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PRESSE RJLIBAN N°88 - sélection de
janvier 2003
www.rjliban.com
Un
astronaute israélien sous haute
surveillance
paru dans le Figaro 2 janvier
2003
Pour la Nasa, la mission la plus
risquée de l'année 2003 ne
sera pas l'une des difficiles opérations
d'assemblage des immenses
panneaux solaires de la station
ISS, mais un vol presque de
routine de la navette Columbia,
qui aura toutefois une forte
portée politique. Car l'un des
occupants de ce vol scientifique
est Ilan Ramon, premier
astronaute israélien et colonel
de l'armée de l'air israélienne.
Comme les navettes spatiales
sont des cibles d'attentat à
haut risque, la Nasa a renforcé
la sécurité sur ces centres
depuis le 11 septembre 2001, et
ne donne plus les heures exactes
des lancements à l'avance. Lors
du lancement le 16 janvier,
l'armée et l'US Air Force
seront là pour sécuriser
l'enceinte du centre spatial
Kennedy, en Floride.
Confessions d'un terroriste
par JOHN LE CARRE, écrivain,
publié dans le Monde du 19
janvier 2003
Ce
texte est la version augmentée
d'une intervention dans le débat
sur la crise irakienne publiée
sur le site d'openDemocracy :
http://www.opendemocracy.net/
- Traduit de l'anglais par
Isabelle Perrin
L'accès de folie que connaît
l'Amérique est, à mes yeux, le
pire de tous ceux qui jalonnent
son histoire : pire que le
maccarthysme, pire que la baie
des Cochons, et potentiellement
plus catastrophique à long
terme que la guerre du Vietnam.
La réaction au 11 septembre
2001 doit dépasser les espoirs
les plus fous d'Oussama :
comme à l'époque de McCarthy,
les droits et les libertés
publiques que le monde entier
envie à l'Amérique se voient
systématiquement grignotés. La
traque des ressortissants étrangers
sur le sol américain se
poursuit sans fléchir. Les "permis
de séjour" d'origine
nord-coréenne et
moyen-orientale disparaissent
dans des prisons secrètes sur
des accusations secrètes émises
en secret par des juges. Les
Palestiniens résidant aux
Etats-Unis, jadis déclarés
apatrides et donc non
extradables, sont aujourd'hui
remis à Israël pour "réimplantation"
à Gaza et en Cisjordanie, où
ils n'avaient peut-être jamais
mis les pieds. La
Grande-Bretagne joue-t-elle le même
jeu ? C'est fort probable.
Une petite trentaine d'années,
et nous finirons par avoir le
droit de savoir. Une fois
encore, la complaisance des médias
américains conjuguée au souci
de certains intérêts
commerciaux fait qu'un débat
qui devrait faire rage sur
chaque place de village se
trouve relégué dans les
colonnes élitistes de la presse
de la Côte est : "Voyez
le cahier A, page 27, si
vous arrivez à la trouver et à
la comprendre."
Jamais gouvernement américain
n'a si farouchement caché son
jeu. Faut-il que le secret soit
bien gardé pour que les
services de renseignement eux-mêmes
soient dans le noir
(rappelez-vous : c'est à
ces organisations que nous
devons le plus cuisant échec de
l'histoire du renseignement :
le 11 septembre 2001) !
La guerre qui menace a beau
avoir été planifiée des années
avant qu'Oussama Ben Laden ait
frappé, c'est néanmoins lui
qui l'a rendue possible. Sans
lui, la junte bushienne en
serait encore à tenter de se
justifier sur des sujets aussi
épineux que le mystère de son
élection, pour commencer ;
l'affaire Enron ; son
favoritisme honteux à l'égard
des déjà-trop-riches ;
son indifférence irresponsable
envers les pauvres du monde
entier, l'environnement et une
pléiade de traités
internationaux abrogés unilatéralement ;
sans compter la caution apportée
aux incessantes violations des résolutions
de l'ONU par Israël. Mais
Oussama a balayé tout cela sous
le tapis fort commodément. Les
pro-Bush ont le vent en poupe.
88 % des Américains
veulent la guerre, paraît-il.
Après une nouvelle rallonge de
60 milliards, le budget de
la défense américain atteint
les 360 milliards de
dollars. Une merveilleuse
nouvelle génération d'armes
nucléaires américaines est en
gestation, conçue pour répliquer
aux armes nucléaires, chimiques
ou biologiques détenues par les
"Etats voyous". Donc,
nous pouvons tous respirer.
Non contente de décider unilatéralement
de qui peut ou non détenir ces
armes, l'Amérique s'est adjugé
le droit de déployer à son gré
ses armes nucléaires, où et
quand ses intérêts, ses amis
ou ses alliés lui semblent
menacés. Reste à savoir qui
ces amis et alliés seront dans
les années à venir, et, comme
souvent en politique, cela est
loin d'être évident. On se
fait de gentils amis et alliés,
donc on les arme jusqu'aux
dents, et puis, un jour, ils
cessent d'être des amis et alliés,
alors on leur balance une bombe
atomique. Il convient d'avoir à
l'esprit la lenteur et la pondération
avec lesquelles le gouvernement
américain a soupesé l'option
de bombarder l'Afghanistan au
lendemain du 11 septembre.
Heureusement pour nous tous,
mais surtout pour les Afghans,
dont la complicité dans les
attentats était bien moindre
que celle du Pakistan, il s'est
restreint à 25.000 tonnes de
bombes antipersonnel "conventionnelles",
qui, au total, n'ont guère fait
plus de dégâts qu'une petite
bombe atomique, de l'avis général.
Mais, la prochaine fois, ce sera
du sérieux.
Cette guerre que disent soutenir
88 % des Américains est de
nature beaucoup plus délicate
à cerner. Une guerre de quelle
durée, je vous prie ? A
quel coût en vies américaines ?
A quel coût pour le
contribuable américain ? A
quel coût (car la plupart de
ces 88 % d'Américains sont
parfaitement respectables et
humanistes) en vies irakiennes ?
Même s'il s'agit sans doute
aujourd'hui d'un secret d'Etat,
l'opération "Tempête du désert"
a coûté à l'Irak deux fois
plus de vies humaines que toute
la guerre du Vietnam à l'Amérique.
Que Bush et sa clique aient réussi
à détourner la colère des Américains
d'Oussama Ben Laden sur Saddam
Hussein constitue l'un des plus
beaux tours de passepasse de
l'histoire de la communication.
Succès total. Selon un récent
sondage, un Américain sur deux
tient aujourd'hui Saddam Hussein
pour responsable de l'attentat
contre le World Trade Center.
Ainsi manipulée, mais aussi
menacée, intimidée, harcelée,
maintenue dans un état
permanent d'ignorance et de
peur, la population américaine
s'assujettit aux autorités.
Avec un peu de chance, cette névrose
savamment orchestrée devrait
offrir les prochaines élections
sur un plateau à Bush et à ses
affidés.
Tous ceux qui ne sont pas avec
M. Bush sont contre lui.
Pis encore (cf. son discours
du 3 janvier), ils sont
avec l'ennemi. Ce qui est
bizarre, parce que je suis aussi
farouchement opposé à Bush
qu'impatient de voir tomber
Saddam - mais pas selon les
conditions et les méthodes de
Bush. Et pas sous la bannière
d'une hypocrisie aussi éhontée.
Le colonialisme américain à
l'ancienne est sur le point de déployer
ses ailes d'acier au-dessus de
nos têtes. Les "Américains
bien tranquilles" infiltrant
des communautés sans méfiance
sont plus nombreux qu'au plus
fort de la guerre froide.
L'aspect le plus écœurant de
cette surréaliste guerre annoncée
est peut-être la tartuferie
religieuse qui enverra les
troupes américaines au combat.
Bush a la mainmise sur Dieu. Et
Dieu a des opinions politiques
bien précises. Dieu a confié
à l'Amérique le soin de sauver
le monde par tout moyen qu'elle
jugera bon. Dieu a fait d'Israël
la clef de voûte de la
politique américaine au
Moyen-Orient, et quiconque y
trouve à redire est : a)
antisémite ; b) antiaméricain ;
c) avec l'ennemi et d)
terroriste.
Dieu a aussi de méchantes
relations. En Amérique, où
tous les hommes sont égaux à
Ses yeux sinon aux yeux les uns
des autres, la famille Bush
compte un président, un ex-président,
un ancien chef de la CIA, le
gouverneur actuel de la Floride
et l'ancien gouverneur du Texas.
Bush senior a quelques bonnes
guerres à son actif et la réputation
méritée d'avoir frappé les
pays satellites désobéissants
de la foudre de l'Amérique.
Parmi les petites guerres qu'il
a lancées de sa propre
initiative, celle contre son
ancien copain de la CIA, Manuel
Noriega du Panama, qui l'avait
bien servi pendant la guerre
froide mais a fini par prendre
la grosse tête. Voilà ce qu'on
appelle le pouvoir à l'état
brut, et les Américains le
savent. Quelques indices ?
George W. Bush, 1978-1984 :
cadre supérieur dans la société
pétrolière Arbusto-Bush
Exploration. 1986-1990 :
cadre supérieur dans la société
pétrolière Harken. Dick Cheney,
1995-2000 : président-directeur
général de la société pétrolière
Halliburton. Condoleezza Rice,
1991-2000 : cadre supérieur
dans la société pétrolière
Chevron, qui a donné son nom à
un pétrolier. Et cetera. Mais
aucune de ces petites collusions
n'entache l'intégrité de l'œuvre
de Dieu. On ne plaisante pas
avec les vraies valeurs. Et on
sait où vos enfants vont à l'école.
En 1993, l'ancien président
George Bush séjournait en libérateur
dans l'émirat si démocratique
du Koweït pour y collecter les
remerciements quand quelqu'un a
essayé de l'assassiner. Or,
selon la CIA, ce "quelqu'un"
était Saddam Hussein. D'où
le cri de Bush junior : "Le
monsieur, il a voulu tuer mon
papa."
Mais cette guerre n'en est pas
pour autant personnelle, non !
Elle est nécessaire, elle
constitue l'œuvre de Dieu et
elle vise à apporter la liberté
et la démocratie au pauvre
peuple irakien opprimé. Pour
devenir un membre acceptable de
l'équipe Bush, il faut aussi
croire au Bien absolu et au Mal
absolu, apparemment, et Bush,
efficacement secondé par ses
amis, sa famille et Dieu, est là
pour nous aider à distinguer
l'un de l'autre. (Il me semble
d'ailleurs que c'est Mal d'avoir
écrit cette remarque, mais il
faudrait que je vérifie.) Ce
que Bush se refuse à nous dire,
en revanche, c'est la véritable
raison pour laquelle nous
partons en guerre. L'enjeu n'est
pas l'Axe du mal, c'est le pétrole,
l'argent et des vies humaines.
Saddam, pour son malheur, est
assis sur le deuxième plus
grand champ pétrolifère du
monde. Son voisin l'Iran posséderait
les plus grandes réserves
mondiales de gaz naturel. Or,
Bush veut mettre la main sur les
deux, et ceux qui l'y aideront
recevront leur part du gâteau.
Pas les autres. Si Saddam
n'avait pas de pétrole, il
pourrait torturer et assassiner
ses compatriotes à sa guise.
D'autres dirigeants le font tous
les jours (pensez à la Turquie,
à la Syrie, à l'Egypte, au
Pakistan), mais eux sont nos
amis et alliés.
Je soupçonne fort que Bagdad ne
représente en fait aucun "danger
immédiat" pour ses
voisins, et encore moins pour
l'Amérique et la
Grande-Bretagne. Les armes de
destruction massive, si Saddam
en possède encore, ne feront
pas le poids face aux jolis
joujoux qu'Israël ou l'Amérique
peuvent lui expédier en moins
de cinq minutes. L'enjeu n'est
pas une menace militaire ou
terroriste imminente, mais l'impératif
économique de la croissance américaine.
L'enjeu est le besoin qu'éprouve
l'Amérique de faire la démonstration
de sa suprême puissance
militaire à nous tous - à
l'Europe, la Russie et la Chine,
à la pauvre petite Corée du
Nord prise de folie et au
Moyen-Orient -, le besoin de
montrer qui gouverne l'Amérique
au pays et qui doit être
gouverné par l'Amérique à l'étranger.
L'analyse la plus charitable du
rôle joué par Tony Blair dans
toute cette histoire est qu'il
ait cru pouvoir chevaucher le
tigre à seule fin de le manœuvrer.
Peine perdue. Au lieu de cela,
il lui a donné une légitimité
factice et une voix douce. Et je
crains que ce même tigre ne
l'ait désormais acculé dans un
coin pour de bon. Ironie du
sort, George W. lui-même
se sent peut-être un petit peu
dans la même situation.
Dans la Grande-Bretagne à parti
unique, Blair a été élu aux
plus hautes fonctions de l'Etat
par environ un quart de l'électorat
en raison d'une participation médiocre.
A supposer la même apathie
citoyenne et la même prestation
lamentable des partis
d'opposition aux prochaines élections,
Blair ou son successeur
obtiendront de nouveau le
pouvoir absolu avec une
proportion encore plus faible
des inscrits. Summum du ridicule :
alors même que le discours de
Blair l'a envoyé dans les
cordes, aucun des deux leaders
de l'opposition britannique ne
peut lui porter le moindre coup.
C'est là le drame de la
Grande-Bretagne autant que celui
de l'Amérique : le
gouvernement saborde sa crédibilité
à force de mensonges et de
boniments, la prétendue
alternance parlementaire se
contente de briguer sa
casquette, et les électeurs,
eux, leur tournent tout
simplement le dos. Les
politiciens sont incapables
d'admettre que nous ne sommes
pas dupes. En Grande-Bretagne,
la question n'est donc pas de
savoir quel parti formera un
gouvernement après le désastre
qui s'annonce, mais qui en sera
le chef. Pour Blair, point de
survie politique possible hors
une mobilisation internationale
et un sursaut improbable de
l'ONU à la dernière minute qui
forceraient Bush à rengainer
sans coup férir. Mais
qu'arrivera-t-il si le plus
grand cow-boy du monde rentre
bredouille, sans la tête du
tyran ?
La pire hypothèse pour Blair
serait que, avec ou sans l'ONU,
il nous entraîne dans une
guerre qui aurait pu être évitée,
si tant est que la volonté de négocier
sérieusement ait jamais existé -
une guerre qui n'a pas plus fait
l'objet d'un débat démocratique
en Grande-Bretagne qu'en Amérique.
Ce faisant, Blair aura contribué
à provoquer des représailles
d'une ampleur imprévisible, de
profondes dissensions en
Angleterre et des troubles dans
tout le Moyen-Orient, mais il
aura aussi détérioré pour des
décennies à venir nos
relations avec l'Union européenne
et le Moyen-Orient. Vive la
politique étrangère éthique !
Il y a bien une solution intermédiaire,
mais elle n'est pas facile :
Bush fonce sans l'approbation de
l'ONU et Blair reste au
vestiaire. Et là, adieu la "relation
spéciale" ! Les
remugles de pharisaïsme qui
empestent l'Amérique ne sont
pas sans rappeler les plus
tristes heures de l'Empire
britannique, et j'ai honte quand
j'entends mon premier ministre
justifier par d'onctueux
sophismes de premier de la
classe une expédition
ouvertement colonialiste. Si
cette guerre se déclare, nous
la mènerons dans le but de protéger
la feuille de vigne de notre
relation spéciale avec l'Amérique
et de récupérer notre part du
gâteau pétrolier, mais aussi
parce que, après toutes ces démonstrations
publiques d'affection à
Washington et Camp David, Blair
ne peut pas se défiler devant
l'autel.
"Mais Papa, est-ce qu'on
va gagner ?
– Bien sûr, mon enfant. Ce
sera fini avant même que tu te
réveilles.
– Pourquoi ?
– Parce que, sinon, ça va
énerver les électeurs de M. Bush
et ils risqueraient de ne pas
voter pour lui, finalement.
– Mais est-ce qu'il y aura
des morts, Papa ?
– Personne que tu
connaisses, mon chéri. Rien que
des étrangers.
– Je pourrai tout regarder
à la télévision ?
– Seulement si M. Bush
est d'accord.
– Et après, tout
redeviendra normal ?
Personne ne fera plus jamais de
choses horribles ?
– Chut, mon enfant.
Dors."
Vendredi dernier en Californie,
un de mes amis américains s'est
rendu en voiture au supermarché
du coin, avec sur son pare-chocs
un autocollant qui disait :
"La paix, c'est
patriotique aussi". Le
temps qu'il ait fait ses
courses, l'autocollant avait été
arraché.
L'obsession de Paul Wolfowitz
par PATRICK JARREAU, publié
dans le Monde du 30 janvier 2003
Il est, au sein de l'équipe
Bush, le plus fervent partisan
de la guerre en Irak. Portrait
d'un faucon visionnaire et
messianique. Quatre jours après
les attentats du 11 septembre
2001, lors de la réunion des
principaux membres du
gouvernement, convoquée par
George W. Bush dans la résidence
présidentielle de Camp David,
Paul Wolfowitz a expliqué que
la riposte devait porter non pas
sur l'Afghanistan, mais sur
l'Irak. Il existe deux versions
de ce qui s'est passé ce jour-là.
Selon l'une, adoptée par Bob
Woodward dans son "Bush en
guerre" (Bush at War,
éditions Simon & Schuster),
le président a fait dire au numéro deux
du Pentagone qu'il devait se
taire et laisser parler le numéro un,
Donald Rumsfeld. L'autre
version, retenue notamment par
Bill Keller dans le long article
qu'il a consacré à Wolfowitz (The
New York Times, 22 septembre
2002), dit que celui-ci, au
contraire, a été encouragé
par le président à exposer son
point de vue. Une troisième
source assure que, d'ailleurs,
l'ordre signé par Bush, le 17 septembre,
pour la mise en route de
l'intervention en Afghanistan,
comportait aussi un paragraphe
donnant instruction au Pentagone
d'élaborer des plans pour une
opération ultérieure en Irak.
Le byzantinisme de la vie
politique à Washington autorise
bien des hypothèses. Un accord
assez large existe, néanmoins,
pour dire que l'affaire n'était
pas gagnée. Sur certaines
photos de la réunion du 15 septembre
2001 à Camp David, la mine de
Wolfowitz montre clairement que,
ce jour-là, ça n'allait pas
bien pour lui. Deux jours après,
le secrétaire d'Etat Colin
Powell, interrogé au sujet
d'une déclaration antérieure
du secrétaire adjoint à la défense
sur la nécessité d'"en
finir avec les Etats" qui
soutiennent le terrorisme, l'a
remis sèchement à sa place. Au
printemps 2002, Powell était
enchanté de parvenir à un
accord à l'ONU, notamment avec
la Russie, sur une adaptation de
l'embargo frappant l'Irak, ce
qu'on a appelé les "sanctions
intelligentes". Il
refusait de financer
l'opposition irakienne en exil
sur les crédits du département
d'Etat. On était très loin
d'imaginer l'envoi, dans la région,
de 150.000 soldats américains,
de quatre porte-avions, de
centaines d'appareils.
Inlassablement, Paul Wolfowitz a
fait avancer sa cause. Son ami
James Woolsey, ancien directeur
de la CIA, a parcouru l'Europe
à la recherche des preuves
d'une collusion entre l'Irak et
le 11 septembre, sans les
trouver. En janvier 2002,
dans son discours sur l'état de
l'Union, Bush a cité l'Irak
parmi les trois pays de "l'axe
du Mal". Au plus fort
des affrontements entre Israéliens
et Palestiniens, Donald Rumsfeld
n'a pas cessé de rappeler que
Saddam Hussein encourageait les
terroristes et promettait 25.000 dollars
aux familles des volontaires
pour des attentats-suicides. A
l'extérieur du gouvernement, le
groupe des néoconservateurs,
qui voit en Wolfowitz un de ses
héros, a fait chorus dans les
journaux, à la télévision,
dans les débats des thinktanks.
Le numéro deux du
Pentagone n'était certes pas
seul, mais, "plus que
tout autre, il a mis l'Irak en tête
des priorités et, à l'étonnement
de beaucoup d'entre nous, il a réussi
à imposer sa conception",
dit John Ikenberry, professeur
à l'université de Georgetown.
Opposé à ce qu'il a appelé,
dans un article de la revue Foreign
Affairs (septembre-octobre 2002),
"l'ambition impériale
américaine", Ikenberry
pense que Wolfowitz "voit
la guerre en Irak comme sa
guerre" et que, si ses
idées l'ont emporté, c'est, en
partie au moins, parce qu'il "n'a
pas de concurrent de son
niveau".
"C'est probablement,
dans cette administration, celui
dont la pensée stratégique est
la plus ample",
explique aussi Zbigniew
Brzezinski. L'ancien conseiller
de Jimmy Carter, lui aussi en désaccord
à peu près total avec
Wolfowitz, n'en a pas moins "une
très haute opinion du numéro deux
du Pentagone". "C'est
un homme intelligent, qui
s'instruit par l'expérience et
par le savoir", déclare-t-il.
"Zbig" attribue
l'influence du secrétaire
adjoint à ses longues années
de service, commencé pendant la
guerre froide, en 1973, en un
lieu névralgique :
l'Agence pour le contrôle des
armements et le désarmement, où
il a travaillé sur les SALT,
les pourparlers menés avec les
Soviétiques pour limiter les
armements nucléaires. Engagé,
depuis trente ans, dans la réflexion
stratégique, dans
l'organisation militaire et dans
l'action politique et
diplomatique, Wolfowitz est l'un
de ceux qui maîtrisent le mieux
le fonctionnement de la
puissance américaine et les
rapports de forces
internationaux. Brzezinski le
situe sur le même plan que
Henry Kissinger, McGeorge Bundy
ou lui-même, c'est-à-dire ces
grands serviteurs des Etats-Unis,
successivement universitaires et
hauts fonctionnaires, conjuguant
l'autorité intellectuelle et le
pouvoir que donne la confiance
d'un président. A l'arrière-plan,
se dessine la silhouette de
George Kennan, qui conçut la "doctrine
Truman" d'endiguement
du communisme après la seconde
guerre mondiale.
Jeudi 23 janvier, devant le
Council on Foreign Relations, la
prestigieuse institution
new-yorkaise où siègent tous
ses pairs, Paul Wolfowitz a donné
la mesure de l'ambition qui
justifie, à ses yeux, la
politique des Etats-Unis face à
l'Irak. "Nous
regarderons peut-être ce moment
de l'histoire, a-t-il dit, comme
celui où l'Occident a décidé
de lui-même pour le XXIe siècle,
non pas en termes de géographie,
de race, de religion, de culture
ou de langue, mais en termes de
valeurs, celles de la liberté
et de la démocratie."
C'est ce que John Ikenberry
appelle "une vision du
monde très romantique".
"Il veut faire quelque
chose de bon pour le monde et
pour la paix, commente le
professeur de Georgetown.
C'est difficile de s'opposer à
cela." Pour Wolfowitz,
en effet, il y a deux raisons
essentielles de mettre fin au régime
de Saddam Hussein. D'abord, le
dictateur de Bagdad n'a jamais
cessé d'être dangereux pour
ses voisins, pour toute la région
et, par conséquent, pour le
monde entier. Depuis la guerre
du Golfe, en 1991, il n'a pas
renoncé à conserver ou à
fabriquer de nouveau des armes
terrifiantes, sur lesquelles il
compte pour prendre sa revanche.
Ensuite, une fois qu'il aura été
chassé du pouvoir, il sera
possible que se construise, en
Irak, une société démocratique,
qui donnera envie aux autres
peuples arabes et musulmans
d'emprunter la même voie. La
certitude de la malfaisance de
Saddam Hussein n'est pas récente
chez Paul Wolfowitz, dont l'un
des points forts est la capacité
d'analyse et de prévision. Son
premier exploit, dans cette
veine, est un document de 1979.
Travaillant alors sous les
ordres d'un adjoint au secrétaire
à la défense, chargé des
programmes régionaux, il avait
détaillé la menace que représentait
Saddam Hussein pour ses voisins.
Cependant, en pleine révolution
khomeiniste en Iran, la
politique du gouvernement de
Jimmy Carter consistait à
chercher des contrepoids, et
l'Irak pouvait en être un.
Wolfowitz avait quand même
convaincu ses supérieurs
d'envoyer dans le Golfe, par précaution,
des cargos transportant du matériel
militaire. Onze ans plus tard,
ces équipements, un peu rouillés,
ont été les premiers débarqués
après l'invasion du Koweït par
les troupes irakiennes.
Au moment de la guerre du Golfe,
Paul Wolfowitz était de retour
au Pentagone comme sous-secrétaire,
chargé de l'élaboration des
politiques. George Bush, père
du président actuel, était à
la Maison Blanche, et le
ministre de la défense
s'appelait Richard Cheney,
devenu vice-président auprès
de George W. Bush. Chargé de la
planification, Wolfowitz a préparé
l'opération "Tempête du désert"
(et assuré son financement en
présentant aux alliés une
facture de 50 milliards de
dollars pour les services des
forces américaines). Il a
contribué, aussi, à convaincre
les Israéliens de ne pas entrer
en guerre, malgré les Scud tirés
par l'Irak dans leur direction,
afin de ne pas heurter les
partenaires arabes de la
coalition. Il a toujours évité
de répondre par oui ou par non
à la question : était-ce
une erreur de ne pas aller
jusqu'à Bagdad ? En tout
cas, il n'a jamais cessé de
considérer Saddam Hussein comme
un danger pour les Etats-Unis.
Après la défaite du premier
Bush, Wolfowitz, devenu doyen de
l'Ecole d'études
internationales avancées (SAIS)
de l'université Johns Hopkins,
à Washington, a pris au sérieux
les enquêtes de l'universitaire
et journaliste Laurie Mylroie,
selon laquelle l'Irak était
derrière le premier attentat
contre le World Trade Center de
New York, en 1993. "Il a
toujours été convaincu de la
culpabilité de Saddam Hussein
dans cette affaire", se
rappelle Stephen Szabo, qui était
son adjoint à la SAIS.
En janvier 1998, au
commencement de la crise qui
allait aboutir à l'expulsion
des inspecteurs de l'ONU,
Wolfowitz a signé une "lettre
ouverte" au président
Bill Clinton, l'invitant à "entreprendre
une action militaire, puisque la
diplomatie est, à l'évidence,
en train d'échouer".
La politique des Etats-Unis
devait avoir pour objectif,
selon lui, de "chasser
du pouvoir Saddam Hussein et son
régime". Parmi les
autres signataires de cette
lettre, il y avait Donald
Rumsfeld, aujourd'hui ministre
de la défense, Richard Armitage,
secrétaire d'Etat adjoint, John
Bolton, sous-secrétaire d'Etat
chargé du contrôle des
armements, Robert Zoellick, représentant
des Etats-Unis pour le commerce
international, Zalmay Khalilzad,
"l'Afghan de Bush",
devenu son ambassadeur auprès
de l'opposition irakienne.
Il y avait aussi Richard Perle,
qui dirige le Defense Policy
Board, un organe consultatif du
Pentagone. Ce serait une erreur,
dit Zbigniew Brzezinski,
d'assimiler les deux hommes, qui
se connaissent depuis qu'ils ont
travaillé ensemble, à la fin
des années 1970, pour l'ancien
sénateur démocrate Henry
Jackson, pionnier du combat
moral contre le communisme.
Proche du Likoud israélien,
Perle estime que la seule
politique possible pour
l'Occident, et en tout cas pour
les Etats-Unis, est celle d'un
affrontement prolongé et
multiforme avec le monde arabe
et musulman. Ancien ambassadeur
en Indonésie, Wolfowitz
rejette, au contraire, le
"choc des
civilisations", popularisé
par Samuel Huntington,
professeur à l'université
Harvard, dans le livre qui porte
ce titre. Envoyé par la Maison
Blanche pour exprimer le point
de vue du gouvernement devant un
grand rassemblement de soutien
à Israël, le 15 avril
2002, Wolfowitz a parlé des
souffrances subies "par
les Palestiniens et les Israéliens"
et prononcé les mots "Palestine
indépendante", ce qui
a déclenché les huées.
Fils d'un mathématicien
d'origine polonaise, dont toute
la famille restée en Europe est
morte dans les camps nazis, Paul
Wolfowitz a commencé par les
mathématiques, lui aussi, avant
de bifurquer vers les sciences
politiques sous l'influence
d'Allan Bloom. Professeur à
l'université de Chicago et
essayiste, Bloom, mort en 1992,
était devenu célèbre en
Europe, en 1987, avec L'Ame désarmée
(éditions Julliard), un livre
sur le déclin de la culture aux
Etats-Unis. Le romancier Saul
Bellow l'a dépeint dans un
roman à clé, Ravelstein (éditions
Gallimard, 2002), où l'actuel
secrétaire adjoint fait une brève
apparition, sous un nom fictif,
dans les fonctions qu'il exerçait,
en 1991, au ministère de la défense.
Né en 1943 à New York,
Wolfowitz a vécu un an en Israël
quand son père, professeur à
l'université Cornell, a pris un
congé sabbatique dans ce pays. "Dans
les années 1950, a-t-il
raconté, ils pensaient qu'un
juif devait vivre en Israël. Je
me disputais chaque semaine avec
mes camarades, auxquels je
disais que ce n'était pas vrai,
que je ne vivrais pas en Israël
et que j'étais américain."
Admirateur de Lincoln,
connaissant par cœur chaque
grand épisode de la guerre de Sécession,
Wolfowitz est de ces Américains
messianiques pour qui "les
intérêts des Etats-Unis sont
beaucoup plus compatibles avec
ceux des autres peuples"
que ce n'est le cas pour aucun
autre pays. "Ce que ne
comprennent pas les réalistes, dit-il
de ses adversaires, c'est
que la démocratie est un outil
politique puissant." C'est
là le fondement de l'unilatéralisme
de Paul Wolfowitz : sa foi
dans l'universalité des valeurs
américaines.
Michel Eddé condamne le
"complot sioniste"
paru dans l'Orient-le
Jour le 29 janvier 2003
Le
vice-président du Board of
Trustees de l’association
al-Qods, l’ancien ministre de la
Culture, Michel Eddé, a appelé
hier les pays arabes à "élaborer
leur politique et à envisager
leurs plans et leurs positions en
fonction de Jérusalem". M.
Eddé s’exprimait dans le cadre
d’une conférence de presse
organisée par l’association au
siège de l’Ordre de la presse
à l’occasion du deuxième
anniversaire de sa fondation. L’ancien
ministre de la Culture a condamné
"le projet racial et ségrégationniste
des sionistes, qui veulent mettre
la main sur la Ville sainte (...)
et pousser le monde entier à
reconnaître sa judaïsation".
"Pour ce faire, ils tentent
d’entraîner le monde entier
dans ce qu’ils travestissent en
guerre des religions", a-t-il
estimé.
"Suite à l’échec de leur
guerre raciale et terroriste
contre le peuple palestinien et à
l’échec de leur tentative de
briser l’intifada d’al-Aqsa,
les sionistes ont cherché à
donner un aspect planétaire à
cette guerre. Ils n’ont trouvé
d’autre moyen que de lui donner
l’aspect d’une guerre
sanglante entre les
religions", a-t-il poursuivi. Il
a ensuite affirmé que le pape était
au courant de ces "visées démoniaques"
et rejetait le déroulement
d’une telle guerre, "tout
comme les Eglises catholique,
orthodoxe et protestante rejettent
elles aussi ce complot et y font
face". Il a invité les
responsables arabes à ne plus
parier sur des initiatives étrangères
pour le règlement de la question
palestinienne, la dernière en
date étant la feuille de route élaborée
par le quartette. "Une
initiative qu’Ariel Sharon lui-même
a enterrée et qu’il a déclarée
mort-née", a-t-il ajouté. Estimant
enfin que les Israéliens ont un
seul but, étouffer l’intifada
palestinienne sous divers prétextes
comme "la fin de la
violence", il a appelé à la
protection de cette dernière pour
garantir sa durée.
Liban
: les trous de mémoire des
manuels scolaires
Dans
les cours d'histoire, la guerre
civile n'est pas au programme
par JOELLE TOUMA, publié dans
Libération le 7 janvier 2003
"Nous voulons savoir des
choses sur la guerre du Liban,
mais on ne nous dit rien",
s'exclame un élève de
terminale. Rien ou presque,
puisque dans les différentes
communautés du Liban on apprend
à la maison la version des
parents et grands-parents, où
ce sont les "autres",
chrétiens ou musulmans, c'est
selon, qui ont massacré les "nôtres".
Aujourd'hui au Liban, les élèves
de l'après-guerre étudient un
programme d'histoire vieux de
trente-cinq ans qui s'arrête à
l'indépendance en 1943. Pour
Samir Kassir, historien et éditorialiste
au quotidien Al-Nahar,
"une fois que Mohamed, et
Joseph, et Dimitri, et Ali
auront décidé qu'ils veulent
apprendre à se connaître sans
chercher à régler des comptes,
ils pourront se pencher sur ce
qui les sépare. Alors, on
pourra parler de livre
d'histoire".
"Arsenal idéologique"
Pourtant, en 1996, le Centre
national de recherche et de développement
pédagogique (CRDP), un
organisme gouvernemental, a
chargé une commission
d'historiens d'élaborer un
nouveau programme. "C'était
un travail très pénible, parce
qu'il y a un immense arsenal idéologique
dans les esprits qu'il fallait
prendre en compte, explique
le Pr Antoine Messara, membre de
la commission. Nous avons
essayé de respecter les
divergences et de présenter les
points de vue des uns et des
autres pour que l'élève puisse
se faire une opinion."
En 2000, ce programme a été
approuvé par le Conseil des
ministres, mais aucune démarche
n'a été entreprise pour y
donner suite. Puis, sans fournir
d'explications, le nouveau
ministre de l'Education a formé
une autre commission qui
travaille aujourd'hui sans
aucune transparence.
Au CRDP, on agit comme si le
programme était un secret d'Etat
: "Même dans l'énoncé
d'un problème de maths, si on
écrit qu'un avion va de
Beyrouth à Tel-Aviv, ça peut
provoquer une crise. Alors pour
le livre d'histoire, c'est très
compliqué. On nous interdit
d'en parler", explique
une responsable. Seul le
ministre de l'Education est
autorisé à s'exprimer sur le
sujet, mais contacté par Libération
il n'a pas désiré le faire.
Pour Samir Kassir, tous ces mystères
ne sont pas étonnants : "Si
un élève demande, par exemple,
qui a tué Kamal Joumblatt (leader
druze assassiné par le régime
syrien en 1977, ndlr),
est-ce que le programme scolaire
peut fournir une réponse tant
que les Syriens contrôlent le
pays ?" D'ailleurs,
dans l'unique page que l'on a
ajoutée pour l'instant aux
manuels d'histoire pour couvrir
la période qui va de 1943 à
nos jours, il est écrit que
l'ancien président Bachir
Gemayel est "décédé
lors d'un incident
regrettable", alors
qu'il a été assassiné en 1982
dans un attentat à la voiture
piégée attribué à Damas. La
mainmise syrienne n'est pas le
seul problème. Les seigneurs de
la guerre sont encore au
pouvoir, quand ce ne sont pas
leurs fils. "Dans ces
conditions, s'interroge
Kassir, pourra-t-on dire que
les milices ne se contentaient
pas de se faire la guerre mais
qu'elles entretenaient un système
de corruption et de racket qui
se prolonge dans l'après-guerre
?"
Pour l'instant, les élèves
n'ont qu'une heure d'histoire
par semaine qu'on leur enseigne
selon une méthode vétuste qui
consiste à souligner et à
retenir. "Ne pas
enseigner l'histoire de la
guerre à la nouvelle génération,
c'est comme les préparer à
quitter le pays",
estime Melhem Chaoul,
sociologue. Seuls les élèves
qui étudient aussi quatre
heures par semaine le programme
d'histoire du bac français, une
minorité, entendent parler de
la guerre dans leur manuel
d'histoire français quand ils y
abordent les conflits du
Proche-Orient. "Ils se
mettent alors à poser des
questions", raconte
Salima Kik, membre de la
commission précédente et
professeure d'histoire au collège
laïque Louise-Wegman, où se côtoient
des élèves de toutes les
communautés. "Pour y répondre,
nous organisons des conférences.
C'est indispensable si nous
voulons former des citoyens entièrement
libanais. Il faut qu'ils
comprennent ce qui s'est passé
pour éviter que cela
recommence", poursuit-elle.
"On doit passer par ce
traumatisme salutaire, car
l'histoire ne se répète que
dans les pays sous-développés",
renchérit Antoine Messara.
"Vérités éternelles"
Pour Melhem Chaoul, tant qu'on
les laisse dans l'ignorance, "les
élèves qui sont confrontés à
la méthode occidentale vont
remarquer qu'il manque quelque
chose et lire tout ce qui leur
tombe sous la main, les autres
prendront ce qu'on leur dit
comme vérités éternelles ; et
c'est dans ces marmites que l'on
puise les combattants."
En attendant, la confiance de la
nouvelle génération dans un
pays qui se militarise de plus
en plus et où l'espace des
libertés se réduit comme une
peau de chagrin est déjà en
grande partie perdue. Quand on
leur demande quels sont ceux qui
voient leur avenir au Liban,
seul un tiers des élèves de la
classe de Salima Kik lève la
main.
Quinze
ans de guerre
La guerre du Liban, qui a fait
entre150.000 et 200.000 morts, a
éclaté en avril 1975. Elle
oppose dans un premier temps les
forces musulmanes et la gauche,
alliées aux Palestiniens, aux
partis chrétiens. L'armée
syrienne intervient en 1976, à
la demande du camp chrétien. En
1978, c'est l'armée israélienne
qui envahit une partie du sud du
pays. Elle investit Beyrouth en
1982 et expulse l'OLP avant de
se retirer, en 1985, sur une
bande au sud du pays. Les
combats inter et
intraconfessionnels se
poursuivent jusqu'aux accords de
Taëf en 1990.
Représailles israéliennes au
Liban sud après une attaque du
Hezbollah
publié dans le Monde du 22
janvier 2003
L'aviation israélienne a
bombardé le sud du Liban, mardi
21 janvier, en représailles à
une attaque du Hezbollah chiite
contre des positions israéliennes
dans le secteur controversé des
fermes de Chebaa, faisant deux
blessés, dont un dans un état
grave, selon des sources
libanaises. En deux survols
successifs, des
chasseurs-bombardiers israéliens
ont tiré au total quatre
missiles air-sol à l'ouest du
village frontalier de Kfarchouba,
au sud du Liban, a indiqué,
mardi 21 janvier, la police
libanaise. Elle a ajouté que
l'artillerie israélienne avait bombardé
les environs de ce village.
Selon des sources hospitalières
libanaises, ces représailles
ont fait deux blessés par des
éclats d'obus aux jambes. Avant
ces représailles, le Hezbollah,
formation islamiste chiite
libanaise, avait attaqué deux
positions voisines de l'armée
israélienne dans le secteur des
fermes de Chebaa, tirant dans
leur direction une quinzaine
d'obus de mortier et de fusées
de 107 mm, selon la police
libanaise. Dans un communiqué,
la Résistance islamique,
branche armée du Hezbollah, a
affirmé avoir attaqué la
position de l'armée israélienne
à Roueissit Al-Aalam au moment
où un groupe de militaires israéliens
se trouvait hors de cette
position. "L'objectif a
été atteint de plein
fouet", selon le
communiqué.
"Grave développement"
A Jérusalem, un porte-parole de
l'armée israélienne a confirmé
cette information, mais
sans faire état de victime.
Mais Israël a estimé que ce
bombardement était "un
grave développement".
"Il s'agit là d'une claire
tentative de provoquer une
escalade dans la région à
l'approche des élections législatives
israéliennes ou d'un éventuel
conflit avec l'Irak",
a déclaré Raanan Gissin,
porte-parole du premier ministre
israélien. "La
responsabilité de maintenir le
calme dans ce secteur et celle
de ces graves développements
incombent à ceux qui
soutiennent le Hezbollah",
a-t-il souligné. Le secteur dit
des fermes de Chebaa est une
zone de quelque 20 km2
sur les flancs du mont Hermon
aux confins du Liban, de la
Syrie et d'Israël, et est
revendiqué par Beyrouth avec le
soutien de Damas. L'ONU considère
cependant que ce territoire,
faisant partie du plateau du
Golan, conquis par les Israéliens
sur la Syrie en 1967, relève
des résolutions 242 (1967) et
338 (1971), et non de la 425
(1978), qui réclamait le
retrait d'Israël du Liban sud.
Il s'agit de la première
attaque du Hezbollah depuis le
29 août 2002, date à laquelle
trois militaires israéliens
avaient été blessés dans un
bombardement du Hezbollah dans
le même secteur. A la suite de
cet incident, Israël avait
adressé une sévère mise en
garde à la Syrie et au Liban,
pays qui, avec l'Iran,
soutiennent le Hezbollah.
Un troupeau de chèvres décimé
par des chiens venus d’Israël
paru dans l'Orient-le
Jour le 31 janvier 2003
Une centaine de chèvres d’une
bergerie de Aïta al-Chaab, un
village du Liban-Sud, ont été
égorgées ou blessées hier par
des chiens suspectés par leur
propriétaire d’appartenir aux
gardes-frontières israéliens.
Le berger, Hassan Rahmé, 65
ans, a été réveillé pendant
la nuit par des aboiements et
des bruits étranges en
provenance de sa bergerie, située
à quelque 200 m de la frontière,
mais n’a pas osé s’y rendre
aussitôt. "Lorsque j’y
suis allé, à la levée du
jour, le spectacle était
horrible. Des bêtes étaient égorgées
et déchiquetées, d’autres
avaient les membres brisés",
a-t-il déclaré à l’AFP.
"Soixante chèvres étaient
mortes et j’ai dû en achever
20 autres", a ajouté M.
Rahmé, qui a perdu ainsi près
de la moitié de son troupeau de
180 têtes. Quatre chiens au
moins, selon son estimation, ont
participé au
"massacre". Quant à
leur origine, il a affirmé
avoir souvent vu ces derniers
jours, à l’instar d’autres
habitants du village, une meute
de chiens, ressemblant à des
dobermans, collier clouté au
cou, rôder du côté israélien
des barbelés. "Nous
pensons que les Israéliens les
lâchent pour intimider des
combattants ou des trafiquants
qui chercheraient à
s’infiltrer en
Palestine", a-t-il dit.
"La police libanaise est
venue et a établi un constat,
mais que peut-elle faire ?"
a-t-il ajouté.
Sharon empêche une délégation
palestinienne d'aller à Londres
La
décision israélienne est un
revers diplomatique pour Blair
par
JACQUES DUPLOUICH, publié dans le
Figaro le 7 janvier 2003
"Je regrette cette
annonce. Je ne m'y attendais pas
et j'espère vivement que le
gouvernement israélien reconsidérera
sa décision." Jack
Straw, le ministre des Affaires
étrangères britannique est, à
la fois, surpris et fortement
contrarié, ce lundi matin. Jérusalem
vient d'interdire à une délégation
de hauts responsables
palestiniens de se rendre à
Londres, pour participer, le 14
janvier, à une réunion
internationale sur la réforme
de l'Autorité palestinienne. Le
chef de la diplomatie
britannique a appris par la
presse cette décision. Celle-ci
a été prise en réponse à
l'attentat palestinien qui, la
veille, avait fait 22 morts et
une centaine de blessés à
Tel-Aviv. La réunion de la
mi-janvier avait l'ambition de "relancer
le processus de paix" entre
Israéliens et Palestiniens.
Ambition fortement compromise, désormais,
si les principaux intéressés
sont interdits de déplacement.
Tony Blair est, assurément,
encore plus chagrin que ne l'est
Jack Straw. Le premier ministre
était l'instigateur en première
personne de la conférence.
Quoique nettement moins
ambitieuse que "la conférence
de paix" dont il s'était
fait l'avocat, en septembre
dernier, cette réunion devait "identifier
les voies grâce auxquelles la
communauté internationale peut
aider les Palestiniens à se préparer"
à devenir un Etat nation à
l'horizon 2005 et permettre la
mise en oeuvre d' "une réforme
effective" des
institutions palestiniennes.
Ariel Sharon, le chef du
gouvernement israélien, et son
gouvernement tout entier en ont,
pour l'heure, décidé
autrement. La perspective de ces
entretiens qui, outre les
Palestiniens sans Arafat,
devaient réunir les diplomates
du quartette - Américains,
Européens, Russes, Onusiens -
et représentants d'Egypte,
d'Arabie saoudite et de Jordanie
a, d'ailleurs, alourdi la
tension qui règne depuis
quelque temps entre Londres et Jérusalem.
En décembre, Benyamin Netanyahu
s'était publiquement agacé de
l'accueil fait au président
syrien Bachar al-Assad par M.
Blair. "Pour triompher
de la terreur il convient de
faire preuve de clarté morale
et politique mais aussi de
consistance", remarquait-il.
Or, "inviter le chef
d'un Etat terroriste par
excellence est une faute. C'est
reconnaître, en effet, que le
terrorisme est payant", tonnait
le chef de la diplomatie israélienne.
Pour Ariel Sharon, la rencontre
du 14 janvier, incluant des représentants
de Yasser Arafat n'était rien
de moins qu'une manière de "légitimer
le terrorisme". Le
Royaume-Uni "ne devrait
pas accueillir des
terroristes", confiait-il
à l'ambassadeur britannique en
Israël, il y a quelques jours. "Toute
tentative de recycler la légitimité
d'Arafat est inconvenante",
ajoutait-il. Ariel Sharon
nourrissait un autre grief
politicien, celui-là contre
Tony Blair.
Jeudi, au beau milieu de la
campagne législative israélienne,
le premier ministre britannique
accueillera Amram Mitzna, chef
de file du Parti travailliste
israélien, à Downing Street.
Une manière d' "interférence",
selon le chef du Likoud, dans la
politique intérieure de son
pays. Tony Blair s'en défend,
expliquant qu'il ne fait là que
rencontrer le représentant d'un
"parti frère" et
qu'en aucune manière il ne
s'immisce dans les élections.
Mais, l'attentat sanglant perpétré
dimanche soir à Tel-Aviv par
deux kamikazes palestiniens a
donné l'occasion à Ariel
Sharon de sanctionner la terreur
en prohibant à ceux qui, à ses
yeux, en sont l'incarnation, de
se rendre à Londres. Dans le même
temps, la décision du
gouvernement israélien, si elle
est maintenue, constitue un sérieux
revers pour Tony Blair. Elle le
prive, en effet, d'une
importante manoeuvre
diplomatique. La conférence de
Londres visait, aussi, en effet,
à afficher les bonnes
dispositions du Royaume-Uni à
l'endroit du monde arabe, en général,
et palestinien, en particulier,
au moment même où Londres
mobilise pour une possible
guerre en Irak. C'est raté.
La
Syrie se raidit pour l'Irak
Une
attaque américaine serait
ressentie comme une menace par
Damas
par JEAN-PIERRE PERRIN, publié
dans Libération le 16 janvier
2003
Cherchant à retrouver le rôle
de premier plan qu'elle avait
joué pendant la guerre du Golfe
et préoccupée des conséquences
imprévisibles d'une guerre
contre l'Irak, la Syrie s'est
mobilisée diplomatiquement pour
à la fois tenter de trouver une
issue pacifique à la crise et
regrouper derrière elle le camp
arabe hostile à toute
intervention américaine.
Emissaires
Dans cette perspective, les
hauts dirigeants syriens se sont
beaucoup déplacés ces derniers
jours, dans la région et au-delà.
Lundi, le chef de la diplomatie
Farouk al-Chareh était à
Ankara, d'où il a appelé à "une
action commune pour une solution
pacifique, car une guerre contre
l'Irak c'est une guerre contre
toute la région".
Mardi, le vice-président Abdel
Halim Khaddam était à Moscou
porteur d'un message à Vladimir
Poutine. Hier, le président
Bachar al-Assad était attendu
à Téhéran, mais sa visite a
été annulée au dernier
moment. Ce que redoute Damas, ce
n'est pas seulement qu'une
attaque américaine contre
l'Irak morcelle ce pays, entraîne
la création d'un Etat kurde indépendant
dans le Nord irakien, mais aussi
que Washington profite de cette
crise pour déstabiliser toute
la région, y compris le régime
syrien et ses affidés libanais.
Le quotidien (officiel) Al-Baas
le reconnaissait dernièrement :
les Etats-Unis ne recherchent "ni
le désarmement, ni le
renversement du régime (de
Saddam Hussein), mais le
contrôle du pétrole du
Proche-Orient en prévision
d'une réorganisation des régimes
de la région".
Soucieux de ne pas déplaire à
Washington, la Syrie a
d'ailleurs voté la résolution
1441 qui durcit le régime du désarmement
irakien sans avoir reçu la
moindre contrepartie - elle
figure toujours sur la liste
dressée annuellement par le département
d'Etat des pays soutenant le
terrorisme, en raison notamment
de son soutien au mouvement
chiite libanais Hezbollah.
Durcissement
En même temps, Damas a pris
soin de maintenir un canal de
discussions ouvert avec
Washington. La semaine dernière,
des réunions informelles entre
personnalités syriennes et américaines
se sont déroulées dans la
capitale syrienne. A l'automne,
le régime syrien avait ouvert
au FBI ses dossiers sur les
islamistes sunnites. Mais, en même
temps, il a pris soin de se préparer
au pire. C'est ce qui explique
son actuel durcissement à l'égard
de toute forme d'opposition tant
en Syrie qu'au Liban. Dernièrement,
les services de sécurité ont même
arrêté Ibrahim Hamidi, célèbre
journaliste syrien proche de la
tendance réformiste au sein du
pouvoir, qui doit être déféré
devant la Haute Cour de la sûreté
de l'Etat. Selon des sources
diplomatiques dans la région,
25 autres intellectuels
pourraient bientôt être appréhendés.
Autre signe, la nomination en
octobre à la tête de la police
politique du général Ghazi
Kanaan, l'homme qui a dirigé
pendant vingt ans les services
secrets syriens au Liban.
Au-dessus de lui, dirigeant tous
les puissants services de sécurité,
on trouve Assef Chawkat, le
beau-frère du président Bachar
el-Assad. Même scénario au
Liban, où l'opposition chrétienne,
qui avait le vent en poupe
jusqu'à l'été dernier, a été
complètement muselée.
Nouveau
départ pour l'enquête sur
l'agression du rabbin Farhi
Une
rumeur a déstabilisé la version
du religieux
par MARC PIVOIS, publié dans
Libération le 22 janvier 2003
C'est désormais la brigade
criminelle qui est chargée
d'enquêter sur l'agression du
rabbin Gabriel Farhi, le 3
janvier, dans sa synagogue de la
rue Pétion à Paris. Il s'agit,
selon une source judiciaire, de "remettre
les compteurs à zéro"
après la rumeur qui court
depuis quelques jours. Rumeur
reprise hier par le Figaro
et lundi par Marianne qui
font état d'une note du médecin
chef des pompiers décrivant une
"plaie hésitante
pouvant correspondre à une
automutilation". Hier,
Michel Zaoui, avocat du rabbin
Farhi, démentait
"radicalement"
cette thèse : "Cette
note n'est pas versée au
dossier",
protestait-il.
Lettre
Gabriel Farhi avait expliqué
qu'un individu porteur d'un
casque intégral s'était jeté
sur lui pour le poignarder, en
criant "Allah akbar"
(Dieu est grand). Avec un accent
"très français",
a précisé la victime, membre
du MJLF (Mouvement juif libéral
de France). Le matin même, une
lettre anonyme était arrivée
au siège du MJLF, affirmant : "Nous
aurons la peau du rabbin Gabriel
Farhi et nous vengerons le sang
de nos frères palestiniens
(...) Après avoir mis le feu à
sa synagogue, nous nous
vengerons directement sur
lui." Un large
mouvement d'indignation
s'exprime aussitôt. Mais les
policiers de la 2e DPJ, en
charge de l'enquête initiale,
tiquent sur certains détails.
Ainsi la déchirure des vêtements
ne correspondrait-elle pas tout
à fait à l'emplacement de l'
"éraflure à
l'abdomen" constatée
à l'Hôtel-Dieu.
Court-circuit
Le blessé, qui affirme avoir désarmé
son agresseur, a donné l'arme,
un Opinel, aux enquêteurs. Mais
personne n'a vu d'homme casqué
sortir de la synagogue. La
lettre revendique l'incendie de
la synagogue, survenu en mai
dernier. Or, les expertises sont
formelles : un court-circuit a déclenché
le sinistre. Le rabbin a expliqué
avoir trouvé ce courrier au
sol, devant le siège de la MJLF,
et l'avoir glissé dans la boîte
aux lettres. Enfin, trois jours
après ces faits, sa voiture est
incendiée dans son parking.
Mais le coffre, où des chiffons
ont été enflammés, n'est pas
fracturé. "Rien ne
permet de mettre objectivement
en doute la version du
rabbin", affirme le
parquet de Paris, en précisant
que l'enquête reste
"ouverte à toute nouvelle
investigation". Et Me
Zaoui affirme : "D'autres
éléments vont dans le sens
contraire de cette rumeur et je
suis prêt à les mettre
sur la table très
prochainement".
Lahoud
: Le Liban commence à reprendre sa
place de centre financier régional
Le chef de l’Etat
a reçu une délégation de
l’Union des Bourses arabes
paru dans l'Orient-le
Jour le 17 janvier 2003
Le
chef de l’Etat, Emile Lahoud, a
estimé hier que le Liban
"commence à reprendre sa
place de centre financier" au
Proche-Orient et que le choix de
Beyrouth pour abriter le siège de
l’Union des Bourses arabes (UBA)
est "une preuve supplémentaire
de la confiance arabe et
internationale en le Liban".
Le n°1 de l’Etat, qui recevait
justement le président et les
membres de l’UBA, hier à Baabda,
en présence du ministre des
Finances, Fouad Siniora, a en
outre affirmé que "la
solidarité arabe au niveau économique
est tout aussi importante que la
solidarité sur le plan politique,
sécuritaire ou social". Il a
en outre souligné que le Sommet
arabe, réuni à Beyrouth en mars
de l’an dernier, a accordé une
part importante au volet économique,
et que le prochain Sommet de Bahreïn
accordera aux dossiers économico-financiers
l’importance qu’ils méritent.
Précisant que le futur marché
arabe commun (censé voir le jour
en 2007), devrait être, au cours
de la prochaine étape, l’objet
des énergies arabes, et qu’il
"devrait être précédé
d’un marché financier arabe
commun, dont l’UBA serait
l’infrastructure". Il a
ainsi fait part à la délégation
qu’il recevait qu’il avait
demandé au ministre des Affaires
étrangères, Mahmoud Hammoud, de
"mener les contacts nécessaires
avec le secrétariat général de
la Ligue arabe, étant donné que
le Liban préside cette dernière,
pour inscrire la coopération
financière et économique entre
les pays arabes à l’ordre du
jour" du Sommet de Bahreïn.
Le ministre des Finances avait
auparavant remercié le chef de
l’Etat pour le soutien apporté
à l’UBA (notamment dans le
choix de Beyrouth comme siège de
l’union), estimant que
"l’attention" manifestée
par le président Lahoud pour la
chose financière du pays, comme
pour les relations interarabes,
"donne l’impulsion nécessaire"
en ce moment. Fouad Siniora a également
rappelé que l’inauguration du
siège de l’UBA aujourd’hui coïncide
avec celle du siège de la Bourse
de Beyrouth au centre-ville,
insistant sur le fait que
"l’amélioration de la
situation financière aura des répercussions
positives, notamment sur le
secteur privé. Elle facilitera
les mouvements de capitaux arabes
à partir et en direction du
Liban, et drainera de nouveaux
investissements arabes", a
ajouté le ministre des Finances. Quant
au président de l’UBA, il a
remercié le chef de l’Etat pour
l’intérêt manifesté et le
soutien apporté, rendant hommage
à ses positions nationales, et
pour son travail constant afin
d’optimiser la solidarité arabe
à tous les points de vue. Pour
lui, le nouveau siège de
l’union bonifiera la performance
et intensifiera les activités de
l’UBA, et "il fera de
Beyrouth la capitale économique
du monde arabe" et son
tremplin vers le monde. Il a mis
l’accent sur l’urgence de
mettre sur pied un marché
financier arabe commun, "le
canal principal pour les
mouvements de capitaux entre les
pays", qui "encouragera
le retour des capitaux".
D’autre part, le chef de l’Etat
a reçu le vice-président de la
Chambre de commerce et
d’industrie libano-suisse, et
vice-président de l’Union
libanaise culturelle dans le monde
- section de Berne, Louis Kerbage,
ainsi que le père Antoine Kerbage
et le juriste Faraj Kerbage. Au
centre des discussions : la
situation économique au Liban,
les possibilités offertes aux
investisseurs arabes et étrangers,
les obstacles auxquels doivent
faire face certains projets, ainsi
que le rôle des hommes
d’affaires libanais installés
à l’étranger et qui souhaitent
initier des projets
d’investissements au Liban. Le
président Lahoud a également reçu
le président du syndicat des
chimistes et président de l’Union
des chimistes arabes, Nicolas
Gebrane. Il était accompagné de
Hassan Bazzi, choisi par l’Onu
comme membre de l’équipe
d’inspecteurs internationaux
chargés d’enquêter sur les
armes chimiques en Irak. Qui se
rendra pour trois semaines à
Vienne (il participera à un séminaire
de formation), avant de se diriger
vers Bagdad. Hassan Bazzi, âgé
uniquement de 28 ans, est le
premier chimiste libanais choisi
par les Nations unies pour
participer à une mission
internationale. Originaire de
Bint-Jbeil, il poursuit son
doctorat en chimie à Montréal.
Il a été félicité par le président
Lahoud, saluant la jeunesse
libanaise, et assurant que les
Libanais "ont toujours
travaillé, et continuent de le
faire, pour la paix et la stabilité
dans le monde".
TV5 Monde espère s'imposer
comme complément d'une télévision
d'information internationale
par ALWA DELUZE et BENEDICTE
MATHIEU, publié dans le Monde du
31 janvier 2003
La chaîne francophone, qui
devait présenter jeudi 30
janvier sa nouvelle grille
de programmes, poursuit sa
politique d'expansion à l'étranger.
Un habillage coloré et cohérent,
un slogan - "le centre
du monde est partout" -
et une francophonie affichée
encore plus haut : il ne
s'agit pas du lancement d'une
chaîne d'information mondiale
française, mais de la nouvelle
grille de programmes de la chaîne
francophone TV5 Monde, qui
devait être présentée jeudi
30 janvier à Paris. Créée
en 1984, la chaîne qui
travaille grâce à un réseau
de dix partenaires français,
suisses, belges et canadiens vit
une époque charnière. Quinze
mois après son arrivée à la
présidence de la chaîne, suite
au départ de Jean Stock, et à
cinq mois de la fin de son
mandat, Serge Adda estime qu'il
est sur le point de gagner son
pari : développer
l'antenne autour de
l'information, devenue selon lui
la "colonne vertébrale"
de la grille.
La chaîne veut privilégier les
produits "maison" et
ne programmera désormais,
quotidiennement, qu'un seul
journal livré par les chaînes
partenaires appartenant aux
quatre pays bailleurs de fonds
(France Télévisions et Arte
France pour la France, TSR pour
la Suisse, RTBF pour la
Belgique, et Radio Canada et Télé
Québec pour le Canada). Le
reste de l'information sera réalisé
par la rédaction de TV5 Monde :
"Celle-ci pourra hiérarchiser
l'information à sa guise et
reprendre les reportages ou les
images des chaînes partenaires,
sans être obligée de les
utiliser", explique
Serge Adda. La chaîne poursuit
la production et la diffusion de
ses propres émissions d'information :
"Kiosque", revue de
presse internationale présentée
par Philippe Dessaint, ou
"24 heures à..."
proposée par Frédéric
Mitterrand.
Profil généraliste
Par ailleurs, TV5 Monde diffuse
des programmes de divertissement
et de fiction livrés par ses
partenaires, auxquels s'ajoute
une autre part, plus modeste, de
productions propres. Le président
de la chaîne insiste sur le
caractère généraliste de sa
chaîne. Une attitude qui
devrait être remarquée à
l'heure où le gouvernement étudie
l'éventualité de créer une
chaîne d'information mondiale
française. Les candidats sont
en effet nombreux pour une telle
entreprise. Parmi eux, Radio
France International, l'Agence
France Presse et dans une
moindre mesure France Télévisions.
"Cette chaîne mondiale
ne serait pas une chaîne
concurrente pour nous, mais une
chaîne complémentaire",
insiste Serge Adda, qui estime
que le dossier est difficile :
"Il faut d'abord le dépassionner.
Afin qu'il voie le jour,
l'ensemble de l'audiovisuel
public, et, pourquoi pas aussi,
le secteur privé doivent
travailler ensemble. A ce titre,
je suis persuadé que TV5 pourra
apporter un savoir-faire",
explique-t-il.
Par le nouvel habillage, Serge
Adda tient également à
affirmer la diversité
culturelle de son antenne.
Depuis septembre 2002, par
exemple, le Journal télévisé
africain (JTA) n'est plus
cantonné au réseau africain :
"La chaîne a pour mission
de décloisonner des cultures,
poursuit-il. Nous avons
voulu transformer en atout le
fait de ressembler parfois à un
melting-pot de programmes. Un
film égyptien sera toujours
diffusé dans sa langue
originale et sous-titré en français".
Foyers japonais
Sur le terrain, la chaîne qui
est aujourd'hui disponible dans
165 pays, avec un budget de
82 millions d'euros,
poursuit ses extensions et
atteint ainsi quelque 135 millions
de foyers clients potentiels. En
un an, la diffusion a augmenté
de 18 % grâce notamment à
une percée aux Etats-Unis, où
elle touche plus de 150.000 foyers.
Par ailleurs, la chaîne s'est récemment
installée sur le bouquet
satellitaire BSkyB qui touche 6 millions
de foyers en Angleterre. Afin de
poursuivre la politique de pénétration
de la chaîne, M. Adda est
en train de signer un contrat
avec le bouquet satellitaire NBS
(Nippon Broadcasting Satellite),
qui touche 400.000 foyers
japonais. La chaîne ne peut
fournir de résultats précis
d'audience réelle, expliquant
que les méthodes de mesure diffèrent
selon les pays où elle est
diffusée. Toutefois, elle
revendique 11 millions de téléspectateurs
par jour et 38 millions par
semaine sur la base de 70 %
de sa cible de diffusion. Cette
nouvelle grille et l'aspiration
à une meilleure cohérence de
l'antenne de TV5 Monde, voulue
comme la grande sœur d'une chaîne
d'information mondiale française,
n'est sans doute pas étrangère
à l'envie pour son président
d'être candidat à sa propre
succession à la fin du mois de
juin 2003.
De l'Europe au Canada
1984 : lancement de TV5 par
cinq chaînes de langue française
(TF1, Antenne 2, FR3, la belge
RTBF et la suisse SSR).
1991 : lancement de TV5 Québec-Canada
après le rassemblement entre un
consortium de télévision du Québec
et du Canada avec TV5. Création
de TV5 Afrique.
1992 - 1996 : Création de
TV5 Amérique latine et Caraïbes,
puis de TV5 Asie.
1998 : Jean Stock est nommé
à la présidence. Lancement de
TV5 Orient et Etats-Unis.
2001 : Création de TV5
Monde, sept signaux partent de
Paris et le huitième de Montréal.
Présidence de Serge Adda.
2002 : TV5 Monde développe
sa diffusion par le satellite et
par le câble (Time-Warner-AOL
pour New York, BskyB en
Grande-Bretagne...)
2003, l'Europe débarque
sur Mars
par CYRILLE VANLERBERGHE,
publié dans le Figaro le 2
janvier 2003
Plusieurs
missions inédites et
ambitieuses vont jalonner l'année
spatiale. Avec, pour commencer,
un suspense, pénible pour les
ingénieurs et les astronomes,
qui plane sur Rosetta. Cette
sonde européenne a pour folle
mission de se poser, après huit
ans de croisière interplanétaire,
sur une comète. Mais son départ,
initialement prévu le 12
janvier, est suspendu au sort
d'Ariane 5, dont le dernier
exemplaire a explosé en vol, le
11 décembre. En juin, l'Agence
spatiale européenne se lance un
second défi de taille. Le
vaisseau automatique Mars
Express doit être lancé,
direction la planète rouge, où
il déposera une sonde
britannique, chargé de trouver
rien moins que des traces de
vie. Troisième temps fort
attendu en 2003, l'envoi en
orbite par la Chine de ses
premiers cosmonautes, un
tournant historique dans la
conquête spatiale.
2003 sonne l'assaut des
scientifiques vers la planète
Mars. A la fin de l'année, la
froide voisine de la Terre sera
assaillie par une armada de six
sondes automatiques destinées
à percer ses derniers secrets.
Du jamais vu ! Un petit robot
anglais emporté par le vaisseau
européen Mars Express devrait même
apporter une nouvelle réponse
à l'angoissante question : y
a-t-il de la vie sur Mars ? Deux
robots à roulettes américains
devraient reproduire l'exploit
de Pathfinder en 1997, en se
promenant sur la surface
martienne à la recherche de
traces de la présence d'eau
dans un passé lointain. Déjà,
deux sondes américaines (Global
Surveyor et Odyssey) tournent à
une distance respectueuse de la
planète pour photographier sa
surface et y détecter de l'eau.
Trois autres engins, deux américains
et un européen, vont profiter
d'un rare rapprochement en 2003
entre la Terre et Mars pour
faire un rapide voyage vers la
planète rouge et y poser des
atterrisseurs. Enfin, un quatrième
appareil automatique, japonais
celui-là, se joindra au cortège
autour de Mars fin 2003 ou début
2004, bien qu'il ait quitté la
Terre fin 1998. Mais une erreur
de navigation sur cette sonde
appelée Planet-B Nozomi a
gravement rallongé son voyage
qui ne devait au départ durer
que quelques mois. En fait, la
sonde va faire un dernier survol
de la Terre en juin 2003, et
prendra à peu près la même
trajectoire que ses consoeurs américaines
et européennes.
Entre décembre 2003 et janvier
2004 il y aura donc une sorte
d'embouteillage spatial autour
de Mars. Le premier arrivé dans
cette drôle de course à plus
de 100.000 km/h devrait être le
bien nommé Mars Express, de
l'Agence spatiale européenne
(Esa), dont le lancement par une
fusée russe Soyouz à partir du
cosmodrome de Baïkonour est prévu
pour le 1er juin
2003. C'est la première fois
que l'Europe envoie un vaisseau
vers Mars. Cinq jours avant
l'arrivée sur place, la sonde
Mars Express se séparera du
petit atterrisseur Beagle 2, qui
ira freiner dans l'atmosphère
de Mars avant de descendre à la
surface en parachute. Alors que
Beagle 2, robot statique
construit par les Anglais de
l'Open University, analysera la
composition chimique du sol à
la recherche de traces de vie,
Mars Express se placera en
orbite autour de la planète,
pour l'étudier à distance. Le
résumé de ces opérations paraît
simple, mais chacune de ces
phases est en fait très risquée
et critique. Il faut se souvenir
qu'en 1999 la Nasa avait perdu
coup sur coup deux de ses sondes
martiennes, l'une qui devait se
poser à la surface, et l'autre
se mettre en orbite pour
survoler les pôles.
Si tout se passe bien en route
pour les deux sondes américaines
Mars Exploration Rover (MER) A
et B après leur lancement par
des fusées Delta II à partir
de Cap Canaveral en Floride,
celles-ci devraient arriver près
de Mars en janvier 2004, avec
moins d'un mois d'écart entre
les deux engins. Les deux
sondes, MER-A et MER-B, sont
absolument identiques, mais
iront se poser sur des régions
différentes de la planète.
Comme lors de la mission
Pathfinder, les deux rovers feront
appel à des gros airbags pour
amortir leur chute finale, car
l'atmosphère martienne est trop
ténue pour que les parachutes
ralentissent suffisamment. Après
atterrissage, le vaisseau
s'ouvre sur lui-même et libère
le petit rover (un petit
véhicule roulant robotisé) qui
va explorer la surface planétaire.
Ces engins destinés à étudier
la composition géologique de la
surface sont bien plus lourds et
plus puissants que le petit
Rocky de Pathfinder en 1997.
Chacun pèse 170 kg et peut
parcourir une centaine de mètres
en un jour martien (24 heures et
39 minutes), soit plus que Rocky
pendant tout son séjour. De
quoi nous offrir en abondance de
nouvelles photos des paysages
martiens.
Face au
clonage, la sagesse du droit
par
JACQUES LE GOFF, publié dans
Ouest-France le 13 janvier 2003
L'auteur vient
de publier, aux éditions Apogée,
ses chroniques Ouest-France depuis
25 ans
"Un véritable
bouleversement de la condition
humaine". Ce propos du
Comité national d'éthique,
dans son avis du 22 avril 1997
"au sujet du clonage
reproductif", situe, dans
sa juste dimension, le caractère
vertigineux de ce qui se joue
aujourd'hui, si l'on en croit
les allégations de la secte raélienne.
Qu'elles soient vraies ou
fausses, peu importe, dès lors,
que la probabilité de se
trouver, à brève échéance,
confrontés à ce type de problème
est des plus fortes. "J'ai
la conviction qu'au XXIe siècle,
cela sera réalisé",
pronostiquait Axel Kahn, dès
1999. D'abord, écartons
l'argument selon lequel le
clonage serait intolérable au
prétexte qu'il conduirait à la
génération d'un être
"copie conforme" de
son géniteur, d'un double en
tous points ressemblant à l' "original",
au physique comme au moral.
C'est accorder une place
excessive à la matière vivante
que de lier l'identité génétique
(le génome est bien le même en
effet) à l'identité
personnelle, comme si la
personnalité se ramenait aux
seules déterminations
biologiques. On oublierait alors
les autres influences de
l'environnement social et
culturel, des aléas de
l'histoire de chacun, comme le
prouvent les dissemblances
observées chez les jumeaux
au-delà de leur forte
ressemblance physique.
Le problème se situe ailleurs.
D'abord, on ne peut nier le mystère
proprement infini de la natalité.
Lorsqu'un enfant vient au monde
de deux parents et de la
rencontre de leurs différences,
il est imprévisible, parce
qu'irréductible à ceux qui le
précèdent. Il entre dans la
communauté des hommes, comme
promesse de nouveauté à
proprement parler radicale. Sa
liberté et sa dignité procèdent
de cette indétermination
originelle. Or, c'est ce que, précisément,
le clonage remet en cause, dès
lors que l'enfant cloné est
voulu par son auteur comme un
autre soi, comme un "même".
C'est toute la différence entre
l'enfant cloné et les jumeaux.
Quelle sera la liberté d'un être
prisonnier du désir de son géniteur
de le reproduire à son image ?
Son choix risque fort de se
ramener à la redoutable
alternative entre la conformité,
la soumission au prix de
perturbations psychologiques
majeures et la révolte.
Le second niveau est généalogique.
Nous nous inscrivons dans une généalogie,
où chacun prend place après
bien d'autres et avant d'autres
encore. C'est sur cette base que
se construisent les identités
de fils et de fille, de père et
de mère, de frère et de
soeur... Tous les
"psy" savent à quel
point cette symbolique est décisive
pour que se structurent les
individus. Rien n'est pire,
expliquent-ils, que le
brouillage des statuts porté au
pire dans l'inceste. Mais
qu'est-ce que le clonage, dans
le fond, sinon une forme
d'inceste qui ne dit pas son nom ?
Comme l'a remarqué Paul Ricoeur, "un
clone n'est ni fils, ni fille,
ni père, ni mère, ni frère,
ni soeur, ni rien... Il est
insituable dans la filiation...
La chaîne est rompue".
Effroyable solitude dans une
confusion où la perte de
l'autre interdit l'avènement de
soi. "Notre héritage est
sans testament", dit aussi
René Char. Avec le clonage, l'écrasant
testament vient compromettre la
possibilité même de l'héritage.
Contre ce délire de
toute-puissance, il reste le
recours à la sagesse résolue
et offensive du droit et de la
force légitime, s'il le faut.
"Tout ce qui est
techniquement réalisable sera réalisé",
avait prévenu Gabor qui, pour
autant, n'a jamais confondu
"réalisé" et accepté.
Religion - Hérode et les
rois mages
par PERE JEAN-ROBERT
ARMOGATHE, publié dans le Figaro
le 4 janvier 2003
L'Epiphanie semble être une fête
joyeuse : l'Eglise y fait mémoire
des mages venus d'un Orient
lointain pour rendre hommage à
l'Enfant Jésus. Avec leur équipage
exotique et leurs riches présents,
ils sont devenus des rois de légende,
et la fête permet d'offrir
quelques présents, gâteaux ou
friandises. Il s'agit bien,
somme toute, d'une fête
joyeuse. Le texte d'Evangile est
pourtant inquiétant : la venue
de ces notables étrangers
provoque chez le roi Hérode une
crise de jalousie. D'origine païenne,
ayant reçu son trône de
l'occupant romain, il obtint de
la faveur de l'Empereur des
moyens économiques qui
permirent de grandes
constructions ; son long règne
vit l'expansion maximale du
pays. Mais il craignait les
complots et les rivaux, et l'Evangile
de saint Matthieu lui fait
ordonner le massacre des enfants
de moins de deux ans nés à
Bethléem et aux environs.
Ce massacre des saints innocents
est rappelé par l'Eglise dans
la liturgie du 28 décembre,
tout près de Noël. La venue
des mages a suscité la crainte
d'Hérode ; elle a provoqué
l'atroce tuerie. Entre la joie
de la Nativité et celle de l'Epiphanie,
nous nous souvenons des enfants
et de leurs mères. Nous ne
pouvons pas oublier. Car
l'Enfant Jésus n'a pas été épargné.
S'il fut mis à part ce jour-là
et ne partagea pas le sort des
autres enfants, il était et il
reste un enfant de Bethléem. Il
n'a pas vraiment échappé au
massacre. Sa mort fut seulement
différée. L'Epiphanie semble
être une fête joyeuse ; mais
la joie chrétienne est toujours
tempérée. Les mages ont
provoqué la mort des innocents,
et leur hommage à l'enfant-Dieu
semble annoncer aussi sa passion
et sa mort. Parmi leurs dons,
avec l'or et l'encens, la myrrhe
servait à préparer les corps
pour le tombeau. La fête de ces
jours ne doit pas faire oublier
la souffrance, l'injustice et la
mort. Le christianisme se veut
religion de la vie. Dieu s'unit
à la vie des hommes. Il ne le
fait pas à moitié, il s'unit
jusqu'au bout. La croix n'est
pas bien loin de la crèche.
La vie humaine de Dieu a été,
comme la nôtre, tissée de
peines et de joies. L'allégresse
des bergers et des mages ne
cache pas tout à fait
l'angoisse de Marie, ni l'inquiétude
de Joseph qui, prenant l'enfant
et sa mère, les conduisit loin
d'Hérode, jusqu'en terre d'Egypte.
L'exil et la fuite succèdent
vite au chant des anges et à
l'adoration des hommes. L'Epiphanie
n'est peut-être pas une fête
si joyeuse qu'il ne paraît. On
y célèbre la venue des mages,
mais on y rappelle aussi le
crime d'Hérode. Elle permet
cependant de donner à la joie
son authentique dimension, qui
permet d'espérer un au-delà
des douleurs et des peines. Les
enfants de Bethléem ne sont pas
morts pour rien. Leur massacre
annonçait à la fois la mort de
la Croix et la Résurrection de
Pâques, c'est-à-dire le salut
du monde.
Village du livre en
Lorraine
paru dans le Figaro
le 3 janvier 2003
Dans les contes de fées de
notre enfance, il y a toujours
niché en haut d'une colline le
village de nos rêves. Pour les
amoureux du livre, ce village
magique existe. C'est en
Lorraine, dans un hameau de 280
habitants, à l'initiative du R.
P. Serge Bonnet et de François
Guillaume, député et ancien
ministre de l'Agriculture, que
le village du livre est né.
Depuis 1996, à
Fontenay-la-Joute on voue un
culte à cet écrin qui renferme
le savoir. Classé parmi les six
villages de France où il fait
bon vivre, des bénévoles
passionnés y écrivent
l'histoire de cette localité et
lui donnent un second souffle.
De tous les environs on se
presse pour célébrer l'écriture,
l'imprimerie, le papier : du
bouquiniste au maître papetier
en passant par le relieur, tous
les corps de métier sont représentés.
Ouvert tous les jours,
gratuitement, c'est avec la plus
grande liberté, à l'abri du
tumulte citadin, que l'on peut
retrouver l'univers feutré de
la lecture, ou s'installer dans
un café littéraire pour y écouter
débats et chansons à textes.
Flâner, fouiller, feuilleter,
ou simplement découvrir
l'ouvrage tant convoité.
Collectionneurs et curieux font
se mêler culte et culture,
tandis que les plus jeunes, la
main dans la pâte, donnent vie
au papier et se découvrent
peut-être une vocation. Trait
d'union entre la naissance
(l'imprimerie) et la célébration
(la collection), la création
contemporaine est sollicitée et
encouragée par des concours
littéraires. Chaque année, des
prix sont remis et des lauréats
publiés. Voilà toutes les
promesses que tient ce beau
village où règne la joie
studieuse des passionnés du
petit imprimé. Au royaume du
livre le lecteur n'est plus le
seul souverain, citadins au
vert, enfants, curieux, badauds
y trouvent leur place.
Orientalisme
- Carner, poète et consul
Conférence du journaliste Thomas
Alcoverro à l’institut Cervantès
paru dans l'Orient-le
Jour le 31 janvier 2003
"Carner
: poète et consul, 1933 à
1936". Tel est le titre de la
conférence que Thomas Alcoverro,
correspondant au Liban depuis de
nombreuses années du quotidien
espagnol La Vanguardia, a donné
hier soir, à l’institut Cervantès.
Le conférencier a mis l’accent
sur les écrits à travers
lesquels ce poète et écrivain,
consul d’Espagne à Beyrouth, a
fait connaître le Liban.
D’autre part, il aurait été un
véritable visionnaire des problèmes
de la région. Alcoverro a présenté
Joseph Carner comme un grand poète
catalan, "peut-être même le
plus grand poète catalan
contemporain, qui a donné à la
prose de son pays un nouvel
essor", dit-il. Joseph
Carner est appelé "le prince
des poètes catalans". Il a
créé un nouveau style de
journalisme politique, devenant
lui-même un redoutable polémiste.
Diplômé en droit, philosophie et
lettres, il commence une carrière
de diplomate à Genève, puis au
Costa Rica, Le Havre, avant
d’arriver à Beyrouth dans les
années trente. Emerveillé par le
Liban, par sa culture et surtout
par les paysages qui s’offraient
à lui, il les décrit avec
beaucoup d’humour. Il a également
dépeint la société libanaise de
l’époque, qu’il a bien
connue. "Carner s’était
tellement intéressé à cette
partie du monde qu’il avait
envisagé, avec un ami libanais
devenu lui-même diplomate, de
traduire le Coran en
espagnol", affirme le conférencier.
Homme de grande culture, à l’écoute
de son environnement, l’écrivain-diplomate
a bien cerné les spécificités
libanaises. Avant de prendre ses
fonctions, il connaissait le Liban
à travers les écrits des
orientalistes français. Mais
intelligent, cultivé et ouvert,
une fois sur place, il se
constitue sa propre opinion des
choses et des personnes, cherchant
à comprendre les hommes et les événements
sans aucun parti pris. "Cela
lui a été facile, souligne
Alcoverro, dans la mesure où l’Espagne
n’a pas été une puissance
coloniale au Moyen-Orient. C’est
la raison pour laquelle les rares
Espagnols qui vivaient au Liban
ont eu une approche plus ouverte,
plus détendue de la région et de
ses problèmes",
explique-t-il.
Diplomate visionnaire
Ainsi, Carner a écrit de très
beaux textes sur le pays du Cèdre,
publiés régulièrement dans un
quotidien catalan à Barcelone, ce
qui a contribué à faire connaître
le Liban aux Espagnols. Et si les
sujets qu’il traitait étaient
d’abord descriptifs, le
diplomate qu’il était a également
abordé des thèmes politiques :
la Palestine et l’émigration
juive dans ce pays, les réactions
nationalistes à ce phénomène,
le panarabisme et la rhétorique
panarabe. Carner a également
abordé le sujet du pétrole dans
les années trente, il a été
visionnaire dans sa façon
d’expliquer, à l’époque déjà,
tout le problème du Moyen-Orient. "A
côté de cela, il a mené une vie
très agréable ici jusqu’à la
mort de son épouse, qui était
chilienne et qu’il a enterrée
au cimetière de Zeytouné."
Alcoverro affirme que Carner a été,
dans son genre, un grand
orientaliste, présentant les
choses avec beaucoup d’élégance,
de nuance et d’humour. "Cet
écrivain était très connu pour
la pointe d’ironie qui caractérisait
ses écrits jusqu’à la poésie."
Prenant parti pour les républicains
lors de la guerre d’Espagne, il
s’est exilé à Paris, puis à
Bruxelles où il a enseigné la
littérature catalane. Pressenti
en 1970 pour le Nobel de littérature,
il ne connaîtra pas ce
couronnement en raison de son
opposition au régime de Franco.
Entre-temps, Carner a été un très
bon traducteur des œuvres de
Dickens, Shakespeare, Mark Twain,
Arnold Bennet, Musset, La
Fontaine, Defoe et Lewis Caroll.
Boule de neige, jour de l'an et
bonne année grand-mère !
paru dans l'Orient-le
Jour le 30 décembre 2002
Au moins,
c’est à cela qu’elles
servent, les intempéries. A
faire sourire les enfants. A
faire briller leurs yeux. A
les faire chausser des skis,
enfiler une super-combi qui fait
d’eux de petit(e)s
prince(esse)s des cimes... A
les faire dévaler en petits
pros les pistes de Faraya-Mzaar. A
les faire construire un petit
bonhomme de neige - tomates
cerise à la place des yeux,
carotte pour le nez . A la
veille du réveillon de la
Saint-Sylvestre, et avec le
soleil qui revient, un peu, le
programme peut être idéal : réveil
à 8 heures, ski jusqu’à 13
heures, et puis déjeuner les
pieds dans l’eau, à Byblos,
avec du poisson, beaucoup de
poisson, au menu. C’est ça le
Liban ? Si seulement... La fin
de la trêve des confiseurs,
c’est pour bientôt. En
attendant... bonne année
grand-mère... (Photo Pascal
Beaudenon).
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