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Carlos
Ghosn, icône nippone
Au
Japon, trois ans après
son arrivée, le PDG
français d'origine
libanaise de Nissan
est devenu une idole
Le
PDG de Nissan, Carlos
Ghosn, a été classé
parmi les dix
personnalités les
plus puissantes de la
planète par le
magazine Fortune. Ce
classement récompense
le travail effectué,
depuis 1999, par le
PDG français
d'origine libanaise,
pour sauver le
constructeur
automobile japonais de
la faillite. L'année
dernière, Nissan a
affiché la marge bénéficiaire
la plus élevée du
secteur mondial de
l'automobile, avec des
bénéfices de 4,1
milliards de dollars
sur un chiffre
d'affaires de 56
milliards de dollars.
Carlos Ghosn a expliqué
la recette de son succès
à l'occasion d'une
conférence prononcée
lors du 43e
congrès de
l'Association
internationale des
marchés financiers à
Beyrouth.
par
MICHEL TEMMAN, publié
dans Libération le 17
octobre 2003
"Carlos
Ghosn, nêêêêê
!",
s'exclame, admiratif,
Fujimoto-san,
chauffeur de taxi au
volant d'une Nissan
aux sièges recouverts
de dentelle blanche.
"Il y a eu
Napoléon, Alain
Delon, Gabin... et
maintenant Ghosn-san."
Voilà
parfaitement résumé
l'état d'idolâtrie
avancé dont souffre
la société japonaise
à l'égard du patron
français de Nissan.
Depuis son arrivée il
y a trois ans, sa cote
de popularité auprès
des Japonais n'a
toujours pas molli.
Mieux, elle continue
de progresser. Hier,
le nouveau "Napoléon"
des affaires dressait
le bilan du plan de
sauvetage du
constructeur japonais
que nombre
d'observateurs avaient
pourtant donné pour
mort. Dans un show à
l'américaine, Carlos
Ghosn, triomphant, a
eu du mal à contenir
ses élans
d'autosatisfaction. "Nissan
fait aujourd'hui du
cash. Tellement de
cash que la question
est de savoir comment
bien le dépenser
!", a-t-il déclaré.
Rival loyal. Plus
qu'infaillible, quasi
religieuse,
l'admiration que
vouent les Japonais à
celui que l'archipel
qualifiait en 1999 de cost
killer ("le
tueur de coûts")
est sans limite.
Sollicité pour ses
conseils, élevé au
rang de gourou par le
tout-patronat nippon,
Ghosn a été élu en
début d'année, pour
la troisième année
consécutive, meilleur
manager de l'année.
Une première dans
l'archipel. De surcroît
pour un boss étranger.
Sony a ainsi fait
entrer le patron de
Nissan dans son comité
directeur. Même chez
Toyota, premier
constructeur nippon
(plus de 40 % de parts
de marché) et
concurrent de Nissan,
on ne reste pas
insensible aux résultats
du PDG. "Avec
Ghosn à sa tête,
Toyota considère
Nissan comme son seul
rival loyal",
confie un expert
automobile. Le patron
français est aussi
devenu un phénomène
d'édition. Après la
publication de
plusieurs mangas (BD)
et livres de gestion
sur son succès à la
tête de Nissan, son
nouveau livre
d'entretiens, Citoyen
du monde, pointe
en tête des ventes.
L'homme ne séduit
plus seulement les
milieux d'affaires et
les analystes
financiers. "Ici
au Japon, Ghosn est
connu jusque dans les
campagnes. C'est
devenu une figure
nationale",
affirme un
publicitaire de
l'agence Hakuhodo.
Mais pourquoi vénère-t-on
celui qui n'hésita
pas à briser dès son
arrivée le tabou du
licenciement collectif
? "Au début,
rappelle Tastuji
Nagataki, critique,
producteur de musique,
et un des
organisateurs du
French Blue Meeting
(rendez-vous annuel de
fanas de voitures françaises
à Nagano), Ghosn a
été présenté
froidement par les médias
japonais. On ne
parlait que du cost
killer ou de seven
eleven (supérette
nippone ouverte 24
heures sur 24, ndlr)
à cause de sa capacité
de travail. En 1999,
le quotidien Asahi
a publié en une la
photo de Ghosn, l'air
très agressif derrière
ses lunettes. On
pensait qu'on nous
envoyait un Français
qui allait licencier
des Japonais. C'était
sûr : la guerre
allait éclater entre
Paris et Tokyo !"
"En fait,
poursuit-il, les
Japonais ont peu à
peu découvert un
homme franc,
charismatique et
attachant. Ghosn est né
au Liban, il a grandi
au Brésil, il est
Français, mais n'a
pas vécu qu'en
France. Pour nous,
c'est important. Il
est cosmopolite, différent.
Un marginal comme lui
qui débarque au Japon
et parvient à la
gloire, on adore
!"
Opinion que partage
Riku Suzuki, patron de
Sazaby (1.500 employés),
société de Tokyo spécialisée
dans le "life
style". "Ghosn
? Il est au firmament.
Comme beaucoup de
patrons japonais, je
pense que c'est un
superhéros qui fait
des miracles. Nissan
allait très mal.
C'est maintenant un
groupe dynamique.
Certains disent que
Ghosn a fait ce qu'il
devait faire. Facile
à dire. Sa réussite,
tient du génie !
C'est pourquoi Sony
l'a accueilli dans son
conseil des
directeurs, où Ghosn
aura sans doute un rôle
de troisième oeil.
Les Japonais l'aiment
car il fait ce qu'il
annonce. C'est
courageux car s'il échouait,
il serait obligé de
se faire hara-kiri
!" Simplicité.
Sur sa lancée, Ghosn
est aussi devenu la référence
d'entrepreneurs de
toutes nationalités
établis au Japon.
Parmi les quelque 500
entreprises françaises
implantées dans
l'archipel, son nom
reste un symbole. "Les
Japonais accueillent
l'autorité de façon
très féodale, analyse
Alain Soulas, président
de l'agence de
publicité F-Emotion. Le
modèle d'autorité de
Carlos Ghosn passe
bien car ses mesures
sont extrêmement
claires, noires ou
blanches, et ne
laissent pas de place
à l'incertitude. A un
moment où beaucoup
d'hommes politiques et
de chefs d'entreprise
font dans la
demi-mesure et cachent
les difficultés,
Ghosn annonce la
couleur. Il délivre
des messages de volonté
et de simplicité. Les
Japonais sont persuadés
qu'il ne ment
pas."
Pour compléter
l'hagiographie, Tetsu
Alain Namba, 21 ans,
étudiant
franco-japonais en
marketing, estime "qu'au
Japon, Ghosn a un
avantage psychologique
: il parle plusieurs
langues et connaît
bien le monde des
usines et des chaînes
de production. C'est
un homme droit, de
pouvoir, sans doute très
dur, mais il respecte
ses employés".
Même les fleuristes
nippons lui tressent
des couronnes de
fleurs. "Ghosn-san,
sugoï !
("super",
ndlr) sourit
Masuo Furuhata, 70
ans, qui tient une
boutique près du
cimetière central de
Tokyo. "Il a
licencié beaucoup
d'employés, mais les
gens l'aiment bien. On
l'adore parce qu'il a
du coeur. S'il n'en
avait pas, on ne
l'aimerait pas !"
De quoi faire durer
l'idylle japonaise du
patron de Nissan au
moins jusqu'en 2005. A
cette date, il
reviendra à Paris
pour prendre la présidence
de l'ensemble du
groupe Renault-Nissan.
Nissan
se fixe une politique de
dividende ambitieuse
par CHARLES
GAUTIER, publié dans le
Figaro le 24 juin 2004
Bonne nouvelle pour
Renault. Carlos Ghosn, président
de Nissan, a annoncé hier
que le deuxième
constructeur japonais
voulait porter à 40 yens
(0,30 euro) par action son
dividende d'ici 2008, soit
une hausse de 67% par
rapport à ce qui est prévu
pour l'exercice en cours.
Renault, qui détient 44 %
du capital de Nissan,
touchera pour l'exercice
en cours 24 yens par
action. Lors de la présentation
des résultats annuels de
Renault, Thierry
Moulonguet directeur
financier du groupe français
avait indiqué que le
constructeur japonais
avait versé 267 millions
d'euros de dividendes au
titre de 2003 et 183
millions d'euros au titre
de l'exercice 2002. Hier,
le titre Nissan a clôturé
à la bourse de Tokyo en
hausse de 1,34% à 1.135
yens. Selon les analystes
nippons, cités par
l'agence Reuters le
rendement de l'action
devrait atteindre 2,1%
soit près du double de la
moyenne (0,96%) des
rendements des valeurs
composant l'indice Nikkeï.
"L'appréciation du
cours de l'action démontre
que le marché salue nos
performances", a
souligné Carlos Ghosn.
On se souvient qu'en
avril, le futur directeur
général de Renault (il
cumulera ce poste avec
celui qu'il occupe chez
Nissan) avait annoncé une
hausse de 12% de son bénéfice
d'exploitation pour
l'exercice écoulé.
"Nous voulons récompenser
la confiance de nos
actionnaires par le biais
d'une politique de
dividende intéressante et
prévisible". Désormais
de nombreuses sociétés
japonaises, environ un
tiers des entreprises cotées,
s'efforcent de pratiquer
cette politique d'annonce
de dividendes qui
contraste avec l'habitude
de dividendes faibles et
stables. Selon les experts
japonais, cette hausse
serait en moyenne de 20%.
Pour parvenir à l'amélioration
de son dividende, Carlos
Ghosn entend mener à bien
son troisième plan
"Value Up" qui
sera en fait la feuille de
route de Nissan après sa
prise de fonction chez
Renault. Ce plan vise à
ce que Nissan parvienne à
vendre 4,2 millions de véhicules
lors de l'exercice
s'achevant au 31 mars
2008, soit une hausse de
37% par rapport aux
performances commerciales
actuelles. Sur cette période
Nissan commercialisera 28
nouveaux modèles.
Nissan
affiche de nouveaux
profits records
Le
japonais veut vendre 4,2
millions de véhicules
en 2008
par
CHARLES GAUTIER, publié
dans le Figaro le 27
avril 2004
Les
cadres de Nissan
connaissent désormais
l'ampleur de la tâche
qu'ils devront accomplir
lors des prochaines années.
Après le "Nissan
Revival Plan" qui a
permis le redressement
du groupe japonais, puis
le "Plan 180"
qui s'achèvera en avril
2005, Carlos Ghosn,
patron de Nissan, a énoncé
hier ses ambitions lors
de la présentation des
résultats annuels du
groupe. Ce plan dénommé
«Nissan Value Up»
regroupe les principaux
axes de développement.
Il entrera en vigueur
dans un an lorsque
Renault et Nissan seront
pilotés par un seul
homme, Carlos Ghosn.
Celui-ci a notamment fixé
hier pour objectif un
volume de vente, trois
ans plus tard, en 2008
de quelque 4,2 millions
de véhicules dans le
monde contre un peu plus
de 3 millions lors de
l'exercice achevé fin
mars. Pour y parvenir,
Nissan a décidé de
lancer 28 nouveaux modèles.
Bien entendu les
objectifs financiers
resteront très tendus :
le retour sur
investissement devra
ainsi être au minimum
de 20%. Le deuxième
groupe automobile
japonais, qui est
actuellement le
constructeur automobile
le plus rentable du
monde après Porsche, ne
veut pas s'arrêter en
si bon chemin après
avoir présenté hier
des résultats records.
Nissan
a en effet annoncé pour
l'exercice 2003-2004, un
résultat net de 3,84
milliards d'euros, en
hausse de 1,7% par
rapport à l'exercice précédent.
Le résultat opérationnel
a bondi de 12% à 6,36
milliards d'euros, le
chiffre d'affaires a,
quant à lui, progressé
de 8,8% à 56,5
milliards d'euros. Les
analystes japonais et la
direction du groupe
s'accordent à penser
que cette fois, ce ne
sont plus les réductions
de coûts qui sont à
l'origine de la forte
rentabilité du groupe
mais bien la politique
commerciale : l'entrée
sur le très rentable
marché chinois grâce
à Dong Feng et
l'offensive sur le marché
également lucratif des
véhicules tout terrain
de loisir aux Etats-Unis.
Et déjà, pour
l'exercice qui s'achèvera
en mars 2005, Nissan
vise un résultat net très
proche des 4 milliards
d'euros ; le chiffre
d'affaires devrait selon
les prévisions du
groupe contrôlé à
44,4% par Renault bondir
à 63,1 milliards d'euros.
Cependant à Tokyo,
l'analyste Koji Endo de
Credit Suisse First
Boston, redoute que
l'objectif visant à
vendre 3,6 millions de véhicules
sur un an en septembre
2005, l'une des trois
ambitions du plan 180,
risque de ne pas être
atteint. "La
partie la plus difficile
est le Japon, a-t-il
déclaré, Il est également
de moins en moins
probable qu'ils
atteignent leurs
objectifs aux Etats-Unis."
Ce plan lancé voici
deux ans prévoyait
aussi la réalisation
d'une marge
d'exploitation de 8% -
ce qui est acquis -
et un endettement nul.
Carlos Ghosn : "Ma
méthode pour sauver
Nissan peut être
appliquée au
Liban"
En
clôture du 43e congrès
international des marchés
financiers
par
SIBYLLE RIZK, publié
dans l'Orient-le Jour le
15 septembre 2003
A chacun
de ses passages au Liban
depuis qu’il est
devenu le célèbre président
de Nissan, Carlos Ghosn
entend la même question
: votre méthode pour
sauver le constructeur
japonais de la faillite
est-elle applicable au
Liban ? Les origines
libanaises de ce PDG
ultramédiatisé
l’exposent
invariablement au désir
de ses compatriotes de
trouver enfin le
"sauveur" qui
redressera le pays. Et
certains lui demandent
parfois directement
s’il accepterait de
tenir les rênes du
gouvernement libanais… Si
le mythe du sauveur est
une constante de la
psychologie collective
libanaise, il est vrai
qu’il trouve en Carlos
Ghosn une incarnation
particulièrement alléchante
: l’homme a orchestré
le redressement
spectaculaire de Nissan,
une entreprise que des géants
du secteur automobile
avaient jugée
impossible et avaient
donc refusé de racheter
le constructeur criblé
de dettes. Invité pour
clôturer les travaux du
43e congrès de l’ACI,
l’Association
internationale des marchés
financiers, au centre
Biel à Beyrouth, Carlos
Ghosn a expliqué la
recette de son succès.
Elle est applicable à
toute entreprise, entité
publique ou pays en
difficulté, a-t-il
ajouté, en réponse à
la question de savoir si
la méthode pourrait
sauver le Liban. La médiatisation
extraordinaire dont
Nissan et lui-même bénéficient
dans la presse nipponne
et au-delà reflète
d’ailleurs, selon lui,
l’idée que le cas de
Nissan symbolise celui
du Japon tout entier. La
plupart des observateurs
voudraient trouver dans
le redressement du
constructeur, devenu la
deuxième capitalisation
boursière mondiale après
Toyota, l’inspiration
pour relancer l’économie
du Japon. La méthode
est peut-être appliquée
partout, mais pas copiée,
insiste Carlos Ghosn.
C’est
chez les gens qui
composent
l’entreprise, la ville
ou le pays que réside
la solution. Le tout est
de les mobiliser autour
d’objectifs très
clairs, indiscutables -
effacer la dette, rétablir
la rentabilité,
augmenter les ventes,
etc. - en les intégrant
dans le processus de
recherche de solutions. Si
Carlos Ghosn n’a pas
souhaité risquer un
diagnostic concernant le
cas du Liban, il a en
revanche résumé
pourquoi, selon lui,
l’économie du
Moyen-Orient n’a
toujours pas décollé.
"Créer de la
richesse n’est pas une
priorité des
gouvernements de la région,
constate-t-il
simplement. Or de même
que le profit n’est
jamais une conséquence,
mais le moteur de
l’activité d’une
entreprise, le développement
économique doit être
au cœur de la politique
d’un pays." Et
Carlos Ghosn de citer,
à titre d’exemple, le
cas de la Chine, dont
l’objectif national,
fixé par les autorités,
est de quadrupler le
produit intérieur brut. Le
PDG de Nissan donne
toutefois un conseil :
"Créez un véritable
marché commun arabe,
car si les frontières
sont aujourd’hui
ouvertes sur le papier,
en réalité elles ne le
sont pas." Dans le
secteur de
l’automobile par
exemple, tout le marché
arabe représente
500.000 unités par an,
dont 50 % sont absorbés
par l’Arabie saoudite.
Or une usine fabrique un
minimum de 250.000 unités
par an. Dans ces
conditions, quel
constructeur se risquera
à investir au
Moyen-Orient, sachant
par ailleurs que les
marchés sont cloisonnés
? "Ce qui est
valable pour les
voitures l’est aussi
pour des quantités de
produits", dit-il,
préconisant de créer
un grand marché pour
inciter les
investisseurs potentiels
à se lancer dans la
substitution aux
importations.
Nissan
tire Renault vers le
haut
Grâce
au japonais, le bénéfice
net du français en
hausse de 27%
par
DAVID REVAULT
D'ALLONNES, publié dans
Libération le 11 février
2004
Louis
Schweitzer, PDG de
Renault, peut encore
remercier Nissan. Le
constructeur français a
vu son bénéfice net
grimper de près de 27 %
en 2003 en grande partie
grâce au japonais, dont
Renault détient 44,4 %
du capital. Ce bénéfice
s'élève à environ 2,5
milliards d'euros, dont
une contribution de 1,7
milliard d'euros du
groupe présidé par
Carlos Ghosn. Et, dans
une moindre mesure, du
groupe suédois de poids
lourds Volvo, dont
Renault détient 20 %. "La
contribution de Nissan
à nos résultats a
progressé de 370
millions d'euros",
s'est félicité Louis
Schweitzer. Ensemble,
Renault et Nissan ont
vendu 5,4 millions de véhicules,
"ce qui nous
place au cinquième rang
mondial et ce qui permet
d'avoir les économies
d'échelle des grands
constructeurs mondiaux
". Pour
l'heure, cela ne se voit
pas dans la marge opérationnelle
du français, en chute
à 3,7 %, contre 4,1 %
l'an passé. Car, sans
Nissan, Renault est
beaucoup moins
flamboyant. Son président
a expliqué cette dégradation
par l'appréciation de
l'euro et l'atonie du
marché européen, et en
particulier français,
dont il attend une
reprise d'environ 2,5 %.
Sans se montrer trop
optimiste : "Il
faut reconnaître qu'en
France nous attendons
les signes encourageants
plutôt que nous les
voyons."
paru
dans le Monde du 30
juillet 2003
La
nationalisation de Renault
en 1945 en avait fait un
symbole de l'Etat
industriel et un modèle
pour les opérations de la
gauche en 1982. Pierre
Dreyfus, son ancien PDG,
était devenu ministre de
l'industrie de François
Mitterrand à cette date.
Faut-il aujourd'hui
ajouter un nouvel épisode
au film, inverser le
symbole et faire de
Renault un modèle de
privatisation ? L'Etat
propriétaire se révèle
pragmatique et
intelligent, une fois
n'est pas coutume, au
regard des critiques émises
la semaine passée par les
parlementaires contre EDF
et France Télécom. L'Etat
a attendu un relèvement
de la Bourse pour vendre
un tiers de sa
participation résiduelle
au capital du constructeur
d'automobiles. Sans doute
la valeur du titre, 49,15 euros,
est-elle inférieure à
celle de la précédente
vente, mais le CAC a chuté
de 50 % depuis l'été
2000. La réussite du
rachat ambitieux du
japonais Nissan, décidé
par le PDG Louis
Schweitzer, ouvre,
digestion faite, de bonnes
perspectives, que le marché
salue : le titre
Renault a crû de 10 %
depuis un an. La cession
va rapporter 1,2 milliard
d'euros au Trésor, qui en
a bien besoin.
Le
ministère des finances
n'a pas encore indiqué
quelle serait
l'affectation de cette
somme. Les fruits des
privatisations ne peuvent
pas être versés au
budget général, mais
doivent être, soit mis
dans le fonds de réserve
des retraites, soit versés
au capital des autres
entreprises dont l'Etat
reste propriétaire. En
avril 2002, une vente
de 10 % du capital de
Renault avait ainsi permis
de recapitaliser
Charbonnages de France, le
Réseau ferré et la
caisse de sauvetage du Crédit
lyonnais. Cette obligation
est salutaire : elle
contraint l'Etat à ne pas
gâcher cet argent dans
des dépenses de
fonctionnement, comme il
en aurait la tentation,
mais à le réserver à
des besoins de long terme.
Elle renforce le capital
des entreprises publiques
avant une revente éventuelle,
politique indispensable,
comme le démontre le
contre-exemple d'Alstom, cédée
par Alcatel en 1999 sans
capital, ce qui explique,
du moins en partie, ses
graves difficultés
d'aujourd'hui.
Mais,
si le gouvernement est
donc un gestionnaire
vertueux par obligation légale,
il n'en est pas moins,
volontairement cette fois,
un propriétaire qui ose
afficher une politique
industrielle. Il faut sans
doute en féliciter
Francis Mer. Le ministre
des finances a annoncé
que l'Etat a vocation à
conserver les 15 %
qui lui restent dans
Renault, du moins pour
l'instant, afin de "contribuer
à la stabilité de
l'actionnariat"
de cette entreprise,
autrement dit à éloigner
les prédateurs
potentiels. A l'heure où
un autre fleuron du
patrimoine industriel
national, le géant de
l'aluminium Pechiney, fait
l'objet d'une OPA hostile,
la démarche doit être
saluée. Pechiney risque
de perdre ses racines françaises,
avec ce que cela comporte
d'emplois de haut niveau
induits, mais l'Etat, qui
a cédé intégralement
ses parts au capital, n'y
peut plus rien. Renault,
symbole d'une
privatisation pragmatique,
apparaît aussi comme un
modèle dépolitisé où
le libéralisme sait
s'accompagner d'une
gestion industrielle de
long terme.
Renault-Nissan
: les cinq ans d'une
alliance en or
par
CHARLES GAUTIER, publié
dans le Figaro le 1er
mars 2004
"Et nous nous
sommes retrouvés
uniques candidats d'un
concours de beauté..."
Avec modestie, Louis
Schweitzer se remémore
parfois cette fameuse
matinée du 9 mars 1999.
En visite au Salon
automobile de Genève,
le président du groupe
Renault est soudain
poursuivi par les
journalistes alors qu'il
détaille les modèles
de la concurrence.
Pourquoi ce soudain
brouhaha ?
DaimlerChrysler vient de
retirer sa candidature
à la reprise de Nissan.
Revenu sur son stand
pour prendre
connaissance du
communiqué officiel du
rival allemand, Louis
Schweitzer improvise une
conférence de presse.
Brève, elle se résume
en deux mots : Renault
continue. Les rivaux
s'interrogent sur le
choc des cultures. Des
observateurs japonais se
renseignent : le groupe
français est quasiment
inconnu au Japon.
Qu'importe ! Louis
Schweitzer, qui fera
sien le concept de
groupe binational, reste
toujours partant pour la
grande aventure nippone.
La prise de
participation de Renault
dans le capital de
Nissan est effective
trois semaines plus
tard. Cinq milliards de
dollars et cinq ans plus
tard, les deux groupes
fabriquent plus de 5
millions de voitures par
an ensemble... Ce résultat
atteint l'an dernier démontre
a posteriori le
bien-fondé d'une stratégie
plus risquée que ne le
laissait supposer les déclarations
apaisantes de l'époque.
Mais l'opération, au
prix de 21.000
suppressions d'emplois
et de cinq fermetures
d'usines, a réussi.
Aujourd'hui, personne ne
peut contester la taille
mondiale de Renault.
De plan de
redressement -
Nissan revival Plan -
en plan de relance (Plan
180), l'actuel président
de Nissan, Carlos Ghosn,
mène le grand combat de
l'alliance. Avec
notamment Patrick Pelata,
vice-président en
charge de la stratégie,
et Thierry Moulonguet,
en charge des finances,
aujourd'hui revenu chez
Renault en tant que
directeur financier. En
tout, plusieurs dizaines
d'expatriés français
partent au pas de charge
participer au
redressement à présent
acquis. Voilà deux ans,
alors qu'on lui
demandait, toujours lors
du Salon automobile de
Genève, si l'opération
Nissan n'avait pas été
trop pénalisante pour
Renault, Louis
Schweitzer lâcha :
"Il m'a semblé
que les lumières des
bureaux restaient allumées
plus tard le
soir..." Les
ressources humaines et
financières allouées
au redressement de
Nissan ont peut-être
fait défaut à Renault
et réduit sa marge de
manoeuvre, mais le deuxième
constructeur japonais a
d'ores et déjà versé
au total 548,2 millions
d'euros de dividendes.
Pour importantes
qu'elles soient, les
retombées financières
ne constituent pas le
seul moteur de l'opération.
Nissan, numéro deux
mondial en termes de
capitalisation boursière
derrière Toyota, peut
s'enorgueillir d'être
le constructeur généraliste
le plus rentable du
monde. Surtout, Nissan
permet à Renault de réaliser
d'importantes économies.
Les deux partenaires
s'entraident. Grâce à
Renault, Nissan est présent
au Brésil, et ce
dernier renvoie
l'ascenseur au Mexique.
Le partage des
plates-formes -
Micra-Clio - est
presque une réalité en
attendant que les
rythmes de production
n'autorisent d'autres économies
pour les achats regroupés
au sein de
Renault-Nissan
Purchasing Organization.
Alors que s'achève
à la fin de mars
l'exercice décalé de
Nissan, tout le monde
attend désormais le
passage de témoin à la
direction opérationnelle
du groupe entre Carlos
Ghosn et Louis
Schweitzer prévu pour
avril 2005. Le manager
d'origine libanaise (qui
n'est d'ailleurs pas
attendu au Salon de Genève
cette année) dirigera
les deux constructeurs
alors que Louis
Schweitzer présidera le
conseil
d'administration.
L'alliance
Renault-Nissan donnera
au groupe français la
possibilité de réaliser
d'importantes économies,
tant en matière de
nouveaux produits que de
conquête de marchés
nouveaux, amplement
simplifiée sur le
continent nord-américain
et la Chine grâce à
l'apport de Nissan. L'un
des chantiers les plus
importants sera
toutefois d'accroître
la rentabilité de
Renault. Après avoir réussi
à convaincre Louis
Schweitzer de le laisser
mener le redressement de
Nissan, Carlos Ghosn
s'attellera bientôt à
cette opération aussi
compliquée. Ses rivaux
ne lui faciliteront pas
la tâche. Mais le
vainqueur du concours de
beauté de 1999 peut
aussi rêver de podium
mondial.
Nissan
mise sur les Etats-Unis
par
CHARLES GAUTIER, publié
dans le Figaro le 2 mai
2003
Le temps
presse pour Carlos Ghosn,
actuel patron de Nissan
: dans moins de deux
ans, il dirigera aussi
Renault, qui détient
44,4% du groupe
japonais. Il sera alors
partagé entre les deux
entreprises, et sans
doute accaparé par son
retour chez le
constructeur français :
il doit dès maintenant
s'efforcer de pérenniser
la progression
spectaculaire de Nissan,
autrefois au bord de la
faillite, mais désormais
financièrement tiré
d'affaire. Quatre ans
après la prise de contrôle
par Renault, Nissan a
affiché lors de
l'exercice 2002-2003
(achevé le 31 mars) une
marge opérationnelle de
10,8%, l'une des
meilleures de
l'industrie automobile
mondiale, selon le
groupe. Pour mémoire,
le bénéfice
d'exploitation (6,25
milliards d'euros) a
progressé de 50,7%. Et
devrait connaître une
hausse de 11,3% lors des
douze prochains mois.
Complètement désendetté,
Nissan entend désormais
accroître son influence
en Amérique du Nord,
marché de tous les
profits pour les
constructeurs japonais.
Pour se convaincre de
l'importance des
Etats-Unis dans les
comptes des groupes
japonais, il suffit de
noter la hausse des
titres des constructeurs
nippons, avant-hier, après
l'annonce d'un indice de
confiance meilleur que
prévu des consommateurs
américains : en une séance,
Nissan a gagné à Tokyo
plus de 7% !
Le
lancement prochain de la
deuxième tranche
d'investissements de
l'usine de Canton
(Mississippi), inaugurée
en mai, où seront
fabriqués de nouveaux
modèles à forte marge,
illustre une certitude :
2003 sera pour Nissan
l'année des Etats-Unis.
"Nous souhaitons
y accroître nos ventes
de 17%, alors que nous
anticipons une baisse de
7% du marché américain",
a souligné Carlos
Ghosn, de passage à
Paris. La
commercialisation de
nouveaux modèles jouera
un rôle déterminant :
"La partie ne
sera pas facile, mais
solidement planifiée, a
indiqué le patron de
Nissan, nous n'avons
pas l'intention de
participer à la guerre
des prix et des
promotions."
Pour sauver les parts de
marché, les
constructeurs américains,
désireux notamment de
limiter les surcapacités,
n'hésitent pas depuis
les attentats du 11
septembre 2001 à
multiplier les offres
promotionnelles très coûteuses.
"Nous
n'atteindrons pas coûte
que coûte notre
objectif de vendre un
million de voitures aux
Etats-Unis en 2005, nous
voulons y parvenir avec
une profitabilité
maximale. Et c'est pour
cela que l'objectif sera
plus dur à atteindre ;
aujourd'hui, nous devons
viser la croissance et
la rentabilité."
En deux ans, Nissan
entend accroître ses
ventes d'environ trois
cent mille unités aux
Etats-Unis. "Cela
prendra plusieurs années
pour que Nissan maximise
son potentiel aux
Etats-Unis", assure
Carlos Ghosn, qui attend
aussi beaucoup de la
Chine. Il espère un
accroissement des parts
de marché en Europe,
avec un objectif de cinq
cent trente mille unités
vendues en 2003-2004 grâce
à la nouvelle Micra,
dont la production a été
portée à deux cent
mille véhicules sur le
site de Sunderland
(Grande-Bretagne). Et,
si le développement
profitable de Nissan est
assuré dans deux ans,
le nouveau patron de
Renault aura l'esprit
libre pour ses nouvelles
fonctions.
Comment Carlos
Ghosn a sauvé Nissan
Un
livre consacré au
patron franco-libanais
du constructeur nippon
par
SIBYLLE RIZK, publié
dans l'Orient-le Jour
le 6 mai 2003
Carlos
Ghosn est un habitué
des médias. Son nom
figure depuis longtemps
dans les kiosques à
journaux. Le patron de
Nissan a aussi fait
l’objet d’une bande
dessinée, sans compter
les thèses qui lui sont
consacrées. Il est désormais
en rayon dans les
librairies. David Magee,
un journaliste américain,
lui a en effet consacré
un livre pour mieux
comprendre comment ce
Français d’origine
libanaise a sauvé le
constructeur japonais.
L’ouvrage a été
traduit en français aux
éditions Dunod. Il
raconte l’histoire
d’un redressement
spectaculaire en
expliquant la méthode
Ghosn : une véritable
leçon de management.
Nissan a été l’un
des fleurons de
l’industrie japonaise
avant de symboliser la
crise de l’économie
nipponne. La conclusion
d’une alliance avec
Renault, en 1999, marque
le début d’une
nouvelle période. Créé
en 1933, Nissan a débarqué
aux Etats-Unis dès les
années 1950, sous la
marque Datsun. C’était
un pari risqué au
lendemain de la Deuxième
Guerre mondiale pour une
entreprise venant d’un
pays vaincu, mais un
pari réussi. En 1975,
Datsun devient le
premier importateur de véhicules
aux Etats-Unis, et
c’est à cette période
que le monde occidental
commence à s’intéresser
aux méthodes de travail
japonaises. En 1983, le
constructeur ouvre une
usine au Tennessee et se
met à vendre ses
voitures sous le nom de
Nissan.
Les problèmes débutent
à partir des années
1990. Ils viennent du
conservatisme des
dirigeants de Nissan,
mais aussi des
traditions économiques
du pays du Soleil
Levant. Les grandes
entreprises y sont liées
entre elles par un système
de relations
client-fournisseur,
baptisé Keiretsu, qui
consiste en des
participations croisées.
Trente à cinquante pour
cent du capital de ces
grandes entreprises son
détenus par des
entreprises faisant
partie du même Keiretsu.
Ce système a été un
moteur puissant pendant
les années fastes, mais
il s’est révélé très
handicapant au moment du
retournement de
conjoncture. Pour
Nissan, le Keiretsu a été
synonyme de gonflement
exorbitant de ses coûts
de production, car il
l’obligeait à
effectuer ses achats
auprès des mêmes
fournisseurs qui, bénéficiant
d’un marché captif,
ne faisaient aucun
effort de compétitivité. Dans
la seconde moitié des
années 1990, Nissan
croule sous les dettes
et multiplie les déconvenues.
Le constructeur caresse
un temps l’espoir
d’une fusion avec un
autre groupe de taille
mondiale, mais les
discussions avec
DaimlerChrysler et Ford
n’aboutissent pas.
C’est alors
qu’intervient Renault.
Le groupe français qui
sort d’une phase de
restructuration cherche
des partenaires pour se
développer hors
d’Europe.
Alliance avec Renault
Carlos Ghosn, alors
directeur général chez
Renault, pousse à
l’alliance avec
Nissan. Le patron du
groupe français prend
la décision
d’injecter cinq
milliards d’euros
d’argent frais dans
l’entreprise japonaise
en acquérant 36,8 % du
capital. Ghosn est nommé
directeur général de
Nissan en 1999 (il
n’en deviendra le PDG
qu’en 2001). Pour lui,
il s’agit d’un défi
bien plus grand que ceux
qu’il a déjà relevés
au sein de Michelin,
d’abord, puis de
Renault, ensuite. Car,
cette fois, c’est à
lui que revient le
dernier mot, le pouvoir
décisionnel. Le défi
culturel est plus grand
que le défi économique,
car le diagnostic des
problèmes de Nissan est
évident, mais la
difficulté consiste à
mener à bien la réforme.
D’autres s’y sont
cassé les dents avant
Carlos Ghosn. Mais le
nouveau patron dispose
d’une recette qui a déjà
fait ses preuves
ailleurs : il pense
qu’à tous les échelons
de l’entreprise les
employés ont des
solutions aux problèmes
qui se posent. Au lieu
d’appliquer des plans
préconçus, il prend la
peine d’écouter tout
le monde et organise des
groupes de travail réunissant
des salariés de différents
grades et de différentes
cultures, en
l’occurrence des
Japonais et des Français.
Ces groupes transversaux
sont la clé de la
conception du "plan
de renaissance de
Nissan". Ils sont
aussi la raison de la
conclusion de
l’alliance entre
Renault et Nissan dont
le but est de créer des
synergies entre les deux
groupes à tous les
niveaux. Contrairement
aux fusions, qui
conduisent à la
domination d’un
constructeur sur
l’autre, l’alliance
se veut respectueuse de
l’identité de chacun.
Au lendemain de
l’annonce du plan de
renaissance, en octobre
1999 la plongée du
cours de l’action de
Nissan témoigne du
scepticisme des opérateurs
quant à la capacité de
Carlos Ghosn à
bouleverser les
traditions japonaises.
Car le nouveau patron
n’y va pas de main
morte pour donner un
coup de pied dans la
fourmilière, qu’il
s’agisse de l’emploi
à vie dans une
entreprise ou des
Keiretsu. Il faut dire
qu’il dispose
d’arguments massues :
en comparant les prix
des fournisseurs de
Nissan à ceux de
Renault, il démontre
que le constructeur
nippon se fait voler par
ses fournisseurs en
payant tout 25 à 40 %
plus cher que ses
concurrents. Mais, au préalable,
il a pris soin
d’expliquer sa démarche,
de motiver les employés
en les impliquant et de
fixer des objectifs précis
qui servent de repères.
"Beaucoup de PDG
ont une vision, mais lui
a cette capacité à
s’intéresser aux
actions", témoigne
Philippe Klein, vice-président
de Nissan, cité par
David Magee.
Un investissement
d’un milliard de
dollars
Les trois points-clés
du plan de renaissance
sont les suivants : réduire
les coûts
d’exploitation de
1.000 milliards de yens
(8,7 milliards d’euros)
; diviser par deux le
nombre de fournisseurs ;
faire baisser
l’endettement
financier de 1.400
milliards de yens, à
moins de 700 milliards
à la fin de
l’exercice 2002, soit
une réduction de six
milliards de dollars après
injection des fonds par
Renault. S’il
reste fidèle à sa réputation
de "Cost
Killer", Carlos
Ghosn sait que la
restructuration de
Nissan n’est qu’une
première étape, mais
que l’avenir dépend
de la capacité du
constructeur à développer
des modèles innovants.
Parallèlement au plan
de restructuration, le
nouveau patron décide
d’un investissement
d’un milliard de
dollars pour la
construction d’une
nouvelle usine au
Mississippi destinée à
refaire de Nissan une
marque phare sur le
marché américain. Un
an après la mise en œuvre
du plan, en mai 2001,
Nissan annonce des résultats
financiers record. Les
coûts d’achat sont réduits
de 11 % soit la moitié
de l’objectif final prévu
au bout d’une période
de trois ans. La marge
opérationnelle s’établit
à 5,4 %, la plus élevée
de l’histoire de
Nissan. Le taux
d’utilisation des
usines du Japon augmente
de 51 % à 74 %. Et,
cerise sur le gâteau,
en un an, les ventes
augmentent de 4 % alors
que la croissance à
court terme ne faisait
pas partie des
objectifs.
Fort de ces premiers résultats
qui font de lui une
vedette internationale,
Carlos Ghosn a fixé à
Nissan de nouveaux
objectifs en avril 2002,
baptisé plan 180. Le "1"
signifie un million de véhicules
vendus en plus dans le
monde à la fin de
l’exercice 2004, par
rapport à 2001, soit
une croissance de 40 %.
Le "8"
signifie une marge opérationnelle
de 8 %, un chiffre qui
placerait Nissan en tête
du secteur automobile
mondial en termes de
rentabilité. Et le
"0", signifie
zéro dette. Le
livre de David Magee se
termine sur ces nouveaux
objectifs. Mais, il est
d’ores et déjà
possible de dire que le
pari est en grande
partie gagné puisque
deux des trois objectifs
ont été atteints au
bout d’un an. Fin
avril, Nissan a annoncé
des bénéfices
d’exploitation de 737
milliards de yens (6,25
milliards d’euros)
pour l’année fiscale
2002 qui s’achève fin
mars au Japon. Et Carlos
Ghosn a expliqué que
Nissan avait éliminé
totalement la dette et
enregistré une marge opérationnelle
de 10,8 %, un record
mondial dans le secteur
de l’automobile. Reste
à réaliser le pari en
termes de ventes. Pour
l’année fiscale 2002,
Nissan a vendu 2.771.000
véhicules à travers le
monde, soit 6,7 % de
plus qu’en 2001.
Une
ode à la mondialisation
par STEPHANE
LAUER, publié dans le
Monde du 3 septembre
2003
Adulé au Japon,
respecté par les
patrons du monde entier,
Carlos Ghosn est
finalement plus connu à
l'étranger qu'en
France. Le président de
Nissan va tenter de
combler ce déficit de
notoriété avec la
parution, mardi 2 septembre,
de Citoyen du monde.
Un livre qui sort à
point : le
redressement
spectaculaire du
constructeur japonais à
peine achevé, M. Ghosn
s'apprête à prendre la
tête de Renault en
2005. Citoyen du
monde est le fruit
d'une série
d'entretiens avec
l'ancien responsable du
bureau de l'AFP à
Tokyo, Philippe Ries. M. Ghosn
se livre sur ses
racines, sa famille, sa
carrière, avec
franchise et parfois
avec une certaine émotion.
"En arrivant
chez Nissan, j'avais
l'impression que tout
mon parcours m'avait préparé
à mon expérience chez
Nissan",
explique-t-il. On
apprend comment le
manager s'est construit,
du Brésil où il est né
au Liban, berceau de son
enfance, de
Polytechnique à Paris
et à Michelin, où il a
fait carrière avant
d'arriver chez Renault
en 1996. Il ne parle pas
toujours avec tendresse
de son passage à
Billancourt : "Renault
est une entreprise où
il y a une culture de la
parole, qui progresse au
fur et à mesure que
l'on monte dans la hiérarchie.
J'ai assisté à des réunions
interminables, sans sens
des priorités. Une fois
qu'on a débattu d'un
problème, l'exécution,
pourtant la partie la
plus importante, est expédiée
en quelques minutes. Or,
dans notre industrie,
tout est exécution"...
La seconde partie du
livre est consacrée au
redressement de Nissan.
Là, pas grand-chose
d'inédit. On peut
regretter que les
moments de doutes, les
difficultés rencontrées
avec les Japonais,
soient édulcorés au
point de faire
ressembler parfois le récit
à un long fleuve
tranquille. Mais M. Ghosn
n'est pas quelqu'un qui
doute, comme en témoigne,
à la fin du livre, un
plaidoyer en faveur
d'une mondialisation
heureuse, à visage
humain, qui serait
incarnée par l'alliance
Renault-Nissan : "Nous
sommes en train
d'inventer un nouveau
modèle, de nouvelles références
en matière de
management, mais aussi
de poursuivre une expérience
qui sera valable au-delà
même du monde de
l'entreprise."
Et le patron de déclarer
à ses salariés : "Il
n'y a pas de limites à
ce que nous pouvons
faire." Ego
surdimensionné ou inébranlable
confiance en soi ?
Seul le résultat
compte, répond M. Ghosn.


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