a rien à voir avec la vie publique et avec les bases de l’Etat."
 

 
Benoît XVI renonce au titre de "Patriarche de l’Occident"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 2 mars 2006
 
Le pape Benoît XVI renonce au titre qui lui était donné de "Patriarche de l’Occident", selon le Corriere della Sera d’hier qui cite l’édition à paraître de l’Annuaire pontifical 2006 du Vatican. Selon Luigi Accatoli, le réputé vaticaniste du journal, l’appellation de "Patriarche de l’Occident" n’apparaîtra plus entre celles de "Souverain pontife de l’Eglise universelle" et de "Primat d’Italie", traditionnellement accolées au nom de l’occupant du trône pontifical. Dans l’édition non encore rendue publique de l’Annuaire pontifical, Benoît XVI garde huit titres différents dont les premiers dans l’ordre sont "Evêque de Rome", "Vicaire de Jésus-Christ" et "Successeur de Pierre", selon le Corriere della Sera.
 
Luigi Accatoli attribue cette disparition à la prise de conscience par le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, que le titre de "Patriarche de l’Occident" n’était pas "un titre véritable de la papauté". Il était apparu pour la première fois dans une lettre écrite au pape Léon le Grand (saint Léon) en 450 par l’empereur d’Orient Théodose II et correspondait à une organisation de l’Eglise en patriarcats reconnue par les chrétiens orientaux, comme les orthodoxes. Durant les premiers temps de la chrétienté, les patriarcats étaient égaux et au nombre de cinq (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem). Des théologiens, entendus par Benoît XVI, ont soutenu que ce titre n’avait "aucun fondement historique ni doctrinal" et devait donc être abandonné. Le Corriere della Sera s’interroge sur une éventuelle réaction de l’Eglise orthodoxe qui pourrait y voir une prétention de Rome à une "supériorité universelle".
 

 
Le pape dévoile sa première encyclique
 
La première encyclique de Benoît XVI, intitulée "Dieu est amour", sera publiée mercredi 25 janvier au Vatican
 
par JEAN-MARIE GUENOIS, publié dans la Croix le 18 janvier 2006
 
Benoît XVI a levé lui-même le voile sur sa première encyclique. Mercredi 18 janvier, en fin d’audience générale, sortant délibérément de son texte prévu, il a coupé court aux rumeurs en annonçant publiquement que sa première encyclique - dont il a confirmé le titre, Deus caritas est ("Dieu est amour") - sera publiée mercredi prochain. Le 25 janvier est une date symbolique, la fête liturgique de la conversion de saint Paul marquant le terme de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le pape s’est d’ailleurs justifié sur ce choix : "A première vue, “Dieu est amour” n’est pas un thème directement œcuménique. Mais le cadre général, le fondement, sont œcuméniques parce que l’Amour de Dieu, et notre amour, sont la condition de l’unité des chrétiens, la condition de la paix dans le monde."

Evoquant ensuite le travail de préparation d’un tel document et le délai de ses traductions, il a laissé entendre qu’il avait été plus long que prévu. Une bénédiction toutefois, selon lui : "Il me semble que c’est un don de la Providence que ce texte soit publié précisément le jour où nous prions pour l’unité des chrétiens. J’espère qu’il pourra illuminer et aider notre vie chrétienne." Après ces remarques liminaires, le nouveau pape a livré l’essentiel de sa première encyclique, qui paraîtra donc plus de neuf mois après son élection : "Je voudrais, dans cette encyclique, illustrer le concept d’amour dans ses différentes dimensions. Aujourd’hui, dans la terminologie que nous connaissons, “amour” apparaît souvent très loin de ce que pense un chrétien quand on parle de charité. Je voudrais, pour ma part, montrer qu’il s’agit d’un unique mouvement avec diverses dimensions."
 
"En pratique, l’Eglise (...) doit aimer"
 
Et Benoît XVI d’en faire la démonstration en deux temps. Premier axe : "L’ “eros”, ce don de l’amour entre l’homme et la femme, vient de la même source, la bonté du Créateur, tout comme en est issue la possibilité d’un amour qui renonce à lui-même pour se consacrer à l’autre. L’ “eros” se transforme en “agapè” dans la mesure où les deux personnes s’aiment réellement quand l’un ne se cherche plus soi-même, ne cherche plus sa joie, son plaisir, mais cherche surtout le bien de l’autre. Et c’est ainsi que ce qui est l’ “eros” se transforme en charité, au long d’un chemin de purification, d’approfondissement." Un même mouvement, donc, qui se décline, poursuit le pape, en plusieurs sphères imbriquées les unes aux autres : "De la famille vers la plus grande famille de la société, vers la famille de l’Eglise, vers la famille du monde."

Second axe de l’encyclique, et autre dimension de l’amour de Dieu, les œuvres de charité et l’Eglise institutionnelle : "Je cherche aussi à démontrer comment l’acte éminemment personnel qui nous vient de Dieu est un unique acte d’amour. Celui-ci doit aussi s’exprimer comme un acte ecclésial, organisationnel. S’il est réellement vrai que l’Eglise est l’expression de l’amour de Dieu, de cet amour que Dieu a pour sa créature humaine, il doit être également vrai que l’acte fondamental de la foi qui crée et unit l’Eglise, et qui nous donne l’espérance de la vie éternelle et de la présence de Dieu dans le monde, engendre un acte ecclésial. En pratique, l’Eglise, comme Eglise, comme communauté, dans son mode institutionnel, doit aimer. Et ce que l’on appelle “la charité” n’est pas une pure organisation comme les autres organisations philanthropiques, mais l’expression nécessaire de l’acte plus profond de l’amour personnel par lequel Dieu nous a créés, suscitant dans notre cœur de nous porter vers l’amour, reflet du Dieu amour qui nous transforme à son image."
 
Des reports de la date de publication qui s'expliquent
 
Ainsi se présente donc (traduite par La Croix à partir du compte rendu complémentaire publié une heure plus tard par la salle de presse du Saint-Siège) l’improvisation effectuée mercredi par Benoît XVI. Elle confirme des informations internes selon lesquelles le pape, inquiet devant les multiples rumeurs contradictoires qui circulaient au sujet de cette encyclique, a finalement décidé de prendre les devants pour en annoncer la date de publication et en livrer l’esprit : conjuguer, et non pas opposer, les deux dimensions, personnelle et sociale, de l’amour. Si ce document, vraisemblablement signé par Benoît XVI le 25 décembre dernier, est bien sa première encyclique, il n’est pas impossible qu’il reprenne un projet sur le même thème ébauché par Jean-Paul II à la fin de son pontificat mais jamais abouti. En ce sens, le Conseil pontifical Cor Unum, présidé par Mgr Paul Joseph Cordes, et chargé des questions caritatives dans l’Eglise catholique, a probablement joué un rôle dans l’élaboration de ce texte, notamment dans sa seconde partie, la dimension sociale de l’amour de Dieu.

Un rôle parmi d’autres, sans doute : les encycliques sont habituellement, avant d’être finalisées et signées par le pape, le fruit d’un travail collectif où des théologiens sont consultés sur le projet. Ce processus de rédaction expliquerait plusieurs reports de date de publication et des interprétations diverses. Et la nécessité, pour Benoît XVI, peu familier des improvisations, d’une telle mise au point.
 
La 294e encyclique
 
Le mot "encyclique" vient du grec enkuklios, c’est-à-dire "circulaire", qui a donné en latin "litterae encyclicae" : cela souligne qu’il s’agit, à l’origine, d’une lettre circulaire du pape aux évêques du monde entier ou à une partie d’entre eux. Petit à petit, les destinataires ont été étendus, par le biais des évêques, au clergé, aux fidèles et parfois, depuis Jean XXIII, à tous les "hommes de bonne volonté". C’est Benoît XIV (1740-1758) qui, à peine élu, publia la première circulaire qualifiée d’encyclique, au sens moderne du terme ; elle était consacrée au ministère épiscopal et avait pour titre "Ubi primum". Le titre des encycliques est en effet toujours formé des premiers mots du texte de référence latin. Depuis Benoît XIV, 293 encycliques ont ainsi été publiées par les papes. Jean-Paul II en a produit quatorze. Mais c’est à Léon XIII (1878-1903) que l’on en doit le plus, avec un total de 86 encycliques. Viennent ensuite Pie XII (41), Pie IX (38), Pie XI (32) et Pie X (16).
 

 
Un haut responsable orthodoxe russe reçu aujourd’hui par le pape
 
paru dans l'Orient-le Jour le 18 mai 2006
 
Mgr Kirill, métropolite de Smolensk et de Kaliningrad, et président du département des Affaires étrangères du patriarcat de Moscou, sera reçu aujourd’hui par le pape Benoît XVI, a indiqué hier à l’AFP une source au patriarcat de Moscou. Mgr Kirill, qui avait déjà rencontré Benoît XVI l’année dernière, doit se rendre en Italie pour consacrer la première Eglise orthodoxe russe construite à Rome, selon la même source. Il participera demain matin à la cérémonie de bénédiction de l’Eglise orthodoxe Sainte-Catherine d’Alexandrie, la première Eglise orthodoxe russe dans la capitale du catholicisme, et tiendra une conférence de presse à l’ambassade de Russie en Italie le même jour à 17h00.

Les rapports entre le Vatican et l’Eglise orthodoxe russe sont mauvais depuis de longues années, le patriarcat de Moscou accusant notamment les catholiques de prosélytisme sur son "territoire canonique", un reproche que ces derniers rejettent avec constance. La persistance de ces tensions a empêché le pape Jean-Paul II de se rendre en Russie comme il en nourrissait le désir. Benoît XVI s’est engagé au début de son pontificat à œuvrer au rapprochement entre toutes les Eglises chrétiennes. Le patriarche Alexis II, chef de l’Eglise orthodoxe russe, lui a récemment donné crédit pour cet engagement.
 

 
Le pape invite la France à la fraternité
 
Dans un discours adressé lundi 19 décembre au nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège, Benoît XVI revient sur la crise des banlieues
 
par ISABELLE DE GAULMYN, publié dans la Croix le 19 décembre 2005
 
Est-ce le lien particulier qui lie le pape à notre pays ? Ou son intérêt manifeste pour les questions de société ? Toujours est-il que Benoît XVI a adressé lundi 19 décembre un message particulièrement fort à la France. A l’occasion de la présentation de ses lettres de créance par le nouvel ambassadeur près le Saint-Siège, Bernard Kessedjian, le pape a en effet écrit un texte qui va bien au-delà de l’exercice formel de la diplomatie vaticane. Un paragraphe - positif - sur la laïcité, une phrase sur les relations entre le Saint-Siège et la nation française, mais l’essentiel est ailleurs : le pape, qui connaît bien la France, revient longuement sur les violences récentes dans les banlieues. Une actualité qui lui tient à cœur, et qui fut d’ailleurs abondamment commentée par l’ensemble de la presse italienne.

"Votre pays vient de vivre une période difficile sur le plan social, faisant apparaître la profonde insatisfaction d’une partie de la jeunesse", écrit-il. Pour le pape, le malaise est profond, et la France doit apporter une réponse à la hauteur. Benoît XVI rappelle ainsi au pays son devoir à l’encontre des étrangers accueillis en France, et qui ont "contribué au développement de la Nation". Il importe de leur proposer un "idéal de société et un idéal personnel". 
 
Benoît XVI prend soin de souligner le rôle de la famille
 
Ce qui passe, explique-t-il, par une meilleure intégration de tous dans la société. Et le pape de replacer la France devant ses propres valeurs, celles d’égalité, de fraternité. L’objectif, souligne-t-il encore, est de parvenir à refonder une "culture commune, porteuse des valeurs morales et spirituelles fondamentales". Benoît XVI prend soin de souligner le rôle de la famille, et plus généralement de l’éducation, dans la formation de la jeunesse, un thème qui lui est particulièrement cher : "Tout cela contribuera grandement à la cohésion nationale entre les générations et à la création d’un tissu social plus fort." Le pape semble donc avoir été particulièrement marqué par les récents événements dans les banlieues françaises. Sans doute parce que, au-delà de la France, c’est toute l’Europe occidentale qui est concernée, dans son modèle d’intégration et d’éducation.

Et que l’enjeu est de taille, puisque "la paix sociale est en grande partie à ce prix". Il attire aussi l’attention des dirigeants français sur les questions éthiques et bioéthiques, qu’il faut envisager "non pas d’abord du point de vue de la science, mais de celui de l’être humain", dit-il : une mise en garde, alors que le décret permettant la recherche sur les embryons humains devrait sortir dans les prochains jours. Le volet strictement diplomatique est moins développé, même si le pape aborde aussi, dans son discours, les difficultés des pays émergents, auxquelles il demande à la France de rester attentive, notamment en ce qui concerne les pays africains.
 
Une invitation à une intervention dans le différend syro-libanais
 
L’appel de Benoît XVI à la France de relever le défi de l’intégration trouve un écho dans le discours qui lui a été remis, dans le cadre de cette rencontre, par le nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège. Bernard Kessedjian, rappelant en effet l’invitation de Jean-Paul II, à Reims, à faire progresser les idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité, explique combien celle-ci retentit aujourd’hui, "au moment où les manifestations de violence que mon pays a connues dans la périphérie de ses villes ont mis à l’épreuve les principes sur lesquels s’est construite notre collectivité nationale depuis près de deux siècles". Le représentant de l’Etat français livre ensuite une définition ouverte de la laïcité, qui, "loin de cantonner les convictions spirituelles et religieuses de chacun dans la sphère privée, est garante du rôle que celles-ci sont appelées à jouer dans le débat public, mais aussi du respect qui leur est dû, dans un esprit de dialogue et de tolérance".

Bernard Kessedjian revient enfin plus longuement sur les convergences qui peuvent s’établir entre le Saint-Siège et la France en matière diplomatique, qu’il s’agisse de la mise en place d’une organisation mondiale de l’environnement, comme de la promotion de mécanismes innovants de financement du développement. De même, concernant la situation au Moyen-Orient, l’ambassadeur rappelle combien le Liban, qui traverse "une période déterminante de son histoire" a "plus que jamais besoin de la sollicitude du Saint-Siège dans les efforts qui sont les siens pour préserver son indépendance et sa souveraineté". Une invitation à peine voilée à une intervention plus explicite de Rome dans l’épreuve de force qui oppose aujourd’hui la Syrie au Liban.
 
"Un pas supplémentaire pour l’intégration de tous dans la société"
 
Un extrait de la réponse de Benoît XVI au discours de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège :

"Votre pays a accueilli de nombreux travailleurs étrangers et leurs familles, qui ont largement contribué au développement de la Nation depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il importe aujourd’hui de les remercier, eux et leurs descendants, de cette richesse économique, culturelle et sociale à laquelle ils ont participé. La plupart d’entre eux sont devenus ainsi des citoyens français à part entière. Le défi consiste aujourd’hui à vivre les valeurs d’égalité et de fraternité, qui font partie des valeurs mises en exergue par la devise de la France, prenant soin de faire en sorte que tous les citoyens puissent réaliser, dans le respect des différences légitimes, une véritable culture commune, porteuse des valeurs morales et spirituelles fondamentales. Il importe aussi de proposer aux jeunes un idéal de société et un idéal personnel, pour qu’ils conservent des raisons de vivre et d’espérer, et qu’ils aient davantage confiance en un avenir meilleur leur permettant d’édifier leur existence, de trouver un travail pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, pour avoir le bien-être auquel ils ont naturellement droit. C’est donc en définitive à faire un pas supplémentaire pour l’intégration de tous dans la société que votre pays est invité, de même que d’autres nations du Continent, au nom même de la dignité intrinsèque de toute personne et de son caractère central dans la société, que rappelait le concile œcuménique Vatican II (Gaudium et spes, n° 9), comme vous l’évoquiez vous-même. La paix sociale est en grande partie à ce prix."
 

 
Le premier ministre libanais et le pape, pour la dignité religieuse
 
Fouad Siniora est le premier responsable musulman reçu par Benoît XVI depuis les manifestations autour des caricatures
 
par ISABELLE DE GAULMYN, publié dans la Croix le 17 février 2006
 
"In Gottes namen" - "Au nom de Dieu"... C'est le titre de l'ouvrage - en allemand - offert hier au pape, lors de l'audience du premier ministre libanais (sunnite), Fouad Siniora, par son auteur grec-orthodoxe, le ministre de la culture libanais, Tarek Mitri, membre de la délégation, composée de quatre membres du gouvernement, tous de communauté différente : druze, chiite, maronite, orthodoxe. Un titre révélateur car de religions, et d'affrontements religieux, il fut en effet question hier, dans les salons du pape. Selon un communiqué publié après l'audience par la Salle de presse du Vatican, Benoît XVI et le premier ministre libanais ont évoqué "la situation existant au Liban et au Moyen-Orient, soulignant leur devoir commun de travailler pour éduquer les peuples à la réconciliation et à la paix". "Nous avons parlé de l'affaire des caricatures, et des manifestations qu'elles ont provoquées, a confié ensuite Fouad Siniora. Le pape a rappelé sa condamnation de la liberté d'expression lorsqu'elle n'était pas respectueuse de la liberté des autres, et donc de la dignité religieuse. Il a expliqué que c'est le droit de chacun d'exprimer ses opinions, mais de manière pacifique. Il a aussi condamné les actions violentes."
 
Benoît XVI s'est notamment inquiété, selon le communiqué du Vatican, "de la situation des chrétiens". De fait, le 5 février dernier à Beyrouth, les manifestations contre les caricatures ont dégénéré en une série d'exactions violentes dans le quartier chrétien de la ville : commerces pillés, maisons saccagées. Le premier ministre lui a donc assuré que son gouvernement réprouvait ces violences "contraires à la tradition du Liban", et que toutes les personnes coupables avaient été arrêtées, et seraient condamnées. Fouad Siniora est le premier responsable musulman reçu par le pape depuis les manifestations sur les caricatures de Mohammed. "Il est pour nous important de montrer que nous croyons au dialogue avec les pays musulmans, et que le pape veut agir dans ce sens", confiait un responsable de la Secrétairerie d'Etat. Pour Fouad Siniora, aussi, cette audience privée revêtait une signification capitale. Il s'agissait aux yeux du peuple libanais, et notamment de sa partie chrétienne - très attachée au Pape -, de s'assurer d'une stature de dirigeant capable de réaliser l'unité du pays. Hier soir, cette visite devait être largement retransmise à la télévision libanaise.
 

 
Le pape demande que "les croyants ne soient pas l'objet de provocations blessant leurs sentiments religieux"
 
paru dans le Monde du 21 février 2006

 

Alors que l'affaire des caricatures de Mahomet continue d'agiter le monde musulman, le pape Benoît XVI a estimé, lundi 20 février, qu'il était "nécessaire et urgent que les religions et leurs symboles soient respectés". Le Vatican a attendu l'arrivée du nouvel ambassadeur marocain auprès du Saint-Siège, Ali Achour, pour prendre position.

 

Même si c'est la première intervention personnelle du souverain pontife dans l'affaire des dessins publiés par la presse européenne depuis l'automne, Benoît XVI avait déjà laissé entendre quelle était la position de l'Eglise catholique il y a quelques jours. Le 16 février, à l'issue d'une audience au Vatican, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a indiqué avoir abordé le sujet avec le pape et affirmé que, pour celui-ci, "en aucun cas la liberté d'expression ne devait être une atteinte aux libertés de chacun". Le pape aurait aussi "soutenu l'idée que c'est le droit de tous d'exprimer ses sentiments et ses opinions, mais d'une manière pacifique".

 

Rejet des provocations

 

Dans la droite ligne de sa discussion avec le chef du gouvernement libanais, Benoît XVI a demandé lundi, "que les croyants ne soient pas l'objet de provocations blessant leur démarche et leurs sentiments religieux" pour "favoriser la paix et la compréhension entre les peuples et entre les hommes". Le pape, qui s'exprimait en français, a cependant ajouté que "l'intolérance et la violence ne pouvaient jamais se justifier comme des réponses aux offenses, car ce ne sont pas des réponses compatibles avec les principes sacrés de la religion". Il a également dénoncé "les actions de ceux qui profitent délibérément de l'offense causée aux sentiments religieux pour fomenter des actes violents, d'autant plus que cela se produit à des fins étrangères à la religion".


 
Le pape souhaite un dialogue avec l'islam dans la réciprocité
 
publié par l'AFP le 15 mai 2006

 

Le pape Benoît XVI a souligné lundi l'importance qu'il accorde au dialogue inter-religieux, tout en souhaitant que l'Eglise catholique soit payée de retour dans ses efforts avec l'islam. Le souverain pontife recevait les membres du conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des itinérants réunis au Vatican pour une assemblée plénière sur le thème des migrations "en provenance et à destination des pays à majorité islamique". Un phénomène qui, selon le pape, "mérite une réflexion spécifique, non seulement en raison de son importance quantitative, mais surtout en raison des caractéristiques aussi bien religieuses que culturelles de l'identité musulmane". Benoît XVI a souligné que "le dialogue inter-religieux fait partie de l'engagement" de l'Eglise catholique "au service de l'humanité dans le monde contemporain", particulièrement pour ceux qui travaillent auprès "des migrants, des réfugiés et des diverses catégories de personnes itinérantes". "L'importance de la réciprocité dans le dialogue est toujours mieux perçue", a ajouté le pape, en invitant les chrétiens à "cultiver un style de dialogue ouvert (...) sans renoncer à présenter à leurs interlocuteurs la proposition chrétienne en cohérence avec leur propre identité".

 

Il a également souhaité que "les chrétiens qui émigrent vers des pays à majorité musulmane y trouvent accueil et respect de leur identité religieuse", allusion notamment à la situation des immigrés philippins, chrétiens pour la plupart, en Arabie Saoudite où la liberté de culte n'existe pas pour les non musulmans. Le Saint-Siège exprime régulièrement ses préoccupations devant le caractère déséquilibré du dialogue entre les religions. En février dernier, Benoît XVI a manifesté sa volonté de chercher une autre approche du dialogue avec l'islam, qui s'est jusqu'à présent révélé décevant, en décidant d'intégrer le conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux dans le conseil pontifical pour la culture. Il a nommé son ex-président, l'archevêque britannique Michaël Fitzgerald, nonce apostolique en Egypte et délégué auprès de la Ligue arabe.


 
Benoît XVI invité en Israël, le Vatican pose ses conditions
 
Le président Katsav été reçu hier par le pape
 
paru dans l'Orient-le Jour le 18 novembre 2005
 
Le président israélien Moshe Katsav a réitéré au pape Benoît XVI, qui l’a reçu hier au Vatican, l’invitation faite par Ariel Sharon à se rendre en Israël, mais le Vatican insiste pour finaliser d’abord les accords sur le statut de l’Eglise en Israël. Le souverain pontife et le président israélien se sont rencontrés pendant 25 minutes dans une ambiance "cordiale et chaleureuse", et leur discussion a été "libre et ouverte", a déclaré Moshe Katsav. "Je lui ai renouvelé l’invitation à se rendre en Israël et le pape l’a accueillie favorablement. J’espère qu’il a déjà une date à l’esprit. Pour ma part, je souhaite qu’il vienne l’an prochain", a-t-il dit. Benoît XVI a déjà été invité officiellement en Israël par le Premier ministre Ariel Sharon le 6 juillet dernier.

Le communiqué du Vatican, publié à l’issue de l’entretien, ne fait néanmoins aucune référence à cette invitation. Il indique en revanche que les entretiens ont notamment porté sur "les rapports qui se sont développés entre Israël et le Saint-Siège depuis l’établissement de relations diplomatiques en 1994". "Une attention particulière a été portée à l’exécution des deux accords déjà souscrits : le “fundamental agreement” (accord fondamental) de 1993 et le “legal personnality agreement” de 1997" sur le statut juridique de l’Eglise et de ses biens en Israël, a précisé le Vatican. Les négociations entre les deux Etats sur la mise en œuvre de ces accords ont été quasiment au point mort pendant plusieurs années. Au-delà des éventuelles exemptions fiscales consenties aux biens de l’Eglise et de la reconnaissance de cette dernière comme personne morale pouvant agir en justice, ils sont lourds de conséquences pour le poids de l’Eglise en Israël, où se trouvent les plus importants lieux saints du christianisme. De source diplomatique, on laissait entendre que le Vatican insistait pour que l’accord économique et financier soit finalisé avant la visite du pape, alors qu’Israël a proposé de séparer les deux questions.
 

 
El Papa denuncia los intentos de falsificar la verdad cristiana
 
Benedicto XVI completa una agotadora jornada en Polonia, con actos en tres ciudades
 
El País, el 27 de mayo de 2006
El papa Benedicto XVI completó ayer, segundo día de su viaje a Polonia, una dura jornada de ceremonias y encuentros religiosos que le llevó de Varsovia a Czestochowa y de esta ciudad a Cracovia, que será su base de operaciones durante el resto de su estancia en este país. En la capital polaca, ante unas 300.000 personas, el Pontífice pidió a los polacos que "cultiven la rica herencia de la fe" sin dejarse arrastrar por quienes hoy, como en el pasado, "querrían falsificar la palabra de Cristo y arrancar al Evangelio las verdades".
El Papa espera que Juan Pablo II sea elevado a la santidad "en un futuro próximo"
El Papa Benedicto XVI ha asegurado hoy en Cracovia que espera que su antecesor, Juan Pablo II, sea elevado a la santidad "en un futuro próximo". El Pontífice pronunció estas palabras ante una multitud de 15.000 personas reunidas en el santuario de Kalwaria Zebrzydowska, a 13 kilómetros de la localidad polaca de Wadowice, durante su visita a la ciudad en la que Juan Pablo II ejerció como arzobispo antes de ser nombrado papa. A su llegada a Cracovia horas después, cerca de 300.000 personas se han congregado en una gran explanada para escuchar al Pontífice. Uno de los objetivos básicos de esta visita de Benedicto XVI a Polonia ha sido el de recorrer algunos lugares míticos para su antecesor. Entre el pueblo polaco, la causa de la santidad de Juan Pablo II está muy extendida y algunos esperaban que el Sumo Pontífice realizase el anuncio oficial durante el viaje. Benedicto XVI, junto al antiguo secretario de Juan Pablo II - el cardenal de Cracovia Stanislaw Dziwisz - ha anunciado a los congregados en el santuario que "tanto el cardenal Stanislaw como yo tenemos la esperanza de que en un futuro próximo podamos disfrutar de la beatificación y canonización de Juan Pablo II".
Súplica popular

 

Previamente, Benedicto XVI visitó Wadowice, donde se unió a los habitantes que pedían su santidad. Un gran cartel en el que podía leerse. “Wadowice pide la santidad inmediata de Juan Pablo II el grande” en italiano y polaco fue colocado frente a la iglesia en la que Juan Pablo II fue bautizado. "Me gustaría detenerme precisamente aquí, en el lugar donde su fe comenzó y maduró, para rezar junto con todos vosotros por que pronto sea elevado a la gloria de los altares", ha indicado Benedicto a las personas concentradas en la plaza del pueblo. La multitud, ataviada con los colores blancos y amarillos de la bandera vaticana, esperaba la llegada de Benedicto XVI para rezar en la iglesia y visitar la casa en la que Carol Wojtyla pasó su infancia acompañado de Dziwisz. Tras rezar en la iglesia, Benedicto se dirigió a una calle cercana a la calle Koscielna, donde Juan Pablo II se crió, convertida ahora en un museo. Allí fue recibido por las monjas que gestionan el museo y caminó a través de las habitaciones en las que numerosas fotografías documentan la infancia y adolescencia de Wojtyla.

 


 

Pope set for first Poland visit
 
Unlike his predecessor, Pope Benedict XVI is not a great traveller
 
by JAN REPA, BBC, 22 May 2006

 

Since his election a year ago, he has been to southern Italy and to his native Germany. And that is about it. His visit to Poland on Thursday opens a livelier travel schedule - taking in Spain in July ; a second trip to Germany in September ; and Turkey in November. Next year, the Pope is expected to visit the US, Latin America and Austria. The Pope - who already speaks fluent French, English, Italian, Spanish and Latin - is said to be taking intensive lessons in Polish. Church officials say there is no risk that he will not be understood by the two million or so people expected to attend the two public masses. The most sensitive part of the Pope's tour is likely to be the visit to the Nazi German extermination camp at Auschwitz on 28 May. Some Jewish groups have objected to his intention to pray in German at the place where around a million Jews were murdered as part of Nazi Germany's policy of genocide.

 

Polish faithful

 

However, Vatican officials have pointed to the symbolism of addressing God in the language once associated with death and terror. As for the Poles, most appear unconcerned that John Paul II's successor is a German. The motto of the visit is "Abide in Faith". With the possible exception of tiny Malta, Poland is still the most overtly Catholic country in Europe. However, since the fall of Communism 17 years ago, the Church in Poland has not always found it easy to adjust to life in a pluralist democracy. Last month, the Vatican reminded the Polish Church to steer clear of party politics and told the bishops to tighten their supervision of a controversial right-wing "Catholic" radio station. John Paul II once described the future Pope Benedict XVI as his "tried and tested friend". For many years, Benedict XVI - or Cardinal Joseph Ratzinger, as he then was - was the head of the Vatican department dealing with religious doctrine, and its application throughout the Catholic Church. The general assumption was that Benedict XVI would continue John Paul II's position of opposing any modification of the Church's teaching in areas like sexuality and his insistence on maintaining, and even reinforcing, the Church's centralised system of authority.

 

Russian thaw

 

Pope Benedict XVI never ceases to acknowledge his debt to his predecessor. However, there are signs that a subtle shift may be under way in some areas. He says he wants "honest and open dialogue". Last August, he agreed to meet the leader of a breakaway traditionalist church, established by the late Archbishop Marcel Lefebvre, who was excommunicated by John Paul II. There has been a slight thaw in relations with the Russian Orthodox Church - whose leaders refused even to meet John Paul II - marked by the visit to the Vatican of Metropolitan Kirill, the Moscow Patriarchate's head of external relations. And while continuing his predecessor's gestures of respect towards Islam, Benedict XVI has also declared that genuine dialogue requires a degree of reciprocity - and that Christians should be accorded the same rights in Muslim countries as Muslims currently enjoy in traditionally Christian countries.

 

 
Le long chemin des Papes modernes
 
Les Papes, libérés de toute responsabilité politique directe, vont acquérir progressivement un plus grand magistère moral et, ainsi, une nouvelle forme d’autorité. Retour sur les pontificats de Pie IX à Jean-Paul II

par YVES PITETTE, publié dans la Croix le 8 avril 2005
 
Mille sept cent quatre-vingt-dix-neuf : Pie VI meurt d’épuisement à Valence, prisonnier des troupes révolutionnaires françaises. 1903 : en plein conclave, l’archevêque de Varsovie oppose le veto de l’empereur d’Autriche à une élection du cardinal Rampolla, en tête après le second tour de scrutin. Aujourd’hui, les cardinaux de l’Eglise catholique se réunissent pour élire le successeur de Jean-Paul II à l’abri de toute pression politique extérieure. Trois tournants de siècle suivant trois pontificats parmi les plus longs de l’histoire, trois symboles de l’évolution du statut d’une papauté dans un monde dont elle fut un acteur politique majeur, avant d’ouvrir avec lui un nouveau dialogue.
 
Une indépendance progressive
 
Depuis Constantin, les papes ont affirmé progressivement leur autorité sur le monde chrétien, y compris, jusqu’à la fin du Moyen Age, sur les princes. Les démêlés des papes avec les rois de France et les empereurs d’Allemagne illustrent une époque agitée qui s’achève à la Renaissance, avec l’apparition des Etats-nations. Le traité de Westphalie de 1648 scelle la fin de la papauté politique. Mais dans une Italie divisée et soumise aux influences étrangères, les papes conservent des Etats pontificaux constitués au VIIe siècle avec l’appui de Pépin le Bref, père de Charlemagne. Au plus haut de la puissance papale, Innocent III (1198-1216) règne sur un territoire composé grosso modo des actuelles provinces italiennes du Latium, des Abruzzes, des Marches et d’une bonne part de l’Emilie-Romagne. Cet ensemble connaîtra peu de changements durables jusqu’à l’unité italienne. Lorsque les troupes piémontaises pénètrent dans Rome le 20 septembre 1870, Pie IX se réfugie à l’abri de la muraille léonine qui ceint le Vatican. La papauté a perdu tout pouvoir temporel.

Libérés de toute responsabilité politique directe, les papes vont acquérir progressivement en échange une sorte de magistère moral et, ainsi, une nouvelle forme d’autorité. Dans un contexte d’universalisation rapide de l’Eglise et des relations internationales, ils vont, outre les affaires de l’Eglise, s’affirmer sur trois grands sujets : la question sociale, celle de la guerre et de la paix, puis, plus récemment, l’éthique de la vie. Pie IX se situe à la charnière de deux mondes. A l’intérieur, l’Eglise s’est renforcée ; elle est même en pleine renaissance, comme le montrent les nombreux instituts religieux qui se créent. Il est aussi le Pape qui aura créé le plus de nouveaux diocèses. Sur le plan doctrinal, la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, la réunion du concile Vatican I, même si sa clôture précoce pour cause de guerre de 1870 déséquilibre sans doute ses décisions dominées par l’infaillibilité pontificale, témoignent là aussi d’un vrai dynamisme. Mais à l’extérieur, l’Eglise a de nouveaux adversaires déterminés, Kulturkampf en Allemagne, laïcisme en France, maçonnerie en Amérique centrale… Elle est surtout mal à l’aise avec la modernité. L’Eglise est forte, mais ne peut plus compter que sur elle-même.
 

Léon XIII et la question ouvrière

 

Elu en 1878, Léon XIII va relever ce défi de l’ouverture à ce monde moderne que caractérisent un progrès scientifique souvent idéalisé en rival de la religion, et un développement économique rapide, au prix de lourdes injustices sociales. Les catholiques, en France mais aussi en Belgique, en Allemagne ou aux Etats-Unis, ont investi depuis longtemps ce terrain. Mais ils sont restés le plus souvent au stade caritatif. L’encyclique Rerum novarum sur la condition ouvrière (1891) va changer la donne de la question sociale pour l’Eglise. Léon XIII, par exemple, y insère au dernier moment la reconnaissance des associations ouvrières quand n’étaient encore acceptées que les associations mixtes d’ouvriers et de patrons. Plus largement, la seule encyclique que l’on célèbre régulièrement (avec notamment Quadragesimo anno, 1931, Mater et Magistra, 1961, Centesimus annus, 1991) est à la base de la doctrine sociale de l’Eglise, que les papes suivants vont développer et adapter constamment. Elle joue un rôle libérateur, écartant les structures sociales chrétiennes du passé et permet aux chrétiens sociaux de collaborer avec les autres forces sociales.

Pie XI élargira la voie ouverte par Rerum novarum en faisant de la "justice sociale", le principe directeur de l’activité économique et politique, le fondant sur la valeur intangible de la personne humaine, refusant ainsi les idéologies totalitaires qui sacrifient l’individu au présumé bonheur collectif. Nouveaux temps, nouvelles préoccupations, l’encyclique Populorum progressio de Paul VI complète le panorama en intégrant la question du développement des anciennes colonies devenues indépendantes au début des années 1960.
 
Vatican II reconnaît la liberté de conscience et la liberté religieuse
 
Léon XIII aborde aussi un autre aspect de l’ouverture au monde contemporain que ses successeurs, notamment Pie XI, vont développer : le rapport des catholiques à la politique et leur engagement dans la vie sociale. En France, son appel au ralliement des catholiques à la République en 1890 sera certes un échec, et l’encyclique Graves de communi (1901) celui de la première forme de démocratie chrétienne. Mais Léon XIII a compris que la christianisation de la société ne se fera pas sans les laïcs. Le catholicisme social va dès lors se développer dans la première moitié du XXe siècle, qui voit fleurir l’Action catholique dans toute l’Europe. Pie XI encourage le syndicalisme chrétien et Pie XII, précisant par exemple dans son radio-message de Noël 1944 les conditions de la démocratie, ouvre la voie à l’explosion de la participation catholique dans la vie politique européenne de l’après-guerre. Cet enseignement, renforcé par Vatican II qui intègre les droits de l’homme, dont la liberté de conscience et la liberté religieuse, ne cessera plus jusqu’à Jean-Paul II qui, à plusieurs reprises, incitera des catholiques que tente un retour vers la seule vie spirituelle à prendre leurs responsabilités dans la vie sociale.
 

"Prêcher la paix"

 

Deuxième grand axe sur lequel la papauté moderne a déployé son action, la guerre et la paix. Ce thème est de nouveau très présent dans l’enseignement pontifical après les hécatombes des guerres napoléoniennes. Pie IX "ne peut que prêcher la paix" (Cum sancta mater, 1859) peu avant la bataille de Solférino qui incitera Dunant à créer la Croix-Rouge. Après lui, la diplomatie pontificale, qui n’a plus à défendre que les intérêts moraux et religieux de l’Eglise et des catholiques, va largement se consacrer à la promotion de la paix. Le traité du Latran (1929), qui donne enfin un statut au Vatican, va lui faciliter le travail. Mais c’est un dur combat. Les efforts de Benoît XV pour stopper le conflit mondial ont échoué en août 1917. Après les deux encycliques de Pie XI de mars 1937, Mit brennender Sorge condamnant le national-socialisme, et Divini redemptoris le communisme, l’appel de Pie XII en août 1939, "Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre" ne sera pas plus entendu. Mais l’autorité morale des papes grandit et le Saint-Siège, écarté en 1919 de la SDN (Société des Nations), trouvera peu à peu une place originale à l’ONU.

La suite confirme ce magistère moral naissant : Pacem in terris (1963), de Jean XXIII, retentit en pleine guerre froide, et Paul VI se rend à l’ONU en 1965 pour y crier le célèbre "Plus jamais la guerre !" Plus que jamais les papes font le choix de la diplomatie et des organisations internationales. Jean-Paul II ferme la porte à la guerre qui "est toujours une défaite de l’humanité" et "n’est jamais un moyen comme un autre que l’on peut choisir d’utiliser pour régler des différends entre nations" (Vœux au corps diplomatique, 2003). Le Saint-Siège, structure institutionnelle du gouvernement de l’Eglise catholique, a conservé les relations avec les Etats qu’entretenait le Pape souverain temporel. Pie XII fut l’archétype de ces diplomates pontificaux, prudents - on lui reproche de l’avoir trop été face à la politique nazie d’extermination des juifs - et souvent bien informés. Plus tard, le Saint-Siège a aussi joué un rôle actif dans l’affirmation des droits de l’homme et de la liberté religieuse en Europe à la conférence d’Helsinki (1975) et, indirectement, dans la fin du communisme.
 

Un intérêt croissant porté à l'éthique de la vie

 

Le progrès scientifique et les nouveaux comportements sociaux conduisent les papes à se prononcer plus directement sur l’éthique de la vie. Pie XI publie en 1930 l’encyclique Casti connubii, qui rejette fermement l’idée de contraception, ce que Pie XII confirme en 1951. Vatican II donnera une définition plus ouverte du mariage que la seule fin de procréation (Gaudium et spes), mais alors que le débat ne cesse de se développer dans la société, familles chrétiennes y compris, l’encyclique de Paul VI Humanae vitae (1968) fait l’effet d’une douche froide. Les progrès de la médecine, de la biologie et de la génétique posent bientôt la question générale de l’éthique de la vie. Les papes restent totalement opposés à l’avortement, mais de nouveaux débats apparaissent, par exemple autour de la fécondation in vitro, et donc du statut de l’embryon dans les nouvelles pratiques de la génétique. Se précise aussi le défi des premières légalisations de l’euthanasie. Parmi de nombreux autres textes de Jean-Paul II, les encycliques Veritatis splendor (1993) et Evangelium vitae (1995) définissent avec clarté et ampleur l’engagement du Pape pour la défense et la promotion de la vie.
 

 

Le pape fustige "le relativisme"

Le pape Benoît XVI a appelé vendredi 26 mai les catholiques polonais à résister "à la tentation du relativisme" à l'occasion de la première messe de son voyage dans le pays natal de Jean-Paul II célébrée à Varsovie

 

paru dans la Croix le 26 mai 2006

 

Sous une pluie battante, près de 300.000 fidèles se sont rassemblés vendredi 26 mai au matin sur la place Jozef Pilsudski à Varsovie pour assister à la première grande messe du pape Benoît XVI, en voyage en Pologne pour quatre jours. Revêtu d'une chasuble pourpre, le pape est arrivé à 9 h à bord de sa papamobile. Il a fait le tour de la place avant de se rendre à pied, abrité sous un parapluie, sur un gigantesque autel de métal surmonté d'une grande croix de 25 mètres de haut. L'office, concélébré par 120 prêtres et évêques et retransmis en direct par plusieurs chaînes de télévision, a commencé à 9 h 30. Il était visible sur plusieurs écrans géants, disposés aux abords de la place.

 

"Avec vous, je désire élever un chant de gratitude à la Providence"

 

Dans son message d'accueil au début de l'office, le cardinal-primat de Pologne Jozef Glemp a estimé que le monde moderne avait "trois ponts spirituels qui demandent un bon travail de rénovation", ceux "entre la terre et le ciel, entre le présent et le futur, entre l'homme et l'homme". "Tout ceci demande à être réparé partout dans le monde et nous voulons contribuer à cette réparation", a-t-il dit. Puis, dans son homélie, le pape a fustigé ceux qui, "comme cela est déjà survenu dans les siècles passés, voudraient falsifier la parole du Christ et retirer ses vérités à l'Evangile". "Selon ces gens, cette vérité est trop incommode pour l'homme moderne", a jugé Benoît XVI. "On cherche à créer l'impression que tout est relatif, et que même les vérités de foi dépendraient de la situation historique et de l'évaluation humaine".

Il a réitéré son appel, maintes fois répété depuis le début de son pontificat, à "ne pas céder à la tentation du relativisme et de l'interprétation subjective et sélective des écritures sacrées". Le pape allemand a ouvert son homélie par la même phrase que son prédécesseur avait prononcée 27 ans auparavant sur la même place Pilsudski, au centre de Varsovie, lors de son premier retour dans la Pologne communiste. "Avec vous, je désire élever un chant de gratitude à la Providence, qui me permet d'être aujourd'hui avec vous comme pèlerin", a déclaré Benoît XVI en polonais comme l'avait fait Jean Paul II en 1979. Il a prononcé le reste de son homélie en italien, tandis qu'un prélat le traduisait en polonais pour la foule.

 

"N'ayez pas peur", avait dit Jean-Paul II sur la même place

 

Le pape a rappelé les bouleversements politiques survenus en Pologne et dans le monde sous le pontificat du pape polonais. "Comment ne pas remercier Dieu" pour "la liberté et le sens de la dignité retrouvée par les gens dans de nombreux pays", a-t-il dit, en faisant allusion à l'effondrement du système soviétique en Europe centrale fin 1989. Le souverain pontife a demandé aux Polonais, catholiques à 90%, de "rester fidèles à la parole du Christ, même quand elle est exigeante et humainement difficile à comprendre". Dans la foule, les fidèles polonais n'ont pas oublié Jean-Paul II, mort il y a un peu plus d'un an, mais ils ont accueilli chaleureusement leur nouveau pape qui émaille la messe de nombreuses phrases dans un excellent polonais.

C'est sur la même place de Varsovie que le prédécesseur polonais de Benoît XVI avait célébré en 1979 sa grand-messe au cours de son premier voyage en Pologne. C'est alors qu'il avait lancé devant une foule innombrable le fervent appel : "Que le Saint esprit descende et renouvelle la face de la terre, de cette terre", puis "N'ayez pas peur", interprété alors par ses compatriotes comme un encouragement à résister au régime communiste.

 

 

 

 

 
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