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PORTRAIT
RJLIBAN N°15 du 20
janvier 2007
www.rjliban.com
Saïd
Harbieh, millionnaire du Loto
libanais
par PATRICIA
KHODER, publié dans l'Orient-le
Jour le 18 janvier 2007
Comment
devenir millionnaire du jour au
lendemain
Saïd
Harbieh, militant "Marada"
(milice maronite de Zghorta au
Liban nord dirigée par Sleiman
Frangié, petit-fils de l'ancien
président de la République du même
nom), campait au centre-ville de
Beyrouth quand il a su qu’il a
remporté la cagnotte du Loto
libanais, deux millions deux cent
vingt mille dollars américains,
après la déduction d’une taxe
de 10 %. Père de quatre enfants,
Harbieh avait du mal à joindre
les deux bouts. Il sait désormais
qu’il n’a plus à s’inquiéter
pour l’avenir.
Saïd
Harbieh a gagné au Loto en
achetant un billet poinçonné au
hasard
"Quel
beau cadeau pour les fêtes. Tant
mieux pour celui qui l’a gagné."
Saïd Harbieh, originaire de
Zghorta, était avec des camarades
des "Marada",
participant au sit-in de la place
des Lazaristes, quand il a su ce
jeudi-là, le 28 décembre
dernier, que la cagnotte du Loto
se chiffrant à trois milliards
sept cent trente millions de
livres libanaises a été gagnée.
Ce matin-là, lui-même avait
acheté une grille poinçonnée,
toute prête. Il n’avait même
pas choisi les numéros, mais il
n’a pensé à aucun moment que
"le beau cadeau des fêtes",
c’était lui qui l’avait
remporté.
Le lendemain, vendredi matin, il a
lu un journal distribué tous les
jours gratuitement aux
manifestants... Après avoir
parcouru les pages politiques, il
a commencé à lire, pour tuer le
temps, la page des faits divers où
l’on annonçait, entre autres,
les numéros gagnants du tirage du
Loto de la veille. Saïd regarde
les trois premiers numéros, il se
dit qu’il a gagné l’équivalent
du prix du billet. Il est
content... Il regarde les trois
numéros restants, et dit
calmement à un camarade assis à
côté de lui : "J’ai gagné
au Loto." Son ami ne le prend
pas au sérieux. Il lui dit
d’arrêter les mauvaises
blagues, se penche sur le journal,
vérifie les chiffres... et
l’emmène tout de suite, à
pied, au bâtiment Tabaris 812,
abritant le siège de la Libanaise
des jeux. Saïd Harbieh est désormais
un homme riche. Il vient de gagner
trois milliards sept cent trente
millions de livres libanaises,
soit, après la déduction d’une
taxe de 10 %, deux millions deux
cent vingt mille dollars américains.
"J’avais quinze mille
livres en poche", raconte Saïd,
la cinquantaine, qui participait
depuis le 1er décembre au sit-in
de l’opposition sous les
banderoles des "Marada".
Il se souvient de ce jeudi-là,
quand il s’était rendu avec des
amis à Khandak el-Ghamik.
"C’était le matin. Avec
mes camarades "Marada",
nous voulions préparer des
sandwichs de foie de volaille pour
la soirée. D’autres
manifestants nous avaient indiqué
un endroit, dans cette zone de
Beyrouth. Nous avons acheté tous
les ingrédients... Avant de
partir, j’ai vu sur le comptoir
des billets de Loto déjà poinçonnés,
aux chiffres déjà marqués,
j’en ai acheté deux rapidement,
sans même y jeter un coup d’œil.
J’ai payé 4.000 livres."
Le jour-même, non loin de la
tente des "Marada", Saïd
rencontre un mendiant, un
adolescent à moitié aveugle.
"Je lui ai donné 1.000
livres et deux sandwiches de foie
de volaille que nous venions de préparer
; il ne me restait plus que 10.000
livres en poche... Ma femme me téléphonait
pour me dire qu’il fallait
acheter des vêtements neufs et
des cadeaux aux enfants, aux deux
plus jeunes au moins. Noël était
passé, mais nous pouvions nous
rattraper pour le Nouvel An",
dit-il.
Aller en pèlerinage
Saïd est marié, père de quatre
enfants. Mahab, 22 ans, est étudiante
en psychologie à l’Université
Libanaise. Elle a déjà un diplôme
de jardinière d’enfants.
Youssef, 19 ans, suit des cours
d’hôtellerie, Galia, 14 ans,
est en classe de 4e et Gretta, 11
ans, en classe de 6e. Depuis plus
de cinq ans, il habitait avec son
épouse, Véra Frangié, dans un
immeuble appartenant à ses
beaux-parents. Sa situation ne lui
permettait plus de couvrir les dépenses
d’une maison... La semaine dernière,
il est retourné vivre chez lui.
Mais Saïd et son épouse reçoivent
toujours les visiteurs au domicile
de Nabil et Zalfa, le frère et la
belle-sœur de cette dernière. Véra,
la quarantaine, a un seul projet
pour le moment : "Je veux
continuer la construction de l’église
Sainte-Rita à Zghorta",
dit-elle, racontant que le 22 mai
dernier (fête de sainte Rita),
elle avait fait un vœu, celui de
continuer la construction de l’église
si jamais elle gagnait au Loto.
D’ailleurs, jusqu’à présent,
même après avoir remporté le
gros lot, Véra continue de jouer
au moins une grille, tous les
lundis et jeudis.
Depuis cinq ans, Véra tient un
magasin de fruits et de légumes.
Le local lui a été donné par
son père, dans le même bâtiment
où logent deux de ses frères.
Elle dormait souvent avec son mari
et ses enfants dans ce petit
magasin. Tous les matins, elle
empruntait la voiture de son père
pour aller à Tripoli acheter
fruits et légumes pour les
revendre à Zghorta. Véra faisait
aussi la cuisine, confectionnait
des boulettes de kebbé,
notamment, et les mettait à la
vente dans un supermarché
appartenant à son père Boutros.
Elle se rendait souvent chez sa
belle-famille pour s’occuper de
ses beaux-parents octogénaires.
"Nous n’allons pas fermer
le magasin. Durant des années,
c’était notre seule ressource.
C’est un couple qui le tient
actuellement, raconte-t-elle. Grâce
au Loto, nous avons pu amener une
infirmière qui reste avec mes
beaux-parents", dit-elle
encore.
Véra tient à ne pas changer
grand-chose à sa vie.
"Avant, je m’inquiétais
pour les enfants. Dès le mois
d’août, je commençais à
penser aux frais de scolarité de
mes filles, qui sont chez les sœurs
lazaristes. Nous n’avons jamais
voulu placer les enfants à l’école
publique, raconte-t-elle.
Maintenant, je sais que mes
enfants ne manqueront de
rien", dit cette femme qui a
neuf frères et sœurs et qui
appartient "à une famille très
soudée", dit-elle. Les
enfants de Véra commencent à réaliser
leurs rêves. Mahab, l’aînée,
se rendra dans quelque temps, avec
sa tante maternelle, chez sa
cousine à Paris. "C’est le
rêve", s’exclame la jeune
fille. Jardinière d’enfants,
elle indique également :
"Avec l’argent, je sais que
mes parents pourraient m’ouvrir
une garderie. Ma propre
garderie." Mahab sait aussi
qu’elle doit désormais faire
plus attention aux regards des
autres. "Il faut que je sois
gentille et souriante pour que les
gens ne croient pas que j’ai la
grosse tête à cause de
l’argent", dit-elle. Quelle
était sa première réaction
quand elle a su que sa famille
avait gagné au Loto ? "Je me
suis dit que ma mère peut désormais
se reposer."
Véra sourit, met son neveu Tony
sur ses genoux. Elle raconte que
la famille a réalisé un rêve
aussi : "Nous avons acheté
une voiture, une jeep Range Rover
que toute la famille
conduit." A-t-elle un
autre rêve autre que celui de
construire l’église Sainte-Rita
de Zghorta ? "Oui, aller en pèlerinage
à Notre-Dame de Lourdes, à
Sainte-Rita et à Medugorje",
souligne-t-elle. Dans un premier
temps, c’est sa fille Mahab qui
ira pour elle lors de son séjour
en France, à Notre-Dame de
Lourdes.
Saïd
Harbieh, militant "Marada",
heureux gagnant
du Loto libanais

Saïd
en compagnie de son épouse
Véra
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