PRESSE  RJLIBAN  N°81  du 22 décembre 2002                                                                www.rjliban.com                                                    

 
TITRES

 

Paris II, côté purin

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 20 décembre 2002

Mais comment est donc fabriqué ce gouvernement, pour qu’à chaque fois que l’un de ses bouffons détient une brique de pouvoir, il se croit obligé de foncer comme un butor contre ces salauds de pauvres qui ne pensent qu’à l’argent. Avec le cirque des manifs qui vient une fois de plus agiter le barnum politique local, c’est le côté purin de Paris II qui va bientôt nous sauter à la gueule. Si je me comprends bien, le Senior croquemitaine des Finances, dont je te rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore avait les juges aux fesses, a juré de nous faire cracher au bassinet. Une dette pour laquelle ni toi ni moi avons jamais été consultés, mais dont ce baveux au sourire oblique s’amuse à en bidouiller les chiffres pour nous pomper l’air et la tirelire. 
Alors forcément, tout y passe et l’Aspirateur à fric carbure à pleins gaz. Le téléphone ? On n’en parle plus. On branchera à la place une imprimante à factures, elle-même reliée à ton compte en banque. Le Senior te sonne, la facture sort et ton pognon est sucé jusqu’au dernier fifrelin. La bagnole ? Oublie ! Entre le racket douanier, la TVA, la taxe mécanique, la dîme sur l’enregistrement et la rançon sur l’essence, même une carriole tirée par un âne sera bientôt hors de prix. Pourquoi le Mou du cortex et ses compères bêlant du gouvernement n’avaient pas commencé plus tôt à la rembourser, leur dette ? Tu l’as dit, bouffi ! Y avait des priorités stratégiques : payer les salaires des gueux qui pantouflent dans les ministères, acheter des 4x4 rutilantes aux espions et autres margoulins officiels, rembourser les kilomètres carrés de drapeaux et de photos alimentant un niais et grotesque culte de la personnalité. Senior Siniora, qui pratique couramment l’hypnose, s’acharne à nous faire avaler des boas constrictors : un pays docile bercé au son du Koullouna, sans salaires ni indemnités, orné d’une guirlande de taxes et de dettes. Et à défaut de cadeau de Noël, on aura les boules début janvier. Promis, juré. C’est mieux que la méthode Coué. C’est la méthode Arna-Coué !

 
Liban : La FIDH demande la réouverture de MTV et Radio Mont Liban

 

publié par News Press le 17 décembre 2002

Le 27 décembre, la Cour d'appel des imprimés au Liban rendra son verdict sur le maintien ou non de la fermeture de la chaîne de télévision privée MTV, créée en 1991. La FIDH avait exprimé sa préoccupation lors de la fermeture brutale de MTV, le 4 septembre. Les locaux de la chaîne avaient été encerclés par les forces de police et les employés violemment expulsés. La radio Radio Mont Liban (RML) avait subi le même sort. MTV et RML appartiennent à Gabriel El Murr. Les verdicts de la Cour d'appel des imprimés sont sans appel. Un premier recours avait été rejeté le 21 octobre, le tribunal ayant considéré que la décision de fermeture constituait une mesure administrative et qu'elle était, par conséquent, sans appel. MTV avait été sanctionnée pour avoir " porté atteinte aux relations avec la Syrie et à la dignité du chef de l'Etat Emile Lahoud et pour avoir violé les dispositions de la loi électorale ".
La fermeture de la chaîne avait été décidée au motif de publicité électorale illicite, et conformément à l'article 68 de la loi électorale 2000, qui stipule " il est interdit à tous les médias audiovisuels ainsi qu'à la presse écrite (…) de faire de la publicité politique tout au long de la durée de la campagne électorale (…) les médias qui ne respectent pas cette disposition sont passibles de fermeture totale(…) ". La FIDH s'inquiète de l'application sélective de cette loi, qui semble motivée par des considérations d'ordre politique. En effet, il est à noter qu'au cours de la même période, des médias proches du pouvoir ont violé la loi électorale sans en être pour autant inquiétés. Si la fermeture de MTV était confirmée le 27 décembre, cette décision constituerait un dangereux précédent en matière de liberté d'expression au Liban et d'indépendance de la justice.
La FIDH réitère ses recommandations aux autorités libanaises, en demandant notamment :
- d'autoriser la réouverture de MTV et RML ;
- de procéder à une révision de l'article 68 de la loi électorale 2000 afin de garantir le droit à la liberté d'expression, conformément à l'article 19 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques, d'après lequel les seules restrictions possibles à la liberté d'expression sont celles "nécessaires qu respect des droits ou de la réputation d'autrui, à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publique" ;
- de procéder à une enquête sur les brutalités policières constatées lors de la fermeture de MTV.
La FIDH demande également aux autorités de respecter l'indépendance de la justice et les droits de la défense, conformément aux instruments internationaux de défense des droits de l'homme.

 
Enseignants et professeurs universitaires décidés à faire échec à l’article 9 du projet de budget

Contestation sociale - La CGTL participera à la grève et à la manifestation d’aujourd’hui

 

paru dans l'Orient-le Jour le 17 décembre 2002

Pour la deuxième fois en moins d’un mois, toutes les écoles du Liban, privées et publiques, ainsi que l’Université libanaise seront en congé forcé aujourd’hui, en raison d’un large mouvement de grève décidé par les enseignants et les professeurs, à l’appui de leurs revendications professionnelles et salariales. En fait, les enseignants et professeurs insistent sur le fait qu’ils ne revendiquent rien de nouveau, mais qu’ils veulent préserver des acquis remis en question par le ministre des Finances et le projet de budget 2003. Le mouvement de grève doit, dans l’intention de ses organisateurs, mettre en garde les députés contre une approbation telle quelle du projet de budget, dont l’examen sera entamé par la Chambre juste après les fêtes de fin d’année. Dans une conférence de presse, hier, la ligue qui coordonne l’action des deux corps professionnels a élargi son discours social en soulignant que les taxes, notamment sur l’essence et l’instauration de la TVA, ont réduit le pouvoir d’achat des Libanais de 25 %. Toutefois, malgré ce discours social, la politisation du mouvement de grève se fait de plus en plus évidente, tout en restant jusqu’à ce jour "équilibrée". L’originalité du mouvement de grève d’aujourd’hui réside en effet, en partie, dans le fait qu’il est appuyé à la fois par l’opposition et par certains mouvements loyalistes. 
D’un côté, les étudiants des courants de l’opposition, aounistes, Forces libanaises et base Kataëb, ainsi que la gauche estudiantine dite "Khatt el-Moubachar" (action directe), appuieront la grève en se rassemblant vers midi, place Riad el-Solh. D’autre part, le mouvement Amal et le PSNS l’appuieront séparément. Les enseignants et professeurs, eux, comptent défiler de la place Barbir à la place Riad el-Solh et ont demandé que ceux qui vont participer à cette marche, entamée vers 10h30, respectent le côté corporatiste des slogans qui y seront lancés. Au total, c’est quelque 700.000 élèves qui resteront chez eux aujourd’hui, et plus de 70.000 universitaires (60 % du total des étudiants au Liban). La grève fait partie d’un mouvement de mécontentement plus large, affectant en outre les employés du secteur public soumis au code du travail. Elle est enfin appuyée par la CGTL, dont les chefs participeront à la marche Barbir-Riad el-Solh, et qui défend aussi bien le niveau de vie des salariés que la préservation des prestations de la CNSS, que la politique fiscale de l’État met en danger.
L’origine de tous les maux 
L’origine de tous ces maux sociaux, selon les grévistes, c’est un budget d’austérité dont l’annexe 9, réservée au recettes, prévoit de nouveaux prélèvements fiscaux, notamment sur les indemnités de fin de service et les pensions de retraite des fonctionnaires. Les enseignants (45.000 dans le privé, 35.000 dans le public) insistent pour l’amendement du projet de budget, qui remet en cause certains de leurs droits acquis. Selon M. Georges Saadé, président du syndicat des enseignants dans les écoles privées, ce projet annule, en effet, le régime de réduction des heures de travail selon l’ancienneté, augmente le nombre des heures de travail, institue des impôts sur les indemnités de fin de service, accroît les prélèvements fiscaux de 8 à 10 % sur les pensions de retraite. Ces modifications sont communes aux enseignants du privé et du public.
La Caisse des indemnités
Par ailleurs, les enseignants des écoles privées ont une revendication fondamentale qui leur est propre. Elle concerne leur Caisse d’indemnités. Florissante, avec quelque 230 milliards de LL de dépôts (50 millions de dollars environ), selon une source bien informée, la Caisse suscite les convoitises du ministre des Finances, qui en veut à son usufruit. Après le meurtre en juillet dernier, de la présidente de la Caisse et du trésorier, abattus par un planton névrotique, il existe à la Caisse un vide administratif que l’Etat cherche à exploiter pour nommer un nouveau conseil d’administration qui lui soit acquis. Le syndicat des enseignants, de son côté, insiste pour que le mandat de l’ancien conseil d’administration soit prorogé et que soit installé à sa tête un enseignant légalement élu par anticipation avant le drame de l’Unesco. Le vide administratif empêche les enseignants partant à la retraite de toucher leurs indemnités. Pour leur part, les contractuels de l’Education nationale, soit environ 15 % du nombre des enseignants du public, ont des revendications qui leur sont propres. Ils réclament d’être payés à temps, titularisés et de recevoir des allocations de déplacement.
L’Université libanaise
De leur côté, les professeurs de l’Univesité libanaise ont fait cause commune avec les enseignants, d’abord parce qu’ils sont en désaccord avec une fiscalité injuste, qui s’attaque aux plus démunis et aux catégories en position d’infériorité sociale, ensuite parce que le projet de budget réduit de 85 à 80 % le pourcentage de leur dernier salaire en base duquel se calcule l’indemnité de fin de service, enfin parce que, de la manière dont les choses sont conduites, l’UL perd en indépendance ce qu’elle gagne en rigidité idéologique et en médiocrité académique… De fait, le contentieux entre les professeurs de l’UL et le ministre de l’Education nationale est particulièrement lourd et porte aussi bien sur les récentes nominations de directeurs de facultés que sur la politisation de l’Université libanaise. Le clientélisme politique à l’UL a fait dire hier au député Boutros Harb que les milices sont parvenues, en temps de paix, à atteindre des objectifs qu’ils n’avaient pas réussi à réaliser en temps de guerre. L’affaiblissement de l’UL se reflète d’ailleurs dans la minceur du budget qui lui est alloué. Les professeurs réclament aussi que la contribution de l’Etat au budget de l’UL, pour l’année 2002-2003, soit au moins égale à ce qu’elle était l’année dernière, soit 145,5 milliards de dollars), alors que ce chiffre est revu à la baisse par le ministère des Finances, et sans compter qu’à ce jour l’UL n’a reçu que 58 % de son budget et que l’Etat lui doit encore quelque 65 milliards de livres. Par ailleurs, les professeurs de l’UL font des remarques sur les bâtiments universitaires à Beyrouth et dans les régions, réclament que les fonds nécessaires leur soient accordés pour leur permettre de faire face à un afflux chaque année croissant d’étudiants, etc.
Mais au-delà du respect des statuts de l’Université libanaise, de ses moyens financiers et de son indépendance, les professeurs luttent contre une volonté insidieuse du pouvoir politique de contrôler cette institution et de la "normaliser" idéologiquement. Les employés du secteur public se sont solidarisés avec ce mouvement de grève, car le régime fiscal auquel ils sont soumis est sensiblement le même que celui des enseignants. Rappelons qu’un premier mouvement de grève avait paralysé les écoles et l’Université libanaise le 26 novembre dernier. Les enseignants avaient clairement indiqué alors que dans le cas où le pouvoir fait la sourde oreille à leurs exigences, ces deux grèves d’avertissement pourraient être suivies par une grève ouverte, en 2003. Ce n’est pas sans de sourdes inquiétudes que les parents assistent à cette épreuve de force des enseignants avec l’Etat, se demandant si le durcissement de la grève ne va pas compromettre l’année d’études de leurs enfants.

 
Le Proche-Orient sous perfusion de l'étranger

Israël fait appel aux Etats-Unis, la Jordanie a conclu un accord avec le FMI, et le Liban a reçu 4 milliards de dollars de crédit

 

par AGNES LEVALLOIS, publié dans le Monde du 17 décembre 2002

La poursuite des affrontements entre Israéliens et Palestiniens et les perspectives d'une intervention militaire américaine contre l'Irak ont de graves incidences sur la situation économique des pays de la région. Seule une aide financière extérieure massive les empêche de sombrer un peu plus. Le secteur touristique, ressource importante, est sinistré ; les investissements se font rares et les perspectives de sortie de crise lointaines. Les Palestiniens sont les premiers touchés en raison de la fragilité de leur situation : absence d'un Etat et de ressources propres tant que les négociations avec Israël sur le statut final n'auront pas lieu. Ils sont donc dépendants de l'aide extérieure et du versement, par Israël, de fonds correspondants essentiellement au produit de la TVA et des droits de douane prélevés sur les produits importés dans les territoires palestiniens et transitant par Israël. Dans ce contexte, la croissance n'est pas au rendez-vous et une part de plus en plus importante de la population se paupérise. Les chiffres atteignent des sommets en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Le taux de chômage dépasse les 70 % et plus de 60 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. La pratique de bouclage des territoires par l'armée israélienne empêche la population active palestinienne de se rendre dans son entreprise. Quelque 200 000 Palestiniens qui travaillaient en Israël avant le déclenchement de la seconde Intifada et rapportaient des revenus représentant entre un quart et un tiers du produit national brut (PNB) ne peuvent plus le faire. Du coup, l'aide des pays donateurs, qui se faisait auparavant sous forme d'investissements à long terme dans les infrastructures, s'est transformée en aide humanitaire à court terme.
En Israël, d'après les derniers chiffres du Fonds monétaire international (FMI), la croissance sera encore négative en 2002 (-1 %), le taux de chômage a dépassé les 10 % ; quelque 240 000 emplois sont menacés au cours de l'année à venir, ce qui doublerait le nombre de chômeurs. Un Israélien sur cinq vit désormais en dessous du seuil de pauvreté. En outre, les investissements directs étrangers (IDE) ont chuté de façon sensible même s'ils restent importants par rapport aux autres pays de la région. Par ailleurs, il ne faut pas écarter les conséquences qu'aurait une attaque américaine contre l'Irak sur l'économie mondiale et par ricochet sur Israël. Dans cette perspective, les Etats-Unis envisagent, d'ailleurs, d'accorder une aide supplémentaire. Israël a demandé 10 milliards de dollars de garanties bancaires, ce qui permettrait de lever des emprunts à faibles taux d'intérêt sur les marchés financiers. Les autorités espèrent obtenir 2 à 3 milliards de dollars sous forme de dons, en plus des 3 milliards de dollars d'aide annuelle, dont plus de 2 milliards d'aide militaire.
Le Liban et la Jordanie sont également fragilisés par la situation régionale et ils ne s'en sortent que grâce à la bienveillance internationale. Un nouvel accord a été conclu entre le FMI et les autorités d'Amman pour la période 2002-2004. Le rééchelonnement de la dette extérieure à l'égard du Club de Paris – 1 200 millions de dollars d'échéances ont ainsi été reportés – permet d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité, évitant le risque d'une crise des paiements extérieurs pour les cinq prochaines années. Une autre inquiétude de taille pour le royaume concerne son approvisionnement en pétrole. Il dépend, pour cela, de l'Irak qui lui fournit la totalité de ses besoins, une partie sous forme de dons et une autre partie à un prix préférentiel. En cas de confrontation militaire irako-américaine, la Jordanie se retrouverait coincée entre deux zones conflictuelles. Elle a d'ailleurs pris des mesures à ses frontières pour éviter un afflux de réfugiés, qu'ils viennent d'Irak ou des territoires palestiniens, n'étant pas en mesure d'affronter un choc de cette nature, comme ce fut déjà le cas, en 1991, lors de la précédente guerre du Golfe.
Enfin, la Conférence des donateurs du Liban a réuni à Paris, le 23 novembre, les grands bailleurs de fonds, 17 pays, dont ceux du G7 et le Danemark exerçant la présidence de l'Union européenne, plus la Commission européenne et des institutions financières internationales. Ceux-ci ont volé au secours du pays du Cèdre en lui consentant plus de 4 milliards de dollars de crédits. Les Etats-Unis ne se sont pas engagés, en l'absence d'un accord entre le FMI et le Liban. Le différend porte sur la dévaluation de la livre libanaise – dont la parité, face au dollar, n'a pas changé depuis 1994. Le premier ministre, Rafiq Hariri est opposé à cette mesure. Il est également réticent à l'application d'un plan d'ajustement préconisé par les institutions de Bretton Woods. L'accord obtenu à Paris va néanmoins éviter au Liban une grave crise financière, la dette atteignant 30 milliards de dollars, soit 180 % du produit intérieur brut (PIB). En l'absence de véritables réformes il ne s'agira cependant que d'un répit. Le gouvernement table sur le programme de privatisations (5 milliards de dollars sont attendus en 2003) pour réduire le poids de la dette. Mais la gestion calamiteuse du dossier des télécoms mobiles, qui s'est traduite par l'expropriation de France Télécom et de Libancell, a terni l'image du Liban auprès des investisseurs étrangers.
 
Varsovie propose sa participation au déminage du Liban-Sud

Présidence - Le chef de l’Etat polonais en visite hier à Beyrouth

 

paru dans l'Orient-le Jour le 17 décembre 2002

Le président polonais Aleksander Kwasniewski, arrivé dimanche à Beyrouth en provenance de Damas, a été reçu hier par son homologue libanais, Emile Lahoud, à qui il a proposé la participation de son pays au déminage du Liban-Sud en cours sous la supervision de l’Onu. Cette campagne vise à désamorcer quelque 400.000 mines posées par Israël au cours de ses 22 ans d’occupation au Liban-Sud, et réparties dans près de 300 champs. M. Kwasniewski a été reçu auparavant par le Premier ministre libanais, Rafic Hariri, et l’entretien a porté sur le renforcement des échanges commerciaux entre les deux pays. Lors de son entretien avec le chef de l’État polonais, le président Lahoud a souligné une fois de plus la nécessité de respecter les résolutions des Nations unies et de les appliquer sans discrimination. Réitérant d’autre part le refus du Liban de toute forme de terrorisme et de fanatisme, M. Lahoud a affirmé que la Résistance libanaise n’est pas un mouvement terroriste, et qu’elle n’entretient aucune relation avec les formations intégristes comme el-Qaëda. Le président de la République a en outre remercié la Pologne pour sa contribution à la préservation de la paix au Liban-Sud, à travers sa participation à la Finul, soulignant enfin le désir du Liban de renforcer la coopération entre les deux pays dans les différents domaines politique, économique, sécuritaire et touristique.
De son côté, le président Kwasniewski a insisté sur le respect des résolutions internationales, tout en mettant en garde contre une détérioration de la situation en Irak qui pourrait avoir des répercussions négatives sur l’ensemble de la région. Il a souligné dans ce cadre la nécessité de privilégier le dialogue et de s’abstenir du recours à la force, avant d’inviter le président Lahoud à effectuer une visite officielle à Varsovie. Le chef de l’Etat polonais était arrivé au palais de Baabda à 11h où il a été reçu par son homologue libanais, après avoir passé en revue un bataillon de la garde présidentielle. Après un aparté d’environ une demi-heure, une réunion élargie a groupé des officiels polonais et libanais qui ont examiné les domaines et les moyens de coopération entre les deux pays. A l’issue de ces discussions, les présidents Lahoud et Kwasniewski se sont promenés dans "le jardin des présidents", où sont plantées des pousses au nom de tous les chefs d’Etat qui ont visité le Liban sous le mandat du général Emile Lahoud. Après une tournée effectuée dans le palais, le président polonais s’est rendu au ministère de la Défense. De là, il a gagné Naqoura pour inspecter le contingent polonais de la Finul, déployé à Ibl el-Saki.

 
Liban-Yémen - Perspectives sur une visite
 
par KHALIL FLEYHANE, publié dans l'Orient-le Jour le 19 décembre 2002

Invité le 29 septembre dernier au Liban par le chef de l’Etat, qui achevait une visite officielle au Yémen, le président Ali Abdallah Saleh sera au Liban aujourd’hui pour la deuxième fois cette année, puisqu’il a assisté, en mars dernier, au Sommet arabe qui s’est tenu à Beyrouth. Quel est le secret de cette rapidité ? Selon une source diplomatique, le chef de l’Etat yéménite est un homme paticulièrement dynamique, qui possède une vision très précise de ce que devrait être une politique arabe concertée, sans compter son enthousiasme pour l’instauration d’un véritable marché commun arabe. Le président Saleh est enfin un homme qui rêve de placer son pays au cœur du monde arabe, et qui ne manque pas une seule occasion de participer aux différentes commissions qui se forment au sein de la Ligue arabe. Il est notamment membre du comité de suivi arabe pour l’initiative de paix. Ainsi, la présence au Liban du président Saleh est bien plus politique que technique, en dépit des accords bilatéraux qui seront signés par lui. 
Le chef de l’État yéménite axera ses entretiens avec son homologue libanais sur des questions politiques de l’heure : le drame palestinien et le retour prévisible d’Ariel Sharon au pouvoir, après les élections anticipées israéliennes et la guerre annoncée contre l’Irak, sachant que le Yémen a appuyé en son temps l’invasion irakienne du Koweït (1991). Toutefois, aujourd’hui, M. Saleh pense, comme le président Lahoud, que la solution en Irak est politique, et non militaire, et qu’une alternance politique à Bagdad est moins évidente qu’on ne veut le croire. Comme le Liban, mais plus que le Liban, le Yémen fait face enfin à une présence de groupuscules et de cellules d’el-Qaëda sur son territoire, et la coordination entre le Liban et le Yémen pourrait porter sur la lutte contre le terrorisme. Un terrorisme qui menace les liens du Yémen avec le monde occidental, et dont les éléments se recrutent dans certaines tribus yéménites. Notons qu’il y a environ 300 Libanais au Yémen qui, pour la plupart, travaillent pour le compte de sociétés étrangères, dont 70 dans le secteur des télécommunications (Mikati). L’ambassade du Liban à Sanaa a été inaugurée en 1971, mais c’est seulement en 1984 que le Yémen a inauguré sa chancellerie à Beyrouth.

 
Les intempéries provoquent d’importants dégâts dans l’ensemble du pays
Temps - Le trafic aérien a été détourné vers Chypre, au plus fort de la tempête
 
paru dans l'Orient-le Jour le 21 décembre 2002
De très fortes pluies, conjuguées à des vents violents, se sont abattues hier sur le pays, provoquant d’importants dégâts matériels dans les zones urbaines et rurales inondables. La vitesse du vent a atteint par moments les 90 km/h, selon les services météo. Dans les zones urbaines inondables, d’innombrables domiciles et dépôts ont été envahis par les eaux de ruissellement, qui ont surpris les habitants par leur abondance et la véhémence des courants qui les emportaient. Les trombes d’eau et parfois de grêle ont perturbé la circulation routière, provoquant de grands embouteillages en cours de journée aussi bien à Beyrouth que sur les grands axes routiers nord et sud. La neige est tombée à partir de 900 mètres d’altitude, et le col de Dahr el-Baïdar reliant Beyrouth à Damas a été fermé à la circulation par l’armée à partir de 17 heures. Des routes de montagne ont également été momentanément coupées par la neige. Au plus fort de la tempête, un avion de ligne des Kuwait Airways attendu à 16h45 à Beyrouth en provenance de Koweït a été détourné sur l’aéroport chypriote de Larnaca, ont indiqué les autorités aéroportuaires. L’aéroport de Beyrouth a été mis en état d’alerte, en prévision de nouvelles chutes de pluie. Par ailleurs, les activités de pêche ont été interrompues tout au long de la côte, et les ports de Saïda et Tyr ont été fermés. A Saïda, les équipes de la Défense civile ont secouru les habitants d’une trentaine de maisons du centre, inondées par les eaux.  
A la frontière méridionale, une station de pompage installée par Israël sur le Wazzani a été déplacée par des torrents d’eau dus aux fortes pluies. Cette pompe alimentait en eau potable le village de Ghajar, dans la région des fermes de Chebaa, occupée par Israël depuis 1967. Des buvettes érigées sur les berges du Wazzani ont été balayées par l’eau. Plus au nord, dans la région de Hasbaya, l’eau des pluies a pénétré dans une vingtaine de maisons dans le village de Kfair, alors que les vents ont arraché des dizaines d’arbres qui ont barré les routes et provoqué d’importants dégâts dans les oliveraies. Au Liban-Nord, le fleuve Nahr el-Kébir, longeant la frontière libano-syrienne, est sorti de son lit, inondant plusieurs villages de Wadi Khaled. L’armée et des équipes de défense ont secouru une cinquantaine d’habitants qui se sont réfugiés sur les toits de leurs maisons. A Kfarhalda, dans le Batroun, les eaux des torrents ont envahi plusieurs maisons. Sur les hauteurs du Mont-Liban, les éboulements ont coupé la circulation sur la route reliant la côte aux Cèdres, perchés à 3.000 mètres d’altitude et recouverts de neige. Dans cette partie du Liban, des maisons ont été isolées par la neige et des secours ont dû être organisés pour venir en aide à certains habitants isolés.
Les coupures de courant on eu des effets dramatiques dans l’ensemble du pays, et surtout en montagne, privant la population de chauffage et la faisant grelotter. Dans la Békaa, des centaines d’habitants, dont les maisons ont été inondées, ont été secourus. Partout dans le pays, le vent a arraché des poteaux électriques et des arbres, provoquant d’innombrables pannes de courant, alors que les eaux ont provoqué des éboulements de terre qui ont isolé quelques localités. Les eaux de pluie ont recouvert de larges superficies de terres cultivées, emportant notamment des abris, des serres et des bassins de culture vivrière longeant les fleuves et les cours d’eau. Sur le plan météorologique, les pluies tombées au cours des derniers jours ont permis au pays, qui souffrait jusqu’à présent de sécheresse, de renouer avec des chiffres pluviométriques raisonnables.
 
Juifs et Arabes à Auschwitz, derrière le curé de Nazareth
 
par HENRI TINCQ, publié dans le Monde du 18 décembre 2002
"Nous autres, Arabes, sommes restés étrangers à la persécution génocidaire des juifs. Il est temps de commencer ce travail de fond qui permettra de prendre la mesure du traumatisme vécu par le monde juif" : celui qui écrivait ces mots, dans son dernier livre, Comme un veilleur attend la paix (Albin Michel), est à la fois un Arabe, un chrétien et un Israélien. Curé grec-catholique de Nazareth, Emile Shoufani, au pays de la Parole, tient sa promesse. Il est en ce début de semaine à Paris pour annoncer un projet de voyage sans précédent à Auschwitz, qui réunira au printemps 2003 des personnalités juives et arabes, chrétiennes et musulmanes, israéliennes et françaises. "Mémoire pour la paix", tel est le titre du projet et des deux associations, l'une juive, l'autre arabe, créées et déclarées à Jérusalem. Deux avions sont déjà affrétés. En Israël, des intellectuels arabes ont répondu à l'appel du curé de Nazareth, comme le mathématicien Daoud Bshouti, de l'école polytechnique d'Haïfa, ou le géographe Thabet Abou Raas, de Beer Sheva. Ils seront du voyage avec, entre autres, le poète Beni Chvili, Prix de Jérusalem de littérature, l'écrivain André Chouraqui, la psychanalyste Dina Wardi, auteur d'ouvrages sur la Shoah, ou le rabbin Menahem Froumen. Des hommes politiques d'Israël, juifs et arabes, soutiennent aussi le projet.
En France, cet exceptionnel pèlerinage à Auschwitz soulève un intérêt croissant. Citons les noms de Mohamed Arkoun, Hakim el-Ghissassi (La Medina), Djelloul Seddiki (Mosquée de Paris). Puis ceux de rabbins libéraux comme Daniel Fahri, "conservative" comme Rivin Krygier, orthodoxes comme Michel Serfaty, Philippe Haddad ou Addy Steg, président de l'Alliance israélite universelle. Des rencontres de préparation sont prévues au Musée de l'Holocauste à Beit Lohamei Haguetaov (au nord d'Israël). C'est sur la base d'un appel commun aux fidèles des trois religions monothéistes, à un moment où celles-ci sont tant décriées, que se concrétisera dans quelques semaines ce projet. On peut y lire : "Ce détour à Auschwitz, par les abîmes les plus sombres de la mémoire de l'humanité, ne peut relativiser en aucune façon les souffrances d'autres populations, en d'autres lieux et en d'autres temps. Il ne peut au contraire que nous renvoyer à nos responsabilités du présent pour marcher ensemble."
 
La bibliothèque du Vatican, un trésor sur la Toile
La bibliothèque – archives secrètes comprises – est désormais accessible sur Internet
 
par SOPHIE DE RAVINEL, publié dans le Figaro le 16 décembre 2002
La bibliothèque du Vatican vient de faire son entrée sur Internet. Une petite révolution pour cette célèbre institution qui accueille entre ses murs la plus grande collection mondiale de fonds manuscrits et qui se place aux côtés de la Bibliothèque nationale de France, de la Bibliothèque du Congrès de Washington ou de la British Library à Londres. Elle n'est ni une bibliothèque de documentation du Saint-Siège, ni une bibliothèque de science religieuse, mais bien un lieu de conservation de manuscrits et de livres anciens. Réservée aux chercheurs et aux professeurs, elle ouvre ses portes au compte-gouttes. Une centaine d'entre eux s'y rendent chaque jour pour consulter quelques-uns des 1.500.000 imprimés et 150.000 manuscrits rassemblés, sans oublier les estampes, les périodiques ou les médailles et autres monnaies. Le fonds de la reine Christine est particulièrement apprécié des chercheurs francophones. Cette souveraine suédoise du XVIIe siècle avait dû abdiquer après sa conversion au catholicisme et parcoura l'Europe et la France à la recherche de manuscrits rares pour sa collection privée.
Mais la bibliothèque ne fait pas exception au Vatican. La main-d'oeuvre est peu nombreuse. Moins de cent personnes la font vivre, du pousse-balai au cardinal, et son informatisation, au milieu des années 90, a ainsi nécessité la présence à plein temps de plus de cent étudiants ou vacataires durant deux ans. Le site Internet devrait donc faciliter la tâche des usagers et, après un temps de rodage, celle des employés... Hébergé par le site officiel du Vatican (1), qui enregistre plus de 2,6 millions de connexions chaque mois depuis son lancement en 1997, celui de la bibliothèque propose en effet de nombreuses pages sur son histoire, son trésor et les modalités d'inscriptions, mais surtout un moteur de recherche bien construit permettant de trouver la perle rare parmi plus de 700.000 références dont les titres et parfois les photos ont été mis en ligne.
Autre nouveauté sur le site du Vatican, l'ouverture de pages consacrées aux "archives secrètes" du Vatican. Elles ne sont plus secrètes si elles sont publiées, peut-on conclure logiquement. Mais ce serait sans savoir qu'ici "secrètes" signifie "mises à part" et qu'il s'agit tout simplement des archives privées des papes dont un certain nombre sont mises en lignes et proposées à la vente sous forme de CD-ROM ou d'imprimés. Ces archives mises côte à côte exigeraient la construction d'un rayonnage de 90 km de long et sont publiées peu à peu. Le cardinal Jorge Maria Mejia, archiviste et bibliothécaire du Saint-Siège, vient ainsi de confirmer la publication en janvier 2003 d'une partie des archives concernant les relations entre le Vatican et l'Allemagne de 1922 à 1939 ainsi que, sous forme de CD-ROM, les archives - 3,5 millions de fiches - concernant les prisonniers de guerre sur la période 1940-1946.
Enfin, une dernière innovation Internet concerne le fameux Musée du Vatican, toujours hébergé sur le site du même nom. Si, aujourd'hui, quelques belles pages permettent de visiter la chapelle Sixtine, une véritable visite guidée de l'ensemble du musée est prévue pour les prochains mois.
(1). http://www.vatican.va . Le site du Vatican est traduit en six langues, dont le français, mais celui de la bibliothèque est anglo-italien
Le président syrien en visite à Londres
 
par JACQUES DUPLOUICH, publié dans le Figaro le 17 décembre 2002
Le président syrien Bachar al-Assad, peut bien être persona non grata à la Maison-Blanche, Tony Blair, lui, l'accueille volontiers à Downing Street. "Membre additionnel" du club des Etats qualifiés d' "xe du Mal" par George W. Bush, la Syrie est, aux yeux du premier ministre britannique, "un pouvoir" avec lequel il faut compter au Proche-Orient. Et puis, dans le contentieux qui oppose l'Irak à l'ONU, la Syrie est en mesure de tenir un rôle de premier plan. A l'inverse de l'administration américaine, Tony Blair estime qu'un "dialogue franc est plus productif que l'absence de dialogue". C'est pourquoi Bachar al-Assad est, depuis hier, à Londres, l'hôte pour quatre jours du gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté. Il aura l'insigne honneur de rencontrer la reine Elisabeth elle-même, à Buckingham Palace. Dès hier après-midi, le président syrien s'est longuement entretenu avec le chef du gouvernement britannique avec qui il a noué, dit-il "des relations personnelles chaleureuses". Mais des divergences sérieuses persistent. Sur l'Irak, précisément. La première évaluation du document irakien sur l'absence, dans son arsenal, d'armes d'extermination, a fait le plus mauvais effet à Londres. Et Tony Blair le répète, désormais, comme une litanie : si Saddam Hussein a menti, "l'action doit suivre". Bachar al-Assad est, lui, à l'opposé. Bagdad a fait preuve "d'une bonne coopération avec les inspecteurs en désarmement des Nations unies". "Je suis optimiste, maintenant", la guerre "peut être évitée". Pour cela, "qu'on laisse les inspecteurs faire leur travail", précise-t-il.
Les liens de la Syrie avec le terrorisme palestinien posent aussi problème. "Je crois qu'on ne peut pas ne pas être à 100% contre le terrorisme", expliquait, hier, Tony Blair dans une tribune publiée par le Financial Times. Bachar al-Assad lui avait répondu par avance. Dans un entretien accordé au Times, la semaine dernière, le chef de l'Etat syrien soutenait que les attaques suicides contre la population israélienne sont "une réaction au terrorisme pratiqué par Ariel Sharon contre la population civile palestinienne". Les "organisations terroristes" - Hamas et Djihad islamique, notamment - qui ont pignon sur rue à Damas ? "Il n'y a rien de tout cela", affirmait-il, hier, à Downing Street, lors d'une conférence conjointe avec Tony Blair. "Seulement des chargés de presse qui expriment l'opinion des Palestiniens résidant en Palestine et de ceux qui n'y résident pas." Les Palestiniens "ont bien le droit d'avoir des porte-parole", insistait-il. Dehors, face à l'entrée de "Number Ten", la communauté juive de Londres exprimait indignation et colère devant le tapis rouge déployé sous les pas du président Assad.
 
Guerre de l'ombre - Entre les Israéliens et les Nohra, l’histoire d’une longue lutte
Tué par une charge explosive, Ramzi avait un passé de résistant
 
par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Orient-le Jour le 21 décembre 2002

Il y a des familles prédestinées à vivre avec le danger et à mourir pour défendre une cause. Les Nohra, d’Ibl el-Saki, en font partie. Dans ce village à grande majorité chrétienne (grecque-orthodoxe), ils ont choisi d’être baassistes, comme une affirmation de leur identité arabe, et leur engagement à lutter contre Israël. Pendant les longues années d’occupation israélienne du Liban-Sud, ils n’ont rien perdu de leurs convictions, entrant en résistance, comme d’autres entrent en religion. Et, aujourd’hui, ils sont le symbole d’un Liban uni pour une même cause : travaillant pour le Hezbollah, ils viennent de sacrifier deux des leurs, Ramzi Nohra et Elie Issa, tués par l’explosion d’une charge au passage de leur voiture... Dimanche dernier, Ibl el-Saki arborait de drôles de banderoles, jaunes et noires, aux couleur du Hezbollah, en hommage à un résistant chrétien : Ramzi Nohra. L’image d’un Liban que l’on voit de moins en moins en ces temps d’exacerbation confessionnelle, l’expression pourtant d’un engagement indéfectible au sein de la résistance. Qu’elle soit progressiste, laïque ou chiite, pour les Nohra, cela importe peu. Ils en sont et ils sont prêts à mourir pour elle. Les orateurs en cette messe de requiem, une semaine après la mort tragique de Ramzi Nohra et de son neveu Elie Issa, ne s’y sont pas trompés, insistant sur l’unité des Libanais autour de la résistance et sur la détermination israélienne à détruire cette même unité. 
Mais au-delà des symboles, l’histoire de Ramzi Nohra mérite d’être racontée. Engagé dans les rangs des partis hostiles à Israël, il s’est très tôt lancé dans des opérations de résistance, au milieu des années 80, lorsque le Liban ployait sous le joug des soldats israéliens. Arrêté une première fois, il a passé deux ans dans les prisons israéliennes de 1989 à 1991 et les agents d’Israël avaient cette famille à l’œil. Libéré mais étroitement surveillé, il n’a pas renoncé à ses convictions, faisant une nouvelle fois de la prison en Israël en 1992. Là, il est resté trois ans, soumis à toutes sortes de pressions pour briser sa détermination et son courage. 
Un enlèvement mené de main de maître
En vain. A peine libéré, il a planifié, avec ses frères, Camille et Moufid, tout aussi engagés que lui, l’enlèvement d’Ahmed Hallak, le poseur de la bombe de Bir el-Abed, le 31 décembre 1994. Les services libanais avaient en effet réussi à identifier le poseur de cette bombe, qui avait fait plusieurs victimes, dont le frère de Imad Moghnié, une des personnes recherchées par les Américains et les Israéliens depuis des années. Ahmed Hallak avait donc été repéré grâce à sa compagne, qui avait tout raconté aux autorités libanaises, notamment l’enrôlement d’Ahmed par les services israéliens et sa tentative d’assassinat d’Imad Moghnié, à Bir el-Abed. Seulement, Ahmed Hallak avait eu le temps de se réfugier dans la zone alors occupée, laissant sa compagne aux mains des autorités. 
C’est donc dans cette zone que l’auraient cueilli les frères Nohra, procèdant à son enlèvement, le gardant quelque temps chez eux, avant de l’envoyer vers la zone libérée, dans le coffre d’une voiture. Par la suite, la justice libanaise a jugé Hallak et l’a condamné à mort pour haute trahison, alors que les autorités sont restées très discrètes sur les circonstances de son arrestation. On en comprend d’ailleurs aisément la raison. L’arrestation de Hallak avait d’ailleurs provoqué une vague d’arrestations par les Israéliens dans la zone alors occupée. Et, bien entendu, Ramzi Nohra a été une nouvelle fois arrêté. Il est resté en détention jusqu’à la fameuse opération d’échange de prisonniers entre les Israéliens et le Hezbollah en 1998. Mais les Israéliens avaient alors posé comme condition à sa libération qu’il reste loin de la zone occupée. Nohra s’est plié à cette exigence, avant d’opérer un retour triomphal dans son village en mai 2000. Lui et ses frères ont alors repris leurs activités officielles de commerçants. 
L’armée israélienne, une ligne rouge
Ayant mis à profit ses longues années de prison en Israël pour tisser des liens avec des officiers de Tsahal, Nohra a gardé ces relations, les consolidant par le biais de trafics divers, on parle même de drogue. C’est ainsi que, selon certaines informations, il aurait réussi à enrôler, pour le compte de la résistance libanaise, des officiers israéliens de haut rang, dont le colonel Omar el-Hayb récemment arrêté et jugé en Israël. Il a dès lors signé son arrêt de mort, l’armée étant pour les Israéliens une ligne rouge intouchable, puisqu’elle est à l’origine du mythe de l’invincibilité de l’Etat hébreu. C’est pourquoi, le vendredi 6 décembre, une charge explosive, placée sur le bord de la route, a fait sauter la Mercedes de Ramzi Nohra, à la sortie d’Ibl el-Saki, alors qu’il se trouvait avec son neveu, Elie Issa. Pour les frères Nohra, ce n’est qu’une étape dans leur lutte contre l’ennemi israélien. "Ils ont gagné une manche, nous en remporterons d’autres, la guerre est loin d’être finie", aurait dit l’un des frères lors de la cérémonie des funérailles. Mais pour pouvoir le faire, il faudrait d’abord que les services de l’Etat parviennent à arrêter les agents qui ont exécuté l’assassinat de Nohra. Et, pour l’instant, aucun indice ne permet de croire qu’ils possèdent une piste. La guerre est bien loin d’être terminée.

 
"Le lobby sioniste contrôle les moindres détails des décisions d’Ottawa", accuse le Hezbollah

paru dans l'Orient-le Jour le 16 décembre 2002

Le responsable de l’information du Hezbollah, Hassan Ezzeddine, a estimé hier que ce qui a motivé la décision du Canada d’inscrire le parti intégriste sur la liste noire des organisations terroristes étaient "de pures allégations". Ajoutant que "cela prouve bien que le gouvernement canadien est influencé par le lobby sioniste et d’autres groupes de pression également sionistes, et qui semblent contrôler désormais les moindres détails des décisions" d’Ottawa. Notons que le cadre hezbollahi répondait à la déclaration officielle de l’ambassadeur canadien à Beyrouth, Michel Duval. Qui avait repris les mots, recueillis la veille par L’Orient-Le Jour à Lausanne, du secrétaire d’Etat canadien à la Francophonie, Denis Paradis, ainsi que d’une source proche de la délégation canadienne dans la capitale vaudoise. Laquelle source avait affirmé que la raison de cette mise en quarantaine du Hezbollah a été motivée par "le dernier discours en date (à l’occasion de la célébration de la Journée de Jérusalem) du secrétaire général" du parti intégriste, Hassan Nasrallah. "L’ambassadeur a commis une erreur flagrante en essayant de préciser ce qu’il y avait derrière la décision canadienne. C’est-à-dire ces propos - faussement attribués au secrétaire général (du Hezbollah) - et selon lesquels il aurait soutenu les agressions terroristes non seulement en Israël, mais dans d’autres pays. Si l’ambassadeur avait pris la peine de demander le texte original du discours, il aurait permis à son gouvernement d’être précis et objectif, de prendre la bonne décision, et de ne pas tomber ainsi dans l’erreur ».
Et le responsable de l’information du Hezbollah de réaffirmer que si Hassan Nasrallah "a toujours soutenu l’option de la résistance pour libérer les territoires palestiniens occupés, il n’a jamais évoqué des opérations contre des cibles données à l’extérieur de la Palestine occupée". Et de rappeler, à l’adresse de l’ambassadeur Duval, que "lui-même avait déclaré aux journalistes que le Hezbollah est un parti politique représenté au Parlement, qu’il est connu comme tel, comme une organisation qui combat pour la libération des terres libanaises, notamment dans les fermes de Chebaa", a conclu Hassan Ezzeddine. Pour sa part, cheikh Mohammed Yazbeck, représentant officiel du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a estimé hier que la décision canadienne "correspond au prix à payer en contrepartie de Paris II, et c’est ce contre quoi nous mettions en garde"... Mettant l’accent sur une volonté américaine "d’encercler le Liban et de le faire tomber dans le piège". Quant au chef du bloc parlementaire hezbollahi, Mohammed Raad, il a affirmé que la décision canadienne a été "hâtive, improvisée et subjective. Elle répond aux désideratio américano-israéliens, et ne nous a pas surpris", a-t-il souligné. Enfin, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel-Amir Kabalan, a fermement condamné la décision d’Ottawa, jugeant que le parti intégriste est "un mouvement de résistance voué à la défense de l’être humain".

 
L'Union européenne va pouvoir enfiler son treillis
Un accord a été signé hier avec l'Otan qui lui prêtera des moyens militaires
 
par JEAN-DOMINIQUE MERCHET, publié dans Libération le 18 décembre 2002
L'Europe de la défense doit une fière chandelle à la Turquie. Alors qu'au Sommet de Copenhague les Turcs négociaient leur rapprochement avec l'Union européenne, leur représentant auprès de l'Alliance atlantique a donné, vendredi soir, son feu vert à la conclusion d'un accord stratégique entre l'Otan et l'UE. Un gage de bonne volonté pour un dossier bloqué par Ankara depuis deux ans, sur fond de rivalités gréco-turques.
Première
Officiellement scellé hier à Bruxelles entre Lord Robertson (Otan) et Javier Solana (UE), cet accord de "partenariat en matière de gestion de crise" doit permettre aux Européens de mener des opérations militaires, en utilisant certains moyens de l'Otan. Une première dans l'histoire de la construction européenne qui devrait trouver rapidement une application en Macédoine, et peut-être en Bosnie. L'affaire traînait depuis 1999. En avril, au Sommet de l'Alliance atlantique, l'Otan avait reconnu pour la première fois l'Union européenne comme "partenaire stratégique". Puis, en décembre, les Quinze s'étaient entendus à Helsinki pour se doter, en 2003, d'une force de réaction rapide de 60.000 hommes. Depuis lors et jusqu'à vendredi, rien. Pour leurs actions militaires, les Quinze ont en effet impérativement besoin des capacités de planification et de logistique qui existent dans les différents états-majors de l'Otan, en particulier celui de Mons, en Belgique. Lorsqu'ils ne souhaitent pas s'engager directement, les Etats-Unis sont d'accord pour "prêter" ces moyens de l'Otan à l'UE. Mais pour cela, il faut des arrangements techniques entre les deux organisations. La Turquie, qui y voyait un moyen de pression sur les Quinze, les bloquait. Rassuré sur le fait que la Force de réaction européenne ne serait pas utilisée à Chypre (où Grecs et Turcs sont face à face), Ankara vient d'ouvrir la porte à la défense européenne.
L'UE devrait ainsi prendre la responsabilité de l'opération de maintien de la paix en Macédoine "dans les semaines qui viennent", a promis Jacques Chirac vendredi au Sommet européen de Copenhague. La présence de troupes de l'Otan en Macédoine, depuis l'été 2001, a permis d'éviter que ce pays bascule dans la guerre civile. Il s'agit aujourd'hui d'une mission modeste. Rebaptisée samedi "Allied Harmony", elle n'implique que 450 militaires et 25 équipes de liaison, quasiment tous issus de pays européens. Important sur le plan politique, le passage de relais entre l'Otan et l'UE ne devrait pas avoir de grandes conséquences sur le terrain.
Criminels
A Copenhague, les Quinze se sont aussi déclarés "disposés à mener une opération militaire en Bosnie à la suite de la Sfor", la force de stabilisation de l'Otan. C'est un plus gros morceau : 17.000 militaires y sont encore présents et traquent notamment les criminels de guerre recherchés par le Tribunal pénal international. Toutefois, "il est possible de réduire les effectifs de moitié", confie un responsable militaire français. Si l'UE prend la responsabilité militaire de la Bosnie (elle assumera celle de la police à la place de l'ONU dès le 1er janvier 2003), les Etats-Unis pourraient en profiter pour retirer leurs 2.500 GI. Une idée qui faisait encore, il y a peu, dresser les cheveux sur la tête des Européens qui s'en tenaient à la formule : "Nous sommes arrivés ensemble, nous partirons ensemble." L'accord UE-Otan devrait enfin permettre la mise en place de la Force de réaction européenne en mars prochain. Reste que la volonté des Européens de se doter d'une défense commune se heurte aux réalités des budgets nationaux. Après les Pays-Bas, l'Allemagne vient d'annoncer une nouvelle baisse des crédits militaires, portant sur près de 6 milliards d'euros d'ici 2006. 
 
Entre le meilleur et le pire
Irak - Les incertitudes de l'après-Saddam
 
par ANTOINE BASBOUS, publié dans le Figaro le 16 décembre 2002
L'auteur est politologue et directeur de l'Observatoire des pays arabes. Ouvrage paru : L'Arabie saoudite en question. Du wahhabisme à Bin Laden. Ed. Perrin
Face à la suprématie technologique et à la détermination des Etats-Unis, Saddam ne peut opposer que la ruse : il se montre très conciliant, "avale les couleuvres", accepte l'humiliation pour échapper à la guerre... En attendant l'arrivée de la saison chaude qui rendra plus difficile un conflit qui obligerait les soldats d'enfiler des combinaisons de protection contre les armes non conventionnelles. Ce faisant, il aura gagné un an. Puisqu'à l'automne 2003 George Bush sera engagé dans le renouvellement de son mandat et accordera la priorité à l'économie. Mais en cas d'attaque américaine, Saddam tentera de s'évaporer dans une grande ville afin d'organiser la résistance du dernier carré de ses fidèles qui auront tout à perdre avec lui. Cette posture est censée faire durer la guerre et enliser les forces américaines dans l'attente d'inévitables bavures qui ne manqueraient pas de soulever les opinions publiques arabes et occidentales. Dans cette hypothèse, l'armée américaine courrait deux lièvres à la fois : à la chasse de Ben Laden s'ajouterait alors celle de Saddam. Et l'Irak rejoindrait l'Afghanistan comme foyer d'instabilité où les Américains tenteraient de faire régner l'ordre. Leurs lignes de défense seront allongées, au risque d'une guerre d'usure qui les épuiserait et réactiverait, à terme, la tentation du désengagement et du repli.
En revanche, une éviction rapide du raïs irakien aura pour effet de clarifier la situation et de soulager les régimes arabes qui n'auront pas à justifier leur inertie face à l'offensive américaine. Car un enlisement de la guerre rendra intenable la position de la plupart des régimes, suspectés par leur opinion publique de "complicité" avec "l'agresseur" américain. D'autant plus que plusieurs pays auront accordé des facilités militaires à l'armée américaine. Les deux chefs "rebelles", Ben Laden et Saddam Hussein, risquent de partager un constat très amer, celui de la "trahison" des leurs. Malgré son antiaméricanisme, justifié par un alignement systématique sur Israël, la Oumma islamique ne s'est toujours pas mobilisée pour répondre aux appels au djihad lancés par Ben Laden, bien qu'une minorité endoctrinée et très active ait rejoint ses rangs pour se transformer en redoutables kamikazes. Et les masses arabes resteront, sans doute, bien sourdes aux appels de Saddam destinés à créer des diversions pour détourner l'armée américaine de ses objectifs dans l'ancienne Mésopotamie.
Pourtant, les Arabes ne partagent pas les convictions de Washington, qui n'a pu présenter une seule preuve tangible sur la collusion entre Saddam et Ben Laden. D'autant plus que les hommes d'al-Qaida trouvent refuge davantage au Pakistan, en Iran, en Arabie, au Yémen que dans la partie de l'Irak contrôlée par Saddam. Bagdad n'a jamais commandité l'assassinat de centaines de ressortissants américains, telle la Syrie, ni financé l'islamisme international, à l'instar de Riad qui vient de le reconnaître en promettant de s'amender. Mais les motivations inavouées de Washington font du conflit annoncé et du changement de pouvoir à Bagdad une étape sur la route de Riad, le foyer ardent de la doctrine islamiste, entretenue, exportée et financée par la mouvance wahhabite qui constitue une partie intégrante du régime saoudien. En "libérant" les deuxièmes réserves mondiales de pétrole, Washington serait alors en mesure de peser sur Riad et de dicter ses conditions : le désarmement de la doctrine wahhabite responsable des attentats du 11 septembre, la dissociation entre islamisme et pétrodollar pour parvenir à l'arrêt du financement de la mouvance islamiste internationale.
En admettant que l'éviction de Saddam se passe selon le meilleur scénario américain, comment envisager "le jour d'après" ? Trois hypothèses peuvent alors se présenter : Washington installe un gouvernement autoritaire allié qui se substitue à celui de Saddam ; il opte pour une fédération entre les trois principales entités nationales (chiite, sunnite et kurde) sous l'égide d'un triumvirat ou d'un prince hachémite ; il laisse les Irakiens s'exprimer dans les urnes, au risque d'élire, aujourd'hui ou demain, un pouvoir islamiste ou nationaliste belliqueux, ombrageux ou jaloux de son indépendance. Dans cette dernière hypothèse, quelle serait la réaction de Washington qui n'a pas montré, par le passé, un empressement pour prescrire la démocratie à ses alliés arabo-islamiques ? Mais la démocratie ne se décrète pas au journal officiel. Elle résulte d'un long apprentissage et d'une adhésion à des valeurs intrinsèques. En tout état de cause, le choc prévisible, surtout s'il est suivi d'une défaite de l'arabisme (version Saddam) et de l'islamisme (version wahhabite de Ben Laden), ne manquera pas de remettre en cause ces deux idéologies qui dominent l'espace arabe depuis le lendemain des indépendances en supprimant les libertés publiques et privées au nom de la lutte pour de justes causes. Comme si ces deux valeurs étaient incompatibles !
Conclusion : les élites ont souvent fui leurs pays pour s'installer en Occident. Ce qui a contribué à la fossilisation des régimes arabes, dont les opinions publiques sont nostalgiques de la grandeur passée et désireuses de renouer avec elle. En cas de remise en cause, elles seront contraintes d'explorer de nouvelles voies et de rompre avec la médiocrité du "système arabe" en vigueur, en ouvrant des horizons plus prometteurs. C'est alors que les élites arabes en exil, donc en contact avec la modernité, pourraient entrer en action pour promouvoir un nouveau mode de gouvernance qui allie modernité et valeurs authentiques de l'espace arabo-islamique. Les plus optimistes pensent que le choc suscité par l'effondrement de certains régimes pourrait déboucher sur un processus et sur une dynamique de renaissance arabe. Les pessimistes, qui plaident pour le statu quo, redoutent au contraire le chaos et l'amplification du terrorisme.
 
Bush donne à la CIA une liste de terroristes à éliminer
paru dans le Figaro le 16 décembre 2002
La Maison-Blanche a établi une liste d'une douzaine de chefs terroristes présumés que la CIA, l'agence de renseignement américaine, est autorisée à tuer, a rapporté hier le New York Times. Cette liste jusqu'alors tenue secrète comprend le chef du réseau terroriste islamiste al-Qaida Oussama ben Laden et son lieutenant Aymane al-Zawahri, ainsi que d'autres dirigeants de groupes liés ou affiliés à al-Qaida, selon des hauts responsables militaires et du renseignement. Le président George W. Bush a donné par écrit tout pouvoir à la CIA de poursuivre et tuer ces terroristes présumés sans avoir à obtenir une autorisation expresse chaque fois qu'elle est sur le point de lancer une opération, explique le quotidien.  
 
Décès du journaliste de TF1 Patrick Bourrat au Koweït
 
publié par Reuters le 22 décembre 2002
Le journaliste de TF1 Patrick Bourrat, renversé par un char samedi alors qu'il couvrait des manoeuvres de l'armée américaine au Koweït, est décédé des suites de ses blessures, ont annoncé l'ambassade de France et TF1. Patrick Bourrat, qui était âgé de 50 ans, a succombé à ses blessures au premières heures de la journée, a précisé un porte-parole de l'ambassade au Koweït. Les médecins avaient d'abord fait état de quatre côtes cassées mais les blessures se sont avérées plus sérieuses. L'état de santé du journaliste s'est aggravé au cours de la nuit. "Sa rate a éclaté et un de ses reins a été touché", a indiqué le porte-parole de l'ambassade. TF1 a précisé que Patrick Bourrat était parti le 18 décembre pour une mission de cinq jours au Koweït pour suivre les manoeuvres américaines, sur fond de tension croissante entre Washington et Bagdad. "Il a été renversé par un char dans un nuage de poussière, alors qu'il s'en était approché précisément pour demander à son compagnon cameraman de s'écarter de l'engin pour sa sécurité", a expliqué Robert Namias, le directeur de l'information de TF1. "Il a été projeté dans des barbelés", a-t-il ajouté. TF1 a rappelé sur son site internet que Patrick Bourrat avait déjà été blessé sur le terrain. En octobre 1993, il avait reçu une balle dans le bras lors d'affrontements entre l'armée russe et les députés retranchés dans le parlement à Moscou. Lors de ces affrontements, un de ses collègues, Yvan Skopan, cameraman, avait été tué par des tirs. Patrick Bourrat en avait été très marqué.
Patrick Poivre d'Arvor, directeur adjoint de la rédaction à TF1, a souligné que Patrick Bourrat était "d'une immense générosité". "Il pensait toujours aux autres (...) Je l'ai vu dans un moment malade en Afghanistan s'occuper d'abord des autres avant de s'occuper de lui-même", a-t-il insisté. Mais le présentateur a tenu à préciser sur France Info que, si le journaliste était "très enthousiaste, adolescent et juvénile, c'était tout sauf une tête brûlée". "Il faisait attention à tout", a-t-il dit. "On est absolument effondrés à la rédaction et dans tout TF1", a conclu Patrick Poivre d'Arvor. Dans une lettre adressée dimanche à la direction de TF1, le président Jacques Chirac s'est déclaré "consterné" à l'annonce du décès de Patrick Bourrat, "l'un des journalistes les plus talentueux et les plus emblématiques de la profession".
"Jusqu'au sacrifice"
"Il couvrit tous les champs de bataille et les conflits du monde de ces dernières années", a rappelé le chef de l'Etat. "Courageux et expérimenté, il a porté jusqu'au sacrifice la mission d'informer". "A TF1, à laquelle il appartenait depuis 25 ans, aux journalistes et aux techniciens, ma femme Bernadette et moi-même adressons nos très sincères condoléances", a conclu le chef de l'Etat. Jean-Pierre Raffarin a salué la mémoire du journaliste de TF1. "Je salue la mémoire de Patrick Bourrat, qui était un exemple de professionnalisme au service de l'information. Son expression mêlée d'énergie et d'humanité était particulièrement pénétrante", a déclaré le chef du gouvernement dans un communiqué. "Dans ces périodes de tension internationale, notre respect pour ceux qui exercent leur métier dans des conditions de grande insécurité est immense. A la famille de Patrick Bourrat, j'adresse mes sincères condoléances", a conclu le Premier ministre. Le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin s'est dit "bouleversé" et a salué la mémoire d'un journaliste qui "a porté haut la passion et l'honneur de découvrir, de comprendre et d'expliquer sur tous les théâtres et les champs de la bataille de la planète". "Toujours à l'écoute, prompt à s'effacer pour laisser place au grondement de l'actualité, il nous laisse l'exemple d'une vie d'exigence, sans concession, toujours au plus près de l'événement pour défendre le droit à l'information", a-t-il déclaré dans un communiqué. "C'était un homme au grand coeur, un homme de passion, droit, généreux et sincère, comme son rire, que nul dans la grande famille des aventuriers de la vie n'oubliera", a conclu Dominique de Villepin.
La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a rendu hommage "au sens élevé de l'information dont témoignait Patrick Bourrat". Le président de l'UMP, Alain Juppé, a salué "le professionnalisme, le courage et la générosité" du journaliste. Diplômé de sciences politiques, Patrick Bourrat était entré à TF1 en 1978. Il a été correspondant à Jérusalem et Moscou. Il avait également couvert plusieurs conflits, la guerre du Golfe en 1991 mais aussi le Timor Oriental, le Kosovo, la Tchétchénie et le Liban. Il était marié et père d'une fille. Washington a dépêché un peu plus de 12.000 hommes au Koweït et la plupart d'entre eux participent à des exercices dans le cadre de l'opération "Desert Spring". L'armée américaine, qui se prépare à une éventuelle intervention en Irak, a autorisé une large couverture journalistique de ces manoeuvres.
 
 

Bernard Pivot et les cracks de la dictée

Affluence au Grand Sérail pour un remue-ménage grammatical
 
par EDGAR DAVIDIAN, publié dans l'Orient-le Jour le 16 décembre 2002

Remue-ménage "grammatical" au Grand Sérail, où officie en toute discrète élégance Bernard Pivot. La dictée, vous connaissez certainement ! Pour la seconde année consécutive, qui aurait dit une telle affluence en ce dimanche ensoleillé depuis 10 heures du matin au marathon de celui qui commettrait le moins (ou le plus !) de fautes. Après le premier tri de postulants à une orthographe sans failles, voilà les finalistes (123 entre scolaires et seniors), leurs accompagnateurs et quelques gens de la presse pour affronter cette "discipline" sans états d’âme qui, sans nul doute, n’a jamais fait les délices des écoliers. A part quelques heureux élus forts en thèmes, latin et grammaire. Mais c’est bon de sonder son savoir et peu importe l’âge. Un mal nécessaire, diront les plus sages; un passage obligé, les puristes ! D’où cette foule hétéroclite et bigarrée qui se dirigeait bien sagement et quelque peu intimidée (juste comme avant de passer une "colle") à la salle du Grand Sérail qui a l’allure de tout sauf d’une austère classe où l’on gèle de froid… Illuminée avec ses grands lustres à pendeloques, colorée de ses vitraux bleus, enrichie de lourds pans de rideaux ramagés et à passementeries, dominée par un plafond en poutrelles et boiserie sculptée, recouverte de murs en marbre, cette salle magnifique et immense offrait non de petits bureaux aux participants mais des chaises en plastique recouvertes de housses à nœud… Le temps de répartir les concurrents en bonne place avec consigne d’éteindre les mobiles et défense de mastiquer (les chewing-gums font mauvais genre à la télé, dixit l’organisatrice au micro avec un ton d’institutrice excédée !) et voilà que les feutrines des stylos sont en l’air et que les crayons, bien taillés, s’apprêtent à la chasse aux incorrections…
Le regard (un peu) sévère, le costume sombre, la chemise bleu ciel, le nœud de cravate impeccable, Bernard Pivot, avec une voix claire, commence la lecture d’un texte jugé par les “connnaisseurs” moins “poétique” et moins difficile que celui de l’année dernière. Mais bien entendu n’excluant guère des pièges (assez fins) à éviter toutefois comme à Fort Boyard… Tout en pensant aussi qu’ci tout le monde n’est pas gagnant comme chez Jacques Martin. Et file la première phrase : "Durant la dictée du Liban, la vie était comme suspendue." Ça c’est encore simple. Oui mais alors comment écrivez-vous b.a.-ba ? Antisèche ? Les participes passés ? Ecritoires appropriées ? ( Eh oui écritoire c’est féminin !) Et surtout, surtout ce "mangeotté" où presque tout le monde a glissé… Au moment même (redoutable test ou jeu d’enfant pour un lettré ?), devant votre papier (et même si vous pipez du côté du voisin à supposer que vous êtes maître dans l’art de la triche) rien n’est évident et vous paniquez. Plus d’une possibilité et toutes semblent brusquement logiques et adéquates. Et Bernard Pivot qui passe entre les rangs, souriant. Têtes penchées, regard en l’air, stylos crissant sur la page à moitié vide ou mâchonnant fébrilement la gomme du crayon, les participants sont littéralement absorbés à débroussailler ce chemin semé d’embûches qu’on leur désigne. De la mèche rousse d’une mamie au collier en perles au quinquagénaire en costard et cravate, en passant par l’adolescent au jeans délavé et aux cheveux peroxydés ou à la jeune fille fluette avec piercing et bottines à talons aiguilles, la dictée est ici une même épreuve de savoir et de force intellectuelle. Silence, on cogite. Le point final tiré, moment de réflexion pour relire un texte où les fautes ne seront pas forcément corrigées... On peut même en (r)ajouter, qui sait ? Les dés sont jetés. On ramasse les copies. Tout à fait comme en classe. 
Murmure de soulagement. Les langues se délient. Le bruit des chaises qu’on écarte pour mieux bavarder les uns avec les autres s’amplifie. On s’informe d’un pluriel, d’un participe passé, d’un accord, d’un masculin, d’un féminin, d’un accent, d’une parenthèse… Il n’y a pas encore de bémols dans les voix. Les résultats c’est pour ce soir. Maintenant c’est la pause de midi. Rebelote vers 18 heures pour la même dictée mais avec un autre public. Plus nombreux, plus prestigieux, plus familier aussi peut-être avec le grand Sérail. Il s’agit d’un public invité sur carton, où l’on retrouve ministres, ambassadeurs, intellectuels, artistes et gens du monde. On cite volontiers la présence de Monsieur l’ambassadeur de France Philippe Lecourtier, l’intervention savante de Roger Assaf, le beau sourire de Norma Naoum qui prouve que beauté et culture ne sont pas forcément incompatibles. Salle comble, un peu moins appliquée et certainement plus agitée que celle du matin, se rendant au rendez-vous de Pivot comme pour un spectacle. Et spectacle il y en avait ce soir-là pour les stakhanovistes de la dictée. Un invité de charme, Philippe Laville, a animé la scène avec trois ritournelles tout en étant secondé par un jeune chanteur libanais Fouad Nohra, usant bien des rythmes levantins mais que Pivot a bien voulu nous révéler dans sa "francité musicale". Atmosphère de fête avec impératif de marketing, avec quelques moments de confusion lors des remises des prix plutôt que la retenue d’une authentique présence intellectuelle.Voilà la dictée de Bernard Pivot qui se transforme en show. Mais on n’oublie pas pour autant les lauréats qui bénéficient d’un voyage à Paris ainsi que des montants allant de 2.000 à 5.000 euros. Uni dans l’amour de la langue française, le public écoutait encore les dernières mesures de la chanson On vit sous le même soleil quand les portes de la salle d’en face se sont grandes ouvertes, découvrant des tables magnifiquement dressées pour retrouver les nourritures terrestres.
Les lauréats
Scolaires : 1- Margarita Abi Zeid Daou, 2-Georges Achi, 3-Laura Abi Chakra ; Adultes : 1-Danièle Yazbeck (zéro faute !), 2- Bechara Mouzannar, 3-Eliane Koniski.

 
Le Déluge, c’était en mer Noire
Archéologie - A la recherche d’une civilisation perdue, il y a 7.600 ans
 
paru dans l'Orient-le Jour le 18 décembre 2002 

Une expédition américano-bulgare se lance depuis le port bulgare de Varna à la recherche des vestiges d’une civilisation antérieure à celles d’Egypte et de Mésopotamie, disparue sous la mer Noire pendant une inondation gigantesque, il y a 7.600 ans. Le navire bulgare Akademik explorera du 15 au 31 août au moyen de sonars les traces des embouchures des rivières Provadiyska (nord) et Kamtchia (sud) dans le lac d’eau douce que fut jadis la mer Noire, et le long desquelles devraient se situer des localités. Un robot télécommandé actuellement en construction, "Hercules", examinera en détail les sites trouvés au cours d’une nouvelle expédition en 2003. Le projet est dirigé par le géologue américain Robert Ballard, qui a découvert en 1985 les vestiges du Titanic dans l’Atlantique, et qui vérifie actuellement l’hypothèse selon laquelle le Déluge biblique s’est produit dans la mer Noire.
A l’origine, un lac d’eau douce
"Nous cherchons des preuves d’habitations humaines" où des hommes auraient vécu avant l’inondation qui transforma un lac d’eau douce en mer salée, l’actuelle mer Noire. "Nous ne pensons pas que l’arche de Noé puisse être retrouvée", même si cette inondation a pu donner naissance à la légende biblique du Déluge, a déclaré Robert Ballard. Pour le professeur de géologie Petko Dimitrov, chef de l’expédition du côté bulgare, le Déluge biblique devrait être confirmé par deux éléments : les preuves de la catastrophe et des traces d’une civilisation que celle-ci aurait effacée. "Des sédiments organiques qui se forment en cas de catastrophe écologique ont été retrouvés. Ils datent d’il y a 7.000-8.000 ans, époque du Déluge décrit par la Bible". D’autre part "l’ancien littoral, celui du lac, a été retrouvé et il est naturel de croire qu’il fut peuplé", a-t-il ajouté.
Des inondations se sont produites partout dans le monde, mais en mer Noire ce fut "l’inondation des inondations", a déclaré M. Ballard. La différence des niveaux de l’ancien lac d’eau douce et de la Méditerranée a fait qu’après la fonte des glaciers à la fin de l’ère glacière, l’eau de la Méditerranée déferla au-delà du Bosphore à une vitesse 200 fois supérieure à celle des chutes d’eau du Niagara, a-t-il expliqué. Deltcho Solakov, chercheur à l’Institut bulgare d’océanologie, a rappelé que, selon la Bible, l’arche de Noé s’échoua au mont Ararat, dans le Caucause, au sud de la mer Noire. L’existence d’une civilisation antérieure à celle de l’Egypte et de la Mésopotamie est déjà attestée par une nécropole néolithique découverte en 1972 près de Varna et comportant "la plus ancienne tombe découverte à ce jour en Europe et le plus ancien trésor d’or du monde", a indiqué M. Dimitrov. 
Le bol de Noé
Datée de 4.600 à 4.200 av. J-C, la nécropole exposée au musée archéologique de Varna contient 294 tombes avec environ 3.000 objets en or d’un poids total de plus de 6 kg, 200 objets en cuivre et de nombreux outils en silex et en pierre, objets de culte et de rites funéraires. La tombe la plus riche est celle d’un homme âgé de 40 à 50 ans, chef de tribu ou prêtre, enterré avec 900 objets en or. Par ailleurs, une expédition bulgaro-russe a découvert en 1985, enseveli au fond de la mer Noire, un récipient en argile parfaitement rond et portant une inscription que l’on a pas encore su déchiffrer, surnommé par les archéologues "le bol de Noé". M. Ballard explique que la mer Noire, dont la profondeur dépasse 2.000 mètres, est "le meilleur endroit pour trouver des bateaux parfaitement préservés" et d’autres vestiges en bois.
Partout dans les océans, l’oxygène pénètre jusqu’au fond porté par l’eau froide dense et lourde issue des glaciers des pôles. La mer Noire constitue un réservoir auquel cette eau n’a pas accès car elle n’est reliée à la Méditerranée que par l’étroit détroit du Bosphore. La vie n’y existe qu’à une profondeur de 85 à 750 mètres, et un bateau coulé demeure parfaitement préservé car aucun micro-organisme susceptible de le détruire n’y a accès. Déjà l’année dernière, une expédition Ballard, près de Sinap, en Turquie, a découvert des bateaux en bois vieux de 1.500 ans. Pour Robert Ballard, il reste beaucoup à explorer. Actuellement, "nous disposons de meilleures cartes de la planète Mars que de la mer Noire", constate-t-il.

 
Irak : un pas de plus vers la guerre
 
publié dans le Monde du 22 décembre 2002    
Les Etats-unis ont accusé, jeudi 19 décembre, le régime de Bagdad d'avoir violé ses obligations en matière de désarmement. Le secrétaire d'Etat, Colin Powell, a relevé des "omissions" dans le document militaire de 11.000 pages remis par l'Irak à l'ONU. Il a souligné des "violations patentes" de la résolution 1441 des Nations unies sur le désarmement de ce pays, et ajouté que si le désarmement "ne peut être fait pacifiquement, ce sera fait par la force". Parmi ces "omissions", Washington mentionne le fait que l'Irak a tenté de se procurer au Niger de l'uranium nécessaire à la fabrication de l'arme nucléaire.
Dans la matinée, le chef des inspecteurs de l'ONU, Hans Blix, et son homologue de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohammed Al-Baradei, avaient pointé plusieurs carences dans la déclaration irakienne et "peu de nouvelles informations significatives".Le même constat d'insuffisance a été fait par le Royaume-Uni et la France. Le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, a déclaré, jeudi, qu'il y avait "des zones d'ombre" dans l'inventaire fourni par l'Irak. "Nous faisons confiance à MM. Blix et Al-Baradei pour compléter cette déclaration", a-t-il ajouté. Washington se donne quelques semaines pour achever ses préparatifs militaires et diplomatiques en vue d'une éventuelle offensive. "Le monde n'attendra pas éternellement que l'Irak obtempère", a expliqué Colin Powell.