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PRESSE
RJLIBAN N°82 du 19
janvier
2003
www.rjliban.com
Week-end de protestation
contre la perspective d'une guerre en Irak
publié par l'AFP le 19 janvier
2003
De nombreuses manifestations
contre une éventuelle intervention militaire américaine en Irak ont eu
lieu ce week-end dans le cadre d'un mouvement mondial de protestation,
notamment aux Etats-Unis, en Europe et au Proche-Orient.
Samedi à Washington, au moins 50.000 manifestants selon l'AFP,
200.000 selon les organisateurs, ont bravé le froid pour protester
devant le Capitole, siège du Congrès américain. En Europe, la
mobilisation a été faible au cours du week-end, sauf en France où
plusieurs dizaines de milliers de personnes - près de 200.000, selon
les organisateurs - ont manifesté samedi à Paris et dans les
principales villes du pays. Les orateurs, dont le dirigeant noir Jesse
Jackson et l'actrice Jessica Lange, ont dénoncé le
"militarisme" de l'administration américaine et sa volonté
supposée de contrôler le pétrole irakien. Le président George W.
Bush menace l'Irak de guerre si son président Saddam Hussein ne désarme
pas. "Il faut recourir à notre intelligence, pas à la force
brutale, pour résoudre un conflit, pour arrêter le terrorisme et non
pas le répandre", a lancé le révérend Jackson sous les
applaudissements.
A San Francisco (Californie)
environ 50.000 personnes ont défilé dans le centre la ville. Des
hippies, des adolescents, des écologistes, des hommes politiques, des
artistes comme l'acteur Martin Sheen ou la chanteuse Joan Baez, ont
condamné la politique américaine au Moyen-Orient, immorale, selon
Martin Sheen, qui a appelé "à une résistance non violente à la
violence à tout prix". Dimanche, près de la Maison Blanche à
Washington, plusieurs centaines de personnes ont critiqué la politique
américaine et seize personnes ont été arrêtées pour avoir franchi
les barrières établies par les policiers près du siège de la présidence
américaine. Des manifestations pacifistes réunissant de quelques
centaines à plusieurs milliers de personnes se sont déroulées samedi
dans une trentaine de villes canadiennes dont Toronto, Vancouver,
Ottawa, Québec et Montréal, où les organisateurs estimaient à 25.000
le nombre de participants qui ont notamment scandé : "Arrêtons la
Bush-erie en Irak".
En France, au cours des
rassemblements de samedi, les manifestants scandaient "non à la
guerre contre l'Irak, justice, paix et démocratie au Proche-Orient et
dans le monde", slogan inscrit sur les banderoles ouvrant les cortèges.
En Allemagne, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Rostock
(nord-est) et Tuebingen (sud-ouest), et un colloque sur l'Irak avait
lieu à Goettingen (nord) ce week-end. En Suède, entre 5.000 et 6.000
personnes ont manifesté à Goeteborg (sud-ouest). Dimanche, 400
manifestants se sont rassemblés aux abords du quartier général des
forces armées britanniques à Northwood (nord-ouest de Londres), sept
d'entre eux se sont enchaînés les uns aux autres devant l'entrée
principale, avant d'être écartés par la police qui a procédé à une
cinquantaine d'interpellations. Quelque 6.000 manifestants selon la
police, 20.000 selon les organisateurs, ont participé à une marche
d'une dizaine de kilomètres de Madrid à la base militaire de Torrejon,
susceptible d'être utilisée en cas de conflit. A Bruxelles, près de
6.000 personnes ont défilé et après la dispersion de la
manifestation, une brève échauffourée a éclaté entre un groupe
d'une dizaine manifestants et les forces de l'ordre. Dix personnes ont
été arrêtées. En Turquie, seul pays musulman membre de l'Otan et où
l'armée américaine dispose d'une base militaire, des manifestations
ont eu lieu dimanche à Ankara et à Istanbul pour dénoncer "les
visées impérialistes" des Etats-Unis.
Au Proche-Orient, la mobilisation
a été timide. Mais plus de 15.000 personnes, dont des Palestiniens,
ont proclamé à Damas leur opposition à une attaque américaine contre
l'Irak et leur soutien au peuple palestinien. Cette manifestation était
organisée par le Comité populaire syrien de soutien à l'Intifada
palestinienne, un organisme gouvernemental. A Beyrouth,
environ 8.000 Libanais et Palestiniens, selon des estimations des
correspondants de presse, ont participé à un défilé jusqu'au bureau
des Nations unies en brandissant des drapeaux irakiens, libanais et
palestiniens ou des portraits de Saddam Hussein, de Yasser Arafat et de
l'ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser, chef de file du
nationalisme arabe. La participation au mouvement mondial de
protestation a été faible en Egypte, en Jordanie et au Maroc. Aucune
manifestation n'a eu lieu dans le Golfe, mais près de 3.000 personnes
avaient défilé vendredi à Bahreïn, siège de la Ve flotte américaine.
Au Japon, de 4.000 à 5.000 personnes se sont réunies dans le centre de
Tokyo. Le prochain mouvement mondial de protestation contre la guerre
est prévu le 15 février.
"Des scénarios
qui font froid dans le dos"
propos recueillis par BRUNO
RIPOCHE, publiés dans Ouest-France le 18 janvier 2003
Riches en pétrole, bien pourvus en eau, l'Irak et
ses 23 millions d'habitants avaient tout pour réussir. La guerre contre
l'Iran, l'invasion du Koweït et douze ans d'embargo international
laissent ce pays en ruine. Responsable du désastre ? Saddam Hussein,
sans doute, mais surtout le système politique légué par les
Britanniques, affirme PIERRE-JEAN LUIZARD, chercheur au CNRS.
* Depuis sa création, en 1920, l'Etat irakien n'a connu que
coups d'Etat, répressions sanglantes des Kurdes et des chiites et
aventures guerrières... Est-ce dû à son caractère artificiel ?
Il faut bien distinguer la société et le système politique. L'Irak a
une très forte identité culturelle : elle correspond à ce que
les géographes appelaient l'Irak arabe, qui s'étend depuis le Golfe
jusqu'au nord de Bagdad. En revanche, l'Etat irakien moderne est une création
coloniale britannique. Il a été édifié à la suite d'une défaite
majeure de la société irakienne, la révolution de 1920 : une révolte
des chiites (55 % de la population) contre le mandat de la SDN,
synonyme de domination occidentale. Ce système politique conçu pour pérenniser
la domination britannique, s'est traduit par la mainmise sur l'Etat des
sunnites, qui sont minoritaires. Autrement dit, l'Irak est un Etat
artificiel plaqué sur un pays qui, lui, ne l'est pas. Lorsqu'en 1925,
les Kurdes (20 % à 25 % de la population) sont rattachés à
l'Irak, parce que les Britanniques pressentent la richesse en pétrole
de la province de Mossoul, l'Etat ne remet pas en cause l'arabisme, qui
lui tient lieu d'idéologie. Tout cela fait qu'il y a eu en Irak des
contradictions qui n'existaient pas ailleurs.
* C'est encore le schéma qui prévaut ?
On assiste aujourd'hui au retour à l'envoyeur. La communauté
internationale se voit exploser au visage ce système politique imposé
en 1920. Le régime de Saddam Hussein en est le dernier avatar. Après
la révolution antimonarchique de 1958, les élites arabes sunnites ont
cru qu'elles pouvaient à la fois continuer à diriger l'Etat, tout en
étant minoritaires dans le pays, et s'émanciper de la tutelle
britannique. Mais elles ont vu très rapidement que c'était la tutelle
britannique, précisément, qui avait permis la mainmise de leurs pères
et de leurs grands-pères sur l'Etat. L'armée est devenue le pivot de
l'Etat, jusqu'à être "privatisée" par le clan de Saddam
Hussein, qui est un peu l'ultime stade.
* Un stade qui perdure depuis plus de 30 ans... Comment
Saddam Hussein, si minoritaire, a-t-il pu durer ?
Il a été grandement aidé par la nationalisation du pétrole et le
second boum pétrolier dans les années 70. Cette manne a été une révolution
dans le niveau de vie des Irakiens. Elle a permis au régime de
construire son arsenal militaire contre sa propre société. Il a aussi
bénéficié du soutien des Occidentaux, qui ont utilisé l'Irak pour
faire la guerre à l'Iran islamique de façon indirecte. Après la
guerre du Golfe, les Américains ont privilégié le maintien en place
de ce régime : il servait d'épouvantail et justifiait leur présence
militaire dans la région. Surtout, une remise à plat du système
politique irakien aurait obligé les Occidentaux à prendre en compte
des familles politiques qui les ont toujours combattus : le Parti
communiste irakien et le parti islamique chiite Da'wa - le plus ancien
d'Irak - qui refusent, aujourd'hui encore, la guerre américaine et
mettent en avant l'indépendance du peuple irakien.
* Cette fois, les Américains paraissent résolus à se débarrasser
de Saddam. Mais qui peut prendre relève ?
La répression féroce du soulèvement de 1991, que les Américains ont
laissé faire, a condamné à l'exil l'ensemble des forces politiques,
à part les Kurdes. Ces forces ont été captées par des intérêts non
irakiens, ceux des pays voisins : l'Iran, la Syrie, la Turquie,
puis les Etats-Unis et les pays occidentaux. D'où, dans la partie arabe
de l'Irak, un apolitisme militant, une forme de dégoût. A l'intérieur,
à part quelques combattants dans la région du Tigre, il ne reste plus
d'opposition : autrefois, le clergé chiite et ses dizaines de
milliers d'étudiants pouvaient encadrer une insurrection. Aujourd'hui,
le principal religieux chiite encore présent à Najaf, l'ayatollah
Sistani, n'a qu'une centaine d'étudiants... dont 90 agents du régime.
* Autrement dit, il n'y a pas de plan de rechange !
Les Américains ne savent pas du tout ce qu'ils veulent faire. On le
voit au nombre de scénarios qu'ils sortent de leur chapeau. Cela va de
l'occupation avec un gouverneur militaire américain, à l'image de ce
qui fut fait au Japon, à un partenariat avec l'Iran et l'association
d'une partie de l'opposition islamique chiite dans un gouvernement
d'union nationale. Un gouvernement civil irakien dont on a vu la préfiguration
à la conférence de Londres, le mois dernier : chacun y était
représenté en fonction de son appartenance confessionnelle et
ethnique. Autrement dit, une sorte de libanisation. Entre les deux, il y
a des scénarios intermédiaires, dont le retour à Bagdad de la
monarchie hachémite. Elle a les faveurs du lobby pro-israélien à
Washington et de la droite israélienne : ils rêvent de mettre à
profit cette guerre pour redessiner la carte de la région. Un grand
royaume arabe, pro-occidental et aidé par un plan Marchal, réaliserait
le rêve panarabe. En contrepartie, tous les Palestiniens, seraient
transférés au-delà du Jourdain. Cela fait froid dans le dos. C'est
dire où on en est !
* L'Irak risque-t-il d'éclater ?
Les Kurdes ne feront pas sécession. L'environnement régional est
verrouillé. L'explosion peut venir d'ailleurs. Après la défaite de
1991, l'armée a été totalement marginalisée par le régime et on a
vu émerger des gardes prétoriennes, suréquipées, à recrutement
tribal très prononcé : la Garde républicaine, les fedayins de
Saddam, etc. Elles ont des comptes à régler. Il est tout à fait
possible qu'au lieu de se battre contre les Américains, ces forces se
battent entre elles.
Flambée
de violence en Israël et Palestine
Onze morts hier, malgré les
appels au calme lancés par Yasser Arafat
par JEAN-LUC ALLOUCHE, publié dans Libération le 13 janvier 2003
Onze personnes ont été tuées, dont sept Palestiniens et deux Israéliens,
hier dans les territoires autonomes et en Israël, à seize jours des
élections législatives israéliennes. Cette nouvelle flambée de
violence intervient quarante-huit heures après que l'Autorité
palestinienne eut enjoint à toutes les organisations de s'abstenir
d'actions armées jusqu'aux élections israéliennes du 28 janvier. "Les
actions contre des citoyens israéliens ont causé un grand dommage à
la cause palestinienne dans l'opinion mondiale et dans le camp de la
paix israélien", a-t-elle souligné. Cet appel à la retenue
avait deux raisons essentielles : d'une part, la chute dans les
sondages du Premier ministre, "divine surprise" pour les
officiels palestiniens, qui verraient sans déplaisir une victoire du
travailliste Amram Mitzna. D'autre part, et surtout, ils redoutent des
actions spectaculaires d'Israël en cette période de fièvre électorale
(tel le bombardement, en 1981, de la centrale nucléaire irakienne).
L'appel au calme n'aura donc pas été suivi d'effet. Dans les
territoires autonomes, cinq Palestiniens ont été tués par des tirs
israéliens, dont deux par des tirs de missiles. Un hélicoptère
d'assaut a tiré un missile sur une voiture dans la ville de Khan Younès,
tuant deux occupants et blessant un troisième. Selon des résidents,
l'hélicoptère visait en fait un taxi voisin dont les occupants ont
pu s'enfuir à temps. Deux des trois occupants de la voiture étaient
des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, responsables de la
plupart des attentats-suicide en Israël, toujours selon ces sources.
Ces Brigades ont revendiqué le tir de trois roquettes sur Sdérot
sans faire de blessés. En soirée, deux Palestiniens ont été tués
par les forces de sécurité israéliennes après avoir mené une
attaque à Gadish, dans le nord d'Israël, tuant un Israélien.
L'attaque a été revendiquée par le Jihad islamique. A la frontière
israélo-égyptienne, l'armée israélienne a intercepté un commando
qui s'était infiltré, tuant deux de ses membres, non identifiés
hier soir. Un Israélien a également été tué à Nitzana.
Auparavant, trois Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens,
lors de deux incursions avant l'aube dans la bande de Gaza, et un
troisième près de Hébron en Cisjordanie.
paru dans Magazine le 6 décembre
2002
L'attentat contre un pétrolier
français mouillant dans un port yéménite, en octobre dernier, serait
le fait du Mossad israélien, susurrent de nouveau des sources
diplomatiques occidentales à Beyrouth. Ces sources avancent comme
preuve le fait que les enquêteurs n'ont pas trouvé de débris de la
petite embarcation chargée d'explosifs qui est censée avoir percuté
la coque du pétrolier, ajoutant qu'ils tiennent ainsi la preuve que
l'explosion de la charge a été télécommandée. Reprenant ces hypothèses
à leur compte, des sources diplomatiques arabes affirment qu'Israël a
cherché à "punir" la France pour son appui diplomatique et
financier au Liban et son attitude à l'égard de l'Irak. Ces sources
considèrent que la récente incursion d'extrémistes juifs dans
l'enceinte de l'ambassade de France à Tel-Aviv confirme leurs
assertions.
Le grand
retour de l'Etat hébreu en Afrique
Le président ougandais, Yoweri Museveni, en visite à
Tel-Aviv
par PIERRE PRIER, publié dans le Figaro le 17
janvier 2003
Un haut responsable des Nations
unies a affirmé hier qu'il y avait "un clair consensus de la
communauté internationale" en faveur des efforts visant à
parvenir à une solution du conflit au Proche-Orient, sur la base de "deux
Etats souverains vivant côte à côte en paix et en sécurité".
Kieran Prendergast, secrétaire général adjoint chargé des affaires
politiques, a également déclaré au Conseil de sécurité réuni en séance
publique qu'il "n'y avait pas d'amélioration notable de la
situation humanitaire dans le territoire palestinien occupé".
"Israël n'a pas rempli l'engagement en ce sens qu'il avait pris
en août dernier", a-t-il affirmé, citant notamment le
maintien des couvre-feux ainsi que les restrictions des déplacements
des Palestiniens.
Le président ougandais est venu
en Israël avec sa liste de courses. En une semaine, Yoweri Museveni
aura passé trois jours sur des bases aériennes, des bateaux ou dans
des usines d'armement. Le président s'intéresserait surtout à des
vedettes pour ses grands lacs, aux avions sans pilote, aux mortiers et
aux radars. Egalement au programme, la poursuite du contrat signé il y
a quelques années avec l'industrie militaire israélienne pour
moderniser les MIG 21 de l'aviation ougandaise. Yoweri Museveni a de
bonnes raisons de vouloir renforcer ses capacités militaires. Le président
ougandais n'arrive pas à venir à bout de la rébellion de l' "Armée
de résistance du seigneur" une guérilla chrétienne aux méthodes
souvent cruelles qui règne depuis des années sur le nord du pays.
Museveni a décidé de prendre les choses en mains, et installé son QG
sur le terrain. Pour le matériel, comme beaucoup de chefs d'Etat
africains, Museveni s'est tourné vers un pays où il se sent à l'aise.
Le président, fervent chrétien, a étonné Ariel Sharon en citant par
coeur des passages de la Bible. Passionné de vaches, en digne fils de
nomades, le président ougandais a aussi parlé bétail avec le
gentleman-éleveur Sharon.
Les relations israélo-ougandaises
ont connu des hauts et des bas, atteignant leur nadir en 1976, l'année
du célèbre raid d'Entebbe. Des commandos israéliens avaient atterri
sur l'aéroport pour sauver les otages d'un vol Paris-Tel-Aviv détourné
par les Palestiniens du FPLP, avec la complicité du président Idi Amin
Dada. Les Israéliens étaient en terrain de connaissance. Ils avaient
construit l'aéroport, et entraîné Idi Amin dans leurs troupes
parachutistes. Israël est officiellement revenu en Ouganda en 1994.
Aujourd'hui, il n'y vend pas seulement des armes. Deux compagnies privées
y construisent des routes, d'autres investissent dans les télécommunications
et l'agriculture. Un symbole du grand retour de l'Etat hébreu en
Afrique, où il entretient aujourd'hui onze ambassadeurs, la plupart
couvrant plusieurs pays. En 1973, après la guerre du Kippour, tous les
Etats africains, sauf l'Afrique du Sud, avaient rompu leurs liens
diplomatiques avec Israël sur pression de la Ligue arabe. Ce fut le
point tournant d'une riche histoire. Israël avait connu son âge d'or
en Afrique dans les années 60. C'était l'époque où les techniciens
agricoles israéliens aidaient avec enthousiasme au développement des
nouveaux Etats indépendants. L'Afrique était aussi le champ de
bataille de la lutte d'influence entre Israël et les pays arabes,
surtout l'Egypte, qui lui disputait le rôle de parrain du continent.
En 1966, une dizaine de pays
recevaient une aide militaire israélienne. Surtout ceux considérés
comme stratégiques, au premier rang desquels l'Ethiopie, seul Etat
non-musulman sur la mer Rouge. En décembre 1960, Ben Gourion donna
d'ailleurs un sérieux coup de main à l'empereur Haïlé Sélassié,
qui se trouvait au Brésil au moment où éclatait chez lui un coup d'Etat.
Israël envoya un avion le chercher, lui permettant de rentrer à temps.
Haïlé Sélassié dut lui aussi rompre avec Israël en 1973, mais les
relations reprirent bientôt discrètement avec son successeur, le régime
marxiste de Mengistu. Israël lui fournit des conseillers militaires
pour lutter contre la révolte érythréenne, ce qui lui permettait de
garder un oeil sur les mouvements palestiniens installés au Yémen.
Aujourd'hui, l'Erythrée est indépendante, et elle a emporté avec elle
l'ex-façade maritime éthiopienne. Israël a un ambassadeur à Asmara
et garde ses oreilles ouvertes sur la mer Rouge. Et sur le Soudan
voisin, avec qui l'Ouganda a aussi une frontière.
Ces succès stratégiques ne se
traduisent pas pour l'instant en victoires diplomatiques majeures. L'Union
africaine suit toujours une ligne de "solidarité
afro-arabe". A quelques remarques près, comme celle de Yoweri
Museveni, qui s'est récemment élevé, dans l'enceinte africaine,
contre les attentats suicides... Mais Israël étend malgré tout son
influence sur le continent noir. Ses hommes d'affaire y sont appréciés,
ses services secrets souvent bien accueillis, ainsi que sociétés privées
de conseil militaire dirigées par des généraux à la retraite. Israël
exerce en outre un attrait en tant qu'intercesseur avec les Etats-Unis.
Ce rôle n'a pas échappé, en particulier, à plusieurs Etats d'Afrique
francophones, soucieux de contrebalancer l'influence française, qui se
sont rapprochés de l'Etat hébreu depuis les années 80.
La presse canadienne
publie une lettre d’excuses de l’ambassadeur du Liban
Beyrouth-Ottawa - Baaklini convoqué par
le ministre canadien des AE pour "propos inacceptables"
paru dans l'Orient-le Jour le 18
janvier 2003
L’ambassadeur
du Liban au Canada, Raymond Baaklini, a été convoqué avant-hier au
ministère des Affaires étrangères à Ottawa pour s’expliquer sur les
"propos inacceptables" qu’il a tenus récemment après que le
Hezbollah eut été inscrit sur la liste noire canadienne des
organisations terroristes. Après l’annonce de cette décision le mois
dernier, l’ambassadeur avait déclaré à un petit journal en langue
arabe de Montréal qu’elle était attribuable aux pressions d’ "un
groupe sioniste au Canada". "Comme vous le savez, ce groupe
contrôle 90 % des médias canadiens, et il reçoit des instructions et de
l’assistance de sociétés sionistes, du Canada et de l’étranger",
avait-t-il affirmé au journal Sada al-Machrek. Le ministre canadien des
Affaires étrangères, Bill Graham, avait alors qualifié
d’inacceptables ces déclarations, mais sans réussir pour autant à
convaincre l’ambassadeur. Qui a répété ses propos cette semaine à
l’antenne de Radio-Canada International, mais en ramenant à "40
%" le pourcentage des médias canadiens contrôlés par ce groupe.
Raymond Baaklini avait accusé nommément la famille Asper, propriétaire
de CanWest Global Communications, le plus grand groupe de presse canadien
qui possède notamment une douzaine de grands quotidiens dont le National
Post, lui reprochant ses éditoriaux inconditionnellement favorables,
selon lui, à l’Etat d’Israël.
C’en était trop pour le chef de la diplomatie canadienne, qui a convoqué
le diplomate à son bureau. "L’ambassadeur et moi avons eu une
discussion approfondie", a déclaré Bill Graham, cité dans un
communiqué. "Je lui ai expliqué que certains des propos qu’il
avait tenus étaient inacceptables au Canada. Il a dit regretter avoir
choqué certaines personnes et avoir semé la controverse par ses
commentaires, et m’a écrit une lettre à cet effet", a-t-il affirmé,
ajoutant qu’il considère maintenant "cette affaire (...) classée".
Les journaux canadiens ont publié hier la lettre d’excuses de Raymond
Baaklini - lesquelles excuses ont été faites, murmure-t-on dans les
milieux diplomatiques à Ottawa, avec l’accord du palais Bustros. C’était
cela, dit-on, ou les sanctions diplomatiques. Sauf que si son litige
avec le gouvernement canadien semble être clos, c’est avec la diaspora
libanaise au Canada que l’ambassadeur Baaklini a commencé à se
brouiller. Plusieurs institutions et bon nombre de personnalités
libanaises installées au Canada ont annoncé, selon l’Agence nationale
d’information, leur décision de boycotter le diplomate libanais.
Jusqu’à ce qu’il présente ses excuses à la diaspora. Et pendant ce
temps, la famille Baaklini s’étonnait de la campagne interne et externe
menée contre Raymond Baaklini.
Le Conseil des ministres crée la surprise en
imposant une taxe de 5 % sur les intérêts
Une mesure qui devrait rapporter
100 milliards de livres de recettes supplémentaires
par SIBYLLE RIZK, publié dans l'Orient-le
Jour le 17 janvier 2003
Le Conseil des ministres a créé la
surprise hier soir en annonçant son intention d’imposer une taxe de 5 %
sur les intérêts, entre autres mesures, pour compenser l’effet des
amendements apportés au projet de budget par la commission des Finances.
Le but affiché par le Conseil est en effet de maintenir inchangé
l’objectif de défcit budgétaire pour l’année 2003, à moins de 25 %
des dépenses, car cet objectif fait partie des engagements pris par le
Liban à la conférence de Paris II en échange de l’aide apportée par
les bailleurs de fonds. Les nouveaux chiffres du budget sont donc 8.600
milliards de livres de dépenses et 6.475 milliards de livres de recettes,
soit un déficit de 24,7 % des dépenses. Les amendements adoptés ces
deux derniers jours par la commission des Finances ont été avalisés par
le Conseil des ministres. Ils portent notamment sur la suppression de la
taxe sur les indemnités de fin de service, l’annulation de la surtaxe
sur la pension de retraite, et l’augmentation de la participation
financière de l’Etat à la Caisse nationale de la Sécurité. Ces
amendements ont pour résultat d’augmenter de 104 milliards de livres
les dépenses prévues et de diminuer de 75 milliards de livres les
recettes prévues, ce qui aurait accru le déficit de 189 milliards de
livres. Cette somme représente 8 à 9 % du déficit total initialement prévu.
Fouad Siniora a donc proposé plusieurs mesures au Conseil des ministres
pour trouver des recettes supplémentaires et celui-ci les a acceptées.
La première porte sur la création d’une taxe sur les intérêt qui
devrait rapporter 100 milliards de livres environ en 2003. Le texte de la
mesure précise que cette taxe de 5 % s’applique à tous les intérêts
versés sur des dépôts, des comptes d’épargne, des certificats de dépôt,
des obligations ou des bons du Trésor, libellés en livres ou en devises
et détenus par des résidents ou des non résidents. Les seuls revenus
d’intérêt qui sont exemptés de cette nouvelle taxe sont ceux qui sont
relatifs aux dépôts auprès de la Banque centrale, les comptes de l’Etat,
des municipalités, des institutions publiques et des missions
diplomatiques et consulaires étrangères. L’article 4 de la clause
ajoutée au projet de budget prévoit aussi que la taxe ne s’appliquera
pas aux bons du Trésor libanais émis avant la publication de la loi.
Stupéfaction des banques
Outre cette décision qui a créé un véritable choc dans les milieux
bancaires où elle n’était pas du tout attendue, le Conseil des
ministres a décidé de retrancher 18 milliards de livres du budget de la
présidence du Conseil en diminuant les dépenses allouées au Conseil du
développement et de la reconstruction et de réduire de six milliards de
livres le budget du ministère des Travaux publics. L’impact de ces
mesures est une hausse des recettes de 25 milliards de livres (100-75
milliards) et une hausse des dépenses de 80 milliards de livres (104-18-6
milliards), ce qui représente finalement un déficit supplémentaire de
55 milliards de livres. En ramenant le déficit pas loin de ce qui était
initialement prévu, le Conseil des ministres lance un signal positif
adressé tant aux milieux financiers qu’aux bailleurs de fonds.
Plusieurs économistes réclamaient depuis longtemps une telle mesure pour
rendre le système fiscal libanais plus équitable. Plus d’un tiers du
revenu national échappe en effet pour l’instant à toute imposition.
En revanche, la surprise est totale dans les milieux bancaires d’autant
que les autorités ont souvent répété publiquement leur opposition à
toute taxation des revenus du capital au motif qu’un tel impôt ferait
fuir les capitaux. "C’est une vraie surprise", a déclaré
hier le secrétaire général de l’Association des banques, Makram Sader,
qui a refusé de commenter la décision et dit attendre de voir si elle
s’insère dans "une politique fiscale cohérente". La réaction
du président de la Banque Libano-Française, Farid Raphaël, a été peu
favorable, car l’ancien président de l’Association des banques
s’est inquiété de l’impact de la nouvelle taxe sur les résultats du
secteur. "Cette taxe va diminuer la marge de rémunération dont bénéficient
les déposants au Liban par rapport à d’autres placements", a-t-il
déclaré, soulignant que la nouvelle mesure intervient alors que les
banques viennent de consentir un effort important en acceptant de
souscrire à des bons du Trésor à taux zéro pour un montant total de
quatre milliards de dollars.
Souci d’équité
Invité hier soir de la LBC, le ministre des Finances Fouad Siniora a rétorqué
que l’idée d’imposer les revenus des capitaux n’était pas nouvelle
puisque le gouvernement s’apprêtait à le faire en 2004 à l’occasion
de l’adoption de l’impôt unifié sur le revenu. "La taxe n’est
pas nouvelle dans le principe, mais dans le calendrier", a-t-il dit.
Outre la nécessité de compenser l’effet financier des amendements
adoptés par la commission des Finances, le ministre a justifié la
nouvelle taxe par un souci "d’équité". "Il
n’est pas acceptable qu’un déposant qui ne prend aucun risque échappe
à tout impôt sur les revenus de ses capitaux, alors que celui qui prend
des risques en créant une entreprise est taxé sur les revenus qu’il
tire de son activité." Le ministre a ajouté que le secret bancaire
est préservé par la nouvelle taxe, car l’impôt sera prélevé à la
source par les banques sur l’ensemble de leurs comptes débiteurs et
transféré au Trésor sans révéler l’identité des déposants.
L'Europe
de Taizé prie à Paris "pour que se lève la confiance sur la
terre"
par XAVIER TERNISIEN, publié dans le
Monde du 29 décembre 2002
De toute l'Europe, en particulier des anciens "pays de
l'Est", ils convergent, samedi 28 décembre, vers Paris.
Quelque 80.000 jeunes pour un "pèlerinage de confiance sur la
terre" organisé par la communauté œcuménique de Taizé
dans un contexte où l'actualité internationale multiplie les motifs
d'inquiétude. "Aujourd'hui, c'est cette menace de guerre en
Irak qui se profile à l'horizon, juge le Frère Emile,
porte-parole de la communauté fondée pendant la deuxième guerre
mondiale en Bourgogne par Frère Roger. Dans notre monde inquiet, peu
de responsables osent proposer un message d'espérance. C'est ce que
fait la communauté de Taizé." De Paris, en 1978, à Budapest
l'an dernier, en passant par Prague au lendemain de la chute du Mur et
Vienne en 1992 où des Polonais avaient découvert l'Ouest, cela fait
un quart de siècle que les jeunes d'un continent qu'on dit vieux
effeuillent ainsi les événements de l'éphéméride international. Cette
année, dans son message aux jeunes, Frère Roger les invite à créer
autour d'eux les conditions de la paix : "Pour que se lève
la confiance sur la terre, c'est en soi-même qu'il importe de
commencer : cheminer avec un cœur réconcilié, vivre en paix
avec ceux qui nous entourent."
Les pèlerins réunis à Paris devaient être accueillis, dimanche 29 décembre
au soir, par le cardinal Jean-Marie Lustiger. Plusieurs responsables
civils et religieux leur ont adressé des lettres d'encouragement. "Votre
rencontre offre un message fort de tolérance et de solidarité",
écrit ainsi Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. "Ce
rassemblement est un signe d'espérance pour notre monde",
affirme le pape Jean Paul II. Jean-Arnold de Clermont, président de
la Fédération protestante de France, se réjouit que soient mis en
valeur "l'ouverture aux autres, le partage, la recherche de la
réconciliation avec Dieu et avec soi-même". Pendant cinq
jours, les jeunes, accueillis et logés par les paroisses catholiques
et protestantes d'Ile-de-France, vont se réunir tous les soirs au
Parc des expositions de la porte de Versailles pour prier. Dans un décor
de tissus et de lumières rouges et orangés, ils vont répéter
inlassablement de petits refrains lancinants, composés dans toutes
les langues européennes. L'après-midi, des débats leur sont proposés sur
des thèmes comme la violence, la vie intérieure, les responsabilités
humaines ou la beauté. "La barrière des langues reste un
gros obstacle aux échanges, constate Frère Emile. Mais
l'essentiel est de faire prendre conscience aux jeunes qu'à leur
niveau, même modeste, ils peuvent agir pour changer l'ordre des
choses." C'est bien là le leitmotiv de Taizé : ne pas
capter pour soi-même l'enthousiasme des jeunes, mais renvoyer chacun,
davantage motivé, vers son pays, son milieu, sa paroisse, ses
responsabilités.
Mgr Jean-Pierre Ricard : "Ne pas oublier
les chrétiens de Terre sainte"
Une délégation
de l'épiscopat français en Israël et dans les Territoires
palestiniens
propos recueillis
par ELIE MARECHAL, publiés dans le Figaro du 26 décembre 2002
Du 27 décembre au 2 janvier, une délégation
de l'épiscopat français, composée de dix personnes, se rendra en
Israël et dans les Territoires palestiniens, où elle compte
rencontrer, notamment à Jérusalem, les responsables d'Eglises chrétiennes.
Sont aussi prévus des échanges avec des représentants israéliens
ou palestiniens, des personnalités juives ou musulmanes. Archevêque
de Bordeaux et président de la conférence des évêques de France,
Mgr Jean-Pierre Ricard conduira cette délégation. Il explique les
buts de cette visite, beaucoup de points du programme restant
incertains à la veille du départ, en particulier la possibilité
d'accès à Bethléem.
* Vous vous apprêtez à partir en Terre sainte. Pourquoi
ce voyage ?
Les chrétiens de cette région peuvent, à bon droit,
se sentir abandonnés dans un chaos de haine et de violence. Livrés
aux fêtes de fin d'année, le monde, la France, l'Eglise catholique
en France, les auraient-ils oubliés ? Notre voyage sans protocole
particulier, notre "visitation", veut les assurer que
non et nous irons à leurs côtés pour prier, pour partager, pour
croire avec eux à une réconciliation possible, pour examiner quelles
aides concrètes sont nécessaires. Les artisans de paix ont, ici
comme là-bas, besoin de soutien, d'encouragement.
* Comment comptez-vous manifester un tel soutien ?
Des visites cordiales, des aides financières, des jumelages entre
paroisses ou écoles, seront à réaliser entre la France et la Terre
sainte. Aux évêques de stimuler une solidarité non seulement
affective, mais aussi effective. Nous n'allons pas voir des vestiges,
mais des "pierres vivantes" qui crient dans l'épreuve.
Notre attention fraternelle nous conduit vers cette Terre où résident
les descendants de celles et ceux qui furent les témoins des débuts
du christianisme. Il serait paradoxal que le pays de Jésus devienne,
par l'exode, vide de chrétiens. Il serait incohérent que, célébrant
la venue du Sauveur, nous renoncions à l'espérance et à la paix.
* Pourquoi avoir choisi cette période de Noël, alors que
tout le Proche-Orient vit un calvaire ?
En cette période, les chrétiens de Terre sainte vivent avec une
foi plus intense leur épreuve, et davantage encore s'ils ne peuvent
librement accéder à la basilique de la Nativité à Bethléem. Comme
ils viennent de nous l'écrire, "à la veille de Noël, (ils)
vivent dans l'angoisse et l'humiliation (...). C'est en ces jours
difficiles que la présence des pèlerins est nécessaire. Venez donc
comme témoins de paix auprès de tous les habitants de la Terre
sainte. Aidez-nous à avoir la joie de Noël."
* Seuls des évêques catholiques font ce pèlerinage avec
vous. Pourquoi pas une délégation oecuménique du conseil d'Eglises
chrétiennes en France, qui regroupe orthodoxes, protestants,
anglicans et catholiques ?
Ce projet a déjà été réalisé, il y a deux ans, avec Mgr Jérémie,
président de l'assemblée des évêques orthodoxes en France, le
pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération
protestante de France, et Mgr Guy Thomazeau qui était évêque de
Beauvais avant d'être récemment transféré au siège épiscopal de
Montpellier. Une visite d'une délégation de Terre sainte chez nous
était prévue en retour. Elle n'a pu avoir lieu, mais l'invitation
tient toujours. En attendant, nous sentions, ici comme là-bas, monter
un appel pressant auprès des évêques de France, leur demandant de
manifester, plus nettement, leur sollicitude envers les chrétiens de
Terre sainte. Nous ne pouvions paraître sourds à une telle requête.
* Ce qui importe, est-ce aussi de relancer les pèlerinages
français en Terre sainte ?
Ce serait bien si notre voyage avait ce résultat. La vie de bien
des familles en Terre sainte - et souvent des plus modestes -
est tributaire des pèlerinages. Déjà les licenciements sont
nombreux dans le commerce ou l'hôtellerie en Israël, à Jérusalem,
ou dans les Territoires palestiniens. Sans argent, sans travail, il ne
reste plus que l'exode.
CNN et al-Jezira se préparent à un duel
En cas de guerre en Irak, le statut de référence internationale de CNN
pourrait être menacé
par KEREN LENTSCHNER, publié dans le Figaro le 24 décembre 2002
Au fur et à mesure que la perspective d'un
conflit avec l'Irak se précise, les télévisions d'information
internationale fourbissent leurs armes. CNN multiplie les opérations
d'autopromotion et les directs réalisés depuis Bagdad, Doha ou Riad.
Mais la chaîne d'Atlanta, qui occupait une position de monopole en
1991, devra faire face à une concurrente avec laquelle elle a
collaboré dans le passé, al-Jezira. Et celle-ci s'apprête à émettre
en anglais. Même HBO, peu réputée pour son engagement
politique, donne un aperçu de la déferlante médiatique. Film phare
ces jours-ci sur la chaîne d'AOL Time Warner : une production
hollywoodienne sur l'aventure irakienne de... CNN. "Live from
Baghdad", annoncé à grands renforts publicitaires, tandis que
l'Administration Bush jure d'en découdre avec Saddam Hussein, raconte
l'épopée de la jeune chaîne de Ted Turner pendant la guerre du
Golfe. Seule télévision occidentale présente en Irak et capable d'émettre
non-stop pendant 36 heures dès le déclenchement des hostilités,
CNN, diffusée dans moins de 10 millions de foyers à l'époque,
contre 172 millions aujourd'hui, devient alors un acteur
incontournable sur la scène internationale.
Onze ans plus tard, alors qu'une deuxième guerre contre l'Irak semble
imminente, le fleuron du numéro un mondial des médias fourbit ses
armes. L'autopromotion est de rigueur ("CNN, numéro un. La
chaîne en qui l'on croit"). Les directs et émissions spéciales
depuis Bagdad, Doha (Qatar) ou Riad (Arabie saoudite) s'enchaînent. "Iraq
: Showdown" ("Irak : l'épreuve de force") figure
en permanence sur l'écran. A Bagdad, l'équipe sur place, qui a déjà
reçu des renforts dont la star montante Nic Robertson, compte huit
personnes. Soit, au total, une soixantaine de journalistes au
Moyen-Orient répartis dans les différents bureaux de CNN. Jusqu'à
200 en temps de guerre, dont une importante équipe au Koweït, confie
au Figaro Eason Jordan, directeur de l'information. Le budget
minimum de CNN pour un tel conflit : 20 millions de dollars, selon
Jordan. Plus encore qu'en 1991, l'accès à l'information risque
d'être problématique pour CNN comme pour les autres médias étrangers.
Depuis l'arrivée des inspecteurs de l'ONU, déplore Nic Robertson,
les journalistes étrangers doivent renouveler tous les quinze jours
leur permis de séjour auprès du ministère irakien de l'Information.
Au-delà de ces contraintes ordinaires en temps de guerre et des
nouveaux paramètres technologiques, CNN est confrontée à l'un des
plus sérieux défis de son histoire. Face à une concurrence médiatique
sans précédent, pourra-t-elle conserver son statut de référence
comme au temps de la guerre du Golfe ?
Aux Etats-Unis, si Fox News, la jeune pousse de Rupert Murdoch, lui a
ravi la première place depuis bientôt un an, CNN a maintenu un score
record dans les premiers mois qui ont suivi le 11 septembre. "En
temps de crise, explique Royce Ammon, professeur de relations
internationales et auteur d'un livre sur les liens entre CNN et
diplomatie, ceux qui regardent d'habitude Fox News ou MSNBC (NDLR
: filiale de Microsoft et de NBC) se tournent vers CNN."
Au niveau mondial, celle qui était la seule chaîne d'information en
continu en 1991 doit désormais compter avec ses concurrentes locales,
qui fournissent des news sur mesure, en adéquation avec leurs
opinions publiques. Parmi les chaînes internationales, Euronews, si
elle obtient un score honorable (23,4% d'audience parmi les décideurs),
reste néanmoins à la traîne face à CNN International (42,8%), dont
l'Europe représente le marché le plus important. L'influente BBC
World peine toujours face à CNN International, notamment sur le Vieux
Continent (22,5%).
Née en 1996, révélée au monde entier par les événements du 11
septembre, al-Jezira pourrait entamer l'influence de son aînée. Du
moins auprès de la "rue arabe". En proposant, comme elle le
fait notamment depuis le début de la deuxième intifada, à une
population lasse du "parti pris proaméricain", un
ton et un contenu différents. "Il s'agit, confie Ibrahim
Hellal, rédacteur en chef d'al-Jezira, de donner à notre public
la vision des deux côtés, celle de l'opinion américaine, mais aussi
celle du peuple irakien sur ce qui se passe dans son pays. C'est là
notre différence par rapport au traitement médiatique américain ou
européen." Quelle différence pour al-Jezira par rapport à
sa couverture de la guerre en Afghanistan ? "Assez faible, poursuit
Hellal, qui n'en dira pas davantage sur ses projets en cas de guerre
en Irak. Là aussi, il s'agit d'un pays très faible comparé à la
puissance américaine." Comme CNN, seule chaîne occidentale
à avoir conservé un bureau à Bagdad depuis la guerre du Golfe,
al-Jezira se targue d'avoir des reporters - trois actuellement -
dans la capitale irakienne depuis 1998, date d'ouverture de son
bureau. Et d'avoir quadrillé la région du Soudan au Yémen en
passant par l'Iran, même si la chaîne qatarie a été bannie du Koweït,
de Jordanie, de Syrie et de Bahrein, car ses reportages déplaisaient
aux autorités.
Face au nouveau défi que représente al-Jezira, CNN veut sauver les
apparences. Jordan rappelle les liens étroits noués entre les deux
chaînes, avant même le 11 septembre, et assure qu'elles ont des
publics "réellement différents". Ce qui n'empêcherait
pas, prédit Royce Ammon, en cas de guerre, une partie de la jeunesse
arabophone de zapper vers CNN pour le reportage et les "breaking
news", et de revenir à al-Jezira pour le commentaire. Malgré
tout, les deux chaînes d'information en continu ne jouent pas sur le
même tableau. "Parce c'est un jeune média, al-Jezira n'a
tout simplement pas les ressources nécessaires, en termes de staff
notamment, pour couvrir tous les enjeux d'une guerre comme
celle-ci", poursuit l'universitaire. Les concurrentes
nationales et internationales de CNN devraient également avoir du mal
à rivaliser avec son expérience logistique. Sans parler, insiste Nic
Robertson, des contacts noués depuis plus de dix ans sur le terrain. "Nous
avons pu observer au fil du temps comment les politiques
internationales avaient affecté l'Irak, comment les autorités les
avaient gérées, et quels effets elles avaient eu sur la
population." Par ailleurs, en tant que seule chaîne
d'information internationale américaine, CNN devrait avoir un accès
privilégié aux principaux acteurs du conflit, et donc conserver un
statut particulier.
Ce qui risque toutefois de déterminer son influence, c'est son
positionnement éditorial. "CNN sera plus prudente, plus
raisonnée, prédit Ammon, tentera de présenter un regard plus
équilibré, en incluant des points de vue divergents et des
interviews d'adversaires des Etats-Unis. Ce qui n'était pas le cas en
1991." Une exigence qu'auront à l'esprit tous ceux qui, de
Paris à Mexico, émettent toujours des réserves sur le bien-fondé
du conflit, et n'auront pas d'obligation, cette fois, de rester branchés
sur CNN.
Le correspondant d’ "al-Hayat" à Damas
arrêté pour "atteinte à la sécurité de l’Etat"
paru dans l'Orient-le Jour le 28 décembre 2002
Le correspondant à Damas du quotidien arabe al-Hayat,
Ibrahim Hmaydi, a été arrêté hier et est interrogé par la police
pour avoir publié de "fausses informations", selon l’agence
officielle Sana. M. Hmaydi "est interrogé après avoir publié de
fausses informations en violation de la loi sur les publications (...)
il sera déféré à la justice", a précisé Sana, qui cite une
source de la presse. M. Hmaydi, 33 ans, originaire d’un village du
nord de la Syrie, près de la ville d’Idleb (330 km au nord de Damas),
est correspondant d’al-Hayat dans ce pays depuis 1994. Selon le bureau
d’al-Hayat à Damas, M. Hmaydi avait publié le 20 décembre un
article citant des sources bien informées dans lequel il indiquait que
la Syrie prend "des mesures logistiques pour accueillir un million
de réfugiés irakiens", en cas d’attaque militaire américaine
contre le régime de Saddam Hussein.
Le 24 décembre, al-Hayat a publié un démenti du bureau de presse du
Premier ministre syrien Mohammed Moustapha Miro "niant que les
autorités syriennes ou le Croissant-Rouge aient pris des mesures pour
installer des hôpitaux ou des camps à la frontière irakienne".
"Une réunion du Haut comité de la défense civile présidée par
M. Miro a eu lieu pour examiner les mesures à prendre en prévision de
catastrophes naturelles (comme les tremblements de terre et les
inondations)", a ajouté le texte de la présidence du Conseil.
Dans un communiqué, l’Association des droits de l’homme en Syrie
(ADHS) a annoncé également l’arrestation de M. Hmaydi. Celui-ci a été
convoqué "par l’un des services de sécurité et a été arrêté.
Le lieu de sa détention n’est pas connu", précise le communiqué.
L’ADHS souligne que M. Hmaydi, en publiant l’article sur les
"mesures logistiques (...) est accusé d’avoir porté atteinte à
la sécurité nationale". "La liberté de la presse est
garantie par la Constitution syrienne", poursuit le communiqué qui
demande aux autorités de "s’expliquer sur le sort du journaliste
et de le libérer immédiatement". L’ADHS rappelle en outre
l’arrestation récente de deux dirigeants du parti kurde Yakiti
(interdit) Marouan Osmane et Hassan Saleh qui avaient organisé le 10 décembre
un sit-in devant le Parlement syrien.
Unité dans la diversité et la solidarité
paru dans Ouest-France le 31 décembre 2002
Un certain 13 décembre 1981, nous apprenions, stupéfaits et indignés,
la déclaration de l'état de guerre en Pologne. Il s'agissait de
juguler le mouvement Solidarité. Il s'agissait, une fois encore, pour
le système communiste d'empêcher des hommes libres dans leur coeur
de se dresser pour faire reconnaître leurs droits, les droits de tout
homme, les droits de l'homme. Aujourd'hui, vingt et un ans plus tard,
un 13 décembre, la Pologne et les autres pays européens, dont
certains, comme les pays Baltes, furent même annexés à l'URSS, vont
entrer dans l'Union européenne. C'est la fin du calvaire commencé en
1945. C'est la fin de Yalta qui séparait les "deux poumons de
l'Europe" (1). C'est la fin d'une forme d'abandon,
disons-le, de lâcheté tolérée par l'Occident.
C'est aussi l'aboutissement d'une longue marche, entreprise sous la
perestroïka de Gorbatchev, puis après la chute du mur de Berlin.
Rappelons-nous, le 23 août 1989, date du 50e anniversaire
du pacte accordant les deux totalitarismes, l'hitlérien et le
stalinien : une immense chaîne humaine de protestation se déroulait
à travers les pays Baltes, de Tallinn à Vilnius, en passant par
Riga. Ce fut ensuite un difficile et dur effort, indispensable pour
que ces pays sortis de la glaciation soviétique s'adaptent à une
nouvelle façon de vivre, à une nouvelle économie, qu'ils n'auraient
jamais dû être empêchés de pratiquer. C'est chose faite puisque,
à Copenhague, on reconnaît aujourd'hui que les critères d'entrée
imposés par l'Union européenne à ses adhérents sont respectés par
les dix entrants. D'autres, comme la Roumanie, la Bulgarie, par
exemple, attendront encore, mais ils sont, eux aussi, sur le chemin.
Savourons notre joie
Aujourd'hui, vont commencer à se poser de nouveaux problèmes à
l'Union européenne. Ils seront évidemment difficiles à résoudre,
mais savourons, un instant, notre joie d'avoir enfin réussi ensemble
cette adhésion qui vient couronner l'immense espérance dont étaient
habités ces pays frères qui étaient et n'avaient jamais cessé d'être
aussi l'Europe. S'agit-il d'un élargissement ? Oui, en ce qui
concerne les structures de l'Union. Non, en ce qui concerne l'Europe,
car elle se manifeste ainsi dans son authentique réalité qui n'avait
jamais cessé d'être, de la Baltique à la Méditerranée. L'Union
pratiquait onze langues : désormais, elle en parlera dix-neuf.
Elle comptait 317 millions d'habitants : désormais, elle en aura
453. Son administration s'inspirait largement du modèle français :
elle recourra davantage aux méthodes anglo-saxonnes et scandinaves.
Sur un fond culturel commun, se grefferont des différences
importantes : elles enrichiront les uns et les autres et
habitueront chacun à pratiquer le pluralisme. Il importe, en effet,
qu'aucun pays parmi les vingt-cinq ne rêve de bâtir l'Union européenne
à sa propre image. L'unité oui, mais dans la diversité, comme le
rappelle la devise choisie par les écoliers européens, consultés en
2000 et présentée au Parlement européen.
L'Union européenne est un ensemble nouveau, une idée puissante,
riche, féconde, jamais encore mise en pratique à une telle échelle
dans l'Histoire. Elle se développera à certaines conditions
primordiales : "D'abord que le bien commun européen soit
toujours, par tous, placé au-dessus de l'intérêt national"
(2). Ensuite, que la nouvelle Union européenne, tout en développant
sa sécurité, "ne se transforme pas en une Europe forteresse et
qu'elle soit attentive et apporte son aide au développement, non
seulement de ses membres, mais aussi des régions les plus pauvres du
globe et qu'elle pratique commerce juste et solidarité" (1).
C'est seulement dans ces conditions que seront crédibles et
vivifiées les valeurs dont l'Union européenne se réclame et que
sera réalisée cette authentique communauté dont nous rêvons.
(1) Déclaration de la Commission des épiscopats de la Communauté
européenne
(2) Pierre de Charetenay, Comece, 42, rue Stevinstradt, B1000
Bruxelles.
Louise Beaudouin : "La francophonie n’a
pas toujours les moyens de ses ambitions"
La priorité de la ministre québécoise des Affaires extérieures : le
combat pour la diversité culturelle
par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 16
décembre 2002
Tout le monde le sait désormais : la pétulante et intransigeante
ministre québécoise des Relations extérieures, Louise Beaudouin
(Jacques Chirac l’appelle "Louise", et la félicite
pour son combat quotidien en faveur de la francophonie) n’a pas la
langue dans sa poche. "Le fait qu’Abdou Diouf (le nouveau secrétaire
général de l’Organisation internationale de la francophonie) ne
soit pas présent, c’est totalement surréel. Surtout que cette conférence
est consacrée au suivi du Sommet de Beyrouth. Et là, on aurait fait
une belle fête d’adieu à Boutros Boutros-Ghali, il n’y avait
rien qui pressait. Mais les Suisses ont insisté. Ils voulaient rendre
un dernier hommage à Boutros-Ghali", a déclaré Louise
Beaudouin, interrogée par L’Orient-Le Jour en marge de la 18e
session de la Conférence ministérielle de la francophonie. Dont elle
a été, comme d’habitude, l’une des stars malgré quelques petits
soucis liés à la politique interne au Québec.
Les enjeux de cette ministérielle ? "Il y a des décisions
importantes qui doivent être prises. Sur la constitution et la présidence
de deux groupes de travail ; l’un sur la diversité culturelle,
l’autre sur la réforme des instances. Sans oublier la Côte
d’Ivoire. Il est impératif que la francophonie fasse plus que des déclarations.
Il faut faire." Louise Beaudouin n’est pas du genre à abonder
dans les autosatisfactions. Mais en ce qui concerne les deux
commissions, elle estime qu’il faut reporter le vote, surtout en ce
qui concerne la présidence, souligne que la décision ne peut pas se
faire sans le nouveau SG. "Est-on en mesure d’imposer au futur
secrétaire général la présidence de chacun de ces groupes de
travail ?", se demande-t-elle. Et nous avec. On parle du Vietnam
pour présider le groupe consacré à la diversité culturelle. Louise
Beaudoin dit qu’elle n’est pas contre, mais rappelle qu’Hanoï
avait mis, au cours du Sommet de Beyrouth, un bémol assez clair en ce
qui concerne les sanctions éventuelles qu’aurait infligées la
famille francophone à celui ou ceux de ses membres qui auraient violé,
dans l’esprit ou dans la lettre, la déclaration de Bamako.
C’est justement par rapport à cette question de la diversité
culturelle que la ministre québécoise est sacrement remontée.
Contre les pays francophones qui auraient fait des offres de libération
à l’OMC, alors qu’ils ont ratifié à Beyrouth une convention les
en empêchant. Remontée contre ce qui décrédibiliserait la
francophonie. "A Bruxelles, Michel Rocard m’apprend qu’il y a
deux pays fortement attirés par l’Europe et par l’Otan, et qui
auraient succombé aux chants de sirènes américains." Lesquels
américains auraient mis comme condition la promotion par ces deux
pays de la libéralisation de la culture. Un des deux pays, confirme
Louise Beaudouin, serait la Roumanie. Qui aurait accepté, avant de
signer la convention de Beyrouth. Par contre, là où elle "reste
de glace", c’est lorsqu’il s’agit du développement des
relations entre la francophonie et les organisations internationales.
"Il ne faut pas trop s’éparpiller. Par contre, c’est avec
les grandes aires linguistiques que nous nous devons de développer de
fortes relations. Avec les hispanophones, les arabophones, les
lusophones… Il faut que la francophonie se concentre le mieux
possible." Ce qui la rend heureuse ? Soutenir, marteler, comme en
écho aux mots de son ami Ghassan Salamé, que la francophonie est cet
"espace où la notion marchande et la notion militaire n’ont
pas la prépondérance qu’elles ont ailleurs". Et elle est
"très à l’aise" avec la confirmation, jour après jour,
d’une plus grande politisation de la francophonie. "Dans tous
les cas, il y a une très grande complémentarité entre la coopération
et la dimension politique".
Ses combats, ses priorités, aujourd’hui, c’est-à-dire quelque
deux mois après le Sommet de Beyrouth ? "La diversité
culturelle, et le combat que nous allons mener à l’Unesco au
printemps. Et puis l’instauration de cet espace politique, désimprégné
de commerce et de militarisation, et qui favoriserait l’émergence
d’un autre type de relations internationales. Qui serait, notamment,
exemplaire au niveau des rapports Nord-Sud. Pour que ces relations
soient vécues autrement qu’un rapport de force, qu’elles soient
plus égalitaires." C’est une utopie. "Un peu oui. Mais il
n’y a que les rêveurs qui réussissent à réaliser leurs rêves."
Une meilleure politique de coopération Sud-Sud est indispensable, non
? "Oui. Ce n’est pas suffisamment présent. L’Agence de coopération
essaie de redynamiser tout cela. Dans le domaine de l’audiovisuel ou
celui des nouvelles techniques de l’information. Mais la
francophonie n’a pas toujours les moyens de ses ambitions. Nous-mêmes,
au Québec, qui sommes le troisième contributeur, nous sommes aussi
coupables. La francophonie ne peut pas tout faire toute seule, il faut
diviser les tâches. Il y a la Banque mondiale, la Banque africaine
pour le développement, la Banque européenne, etc. Qui pourraient se
concerter pour que toutes les langues, toutes les cultures, soient présentes
sur le Net. Nous, nous nous occuperons de l’accessibilité et du
contenu. Ce programme existe." Et Louise Beaudoin sourit. Assume
ses mots.
La société libanaise est-elle amnésique ?
"Mémoire pour l'avenir", acte du colloque de mars 2001
par FADI NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 19
décembre 2002
Que le Liban ait un problème de mémoire ne fait
plus de doute. D’immenses efforts sont déployés pour la retrouver.
Reportages historiques, chroniques, essais, romans tentent de saisir
cette mémoire fuyante, aussi bien celle de la guerre que celle du Liban
naissant, comme par une espèce de retour aux sources qui nous donnera
la clé de ce que nous sommes. C’est normal. Notre avenir comme
société libre et comme État souverain dépend de cette quête. Sans
histoire, nous n’avons pas d’avenir. Si les Libanais ne sont pas
d’accord sur l’identité du Liban, sur les événements qui le
fondent, quel avenir commun pourraient-ils avoir ? Il faut donc saluer
comme elle le mérite la récente publication des actes d’un colloque
international qui s’est tenu en mars 2001, à la Maison des Nations
unies (Escwa) sous le titre "Mémoire pour l’avenir" (*).
L’ouvrage porte sur la mémoire de la guerre. Voilà en quels termes
Amal Makarem, qui a coordonné le colloque et la publication, en présente,
dans son introduction, les objectifs : "C’est dans l’espoir de
pouvoir réaliser un jour une réconciliation nationale véritable, fondée
sur la justice, que le colloque “Mémoire pour l’avenir” a été
organisé. Le travail de mémoire serait sans avenir, et vidé de son
sens, sans cette finalité. Depuis la fin des combats, l’urgence
d’une telle réconciliation nous interpelle avec insistance. L’échec
des tentatives de dialogue national nous confirme qu’après une guerre
fratricide, l’entente ne saurait être réalisée à huis clos entre
les complices du passé, ni avec des dirigeants qui puisent la légitimité
de leur pouvoir dans la dynamique de l’oubli, comme dans l’appui que
leur apporte la Syrie dont la présence au Liban catalyse les divisions
entre Libanais. Toutes les crises qui nous secouent depuis douze ans
nous signalent plutôt que la réconciliation des Libanais passe par un
débat national autour du passé."
Piéges et impasses
Contribution significative à ce débat dont on ignore malheureusement
qui l’engagera vraiment au niveau national, l’ouvrage est précieux
en ce qu’il déblaie le terrain pour ce travail de mémoire, en
mettant en garde aussi bien contre ses pièges et ses impasses
("trop de mémoire tue l’histoire"), que contre les
obstacles qui lui seraient opposés (les dangers du refoulement et de la
sélectivité). Makarem cerne parfaitement, dans son introduction,
la problématique de ces crises qui nous secouent. Elles
"attestent, dit-elle, que le passé reste présent, activé par une
situation schizophrénique : on impose aux Libanais d’oublier la
guerre en même temps qu’on leur impose les symboles de la guerre. Ces
derniers, qu’ils soient placés au pouvoir par le protectorat syrien,
ou bien tolérés dans l’opposition conformément à la règle du jeu
établie par ce même protectorat, où qu’ils soient en prison ou en
exil en tant qu’opposants radicaux à ce protectorat, demeurent tous
dans notre paysage, obstruant l’avenir par leur redoutable pouvoir
d’action". Et perpétuant le passé, donc le pathos de la guerre.
Dénonçant l’absence d’une "politique de la juste mémoire",
ainsi qu’une loi qui a amnistié les crimes commis contre l’ensemble
de la population, mais en a exclu en revanche ceux perpétrés contre
les chefs politiques et religieux, Makarem établit, dans son
introduction, les constats du colloque, comme suit : Ampleur de
l’oubli, résistances à la remémoration, encouragées par la classe
politique, ampleur des blessures, gravité des violences refoulées et
enfermement individuel ou communautaire, acuité des divisions autour du
passé, indifférence et irresponsabilité face à la guerre, besoins
des victimes d’être écoutées et reconnues, danger de l’impunité
qui banalise le crime. Se basant sur ces constats, Makarem propose la création
d’un véritable "Centre de la mémoire", un centre
d’information et de documentation et un cadre de travail qui réunirait
les principales composantes de la société civile, et dont la tâche
serait une réconciliation des mémoires fondées sur la justice, préambule
à une réconciliation nationale, la reconnaissance publique des faits,
le besoin de transmettre la mémoire du passé, la nécessité d’écrire
l’histoire de la guerre à partir de ses versions contradictoires, la
poursuite du débat sur la manière d’aborder le passé.
Le texte introductif d’Amal Makarem offre une grille de lecture pour
aborder les différentes interventions au colloque. Les références
effectuées par des intervenants étrangers, dont le plus célèbre est
sans doute Pierre Vidal-Naquet, aux drames de la guerre d’Algérie, du
génocide au Rwanda, de l’apartheid en Afrique du Sud, de la guerre
civile en Argentine ou des guerres en ex-Yougoslavie, constituent de précieuses
références qui laissent penser que la réconciliation au Liban n’est
pas impossible, si la volonté politique existe. Soulignons, au passage,
combien les intervenants étrangers ont été surpris par la profondeur
des déchirements sociaux au Liban. Des interventions de l’historien
Kamal Salibi, du politologue Samir Frangié, du juriste Nizar Saghiyé
ou du journaliste Samir Kassir étoffent la partie libanaise du
colloque, qui a été financé par l’ambassade de Suisse. Notons pour
finir que l’ouvrage a, sur le plan formel, le grand avantage
d’offrir des résumés de toutes les conférences, qu’elles soient
faites en français ou en arabe, dans deux autres langues, soit le français
et l’anglais, soit l’arabe et l’anglais. Les débats y sont
retranscrits, pour l’essentiel, en français.
(*) Mémoire pour l’avenir, actes du colloque
qui s’est tenu à Beyrouth les 30 et 31 mars 2001. Editions an-Nahar
Jordanie -
Désert de pierre précieuse
Dans le désert de Wadi Rum,
sous les tentes bédouines, la nuit devient mystérieuse. De jour, on peut
le découvrir à cheval, en escalade, en 4 x 4...
par PASCALE NIVELLE, publié dans Libération le 13 décembre 2002
Pour cette première nuit, le désert est doux. Des nuages accrochent
les rayons de la lune descendante, loin au-dessus de crêtes déchiquetées
qui nous maintiennent pour l'instant dans l'ombre noire, blottis auprès
des braises d'un feu de tamaris. Le vent s'engouffre dans le Barah
Canyon, vallée sablonneuse du massif de Wadi Rum. Lorsque la lune
frappe la paroi d'en face, révélant des croupes argentées et de
sombres crevasses, nous partons rendre visite au bivouac d'un groupe
voisin. Une lumière diffuse monte du sable, les lampes restent dans les
poches. Une lueur rougeâtre dansant sur l'auvent d'une grotte donne le
cap. Les pieds cherchent le sable croûteux, durci par la dernière
pluie, l'oeil renonce à saisir autre chose qu'un paysage fantomatique.
Cette montagne est un rocher tout proche, l'horizon semble à vingt pas,
il n'y a plus d'échelle. C'est une nuit mystérieuse, une nuit sans repères
qui fascina Lawrence d'Arabie. "Les falaises invisibles se
laissaient deviner comme des présences", écrivait-il.
Wadi Rum fut le théâtre des aventures de sir Lawrence, ces nuits, "paysages
de l'esprit", scandent "les Sept Piliers de la
sagesse".
"Chaos de blocs"
Sabbah Eid nous a conduits ici à la nuit tombante, au volant d'un 4x4
Isuzu bien suspendu qu'il préfère à son Toyota, puissant mais
tape-cul. Sabbah pilote en souplesse ("bedouin way !"),
quittant une trace pour une autre, serpentant entre les arbustes. Il
connaît le nom de chaque arête, de chaque dune, il reconnaît le
moindre buisson de son désert - "ce chaos de blocs au pied
de la falaise, c'est là que se trouvait la tente de mes parents, c'est
la "maternité" où je suis né". Il conduit en
parlant, raconte sa vie en descendant une rampe de rocher raide comme un
escalier de métro au flanc d'une gorge. Le trajet qu'il emprunte ce
soir, c'était une journée de chameau, ou des heures à pied pour aller
à l'école, il y a encore vingt ans. Tout va plus vite aujourd'hui.
Sabbah ne regrette rien, n'a rien d'autre à opposer au monde qui change
que sa curiosité. Il a un fax et un téléphone portable, bientôt un
ordinateur et un site Internet. Il se demande - mais c'est parce qu'on
le titille sur le sujet - si le bonheur n'est pas dans l'ignorance du
monde... Sabbah ne s'arrête de parler que le temps de dégonfler ses
pneus, avant d'attaquer un passage de sable mou. Lorsqu'il croise le véhicule
d'un frère, d'un cousin ou d'un voisin, il s'arrête, une tête passe
par la vitre, quelques mots échangés, trois blagues, un sourire sous
un keffieh rouge et blanc.
Sabbah Eid a 36 ans. Guide, il vit confortablement, comme une centaine
de familles de Wadi Rum, faisant partager leur amour du désert à des
trekkeurs et des grimpeurs éberlués. Né nomade, il s'est fait
construire une maison par des ouvriers égyptiens. C'est une tente en
dur, quelques pièces éclairées au néon, glaciales l'hiver, étouffantes
l'été, et vides de meubles, où ne traînent que les jouets de ses
deux enfants, un cageot de nourriture, un tas de linge et une télévision
reliée au satellite. La porte reste toujours ouverte. Les maisons de
Wadi Rum, une centaine tout au plus, sont habitées par les courants
d'air. Derrière des murs de parpaings, les Bédouins s'y essayent à
reculons à la vie sédentaire. Elles ont poussé depuis l'arrivée des
premiers touristes, il y a vingt ans, autour d'un fort militaire, d'une
mosquée et d'une école. Les tentes qu'elles ont remplacées sont restées
plantées dans chaque minuscule jardin, à côté de dromadaires entravés,
qui attendent d'improbables méharées qui les sauveraient de la
casserole. C'est là, sous la tente, qu'on vit. Des tapis et des matelas
sont posés à même le sable, autour du foyer. Une théière noircie de
suie pour le thé à la sauge, une cafetière au long bec pour le ghawa
(café) à la cardamome. On s'y invite à la nuit, quand on n'est pas
dans le désert.
Ce deuxième soir, Sabbah nous y conduit, pour un dîner chez ceux de sa
famille restés nomades. Le quart d'heure de piste est avalé à fond de
train, alors que le soleil enflamme le haut des falaises. Une vingtaine
de pick-up Toyota beiges sont garés sur le flanc d'une dune pourpre
autour d'une tente bédouine à cinq mâts. Sabbah disparaît aussitôt
du côté des hommes. Les plus jeunes garçons finissent de préparer le
mensaf, plat traditionnel. Les femmes sont de l'autre côté, voilées,
sous la tente. Bientôt, on fait passer les verres de thé et les dates
figées dans du beurre rance. Pour l'énorme plat de chèvre et de riz,
les femmes doivent attendre que les hommes aient fini.
Traces infimes
Bernard Domenech fréquente le désert de Wadi Rum depuis près de vingt
ans. Alpiniste et géographe, il a découvert le massif au milieu des
années 80. Après la guerre du Golfe, il a vu les 4x4 arriver en nombre
et les hommes retourner vers la mosquée. Chaque automne, il revient au
pied des fabuleuses tours de grès repérées au détour d'un plan de
Lawrence d'Arabie. Il aime ouvrir des voies d'escalade, modernes et
audacieuses, en recueillir les descriptions pour le guide d'escalade
qu'il s'apprête à publier avec son compère Wilfried Colonna. Il aime
aussi retrouver les traces infimes laissées sur la roche et dans les mémoires
par le passage des hommes. Car, depuis la nuit des temps, les Bédouins
grimpent sur les djebels, pieds nus et sans cordes, cherchant de l'eau,
des plantes médicinales. Aujourd'hui encore, ils y chassent l'ibex (le
bouquetin local) au M16 ou à la Kalachnikov.
Philippe Brass, guide grenoblois, explore ces voies bédouines depuis
une dizaine d'années. Il nous emmène dans le versant est du djebel
Khazali (la Gazelle). Son oeil exercé lui permet de repérer le départ
de la voie, que marque un tas de cailloux discret. La paroi tout entière
est sculptée d'extraordinaires draperies qui lui donnent des airs du
palais des Bandar Log dans le Livre de la jungle. On louvoie sous
des tours, des clochetons, des alcôves... Combien de temps a-t-il fallu
pour que le vent et les orages sculptent ces reliefs ? Pour s'élever
dans les défauts de la muraille, il faut flairer le moindre signe de la
piste, les traînées pâles qu'ont laissé dans le grès rouge les
passages répétés, quelques pierres empilées qui permettent de
franchir un mauvais pas, une marche taillée dans la roche tendre. On s'égare
sur une trace qui conduit à une vasque d'eau fraîche lovée au plus
profond d'un canyon sombre. On retrouve la piste, fil ténu qui sinue
jusqu'à des dômes blancs, aveuglants. L'architecture s'épure,
l'arrondi domine désormais, parfois des écailles tendent vers le ciel
des doigts fragiles, qu'une simple pression briserait. On entre dans un
pays perdu, perché loin au-dessus du désert. De minuscules clairières
de sable où blanchissent des buissons de genêts, entre des échines
aux formes de méduses. Il est midi, le grès se gorge de chaleur. Au
sud, vers le golfe d'Aqabah et le désert saoudien, apparaissent des chaînes
de montagnes plus sombres. Sur le sable, les empreintes des 4x4
ressemblent à des traces de skis. Le désert de Wadi Rum, la "vallée
des Romains", est à nos pieds.
Horloge géante. Une centaine de kilomètres au nord, les Nabatéens ont
sculpté dans la même couche de grès rose et ocre la fabuleuse cité
de Pétra. Il y a vingt siècles, ils ont évidé la montagne, façonnant
des tombeaux aux architectures mêlées, malmenés depuis par les intempéries.
Dans le théâtre romain comme sur les falaises de Wadi Rum, le vent et
l'eau, architectes aléatoires, ont modelé les gradins selon la couleur
et la dureté des couches de roche. Des ravines, des nervures brisent la
géométrie autrefois parfaite de l'hémisphère. La construction,
presque aussi ancienne que la mémoire écrite de l'humanité, porte déjà
l'empreinte de la pulsation géologique. Sur cette horloge géante,
vingt-cinq siècles de civilisation ne forment qu'une minuscule encoche,
que le vent du désert aura bientôt effacée.
Patrimoine - Construction illégale dans la zone
de protection de Tyr
Quand le béton envahit un site archéologique
paru dans l'Orient-le Jour le 11 janvier 2003
A Tyr, même
les sites archéologiques, classés par l’Unesco sur la liste du
patrimoine mondial de l’humanité, ne sont pas à l’abri des
constructions illégales. Un immeuble de quatre étages, devant servir
d’école religieuse chiite, est en cours de construction dans la zone de
protection, mettant ainsi en péril des vestiges romains et défigurant la
promenade piétonne de la ville. De plus, cette construction, complètement
illégale, empiète en grande partie sur le domaine maritime. Mais comme
d’habitude, les lois ont été bafouées, car ce projet bénéficie du
financement et de la "couverture politique" de notabilités
locales.
publié dans le Monde du 17 janvier 2003
Le ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, avait été
bien inspiré de s'inquiéter, dès son arrivée, du poids des
"grands travaux" engagés sous les deux septennats de François
Mitterrand. Lancés indépendamment les uns des autres, sans véritable
projet d'ensemble à long terme et sans souci, surtout, du considérable
poids financier de leur fonctionnement, ils ont fini, en période de
vaches maigres, par représenter une charge excessive pour le budget
serré de la culture. Après examen, le ministre a compris que les frais
engagés n'autorisaient malheureusement aucune révision. Pourtant il a
choisi de poursuivre d'autres projets qu'il avait d'abord remis en
question, comme la cité de l'architecture et du patrimoine. Mais il lui
a fallu chercher des financements complémentaires : c'est ainsi
qu'il a su faire prévaloir l'idée que la construction inévitable
d'une grande salle de concert pour le public parisien implique
l'engagement financier de la Ville et de la région Ile-de-France.
Depuis Malraux, la dimension politique est devenue une composante de la
culture et la culture un reflet des ambitions et des choix de l'Etat.
Jacques Chirac l'a compris en lançant, à son tour, des projets
symboliquement forts dont l'horizon dépasse le pré carré français :
les salles africaines et océaniennes du Louvre, le musée du quai
Branly (les "Arts premiers") et le Musée Guimet des arts
asiatiques. Restaient le monde islamique et les arts de l'islam, dont
l'oubli pouvait passer pour un moindre attachement à ce qui est devenu
une des composantes majeures de la population française et pour un
reflet inopportun des tensions actuelles entre le monde occidental et le
monde musulman. Jacques Chirac a voulu réagir avec une idée simple
qu'il faut défendre : donner une véritable place aux collections d'art
islamique du Louvre qui, enrichies de celles, oubliées, du Musée des
arts décoratifs, constituent l'un des plus importants ensembles au
monde et peuvent devenir le moteur d'un projet magnifique.
Le projet, non mutilant pour le Louvre, implique un déplacement des
Arts décoratifs, logés dans l'aile Marsan. Ce musée est de toute façon
à l'étroit, il est empêtré depuis des années dans des projets et
des contre-projets confus, il est partiellement fermé depuis des années
et dépourvu de toute visibilité près de son grand voisin. Mais les
caisses de l'Etat sont pour l'heure fermées à cet ambitieux projet.
C'est ce qu'aura pu comprendre Jean-Jacques Aillagon lors de son
entretien avec le président, mercredi 15 janvier en fin de journée.
Pour préserver l'avenir, il faut donc bloquer le redémarrage des
travaux à Marsan, abandonnant ainsi définitivement toute idée de véritable
ambition pour les Arts décoratifs et interdisant de fait l'achèvement
du Louvre et une véritable mise en valeur des collections islamiques.
Le gouvernement doit faire preuve de vision à long terme sur le devenir
des aménagements de ses musées, de cohérence et de patience financière.
Vatican : le petit Elie Daou
parmi les bébés baptisés par le pape
paru dans l'Orient-le Jour le 13 janvier 2003
Le pape Jean-Paul II a baptisé hier vingt-deux
nouveau-nés, au cours d’une cérémonie dans la chapelle Sixtine.
Vingt étaient Italiens, dont des triplés, fils d’un journaliste
sicilien. Les deux autres étaient un petit Libanais, Elie Daou, et une
Polonaise, Maria Faustyna Kordyasz. Le pape est apparu en bonne forme au
cours de cette cérémonie célébrée à l’occasion de l’Epiphanie.
Après avoir demandé aux parents, aux parrains et aux marraines de
renoncer à Satan et au péché au nom des nouveau-nés, il a aspergé
les fronts des bébés d’eau bénie, alors que dans la chapelle
Sixtine, les pleurs l’emportaient progressivement sur les chants du chœur.
Le pape a demandé aux parents d’accompagner jour après jour leurs
enfants "sur le chemin de la sainteté", en soulignant que
pour être saints "il faut un christianisme marqué par l’art de
la prière".
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