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Hassan
Nasrallah, l'homme de
l'avenir
Lorsque
son fils Hadi fut tué en
martyr à l'âge de 18 ans
lors d'une opération de
la Résistance contre
l'armée israélienne au
Liban-sud (1997), le chef
charismatique du Hezbollah (le
Parti de Dieu) insista
pour qu'on lui présente
des félicitations et non
des condoléances... Sayyed
Hassan Abdel-Karim
Nasrallah, 44 ans, né
dans le village de
Bazouriyeh, est marié à
Fatima Yassine, du village
de Abbassiyeh (deux
villages voisins de
la région de Tyr, au Liban-sud).
Il leur reste deux garçons,
Mohammad al-Jawad et
Mohammad Ali, ainsi qu'une
fille, Zeinab. Hassan
Nasrallah se distingua dès
son plus jeune âge comme
un remarquable étudiant,
dévoué aux enseignements
de l'islam. Il séjourna
plusieurs mois dans
la ville sainte de Najaf
en Irak puis termina ses
études scolaires dans
les écoles publiques de
Sin-el-Fil (banlieue à
majorité chrétienne de
Beyrouth) et de Tyr (en
1975). Il devint ensuite
un proche de l'Imam Moussa
al-Sadr et attira
l'attention des chefs
religieux chiites à Téhéran.
Il retourna alors à Najaf
avant de devenir chef dans
son propre pays, succédant à
Sayyed Abbas al-Moussaoui
- assassiné en 1992 dans
un raid d'hélicoptères israéliens
- au poste de secrétaire
général du Hezbollah.
Hassan
Nasrallah est l'un
des leaders les plus énigmatiques
du Moyen-Orient. Père de
famille aimant passer du
temps au foyer, il lit
beaucoup de livres, dont
des mémoires de
personnalités politiques
diverses. Les députés de
son parti (9 sur 128) sont
connus pour leur sérieux
à l'Assemblée. Sur leurs
listes électorales
figuraient des chrétiens
libanais, afin d'assurer
une plus grande représentation.
Il est loin le temps où
le Hezbollah, à son début
(milieu des années 80),
enlevait à Beyrouth des
centaines de civils chrétiens
libanais et occidentaux.
Depuis, ce parti s'est
largement racheté, en
veillant notamment à
maintenir la coexistence
communautaire ainsi
qu'entre opposants et alliés
chrétiens, chiites ou
druzes de la milice
pro-israélienne au
Liban-sud, lors du retrait
total d'Israël en mai
2000. Signalons qu'alors
le Hezbollah considérait
la guerre terminée, mais
c'était sans compter avec
la Syrie qui, refusant une
paix séparée entre le
Liban et Israël, lui
avait imposé l'ouverture
d'un front à Chébaa,
tant que le Golan syrien
serait occupé. Dans tous
les cas, la paix définitive
ne sera établie qu'avec
le désarmement des camps
palestiniens du Liban -
principalement celui de Aïn-el-Héloué
(Saïda). Les
intervenants
internationaux refusent
depuis trente ans à l'armée
libanaise l'accès à ces
camps tant qu'une solution
au conflit israélo-palestinien,
éclatant avec la création
de l'Etat d'Israël en
Palestine en 1948 avec
l'appui inconditionnel des
grandes puissances européennes,
n'aura pas été trouvée.
Enfin,
notons que des dizaines
de milliers de jeunes
libanais, chrétiens et
musulmans, ont donné
leur vie au cours des 25
dernières années de
guerres (1975-2000) pour
que vive leur Liban,
pour que vive le Liban.
Leur sacrifice n'aura
pas été vain,
la domination syrienne
imposée par les accords
de Taëf en 1989 commençant
aussi à perdre de
l'effet : le Liban est
en train de retrouver
peu à peu le
chemin de la liberté et
de la souveraineté
totale.
Le
Hezbollah prend une
stature régionale
par
PAUL KHALIFEH, diffusé
par RFI le 30 janvier
2004
Le Hezbollah a
enregistré un immense
succès en obtenant la libération
de centaines de détenus
libanais, palestiniens et
arabes, en contrepartie de
celle d’un homme
d’affaire israélien et
de la restitution des
corps de trois soldats de
Tsahal. Placé sur la
liste américaine des
organisations terroristes,
le parti islamiste
libanais a pris une
stature régionale et
s’est forgé une
respectabilité
internationale, grâce à
cet accord. Le plus
important échange jamais
conclu entre le Hezbollah
et Israël était à peine
terminé que le secrétaire
général du parti
islamiste menaçait
d’enlever à nouveau des
soldats israéliens pour
les utiliser comme monnaie
d’échange.
S’adressant à une foule
de plusieurs dizaines de
milliers de partisans en
présence des ex-détenus,
Sayyed Hassan Nasrallah a
dit : "La
prochaine fois, je vous
promets que nous les
capturerons vivants
!". Martelant
ses mots devant la foule
survoltée, il a réaffirmé
que le Hezbollah
n’abandonnerait pas
"la voie de la résistance"
armée, estimant que ceux
qui avaient choisi la négociation
ont échoué.
Par ce discours musclé,
Nasrallah a voulu démentir
les analyses d’une
partie de la presse
libanaise et arabe selon
lesquelles son parti, après
avoir obtenu gain de cause
dans l’affaire de l’échange
avec Israël,
abandonnerait une fois
pour la lutte armée et
recentrerait son action
sur la politique. Mais le
Hezbollah ne semble pas
vouloir se contenter de ce
succès, pourtant très
important. Après trois
ans de négociations
indirectes avec Israël,
il a obtenu la libération
de 23 détenus libanais
dont deux importants
cadres islamistes, Abdel
Karim Obeid et Moustapha
Dirani, 400 palestiniens,
un Allemand (converti à
l’islam, il est accusé
d’être un membre du
Hezbollah) et une
trentaine de
ressortissants arabes.
L’Etat hébreu a également
rendu les corps de 60
combattants anti-israéliens.
En contrepartie, le
Hezbollah a libéré un
homme d’affaire et
colonel de réserve israélien
Elhanan Tanenbaum, enlevé
en octobre 2000, et a
restitué les dépouilles
de trois soldats de Tsahal,
tués quelques jours
auparavant.
Une
médiation allemande
L'échange
s’est déroulé sur
l’aéroport de Cologne,
en Allemagne, qui a joué
le rôle de médiateur
dans cette laborieuse négociation.
Deux des ex-détenus
libanais, recherchés par
la justice de Beyrouth,
ont préféré ne pas
revenir au Liban. Le
premier est resté en Israël,
le deuxième en Allemagne.
A leur retour, les autres
ont eu droit à un accueil
triomphal. Dès
l’apparition dans le
ciel de Beyrouth de
l’avion militaire
allemand qui les
transportait, un immense
feu d’artifice a été
tiré et des navires dans
le port de la capitale ont
fait rugir leurs sirènes.
Une marée humaine, sur
laquelle flottaient des
milliers de drapeaux
libanais et du Hezbollah,
était massée dans le périmètre
de l'aéroport et sur la
route menant à la
banlieue sud de Beyrouth.
Les deux premiers à
sortir de l'avion ont été
Abdel Karim Obeid, en
turban blanc, et Moustapha
Dirani. Le premier était
incarcéré depuis 1989 et
le deuxième depuis 1994.
"Ma venue à
Beyrouth me donne le
sentiment de renaître",
a dit cheikh Obeid en
foulant le sol libanais.
Tous les ex-détenus, en
costume flambant neuf et
souriant à la foule venue
les accueillir, ont défilé
sur un tapis rouge devant
une haie d'honneur alors
que la fanfare de l'armée
entonnait une marche
militaire. Avant de
rejoindre leurs proches,
ils ont salué un à un
les dirigeants libanais au
complet, le chef du
Hezbollah, et les
dignitaires religieux,
musulmans et chrétiens
qui les attendaient sur le
tarmac de l'aéroport.
Les
ambassadeurs d'Allemagne,
de l'Union européenne, le
représentant au Liban du
secrétaire général de
l'Onu Kofi Annan, ainsi
que le nonce apostolique
étaient notamment présents.
L'Iran aussi a envoyé un
représentant en la
personne de Ali Akbar
Mohtachami. Au milieu des
feux d'artifice et entourés
d'une foule en délire,
les ex-détenus se sont
ensuite rendus en convoi
dans une immense salle de
la banlieue sud pour
participer à une réception
populaire. C’est à
cette occasion que Hassan
Nasrallah a évoqué la
seconde phase de l’échange
qui devrait se dérouler
dans "deux ou
trois mois".
Celle-ci consiste en la
libération par Israël du
doyen des détenus
libanais, Samir Kantar, en
contrepartie
d’informations "substantielles"
sur le navigateur israélien
Ron Arad, dont l’avion
avait été abattu au
Liban, en 1986. Kantar,
un druze qui n'est pas du
Hezbollah, a été condamné
en 1980 à 542 ans de
prison pour avoir tué
deux civils et un policier
israéliens, en 1979. Dans
le discours qu’il a
prononcé lors de la réception
populaire, Nasrallah a
assuré que son parti
allait déployer des
efforts pour tenter de déterminer
le sort du navigateur israélien.
Mais il a remis sur le
tapis l’affaire des
diplomates iraniens
disparus au Liban en 1982.
Selon lui, ces diplomates
avaient été capturés
par une milice libanaise
pendant la guerre qui les
avait ensuite remis aux
Israéliens. Cependant,
une source diplomatique
occidentale citée par le
quotidien libanais al-Hayat
est venue confirmer
une information qui
circule au Liban depuis
plusieurs années et selon
laquelle les quatre
diplomates avaient été
exécutés par la milice
chrétienne des Forces
Libanaises, quelques temps
après leur enlèvement.
Fort de
son succès actuel,
Nasrallah a haussé la
barre de ses exigences: La
seconde phase doit
comporter non seulement
des informations sur les
quatre diplomates iraniens
et la libération de Samir
Kantar, mais également
celles de Yéhia Skaff et
Nassim Nisr. Toutefois,
Israël ne reconnaît pas
la présence dans ses
prisons de Skaff, membre
d’un commando du Fatah
de Yasser Arafat qui avait
attaqué un bus en Israël,
en 1978. Quant à Nassim
Nisr, il refuse d’en
parle avec le Hezbollah
parce qu’il est détenteur
de la nationalité israélienne.
En réalité, Nisr est
originaire du même
village que Nasrallah au
Liban-Sud. De mère juive,
il avait été envoyé
pour infiltrer la société
israélienne avant d’être
démasqué et arrêté. Pour
obtenir satisfaction dans
les trois prochains mois,
le Hezbollah n’hésitera
pas à capturer "vivants"
des soldats israéliens, a
menacé Nasrallah. Au même
moment, à Jérusalem,
Ariel Sharon a prévenu
que "l'Etat d'Israël
ne tolèrera pas qu'un
ennemi ou une organisation
terroriste systématise
les enlèvements et les
demandes de rançon".
"Il existe des
moyens que nous n'avons
pas encore utilisés,
mais, que Dieu nous en
garde, nous n'hésiterons
pas à utiliser si les
circonstances devaient se
présenter", a
poursuivi le Premier
ministre israélien lors
d'une cérémonie
solennelle organisée pour
le rapatriement des dépouilles
des trois soldats israéliens.
Seule
la Syrie pourrait rétablir
la balance Amal-Hezbollah
La vie
en rose pour Nasrallah, et
Berry broie du noir
par
ZIYAD MAKHOUL, publié
dans l'Orient-le Jour le
16 février 2004
Cela fait bien des années
que la guéguerre
Amal-Hezbollah couve,
mijote même, sous un feu
que Damas a toujours su
doser au mieux de ses intérêts -
et ce ne sont pas les
accolades effusives et
exhibées de Nabih Berry
et Hassan Nasrallah qui y
changeront quelque chose.
En conservant au premier
la deuxième présidence,
en assurant au second une
quasi-hégémonie
milicienne et militaire au
Sud, la Syrie a su préserver -
carottes et bâtons aidant -
une espèce d’équilibre
souvent acrobatique entre
les frères ennemis, un
leadership bicéphale sur
la communauté libanaise
la plus importante démographiquement.
Quelles couleurs, quelles
formes vont désormais
prendre les relations
entre Amal et le Hezbollah
? Et que fera le tuteur
syrien maintenant que
tout, ou presque, a changé
? Parce que c’est au
cours du discours qu’il
a prononcé le soir même
de l’arrivée à
Beyrouth, en provenance de
Cologne, des 21
prisonniers, que sa
formation (et pas celle de
Nabih Berry !) a
spectaculairement réussi
à arracher aux geôles
israéliennes par le
truchement de l’Allemagne,
que le secrétaire général
du Hezbollah a déterré
publiquement la hache de
guerre. En enjoignant au
fantasque commandant
libyen, Mouammar Kadhafi,
de faire toute la lumière
sur la disparition de
l’imam Moussa Sadr,
Hassan Nasrallah a
pick-pocketé au président
de la Chambre son credo
historique, son argument
électoral choc, une de
ses raisons d’être au
sein de sa communauté.
Sans compter que d’une
pierre, le patron du parti
de Dieu a fait deux coups
; et en assénant devant
huit mille personnes son
respect "pour un
ennemi (Israël) qui tient
autant à ses
hommes", il a dévoilé
une autre de ses ambitions
: celle de devenir un réel
homme d’Etat, un
postulant parmi d’autres
au perchoir, qui se forge
lentement une crédibilité
certaine.
Et comme un malheur
n’arrive jamais seul, la
(trop) proche échéance
municipale et les élections
législatives de 2005
viennent cruellement
rappeler à Nabih Berry
que le triomphe et
l’immense crédit -
plutôt théoriques pour
l’instant - que le
Hezbollah en général et
Hassan Nasrallah en
particulier ont amassés
avec la libération des
prisonniers de guerre,
risquent sans aucun doute
de se concrétiser dès le
3 mai prochain. Surtout si
le Hezb a l’intelligence
de réduire
progressivement sa branche
armée au profit de sa
représentation politique
(une option que Hassan
Nasrallah a récusée
hier) - et sachant
que les cadres de la
formation écartent pour
l’instant toute alliance
avec Amal pour cette échéance
printanière. Cela sans
compter que sur le
terrain, les altercations
et autres pugilats entre
les partisans des deux
camps ont recommencé à
se multiplier ces dernières
semaines, et à tous les
niveaux : que ce soit à
la faculté de droit de
l’Université Libanaise
de Sanayeh, où l’armée
et les FSI sont
intervenues pour évacuer
le campus et en boucler le
périmètre, ou dans le
village de Yohmor, pour ne
citer que ces deux cas.
Et pour couronner le tout,
c’est également sur le
plan purement politique
que les choses sont loin
d’être roses pour Nabih
Berry. Au regard notamment
de l’alliance indéfectible
à ce jour entre Baabda et
le Hezbollah, des
offensives certes encore
timides mais charmeuses
entre le parti intégriste
et Bkerké (Kornet
Chehwane n’est pas
loin), ou de la récente
attaque, purement
joumblattienne, du
seigneur de Moukhtara à
l’encontre du n° 2 de
l’Etat (et ses
plaidoyers enflammés et
continus en faveur de la Résistance),
etc. L’affaiblissement
du président de la
Chambre (sur qui peut-il
aujourd’hui compter, à
l’exception du fragile
soutien de Rafic Hariri)
et le renforcement du secrétaire
général du Hezbollah
sont aujourd’hui
incontestables.
Dureront-ils ? Auront-ils
des répercussions
flagrantes sur la vie
politique et sur la délicate
équation libanaise ?
Seule la Syrie pourra répondre
à ces questions - et
elle le fera certainement
dans les semaines à
venir.
Hassan
Nasrallah, l'homme de
l'avenir
L'échange
de prisonniers négocié
entre Israël et le
Hezbollah sous les bons
offices de l'Allemagne
constitue une victoire
pour le chef du
Hezbollah, Sayyed Hassan
Nasrallah, dont l'aura dépasse
désormais les frontières
libanaises
par
HODA SALIBY, publié
dans Courrier
International le 30
janvier 2004
"Libérations
inespérées, émotion
poignante, retrouvailles
chaleureuses",
s'exclame L'Orient-Le
Jour pour décrire
l'ambiance qui a
accueilli les ex-détenus
libanais (21 sur 23 sont
rentrés au Liban et
deux ont choisi d'autres
terres d'asile) et
palestiniens (400)
revenus jeudi 29 janvier
dans leurs familles. Au
Liban, "toute la République -
président en tête,
ministres, députés et
dignitaires religieux -
a fait le déplacement
à l'aéroport de
Beyrouth", poursuit
le quotidien francophone
libanais. Mais c'est le
nom de Hassan Nasrallah
qui était sur toutes
les lèvres. Jusqu'en
Palestine, où
"Yasser Arafat a
interrompu une rencontre
avec l'archevêque de
Canterbury pour saluer
les anciens détenus. Le
président de l'Autorité
palestinienne a remercié
le Hezbollah libanais
d'avoir obtenu leur libération.
En Cisjordanie et dans
la Bande de Gaza, le
retour des prisonniers a
donné lieu à des scènes
de liesse, les familles
rendant hommage au
Hezbollah et à son
chef, Hassan Nasrallah."
"Le Liban a vécu
une journée
exceptionnelle qui
rappelle celle, célèbre,
de la libération du
Sud-Liban", enchaîne
As Safir. C'était en
mai 2000. Depuis, le
Hezbollah n'a cessé de
consolider son image,
jusqu'à s'imposer comme
un interlocuteur fiable,
avec lequel Israël a été
amené à négocier l'échange
des prisonniers malgré
le fait qu'il le considère
comme une organisation
terroriste pionnière
dans les
attentats-suicides.
Mais,
maintenant que le Sud et
les prisonniers sont libérés,
que reste-t-il pour
justifier la continuité
du Hezbollah comme
organisation de résistance,
se demande la presse
libanaise. "Le
chemin de la résistance
est certainement celui
qui conduit au but. Les
moyens diplomatiques et
pacifiques ne sont
productifs que
lorsqu'ils s'appuient
sur une base résistante.
Le retour des
prisonniers est à
mettre au crédit de la
culture de résistance",
a affirmé Hassan
Nasrallah dans un
discours prononcé
devant plus de 8.000
personnes, venues écouter
le leader lors d'un
meeting populaire à
Beyrouth, organisé par
le Hezbollah en
l'honneur des
prisonniers libérés.
"Plus important que
les retrouvailles, était
le discours du 'maître'
de la libération",
estime As Safir.
"Un discours dénué
de tout orgueil et dans
lequel Nasrallah s'est
élevé au rang d'un
grand dirigeant
politique, à la hauteur
de la victoire. Hassan
Nasrallah a montré
l'image d'un chef arabe
d'un nouveau genre :
puisant sa force dans
son souffle de résistant,
confiant dans ses
capacités à vaincre
l'ennemi ; mais à aucun
moment le ton n'était
pompeux. Chacun de ses
mots était pesé et son
souci d'être proche des
petites gens, ceux-là mêmes
qui se sacrifient pour défendre
leur terre, était
toujours palpable",
commente le quotidien
beyrouthin.
En
effet, Nasrallah a
insisté sur le
"caractère
humanitaire" de l'échange
de prisonniers qui
venait de se concrétiser.
"Il a appelé les
Arabes à respecter les
Israéliens pour
l'attention qu'ils
portent à leurs
citoyens, qu'ils ont
tenu à récupérer,
morts ou vivants,
montrant ainsi une
nouvelle facette de leur
nature", relate The
Daily Star. Nasrallah a
néanmoins affirmé sa détermination
à obtenir la libération
des autres prisonniers
encore détenus par Israël,
en menaçant
d'"enlever de
nouveaux soldats, mais
cette fois-ci vivants,
afin de finaliser la
deuxième étape de l'échange,
prévue dans deux à
trois mois",
poursuit le quotidien
libanais anglophone.
Ainsi, la libération
des prisonniers n'aurait
aucun caractère
politique. "Mais,
de manière générale,
un échange de
prisonniers entre deux
adversaires a lieu à la
suite de négociations
de paix. Peut-on échanger
nos prisonniers avec
Israël tout en
continuant nos échanges
d'actes de violence
?" interroge pour
sa part An Nahar. Une
question qui reste sans
réponse. Pour le
moment, "cette opération
confère au Hezbollah et
à son leader un poids
militaire et politique
incommensurable, tant au
niveau libanais qu'arabe
ou international",
estime ce quotidien
libanais à grand
tirage.
Dans
de la presse israélienne,
c'est encore Hassan
Nasrallah qui est au
centre des commentaires.
"Nasrallah a légitimé
la poursuite de son
combat. Ainsi, il a
affirmé qu'en se
retirant du Sud-Liban,
Israël avait laissé la
porte ouverte à la résistance
armée parce que le
territoire des fermes de
Chebaa n'avait pas été
évacué. De même, en
gardant des prisonniers
libanais dans ses geôles,
Israël donne au
Hezbollah des raisons
pour poursuivre son
combat", relève
Ha'Aretz. Le quotidien
israélien souligne que
c'est Nasrallah, et non
l'Etat libanais, qui a
mené les négociations
: "Au meeting qui a
rassemblé, jeudi soir
à Beyrouth, des
dizaines de milliers de
personnes, on pouvait
voir au premier rang le
président de la République
libanaise et son Premier
ministre, ainsi que
Nabih Berri, le rival
politique de Nasrallah
au sein de la communauté
chiite, et le patriarche
maronite Sfeir.
Nasrallah et son
organisation étaient
les hôtes qui ont invité
le reste du Liban à
cette manifestation.
Sans aucun doute, cet échange
est l'affaire du
Hezbollah. Nasrallah, même
quand il essaie de
parler au nom du Liban
ou au nom des pays
arabes, continue à
mener sa stratégie et
sa propre guerre."
La position de
Battle jugée
"provocatrice"
et "partiale"
paru
dans l'Orient-le Jour le
26 janvier 2004
Les
milieux politiques ont
vivement réagi aux propos
tenus par l’ambassadeur
des Etats-Unis à
Beyrouth, Vincent Battle,
au lendemain de
l’incident de lundi
dernier au Liban-Sud,
quand un bulldozer israélien
ayant à son bord deux
soldats avait franchi la "ligne
bleue", s’attirant
des tirs du Hezbollah qui
avaient fait un mort et un
blessé. M. Battle avait
fait assumer au Hezbollah
la responsabilité du réchauffement
du front au Liban-Sud, en
qualifiant la milice d’ "organisation
terroriste étrangère".
Dans un entretien accordé
à La Voix du Liban, le
ministre (chrétien) de
l’Environnement Farès
Boueiz a estimé qu’il
fallait s’attendre à
une période de pressions
continues pour mettre fin
à l’équation reposant
sur la Résistance,
"pour que l’on
n’ait plus d’autre
choix que celui de la
reddition".
Estimant
que "la réaction
internationale, qui manque
de netteté au niveau de
la détermination des
responsabilités, ne
surprend personne",
d’autant plus que
"les gouvernements et
l’opinion publique
internationale ont courbé
l’échine depuis
longtemps devant les décisions
de l’unique
superpuissance", le
ministre de l’Environnement
a affirmé : "Le fait
que les pays occidentaux
et l’Onu imputent la
responsabilité de
l’incident aux deux
parties ne surprend plus
personne. Pourtant, la Résistance
avait observé le calme
durant une longue période
au Liban-Sud. Ce qui
s’est produit était un
acte de légitime défense.
Nous est-il demandé de
nous taire, d’accepter
un précédent ? Ou bien
Israël doit-il comprendre
que les frontières ne
sont pas perméables et
qu’il ne lui est pas
permis de les violer sans
que cela n’entraîne des
conséquences ?" Et
de poursuivre : "Il
existe une propension à
trouver des excuses à
Israël et à faire
assumer une partie de la
responsabilité aux
Arabes." Le député
(chrétien) Béchara
Merhej a qualifié, de son
côté, les propos de M.
Battle de
"provocateurs",
estimant qu’il
s’agissait là
"d’une violation
des usages diplomatiques,
d’une ingérence dans
les affaires libanaises et
d’un alignement flagrant
sur la logique de
l’ennemi israélien". Pour
sa part, le député
(musulman) Mohammed
Kabbani a estimé que le
diplomate américain avait
"dépassé les
limites" en
qualifiant le Hezbollah
d’ "organisation
terroriste étrangère".
L'association
Solide appelle à la libération
immédiate des détenus
libanais en Syrie
paru
dans l'Orient-le Jour le
29 janvier 2004
L’association
Solide (Soutien aux
Libanais détenus et exilés)
a exprimé hier son
"réconfort" et
sa
"satisfaction"
à la suite de
l’aboutissement du
processus d’échange de
prisonniers entre Israël
et le Hezbollah, "qui
va permettre la libération
de détenus libanais dans
les prisons israéliennes
et le rapatriement de
corps de
combattants". Dans un
communiqué, Solide a
remercié l’Allemagne
pour "sa médiation réussie,
qui a permis de clore définitivement
ce dossier humanitaire,
avec le sérieux et la
transparence qui manquent
pour trouver une solution
à un autre problème
humanitaire tout aussi
important, celui des
Libanais détenus en
Syrie". "A
l’heure où le Hezbollah
et Israël transcendent
leur antagonisme politique
et militaire pour donner
toute son importance à
l’humanitaire, en libérant
les prisonniers et en
rapatriant les dépouilles,
le gouvernement libanais
aurait pu réclamer le
retour de ses fils détenus
en Syrie, en réclamant
des autorités syriennes
qu’elles libèrent immédiatement
tous les Libanais
prisonniers, de faire la
lumière sur le sort des
disparus aux mains des
forces syriennes au Liban
et de rapatrier les corps
des détenus morts en
prison", a indiqué
Solide.
Richard
Murphy : "Pas de
retrait syrien du Liban
avant la présidentielle
libanaise"
L’ancien
secrétaire d’Etat
adjoint porte un regard
averti sur la situation
dans la région
par
SYLVIANE ZEHIL, publié
dans l'Orient-le Jour le
9 février 2004
L’ancien
secrétaire d’Etat
adjoint américain,
Richard Murphy, fait
partie du prestigieux
Council on Foreign
Relations. Et dans ce
cadre, il a multiplié
ses voyages au
Moyen-Orient dans le but
de "mieux
comprendre les développements
de la région". En
décembre dernier, il
effectue un voyage aux
Philippines pour l’Institute
of Peace. Il fait une
halte en Syrie, au
Liban, en Arabie
saoudite et à Bahreïn,
une semaine avant la
signature par le président
George W. Bush du "Syria
Accountability Act and
the Lebanese Sovereignty
Act (SALSA)" voté
par le Congrès américain.
Lors d’une interview
accordée à New York à
l’Orient-Le Jour, M.
Murphy livre ses
impressions à cet égard
ainsi que sur d’autres
sujets tels que l’Irak
et la situation dans la
région du Moyen-Orient.
"Le “Syria
Accountability Act”
est, bien sûr, un moyen
de pression sur Damas et
un message musclé envoyé
par Washington pour
mieux marquer son mécontentement
vis-vis de la
Syrie", confie
l’ancien ambassadeur
des Etats-Unis en Syrie.
Quel est donc son véritable
impact ? "Il est
difficile de le dire, réplique-t-il.
Le sénateur Richard
Lugar, à la tête du
Senate Foreign Relations
Committee, a amendé la
loi donnant la
possibilité au président
d’appliquer ou non les
sanctions contre Damas.
Aucune sanction n’a été
encore prise."
Quant
aux implications sur le
Liban, M. Murphy
"n’en voit aucune
de manière immédiate".
"La position américaine,
précise-t-il, reste
inchangée. Elle a été
répétée à maintes
reprises : le Liban ne
devrait pas être un
champ de bataille pour
les forces étrangères
qui doivent se retirer
du pays. Nous avions
l’habitude de dire,
dans les années 80,
toutes les forces étrangères,
les Israéliens et les
Syriens. Après les
fortes réactions exprimées
lors de la guerre d’Irak,
Colin Powell a haussé
le ton, parlant d’
“occupation du
Liban”, un langage dur
rarement tenu par un
secrétaire d’Etat.
Cette énième
“invitation” adressée
aux Syriens de se
retirer du Liban n’a
pas eu d’effets.
L’armée syrienne a réduit,
cependant, le nombre de
ses effectifs à 17.000
hommes. Les Syriens ont
toujours dit qu’ils
quitteraient le Liban à
la demande des Libanais,
a-t-il poursuivi, mais
l’attitude de ces
derniers reste mitigée.
Certains voudraient le départ
immédiat de la Syrie,
d’autres évoquent la
menace de la reprise des
combats interlibanais.
Personnellement, je ne
pense pas que l’armée
syrienne partira avant
l’élection présidentielle
libanaise",
confie-t-il.
"La Syrie intéressée
par des discussions de
paix"
L’attitude
de la Syrie vis-à-vis
des Etats-Unis a-t-elle
changé ? "Il
y a ceux qui pensent que
la guerre en Irak et la
volonté des Etats-Unis
d’utiliser la force
ont poussé la Libye à
abandonner son programme
d’armes nucléaires,
l’Iran à ouvrir son
programme atomique aux
inspecteurs, et la Syrie
à être très intéressée
par des discussions de
paix avec Israël.
C’est une manière
pour l’Administration
US de mettre en valeur
le “côté positif”
de son intervention
militaire en Irak. L’Administration
a peut-être enregistré
quelques succès, mais
dans le cas précis de
la Libye, Tripoli et les
Américains avaient
commencé des négociations
secrètes durant le
mandat Clinton, dans les
années 90." Dans
une interview accordée
au New York Times en décembre
dernier, le président
syrien s’est dit prêt
à reprendre les
pourparlers entre son
pays et Israël. Le
rapprochement entre la
Syrie et la Turquie
s’inscrit-il dans cet
esprit ? Pour M. Murphy, "c’est
un processus
diplomatique entamé
depuis des années".
Les deux pays ont un "intérêt
commun" à améliorer
des relations connues
pour être tendues
depuis des décades
surtout au sujet du PKK
et d’Öçalan
"qui vivait
ouvertement à
Damas". Pour
certains, ajoute M.
Murphy, cette première
visite du président
Assad en Turquie apparaît
comme une volonté
d’améliorer ses
relations avec un pays
ami des Etats-Unis et
d’Israël. "Avec
la présence américaine
en Irak, indique-t-il,
la Syrie s’est sentie
entourée de pays proaméricains."
La Turquie, amie d’Israël
et des Etats-Unis,
jouera-t-elle le rôle
d’intermédiaire pour
la reprise des négociations
de paix syro-israéliennes
? "Si le président
Bachar cherche un intermédiaire
avec Israël, il se
tournera normalement
vers Washington, grand
supporter d’Israël
qui ne semble pas intéressé
pour le moment à
reprendre les négociations
de paix", précise-t-il.
Avec
la volonté américaine
d’instaurer la démocratie
au Moyen-Orient, va-t-on
vers un nouvel ordre régional
? "Les néoconservateurs
ont toujours pensé que
l’Administration américaine,
qu’elle soit démocrate
ou républicaine, n’a
pas réussi à soutenir
fermement les grands
principes américains de
démocratie, répond M.
Murphy. Nous avons pu
faire face aux Soviétiques
en Europe de l’Est,
aux communistes chinois,
et agir en Amérique
latine, avec peu de succès,
mais n’avons rien fait
au Moyen-Orient.
Certains vont jusqu’à
dire que si la démocratie
avait été appliquée
dans cette région, la
tragédie du 11
septembre n’aurait pas
eu lieu. Car cette tragédie
est le fruit de la
frustration, du désespoir,
de la désillusion, du
chômage d’une
population croissante
dont le niveau de vie
est au plus bas. La rhétorique
antérieure à la guerre
d’Irak est fondée sur
la possibilité de
transformer le
Moyen-Orient en une région
démocratique. L’Irak
deviendra un modèle
pour les pays de la région.
La guerre de 2003 sera
la clé d’un nouvel
ordre politique, économique
et social du
Moyen-Orient." Quel
rôle pour les Nations
unies ? "Les
Nations unies, qui ont
été bafouées pendant
cette guerre, joueront
certainement un rôle
comme le témoigne la présence
de Paul Bremer et des
dirigeants irakiens à
New York en janvier
dernier. L’Onu
n’apporte pas
uniquement une
assistance technique en
matière d’élections,
mais donne une légitimité.
Nous nous dirigeons dans
une même direction pour
jouer ensemble un rôle."
par
ISSA GORAIEB, publi
é dans l'Orient-le
Jour le 31 janvier 2004
Tout
un chacun, sans doute,
aura été impressionné
par les images fortes du
retour des prisonniers
libanais libérés par
Israël, retransmises en
direct jeudi soir à la télévision.
Et cela n’a absolument
rien à voir, bien sûr,
avec la concentration sans
précédent d’officiels
venus rehausser l’événement
de leur ineffable présence,
comme pour faire oublier
qu’ayant concédé ces
affaires-là au Hezbollah,
ils sont toujours les
derniers informés des
escalades militaires à la
frontière Sud comme des
trêves, arrangements et
autres échanges négociés
avec l’Etat hébreu. Mais
passons. Ce qui aura frappé
les esprits, c’est ce mélange
de solennité grave,
d’exubérante liesse
populaire et de ferveur
militante qu’on a pu
observer sur fond de marée
humaine saluant le retour
au bercail de ces fils
prodigues de la résistance
face à Israël :
prodigues non point des
deniers paternels comme on
lit dans l’Ancien
Testament, mais de leur
vie, de leur sang, de leur
liberté. Voilà qui
commande la plus grande
admiration, même si
nombreux sont les Libanais -
nombreux et provenant des
communautés les plus
diverses - qui ne
souscrivent guère aux
options politico-idéologiques
du Parti de Dieu. Et qui,
surtout, ne comprennent
pas que la décision de
faire la paix ou la
guerre, attribut essentiel
de tout Etat digne de ce
nom, soit l’apanage
d’une milice notoirement
liée à des puissances étrangères,
quelque remarquables que
puissent être ses états
de service.
Mais
passons encore. Les images
de jeudi, tout comme
d’ailleurs celles du
rapatriement des corps de
combattants libanais hier,
on se prend à espérer
qu’elles ont été vues
aussi, sur leur petit écran,
par les Israéliens.
Qu’elles les ont fait réfléchir,
qu’elles pourront les
aider à comprendre par
quels mystérieux mécanismes
tout excès d’injustice
peut mener jusqu’au
sacrifice suprême,
qu’elles les porteront
à appréhender enfin l’équation
suivante qui est, elle,
d’une terrible simplicité :
il ne peut y avoir
d’occupation sans résistance,
de répression sans retour
de bâton, de violence
sans violence contraire.
Israël, en un mot comme
en mille, ne peut prétendre
tout à la fois à
l’expansion territoriale
et à la sécurité. Où
est-elle donc cette sécurité
promise par Ariel Sharon
à ses électeurs dont la
vie, en effet, n’a
jamais été autant menacée
chez eux, dans la rue, en
autobus, dans les cafés,
restaurants et dancings,
que depuis qu’Israël a
entrepris de vaincre le
terrorisme par un
terrorisme plus
condamnable encore car étant
le fait d’un Etat ?
"Journée
de larmes",
s’obstine à psalmodier
la presse de Tel-Aviv qui,
à propos de l’échange
inégal de jeudi, parle de
scandale national et de
prime à l’enlèvement
de soldats, qui reproche
au gouvernement d’avoir
lui-même conféré à
Sayyed Hassan Nasrallah
une stature démesurée.
D’en avoir fait un
nouveau Nasser, le roi des
Palestiniens, l’idole du
Hamas au grand dam de l’Autorité
autonome de Yasser Arafat
déclarée incompétente
et largement boycottée
par Sharon comme par
Georges W. Bush. Il y a
mieux à faire cependant
que de se lamenter car en
l’absence d’un arbitre
américain aussi impartial
que puissant, seul un
vaste mouvement
d’opinion en Israël même
peut mettre fin à cette
éternelle fuite en avant
à laquelle semblent s’être
voués les gouvernements
successifs de l’Etat
juif. C’est alors que
l’on pourra se mettre sérieusement
à la recherche de cette
solution digne, juste, équitable
et donc susceptible de
venir à bout de tous les
extrémismes, de tous les
excès, de tous les bains
de sang subis
aujourd’hui comme une
imparable fatalité.
Oui,
seule la justice pour tous
pourra un jour mettre fin
à cette mortelle impasse
et réduire au silence les
prophètes-soldats d’un
bord comme de l’autre.
Par-delà la classique rhétorique
de guerre et en harmonie
avec les derniers gestes
d’ouverture de ses
parrains iranien et
syrien, le chef du
Hezbollah n’a pas craint
de proclamer haut et
clair, dans son triomphant
discours du jeudi, son
respect pour un ennemi
brutal certes, mais qui se
préoccupe des siens en
captivité et des restes
de ses morts au point de
verser un prix aussi élevé
pour leur retour. Puissent
les Israéliens avoir bien
entendu ce Nasrallah
version absolument inédite.
Et s’aviser qu’il est
grand temps pour leurs
chefs de se soucier tout
autant des vivants.
Le
Hezbollah accueille en
triomphe les détenus libérés
par l'Etat hébreu
La
milice chiite libanaise et
Israël ont procédé hier
à un important échange
de prisonniers, accompli
après plus de trois ans
de négociations
par
SIBYLLE RIZK, publié dans
le Figaro le 30 janvier
2004
Le
Hezbollah a toujours eu le
sens de la mise en scène.
Hier, il a tout particulièrement
ménagé ses effets pour
que sa victoire apparaisse
totale lors de l'échange
de prisonniers avec Israël,
accompli après plus de
trois ans de négociations.
Les termes de l'opération
parlent d'eux-mêmes : les
dépouilles de trois
soldats israéliens capturés
lors d'une mission
commando et un colonel de
réserve israélien au
passé douteux, Elhanan
Tannenbaum, contre les
corps de 59 Libanais, 400
détenus Palestiniens et
31 prisonniers, dont un
Allemand, cinq Syriens,
deux Marocains et 23
Libanais (dont deux ont préféré
ne pas retourner dans leur
pays d'origine). A
l'aéroport de Beyrouth,
autour duquel le Parti de
Dieu a mobilisé des
milliers de sympathisants,
une réception digne d'un
chef d'Etat a été réservée
aux prisonniers. Des feux
d'artifice ont été tirés
et ils ont été
accueillis en héros par
leurs familles et tout
l'appareil d'Etat
libanais. Une pompe que le
chef du Hezbollah, Hassan
Nasrallah, véritable
vedette de la cérémonie,
a dû savourer au moment où
s'amoncellent les menaces
et les pressions américaines
contre son parti, qualifié
de terroriste par les
Etats-Unis.
Des
informations de presse récurrentes
prêtent à Washington
l'intention de bombarder
l'infrastructure militaire
de la milice chiite
libanaise dans la plaine
de la Békaa et dans le
sud du Liban. Hier, ces
deux régions dont sont
originaires la plupart des
détenus, semblaient
vouloir défier une fois
de plus Washington et Jérusalem.
Partout avaient été hissés
des drapeaux du Hezbollah
et affichés des portraits
géants des deux détenus
libérés les plus
importants : les chefs
islamistes Abdel Karim
Obeid et Moustapha Dirani,
enlevés par Israël
respectivement en 1989 et
en 1994. Mais c'est dans
son fief de la banlieue
sud de Beyrouth que le
Hezbollah avait choisi de
célébrer son succès.
Une dizaine de milliers de
personnes devaient y écouter
le discours du cheikh
Nasrallah, point d'orgue
d'une journée rythmée,
d'un côté, par les séquences
de l'échange de
prisonniers,
minutieusement détaillées
par la médiation
allemande et, d'un autre côté,
par la mécanique bien
huilée de la
communication du
Hezbollah.
Dans
la nuit de mercredi à
jeudi, le Parti de Dieu a
commencé par lever le
dernier doute sur le sort
des trois soldats israéliens,
capturés en octobre 2000,
en reconnaissant leur mort
pour la première fois. La
capacité du Hezbollah à
garder le secret aussi
longtemps a été un élément
déterminant de la négociation.
Ensuite, la chaîne
al-Manar a diffusé une
interview
"exclusive" d'Elhanan
Tannenbaum. Puis, les médias
étaient conviés à l'aéroport
de Beyrouth pour assister
au départ des trois
cercueils et du détenu
israélien. Hier matin
enfin, loin des caméras
cette fois, l'échange des
prisonniers a été conclu
sur l'aéroport militaire
allemand de Cologne-Wahn
après identification
formelle des dépouilles
israéliennes. Peu de
temps après le décollage
de l'avion allemand,
al-Manar interviewait en
direct les deux ex-détenus
vedettes, Obeid et Dirani.
Cet échange est "l'un
des succès les plus
importants enregistrés au
Moyen-Orient", a
déclaré à Beyrouth le
président du conseil
consultatif iranien, Ali
Akbar Mohtachémi, Téhéran
ayant - comme Damas,
l'autre allié du
Hezbollah - encouragé
l'opération. De fait, après
avoir forcé en mai 2000
le retrait unilatéral
d'Israël de la zone qu'il
occupait depuis 22 ans
dans le sud du Liban, le
Hezbollah remporte une
nouvelle victoire
symbolique en s'imposant
comme un interlocuteur de
dimension régionale.
Paradoxalement
toutefois, en ne
perturbant absolument pas
le processus d'échange,
l'attentat suicide d'hier
à Jérusalem a mis en évidence
la déconnexion de plus en
plus accentuée entre le
volet strictement
palestinien du conflit
avec Israël et les volets
arabes. Le succès d'hier
est donc à double
tranchant pour le
Hezbollah qui se prive de
l'une des cartes qui lui
permettait, ainsi qu'à la
Syrie, de continuer de
peser sur la scène régionale
en entretenant la tension
avec Israël. Le but étant
d'empêcher toute
normalisation avec
Beyrouth et Damas tant que
la question du Golan et
celle des réfugiés
palestiniens au Liban ne
seront pas réglées.
L'autre carte, ce sont les
fermes de Chebaa, prises
par Israël à la Syrie en
1967 et revendiquées par
le Liban. Or, diverses
sources prêtent à l'Etat
hébreu l'intention de se
retirer de Chebaa ce qui
pousse la presse libanaise
à s'interroger sur
l'avenir du Hezbollah.
Hassan Nasrallah, le chef
charismatique du Parti de
Dieu, qui s'est toujours
distingué par son
pragmatisme, voudra-t-il
profiter de sa popularité
pour tourner la page de la
lutte armée, dans le
cadre d'un reconfiguration
régionale menée au
forceps par les Etats-Unis
? Ne prendrait-il pas le
risque de s'aliéner le
soutien syrien ? Et Ariel
Sharon le laissera-t-il
faire sans chercher à
prendre sa revanche en réaffirmant
militairement sa
domination sur la région.
Autant de questions qui s'éclairciront
peut-être au cours de la
deuxième phase de l'échange
qui devrait concerner la
libération du doyen des
prisonniers libanais en
Israël, Samir Kantar,
contre des informations
sur le sort de l'aviateur
israélien Ron Arad,
disparu en 1982.
Clovis
Maksoud : "Le
discours confessionnel
d’avant-guerre au Liban
est repris aujourd’hui
en Irak"
par
SYLVIANE ZEHIL, publié
dans l'Orient-le Jour le 7
février 2004
Ancien
ambassadeur de la Ligue
arabe aux Nations unies et
aux Etats-Unis, professeur
de relations
internationales à l’Université
américaine de Washington
et directeur du Center for
the Global School of
International Service, M.
Clovis Maksoud a donné
une conférence de presse
au siège de l’Onu à
New York sur la situation
au Moyen-Orient, les
derniers développements
sur la scène irakienne et
le conflit israélo-palestinien.
Dans un entretien accordé
à L’Orient-Le Jour, M.
Maksoud dresse un parallèle
entre la situation en Irak
et celle qui prévalait à
la veille de 1975 au
Liban. Il met l’accent
sur l’importance du rôle
de l’Onu en Irak et
commente ce qu’Ariel
Sharon a présenté comme
des "concessions
douloureuses", à
savoir le démantèlement
des colonies de peuplement
dans la bande de Gaza.
Peut-on
dresser un lien entre la
situation actuelle en Irak
et l’histoire récente
du Liban ? "Le
discours confessionnel
d’avant-guerre au Liban
est repris aujourd’hui
en Irak, répond M.
Maksoud. La fragmentation
du discours national a préparé
les conditions objectives
pour le morcellement de
l’Irak et du Liban. Le
danger d’une explosion
confessionnelle et d’une
fragmentation de l’Irak
existe aujourd’hui. Mais
si les Nations unies
prennent en charge le
dossier, les risques
d’une telle explosion
seront contrôlés.
Explosion qui pourrait en
outre atteindre d’autres
pays arabes. C’est pour
cette raison que les
Nations unies devraient
avoir en Irak un mandat
clair leur accordant les
pleins pouvoirs pour
superviser le passage de
la phase transitoire
actuelle à la souveraineté
nationale, prévu pour le
30 juin." Et M.
Maksoud de préciser que
"les Nations unies
devraient être, non pas
les auxiliaires des
Etats-Unis et de la
coalition, mais le
principal organisme en
charge. Par la présence
d’une seule autorité
morale, on évite les
compromis qui sont, par définition,
temporaires pour arriver
à une réconciliation
durable, seul moyen pour
parvenir à préserver
l’intégrité
territoriale et
identitaire du pays. Il
est aujourd’hui nécessaire
de hâter le processus en
Irak afin d’éviter de
voir se répéter le scénario
d’une nation indépendante
passée sous
occupation".
Manque
de précision de la "feuille
de route"
Quant
à la crise israélo-palestinienne,
Clovis Maksoud estime que "l’Onu
a été paralysée par les
relations spéciales entre
l’Etat hébreu et les
Etats-Unis, et le manque
de cohésion entre les
Etats arabes".
L’ancien ambassadeur de
la Ligue arabe souligne également
que la "feuille de
route" pêche par son
manque de précision :
"Elle ne détermine
pas clairement les paramètres
et ne fournit pas de carte
détaillée." Autre
question d’importance,
celle du retour des réfugiés
palestiniens, un principe
qui, bien que rejeté par
Israël, "doit être
sérieusement pris en
considération". Réagissant
aux récentes déclarations
du Premier ministre israélien
sur le démantèlement de
17 colonies de la bande de
Gaza, M. Maksoud estime
que, pour aborder la "question
des droits des
Palestiniens, il n’y a
d’autre chemin que la
transparence". Quant
au terme "concessions
douloureuses" employé
par Ariel Sharon, M.
Maksoud insiste sur le
fait qu’il sous-entend
le droit de créer des
colonies dans les
territoires occupés. Sur
la "clôture de sécurité",
le professeur de relations
internationales rappelle
qu’il s’agit là d’ "une
question d’ordre légal
et que le mur est une
violation de la quatrième
convention de Genève. M.
Sharon le présente comme
un enjeu politique, mais
ce “mur” est une autre
forme d’annexion illégale",
conclut-il. M. Maksoud
sera la semaine prochaine
à Beyrouth où il
envisage de s’installer
pour se consacrer à la rédaction
de ses Mémoires.
Multiples
interrogations concernant
l’avenir du Hezbollah
sur la scène interne
par
PHILIPPE ABI AKL, publié
dans l'Orient-le Jour le
29 janvier 2004
Les
négociations entre l’Etat
hébreu et le Hezbollah,
par l’intermédiaire de
l’Allemagne, ont débouché
sur un accord réalisé en
deux phases : sitôt achevée
la première qui se déroule
aujourd’hui, la seconde
étape doit porter dans
les semaines qui viennent
sur la libération du
doyen des prisonniers
libanais en Israël, Samir
Kantar, et de plusieurs
symboles palestiniens détenus
dans les geôles de l’Etat
hébreu. En contrepartie,
le Hezbollah s’est engagé
à livrer des informations
sur l’aviateur israélien
Ron Arad et à remettre
celui-ci à Tel-Aviv. La
libération des détenus
libanais en Israël marque
une nouvelle étape dans
le conflit israélo-arabe,
qui pourrait consacrer les
opportunités de règlement
et relancer les négociations
sur tous les volets pour
accélérer la réalisation
d’une paix régionale.
L’Iran et la Syrie ont
joué un rôle fondamental
dans le processus d’échange
des prisonniers, dans la
mesure où ils ont
progressivement aboli tous
les obstacles qui empêchaient
l’aboutissement des négociations.
Les deux pays auraient
incité les dirigeants du
Hezbollah à se montrer
coopératifs et à
assouplir leur position. Dès
lors, selon certains
responsables, l’opération
ne serait que la
traduction de la politique
d’ouverture de
Washington en direction de
Damas et de Téhéran,
deux acteurs jugés
indispensables par les
chancelleries étrangères
à l’aboutissement de
tout processus de paix
dans la région.
Par
ailleurs, certains hommes
politiques se posent des
questions quant au rôle
du Hezbollah sur la scène
interne au lendemain de
cette grande victoire,
notamment à l’heure où
les échéances
constitutionnelles
majeures pointent à
l’horizon : les
municipales, la présidentielle
et les législatives. Le
parti politique
cherchera-t-il à
exploiter son atout
capital à des fins électorales
? Selon des sources
politiques bien informées,
le Hezbollah ne changera
pas sa ligne de conduite
politique et réagira
comme au lendemain de la
libération du Liban-Sud.
Or certaines parties ne
cachent pas leur crainte
de le voir utiliser la
participation officielle
à la cérémonie
d’accueil des
prisonniers,
aujourd’hui, pour
renforcer sa présence sur
l’échiquier politique
et s’imposer une fois
pour toutes comme un
acteur essentiel sur la scène
interne, notamment à
partir de l’automne
prochain, à l’occasion
de la présidentielle.
D’autant plus que le
parti a su s’assurer une
légitimité qui dépasse
le cadre libanais, et qui
englobe la totalité du
monde arabe, à travers
ses opérations de résistance
au Liban-Sud et la libération
du territoire libanais.
Mieux encore : l’échange
de détenus a éliminé la
thèse selon laquelle le
parti est une organisation
terroriste. En effet,
comment Israël pouvait-il
négocier avec une
organisation terroriste
par le biais d’un médiateur
? Tout cela viendrait
consacrer le rôle du
Hezbollah et accroître sa
détermination à libérer
les hameaux de Chebaa de
l’occupation israélienne,
lui assurant ainsi une
place pour la prochaine étape.
De plus, le parti pourra
utiliser son nouveau
capital à l’occasion
des municipales au
Liban-Sud, dans la mesure
où le président de la
Chambre Nabih Berry sera
conduit à conclure une
alliance avec lui dans les
plus brefs délais pour éviter
une victoire fracassante
aux dépens du mouvement
Amal.
Cependant,
précisent certains hommes
politiques, il est encore
trop tôt pour parler de
l’étape à venir, de la
position qu’occupera le
Hezbollah et des conséquences
auxquelles pourrait
aboutir la libération des
prisonniers. Dans ce sens,
poursuivent-ils, ce sont
les événements futurs
qui détermineront le rôle
du parti sur le plan local
et au niveau du processus
de paix. Ainsi fait-on état
de l’existence d’un scénario,
actuellement à l’étude
dans les milieux
internationaux, selon
lequel Israël serait
acculé à se retirer des
hameaux de Chebaa en échange
de la fin des opérations
de la Résistance au
Liban-Sud, d’une démilitarisation
du Hezbollah et d’un déploiement
de l’armée libanaise à
la frontière. Il reste
que, dans les milieux de
l’opposition, on se
demande pourquoi l’Allemagne
ou tout autre pays européen
n’ont pas proposé de
mener des négociations
entre le Liban et la Syrie
dans le but de libérer
les détenus libanais en
Syrie. D’autant plus que
les familles de détenus,
appuyées par certaines
associations des droits de
l’homme libanaises et
internationales, ont déjà
pris l’initiative de
rencontrer les
responsables syriens à
Damas pour soulever cette
question, mais sans succès.
Certains opposants
s’interrogent par
ailleurs sur le sort réservé
au comité de suivi du
dossier des détenus
libanais en Syrie, formé
il y a deux ans.
Toutefois, la libération
des détenus libanais en
Israël incite certains
proches de Libanais
prisonniers en Syrie à
demander aux responsables
syriens, et plus précisément
au président Bachar
el-Assad, de prendre une
mesure audacieuse en libérant
la totalité des Libanais
incarcérés en Syrie.
Pour leur part, certains
observateurs s’attendent
à ce que l’Administration
Bush exploite le succès
de l’échange de
prisonniers entre le
Hezbollah et Israël comme
une carte pour faire
pression sur la Syrie et
la porter à relâcher les
prisonniers libanais et à
ouvrir ses prisons aux
inspections des représentants
des organisations
internationales
humanitaires.
Al-Manar
TV, une chaîne de guerre
Les
messages antisémites de
la télévision du
Hezbollah gagnent de
l'audience
par
CHRISTOPHE AYAD, publié
dans Libération le 2 février
2004
Même
la télévision syrienne,
qui l'a pourtant produit,
n'a osé le diffuser : lors
du dernier ramadan, Al-Manar,
la chaîne du Hezbollah,
avait gratifié ses téléspectateurs
de l'Exil, un
feuilleton en 30 épisodes
"expliquant" les
raisons de la mainmise des
juifs sur le monde. Dès le
premier épisode, un
Rothschild y dit à ses
enfants sur son lit de mort
: "Dieu a honoré
les juifs en leur demandant
de remplir une mission :
dominer le monde par
l'argent, la connaissance,
la politique, le crime, le
sexe, et par tous les
moyens..."
Détournements
Surfant
sur les succès du
Hezbollah, la milice chiite
libanaise pro-iranienne,
face à Israël, Al-Manar
gagne de l'audience dans le
monde arabe. Dans certains
coins des territoires
palestiniens, les plus durs
ou les plus meurtris comme
le camp de réfugiés de Jénine,
on délaisse de plus en plus
Al-Jezira pour Al-Manar. La
première sert à
s'informer, la seconde à se
faire du bien. Du matin au
soir, les enfants se
nourrissent de clips montés
à partir d'images
d'actualité, parfois repiquées
sur les chaînes israéliennes
(!), d'archives de la
Seconde Guerre mondiale mêlant
camps de concentration,
bombardements des villes
allemandes... Régulièrement,
des messages en hébreu
s'intercalent : "Juifs,
rentrez chez vous en Europe
et aux Etats-Unis ! La
Palestine sera votre
tombeau." C'est
Al-Manar qui a introduit la
martyrologie chiite chez les
Palestiniens. La chaîne
contribue plus que toute
autre à l'islamisation de
la question palestinienne.
Elle est aussi devenue une
source d'information de
première main depuis que
les groupes terroristes
palestiniens lui envoient
leurs communiqués de
revendication dans les
minutes suivant leurs
attentats-suicides. La chaîne
se targue de faire de
"l'info", mais une
information "engagée".
Machine de guerre plus
qu'instrument de
connaissance, pour laquelle
elle n'a pas besoin
d'accorder des moyens - la
plupart des correspondances
se font par téléphone -
ni de reportages, malgré
300 salariés et un équipement
tout ce qu'il y a de plus
correct. La chaîne occupe
tout un bâtiment au coeur
de la banlieue sud de
Beyrouth. Elle n'a pas de
problème d'argent et refuse
même toute publicité américaine.
"Agression"
En
cas de gros événement, une
équipe se déplace.
Al-Manar a couvert la guerre
d'Irak au prix de moult
contorsions. Avant et
pendant la guerre, la chaîne,
soumise à la pression des
autorités irakiennes, dénonçait
l' "agression
impérialiste américaine".
Après, elle multipliait les
interviews de dignitaires
chiites irakiens qui se félicitaient
de la chute du tyran. Mais
fin juin, alors que les
chiites d'Irak découvrent
l'ampleur de la répression
sous Saddam, Al-Manar a déjà
la tête ailleurs, galvanisée
par les premières attaques
antiaméricaines. Les
chiites d'Irak en gardent
une rancoeur tenace envers
Al-Manar et le Hezbollah
censés être leurs
"cousins" les plus
proches. Ils n'ont pas
compris qu'Al-Manar, qui
ambitionne d'être la chaîne
de la résistance (à Israël,
aux Etats-Unis, etc.), fait
tout pour gommer son image
communautaire chiite. Les présentatrices
sont voilées mais des éditorialistes
chrétiens sont régulièrement
invités, tout comme des
journalistes du quotidien de
gauche Al-Safir.
Mue
Al-Manar
est allé jusqu'à instaurer
un court journal d'actualité
en français à l'occasion
du dernier sommet de la
Francophonie en octobre
2002. Hezbollah-Francophonie,
une histoire d'amour
inattendue ! Hassan
Nasrallah, le jeune secrétaire
général du "Parti de
Dieu", avait assisté,
ravi, assis au premier rang
avec les officiels libanais,
au discours de Jacques
Chirac pour un "monde
multipolaire". En
coulisse, un diplomate français
s'extasiait sur la mue du
Hezbollah et ce nouveau
"réservoir" pour
la francophonie : "Quand
on voit qu'il y a quinze ans
ils enlevaient nos
ressortissants ! Ils ont mûri,
ce sont des
interlocuteurs."
Incontrôlables
ondes de la haine
Face
au flou juridique télévisuel,
les pouvoirs du CSA seront
renforcés
par
RAPHAEL GARRIGOS et ISABELLE
ROBERTS, publié dans Libération
le 2 février 2004
Le
Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) pourra
bientôt saisir le juge des
référés administratifs
pour faire cesser "la
diffusion d'une chaîne non
conventionnée dont les
programmes porteraient
atteinte aux grands
principes au nom desquels la
liberté de communication
peut être limitée".
C'est ce qu'a annoncé
samedi le Premier ministre,
Jean-Pierre Raffarin. En
attendant, Al-Manar TV ainsi
que quelques dizaines
d'autres chaînes bénéficient
d'un flou juridique.
Questions.
-
Comment Al-Manar TV
est-elle diffusée en
France ?
On ne
tombe pas sur Al-Manar TV
en dérapant sur sa télécommande.
La chaîne du Hezbollah
chiite libanais n'est pas
disponible sur TPS ni sur
CanalSatellite, les
bouquets satellites de TF1
et Canal +. Pour assister
à la "guerre
psychologique contre
l'ennemi sioniste"
menée par Al-Manar TV,
selon les termes de son
site web, il faut disposer
d'un décodeur satellite
et orienter sa parabole
sur 13° est, vers le
satellite HotBird 4. La
manipulation n'est pas très
compliquée. On reçoit
alors Al-Manar TV,
gratuitement qui plus est.
Grâce à ce même
satellite, on peut également
regarder AFN, American
Forces Network, ou XXLTV,
la chaîne porno du groupe
AB (mais il faut payer un
abonnement).
-
Qui regarde Al-Manar TV ?
Difficile
à dire. Seule l'audience
des chaînes éditées en
France est mesurée.
L'ensemble des satellites
HotBird (ils sont quatre),
dont HotBird 4, qui
diffuse Al-Manar TV,
dessert près de 100
millions de foyers en
Europe, en Afrique du Nord
et au Moyen-Orient. En
France, 2,6 millions de
foyers ont une parabole
orientée vers HotBird et
ont donc la possibilité
technique de capter
Al-Manar TV.
- Pourquoi
le CSA n'a-t-il pas
sanctionné Al-Manar TV ?
Le dérapage
de Dieudonné en décembre
sur France 3 a été immédiatement
suivi d'une lettre de
remontrances du CSA à
Marc Tessier, président
de France Télévisions.
Le CSA dispose en effet de
tout un arsenal de
sanctions, allant de
l'avertissement à l'écran
noir, à l'encontre des télévisions
et radios françaises.
Mais pas seulement : le
CSA a rappelé plusieurs
fois à l'ordre la chaîne
qatarie Al-Jezira qui
diffuse par satellite.
C'est qu'Al-Jezira, chaîne
étrangère, a signé une
convention de diffusion en
France avec le CSA. En août
dernier, le CSA a reproché
à ESC, une chaîne
publique égyptienne,
disponible sur TPS, la
diffusion de Cavalier
sans monture,
feuilleton inspiré du
classique de l'antisémitisme,
les Protocoles des
sages de Sion. Le CSA
était compétent car ESC
a également signé une
convention avec la France.
Le cas d'Al-Manar TV est
plus complexe : cette chaîne
n'a aucune convention, ni
en France ni dans aucun
pays de l'Union européenne.
Elle n'est donc pas
sanctionnable par le CSA.
Elle a simplement signé
un contrat avec Eutelsat,
la société qui envoie
des satellites dans
l'espace et assure ainsi
la diffusion des chaînes.
Eutelsat se considère
comme un simple
transporteur, sans
responsabilité éditoriale.
Le CSA n'est cependant pas
resté les bras croisés.
Alerté par le Crif sur la
diffusion d'un feuilleton
antisémite sur Al-Manar
TV, il a, dès le 19 décembre,
écrit à Giuliano
Berretta, président d'Eutelsat,
qui sera reçu demain par
le CSA.
-
Al-Manar TV est-elle seule
à échapper au contrôle
du CSA ?
Plusieurs
dizaines d'autres chaînes,
que le CSA est en train de
recenser, échappent elles
aussi à tout contrôle,
comme une télé des
Tigres tamouls, du FIS algérien
ou une autre dirigée par
un fils du colonel
Kadhafi. Autre exemple :
la chaîne kurde du PKK.
Au départ, elle avait été
conventionnée par la
Grande-Bretagne, qui l'a
interdite après qu'elle
eut incité à aller
s'immoler devant les
ambassades de Turquie.
Elle a ensuite essayé de
se faire conventionner par
le CSA français, qui a
refusé. Aujourd'hui, elle
est retransmise par un des
satellites d'Eutelsat.
-
Pourra-t-on empêcher la
diffusion d'Al-Manar TV en
France ?
Doté
par la loi de nouvelles prérogatives,
le CSA pourra saisir le
tribunal administratif,
qui lui-même pourra
obliger Eutelsat (société
de droit français) à
cesser de diffuser cette
chaîne. Reste que le CSA
n'empêchera jamais complètement
la diffusion d'Al-Manar
TV. Il sera toujours
possible d'aller sur le
site web de la chaîne, où
tous ses programmes sont
disponibles. Sans parabole
et sans CSA...
Les
bénéfices du Hezbollah
Les
islamistes chiites ont réussi,
grâce aux bombardements
israéliens, à acquérir
une légitimité aux yeux
des Libanais
par
JACQUES GIRARDON et
SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Express du 25
avril 1996
De
jeunes barbus collectant
des fonds au cœur du pays
chrétien ; des leaders
maronites et des députés
du Hezbollah côte à côte
à la même tribune ; des
réfugiés chiites venant
des zones bombardées du
Sud et de la plaine de la
Békaa, accueillis et logés
dans des écoles chrétiennes...
Inimaginables il y a
encore quelques jours, ces
images révèlent
l'ampleur du choc causé
par le retour de la guerre
au Liban. "Les
“Raisins de la colère”
sont devenus ici raisins
de l'union",
expliquent les étudiants.
De toutes tendances, de
toutes confessions, ils
sont venus participer, par
centaines, à un sit-in
sur la place du Musée
(point de passage entre
les deux secteurs durant
la guerre). Le patriarche
maronite lui-même, le
cardinal Nasrallah Sfeir,
pourtant proche de
l'opposition chrétienne
radicale, reconnaît que
les miliciens du Hezbollah
sont des résistants qui
luttent contre
l'occupation du Liban par
l'armée israélienne. Vu
jusqu'à présent comme
l'expression d'une ingérence
étrangère - un
instrument de l'Iran pour
s'imposer dans les négociations
de paix - le Parti de Dieu
(Hizb Allah) est en train
de gagner une légitimité
auprès des Libanais.
"Confronté
à une situation économique
difficile, l'Iran est
moins prodigue que dans
les années 80, confirme
Elisabeth Picard,
directrice de recherche au
CNRS, associée au Ceri.
Le Hezbollah dispose
aujourd'hui de ses propres
réseaux de
financement." Impôts
religieux, propriétés
foncières, chaîne de
magasins, hôpitaux, contrôle
d'une partie du trafic de
drogue : le groupuscule
extrémiste, né en 1982
lors de l'invasion du
Liban par Israël, est
devenu un parti prospère
et puissant. En consacrant
une part importante de ses
ressources aux œuvres
sociales, il s'enracine de
plus en plus solidement
dans la communauté
chiite, traditionnellement
la plus défavorisée.
Parallèlement, son évolution
idéologique (dont témoigne
sa participation aux élections,
en 1992) rassure un peu
ses adversaires.
L'influence iranienne sur
les communautés chiites
du Proche- Orient est
ancienne. Moussa Sadr,
fondateur du parti Amal,
est né à Qom, en Iran.
En 1960, il se rend au
Liban pour y fédérer les
chiites. Le Hezbollah est
né d'une scission au sein
d'Amal, provoquée par de
jeunes intellectuels
radicaux menés par Abbas
Moussaoui. Ceux-ci
avaient, dans les années
70, fait leurs études
notamment à Nadjaf, ville
sainte située en Irak où
ils côtoyèrent des exilés
iraniens, tel l'ayatollah
Khomeini.
Le
contrôle syrien
Encadré
à l'origine par des
pasdaran, ces Gardiens de
la révolution envoyés
par l'Iran et dont il
reste encore une centaine
dans la plaine de la Békaa,
le Hezbollah se fait connaître
au milieu des années 80
en multipliant les prises
en otage d'Occidentaux.
Mais le parrainage iranien
ne saurait suffire dans ce
Liban où Hafez el-Assad
fait la loi. Très vite,
le Hezbollah a été
contraint de composer avec
Damas, qui a les moyens de
le couper de ses
approvisionnements (en
particulier, en armes). La
Syrie contrôle donc
partiellement le Parti de
Dieu, tout en veillant à
ne pas se brouiller avec Téhéran
- utile contrepoids aux Américains
et aux Irakiens. L'Iran,
isolé, se méfie
aujourd'hui d'une pax
americana qui consacrerait
l'hégémonie de
Washington sur toute la région.
Il tente donc de freiner
son allié syrien.
Pourtant, le Hezbollah se
prépare à la paix, comme
le prouve son discours
depuis peu plus modéré.
Reste que, même s'ils déposent
leurs armes, les
activistes du Parti de
Dieu, forts de leur
nouvelle popularité auprès
des Libanais, n'ont pas
fini d'inquiéter Israël.
Kamikaze,
l'arme du désespoir ?
par
NAGHAM AWADA, publié dans
Noun en décembre 2003
Pour
l'immense majorité des
gens, une personne se
faisant exploser pour en
tuer d'autres, n'inspire
qu'horreur et indignation.
On serait facilement tenté
de qualifier les kamikazes
de fous, et on a le plus
grand mal à comprendre ce
qui peut motiver leur geste
et leur fascination pour la
mort. Foi religieuse,
endoctrinement, désir de
vengeance ou désespoir
profond ? Les mécanismes
sont complexes.
L'apparition
d'une arme nouvelle
Les
premières opérations-suicide
au Moyen-Orient ont été
lancées au Liban, au début
des années 80. Le 11
novembre 1982, une énorme
explosion démolissait le bâtiment
abritant les forces israéliennes
d'occupation basées à Tyr,
tuant 90 soldats et
personnel militaire israéliens.
L'attentat fut revendiqué
par le Jihad islamique, mais
ce n'est qu'en mai 1985 que
le Hezbollah déclara qu'il
s'agissait d'une opération-suicide
et révéla le nom de
l'auteur de l'opération :
Ahmad Qassir, un
"kamikaze-martyr"
de 15 ans. Ce premier
attentat-suicide marquait
l'apparition d'une arme
nouvelle, destinée à
lancer une véritable guerre
psychologique. Le 18 avril
1983, l'attentat contre
l'ambassade des Etats-Unis
à Beyrouth fit 63 tués,
dont 17 américains. Selon
Robert Baer, chargé de
l'enquête par la CIA, l'opération
aurait pu se faire sans
kamikaze, mais
"l'impact psychologique
d'une attaque-suicide est
aussi fort que l'attaque
elle-même". Le Jihad
islamique revendiqua
l'attaque de l'ambassade américaine,
tout comme celles qui visèrent
les bâtiments des Marines
américains et des
parachutistes français à
Beyrouth, le 23 octobre
1983, provoquant la mort de
241 militaires américains
et de 58 français.
Légitimer
les opérations-suicide
Dès
lors et jusqu'aux années
90, des opérations-suicide
de moindre envergure, menées
surtout par le Hezbollah,
mais aussi par le mouvement
Amal, contre les troupes
israéliennes, devinrent une
arme de choix pour venir à
bout de l'occupation israélienne
au Liban-Sud. Ces opérations
se révélèrent souvent
d'une redoutable efficacité.
"La force et la supériorité
du combattant ne proviennent
pas tant du type d'armes
qu'il porte, que de sa
volonté à aller vers la
mort", déclarait
Sayyed Hassan Nasrallah, le
secrétaire général du
Hezbollah, en mars 1999.
Cette volonté de mourir en
martyr pour la cause de
Dieu, désignée par le
terme "irada
istishhadiyya",
accompagne ce que le
Hezbollah considère comme
un "wajib chari'i",
une obligation religieuse légale
de résister à
l'occupation. La "irada
istishhadiyya"
s'inspire d'un épisode
majeur de l'islam chiite, le
martyr de l'Imam Hussein, en
l'an 680 à Karbala, où il
succomba en se battant
contre l'oppression des
Omeyyades. Toutes les
actions menant au martyre se
réfèrent à cet épisode,
et l'Imam Hussein est considéré
comme le symbole de la lutte
contre les tyrans. Le
suicide étant strictement
interdit et condamné par le
Coran, la mort volontaire de
l'Imam Hussein a été
utilisée par le Hezbollah
pour légitimer ses opérations-suicide.
Le
choix de la mort dans le
cadre d'une lutte
s'identifiant au Jihad, la
guerre sainte, s'appuie
surtout sur la croyance que
celui qui mourra pour la
cause de Dieu, sera récompensé
dans l'au-delà, et que ses
péchés seront absous grâce
à son martyre. "Ces opérations-martyre
sont le chemin le plus court
vers Dieu", affirmait
Nasrallah dans l'un de ses
discours. Puisque l'homme
est condamné à mourir de
toute façon, il est bien
plus moral qu'il donne à sa
mort un but servant la cause
de Dieu et lui assurant une
place au Paradis. Il doit
donc chercher à accélérer
sa mort en s'engageant dans
le Jihad contre
l'oppresseur, représenté
alors par l'Etat d'Israël.
Le Hezbollah reconnaissait
toutefois que l'attachement
et l'
"asservissement"
des gens vis-à-vis de ce
monde leur fait craindre la
mort, qui n'est qu'un
"petit pont" vers
l'autre monde, considéré
comme "la vie vraie et
éternelle". En
mourant, le martyr entame
une nouvelle vie, beaucoup
plus belle, au paradis.
Cette croyance explique sans
doute la joie exprimée par
Nasrallah ainsi que
plusieurs autres parents, à
la mort de leur enfant.
Lorsque son fils fut tué
lors d'une opération contre
l'armée israélienne au
Liban-Sud, Nasrallah insista
pour qu'on lui présente des
félicitations et non des
condoléances, et déclara
que le martyre de son fils
lui avait apporté "la
plus grande joie qu'un père
puisse connaître".
Témoignages
de parents
Abou
Ammar Hammoud a perdu deux
fils, engagés dans la lutte
armée du Hezbollah contre
l'occupation israélienne.
Assis dans son salon où
sont accrochées de grandes
photos de ses fils, il
exprime sa satisfaction :
"Imaginez que votre
fils soit mort en martyr
dans la voie de Dieu, contre
l'ennemi de Dieu. Il vous
garantit le Paradis. Aller
au Paradis, n'est-ce pas ce
à quoi vous aspirez ? Grâce
à Dieu, ma femme et moi
avons deux martyrs. Ammar
avait 20 ans, il ne s'est
jamais marié. Maintenant,
il est marié au Paradis, où
il y a des femmes plus
belles que toutes les femmes
du monde. Son martyre a
garanti sa vie et celle de
ses parents." La femme
d'Abou Ammar, assise, les
yeux baissés, l'air triste,
demeure silencieuse. Le Dr
Eyad el Sarraj, directeur du
Centre de santé mentale de
Gaza, explique en parlant
d'Oum Nidal, une femme
palestinienne qui a poussé
son fils au martyre:
"Quand quelqu'un meurt,
il y a un sentiment de
perte. Il ne fait aucun
doute que ces mères qui
offrent leur fils, pleurent
leurs enfants, mais ensuite
un processus psychologique
intervient : le déni de la
mort. Elles vivent un
certain temps en cultivant
la croyance que quiconque
meurt en martyr n'est pas
vraiment mort, ce qui les
aide à nier la réalité de
la disparition."
Mais
plusieurs mois plus tard,
ces mères manifestent une réaction
de "douleur différée".
Khadije Hirz, militante du
Hezbollah, déclare avec un
doux sourire: "Je pense
que Dieu n'est pas satisfait
de moi, parce qu'aucun de
mes enfants n'est mort en
martyr. Je pense que je n'ai
pas encore acquis assez de mérite,
pour être honorée en
devenant une mère de
martyr. Je sais que c'est
difficile pour beaucoup de
gens de comprendre
cela." Zeinab, également
dans le Hezbollah, nuance :
"Ne croyez pas que nous
soyons contents d'avoir
autant de martyrs. Quand un
homme meurt, il laisse des
orphelins et une veuve. Mais
cette souffrance est moins
importante que de vivre dans
l'indignité et d'être
soumis aux Israéliens."
Selon Marwan Gharzeddine,
professeur de psychologie à
l'Université américaine de
Beyrouth, le Liban-Sud occupé
était un terrain fertile
aux opérations-suicide qui
se nourrissaient de la
frustration d'une population
subissant déplacements et
humiliations, morts, et
parfois tortures.
Profil
et critères
Quel
était le profil de ces
candidats à la mort, et
comment étaient-ils recrutés
? Ces hommes n'étaient pas
seulement volontaires pour
l'auto-sacrifice, ils étaient
à la fois sacrifiés par
d'autres, sélectionnés, préparés
et guidés vers leur
martyre. Dans un premier
temps, ils répondaient à
certains critères prédéfinis.
Ils devaient être
suffisamment âgés pour
pouvoir être considérés
comme responsables de leurs
actes, mais suffisamment
jeunes pour ne pas être déjà
mariés et parents. Ils
devaient aussi avoir une
intention religieuse et ne
devaient manifester aucun
signe de désordre émotionnel
ou mental. Ahmad Qassir,
surnommé "Amir al
Shouhada'" ("le
prince des martyrs")
par le Hezbollah, âgé de
15 ans lors de son opération
à Tyr, en 1982, et Bilal
Fahs, premier kamikaze du
mouvement Amal, âgé de 17
ans lors de son
attaque-suicide contre une
patrouille israélienne, en
juin 1984, n'avaient l'un et
l'autre aucun lien social ou
familial important, et étaient
de ce fait des candidats
acceptables pour ces opérations.
A mesure que les
attaques-suicide étaient de
mieux en mieux perçues par
la population, des kamikazes
commençaient à être
recrutés aussi parmi les
hommes mariés. Une
association des martyrs fut
créée par le Hezbollah
pour prendre soin de leurs
familles et subvenir entièrement
à leurs besoins financiers.
Les
candidats au martyre ne
doivent jamais rien révéler
à leur famille de l'opération
qu'ils préparent. La
famille est toujours informée
par l'organisation aussitôt
la mission accomplie, et se
voit remettre une cassette
enregistrée où le kamikaze
fait ses adieux. La femme de
Salah Ghandour avoue qu'elle
aime regarder, non sans émotion,
la cassette où l'on voit
son mari embrasser le Coran,
prier, avant les images de
l'explosion de son véhicule
contre une position israélienne.
Le témoignage de cette
femme révèle toutefois que
la famille du futur kamikaze
n'ignore pas toujours ses
intentions et qu'elle est
parfois préparée à sa
mort. "Durant ses
derniers jours, il passait
plus de temps à la maison
avec nous. Il me disait :
"Allez, faites-moi vos
adieux, je suis près de
quitter ce monde."
Quand je l'ai épousé, je
m'attendais à ce qu'il
meure en martyr d'un moment
à l'autre. Quand nous avons
eu trois enfants, j'ai
commencé à penser qu'il
avait tardé à prendre sa décision.
Bien sûr qu'il me manque
aujourd'hui. Mais si chacune
n'avait pas offert son mari,
son frère, pour le
sacrifice, notre patrie
n'aurait jamais été libérée."
L'importance du leader :
"Parce que Khomeiny est
l'Imam de ces martyrs, leur
guide, leur chef, leur
inspiration, leur bien-aimé,
ils ont été réveillés
par son écho et la chaleur
de sa voix qui les rassure.
La force de sa volonté les
arme de la même force, et
avec ses fatwas ils
acceptent la mort, que la
mort les trouve ou qu'ils
trouvent la mort, parce que
l'Imam de la Vérité leur a
dit que ce combat est
juste."
Ce
passage d'un discours du
cheikh Hassan Nasrallah peut
aider à comprendre les mécanismes
psychologiques qui
sous-tendent la volonté des
candidats à la mort. Tout
se passe comme si la libido,
l'affectivité étaient entièrement
dévolues au donneur
d'ordres. Durant la guerre
Iran-Irak, Hussein Ali était
un Bassidji, un jeune
mobilisé engagé pour défendre
la révolution: "Au début
de la guerre, les jeunes de
moins de 18 ans devaient
demander l'autorisation à
leurs parents pour
combattre, mais ça ne
marchait pas, alors Khomeiny
a décrété : "Je suis
le père de tous les
Bassidji, et je vous ai donné
la permission de vous
battre." Les Bassidji,
qui étaient surtout des
enfants et des jeunes gens,
formaient les vagues
humaines de chair à canon
qui nettoyaient les champs
de mines avec leur corps.
Hussein se souvient :
"En 1986, ils demandèrent
1.000 volontaires pour
nettoyer un champ de mines.
3.000 volontaires se présentèrent.
J'en faisais partie. Ça a
failli tourner en bagarre,
et finalement ils ont dû
arbitrer pour décider qui
allait pouvoir y
aller." Un cheikh
iranien exilé explique :
"Khomeiny leur promit
de trouver au paradis ce
qu'il ne pouvait leur offrir
sur terre." Les
Bassidji étaient la réponse
iranienne à la supériorité
militaire irakienne. Dans la
lutte du Hezbollah contre
l'occupation israélienne,
dans celle des Tigres Noirs,
les rebelles Tamils du Sri
Lanka contre les forces régulières,
ou dans celle des
organisations palestiniennes
comme le Hamas, le Jihad
islamique ou les Brigades
des Martyrs d'Al Aqsa contre
les Israéliens, les opérations-kamikaze
ont été utilisées comme
une puissante arme du
pauvre. "S'il nous
avait été possible de
combattre l'ennemi avec des
armes conventionnelles, il
n'aurait pas été
admissible d'adopter des opérations-suicide",
justifie le cheikh Malek
Wehbé, chef de la section
politique du Hezbollah.
Un
Moi qui se réalise dans la
mort
"Je
suis le martyr vivant Salah
Abed el Rahim. Nous n'avions
pas d'autre choix que de
transformer les juifs en
prisonniers de la peur et de
l'horreur", déclare un
kamikaze palestinien dans la
cassette enregistrée avant
son opération. Si les opérations-suicide
du Hezbollah ne visaient que
des cibles militaires, l'ère
sanglante d'une nouvelle
forme d'attentats-suicide
prenant pour cible des
civils s'est ouverte en Israël-Palestine
à partir du milieu des années
90, s'intensifiant ces dernières
années à mesure que la répression
israélienne dans les
territoires occupés
devenait de plus en plus
insoutenable pour la
population palestinienne. En
effet, c'est surtout dans le
quotidien d'oppression et
d'humiliation des
Palestiniens qu'il faut
rechercher les origines de
cette surenchère de
kamikazes, plutôt que dans
les motivations
nationalistes et
religieuses, qui existent
aussi. Mohammad Daraghmeh était
un bon vivant qui aimait
s'amuser. Il a fallu peu de
temps aux Brigades des
Martyrs d'Al Aqsa pour faire
de lui un kamikaze, qui se
fit exploser en mars 2002 à
un arrêt de bus, tuant 9
israéliens. Sa famille, ses
amis, ne s'y attendaient pas
et en sont encore atterrés.
Son frère Amer explique :
"Nous avons vécu une
telle pression. Tu peux
aller où tu veux, et
soudain, on te met en cage,
comme un oiseau. Qu'arrivera
t-il à cet oiseau à qui tu
as volé sa liberté ? Il
mourra. C'est ce qui est
arrivé à Mohammad.
Mohammad était un oiseau.
Ils l'ont pris et mis en
cage. Alors il est
mort."
Une
jeune femme palestinienne,
interrogée par le réalisateur
Hani Abou Assad dans son
film "Ford
transit", interprète
ainsi le comportement des
kamikazes : "Les
Palestiniens, qui sont sans
espoir de vivre à égalité
avec les Israéliens dans
cette vie, peuvent trouver
cette égalité dans la
mort, en les tuant en même
temps qu'ils se tuent."
Dans son livre "Les
nouveaux martyrs
d'Allah", Farhad
Khosrokhavar explique que
"dans la martyropathie,
il y a d'une part une véritable
fascination pour la mort
(elle constitue
paradoxalement la seule espérance
qui reste au sujet), et de
l'autre, l'aspiration
individualisée à mourir
comme unique mode
d'expression d'un Moi qui
entend désormais se réaliser
pleinement dans la mort,
faute de pouvoir le faire
dans la vie." Le
sentiment d'impuissance
favorise les
attaques-suicide, explique
un psychologue palestinien :
"Je pense que c'est la
combinaison d'un passé
douloureux et d'un avenir
sans espoir qui crée
l'explosion. La vie après
la mort n'attire que lorsque
le présent est trop dur à
vivre." Selon la
sociologue Pénélope
Larzillière, on ne peut
plus brosser "de profil
sociologique spécifique du
kamikaze palestinien. Les
catégories concernées sont
trop larges. Il y a surtout
des jeunes mais pas
uniquement, puisqu'on trouve
aussi des pères de famille,
des adultes de 40 ans. Ces
kamikazes ne sont pas non
plus issus des milieux
sociaux les plus défavorisés;
plusieurs d'entre eux
avaient fait des études.
Une seule constante demeure
: ils sont majoritairement
issus de camps de réfugiés."
Le Dr Eyad el Sarraj note
aussi : "Dans chacun de
ces cas, nous découvrons
que la personne a vécu un
événement traumatique
profond pendant son enfance.
Pendant la 1re Intifada, ces
personnes étaient des
enfants, et ont été témoins
de toutes sortes
d'humiliations concernant
des membres de leur famille.
Aujourd'hui, ce sont eux les
kamikazes."
Des
femmes martyrs pour la cause
Le
27 janvier 2002, un
attentat-suicide exécuté
par Wafa Idriss, une
Palestinienne de 26 ans,
marqua un nouveau tournant.
Jusque-là, les femmes
avaient été tenues à l'écart
du Jihad, auquel la religion
musulmane leur interdit de
participer. C'est pourquoi
les femmes kamikazes
palestiniennes sont surtout
recrutées par les Brigades
des Martyrs d'Al Aqsa,
organisation non religieuse.
Chagrin et larmes."
Ses frères essaient souvent
de me réconforter en me
disant qu'elle a été héroïque
et que je devrais être fière
d'elle, mais un feu me
consume. Ils disent qu'elle
est au Paradis, mais seul
Dieu le sait, personne
d'autre", se lamente
Mabrouk Idriss, sa mère. La
journaliste américaine
Barbara Victor a publié
dans un livre intitulé
"Shahidas - Les femmes
kamikazes de
Palestine", une enquête
approfondie réalisée
notamment auprès des
familles de ces martyrs.
Selon elle, le désespoir
personnel de ces femmes, lié
à celui, collectif, de leur
peuple, serait utilisé par
les organisations activistes
pour les convaincre de
mourir pour la cause.
"Je
découvris au cours de mon
enquête que toutes, y
compris la cinquantaine de
femmes qui avaient tenté
sans succès de commettre un
attentat-suicide, avaient
traversé des tragédies
personnelles si graves que
leurs conditions de vie étaient
devenues intenables au sein
de leur propre culture et de
leur propre société.
J'appris également que ces
femmes avaient toutes été
recrutées et formées par
des hommes, qu'il s'agisse
d'un parent en qui elles
avaient confiance, d'un
enseignant respecté ou d'un
chef religieux estimé. Plus
troublant encore était le
fait que ces hommes (...) réussirent
à les convaincre qu'en
raison des erreurs qu'elles
- ou un des membres de leur
famille - avaient commises,
le seul moyen de se racheter
et de laver le nom des siens
était de mourir en shahida
pour la cause
palestinienne." Quelles
sont ces erreurs ? L'une a
été répudiée, une autre
avait refusé un mariage,
une troisième est tombée
enceinte hors mariage...
Selon l'enquête de Barbara
Victor, Wafa Idriss ne fut
pas choisie par erreur.
Issue d'un milieu défavorisée,
elle était sans père et à
la charge de son frère. Stérile,
elle avait été répudiée
par son mari quelques années
auparavant, et ne pourrait
se remarier : "Ceux qui
l'ont choisie, si elle a été
choisie, savaient
pertinemment qu'elle n'avait
aucun avenir." Pionnière
des femmes kamikazes
palestiniennes, Wafa Idriss
fut immédiatement glorifiée
par la population, les
dirigeants et la presse.
Un
engagement collectif
Les
kamikazes ne sont ni des
suicidaires ni des fous.
D'après l'universitaire américain
Scott Atran, les rares études
réalisées à ce sujet
montrent que les kamikazes
n'affichent pas de
comportement
psychopathologique déterminé.
Un psychiatre israélien
interrogé dans le
documentaire "Human
weapon" ("L'arme
humaine"), précise :
"Au début, je pensais
que c'était des gens qui
voulaient de toute façon se
suicider, qui se laissaient
recruter volontairement par
une organisation. Mais cela
ne peut pas être expliqué
seulement par la psychologie
individuelle." Les
recherches de ce psychiatre
l'ont amené à reconnaître
le pouvoir de l'engagement
collectif: "Le pouvoir
du contrat que la personne
passe avec son groupe est
plus fort que la volonté de
vivre." Un psychologue
palestinien confirme:
"Avant l'opération-suicide,
il y a des cérémonies et
des rituels qui poussent le
kamikaze à un engagement
envers lui-même et envers
le groupe. L'un de ces
rituels est la vidéo
d'adieu. Cet enregistrement
est comme un contrat signé,
qu'il est difficile de
briser."
L'attentat-suicide ne serait
donc pas un phénomène
personnel mais
organisationnel. L'indice
n'est pas dans la
personnalité de la personne
qui se porte volontaire,
mais dans la préparation
psychologique des candidats
au suicide. Toutefois, la
dimension psychologique ne
peut être exclue. Le Dr
Eyad el Sarraj explique que
lorsqu'on atteint un certain
stade de radicalisation et
un stade paranoïaque, le
monde est alors divisé en
deux : l'ennemi et nous. Il
n'y a plus ni enfants ni
femme; l'ennemi, c'est tous
les autres, il n'est plus
qu'Un.
Sources
: Amal Saad-Ghorayeb,
"Hizbullah, politics
and religion", éd.
Pluto Press ; Farhad
Khosrokhavar, "Les
nouveaux martyrs
d'Allah", éd.
Flammarion ; Barbara Victor,
"Shahidas - Les femmes
kamikazes de
Palestine", éd.
Flammarion ; Martin Kramer,
"Sacrifice and
self-martyrdom in Shi'ite
Lebanon" ;
"Terrorism and
political violence",
vol. 3, n°3 (1991) ;
"Human weapon",
documentaire de Ilan Ziv ;
"The living martyr,
Hezbollah unveiled",
documentaire de Mouna
Mounayer ; "Women in
Hizbullah",
documentaire de Maher Abi
Samra ; "Ford
transit", documentaire
de Hani Abou Assad ;
"Genèse de l'attentat
suicide", article de
Scott Atran paru dans
"Science"
(Etats-Unis), Courrier
International, n°655 ;
"Destin de
kamikaze", interview de
Pénélope Larzillière dans
SaphirNet.info
Les martyrs du
Hezbollah
par
MOUNA MOUNAYER, diffusé
par Radio Canada le 25
juillet 2003
Au
Liban, c'est un parti
politique reconnu. Mais pour
le gouvernement d'Israël,
pour les Etats-Unis et, plus
récemment, pour le Canada,
c'est un mouvement
terroriste redoutable. Le
Hezbollah, qui signifie "le
parti de Dieu" en
arabe, est un mouvement qui
a été créé dans les
quartiers musulmans de
Beyrouth, pendant la guerre
civile libanaise. Au cours
des ans, avec l'appui de
l'Iran, le Hezbollah est
devenu une organisation
islamiste de combat qui a
mobilisé la jeunesse chiite
et formé une armée
redoutable. Les attaques des
miliciens du Hezbollah ont
forcé le retrait des Israéliens
du Sud-Liban. Une victoire
de David contre Goliath, où
les martyrs du Hezbollah,
des commandos suicides bien
endoctrinés, ont déstabilisé
une des armées les plus
puissantes du monde. Quel
est l'avenir de ce mouvement
? Quel est l'avenir de ces
guerriers de l'islam qui
disent eux-mêmes
ouvertement qu'ils veulent
maintenant reprendre aux
Israéliens les lieux saints
de Jérusalem ?
Le
suicide altruiste n'est pas
une expression que l'on
entend tous les jours, sauf
si l'on s'intéresse au
conflit entre le Hezbollah
et Israël au Sud-Liban. Et
au Liban, on parle de
martyr, plutôt que de
suicide altruiste. Depuis
22 ans, le combat de David
contre Goliath qui oppose
les membres du Hezbollah à
Israël a déjoué tous les
efforts mis en œuvre par
les superpuissances pour
instaurer une paix durable
au Moyen-Orient. Leur nom évoque
des images d'hommes barbus
proférant des slogans
antioccidentaux et des scènes
d'ambassades en flammes, de
bombes humaines, de détournements
d'avions et de prises
d'otages. Et pourtant, au
moment du retrait de l'armée
israélienne du sud du
Liban, on s'est demandé
comment un petit groupe de
combattants libanais avait réussi
à tenir tête à l'armée
à la technologie de pointe
d'Israël. "La
révolution iranienne de
1978-1979 a eu un effet tout
à fait spectaculaire, non
pas parce que les musulmans
chiites ont vu dans l'Iran
un modèle qu'ils voulaient
copier entièrement, mais
parce qu'elle était pour
eux une source
d'inspiration, un exemple à
suivre. Elle avait démontré
que des gens engagés,
profondément convaincus,
avaient réussi, en se
mobilisant, à modifier
considérablement leurs
conditions de vie, leur régime
politique, et ainsi de
suite", soutient
Richard Norton, professeur
d'anthropologie et de
relations internationales à
l'Université de Boston.
Le
professeur de psychologie
Marwan Gharzeddine, de
l'université américaine de
Beyrouth, confirme que les
conditions de vie extrêmement
pénibles auxquelles les
chiites ont été soumis au
Sud-Liban ont contribué à
favoriser les comportements
suicidaires altruistes. Sous
l'occupation israélienne,
de nombreux membres de la
communauté chiite ont été
déplacés, humiliés, tués
et torturés. Les jeunes qui
ont grandi dans de telles
conditions ont eu
l'impression d'être perçus
sous un jour très négatif.
"La religion leur a
donné le moyen de remplacer
cette image douloureuse
d'eux-mêmes. Elle leur a
dit : "Si vous suivez
la voie de la religion, vous
retrouverez votre fierté,
votre dignité", et
dans le cas de la religion
chiite, cela veut dire
s'identifier aux ancêtres
de la religion chiite. C'est
suivre la voie du martyr,
comme l'ont fait Hassan,
Hussein et Ali",
ajoute Marwan Gharzeddine. L'idéologie
chiite du martyr est fondée
sur le personnage central de
Hussein, petit-fils du prophète
Mohammad. Les chiites
pensent que celui-ci aurait
dû succéder au prophète,
après la mort de son père
Ali. Une querelle a éclaté
entre les descendants du
prophète et la dynastie des
Omeyyades, que les chiites
accusent d'avoir usurpé le
califat. Au 7e siècle, ce
conflit a dégénéré et
finalement provoqué un
schisme de l'islam semblable
à celui qui a divisé les
catholiques et les
protestants. Une bataille a
eu lieu à Kerbala, sur les
rives de l'Euphrate, en
Irak. Hussein et ses 72
partisans ont affronté une
puissante armée mobilisée
par les Omeyyades. Yazid, le
chef des Omeyyades, voulait
forcer Hussein à lui prêter
serment d'allégeance et à
se soumettre à son autorité
en qualité de calife de
l'islam. Hussein a refusé.
Il a été tué sur le champ
de bataille et décapité.
Sa tête, montée sur un
pic, a été exhibée à
travers les villes et les
villages, pour être
finalement déposée aux
pieds de Yazid.
"La
tragédie de Kerbala
symbolise la tragédie
humaine. Elle a été incarnée
par une personne qui a vécu
au nom du peuple entier, et
de l'islam, et qui a
combattu la corruption de la
société. Voilà pourquoi
les chiites la célèbre,
pour stimuler le côté
humain de l'individu",
rapporte l'ayatollah
Al-Ouzma, Sayyed Mohammad
Hussein Fadlallah, guide
spirituel chiite.Le chiisme
en général et le Hezbollah
en particulier ont recours
au martyr de Hussein pour
symboliser la lutte contre
tous les tyrans
contemporains. Mais si le
martyr de Hussein est considéré
comme une mort idéale, le
Coran interdit formellement
le suicide et avertit ceux
qui voudraient se suicider
qu'ils s'exposent à de sévères
punitions. Le Hezbollah défend
l'utilisation de bombes
humaines en affirmant que
certains passages du Coran
sont sujets à interprétation,
et donne ainsi à ses
combattants une certaine
latitude pour commettre des
actes qui peuvent se
justifier d'un point de vue
religieux. Le Hezbollah
soutient que tout acte qui
contraint l'ennemi est
permis par l'islam, mais que
celui-ci doit être
sanctionné par un savant
pour être conforme à la
loi de l'islam. Le
porte-parole des Forces
provisoires des Nations
unies au Liban, Timor
Goksel, raconte que dans les
premiers temps du mouvement,
il ne s'agissait pas tant de
suicides que de jeunes très
mal entraînés qui
attaquaient et se faisaient
tuer. "Il y a eu
beaucoup de morts. Ils
attaquaient pour le
principe, se lançaient à
l'assaut et se faisaient
tuer, mais ça n'avait rien
d'une performance
militaire." Après
1992, le Hezbollah a commencé
à faire preuve d'un véritable
professionnalisme. Il a
commencé à se renseigner
soigneusement et à
planifier ses attaques en
utilisant tout un
assortiment d'armes diverses
et en agissant comme une guérilla.
L'avenir
de ce mouvement
Les
enfants de martyr sont élevés
pour devenir martyrs comme
leur père. "Une
nation qui a des fils de
martyrs, est une nation qui
vaincra, avec la volonté de
Dieu, quelles que soient les
difficultés. Israël ne
pourra pas nous occuper ni
nous violer tant qu'il y
aura des fils de martyrs
pour dire qu'ils vont débarrasser
la terre de la contamination
des sionistes qui l'ont
profanée, occupée et violée,
de sorte que le sang des
martyrs continuera à être
versé, avec la volonté de
Dieu, pour obtenir notre délivrance",
lance avec conviction Naïm
Qassem, le sous-secrétaire
général du Hezbollah. "Ceux
qui adhèrent au Hezbollah
ne seront pas tristes, le
paradis leur est promis. En
tant que mère, je souhaite
que mon fils devienne un
martyr pour le bien de la
religion, pour le bien de
l'islam. Nous enseignons à
nos enfants à obéir à
Dieu", exprime
Leila Moussawi. Le Hezbollah
se considère comme un
mouvement islamiste dont
l'idéologie dépasse
largement les frontières du
Liban. Il a réussi à
forcer Israël à effectuer
un retrait unilatéral, même
s'il était désordonné et
sans accord de paix. Ce qui
amène à se poser la
question suivante : que va
faire le parti de Dieu,
maintenant? "Le
problème de fond, c'est
l'occupation de la
Palestine. Et l'occupation
de Jérusalem. Jérusalem
est l'adresse de la
Palestine, l'adresse de la
bataille et l'adresse de la
nation islamiste. Voilà
pourquoi, lorsque nous
discutons de l'avenir, nous
estimons que le problème de
la région n'est pas réglé,
parce que toute solution qui
n'est pas fondée sur l'équité
et la justice est
temporaire. Je suis
convaincu que la libération
de la ville sainte est
l'espoir et le souhait de
tous les Arabes, de tous les
musulmans", conclut
Sayed Hassan Nasrallah, secrétaire
général du Hezbollah.
Le
Hezbollah banni du Canada
Le
11 décembre 2002, après
des débats plutôt
difficiles, le solliciteur général
Wayne Easter a décidé de
bannir du Canada le parti
Hezbollah dans son intégralité,
ce qui inclut la branche
charitable du groupe. Jusqu'à
cette date, seule l'aile
militaire du Hezbollah était
interdite au pays. Le
ministre canadien des
Affaires étrangères, Bill
Graham, a reconnu que le
Hezbollah offrait de l'aide
humanitaire dans le cadre de
sa branche charitable, mais
il a ajouté que les propos
du leader du parti, tenus la
semaine précédant cette décision,
indiquaient clairement qu'il
n'y avait pas de distinction
entre les activités du
parti. Le chef du Hezbollah
aurait en effet encouragé
les actes terroristes, et
plus particulièrement les
attentats suicide à travers
le monde. Plusieurs sources
ont toutefois mis en doute
la tenue de ces propos, avançant
qu'il s'agissait d'un
complot proisraélien. Cette
mesure annoncée par Ottawa
fait en sorte qu'aucun
argent ne peut être
recueilli au Canada pour
financer le parti. Plus
d'une dizaine de groupes ont
ainsi été bannis du
Canada, en vertu de la Loi
antiterroriste adoptée en décembre
2001. La décision a réjoui
le Congrès juif, mais a
soulevé la colère du
Liban. Le député libéral
d'Anjou-Rivière-des-Prairies,
Yvon Charbonneau, qui est
aussi président du Groupe
d'amitié parlementaire
Canada-Liban, a déclaré
que bien qu'il condamne tout
attentat, il croit que la décision
du gouvernement ne repose
sur aucune preuve concrète
et que le gouvernement "a
plié devant les pressions
des groupes proisraéliens".


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