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PRESSE
RJLIBAN N°105 - sélection de
l'automne 2004
www.rjliban.com
L'avenir
de l'Europe est en Méditerranée
!
Le
processus de Barcelone,
entamé en 1995, peut-il
trouver un second souffle
?
par
HERVE DE CHARETTE, publié
dans le Figaro le 12 décembre
2004
L'auteur
est ancien ministre des
affaires étrangères
Oui ! Dans
un contexte international
marqué par l'incertitude et
la crispation des identités,
il est essentiel pour l'Europe
de se tourner vers ses voisins
de la Méditerranée.
L'actualité ne cesse de le
montrer, le destin de l'Europe
est désormais inséparable de
celui de ses voisins du Sud.
La coopération euroméditerranéenne
est pour l'Europe un projet
porteur d'une vision politique
à long terme, faisant primer
la solidarité sur le repli,
la méfiance ou la
confrontation. Dans ce
domaine, nous ne partons pas
de zéro. Le Partenariat euroméditerranéen,
signé à Barcelone en 1995,
par 25 ministres des Affaires
étrangères de la région,
Israël compris, fixe un cadre
toujours valable pour la coopération
en Méditerranée. Il définit
une politique ambitieuse mais
fondamentalement cohérente,
s'appuyant sur l'intensité
des liens économiques,
politiques, historiques et
culturels, afin de faire
avancer un projet commun de développement
et de coopération.
En 1995, au lendemain des
accords d'Oslo, l'heure était
à l'optimisme. L'ensemble de
la Méditerranée semblait
alors s'orienter durablement
vers la paix et la coopération.
Mais depuis dix ans le
contexte méditerranéen a
bien changé. Le processus de
paix au Proche-Orient a fait
long feu. Le 11 septembre a
fait apparaître avec une
acuité tragique combien la
menace hyperterroriste
transcende désormais les
frontières du Nord et du Sud.
Par ailleurs, l'initiative
militaire des Américains en
Irak est venue compliquer
encore un peu la donne. Enfin,
l'élargissement de l'Union
européenne est souvent perçu
par les pays arabes comme une
marque de désintérêt de
l'Europe envers la Méditerranée.
Malgré ces difficultés
indéniables, le Partenariat
euroméditerranéen n'a pas
succombé. C'est dire sa
valeur et son intérêt. Au
contraire, des avancées
notables ont été faites. Les
outils de coopération se sont
multipliés : Fondation Anna
Lindh pour le dialogue des
cultures, Assemblée
parlementaire euroméditerranéenne,
Facilité euroméditerranéenne
d'investissement et de
partenariat, Politique de
nouveau voisinage... Les fonds
d'aides de l'Union européenne
(Meda) n'ont cessé de croître.
De nouveaux sujets se sont
imposés à la discussion :
immigration, éducation et
formation, lutte contre le
terrorisme, coopération
militaire... Enfin, et c'est
essentiel, le processus de
Barcelone s'est élargi à la
société civile, sur les thèmes
les plus divers : économie,
eau, environnement, culture,
droit des femmes...
Du coup, un vent de libéralisation
et de réforme commence à
souffler au Sud de la Méditerranée,
dans des domaines aussi divers
que l'audiovisuel, le statut
des femmes, les droits de
l'homme. Cette évolution est
encouragée par l'Union européenne
dans le cadre des Accords
d'association qu'elle a signés
avec la plupart des pays du
Sud. La coopération régionale
entre les pays du Sud eux-mêmes
s'intensifie, comme en témoigne
la signature des accords de
libre-échange d'Agadir entre
le Maroc, la Tunisie, l'Egypte
et la Jordanie.
Tout cela est très
encourageant et montre combien
les pays du Sud sont en
demande d'Europe. Il est
essentiel de ne pas les décevoir
: il nous faut donc passer la
vitesse supérieure ! Le
partenariat doit servir de
catalyseur aux réformes.
C'est pourquoi il mérite
mieux que des déclarations de
principes suivies d'une
gestion bureaucratique ! En un
mot, il convient de consacrer
à la réussite de la coopération
euroméditerranéenne autant
d'énergie que celle déployée
lors de l'élargissement de
l'Union à l'Est.
Je saisis donc le 10e
anniversaire de la conférence
de Barcelone pour relancer le
Partenariat euroméditerranéen
et proposer cinq pistes de
travail :
1. Les partenaires de l'euroméditérranée
doivent se donner pour
objectifs d'en finir avec les
conflits qui empoisonnent les
relations dans la région : en
Palestine, comme à Chypre et
au Sahara occidental, sans
oublier l'Irak. C'est le
moment d'agir, et, pour l'UE,
de s'imposer comme un médiateur
déterminé. Au passage, cela
signifie aussi qu'il faut en
finir avec les aigreurs
franco-américaines. Je vois
bien les difficultés, mais si
l'Europe veut s'imposer au
Sud, il lui faut se fixer des
objectifs politiques clairs.
2. Je propose la négociation
d'un traité de coopération
euroméditerranéenne qui
aurait pour objet la création
d'institutions chargées de
relancer la coopération économique,
sociale et culturelle. Un
Conseil des ministres euroméditerranéen
serait institué. Les décisions
pourraient y être prises à
la majorité qualifiée. Un
secrétariat général du
Partenariat aurait la charge
de les mettre en oeuvre.
3. Il faut relever le défi
de la croissance démographique,
laquelle porte en germe, si
rien n'est fait, la déstabilisation
du Sud et la montée de très
graves périls. Dans cette
perspective, l'Europe devrait
marquer son attachement à
deux priorités évidentes :
la formation des élites méditerranéennes
et la modernisation du statut
de la femme (accès à l'éducation,
droits politiques, droits
civils...).
4. Favoriser l'intégration
de la zone par de grands
projets régionaux, dans des
domaines aussi divers que
l'eau, les transports, les télécommunications...
C'est le meilleur moyen de
favoriser le développement et
d'échanger des compétences.
La création de la zone de
libre-échange à l'horizon
2010 doit rester un projet
majeur, afin de garantir un
environnement stable aux échanges
et à l'investissement. A ce
titre, l'Europe devra faire
preuve de compromis dans
certains domaines, comme
l'agriculture... Telle est en
effet la voie de la
croissance, pour l'Europe
comme pour ses partenaires !
5. Renouer le dialogue
stratégique avec les Américains
au sujet de nos actions
respectives en Méditerranée.
Le Forum de l'avenir, organisé
à Rabat le 11 décembre à
l'initiative du Maroc et des
Etats-Unis peut en fournir
l'occasion. Le sujet est trop
crucial pour ne pas s'entendre
!
Telles sont les pistes de réflexion
que nous nous sommes données
dans le cadre de l'Institut
euroméditerranéen que je préside,
à l'occasion du symposium
international d'aujourd'hui et
demain, intitulé «Pour un
nouveau partenariat
euroméditerranéen».
Réunissant de hautes
personnalités du monde méditerranéen,
cette manifestation souhaite
nourrir la réflexion
collective sur l'avenir de la
région, médiatiser les
enjeux de la coopération
euroméditerranéenne, et
avancer des propositions concrètes.
Car il est temps d'agir !
Cinquantenaire
de la mort de Michel Chiha,
père de la Constitution
libanaise
Ghassan Tuéni,
Joseph Maïla, Wagih
Kawtharani et Nabil Khalifé
mettent l’accent sur la
"grammaire
perdue" de notre système
politique
paru
dans l'Orient-le Jour le
29 octobre 2004
C’est
plus qu’un hommage
rendu à Michel Chiha,
l’homme qui a milité
en faveur de la démocratie,
de la coexistence
intercommunautaire et du
pacte national. En évoquant
le souvenir du théoricien
de la formule libanaise
et l’un des principaux
auteurs de cette
Constitution qui nous régit
jusqu’à ce jour dans
ses dispositions
essentielles, MM. Joseph
Maïla, Wagih Kawtharani,
Nabil Khalifé et
Ghassan Tuéni, qui a présidé
la table ronde au Salon
du livre francophone à
Beyrouth, ont tous mis
l’accent sur le
visionnaire du problème
palestinien, le chantre
d’un Liban pluriel, le
"penseur" et
le politologue qui a
traité en profondeur
une multitude de
registres pour définir
la voie dans laquelle il
souhaitait voir le pays
s’engager, compte tenu
de sa position géographique,
de ses composantes
humaines et culturelles,
de son évolution
historique et de sa
personnalité. Le
critique et l’éditorialiste,
fondateur du quotidien
Le Jour, qui a dénoncé
sans complaisance les
errements et les abus
des dirigeants qui
institutionnalisent la dépendance,
l’arbitraire,
l’iniquité et qui
"ne s’inspirent
que des platitudes, des
peurs et des lâchetés".
Percutants et prémonitoires,
ses écrits n’ont rien
perdu de leur acuité,
comme pour dire qu’il
nous faut des hommes
"pas des esclaves
et des pachas", assénant
que "le Liban se détruira
dans la mesure où il
attentera à ses libertés".
Que dans le corps du
monde arabe "nous
jouons le rôle des
poumons et ce n’est
l’intérêt de
personne de nous voir
asphyxiés et
asservis".
Ghassan
Tuéni, qui a dirigé la
table ronde, a tout
d’abord mis l’accent
sur la sacro-sainte
question de la
Constitution dont
"Michel Chiha était
le père et qu’il nous
faudrait sauver dans son
esprit et ses textes
pour préserver l’indépendance".
Il a rappelé la
croisade politique et
morale menée, en 1948,
par ce grand homme
contre l’amendement de
la Constitution. Désapprouvant
l’idée d’une révision
constitutionnelle afin
de rendre possible le
renouvellement du mandat
de cheikh Béchara
el-Khoury, malgré la
parenté et la solide
amitié qui reliait les
deux hommes, Chiha avait
écrit : "Ce qui
peut s’imposer à son
heure en faveur d’un
homme que ses mérites
recommandent peut
devenir redoutable pour
un autre."
Prenant
à son tour la parole,
Joseph Maïla, recteur
de l’Institut
catholique de Paris, a
esquissé le portrait de
ce grand homme, déclarant
que Michel Chiha n’a
été ni un intellectuel
semblable à ceux de son
époque, ni un idéologue,
ni un homme de la démesure.
Chiha était "le
penseur de la diversité,
dans le respect de l’équilibre
et de la tolérance".
C’était également un
juriste qui préconisait "l’équilibre
entre des forces
contraires et la mise en
avant de principes régulateurs
(la régulation par les
institutions). Michel
Chiha pensait qu’on
devait faire passer
l’esprit des
institutions avant les
accords historiques qui
pouvaient venir en
modifier le contenu. On
sait que l’expérience
de Taëf a peut-être un
peu inversé la problématique
de cette approche,
puisqu’elle a considéré
que les compromis
pouvaient modifier
l’esprit des
institutions et changer
l’esprit de la
Constitution", a
dit l’intervenant. Par
ailleurs, Michel Chiha a
su combiner la passion
de la politique (comme
passion du bien commun)
et la passion de
l’absolu. "Michel
Chiha a été croyant et
cette expérience
croyante est présente
dans tous ses écrits.
Il savait que l’absolu
pouvait s’adorer
autrement que sous la
forme des idoles.
C’est ce qui lui a
permis de faire la
critique et de se mettre
à distance de l’événement",
a ajouté Joseph Maïla,
avant de poser la
question suivante :
"Pourquoi aurait-on
besoin aujourd’hui de
Michel Chiha ? Pour
trois raisons",
a-t-il dit.
Tout
d’abord, "parce
qu’il était un
intellectuel et comme
tout intellectuel, il
savait que la pensée
avait une fonction. Que
la fonction de la pensée
était de se mettre à
distance de l’événement
et donc d’introduire,
entre l’événement et
la représentation, une
distance critique. Or
cette distance critique,
nous l’avons perdue.
Pour des raisons
multiples, elle est
aujourd’hui
difficilement exercée". Ensuite,
"parce Michel Chiha
a pensé le Liban des
familles spirituelles,
des communautés qui
devaient concourir à
l’esprit de la nation
et au bien commun. Or,
c’est cette notion que
nous devons
retrouver", a
souligné le recteur de
l’Institut catholique
de Paris, ajoutant que
pour Michel Chiha, le
sens de l’engagement
était toujours "un
sens de pilote, de
vigile", et que la
fonction de
l’intellectuel était
de manifester une
alerte. "L’on
sait combien la pensée
de Michel Chiha fut prémonitoire
quand il s’est agi de
mesurer la turbulence
qu’allait générer la
création de l’Etat
d’Israël. Il pensait
essentiellement que c’était
la coexistence des
familles spirituelles du
Liban qui était en
danger (...) Il pensait
qu’il n’y avait pas
d’équilibre interne
si on ne pouvait pas,
soit se mettre à
distance par consensus
de l’équilibre ou du
déséquilibre externe,
soit pouvoir s’adapter
en prenant garde à ne
pas perdre notre âme
dans un environnement
qui change. Michel Chiha
avait vu de manière prémonitoire
que le Liban démocratique
ne pouvait vivre sans un
environnement démocratique.
Il avait mis en garde
les Libanais contre les
passions du suivisme et
de
l’opportunisme."
Et
M. Maïla de conclure
que Michel Chiha n’est
pas un idéologue mais
un
"grammairien". "Un
homme qui a compris la
grammaire du système
politique libanais.
Comprendre Michel Chiha
c’est comprendre le
fonctionnement d’une
institution harmonieuse
qui doit réguler des
passions diverses ; qui
doit recycler les
ambitions diverses et
qui ne doit céder à
aucune passion et à
aucun projet en
particulier. Donc le redécouvrir
pour nous aujourd’hui,
c’est retrouver le
principe de
fonctionnement de nos
institutions que nous
avons perdu parce que,
pour les uns comme pour
les autres, nous avons
pensé que nous pouvions
substituer au Liban
qu’il nous avait laissé
un Liban plaqué sur des
idéaux datant d’avant
la création du Liban et
qui ne tiennent pas
compte de la géographie
et de l’histoire de
notre pays tel qu’il
fut mis en place en
1920. Continuer à
caresser des projets
d’histoire parallèle
ou des trajectoires qui
sortent du consensus
libanais, c’est
s’exposer à
l’aventure, à aller
vers une configuration
de l’impossible. A
disparaître soit comme
communautés, soit comme
nation. Le pari de Chiha
était que le Liban était
une nation possible
parce que tous les
autres projets
devenaient
impossibles."
Prenant
à son tour la parole,
Wagih Kawtharani,
historien, professeur à
l’UL, devait dire que
Michel Chiha est
essentiellement un
penseur qui a posé le
jalon de la formule
libanaise et de celle de
la coexistence. Il
considérait le Liban
comme le pays des
"communautés
associées" et
visait à améliorer le
niveau de la représentation
parlementaire dont il
disait qu’elle était "la
pierre angulaire de l’édifice
constitutionnel et de
l’action du
gouvernement". Pour
sa part, Nabil Khalifé
a planché sur la
question suivante : Que
reste-t-il de la pensée
de Michel Chiha ?
"Ses écrits les
plus percutants, les
plus prémonitoires,
gardent intact leur
caractère d’actualité.
Sur quoi n’a-t-il pas
réfléchi, sur quoi
n’a-t-il pas parlé.
De la liberté, de la
politique intérieure,
des relations extérieures,
de l’économie, de la
question sociale, de la
Palestine dont il a été
un des premiers à
alerter l’opinion
libanaise, arabe et
internationale sur la
gravité du danger
sioniste en territoire
occupé et sur les inévitables
explosions qu’il entraînerait.
Michel Chiha qui a traité
en profondeur des sujets
essentiels est le
fondateur du Liban
moderne. Il résume en
lui-même l’histoire
d’un peuple et d’une
patrie et reste jusqu’à
nos jours la référence
de la République
libanaise dans ses
dimensions démographiques
et géographiques telle
qu’il l’a voulue et
souhaitée : un Etat
fondé sur la
dialectique de la pensée
et de la réalité",
a-t-il conclu.
Irritée
par la France, la Syrie
a-t-elle décidé
de jouer un jeu trouble
?
par
MICHEL BOLE-RICHARD,
publié dans le Monde du
5 octobre 2004
La
Syrie a-t-elle tenté
de court-circuiter la
diplomatie française
en favorisant
l'initiative privée
du député Didier
Julia ? Quel a été
le jeu véritable de
Damas dans ce qui
s'est révélé être
une mascarade ? Telles
sont les questions qui
se posent après
l'entrée en scène de
Damas dans les
tractations pour libérer
les journalistes français
enlevés en Irak. Il
apparaît en tout cas
que le régime de
Bachar Al-Assad a tiré
les ficelles de cette
rocambolesque affaire.
S'agissait-il de démontrer
à la France - avec
laquelle les relations
se sont dégradées
depuis l'adoption, le
2 septembre, de la résolution
1559 des Nations unies
- que Damas reste un
acteur important sur
la scène
proche-orientale ?
Cette résolution, votée
à l'initiative de
Paris et de
Washington, exige le
respect de la
souveraineté et de la
Constitution
libanaises, la non-ingérence
dans les affaires intérieures
de ce pays et le départ
des troupes étrangères
de son territoire,
sans mentionner
expressément la
Syrie. Mais la
condamnation est
implicite puisqu'il
reste toujours 15.000
soldats syriens au
pays du Cèdre après
l'achèvement du
retrait, le 29
septembre, de 3.000
hommes. Il s'agissait
du cinquième redéploiement
qui a réduit le
contingent syrien de
35.000-40.000 hommes
à la fin de la guerre
à son niveau actuel.
En
recevant le premier
ministre libanais,
Rafic Hariri, le 30
septembre, Jacques
Chirac a redit "la
volonté de la France
de voir appliquer la résolution
1559 et son
attachement à l'indépendance,
à l'intégrité
territoriale et à la
souveraineté du
Liban". Le
chef de l'Etat n'a guère
apprécié la
modification de la
Constitution qui va
permettre au président
Emile Lahoud, allié
de Damas, de prolonger
son mandat de trois
ans alors que cet
ancien chef de l'armée
n'était pas rééligible.
Pour corser le tout,
le secrétaire général
des Nations unies,
Kofi Annan a, le 1er
octobre, rappelé
Damas à l'ordre, dans
un rapport où il est
précisé : "Il
est temps pour les
parties concernées,
quatorze ans après la
fin des hostilités et
quatre ans après le
retrait d'Israël du
Liban, de se débarrasser
des derniers vestiges
du passé. Le retrait
des forces étrangères,
le démantèlement et
le désarmement des
milices mettraient fin
à ce triste chapitre
de l'histoire du
Liban". M.
Annan fait remarquer
que les seules forces
présentes au Liban au
30 septembre 2004, à
part celle de la Finul
(Force intérimaire
des Nations unies au
Liban), sont "syriennes".
Pour le moment, Damas
n'a fourni aucun plan
de retrait de ses
troupes, ni manifesté
l'intention de réduire
plus avant son
contingent. L'argument
est toujours le même
: les forces syriennes
sont au Liban "à
l'invitation du
gouvernement
libanais".
"Le gouvernement
m'a informé qu'il ne
pouvait fournir ni de
calendrier, ni de
chiffres", note
M. Annan.
Vive
protestation
Le
jour même de la
publication de ce
rapport, Marouan Hamadé,
ancien ministre de l'économie
et député druze, échappe
de peu à un attentat.
Son garde du corps est
tué et son chauffeur
blessé par
l'explosion d'une
voiture piégée à
proximité de son
domicile alors qu'il
venait de monter dans
sa propre voiture.
Proche de Walid
Joumblatt, chef du
Parti socialiste
progressiste (PSP), M.
Hamadé, 65 ans, est
l'un des trois
ministres du bloc
parlementaire de M.
Joumblatt qui avaient
démissionné du
gouvernement, le 6
septembre, pour
protester contre
l'amendement
constitutionnel qui,
sous la pression de
Damas, va permettre à
M. Lahoud de prolonger
son mandat présidentiel.
Cet attentat contre M.
Hamadé, une
personnalité modérée
et respectée, a
provoqué une forte émotion
dans les milieux
diplomatiques
occidentaux à
Beyrouth. La France a
élevé une vive
protestation. Le
vice-président
syrien, Abdel Halim
Khaddam, qui a rendu
visite à l'ancien
ministre, légèrement
blessé, à été
conspué à son arrivée
à l'hôpital. Pour
les Libanais, le
message des auteurs de
l'attentat est clair :
si la Syrie s'en va,
ce sera le chaos.
La
pression sur Damas, maître
du jeu au Liban,
s'accroît. Et le régime
de Bachar Al-Assad, déjà
soumis à des
sanctions américaines
en raison de son
soutien au Hezbollah
et aux organisations
radicales
palestiniennes, n'a guère
apprécié que Paris
se joigne à
Washington pour accroître
cette pression. Ce
n'est un secret pour
personne que Paris a
été "déçu"
par Bachar Al-Assad,
dans lequel beaucoup
d'espoirs avaient été
placés lorsqu'il a
succédé à son père,
en juin 2000. Il avait
été chaleureusement
reçu à Paris en juin
2001. Depuis, le président
Chirac estime que le
changement tant
attendu ne s'est pas
produit. Même si
Damas manifeste
aujourd'hui quelques
signes de bonne volonté,
notamment en acceptant
de renforcer les contrôles
à la frontière
irakienne, comme l'a
annoncé le département
d'Etat américain le
29 septembre,
Washington ne ménage
pas ses critiques à
l'encontre du régime
baasiste de Damas. Le
fait d'avoir trouvé
un allié en la
personne de la France
n'a guère été du goût
des autorités
syriennes. De là à
dire que ce pays a joué
un rôle moteur dans
cette pantalonnade,
rien ne le prouve.
Mais ce qui est sûr,
désormais, c'est que
Damas est devenu un
acteur central dans ce
dossier au détriment
d'Amman.
Le
"négationnisme"
d'Ariel Sharon
par
FREDDY RAPHAEL, publié
dans le Monde du 27
septembre 2004
L'auteur
est sociologue
La trêve de l'été
a quelque peu estompé
les réactions des
juifs de France à
l'invitation
pressante d'Ariel
Sharon leur intimant
de quitter "immédiatement"
ce pays qu'ils
avaient considéré
indûment comme le
leur, afin d'échapper
à un "antisémitisme
déchaîné".
Ces propos, qui n'hésitaient
pas à mettre en
cause, dans sa
globalité, la
composante musulmane
de la nation française,
suscitèrent dans
l'ensemble une forte
réprobation, mais
aussi une
condamnation
embarrassée, hésitante,
de certaines
institutions
dirigeantes juives.
Il nous semble nécessaire
de reprendre
l'analyse des
implications de cet
appel à déserter.
Par sa condamnation
sans appel de la
France, qui enferme
celle-ci dans une
essence antisémite,
le jour même de la
célébration du 70e
anniversaire
du Vél' d'Hiv,
Ariel Sharon s'est
employé délibérément
à nier l'aventure
spécifique du
franco-judaïsme et
le destin singulier
des juifs de ce pays
durant la seconde
guerre mondiale.
Il n'est pas
possible de résumer
en quelques lignes
les grands traits
significatifs de l'évolution
des rapports des
juifs de France à
la nation et à la
Terre sainte. Pour
la communauté
alsacienne et
lorraine, qui en fut
longtemps la
composante
majoritaire, Jérusalem,
qu'elle évoquait
plusieurs fois dans
ses prières
quotidiennes, était
avant tout la Cité
que Dieu habite, le
lieu mystique d'une
nostalgie jamais
assouvie. Mais, en même
temps, elle vouait
un culte à la
France qui, la première
au monde, avait
restitué aux juifs
leur dignité et
fait d'eux des
acteurs à part entière
dans l'histoire.
Ceux-ci virent
dans les valeurs de
la République
l'accomplissement
des impératifs
prophétiques de la
Bible. Cependant,
l'affaire Dreyfus,
l'antisémitisme de
Drumont et celui des
années 1930, et
surtout l'expérience
de la déréliction
extrême de la
seconde guerre
mondiale ont
partiellement remis
en question la
construction,
toujours fragile, du
franco-judaïsme.
L'indifférence, la
passivité,
l'abandon d'une
partie de la nation,
ainsi que la
collaboration active
du gouvernement de
Vichy qui livra les
juifs aux nazis, ont
laissé chez les
survivants des
cicatrices toujours
vives. Mais, en même
temps, des milliers
d'hommes et de
femmes ont pris de
grands risques et
ont mis leur vie en
jeu pour arracher
des juifs à une
mort atroce.
C'est cette mémoire
qu'Ariel Sharon
cherche à travestir
et à éradiquer
lorsqu'il reprend à
son compte les
accusations formulées
dès janvier 2002
par Michael
Melchior, son
vice-ministre des
affaires étrangères,
faisant de la France
"le pire des
pays en matière
d'antisémitisme".
Quelques jours à
peine avant cette
condamnation
radicale, Jacques
Chirac avait tenu à
s'exprimer depuis
les communes de
Haute-Loire et d'Ardèche
où des centaines de
juifs traqués
furent accueillis et
cachés. Il en
appelait au sursaut
de chaque citoyen
face à la
recrudescence de
l'antisémitisme et
dénonçait tous
ceux qui prennent
leur parti de la
violence raciste.
Le 18 juillet,
Ariel Sharon
poursuivait son
entreprise négationniste
en s'employant à
recouvrir la voix du
ministre français délégué
aux anciens
combattants,
Hamlaoui Mekachera.
Ce dernier avait évoqué
la rafle des 16 et
17 juillet 1942, où
4.500 fonctionnaires
de police français
arrêtèrent 12.884
juifs et parquèrent
plus de 8.000
d'entre eux dans le
Vel'd'Hiv, six jours
durant, dans les
pires conditions. Le
ministre avait
rappelé le discours
tenu le 16 juillet
1995 par le président
Chirac,
reconnaissant la
responsabilité de
l'Etat français
dans la déportation
de milliers de
juifs. Le ministre
mentionna ces "visages
qui nous
hantent",
ces "yeux
qui nous
interrogent",
et demanda à ses
concitoyens de tout
faire pour que "d'autres
innocents ne se
retrouvent pas
seuls, abandonnés
à la lâcheté, à
la folie et à la
haine".
L'appel pressant
d'Ariel Sharon récuse,
de fait, le modèle
de la nation moderne
fondé sur le
principe de la
citoyenneté. Dans
son étude consacrée
à "La
communauté des
citoyens",
Dominique Schnapper
a élaboré l'idéal-type
d'une société
politique qui entend
dépasser les
enracinements
concrets et les fidélités
particulières de
ses membres. "Les
individus, quelles
que soient leurs
origines historiques
ou
ethnico-religieuses,
quelles que soient
leurs diversités et
leurs inégalités,
sont également des
citoyens." Au
cœur de la nation démocratique
s'échafaude,
difficilement certes
et malgré des
revers, une
communauté formée
d'individus
civilement,
juridiquement,
politiquement libres
et égaux. Il en résulte
pour les groupes
confessionnels
l'obligation de se
conformer au
principe de la séparation
du politique et du
religieux, afin que
le dépassement des
engagements
singuliers permette
de construire une
nation où vivent
ensemble, en respect
mutuel, des
populations qui ne
partagent ni les mêmes
convictions ni les mêmes
pratiques.
C'est ce principe
qui fonde la légitimité
politique de la
France en tant que
nation démocratique
moderne qu'Ariel
Sharon remet en
question. Il enferme
les juifs dans une
identité
ethnico-religieuse séparée
de l'utopie créatrice
qui constitue la
société des
citoyens. Leur émancipation
en 1791, qui les réintroduisit
dans l'histoire en
tant qu'acteurs à
part entière, les
amena à choisir
deux options, dont
Dominique Schnapper
accuse
volontairement les
divergences. D'une
part, une "réinterprétation
métaphysique" de
la tradition
religieuse,
s'affirmant dorénavant
dans le privé, ou
encore "la
volonté de
s'inscrire dans le
destin
collectif" du
pays d'accueil, tout
en revendiquant,
face à l'antisémitisme
et aussi par
solidarité, une
identité singulière.
D'autre part, une "réinterprétation
historique"
qui privilégie
l'appartenance à un
peuple juif, à un
destin spécifique
et à une relation
forte à l'Etat
d'Israël.
La première
orientation valorise
la citoyenneté que
la société française,
malgré des revers
significatifs,
s'efforce de
construire ; la
seconde tend à
accentuer la rupture
entre la fidélité
à la tradition
historique et
culturelle des juifs
et la citoyenneté
française. C'est ce
fossé qu'Ariel
Sharon s'emploie à
élargir et qu'il
rend
infranchissable. La
condamnation sans
appel de la France
qu'il a formulée
enferme celle-ci
dans une essence
antisémite, en même
temps qu'elle
attribue à la
communauté
musulmane tout entière
un racisme qui lui
serait
consubstantiel. Ce réquisitoire
implacable, lesté
d'une forte charge
symbolique, oblige
chaque juif de
France à redéfinir
son rapport au
sionisme. Il s'agit
là d'une démarche
qui comporte, nécessairement
liées, une
dimension
individuelle et une
dimension
collective. Il nous
semble que, au-delà
des réticences antérieures
face à la création
d'une entité étatique,
un large consensus
s'était
progressivement
affirmé avec la
prise de conscience
de la tragédie sans
nom que représente
la Shoah.
Il fallait pour
la "lie de
la terre",
pour ces "personnes
déplacées"
qui étaient les
survivants un lieu où
revivre. Pour ces témoins
gênants de
l'effondrement de la
civilisation, qui étaient
de trop, Israël a
été plus qu'un
havre d'accueil : la
terre de la dignité
et de l'humanité
recouvrées.
D'autant plus que la
charte de la nation,
l'utopie sioniste,
exprimait une
aspiration à
construire une société
plus juste, plus
fraternelle, qui
refuse la hiérarchie
entre l'activité
manuelle et
l'activité
intellectuelle. C'était
un défi insensé,
qui prenait le
message biblique
assez au sérieux
pour faire coucher
la métaphysique
dans le lit du
politique. Cet impératif
catégorique a
sous-tendu le
travail acharné des
premières générations
de bâtisseurs,
parmi lesquels les
juifs originaires de
France ont assumé
une tâche
significative. Le
pays a su accueillir
des juifs exilés,
fuyant la haine,
l'expropriation,
voire l'assassinat.
Mais ce projet a été
partiellement trahi
par ceux qui, sourds
aux injonctions des
Prophètes, ont
affirmé que la fin
justifiait les
moyens.
Aujourd'hui, face
à la violence
aveugle de groupes
terroristes arabes
que rien ne saurait
justifier, il
importe que soient
encore plus nombreux
ceux qui refusent
d'admettre qu'on ne
peut construire la
Maison d'Israël sur
la
non-reconnaissance
de l'Autre, la
violation de ses
droits et le refus
d'admettre son égale
dignité. Une grande
partie des juifs de
France entendent
rester des habitants
de la "double
demeure".
Ils témoignent
d'une fidélité
sans faille envers
l'aventure créatrice
d'une France républicaine,
engagée dans un
combat toujours
recommencé pour que
les principes des
droits de l'homme
s'inscrivent véritablement
dans l'ordre social
et politique. En même
temps, ils sont
solidaires de la
lutte de ceux qui,
en Israël, assumant
la tension du
politique et les
exigences du prophétisme,
s'efforcent de
construire une société
plus juste, plus
fraternelle, qui
reconnaît les
droits
imprescriptibles de
l'autre.
Bush
de canon
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le Jour
le 12 novembre 2004
Requinqué
par un mandat tout
neuf aux vapeurs
d’encens et
d’eau bénite, le
Dobelyou texan a
retrouvé cette
semaine son dada
favori : apprendre
le B.A.-Boum de la démocratie
aux gueux de
Falloujah en leur
injectant des doses
massives de vitamine
B-52. Parallèlement,
et sans trop d’états
d’âme, les
spadassins du Middle
West rafalent tout
ce qui bouge et
raflent ce qui
reste. L’équation
est d’ailleurs
simplissime : de la
même manière
qu’il n’y a pas
de fumée sans feu,
il n’y a pas de
barbe sans
islamiste. Et à
Falloujah, des
barbes, y a qu’à
se baisser pour en
ramasser. Sauf que
quand le bon George
rase gratis à
Falloujah, les poils
repoussent à Ramadi,
où, à peine
ressortis de leur boîte
de pandore, les agités
du turban lui
promettent un chien
de leur chienne.
Faut dire que les
Irakiens ne sont pas
ingrats. Les Américains
les ont débarrassés
de Saddam, il est
normal qu’ils
veuillent les débarrasser
de Bush.
Pauvre Saddam !
Fallait voir sa
gueule quand il a
appris qu’il
n’avait pas
d’armes de
destruction massive.
En fait, la CIA s’était
seulement trompée
sur l’existence
d’ADM… mais pas
sur le pétrole !
Pourtant, Doublevé
a un job à finir en
Irak : il rêve
d’une Mésopotamie
pacifiée,
reconstruite et
affublée d’une
tour de Babel où
l’on ne parlerait
qu’anglais. Il y
aurait du boulot
pour tout le monde,
sauf évidemment
pour les sosies chômeurs
de Saddam Hussein,
dont le job n’est
pas recyclable. Et
puis, datte sur les
baklavas, on
remplacerait les déclarations
sans images d’Oussama
Ben Laden par des
discours avec
chewing-gum de
Donald Rumsfeld. Ce
qui est quand même
plus enrichissant
que de palabrer avec
un vague uléma dont
le contact perd régulièrement
le contact avec le
contact des encagoulés
décapiteurs
d’otages. Lesquels
soit dit en passant,
le jour venu face à
la justice, vont
sans doute jurer
qu’au moment de
leur geste funeste,
c’étaient eux qui
avaient perdu la tête…
Ralph
Nader, la bête noire des
démocrates
par ISABELLE DURIEZ,
publié dans Ouest-France
le 2 novembre 2004
Ce candidat indépendant
(dont la famille est
originaire du
Mont-Liban, voir
notre Reportage
N°5
du
19 novembre 2000 )
avait déjà joué les
perturbateurs dans la
précédente élection
présidentielle.
Voulant éviter le même
scénario, la gauche
américaine a tenté
de l'exclure du
scrutin. Mais Ralph
Nader est candidat
dans 34 Etats, grâce
notamment à un coup
de pouce républicain.
Ralph Nader accuse le
coup. Il ne pourra pas
se présenter mardi
prochain, jour de l'élection
présidentielle, dans
l'Ohio et la
Pennsylvanie. Les
Cours suprêmes de ces
deux États clés ont
rejeté sa candidature
pour fraude. Après
des mois d'efforts
pour l'exclure du
scrutin, les démocrates
viennent de gagner
leurs deux dernières
batailles judiciaires
contre lui. En quatre
élections présidentielles,
le candidat indépendant
n'a pourtant jamais
recueilli plus de 2,7
% des voix. Mais,
cette année, il est
devenu la bête noire
de la gauche américaine.
Le défenseur
infatigable des
consommateurs et
pourfendeur du pouvoir
des grandes
entreprises est en
effet accusé d'avoir
"volé" la
victoire d'Al Gore, il
y a quatre ans. Sous
l'étiquette des
Verts, il avait
remporté 2,8 millions
de votes sur 105
millions. C'est peu
mais quand même assez
pour rendre l'élection
présidentielle encore
plus serrée, en
particulier dans le
New Hampshire et en
Floride. Ce qui lui
vaut aujourd'hui le
surnom de "spoiler",
gâcheur d'élection.
Malgré les appels à
se retirer venant des
écologistes ou
d'anciens supporters
comme le réalisateur
Michael Moore, Ralph
Nader persiste. "Nul
n'est propriétaire
des votes", répète-t-il.
Et il a finalement réussi
à se faire inscrire
sur les bulletins dans
34 Etats. Notamment grâce
à un coup de main des
républicains qui ont
tout à gagner à
diviser le vote de
gauche. Avec ses
promesses d'assurance
santé universelle, de
taxes sur les grandes
entreprises et de
retrait immédiat des
troupes d'Irak, Ralph
Nader marche en effet
sur les plates-bandes
de John Kerry.
Un coup de
main des républicains
"Les électeurs
ne devraient pas avoir
à choisir le moins
pire des
candidats", lance
l'homme de la troisième
voix qui dénonce,
depuis 1992, le système
américain des deux
partis "soumis
aux intérêts
financiers". Le
"harcèlement"
dont il a fait l'objet
de la part des démocrates
montre, selon lui, que
John Kerry et George
Bush "bâillonnent
les voix du
peuple". Face aux
publicités de groupes
démocrates implorant "Ralph,
ne nous refait pas ce
coup là", une
partie des électeurs
qui penchaient vers
lui cet été ont
cependant décidé de
voter utile en se
tournant vers John
Kerry. Selon certains
sondages, les 1,5 % au
niveau national qui prévoient
encore de l'élire
sont des fidèles, des
opposants à la guerre
en Irak qui ne sont prêts
à voter ni pour le sénateur
ni pour le Président.
"Nader est
moins une menace pour
nous aujourd'hui qu'en
2000, que l'été
dernier et même qu'il
y a quelques
semaines", se félicite
Leslie Dach, conseillère
au Parti démocrate.
Reste que dans des
Etats clés comme la
Floride, le Wisconsin
ou l'Iowa, si le
scrutin se joue à
quelques centaines de
votes, le
"facteur
Nader" pourrait
avoir un impact considérable.
"Ses électeurs
auront une nouvelle
fois l'élection de
George Bush sur la
conscience."
Le
monde arabe face à ses défis
A Marrakech,
plus de deux cents
intellectuels ont réfléchi
à la façon de sortir le
monde arabe de l'impasse
par
JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN, publié
dans le Figaro le 11
novembre 2004
Un
nouveau document émanant
de l’ONU devrait créer,
dans les prochaines
semaines, un électrochoc
dans le monde arabe.
Etabli par le
Programme des Nations
unies pour le développement
(Pnud), il devrait en
effet dresser un bilan
sans complaisance de
l’état des libertés
dans cette aire géographique
et culturelle.
Elections fictives, républiques
héréditaires, procès
inéquitables,
inexistence de l’Etat
de droit… Une
version provisoire du
rapport circule déjà
sous le manteau.
Depuis
deux ans, le Pnud a déjà
publié deux autres
rapports qui reflètent
"une image très
moche" du monde
arabe, selon
l’universitaire
jordanien Chaker Al
Naboulsi. Le premier,
paru en 2002, dressait
un état général des
sociétés arabes, plaçant
le monde arabe parmi
les régions les plus
sous-développées du
monde. Le second,
publié un an plus
tard, mettait en
exergue la faillite
des systèmes
d’enseignement et
d’éducation.
Entre
constat amer et
interrogation
Les
documents ont provoqué
un profond abattement,
et parfois des réactions
de rejet, dans le
monde arabe. Et ils étaient
dans tous les esprits
lors d’une conférence
sur "Les Arabes,
entre la culture du
changement et le
changement de
culture", qui
s’est tenue la
semaine dernière à
Marrakech, à
l’instigation de la
Fondation de la pensée
arabe, créée et présidée
par le prince Khaled
el Faiçal, un des frères
du roi Fahd d’Arabie
saoudite. Pendant
quatre jours, plus de
deux cents
intellectuels et
chercheurs du monde
arabe ont navigué
entre constat amer et
interrogation sur
l’ampleur du
changement à
accomplir. "Nous
avons perdu le nord
dans le monde
arabe", a constaté
l’un des
participants.
"Nous nous
sentons moindres, inférieurs"
au reste du monde, a
avoué un autre. Le débat,
parfois stérile ou répétitif,
a fait apparaître une
opposition entre
conservateurs et libéraux,
les premiers affirmant
que la culture
musulmane et arabe
recelait les qualités
nécessaires pour
s’adapter, les
autres jugeant
l’isolationnisme
suicidaire et appelant
à ouvrir grand les
portes dans un monde
marqué par la
mondialisation.
La question du rôle
de l’étranger dans
le changement
affleurait en
permanence. Pour les
uns, le monde arabe
fait face à une
attaque de
l’Occident ou des
Etats-Unis, et il
serait impossible,
dans un contexte marqué
par la guerre en Irak
et le conflit israélo-arabe,
de se faire le relais
d’une culture
dominatrice et impérialiste.
Pour les autres, le désir
de réformes au sein
du monde arabe n’a
pas attendu les
attentats du 11
septembre 2001 aux
Etats-Unis, et encore
moins le projet de démocratisation
du Moyen-Orient
concocté cette année
par l’administration
Bush.
"Le
temps presse"
"La
culture de
l’Occident est
devenue universelle,
elle est au cœur de
la culture
mondiale", a
affirmé Massoud Daher,
professeur
d’histoire moderne
à l’université
libanaise. Figurant
parmi les très rares
intervenants
occidentaux,
l’ambassadeur de
Grande-Bretagne en
Arabie saoudite,
Sherard Cowper-Coles,
a résumé le défi :
"Les Arabes ne
doivent pas adopter de
modèles stéréotypés,
mais le temps
presse." Dans
leur grande majorité,
les réformateurs,
parmi lesquels de
nombreux Marocains,
ont pointé quatre
grands chantiers : le
développement économique
et social, les libertés
politiques, l’éducation
et les droits des
femmes - "le
Maroc croit en l’égalité
des sexes", a par
exemple déclaré le
premier ministre de ce
pays, Driss Jettou.
Ancien ambassadeur des
Etats-Unis en Egypte
et secrétaire d’Etat
adjoint au temps de
Bill Clinton, Robert
Pelletreau a égrené
une longue liste
d’obstacles à
surmonter :
l’absence de
dirigeants élus,
l’occupation des
Territoires
palestiniens par Israël,
un système
d’enseignement fondé
sur la mémorisation,
la mise à l’écart
des femmes dans la vie
économique et
politique, le lien étroit
entre l’Etat et la
religion, la mauvaise
qualité de
l’enseignement
religieux, la
difficulté de la
langue arabe à se
moderniser, la priorité
donnée à la
communauté sur
l’individu,
l’attachement trop
grand à un passé
glorieux…
"L'autocritique,
arme la plus efficace
contre
l'autodestruction"
«Toutes
les sociétés
aujourd’hui essaient
de gérer les
changements massifs et
extrêmement rapides
provoqués par la
mondialisation, mais
c’est peut-être
plus dur pour le monde
arabe. Pourquoi
?", a-t-il
questionné. Ancien
représentant de la
Ligue arabe auprès
des Nations unies,
Clovis Maksoud, de son
côté, ne se laisse
pas abattre. Membre du
groupe, largement
constitué de hauts
fonctionnaires arabes,
qui a été à
l’origine des
rapports du Pnud, il
explique que
"l’autocritique
est l’arme la plus
efficace contre
l’autodestruction".
La petite avant-garde
dont il fait partie
croit en "une
renaissance
arabe" maîtrisée.
Mais elle nécessitera,
selon lui, une
transformation de très
grande ampleur, fondée
sur une percée réformatrice,
une approche globale
("holistique")
du développement et
la création d’un
marché commun arabe.
Une
telle dynamique ne
peut être créée que
si les dirigeants
politiques arabes
assument leurs
responsabilités, ce
qui ne paraît pas
gagné. "Tout le
monde veut le
changement, mais le
problème est
politique. Ce sont les
dirigeants qu’il
faut convaincre",
résumait en aparté
un des organisateurs
de la conférence de
Marrakech.
Le monde
arabe redoute son
repli ou son "américanisation"
En
creux, les débats ont
par ailleurs été
marqués par une
grande absence, celle
de l’islam. La
controverse sur le
changement s’est
faite au nom de la
culture arabe, dans
laquelle la religion
musulmane est, certes,
étroitement imbriquée,
mais jamais celle-ci
n’a été présentée
comme conditionnant
les réformes envisagées.
Les très rares
intervenants qui ont
cité des versets du
Coran étaient les
modernisateurs. A
la lumière de la conférence
de Marrakech, dont les
débats ont été
largement relayés par
la presse de la péninsule
arabique, le monde
arabe semble sur la défensive,
redoutant son repli ou
son "américanisation",
mais espérant encore
un
"partenariat"
ou une
"interaction"
avec l’Occident.
L’Arabie
saoudite ne veut pas
perdre son influence
sur ses petits voisins
L’Arabie
saoudite a critiqué dimanche
5 décembre ses
voisins du Conseil de
coopération du Golfe
(CCG) pour avoir
conclu des accords de
coopération sécuritaire
et économique avec
des pays étrangers,
les accusant
d’affaiblir la
solidarité régionale.
"Il est préoccupant
de voir que certains
membres du CCG ont préféré
conclure séparément
des accords bilatéraux
avec des puissances
internationales dans
les domaines économique
et sécuritaire, au
lieu d’agir de manière
collective dans le
cadre du Conseil de
coopération du Golfe,
a déclaré le
ministre des affaires
étrangères, Saoud Al
Fayçal. Ces
arrangements […] réduisent
la puissance de
marchandage collective
et affaiblissent, à
long et moyen terme,
non seulement la
solidarité au sein du
CCG en tant que
groupement, mais aussi
chacun de ses
membres."
Le CCG, qui regroupe
l’Arabie saoudite,
le Koweït, Bahreïn,
le Qatar, Oman et les
Emirats arabes unis, a
lancé un projet
d’union douanière
en 2003 et doit tenir
un sommet à Manama
(capitale de Bahreïn)
avant la fin de cette
année. L’Arabie
saoudite, poids lourd
de cette instance régionale,
en est aussi le seul
pays à ne pas être
membre de
l’Organisation
mondiale du commerce (OMC).
Par ailleurs, en
septembre, Bahreïn a
signé un accord de
libre-échange avec
les Etats-Unis.
Maxime
Rodinson, l'islam en
religion
Documentaire.
Portrait d'un des plus
fins connaisseurs de
l'islam, du judaïsme et
du christianisme, mort le
23 mai 2004 à
Marseille à l'âge de 89
ans
par
NIDAM ABDI, publié dans
Libération le 29
septembre 2004
TV5,
18 h 30. "Maxime
Rodinson, l'athée des
dieux", de Safaa
Fathy
Les
enfants de l'islam des
banlieues ne
connaissent pas Maxime
Rodinson. Et pour
cause. Alors qu'eux
passent leur vie à
courir les librairies
islamiques de la rive
droite et de la périphérie
parisienne, celui
qu'on présente comme "un
des plus grands
orientalistes du XXe
siècle", spécialiste
de la religion
musulmane et du monde
arabe, a toujours fréquenté
uniquement les
librairies de la rive
gauche. Le film de l'Egyptienne
Safaa Fathy est un témoignage
exceptionnel. A
l'instant des
interrogations sur la
présence de l'islam
en terre voltairienne,
son documentaire sauve
de justesse la mémoire,
en images, d'un des
intellectuels français
les plus originaux,
mort en mai dernier à
Marseille. Ancienne étudiante
à la Sorbonne, la réalisatrice
a laissé longuement
la parole à
l'ex-professeur et
bibliothécaire au
Liban et en Syrie. En
humaniste modeste mais
aussi parfois moqueur
sur lui-même, Maxime
Rodinson sait se
raconter.
On
comprend alors le
parcours de ce fils de
juifs ayant fui les
pogroms de la Russie
des tsars vers Paris
puis déportés à
Auschwitz, et qui
allait devenir un des
plus fins connaisseurs
de l'islam, du judaïsme
et du christianisme,
sans verser dans
aucune ferveur
religieuse. Et aussi
comment l'autodidacte
vendeur du journal l'Humanité
et fils d'un
communiste
confectionneur dans le
XIXe arrondissement
d'avant-guerre, allait
apprendre une
trentaine de langues
et offrir au monde
musulman la plus célèbre
des biographies du
Prophète (Mahomet,
au Seuil).
.
Europe : L'émergence
d'un "club antichrétien"
?
Après l'éviction de
Rocco Buttiglione de la
Commission de Bruxelles
par
PAUL-MARIE COUTEAUX, publié
dans le Figaro le 9
novembre 2004
L'auteur
est eurodéputé ;
directeur de "L'Indépendance"
Dénouée au soir
du 4 novembre par l'éviction
de Rocco Buttiglione,
ainsi que celle de Mme
Udre, la crise
ouverte par la première
composition de la
commission Barroso
est riche
d'enseignements.
1) Elle a d'abord
un aspect
institutionnel
puisqu'elle montre
que les Etats sont
en train de perdre
la dernière prérogative
dont ils jouissaient
vis-à-vis de la
Commission, celle de
désigner ses
membres. Une étape
de plus sur la voie
d'une
supranationalité déjà
fort avancée. Rien
de nouveau.
2) L'éviction de
Mme Udre,
laquelle avait eu le
malheur de se
montrer critique sur
certains aspects de
la
"construction
européenne",
confirme aussi ce
que nous savions, à
savoir que seuls les
inconditionnels du fédéralisme
sont admis dans le cénacle -
on pourrait en dire
autant de la mise à
l'écart de M.
Tremonti qui avait
osé critiquer le
pacte de stabilité.
3) Le fait
important, capital,
est l'éviction de
M. Buttiglione
auquel il est
reproché en somme
d'être un
catholique déclaré,
et même, horribile
visu, un proche
du Vatican. Comment
les choses se
sont-elles passées,
en effet ? De son
audition par le
Parlement européen,
la presse et donc le
bon peuple n'ont
retenu qu'une chose
: que le pauvre
homme s'était laissé
à dire que
l'homosexualité était
un péché, que le
mariage est fait
pour qu'un homme
protège une femme,
et autres préceptes
bibliques assez peu
au goût du jour.
Nul n'a écrit que
cette audition était
un piège.
Connaissant
l'engagement
catholique de M.
Buttiglione, une
poignée de députés,
verts pour la
plupart, l'attendait
au tournant. Après
que le brave homme a
développé son
programme, les
questions fusent immédiatement
:
– "Vous êtes
catholique ?"
–
"Oui", répond
benoîtement M.
Buttiglione.
– "Vous êtes
donc d'accord avec
ce qui est écrit
dans la Bible
?"
–
"Oui",
poursuit l'autre qui
n'a pas l'air de
flairer le piège.
– "Vous
estimez donc que
l'homosexualité est
un péché ?"
–
"Oui", lâche-t-il,
découvrant tout à
coup qu'il est fait
comme un rat.
Et tout à
l'avenant. Sans
doute M. Buttiglione
n'aurait-il pas dû
accepter d'entrer
dans des considérations
plus ou moins
doctrinales, ce qui
n'était pas le lieu
; sans doute
aurait-il dû
rappeler que le
terme de "péché"
n'avait aucune conséquence
politique, la réglementation
des interdits
sexuels n'entrant
pas (encore) dans
les attributions de
l'Union ; ou encore
que ses convictions
intimes, pas
davantage que ses goûts
culinaires par
exemple, ne
sauraient entrer en
ligne de compte.
Mais ce sont ses
accusateurs qui, au
mépris du principe
de laïcité sans
cesse affiché, ont
choisi ce terrain
transformant
l'audition en une
sorte "d'inquisition
laïque" selon
les mots bien sentis
d'un communiqué
outré mais
impuissant du
Vatican. Exit M.
Buttiglione.
4) Cette affaire
montre la puissance
de cette inquisition
laïque, ou pour
dire les choses
telles qu'elles
sont,
anticatholique, qui
a envahi la machine
européenne. A la
rigueur, les
europiomanes
auraient accepté
pour se montrer tolérants
un citoyen
catholique mais à
la condition qu'il
mette en cause la
Bible, qu'à tout le
moins il la juge dépassée
et, ce serait encore
mieux, qu'il veuille
bien discuter
l'existence de Dieu.
Si M. Buttiglione
avait remis en cause
les Ecritures tout
en se disant chrétien,
on l'eut sans doute
adulé. Peut-être
un jour le Parlement
européen
voudra-t-il réformer
la doctrine de la
foi et se charger d'élire
lui-même le Pape ?
Les cardinaux les
plus critiques
envers l'Eglise,
nombreux dans le
conclave, auraient
alors toute leur
chance.
5) L'éviction de
M. Buttiglione
montre aussi à quel
point le thème de
l'unité de l'Europe
(mot apparu au VIIIe
siècle pour désigner
le monde chrétien
en butte aux
sarrasins) et qui
fut longtemps invoquée
par Rome contre les
Etats nations, au
point qu'il apparut
naturel que les Pères
de l'Europe fussent
des chrétiens
convaincus et que le
drapeau européen se
veuille la représentation
de l'Immaculée
Conception, s'est éloignée
en deux générations
de ses principes
d'origine au point
de les nier. Quel
renversement ! Après
le refus d'inscrire
toute référence
aux valeurs chrétiennes
dans la Constitution
européenne, et
l'empressement à
ouvrir les portes à
la Turquie,
l'exclusion d'un
catholique déclaré
montre comment
"l'Europe
vaticane" de
jadis est devenue
une sorte de «club
antichrétien» obsédé
par l'idée de jeter
par-dessus bord tous
ses héritages sous
le couvert,
d'ailleurs controuvé,
de laïcité.
6) Quelle
faiblesse accuse
ainsi l'Eglise
catholique ! Elle
accepte sans presque
broncher d'être évincée
d'une entreprise
qu'elle a soutenue
assez sottement de
bout en bout.
Souvenons-nous avec
quelle énergie les
évêques de France
avaient défendu le
traité de
Maastricht ! Mais
leur lâcheté est
telle qu'ils
pourraient bien l'an
prochain faire
campagne en faveur
d'une Constitution
et d'une entreprise
devenue peu à peu
l'ennemie de
l'Europe chrétienne.
L'Eglise
acceptera-t-elle
longtemps encore d'être
le dindon de la
farce européenne ?
7) L'épisode
montre encore dans
quelle frivolité
versent les fiers bâtisseurs
de "l'Europe
Nouvelle".
Notre continent est
en butte à une désindustrialisation
rapide, à
l'extension lente de
la pauvreté, à la
désertification, à
de multiples défis
démographiques,
culturels,
environnementaux, et
l'on en passe. Ils
sont autant de
figures d'une anémie
qui prend notre
continent en
tenaille entre un
impérialisme américain
redoublé et
l'obscure menace
d'un sud qui prend
tantôt le visage de
l'immigration
incontrôlée, tantôt
celui du terrorisme.
Face à cela, à
quoi se consacrent
les élus européens
? A d'amusantes
gloses sur l'homophobie
supposée d'un des
membres de la
Commission !
Sommes-nous à Rome
ou à Byzance dont
les élites se
perdaient dans les
frivolités tandis
qu'approchait
l'envahisseur ?
8) La mort fait
partie des
anagrammes de Rome,
et l'amor de
Roma. Dans l'étrange
atmosphère qui,
j'en témoigne, nous
enveloppait le 29
octobre au pied du
Capitole, tandis que
les notabilités
signaient la
Constitution européenne
en tournant le dos
au Vatican
tristement replié
sur l'autre rive du
Tibre, et
contemplaient vers
l'est le Forum et le
Colisée dans lequel
ils s'apprêtaient
à jeter aux lions
le dernier chrétien,
Buttiglione, il
semblait que
l'Europe officielle
avait choisi : en
cette veille de
Toussaint, elle a
choisi la mort, le
Bas Empire et la décadence.
Elle s'interdit de
faire l'histoire,
cette histoire qui
sera toujours réservée
aux hommes de foi,
et se condamne à la
subir. Entre un
fanatisme à relent
plus ou moins
protestant dans
lequel la réélection
de M. Bush montre
que l'Amérique
s'abandonne et un
intégrisme musulman
qui zèbre de part
en part presque tout
le reste de la planète,
quelle force peut
encore opposer
l'humanisme européen
privé des racines
de ses civilisations
et du socle de ses
nations ? Sombres
perspectives. A
moins que la
France...
Quand Ibrahim
el-Hakelani collaborait
avec Richelieu et Mazarin
Youssef Torbay prépare
un hommage pour le 400e
anniversaire de l’érudit
libanais
par ELIE MASBOUNJI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 6 novembre 2004
Sept
ans de travail, des
centaines de pages de
documents et autant de
démarches, de
formalités
administratives pour
un hommage bien mérité
à un érudit libanais
dont on célèbre
cette année le 400e
anniversaire. Ce
quadruple centenaire
est celui d’Abraham
Ecchellensis, de son
nom libanais Ibrahim
el-Hakelani, né le 18
février 1605 dans le
village de Hakel, près
de Byblos. Cet érudit
qui parlait sept
langues, connu pour
son humanisme et son
éclectisme, s’était
rendu également célèbre
à l’époque pour sa
large contribution aux
échanges culturels
entre l’Orient et
l’Occident.
L’organisateur du
quadruple centenaire
est un ingénieur
libanais installé en
France depuis de
longues années :
Youssef Torbay, lui
aussi originaire de la
région de Jbeil et
qui, après avoir
entrepris des
recherches sur
el-Hakelani, a estimé
que la communauté
libanaise en France et
l’ensemble des
Libanais devraient
s’unir aujourd’hui
dans le souvenir
d’un homme qui a
tant fait pour son
pays au Vatican, en
Italie et en France.
Parti
pour Rome en 1620,
Ibrahim el-Hakelani,
qui était alors
diacre, œuvre en
priorité pour l’amélioration
des conditions de
travail et de vie des
étudiants libanais à
Rome. Il s’oppose au
directeur du Collège
maronite qui s’apprêtait
à publier un livre
insultant à l’égard
de la communauté
maronite, intervention
qui aboutit à
l’annulation de l’édition
du livre. A Rome,
el-Hakelani a enseigné
les langues arabe et
syriaque, et traduit
d’importantes œuvres
écrites dans ces deux
langues. Il sert
d’intermédiaire
entre l’émir
Fakhreddine d’une
part, et le grand duc
de Cosme de Médicis
et la duchesse de
Toscane d’autre
part. Il rencontre
dans le cadre de ses
activités littéraires
et culturelles
Richelieu, Mazarin, le
cardinal de Médicis
et entre au Collège
de France comme
professeur de langues
sémitiques entre 1645
et 1664.
Il
devient docteur en
philosophie et en théologie
et écrit une
cinquantaine de
livres, dont certains
comprennent 700 pages,
et participe à l’édition
de la Bible en sept
langues, révisant au
passage la traduction
commencée par Sionite
et Hesronite. Abraham
Ecchellensis a ainsi
contribué à la
diffusion de la pensée
arabe orientale et
syriaque en Occident,
à travers ses
traductions, qu’il
avait réalisées de
ces langues vers le
latin et le français.
Sa pensée tant
philosophique que théologique,
ses analyses sur la
stratégie militaire,
l’économie et sa
contribution au
rayonnement du Liban
de l’époque et
notamment les
relations
libano-toscanes méritent
aujourd’hui d’être
connues et reconnues
par l’opinion
libanaise et
internationale.
C’est justement dans
ce but que Youssef
Torbay a établi un
plan de travail et un
calendrier de
manifestations prévoyant
de :
– consacrer le mois
de juillet au souvenir
et à des festivités
en hommage à l’érudit
libanais, dans son
village de Hakel ;
– recenser les
manuscrits, imprimés,
ouvrages d’Abraham
Ecchellensis
actuellement conservés
au Vatican et à la
Bibliothèque
nationale de France ;
– analyser ces œuvres
et les traduire dans
des langues vivantes
actuelles, en partie
ou dans leur intégralité,
selon l’intérêt
qu’elles représentent
actuellement ;
– éditer un livre résumant
la pensée d’el-Hakelani
dans le courant de
2005.
Ce
plan ambitieux sera réalisé
par Youssef Torbay
avec l’aide de bénévoles,
dans le cadre d’une
association créée en
France. En février
prochain, un séminaire
sur el-Hakelani sera
organisé à la NDU de
Louaizé, avec la
participation d’une
dizaine de spécialistes
libanais, français et
italiens qui
traiteront de
l’homme et son œuvre.
Un autre séminaire à
Paris est en cours de
préparation avec des
responsables du Collège
de France. Enfin,
toujours à Hakel, une
Semaine culturelle
avec des
manifestations
artistiques
folkloriques est prévue
du 7 au 13 août.
Cette semaine sera
suivie d’autres
manifestations dans le
Kesrouan, dans le Metn
et au Liban-Nord. Pour
mener à bien ce
projet, un budget du
100.000 dollars est prévu
et un dîner sera
organisé
prochainement à Paris
pour lancer la
souscription.
La
planète veut faire baisser sa
température
La dixième
conférence de l'ONU sur le
climat s'est ouverte hier à
Buenos Aires. Objectif: réduire
de moitié les émissions de
carbone d'ici à 2050
par
DENIS DELBECQ, publié dans Libération
le 7 décembre 2004
Des
milliers d'experts, de
politiques et de lobbyistes
sont réunis depuis hier à
Buenos Aires (Argentine), pour
discuter du climat de la planète.
Un rendez-vous, le dixième du
genre, fixé par la Convention
des Nations unies sur le
climat de 1992. Elle s'achèvera
par un round de discussions à
l'échelon ministériel du 15
au 17 décembre. Objectif
officieux : préparer les
difficiles discussions pour
une stratégie à long terme
de réduction de moitié des
émissions de CO2 d'ici à
2050 . C'est la condition
minimale pour contenir la
hausse des températures à 2
°C maximum. Objectif à
comparer aux dernières prévisions
de l'Agence internationale de
l'énergie, qui prévoit une
hausse de la demande mondiale
d'énergie de 60 % en
vingt-cinq ans.
Optimisme
En dépit
de ces sombres prévisions, et
de la réélection de Bush à
la présidence des Etats-Unis,
hostiles à toute démarche
multilatérale et au protocole
conclu à Kyoto en 1997, la
conférence de Buenos Aires
s'ouvre sur une note plus
optimiste que prévue. La
Russie a, en effet, fini par
ratifier le protocole le 18
novembre. Avec la Russie, les
55 pays signataires pèse désormais
plus de 55 % du total des
rejets de gaz à effet de
serre des pays riches en 1990.
Le texte aura donc force de
loi dès le 16 février 2005.
Ils acceptent de réduire de
5,2 % leurs émissions de gaz
à effet de serre (gaz
carbonique, méthane etc.)
d'ici à 2012, sur la base des
émissions en 1990.
Mise en
bouche
Mais
l'impact de Kyoto sera faible
sur le réchauffement : au
mieux quelques centièmes de
degré en moins sur un coup de
chaud qui, selon les
climatologues, pourrait
atteindre 5 °C voire 6 °C
d'ici à 2100. Kyoto n'était
en fait qu'un moyen pour les
pays industrialisés et riches
de reconnaître leur
culpabilité dans le réchauffement
constaté depuis la révolution
industrielle. L'Australie et,
surtout, les Etats-Unis
refusent cette culpabilité,
exigeant que les pays en développement
soient eux aussi impliqués.
La Maison Blanche n'hésite
pas à nier certains aspects
du réchauffement, et à taire
les rapports officiels qui
disent le contraire.
Obstacle
Ce refus américain
reste le principal obstacle
aux discussions. Il s'agit désormais
d'asseoir autour de la table
les pays émetteurs de gaz à
effet de serre, et d'élaborer
une stratégie pour l'après-2012.
Y compris l'Inde et la Chine,
dont l'essor économique entraîne
une consommation exponentielle
d'énergies fossiles, surtout
de charbon, combustible le
plus générateur de gaz
carbonique. Le Sud pourrait
prendre prétexte du refus américain
pour rejeter tout accord
contraignant, en arguant que
cela constituerait un frein à
leur développement. Mais ces
pays émettront plus de
carbone dans l'atmosphère que
les pays riches de l'OCDE dans
une vingtaine d'années. A New
Delhi (Inde) en 2002, les
premières discussions sur
l'avenir des négociations
avaient déjà tourné à un
affrontement Nord-Sud. La présidence
argentine de la conférence de
Buenos Aires aura fort à
faire pour éviter un remake
désastreux.
Saint
François, SDF de Dieu
par
PHILIPPE SIMONNOT, publié
dans le Figaro Littéraire
le 5 novembre 2004
Le
croirait-on
aujourd'hui ? Aucun de
ses contemporains ne
fut aussi porteur de
ces forces capables de
désagréger l'Eglise
que François
d'Assise. Ce
diagnostic, porté
naguère par Ernst
Kantorowicz dans son
magistral Frédéric
II, est, d'une
certaine manière,
confirmé par la
biographie consacrée
au saint par le
regretté Raoul
Manselli, mort en
1997. Cet ouvrage
monumental, attendu
depuis vingt ans,
complète et amplifie
la version provisoire
publiée en 1980. Le
grand historien
italien pose la seule
question qui vaille,
elle taraudait déjà
les contemporains du
saint : pourquoi donc
tous le suivaient,
lui, qui n'était ni
beau, ni savant, ni
noble ? Pour y répondre,
non en hagiographe,
mais en savant laïc,
il a fallu à Manselli
près de 600 pages que
l'on pourrait résumer
par cette formule :
François d'Assise a
subverti tous les
ordres, y compris le
sien. "Personne
ne me disait ce que je
devais faire, confie-t-il
dans son
"Testament".
Mais le Très-Haut
me révéla que je
devais vivre selon le
modèle du Saint
Evangile." Le
problème, en effet,
n'est pas de savoir si
François d'Assise a
vraiment eu cette révélation,
mais pourquoi ses
contemporains ont cru
qu'il l'avait eue.
Le
personnage avait
fasciné Ernest Renan,
comme en témoigne son
célèbre article
"François
d'Assise", repris
en 1884 dans les Nouvelles
études d'histoire
religieuse. L'auteur
de La Vie de Jésus,
déjà avancé en
âge, passa le
flambeau à l'un de
ses auditeurs au Collège
de France, le
protestant Paul
Sabatier, qui y
consacra le reste de
son existence. Le
saint d'Assise avait
été considéré par
la Réforme luthérienne
comme un pur produit
du "paganisme
papiste" pour
avoir osé se prétendre
comme un alter
Christus, un autre
Christ. Les
philosophes du XVIIIe
en avaient rajouté,
qualifiant François
d' "obscurantiste",
stupide et
ignorant. Touché par
la grâce d'Assise,
Sabatier a donc cherché
à réhabiliter le Poverello,
fût-ce au détriment
de l'Eglise : François
d'Assise voulait
revenir au Christ sans
intermédiaire, mais
il aurait été en
conflit ouvert avec la
vilaine Curie romaine,
qui aurait réussi à
altérer l'idéal
franciscain, abusant
de la simplicité et
de la supposée inexpérience
du saint.
Manselli
brouille les cartes,
quand il nous dit que
Renan eut la main
"particulièrement
heureuse" en
confiant l'étude du
franciscanisme
originel à son
disciple. En fait, le
premier soin de
l'historien est de démolir,
pièce après pièce,
l'oeuvre de Sabatier
qui a débondé des
fleuves d'encre chez
les spécialistes de
ladite "question
franciscaine".
Que François d'Assise
ait pu se laisser
manipuler par qui que
ce soit, paraît
absolument
inconcevable à
Manselli, qui note,
d'autre part, que le
saint n'a jamais manqué
de respecter l'Eglise,
de reconnaître
l'autorité des prêtres,
du simple curé
jusqu'au Pape. Pour
comprendre le drame
qui va se terminer
pour François par une
agonie martyrisante,
il faut, bien sûr, le
replacer dans son
contexte historique.
En ce tout début du
XIIIe siècle,
l'économie de marché,
qui déjà se moque
des frontières, est
en plein essor. La
population des villes
autonomes ne cesse
d'augmenter, faisant
bouger les lignes
entre les trois ordres
issus de la féodalité
: le clergé, la
noblesse et la masse
de ceux qui vivent de
leur travail.
Sur
ce terreau mouvant
prolifèrent les hérésies
des Vaudois, Cathares
et autres Humiliés
dont la papauté se
servit parfois dans sa
lutte contre
l'Empereur. Les
marchands, lors même
que leur pratique est
encore considérée
comme peccamineuse par
l'Eglise, inventent
leur propre manière
d'être courtois afin,
tout à la fois,
d'imiter et de se démarquer
des nobles. Pierre
Bernadone est un représentant
typique de cette
nouvelle caste à
Assise. Ce très riche
marchand en étoffes
précieuses se rend
souvent en France pour
ses affaires. Le français
qu'utilise François
dans ses chants, c'est
de son père qu'il l'a
appris. François est
donc un fils de la
haute bourgeoisie. On
a voulu faire du jeune
homme un débauché
corrompu et
corrupteur, pour mieux
faire ressortir la piété
exemplaire du
converti. Le portrait
que nous en offre
Manselli est subtil.
Le jeune marchand est
plus libéral que son
père, dont il s'apprête
à prendre la
succession dans les
affaires. Dépensier
au point de gaspiller
sa fortune en
plaisirs, il ose
vouloir être courtois
et chevalier. Si l'on
ne craignait
l'anachronisme du
terme, on dirait de
lui qu'il est un
dandy.
Vêtu
d'habits beaucoup plus
luxueux qu'il ne
convenait à sa
condition, il
manifeste une nette
propension à se
singulariser, faisant
coudre, par exemple,
un tissu de grand prix
avec un autre de peu
de valeur, bizarrerie
qui en annonce
d'autres beaucoup plus
radicales. Comme le résume
bien Manselli, le
jeune François vivait
comme si le Christ
n'avait jamais
vraiment existé.
C'est-à-dire qu'il
vivait à peu près
comme tout le monde,
l'élégance mise à
part ! Une rencontre
fortuite avec l'échelon
le plus bas de
l'humanité, décide
de son destin. Les lépreux
lui font horreur comme
à tout le monde.
Mais, cette fois, il
descend de son cheval
pour embrasser l'un de
ces malheureux, qui étaient,
à l'époque,
rigoureusement mis au
ban de la société.
Dans son Testament,
François a raconté
lui-même ce que fut
à l’âge de 20 ans
son chemin de Damas :
"Au temps où
j’étais encore dans
les péchés, la vue
des lépreux m’était
insupportable. Mais le
Seigneur lui-même me
conduisit parmi eux ;
je les soignai de tout
mon coeur ; et, au
retour, ce qui
m’avait semblé si
amer s’était changé
pour moi en douceur
pour l’esprit et
pour le coeur.
Ensuite, j’attendis
peu et je dis adieu au
monde." Le péché
comme lèpre de l’âme
lui semblait tout à
coup infiniment plus
redoutable que la décrépitude
physique des damnés
de la terre.
Manselli se garde bien
d’expliquer
l’inexplicable :
cette conversion
foudroyante. Il se
contente, à juste
titre nous
semble-t-il, de la
caractériser comme un
renversement de toutes
les valeurs. François
est désormais un
exclu parmi les
exclus, rejeté parmi
les rejetés.
L’acceptation de sa
propre insertion dans
une marginalité définitive
fait de la pauvreté
non pas le facteur de
son changement de
condition, mais une
conséquence
d’autant plus impérative
qu’elle est inéluctable.
Aussi bien ne
sera-t-il jamais
ordonné prêtre ;
cela ne l’aurait-il
pas obligé à
appartenir à un
ordre, celui du clergé
? Renonçant à tout
privilège, dans une
société fondée sur
une multitude traversée
de passe-droits, il
abandonne ainsi celui
de la libertas
ecclesiae, qu’avait
réussi à restaurer
la papauté et qui équivalait
notamment à échapper
à la juridiction laïque
pour ne relever que de
l’autorité ecclésiastique.
Mais en quoi cela
pouvait être utile à
quelqu’un qui n’était
propriétaire de rien
? On ne pouvait même
pas lui arracher sa
tunique grisâtre de
laine crue, ceinturée
par une corde, sauf à
le mettre nu. Et
encore cette nudité eût-elle
été acceptée par
celui qui, justement,
voulait suivre nu le
Christ nu selon la
tradition antique du
nudus nudum Christum
sequi. La plus modeste
cure, l’ermitage le
plus rustique, le
dortoir le plus froid
eussent été encore
des abris trop
douillets en
comparaison de l’insécurité
des sans-abri. Même
dans leurs refuges,
lui et ses disciples
devront connaître
l’incertitude du
lendemain, la
possibilité d’être
expulsés. Car pour
les pauvres
volontaires qu’ils
étaient, il n’y
avait pas
d’humiliation aussi
intense et profonde
que celle de qui est né
misérable et rejeté.
Cette
revendication de
pauvreté absolue est
fondée par l’ancien
marchand sur un
raisonnement
impeccable. Le fait de
posséder quelque
chose, même légalement,
oblige ensuite à le défendre
; et pour ce faire, il
faudrait alors sortir
de la marginalité
essentielle au projet
du Franciscus parvulus.
L’Eglise, à cette
époque, possédait
encore un cinquième
des terres. Comme en
d’autres temps plus
proches de nous, elle
était forcément
embarrassée par ce
refus exemplaire de la
propriété, redoublé
d’une répugnance
totale de l’argent.
La transgression
sociale opérée de ce
fait par François,
bientôt suivi de
milliers de fidèles,
ne pouvait
qu’aggraver le
malaise. Celui qui
avait renoncé avait
acquis, de ce fait, un
pouvoir qui le mettait
sur le même rang que
l’empereur ou le
Pape. "Il
n’y aurait, dit-il
à ses compagnons,
aucun supérieur au
monde aussi craint de
ceux qui lui seraient
soumis et de ses Frères
que je ne le serais de
mes Frères, grâce au
Seigneur, si je le
voulais." Oui,
mais l’alter
Christus ne l’a pas
voulu. Parce qu’il
aurait pu lancer l’hérésie
la plus destructrice
du siècle, il a très
vite, après sa
conversion, fait acte
de soumission au "seigneur-pape".
Et il ne pouvait plus
s’écarter de son
propos fondamental
d’être du côté
des exclus en devenant
le chef du groupe qui
autour de lui s’était
formé, même s’il
ne pouvait toujours
refuser tout
commandement.
Certes, à cette
communauté de plus en
plus nombreuse de Frères
et de Soeurs, il
fallait bien fournir
des normes de
conduite. D’où
toute une discussion
assez confuse sur la
forme et le contenu de
la Règle, que le
saint aurait conçue.
Manselli montre bien
la contradiction à la
lettre crucifiante
dans laquelle s’est
débattu François au
cours des dernières
années de sa vie, obsédé
qu’il était par la
vision qu’il avait
de la chute de
l’ordre dans un état
d’obéissance
formelle à une règle
formelle à laquelle
aurait manqué, de
facto, l’esprit de
vie. La "passion"
christique de François,
ce n’est pas son
combat avec la Curie
romaine, imaginé par
tant d’historiens,
mais celui qu’il a
mené à l’intérieur
de sa propre communauté
pour freiner le
processus de décadence
qui mine toutes choses
en ce bas monde. A ce
désarroi moral,
s’ajoutaient les
violentes souffrances
que lui causaient des
accès de malaria et
cette conjonctivite
trachomateuse qui
finit par le rendre
quasi aveugle. Il
avait l’impression
que ses yeux étaient
posés sur une couche
d’épines. Pour ne
rien dire des
stigmates qu’il fut
le premier à porter
dans l’histoire du
christianisme et sur
lesquels,
observons-le, il garda
et imposa un silence
total. A l’approche
de la mort, il voyait
bien que le moindre
objet, la moindre étoffe
qu’il avait touchés,
son corps lui-même,
se transformaient en
reliques que, déjà,
l’on se disputait.
Celui qui avait renoncé
à toute propriété
devenait lui-même
objet de possession..
A lire aussi, pour
en savoir plus sur
l’ordre franciscain
:
-
Histoire du
franciscanisme,
de Lazaro
Iriarte, qui
vient de paraître
chez le même éditeur,
traduit sous la
direction de
Marcel Durrer,
670 p.
-
Saint François
d’Assise, de
Raoul Manselli,
traduit de
l’italien par
Henri Louette et
Jacques Mignon,
Les Editions du
Cerf & Les
Editions
franciscaines,
598 p.
Toute
la lumière sur les
travailleurs du savoir
Consultants,
designers, formateurs
: ils traitent de
l'information,
manipulent des idées.
Un corps de métiers
aux multiples
variantes
par JEAN-PIERRE
BOUCHEZ, publié dans
Libération le 11
novembre 2004
L'auteur
est directeur des études
d'Interface
Depuis
quelques années, on
observe l'émergence
d'un nouveau terme,
comme en est souvent
friande la littérature
managériale, celui de
travailleur du savoir
ou Knowledge Worker.
Mais ce concept
demeure largement
flou, protéiforme et
polysémique et, pour
le dire plus
simplement, un peu
fourre-tout. On définira
de manière provisoire
les travailleurs du
savoir comme ceux -
si l'on se limite à
l'univers marchand -
dont l'activité est
principalement centrée
sur la prestation et
la vente de
prestations à caractère
intellectuel auprès
de clients. Pour
tenter de clarifier ce
concept et de le
rendre plus opératoire,
il nous paraît
pertinent de
s'orienter vers la
nature de l'activité
dominante. Nous
proposons ainsi d'opérer
une segmentation entre
les travailleurs du
savoir, qui traitent
de l'information, et
les professionnels du
savoir, qui manipulent
des concepts et des idées.
Les
travailleurs du savoir
"prestent"
des services
intellectuels
relativement banalisés,
voire routiniers. Ils
appliquent ainsi du
savoir. Ils se situent
généralement dans le
cadre d'un modèle
dominant de la référence
et exercent souvent
(mais pas toujours)
leur activité dans
des organisations
importantes. Au sein
de la population de
travailleurs du
savoir, nous
distinguons ceux qui
privilégient la réalisation
d'activités associées
à la copie et à la
reproduction, et ceux
dont les activités
consistent à opérer
des adaptations et des
modifications. Les
premiers (copie et
reproduction)
s'inscrivent dans une
logique visant à
fournir des réponses
et proposer des
solutions souvent
largement prédéterminées
qui reposent sur des
consignes ou des
processus. Un bon
exemple illustratif
peut être fourni par
le modèle de centre
d'appels. Les autres
(adaptation ou
modification) visent
le plus souvent, par
leur action, à se
rapprocher d'un référencement
exigé ou rendu nécessaire.
Deux illustrations
peuvent être suggérées.
D'abord, celle du
formateur
interentreprises,
chargé d'animer des séances
de formation
collectives ayant pour
objectif de conduire
une population à
atteindre un niveau de
compétences formalisées.
Ensuite, celle du
consultant chargé
"d'implanter des
solutions" ou
d'auditer des comptes
relativement simples.
Par extension, de
nombreuses activités
peuvent prendre place
dans ce cadre.
Les
professionnels du
savoir, pour leur
part, mobilisent des
compétences expertes
ou spécifiques qui
les conduisent à
manipuler plus
largement des concepts
et des idées pour résoudre
des problèmes
complexes ou pour
concevoir des projets
innovants. On se situe
délibérément dans
un nouveau champ, qui
traduit la réalité
d'un saut conceptuel
et qualitatif conséquent
(tout en admettant
qu'en pratique, les
frontières ne sont
jamais totalement étanches
avec les travailleurs
du savoir). Les
professionnels du
savoir travaillent
plutôt, mais pas nécessairement,
dans des structures de
petite taille du type
agences ou boutiques.
Leur proximité avec
le client est le plus
souvent très poussée,
car ils pratiquent
largement la
coproduction sur la
base d'une prestation
personnalisée. Au
sein de cette
population, deux
variantes, souvent
complémentaires,
peuvent être repérées
: les activités de
transformation et les
activités
d'innovation.
S'agissant de la première
variante
(transformation), les
activités associées
se situent en
particulier dans le
champ de l'ingénierie.
On pense par exemple
au montage d'opérations
juridico-financières
sensibles et délicates,
ou, dans un autre
domaine, à la
conduite de
changements
organisationnels
particulièrement
difficiles. Les
banquiers d'affaires,
les avocats
d'affaires, les
consultants pointus et
expérimentés, mais
aussi les experts dans
les grands groupes en
constituent de bonnes
illustrations. La
seconde variante
(innovation) recouvre
des activités qui
visent à découvrir
et proposer des
prestations
inventives,
susceptibles de répondre
à des besoins ou d'en
susciter, et de déboucher
sur le marché. Le modèle
du designer en
constitue
l'illustration typique
et est lui-même représentatif
d'un certain nombre
d'activités
professionnelles :
designer industriel,
créateur de mode, créatif
dans une agence de
publicité,
architecte... Notons
qu'il existe
naturellement des
combinaisons entre ces
deux variantes, un
transformateur
proposera par exemple
souvent des solutions
innovantes pour résoudre
un problème complexe.
Au-delà
de cette ligne de
partage et des
variantes associées,
une double dérive
potentielle qui mérite
attention : la dérive
numérique et la
fabrique d'illusion.
Dans le premier cas,
on se réfère au
risque - notamment
pour les consultants -
de rester rivé à l'écran
d'ordinateur et de ne
rencontrer
qu'exceptionnellement
les clients. La
seconde dérive - en
particulier pour ceux
qui prétendent se
positionner dans le
champ des
professionnels du
savoir - est de
fabriquer et vendre
des rêves et des
illusions. La réputation
s'inscrit nécessairement
dans la durée. Le
temps des gourous
semble révolu.
Audiovisuel
- Un spot publicitaire
tourné au Liban pour
Danone
The Talkies :
80 % de chiffre
d’affaires à l’étranger
par
SIBYLLE RIZK, publié
dans l'Orient-le Jour le
24 novembre 2004
Avec
80 % de son chiffre
d’affaires réalisé
à l’exportation,
The Talkies est un
exemple de succès
dans le secteur des
services dont le
potentiel est encore
largement inexploité
au Liban. Pourtant, à
en croire l’expérience
de cette société de
production née en
1988, le pays a tous
les atouts pour réussir
dans un domaine où la
valeur ajoutée tient
surtout à la qualité
des ressources
humaines. The Talkies,
qui emploie 20
personnes, vient de
tourner un spot
publicitaire pour un
client français : le
groupe Danone. La société
a aussi un client en
Espagne et un autre en
Russie. "Notre développement
sur le marché européen
s’annonce
prometteur",
estime Gabriel
Chamoun, le PDG de
Talkies qui est déjà
largement présent
dans les pays du Golfe
et au Maroc. Malgré
des campagnes de
mailing et plusieurs
participations à des
salons, les premiers
contrats signés en
France et en Espagne
n’ont pas été le
fruit de ces efforts
marketing, explique le
producteur, car
"le Liban pâtit
encore d’une image négative,
inquiétante. Ce sont
des directeurs
d’agences de
publicité, un Français
et un Allemand, en
poste dans le Golfe
avec qui nous avons
travaillé, qui, de
retour en Europe, ont
eu recours à nos
services".
The
Talkies, qui réalise
une cinquantaine de
projets par an et
affiche un chiffre
d’affaires de quatre
millions de dollars,
espère convaincre de
plus en plus
d’agences de
publicité européennes -
qui tournent dans
l’hémisphère Sud
à partir du mois de
novembre - de
confier leurs films au
Liban. Le pays a un
avantage précieux à
faire valoir pour les
tournages en extérieur
: son climat,
ensoleillé 300 jours
sur 365, auquel
s’ajoute une grande
variété de paysages
dans un espace géographique
réduit. Le renchérissement
récent de l’euro
est également un
argument porteur pour
convaincre la clientèle
européenne de traiter
avec le Liban.
"Nous sommes très
bien situés géographiquement,
mais aussi
culturellement pour
jouer un rôle régional
et international de
premier plan", déclare
Gabriel Chamoun. Si,
contrairement aux
agences de publicité
qui se sont
massivement délocalisées
à Dubaï, les sociétés
de production restent
au Liban, c’est
qu’on y trouve
toutes les compétences
nécessaires.
"Pour créer un
concept ou une idée,
il suffit d’un
bureau, alors que pour
tourner un film il
faut toute une
infrastructure",
explique le
producteur. En la matière,
le Liban a beaucoup amélioré
son offre au cours des
dernières années.
The
Talkies a, à lui
seul, un fichier de
12.000 comédiens et
comédiennes
potentiels dont le
casting a
majoritairement été
réalisé dans les
studios de la société,
à Sin el-Fil. A
cette pléthore
d’acteurs,
s’ajoutent toute une
série de compétences
dans tous les segments
de la chaîne de
production, du
tournage au montage,
en passant par le son,
l’éclairage, les décors,
etc. Beaucoup
d’investissements
ont été réalisés
au cours des dernières
années pour faire de
l’audiovisuel l’un
des rares secteurs
complets, fonctionnant
avec une véritable
chaîne de valeurs
ajoutées. Des sociétés
ont investi dans le
matériel de tournage,
d’autres dans la
postproduction, etc.
Deux principaux chaînons
manquants ont été créés
récemment : un
laboratoire de développement
et une société de téléciné.
"On trouve aussi
pour les tournages désormais
des caravanes et des
sociétés de
restauration spécialisées",
précise Gabriel
Chamoun, selon qui une
véritable économie
est en train de naître
autour de ce secteur.
"Les exportations
sont de l’ordre de
25 millions de dollars
pour le secteur, ce
qui n’est pas mal du
tout à l’échelle
des exportations
libanaises",
souligne le PDG de
Talkies. D’autant
que ces services sont
à très forte valeur
ajoutée. "Notre
client, l’agence de
publicité, nous
fournit une idée, et
nous en faisons un
film de 30 à 60
secondes, vendu entre
50.000 et 150.000
dollars."
Les
Européens impuissants
à stopper la hausse
de leur monnaie
paru dans le
Devoir le 24 décembre
2004
Faute
de soutien des
Etats-Unis et de la
Chine, la zone euro,
la Banque centrale
européenne (BCE) en tête,
apparaît désarmée
face à la hausse de
sa monnaie, qui a dépassé
hier le seuil record
de 1,35 dollar,
longtemps considéré
comme la cote d'alerte
pour sa croissance
encore fragile. Le
ministre des Finances
Hervé Gaymard a bien
averti le même jour
que la chute du dollar
pouvait devenir
"catastrophique
sur le plan
mondial" et
exhorté les
Etats-Unis à
"absolument"
comprendre lors du G7
finances de février
la nécessité d'une
gestion internationale
"coordonnée".
Cela risque toutefois
de rester un voeu
pieux. Washington
continue à
s'accommoder
parfaitement de la dépréciation
de sa monnaie, qui
aide à doper les
exportations du pays,
donc à réduire son déficit
courant abyssal ainsi
qu'à limiter les délocalisation
d'emplois. Au début
du mois, le très sérieux
quotidien financier
allemand
Boersen-Zeitung citait
un haut responsable du
Trésor américain,
sous couvert
d'anonymat, selon
lequel les Etats-Unis
ne commenceront à
songer à une
intervention pour
stopper le mouvement
qu'à partir du moment
où l'euro "aura
dépassé les 1,45
dollar".
Il y a encore quelques
semaines, nombre d'économistes
pensaient que le seuil
de 1,35 dollar
constituerait la
limite du tolérable
pour la Banque
centrale européenne,
à partir de laquelle
elle se résoudrait à
intervenir sur le
marché des changes.
L'euro fort pèse en
effet sur les
exportations du
continent et donc sur
sa croissance.
"La BCE devrait
recommencer à acheter
ouvertement des
dollars à partir
d'environ 1,35
dollar", disait
ainsi fin novembre,
Joachim Fels, économiste
de la banque Morgan
Stanley. De surcroît,
la dernière fois que
la Bundesbank
allemande était
intervenue face à une
progression jugée
excessive du dollar,
le 15 août 1995, elle
l'avait fait à un
cours recalculé de
l'euro équivalent à
1,35 dollar.
Mais,
les semaines passant,
les incantations récurrentes
des dirigeants de la
BCE contre les
"mouvements de
change malvenus"
sonnent de plus en
plus creux. Sur le
fond, ils paraissent
pas prêts à se jeter
à l'eau seuls.
"L'expérience
des trente années
passées a montré que
les banques centrales
devaient s'orienter
vers la stabilité des
prix, et non vers un
niveau donné de taux
de change", a prévenu
mardi dernier l'un
d'eux, le président
de la Bundesbank Axel
Weber. "Les
hommes politiques ne
devraient pas en
demander plus à une
banque centrale",
a-t-il ajouté. Une
semaine auparavant,
son collègue
portugais Vitor
Constancio avait tenu
des propos similaires,
affirmant que la BCE
ne "suit pas
d'objectif de
change". En clair :
qu'elle peut donc
s'accommoder d'une
progression de l'euro
si celle-ci est jugée
inévitable et si elle
se fait de manière
progressive.
Comme
dans le même temps,
l'institut monétaire
a fermé la porte au
début du mois à
l'autre outil dont
elle dispose pour
freiner la baisse du
dollar, à savoir une
baisse de ses taux
d'intérêt pour
réduire
l'attractivité des
placements en Europe,
il ne reste plus pour
la zone euro qu'à
attendre que les
Etats-Unis acceptent
de faire un geste,
estiment les
analystes. "Même
à 1,35 ou davantage,
je ne pense pas que la
BCE interviendra dans
les conditions
actuelles", où
les chances d'agir de
concert avec la Fed
américaine sont quasi
nulles, estime Holger
Fahrinkrug, de la
banque UBS. "Elle
ne veut pas utiliser
sa poudre sans
perspective de
succès, ce qui lui
ferait perdre toute
crédibilité. Or, la
tendance à la baisse
du dollar est
aujourd'hui solidement
ancrée sur les
marchés",
ajoute-t-il.

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