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Les relations entre les nations
sont principalement marquées par des raisons
objectives, diplomatiques, politiques et économiques,
qui déterminent les intérêts réciproques. Mais
entre le Liban et le Brésil,
elles ont échappé à ces règles parce que
l’originalité des relations entre les deux pays
est qu’elles sont basées sur un échange de
vie, ce qui a fait prospérer la plus grande
colonie de Libanais à l’étranger.
L’émigration libanaise au Brésil existe depuis
la création du Brésil, le Portugal
ayant eu déjà des relations avec la Syrie/Liban,
dès le XIIe siècle. En 1790, on trouve même
mention d’un grand commerçant libanais de Zahlé
établi à Rio de Janeiro,
Élia
Antoun Lebbos, venu du Portugal et qui a changé
son nom en Elias Antonio
Lopes. Il fut le propriétaire d’une des plus
grandes maisons de la ville, que le roi du
Portugal Dom João VI,
fuyant l’invasion de son pays par l’armée
française de Napoléon
Ier, acheta en 1808. Il en fit son palais et s’y
installa avec sa famille et sa cour, avec laquelle
il s’employa à recréer une ambiance « à
l’européenne ». Aujourd’hui, après
plusieurs modifications, elle est devenue le musée
national Quinta da Boa Vista de Rio de Janeiro.
Mais revenons au XIXe siècle.
C’est à cette époque que les Libanais commencèrent
vraiment à émigrer vers le Nouveau
Monde. Le Brésil était alors un empire indépendant
avec un très grand territoire de 8,5 millions de
km2 et une population de 10 millions
d’habitants. Il jouissait d’un climat tropical
et d’une nature riche. On peut se demander
toutefois comment un empire d’Amérique latine
pouvait être connu des Libanais qui vivaient de
l’autre côté du monde ? Au XIXe siècle, le peuple libanais, vivant sous
la domination de l’Empire ottoman, était à la
recherche d’un idéal de liberté et d’une
terre d’opportunité. Trois occasions
permettront que le Brésil soit connu des Libanais
et devienne un pays d’émigration important
depuis 1880 :
- La première a été la
visite au Liban de l’empereur du Brésil, Dom
Pedro II (petit-fils du roi du Portugal Dom João
VI), le 10 novembre 1876. Accostant au port
de Beyrouth, il écrit : « À partir
d’aujourd’hui commence un nouveau monde. Le
Liban se présente devant moi, avec ses montagnes
enneigées, d’un aspect grandiose. »
L’empereur, qui était un intellectuel
n’accordant pas trop d’importance au
protocole, s’installa à Beyrouth dans le
secteur de Karm-el-Zeitoun sur le bord de mer à
l’hôtel Belle Vue, aujourd’hui disparu. Il a
pu ainsi visiter la ville et, comme il parlait
l’arabe – ainsi que de nombreuses autres
langues –, rencontrer le peuple avec lequel il a
pu communiquer. Victor
Hugo avait écrit de lui, dès 1840 :
« Pour les Brésiliens, Dom Pedro II
continuera d’être le petit-fils de Marc
Aurèle, parce qu’il parle l’italien comme un
Toscan, le français comme un Parisien,
l’allemand comme un Prussien et l’anglais
comme un professeur britannique... »
Toujours intéressé par le problème de
l’enseignement, l’empereur s’est rendu au
Collège Notre-Dame de Nazareth puis au Collège
protestant syrien (aujourd’hui l’American
University of Beirut - AUB), où il s’est
entretenu avec plusieurs professeurs et étudiants
dont Nehmé Yafet,
devenu l’un des pionniers de l’émigration
libanaise au Brésil. Il a rencontré ensuite le
patriarche maronite Boulos
Massaad et a poursuivi son chemin vers Chtaura,
Zahlé et Baalbek, dans la
plaine de la Békaa, puis la
Syrie, la Palestine et
l’Égypte. Dans son journal
de voyage, il décrit ses impressions. Ayant trouvé
les Libanais très dynamiques, il les invite à émigrer
vers le Brésil, en les assurant qu’ils seraient
bien reçus et connaîtraient la prospérité.
- En 1879, l’évêque grec-catholique Basilios
Hajjar, devenu archevêque de Saïda
et de Deir-el-Qamar,
s’est rendu au Brésil et a été reçu par
l’empereur qui lui a décerné une médaille en
symbole d’amitié. Il est revenu au pays avec un
financement des évêques brésiliens, qui lui a
permis de réhabiliter son église, et de
construire une école et un orphelinat.
- À la même période, le Brésil avait comme
consul à Alexandrie un
émigré libanais, le comte Michel
Debbané, originaire de Saïda, auquel
l’empereur avait rendu visite lors de son
premier périple en Orient en 1871. Il avait alors
inauguré l’église grecque-catholique São
Pedro, y rencontrant un grand nombre de membres de
la communauté libanaise établie en Égypte. Nicolas
Debbané, frère du consul, écrivain et humaniste
libano-brésilien, avait décrit Dom Pedro II
comme « l’ambassadeur intellectuel du Brésil
dont le point de vue et la valeur intellectuelle,
plus que les armes, assurent la grandeur d’un
pays ».
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