PRESSE  RJLIBAN  N°80  du 30 octobre 2002                                                                www.rjliban.com                                                    

 
TITRES

 

Sommet spirituel à Baabda et déjeuner en l’honneur de l’archevêque de Washington

paru dans l'Orient-le Jour le 30 octobre 2002

Le déjeuner que le président Emile Lahoud a donné hier au palais de Baabda en l’honneur de l’archevêque catholique de Washington, Mgr Theodore McKarik, s’est transformé en un sommet spirituel élargi sans précédent qui a regroupé les chefs de toutes les communautés religieuses chrétiennes et musulmanes qui constituent la mosaïque spécifique du tissu social libanais. Cette rencontre hautement symbolique dans les circonstances présentes a permis au chef de l’Etat de prendre position en faveur du droit à la différence et de l’acceptation de l’autre, soulignant sur ce plan que la diversité est source de richesse et que la différence est un droit. 
C’est en présence du nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti, et de l’archevêque de Washington que les chefs spirituels se sont retrouvés à la table du chef de l’Etat. Etaient notamment présents, le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, le mufti de la République, cheikh Mohammed Rachid Kabbani, le patriarche grec-orthodoxe, Mgr Ignace IV Hazim, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, le patriarche copte catholique, Mgr Estephan II Ghattas, le cheikh Akl druze, cheikh Bahjat Ghaïss, le patriarche grec-catholique, Mgr Grégoire III Lahham, le patriarche syrien-orthodoxe, Mgr Ignace Zaka Ier Iwass, le patriarche syrien-catholique, Mgr Pierre VIII Abdel Ahad, le patriarche arménien-catholique, Mgr Nersès Bedros XIX, le patriarche latin, Mgr Michel Sabbah, Mgr Keghan Khatcharian, représentant le catholicos arménien-orthodoxe, Mgr Aram Ier (actuellement à l’étranger), le président du conseil supérieur de la communauté évangélique au Liban et en Syrie, le père Sélim Sahyouni, ainsi que Mgr Georges Kassargi, représentant le patriarche chaldéen, Mgr Raphaël Ier Bidawid. 
Prenant la parole devant les chefs spirituels, le président Lahoud a mis l’accent sur "l’unité de la famille libanaise". "Malgré sa diversité, a souligné le chef de l’Etat, cette famille a pour dénominateur commun des principes et des valeurs qui ont fait du Liban non pas uniquement un peuple et une terre, mais un message portant sur le dialogue et l’entente." "Le monde d’aujourd’hui, a déclaré le président Lahoud, doit s’attacher à une vérité fondamentale, à savoir que la diversité est source de richesse et que la différence est un droit, étant entendu que la diversité et la différence ne devraient pas déboucher sur la violence. Le peuple libanais, toutes communautés confondues, a surmonté la crise qui l’a touché en étant convaincu plus que jamais de cette réalité." 
Le chef de l’Etat a mis l’accent à ce propos sur l’importance d’une action concertée de toutes les communautés libanaises afin de refléter "la réalité du Liban au niveau de toutes les instances religieuses, pédagogiques et culturelles". Le président Lahoud a souligné sur ce plan que le Sommet de la francophonie qui s’est tenu récemment à Beyrouth a "confirmé le rôle avant-gardiste du Liban en tant qu’élément moteur du dialogue des cultures". Et de conclure : "Tout dialogue ne saurait aboutir s’il n’est pas fondé sur l’acceptation de l’autre et sur la reconnaissance de son droit à l’existence."

 
Politiquement incorrect
 
par NAGIB AOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 28 octobre 2002
C’est à s’en arracher les cheveux. Tant de mauvaise foi et de mensonges, tant de haine et de diatribes infamantes. Et l’on s’étonne dans les hautes sphères que les jeunes, écœurés, démoralisés, fassent leurs valises et se pressent aux portes des ambassades, qui pour se réfugier au Canada, qui pour s’exiler en Australie. Entendue il y a quelques jours dans un cercle de jeunes, cette phrase d’un gamin de 18 ans : "Je n’en peux plus, j’en ai assez du cirque politique véhiculé par nos médias, du spectacle affligeant de dirigeants mégalomanes. Vivement un visa pour n’importe où. Pourquoi pas la Nouvelle-Zélande, c’est loin, très loin, et c’est tant mieux." L’Etat de Taëf a échoué, lamentablement échoué, et les rodomontades du genre : "Le Liban a retrouvé sa place dans le monde, son économie s’améliore, les investissements affluent", dont nous assomment les thuriféraires du régime, n’y changeront rien. L’infrastructure sociale se déglingue, l’eau fuit de partout, et ce fameux "ihbat" (découragement) dont les chrétiens avaient le triste privilège s’est étendu à toutes les communautés.
Mais qu’on ne s’avise surtout pas à le dire, ce serait rendre un insigne service à l’ennemi, exacerber les tensions confessionnelles et porter atteinte aux relations syro-libanaises (sic) alors que "les nuages s’amoncellent dans le ciel régional". Un leitmotiv dont nous matraque le pouvoir pour faire taire toute voix discordante. L’opposition l’a appris à ses propres dépens, elle qui a mis le doigt sur la plaie sans verser dans l’outrance ou l’insulte. Et c’est précisément le modérantisme du dernier discours, l’évidence du raisonnement qui ont provoqué la levée générale de boucliers dans les milieux loyalistes. Libertés, démocratie, souveraineté, dialogue, surtout dialogue : des mots incendiaires, provocateurs, une outrecuidance, un crime de lèse-Vérité Unique contre lequel s’insurgent les têtes pensantes du régime. La justice n’est pas en reste, elle qui menace de ses foudres ces empêcheurs de tourner en rond. On croit rêver, et pourtant telle est la réalité d’un système pour qui une main tendue est une main à trancher… Une parenthèse, impérative, essentielle : où se tient la Syrie face à cette situation aberrante ? 
De Bkerké à Kornet Chehwane, un maître mot régulièrement martelé : le dialogue. Pourquoi la Syrie reste-t-elle sourde à ces sollicitations ? Pourquoi ne prête-t-elle l’oreille qu’aux flatteurs, si nombreux à arpenter les rives du Barada ? Pourquoi la mission de Fouad Boutros, un vétéran de la diplomatie tranquille, est-elle gelée, sinon enterrée ? Faut-il faire à la Syrie l’outrage de croire que pour elle aussi une main tendue est une main à trancher, sinon à dédaigner ? C’en serait fait alors de tous les espoirs d’une équation nouvelle basée sur la confiance mutuelle et le respect réciproque. Que d’occasions manquées à ce niveau, que de déception et d’amertume, que de fenêtres ouvertes et vite refermées par ceux-là mêmes qui veulent monopoliser, séquestrer à leur seul profit les relations privilégiées avec Damas. Et pourtant, il suffirait d’un geste, d’un signe de bonne volonté…
Un mal insidieux mine les esprits, un confessionnalisme haineux, hideux, resurgit et la fracture sociale s’élargit, grossissant le nombre des chômeurs et des laissés-pour-compte d’un régime ankylosé. La crise frappe aux portes, plus fort que jamais, et dans ces mêmes écoles auxquelles l’Etat interdit d’enseigner les notions élémentaires des droits de l’homme et de la démocratie, de nombreux parents n’arrivent plus à payer la scolarité de leurs enfants, accumulant les arriérés et factures impayées. Le même drame se joue ailleurs, à d’autres niveaux et dans tous les milieux. Un exemple tout simple et significatif : le week-end écoulé, une association locale a organisé une marche payante, entre Broummana et Beit-Méry, pour assurer le coût de deux bourses scolaires. Mille livres pour un kilomètre, dix mille livres pour les dix kilomètres du parcours. Les organisateurs espéraient la participation de trois cents personnes. Cent seulement se sont présentées. Dix kilomètres, c’était dix mille livres de trop ! Mais pour les Excellences qui nous gouvernent, tout cela n’est peut-être que détails infimes, des accidents de parcours sans grande importance. La Nouvelle-Zélande, Excellences, n’a jamais paru aussi proche de nos rivages.
 

Droits de l’homme - Un expert de l’Onu se saisit de l’affaire MTV
La FIDH dénonce la décision "politique" du tribunal des imprimés

paru dans l'Orient-le Jour le 28 octobre 2002

Le président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), M. Sidiki Kaba, a saisi jeudi le rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression au Haut-Commissariat pour les droits de l’homme à l’Onu, M. Ambeyi Ligabo, concernant l’affaire MTV. S’adressant à M. Ligabo, la FIDH s’est dit "très préoccupée par la décision de la Cour d’appel des imprimés de Beyrouth 'de suspension et fermeture complète de la MTV et de RML' le 4 septembre dernier". "Cette décision nous paraît s’inscrire en parfaite violation, par le Liban, de ses engagements internationaux de garantir la liberté d’expression et en particulier d’information pluraliste", a poursuivi la FIDH. M. Kaba a rappelé que la FIDH avait condamné "la brutalité avec laquelle ont été expulsés les employés de la MTV par les forces de l’ordre", le 4 septembre dernier. Rappelant que la fermeture des deux chaînes avait été ordonnée par le tribunal des imprimés au motif de publicité électorale illicite, en vertu de l’article 68 de la loi 171 du 6 janvier 2000, la FIDH s’est inquiétée "de l’utilisation sélective et partiale de l’article 68". "Si cette décision semble conforme à la loi, la FIDH note que cette disposition législative n’avait jamais été appliquée auparavant", a poursuivi M. Kaba. 
"Le 21 octobre, le tribunal des imprimés a rejeté le recours en opposition présenté par les avocats de la MTV et de RML, sous prétexte que l’arrêt rendu par le même tribunal le 4 septembre 2002 n’est susceptible d’aucun recours, se refusant ainsi d’examiner les allégations des requérants. Le tribunal des imprimés a qualifié l’arrêt comme étant un acte juridique non juridictionnel, c’est-à-dire d’une nature administrative relevant de l’imperium du tribunal et non susceptible de recours. Les mesures d’administration judiciaire sont en principe celles d’ordre interne qui tendent à assurer la bonne marche de la procédure telles que la fixation des dates des audiences, l’organisation du service du tribunal ou la détermination des délais", a indiqué la FIDH. "Cette décision prive la MTV et RML de toutes possibilités de recours pour suspendre la décision de fermeture en attendant un jugement sur le fond du dossier, le seul recours persistant étant celui qui pourra être introduit devant l’une des chambres de la Cour de cassation", a-t-elle ajouté. 
Et la FIDH de souligner que "la manière avec laquelle la procédure a été menée laisse craindre une volonté des autorités libanaises de museler une chaîne de télévision d’opposition, et ce indépendamment de la décision juridique finale. En effet, l’arrêt rendu le 4 septembre est entaché d’un grand nombre d’irrégularités, les accusés ayant été privés de leurs droits élémentaires de défense. De plus, quelques jours après cette décision, la chambre du tribunal des imprimés ayant prononcé le verdict a été dissoute, et les avocats de la MTV, de RML et de leurs salariés ont dû attendre le 12 octobre pour pouvoir plaider pour la première fois devant la nouvelle chambre". "La FIDH craint que cette démarche ne vise à la faillite financière des deux médias incriminés avant même la décision définitive, et s’inquiète de cette décision juridique qui semble motivée par des raisons politiques", a poursuivi M. Kaba. Et de conclure : "La FIDH craint qu’elle ne serve de dangereux précédent et qu’elle ne légitime une restriction de l’espace de la liberté d’expression au Liban."

 
Wazzani - Les pompes enfin en marche
 
paru dans l'Orient-le Jour le 30 octobre 2002 

La station de pompage du Wazzani (Liban-Sud), inaugurée le 16 octobre en dépit des vives protestations israéliennes, a enfin commencé hier à alimenter en eau potable huit villages de la région de Marjeyoun, a indiqué le chef du projet, Chérif Wehbé, qui n’a pas précisé la raison pour laquelle la distribution de l’eau n’avait pas commencé plus tôt. Les villages qui commenceront à recevoir "l’or bleu" sont Houla, Adeissé, Markaba, Roub Talatine, Talousa, Mhaybîb et Bani Hayyan. "La semaine prochaine, ce seront quarante villages qui seront alimentés en eau dans la région de Marjeyoun et celle voisine de Hasbaya", a indiqué M. Wehbé. Le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, avait averti le mois dernier qu’un détournement des eaux du Wazzani constituerait un "casus belli" pour Israël, mais le Liban soutient qu’un pompage d’une part de l’eau qui lui revient n’est pas un détournement. Lundi dans la nuit, une fusée éclairante tirée par des soldats israéliens avait provoqué un incendie près de la station de pompage sur laquelle des ouvriers travaillaient à régler quelques détails.
Sous l’égide des Nations unies, la France, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie se sont impliqués dans différentes médiations et expertises destinées à empêcher que la crise ne débouche sur un conflit armé. Le nouveau projet utilise des conduites de 16 pouces (40 cm), selon un responsable de l’Office des eaux, Nasser Nasrallah. Il devrait alimenter une quarantaine de villages, porter le total de l’exploitation du bassin Wazzani/Hasbani de 7 millions à quelque 11 millions de m3 et permettre de répondre aux besoins de 7.000 foyers. M. Nasrallah souligne que ce projet reste très en deçà des 35 millions de m3 par an accordés au Liban en 1955 par le plan Johnson, fruit, déjà, d’une mission d’études américaines. 

 
Un haut gradé israélien accusé d'espionnage
 
publié dans le Devoir le 25 octobre 2002

Un tribunal militaire israélien a inculpé hier un lieutenant-colonel de l'armée d'espionnage au profit du Hezbollah libanais, affaire qui fait craindre un accroissement des activités du mouvement chiite libanais en Israël. Le tribunal a également prolongé de dix jours, soit jusqu'à la prochaine audience, la détention du lieutenant-colonel Omar al Kheib, Bédouin qui a été partiellement paralysé lors d'un accrochage au Liban-Sud. L'avocat de Kheib a fait savoir que son client nie les accusations portées contre lui.  Un porte-parole de l'armée a confirmé l'inculpation de l'officier par un tribunal militaire de Tel-Aviv dans le cadre d'une affaire qui porte, selon des commentateurs israéliens, sur le plus important réseau d'espionnage lié au Hezbollah en Israël. Au total, dix Bédouins ont été arrêtés il y a un mois et demi pour avoir transmis au Hezbollah des renseignements sur les positions de l'armée israélienne et ses activités le long de la frontière israélo-libanaise en échange de sommes d'argent et de drogue. Quatre autres Bédouins ont été inculpés pour des motifs analogues hier par un tribunal civil de Nazareth.
L'avocat de l'officier, Amnon Zichroni, a dit que la carrière militaire de Kheib témoignait de sa fidélité à l'Etat hébreu, présentant sa traduction en justice comme un "cirque médiatique". Le frère de Kheib s'est dit certain que le tribunal établirait son innocence. Le Hezbollah n'a fait aucun commentaire à ce sujet. Selon la police, les dix Bédouins sont originaires d'une ville de Galilée peu éloignée de la frontière libanaise, où le Hezbollah et les forces israéliennes s'affrontent toujours occasionnellement, plus de deux ans après le retrait de Tsahal du Liban-Sud. Les inculpations survenues hier sont de nature à susciter des inquiétudes en Israël au sujet de la minorité arabe du pays, qui compte un million d'habitants et qui a exprimé son soutien à l'intifada déclenchée depuis deux ans pour l'indépendance palestinienne.

 
Les travaillistes israéliens quittent le gouvernement Sharon

publié par Reuters le 30 octobre 2002

Le ministre de la Défense Benyamin Ben-Eliezer et les autres ministres travaillistes ont claqué la porte du gouvernement d'unité nationale d'Ariel Sharon qui les a accusés d'avoir créé une crise sous un prétexte budgétaire pour des raisons purement politiques. Cette crise, provoquée par un désaccord à propos de crédits, excessifs aux yeux des travaillistes, alloués aux colonies juives dans le projet de budget 2003 (145 millions de dollars), conduira vraisemblablement à des élections anticipées, neuf mois avant l'échéance normale. Un compromis de dernière heure semblait pourtant avoir été trouvé dans la journée entre les deux partis, mais Ben-Eliezer a remis sa démission à Sharon, et Shimon Peres, son collègue des Affaires étrangères, a précisé que tous les ministres travaillistes suivaient le mouvement. Le Premier ministre les a accusés d'être revenus à la dernière minute sur leur parole "pour des raisons politiques". "C'est pour cela que vous avez brisé le gouvernement d'union nationale", a lancé le président du Conseil à la tribune de la Knesset en parlant du différend sur le budget. "Vraiment, il existe une limite au mépris !" Le chef du Likoud a promis de conduire les affaires de l'Etat "de manière responsable" durant la période de crise qui s'ouvre pour lui du fait que le retrait travailliste le prive de majorité parlementaire puisqu'il ne peut plus compter que sur 55 députés sur 120 à la Knesset.
Un "faucon" qui fait la cour aux "colombes"
Comme Ben-Eliezer les y avait invités, les travaillistes ont voté contre le budget, mais celui-ci a été adopté mercredi en première lecture grâce à l'appoint opportun des voix des sept députés du parti ultranationaliste Yisraël Beïtenu, qui ne font pas partie de la coalition en place depuis 19 mois. Ces alliés de circonstance de Sharon ont exprimé leur souhait de surfer sur la vague de la popularité actuelle de la droite dans les sondages et souhaitent des élections anticipées. Selon une étude publiée mardi par le Yedioth Ahronoth, le Likoud obtiendrait aujourd'hui 29 sièges soit dix de plus, alors que les travaillistes en récolteraient 21, soit cinq de moins. "Nous avons déployé tous les efforts possibles ces trois derniers jours pour préserver l'unité du gouvernement, mais ces efforts ont échoué. C'est Ben-Eliezer qui a démissionné", a fait valoir le ministre des Finances, Silvan Shalom.
Sharon avait averti que quiconque s'opposerait au budget ne ferait plus partie du gouvernement mais à la demande du chef de l'Etat, le président Moshe Katzav, des efforts de conciliation de dernière minute avaient été entrepris mercredi matin et le vote du budget avait été repoussé de quelques heures à la Knesset. Selon Effi Oshaya, président du groupe parlementaire travailliste à la Knesset, un compromis provisoire avait même été esquissé entre les deux camps à la faveur de ce report, mais Sharon et Ben-Eliezer n'ont finalement pas pu le boucler. Ben-Eliezer, le "faucon" le plus en vue du parti travailliste, courtise actuellement les "colombes" de cette formation de gauche en vue du prochain renouvellement de la direction. Mardi soir, il avait laissé entendre soir que la tenue de législatives anticipées était inéluctable, car il entendait se battre "jusqu'au bout". 
 
Un haut diplomate américain assassiné en Jordanie
Lawrence Foley a été abattu par un inconnu à Amman
 
paru dans Libération le 29 octobre 2002
Pour la première fois en Jordanie, où les actes de terrorisme sont rares, un haut diplomate américain a été tué hier matin en plein centre d'Amman dans le garage de sa villa par un inconnu. Laurence Foley, 62 ans, travaillait pour l'Agence américaine pour le développement international (USAID, principal organisme américain chargé d'acheminer de l'aide à l'étranger en cas de catastrophe). Selon des sources proches de l'enquête, c'est un professionnel, armé d'un silencieux, qui a tué le diplomate alors qu'il se rendait à son travail. Pas moins de huit balles ont été retrouvées dans le corps lors de l'autopsie, dont trois dans la poitrine tirées à bout portant. De plus, selon les voisins, interrogés par la police, les deux chiens de Foley, qui ont l'habitude d'aboyer à l'approche d'inconnus, ne se sont pas manifestés lors de l'assassinat.
Alerte renforcée
Le tueur, peut-être épaulé par un complice, est parvenu à prendre la fuite en profitant de l'affluence dans ce quartier prospère de la capitale. Dès l'annonce de l'assassinat, les mesures de sécurité ont été encore renforcées à l'ambassade des Etats-Unis. Déjà transformée en forteresse, cette ambassade constitue la plus grande enceinte diplomatique américaine de la région. D'autres ambassades occidentales ont aussi été placées en alerte renforcée.
Important allié
Le meurtre a aussitôt suscité l'inquiétude des milieux d'expatriés occidentaux dans un pays où les attentats politiques sont rares. La Jordanie, allié important des Etats-Unis au Proche-Orient, a signé un traité de paix avec Israël en 1994. A Washington, la Maison Blanche a fait savoir qu'elle n'excluait pas que le meurtre soit d'origine politique. Des responsables américains ont aussi déclaré, sous couvert de l'anonymat, que les premiers éléments de l'enquête semblaient indiquer que cet assassinat était dû à des motivations politiques. Le ministre jordanien de l'Information, Mohammed Adouane, l'a qualifié d'attentat, le premier à frapper un diplomate occidental en Jordanie. "Cet attentat, quels qu'en soient les motifs, est un attentat contre le pays et sa sécurité nationale", a-t-il déclaré.
 
Bagdad décrète une amnistie générale

paru dans le Monde du 22 octobre 2002

Acte de "générosité" pour Bagdad, trompe-l'œil pour les Etats-Unis, pure roublardise pour des opposants au régime de Bagdad : le président irakien Saddam Hussein a fait annoncer, dimanche 20 octobre, une amnistie pour les Irakiens détenus ou condamnés pour des raisons politiques ou des crimes de droit commun. Les déserteurs de l'armée sont eux aussi concernés par cette amnistie, qui exclut en revanche "ceux qui ont été condamnés ou qui sont détenus pour meurtre", sauf si les familles des victimes leur accordent le pardon ou s'ils "remboursent leur dette à l'Etat ou à des particuliers". L'amnistie inclut les prisonniers de différentes nationalités arabes, à l'exception de ceux détenus pour espionnage au profit d'Israël ou des Etats-Unis. Les journalistes présents en Irak ont bien assisté à la libération de prisonniers, accueillis par des familles en liesse. Leur nombre n'a pas été révélé de source officielle, et nul n'est en mesure de dire combien d'Irakiens sont détenus pour des raisons politiques. "Ce geste généreux est une marque de considération pour l'attitude du peuple irakien lors du référendum" qui, avec une participation et une adhésion maximales de 100 % du corps électoral, a reconduit pour sept ans dans ses fonctions le président Hussein, a commenté le Conseil du commandement de la révolution dirigé par ce dernier.
"Est-ce que vous pensez réellement que des gens que le régime irakien considère comme dangereux vont rester libres longtemps ? Ne vont-ils pas se retrouver à nouveau en prison dans trois jours ?", a ironisé le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, pour qui "Saddam Hussein veut se faire passer pour ce qu'il n'est pas". Plusieurs opposants irakiens en exil, dont d'anciens officiers, ont eux aussi mis en doute le sérieux de l'amnistie, se fondant sur les pratiques passées du régime. Ils ont rappelé le sort des deux gendres du président, Hussein et Saddam Kamel Hassan, qui firent défection en 1995. Après leur avoir accordé son pardon, il les a fait exécuter dès leur retour au pays. Par ailleurs, en attendant que le Conseil de sécurité de l'ONU se prononce sur une nouvelle résolution concernant le retour en Irak des experts du désarmement, Londres, selon l'hebdomadaire britannique The Sunday Telegraph, s'apprête à rappeler des personnels médicaux spécialisés au sein de son contingent de réservistes, qui seraient aptes à être mobilisés dans les deux mois, en prévision d'une guerre contre l'Irak. Le ministère britannique de la défense a refusé de commenter cette information. 
 
Nombreuses manifestations contre la guerre
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Washington, San Francisco, Berlin, Amsterdam, Madrid
 
paru dans le Figaro le 28 octobre 2002
Accusant le président George W. Bush de préparer un génocide en Irak, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé samedi à Washington en direction de la Maison-Blanche pour marquer leur hostilité à une intervention armée de leur pays contre Bagdad. A San Francisco, Berlin, Amsterdam et d'autres villes du monde entier, des dizaines de milliers d'autres personnes sont descendues dans les rues pour manifester contre une guerre en Irak. Les rassemblements qui ont eu lieu à travers le monde répondaient à une initiative mondiale partant des Etats-Unis du nom de Answer (Action contre la guerre et le racisme) dans le cadre de la Journée internationale contre la guerre. A Washington, les manifestants se sont rassemblés dans un lieu haut en symbole, le monument aux morts du Vietnam, et leur cortège s'est ébranlé ensuite en direction de la Maison-Blanche. La police n'a pas fourni de chiffre officiel du nombre de manifestants mais selon Tony Murphy, l'un des organisateurs, 150.000 personnes ont pris part au défilé. D'autres observateurs ont parlé de 40.000 à 50.000 participants. Les protestataires réclament aussi la levée des sanctions économiques imposées à l'Irak au lendemain de la guerre du Golfe, responsables selon eux de la mort de centaines de milliers de civils.
A San Francisco, une foule évaluée à 42.000 personnes par la police a manifesté pour les mêmes motifs. "Pas de sang pour le pétrole !", lisait-on sur une banderole. En Europe, c'est en Allemagne, dans 70 villes, que les manifestations les plus importantes ont eu lieu. La plus imposante s'est déroulée dans la capitale, Berlin, où l'on dénombrait près de 10.000 manifestants dans le centre sous le mot d'ordre : "Pas de guerre contre l'Irak." A Francfort, 400 personnes ont manifesté. A Dusseldorf, on comptait 400 manifestants, qui ont traversé le centre et se sont rendus au consulat général des Etats-Unis. A Cologne, 400 personnes étaient présentes à la manifestation, ainsi que plusieurs centaines à Hambourg ou encore à Munich. Les rassemblements se sont déroulés sans incident particulier. A Amsterdam, 4.000 personnes se sont rassemblées sous une pluie battante pour protester contre la politique des Etats-Unis. Plusieurs milliers de personnes, ont par ailleurs défilé hier en début d'après-midi dans le centre de Madrid.
 

Tragique victoire

par JULIEN REDON, publié dans Ouest-France le 28 octobre 2002

Une libération ? Oui, incontestablement. Quand plus de sept cent cinquante civils innocents sont retenus prisonniers par un commando paramilitaire bardé d'explosifs qui menace de les assassiner, si ses revendications ne sont pas satisfaites, et que les forces de l'ordre donnent l'assaut, alors, quelles que soient la 'casse' ­- tragique euphémisme ­- et les motivations des preneurs d'otages, c'est bien de cela qu'il s'agit en effet. D'où vient donc l'embarras des observateurs, leur envie de mettre des guillemets autour de ce mot de 'libération' ? D'abord, bien sûr, du nombre de victimes que l'opération a faites parmi les otages eux-mêmes : cent dix-sept au dernier bilan. Naturellement, on peut faire valoir -­ et les autorités russes s'y emploient -­ que, dans une situation apparemment si inextricable, on devrait plutôt se réjouir qu'il y ait quand même eu plus de six cents survivants, par rapport au massacre annoncé. Et on le doit, en effet. Mais le mode opératoire choisi, très certainement l'injection massive dans la salle du théâtre d'un gaz soporifique à effet foudroyant n'a pas vraiment fait de détail. Beaucoup d'otages seraient morts des suites de cette inhalation, redoutable sur des sujets ultrastressés, sous-alimentés et déshydratés. Des membres du commando aussi, sans doute, ainsi empêchés de faire détonner leurs explosifs.
Or -­ deuxième sujet d'interrogation -­ les preneurs d'otages ont, eux, été déclarés morts, tous, et tout de suite. Comment ne pas imaginer que les forces spéciales, quand elles ont fait irruption sur les lieux, ne les ont pas liquidés systématiquement, alors même qu'ils étaient devenus inoffensifs ? A l'évidence, le Kremlin ne voulait ni arrestations ni procès. Ni, surtout, débat de fond sur la Tchétchénie et son sort actuel. C'est la guerre, dira-t-on. Et l'opération tchétchène de Moscou n'était qu'un épisode de cette guerre, tout comme l'assaut qui y a mis fin. Mais Vladimir Poutine expliquait justement, il y a quelques jours encore, que si jamais guerre il y avait eue, elle était finie, et gagnée, que la situation était normalisée. Amère victoire, donc, qui laisse pendantes plusieurs autres questions : comment les services secrets russes, dont on n'ignore pas la réputation, ont-ils pu laisser des dizaines de personnes armées, au physique souvent très identifiable, se regrouper dans la capitale et s'installer en maîtres dans un lieu éminemment public ? De quels appuis les Tchétchènes ont-ils profité de la part de ces 'réseaux étrangers' que s'est empressé de dénoncer Poutine, à destination, bien sûr, d'un Occident obsédé par Al-Qaida et l'intégrisme islamique ? Lequel avait commencé, c'est vrai, notamment dans sa composante wahhabite, à infiltrer la mouvance indépendantiste tchétchène et son naguère paisible sunnisme.
Mais, dans l'immédiat, malgré la relative lourdeur du bilan, le président Poutine a restauré son image d'homme fort, et sans doute retrouvé la confiance brièvement ébranlée de ses concitoyens... et de l'opinion mondiale. Il retrouve au prix fort, mais qui eût pu l'être bien plus encore, ce qu'il avait été tout près de perdre. Et le désordre tchétchène de Moscou va sans doute renforcer durablement l' 'ordre russe' de Grozny.
 
La charrue et les boeufs
 
par HENRI FROMENT-MEURICE, ambassadeur de France, publié dans le Figaro le 22 octobre 2002
Nul ne contestera qu'il ne sert de rien d'avoir des boeufs sans charrue pas plus que d'avoir une charrue sans des boeufs. Ainsi en va-t-il de l'Union européenne lorsqu'il s'agit de lui permettre de jouer sur la scène internationale le rôle à la mesure de ses intérêts et ses responsabilités et pour cela d'acquérir simultanément les instruments classiques de la souveraineté : une diplomatie et une armée, car toute diplomatie qui ne dispose pas d'une armée est tout aussi inefficace que toute armée qui ne sait pas à quelle politique étrangère elle est destinée. Autant dire qu'il faut à l'Union et des boeufs et une charrue. Penser que les peuples européens n'en sont pas conscients serait médire de leur lucidité : tous les sondages prouvent leur souhait que l'Europe sorte de l'impuissance pour accéder à la puissance. En revanche dire que les gouvernements font le nécessaire pour qu'il en soit ainsi serait les flatter exagérément.
Certes, ces derniers temps, les Européens ont pris quelques mesures qui témoignent d'une certaine volonté d'aller de l'avant. Notamment dans le domaine de la défense ils se sont engagés à constituer cette "identité européenne de défense" qui doit en principe leur permettre de disposer au sein de l'Alliance atlantique d'une réelle capacité d'action autonome. Néanmoins les réalités sont encore loin d'être à la hauteur des intentions. La force d'intervention de 60.000 hommes, volume pourtant bien modeste, ne peut être considérée déjà pleinement opérationnelle, c'est-à-dire projetable en quelques jours sur un véritable champ de bataille. Les budgets de défense, à l'exception du britannique et du français, demeurent à des niveaux trop bas : les démocraties européennes préfèrent visiblement renforcer leur protection sociale plutôt que leur protection militaire, comme s'il n'y avait plus rien à craindre de personne. Bien des projets de coopération européenne en matière d'armements, tels que le missile air-air Météor ou l'Airbus militaire ne démarrent pas. Quant à une éventuelle défense antimissiles, les Européens ne paraissent pas la tenir pour nécessaire, ce qui est loin d'être évident. Aussi comprend-on que les Etats-Unis considèrent avec un certain dédain l'éventuel apport militaire des Européens à une guerre un peu chaude. Bref, la charrue est encore loin d'être un outil performant.
En matière diplomatique l'on avait pu constater quelques progrès encourageants, telle la nomination de M. Solana comme Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité commune et la création à Bruxelles d'organes politico-militaires pour la gestion de crises. Mais l'on ne peut que s'inquiéter du désordre dans lequel évoluent les diplomaties des Européens. Positions et langages diffèrent, qu'il s'agisse de parler à Moscou ou à Washington. Qui parle au nom de l'Europe ? M. Solana ? M. Prodi ? Le président du semestre ? Et quand tel ou tel dirigeant discute avec M. Poutine ou M. Bush, parle-t-il au nom de son pays ou au nom de l'Europe ? Ces derniers temps l'on a assisté à quelques belles cacophonies, à des solos sans accompagnement. Aussi longtemps qu'il ne s'agit que d'un rocher en Méditerranée, les Européens peuvent encore se payer le ridicule de laisser les Etats-Unis faire la médiation entre le Maroc et l'Espagne. Mais quand il s'agit de l'Irak l'absence d'une position unique des Européens est autrement plus grave. Si d'aventure les Etats-Unis en viennent à l'intervention militaire, verra-t-on la Grande-Bretagne seule y participer ? La France s'abstenir dans le cas où le Conseil de sécurité n'aurait pas donné son feu vert ? L'Allemagne refuser tout concours, y compris financier ? Un autre s'indigner et promettre son aide humanitaire aux populations victimes des bombes américaines ? Autant dire que, pour faire avancer la charrue les boeufs aujourd'hui tirent à hue et à dia.
Il est grand temps que les Européens, comme ils l'ont fait depuis des années pour la politique commerciale, comme une majorité d'entre eux vient de le faire pour l'euro, acceptent de partager leur souveraineté dans ces deux domaines vitaux de la politique étrangère et de la défense, d'intégrer leurs instruments nationaux, de se soumettre à des disciplines, des contraintes, des votes majoritaires, de relever leurs budgets de défense, de mettre en pool leurs industries d'armements. Sans doute cela implique-t-il de renoncer à l'exercice solitaire des moyens nationaux d'action avec toutes les satisfactions d'amour-propre qu'il peut procurer, mais la récompense vient quand, pour avoir forgé un instrument commun, l'on constate qu'il permet d'exercer une influence supérieure. C'est pourquoi il est très satisfaisant que le président de la République ait proposé que "l'Europe dispose, en quelque sorte, d'un ministre des Affaires étrangères". Peut-on espérer que la Convention européenne que préside M. Giscard d'Estaing soumette aux gouvernements des conclusions qui permettent à l'Union européenne d'avoir et la charrue et les boeufs ? Et qu'ensuite ces gouvernements, eux aussi, fassent preuve d'audace ? S'il n'en allait pas ainsi, il faudrait bien alors que quelques-uns, à commencer par la France et l'Allemagne, se montrent assez déterminés pour s'engager sur cette voie sans attendre que les autres les suivent.
 
Au Québec - Du mont Liban à Montréal
 
par ISABELLE GREGOIRE, publié dans l'Express le 24 octobre 2002
Quelque 150.000 Québécois sont originaires du pays du Cèdre. Et, malgré les rigueurs de l'hiver, ils assurent avoir trouvé ici beaucoup de chaleur. Au point de ne plus en repartir. Hamid Sleiman est un homme heureux. Débarqué sans un sou à Montréal en 1987, ce Libanais de 35 ans est aujourd'hui à la tête d'un petit empire commercial qui fait vivre toute sa famille - 40 personnes en tout, tous canadiens à présent. Originaire de Miniara, un petit village du nord du Liban, Hamid rêvait du Canada. "Parce que le Liban était toujours en guerre et que je n'avais pas d'espoir d'y trouver un job", raconte-t-il. Il apprend le français sur le tas, tout en travaillant. D'abord plongeur, puis ouvrier dans une manufacture de tapis et dans une entreprise de teinture, il trime sept jours sur sept et douze heures par jour pendant six ans. Ses deux frères et son cousin débarquent à leur tour. Mettant les revenus en commun, la famille de Hamid réussit à amasser un petit pécule. En 1993, elle achète, pour 50.000 dollars canadiens, un "magasin tout à 1 dollar" - commerce proposant des babioles. Il sera le premier maillon d'une chaîne de huit magasins Magi-prix gérés par un frère, un cousin ou un beau-frère de Hamid.
Les réussites de Libanais comme Hamid Sleiman sont nombreuses au Québec. Ils sont quelque 150.000 originaires du pays du Cèdre à avoir immigré ici. En dépit du long hiver qui les confine souvent à la maison, la plupart ont choisi de rester au Canada et d'en prendre la nationalité. Si certains sont rentrés au pays dans les années 1990 - il y aurait 25.000 Canado-Libanais au Liban - cette vague de retours est terminée, selon Khalil El-Habre, consul général du Liban à Montréal. "Depuis, plusieurs sont même revenus au Québec, dit-il. Notamment leurs enfants, pour étudier." "Nous avons énormément d'affinités avec les Québécois", assure Aida Kamar, qui a créé, en 1991, la télé libanaise à Montréal (émissions diffusées sur la "chaîne ethnique" câblée), et vient d'ouvrir son entreprise de communication. "Comme nous, ils aiment faire la fête, chanter et se promener." Lors de son voyage à Beyrouth en septembre dernier, à l'occasion de la préparation du Sommet de la francophonie, Louise Beaudoin, ministre d'Etat aux Relations internationales du Québec, a, quant à elle, évoqué la "relation centenaire" qui unit le Québec et le Liban.
C'est en 1890 qu'est arrivé au Québec le tout premier immigrant libanais. Paysan originaire du village de Zahlé, dans la vallée de la Békaa, il s'est installé dans la ville de Trois-Rivières. Avec son balluchon, il allait de ville en ville pour vendre à domicile. "Au tout début, jusque vers les années 1940, la plupart des immigrants libanais faisaient du commerce ambulant, raconte Aida Kamar. Puis ils ont commencé à ouvrir des magasins ou à travailler comme manœuvres. D'abord en province, puis à Montréal." Les années 1960 et 1970 ont connu une autre vague d'immigration : des étudiants - essentiellement de futurs médecins et ingénieurs. Pour la plupart, ils sont restés au Québec lorsque la guerre du Liban s'est déclenchée. Plusieurs figurent parmi les grands noms de la médecine québécoise : neurologues, oto-rhinos, ou chirurgiens cardio-vasculaires, comme le Dr Pierre Ghosn, qui opéra Lucien Bouchard, alors Premier ministre. Aujourd'hui encore, plusieurs Libanais poursuivent leurs études au Québec. "La société québécoise s'est montrée très tolérante et très accueillante pour les Libanais, constate le consul général Khalil El-Habre. Ils ont trouvé ici un système social performant et de haut niveau. Et des conditions de travail et des opportunités exceptionnelles."
Résidant majoritairement à Montréal (environ 90%), les Libanais ont leurs quartiers de prédilection, où ils continuent souvent de vivre "à la libanaise". Ainsi à Montréal-Nord, pour la classe moyenne, ou le chic arrondissement Mont-Royal, pour les plus aisés. Enfin, et surtout, celui de Saint-Laurent, où les Libanais représentent 16% de la population totale. Surnommé "Saint-Liban" ou "Petit-Liban", l'arrondissement montréalais de Saint-Laurent a vu fleurir, depuis une dizaine d'années, une multitude de commerces libanais : librairies, fast-foods, marchands de fromages, cafés et même supermarchés. Parmi les incontournables: la boulangerie-pâtisserie Andalos, sur la rue Lebeau. Malgré un environnement ingrat - un parc industriel - Andalos attire les foules. Pour satisfaire les goûts de la clientèle québécoise, les mankouché, rebaptisés ici "pizzas", se déclinent en une quinzaine de variétés: fromage, épinards, jambon, poulet…
Non loin des délices d'Andalos, le supermarché Adonis, libanais également, propose la gamme infinie de la cuisine orientale. Là aussi, la réussite a été fulgurante puisque tout a commencé avec une modeste épicerie ouverte sept jours sur sept. Adonis compte aujourd'hui trois succursales dans la région de Montréal, qui attirent autant de Québécois que de Libanais, Egyptiens, Tunisiens… Le Québec, Montréal surtout, regorge également de restaurants libanais - depuis les chaînes de fast-food comme Amir jusqu'aux tables gastronomiques comme les deux célèbres restaurants Daou. Certains proposent, les vendredis et samedis soir, musiciens et danseuses du ventre. L'Al-Kanater, notamment, est réputé pour son ambiance extraordinaire. "Comme on n'en connaît plus à Beyrouth !" s'exclame fièrement le propriétaire, Georges Youssef. Il sait de quoi il parle : il tenait un grand restaurant à Beyrouth avant d'immigrer au Québec en 1989, et d'ouvrir l'Al-Kanater voilà dix ans. Parmi ses clients : le Premier ministre québécois, Bernard Landry, et le couple le plus célèbre de la Belle Province, René Angélil (lui-même d'origine libano-syrienne) et Céline Dion, dont la photo, en compagnie du maître des lieux, orne le mur juste au-dessus de la piste de danse. Dans ce restaurant de 350 places, on oublie vite qu'on est à Montréal. Plats fins et abondants, narguilé circulant de table en table, petits verres d'arak, jolies filles ultramaquillées, familles accompagnées de bébés, groupes de jeunes fêtant des anniversaires… La musique commence vers 23 heures, la danseuse du ventre beaucoup plus tard… L'orchestre de cinq musiciens libanais joue jusqu'à 4 heures du matin.
Vivre à la libanaise à Montréal, ce n'est pas seulement manger et danser, c'est aussi s'informer. Aux balcons des immeubles de Saint-Laurent fleurissent les antennes paraboliques. "Ce sont les Libanais, qui reçoivent la télé en direct du Liban !" explique Aida Kamar. Des journaux libanais sont également édités à Montréal, comme l'hebdomadaire de langue arabe Al-Mustakbal (L'Avenir). Directeur-fondateur d'Al-Mustakbal, Joseph Nakhlé, 36 ans, auparavant journaliste au Liban, est arrivé au Québec avec femme et enfants en 1991. C'est donc à 25 ans qu'il crée cet hebdo, entouré d'une équipe de jeunes journalistes et universitaires libanais bénévoles. "Une très belle aventure! raconte-t-il. Qui n'a pas coûté très cher à lancer: 10.000 dollars empruntés à des amis." Aujourd'hui, le journal, diffusé à 11.000 exemplaires, vit plutôt bien, et Nakhlé a lancé le Festival du monde arabe de Montréal, qui connaîtra sa 3e édition, en novembre prochain.
La culture libanaise redécouverte
Promouvoir la culture libanaise à Montréal, c'est la mission que s'est donnée l'association Lebanus - elle compte une antenne à Montréal depuis seize ans, outre celle de Paris. "Notre objectif est de réunir des fonds pour aider de jeunes Libanais à poursuivre leurs études", explique Nada Raphaël, 25 ans, membre de l'association. Avec Lebanus, cette jeune cinéaste d'origine libanaise a mis sur pied un festival de courts-métrages libanais, qui se déroule chaque année au mois de mai à l'Office national du film (ONF) de Montréal. Ainsi que des soirées spectacles réalisées avec le concours de restaurateurs libanais de Montréal. Si, adolescent, il a d'abord rejeté sa culture libanaise parce qu'il voulait, confie-t-il, "devenir québécois", le dramaturge Wajdi Mouawad, 34 ans, se l'est, depuis, réappropriée "grain de sable par grain de sable". "La lumière, la littérature, la richesse historique, la musique, la nourriture, la langue arabe, j'ai redécouvert tout cela, et je l'ai ramené au théâtre. C'est ma plus grande richesse aujourd'hui." Arraché enfant à son Liban natal, Mouawad s'est d'abord réfugié à Paris avec sa famille avant de débarquer à Montréal à l'âge de 16 ans.
Aujourd'hui, les pièces de Wajdi Mouawad - notamment Littoral, dont sera tiré un film en 2003 - mais aussi ses mises en scène, traductions et adaptations font l'unanimité des critiques et du public. Directeur du théâtre de Quat' Sous, à Montréal, depuis 2000, il a apporté un nouveau souffle au théâtre québécois. Et son premier roman, Visage retrouvé, à paraître chez Léméac/Actes Sud ce mois-ci, est très attendu. Son œuvre est imprégnée de son rapport au Liban, et de la guerre, mais aussi fortement liée au Québec. "Je dois énormément à ce pays, dit-il. Le Québec m'a sauvé la vie et m'a appris mon métier. Et c'est aussi ici que j'ai rencontré l'amour."
 
Monseigneur Etchegaray : "Les martyrs sont la fécondité de l'Eglise"
 
propos recueillis par YVES CORNU et DOMINIQUE DUNGLAS, publiés dans le Point le 24 octobre 2002
* Quelle était la volonté de Jean-Paul II en créant la Commission des nouveaux martyrs ?
Jean-Paul II a décidé que, dans le cadre du Jubilé de l'an 2000, l'Eglise devait célébrer tous les martyrs. Une Eglise qui ne se souvient plus de ses martyrs d'hier ou ne découvre pas ceux d'aujourd'hui ne peut revendiquer l'honneur d'être l'Eglise du Christ. Je pense bien sûr à l'Eglise catholique, mais aussi à toutes les confessions chrétiennes qui ont eu, et ont encore, leurs propres martyrs. Le pape a donc voulu élargir la perspective et ne pas se replier "égoïstement" sur ses propres martyrs. Il existe un vieil adage qui dit : "Le sang des martyrs est la semence des chrétiens". La fécondité d'une Eglise se mesure au nombre de ses martyrs. Le pape tenait à donner un aspect oecuménique à cette mémoire. Lui qui est passionné par l'unité de l'Eglise a dit : "L'oecuménisme des martyrs est peut-être celui qui convainc le plus."
* N'est-il pas effrayant d'affirmer que les martyrs sont le signe de vitalité d'une Eglise ?
Quelqu'un qui n'est pas chrétien peut avoir du mal à le comprendre. Pour un chrétien, c'est naturel, car il doit toujours se référer au Christ, qui est son maître. Or le Christ s'est présenté dans sa vie comme un signe de contradiction. Et la fine pointe de l'Evangile, ce sont les béatitudes, quand le Christ a proclamé bienheureux les pauvres, les affligés, les affamés de justice, les persécutés. Un bonheur qui va à l'encontre de ce qu'on pense dans la vie ordinaire. Le chrétien doit essayer de vivre cela à notre époque où les critères de succès sont le pouvoir et l'argent. Comment faire comprendre, par exemple, dans une économie soumise à la loi de l'argent, qu'une certaine forme de pauvreté est à promouvoir comme un acte gratuit de service, de solidarité ?
* Si on suit cette logique, le XXe siècle, qui a connu beaucoup de martyrs chrétiens, davantage que les siècles précédents, est donc un siècle d'or pour la chrétienté ?
Oui. Je le crois. C'est pour cela que le pape n'a cessé de lancer un message d'espérance. Bien sûr, si dans les premiers siècles de l'histoire de l'Eglise certains chrétiens ont pu s'exalter à la perspective du martyre, personne ne cherche aujourd'hui à devenir martyr. C'est une grâce qu'on reçoit, une grâce difficile à cueillir, car elle nécessite le sacrifice du sang. Le martyre doit être l'horizon habituel des chrétiens, si l'occasion se présente.
* Comme chrétien, vous ne partagez donc pas la phrase de Georges Brassens, qui disait : "Mourons pour des idées, mais de mort lente" ?
J'aime beaucoup Brassens, mais on meurt concrètement pour défendre des hommes bafoués. On ne meurt pas pour des idées abstraites. Une parole du Christ me vient à l'esprit : "Personne ne peut m'enlever ma vie, je la donne de moi-même." Le premier martyr, Jésus-Christ, s'est offert de lui-même, car il était le maître de la vie. Le martyre doit être un acte d'offrande, la sublimation d'une mort forcée.
* Le pardon est-il une condition sine qua non du martyre ?
L'un ne peut aller sans l'autre. Le martyre est un acte d'amour. Amour envers Dieu, mais aussi envers le frère qui vous persécute. Tous les martyrs ont su pardonner, comme avait fait le Christ sur la croix. Le grand message laissé par les martyrs consiste à montrer que la misère plonge très bas, mais que la miséricorde de Dieu descend encore plus bas.
* Au cours du XXe siècle, les grandes persécutions n'ont-elles pas eu davantage de mobiles politiques que religieux ?
Le pape a mis en relief que nous étions sortis d'une conception un peu romantique du martyre. Maintenant, il ne se limite pas au don de la vie d'une façon spectaculaire en criant "Vive Jésus !". Le pape a su mettre en valeur des témoignages de foi de chrétiens persécutés pour des raisons apparemment politiques. Mais le Christ n'est-il pas mort lui-même parce que Pilate le considérait comme subversif ? Maintenant aussi, tous ceux qui meurent pour ce qu'on appelle les droits de l'homme sont à leur manière des martyrs. Trop souvent, on oppose Dieu et l'homme. Un défenseur des droits de l'homme défend le respect, la dignité, quelque chose qui dépasse l'image trop vulgarisée qu'on a de l'homme. En défendant l'homme, nous défendons Dieu.
* Au Rwanda, des chrétiens ont été martyrisés par d'autres chrétiens. N'est-ce pas là un type de persécution odieux pour vous ?
Dans l'histoire de l'Eglise, il y a eu des bourreaux chrétiens. Il y a ceux qui sont logiques avec leur foi, et ceux qui sont guidés par des intérêts privés ou ethnocentriques. Se servir de Dieu pour servir sa cause est ce qu'il y a de plus horrible. C'est mettre Dieu à son service.
* Peut-on souhaiter un monde où il n'y aurait plus besoin de donner sa vie ?
Oui, mais on entre dans un monde chimérique. Jamais ce ne sera ainsi. On ne peut pas imaginer une sorte de paradis terrestre où tout est parfait. Le schéma que vous évoquez, c'est celui du royaume de l'au-delà. Mais sur terre... Ce n'est pas être pessimiste, mais accepter le monde comme il est, comme il a été et comme il sera. Le secret de l'Evangile, c'est d'offrir à l'homme quel qu'il soit d'être heureux, même dans la souffrance et dans l'épreuve. Il n'y a que la foi qui peut offrir ça.
 
Dommage, la citrouille est vide
 
par le GROUPE PAROLES, publié dans le Monde du 22 octobre 2002
Le groupe Paroles est constitué de seize personnalités catholiques de générations, de sensibilités et d'expériences différentes
Halloween, fête d'origine celte, américanisée par les immigrants irlandais, se situait au moment où l'activité agricole s'éteignait, où la terre paraissait comme morte. Le monde des hommes pouvait entrer en communication avec celui des divinités et des esprits. Elle comportait de nombreux rites d'apaisement et d'éloignement des esprits mauvais comme, par exemple, celui de mettre une bougie allumée dans une citrouille évidée et sculptée en forme de tête monstrueuse. Au VIIIsiècle, le pape Grégoire IV décida de placer la Fête des morts au lendemain de la Toussaint, soulignant ainsi la proximité des défunts avec les vivants. L'Eglise, comme elle le fit depuis l'origine pour la plupart des fêtes païennes, christianisait ce moment de relation avec "ceux de l'autre monde". Disons d'abord qu'une fête proposée en cette période de l'année où il se passe peu de choses, hormis le commerce des chrysanthèmes, c'est plutôt bon à prendre. Les spécialistes du marketing, les faiseurs d'images faussement terrifiantes, les vendeurs de citrouilles, dents de vampire, squelettes en plastique et bonbons divers ont planté le décor. Mais à y regarder de plus près, la citrouille paraît plutôt vide. Et c'est dommage !
Une société a besoin de ne pas isoler la mort du reste de la vie. Halloween pourrait nous le redire. A force de rejeter la mort aux marges de l'existence, nous faisons semblant de l'ignorer. Elle n'en devient que plus obsédante, voire effrayante, déclenchant alors des réactions de peur ou de fuite aux conséquences déshumanisantes. Tous nous avons besoin d'extérioriser nos peurs pour les exorciser dans des manifestations collectives, où crainte, humour et confiance, se mêleraient ! Halloween pourrait nous en offrir l'occasion autrement que par une panoplie plus proche des farces et attrapes que d'une expression profonde d'une partie de notre être. Evoquer le monde des disparus semble bien nécessaire pour nous replacer chacun dans l'immensité du cosmos. Quelles que soient nos croyances, nous appartenons à une famille constituée de ceux qui nous ont précédés, de nos contemporains comme des êtres à venir. Halloween pourrait donner cette dimension passée et future aux phénomènes actuels de globalisation, à condition de ne pas virtualiser cet au-delà en le réduisant à des sorcières ou autres monstres.
Que les catholiques ne crient pas aux voleurs en voyant Halloween supplanter la célébration de la Toussaint et du jour des morts. Nous suggérons qu'avec toute la société, ils remplissent l'événement, lui donnent sens, et se décrispent un peu face à un humour pas toujours "très catholique". L'imagerie et la statuaire chrétiennes sont riches en danses macabres, visions infernales, tortures sataniques et horreurs diverses. Ainsi s'exprimèrent à certaines époques le rapport à la mort, le jugement qui sera porté sur nos actes, et souvent le désir d'enfermer la population dans des peurs stérilisantes. Aujourd'hui, le langage chrétien est appelé à l'invention. Halloween invite les catholiques à revivifier leurs propres célébrations. D'abord la Toussaint (le 1er novembre), en invitant à partager par la joie, les chants, la beauté des prières et des célébrations, la force de se savoir chacun appelé à rejoindre tous les amis de Dieu, vivants et morts, dans le bonheur d'un amour partagé et non dans la peur du jugement.
Que la fête des défunts (le 2 novembre) ne se limite pas à une visite fleurie des cimetières. Qu'elle soit le temps de l'évocation de leur mémoire et de leur présence. En ces temps de quête identitaire, alors que tant de jeunes recherchent un enracinement, ce pèlerinage auprès des anciens peut devenir élément de construction tant personnelle que sociale. Halloween révèle sans doute certains traits de la culture contemporaine. Sans exagérer l'importance de l' "événement", nous y voyons l'occasion de lui donner du contenu, d'en approfondir le message. Si les commerçants et les amuseurs ont mis en scène la citrouille, à nous de lui donner du sens. La fête n'en sera que plus... vivante.
 

Le catéchisme dans les écoles publiques, une priorité pour l’archevêque de Beyrouth
Matar : "Il faut combler le fossé entre l’Eglise et les fidèles"

paru dans l'Orient-le Jour le 29 octobre 2002

Pour la première promotion d’étudiants diplômés de la faculté des sciences ecclésiales de l’Université La Sagesse, l’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, a souligné l’urgence d’une formation chrétienne consistante dans les écoles publiques de son diocèse, et a annoncé qu’un livre de catéchisme œcuménique pour les catholiques et les orthodoxes est en voie d’achèvement. "La faculté des sciences ecclésiales de cette université est la première en date des initiatives de l’archevêché", a affirmé en substance Mgr Matar, au cours d’une messe et d’une cérémonie marquant cette promotion. L’évêque a évoqué la création, en 1852, du séminaire de Aïn Saadé, bien avant la faculté de droit ou l’école La Sagesse. "Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, 150 ans plus tard, grâce à cette faculté, nous voulons renouer avec la tradition et des jeunes qui aspirent au sacerdoce peuvent de nouveau s’y préparer dans notre faculté. Elle succède à l’école Notre-Dame des Dons, où se préparaient avant-guerre les catéchistes. Il en était temps de prendre le relais, au regard des grands besoins de notre diocèse, compte tenu du nombre d’écoles et d’universités qui s’y trouvent, et des générations de jeunes qui ont besoin de formateurs pour leur annoncer la parole de Dieu et l’inscrire dans les cœurs". 
Concernant ces besoins, Mgr Matar a avancé quelques chiffres. Il existe, dans le diocèse maronite de Beyrouth, 54 écoles publiques où étudient quelque 6.000 élèves chrétiens parmi lesquels se manifestent autant de vocations sacerdotales que dans les écoles privées. "Ce sont nos fils. Qui donc les catéchisera ?" s’est-il interrogé, soulignant qu’il s’agit d’écoliers dont les parents sont trop pauvres pour les inscrire dans les écoles privées. Décrivant les conséquences de l’insuffisance de catéchistes, l’archevêque de Beyrouth a parlé du risque de voir des générations de jeunes chrétiens grandir dans l’ignorance de leur foi. "Nous affirmons ensuite que l’Eglise et les fidèles sont comme deux étrangers", a ajouté Mgr Matar, qui a fait assumer à l’Eglise institution une part de responsabilité de cet état de choses. C’est à la hiérarchie d’œuvrer pour "combler le fossé qui existe entre l’Eglise et les fidèles", a-t-il dit. "Nous sommes tous responsables de cet état de choses et nous devons tous agir pour le corriger, pour l’honneur du Christ", a-t-il ajouté, soulignant que cette responsabilité est d’autant plus grande qu’il existe six évêques catholiques, conjointement responsables, dans le même diocèse.
"Cette année, a ajouté Mgr Matar, ce ne sont pas seulement des catéchistes qu’on a sollicité, mais également des formateurs, dans une situation sociale difficile marquée par l’extension de la pauvreté, de l’ignorance, de l’usage de la drogue et de la perte du sens des valeurs. Au nombre des menaces qui guettent les jeunes, a-t-il dit, sont la drogue et la confusion, alors même qu’ils grandissent dans des foyers où les parents n’ont pas la force de subvenir à leurs besoins, qu’ils soient matériels, pédagogiques, humains ou spirituels." Ayant ainsi souligné l’urgence d’une éducation chrétienne riche et suivie, Mgr Matar a précisé que dans les écoles où le catéchisme est donné, le manuel utilisé, préparé par un groupe de prêtres sous la supervision du P. Jean Corbon, tragiquement décédé, a besoin d’être révisé. L’évêque maronite a par ailleurs indiqué qu’un manuel de catéchisme œcuménique est en cours de rédaction. Ecrit par des catholiques et des orthodoxes, 5 tomes de ce "livre unifié" sur les dix prévus sont déjà achevés, a-t-il précisé. Tous les enseignements communs aux deux Eglises se trouvent au centre de la page, tandis que les différences sont inscrites dans des marges spéciales. Affirmant qu’il aspire à voir la prééminence revenir à l’Université La Sagesse, à la faculté des sciences ecclésiales, Mgr Matar a conclu sur une morale : "Dans le temps, la faculté de théologie de l’Université Saint-Joseph était la première de toutes. Les temps ont peut-être changé, mais les principes restent les mêmes."


"Le Maroc chez vous", jusqu’au 10 décembre, au centre-ville de Beyrouth
Exposition - Tapis, sacs, habits folkloriques, douceurs traditionnelles…
 
paru dans l'Orient-le Jour le 22 octobre 2002

Jusqu’au 10 décembre, tous les jours de 10h à minuit, les passionnés de l’art marocain trouveront l’objet de leur désir à l’exposition "Le Maroc chez vous", au centre-ville. Tapis, sacs et mallettes en cuir, lampadaires, miroirs, meubles, habits et babouches folkloriques, de petits objets artisanaux en terre cuite ou en argent et des douceurs spécifiques du pays emportent les visiteurs au cœur du Maroc. Au centre de Beyrouth, à quelques mètres du Virgin Megastore, une tente, dressée sur 1500 m2, abrite depuis le 10 septembre une équipe marocaine d’environ cinquante personnes venue promouvoir son pays. Maîtres-queux, "principalement des femmes ayant l’expérience de la cuisine", trois troupes d’animation, artisans au travail (souffleur de bois), une "hennaya" (celle qui fait des tatouages au henné), un faiseur de thé à la menthe, des animateurs de vente d’artisanat… tous sont là au service du visiteur. Trois thèmes majeurs y sont développés : l’animation culturelle et folklorique, les travaux artisanaux et la gastronomie. Cette manifestation a pour objectif, selon son promoteur Aziz Chaoui, de "rapprocher la civilisation marocaine du peuple libanais, qui est la collectivité arabe la plus civilisée et la plus ouverte au monde, d’autant que nous possédons des points communs tant sur le niveau culturel que linguistique."
A peine entrés dans la tente, vous êtes pris par l’odeur spécifique des artisans. Du coup, vous êtes éblouis par la multitude des objets qui défilent sous vos yeux au fur et à mesure que vous avancez. A plusieurs reprises, vous sentez ce désir de faire vos bagages et de prendre le premier vol à destination du Maroc. Si, épris des objets que vous découvrez, vous vous décidez à en acheter, vous serez déçus par le prix élevé. "Nous essayons de fixer des prix raisonnables, proteste M. Chaoui. Mais les taxes douanières dans votre pays sont excessivement élevées. Il en est de même pour les frais de transport. Certains objets sont vendus au même prix qu’au Maroc. Les bénéfices provenant de ces ventes ne dépassent pas les 20 % du prix initial de l’objet. D’ailleurs, ces mêmes objets sont beaucoup plus vendus en Europe." "Nous avons également les frais de gestion à assurer, ajoute-t-il. Le loyer, l’entretien des lieux, le matériel, l’électricité, le logement du personnel… C’est une tâche lourde que nous assumons, d’autant que le Liban est un pays cher. Nous sommes toutefois obligés de nous conformer aux lois du pays. Et puis quelqu’un a dit 'tout ce que j’aime n’est pas cher et tout ce que je déteste est cher'. Cela s’applique à nos produits également."
Un public réticent 
Pour ceux qui le désirent, un buffet est servi tous les soirs, à partir de 21h30. Couscous, tajine, différentes sortes de salades et plusieurs desserts typiques du pays sont aux menus. D’aucuns seront déçus toutefois par le goût de ces mets qui ne répondent pas vraiment à celui auquel on s’attend. Une consolation toutefois : le show présenté au cours de la soirée est fascinant. Le spectacle commence par des airs folkloriques présentés par cinq musiciens habillés de djellabas blanches et du traditionnel tarbouche rouge, suivis de danses également folkloriques exécutées par quatre Marocains munis de leurs tambours et de leurs claquettes en bois. Le clou du spectacle demeure cependant le danseur de bougies. Portant un plateau de bougies sur la tête, il effectue une danse du ventre digne de ses consœurs danseuses. Cet artiste, au sourire ineffable, ne finit pas de vous épater. Félin, il poursuit son spectacle avec des danses effectuées au ras du sol cette fois-ci. Au moment où vous pensez que votre soirée est terminée, surgit du fond de la salle un danseur libanais se distinguant par un style qui joint le ballet à la danse orientale.
L’idée de cette manifestation, qui est placée sous l’égide de l’ambassadeur du Maroc au Liban, remonte à vingt années. En voyage permanent, l’équipe a fait le tour du monde, puisqu’elle a déjà exposé en Asie (Japon, Chine, Taïwan), aux Etats-Unis, en Afrique et en Europe (six mois à Paris sur l’esplanade de l’Institut du monde arabe, trois mois à Barcelone à l’occasion du championnat du monde du catamaran et trois mois en Belgique à l’occasion de la Déclaration de Bruxelles capitale de l’Europe). L’équipe marocaine pense-t-elle renouveler cette expérience au Liban ? « Non, répond Aziz Chaoui d’un ton catégorique. Je n’arrive pas à comprendre la raison pour laquelle une manifestation comme la nôtre n’a pas rencontré de succès auprès des Libanais, bien qu’il s’agisse en fait d’un événement visant le rapprochement culturel." Et de poursuivre sur un ton plus doux : "J’aime le Liban. C’est un pays qui m’a séduit à travers son image de marque. C’est le pays de la joie, de la fête, de l’intellectualisme et de l’ouverture vers les autres. Même votre dialecte est si joli à entendre. Je suis charmé par le Liban, et même si mon expérience s’avère être un échec, je resterai charmé par ce pays." M. Chaoui conclut en invitant les Libanais à visiter sa tente : "L’entrée est gratuite. Il n’y a aucune obligation d’achat. L’important pour nous, c’est de maintenir le contact avec le Liban et de faire parvenir notre culture." Après le Liban, l’équipe se dirigera vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Dans l’espoir de rencontrer un public plus accueillant.

 
Cinq dîners aux Thermes romains aux saveurs des pays francophones
Gastronomie - Spécialités françaises, libanaises, marocaines, vietnamiennes, belges, suisses…
 
par NADA MERHI, publié dans l'Orient-le Jour le 17 octobre 2002

Cinq soirées gustatives. La semaine de la gastronomie des pays francophones, organisée pour la deuxième année consécutive, a remporté un grand succès. Dans le cadre enchanteur des Thermes romains, au centre-ville de Beyrouth, les gastronomes ont pu savourer les délices de plusieurs pays ayant la langue française en partage. Au menu de ces soirées, des spécialités de la France et de ses provinces, des pays arabes de la francophonie notamment le Liban, le Maroc, la Tunisie et l’Egypte, du Canada et de la Roumanie, de la Belgique et de la Suisse et enfin de l’Afrique et du Vietnam. Dès 20h30, les convives commencent à affluer sur le site où des tentes blanches ont été dressées spécialement pour l’occasion. Une petite halte à l’entrée du site, le temps d’un verre et d’une causerie avec les amis, et les convives se dirigent ensuite à l’intérieur du site. Sourire aux lèvres, des hôtesses les accompagnent à leurs tables portant chacune le nom d’une ville du pays dont la cuisine était à l’honneur. Ainsi, l’espace de quelques heures, vous voyagez loin, au Cameroun, au Burkina Faso, à Casablanca, à Vancouver, à Paris, à Montréal… et bien d’autres régions qui vous font tant rêver.
Même les décorations florales revêtaient un aspect particulier et pour la soirée consacrée aux délices de la France et de ses provinces, par exemple, des petits pains, des crackers et des toasts étaient intégrés aux arrangements. Les passionnés du chocolat ont trouvé leur bonheur au cours de la soirée suisse et belge, les centres de tables ayant été garnis de chocolats en provenance de ces deux pays. Le coup d’envoi de chacune des soirées était donné par une petite allocution de M. Lucien Dahdah, président de l’Académie libanaise de la gastronomie (ALG), qui ne se lassait pas de répéter au fil des soirs que "le Liban parlait la langue française avant même le mandat" et qu’il était "de notre devoir de promouvoir cette langue, sachant que nous sommes les plus qualifiés pour cette tâche." "Il est de notre obligation de convertir les pays arabes qui nous entourent à la langue française, eux qui croulent sous l’emprise des Anglo-Saxons", ajoutait-il. Et de terminer en insistant : "Nous essayons de prouver que la cuisine libanaise est la troisième au monde après les cuisines française et chinoise." Suite à ce discours, le mot magique de la soirée est enfin prononcé ! Plus volubile que jamais, Tanguy, l’animateur de ces cinq dîners, annonce : "Messieurs, le buffet est ouvert !"
L’appétit bien aiguisé, les invités ont pu enfin se servir, avec en toile de fond des chansons françaises présentées par Rita et Jalil, le bassiste. Une multitude de plats colorés, parfumés et finement décorés défilaient sous des yeux gourmands. Choucroute, quiches au potiron, aux poireaux et aux oignons, gâteaux de courgettes, dorades grillées, pastilla aux pigeons, fattouche, balila, hommos, kouchari (plat égyptien à base de lentilles, de pâtes et de riz servi avec une sauce tomate), siyadieh, couscous impérial, hors-d’œuvre canadiens, saumon fumé sur pomme de terre, poulet paprika à la pomme de terre, goulash avec riz à la betterave rouge, tourte aux poireaux, viande des grisons, raclette, émincé de veau aux champignons, galantine de lapin, salade de calamars, cuisse de grenouilles à la citronnelle, boulettes de porc en brochettes, kamsa, gaouré… autant de plats pour flatter le palais. Et une excuse pour se resservir une deuxième, voire une troisième fois, oubliant son régime diététique.
Poèmes d’amour et histoires salées
Entre la poire et le fromage, entre une chanson de Piaf, de Patricia Kass ou d’Adamo, l’ "entertainment" est assuré par M. Jean-Claude Boulos, membre de l’ALG. Un poème d’amour chanté à l’adresse de Mme Nada Moghaizel Nasr, "bien que son mari soit absent" selon des rimes, masculines et féminines, proposées par les invités, un poème dédié à Lucien Dahdah faisant l’éloge de ces dîners qui "vont nous rendre obèses", des histoires salées incluant le nom des villes belges, qui ont conquis les oreilles chastes, une nouvelle version, également salée de La nuit je deviens fou d’Adamo et une autre de Quizas, quizas, quizas, en honneur à l’Afrique. Plus tard dans la soirée, et pour la deuxième fois, Tanguy invite les fins gourmets à se diriger vers le buffet. Mais cette fois, c’est au dessert que les convives font honneur. Fruits exotiques, tartes aux fruits, aux groseilles, à la banane et au chocolat, mousse au chocolat, mille-feuilles caramel, knefé, sorbets au sahlab, à la mangue, au chocolat et au caramel, fougasses… Messieurs-dames n’ont pas pu s’empêcher de se resservir, par "pure gourmandise". La semaine de la gastronomie des pays francophones a été clôturée, mardi soir. Le site des Thermes romains a retrouvé son image ordinaire. Dans l’espoir de revivre, l’année prochaine, la même ambiance dans une nouvelle semaine de la gastronomie, cette fois non plus francophone mais internationale.

 
Les bailleurs de fonds ont rendez-vous le 23 novembre à l'Elysée
Paris II - Hariri a été reçu hier par Chirac
 
paru dans l'Orient-le Jour le 30 octobre 2002    

La conférence internationale d’aide financière au Liban, dite Paris II, aura lieu le 23 ou 24 novembre au palais de l’Elysée, sur invitation du président Jacques Chirac, a annoncé hier le président du Conseil, M. Rafic Hariri. "La date pour la conférence de Paris II sera le 23 novembre (...), peut-être ce sera le 24, mais ce sera entre ces jours-là", a dit M. Hariri à la presse à l’issue d’un entretien d’une heure et demie avec le président Chirac. Il a précisé que le choix entre les deux dates dépendait encore de quelques pays. Le Liban, qui assume les charges d’une dette publique de plus de 30 milliards de dollars, espère obtenir de cette réunion cinq milliards de dollars de crédits préférentiels afin d’alléger le service et la croissance de sa dette. La conférence doit réunir les principaux pays bailleurs de fonds du Liban et les grandes organisations financières internationales. Le chef du gouvernement était accompagné des ministres de l’Economie, Bassel Fleyhane, et des Finances, Fouad Siniora, ainsi que du gouverneur de la Banque du Liban. L’ancien directeur général du Fonds monétaire international, Michel Camdessus, qui a été chargé de préparer la conférence, a également pris part à la réunion de l’Elysée. Celle-ci "a permis de faire le point détaillé et précis de la préparation de Paris II", a dit la porte-parole de l’Elysée, Catherine Colonna.
Selon M. Hariri, elle doit réunir, outre la France et le Liban, les pays et organisations suivants : Allemagne, Italie, Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Canada, Malaisie, Japon, Etats-Unis, les pays du Golfe, ainsi que le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne et la présidence de la Commission européenne. Le président du Conseil a refusé de répondre à une question sur les montants que le Liban escompte obtenir, affirmant que les pays qui participeront au forum avanceront soit des garanties, soit des prêts, soit des dépôts à long terme et à des taux d’intérêt appropriés. M. Hariri s’est déclaré "extrêmement satisfait" de ces perspectives. Il a précisé que les invitations ont été lancées aux Etats, et qu’il leur revient de fixer leur niveau de représentation au forum. Il a estimé, pour sa part, qu’elle se fera au niveau des Premiers ministres et non des ministres. Mme Colonna a précisé que chaque pays décidera de son niveau de représentation, la France étant pour sa part représentée par M. Chirac. La première conférence "Paris I" s’était tenue le 28 février 2001 à l’Élysée sous l’égide de Jacques Chirac, avec notamment M. Hariri, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI) et le président de la Commission européenne Romano Prodi.
Les garanties des pays du Golfe
"La majorité des pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe), dont les Émirats arabes unis, se sont mis d’accord pour fournir des garanties pour aider le Liban à surmonter le problème des dettes", avait déclaré le ministre des Finances dans la nuit de lundi à mardi, avant de quitter Abu Dhabi pour Paris. "Nous devons recevoir des garanties pour un prêt s’élevant à 5 milliards de dollars", avait-il ajouté. On rappelle que M. Hariri, qui s’est déjà rendu en Arabie saoudite, à Oman, au Koweït et à Bahreïn, a eu des entretiens lundi avec le président émirati Zayed ben Sultan al-Nahyane, avant de se rendre en France. Le président du Conseil devait rentrer en fin de soirée à Beyrouth.