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PRESSE
RJLIBAN N°101 - sélection
du printemps 2004 (1)
www.rjliban.com
Entre la
classe politique et le peuple, un dialogue de sourds
Un dimanche électoral pas comme les
autres et un nouveau paysage à l’horizon
par SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour le 25 mai 2004
Qui
aurait pu croire qu’une simple échéance municipale
pouvait être porteuse d’autant de leçons ? D’un
dimanche à l’autre, c’est un nouveau paysage
libanais qui se dessine et qui montre à ceux qui
avaient encore des doutes sur la question que la
classe politique, enfermée dans ses tours d’ivoire
bien gardées par ses armées d’analystes, est de
plus en plus coupée du terrain, et donc ignorante de
ce que pensent réellement les gens. Au-delà donc des
spéculations politiques dont les auteurs décortiquaient,
avant même l’ouverture des urnes, les desiderata de
la Syrie et annonçaient une volonté de réduire les
leaderships d’au moins deux pôles du pouvoir, ce
sont donc les citoyens et eux seuls qui ont choisi
l’allure qu’ils voulaient imprimer à ce scrutin :
celle du développement, dans le respect d’une
certaine tradition et des équilibres familiaux.
Les résultats
de Jezzine sont ainsi venus confirmer ceux de Jbeil
(Byblos), concernant les courants d’opposition.
Pourtant, Dieu sait si, à Jezzine, tous les moyens
ont été utilisés par l’opposition pour gagner la
sympathie des électeurs. Outre Béchir Gemayel et ses
discours enthousiasmants, le général Michel Aoun et
son image d’un Liban fort, on a aussi fait appel aux
souvenirs douloureux : les combats, les martyrs et
l’emprisonnement d’anciens membres de l’ALS par
les autorités libanaises. Une sorte d’apologie
d’une guerre que les habitants, eux, préféraient
visiblement oublier. Sans parler des méthodes utilisées,
à la limite des pratiques miliciennes, qui oscillent
entre la volonté de créer une atmosphère de meeting
"comme au bon vieux temps" et celle de
donner aux électeurs l’image d’une force qui
n’est pas conforme à la réalité. Bref, il
s’agissait de peser sur leur choix, avec des images
du passé, mais un passé sur lequel tout le monde ne
porte pas le même regard. D’autant qu’en définitive,
les habitants de Jezzine ont bien vu qui les a
vraiment aidés lorsque leurs fils ont été arrêtés,
qui a tout fait pour obtenir discrètement la clémence
des autorités et qui leur a assuré des avocats sans
qu’il leur faille payer des factures. Comme l’a déclaré
dimanche Rachad, un jeune étudiant de l’USJ :
"J’ai dans ma chambre un portrait du général
Aoun. Mais je ne vais pas voter pour lui. Car je sais
où se trouve l’intérêt de ma ville. Je sais qui
peut m’aider et qui ne pourra rien pour moi en cas
de coup dur." Autant de bon sens chez un jeune,
alors qu’on cherche à enfermer sa génération dans
un schéma uniforme, devrait donner à réfléchir.
La percée nationale du courant aouniste
Tout comme devrait faire réfléchir l’impression,
qui se précise de plus en plus, que les gens ne
veulent plus de slogans tonitruants qui ne sont pas
suivis d’action concrète. Ils ne veulent
apparemment plus d’approches s’adressant aux
instincts, mais un projet, voire une vision. Au moins
en ce qui concerne l’action municipale. L’une des
grandes erreurs des diverses parties politiques,
c’est peut-être, d’ailleurs, d’avoir voulu
faire de cette échéance une sorte de test politique.
Et le verdict est tombé avec une netteté étonnante.
Pourtant, malgré l’échec relatif enregistré dans
les régions chrétiennes, qui devrait le pousser à
revoir sa politique mobilisatrice des jeunes, le
courant aouniste a quand même réussi la gageure de
se faire admettre sur la scène musulmane, se démarquant
encore plus des autres courants de l’opposition chrétienne
et donnant une dimension concrète à son orientation
nationale. Même s’il n’a pas enregistré des résultats
décisifs à Tyr, par méconnaissance aussi de l’état
d’esprit des chrétiens de la région, il a quand même
travaillé côte à côte avec les formations
musulmanes ou laïques, dans une région à majorité
musulmane. Et c’est là un grand pas dans le sens
d’une nouvelle stratégie.
A Tyr
donc, le président de la Chambre a conservé son
leadership, grâce à la fidélité des habitants de
la ville à celui qui reste leur grande figure,
l’imam disparu Moussa Sadr, mais aussi grâce au
vote des chrétiens. Le député membre du bloc
Hezbollah, Abdallah Kassir, a beau déclarer devant
les caméras de télévision qu’il y a eu
"achat de voix dans le quartier chrétien de
Tyr", ce serait trop simplifier la situation que
d’expliquer le vote massif des chrétiens en faveur
d’Amal par des motivations financières. Ces gens-là,
qui ont vécu la peur et l’exode et qui ont cru ne
jamais revoir les biens laissés par leurs parents ou
la maison de leur enfance, ont choisi le courant qui
leur fait le moins peur. Et ce n’est pas avec
quelques déclarations de dernière minute, à la
veille du scrutin, que le Hezbollah aurait pu les
rassurer. Il faudrait pour cela un long processus et
une pratique de tous les instants. Si le Hezbollah a
certainement à son actif son comportement irréprochable
après la libération en 2000, les chrétiens du Sud
ont besoin d’être rassurés, sur le long terme, sur
leur mode de vie et leurs pratiques. C’est sans
doute ce que les responsables de ce parti n’ont pas
compris, soucieux principalement de gagner la scène
chiite. Dans ces circonstances, Amal, malgré une
certaine réputation et des pratiques souvent
miliciennes, restait un choix préférable.
Saïda fidèle à son passé et à son image militante
Mais c’est à Saïda, ville à la tradition
militante, que la plus grande leçon a été donnée.
Si les partisans du président du Conseil ont mené
une guerre féroce contre M. Abdel Rahmane Bizri, lui
rappelant qu’il avait fait ses premiers pas
politiques dans le giron du clan Hariri, les Sidoniens
se sont chargés de rétorquer que les Bizri
existaient bien avant que le président du Conseil ne
se lance dans l’arène politique. Et à Hariri lui-même,
qui, pour des raisons politiques, a choisi de se faire
inscrire sur les registres de l’état civil de
Beyrouth, Saïda a montré qu’elle restait fidèle
à son passé, à Maarouf et Moustafa Saad, à Nazih
Bizri et à son image nationaliste, puisqu’elle a été
la première grande ville du Liban à lancer des opérations
contre les soldats israéliens. Malgré les dollars
engagés dans la bataille, la capitale du Sud a préféré
donner une leçon au clan Hariri, mais aussi à la
Jamaa islamiya qui croyait pouvoir s’y implanter et
modifier ainsi l’image nationaliste de la cité. Et
si, à Beyrouth, la liste de Hariri a remporté la
victoire, c’est sans doute parce qu’elle n’avait
pas en face d’elle une rivale crédible. Un peu dans
le sens de ce fameux vers de Corneille : "A
vaincre sans péril, on triomphe sans gloire." Il
faudrait y ajouter que la victoire, dans de telles
conditions, ne peut pas vraiment tromper les analystes
politiques. Cela aussi, c’est une leçon à retenir.
Mais
les élections de dimanche ont surtout montré que les
Sudistes, sans doute à cause des souffrances vécues
et de la longue occupation qu’ils ont subie pendant
plus de 25 ans, sont différents des autres Libanais,
plus pragmatiques et moins sensibles aux voix des sirènes.
Plus attachés aussi au militantisme et aux causes
nationales. En somme, comme ce qui peut influencer (de
moins en moins d’ailleurs) les chrétiens du centre
n’a pas la même résonance chez ceux du Sud. Le même
phénomène est valable pour les sunnites de Beyrouth
et ceux de Saïda, pour les chiites de la Békaa et
ceux du Sud. C’est donc un dimanche plein
d’enseignements que le Liban a vécu il y a deux
jours. Mais la plus importante leçon à tirer de ce
scrutin par étapes est que, volontairement ou non,
les Libanais ont montré qu’ils ne voulaient plus
d’un leader superpuissant, et lorsque quelqu’un
s’est senti plus fort que le Liban, ils se sont
chargés de le ramener à une dimension raisonnable.
C’est un peu vrai pour toutes les parties qui se
sont lancées dans la grande aventure municipale, de
Berry, qui, malgré la victoire à Tyr, ne peut
oublier les échecs dans les autres régions, à
Hariri, dont la victoire à Beyrouth devient encore
plus relative, mais s’agissant aussi du Hezbollah,
qui a certes amélioré sa situation, mais sans le
raz-de-marée attendu des parties de l’opposition.
Une leçon de modestie, en somme, et la classe
politique, sourde aux cris du peuple, en avait
grandement besoin.
"Ecrivez votre Histoire
!"
par ANDRE FONTAINE, publié dans le Monde du 18
juin 2004
"Vous écrirez
votre Histoire. Nous sommes ici pour vous y
aider." Ainsi s'est exprimé, selon "un
responsable américain" cité par les envoyés
spéciaux du Monde , George W. Bush
s'adressant, le 8 juin, à six dirigeants de pays
musulmans - Afghanistan, Algérie, Irak, Jordanie,
Turquie et Yémen. C'est un langage passablement
nouveau, non seulement dans sa bouche mais dans celle
d'un hôte de la Maison Blanche. Le messianisme - qui
agace tant Henry Kissinger -, la conviction d'une
grande partie du peuple américain qu'il a choisi la
bonne voie et que les autres ne peuvent faire mieux
que de l'imiter, l'a inspiré dès ses origines, même
si son Histoire a été entrecoupée de périodes
d'isolationnisme, d'impérialisme affiché et de pur
pragmatisme. "Il est de notre pouvoir de
recommencer le monde. Une situation semblable ne s'est
pas présentée depuis l'époque de Noé" ,
avait écrit Thomas Paine dans ce Common Sense qui
allait devenir, en 1776, le détonateur de la révolte
des treize colonies américaines. Quand George
Washington, à la fin de son mandat, prêchait le "non-entanglement"
, la non-intervention dans les affaires des autres, il
voulait essentiellement empêcher ses compatriotes de
faire le jeu des intrigues d'une Europe pourrie. Mais
il n'hésitait pas à écrire à La Fayette que les
Etats-Unis seraient un jour "les législateurs
de toutes les nationalités" .
Au mitan du XIXe
siècle, le président Polk reprendra, pour justifier
la guerre contre le Mexique et l'annexion du tiers de
son territoire, le mot d'ordre de "destin
manifeste" lancé en 1845 par le journaliste
John O'Sullivan. Ronald Reagan - aux obsèques duquel,
soit dit en passant, le président Chirac aurait pu se
payer le luxe d'assister - lui fera écho quelque cent
quarante ans plus tard en s'écriant : "Je
crois que notre destin est d'être le phare d'espérance
de l'humanité tout entière." Entre-temps,
Woodrow Wilson, qui fit entrer les Etats-Unis en
guerre, en 1917, pour "rendre le monde sûr
pour la démocratie" , avait essayé de
mettre sur pied, avec la Société des nations, un
ordre international clairement démarqué des
institutions américaines. Les Etats membres devaient
être, selon lui, strictement égaux entre eux, comme
les alors quarante-huit Etats "unis". Le
Congrès ne l'avait pas suivi, et la SDN n'avait guère
de chances de fonctionner avec des partenaires comme
Staline et Hitler, sans le poids américain. Mais le
wilsonisme allait refleurir après Pearl Harbor,
Franklin Roosevelt ayant vendu à ses alliés de la
seconde guerre mondiale son idée d'une organisation
des Nations unies où le véritable pouvoir
appartiendrait à un Conseil de sécurité au sein
duquel les grands jouiraient d'un droit de veto.
Dans son esprit,
il ne faisait pas de doute que les Etats-Unis étaient,
comme il devait le dire à son fils Elliott, "la
seule grande puissance qui puisse maintenir la paix
dans le monde" en conciliant les vues des
Anglais, "qui pensent empire" , et
des Russes, "qui pensent communisme"
. Empire et communisme sont morts, les Etats-Unis sont
plus que jamais là, et leur actuel président a
revendiqué plus qu'aucun de ses prédécesseurs non
seulement le leadership, mais la direction du monde
libre face au défi du terrorisme islamiste. A ceux
qui seraient tentés de se plaindre et de dénoncer
leurs prétentions hégémoniques, les Américains
peuvent répondre qu'ils ont réussi à faire un seul
peuple, vivant en bonne harmonie, une fois traversé
l'Atlantique, des millions d'immigrants britanniques,
irlandais, allemands, italiens, français, hollandais,
scandinaves, polonais, et bien d'autres encore, alors
que leurs cousins demeurés en Europe continuaient de
s'entre-tuer massivement. Que, à la différence
notamment de Rome et d'Albion, ils n'ont jamais
pratiqué le diviser pour régner et cherchent au
contraire à faire s'entendre les gens entre eux.
On l'a vu avec le
plan Marshall, dont l'une des dispositions les plus
importantes faisait obligation aux bénéficiaires de
s'accorder sur la répartition de ses crédits. Ou
avec l'encouragement donné à l'Europe naissante.
Kennedy avait proposé, avec l'Equal Partnership
, le partenariat égal à cette même Europe, élargie
au Royaume-Uni, dont elle constituerait le
"second pilier". Les Etats-Unis pouvaient se
targuer du succès de la démocratisation, par vagues
successives jusqu'à la chute du rideau de fer, du
continent européen, du Japon, d'une bonne partie du
Sud-Est asiatique et de l'Amérique latine. L'ampleur
du succès semblait telle il y a quinze ans que le numéro
deux du comité de planification du département d'Etat,
Francis Fukuyama, crut pouvoir annoncer tout
simplement, du fait de "la totale exhaustion
des alternatives systématiques viables au libéralisme
occidental" , la fin de l'Histoire.
Malheureusement, la vague démocratique s'est arrêtée
aux portes du dar-el-islam , des terres où,
depuis des siècles, on vénère le Prophète. Le
temps est loin où le principal confident de Nasser
pouvait écrire que "l'image que les
Etats-Unis offraient au monde était fantastique.
L'Angleterre et la France étaient des empires déchus.
La Russie était à 7.500 kilomètres et l'idéologie
communiste était anathème au regard de la religion
musulmane" (Mohammed Heykal dans Les
Documents du Caire , Flammarion 1972).
L'intérêt de l'Europe
L'époque est aussi passée où un Foster Dulles
voulait enrôler les régimes arabes dans un pacte
de Bagdad destiné à compléter l'Alliance
atlantique. L'Arabie saoudite elle-même branle sérieusement
dans le manche aujourd'hui. Les Américains ont
d'autant moins de raisons d'en prendre leur parti
que la principale menace à laquelle ils ont à
faire face vient de cette partie du globe, que la sécurité
de leur allié israélien est chaque jour en
question et que l'état du marché des hydrocarbures
les interpelle en permanence. Aussi bien leur
intervention en Irak ne visait-elle pas seulement l'élimination
d'un des plus voyous des "Etats voyous" et
du risque qu'il représentait avec ses prétendues
armes de destruction massive : elle était également
destinée à y établir un régime démocratique
appelé à servir de modèle à des pays musulmans
qui n'y ont, jusqu'à présent, guère goûté. Une
année d'occupation leur a apparemment montré que
c'était moins facile qu'ils ne se l'étaient imaginé
et que, pas plus qu'au temps du général de Gaulle,
les idées simples n'étaient de nature à résoudre
les problèmes de l'Orient compliqué. Un exemple :
peu de dirigeants arabes sont à première vue mieux
disposés envers Washington que le roi du Maroc et
les présidents égyptien et tunisien. Aucun des
trois n'a voulu faire le voyage de Savannah pour
aller discuter avec les grands de ce monde du projet
de "partenariat pour le Grand
Moyen-Orient" que M. Bush avait entrepris de
vendre au G8.
Que le président
américain n'en soit plus maintenant qu'à proposer
aux pays musulmans, comme on l'a noté au début de
cet article, de les aider à écrire leur histoire
représente, si cela devait se confirmer, un sacré
virage, et peut-être le commencement de la sagesse.
Il y a heureusement d'autres signes, depuis le recours
au Conseil de sécurité, avec l'approbation de la
France, de l'Allemagne ou l'appui de la Russie et de
la Chine, pour instrumentaliser le transfert de
souveraineté aux Irakiens. Le rôle-clé a été dévolu
dans l'affaire irakienne à l'Algérien Lakhdar
Brahimi, les responsabilités essentielles au chef
d'une importante tribu. Tout cela - et l'étourdissant
silence des "néoconservateurs" qui
faisaient la pluie et le beau temps - accrédite l'idée
que nos amis d'outre-Atlantique ont perdu beaucoup de
leurs illusions sur leurs chances de vendre aux
peuples de la région une réplique de leur propre
Constitution. L'Europe, dans la mesure où elle existe
encore, a évidemment tout intérêt à les encourager
sur cette voie. Notamment en leur montrant la folie
qu'il y a à croire que l'on peut contraindre le
peuple palestinien à se soumettre durablement à un
ordre imposé par la seule force.
par ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 19 mai 2004
Pour
les Palestiniens qui ne cessent d’encaisser coup dur
sur coup dur, pour les Américains enferrés en Irak
et qui souhaitent faire bouger quelque peu les choses
au Proche-Orient, pour les Israéliens qui ne savent
trop s’ils doivent ou non renoncer à Gaza, le
courtois Ahmed Qoreï peut-il être l’homme de la
situation ? A défaut d’être reçu à
Washington, le chef du gouvernement palestinien
autonome vient de rencontrer tour à tour, à Amman et
à Berlin, Colin Powell et Condoleezza Rice, qui
incarnent comme on sait deux facettes différentes de
la schizophrénique Administration US. Au Forum économique
mondial de Jordanie, le chef de la diplomatie américaine
a fait assaut de conciliation envers les Arabes. Il a
été ainsi le premier responsable US à présenter
des excuses - des vraies, directes, formelles
exprimées sans chichis - aux victimes des
tortures pratiquées par des Américains dans la
tristement célèbre prison d’Abou Ghraib. Et il a
condamné sans détour les démolitions
d’habitations auxquelles se livrent les Israéliens
à Rafah, sous prétexte d’aménager un fossé
destiné à empêcher toute contrebande d’armes
entre l’Egypte et la bande de Gaza.
Quant à elle, la conseillère de la Maison-Blanche en
matière de sécurité n’aura pu s’empêcher de
s’extasier devant l’énorme sacrifice consenti par
cet apôtre de la paix bien connu qu’est Ariel
Sharon, quand il presse les Israéliens "de
partager la terre (!) avec les Palestiniens",
quand il les prévient, le vertueux homme, qu’Israël
ne pourra absorber "tous" les
territoires qu’il occupe. Toujours est-il que les Américains
ont obtenu de Qoreï qu’il cautionne publiquement le
retrait de Gaza envisagé par Israël, dans son espoir -
à chaque jour sa peine - que ce retrait pourra
relancer la négociation sur tout le reste. Un reste
dont Israël se promet de conserver de larges
portions, ce qui est dit en toutes lettres dans ledit
plan Sharon. Le fait est que l’Autorité
palestinienne n’a d’autre choix que de prendre son
mal en patience. Et de se préparer à gouverner, à
l’ombre d’une autonomie étroitement surveillée
et menacée, ce concentré explosif de nature ingrate,
de promiscuité miséreuse et d’anarchie armée
qu’est la bande de Gaza. S’y refuser, ce serait en
effet se couvrir de ridicule à l’image du tandem
Damas-Beyrouth s’élevant contre l’évacuation du
Liban-Sud de l’an 2000, au motif qu’elle
n’englobait pas les hauteurs syriennes occupées du
Golan. Ce serait surtout faillir à la règle d’or
qui a si bien réussi aux colonisateurs juifs de la
Palestine : "Prends toujours et réclame
davantage."
S’attaquer
cependant, dans les conditions actuelles, à la
gestion du microcosme de Gaza a tout l’air d’une
mission impossible. D’Abou Ala’a comme de son prédécesseur
Abou-Mazen, les Etats-Unis et Israël attendent rien
moins qu’une série de miracles. Un de ceux-ci
consisterait à chausser sans problème les bottes du
chef historique des Palestiniens Yasser Arafat,
boycotté sans appel. A la faveur d’un autre
miracle, on verrait Qoreï imposer sa logique -
et sa loi - aux extrémistes du Hamas dont le
bastion se trouve précisément être Gaza ; et
parvenir à le faire, miracle des miracles, en évitant
une guerre civile palestinienne. Mais n’est-ce
pas là la finalité à peine cachée du Plan Sharon,
lui-même le fruit d’un vieux processus amorcé par
les travaillistes israéliens et peaufiné par le
Likoud ? A peine conclus en 1993, les accords
d’Oslo n’ont cessé d’être retardés, remaniés,
gelés et, en définitive, reniés par Israël. De
l’Autorité autonome on a invariablement exigé,
tout au long de la décennie écoulée, qu’elle réduise
par la force les jusqu’au-boutistes ; et dans le même
temps on lui a systématiquement dénié ces acquis
qui lui eurent permis de démontrer le bien-fondé de
son audacieux pari de paix.
La "vision démocratique" de Bush n’a fait
que donner plus de poids et de capacité de nuisance
à cette pernicieuse logique. Aux Palestiniens dépossédés,
refoulés, grignotés, saucissonnés, compartimentés
dans des ghettos, on veut faire accroire que tous
leurs problèmes seront réglés le jour où ils se
doteront d’un gouvernement respectable et fréquentable.
Que Yasser Arafat ait des tendances autocratiques,
qu’il ait misé sur plus d’un tableau, qu’il ait
puisé dans les maigres ressources financières de
l’Autorité autonome est sans doute vrai et
incontestablement malheureux pour le peuple
palestinien ; mais au nom de quelle sorte de démocratie
peut-on prétendre écarter celui que ce même peuple,
à tort ou à raison et jusqu’à nouvel ordre,
continue de considérer comme leur emblème vivant ?
Et pour finir, par qui Arafat se fait-il traiter de
malhonnête et de menteur ? Par un Sharon disant sans
cesse la chose puis son contraire, et qui est lui-même
l’objet d’une enquête pour corruption. Par une
Administration américaine qui a accumulé les
mensonges pour justifier son invasion de l’Irak ;
qui a été éclaboussée, notamment en la personne du
vice-président Cheney, par plus d’un scandale
financier et qui se refuse à faire assumer à Donald
Rumsfeld les conséquences "démocratiques"
des barbares errements de ses geôliers,
interrogateurs, tortionnaires et bourreaux. Cela
dit bonne chance tout de même, Monsieur Qoreï.
par CHARLES LAMBROSCHINI, publié dans le Figaro
le 19 avril 2004
Avant d'évacuer Gaza, Ariel Sharon
était bien décidé à nettoyer cette "base
terroriste". Mais l'élimination du nouveau
patron du Hamas, deux semaines après celle de Cheikh
Yassine, le chef historique de l'organisation
islamiste, va bien au-delà. Les Israéliens ne font
pas seulement le ménage. Malgré les protestations
d'une communauté internationale unanime, ils font le
vide. Cette fois, c'est Tsahal qui a porté le premier
coup. Mais Sharon ne se contente pas de recycler la
stratégie de la défense préventive que George W.
Bush avait imaginée pour justifier son assaut contre
Saddam Hussein et ses menaces contre les Etats voyous
de "l'axe du Mal". Le premier ministre israélien
a froidement décidé qu'il ne répéterait pas
l'erreur de son prédécesseur Ehud Barak lorsque
celui-ci se retira du Sud-Liban en juin 2000. Il y
avait dix-huit ans que l'armée israélienne occupait
cette zone. Elle y avait perdu 2.000 soldats,
proportionnellement à la population, l'équivalent
pour la France de 20.000 morts. Or voilà que, du jour
au lendemain, elle abandonnait le terrain à la résistance
chiite. Le Hezbollah s'empressa de crier victoire.
Avec pour conséquence, affirme aujourd'hui Sharon,
que Yasser Arafat, en pleine négociation avec Ehud
Barak, crut qu'une deuxième intifada lui permettrait
d'arracher de meilleures conditions. Quatre ans plus
tard, le premier ministre israélien multiplie les
assassinats ciblés pour faire passer le message
inverse : les Palestiniens n'ont pas d'autre choix que
de s'incliner.
Malheureusement, loin de renoncer,
le Hamas risque de s'enfoncer encore un peu plus dans
la clandestinité. Et la branche "militaire"
du mouvement qui, déjà avant la disparition de
Cheikh Yassine, préconisait la guerre totale contre
l' "entité sioniste" a toutes les chances
de l'emporter sur les "civils". Ces derniers
prônaient, au contraire une trêve avec Israël et un
partage du pouvoir avec Yasser Arafat pour enfin
construire un Etat palestinien. Sharon a pour priorité
de réaliser une opération de politique intérieure.
Il veut réduire au silence les critiques qui, sur sa
droite, lui reprochent de brader une des conquêtes de
1967. Mais, revers indéniable, il se prive d'acculer
ses adversaires palestiniens à leurs responsabilités
: c'est-à-dire la gestion du premier territoire débarrassé
de l'occupant. Soudain, les lacunes de l'éducation,
les ratés du réseau électrique, la persistance du
chômage n'auraient plus eu pour seul alibi la présence
de l'armée israélienne. Surtout, rien ne prouve que
Sharon réussira à terroriser les terroristes. De
l'aveu même des services de renseignements israéliens,
le Hamas n'est pas une pyramide dont il suffirait de
couper la tête pour la liquider. Son organisation en
cellules rappelle plutôt la grappe de raisin, chaque
grain vivant en autonomie. Dans la logique de la
vendetta israélo-palestinienne, le pire est donc
certain.
Carton rouge pour le civisme
en Europe
par DIDIER PILLET, publié dans Ouest-France le 14
juin 2004
Huit jours après avoir fêté de
manière si profonde et si émouvante ceux qui, il y a
soixante ans, libéraient le Vieux Continent de la
barbarie nazie, les citoyens européens étaient invités
à honorer la démocratie. Un trait d'union de paix à
dessiner au sein d'une Histoire ne coulant pas de
source mais qui a pu se former grâce à la sagesse
d'une poignée de dirigeants éclairés et à la
confiance trouvée au sein de leurs peuples. 732 députés
à élire dans vingt-cinq pays par 348 millions d'électeurs.
Du jamais vu. Le plus grand parlement démocratique du
monde avec l'Inde. Un jour à écrire en lettres d'or
pour l'histoire de l'humanité.
Mais il n'y a pas et il n'y aura pas de fête
Les électeurs ont royalement boudé la
consultation. L'abstention atteint dans les pays
fondateurs de l'Union européenne des taux record.
Surtout, elle culmine à des sommets incroyables
chez les nouveaux venus. Effacées les images de
joie au travers desquelles, il y a seulement un mois
et demi, ces peuples de l'ex-empire soviétique
retrouvaient leurs frères dont le rideau de fer les
avait séparés durant un demi-siècle. Ces jeunes démocraties
ont carrément tourné le dos à la consultation, à
l'image de la Slovénie dont moins de 10 % des électeurs
ont pris part au vote. Et comme si la gifle n'était
pas assez cinglante, dans ces pays-là, ceux qui se
sont déplacés ont le plus souvent choisi des
candidats hostiles à l'Europe. Cette réalité
brutale interpelle toutes les nations qui ont voulu
la grande Europe, au premier rang desquelles
l'Allemagne et la France, ne pourront pas la traiter
par l'ignorance ou le mépris. Car ces peuples ne se
sont pas mis tout d'un coup à détester ce qu'ils
adoraient hier encore. Pour comprendre leur
attitude, il faut sans doute prendre conscience des
énormes efforts qu'ils ont dû accomplir pour nous
rejoindre ; en tenir mieux compte dans le partage
des responsabilités comme dans les allocations budgétaires
; et prendre la mesure d'une abstention qui vise
peut-être moins le projet européen lui-même que
la manière dont leurs dirigeants nationaux
conduisent les affaires, à l'intérieur de leurs
pays et vers l'Europe. La fraternité a un prix.
L'abstention-sanction, le
vote-sanction existent à l'autre bout du continent
comme ils se sont manifestés dans les urnes
allemandes, anglaises, belges et françaises. Qu'il
s'agisse de la gauche allemande ou de la droite française,
les partis au pouvoir ont passé un sale dimanche.
Gerhard Schröder fait avec le SPD un plus bas
historique. Et la politique du tandem Jacques
Chirac-Jean-Pierre Raffarin se voit une seconde fois,
après l'avertissement des régionales, sévèrement
ébranlée. Pire, le rêve présidentiel de parti
unique de la droite s'envole avec l'émergence d'une
UDF en concurrence avec l'UMP. Et voilà le Parti
socialiste de François Hollande clairement installé
désormais dans le rôle de force d'alternance.
Certes, ni le Premier ministre, ni le Président ne
sont directement menacés. On votait pour l'Europe,
pas pour changer les institutions françaises. Mais
l'un et l'autre sont si fragilisés par les résultats
de ces élections européennes que la question d'un
nouveau gouvernement est encore posée. Et qu'elle ne
pourra pas être traitée par l'indifférence polie
comme ce fut le cas à réception du message envoyé
dans les urnes des régionales. Changer à Paris,
changer aussi à Bruxelles. Les lourds dossiers de
l'emploi et du social sont à l'évidence pour
beaucoup dans le manque d'enthousiasme qui frappe
aujourd'hui les Européens, à l'est comme à l'ouest
du continent. On a sûrement trop parlé de
Constitution depuis des mois et pas assez de la
meilleure manière de faire entendre la musique européenne
dans le concert de la mondialisation. Un vrai sujet de
débat pour les chefs d'Etat et de gouvernement de
l'Union qui se retrouvent cette semaine pour un
nouveau sommet.
Et pourquoi pas une Union
Euro-Méditerranée ?
Alors que la candidature d'Ankara soulève de plus en
plus de questions
par CHRISTIAN SAINT-ETIENNE, publié dans le
Figaro le 24 avril 2004
L'auteur est
professeur aux universités de Tours et de
Paris Dauphine ; président de l'Institut France Stratégie
; auteur de "La Puissance ou la Mort :
l'Europe face à l'empire américain" (Seuil)
La question de l'entrée de la Turquie dans l'Union
européenne et celle de la Constitution européenne
sont intimement liées. L'échec du Conseil européen
de décembre 2003, à Bruxelles, qui tentait de
trouver un accord sur le projet de Constitution,
n'est dû qu'en apparence à des divergences sur le
nombre de commissaires européens ou le poids de
chaque pays dans le calcul de la majorité qualifiée.
En réalité deux visions de l'Europe future
s'affrontent :
– Quelques pays, dont la France, l'Allemagne et la
Belgique, souhaitent que l'Europe se dote d'une
capacité d'action stratégique indépendante des
Etats-Unis, même s'il ne s'agit en aucune façon de
s'opposer aux Etats-Unis,
– Une majorité de pays, dont le Royaume-Uni et la
Pologne, veut privilégier le développement d'une
zone de libre-échange complétée par un mécanisme
d'aides généreuses permettant de transférer des
ressources au bénéfice des régions pauvres. Cette
zone de libre-échange doit s'inscrire dans l'Otan
sous commandement politique américain.
Et c'est parce que ces deux visions
de l'avenir de l'Europe sont totalement irréconciliables
qu'il ne faut pas compter sur un accord rapide
concernant le projet de Constitution européenne. Ou
l'accord se fera a minima. La seule solution
raisonnable pour surmonter ces divergences est de
donner deux réponses institutionnelles à ces deux
besoins, en construisant soit une Europe unie, réduite
aux pays qui partagent la vision d'une Europe capable
de mener une politique stratégique autonome, soit une
Europe ouverte ayant vocation à intégrer dans le
cadre du marché unique tous les pays du continent
européen. Or la question turque doit permettre d'accélérer
cette nécessaire clarification politique. Les Quinze
ont décidé, au sommet de Copenhague de décembre
2002, d'attendre décembre 2004 pour se prononcer sur
le respect par la Turquie des critères politiques de
Copenhague édictés en 1993. Et, si ces conditions étaient
remplies, d'ouvrir "sans délai" des
négociations pour l'adhésion de ce pays à l'Union.
L'aide financière, dite de préadhésion, accordée
à la Turquie a été fortement augmentée par le
Conseil européen de Copenhague.
Au cours des élections générales
turques du 3 novembre 2002, l'AKP (Parti de la justice
et du développement, parti islamiste) a remporté la
majorité absolue des sièges au Parlement. Ce parti
gouverne un pays de 66 millions d'habitants, membre de
l'Otan, allié des Etats-Unis et candidat à l'Union
européenne. L'AKP s'est engagé à préserver la laïcité
de l'Etat et à accélérer "l'entrée" de
la Turquie en Europe. Cette option est d'autant plus
surprenante que ce parti islamiste était contre
l'entrée dans l'Europe jusqu'à une date récente.
Les racines de ce ralliement remontent au mois de juin
1997, date à laquelle Necmettin Erbakan, alors
premier ministre et leader du Parti islamiste de la
prospérité, a été forcé de démissionner sous la
pression des militaires, inquiets de la poussée
religieuse, qui s'estiment garants de la laïcité de
la République fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk.
Le parti islamiste turc a fait un choix stratégique :
l'Union européenne devient une "garantie
juridique" capable d'empêcher les militaires,
une fois la Turquie intégrée, d'anéantir les
ambitions politiques des islamistes.
Washington a toujours joué un rôle
décisif dans le dossier. C'est en cédant à
l'insistance des Etats-Unis que le Conseil européen
d'Helsinki, en décembre 1999, avait accordé à la
Turquie le statut de pays candidat. Les Américains
attendent quatre avantages de l'entrée de la Turquie
dans l'UE : 1°) Faire payer aux Européens le prix du
partenariat stratégique américano-turc, ce qui fera
une économie sensible pour le budget américain. 2°)
Rallier la Turquie à l'Occident et introduire un coin
entre elle et ses voisins asiatiques. 3°) Permettre
l'accès américain aux puits de pétrole des républiques
turcophones de l'ancienne Union soviétique. 4°)
Compromettre les chances de transformer un jour l'UE
en Etats-Unis d'Europe, ce qui élimine par avance un
concurrent stratégique éventuellement dangereux à
terme.
L'entrée de la Turquie dans
l'Union est compliquée par le statut de Chypre. La
Turquie refusait l'entrée de Chypre dans l'Union
avant un règlement du problème institutionnel de
coexistence des deux communautés. De fait, les Quinze
ont admis au sommet de Copenhague la partie grecque de
l'île dans l'Union, en laissant la porte ouverte à
la partie turque. Des négociations ont été menées,
sous l'égide des Nations unies, pour mettre fin à la
division de l'île. Mais l'intégration de la Turquie
dans l'UE pose d'autres problèmes potentiels. La
Turquie est un acteur majeur dans le dossier kurde qui
concerne l'éventuelle création d'une "entité"
regroupant les minorités kurdes de Turquie, d'Irak et
d'Iran. Ces trois derniers pays sont opposés à
l'apparition d'un Kurdistan indépendant. L'entrée de
la Turquie dans l'Union va relancer les demandes d'indépendance
kurde. En intégrant la Turquie, l'Union aura non
seulement des frontières communes avec la Géorgie,
l'Arménie, l'Iran, l'Irak et la Syrie, mais elle
importera le dossier kurde dans les affaires intérieures
européennes. Qui a mesuré les conséquences d'une
telle situation ?
Autant il est souhaitable que la
Turquie et, avec elle, les pays du Bassin méditerranéen
approfondissent leurs relations avec l'Union européenne,
autant les admettre dans l'Union est contradictoire
avec l'intitulé même de l'Union puisqu'il ne s'agit
pas de pays européens. Et, s'ils l'étaient, pourquoi
faudrait-il les inclure dans l'Union, alors que
personne ne songe à réclamer que tous les pays des
trois Amériques adhèrent aux Etats-Unis ? Il faut
donc, pour sortir du piège, que la Constitution européenne
inclue des limites géographiques accompagnant son
projet institutionnel, limites qui devront être entérinées
par les peuples européens, et que le Conseil européen
propose le lancement d'une nouvelle Union Euro-Méditerranée
ayant vocation à rassembler tous les pays démocratiques
du Continent européen et du Bassin méditerranéen répondant
aux critères politiques fixés à Copenhague en 1993.
Si cette solution semble trop difficile dans le
contexte politique actuel, il faut alors que l'UE à
25 devienne naturellement une Union Euro-Méditerranée
en recentrant la Constitution européenne sur un
minimum de règles permettant de construire une grande
zone de libre-échange fondée sur un socle de normes
sociales et fiscales minimales. A l'intérieur de
cette Union européenne déjà programmée pour 33
membres, se constituerait une Europe unie selon le
format présenté ci-dessus. Sans clarification sur
les objectifs et les frontières, le projet de
Constitution ne peut que préparer une catastrophe géopolitique
qui pourrait rediviser l'Europe avec une violence
telle que le mur de Berlin pourrait apparaître rétrospectivement
comme un petit mur d'agrément.
Beyrouth, capitale pour un
temps de la psychanalyse et de la psychosomatique
En trois semaines, la
ville a accueilli plusieurs colloques et congrès
par MOUNIR
CHAMOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 16 juin 2004
Beyrouth
a été récemment le centre d’une série
d’activités et de manifestations psychanalytiques
qui ont largement dépassé le simple cadre libanais.
En l’espace de trois semaines ont eu lieu,
successivement, un colloque de psychosomatique,
organisé par le Centre international de
psychosomatique de Paris (CIPS) – que dirige le
professeur émérite à Paris VII Mahmoud Sami Ali
(d’origine égyptienne) –, puis la quatrième
journée d’études du Cercle d’études
psychanalytiques (CEP)et enfin le premier Congrès des
psychanalystes de langue arabe. La tenue de ce congrès
à Beyrouth a constitué un événement majeur et a
revêtu une importance particulière du fait des
grandes mutations politiques et sociales que traverse
actuellement la région. Les familiers de la
psychanalyse et de la psychosomatique savent que Sami
Ali et tous ceux qui ont rejoint son camp, après
avoir rompu avec l’Institut de psychosomatique de la
Société psychanalytique de Paris (pour des raisons
doctrinales), développent aujourd’hui une nouvelle
perspective, fondée sur la clinique de l’impasse.
Ils mettent en doute le concept de pensée opératoire
qui accompagnerait les troubles psychosomatiques et
estiment qu’il n’y a pas lieu de parler de pauvreté
ou d’absence de mentalisation dans ces situations.
Aussi fondent-ils leur vertex thérapeutique sur le
quadrilatère espace-temps-rêve-affect et conçoivent
une approche thérapeutique différente de la
psychanalyse classique, qu’elle soit freudienne ou
lacanienne. Ce sont principalement ces idées qui ont
été transmises à un public nombreux et assidu qui
semblait bien suivre le courant. Beaucoup d’écoutes,
quelques échanges, de rares contestations :
l’ensemble fut riche et stimulant. Cette
manifestation était conjointement organisée par le
CIPS et l’Institut de psychomotricité de la faculté
de médecine de l’Université Saint-Joseph, et
soutenue par le Conseil de la recherche de l’USJ.
"Mal-être
et guérison" : tel fut, en outre, le thème de
la quatrième journée d’études psychanalytiques du
CEP, organisée par le Cercle, l’Université pour
tous et le département de psychologie de la faculté
des lettres et des sciences humaines de l’Université
Saint-Joseph, soutenue par le Conseil de la recherche
de l’USJ. Comme chaque année, le CEP fait appel,
pour traiter le thème choisi, à la perspective médicale
et à l’approche philosophique ainsi qu’à
l’apport de la psychanalyse dans ses registres théoriques
et cliniques. Une salle pleine a pu ainsi bénéficier
des interventions aussi pertinentes que brillantes de
Antoine Courban (Liban), Nathalie Zatzman (France),
Luc Richir (Belgique), Nicole Tambourgi-Hatem (Liban),
Bénédicte Chamoun (franco-libanaise), Klio Bournova
(France), Jean-Pierre Chartier (France) et Myrna
Gannagé (Liban). Une réflexion profonde sur la
notion de guérison fut ainsi éclairée par les
tenants des diverses disciplines invoquées, articulée
à la notion de mal-être tel qu’il est vécu
aujourd’hui par le sujet humain en général, celui
qui veut autant se délivrer de son symptôme que
celui qui y tient par dépendance, le mal-être étant
au fond de chacun comme une trace indélébile de sa
finitude. Les psychanalystes des différentes tables
rondes ont illustré leur propos par des vignettes
cliniques précises, plus particulièrement quand il
s’est agi d’anorexie, de psychopathie et de
traumatismes de guerre chez les enfants. Rendez-vous
fut pris avec le public pour l’année prochaine, le
samedi 14 mai 2005, pour traiter le thème de la "Psychanalyse
de l’état amoureux".
Les psychanalystes de langue arabe
La troisième manifestation, la plus importante par
son caractère inaugural et historique, fut sans doute
le déroulement à Beyrouth, au palais de l’Unesco,
du 20 au 23 mai 2004, du premier Congrès des
psychanalystes de langue arabe. D’éminents spécialistes
arabes de divers pays et des philosophes et
psychanalystes français ont réfléchi pendant trois
jours sur le thème de la psyché (an-Nafs) dans la
culture arabe et son rapport à la psychanalyse. Il
s’agissait d’interroger l’intime de la culture
arabe et d’en jauger l’ouverture possible aux
apports de la psychanalyse d’aujourd’hui.
Jean-Michel Hirt, psychanalyste et professeur de
psychopathologie à l’Université Paris VIII et
l’un des plus brillants intervenants du congrès, en
fait ainsi le bilan : "Au Liban, dans ce pays où
tant de noms de lieux témoignent de l’aventure de
la “religion monothéiste”, mais aussi devenu une
des lignes de front des affrontements matériels et
spirituels qui déchirent les jours du siècle
naissant, vient de se tenir un congrès historique
pour le monde arabe et la psychanalyse. Organisé
notamment par les psychanalystes libanais Mounir
Chamoun et Adnan Houbballah, avec le concours de l’Université
Saint-Joseph et du Centre arabe de recherches
psychanalytiques et psychopathologiques, ce congrès
avait pour thème La psyché (an-Nafs) dans la culture
arabe et son rapport à la psychanalyse."
Une
entière liberté d’expression, des échanges
souvent vifs ont présidé à ces entretiens sur les
abîmes d’une âme qui relève du Logos, mais qui
est en butte aux injonctions des sociétés théocratiques
et aux contradictions entre savoir et vérité. Bientôt
des actes de ce congrès seront publiés et il ne
saurait être question ici de revenir sur chacune des
interventions des nombreux conférenciers, venus des
quatre coins du monde, parmi lesquels l’Egyptien
Hussein Abdel Kader, les Marocains Khaled el-Alej,
Mohammed Fouad Benchoukroun et Farid Merini, les
Canadiennes Mari Hazan et Marie Jawish, les Français
Hourya Abdelouahed, Nazir Hamad, Jean-Michel Hirt,
Charles Melman, Moustafa Safoua et François Wahl,
mais de traduire quelques impressions d’ensemble.
D’abord une grande variété d’interrogations
autour de la clinique du sujet arabe, de cet homme défini
par une culture où la religion prédomine,
"l’homme rituel" souvent en proie à un
"autre totalitaire" intériorisé jusque
dans l’exil. L’empire sur son âme de la langue,
cette langue arabe indissolublement référée à la
langue coranique, a été longuement questionné, que
ce soit à la faveur des rêves visionnaires, des
textes mystiques d’Avicenne ou d’Ibn ‘Arabî,
des contes des Mille et une Nuits ou bien des
expressions fatalistes qui font intervenir Dieu en
toutes occasions. Comment analyser une subjectivité
qui est censée s’immoler dans l’obéissance à
"l’héritage traditionaliste", comment
penser là-bas la division du sujet, nécessaire à
l’exercice de la psychanalyse ? "Celui qui ne
choisit pas son avenir ne trouve pas son passé",
concluait Moustafa Safouan.
Mais
il revenait au plus grand poète arabe contemporain,
Adonis, dans une intervention où l’audace du propos
le disputait à la beauté de la langue, de désigner
l’enjeu d’une telle rencontre entre passé et
avenir : l’âme, en s’appuyant sur les ressources
du patrimoine mystique arabo-musulman, a les moyens de
dégager le souffle de ses figures du monothéisme
fossilisé et de ses conséquences profanes mortifères.
Gageons qu’il s’agit d’une voie indispensable
pour la pensée universelle, mais qui ne peut
s’inventer que dans le monde arabe et la déréliction
qu’il connaît, avec la contribution des
psychanalystes. Mais peut-être pas sans l’alliance
des poètes et la voix des mystiques. A partir de
la confiance angoissée d’Hölderlin qui désormais
vaut pour tous : « Mais où est le péril, là / Croît
aussi ce qui sauve" : il devient possible
aujourd’hui d’entendre le soupir apaisé d’Ibn’Arabî
: "Ô toi qui cherches le chemin qui conduit
au secret / Reviens sur tes pas car c’est en toi que
se trouve le secret tout entier." La table ronde
finale sur psychanalyse et démocratie a constitué
une sorte de synthèse de ce qui avait été analysé
les jours précédents, en liant d’une manière
forte l’exercice de la psychanalyse à la liberté
et en faisant de la psychanalyse l’une des voies
centrales de la libération du sujet pour prendre en
main l’orientation de son destin et l’implantation
de son existence engagée.
Comment
comprendre cette intense activité psychanalytique à
Beyrouth sinon par une grande sensibilité du public
de notre pays à la chose analytique, grâce à
l’extension du discours de notre discipline dans
notre pays, autant dans les milieux cultivés que, de
plus en plus, dans le milieu tout-venant ? Il en est
ainsi à cause du résultat des institutions qui le
diffusent : la Société libanaise de psychanalyse, le
Cercle d’études psychanalytiques, le Centre arabe
de recherches psychanalytiques et psychopathologiques
et la Société de psychothérapie analytique de
l’enfant et de l’adolescent, dont la naissance fut
annoncée il y a quelques jours et à laquelle nous
souhaitons plein succès dans ses entreprises. Cette
richesse est également la preuve que la psychanalyse
n’est le monopole de personne et qu’elle ne peut
prospérer que dans la liberté et la diversité.
Pour une meilleure définition
des relations entre les Eglises orientales catholiques
et Rome
Le père Hervé Legrand est au Liban à la demande du
Synode patriarcal maronite
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 22
avril 2004
Le Père
Hervé Legrand, théologien français de notoriété
mondiale, était mardi l’hôte du Centre catholique
d’information (CCI), où il a brièvement présenté
les thèmes des trois conférences qu’il prononce à
la demande du secrétariat du Synode patriarcal
maronite. Le père Legrand parlera de la vocation des
Eglises orientales unies dans leur communion avec l’Eglise
de Rome. L’importance du thème vient du fait
qu’au cours de la première session du Synode
patriarcal maronite, et dans le cadre de l’effort déployé
par l’Eglise maronite pour se comprendre, l’accent
avait été mis sur son caractère patriarcal
apostolique, en communion avec Rome. Toutefois,
les documents examinés n’étaient pas parvenus à définir
de façon satisfaisante la nature de la communion
entre les Eglises romaine et maronite, et les manières
concrètes de l’exercer. Beaucoup de membres du
synode avaient demandé, au nom de cette communion, et
sur base de certains des documents du concile Vatican
II (La Révélation divine, Les Eglises orientales
catholiques), l’extension de l’autorité du
patriarcat aux maronites installés dans le monde de
l’émigration, et la restauration de la pleine
autorité du synode maronite dans l’élection des évêques
et leur installation, dans le cadre du territoire
patriarcal comme en-dehors de ce cadre, ainsi que la
question de l’envoi en mission de prêtres mariés,
etc.
La double identité
La question se posait avec d’autant plus d’acuité
que le synode s’accompagnait d’une nouvelle prise
de conscience de l’importance numérique des
communautés maronites installées dans les pays d’émigration,
et des liens qui devraient unir ces communautés au
patriarcat. Beaucoup prenaient alors conscience que,
comme préalable à un dialogue constructif entre les
Eglises orientales catholiques, dont l’Église
maronite fait partie, et l’Eglise romaine, et afin
de déterminer ce qui pouvait se concrétiser dans ce
domaine, une théologie ecclésiale rigoureuse et une
connaissance spéciale du droit canon occidental étaient
requis. Compte tenu de l’importance de la question
pour le cours du Synode patriarcal maronite, le secrétariat
décidait alors d’inviter le prêtre dominicain Hervé
Legrand, théologien bien connu pour ses travaux sur
l’ecclésiologie et l’œcuménisme, conseiller et
expert dans de nombreuses réunions synodales dans le
monde. Les conférences du père Legrand
porteront sur la double identité des Eglises
orientales catholiques et la manière de concilier la
notion orientale d’Eglise patriarcale locale avec la
notion d’Eglise universelle telle que développée
dans la théologie catholique romaine, et la place qui
revient aux Eglises locales dans cette théologie.
Une belle vocation devant soi
Exposant brièvement les grandes lignes de ses conférences,
le père Legrand a insisté d’abord sur
l’importance de la déclaration de Balamand (1993),
qui tourne une fois pour toutes, dans l’histoire de
l’Eglise, les pages de l’unionisme. Dans les
rapports entre l’Eglise romaine et les Eglises
orientales, l’avenir sera désormais non plus au
prosélytisme, mais à l’œcuménisme. Aucune Eglise
ne travaillera plus à des unions partielles et la
recherche de l’unité consistera, pour les Eglises
orientales catholiques, à bien occuper leur place
dans l’Eglise catholique. "Bien occuper
leur place, devait souligner le père Legrand, c’est
prendre un peu plus confiance en elles-mêmes."
Cette nouvelle maturité demandée aux Eglises
orientales sera également précieuse à l’Eglise
romaine, insiste le théologien, qui en espère une préparation
de l’Eglise romaine "massivement latine, à
penser et à vivre une unité vraiment diversifiée". Et
d’ajouter que cette "unité dans la diversité"
dont on souhaite la réalisation n’est nulle part
mieux incarnée que dans les Eglises orientales. "C’est
une réalité qu’on ne trouve nulle part ailleurs,
souligne-t-il. A condition de passer de
l’unionisme à l’œcuménisme, les Eglises
orientales unies ont un bel avenir et une belle
vocation devant elles."
Unis, mais non absorbés
En termes simples, le père Legrand essaie ensuite
d’expliquer le mot synode, "un mot
difficile", dont il met en évidence
l’importance dans la vie de l’Eglise apostolique.
Le mot, qui veut dire "faire route
ensemble", souligne l’importance de la prise de
décision collective dans l’Eglise.
"Aujourd’hui, dit le père Legrand, un synode
comme le Synode patriarcal maronite se réunit sous la
présidence d’un seul (le patriarche) avec tous les
évêques, des représentants de tous les moines, prêtres,
laïcs du monde entier, pour délibérer ensemble, préparer
les décisions et les orientations nécessitées par
la situation historique nouvelle, pour que l’Eglise
maronite, guidée par l’Esprit, puisse cheminer
fructueusement au XXIe siècle, partout où elle se
trouve désormais." Enfin, au sujet de
l’extension de la juridiction des patriarches
orientaux catholiques au-delà de leur territoire, le
père Legrand souligne que "chrétiennement, il
n’y a aucune raison qu’à leur déracinement dû
à l’exil s’ajoute pour les orientaux catholiques
un déracinement par rapport à leur Eglise mère. Au
contraire, les richesses de leurs traditions sont à
préserver pour eux-mêmes, et aussi comme un don précieux
à toute l’Eglise. S’ils étaient assimilés par
l’Eglise latine, ces richesses seraient perdues au détriment
de tous. Le mot-clé, dans ce domaine, est: unis, mais
non absorbés. L’inculturation dont on parle tant,
en Occident, ce sont les Eglises orientales. L’Eglise
ne se résume pas au pape et aux évêques. Etre
Eglise, c’est être Eglise dans une culture."
"A partir de là, conclut le père Legrand,
quelques questions se posent à cause de la diversité
des disciplines - un exemple, les prêtres mariés
-, auxquelles il faut trouver des solutions. Il faut
aussi dépasser la tradition de n’avoir qu’un seul
évêque dans une même ville, comme cela se fait
couramment au Proche-Orient."
Israël-Vatican,
des relations tendues
par
YVES PITETTE, publié dans la Croix le 8 juin 2004
Il y aura dix
ans le 15 juin, le Saint-Siège et Israël signaient
la convention permettant l’échange
d’ambassadeurs. Un pas considérable dans le
rapprochement entre juifs et catholiques, brouillé
aujourd’hui par la dégradation des relations
diplomatiques entre les deux Etats. Le handicap
était lourd. L’Etat d’Israël était encore en
1978 un quasi inconnu pour la diplomatie vaticane. Pie
X avait dit au début du siècle à Theodor Herzl, le
fondateur du sionisme, que l’Eglise ne pouvait pas
"encourager ce mouvement". La guerre israélo-arabe
de 1948 avait laissé toutes les institutions chrétiennes
et la plupart des Lieux saints en territoire
jordanien. Les quelques chrétiens arabes restés en
Israël étaient eux-mêmes minoritaires dans la
minorité arabe au cœur d’une population israélienne
dont bien des immigrants venus d’Europe n’avaient
pas que de bons souvenirs des chrétiens. De l’autre
côté, dans les bureaux du Vatican, tout le monde
n’avait pas encore intégré la démarche engagée
par le concile à travers la déclaration Nostra
Aetate pour le rapprochement entre les juifs et l’Eglise
catholique. Jean-Paul II n’avait en rien été mêlé
au complexe dossier diplomatique proche-oriental. Il
arrivait avec à la fois une connaissance personnelle
du monde juif, fréquenté dans son enfance, et la
certitude de l’urgence de résoudre un problème qui
contribuait à l’entretien d’un mauvais climat
entre catholicisme et judaïsme. Il alla très vite. Dès
le 5 octobre 1980, à Otrante, petite ville côtière
du talon de la botte italienne, il livre dans une homélie
son analyse de la situation au Proche Orient. Elle préfigure
la politique du Saint-Siège pour les années à
venir, en liant clairement la fondation d’Israël à
la tragédie de l’Holocauste.
Mais tout reste à faire pour
vaincre l’incompréhension et la méfiance. Karol
Wojtyla fait appel à son meilleur copain d’école
de Wadowice, Jerzy Kluger, pour prendre discrètement
de premiers contacts avec les autorités juives. Les
gestes que Jean-Paul II pose successivement vont décrisper
l’atmosphère, du message de vœux envoyé au président
israélien pour le nouvel an juif d’octobre 1981,
jusqu’à la visite à la synagogue de Rome en avril
1986. Les négociations commencent sérieusement l’été
1991, juste après la guerre du Golfe et avant la conférence
de Madrid sur le Proche-Orient, mais sans qu’il y
ait de rapport entre les deux négociations. Un
franciscain hors du commun va se trouver au centre de
toute l’affaire. Juif né en Israël, David Jaeger,
converti au christianisme, sera ordonné prêtre en
1986. Il se révèle fin négociateur. Alors qu’il
avait fallu d’abord discuter longuement du programme
même de la négociation, les discussions piétinaient.
Or le même P. Jaeger, membre de la délégation
vaticane officielle, négociait seul secrètement au
nom du Saint-Siège avec Shlomo Gur, un diplomate israélien
qui avait la confiance de son ministre. Tous les
points délicats furent ainsi réglés en tête à tête
ou, lors d’une rencontre aussi discrète à New
York, entre Mgr Tauran et le ministre israélien Yossi
Beilin
Sharon voit dans l’Eglise catholique une
alliée des Palestiniens
Après que six cardinaux eurent recommandé à
l’unanimité la conclusion de l’accord négocié
pendant 18 mois, les chefs de délégation
officielle, qui n’étaient pas au courant, se
virent invités à signer un accord largement conclu
en dehors d’eux. La convention diplomatique fut
paraphée le 15 juin 1994. Suivirent ensuite des
accords techniques, juridiques ou fiscaux notamment.
Dix ans après, l’environnement et le climat
politiques ont beaucoup changé. Aujourd’hui, les
relations entre le Saint-Siège et Israël sont en
crise. Outre les divergences profondes sur la
gestion par le gouvernement Sharon de la question
israélo-palestinienne, l’Eglise catholique, comme
les autres confessions chrétiennes, est en butte
depuis trois ans à de multiples tracasseries qui
semblent avoir pour objectif de paralyser son
action. Ainsi le refus de renouveler les visas du
clergé étranger a-t-il d’une part empêché les
séminaristes arabes, jordaniens notamment, de
rejoindre leur séminaire à Jérusalem, et
d’autre part, empêché les religieux et
religieuses étrangers de sortir du pays, assurés
qu’ils sont de ne plus pouvoir y revenir.
L’accord fiscal conclu avec l’Eglise catholique
n’est pas appliqué et les institutions chrétiennes
se voient présenter des avis d’impôts très
importants. Or les seuls catholiques gèrent plus de
150 institutions dont des hôpitaux, des écoles ou
des maisons de retraite. Sans parler des propriétés
religieuses qui ont été coupées en deux par le
mur de sécurité israélien.
"C’est un problème purement bureaucratique
et nous sommes pleinement conscients de
l’urgence" de le résoudre, a déclaré le
porte-parole du ministre des affaires étrangères.
Mais personne, du côté des Eglises, n’en croit
un mot. Il y aura dix ans mardi, le 15 juin, le
Saint-Siège et Israël signaient la convention réglant
leurs relations diplomatiques. L’établissement de
celles-ci était, dans la négociation de 1992, le
seul atout du Saint-Siège, face à Israël
demandeur. Aujourd’hui, la situation est renversée
et Sharon voit d’abord dans l’Eglise catholique
une alliée des Palestiniens. Un sentiment que les
propos très anti-israéliens du patriarche latin
n’aident pas à dissiper, quelles que soient les
bonnes raisons que Mgr Michel Sabbah, lui-même
palestinien, peut avoir de les tenir. La petite
communauté catholique d’origine hébraïque a désormais
de son côté l’un des siens, évêque auxiliaire
du patriarche latin. Mais elle est sans poids
politique véritable. Les multiples interventions de
Jean-Paul II en faveur d’une paix juste en Terre
Sainte ont aussi pour but d’assurer sur place un
avenir pacifique aux chrétiens palestiniens, qui ne
trouvent actuellement la tranquillité que dans l’émigration.
L’anniversaire a donc peu de chances d’être célébré
en grande pompe, alors qu’il aurait dû marquer le
pas considérable accompli en 1993 pour une
meilleure compréhension entre juifs et catholiques.
Schumacher
règne dans le désert
Le pilote
Ferrari remporte le Grand Prix de Bahreïn, devant son
coéquipier Barrichello
par
LIONEL FROISSART, publié dans Libération le 5
avril 2004
Derrière Michael Schumacher ? Le désert. Le petit
point rouge au loin dans la brume de chaleur, c'est
son équipier Rubens Barrichello. Comme d'habitude,
le Brésilien n'a fait qu'illusion en s'installant
aux côtés de son chef de file allemand sur la
grille de départ du Grand Prix de Bahreïn, le
premier organisé au Moyen-Orient. A peine le départ
donné, le champion du monde s'est échappé à un
rythme infernal. Le pied léger sur les freins afin
de les ménager sur ce circuit exigeant pour les
plaquettes, le pied toujours aussi lourd sur l'accélérateur,
l'homme à la Ferrari n° 1 n'a jamais été inquiété
à l'occasion de cette troisième manche de la
saison pour cueillir son 73e succès.
Logique implacable
Ce doublé des voitures de Maranello est d'une
logique implacable. Après les qualifications ratées
des pilotes Williams-BMW, rejetés en deuxième
ligne, celles tout aussi calamiteuses de la paire de
l'écurie Renault, et les dramatiques défaillances
mécaniques de l'équipe McLaren-Mercedes, c'était
presque l'assurance d'assister à une nouvelle
domination des voitures rouges à l'occasion de ce
Grand Prix. Un espoir d'incertitude était pourtant
né le matin de la course en même temps que le vent
s'était levé. Après deux journées ensoleillées,
de lourds nuages menaçants passaient au-dessus de
la zone désertique de Sakhir où a été implanté
ce circuit exotique. D'épaisses gouttes de pluie s'écrasaient
même à quelques instants du départ sur le tarmac
flambant neuf et gorgé de chaleur. Le vent déposant
une couche de sable sur la piste et la pluie pouvant
surprendre les pilotes au détour d'un virage représentaient
assez de pièges pour envisager une course animée.
Les nombreuses têtes couronnées,
les dizaines d'émirs postés derrière les stands
luxueux de ce circuit des Mille et Une Nuits, sans
parler des centaines de VIP invités à assister à
cette course inédite n'ont pas été surpris de voir
les Ferrari aussi intouchables. Déjà, elles sont
imprenables au départ des feux rouges dans les rues
de Manama et elles se montrent d'une agilité
diabolique dans les nombreux carrefours de la capitale
qu'il faut négocier en force ou tout en accélération.
Mais tous ces curieux qui découvraient avec délices
la compétition automobile de haut niveau
s'attendaient à mieux de la part des BMW (Williams)
et surtout des Mercedes (McLaren), des voitures de
monsieur Tout-le-monde ou presque dans le golfe
Arabo-Persique. C'est vrai qu'il y a de quoi être déçu.
Depuis le début de la saison, les belles voitures
grises frappées de l'étoile Mercedes sont fragiles
comme du verre, et cette fois les deux pilotes maison
(Raikkonen et Coulthard) ont abandonné. Pire, lors de
l'inauguration du circuit de Bahreïn, c'est le modèle
haut de gamme de la série qui est tombé en rade d'électronique.
Quant aux Williams, propulsées par les moteurs du
constructeur munichois, elles ont été d'une discrétion
désolante. Ralf Schumacher a perdu du temps dans un
accrochage et Juan Pablo Montoya a laissé filer sa
troisième place sur un ennui mécanique (boîte de
vitesse).
Pub catastrophique
Sur le strict plan de l'image, c'est une publicité
catastrophique pour les deux grands constructeurs
allemands. Mais, heureusement pour eux, les Ferrari
ont beau enfiler les victoires, elles ne seront
jamais construites à la chaîne. La production ne dépasse
guère les 4.200 unités à l'année et les
triomphes à la pelle de Schumacher n'y changeront
rien. BMW et Mercedes, en revanche, pourraient voir
les Japonais de Honda et de Toyota leur grignoter
des parts de marché après les belles courses de
Jenson Button, encore 3e, et son équipier Takuma
Sato, lui aussi dans les points, et l'arrivée groupée
des pilotes Toyota (8e et 9e). Les constructeurs
allemands se consolent en se disant que les
acheteurs locaux connaissent surtout les déclinaisons
haut de gamme de leurs concurrents japonais, soit
les Acura pour Honda et la marque Lexus pour Toyota.
Quant aux Renault, les Bahreïnis
ne connaissent pas, mais, enthousiasmés par la belle
démonstration des pilotes de l'écurie française
(Trulli 4e et Alonso remonté de la 16e à la 6e
place), certains pourraient être tentés de se précipiter
dans l'unique concession de l'archipel, à Sira. Ils y
tomberont sûrement sur les nombreuses Velsatis qui
n'ont pas trouvé preneur sur le marché européen.
Après trois courses exotiques, les écuries vont
revenir en Europe. Pour beaucoup, la course d'Imola
dans trois semaines marquera le véritable début de
la saison. Mais Schumacher et Ferrari ont déjà pris
tellement d'avance...
Le fabuleux destin de la
principauté de Hutt River
Une province indépendante au cœur de l’Australie
par CARLA HENOUD, publié dans l'Orient-le Jour
le 9 avril 2004
L’histoire pourrait ressembler à
celle d’un "petit village peuplé d’irréductibles
gaulois" qui résistent encore et toujours aux
Romains. Seulement nous ne sommes pas en 50 avant
J.-C. mais bien en 1970. Et ce petit village n’est
autre qu’une province d’Australie devenue, grâce
à la ténacité, voire la folle ambition d’un seul
homme, une principauté, la principauté de Hutt
River. L’histoire est drôle mais vraie, les
personnages, des héros, mais pas de bandes dessinées
! Tout a commencé en 1969, lorsqu’un
agriculteur australien du nom de Léonard Casley,
propriétaire d’un terrain de 75 km2, situé au nord
de Perth, voit son quota de 1.550 tonnes de blé,
qu’il vendait au gouvernement australien, réduit de
90 %. Courant vers sa ruine, sire Casley, courageux
individu, grand rêveur auprès de l’éternel, préfère
se battre, défendre ses droits et les renégocier. Ce
fermier fort cultivé est aussi chercheur - fasciné
par les mathématiques et l’influence des étoiles
sur l’être humain - et écrivain. Il connaît à
fond, et c’est là sa force, tous les méandres de
l’empire britannique et les lois, même les plus
oubliées, qui s’y rattachent.
L’affaire part
en jugement dans les tribunaux australiens, l’Etat
lui doit la rondelette somme de 52 millions de
dollars… Quelques mois plus tard, ayant gagné son
procès, il propose au gouvernement de lui céder, au
lieu de l’argent que ce dernier lui doit, l’indépendance
de sa province. Aussi, il déniche une loi britannique
qui stipule que s’il se proclame prince et crée une
principauté, le gouvernement australien ne pourrait
plus rien contre lui. Pour ce faire, Léonard Casley déclare
la guerre - par fax - à l’Australie. Celle-ci, qui
ne le prenait pas vraiment au sérieux et n’ayant
pas réagi dans les trois jours qui ont suivi, a
permis à la principauté d’être reconnue de facto.
C’est donc ainsi que le 21 avril 1970, la sécession
de Hutt River, un territoire 50 fois plus grand que
Monaco et situé en Australie de l’Ouest, est annoncée
par lettre officielle. En 1971, Léonard Casley se
proclame prince Léonard Premier. Depuis et jusqu’à
ce jour, l’homme qui a 78 ans règne sur son peuple
- 20.000 "hutt" au total, 19.000 citoyens
d’outre-mer et 1.000 vivant à Hutt River. La
capitale en est la petite agglomération de Nain, la
langue officielle l’anglais. Un passeport légal a
été créé - mais il est précisé qu’il ne
constitue pas actuellement un document de voyage
accepté par les pays étrangers - ainsi que des
timbres et une monnaie, le dollar de Hutt River (HRD)
Un ambassadeur heureux
L’histoire, à mille lieux d’ici, nous est arrivée
par l’intermédiaire d’un "hutt"
d’origine libanaise, Jean-Pierre Haddad. Très sérieux
analyste financier à la Banque centrale, il n’est
autre que … l’ambassadeur de la province de Hutt
River au Liban et en Jordanie. Nommé le 24 janvier
2004, il raconte encore, brandissant fièrement son
passeport : "J’ai rencontré le prince lors
d’une soirée officielle en Europe. J’avais
toujours cherché à être diplomate. Lorsqu’on
m’a fait cette proposition, j’ai tout de suite
accepté." Dès lors, il cherche à promouvoir le
pays et son tourisme, informer les médias et ses
compatriotes libanais, et peut-être les tenter par
une nationalité "hutt", moyennant la somme
de 1.500$, tout en signalant que "ce n’est pas
pour le moment le sésame qu’ils recherchent".
Mais sait-on jamais ? Au cours de ses investigations,
sir Jean-Pierre Haddad, car il a été anobli par le
prince, a déjà recensé une vingtaine de Libanais
qui possèdent la double nationalité "hutto-libanaise",
dont le moukhtar (maire) de Ghobeiré (banlieue sud de
Beyrouth).
A l’occasion de
la fête de l’Indépendance de la principauté, le
21 avril, monsieur l’ambassadeur convie tous les intéressés
à une journée portes ouvertes, dans sa résidence de
Dahr el-Sawan (montagne du Metn). A Hutt River, ce
sera sûrement la fête, célébrée par le souverain,
un brin mégalomane - mais n’est-ce pas normal que
cette victoire lui soit montée à la tête ? -, son
épouse la princesse Shirley et leurs 7 enfants, dont
le prince héritier Ian. Il est même possible, nous
informe-t-on, de pouvoir correspondre directement avec
lui, à condition de s’exprimer en anglais. Mais, précise-t-on,
"l’usage veut que l’on s’adresse à la représentation
officielle la plus proche pour transmission de tout
courrier destiné au prince". L’histoire,
certes drôle, est aussi celle, touchante, d’un
homme qui a réussi à faire plier le gouvernement
australien. Un Don Quichotte des temps modernes
qu’il est bon de saluer pour son courage et ses rêves.
Du
Liban, l'absence faite écran
Théâtre. A Bruxelles, Rabih
Mroué chronique l'histoire vraie d'une disparition dans
"Missing Employee"
par MAOEA BOUTEILLET, publié
dans Libération le 9 mai 2004
Centrée sur l'art
du déplacement, l'édition 2004 du Kunsten Festival des
arts de Bruxelles affirme l'émergence d'une esthétique
du manque et de la disparition. Le réalisateur iranien
Abbas Kiarostami, la plasticienne hongroise Edith Kaldor
et la chorégraphe espagnole Olga de Soto y ont présenté
des oeuvres s'inscrivant dans cette veine. Une forme
caractérisée par l'absence du sujet-objet, née avec
les nouvelles technologies, à cheval sur la frontière
de plus en plus ténue entre théâtre et arts visuels.
Chez le Libanais Rabih Mroué, comme chez ceux du
collectif The Atlas Group, la disparition se révèle la
métaphore d'un passé de douleur et de destruction. Les
blessures de la guerre, qui ravagea le Liban de 1975 à
1991, marquent d'ailleurs l'ensemble de la création
contemporaine à Beyrouth. "Les disparus ,
dit en substance Rabih Mroué, sont des individus
particuliers qui existent sans exister" et
auxquels l'acteur-auteur-metteur en scène sait gré de
susciter des histoires. A l'origine de Missing
Employee, créé à Bruxelles, la disparition réelle
d'un fonctionnaire des finances, Ra'fat Sleiman, qui défraya
la chronique en 1996. L'artiste entreprit de
collectionner les coupures de presse dans trois cahiers
d'écolier. Sur scène, rien qu'une table et une chaise
qui demeureront inoccupées, et trois écrans : au
centre, l'image de Rabih Mroué commentant les cahiers
qui apparaissent sur la droite ; à gauche, l'image
d'une planche à dessin, que noircit un acolyte
invisible à mesure qu'avance le récit...
"C'est un peu compliqué",
concède avec malice le reflet de l'artiste qui nous
entraîne, en anglais teinté d'accent arabe, dans les méandres
d'un chaos libanais bringuebalé entre factions rivales
et rongé par la corruption, où la presse sur laquelle
s'appuie le feuilleton est forcément sujette à
caution. Impossible de suivre de bout en bout. Mais les
détails de cette histoire de gros sous, qui passe par
la Syrie et les intérêts palestiniens, importent moins
que le processus mis en oeuvre par un dispositif multimédia
où la technologie croise l'artisanat. Par l'absence du
corps de l'acteur - du texte, du personnage, de la pièce
-, l'artiste, qui improvise ses facéties en direct
mais dans notre dos, interroge autant la réalité du théâtre
et de ses fantômes que celle de son pays, où l'Etat en
tant qu'organisation clairement structurée a vécu.
Qu'est-ce qui se révèle au terme de cette enquête ?
"Je ne suis pas là pour distinguer le vrai du
faux, prévient-il en ouverture, mais pour
couper le cheveu qui sépare la vérité du mensonge.
" Entre l'un et l'autre, le virtuel ouvre une manière
d'échappée. Lorsqu'à la fin l'homme ne revient pas,
on comprend que, depuis dix minutes, on ne regardait
qu'un enregistrement sans chair. Mais, tels les
disparus, même absent, Rabih Mroué existe fortement.
Irak : les prises
d'otages se multiplient
Onze Russes, neuf Américains, trois Tchèques enlevés,
sept Chinois libérés. A Tokyo,des manifestants réclament
le retrait d'Irak des soldats japonais pour sauver la
vie des otages
paru dans Ouest-France le 13 avril 2004
La prise d'otages, nouvelle arme de la guérilla
sunnite ? Les disparitions se sont multipliées,
ce week-end, en Irak : sept Chinois (libérés
hier soir), trois Tchèques, neuf Américains et onze
Russes. Les trois Japonais capturés la semaine dernière
n'auraient pas été tués, malgré l'expiration de
l'ultimatum.
Vingt-huit étrangers disparus
C'est peut-être la seule bonne nouvelle du week-end
en Irak : les Brigades des Moudjahidines n'ont
pas exécuté les trois Japonais enlevés, jeudi
dernier, sur la route de Bagdad à Amman (Jordanie).
Les rebelles sunnites menaçaient de "brûler
vifs" les coopérants Noriaki Imai et Nahoko
Takato, 18 et 34 ans, ainsi que le
photojournaliste Soichiro Koriyama, 32 ans, si le
gouvernement de Tokyo n'annonçait pas, avant-hier après-midi,
le retrait des 550 soldats nippons présents en Irak.
Le chef tribal sunnite, Mezhen al-Duleymi, médiateur
autoproclamé, espère obtenir leur libération
"dans quelques jours". Les disparitions se
multiplient sur l'axe Bagdad-Amman notamment. Hier, on
était sans nouvelles de trois journalistes tchèques.
Dans la soirée, l'état-major US en Irak a annoncé
que deux soldats et neuf employés de KBR, une filiale
du groupe pétrolier Halliburton, étaient portés
disparus. Parmi eux, Thomas Hamill, dont les
ravisseurs exigent, sur une vidéo, la fin du siège
de Fallujah. Manquent également à l'appel un
Arabe israélien et un Canadien d'origine syrienne.
Hier soir, la chaîne Al Jazira a annoncé la
disparition à Bagdad de onze Russes travaillant pour
une société du secteur de l'énergie. En revanche,
les sept ouvriers chinois enlevés dimanche ont été
libérés dès hier soir. Ces enlèvements sont-ils
tous le fait de la rébellion ? Le Britannique
Gary Teeley, 37 ans, libéré dimanche soir six jours
après son enlèvement à Nassiriyah (Sud), l'a été,
selon la chaîne Al-Jazira , "grâce
à l'aide des tribus". Formulation floue qui
pourrait masquer le versement d'une rançon.
Le général Abizaid réclame des renforts
Au moment même où George Bush affirmait que la
situation "s'améliore" en Irak, le chef des
troupes américaines au Proche-Orient, John Abizaid, a
annoncé avoir demandé au Pentagone le renfort de "l'équivalent
de deux brigades ou plus" (soit environ 10.000
hommes) pour disposer d'une "capacité de combat
forte et mobile". Une force de réaction rapide
lui fait défaut, depuis le retour aux Etats-Unis de
la 101e division aéroportée pour riposter
aux attaques quotidiennes de la guérilla : hier,
trois marines ont été tués dans la province d'Al-Anbar
(Ouest), un agent de sécurité roumain dans une
embuscade à Hilla (sud) et deux policiers irakiens
par l'explosion d'une bombe à Baqubah (nord-est de
Bagdad). L'insécurité a poussé l'ONG allemande Help
à retirer ses derniers volontaires d'Irak, trois
Allemands et deux Français.
La coalition veut éliminer Moqtada Sadr
Le chef radical chiite Moqtada Sadr, dont l'Armée du
Mehdi contrôle toujours Nadjaf et Karbala (Sud) avait
appelé, dimanche, à la guerre de libération contre
l'occupant américain. Le général Ricardo Sanchez,
chef des opérations en Irak, lui a répondu hier : "La
mission des forces américaines est de tuer ou
capturer Moqtada Sadr." Propos intransigeants.
Mais, en coulisses, les Américains et Sadr continuent
de négocier par l'entremise du clergé chiite :
l'armée du Mehdi pourrait désarmer en échange de
l'abandon de poursuites contre son chef, accusé
d'incitation au meurtre.
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