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PORTRAIT  RJLIBAN  N°12  du 12 février 2005 

 
Terjé Roed-Larsen, le diplomate qui venait du froid
 
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 12 février 2005
 

Brûlante, dévorante passion pour les dossiers sensibles du Proche-Orient, que celle qui s’empara un beau jour de cet austère intellectuel norvégien, professeur de sociologie et de philo, l’amenant d’ailleurs à laisser plus d’une fois son empreinte sur la tumultueuse chronique de cette région. 

Fondateur et directeur d’un institut de sciences sociales appliquées, Terjé Roed-Larsen entreprend, dans les années 80, un projet de recherches sur les conditions de vie des Palestiniens dans les territoires occupés. Il ne tarde pas à nouer de solides contacts avec les deux bords ; et grâce à sa parfaite connaissance du problème, sa patience, son flegme et son opiniâtreté, il devient le principal architecte des négociations secrètes israélo-palestiniennes qui déboucheront en 1993 sur l’accord d’Oslo. Comblé d’honneurs par son gouvernement, Roed-Larsen estime qu’il a mieux à faire à l’Onu. Collectionnant les casquettes (coordinateur spécial, adjoint du secrétaire général, émissaire personnel de Kofi Anan), il s’installe un temps à Gaza, puis au Liban où il doit s’assurer de l’intégralité du retrait unilatéral des troupes israéliennes survenu en 2000. Le voilà enfin chargé, tâche délicate entre toutes, de veiller à l’application de la résolution 1559 ordonnant le départ des troupes syriennes de notre pays et l’arrêt des ingérences de Damas dans les affaires libanaises. 

Terjé Roed-Larsen n’est pas trop aimé des gouvernements de la région, mais qu’importe, il a l’habitude. Il était devenu quasiment indésirable à Gaza pour avoir déploré la paralysie d’une Autorité autonome livrée à l’anarchie. Il a indisposé Israël en dénonçant comme "une horreur qui dépasse l’entendement" l’attaque barbare contre le camp de réfugiés de Jénine, il s’est attiré les foudres de l’Etat libanais refusant d’inclure les fameuses fermes de Chebaa dans le tracé de la ligne bleue délimitant la frontière internationale. Tout cela pour dire qu’il en fallait davantage qu’une rebuffade essuyée à Damas - un rendez-vous raté avec le président Bachar al-Assad initialement prévu pour lundi, mais qui n’a eu lieu que jeudi - pour entamer l’ardeur à l’ouvrage du diplomate scandinave. Et surtout le surprenant, le troublant optimisme qu’il a affiché au terme des entretiens qu’il a eus avec des dirigeants syriens et libanais notoirement hostiles pourtant à la 1559. 

La brèche dans ce mur d’hostilité que s’est employé à creuser Roed-Larsen, c’est la thèse, publiquement défendue, que la résolution onusienne n’est guère en contradiction avec l’accord de Taëf et le traité syro-libanais auxquels s’accrochent Damas et Beyrouth. Aux deux partenaires sans cesse harcelés par les injonctions de Washington et Paris, la démarche vient offrir une issue honorable : cela dans une région de la planète où il importe plus que tout à certains types de régime de sauver la face. Il y a là davantage cependant que l’astuce psychologique, que le bonbon onusien censé faire passer l’amère potion : autant en effet les Libanais aspirent à recouvrer leur indépendance et souveraineté à l’ombre d’un Etat démocratique, autant il y a lieu d’appréhender les secousses que risquerait de provoquer un retrait en catastrophe, non négocié, non consenti, qui viendrait libérer en même temps que le territoire de formidables capacités de nuisance...

Ce que fait Roed-Larsen dès lors, c’est de prendre au mot ceux qui ne jurent que par Taëf. Car c’est bien cet accord, perverti par Damas et ses satellites, qui prévoit le plus clairement du monde un processus de désengagement syrien voué à s’éterniser s’il n’y avait précisément eu la résolution 1559. Il en va de même d’ailleurs pour ces relations bilatérales, régies par un véritable contrat léonin et dont les plus éclairés des officiels s’aperçoivent aujourd’hui seulement qu’elles ont effectivement besoin d’être assainies. Taëf par la voie de la résolution de l’Onu, et pourquoi pas ? Mais de grâce, que cela ne prenne pas quinze ans, une fois de plus : il ne faut pas laisser noyer la 1559 dans dans les eaux profondes de "leur" Taëf. 

 


 

1559 - L’émissaire de l’Onu reçu par le patriarche Sfeir avant son départ pour Paris
Roed-Larsen de nouveau au Liban "dans les toutes prochaines semaines"

 

paru dans l'Orient-le Jour le 12 février 2005

 

L’émissaire des Nations unies en charge de l’application de la résolution 1559 du Conseil de sécurité, Terjé Roed-Larsen, a achevé hier sa première mission ès qualités au Liban et en Syrie par une visite à Bkerké, où il s’est entretenu avec le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir. Il a d’autre part eu une conversation au téléphone avec le chef de l’Etat, Emile Lahoud, au cours de laquelle il a été décidé de poursuivre le dialogue en cours entre l’Onu et les parties concernées par la 1559. Avant son départ pour Paris, dans l’après-midi, il a annoncé qu’il reviendrait dans la région "dans les toutes prochaines semaines". La misson de M. Roed-Larsen avait plutôt mal commencé le week-end dernier. Il avait prolongé son séjour à Damas pour attendre que le président syrien, Bachar el-Assad, le reçoive, comme il était prévu, mais cette rencontre n’avait pu alors avoir lieu. En quarante-huit heures, l’émissaire n’avait pu s’entretenir qu’avec deux responsables syriens, le ministre des Affaires étrangères, Farouk el-Chareh, et son vice-ministre, Walid Moallem, en charge depuis peu du dossier libanais. De son entrevue avec le premier, M. Roed-Larsen était sorti le visage fermé et s’était abstenu de la moindre déclaration à la presse. Quant à M. Chareh, il avait, au cours de l’entretien, sévèrement jugé l’action de l’Onu, estimant que la résolution 1559 était un "élément de tension" au Liban.

 

Mardi, à l’issue de ses entretiens avec les responsables libanais, l’émissaire onusien était placé devant l’alternative suivante : admettre l’échec de sa mission ou bien tenter de retourner la situation en jouant sur le facteur psychologique. Il a choisi la deuxième option, se disant très encouragé par ses contacts et affirmant que la 1559 se recoupait avec les accords de Taëf et le traité libano-syrien. Le lendemain, cette orientation était confirmée lors des conversations que M. Roed-Larsen a eues avec les représentants de l’opposition, qui ont semblé convenir avec lui de la nécessité de trouver une "porte de sortie" pour la Syrie, permettant de parvenir à une application sans dégâts de la 1559. La nouvelle approche a rouvert devant M. Roed-Larsen le chemin de Damas où il a finalement été reçu jeudi par M. Assad. Une nouvelle fois, l’émissaire s’est dit très satisfait de son entretien.

L’étape parisienne

Hier, à l’issue d’une rencontre de 45 minutes avec le patriarche Sfeir, suivie d’un déjeuner et d’une promenade dans les bois de Bkerké, il a dressé un bilan assez positif de sa mission, qualifiant de "bons" ses entretiens à Beyrouth et à Damas axés, selon lui, sur "la nécessité de trouver une plate-forme commune entre les parties concernées par l’application de la 1559". "J’ai contacté ce matin le président Lahoud. Nous avons eu une bonne conversation et je l’ai informé de mes entretiens jeudi à Damas. Nous sommes convenus de la poursuite du dialogue. J’ai l’intention de retourner au Liban dans les toutes prochaines semaines", a-t-il déclaré à la presse. Ce matin, M. Roed-Larsen sera reçu à Paris par le président français Jacques Chirac.

 

De sources diplomatiques, citées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, on admet que dans le principe, un cadre de l’Onu n’est pas censé s’entretenir des résultats de sa mission avec M. Chirac ou tout autre chef d’Etat avant d’en avoir informé celui qui l’avait chargé de cette mission, à savoir le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Mais les sources en question justifient cette entorse aux principes par des considérations formelles et de fond. Les premières sont d’ordre purement technique, M. Roed-Larsen, qui voyage à bord d’un avion de la MEA, devant faire escale en Europe sur sa route à destination de New York. Les secondes tiennent au fait que la France est, avec les Etats-Unis, le principal acteur de la 1559, mais surtout à la détermination affichée par Jacques Chirac pour faire appliquer la résolution le plus vite possible.

Le rapprochement franco-américain

M. Roed-Larsen devra donc prendre en compte les observations du chef de l’Etat français, tout comme il recueillera ultérieurement celles de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, qui a, elle aussi, demandé à le rencontrer. Ces deux entretiens sont absolument primordiaux pour l’Onu dans la mesure où ils permettront de savoir si le secrétaire général devra toujours soumettre son rapport sur l’applicaton de la 1559 au Conseil de sécurité le 2 avril, comme prévu, ou bien s’il est possible de retarder quelque peu - peut-être jusqu’à la mi-avril - cette échéance, à condition toutefois que des mesures concrètes soient prises dans l’intervalle sur le plan du retrait syrien. Les mêmes sources estiment par ailleurs que l’intérêt visiblement grand manifesté par M. Chirac au sujet de la 1559 ne tient pas uniquement à des considérations franco-libanaises ou franco-syriennes, mais aussi et surtout au fait que cette résolution contribue de façon peu négligeable au réchauffement en cours des rapports entre Paris et Washington. C’est la raison pour laquelle la 1559 occupera à n’en pas douter une place importante dans les discussions qu’auront les présidents Chirac et George W. Bush lors de leur sommet, prévu le 21 mars à Bruxelles.

 


Bush nomme un nouveau secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient
 
paru dans le Monde du 12 février 2005
 
Le président américain George W. Bush a désigné vendredi l'ambassadeur des Etats-Unis en Egypte, David Welch, pour occuper le poste de secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient, a annoncé la Maison Blanche. M. Welch, qui a déjà occupé les fonctions de principal conseiller auprès du secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient, remplacera William Burns s'il est confirmé par le Sénat américain. Avant d'être ambassadeur en Egypte, M. Welch a également été en poste à Ryad comme vice-chef de mission à l'ambassade américaine en Arabie Saoudite. M. Bush a par ailleurs nommé Nicholas Burns, l'ambassadeur américain auprès de l'Otan, pour le poste de secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires politiques, a précisé son porte-parole Scott McClellan dans un communiqué. M. Burns, qui avait été ambassadeur en Grèce, remplacera Marc Grossman. Nicholas Burns a également été porte-parole du département d'Etat et directeur des affaires russes au Conseil national de sécurité (NSC). Ces nominations entrent dans le cadre du renouvellement de la diplomatie américaine, désormais menée par Condoleezza Rice, pour le second mandat de M. Bush.

 


 

Un nouveau chef pour le Shin Beth
 
paru dans le Monde du 11 février 2005
 
Le nouveau chef du Shin Beth, le service de sécurité intérieure israélien, Yuval Diskin, a la réputation d'être un homme d'action inflexible, ce qui ne l'empêche pas d'être ouvert au dialogue. Yuval Diskin , 49 ans, un vieux routier du Shin Beth, a été désigné mercredi 9 février par le premier ministre israélien, Ariel Sharon, comme le prochain chef du service de sécurité, a-t-on annoncé de source officielle. "C'est un professionnel de première classe, et l'impression qu'il m'a donnée, c'est qu'il est en faveur du processus de réconciliation" entre les deux peuples, palestinien et israélien, a déclaré à l'AFP un haut responsable sécuritaire palestinien, Jibril Rajoub. M. Rajoub entretenait des contacts avec M. Diskin après les accords d'Oslo de 1993, lorsqu'il était lui même à la tête des services de la sécurité préventive palestinienne en Cisjordanie.
 
L'homme des "opérations de liquidation"
C'était avant le déclenchement de l'Intifada en septembre 2000, lorsque les services de sécurité israélien et palestinien coopéraient encore pour empêcher des groupes radicaux palestiniens de perpétrer des attentats. Mais après le déclenchement du soulèvement palestinien, le Shin Beth a engagé une guerre sans merci contre les activistes, qui de leur côté multipliaient les attentats-suicides et autres attaques aveugles contre des cibles israéliennes. Dans ce contexte, Yuval Diskin a joué un rôle de premier plan, selon la presse israélienne, qui révèle qu'il a organisé les "opérations de liquidation" qui ont notamment décimé toute la direction du mouvement islamiste radical Hamas. Dans ce but, il s'est efforcé d'accentuer la coordination avec l'armée israélienne, notamment l'armée de l'air, chargée le plus souvent d'effectuer ces assassinats ciblés sur la base des renseignements fournis par le Shin Beth. Mais à l'encontre de responsables politiques et militaires, M. Diskin n'a pas rendu responsable le défunt président palestinien, Yasser Arafat, décédé en novembre, du déclenchement des violences, estimant qu'elles provenaient d'abord des militants de base, rapporte le quotidien Haaretz.
 
Entrée en fonctions à la mi-mai
M. Diskin prendra ses fonctions à la mi-mai en remplacement d'Avraham Dichter, qui va achever un mandat de cinq ans, sans prolongation d'un an. Le nouveau chef du Shin Beth a servi durant vingt-sept ans au sein du service de sécurité intérieure, après avoir effectué son service militaire dans un commando d'élite, la Sayeret Shaked, rapporte la presse israélienne. Il a commencé sa carrière au Shin Beth comme responsable dans le secteur de Tulkarem et Naplouse, dans le nord de la Cijordanie. Durant la guerre du Liban en 1982, il a servi dans le secteur de Beyrouth. Au début des années 1990, il est à la tête du département du "contre-terrorisme", responsable du Shin Beth en Cisjordanie et adjoint du chef du Shin Beth entre 2000 et 2003. Il a servi récemment comme conseiller du chef du Mossad, le service d'espionnage, le général Meïr Dagan.
 
Désaveu pour Avraham Dichter
Le chef sortant du Shin Beth, Avraham Dichter, avait été lui-même chef adjoint de ce service de sécurité où il a commencé sa carrière comme garde chargé de la surveillance rapprochée des personnalités. Il a pris récemment des positions en pointe contre tout allégement significatif de la pression sur la population palestinienne, notamment contre toute libération significative de prisonniers palestiniens. M. Dichter a réclamé en outre le maintien par Israël du contrôle de la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte, après un retrait israélien de ce territoire, prévu par le "plan de désengagement" du premier ministre, Ariel Sharon. Ces prises de position contrastent avec celles de ses prédécesseurs, qui ont tous pris position contre la poursuite par Israël de l'occupation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. Elles ont été appréciées en revanche par le lobby des colons, qui fait campagne contre le retrait de la bande de Gaza.
 

 
A Gaza, Mahmoud Abbas frappe du poing
Il a destitué 30 officiers supérieurs et critiqué les tirs de roquettes sur les colonies
 
par JEAN-LUC ALLOUCHE, publié dans Libération le 12 février 2005
 
Couper court à toute tentative de saboter la timide embellie du sommet de Charm el-Cheikh qui s'est conclu par un cessez-le-feu mardi dernier. C'est dans ce but que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se rend, ce samedi, à Gaza pour y rencontrer tous les partis. Pour leur rendre compte des "acquis" obtenus par les Palestiniens, comme l'exigent les organisations, mais surtout pour leur lancer un avertissement sans ambiguïté. Mahmoud Abbas tient pour un défi à son égard les quelque 40 obus et roquettes Qassam tirés sur les colonies de Gouch Katif, jeudi, et revendiqués par le Hamas et les Comités de la résistance populaire. Du coup, il a ordonné que "tous les services de sécurité soient mis en alerte pour faire échec à toute tentative visant à donner à Israël un prétexte pour se dérober aux engagements pris lors du sommet".

 

De plus, afin d'asseoir son autorité, il a destitué quelque 30 officiers supérieurs à Gaza, dont le chef de la sûreté nationale, le général Abdelrazzak al-Majaïda, le chef de la police, le général Saïb al-Ajez, et le chef de la sûreté nationale dans le sud de la bande de Gaza, le général Omar Achour. Si ces derniers ont été démis de leurs fonctions pour "impéritie", après que des hommes en armes eurent tué trois détenus palestiniens dans la prison centrale de Gaza, ces limogeages servent aussi au Président à offrir des postes que convoite la jeune garde impatiente. De son côté, le Hamas, qui s'est dit "non associé" aux décisions de Charm el-Cheikh, assure par la voix de l'un de ses porte-parole, Sami Abou Zouhari, être "toujours intéressé par une trêve", mais qu'il "attend de connaître les engagements israéliens". Par ailleurs, avant la libération, en début de semaine, de près de 500 détenus palestiniens, le ministre de la Sécurité intérieure d'Israël estime : "Nous devrons d'une façon ou d'une autre libérer des prisonniers ayant du sang sur les mains." Souhaitée par les Palestiniens, cette mesure demeure controversée en Israël.

 


 
Déclaration de Terje Roed-Larsen, coordonnateur spécial du processus de paix au Moyen-Orient, 19 mai 2003
La communauté internationale doit user de son influence pour obtenir la création d'un Etat palestinien
 
diffusé par le Réseau Voltaire le 19 mai 2003

 

M. Terje Roed-Larsen, coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient et représentant personnel du Secrétaire général de l'ONU, a, au cours de la présentation qu'il a faite ce matin devant le Conseil de sécurité, déclaré qu'il espérait que les attentats survenus ce week-end au Moyen-Orient ne feraient pas dérailler le processus de paix enclenché depuis la confirmation d'Abou Mazen comme Premier Ministre palestinien et depuis la présentation de la Feuille de route, par le Quatuor, aux parties israélienne et palestinienne. Le succès du processus de paix dépendra de la bonne foi et des performances de toutes les parties, a poursuivi M. Roed-Larsen, en notant que la détermination à soutenir le processus, de la part des acteurs régionaux clefs que sont l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie saoudite, était indispensable. Nous devons à tout moment garder à l'esprit les objectifs finaux du plan qui sont la création d'un Etat palestinien viable, souverain, démocratique et la création d'un cadre assurant la sécurité et la prospérité de l'Etat d'Israël. Le processus doit mener à une paix globale, juste et durable. La route qui y mène est longue et semée d'embûches. Depuis notre dernière rencontre avec le Conseil de sécurité, 95 personnes ont perdu la vie dont 79 Palestiniens et 16 Israéliens, et depuis le début de la deuxième Intifada en septembre 2000, 2 648 Palestiniens et 751 Israéliens sont morts.

 

Les groupes responsables des actes terroristes doivent mettre fin à ces actes et l'Autorité palestinienne doit les combattre et traduire en justice ceux qui sont reconnu coupables de soutenir ou de planifier les attentats terroristes. Il existe une dépendance mutuelle entre Palestiniens et Israéliens. La terreur ne devra pas empêcher les deux parties de faire des avancées réciproques. Mais ces progrès ont besoin de détermination et de volonté de la part du nouveau Gouvernement palestinien. Des prises de position fermes seront un test qui démontrera la capacité de l'Autorité palestinienne à prendre les mesures nécessaires à la mise en œuvre de la Feuille de route. Dans le cadre de la première phase de la Feuille de route, Israël ne doit prendre aucune initiative qui minerait la confiance, y compris des attaques contre les civils ou la confiscation ou la destruction de maisons palestiniennes comme mesure punitive. Juste quelques heures après la publication de la Feuille de route, les forces israéliennes ont tué au moins 13 personnes dans la Bande de Gaza et en ont blessé beaucoup d'autres. Et les destructions de maisons palestiniennes se poursuivent : environ 70 maisons sont rasées chaque mois et ce chiffre va en augmentant. Quant aux destructions de terres agricoles, elles ont quasiment doublé en six mois. Les Nations Unies doivent rappeler à Israël ses obligations en vertu du droit international humanitaire et doivent lui répéter qu'il est inacceptable de faire continuellement usage d'une force excessive. Nous réitérons aussi notre opposition aux exécutions extrajudiciaires et demandons au Gouvernement israélien d'y mettre fin. 

 

Concernant la Bande de Gaza et la Cisjordanie, nous pensons que la profonde crise humanitaire qui affecte les populations de ces territoires est due aux restrictions de sécurité imposées par l'armée israélienne. Dans les deux zones, nous avons dénombré une centaine de points de contrôle et plus de 400 obstacles et fossés barrant les routes. Dans les deux territoires, le taux de pauvreté a augmenté de 25% en 1998 pour atteindre 60% en 2002. Dans la Bande de Gaza, qui est la plus pauvre, le taux de pauvreté de la population est de 75%. Au cours des deux dernières années, le chômage est passé de 20% à 53% et les blocus imposés par Israël ont coûté 5,4 milliards de dollars à l'économie palestinienne. 

 

Face à cette augmentation de la misère des Palestiniens, il faut qu'Israël lève le régime de blocus qu'il leur a imposé. Nous savons qu'il pourrait y avoir un revers de médaille à ce genre d'initiative, notamment en matière de sécurité. Mais seule une réouverture des points de passage peut relancer l'économie palestinienne. La Feuille de route peut offrir des mesures permettant de lutter contre l'augmentation du nombre d'attentats terroristes. Son approche place en effet les deux parties devant leurs obligations concernant la sécurité et les obligations humanitaires tout en renforçant l'appareil de sécurité de l'Autorité palestinienne sur la base du programme de lutte antiterroriste du Premier Ministre.

 

A la suite de l'attentat-suicide à la bombe commis le 30 avril à Tel-Aviv, a dit M. Roed-Larsen, Israël a voulu imposer de nouvelles restrictions de sécurité et d'accès à la Bande de Gaza. Le 8 mai dernier, le Groupe de travail sur la mise en œuvre des projets, qui représente le système des Nations Unies et la communauté des donateurs, a reçu un certain nombre de directives. Ces directives veulent, entre autres imposer une fouille des véhicules des personnels humanitaires entrant ou sortant de Gaza. Selon ces directives, tous les personnels se rendant à Gaza devront aussi signer une déclaration qui en fait est une tentative d'exonérer Israël de ses responsabilités vis-à-vis du personnel des Nations Unies. Toutes ces politiques constituent des violations des privilèges et immunités du personnel des Nations Unies et elles vont à l'encontre des obligations israéliennes, en tant que puissance occupante, en matière de droit humanitaire.

 

Si les efforts déployés ne contribuent pas à améliorer l'accès du personnel des Nations Unies à la Bande de Gaza, a estimé M. Roed-Larsen, il deviendra progressivement impossible d'y poursuivre les opérations. Comme le faisait remarquer le Commissaire général de l'UNRWA, M. Peter Hansen, cette situation ne pourrait durer si les mesures israéliennes étaient maintenues. Les deux tiers de la population de la Bande de Gaza sont des réfugiés qui dépendent des services de l'UNRWA pour les questions de santé, d'éducation et de services sociaux, a poursuivi M. Roed-Larsen, avant de rappeler à Israël sa responsabilité, en tant que puissance occupante, en matière de protection humanitaire au peuple palestinien. Si Israël empêche les Nations Unies de travailler sur le terrain, il est légitime d'attendre de lui qu'il apporte l'assistance dont a besoin la population de Gaza.

 

Le Coordonnateur spécial a en outre souligné que la situation humanitaire compliquait la tâche du nouveau Premier Ministre palestinien, Abou Mazen. Il a indiqué que l'acceptation par Abou Mazen de la Feuille de route constitue une étape importante qu'il importe de soutenir d'autant que l'Autorité palestinienne a fait des progrès considérables ces derniers mois dans de nombreux domaines. Parmi ces progrès, M. Roed-Larsen a mentionné la désignation d'un Premier Ministre investi de pouvoirs réels, la mise en place d'un cadre crédible et propice à la préparation d'une constitution pour un Etat palestinien, la nomination de ministres chargés de procéder à des réformes, et enfin l'établissement d'une commission électorale indépendante. Nous sommes prêts à travailler en étroite collaboration avec l'Autorité palestinienne pour mettre en œuvre ces réformes, a assuré le Coordonnateur spécial, de même que pour améliorer les conditions de sécurité comme prévu dans la Feuille de route. La sécurité est le domaine dans lequel l'Autorité palestinienne a échoué au cours des deux dernières années, a-t-il dit, faisant observer que, tant que les Palestiniens et les Israéliens ne se sentiront pas en sécurité, la mise en œuvre de la Feuille de route restera illusoire. 

 

Aussi, le Premier Ministre palestinien, Abou Mazen, a deux tâches prioritaires dans le domaine sécuritaire, à savoir restaurer la loi et l'ordre au plan interne et dans le même temps, prendre des mesures immédiates pour faire cesser le terrorisme et traduire en justice les responsables des attaques terroristes. Il doit s'assurer que les zones palestiniennes ne servent pas de base arrière aux attaques contre Israël, a-t-il dit, saluant au passage la déclaration d'investiture faite par Abou Mazen devant le Conseil législatif palestinien au cours de laquelle il s'est engagé à désarmer les groupes armés. Les efforts d'Abou Mazen seront sans aucun doute encouragés par la tentative du Gouvernement égyptien visant à obtenir un cessez-le-feu entre les groupes armés palestiniens. Un tel cessez-le-feu faciliterait la tâche du nouveau Premier Ministre qui a pour objectif de placer les armes palestiniennes entre les mains d'un appareil de sécurité réformé et efficace, comme prévu dans la Feuille de route. 

 

Le Gouvernement israélien doit pour sa part avaliser la Feuille de route et la mettre en œuvre, a poursuivi M. Roed-Larsen, souhaitant que la rencontre de samedi dernier entre les Premiers Ministres Sharon et Abou Mazen ait renforcé la confiance d'Israël dans ce plan de paix. Une large majorité d'Israéliens, y compris parmi les électeurs du Likoud, soutient la Feuille de route, s'est félicité le Coordonnateur spécial, soulignant que sa mise en œuvre est également dans l'intérêt d'Israël. Le fait que les deux parties prennent des mesures pour mettre en œuvre cette Feuille de route est un élément essentiel, a-t-il dit, car cette initiative suppose des mesures réciproques et parallèles selon un échéancier précis.

 

Abordant la question de la Ligne bleue, où il s'est rendu la semaine dernière, M. Roed-Larsen a indiqué que la dernière violation de cette Ligne remonte à la fin janvier et depuis cette date, les parties font preuve de retenue. Toutefois, il a dénoncé les violations aériennes de la Ligne bleue par Israël et les tirs anti-aériens du Hezbollah contre des positions israéliennes au-dessus de la Ligne bleue. Faisant état d'une série d'incidents, il a invité le Gouvernement libanais à assurer la sécurité du personnel de la FINUL et invité les parties à faire preuve de retenue. 

 

Il a fallu neuf mois pour finaliser la Feuille de route, a dit ensuite M. Roed-Larsen, convaincu que le vrai travail commence aujourd'hui avec sa mise en œuvre. C'est peut-être là la dernière chance pour les deux parties de parvenir à la coexistence de deux Etats en raison d'une série de facteurs qui éloignent progressivement les perspectives de paix, a-t-il ajouté, citant notamment le cycle de terreur et de violence et la construction d'un mur de séparation et la poursuite des colonies de peuplement par Israël qui progressivement rendra de plus en plus improbable la création d'un Etat palestinien. Il a lancé un appel aux parties palestinienne et