Rachel
Corrie, militante pour la paix
en Palestine
Naissance à Olympia,
Washington, Etats-Unis -
Décès à 23 ans, le 16
mars 2003 à Rafah, Gaza,
Palestine, écrasée par un
bulldozer de l'armée israélienne.
Rachel étudiait au Evergreen
State College, dans sa ville
natale. Selon un de ses
professeurs, elle était "une
étoile brillante, une
magnifique étudiante et une
brave personne aux convictions
profondes".
Editorial publié en
arabe dans le journal Al Qouds
Al Arabi du 19 mars 2003
Rachel Corrie est une blonde
américaine à l'aube de ses
vingt ans. Dans ses veines,
nul sang arabe, indien ou
tiers-mondiste ne coule. Ses
yeux sont aussi bleus que l'océan
Atlantique. Comme toutes les
filles de son âge, Rachel rêve
d'un fiancé, d'un amoureux,
d'une tranquille demeure et de
plein d'enfants qui la
rempliraient de bruit et de
turbulence. Mais elle a reporté
ce rêve et est partie dans
les camps de réfugiés, de
dignité et de résistance
dans la bande de Gaza. Pour
vivre le drame arabe et
palestinien et partager avec
les enfants de l'Intifada
leurs rêves de martyr dans
les combats d'honneur et de
dignité. Elle aurait pu aller
dans les boîtes de nuit pour
danser sur les rythmes de Cheb
Khaled, Amr Dhiab ou Mustafa
Kamar. Mais, elle a préféré
danser une danse héroïque
devant un bulldozer israélien
qui s'attaquait à une maison
dans la ville résistante de
Rafah.
La mort en martyre de cette
citoyenne américaine, le
dimanche 16 mars, s'est
déroulée sans grand bruit.
Elle n'a pas fait bouger le président
américain George Bush ni même
son ministre de la Défense
Donald Rumsfeld. Tant que le
meurtrier est Sharon,
l'identité de la victime
n'est pas importante, même si
elle est américaine.
L'administration américaine
n'a pas ouvert une enquête
sur ce meurtre. Elle n'a pas
non plus envoyé une équipe
du FBI pour rassembler les
preuves. Le procureur général
américain n'a pas demandé à
ce que le criminel et
terroriste soldat israélien,
qui a commis ce meurtre odieux
contre une citoyenne américaine,
soit déféré devant la
justice américaine. Le président
Bush n'a pas dit qu'il allait
venger ce crime, et n'a pas
mis l'armée israélienne sur
la liste du terrorisme. Il n'a
pas renvoyé l'ambassadeur
israélien de Washington.
Peut-être qu'il ne sait même
pas encore qu'un tel crime a
été commis. Il n'est pas
impossible que la bande
pro-israélienne qui contrôle
les décisions américaines,
comme Richard Perle, Ebermarz
et Fish, ait informé le président
Bush que le tueur de cette
jeune fille est un terroriste
palestinien.
Nous écrivons avec colère,
car nous nous rappelons très
bien comment l'administration
américaine a déjà mis le
Front de Libération de la
Palestine et son leader Abou
Al Abbas sur sa liste
terroriste, car un de ses
membres a tué un handicapé
américain durant le détournement
du bateau Akili Lourou. Comme
nous nous souvenons de la manière
avec laquelle les juifs américains
ont transformé cette histoire
en une légende cinématographique
qui accuse les Palestiniens et
les Arabes en les présentant
comme des terroristes au cœur
dur, assoiffés de sang. Nous
écrivons avec amertume car
nous vivons encore le drame du
professeur Sami Al Aryan, qui
vit actuellement derrière les
barreaux, lui l'académicien
palestinien modéré, avec
l'accusation d'appartenir à
l'organisation terroriste du
Jihad, responsable de la mort
d'Américains lors de l'opération
martyre de l'Université hébraïque
de Tel Aviv. Ceci est la
justice américaine dans la
pire de ses représentations.
C'est une justice qui est
ennemie de tout ce qui est
arabe et musulman. Et qui est
amie de tout ce qui est israélien
et sioniste.
La martyre Rachel n'était pas
une combattante mais une
militante pour la paix. Elle a
vu de ses yeux l'injustice
israélienne. Elle a vu
comment les maisons étaient détruites
sur les têtes de leurs
habitants. Elle a pleuré
l'autre martyre enceinte qui
commençait son accouchement
alors qu'un bulldozer entamait
la destruction de sa maison :
elle en est morte ainsi que
son bébé, dans le camp d'Al
Boureij au sud de Gaza. Le président
Bush promet aux Palestiniens
de publier la feuille de route
dès la désignation d'un
premier ministre ayant des prérogatives
complètes qui lui permettrait
d'abandonner le droit au
retour, la moitié d'Al Qouds
(Jérusalem) et quatre vingt
pour cent de la Palestine
historique. Une feuille de
route en contrepartie de la
destruction de l'Irak, du
meurtre de centaines de
milliers d'irakiens, de la désignation
de Shimon Pérès comme secrétaire
général de la Ligue Arabe et
du dépôt des revenus du pétrole
irakien dans un compte spécial
géré par une administration
financière israélienne à
visage américain.
La mort en martyre de Rachel
Corrie sous le "couteau
" du bulldozer israélien
n'ouvrira pas les yeux du président
Bush et de son administration
sur ce que vivent les
Palestiniens, des mains de
leur plus sûr allié Sharon
et ses forces criminelles. Il
ne fera pas non plus bouger
l'opinion publique américaine
qui finance ce terrorisme israélien.
Rachel a été tuée avec
l'argent du contribuable américain.
Elle est rentrée dans
l'Histoire du peuple
Palestinien comme étant la
première victime américaine
morte en défendant le droit
et pour lever l'injustice.
Elle est devenue martyre
pendant que les forces (armées)
de son pays s'apprêtent à
envoyer trois mille missiles
sur Bagdad pour tuer des
milliers de ses enfants !
Rachel restera comme un
symbole fleuri du visage américain
que nous aimons, tandis que
Bush restera comme le symbole
du visage laid, icône de
l'injustice, de l'arrogance et
de l'agression. Il pousse la
terre entière à le haïr.
Elle est le visage de la Bonté
dans ses plus belles
manifestations alors qu'il est
le visage du Mal dans ses
pires représentations. Nous
la saluons. Bonjour à toi
dans les plus hautes listes
d'honneur et de dignité dont
est fier tout Arabe, qu'il
soit chrétien ou musulman.
Extrait d'une lettre de
Rachel à sa mère deux
semaines avant son décès
Qu'est-ce qui reste aux
gens ? Dis-moi si tu as une réponse.
Moi pas. Si chacun de nous
voyait sa vie et son bien-être
complètement entravés,
vivait avec ses enfants dans
un endroit réduit où nous
saurions, de notre expérience
antérieure, que les soldats,
les tanks et les bulldozers
peuvent arriver n'importe
quand et détruire toutes les
serres que nous avons cultivées
depuis si longtemps, et
faisant cela tandis que
certains d'entre nous seraient
battus et tenus en captivité
avec 149 autres personnes
pendant des heures ;
penses-tu que nous pourrions
essayer d'utiliser des moyens
quelque peu violents pour protéger
le peu de miettes qui nous
resteraient ? J'y pense
surtout quand je vois les
vergers, les serres et les
arbres fruitiers détruits, après
tant d'années de soins et de
culture. Je pense à vous, et
combien c'est long de faire
pousser les choses, et quel
travail d'amour cela représente.
Je crois vraiment que dans une
situation similaire, la
plupart des gens se défendraient
du mieux qu'ils le pourraient.
Je pense qu'oncle Graig le
ferait. Je pense que grand-mère
aussi le ferait. Je pense que
je le ferais. Tu me demandes
de parler de la résistance
non violente. Quand cet engin
a explosé hier, il a détruit
toutes les fenêtres de la
maison familiale. On était en
train de me servir du thé et
j'allais jouer avec les deux
petits bébés. J'ai eu des
temps difficiles jusqu'à présent.
J'ai très mal au ventre à
force d'être tout le temps
adorée, très gentiment, par
des gens qui regardent la mort
en face...
La grande majorité des
gens ici, même s'ils ont les
moyens économiques de s'échapper,
même s'ils voulaient réellement
abandonner la résistance sur
leur terre et simplement s'en
aller (ce qui paraît être,
peut-être, le but le moins
abominable de Sharon) ne
peuvent pas partir. Parce
qu'ils ne peuvent même pas
aller en Israël faire une
demande de visa, et parce que
leurs pays de destination ne
les laisseront pas entrer (ni
notre pays, ni les pays
arabes). C'est pourquoi je
pense que quand tous les
moyens de survivre tiennent
dans un mouchoir de poche
(Gaza) d'où les gens ne
peuvent sortir, je pense qu'on
peut parler de génocide.


Rachel
Corrie, étudiante américaine
pacifiste

Rachel
manifeste à Rafah, Gaza

Rachel s'oppose
au bulldozer israélien

Rachel
essaie de raisonner le
conducteur
Rachel est blessée, écrasée
par le bulldozer
Les
médecins tentent
de réanimer Rachel

Les
amis de Rachel pleurent sa
mort