|
|
PRESSE
RJLIBAN N°80 du 30
octobre 2002
www.rjliban.com
Sommet
spirituel à Baabda et déjeuner en
l’honneur de l’archevêque de
Washington
paru
dans l'Orient-le
Jour le 30 octobre 2002
Le
déjeuner que le président Emile
Lahoud a donné hier au palais de
Baabda en l’honneur de l’archevêque
catholique de Washington, Mgr
Theodore McKarik, s’est transformé
en un sommet spirituel élargi sans
précédent qui a regroupé les
chefs de toutes les communautés
religieuses chrétiennes et
musulmanes qui constituent la mosaïque
spécifique du tissu social
libanais. Cette rencontre hautement
symbolique dans les circonstances présentes
a permis au chef de l’Etat de
prendre position en faveur du droit
à la différence et de
l’acceptation de l’autre,
soulignant sur ce plan que la
diversité est source de richesse et
que la différence est un droit.
C’est en présence du nonce
apostolique, Mgr Luigi Gatti, et de
l’archevêque de Washington que
les chefs spirituels se sont retrouvés
à la table du chef de l’Etat.
Etaient notamment présents, le
patriarche maronite, le cardinal
Nasrallah Sfeir, le mufti de la République,
cheikh Mohammed Rachid Kabbani, le
patriarche grec-orthodoxe, Mgr
Ignace IV Hazim, le vice-président
du Conseil supérieur chiite, cheikh
Abdel Amir Kabalan, le patriarche
copte catholique, Mgr Estephan II
Ghattas, le cheikh Akl druze, cheikh
Bahjat Ghaïss, le patriarche
grec-catholique, Mgr Grégoire III
Lahham, le patriarche
syrien-orthodoxe, Mgr Ignace Zaka
Ier Iwass, le patriarche
syrien-catholique, Mgr Pierre VIII
Abdel Ahad, le patriarche arménien-catholique,
Mgr Nersès Bedros XIX, le
patriarche latin, Mgr Michel Sabbah,
Mgr Keghan Khatcharian, représentant
le catholicos arménien-orthodoxe,
Mgr Aram Ier (actuellement à l’étranger),
le président du conseil supérieur
de la communauté évangélique au
Liban et en Syrie, le père Sélim
Sahyouni, ainsi que Mgr Georges
Kassargi, représentant le
patriarche chaldéen, Mgr Raphaël
Ier Bidawid.
Prenant la parole devant les chefs
spirituels, le président Lahoud a
mis l’accent sur "l’unité
de la famille libanaise". "Malgré
sa diversité, a souligné le chef
de l’Etat, cette famille a pour dénominateur
commun des principes et des valeurs
qui ont fait du Liban non pas
uniquement un peuple et une terre,
mais un message portant sur le
dialogue et l’entente." "Le
monde d’aujourd’hui, a déclaré
le président Lahoud, doit
s’attacher à une vérité
fondamentale, à savoir que la
diversité est source de richesse et
que la différence est un droit, étant
entendu que la diversité et la différence
ne devraient pas déboucher sur la
violence. Le peuple libanais, toutes
communautés confondues, a surmonté
la crise qui l’a touché en étant
convaincu plus que jamais de cette réalité."
Le chef de l’Etat a mis l’accent
à ce propos sur l’importance
d’une action concertée de toutes
les communautés libanaises afin de
refléter "la réalité du
Liban au niveau de toutes les
instances religieuses, pédagogiques
et culturelles". Le président
Lahoud a souligné sur ce plan que
le Sommet de la francophonie qui
s’est tenu récemment à Beyrouth
a "confirmé le rôle
avant-gardiste du Liban en tant
qu’élément moteur du dialogue
des cultures". Et de conclure : "Tout
dialogue ne saurait aboutir s’il
n’est pas fondé sur
l’acceptation de l’autre et sur
la reconnaissance de son droit à
l’existence."
par NAGIB AOUN,
publié dans l'Orient-le Jour
le 28 octobre 2002
C’est
à s’en arracher les cheveux.
Tant de mauvaise foi et de
mensonges, tant de haine et de
diatribes infamantes. Et l’on
s’étonne dans les hautes sphères
que les jeunes, écœurés, démoralisés,
fassent leurs valises et se
pressent aux portes des
ambassades, qui pour se réfugier
au Canada, qui pour s’exiler
en Australie. Entendue il y a
quelques jours dans un cercle de
jeunes, cette phrase d’un
gamin de 18 ans : "Je
n’en peux plus, j’en ai
assez du cirque politique véhiculé
par nos médias, du spectacle
affligeant de dirigeants mégalomanes.
Vivement un visa pour
n’importe où. Pourquoi pas la
Nouvelle-Zélande, c’est loin,
très loin, et c’est tant
mieux." L’Etat de Taëf a
échoué, lamentablement échoué,
et les rodomontades du genre :
"Le Liban a retrouvé sa
place dans le monde, son économie
s’améliore, les
investissements affluent",
dont nous assomment les thuriféraires
du régime, n’y changeront
rien. L’infrastructure sociale
se déglingue, l’eau fuit de
partout, et ce fameux "ihbat"
(découragement) dont les chrétiens
avaient le triste privilège
s’est étendu à toutes les
communautés.
Mais qu’on ne s’avise
surtout pas à le dire, ce
serait rendre un insigne service
à l’ennemi, exacerber les
tensions confessionnelles et
porter atteinte aux relations
syro-libanaises (sic) alors que "les
nuages s’amoncellent dans le
ciel régional". Un
leitmotiv dont nous matraque le
pouvoir pour faire taire toute
voix discordante. L’opposition
l’a appris à ses propres dépens,
elle qui a mis le doigt sur la
plaie sans verser dans
l’outrance ou l’insulte. Et
c’est précisément le modérantisme
du dernier discours, l’évidence
du raisonnement qui ont provoqué
la levée générale de
boucliers dans les milieux
loyalistes. Libertés, démocratie,
souveraineté, dialogue, surtout
dialogue : des mots
incendiaires, provocateurs, une
outrecuidance, un crime de lèse-Vérité
Unique contre lequel
s’insurgent les têtes
pensantes du régime. La justice
n’est pas en reste, elle qui
menace de ses foudres ces empêcheurs
de tourner en rond. On croit rêver,
et pourtant telle est la réalité
d’un système pour qui une
main tendue est une main à
trancher… Une parenthèse, impérative,
essentielle : où se tient la
Syrie face à cette situation
aberrante ?
De
Bkerké à Kornet Chehwane, un
maître mot régulièrement
martelé : le dialogue. Pourquoi
la Syrie reste-t-elle sourde à
ces sollicitations ? Pourquoi ne
prête-t-elle l’oreille
qu’aux flatteurs, si nombreux
à arpenter les rives du Barada
? Pourquoi la mission de Fouad
Boutros, un vétéran de la
diplomatie tranquille, est-elle
gelée, sinon enterrée ?
Faut-il faire à la Syrie
l’outrage de croire que pour
elle aussi une main tendue est
une main à trancher, sinon à dédaigner
? C’en serait fait alors de
tous les espoirs d’une équation
nouvelle basée sur la confiance
mutuelle et le respect réciproque.
Que d’occasions manquées à
ce niveau, que de déception et
d’amertume, que de fenêtres
ouvertes et vite refermées par
ceux-là mêmes qui veulent
monopoliser, séquestrer à leur
seul profit les relations privilégiées
avec Damas. Et pourtant, il
suffirait d’un geste, d’un
signe de bonne volonté…
Un mal insidieux mine les
esprits, un confessionnalisme
haineux, hideux, resurgit et la
fracture sociale s’élargit,
grossissant le nombre des chômeurs
et des laissés-pour-compte
d’un régime ankylosé. La
crise frappe aux portes, plus
fort que jamais, et dans ces mêmes
écoles auxquelles l’Etat
interdit d’enseigner les
notions élémentaires des
droits de l’homme et de la démocratie,
de nombreux parents n’arrivent
plus à payer la scolarité de
leurs enfants, accumulant les
arriérés et factures impayées.
Le même drame se joue ailleurs,
à d’autres niveaux et dans
tous les milieux. Un exemple
tout simple et significatif : le
week-end écoulé, une
association locale a organisé
une marche payante, entre
Broummana et Beit-Méry, pour
assurer le coût de deux bourses
scolaires. Mille livres pour un
kilomètre, dix mille livres
pour les dix kilomètres du
parcours. Les organisateurs espéraient
la participation de trois cents
personnes. Cent seulement se
sont présentées. Dix kilomètres,
c’était dix mille livres de
trop ! Mais pour les Excellences
qui nous gouvernent, tout cela
n’est peut-être que détails
infimes, des accidents de
parcours sans grande importance.
La Nouvelle-Zélande,
Excellences, n’a jamais paru
aussi proche de nos rivages.
Droits
de l’homme - Un expert de l’Onu
se saisit de l’affaire MTV
La FIDH dénonce la décision
"politique" du tribunal
des imprimés
paru
dans l'Orient-le Jour le 28
octobre 2002
Le
président de la Fédération
internationale des droits de
l’homme (FIDH), M. Sidiki Kaba,
a saisi jeudi le rapporteur spécial
sur la promotion et la protection
du droit à la liberté
d’opinion et d’expression au
Haut-Commissariat pour les droits
de l’homme à l’Onu, M. Ambeyi
Ligabo, concernant l’affaire MTV. S’adressant
à M. Ligabo, la FIDH s’est dit
"très préoccupée par la décision
de la Cour d’appel des imprimés
de Beyrouth 'de suspension et
fermeture complète de la MTV et
de RML' le 4 septembre
dernier". "Cette décision
nous paraît s’inscrire en
parfaite violation, par le Liban,
de ses engagements internationaux
de garantir la liberté
d’expression et en particulier
d’information pluraliste",
a poursuivi la FIDH. M. Kaba
a rappelé que la FIDH avait
condamné "la brutalité avec
laquelle ont été expulsés les
employés de la MTV par les forces
de l’ordre", le 4 septembre
dernier. Rappelant que la
fermeture des deux chaînes avait
été ordonnée par le tribunal
des imprimés au motif de publicité
électorale illicite, en vertu de
l’article 68 de la loi 171 du 6
janvier 2000, la FIDH s’est
inquiétée "de
l’utilisation sélective et
partiale de l’article 68". "Si
cette décision semble conforme à
la loi, la FIDH note que cette
disposition législative n’avait
jamais été appliquée
auparavant", a poursuivi M.
Kaba.
"Le 21 octobre, le tribunal
des imprimés a rejeté le recours
en opposition présenté par les
avocats de la MTV et de RML, sous
prétexte que l’arrêt rendu par
le même tribunal le 4 septembre
2002 n’est susceptible d’aucun
recours, se refusant ainsi
d’examiner les allégations des
requérants. Le tribunal des
imprimés a qualifié l’arrêt
comme étant un acte juridique non
juridictionnel, c’est-à-dire
d’une nature administrative
relevant de l’imperium du
tribunal et non susceptible de
recours. Les mesures
d’administration judiciaire sont
en principe celles d’ordre
interne qui tendent à assurer la
bonne marche de la procédure
telles que la fixation des dates
des audiences, l’organisation du
service du tribunal ou la détermination
des délais", a indiqué la
FIDH. "Cette décision prive
la MTV et RML de toutes possibilités
de recours pour suspendre la décision
de fermeture en attendant un
jugement sur le fond du dossier,
le seul recours persistant étant
celui qui pourra être introduit
devant l’une des chambres de la
Cour de cassation", a-t-elle
ajouté.
Et la FIDH de souligner que
"la manière avec laquelle la
procédure a été menée laisse
craindre une volonté des autorités
libanaises de museler une chaîne
de télévision d’opposition, et
ce indépendamment de la décision
juridique finale. En effet,
l’arrêt rendu le 4 septembre
est entaché d’un grand nombre
d’irrégularités, les accusés
ayant été privés de leurs
droits élémentaires de défense.
De plus, quelques jours après
cette décision, la chambre du
tribunal des imprimés ayant
prononcé le verdict a été
dissoute, et les avocats de la
MTV, de RML et de leurs salariés
ont dû attendre le 12 octobre
pour pouvoir plaider pour la première
fois devant la nouvelle
chambre". "La FIDH
craint que cette démarche ne vise
à la faillite financière des
deux médias incriminés avant même
la décision définitive, et
s’inquiète de cette décision
juridique qui semble motivée par
des raisons politiques", a
poursuivi M. Kaba. Et de
conclure : "La FIDH craint
qu’elle ne serve de dangereux précédent
et qu’elle ne légitime une
restriction de l’espace de la
liberté d’expression au
Liban."
Wazzani
- Les pompes enfin en marche
paru dans l'Orient-le
Jour le 30 octobre 2002
La
station de pompage du Wazzani (Liban-Sud),
inaugurée le 16 octobre en dépit
des vives protestations israéliennes,
a enfin commencé hier à
alimenter en eau potable huit
villages de la région de
Marjeyoun, a indiqué le chef du
projet, Chérif Wehbé, qui n’a
pas précisé la raison pour
laquelle la distribution de
l’eau n’avait pas commencé
plus tôt. Les villages qui
commenceront à recevoir "l’or
bleu" sont Houla, Adeissé,
Markaba, Roub Talatine, Talousa,
Mhaybîb et Bani Hayyan. "La
semaine prochaine, ce seront
quarante villages qui seront
alimentés en eau dans la région
de Marjeyoun et celle voisine de
Hasbaya", a indiqué M. Wehbé.
Le Premier ministre israélien,
Ariel Sharon, avait averti le mois
dernier qu’un détournement des
eaux du Wazzani constituerait un
"casus belli" pour Israël,
mais le Liban soutient qu’un
pompage d’une part de l’eau
qui lui revient n’est pas un détournement.
Lundi dans la nuit, une fusée éclairante
tirée par des soldats israéliens
avait provoqué un incendie près
de la station de pompage sur
laquelle des ouvriers
travaillaient à régler quelques
détails.
Sous l’égide des Nations unies,
la France, les Etats-Unis, l’Union
européenne et la Russie se sont
impliqués dans différentes médiations
et expertises destinées à empêcher
que la crise ne débouche sur un
conflit armé. Le nouveau projet
utilise des conduites de 16 pouces
(40 cm), selon un responsable de
l’Office des eaux, Nasser
Nasrallah. Il devrait alimenter
une quarantaine de villages,
porter le total de
l’exploitation du bassin
Wazzani/Hasbani de 7 millions à
quelque 11 millions de m3 et
permettre de répondre aux besoins
de 7.000 foyers. M. Nasrallah
souligne que ce projet reste très
en deçà des 35 millions de m3
par an accordés au Liban en 1955
par le plan Johnson, fruit, déjà,
d’une mission d’études américaines.
Un
haut gradé israélien accusé
d'espionnage
publié dans le
Devoir le 25 octobre 2002
Un
tribunal militaire israélien a
inculpé hier un
lieutenant-colonel de l'armée
d'espionnage au profit du
Hezbollah libanais, affaire qui
fait craindre un accroissement des
activités du mouvement chiite
libanais en Israël. Le tribunal a
également prolongé de dix jours,
soit jusqu'à la prochaine
audience, la détention du
lieutenant-colonel Omar al Kheib,
Bédouin qui a été partiellement
paralysé lors d'un accrochage au
Liban-Sud. L'avocat de Kheib a
fait savoir que son client nie les
accusations portées contre lui.
Un porte-parole de l'armée
a confirmé l'inculpation de
l'officier par un tribunal
militaire de Tel-Aviv dans le
cadre d'une affaire qui porte,
selon des commentateurs israéliens,
sur le plus important réseau
d'espionnage lié au Hezbollah en
Israël. Au total, dix Bédouins
ont été arrêtés il y a un mois
et demi pour avoir transmis au
Hezbollah des renseignements sur
les positions de l'armée israélienne
et ses activités le long de la
frontière israélo-libanaise en
échange de sommes d'argent et de
drogue. Quatre autres Bédouins
ont été inculpés pour des
motifs analogues hier par un
tribunal civil de Nazareth.
L'avocat de l'officier, Amnon
Zichroni, a dit que la carrière
militaire de Kheib témoignait de
sa fidélité à l'Etat hébreu,
présentant sa traduction en
justice comme un "cirque médiatique".
Le frère de Kheib s'est dit
certain que le tribunal établirait
son innocence. Le Hezbollah n'a
fait aucun commentaire à ce
sujet. Selon la police, les dix Bédouins
sont originaires d'une ville de
Galilée peu éloignée de la
frontière libanaise, où le
Hezbollah et les forces israéliennes
s'affrontent toujours
occasionnellement, plus de deux
ans après le retrait de Tsahal du
Liban-Sud. Les inculpations
survenues hier sont de nature à
susciter des inquiétudes en Israël
au sujet de la minorité arabe du
pays, qui compte un million
d'habitants et qui a exprimé son
soutien à l'intifada déclenchée
depuis deux ans pour l'indépendance
palestinienne.
Les
travaillistes israéliens quittent
le gouvernement Sharon
publié
par Reuters le 30 octobre 2002
Le ministre de la
Défense Benyamin Ben-Eliezer et
les autres ministres
travaillistes ont claqué la
porte du gouvernement d'unité
nationale d'Ariel Sharon qui les
a accusés d'avoir créé une
crise sous un prétexte budgétaire
pour des raisons purement
politiques. Cette crise, provoquée
par un désaccord à propos de
crédits, excessifs aux yeux des
travaillistes, alloués aux
colonies juives dans le projet
de budget 2003 (145 millions de
dollars), conduira
vraisemblablement à des élections
anticipées, neuf mois avant l'échéance
normale. Un compromis de dernière
heure semblait pourtant avoir été
trouvé dans la journée entre
les deux partis, mais
Ben-Eliezer a remis sa démission
à Sharon, et Shimon Peres, son
collègue des Affaires étrangères,
a précisé que tous les
ministres travaillistes
suivaient le mouvement. Le
Premier ministre les a accusés
d'être revenus à la dernière
minute sur leur parole
"pour des raisons
politiques". "C'est
pour cela que vous avez brisé
le gouvernement d'union
nationale", a lancé le président
du Conseil à la tribune de la
Knesset en parlant du différend
sur le budget. "Vraiment,
il existe une limite au mépris
!" Le chef du Likoud a
promis de conduire les affaires
de l'Etat "de manière
responsable" durant la période
de crise qui s'ouvre pour lui du
fait que le retrait travailliste
le prive de majorité
parlementaire puisqu'il ne peut
plus compter que sur 55 députés
sur 120 à la Knesset.
Un
"faucon" qui fait la
cour aux "colombes"
Comme Ben-Eliezer
les y avait invités, les
travaillistes ont voté contre
le budget, mais celui-ci a été
adopté mercredi en première
lecture grâce à l'appoint
opportun des voix des sept députés
du parti ultranationaliste Yisraël
Beïtenu, qui ne font pas partie
de la coalition en place depuis
19 mois. Ces alliés de
circonstance de Sharon ont
exprimé leur souhait de surfer
sur la vague de la popularité
actuelle de la droite dans les
sondages et souhaitent des élections
anticipées. Selon une étude
publiée mardi par le Yedioth
Ahronoth, le Likoud obtiendrait
aujourd'hui 29 sièges soit dix
de plus, alors que les
travaillistes en récolteraient
21, soit cinq de moins.
"Nous avons déployé tous
les efforts possibles ces trois
derniers jours pour préserver
l'unité du gouvernement, mais
ces efforts ont échoué. C'est
Ben-Eliezer qui a démissionné",
a fait valoir le ministre des
Finances, Silvan Shalom.
Sharon avait
averti que quiconque
s'opposerait au budget ne ferait
plus partie du gouvernement mais
à la demande du chef de l'Etat,
le président Moshe Katzav, des
efforts de conciliation de dernière
minute avaient été entrepris
mercredi matin et le vote du
budget avait été repoussé de
quelques heures à la Knesset.
Selon Effi Oshaya, président du
groupe parlementaire
travailliste à la Knesset, un
compromis provisoire avait même
été esquissé entre les deux
camps à la faveur de ce report,
mais Sharon et Ben-Eliezer n'ont
finalement pas pu le boucler.
Ben-Eliezer, le
"faucon" le plus en
vue du parti travailliste,
courtise actuellement les
"colombes" de cette
formation de gauche en vue du
prochain renouvellement de la
direction. Mardi soir, il avait
laissé entendre soir que la
tenue de législatives anticipées
était inéluctable, car il
entendait se battre
"jusqu'au bout".
Un
haut diplomate américain assassiné
en Jordanie
Lawrence
Foley a été abattu par un
inconnu à Amman
paru dans Libération
le 29 octobre 2002
Pour la première
fois en Jordanie, où les actes
de terrorisme sont rares, un
haut diplomate américain a été
tué hier matin en plein centre
d'Amman dans le garage de sa
villa par un inconnu. Laurence
Foley, 62 ans, travaillait pour
l'Agence américaine pour le développement
international (USAID, principal
organisme américain chargé
d'acheminer de l'aide à l'étranger
en cas de catastrophe). Selon
des sources proches de l'enquête,
c'est un professionnel, armé
d'un silencieux, qui a tué le
diplomate alors qu'il se rendait
à son travail. Pas moins de
huit balles ont été retrouvées
dans le corps lors de
l'autopsie, dont trois dans la
poitrine tirées à bout
portant. De plus, selon les
voisins, interrogés par la
police, les deux chiens de Foley,
qui ont l'habitude d'aboyer à
l'approche d'inconnus, ne se
sont pas manifestés lors de
l'assassinat.
Alerte renforcée
Le tueur, peut-être
épaulé par un complice, est
parvenu à prendre la fuite en
profitant de l'affluence dans ce
quartier prospère de la
capitale. Dès l'annonce de
l'assassinat, les mesures de sécurité
ont été encore renforcées à
l'ambassade des Etats-Unis. Déjà
transformée en forteresse,
cette ambassade constitue la
plus grande enceinte
diplomatique américaine de la région.
D'autres ambassades occidentales
ont aussi été placées en
alerte renforcée.
Important allié
Le meurtre a
aussitôt suscité l'inquiétude
des milieux d'expatriés
occidentaux dans un pays où les
attentats politiques sont rares.
La Jordanie, allié important
des Etats-Unis au Proche-Orient,
a signé un traité de paix avec
Israël en 1994. A Washington,
la Maison Blanche a fait savoir
qu'elle n'excluait pas que le
meurtre soit d'origine
politique. Des responsables américains
ont aussi déclaré, sous
couvert de l'anonymat, que les
premiers éléments de l'enquête
semblaient indiquer que cet
assassinat était dû à des
motivations politiques. Le
ministre jordanien de
l'Information, Mohammed Adouane,
l'a qualifié d'attentat, le
premier à frapper un diplomate
occidental en Jordanie. "Cet
attentat, quels qu'en soient les
motifs, est un attentat contre
le pays et sa sécurité
nationale", a-t-il déclaré.
Bagdad
décrète une amnistie générale
paru dans le
Monde du 22 octobre 2002
Acte de "générosité"
pour Bagdad, trompe-l'œil pour
les Etats-Unis, pure roublardise
pour des opposants au régime de
Bagdad : le président
irakien Saddam Hussein a fait
annoncer, dimanche 20 octobre,
une amnistie pour les Irakiens détenus
ou condamnés pour des raisons
politiques ou des crimes de droit
commun. Les déserteurs de l'armée
sont eux aussi concernés par
cette amnistie, qui exclut en
revanche "ceux qui ont été
condamnés ou qui sont détenus
pour meurtre", sauf si
les familles des victimes leur
accordent le pardon ou s'ils "remboursent
leur dette à l'Etat ou à des
particuliers". L'amnistie
inclut les prisonniers de différentes
nationalités arabes, à
l'exception de ceux détenus pour
espionnage au profit d'Israël ou
des Etats-Unis. Les journalistes
présents en Irak ont bien assisté
à la libération de prisonniers,
accueillis par des familles en
liesse. Leur nombre n'a pas été
révélé de source officielle, et
nul n'est en mesure de dire
combien d'Irakiens sont détenus
pour des raisons politiques. "Ce
geste généreux est une marque de
considération pour l'attitude du
peuple irakien lors du référendum"
qui, avec une participation et une
adhésion maximales de 100 %
du corps électoral, a reconduit
pour sept ans dans ses fonctions
le président Hussein, a commenté
le Conseil du commandement de la révolution
dirigé par ce dernier.
"Est-ce que
vous pensez réellement que des
gens que le régime irakien considère
comme dangereux vont rester libres
longtemps ? Ne vont-ils pas
se retrouver à nouveau en prison
dans trois jours ?",
a ironisé le secrétaire d'Etat
américain Colin Powell, pour qui "Saddam
Hussein veut se faire passer pour
ce qu'il n'est pas".
Plusieurs opposants irakiens en
exil, dont d'anciens officiers,
ont eux aussi mis en doute le sérieux
de l'amnistie, se fondant sur les
pratiques passées du régime. Ils
ont rappelé le sort des deux
gendres du président, Hussein et
Saddam Kamel Hassan, qui firent défection
en 1995. Après leur avoir accordé
son pardon, il les a fait exécuter
dès leur retour au pays. Par
ailleurs, en attendant que le
Conseil de sécurité de l'ONU se
prononce sur une nouvelle résolution
concernant le retour en Irak des
experts du désarmement, Londres,
selon l'hebdomadaire britannique The
Sunday Telegraph, s'apprête
à rappeler des personnels médicaux
spécialisés au sein de son
contingent de réservistes, qui
seraient aptes à être mobilisés
dans les deux mois, en prévision
d'une guerre contre l'Irak. Le
ministère britannique de la défense
a refusé de commenter cette
information.
Nombreuses
manifestations contre la guerre
Des
dizaines de milliers de personnes
ont défilé à Washington, San
Francisco, Berlin, Amsterdam, Madrid
paru
dans le Figaro le 28 octobre 2002
Accusant le président
George W. Bush de préparer un génocide
en Irak, des dizaines de milliers
de manifestants ont défilé
samedi à Washington en direction
de la Maison-Blanche pour marquer
leur hostilité à une
intervention armée de leur pays
contre Bagdad. A San Francisco,
Berlin, Amsterdam et d'autres
villes du monde entier, des
dizaines de milliers d'autres
personnes sont descendues dans les
rues pour manifester contre une
guerre en Irak. Les rassemblements
qui ont eu lieu à travers le
monde répondaient à une
initiative mondiale partant des
Etats-Unis du nom de Answer
(Action contre la guerre et le
racisme) dans le cadre de la Journée
internationale contre la guerre. A
Washington, les manifestants se
sont rassemblés dans un lieu haut
en symbole, le monument aux morts
du Vietnam, et leur cortège s'est
ébranlé ensuite en direction de
la Maison-Blanche. La police n'a
pas fourni de chiffre officiel du
nombre de manifestants mais selon
Tony Murphy, l'un des
organisateurs, 150.000 personnes
ont pris part au défilé.
D'autres observateurs ont parlé
de 40.000 à 50.000 participants.
Les protestataires réclament
aussi la levée des sanctions économiques
imposées à l'Irak au lendemain
de la guerre du Golfe,
responsables selon eux de la mort
de centaines de milliers de
civils.
A San Francisco,
une foule évaluée à 42.000
personnes par la police a manifesté
pour les mêmes motifs. "Pas
de sang pour le pétrole !", lisait-on
sur une banderole. En Europe,
c'est en Allemagne, dans 70
villes, que les manifestations les
plus importantes ont eu lieu. La
plus imposante s'est déroulée
dans la capitale, Berlin, où l'on
dénombrait près de 10.000
manifestants dans le centre sous
le mot d'ordre : "Pas de
guerre contre l'Irak." A
Francfort, 400 personnes ont
manifesté. A Dusseldorf,
on comptait 400 manifestants, qui
ont traversé le centre et se sont
rendus au consulat général des
Etats-Unis. A Cologne, 400
personnes étaient présentes à
la manifestation, ainsi que
plusieurs centaines à Hambourg ou
encore à Munich. Les
rassemblements se sont déroulés
sans incident particulier. A
Amsterdam, 4.000 personnes se sont
rassemblées sous une pluie
battante pour protester contre la
politique des Etats-Unis.
Plusieurs milliers de personnes,
ont par ailleurs défilé hier en
début d'après-midi dans le
centre de Madrid.
Tragique
victoire
par
JULIEN REDON, publié dans
Ouest-France le 28 octobre 2002
Une
libération ? Oui,
incontestablement. Quand plus de
sept cent cinquante civils
innocents sont retenus prisonniers
par un commando paramilitaire bardé
d'explosifs qui menace de les
assassiner, si ses revendications
ne sont pas satisfaites, et que
les forces de l'ordre donnent
l'assaut, alors, quelles que
soient la 'casse' - tragique
euphémisme - et les motivations
des preneurs d'otages, c'est bien
de cela qu'il s'agit en effet. D'où
vient donc l'embarras des
observateurs, leur envie de mettre
des guillemets autour de ce mot de
'libération' ? D'abord, bien sûr,
du nombre de victimes que l'opération
a faites parmi les otages eux-mêmes
: cent dix-sept au dernier bilan.
Naturellement, on peut faire
valoir - et les autorités
russes s'y emploient - que, dans
une situation apparemment si
inextricable, on devrait plutôt
se réjouir qu'il y ait quand même
eu plus de six cents survivants,
par rapport au massacre annoncé.
Et on le doit, en effet. Mais le
mode opératoire choisi, très
certainement l'injection massive
dans la salle du théâtre d'un
gaz soporifique à effet
foudroyant n'a pas vraiment fait
de détail. Beaucoup d'otages
seraient morts des suites de cette
inhalation, redoutable sur des
sujets ultrastressés,
sous-alimentés et déshydratés.
Des membres du commando aussi,
sans doute, ainsi empêchés de
faire détonner leurs explosifs.
Or -
deuxième sujet d'interrogation -
les preneurs d'otages ont, eux, été
déclarés morts, tous, et tout de
suite. Comment ne pas imaginer que
les forces spéciales, quand elles
ont fait irruption sur les lieux,
ne les ont pas liquidés systématiquement,
alors même qu'ils étaient
devenus inoffensifs ? A l'évidence,
le Kremlin ne voulait ni
arrestations ni procès. Ni,
surtout, débat de fond sur la Tchétchénie
et son sort actuel. C'est la
guerre, dira-t-on. Et l'opération
tchétchène de Moscou n'était
qu'un épisode de cette guerre,
tout comme l'assaut qui y a mis
fin. Mais Vladimir Poutine
expliquait justement, il y a
quelques jours encore, que si
jamais guerre il y avait eue, elle
était finie, et gagnée, que la
situation était normalisée. Amère
victoire, donc, qui laisse
pendantes plusieurs autres
questions : comment les services
secrets russes, dont on n'ignore
pas la réputation, ont-ils pu
laisser des dizaines de personnes
armées, au physique souvent très
identifiable, se regrouper dans la
capitale et s'installer en maîtres
dans un lieu éminemment public ?
De quels appuis les Tchétchènes
ont-ils profité de la part de ces
'réseaux étrangers' que s'est
empressé de dénoncer Poutine, à
destination, bien sûr, d'un
Occident obsédé par Al-Qaida et
l'intégrisme islamique ? Lequel
avait commencé, c'est vrai,
notamment dans sa composante
wahhabite, à infiltrer la
mouvance indépendantiste tchétchène
et son naguère paisible sunnisme.
Mais,
dans l'immédiat, malgré la
relative lourdeur du bilan, le président
Poutine a restauré son image
d'homme fort, et sans doute
retrouvé la confiance brièvement
ébranlée de ses concitoyens...
et de l'opinion mondiale. Il
retrouve au prix fort, mais qui eût
pu l'être bien plus encore, ce
qu'il avait été tout près de
perdre. Et le désordre tchétchène
de Moscou va sans doute renforcer
durablement l' 'ordre russe' de
Grozny.
par HENRI FROMENT-MEURICE,
ambassadeur de France, publié dans
le Figaro le 22 octobre 2002
Nul ne contestera qu'il ne sert de
rien d'avoir des boeufs sans
charrue pas plus que d'avoir une
charrue sans des boeufs. Ainsi en
va-t-il de l'Union européenne
lorsqu'il s'agit de lui permettre
de jouer sur la scène
internationale le rôle à la
mesure de ses intérêts et ses
responsabilités et pour cela
d'acquérir simultanément les
instruments classiques de la
souveraineté : une diplomatie et
une armée, car toute diplomatie
qui ne dispose pas d'une armée
est tout aussi inefficace que
toute armée qui ne sait pas à
quelle politique étrangère elle
est destinée. Autant dire qu'il
faut à l'Union et des boeufs et
une charrue. Penser que les
peuples européens n'en sont pas
conscients serait médire de leur
lucidité : tous les sondages
prouvent leur souhait que l'Europe
sorte de l'impuissance pour accéder
à la puissance. En revanche dire
que les gouvernements font le nécessaire
pour qu'il en soit ainsi serait
les flatter exagérément.
Certes, ces derniers temps, les
Européens ont pris quelques
mesures qui témoignent d'une
certaine volonté d'aller de
l'avant. Notamment dans le domaine
de la défense ils se sont engagés
à constituer cette "identité
européenne de défense" qui
doit en principe leur permettre de
disposer au sein de l'Alliance
atlantique d'une réelle capacité
d'action autonome. Néanmoins les
réalités sont encore loin d'être
à la hauteur des intentions. La
force d'intervention de 60.000
hommes, volume pourtant bien
modeste, ne peut être considérée
déjà pleinement opérationnelle,
c'est-à-dire projetable en
quelques jours sur un véritable
champ de bataille. Les budgets de
défense, à l'exception du
britannique et du français,
demeurent à des niveaux trop bas
: les démocraties européennes préfèrent
visiblement renforcer leur
protection sociale plutôt que
leur protection militaire, comme
s'il n'y avait plus rien à
craindre de personne. Bien
des projets de coopération européenne
en matière d'armements, tels que
le missile air-air Météor ou
l'Airbus militaire ne démarrent
pas. Quant à une éventuelle défense
antimissiles, les Européens ne
paraissent pas la tenir pour nécessaire,
ce qui est loin d'être évident.
Aussi comprend-on que les
Etats-Unis considèrent avec un
certain dédain l'éventuel apport
militaire des Européens à une
guerre un peu chaude. Bref, la
charrue est encore loin d'être un
outil performant.
En matière diplomatique l'on
avait pu constater quelques progrès
encourageants, telle la nomination
de M. Solana comme Haut Représentant
de l'Union européenne pour la
politique étrangère et la sécurité
commune et la création à
Bruxelles d'organes
politico-militaires pour la
gestion de crises. Mais l'on ne
peut que s'inquiéter du désordre
dans lequel évoluent les
diplomaties des Européens.
Positions et langages diffèrent,
qu'il s'agisse de parler à Moscou
ou à Washington. Qui parle au nom
de l'Europe ? M. Solana ? M. Prodi
? Le président du semestre ? Et
quand tel ou tel dirigeant discute
avec M. Poutine ou M. Bush,
parle-t-il au nom de son pays ou
au nom de l'Europe ? Ces derniers
temps l'on a assisté à quelques
belles cacophonies, à des solos
sans accompagnement. Aussi
longtemps qu'il ne s'agit que d'un
rocher en Méditerranée, les
Européens peuvent encore se payer
le ridicule de laisser les
Etats-Unis faire la médiation
entre le Maroc et l'Espagne. Mais
quand il s'agit de l'Irak
l'absence d'une position unique
des Européens est autrement plus
grave. Si d'aventure les
Etats-Unis en viennent à
l'intervention militaire,
verra-t-on la Grande-Bretagne
seule y participer ? La France
s'abstenir dans le cas où le
Conseil de sécurité n'aurait pas
donné son feu vert ? L'Allemagne
refuser tout concours, y compris
financier ? Un autre s'indigner et
promettre son aide humanitaire aux
populations victimes des bombes américaines
? Autant dire que, pour faire
avancer la charrue les boeufs
aujourd'hui tirent à hue et à
dia.
Il est grand temps que les Européens,
comme ils l'ont fait depuis des
années pour la politique
commerciale, comme une majorité
d'entre eux vient de le faire pour
l'euro, acceptent de partager leur
souveraineté dans ces deux
domaines vitaux de la politique étrangère
et de la défense, d'intégrer
leurs instruments nationaux, de se
soumettre à des disciplines, des
contraintes, des votes
majoritaires, de relever leurs
budgets de défense, de mettre en
pool leurs industries d'armements.
Sans doute cela implique-t-il de
renoncer à l'exercice solitaire
des moyens nationaux d'action avec
toutes les satisfactions
d'amour-propre qu'il peut
procurer, mais la récompense
vient quand, pour avoir forgé un
instrument commun, l'on constate
qu'il permet d'exercer une
influence supérieure. C'est
pourquoi il est très satisfaisant
que le président de la République
ait proposé que "l'Europe
dispose, en quelque sorte, d'un
ministre des Affaires étrangères".
Peut-on espérer que la Convention
européenne que préside M.
Giscard d'Estaing soumette aux
gouvernements des conclusions qui
permettent à l'Union européenne
d'avoir et la charrue et les
boeufs ? Et qu'ensuite ces
gouvernements, eux aussi, fassent
preuve d'audace ? S'il n'en allait
pas ainsi, il faudrait bien alors
que quelques-uns, à commencer par
la France et l'Allemagne, se
montrent assez déterminés pour
s'engager sur cette voie sans
attendre que les autres les
suivent.
Au Québec
- Du mont Liban à Montréal
par ISABELLE GREGOIRE, publié
dans l'Express le 24 octobre 2002
Quelque 150.000 Québécois sont
originaires du pays du Cèdre. Et,
malgré les rigueurs de l'hiver,
ils assurent avoir trouvé ici
beaucoup de chaleur. Au point de
ne plus en repartir. Hamid Sleiman
est un homme heureux. Débarqué
sans un sou à Montréal en 1987,
ce Libanais de 35 ans est
aujourd'hui à la tête d'un petit
empire commercial qui fait vivre
toute sa famille - 40 personnes
en tout, tous canadiens à présent.
Originaire de Miniara, un petit
village du nord du Liban, Hamid rêvait
du Canada. "Parce que le
Liban était toujours en guerre et
que je n'avais pas d'espoir d'y
trouver un job",
raconte-t-il. Il apprend le français
sur le tas, tout en travaillant.
D'abord plongeur, puis ouvrier
dans une manufacture de tapis et
dans une entreprise de teinture,
il trime sept jours sur sept et
douze heures par jour pendant six
ans. Ses deux frères et son
cousin débarquent à leur tour.
Mettant les revenus en commun, la
famille de Hamid réussit à
amasser un petit pécule. En 1993,
elle achète, pour 50.000 dollars
canadiens, un "magasin tout
à 1 dollar" - commerce
proposant des babioles. Il sera le
premier maillon d'une chaîne de
huit magasins Magi-prix gérés
par un frère, un cousin ou un
beau-frère de Hamid.
Les réussites de Libanais comme
Hamid Sleiman sont nombreuses au
Québec. Ils sont quelque 150.000 originaires
du pays du Cèdre à avoir immigré
ici. En dépit du long hiver qui
les confine souvent à la maison,
la plupart ont choisi de rester au
Canada et d'en prendre la
nationalité. Si certains sont
rentrés au pays dans les années
1990 - il y aurait 25.000 Canado-Libanais
au Liban - cette vague de retours
est terminée, selon Khalil
El-Habre, consul général du
Liban à Montréal. "Depuis,
plusieurs sont même revenus au Québec,
dit-il. Notamment leurs enfants,
pour étudier." "Nous
avons énormément d'affinités
avec les Québécois", assure
Aida Kamar, qui a créé, en 1991,
la télé libanaise à Montréal (émissions
diffusées sur la "chaîne
ethnique" câblée), et vient
d'ouvrir son entreprise de
communication. "Comme nous,
ils aiment faire la fête, chanter
et se promener." Lors de son
voyage à Beyrouth en septembre
dernier, à l'occasion de la préparation
du Sommet de la francophonie,
Louise Beaudoin, ministre d'Etat
aux Relations internationales du
Québec, a, quant à elle, évoqué
la "relation centenaire"
qui unit le Québec et le Liban.
C'est en 1890 qu'est arrivé au Québec
le tout premier immigrant
libanais. Paysan originaire du
village de Zahlé, dans la vallée
de la Békaa, il s'est installé
dans la ville de Trois-Rivières.
Avec son balluchon, il allait de
ville en ville pour vendre à
domicile. "Au tout début,
jusque vers les années 1940, la
plupart des immigrants libanais
faisaient du commerce ambulant,
raconte Aida Kamar. Puis ils ont
commencé à ouvrir des magasins
ou à travailler comme manœuvres.
D'abord en province, puis à Montréal."
Les années 1960 et 1970 ont connu
une autre vague d'immigration :
des étudiants - essentiellement
de futurs médecins et ingénieurs.
Pour la plupart, ils sont restés
au Québec lorsque la guerre du
Liban s'est déclenchée.
Plusieurs figurent parmi les
grands noms de la médecine québécoise
: neurologues, oto-rhinos, ou
chirurgiens cardio-vasculaires,
comme le Dr Pierre Ghosn, qui opéra
Lucien Bouchard, alors Premier
ministre. Aujourd'hui encore,
plusieurs Libanais poursuivent
leurs études au Québec. "La
société québécoise s'est montrée
très tolérante et très
accueillante pour les Libanais,
constate le consul général
Khalil El-Habre. Ils ont trouvé
ici un système social performant
et de haut niveau. Et des
conditions de travail et des
opportunités
exceptionnelles."
Résidant majoritairement à Montréal
(environ 90%), les Libanais ont
leurs quartiers de prédilection,
où ils continuent souvent de
vivre "à la libanaise".
Ainsi à Montréal-Nord, pour la
classe moyenne, ou le chic
arrondissement Mont-Royal, pour
les plus aisés. Enfin, et
surtout, celui de Saint-Laurent, où
les Libanais représentent 16% de
la population totale. Surnommé
"Saint-Liban" ou
"Petit-Liban",
l'arrondissement montréalais de
Saint-Laurent a vu fleurir, depuis
une dizaine d'années, une
multitude de commerces libanais :
librairies, fast-foods, marchands
de fromages, cafés et même
supermarchés. Parmi les
incontournables: la boulangerie-pâtisserie
Andalos, sur la rue Lebeau. Malgré
un environnement ingrat - un parc
industriel - Andalos attire les
foules. Pour satisfaire les goûts
de la clientèle québécoise, les
mankouché, rebaptisés ici
"pizzas", se déclinent
en une quinzaine de variétés:
fromage, épinards, jambon,
poulet…
Non loin des délices d'Andalos,
le supermarché Adonis, libanais
également, propose la gamme
infinie de la cuisine orientale. Là
aussi, la réussite a été
fulgurante puisque tout a commencé
avec une modeste épicerie ouverte
sept jours sur sept. Adonis compte
aujourd'hui trois succursales dans
la région de Montréal, qui
attirent autant de Québécois que
de Libanais, Egyptiens,
Tunisiens… Le Québec, Montréal
surtout, regorge également de
restaurants libanais - depuis les
chaînes de fast-food comme Amir
jusqu'aux tables gastronomiques
comme les deux célèbres
restaurants Daou. Certains
proposent, les vendredis et
samedis soir, musiciens et
danseuses du ventre. L'Al-Kanater,
notamment, est réputé pour son
ambiance extraordinaire.
"Comme on n'en connaît plus
à Beyrouth !" s'exclame fièrement
le propriétaire, Georges Youssef.
Il sait de quoi il parle : il
tenait un grand restaurant à
Beyrouth avant d'immigrer au Québec
en 1989, et d'ouvrir l'Al-Kanater
voilà dix ans. Parmi ses clients
: le Premier ministre québécois,
Bernard Landry, et le couple le
plus célèbre de la Belle
Province, René Angélil (lui-même
d'origine libano-syrienne) et Céline
Dion, dont la photo, en compagnie
du maître des lieux, orne le mur
juste au-dessus de la piste de
danse. Dans ce restaurant de 350
places, on oublie vite qu'on est
à Montréal. Plats fins et
abondants, narguilé circulant de
table en table, petits verres
d'arak, jolies filles ultramaquillées,
familles accompagnées de bébés,
groupes de jeunes fêtant des
anniversaires… La musique
commence vers 23 heures, la
danseuse du ventre beaucoup plus
tard… L'orchestre de cinq
musiciens libanais joue jusqu'à 4
heures du matin.
Vivre à la libanaise à Montréal,
ce n'est pas seulement manger et
danser, c'est aussi s'informer.
Aux balcons des immeubles de
Saint-Laurent fleurissent les
antennes paraboliques. "Ce
sont les Libanais, qui reçoivent
la télé en direct du Liban
!" explique Aida Kamar. Des
journaux libanais sont également
édités à Montréal, comme
l'hebdomadaire de langue arabe
Al-Mustakbal (L'Avenir).
Directeur-fondateur d'Al-Mustakbal,
Joseph Nakhlé, 36 ans, auparavant
journaliste au Liban, est arrivé
au Québec avec femme et enfants
en 1991. C'est donc à 25 ans
qu'il crée cet hebdo, entouré
d'une équipe de jeunes
journalistes et universitaires
libanais bénévoles. "Une très
belle aventure! raconte-t-il. Qui
n'a pas coûté très cher à
lancer: 10.000 dollars empruntés
à des amis." Aujourd'hui, le
journal, diffusé à 11.000
exemplaires, vit plutôt bien, et
Nakhlé a lancé le Festival du
monde arabe de Montréal, qui
connaîtra sa 3e édition, en
novembre prochain.
La
culture libanaise redécouverte
Promouvoir la culture libanaise à
Montréal, c'est la mission que
s'est donnée l'association
Lebanus - elle compte une antenne
à Montréal depuis seize ans,
outre celle de Paris. "Notre
objectif est de réunir des fonds
pour aider de jeunes Libanais à
poursuivre leurs études",
explique Nada Raphaël, 25 ans,
membre de l'association. Avec
Lebanus, cette jeune cinéaste
d'origine libanaise a mis sur pied
un festival de courts-métrages
libanais, qui se déroule chaque
année au mois de mai à l'Office
national du film (ONF) de Montréal.
Ainsi que des soirées spectacles
réalisées avec le concours de
restaurateurs libanais de Montréal.
Si, adolescent, il a d'abord rejeté
sa culture libanaise parce qu'il
voulait, confie-t-il,
"devenir québécois",
le dramaturge Wajdi Mouawad, 34
ans, se l'est, depuis, réappropriée
"grain de sable par grain de
sable". "La lumière, la
littérature, la richesse
historique, la musique, la
nourriture, la langue arabe, j'ai
redécouvert tout cela, et je l'ai
ramené au théâtre. C'est ma
plus grande richesse
aujourd'hui." Arraché enfant
à son Liban natal, Mouawad s'est
d'abord réfugié à Paris avec sa
famille avant de débarquer à
Montréal à l'âge de 16 ans.
Aujourd'hui, les pièces de Wajdi
Mouawad - notamment
Littoral, dont
sera tiré un film en 2003 - mais
aussi ses mises en scène,
traductions et adaptations font
l'unanimité des critiques et du
public. Directeur du théâtre de
Quat' Sous, à Montréal, depuis
2000, il a apporté un nouveau
souffle au théâtre québécois.
Et son premier roman,
Visage retrouvé,
à paraître chez Léméac/Actes
Sud ce mois-ci, est très attendu.
Son œuvre est imprégnée de son
rapport au Liban, et de la guerre,
mais aussi fortement liée au Québec.
"Je dois énormément à ce
pays, dit-il. Le Québec m'a sauvé
la vie et m'a appris mon métier.
Et c'est aussi ici que j'ai
rencontré l'amour."
Monseigneur
Etchegaray : "Les
martyrs sont la fécondité de l'Eglise"
propos recueillis par YVES CORNU
et DOMINIQUE DUNGLAS, publiés dans
le Point le 24 octobre 2002
* Quelle était la
volonté de Jean-Paul II en créant
la Commission des nouveaux martyrs
?
Jean-Paul II a décidé que, dans
le cadre du Jubilé de l'an 2000,
l'Eglise devait célébrer tous
les martyrs. Une Eglise qui ne se
souvient plus de ses martyrs
d'hier ou ne découvre pas ceux
d'aujourd'hui ne peut revendiquer
l'honneur d'être l'Eglise du
Christ. Je pense bien sûr à l'Eglise
catholique, mais aussi à toutes
les confessions chrétiennes qui
ont eu, et ont encore, leurs
propres martyrs. Le pape a donc
voulu élargir la perspective et
ne pas se replier "égoïstement"
sur ses propres martyrs. Il existe
un vieil adage qui dit : "Le
sang des martyrs est la semence
des chrétiens". La fécondité
d'une Eglise se mesure au nombre
de ses martyrs. Le pape tenait à
donner un aspect oecuménique à
cette mémoire. Lui qui est
passionné par l'unité de l'Eglise
a dit : "L'oecuménisme
des martyrs est peut-être celui
qui convainc le plus."
* N'est-il pas
effrayant d'affirmer que les
martyrs sont le signe de vitalité
d'une Eglise ?
Quelqu'un qui n'est pas chrétien
peut avoir du mal à le
comprendre. Pour un chrétien,
c'est naturel, car il doit
toujours se référer au Christ,
qui est son maître. Or le Christ
s'est présenté dans sa vie comme
un signe de contradiction. Et la
fine pointe de l'Evangile, ce sont
les béatitudes, quand le Christ a
proclamé bienheureux les pauvres,
les affligés, les affamés de
justice, les persécutés. Un
bonheur qui va à l'encontre de ce
qu'on pense dans la vie ordinaire.
Le chrétien doit essayer de vivre
cela à notre époque où les critères
de succès sont le pouvoir et
l'argent. Comment faire
comprendre, par exemple, dans une
économie soumise à la loi de
l'argent, qu'une certaine forme de
pauvreté est à promouvoir comme
un acte gratuit de service, de
solidarité ?
* Si on suit cette
logique, le XXe siècle, qui a
connu beaucoup de martyrs chrétiens,
davantage que les siècles précédents,
est donc un siècle d'or pour la
chrétienté ?
Oui. Je le crois. C'est pour cela
que le pape n'a cessé de lancer
un message d'espérance. Bien sûr,
si dans les premiers siècles de
l'histoire de l'Eglise certains
chrétiens ont pu s'exalter à la
perspective du martyre, personne
ne cherche aujourd'hui à devenir
martyr. C'est une grâce qu'on reçoit,
une grâce difficile à cueillir,
car elle nécessite le sacrifice
du sang. Le martyre doit être
l'horizon habituel des chrétiens,
si l'occasion se présente.
* Comme chrétien, vous
ne partagez donc pas la phrase de
Georges Brassens, qui disait : "Mourons
pour des idées, mais de mort
lente" ?
J'aime beaucoup Brassens, mais on
meurt concrètement pour défendre
des hommes bafoués. On ne meurt
pas pour des idées abstraites.
Une parole du Christ me vient à
l'esprit : "Personne
ne peut m'enlever ma vie, je la
donne de moi-même." Le
premier martyr, Jésus-Christ,
s'est offert de lui-même, car il
était le maître de la vie. Le
martyre doit être un acte
d'offrande, la sublimation d'une
mort forcée.
* Le pardon est-il une
condition sine qua non du martyre
?
L'un ne peut aller sans l'autre.
Le martyre est un acte d'amour.
Amour envers Dieu, mais aussi
envers le frère qui vous persécute.
Tous les martyrs ont su pardonner,
comme avait fait le Christ sur la
croix. Le grand message laissé
par les martyrs consiste à
montrer que la misère plonge très
bas, mais que la miséricorde de
Dieu descend encore plus bas.
* Au cours du XXe siècle,
les grandes persécutions
n'ont-elles pas eu davantage de
mobiles politiques que religieux ?
Le pape a mis en relief que nous
étions sortis d'une conception un
peu romantique du martyre.
Maintenant, il ne se limite pas au
don de la vie d'une façon
spectaculaire en criant "Vive
Jésus !". Le pape a su
mettre en valeur des témoignages
de foi de chrétiens persécutés
pour des raisons apparemment
politiques. Mais le Christ
n'est-il pas mort lui-même parce
que Pilate le considérait comme
subversif ? Maintenant aussi, tous
ceux qui meurent pour ce qu'on
appelle les droits de l'homme sont
à leur manière des martyrs. Trop
souvent, on oppose Dieu et
l'homme. Un défenseur des droits
de l'homme défend le respect, la
dignité, quelque chose qui dépasse
l'image trop vulgarisée qu'on a
de l'homme. En défendant l'homme,
nous défendons Dieu.
* Au Rwanda, des chrétiens
ont été martyrisés par d'autres
chrétiens. N'est-ce pas là un
type de persécution odieux pour
vous ?
Dans l'histoire de l'Eglise, il y
a eu des bourreaux chrétiens. Il
y a ceux qui sont logiques avec
leur foi, et ceux qui sont guidés
par des intérêts privés ou
ethnocentriques. Se servir de Dieu
pour servir sa cause est ce qu'il
y a de plus horrible. C'est mettre
Dieu à son service.
* Peut-on souhaiter un
monde où il n'y aurait plus
besoin de donner sa vie ?
Oui, mais on entre dans un monde
chimérique. Jamais ce ne sera
ainsi. On ne peut pas imaginer une
sorte de paradis terrestre où
tout est parfait. Le schéma que
vous évoquez, c'est celui du
royaume de l'au-delà. Mais sur
terre... Ce n'est pas être
pessimiste, mais accepter le monde
comme il est, comme il a été et
comme il sera. Le secret de l'Evangile,
c'est d'offrir à l'homme quel
qu'il soit d'être heureux, même
dans la souffrance et dans l'épreuve.
Il n'y a que la foi qui peut
offrir ça.
Dommage,
la citrouille est vide
par le GROUPE PAROLES, publié
dans le Monde du 22 octobre 2002
Le
groupe Paroles est constitué de
seize personnalités catholiques
de générations, de sensibilités
et d'expériences différentes
Halloween, fête d'origine
celte, américanisée par les
immigrants irlandais, se situait
au moment où l'activité
agricole s'éteignait, où la
terre paraissait comme morte. Le
monde des hommes pouvait entrer
en communication avec celui des
divinités et des esprits. Elle
comportait de nombreux rites
d'apaisement et d'éloignement
des esprits mauvais comme, par
exemple, celui de mettre une
bougie allumée dans une
citrouille évidée et sculptée
en forme de tête monstrueuse.
Au VIIIe siècle,
le pape Grégoire IV décida
de placer la Fête des morts au
lendemain de la Toussaint,
soulignant ainsi la proximité
des défunts avec les vivants.
L'Eglise, comme elle le fit
depuis l'origine pour la plupart
des fêtes païennes,
christianisait ce moment de
relation avec "ceux de
l'autre monde". Disons
d'abord qu'une fête proposée
en cette période de l'année où
il se passe peu de choses,
hormis le commerce des chrysanthèmes,
c'est plutôt bon à prendre.
Les spécialistes du marketing,
les faiseurs d'images faussement
terrifiantes, les vendeurs de
citrouilles, dents de vampire,
squelettes en plastique et
bonbons divers ont planté le décor.
Mais à y regarder de plus près,
la citrouille paraît plutôt
vide. Et c'est dommage !
Une société a besoin de ne pas
isoler la mort du reste de la
vie. Halloween pourrait nous le
redire. A force de rejeter la
mort aux marges de l'existence,
nous faisons semblant de
l'ignorer. Elle n'en devient que
plus obsédante, voire
effrayante, déclenchant alors
des réactions de peur ou de
fuite aux conséquences déshumanisantes.
Tous nous avons besoin d'extérioriser
nos peurs pour les exorciser
dans des manifestations
collectives, où crainte, humour
et confiance, se mêleraient !
Halloween pourrait nous en
offrir l'occasion autrement que
par une panoplie plus proche des
farces et attrapes que d'une
expression profonde d'une partie
de notre être. Evoquer le monde
des disparus semble bien nécessaire
pour nous replacer chacun dans
l'immensité du cosmos. Quelles
que soient nos croyances, nous
appartenons à une famille
constituée de ceux qui nous
ont précédés, de nos
contemporains comme des êtres
à venir. Halloween pourrait
donner cette dimension passée
et future aux phénomènes
actuels de globalisation, à
condition de ne pas virtualiser
cet au-delà en le réduisant à
des sorcières ou autres
monstres.
Que les catholiques ne crient
pas aux voleurs en voyant
Halloween supplanter la célébration
de la Toussaint et du jour des
morts. Nous suggérons qu'avec
toute la société, ils
remplissent l'événement, lui
donnent sens, et se décrispent
un peu face à un humour pas
toujours "très
catholique".
L'imagerie et la statuaire chrétiennes
sont riches en danses macabres,
visions infernales, tortures
sataniques et horreurs diverses. Ainsi
s'exprimèrent à certaines époques
le rapport à la mort, le
jugement qui sera porté sur nos
actes, et souvent le désir
d'enfermer la population dans
des peurs stérilisantes.
Aujourd'hui, le langage chrétien
est appelé à l'invention.
Halloween invite les catholiques
à revivifier leurs propres célébrations.
D'abord la Toussaint (le 1er novembre),
en invitant à partager par la
joie, les chants, la beauté des
prières et des célébrations,
la force de se savoir chacun
appelé à rejoindre tous les
amis de Dieu, vivants et morts,
dans le bonheur d'un amour
partagé et non dans la peur du
jugement.
Que la fête des défunts (le 2 novembre)
ne se limite pas à une visite
fleurie des cimetières. Qu'elle
soit le temps de l'évocation de
leur mémoire et de leur présence.
En ces temps de quête
identitaire, alors que tant de
jeunes recherchent un
enracinement, ce pèlerinage
auprès des anciens peut devenir
élément de construction tant
personnelle que sociale.
Halloween révèle sans doute
certains traits de la culture
contemporaine. Sans exagérer
l'importance de l' "événement",
nous y voyons l'occasion de lui
donner du contenu, d'en
approfondir le message. Si les
commerçants et les amuseurs ont
mis en scène la citrouille, à
nous de lui donner du sens. La fête
n'en sera que plus... vivante.
Le
catéchisme dans les écoles
publiques, une priorité pour
l’archevêque de Beyrouth
Matar : "Il faut combler le
fossé entre l’Eglise et les fidèles"
paru dans
l'Orient-le Jour le 29 octobre
2002
Pour
la première promotion d’étudiants
diplômés de la faculté des
sciences ecclésiales de l’Université
La Sagesse, l’archevêque
maronite de Beyrouth, Mgr Boulos
Matar, a souligné l’urgence
d’une formation chrétienne
consistante dans les écoles
publiques de son diocèse, et a
annoncé qu’un livre de catéchisme
œcuménique pour les catholiques
et les orthodoxes est en voie
d’achèvement. "La faculté
des sciences ecclésiales de cette
université est la première en
date des initiatives de l’archevêché",
a affirmé en substance Mgr Matar,
au cours d’une messe et d’une
cérémonie marquant cette
promotion. L’évêque a évoqué
la création, en 1852, du séminaire
de Aïn Saadé, bien avant la
faculté de droit ou l’école La
Sagesse. "Aujourd’hui,
a-t-il poursuivi, 150 ans plus
tard, grâce à cette faculté,
nous voulons renouer avec la
tradition et des jeunes qui
aspirent au sacerdoce peuvent de
nouveau s’y préparer dans notre
faculté. Elle succède à l’école
Notre-Dame des Dons, où se préparaient
avant-guerre les catéchistes. Il
en était temps de prendre le
relais, au regard des grands
besoins de notre diocèse, compte
tenu du nombre d’écoles et
d’universités qui s’y
trouvent, et des générations de
jeunes qui ont besoin de
formateurs pour leur annoncer la
parole de Dieu et l’inscrire
dans les cœurs".
Concernant ces besoins, Mgr Matar
a avancé quelques chiffres. Il
existe, dans le diocèse maronite
de Beyrouth, 54 écoles publiques
où étudient quelque 6.000 élèves
chrétiens parmi lesquels se
manifestent autant de vocations
sacerdotales que dans les écoles
privées. "Ce sont nos fils.
Qui donc les catéchisera ?"
s’est-il interrogé, soulignant
qu’il s’agit d’écoliers
dont les parents sont trop pauvres
pour les inscrire dans les écoles
privées. Décrivant les conséquences
de l’insuffisance de catéchistes,
l’archevêque de Beyrouth a parlé
du risque de voir des générations
de jeunes chrétiens grandir dans
l’ignorance de leur foi.
"Nous affirmons ensuite que
l’Eglise et les fidèles sont
comme deux étrangers", a
ajouté Mgr Matar, qui a fait
assumer à l’Eglise institution
une part de responsabilité de cet
état de choses. C’est à
la hiérarchie d’œuvrer pour
"combler le fossé qui existe
entre l’Eglise et les fidèles",
a-t-il dit. "Nous sommes tous
responsables de cet état de
choses et nous devons tous agir
pour le corriger, pour l’honneur
du Christ", a-t-il ajouté,
soulignant que cette responsabilité
est d’autant plus grande qu’il
existe six évêques catholiques,
conjointement responsables, dans
le même diocèse.
"Cette année, a ajouté Mgr
Matar, ce ne sont pas seulement
des catéchistes qu’on a
sollicité, mais également des
formateurs, dans une situation
sociale difficile marquée par
l’extension de la pauvreté, de
l’ignorance, de l’usage de la
drogue et de la perte du sens des
valeurs. Au nombre des
menaces qui guettent les jeunes,
a-t-il dit, sont la drogue et la
confusion, alors même qu’ils
grandissent dans des foyers où
les parents n’ont pas la force
de subvenir à leurs besoins,
qu’ils soient matériels, pédagogiques,
humains ou spirituels." Ayant
ainsi souligné l’urgence
d’une éducation chrétienne
riche et suivie, Mgr Matar a précisé
que dans les écoles où le catéchisme
est donné, le manuel utilisé, préparé
par un groupe de prêtres sous la
supervision du P. Jean Corbon,
tragiquement décédé, a besoin
d’être révisé. L’évêque
maronite a par ailleurs indiqué
qu’un manuel de catéchisme œcuménique
est en cours de rédaction. Ecrit
par des catholiques et des
orthodoxes, 5 tomes de ce
"livre unifié" sur les
dix prévus sont déjà achevés,
a-t-il précisé. Tous les
enseignements communs aux deux
Eglises se trouvent au centre de
la page, tandis que les différences
sont inscrites dans des marges spéciales. Affirmant
qu’il aspire à voir la prééminence
revenir à l’Université La
Sagesse, à la faculté des
sciences ecclésiales, Mgr Matar a
conclu sur une morale : "Dans
le temps, la faculté de théologie
de l’Université Saint-Joseph était
la première de toutes. Les temps
ont peut-être changé, mais les
principes restent les mêmes."
"Le
Maroc chez vous", jusqu’au
10 décembre, au centre-ville de
Beyrouth
Exposition
- Tapis, sacs, habits
folkloriques, douceurs
traditionnelles…
paru dans l'Orient-le Jour le 22
octobre 2002
Jusqu’au
10 décembre, tous les jours de
10h à minuit, les passionnés de
l’art marocain trouveront
l’objet de leur désir à
l’exposition "Le Maroc chez
vous", au centre-ville.
Tapis, sacs et mallettes en cuir,
lampadaires, miroirs, meubles,
habits et babouches folkloriques,
de petits objets artisanaux en
terre cuite ou en argent et des
douceurs spécifiques du pays
emportent les visiteurs au cœur
du Maroc. Au centre de Beyrouth,
à quelques mètres du Virgin
Megastore, une tente, dressée sur
1500 m2, abrite depuis le 10
septembre une équipe marocaine
d’environ cinquante personnes
venue promouvoir son pays. Maîtres-queux,
"principalement des femmes
ayant l’expérience de la
cuisine", trois troupes
d’animation, artisans au travail
(souffleur de bois), une "hennaya"
(celle qui fait des tatouages au
henné), un faiseur de thé à la
menthe, des animateurs de vente
d’artisanat… tous sont là au
service du visiteur. Trois thèmes
majeurs y sont développés :
l’animation culturelle et
folklorique, les travaux
artisanaux et la gastronomie.
Cette manifestation a pour
objectif, selon son promoteur Aziz
Chaoui, de "rapprocher la
civilisation marocaine du peuple
libanais, qui est la collectivité
arabe la plus civilisée et la
plus ouverte au monde, d’autant
que nous possédons des points
communs tant sur le niveau
culturel que linguistique."
A peine entrés dans la
tente, vous êtes pris par
l’odeur spécifique des
artisans. Du coup, vous êtes éblouis
par la multitude des objets qui défilent
sous vos yeux au fur et à mesure
que vous avancez. A plusieurs
reprises, vous sentez ce désir de
faire vos bagages et de prendre le
premier vol à destination du
Maroc. Si, épris des objets que
vous découvrez, vous vous décidez
à en acheter, vous serez déçus
par le prix élevé. "Nous
essayons de fixer des prix
raisonnables, proteste M. Chaoui.
Mais les taxes douanières dans
votre pays sont excessivement élevées.
Il en est de même pour les frais
de transport. Certains objets sont
vendus au même prix qu’au
Maroc. Les bénéfices provenant
de ces ventes ne dépassent pas
les 20 % du prix initial de
l’objet. D’ailleurs, ces mêmes
objets sont beaucoup plus vendus
en Europe." "Nous
avons également les frais de
gestion à assurer, ajoute-t-il.
Le loyer, l’entretien des lieux,
le matériel, l’électricité,
le logement du personnel…
C’est une tâche lourde que nous
assumons, d’autant que le Liban
est un pays cher. Nous sommes
toutefois obligés de nous
conformer aux lois du pays. Et
puis quelqu’un a dit 'tout ce
que j’aime n’est pas cher et
tout ce que je déteste est cher'.
Cela s’applique à nos produits
également."
Un public réticent
Pour ceux qui le désirent, un
buffet est servi tous les soirs,
à partir de 21h30. Couscous,
tajine, différentes sortes de
salades et plusieurs desserts
typiques du pays sont aux menus.
D’aucuns seront déçus
toutefois par le goût de ces mets
qui ne répondent pas vraiment à
celui auquel on s’attend. Une
consolation toutefois : le show présenté
au cours de la soirée est
fascinant. Le spectacle commence
par des airs folkloriques présentés
par cinq musiciens habillés de
djellabas blanches et du
traditionnel tarbouche rouge,
suivis de danses également
folkloriques exécutées par
quatre Marocains munis de leurs
tambours et de leurs claquettes en
bois. Le clou du spectacle demeure
cependant le danseur de bougies.
Portant un plateau de bougies sur
la tête, il effectue une danse du
ventre digne de ses consœurs
danseuses. Cet artiste, au sourire
ineffable, ne finit pas de vous épater.
Félin, il poursuit son spectacle
avec des danses effectuées au ras
du sol cette fois-ci. Au moment où
vous pensez que votre soirée est
terminée, surgit du fond de la
salle un danseur libanais se
distinguant par un style qui joint
le ballet à la danse orientale.
L’idée de cette manifestation,
qui est placée sous l’égide de
l’ambassadeur du Maroc au Liban,
remonte à vingt années. En
voyage permanent, l’équipe a
fait le tour du monde,
puisqu’elle a déjà exposé en
Asie (Japon, Chine, Taïwan), aux
Etats-Unis, en Afrique et en
Europe (six mois à Paris sur
l’esplanade de l’Institut du
monde arabe, trois mois à
Barcelone à l’occasion du
championnat du monde du catamaran
et trois mois en Belgique à
l’occasion de la Déclaration de
Bruxelles capitale de l’Europe).
L’équipe marocaine pense-t-elle
renouveler cette expérience au
Liban ? « Non, répond Aziz
Chaoui d’un ton catégorique. Je
n’arrive pas à comprendre la
raison pour laquelle une
manifestation comme la nôtre
n’a pas rencontré de succès
auprès des Libanais, bien qu’il
s’agisse en fait d’un événement
visant le rapprochement
culturel." Et de poursuivre
sur un ton plus doux :
"J’aime le Liban. C’est
un pays qui m’a séduit à
travers son image de marque.
C’est le pays de la joie, de la
fête, de l’intellectualisme et
de l’ouverture vers les autres.
Même votre dialecte est si joli
à entendre. Je suis charmé par
le Liban, et même si mon expérience
s’avère être un échec, je
resterai charmé par ce
pays." M. Chaoui conclut en
invitant les Libanais à visiter
sa tente : "L’entrée est
gratuite. Il n’y a aucune
obligation d’achat.
L’important pour nous, c’est
de maintenir le contact avec le
Liban et de faire parvenir notre
culture." Après le Liban,
l’équipe se dirigera vers l’Australie
et la Nouvelle-Zélande. Dans
l’espoir de rencontrer un public
plus accueillant.
Cinq
dîners aux Thermes romains aux
saveurs des pays francophones
Gastronomie
- Spécialités françaises,
libanaises, marocaines,
vietnamiennes, belges, suisses…
par
NADA MERHI, publié dans
l'Orient-le Jour le 17
octobre 2002
Cinq
soirées gustatives. La semaine de
la gastronomie des pays
francophones, organisée pour la
deuxième année consécutive, a
remporté un grand succès. Dans
le cadre enchanteur des Thermes
romains, au centre-ville de
Beyrouth, les gastronomes ont pu
savourer les délices de plusieurs
pays ayant la langue française en
partage. Au menu de ces soirées,
des spécialités de la France et
de ses provinces, des pays arabes
de la francophonie notamment le
Liban, le Maroc, la Tunisie et
l’Egypte, du Canada et de la
Roumanie, de la Belgique et de la
Suisse et enfin de l’Afrique et
du Vietnam. Dès 20h30, les
convives commencent à affluer sur
le site où des tentes blanches
ont été dressées spécialement
pour l’occasion. Une petite
halte à l’entrée du site, le
temps d’un verre et d’une
causerie avec les amis, et les
convives se dirigent ensuite à
l’intérieur du site. Sourire
aux lèvres, des hôtesses les
accompagnent à leurs tables
portant chacune le nom d’une
ville du pays dont la cuisine était
à l’honneur. Ainsi, l’espace
de quelques heures, vous voyagez
loin, au Cameroun, au Burkina Faso,
à Casablanca, à Vancouver, à
Paris, à Montréal… et bien
d’autres régions qui vous font
tant rêver.
Même les décorations florales
revêtaient un aspect particulier
et pour la soirée consacrée aux
délices de la France et de ses
provinces, par exemple, des petits
pains, des crackers et des toasts
étaient intégrés aux
arrangements. Les passionnés du
chocolat ont trouvé leur bonheur
au cours de la soirée suisse et
belge, les centres de tables ayant
été garnis de chocolats en
provenance de ces deux pays. Le
coup d’envoi de chacune des soirées
était donné par une petite
allocution de M. Lucien Dahdah, président
de l’Académie libanaise de la
gastronomie (ALG), qui ne se
lassait pas de répéter au fil
des soirs que "le Liban
parlait la langue française avant
même le mandat" et qu’il
était "de notre devoir de
promouvoir cette langue, sachant
que nous sommes les plus qualifiés
pour cette tâche." "Il
est de notre obligation de
convertir les pays arabes qui nous
entourent à la langue française,
eux qui croulent sous l’emprise
des Anglo-Saxons",
ajoutait-il. Et de terminer en
insistant : "Nous essayons de
prouver que la cuisine libanaise
est la troisième au monde après
les cuisines française et
chinoise." Suite à ce
discours, le mot magique de la
soirée est enfin prononcé ! Plus
volubile que jamais, Tanguy,
l’animateur de ces cinq dîners,
annonce : "Messieurs, le
buffet est ouvert !"
L’appétit bien aiguisé, les
invités ont pu enfin se servir,
avec en toile de fond des chansons
françaises présentées par Rita
et Jalil, le bassiste. Une
multitude de plats colorés,
parfumés et finement décorés défilaient
sous des yeux gourmands.
Choucroute, quiches au potiron,
aux poireaux et aux oignons, gâteaux
de courgettes, dorades grillées,
pastilla aux pigeons, fattouche,
balila, hommos, kouchari (plat égyptien
à base de lentilles, de pâtes et
de riz servi avec une sauce
tomate), siyadieh, couscous impérial,
hors-d’œuvre canadiens, saumon
fumé sur pomme de terre, poulet
paprika à la pomme de terre,
goulash avec riz à la betterave
rouge, tourte aux poireaux, viande
des grisons, raclette, émincé de
veau aux champignons, galantine de
lapin, salade de calamars, cuisse
de grenouilles à la citronnelle,
boulettes de porc en brochettes,
kamsa, gaouré… autant de plats
pour flatter le palais. Et une
excuse pour se resservir une deuxième,
voire une troisième fois,
oubliant son régime diététique.
Poèmes d’amour et histoires
salées
Entre la poire et le fromage,
entre une chanson de Piaf, de
Patricia Kass ou d’Adamo, l’ "entertainment"
est assuré par M. Jean-Claude
Boulos, membre de l’ALG. Un poème
d’amour chanté à l’adresse
de Mme Nada Moghaizel Nasr,
"bien que son mari soit
absent" selon des rimes,
masculines et féminines, proposées
par les invités, un poème dédié
à Lucien Dahdah faisant l’éloge
de ces dîners qui "vont nous
rendre obèses", des
histoires salées incluant le nom
des villes belges, qui ont conquis
les oreilles chastes, une nouvelle
version, également salée de La
nuit je deviens fou d’Adamo
et une autre de Quizas, quizas,
quizas, en honneur à
l’Afrique. Plus tard dans la
soirée, et pour la deuxième
fois, Tanguy invite les fins
gourmets à se diriger vers le
buffet. Mais cette fois, c’est
au dessert que les convives font
honneur. Fruits exotiques, tartes
aux fruits, aux groseilles, à la
banane et au chocolat, mousse au
chocolat, mille-feuilles caramel,
knefé, sorbets au sahlab, à la
mangue, au chocolat et au caramel,
fougasses… Messieurs-dames
n’ont pas pu s’empêcher de se
resservir, par "pure
gourmandise". La semaine de
la gastronomie des pays
francophones a été clôturée,
mardi soir. Le site des Thermes
romains a retrouvé son image
ordinaire. Dans l’espoir de
revivre, l’année prochaine, la
même ambiance dans une nouvelle
semaine de la gastronomie, cette
fois non plus francophone mais
internationale.
Les
bailleurs de fonds ont rendez-vous
le 23 novembre à l'Elysée
Paris II - Hariri
a été reçu hier par Chirac
paru dans l'Orient-le Jour le 30
octobre 2002
La conférence
internationale d’aide financière
au Liban, dite Paris II, aura lieu
le 23 ou 24 novembre au palais de
l’Elysée, sur invitation du président
Jacques Chirac, a annoncé hier le
président du Conseil, M. Rafic
Hariri. "La date pour la conférence
de Paris II sera le 23 novembre
(...), peut-être ce sera le 24,
mais ce sera entre ces jours-là",
a dit M. Hariri à la presse à
l’issue d’un entretien d’une
heure et demie avec le président
Chirac. Il a précisé que le choix
entre les deux dates dépendait
encore de quelques pays. Le Liban,
qui assume les charges d’une dette
publique de plus de 30 milliards de
dollars, espère obtenir de cette réunion
cinq milliards de dollars de crédits
préférentiels afin d’alléger le
service et la croissance de sa
dette. La conférence doit réunir
les principaux pays bailleurs de
fonds du Liban et les grandes
organisations financières
internationales. Le chef du
gouvernement était accompagné des
ministres de l’Economie, Bassel
Fleyhane, et des Finances, Fouad
Siniora, ainsi que du gouverneur de
la Banque du Liban. L’ancien
directeur général du Fonds monétaire
international, Michel Camdessus, qui
a été chargé de préparer la conférence,
a également pris part à la réunion
de l’Elysée. Celle-ci "a
permis de faire le point détaillé
et précis de la préparation de
Paris II", a dit la
porte-parole de l’Elysée,
Catherine Colonna.
Selon M. Hariri, elle doit réunir,
outre la France et le Liban, les
pays et organisations suivants :
Allemagne, Italie, Belgique,
Espagne, Grande-Bretagne, Canada,
Malaisie, Japon, Etats-Unis, les
pays du Golfe, ainsi que le FMI, la
Banque mondiale, l’Union européenne
et la présidence de la Commission
européenne. Le président du
Conseil a refusé de répondre à
une question sur les montants que le
Liban escompte obtenir, affirmant
que les pays qui participeront au
forum avanceront soit des garanties,
soit des prêts, soit des dépôts
à long terme et à des taux d’intérêt
appropriés. M. Hariri s’est déclaré
"extrêmement satisfait"
de ces perspectives. Il a précisé
que les invitations ont été lancées
aux Etats, et qu’il leur revient
de fixer leur niveau de représentation
au forum. Il a estimé, pour sa
part, qu’elle se fera au niveau
des Premiers ministres et non des
ministres. Mme Colonna a précisé
que chaque pays décidera de son
niveau de représentation, la France
étant pour sa part représentée
par M. Chirac. La première conférence
"Paris I" s’était tenue
le 28 février 2001 à l’Élysée
sous l’égide de Jacques Chirac,
avec notamment M. Hariri, la Banque
mondiale, la Banque européenne
d’investissement (BEI) et le président
de la Commission européenne Romano
Prodi.
Les garanties des pays du Golfe
"La majorité des pays du CCG
(Conseil de coopération du Golfe),
dont les Émirats arabes unis, se
sont mis d’accord pour fournir des
garanties pour aider le Liban à
surmonter le problème des
dettes", avait déclaré le
ministre des Finances dans la nuit
de lundi à mardi, avant de quitter
Abu Dhabi pour Paris. "Nous
devons recevoir des garanties pour
un prêt s’élevant à 5 milliards
de dollars", avait-il ajouté.
On rappelle que M. Hariri, qui
s’est déjà rendu en Arabie
saoudite, à Oman, au Koweït et à
Bahreïn, a eu des entretiens lundi
avec le président émirati Zayed
ben Sultan al-Nahyane, avant de se
rendre en France. Le président du
Conseil devait rentrer en fin de
soirée à Beyrouth.
|