PRESSE  RJLIBAN  N°71  du 2 octobre 2002                                                                www.rjliban.com                                                    

 
Dans le cadre du sommet de la francophonie qui vient de se tenir avec succès à Beyrouth, une série d'éditoriaux réalisés par plusieurs personnalités internationales ont été publiés dans le quotidien libanais l'Orient-le Jour : www.lorientlejour.com .
  
TITRES 

 
Harb : "C’est à la démocratie que l’on donne le coup de grâce"
Sfeir a longuement reçu une délégation de Kornet Chehwane et a dénoncé une justice "capricieuse"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 30 septembre 2002  

Le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, est sorti de sa réserve hier, au sujet de l’affaire des hélicoptères Puma, pour critiquer l’ouverture "capricieuse" de dossiers judiciaires, estimant que l’on est là "très loin de toute notion de justice". Prononçant l’homélie d’une messe célébrée en présence des membres de la Rencontre de Kornet Chehwane, le chef de l’Eglise maronite, qui est le parrain de cette rencontre politique, a déploré "l’ouverture et la fermeture capricieuse des dossiers judiciaires, que l’on transforme en autant d’épées de Damoclès au-dessus des têtes de ceux qui ne marchent pas en rang, très loin de toute notion de justice". Le patriarche maronite a également dénoncé "la tentative d’accabler de soupçons ceux qui sortent de la ligne politique tracée, de réduire leur possibilité de s’exprimer". "Tout cela, a-t-il conclu, crée un climat détestable qui n’aide en rien le Liban à se relever, à l’heure où nous avons besoin de la plus grande solidarité pour faire face aux dangers qui guettent notre région". On rappelle que le procureur près la Cour de cassation a décidé la réouverture du dossier des hélicoptères français Puma, datant des années 80. Les appareils avaient été achetés à la France, sous le mandat du président Amine Gemayel, sur base d’un prix de revient déterminé, mais il était apapru qu’ils avaient été fabriqués sous licence en Roumanie, où les coûts étaient bien inférieurs. 
Un "foul" politique
Pour sa part, se faisant le porte-parole des membres de la Rencontre de Kornet Chehwane, le député Boutros Harb a affirmé, après un long entretien à huis clos entre les membres de ce rassemblement et le chef de l’Eglise maronite, que le régime a décidé de "donner le coup de grâce" à l’opposition. M. Harb a toutefois admis la nécessité de mettre une sourdine aux attaques contre la Syrie, compte tenu de la phase délicate que traverse la région, tout en estimant intangible le principe d’un repli, puis d’un retrait de l’armée syrienne, conformément à l’accord de Taëf. Le député a commencé par affirmer que Kornet Chehwane a jugé "indispensable" de rencontrer le patriarche maronite, pour examiner ce qu’il convient de faire pour faire échec à cette volonté d’élimination de l’opposition par tous les moyens dont dispose le régime "y compris par les moyens judiciaires".
M. Harb a estimé que le jeu auquel se livrent les responsables est "un foul politique" dans la mesure où ces derniers "sapent le régime même sur lequel repose leur autorité, à savoir la démocratie parlementaire". "Nous considérons donc que le coup n’est pas porté à l’opposition autant qu’au régime et aux libertés" dans leur ensemble, a souligné le député. Selon M. Harb, "la férocité de l’attaque des autorités contre les symboles de l’opposition, la réactivation des dossiers judiciaires morts et enterrés, n’effraieront pas l’opposition, mais la pousseront à s’attacher encore plus fortement aux principes en lesquels elle croit". Enfin, le député a invité les autorités à "prendre conscience de la gravité de leurs pratiques et y mettent fin, en ménageant une opposition sans laquelle il n’y a pas de démocratie".
"Un 13 octobre politique"
Le député Nassib Lahoud, qui se trouve à l’étranger et n’a pas assisté hier à l’entrevue avec le patriarche Sfeir, avait déclaré de son côté, samedi, que "ce que les autorités font porte préjudice à la crédibilité de la justice" et notant que les dossiers judiciaires ne sont ouverts que s’ils mettent en cause des membres de l’opposition. Par ailleurs, M. Lahoud a estimé que les idées qui circulent au sujet de la transformation du Liban en une circonscription unique conduiront droit à un "Etat policier" et "à la fin de la démocratie". M. Lahoud a considéré que les autorités commettent en ce moment "une grave erreur".
Pour sa part, le député Farid el-Khazen a comparé la réouverture du dossier des Puma et la mise en cause de l’ancien chef de l’Etat Amine Gemayel à un "13 octobre 1990" politique, et à "l’arrestation du chef des Forces libanaises en 1994". "Cette bataille, a dit M. Khazen, a commencé avec la fermeture de la MTV, et ne s’arrêtera pas à la réouverture du dossier des Puma. Je redoute qu’elle se termine par une véritable catastrophe nationale". Selon le député, le caractère "discrétionnaire" et politique de la décision de rouvrir le dossier des Puma est évidente. Il a ajouté que le processus étant engagé, il fallait maintenant attendre le verdict de la justice. Pour M. Farid el-Khazen, le pari que certains opposants ont placé sur le Syria Accountability Act est "une erreur stratégique".Enfin, le député a estimé qu’il ne faut pas écarter la possibilité de voir les autorités aller au bout de leurs attaques et adopter un projet de loi électoral faisant du Liban une circonscription unique. Ce projet, a-t-il estimé, est agité aujourd’hui pour intimider les chrétiens, mais s’il vient à être adopté, il sapera ce qui reste de notre régime démocratique.

 
Bilan positif des visites de Lahoud à Sanaa et à Salalah
Coopération - Concordance de vues avec Ali Abdallah Saleh et le sultan Qabous
 
paru dans l'Orient-le Jour le 1er octobre 2002   

Le chef de l’Etat, le général Emile Lahoud, est satisfait des résultats des deux visites qu’il a effectuées au Yémen et au sultanat d’Oman. Il considère que ses entretiens avec le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, puis avec le sultan Qabous ben Saïd ont été fructueux, en raison d’une convergence de vues avec ses interlocuteurs au sujet des questions liées à l’actualité régionale et d’une volonté commune pour un développement des relations bilatérales sur le double plan économique et politique. Cette volonté s’est d’ailleurs traduite par la signature d’une série d’accords de coopération aussi bien à Sanaa qu’à Salalah, la ville omanaise où le général Lahoud a été reçu par le sultan Qabous. Le président a regagné Beyrouth hier en fin d’après-midi, après avoir eu un dernier entretien d’une heure avec le sultan, qui l’a ensuite accompagné à l’aéroport où des adieux officiels lui ont été réservés. 
Selon une source de la délégation libanaise, les dirigeants yéménite et omanais ont tous deux affirmé le droit du Liban à exploiter sa part entière des eaux du Wazzani pour faire parvenir l’eau potable aux villages qui en manquent au Liban-Sud. Ils ont également souligné leur détermination à œuvrer pour renforcer les relations bilatérales sur tous les plans. Le président Ali Abdallah Saleh devait donner ses instructions aux ministres yéménites concernés pour créer une zone de libre-échange entre Beyrouth et Sanaa, pour prendre les mesures qui s’imposent afin de faciliter la circulation des hommes d’affaires entre les deux pays et pour examiner la possibilité de mettre en place des industries communes.

 

Beyrouth craint un nouvel afflux de réfugiés palestiniens

Sharon profiterait de la frappe US en Irak
 
par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans l'Orient-le Jour le 2 octobre 2002 

Apparemment, rien n’y fait. Ni les réticences des autres Grands, Blair excepté, ni les protestations arabes ou islamiques, ni le retour des inspecteurs onusiens, ni sa propre opposition intérieure : Bush va frapper l’Irak. La conférence de presse de Rumsfeld, lundi, l’a confirmé. Et à Beyrouth même, un diplomate occidental neutre indique que son gouvernement est maintenant convaincu que Bush veut faire sauter Saddam Hussein, à tout prix et de n’importe quelle façon, dans le courant de l’année 2003. Ce diplomate souligne qu’après le 11 septembre, offense suprême, les Américains ont estimé, à tort ou à raison, que le coup reçu leur donnait à eux-mêmes carte blanche pour agir à leur guise partout où ils le souhaiteraient. Sous n’importe quel prétexte, et sans avoir besoin d’une autorisation du Conseil de sécurité. Ou de former, comme lors de la guerre du Golfe, une coalition élargie pour couvrir leur action. Dans le même sens, Washington ne voudra pas cette fois s’arrêter, comme en 1991, avant d’avoir dégommé Saddam. Car, bien que les USA affirment que l’embargo économique frappant Bagdad a porté ses fruits (si l’on peut dire), ils sont désormais persuadés que le seul moyen de se débarrasser de leur ennemi est de lui faire la guerre. Pour le remplacer par un régime qui serait leur allié ou leur féal. Donc, selon ce diplomate, les Etats-Unis n’ont nul besoin de leurs partenaires habituels ou de l’Onu. Et s’ils acceptent de se prêter au jeu des concertations ou des tractations diplomatiques, c’est simplement par courtoisie. Et aussi pour que le monde ne pousse pas trop les hauts cris à cause de leur unilatéralisme. Car ce serait quand même mauvais pour leurs petites affaires.
En tout cas, selon ce diplomate, il est difficile qu’une frappe américaine contre l’Irak n’entraîne pas des conséquences dans la région tout entière. Cependant, à l’en croire, et contrairement aux prévisions courantes, les retombées ne seraient pas nécessairement fâcheuses pour tout le monde. Et d’expliquer qu’en fait la guerre pourrait faire redémarrer et accélérer à la vitesse grand V le processus de règlement, dans le conflit israélo-arabe. Avec, peut-être, une modification si profonde des équations qu’il ne serait plus question de la devise la terre moyennant la paix. Le diplomate cité spécule à ce propos sur les chances d’Ariel Sharon, ébranlé par le cuisant échec du siège de la Moukataa, de se remettre en selle. Et d’appliquer son programme d’épuration ethnique, en vidant la Cisjordanie de sa population palestinienne. Pour la pousser dehors, direction l’Irak libéré de Saddam, la Jordanie. Et le Liban, qui recevrait un nouveau contingent de réfugiés et où l’implantation des anciens deviendrait définitive. Pour la première partie du plan, rien n’est évidemment joué à ce stade. Mais pour ce qui est de l’implantation, elle est presque déjà un fait accompli. Car Sharon, pas plus que Barak d’ailleurs, n’admet d’envisager le retour de la diaspora palestinienne. De son côté, Arafat ne saurait où parquer les revenants, la densité démographique à Gaza comme en Cisjordanie étant déjà l’une des plus fortes du monde.
Quoi qu’il en soit, les responsables libanais se mettent en campagne (diplomatique) sans attendre, pour parer à toute éventualité. Ils vont multiplier les contacts préventifs avec les grandes capitales. Et le président Lahoud mettrait à profit le sommet de la francophonie pour s’entretenir avec Chirac, Moubarak et Assad des dangers qui se profilent à l’horizon régional et libanais. Le chef de l’Etat, qui préside jusqu’à la prochaine édition le sommet arabe, demanderait la réactivation du comité de suivi arabe, pour des contacts avec le "quartette" (USA, Russie, Europe, Onu) qui s’occupe du dossier proche-oriental. Durant son voyage au Yémen et à Oman, le président Lahoud a reçu l’assurance du soutien de ces deux pays à la cause et aux positions libanaises. Notamment au sujet du Wazzani, ou du rejet de l’implantation palestinienne. On sait, à ce propos, et pour conclure que le Liban a proclamé son refus de signer tout accord de paix régional avant que le problème des réfugiés palestiniens ne soit réglé, en base de la résolution 194 qui consacre leur droit au retour.

 

Le Congrès US suspend 10 millions de dollars dans l’aide prévue pour le Liban
Pressions américaines pour l’envoi de l’armée au Sud
 
paru dans l'Orient-le Jour le 2 octobre 2002  

Le Congrès américain a suspendu 10 millions de dollars d’aide au Liban jusqu’à ce que l’armée libanaise contrôle la frontière avec Israël. Cette clause est contenue dans le 2003 Foreign Relations Authorization Act voté par le Congrès et signé lundi par le président américain George W. Bush. Lors de la signature, M. Bush a précisé qu’il se réservait le droit d’ignorer les clauses de ce projet de loi, si elles empiétaient sur sa politique étrangère. Selon cet accord, les 10 millions de dollars, pour l’année fiscale 2003, ne peuvent être versés au Liban que si les forces armées libanaises sont déployées sur la frontière reconnue par la communauté internationale entre le Liban et Israël et que le gouvernement libanais contrôle cette région. Pour dissiper une certaine confusion au sujet de ces chiffres due à la publication d’informations contradictoires, voire fausses, l’ambassade des Etats-Unis au Liban a affirmé, dans une mise au point, qu’en "date du 29 septembre 2002, Washington a approuvé des aides financières pour un montant de 32 millions de dollars, dans le cadre du programme d’aide de l’année financière 2002". 
Cela signifie, selon le communiqué, que l’agence Usaid et l’Administration US disposent de deux années, soit d’octobre 2001 à octobre 2003, pour affecter ces montants. Le communiqué de l’ambassade ajoute que "le Congrès examine en ce moment le budget pour l’année financière 2003, y compris les aides destinées au Liban. Ces montants, une fois approuvés, seront affectés durant la période 2003-2004". Il y a lieu de signaler, souligne le communiqué de l’ambassade, que "les montants de ces allocations ne sont pas garantis". Selon une source informée, le Congrès a approuvé lundi une première tranche d’aide de 25 millions de dollars pour l’année 2003, sur un total de 35 millions dont les 10 millions restants resteront subordonnés aux conditions politiques posées par le Congrès. Les projets de l’Usaid exécutés en ce moment sont financés avec les aides votées pour l’année 2001, a précisé la source. Le communiqué souligne pour sa part que l’ambassade "travaille en étroite coopération avec le Congrès pour s’assurer que les programmes d’aide américains dans le monde correspondent pleinement aux objectifs de la politique étrangère des Etats-Unis".
Les aides américaines ont pour objectif "la création d’opportunités économiques, l’appui aux municipalités, une gestion plus efficace des ressources en eau et le renforcement de la démocratie", ajoute le communiqué de l’ambassade US, qui conclut : "L’ambassade proclamera bientôt la nature des objectifs stratégiques précis que l’Usaid cherche à réaliser au Liban, durant l’année qui vient." L’Usaid finance quelque 200 projets au Liban, en ce moment, précise-t-on. Selon un observateur s’exprimant sous le couvert de l’anonymat "les 25 millions de dollars approuvés par le Congrès n’ont pas été faciles à obtenir, car le Congrès US et l’Administration ne sont pas sur la même longueur d’onde, le premier essayant, sous l’influence des lobbies, d’exercer des pressions sur l’Administration, tandis que cette dernière, plus proche des réalités, défend les orientations générales de la politique extérieure américaine. Ceci explique la retenue de 10 millions de dollars décidée par le Congrès américain sur l’aide de 2003". "Le Liban jouit d’un grand atout, en ce moment, au sein de l’Administration US, et doit savoir en profiter, poursuit l’observateur. C’est la présence de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liban, David Satterfield, nommé secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires du Proche-Orient. M. Satterfield sait exactement ce qui se passe, sur le terrain, et cherche à aider le Liban économiquement."

 

Ramallah : le fiasco de Sharon
Presse, armée et travaillistes dénoncent l'erreur du siège de la Mouqataa
 
par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 1er octobre 2002
Une presse unanime qui parle de "déconfiture", des ministres travaillistes furieux et des militaires sévères : la levée du siège, dimanche, de la Mouqataa a provoqué des critiques en chaîne en Israël, y compris dans le propre camp d'Ariel Sharon. L'ex-Premier ministre Netanyahou, qui lui dispute la tête du Likoud, a accusé son rival d'être inefficace. Shimon Pérès, son ministre des Affaires étrangères, a été plus virulent : "Depuis dix mois, la sécurité se détériore. Il n'y a plus ni gouvernement ni but à atteindre. Nous ne savons pas où l'on nous conduit." Malgré leur colère, les ministres travaillistes ont fait savoir qu'ils voteraient le budget 2003, ce qui semble exclure tout départ de leur part du gouvernement. Du côté de l'armée, on prend soin de laisser aux politiques la responsabilité de la crise. "Le siège de la Mouqataa a été une erreur. Nous avons perdu cette bataille et Arafat en est le vainqueur. Il était presque oublié et nous l'avons fait nous-mêmes revenir à la une des journaux", ont commenté des sources militaires haut placées, citées par le Yediot Aharonot.
"Exceptionnelle victoire"
Précisément, les journaux israéliens se sont beaucoup inquiétés du retour d'Arafat sur le devant de la scène et des dommages causés au couple israélo-américain. L'influent quotidien Ha'aretz reconnaissait hier au raïs "une exceptionnelle victoire", estimant dans son éditorial que "l'establishment politique et militaire israélien a totalement échoué dans [son] interprétation des intérêts et des positions des Etats-Unis". "Les principaux dégâts causés à Sharon par cette crise furent la mise au grand jour des différences avec la Maison Blanche. Or, une coordination étroite avec l'administration Bush est la pierre angulaire de la politique de Sharon. N'importe quel accroc dans cette coordination affaiblit Israël qui a perdu tous ses alliés, excepté les Etats-Unis. Dans l'affaire de la Mouqataa, il apparaît que le soutien américain au Premier ministre est conditionné à ce qu'il ne dérange pas les intérêts américains (...). Le jour où Bush va décider de traiter sérieusement avec les Palestiniens, il n'hésitera pas à entrer en conflit avec lui", ajoute le journal.
Même tonalité dans l'éditorial du quotidien populaire Yediot Aharonot : "La leçon à tirer pour l'avenir est que la clef de tout accord au Proche-Orient est entre les mains du Président Bush et de lui seul." Du côté palestinien, pour expliquer les raisons qui ont conduit Israël à lever le siège sans avoir obtenu aucun des "terroristes" retranchés dans la Mouqataa, on a moins retenu les pressions américaines que la mobilisation populaire - qui semble avoir été moins spontanée que ce qu'elle paraissait. "De nombreux Palestiniens ont le sentiment que beaucoup peut être obtenu par des manifestations non violentes et la désobéissance civile", soulignait dimanche le ministre (démissionnaire) du Travail, Ghassan al-Khatib. Il faisait cependant remarquer que de tels mouvements n'ont jamais empêché les Israéliens de tirer sur les manifestants. C'est sans doute dans ce sens qu'il faut interpréter les déclarations de Arafat, dimanche, qui se disait prêt à un cessez-le-feu total si Israël s'engageait dans un cessez-le-feu équivalent.
Violences
En Cisjordanie, toujours soumise à des mesures de blocus et de cessez-le-feu ordonnées par Tsahal, les violences se sont poursuivies. Un adolescent palestinien a été tué par un char israélien à Naplouse et une Palestinienne mortellement blessée dans la bande de Gaza par des éclats d'obus, selon des médecins palestiniens.
 
A Londres, mobilisation massive contre la guerre

par JACQUES DUPLOUICH, publié dans le Figaro le 30 septembre 2002
"Saddam Hussein et le régime irakien ont le choix : ou bien ils consentent à se défaire de leurs armes de destruction massive ou bien ils devront faire face à une action militaire." Tony Blair n'en démord pas. "Saddam est une menace" pour le monde entier et "il doit être désarmé". Le premier ministre "espère" encore que le président irakien peut être "contraint par la pression internationale" à neutraliser son terrifiant arsenal. Si tel n'était pas le cas, "nous devons être prêts, en tant que communauté internationale, à l'y forcer", martelait, hier, le chef du gouvernement britannique à Blackpool, où le Labour tient son assemblée générale annuelle. C'est l'ONU qui doit résoudre la crise, souligne Tony Blair. Mais, faute d'action appropriée de sa part, il n'écarte pas l'idée d'associer le Royaume-Uni à une coalition armée menée par les Etats-Unis.
Pourtant, la fermeté guerrière du premier ministre britannique, dans la foulée de George W. Bush, est de plus en plus contestée en Grande-Bretagne. Tous les sondages d'opinion concordent : la majorité des Britanniques est hostile à une intervention militaire sans l'aval des Nations unies. Selon une enquête de l'Institut NOP pour la chaîne de télévision Channel 4, 75 % des personnes interrogées la semaine dernière sont ainsi opposées à une action américano-britannique ; 18 % seulement l'approuvent. C'est dire que le "dossier" publié mardi dernier par le gouvernement britannique pour illustrer le péril irakien n'a pas convaincu. La rue à son tour se manifeste. Samedi, défilé monstre des rives de la Tamise à Hyde Park. 150.000 personnes, selon Scotland Yard, 350.000 selon les organisateurs Stop the War Coalition et Muslim Association of Britain ont marché pour exprimer leur opposition à tout acte de guerre contre l'Irak.
Pourtant, les protestataires n'avaient pas le moindre doute sur la personnalité de Saddam Hussein - un tyran - et la dictature qu'il impose à son pays. Mais les opposants à la politique de la canonnière dénonçaient l' "hypocrisie" des Etats-Unis et du Royaume-Uni. "Il faut savoir que la vraie question, ce n'est pas Saddam et son arsenal mais les besoins en pétrole de l'Amérique", expliquait Tony Benn, ancien ministre travailliste, représentant de la gauche radicale du parti. "Nous marchons comme des somnambules vers le désastre", renchérissait Tam Dalyell, élu écossais du Labour et doyen des députés à la Chambre des communes. "Parce qu'on peut être sûr d'une chose : si Saddam Hussein possède bien les armes de destruction massive que Tony Blair lui prête, il les utilisera dès l'instant qu'il sera attaqué." "Notre gouvernement se comporte de manière amorale. Il faut qu'il change", expliquait Anas Al-Tikriti, l'un des responsables de l'Association des musulmans de Grande-Bretagne. "Il n'est pas possible d'associer notre pays à une guerre simplement pour garantir les intérêts américains au Moyen-Orient et leur domination sur la région, au prix, peut-être de 100.000 morts irakiens", ajoutait le cinéaste Ken Loach. Mais Tony Blair persiste et signe. C'est à Saddam de se conformer aux exigences de la communauté internationale. Pas l'inverse. 
 
La Maison Blanche évoque ouvertement un assassinat de Saddam Hussein
 
publié dans le Figaro le 1er octobre 2002
La Maison Blanche a franchi une nouvelle étape mardi dans son offensive tous azimuts contre Saddam Hussein en évoquant ouvertement la possibilité de son assassinat par les Irakiens. Le porte-parole de la présidence américaine Ari Fleischer s'est montré très direct lors de sa conférence de presse quotidienne en affirmant que "tout changement de régime (en Irak) est le bienvenu, quelle qu'en soit la forme". Jusqu'à présent, un exil du dirigeant irakien ou une opération militaire contre son pays étaient les principaux moyens envisagés. Tout est parti d'une banale question sur le coût d'une éventuelle guerre contre Bagdad, qui pourrait aller, selon l'office du budget du Congrès américain, jusqu'à neuf milliards de dollars par mois. "Le coût d'un billet simple est beaucoup moins élevé que cela, le coût d'une balle que les Irakiens utiliseraient eux-mêmes est moins élevé que cela. Il y a beaucoup d'options que le président espère que le peuple irakien utilisera lui-même pour se débarrasser de cette menace", a répondu Ai Fleischer. Interrogé sur la signification exacte de ses propos, le porte-parole a ajouté : "Saddam Hussein s'est fait beaucoup d'ennemis en Irak et il est impossible pour un dictateur brutal de se maintenir infiniment quand il tue et torture ses propres citoyens et fait violer les femmes en public devant les membres de leur famille". Poussé dans ses retranchements par une ultime question, Ari Fleischer a finalement lâché : "Tout changement de régime (en Irak) est le bienvenu, quelle qu'en soit la forme". Il a toutefois immédiatement souligné que la disposition de la loi américaine interdisant à tout représentant du gouvernement ou des forces armées des Etats-Unis de participer à l'élimination physique d'un dirigeant étranger en temps de paix restait en vigueur.
Cette loi promulguée en 1976 par le président Gerald Ford, ne s'applique "qu'aux Etats-Unis et à ses représentants", ont expliqué mardi des responsables de l'administration présidentielle venus apporter, sitôt la conférence de presse d'Ari Fleischer terminée, des précisions sur ses propos. "Lors d'une guerre, les centres de commandement et de contrôle sont des objectifs légitimes. C'était le cas en 1991 (lors de la guerre du Golfe) et en 1944", a souligné l'un de ces responsables. "Mais les Etats-Unis n'entraînent pas l'opposition irakienne en vue d'un éventuel assassinat de Saddam Hussein et personne ne le suggère", a affirmé ce responsable sous le couvert de l'anonymat. Les déclarations d'Ari Fleischer surviennent quelques jours après celles de George W. Bush lui-même qui avait souligné, en parlant du dirigeant irakien : "Après tout, c'est un gars qui a essayé autrefois de tuer mon père". L'actuel président ne s'était auparavant jamais montré aussi personnel dans son ressentiment vis à vis de Saddam Hussein, se bornant à évoquer lors d'un discours devant l'Assemblée générale des Nations Unies le 12 septembre dernier, l'existence d'un complot organisé en 1993 par le dirigeant irakien pour assassiner un ancien président américain. Il n'avait toutefois pas identifié celui-ci comme étant son père. Ces offensives verbales contre le dirigeant irakien interviennent alors que l'administration Bush s'efforce de convaincre le Congrès américain et le Conseil de sécurité des Nations Unies d'autoriser un recours à la force contre l'Irak si ce pays refuse d'éliminer les armes de destruction massive qu'il possèderait.
 
Cour pénale internationale : l'Europe cède à Washington
Diplomates et soldats américains auront un statut d'exception, leur évitant d'être justiciables
 
par JEAN QUATREMER, publié dans Libération le 1er octobre 2002
L'Union européenne a cédé aux Etats-Unis : les ministres des Affaires étrangères des Quinze, réunis hier à Bruxelles, se sont dits prêts à accorder aux diplomates et aux soldats américains un statut d'exception qui leur évitera d'être justiciables de la nouvelle Cour pénale internationale (CPI), compétente pour juger les crimes contre l'humanité et de guerre ainsi que les génocides.
Unité
En donnant satisfaction à Washington, qui a retiré en mai sa signature du traité de Rome fondant la CPI, les Quinze, très divisés, ont surtout cherché à "préserver leur unité", a reconnu le chef de la diplomatie française. Dominique de Villepin a le mérite de la franchise : "L'enjeu pour l'Union était d'éviter que les différents pays européens se présentent en ordre dispersé face aux sollicitations et aux pressions américaines." De fait, il y avait le feu à la maison : la Grande-Bretagne, mais aussi l'Italie ou l'Espagne jugeaient "légitime" le souci de l'administration Bush d'éviter aux ressortissants américains les foudres d'une justice internationale soupçonnée par avance d'être partisane face à la seule superpuissance mondiale. En revanche, l'Allemagne se montrait intransigeante, refusant que les Etats-Unis bénéficient d'un statut particulier. Au milieu, la France cherchait à éviter un affrontement avec les Américains sur ce terrain. A la fois parce que Paris comprend leur problème (elle a obtenu une dérogation de sept ans pour ses propres "soldats de la paix") mais aussi pour éviter que Washington ne sabote la CPI.
Déjà, Washington a menacé de ne plus participer aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, une menace qui, si elle se concrétisait, risquerait de rendre beaucoup plus dangereuses la plupart de ces missions... En juillet, les Etats-Unis ont donc déjà obtenu une immunité d'une année en faveur de leurs soldats engagés dans ce type d'opérations. Très hostile à la CPI, la Maison Blanche continue néanmoins d'exiger de "tous les pays" un accord bilatéral exemptant les Américains de cette juridiction. Outre Israël, le Timor oriental et le Tadjikistan, la Roumanie - candidate à l'UE - a été le premier pays européen à céder à cette demande. Prenant acte de leur division, les Quinze ont donc décidé hier d'encadrer les accords que les Etats membres seront libres de conclure, ou non, avec les Américains.
Immunité limitée
Ils ont cependant eu un - dernier - petit sursaut de résistance en refusant d'étendre l'immunité à tous les ressortissants américains, comme le réclame Washington : elle sera limitée aux soldats de la paix et aux personnes jouissant d'une immunité diplomatique (diplomates, membres du gouvernement, etc.). Ensuite, ces accords devront exclure la réciprocité : autrement dit, ils ne pourront dispenser des Britanniques, par exemple, de répondre de leurs crimes devant la CPI. Enfin, les Américains accusés de crimes relevant de la CPI devront être jugés aux Etats-Unis : "Aucune impunité ne sera acceptée", a martelé Villepin. Mais le ministre se refuse à envisager ce que pourrait faire l'Europe au cas où les Américains renonceraient aux poursuites : "Il est trop tôt".
 
Le FMI et la Banque mondiale dressent un tableau réaliste de l'économie mondiale
 
publié par l'AFP le 26 septembre 2002
Les dirigeants des deux grandes institutions financières internationales, Horst Koehler (FMI) et James Wolfensohn (Banque mondiale) ont tenté jeudi de dresser un tableau réaliste de l'économie mondiale, sans verser dans l'alarmisme quand à la solidité de la reprise. Depuis le printemps, "les perspectives de l'économie mondiale se sont clairement affaiblies dans un contexte de volatilité considérable des marchés financiers", a relevé Horst Koehler, lors d'une conférence de presse, avant le début des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale samedi et dimanche à Washington. "Mais il ne serait pas productif, selon nous, de verser dans un pessimisme sans fondement", a-t-il dit, ajoutant que "l'horizon n'est pas aussi sombre que ce que les prédictions les plus noires semblent parfois le présager". Pour rassurer les plus pessimistes, M. Koehler a souligné que depuis deux ans, "l'économie mondiale a fait preuve d'une résistance remarquable face aux multiples chocs" et que cette tendance devrait se poursuivre au cours des deux ans à venir. L'Asie a retrouvé une certaine "vigueur", les économies d'Europe de l'Est "se stabilisent", selon le FMI, mais l'Europe et le Japon sont appelés à accélérer le rythme des réformes pour soutenir la croissance. Cela aidera, selon M. Koehler, à réduire le déficit des comptes courants américains, principale source de déséquilibre de l'économie américaine et menace non négligeable sur la reprise globale.
Conscient des difficultés rencontrées par les trois grands pays de la zone euro (Allemagne, France et Italie), liées à la maîtrise de leurs dépenses publiques et à la faiblesse de leur croissance, le directeur général du Fonds a approuvé la proposition européenne de reporter de 2004 à 2006 l'objectif de retour à l'équilibre des finances publiques. "C'est une bonne décision de réaliser cet objectif en 2006 et de ne pas essayer d'y parvenir en 2004", a-t-il déclaré, tout en réitérant la nécessité d'appliquer strictement le pacte de stabilité et de croissance qui lie les douze pays de la zone euro. Le message sur la situation en Amérique latine se veut aussi assez rassurant. Le Brésil, qui a obtenu recemment un prêt de 30 milliards de dollars du FMI, devrait connaître une transition "en douceur" après les élections présidentielles d'octobre, selon M. Koehler. En revanche l'Argentine demeure un problème majeur. La conclusion d'un nouvel accord intérimaire pour remettre l'économie de ce pays sur les rails se fait dangereusement attendre. La directrice adjointe du FMI, Anne Krueger, a averti qu'en cas de défaut de paiement de ses dettes auprès des institutions multilatérales, un certain nombre d'aides, en particulier dans le domaine social, devraient être gelées.
A la veille de l'arrivée massive de manifestants antimondialisation dans la capitale fédérale, M. Koehler a tenu à rappeler que le FMI et la Banque mondiale "partageaient un grand nombre de leurs inquiétudes, notamment que les bénéfices de la mondialisation ne sont pas équitablement répartis". Et pour répondre aux inquiétudes sur le manque d'argent pour soutenir les programmes de réduction de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), M. Wolfensohn a affirmé que des financements supplémentaires devraient être trouvés "dans un futur proche". Les ministres des Finances du G7 doivent en discuter vendredi. James Wolfensohn a une nouvelle fois plaidé pour une accélération des efforts en faveur du développement. "Si nous ne passons pas à l'étape supérieure, nous ne pourrons pas respecter les objectifs du Millénaire", qui prévoient essentiellement une réduction de moitié de la pauvreté et l'accès à l'école primaire pour 125 millions d'enfants dans le monde d'ici 2015, a-t-il dit.
 
La solution idéale, utopique et réaliste à la fois : "Le conflit dans la confiance"
Colloque - Les trois défis réussis du séminaire international de Faraya, qui s’est clos samedi
 

par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 23 septembre 2002 

Les trois jours au cours desquels plus d’une soixantaine d’intellectuels, de penseurs, de chercheurs, de ministres ou de leaders religieux venus de plus de vingt pays, se sont enfermés à Faraya pour débattre de cultures, de religions et de conflits se sont terminés avant-hier samedi. Avec le bilan du maître de cérémonie de ce remue-méninge événement, Ghassan Salamé. Pour lequel le défi (réussi) était, à la base, triple. Un défi qui consistait d’abord en la capacité à juxtaposer prise de décision et formation d’opinions communes à de grands intellectuels. Un défi, ensuite, parce qu’il fallait que ces derniers représentent le maximum de pays et de cultures. Un défi, enfin : faire en sorte que le débat se fasse d’une façon scientifique, profonde, "Voilà pourquoi nous avons choisi cet endroit (Faraya), pour être loin des bruits et des fureurs de la ville", a dit le ministre de la Culture. Des fils rouges pour une dizaine de tables rondes ont rythmé ces trois jours de travail : mondialisation et culture ; religions et cultures ; affirmations identitaires et mobilisations politiques ; identification nationale, ethnicité et religion ; religions et conflits ; violence et référence religieuse ; terrorisme : causes et effets ; dialogue des religions et des cultures ; particularités culturelles et universalisme démocratique ; démocratie et développement ; relations euro-méditerranéennes. Et des interventions, des éclairages à la pelle.
La ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin, après avoir rappelé que le Québec peut servir de laboratoire à ce colloque (par sa protection archétypale de la diversité culturelle "dynamique et mouvante face à l’hégémonie culturelle américaine"), a réaffirmé la nécessité de mettre sur pied un instrument "normatif et contraignant" pour accorder aux biens culturels une protection adéquate et spécifique "indépendante de l’OMC". Le Grec George Prevelakis, professeur à la Sorbonne, a estimé pour sa part que la circulation accrue à l’ère de l’hypermondialisation est un "facteur majeur de déstabilisation". Prônant la recherche d’une synthèse entre "le tout déracinement" et "le tout attaché à son environnement d’origine" - synthèse qui favoriserait l’éclosion d’un changement intrasociétal qui pourrait s’avérer bénéfique. L’écrivain-polémiste français, Régis Debray, a asséné quant à lui ses quatre vérités : "La démocratie n’est pas un régime de paix" ; "Les mathématiques seulement, et peut-être la musique, sont les seuls lieux de partage sans frontières" ; "Ce que nous cherchons, fondamentalement, c’est une morale de la frontière" ; "La religion ne se négocie pas : elle est un marqueur d’identité grave". Le grand mufti de Bosnie, cheikh Mustafa Ceric, a dénoncé l’idée selon laquelle "seules les religions seraient vecteurs de violence", ainsi que le comportement de certains médias, par trop négatif envers les musulmans et l’islam. Affirmant par ailleurs que c’est parfois le trop-vouloir-ressembler-à-l’autre qui génère plus de conflits encore que les différences.
Et le ministre syrien du Tourisme, Saadallah Agha el-Kalaa, a conclu son intervention en insistant sur ce qui devrait être un souci planétaire commun : que le monde "soit une œuvre d’art multichrome, que ses différentes couleurs soient harmonieusement équilibrées, variables avec le temps. Des variations que gèrerait un génie humain sans cesse renouvelé, et que n’arrêteraient ni les explosions terroristes, ni les tirs de missiles, ni les rêves mégalomanes de potentat d’une couleur unique". Une phrase (utopique et réaliste à la fois et que l’on doit au Français Guy Hermet) pourrait résumer ce à quoi devrait tendre le monde, eu égard à cette démocratie (qui "a besoin du conflit en même temps qu’elle en est le remède"), que certains États recherchent désespérément, que d’autres essaient de préserver ou que des troisièmes usurpent : "L’idéal est le conflit dans la confiance."

"Môme Tequila" bien frappée
Le cabaret satirique de la Mexicaine Astrid Hadad à Lyon
 
par MARIE-CHRISTINE VERNAY, publié dans Libération le 28 septembre 2002
"Pour être chanteuse ici, il faut être belle, stupide et sexy" : c'est une chanteuse mexicaine qui le dit. Astrid Hadad, alias "la Môme Tequila" selon le titre d'un film qui lui est consacré, n'est pas une poupée Barbie. Elle préfère accrocher des symboles de l'idéal féminin sur ses robes qui feraient pâlir de jalousie tous les arbres de Noël. Sorte de discrète Nana Mouskouri hors de la scène, elle n'est pas non plus sexy -­ ce qui d'ailleurs ne lui ôte aucun de ses charmes de brune révoltée. Ni stupide, à en juger par les textes acérés qui font la virulence de ses spectacles.
"Tarzan"
Dans le petit théâtre du bar restaurant Bodega à Mexico, où elle se produit régulièrement avec ses "Tarzan" de musiciens, Astrid Hadad ravit le public avec son cabaret satirique et politique. Elle met un soin particulier à élaborer des costumes qui sont à eux seuls des décors. Couronnée, à l'instar d'une marque de bière, elle incarne la ville de Mexico, se fait aussi vierge, cactus, Frida Kahlo, diva coiffée d'ananas, monument national dédié aux femmes battues... Son inspiration n'est jamais à cours et elle n'a pas écouté les conseils de sa mère, "grenouille de bénitier", qui lui recommanda de ne jamais toucher à la religion. Astrid Hadad a même écrit une chanson, Corazon sangrante, où elle se débarrasse des cauchemars de son enfance peuplés de Christ sanglants présentant leur coeur dans la paume. Si elle s'en prend à la vénérée Vierge de Guadalupe, elle est aussi scandaleuse en s'emparant de la sacro-sainte musique ranchera. La "Môme Tequila" se saoule de dépit amoureux et en profite pour rendre hommage à Lucha Reyes, première femme "à chanter comme un homme" et qui fut interdite dans les salons des années 40. Car Astrid Hadad est une mémoire vivante de la culture mexicaine. Elle fait des recherches, remet au goût du jour des chansons oubliées, réactive des films des années 40, se coulant dans la peau de Ninon Sevilla, danseuse de charme.
Et comme cela ne suffit pas à son bonheur, elle ajoute des chants grégoriens à un bongo, transforme un boléro en samba. Intenable, déchaînée, elle n'est pourtant jamais agressive puisqu'en réalité, elle adore ces icônes, ces images de pacotille. C'est sans doute pour cela qu'elle a aujourd'hui un public et fait des émules auprès des travestis qui la considèrent comme un modèle d'élégance antimachiste. Ce ne fut pas toujours le cas. "Pendant dix-sept ans, j'ai été rejetée. Je n'étais prise au sérieux ni par les intellectuels, ni par le peuple. J'étais dans l'underground de l'underground, aucune émission de télé ne voulait de moi. Sauf une fois, mais ils avaient coupé la robe de la Vierge que je portais, craignant sans doute que les gens se mettent à penser." Et ce qu'elle aime, Astrid, c'est justement activer cette pensée, en décomposant le répertoire, en laissant la machinerie apparente pour en finir avec l'illusion, en mettant en relation des événements contemporains avec l'Histoire, en comparant la mise en scène de la visite papale à Mexico avec l'arrivée de Cortès.
Humour
Prochainement, elle va s'intéresser aux déesses aztèques et aux sacrifices humains, aux formes de domination et de terreur. Le tout avec un humour ravageur, accompagné de tequila -­ uniquement El Capricho, pure licor de Agave, Verde -­ et de robes faramineuses en papier crépon confectionnées pour moins de 50 euros. Née de parents libanais en terre maya, à Chetumal, la rockeuse ranchera, passée par Sciences-Po et le théâtre, n'a pas fini de faire trembler les vierges et les politiques qu'elle épingle tout aussi copieusement dans ses shows à bout de souffle. Assez habile, de plus, pour bien chanter et pour se moquer d'elle-même.
 
Au Musée de l’émigré de Sao Paulo, une exposition sur les premiers arrivants libanais au Brésil
 
paru dans l'Orient-le Jour le 24 septembre 2002 

Le 17 septembre, le Musée de l’émigré de Sao Paulo (Brésil) a inauguré l’exposition "Mahjar, saga libanaise au Brésil", qui rassemble une partie de la collection de Roberto Khatlab, composée de photos, de documents, d’archives, d’objets du quotidien, de livres et de vêtements, et qui se poursuivra jusqu’au 17 novembre. Tous témoignent de l’intégration brésilienne des premiers Libanais, dans une thématique de six modules qui retracent le parcours des émigrés orientaux à travers le territoire brésilien. Outre les objets minutieusement accumulés par Roberto Khatlab, l’exposition est complétée par des clichés de Jacques Menassa et plusieurs films et documentaires, dont La présence libanaise dans le monde, époque phénicienne d’Antoine Harb Khoury. A l’occasion de l’exposition, le livre de Roberto Khatlab, Mahjar, saga libanaise au Brésil, édité en arabe et en portugais, a été publié. Il rassemble plus de 200 photos de Libanais, dont l’implantation dans les Etats brésiliens a commencé dès 1880 et s’est poursuivie jusqu’en 1960. Le Musée de l’émigré est installé dans une imposante bâtisse construite en 1886, celle-là même qui accueillait les nouveaux arrivants au port de Santos. Le même espace abrite le Centre de recherche et de documentation des traductions. Le musée est accessible via son site Internet : www.memorialdoimigrante.sp.gov.br .

 

Gastronomie - Inauguration de la branche du Liban de l’académie italienne
La bonne chère, c’est toute une culture, l’important est de préserver la tradition
 
par NADA MERHI, publié dans l'Orient-le Jour le 26 septembre 2002 
Pizza, risotto et pasta… quelques plats italiens dont raffolent la majorité des Libanais. Mais sommes-nous sûrs de l’authenticité de la cuisine italienne servie dans nos restos ? Car, tout ce qui se termine par "o" ou par "a" ne constitue pas forcément un bon plat italien ! Désormais, les amateurs de cette cuisine pourront être sûrs de la bonne qualité des plats qui leur sont servis. Car, pour s’assurer que la "cucina italiana" leur est transmise comme il se doit, l’Académie italienne de la gastronomie a décidé d’avoir sa branche à Beyrouth. Après les Etats-Unis, le Canada, le Japon, l’Afrique du Sud, le Brésil, Singapour et plusieurs autres pays, l’Académie italienne de la gastronomie a inauguré, il y a quelques jours, une branche au Liban, la première au Moyen-Orient. Lors d’une visite effectuée dans ce but à Beyrouth, le président de l’Académie, Giuseppe dell’Osso, également président de l’Académie internationale de la gastronomie, a tenu une conférence de presse à l’hôtel Albergo, à Achrafieh, en présence notamment de M. Maurizio Ragnini, président de la délégation commerciale d’Italie au Liban, et de M. Mario Haddad, délégué de la branche du Liban de l’Académie italienne de la gastronomie.
"Je suis très heureux d’inaugurer cette 58e branche de l’Académie italienne de la gastronomie, qui constitue en fait un événement culturel important puisqu’il s’agit d’une nouvelle occasion pour transmettre un message à tous les amateurs du goût et de la culture, déclare M. dell’Osso. En tant qu’académiciens, nous portons tous un intérêt spécial pour la vitalisation de notre cuisine à l’étranger. C’est une obligation que chacun d’entre nous a envers son pays. Et en tant que président de l’Académie internationale de la gastronomie, j’œuvrerai toujours pour l’évolution de la gastronomie des autres pays." Il poursuit : "J’ai eu la bonne chance de connaître votre cuisine, il y a cinq ans, lors d’une visite à Beyrouth dans le cadre d’une mission pour l’Académie internationale de la gastronomie. Aujourd’hui, j’ai retrouvé les mêmes goûts et saveurs que j’avais conservés dans ma mémoire, toutes ces années durant. Et croyez-moi, je serais ravi de retrouver à Rome, à Paris, à Londres ou au Mexique la même qualité de la cuisine libanaise. L’avenir des futures générations dépend de nous. Si nous ne leur transmettons pas ces valeurs, elles perdront l’un des plus importants apports de la civilisation. Car je suis totalement convaincu que le grand problème dont nous souffrons actuellement est celui de la globalisation du goût."
"Méfiez-vous des technologies culinaires !"
Très attaché aux notions culturelles de la cuisine, M. dell’Osso déplore la révolution culinaire imposée par les techniques du temps moderne. "Mis à part les pommes de terre et les tomates qui ont été introduites dans la cuisine après la découverte de l’Amérique, les produits utilisés aujourd’hui dans la préparation des plats sont les mêmes que ceux employés par nos ancêtres, il y a vingt siècles, et qui figurent dans les anciens livres grecs, souligne le président de l’Académie italienne de la gastronomie. Ces aliments ont été transformés au fil des ans, témoignant ainsi de l’évolution de millions d’êtres humains. Nous constituons aujourd’hui le terminal de cette chaîne. Et nous devons, pour transmettre les bonnes valeurs aux générations futures, nous baser sur la cuisine traditionnelle pour faire évoluer la nouvelle forme de cuisine."
Car, selon l’académicien, la cuisine créative doit partir d’une base sûre et sérieuse. Cette base n’est autre que la cuisine traditionnelle qui aide à améliorer certains aspects de la cuisine imposés par la technologie. "Je fais allusion dans ce cadre à la révolution survenue dans l’histoire de l’alimentation, comme l’importation des matières premières de l’Europe ou de l’Asie ou l’utilisation du réfrigérateur, note M. dell’Osso. Dans le temps, nous ne pouvions pas conserver les aliments des mois durant comme c’est le cas aujourd’hui. Nous ne refusons pas cette forme de la technologie. Par contre, le micro-ondes constitue, à mon avis, la plus dangereuse forme de la technologie, puisqu’il pousse à l’utilisation des plats pré-préparés et à la cuisine rapide." "Quel rôle joue donc notre âme dans la préparation d’un plat ? Et les soins que nous devons porter à ce plat ?", se demande-t-il. Et de mettre en garde : "Il faut agir vite pour que les générations futures ne perdent pas le goût, ce dernier étant enseigné dès l’enfance."
En effet, il existe en Italie des écoles expérimentales auxquelles l’enfant peut adhérer dès l’âge de 4 ans. Là, il est initié au goût. Il apprend, dès le bas âge, à faire la différence entre le chaud et le froid, le sucré et le salé, le doux et l’amer… "Chaque académie doit aider et inciter les familles à réfléchir sur la valeur de la gastronomie, insiste M. dell’Osso. En tant qu’Académie italienne de la gastronomie, nous allons organiser au Liban des expositions, des conférences et des tables rondes auxquelles participeront des connaisseurs italiens. Et mon expérience au sein de l’Académie internationale de la gastronomie m’a permis de comprendre que la présence de l’académie italienne en dehors de nos frontières a permis que la gastronomie de mon pays soit mise en relief." Et de conclure : "Nous, les pays de la Méditerranée, avons la cuisine la plus saine et la plus savoureuse. Unissons nos efforts pour sauver cette civilisation !" Dorénavant, avant d’entamer un plat italien, ou autre, prenez le temps de méditer, l’espace de quelques secondes, sur la valeur gastronomique du mets. Songez au souffle mêlé aux condiments de la cuisson. Prenez le temps de le déguster. Vous lui trouverez certainement un goût meilleur. Buon appetito !
Le rôle de la délégation commerciale d’Italie
C’est grâce au soutien de la délégation commerciale d’Italie que l’Académie italienne de la gastronomie - branche du Liban a vu le jour. Dans un communiqué, le chef de la délégation, Maurizio Ragnini, explique que cela rentre dans le but institutionnel du ministère italien pour le Commerce extérieur, afin de promouvoir les produits italiens sur le marché libanais, notamment la culture culinaire et gastronomique. Cette initiative représente également l’une des activités promotionnelles qui visent à faire connaître l’Italie, son industrie et son important rôle sur la scène commerciale internationale.
L’Académie italienne de la gastronomie a vu le jour à Milan en 1953
C’est le 29 juillet 1953 que l’Académie italienne de la gastronomie a vu le jour à Milan. Répondant au cri de douleur lancé dans les années cinquante par le journaliste Orio Vergani : "La cucina italiana muore !" (la cuisine italienne se meurt !), un groupe d’hommes sensibles aux différentes formes de la culture a décidé de fonder l’académie. Ils étaient conscients que la tâche de sauver un important patrimoine culinaire leur incombait, d’autant qu’ils représentaient l’intelligentsia italienne de l’époque. Ils se sont engagés à sauver la gastronomie de leur pays qui renferme l’histoire, les traditions, les nouvelles tendances et l’identité d’un peuple. Aujourd’hui, l’Académie italienne de la gastronomie constitue la plus grande académie gastronomique au monde avec 58 branches situées aux quatre coins de la planète et plus de 6.000 membres. Une revue mensuelle est publiée par l’académie. Le président actuel de l’académie, Giuseppe dell’Osso, est originaire de la Calabre (sud de l’Italie). Il est professeur à la faculté de médecine de l’Université catholique de Rome et donne des cours de dermatologie. Il est également fabricant de produits pharmaceutiques. Son acharnement à défendre la culture et la tradition de son pays lors de tables rondes télévisées et son insistance sur la civilité de la table comme une forme importante des valeurs humaines lui ont valu sa nomination, depuis trois ans, à la tête de l’Académie internationale de la gastronomie.
Mario Haddad : "Nous voulons transmettre aux Libanais le plaisir de la table et de la convivialité"
Inaugurée il y a juste quelques jours à Beyrouth, l’Académie italienne de la gastronomie, branche du Liban, pense déjà à créer des filiales dans les pays arabes, en Egypte et à Dubaï dans un premier temps. M. Mario Haddad, délégué de la branche du Liban, s’engage, avec l’aide des autres membres de l’Académie, à veiller à ce que la vraie cuisine italienne soit transmise comme il se doit aux Libanais et à ce qu’elle soit plus connue et appréciée. "Nous voulons apprendre aux Libanais à cuisiner et à manger à l’italienne, insiste M. Haddad. Je ne parle pas du fast-food qui existe également en Italie, mais de la cuisine que nos maîtres en Italie considèrent comme étant l’authentique cuisine de leur pays. Nous voulons donc transmettre aux Libanais la possibilité de préparer les plats aussi bien qu’en Italie en assurant les meilleurs ingrédients et les plus authentiques possibles. Vous savez, la cuisine italienne, on en tombe amoureux. Et les passionnés de cette cuisine sont par milliers au Liban. Toutefois, nous allons procéder lentement dans notre initiation car, bien qu’ils ne soient pas éloignés, les goûts libanais et italiens diffèrent."
Un immense travail a déjà été fait auprès des restaurants italiens au Liban. "Nous allons les mettre en compétition pour les pousser à s’améliorer, note M. Haddad. Mais nous allons travailler également auprès des familles, des jeunes et du grand public." A cet effet, l’Académie italienne de la gastronomie, branche du Liban, pense organiser des cours de cuisine, qui seront donnés à l’Institut culturel italien. "Nous avons des instructions générales, mais nous avons aussi nos propres initiatives", constate M. Haddad. Allez-vous coopérer avec l’Académie libanaise de la gastronomie (ALG) ? "Certainement, assure-t-il. Nous ne sommes pas en contradiction avec elle, au contraire, nous sommes complémentaires. Nous n’avons ni l’envie ni les possibilités de la concurrencer. D’ailleurs, je suis moi-même membre de l’ALG. Et personnellement je suis très attaché et très fidèle à mes origines libanaises. Mais, que voulez-vous, j’aime la cuisine italienne ! J’œuvrerai pour qu’elle soit le plus connue."
Il poursuit : "Nous n’avons pas vraiment besoin de pousser les Libanais à manger la cuisine du pays. Ils le font naturellement. Notre idée de lancer et de préserver la cuisine italienne au Liban émane de notre envie d’éviter que les présumées cuisines italiennes ne se répandent encore plus au Liban. Nous ne sommes pas des policiers, nous ne pouvons pas tout contrôler. Mais nous allons initier les gens à la bonne cuisine pour qu’ils soient capables de faire la différence entre le vrai italien et le pseudo-italien." Car, selon M. Haddad, il existe des problèmes dans la cuisine italienne qui sont inhérents au Liban, telle que l’utilisation de la poudre de parmesan qui ne ressemble en aucune façon au vrai goût de ce fromage. "Je suis avant tout un bon “gustai” (connaisseur), déclare-t-il. A l’académie, nous voulons lutter contre tous ceux qui ne savent pas manger. Nous voulons transmettre aux autres le plaisir de la table et de la convivialité."
La branche libanaise : dix membres fondateurs
Le Conseil de la délégation italienne de la gastronomie au Liban est composé des dix membres fondateurs suivants : Mario Haddad, délégué ; Rima el-Husseini, secrétaire ; Jean-Marie Megarbané, trésorier ; Négib Asseily, Saad Chéhab, Joseph Chémali, Joumana Debbané, André Hadji-Thomas, Marie Kharrat et Maurizio Ragnini, conseillers.
 
Promouvoir l’écotourisme pour développer les régions périphériques au Liban-Sud
Développement - Tournée conjointe de l’Onu et des ministères de l’Environnement et du Tourisme
 
par PATRICIA KHODER, publié dans l'Orient-le Jour le 28 septembre 2002 

Pour promouvoir l’écotourisme, le centre d’information des Nations unies (UNIC), et les ministères du Tourisme et de l’Environnement ont décidé de convier diplomates et journalistes au Liban-Sud. Hier matin, deux grands bus stationnés devant la Maison des Nations unies ont transporté un groupe d’une cinquantaine de personnes vers la zone méridionale du pays. Le but : mettre la lumière sur les zones périphériques qui ont besoin de développement durable et tenter ainsi de promouvoir ces régions par le biais de l’écotourisme. Une tournée avait déjà été organisée au Hermel. Hier, c’est le Liban-sud qui a reçu les officiels. Plusieurs personnalités ont pris part à l’événement, notamment les ministres de l’Environnement et du Tourisme, respectivement Michel Moussa et Karam Karam, le représentant personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Liban-Sud, Staffan de Mistura, le représentant permanent du Pnud au Liban, Yves de San, le responsable du centre d’information des Nations unies, Négib Frigi, ainsi que des officiels de la Finul et des délégués de douze chancelleries présentes à Beyrouth. Plusieurs responsables de projets de développement au Liban-Sud, relevant de divers programmes soutenus par le Pnud et les Nations unies, figuraient parmi le groupe de touristes d’un jour. En effet, la tournée d’hier a vite pris l’allure d’une excursion scolaire ; le ministre de l’Environnement a dansé la dabké sur les rives du Litani avec un groupe de jeunes et plusieurs diplomates ont posé devant divers sites touristiques, notamment le château de Beaufort. 
Tyr était la première station de la journée. La municipalité de la ville a reçu la délégation venue de Beyrouth sur la plage de sable blond, un espace répertorié parmi les sept réserves naturelles du pays. Le groupe a pris son petit-déjeuner au bord de la mer en écoutant les informations dispensées sur la réserve de Tyr qui est divisée en trois parties. La première - ouverte au public - reçoit baigneurs, badauds et estivants, la deuxième est une zone protégée accessible uniquement aux chercheurs et domaine des tortues marines, la troisième est consacrée à l’agriculture et contient les bassins de Ras el-Aïn, fontaines d’eau douce situées sur la plage, utilisées depuis l’époque phénicienne, et jusqu’à nos jours, pour l’irrigation et l’eau potable. Soulignons cependant que le camp palestinien de Rachidiyé, bâti sur le sable blond de Tyr, divise la réserve naturelle en deux parties. Après un trajet de plus de deux heures, le bus, qui a traversé plusieurs localités du Liban-Sud, notamment Naqoura, Rmeich, Bint Jbeil et Kfarkila, a fait sa deuxième halte non loin d’un bras du Litani, connu par les habitants des villages voisins sous l’appellation d’al-Khardali. 
Ici la nature est luxuriante et les propriétaires de la "Promenade de Saint-Elie", où le groupe venu de Beyrouth a pris son déjeuner, ont construit un mini-barrage hydraulique pour alimenter leur restaurant en électricité. Une invention qui a vu le jour grâce aux roues d’un tracteur et à l’imagination des propriétaires originaires de Klaya. Sur les rives du Litani, plusieurs coopératives de la bande frontalière ont présenté leurs produits : du miel, des céréales, des produits laitiers, des œufs et du cuir d’autruche, des kiwis, et des champignons de Paris. Ces coopératives bénéficient du soutien du Pnud. Plus d’une trentaine de jeunes - chrétiens, musulmans et druzes - venus de six villages voisins et participant à un programme de développement des zones périphériques du même organisme onusien ont dansé ensemble avant le départ de la délégation pour le château de Beaufort. Ce sont les drapeaux du mouvement Amal et du Hezbollah qui flottent sur les tours du château fort. L’ancien site stratégique, utilisé par plusieurs armées ayant occupé le Liban à travers les siècles, bénéficie d’un projet taillé à sa mesure. Le programme demeure cependant à sa première étape : une étude topographique est actuellement en cours. Libéré depuis plus de deux ans, le Liban-Sud attend toujours que des projets privilégiant l’écotourisme ou d’autres secteurs voient le jour. C’est peut-être à ce moment que ses fils, qui l’ont quitté depuis bien longtemps, retourneront dans leurs villages natals.

 

Les forêts gardent la mémoire de leur passé agricole
Ecologie - Quand la botanique rejoint l'archéologie
 
par YVES MISEREY, publié dans le Figaro le 26 septembre 2002
Il y a des découvertes scientifiques qui ouvrent des perspectives passionnantes. C'est le cas des recherches menées depuis plusieurs années par une équipe de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), basée à Nancy. Etienne Dambrine, pédologue, et Jean-Luc Dupouey, botaniste et directeur du laboratoire de phytoécologie forestière, sont tout simplement en train de révolutionner la vision que nous avons des forêts en France. Ils font entrer l'histoire dans un monde où elle n'avait jusqu'alors qu'un tout petit strapontin. Les scientifiques appellent forêts anciennes celles qui figuraient déjà sur les premiers documents cadastraux (début du XIXe siècle). A l'intérieur de cette catégorie, certaines d'entre elles jouissent d'un prestige particulier. On pense qu'elles existent depuis la nuit des temps. A tort, car les travaux des deux chercheurs de Nancy et de leur équipe montrent que la plupart de ces forêts immémoriales poussent en réalité sur d'anciennes parcelles agricoles. Et ce passé est encore visible sur le terrain, quatre siècles voire même deux millénaires plus tard. Les plantes que l'on retrouve sous le couvert forestier sont les indicateurs de ce passé. C'est ainsi par exemple que si à un endroit de la forêt on voit de l'ortie, du géranium herbe à Robert, du groseillier à maquereau ou de la pervenche il y a de grandes chances pour que cette zone corresponde à un ancien jardin ou à un champ jadis bien amendé (toutes ces plantes sont gourmandes en azote). A l'inverse, si on trouve du muguet, des anémones, des jacinthes ou des primevères, on peut penser qu'on se trouve dans une parcelle n'ayant pas été cultivée, ces plantes ayant un faible pouvoir de dispersion et de colonisation.
"L'agriculture a un impact sur la forêt beaucoup plus important qu'on le pensait jusqu'alors", explique Etienne Dambrine. On pensait que la forêt était presque exclusivement façonnée par la sylviculture et conditionnée par le sol. Mais les activités agricoles anciennes les conditionnent aussi largement. C'est ainsi qu'on peut trouver côte à côte des parcelles où la végétation est luxuriante et d'autres, au contraire, où elle est chétive et malingre. L'examen du cadastre ancien révélera bien souvent que la première parcelle se trouvait jadis dans une zone cultivée tandis que l'autre était une pâture et qu'elle a été appauvrie par cette exploitation. L'influence du passé ne touche pas seulement la diversité végétale mais aussi la fertilité et même les micro-organismes présents dans le sol. Le meilleur exemple en la matière est fourni par la forêt d'Aubure, dans les Vosges où les contrastes entre parcelles sont saisissants. Or, cette forêt a été cultivée au XVIIIe siècle par des anabaptistes venus de Suisse. Ces ancêtres des amish étaient pour l'époque des agriculteurs hors pair. Il n'est donc pas surprenant de constater que les arbres poussant dans les anciens jardins y atteignent des hauteurs records.
Plusieurs études conduites en forêt de Haye (Meurthe-et-Moselle), à Tronçais (Allier) ou à Compiègne (Oise) - des forêts "immémoriales" par excellence - ont montré que ce décryptage de l'histoire forestière est confirmé par les fouilles archéologiques. C'est ainsi que des vestiges d'habitations, des murs, d'anciennes routes peuvent dormir sous un épais tapis de feuilles depuis près de 2.000 ans sans que personne ne le sache. C'est ainsi que l'archéologue Laure Laüt a répertorié et daté une centaine de sites gallo-romains en forêt de Tronçais : des villas, des ateliers métallurgiques et des tuileries dont la présence était encore insoupçonnée il y a une trentaine d'années. Elle a pu vérifier à cette occasion que les observations des chercheurs de l'Inra s'appliquent aussi à cette forêt. Les archéologues sont actuellement plus habitués à faire des fouilles de sauvetage que des recherches programmées et peu d'entre eux s'intéressent au milieu forestier. "C'est dommage, regrette Laure Laüt, car les vestiges y sont souvent très bien conservés". Une base de données archéologiques sur l'ensemble des forêts françaises devrait être créée en 2003 sous l'égide de l'Inra en étroite collaboration avec des archéologues et l'équipe de Dambrine et Dupouey. Ces travaux combleront un vide assurément. Ils permettront sans doute de mieux comprendre comment vivaient nos ancêtres dans les campagnes. "L'écologie historique est une discipline qui est en train de voir le jour. Actuellement, les idées foisonnent", témoigne Jean-Luc Dupouey. Voilà une bonne nouvelle pour tous les amoureux des forêts.  
 
Coexistence - Carlos Ghosn et Ghassan Salamé au colloque de l’USJ
 
par MICHEL HAJJI GEORGIOU,  publié dans l'Orient-le Jour le 1er octobre 2002 
"L’école comme facteur de coexistence", la "coexistence dans les textes officiels" et la "coexistence comme projet", tels sont les thèmes abordés samedi dans le cadre de la deuxième journée du colloque "Coexistence des langues et des cultures dans l’espace euro-méditerranéen, entre utopie et réalités", organisé par l’Université Saint-Joseph (USJ) au campus des sciences médicales - rue de Damas. L’occasion pour certains juristes et politologues d’apporter leur pierre à l’analyse et à la réflexion. Avec, au final, deux invités de marque, qui ont tenu l’auditoire en haleine : le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, et le PDG de Nissan, Carlos Ghosn. Fadia Kiwan, vice-doyenne de la faculté de droit et de sciences politiques à l’USJ et directrice de l’Institut de sciences politiques, s’est intéressée à l’école en tant que lieu de socialisation politique. Le droit véhicule de dialogue et de coexistence : telle est la perspective abordée d’entrée par le professeur Pierre Gannagé, constitutionnaliste libanais et ancien professeur à la faculté de droit de l’USJ. D’autant plus, indique M. Gannagé, qu’au Liban, la "coexistence s’inscrit dans les faits avant d’exister dans le droit". En d’autres termes, elle est expérience avant d’être codification. Or, souligne-t-il, le droit de la coexistence est "très étendu", aussi bien dans le droit privé que dans le droit des institutions politiques puisqu’il comporte des éléments du droit arabo-musulman et de l’époque ottomane, et une influence occidentale, plus précisément française, certaine. 
Selon M. Gannagé, le droit de la coexistence est une caractéristique des pays pluralistes, une manière comme une autre de créer une identité politique commune dans le respect des identités et des spécificités de chacun, en échappant à la culture totalitaire et à l’uniformité. Le but étant l’absence de toute discrimination. Dans le domaine du droit privé, le droit de la coexistence est toujours présent dans les textes libanais. Preuve en est le statut personnel, respecté par l’Etat et garanti par la Constitution. L’évolution juridique au Liban tend justement, a-t-il remarqué, à octroyer davantage de garanties aux communautés. De plus, les textes libanais font coexister le droit civil d’inspiration occidentale et le droit religieux. Mais, en définitive, même si le Liban est formé de dix-huit communautés, il est un Etat laïque puisqu’au niveau du droit, il n’est pas rattaché à une seule communauté, à une religion d’Etat, comme dans la majorité des pays voisins. Là encore, le principe de reconnaissance, fondement de la coexistence, l’emporte. Quant au droit de la coexistence et son application dans le domaine des institutions politiques, il suscite des "débats passionnés", a poursuivi le professeur Gannagé. Mettant en exergue "le souci des auteurs des textes de favoriser l’entente entre les communautés dans les décisions mettant en cause l’avenir de la nation", il a enfin rejeté le terme de "confessionnalisme politique", qui possède selon lui un "caractère péjoratif visant à condamner toute formule de coexistence communautaire". 
Les barrages à la coexistence
La coexistence est-elle viable en tant que projet politique ? "Cela paraît compromis", répond Joseph Maïla, doyen de la faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris, en se penchant sur le cas des pays sud-méditerranéens. Maïla distingue trois niveaux d’analyses pour étudier la coexistence : au plan infra étatique, au sein des Etats-nations, la coexistence est immanquablement rattachée à la question de la reconnaissance des minorités, grand facteur de guerres civiles. Au niveau interétatique, la coexistence se porte mal, également, du Maroc à la Turquie. L’interminable conflit israélo-arabe en témoigne, de même que les conflits irako-iranien, koweito-irakien… Enfin, pour ce qui est de la coexistence entre les Etats du Nord et le sud de la Méditerranée, la fêlure existe aussi. Joseph Maïla a ensuite énuméré les trois principes qui constituent les fondements de la coexistence : la culture de la reconnaissance d’abord, qui existe dans la région depuis le système des millets instauré par l’Empire ottoman pour préserver les communautés, et le pluralisme qui l’accompagne nécessairement. Or cette culture de la reconnaissance est mise en péril par l’émergence du monolithisme dans les sociétés et la formation des Etats unitaires très centralisés. Et M. Maïla d’ajouter que le pluralisme peut constituer aussi un outil de manipulation au sein d’une société, dans le cas de figure où les communautés sont montées les unes contre les autres. Les résultats vont à l’encontre même du principe de la reconnaissance. 
Deuxième principe préalable à la coexistence : la démocratie. Celle-ci aussi est sujette à des blocages dans le Sud méditerranéen, parmi lesquels le patriarcalisme, le patrimonialisme et la culture du parti unique. Enfin, les relations occidentalo-orientales, jadis excellentes du point de vue culturel, ont débouché sur une fracture. "Le pourvoyeur de culture qu’était l’Occident est devenu un prédateur de civilisation", a indiqué M. Maïla, en évoquant la conscience du colonialisme chez les peuples colonisés. Le présent de la coexistence n’est guère plus jovial. "La coexistence aujourd’hui est difficile", a-t-il estimé. D’autant plus que la coexistence est confrontée à plusieurs types de cultures qui lui sont hostiles et qui cherchent à la réduire : la "culture hégémonique ou culture politique de mobilisation", dans le cadre de laquelle sont faites certaines hypostases de concepts auxquels l’on a voulu donner une réalité, tels que "refaire la nation arabe", par exemple.
M. Maïla n’est pourtant pas pessimiste. Il veut distinguer certaines lueurs d’espoir pour l’avenir. La culture des droits de l’homme et le mouvement, en marche, vers l’universalité sont des éléments qui laissent présager, selon lui, des lendemains meilleurs. Surtout quand les organisations des droits de l’homme deviennent, dans des pays paralysés, "des substituts à des partis politiques impossibles à mettre en œuvre". Autre élément positif, la prise de conscience par les minorités, comme la femme, de leur statut dans ces sociétés du Sud méditerranéen. Mais cela reste insuffisant, puisque cette prise de conscience du statut ne suffit pas. Il faut qu’elle sorte de sa passivité, entre dans un dynamisme qui la fera passer "du statut au sujet". Troisième et dernière source d’optimisme, selon Joseph Maïla : la société civile. "La coexistence de demain n’est pas interétatique, mais intersociétés civiles", a-t-il ajouté, en mettant en exergue "la vivacité des sociétés civiles des pays du Sud méditerranéen". Et de conclure sur le rôle du Liban, par une phrase de Michel Chiha : "Le Liban est un lieu où les civilisations se visitent et s’invitent."
Le local et le global
Le thème de la dialectique entre "le global" et "le local" a été ensuite abordé par MM. Pierre Catala, professeur de l’Université Panthéon-Assas, et Ghassan Salamé. Si M. Catala a évoqué "les bonheurs du local" et "les douleurs du global", M. Salamé a innové, créant le concept du "glocal", pour signifier "l’universalisation, à travers la mondialisation, d’un élément local du patrimoine culturel". Debout à la tribune devant un auditoire passionné, le ministre de la Culture a posé la problématique de "l’exclusion et de l’inclusion". "L’exclusion est fondée sur le principe de la pureté, valeur douteuse qui a gagné ses lettres de noblesse avec la chute des idéologies et qui conduit à la purification", a estimé M. Salamé. En a résulté, selon lui, le nettoyage ethnique et racial. "Autrefois, on se battait pour ce que les gens pensaient. Maintenant, cet aspect est dévalué au profit de ce que les gens sont", a-t-il poursuivi. Plus dangereux sont aujourd’hui "les phénomènes d’inclusion, sorte d’assimilation en douce", des "phénomènes hégémoniques opérés par les plus forts, et qui sont dissimulés dans les textes juridiques, comme certains amendements constitutionnels ou certains projets de loi au détriment des minorités". "Le marché est un facteur tout aussi dangereux d’inclusion", a-t-il souligné. "Ces deux modèles laissent froides les communautés de l’espace méditerranéen", a ajouté M. Salamé, en mettant en garde contre les processus d’exclusion et d’inclusion véhiculés par la mondialisation. La réponse se trouvant, a-t-il conclu, dans le droit à la diversité culturelle et des textes juridiques garantissant la protection de celle-ci. 
Enfin, le PDG de Nissan, Carlos Ghosn, a fait un vibrant plaidoyer en faveur du managment multiculturel, devant un amphithéâtre comble. M. Ghosn a expliqué comment, dans le milieu de la construction automobile, l’ouverture, la reconnaissance de l’autre et de sa culture, ainsi que la transparence et le respect de ses partenaires, avait permis d’opérer un miracle et de sortir Nissan d’une crise jugée fatale par les spécialistes. Dans un discours improvisé et avec une éloquence remarquable, Carlos Ghosn abolit toutes les barrières culturelles et géographiques, passant de la francophonie en tant que véhicule de valeurs comme la coexistence et l’ouverture à la culture japonaise du respect, l’éthique du samouraï. Le tout sur fond d’entreprenariat et de construction automobile. Une incarnation de la coexistence des langues et des cultures en clôture du colloque, bien au delà de l’espace euro-méditérranéen. Et une constatation : la coexistence est, par dessus tout, un modus vivendi. 
 
Progrès automobile
 
par SERGUEI, publié dans le Monde du 1er octobre 2002